SPARTACUS

17 septembre 2018

INFOBREF N°516-télétravail et travail flexible

INFOBREF N°516

Le télétravail dans le monde : Un phénomène récent et une grande diversité de situations

2009

Grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, le télétravail se développe partout dans le monde. Cependant son développement est très différent d’un pays à l’autre du fait de la diversité des définitions et des objectifs poursuivis par les politiques de déploiement du télétravail.

La notion de télétravail est apparue dans les années 1950 aux États-Unis avec les travaux de Norbert Wiener sur la cybernétique. À partir des années 1970, le télétravail est mieux connu grâce aux nouvelles perspectives ouvertes par la « télématique » et les « autoroutes de l’information ».  Depuis, le télétravail se développe partout, mais de façon variable. Les États-Unis et la majorité des pays anglo-saxons affichent des taux supérieurs à 30% de télétravailleurs du total de la population active alors que ce taux varie entre 10 et 20 % dans l’Union Européenne et entre 8 et 15% en France, sachant que ces taux sont donnés à titre indicatif compte tenu des différences de définitions et d’appareils statistiques entre Etats.

Les politiques d’appui au développement du télétravail varient en fonction des objectifs fixés par les pouvoirs publics et les secteurs économiques. Si la France a décidé de légiférer sur le télétravail en l’inscrivant dans le Code du travail, d’autres pays comme l’Allemagne, n’ont pas donné de règle juridique spécifique au télétravail dans le secteur privé. Ces politiques visent partout des objectifs d’amélioration de la productivité, de réduction des temps de transport, de la qualité de vie des salariés, en recourant à des méthodes distinctes :

  • aux Etats Unis le gouvernement a créé une Agence fédérale pour le déploiement du télétravail dans l’administration fédérale ;

  • les Pays Bas ont mis en place des recommandations concernant le développement du télétravail dans la fonction publique uniquement ;

  • en Allemagne l’action passe par l’octroi d’aides et l’accompagnement par des actions de communication ;

  • au  Royaume Uni de guides et de recommandations dédiés au développement et à la mise en place du télétravail ont été développés ;

  • en France il  été choisi d’encadrer le télétravail dans le secteur public afin de soutenir son développement.

Malgré ces différences, un phénomène semble gagner le monde entier, le développement des espaces dédiés au télétravail. Ainsi la capitale brésilienne, Brasilia, figure parmi les dix premières capitales du monde disposant du plus grand nombre d’espaces de télétravail et de coworking. 

Les pays champions du télétravail ne sont pas ceux que vous croyez

Par Clémence Boyer | 11/12/2017 à 16:21, mis à jour le 11/12/2017

Deux tiers des salariés travaillent parfois à distance dans le monde

Le cabinet d’études a interrogé plus de 25.000 personnes dans 12 pays sur leurs habitudes en matière de travail mobile. Après le Brésil, c’est en Inde que les salariés pratiquent le plus le télétravail : 43% en profitent souvent et 35% de temps en temps. Enfin, c’est l’Australie qui complète le podium des pays ayant le plus recours au télétravail.

Au total, près des deux tiers des salariés dans le monde travaillent parfois à distance. “Par rapport aux 14% enregistrés en mai 2012, il s'agit d'une évolution remarquable et relativement rapide des modes de travail”, note l’étude.

Télétravail : ce que les ordonnances vont changer

Les plus en retard sont les salariés japonais : seuls 20% d’entre eux ont recours au travail mobile. Marquées par une forte culture du présentéisme, les entreprises japonaises ne semblent pas avoir encore intégré cette nouvelle manière de travailler.

Le télétravail est plus répandu parmi les salariés français, mais on est encore en-dessous de la moyenne puisque seuls 57% d’entre eux pratiquent de manière régulière ou ponctuelle le télétravail. Pire encore, les Français sont les plus nombreux à déclarer que leur entreprise ne propose pas du tout de télétravail. C'est le cas pour 33% d'entre eux, contre seulement 10% des Brésiliens, 15% des Allemands et 20% des Britanniques. 

Votre entreprise propose-t-elle une modalité de travail flexible ?

Plébiscité par les millenials

Au-delà du pays, l’âge a aussi un impact sur l’adoption du télétravail. En effet, 70% des 18-30 ans travaillent régulièrement en dehors du bureau, contre à peine 51% des 45-60 ans. Un écart qui s’explique sans doute, en partie, par le type d’entreprises dans lequel les salariés travaillent. En effet, seulement 15% des millenials déclarent travailler pour un employeur qui ne propose pas le travail mobile, contre 36% pour les 45-60 ans. Les millenials sont de fait surreprésentés dans le secteur de la tech, potentiellement plus ouvert à ces nouvelles formes de travail.

Les deux générations ont également des perceptions un peu différentes vis-à-vis des avantages liés au télétravail. Si tous citent en premier un meilleur équilibre vie professionnelle/vie privée, les 45-60 ans voient aussi le télétravail comme un moyen de s’épargner le stress des allers-retours domicile-bureau, quand les 18-30 ans y voient surtout une manière de gagner du temps de loisir.

Du côté des risques liés au télétravail, les millenials ont aussi une approche relativement différente. Ainsi, 66% d’entre eux redoutent que leurs collègues pensent qu’ils ne travaillent pas suffisamment lorsqu’ils ne sont pas au bureau, les plus âgés ne sont que 50% à avoir cette crainte. Les 45-60 ans ont, eux, plutôt peur de ne jamais déconnecter vraiment, et donc, in fine, de trop travailler.

“Il est très important d’être transparent quant aux règles et aux attentes”, souligne Billie Hartless, responsable RH de Polycom. “57% des millenials souhaitent que la direction des ressources humaines définisse des lignes directrices claires concernant la politique de flexibilité au travail de leur entreprise. Nombre d’entre eux (59 %) souhaitent également que les mêmes règles soient applicables à tous, pas seulement aux parents ou aux employés plus anciens.”

Par Clémence BoyerA Bordeaux, la SNCF veut radier Laurent, cheminot et militant de la grève

Ce mardi 4 septembre à Bordeaux, environ 400 personnes se sont rassemblées face à la direction régionale SNCF Nouvelle Aquitaine en soutien à Laurent, cheminot menacé de radiation par la direction de la SNCF.

Petra Lou mardi 4 septembre

La pièce de théâtre de la SNCF qui fait dans l’art de la répression des cheminots mobilisés du printemps dernier s’est joué à Bordeaux ce mardi. Solidaires, un groupe d’environ 400 personnes, avec des cheminots venus d’Hendaye, de Bayonne, Périgueux, Limoges, ou encore Paris dont quelques-uns de l’intergare, syndiqués à la CGT ou à Sud Rail, s’est déplacé devant le bâtiment de la direction derrière la gare de Bordeaux. Parmi lesquels des militants du PCF, de la France Insoumise, et du NPA.

Les travailleurs venus de plusieurs villes en solidarité avec Laurent ont attendu une heure et demi avant que celui-ci ne sorte de l’entretien avec la direction. Laurent, contrôleur à Bayonne, est accusé d’avoir ceinturé la Directrice d’établissement sur le quai au moment où se déroulait une manifestation en gare de Saint Jean de Luz et de l’avoir portée sur plusieurs mètres : un dossier monté de toute pièce par la direction qui s’acharne contre les grévistes de ce printemps.

Lorsque Laurent sort, sous le tonnerre d’applaudissements de solidarité de tous les cheminots présents « On est là, on est là ! » il prend la parole serein, en disant qu’il espère que les directions ont bien pris note de ce qu’il a dit, sachant qu’ « ils sont en train de mettre ma vie en danger, vu que j’élève mes enfants, et qu’à l’heure actuelle, on ne peut pas licencier quelqu’un sur des dires non fondés ».

La direction ne s’est finalement pas encore prononcée, n’a sûrement pas osé, face aux pressions des cheminots qui ne lâchent pas, mais pour l’instant n’a pas l’air de vouloir reculer non plus. Le verdict sera donné dans un mois, entre temps nous continuerons à soutenir Laurent et tous les cheminots qui sont persécutés par la répression syndicale et patronale.

Notamment un autre rassemblement pour Christelle (voir événement Facebook), cheminote menacée elle aussi de radiation, accusée d’être impliquée dans une « altercation verbale », aura lieu à Lyon ce vendredi 7 septembre prochain, à partir de midi, au pied de la tour Incity. Soyons nombreux et nombreuses à être présents pour soutenir notre collègue et montrer à la direction que nous ne la laisseront pas faire !

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03 septembre 2018

Venezuela parution récente de Edgardo Lander

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Venezuela. L’échec du processus bolivarien (I)

Publié par Alencontre le 31 - août – 2018

Edgardo Lander

Sociologue

Edgardo Lander est un sociologue vénézuélien qui est professeur à l'Université centrale du Venezuela et chercheur associé à l'Institut transnational. Wikipédia (anglais)

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Date et lieu de naissance : 1942 (Âge: 76 ans), Caracas, Venezuela

Domaine : Political criticism

Livres : Neoliberalismo, sociedad civil y democracia: ensayos sobre América Latina y Venezuela, PLU

Venezuela. L’échec du processus bolivarien (II)

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30 août 2018

Le mouvement du logement en Russie: état des lieux à la fin 2006

 

Je vous présente ce document censuré rédigé fin décembre 2006 par Carine Clément, directeur de l'Institut de l'Action Collective (www.ikd.ru) et membre du Comité de travail du réseau Union des Soviets de Coordination de Russie (SKS). Depuis le maire de Moscou Sergueï Sobianine, maire de Moscou, a reçu le 21 février 2017 le feu vert de Vladimir Poutine pour un projet inédit : les quelque 8 000 khrouchtchevka de la capitale – ces habitations à quatre étages construites massivement sous Khrouchtchev – doivent être démolies à partir de 2018, et remplacées par de nouveaux immeubles modernes, où seront relogés leurs habitants. Une nouvelle qui laisse les Moscovites ébahis, partagés entre expectative et inquiétude.

 G. Bad

 

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Le mouvement du logement en Russie: état des lieux à la fin 2006

 Les conditions de la réforme

En Union soviétique, le niveau de paiement des charges liées au logement était d'environ 5% de leur coût réel. En 1994 le Président Eltsine a engagé une réforme visant à faire payer 100% du coût réel des charges communales et du logement par la population. Depuis, les prix flambent dans le secteur du logement, grevant le budget des ménages dont les revenus sont loin d'augmenter en conséquence. Si l'on ajoute à ce problème le déficit de logements, en particulier sociaux, et la détérioration de l'état des habitations, nous comprenons que les sondages indiquent tous le problème du logement comme le premier motif de mécontentement de la population (pour plus de 70% des sondés en moyenne).

Si une réforme de la politique du logement s'avère indispensable étant donné l'accumulation des dettes par les entreprises municipales de gestion des logements et des infrastructures communales, le vieillissement des immeubles et des infrastructures, la déterioration des services de maintenance et le manque aigu de logements, il est permis de critiquer le cours des réformes entreprises par le gouvernement russe, sous l'influence d'organisations ultra-libérales russes (en particulier, l'Institut des problèmes de la ville, inspirateur du nouveau Code du logement) et internationales (en particulier la Banque Mondiale et l'OMC). Le cours choisi par le gouvernement tient en trois mots-clés: libération des prix, privatisation et marché. En gros, sont reproduites les recettes des réformes économiques du début des années 90, à la chute de l'Union soviétique: d'abord le choc, ensuite (peut-être) la réforme des institutions. Nous savons déjà le désastre auquel ces réformes ont conduit: massif non-paiement des salaires, création de monopoles oligarchiques, vente à prix soldé d'une multitude d'entreprises, chute radicale de la production. Et l'on nous propose aujourd'hui d'emprunter la même voie pour réformer le secteur du logement... Soit dit en passant, si les conséquences de la "thérapie de choc" furent désastreuses pour la majorité de la population, un étroit groupe de dirigeants et de businessmen en a énormément profité. Il y a tout lieu de supposer que la réforme de la sphère du logement s'inscrit dans la même logique et devrait permettre le triomphe de groupes d'intérêts économiques liés aux pouvoirs locaux. Leur enrichissement se fera, bien sûr, au détriment de la majorité de la population.

 Car le monde des affaires cherche actuellement d'autres sources d'argent facile. Le partage de la propriété est à peu près achevé dans la sphère de la production, et si les OPA et raids agressifs se multiplient ces derniers temps, ils témoignent surtout du rétrécissement des possibilités dans cette sphère. C'est donc au tour de la sphère des services, qui plus est des services publics, le logement, l'éducation, la médecine, les transports publics. Le logement et la sphère des services communaux constituent un morceau de choix. D'après les estimations du député d'opposition à la Douma d'Etat Oleg Shein, les flux financiers transitant dans ce secteur se montent à environ 3 trillions de roubles (8,5 milliards d'Euros) l'année, que cherchent à capter les nouveaux opérateurs privés. Fait aggravant, les habitants sont presque "habitués" à payer (au risque de se voir couper l'électricité ou d'être expulsés) alors qu'ils ne bénéficient généralement pas de services à la hauteur de leur paiement. Notamment en ce qui concerne les prestations d'entretien et de réfection des immeubles, ceux-ci sont la plupart du temps superficiels. Pire encore, la manne ne concerne pas seulement les services communaux liés au logement, la question se pose également de la gestion des immeubles et des terrains attenants, et sans doute à terme de la possibilité de les "privatiser" à la russe, de manière plus ou moins légale. Les enjeux étant élevés, la pression sur les habitants est très forte, à des fins de manipulations, en provenance de structures mi-privées, mi-étatiques. Or, malheureusement, malgré une montée du mouvement pour la défense du droit au logement, la majorité des habitants de Russie restent passifs, peu habitués à s'organiser pour la défense de leurs appartements et immeubles, encore moins à autogérer leurs habitations. Jusqu'à présent on peut trouver des gens croyant fermement que s'ils se conduisent "bien" (loyalement), l'Etat s'occupera d'eux, leur fournira un logement, améliorera leurs conditions de logement ou leur concédera des subsides. Ces illusions paternalistes sont soigneusement entretenues par le pouvoir en place et les médias fédéraux. En fait, se prépare une vaste opération de hold-up immobilier. Faisons le point sur les grandes lignes de cette opération et sur les possibilités de résister.

 Les charges et le mouvement de protestation contre la hausse des tarifs

 La loi fédérale №210 sur la régulation des tarifs communaux, avec les amendements de la loi №184, entrée en vigueur au 1 janvier 2006, établit des niveaux de hausse de tarifs maximaux par régions. Cependant, la pratique de l'année passée montre que le Service fédéral chargé de la régulation des tarifs "adapte" (évidemment dans le sens de la hausse) facilement les taux maximaux aux desiderata des pouvoirs régionaux et locaux. De plus, la loi en question ne régule que temporairement les tarifs. Concernant les services communaux (gaz, électricité, eau), les tarifs seront complètement libérés en 2009, et en ce qui concerne les services du logement (entretien et réfection), ils deviennent libres dès lors que l'immeuble passe sous une autre gestion que celle de l'Etat (la date butoir étant juillet 2007 pour toutes les habitations). Le gouvernement cherchant à se décharger de toute responsabilité en la matière, la seule manière de résister est d'organiser un contrôle par les citoyens. Et la seule arme légale dont ils disposent désormais est l'accord de gestion de l'immeuble. Si cet accord est négocié par des habitants organisés en collectifs, il y a moyen d'imposer ses conditions à la société de gestion ou de services d'entretien. Si l'accord est imposé par le pouvoir municipal et la société de gestion privée qu'il aura choisie, il y a toutes les chances pour que les termes en soient plus que défavorables aux habitants.

 Un autre problème est celui de l'insuffisance de la concurrence dans le secteur. Pour négocier des tarifs corrects, il faut qu'il y ait un minimum de concurrence entre les opérateurs. Or les services communaux font l'objet d'un quasi-monopole et la sphère du logement est dominée par les anciennes sociétés de gestion communales (les célèbres JEK en russe) privatisées ou en voie de privatisation et bénéficiant de leurs liens préférentiels avec les pouvoirs locaux. Et, cette fois encore, nos réformateurs libéraux ne se sont absolument pas souciés de concurrence, selon leur principe favori: d'abord la privatisation, et on verra après pour la concurrence. Dans la pratique cela donnera des monopoles privés étroitement liés aux pouvoirs locaux, voire fédéraux. Dès à présent le caractère monopolistique du secteur, ainsi que l'absence de transparence financière, alliés à la corruption du pouvoir, sont les facteurs essentiels expliquant un niveau de tarifs bien supérieur au coût de revient. Demain la hausse des tarifs devrait donc être exponentielle.

 Les tarifs sont déjà d'un poids trop lourd à supporter pour une grande partie de la population, en particulier les retraités, les habitants de petites villes ainsi que les habitants déjà passés entre les mains des sociétés de gestion. Aussi assiste-t-on depuis déjà quelques années à la multiplication des actions de protestations contre la hausse démesurée des tarifs, surtout en début d'année, lorsque les habitants reçoivent leurs nouvelles factures .

 L'année 2006 s'est ainsi ouverte sur de nombreuses manifestations relativement massives (rassemblant quelques milliers de personnes) contre la hausse des tarifs, souvent accompagnées de blocages spontanés de grands axes routiers (par exemple, à Blagovechensk, Lipetsk ou Oulianovsk). Dans les grandes agglomérations ces actions sont souvent organisées par les forces politiques d'opposition, en premier lieu par le Parti communiste (KPRF), dans les plus petites villes, elles éclatent le plus souvent de façon spontanée. Cependant, en règle générale, elles ne donnent pas de résultats, les tarifs n'étant pas révisés à la baisse. Les autres moyens de lutte, comme les procès intentés pour tarifs économiquement infondés, que beaucoup d'habitants avaient gagnés les années précédentes, ont perdu leur efficacité du fait des réformes législatives ayant, entre autres, abrogé l'obligation de l'expertise indépendante du bien-fondé économique des tarifs.

 Une hausse importante des tarifs dans des conditions de stagnations des salaires et des retraites risque de conduire à une vague d'expulsions pour non-paiement des charges et du loyer (l'expulsion est légale sur décision de justice après 6 mois de non-paiement consécutifs, en l'absence de "raisons valables"). Or la pratique de l'année passée indique déjà que les tribunaux interprètent de façon très "souple" l'existence de "raisons valables", ignorant par exemple les cas de chômage ou d'isolement social. Les expulsions ont déjà commencé, sans prendre pour le moment de caractère massif (bien qu'il soit difficile de juger étant donné l'absence de statistiques dans ce domaine). Dans certains cas, en particulier lorsqu'il s'agit d'expulsions des foyers de travailleurs, l'intervention solidaire des voisins ou militants a permis d'éviter des expulsions, mais il n'y a pas pour le moment en Russie de réel mouvement de masse d'opposition aux expulsions, sans doute parce que les expulsions touchent pour l'instant surtout des catégories de personnes déclassées ou en situation d'exclusion sociale. Cependant, de même que dans les pays d'Europe de l'Est ayant connu plus précocement la libération des tarifs et des loyers, il faut s'attendre à une aggravation du risque d'expulsion. Or comme les locataires sont les plus menacés par ce risque, il faudrait penser à développer un mouvement de défense des droits des locataires, pour l'instant presque inexistant en Russie (la stratégie privilégiée par ceux qui le peuvent est la privatisation gratuite de leur logement d'Etat, possible jusqu'à la date butoir, repoussée une fois suite aux mouvements de protestation, du 1er mars 2010).

 La gestion des immeubles et le mouvement des habitants

 Se débarrasser de toute responsabilité concernant l'état des immeubles, transférer le coût de leur entretien et de leur réfection aux habitants et orienter les profits de l'exploitation des richesses immobilières et communales à des sociétés privées de gestion, telles sont les lignes principales de la nouvelle politique du logement. Les arguments avancés sont, premièrement, que l'Etat n'a plus les moyens financiers de supporter cette charge et, deuxièmement, que dans tout le monde "civilisé", les propriétaires de logements sont organisés en coopératives ou autres collectifs et gèrent eux-mêmes leurs habitations.

 Cependant, s'il est question de règles "civilisées", il faudrait peut-être que l'Etat se les applique à lui-même. Ainsi que le revendiquent depuis des mois une multitude de manifestants, dans leurs résolutions ou pétitions, il faudrait en particulier que l'Etat reconnaisse la dette qu'il a accumulée à l'égard des habitants qui ont régulièrement payé les charges d'entretien des immeubles aux sociétés étatiques ou communales, alors que dans la majorité des cas cet entretien s'est réduit à un coup de peinture cosmétique dans les entrées d'immeubles, voire s'est traduit par le délabrement du bâtiment. Au premier rang des revendication du mouvement des habitants il y a donc la reconnaissance par l'Etat de sa dette intérieure accumulée durant les années post-soviétiques et la réfection des bâtiments en état de délabrement avancé aux frais de l'Etat. Puisque l'Etat russe trouve les moyens de rembourser sa dette extérieure, il devrait également pouvoir rembourser sa dette intérieure, en tout cas s'il assume ses responsabilités à l'égard de ses propres citoyens au même titre que ses engagements vis-à-vis des créditeurs étrangers.

 En ce qui concerne le second aspect du problème, la gestion des immeubles, nous assistons à une véritable comédie de l'absurde. D'un côté, on déclare aux habitants qu'ils ont le droit de gérer eux-mêmes leur immeuble, et, de l'autre, on fait tout, législativement et dans la pratique, pour empêcher l'autogestion. L'Institut de l'Action Collective (IKD), qui suit de près cet aspect des choses, a déjà accumulé une masse d'informations montrant comment les gens sont forcés de "choisir" une société de gestion imposée le plus souvent par les pouvoirs locaux, comment les mairies et les sociétés communales refusent de livrer aux habitants la documentation concernant leur habitation, comment les pouvoirs locaux refusent de reconnaître les résultats des choix autonomes de gestion émis par les propriétaires d'immeubles en réunion plénière. Ont même été enregistrés des cas de menaces ouvertes et de chantages. Il faut rajouter à ces pressions la désinformation dont sont victimes les habitants. Le plus souvent ne leur parvient que l'information tronquée selon laquelle ils seraient "obligés" de choisir une société de gestion et que le mieux pour eux est de "choisir" la "bonne vieille" société de gestion communale JEK. Les autres modes de gestion sont passés sous silence, tout comme l'obligation pour toutes les sociétés communales, JEK ou autres, d'être privatisées avant juillet 2007.

Outre les sociétés de gestion privées, le nouveau Code du logement permet aux propriétaires de choisir deux autres modes de gestion: la copropriété ou condominium (les copropriétaires créent une association avec personne juridique et élisent un directoire chargé de gérer, directement ou par l'intermédiaire d'une société de gestion, leur immeuble) et la gestion directe (les copropriétaires prennent les décisions essentielles soit en assemblées générales par votes directs, soit par votes par correspondance, la gestion de l'immeuble est placée sous contrôle d'un comité de l'immeuble ainsi que d'un représentant des copropriétaires élu, elle s'effectue par le biais de contrats d'entretien ou de maintenance établis avec des entreprises choisies par les copropriétaires). Cette dernière forme de gestion est celle qui permet le moins aux sociétés de gestion privées et aux pouvoirs locaux d'interférer dans la gestion et de contrôler les flux financiers qui lui sont liés. Aussi en parle-t-on peu, sinon pour dire qu'elle est irréalisable. Pire encore, sous la pression de l'Institut des problèmes de la ville (ultra-libéral), on parle de faire passer un amendement au nouveau Code du logement éliminant cette possibilité d'autogestion. Or, avec la forme de copropriété (qui pèche souvent par son manque de transparence ou de démocratie et pose le problème, dans la législation russe, d'une responsabilité collective des habitants de l'immeuble dans le non-paiement des charges), la gestion directe est la forme la mieux adaptée dans la perspective d'un développement d'un mouvement des habitants. Ceux-ci prennent eux-mêmes collectivement les décisions, élisent un comité et un responsable de l'immeuble les représentant, passent eux-mêmes les contrats d'entretien en négociant les tarifs. Contrairement à l'information tronquée transmise par les médias officiels, des milliers d'immeubles sont déjà passés en autogestion. A Astrakhan notamment, grâce à l'aide active du député de la région Oleg Shein, des centaines d'habitations sont déjà en gestion directe. Cependant, les comités de cogestion se heurtent à d'importantes difficultés, notamment dans leurs rapports avec les fournisseurs des services communaux et les pouvoirs locaux, et ont besoin de soutien juridique et organisationnel. Mais sur la base de ces comités il est possible que se construise un solide mouvement des habitants auto-organisés en comité de cogestion ou de lutte, ce qui se fait déjà en partie dans le cadre de l'Union des soviets (conseils) de coordination de Russie (SKS), réseau des comités locaux de lutte créé en avril 2005 et centrant de plus en plus son activité sur la défense des droits liés au logement.

 En tout état de cause, le pire à éviter sont les sociétés privées de gestion. Au courant de l'année 2006 des milliers d'actions de protestation ont eu pour principal mot d'ordre "non aux sociétés de gestion!". La campagne la mieux coordonnée et la plus conséquente a été menée par le réseau SKS qui a œuvré tout au long de l'année, y compris par l'intermédiaire d'amendements déposés par des députés de l'opposition (surtout Oleg Shein et Galina Khovanskaïa) pour obtenir le report de la date butoir du passage obligatoire aux sociétés de gestion par voie de "concours" organisés par les municipalités (ces sociétés étant imposées aux habitants n'ayant pas choisi d'eux-mêmes le mode de gestion de leur immeuble). Cette date avait déjà été repoussée une première fois, fin 2005, sous la pression de l'opinion publique, au 1er janvier 2006. Alors que le mécontentement allait grandissant à mesure qu'approchait cette date butoir, les députés du Parti du pouvoir ("Russie unie") ont annoncé à grand bruit médiatique leur intention de la repousser une seconde fois. Fin novembre 2006, juste avant les journées nationales d'actions de protestation organisées par le SKS, la Douma d'Etat adoptait effectivement en première lecture un amendement repoussant le délai au 1er janvier 2008. Le mouvement des habitants fêtait déjà la victoire. Or juste avant de partir en vacances de fin d'année, le 22 décembre, les députés ont adopté en deuxième et troisième lecture (définitive) un amendement complètement réécrit par le lobby des réformes selon lequel les municipalités obtiennent le droit (mais n'ont pas l'"obligation", toute la subtilité est dans ces termes!) d'organiser les concours pour sélectionner les sociétés de gestion heureuses bénéficiaires du marché de la gestion des habitations. Ces concours peuvent commencer au 1er janvier 2007 et doivent obligatoirement s'achever avant le 1er mai 2008. Ce tour de passe-passe éhonté est tenu dans le plus grand secret, les grands médias annonçant le report du délai d'un an et les députés de l'opposition dénonçant le scandale faisant l'objet d'un blocus médiatique. La conséquence est dramatique: la majorité de la population est persuadée d'avoir obtenu un répit d'un an pour éviter de passer sous contrôle des sociétés de gestion, ce qui va sans doute freiner d'autant le développement du mouvement d'autogestion.

 Pour toutes ces raisons il est urgent de développer rapidement un mouvement social massif des habitants en favorisant leur auto-organisation en comités d'immeubles capables de résister aux appétits des sociétés de gestion et à la politique ultralibérale du pouvoir dans le domaine du logement. Malheureusement, les partis de gauche traditionnels ne comprennent guère l'importance de ce mouvement et se contentent trop souvent d'organiser des actions de protestation épisodiques en exigeant de l'Etat qu'il se soucie du droit des citoyens au logement. Beaucoup de partis appellent au boycott des réformes, ce qui en l'occurrence risque de se traduire par l'encouragement à l'attentisme des habitants.

 L'Union des Soviets (Conseils) de Coordination de Russie (SKS)

 Non sans conflits internes concernant la tactique à adopter pour contrer les réformes, le réseau SKS est tout de même le seul à réellement mener une campagne conséquente pour l'auto-organisation des habitants et la défense de leurs droits et intérêts face aux sociétés de gestion et aux pouvoirs locaux et fédéraux. Au cours de l'année 2006 l'Union des soviets a initié trois importantes actions coordonnées au niveau interrégional dans le cadre de sa campagne "Pour une politique sociale du logement". Ce fut, du 12 février au 18 mars, le "mois d'actions de protestation", puis les journées d'action du "mouvement des habitants" des 27-29 octobre dans le cadre des Journées Mondiales Zéro Expulsions de l'Alliance Internationale ds Habitants, et enfin celles des 1-3 décembre. Ces dernières journées d'action ont été organisées pour soutenir les amendements progressistes déposés par les députés de l'opposition, pour exiger le report de la date du début des concours pour l'attribution des habitations aux sociétés de gestion, ainsi que pour revendiquer le respect par l'Etat de sa dette envers les habitants pour services d'entretien d'immeuble non rendus. Début décembre, plus de 32 actions (rassemblements, manifestations, blocages de rues) ont ainsi eu lieu dans 24 régions du pays, auxquelles ont participé environ 10 000 personnes au total. En termes de rayonnement géographique, de mobilisation collective et de coordination, ces journées ont été un succès. Malheureusement, l'impact médiatique a été plus que faible, les grands médias ignorant complètement cette mobilisation. Il faut d'ailleurs bien reconnaître que le réseau SKS, du fait de son caractère de coordination horizontale et non-partisane, a du mal à se constituer une image médiatique, d'autant plus que les ressources lui manquent cruellement et qu'il s'inscrit dans une nette opposition au pouvoir en place, tant au niveau local que fédéral. Des cas de répression de militants sont également à signaler, notamment dans la région de Moscou (la ville de Khimki), où l'un des organisateurs d'un rassemblement interdit par les autorités locales a été emprisonné pendant 10 jours sous un prétexte fallacieux.

 Les actions les plus massives se sont produites à Ijevsk (Oural), Novosibirsk (Sibérie) et Kirov (Oural). A Ijevsk plus de 2000 personnes ont répondu à l'appel du Soviet de coordination des actions citoyennes, dirigé par Andreï Konoval. Le bon niveau de participation à la manifestation s'explique surtout par le travail qu'effectuent les militants de ce Soviet depuis des mois pour organiser les habitants dans différents comités de lutte ou de défense de leurs droits. Le rassemblement alternatif organisé pour des raisons purement politiciennes par les partis politiques (PC y compris) n'a recueilli, le même jour, que 250 participants, exclusivement des militants politiques et non des habitants. Il faut noter par ailleurs les succès remportés localement par le Soviet, à commencer par l'élection de Konoval à la Douma municipale. A son initiative, les députés municipaux ont adopté en novembre une déclaration adressée à la Douma régionale demandant le déblocage de fonds pour la réfection des habitations. De plus, grâce à la mobilisation des habitants, la Mairie de la ville d'Ijevsk est en train d'intégrer les amendements exigés par l'association locale des Comités d'immeubles à l'accord-cadre régulant l'activité de la société de gestion municipale appelée à être privatisée.

 A Novosibirsk, le rassemblement, organisé par le Comité d'actions solidaires, a vu la participation de plus d'un millier de personnes. Après plusieurs mois de non-activité, cette mobilisation est en quelque sorte un test réussi d'un renouveau des actions unitaires rassemblant de nombreux partis et associations.

 A Kirov, grâce en particulier au travail efficace du leader du Comité local d'actions de protestation, Valeri Touroulo, par ailleurs député de la Douma régionale et membre du Parti communiste ouvrier de Russie, la manifestation a rassemblé autour de 1200 personnes. Dans cette ville, depuis la Conférence interrégionale du SKS à Saint-Pétersbourg le 13 juillet, ont été fondés plus d'une vingtaine de comités d'immeubles, réunis en un Comité de coordination. De plus, à l'initiative de Touroulo, les députés régionaux ont adopté une déclaration adressée à la Douma Fédérale demandant une révision substantielle du nouveau Code du logement et un report du délai pour le passage aux sociétés de gestion.

 A Kaliningrad, où la fondation du Soviet de coordination est toute récente, la mobilisation a été organisée par le PC et a rassemblé près de 2000 personnes. Aux revendications communes au mouvement des habitants, les organisateurs avaient ajouté des mots d'ordre plus généraux concernant la remise en cause des garanties sociales des retraités.

 A Ekaterinbourg, alors que cette ville accueillait le Congrès du parti du pouvoir "Russie unie", contre lequel étaient, entre autres, dirigées les journées d'actions du SKS, les mobilisations ont été rendues difficiles par le refus des autorités locales d'accorder les autorisations nécessaires à l'organisation de manifestations. Néanmoins, plusieurs partis politiques et associations, notamment le mouvement local des habitants des foyers de travailleurs ont néanmoins fait le piquet de grève devant le lieu du Congrès. Au total, plus d'un millier de personnes ont transgressé l'interdiction de manifester.

 Dans les autres villes, la mobilisation a été moindre, mais s'est accompagnée d'un travail d'information des habitants. Dans la petite ville sibérienne de Krasnoobsk, le Soviet des associations a rassemblé 150 personnes lors d'un meeting le 2 décembre, puis une assemblée des représentants de 30 immeubles a eu lieu le lendemain, afin de mettre au point une stratégie commune d'actions.

 A Perm, le rassemblement du 1er décembre (à la lumière des flambeaux, la nuit tombée) a réuni 150 participants, en majorité des militants du mouvement local des foyers des travailleurs, des représentants des comités d'immeubles et des militants du Soviet local des actions de protestation. Le nombre de participants aurait sans doute été plus nombreux si les autorités locales n'avaient pas refusé l'autorisation de manifester devant le Parlement régional, lieu traditionnel d'organisation des actions collectives de protestation. Des élections régionales ayant lieu le lendemain, le mot d'ordre "rayez le bulletin de vote!" a été rajouté aux revendications communes.

 A Toliatti le rassemblement, organisé par le Comité de résistance citoyenne, a réuni 500 personnes. Les médias locaux ont boudé l'événement. Aux revendications communes s'ajoutait celle de maintenir les abonnements préférentiels aux transports en commun pour les retraités.

 A Oufa, où le mouvement d'opposition subit de fortes pressions (convocations au poste et interrogatoires "préventifs" des leaders), les militants du "Bataillon du quartier 570" ont tout de même réussi à rassembler autour de 500 personnes, avec pour principale revendication l'opposition aux démolitions des habitations administrativement déclarées "délabrées" du centre-ville. Là encore, l'action, prévue à l'origine sur la place centrale devant le Parlement régional, a dû être excentrée du fait de l'opposition des autorités locales.

 A Tioumen, à l'appel du soviet local et autour du populaire député régional Alexandre Tcherepanov (Parti communiste ouvrier de Russie et leader du soviet), se sont mobilisées autour de 300 personnes.

 Dans la région de Moscou, des rassemblements de 100 à 250 personnes ont eu lieu dans une dizaine de villes de banlieue. La manifestation dans la ville de Khimki a été interdite. Pire, alors qu'il distribuait des tracts, un jeune militant du comité local et des jeunesses de gauche a été arrêté et, après passage éclair devant tribunal, jeté en prison pour 10 jours! A sa libération, le 23 décembre, un rassemblement a eu lieu sous forme de "rencontre avec un député" (Viktor Tioulkin, député de l'opposition à la Douma fédérale), seule forme garantissant les manifestants des représailles des autorités locales.

 A Saratov, où la mobilisation est moindre, le rassemblement a réuni une centaine de personnes.

 A Omsk, par une température glaciale de -20 degrés seule une cinquantaine de personnes ont trouvé le courage de participer au piquet d'information organisé par le mouvement des habitants des foyers de travailleurs, le Confédération sibérienne du travail, l'association pour la défense du droit au logement des orphelins et le Comité des actions de protestation.

 Plusieurs piquets d'information, successivement dans différents quartiers, ont eu lieu également à Penze, Tomsk et à Saint-Pétersbourg. Dans cette dernière ville a, de plus, été organisée une Conférence générale des militants du Mouvement pour les initiatives citoyennes et de l'association "Maison de l'espoir", qui a rassemblé plus de 150 personnes autour du mot d'ordre "La législation du logement pour le bien du peuple!". Entre autres actions et déclarations discutées, décision a été prise d'initier un référendum populaire sur la question de construction de méga-projets immobiliers mettant en danger l''architecture" historique et l'équilibre écologique de la ville, en particulier un gigantesque bâtiment pour l'entreprise monopolistique Gazprom. La manifestation prévue pour le 5 décembre devant le Parlement régional avait été interdite.

 A Samara, avec l'aide d'un comité d'initiative lié au réseau SKS, se sont mobilisés les habitants des villages attenants à la ville, protestant contre le redécoupage administratif qui les privaient du statut de quartiers intégrés à la ville et donc de nombreuses garanties sociales liées à ce statut.

 Enfin, à Moscou même, où la mobilisation des habitants par rapport aux questions du Code du logement est moindre étant donné la richesse du budget municipal et la politique populiste du maire Iouri Loujkov qui maintient des tarifs et des conditions préférentielles pour les habitants de la capitale, le comité d'initiative avait décidé de renoncer au traditionnel rassemblement minoritaire pour organiser une assemblée des groupes d'initiative des habitants. Quelque 150 personnes y ont participé et ont décidé de mettre en place un Comité de coordination pour le développement de l'autogestion.

 La politique de la ville et le mouvement contre les démolitions d'immeubles et les "constructions sauvages"

 Toute l'année passée a été marquée des conflits ininterrompus dans les quartiers contre les constructions dites "sauvages" (constructions concentrées de nouveaux immeubles à proximité des habitations existantes ou en rupture avec les normes écologiques) ainsi que contre les démolitions d'habitations jugées administrativement "délabrées" ou gênant tout simplement la construction de nouveaux ensembles immobiliers. Presque chaque jour apporte sa nouvelle d'un conflit engagé par les habitants de tel ou tel quartier dans l'une ou l'autre ville, les habitants se mobilisant le plus souvent de façon spontanée et des associations ou partis politiques leur accordant assez rapidement leur soutien. Dans nombre de cas, les actions prennent un tour assez radical, les habitants faisant le blocus du terrain à construire, empêchant les démolitions, l'abattement des arbres, se couchant sous les bulldozers, organisant des camps permanents d'alerte, ou s'introduisant dans les préfectures. La lutte des habitants de ce quartier de maisonnettes privées de la banlieue moscovite de Boutovo, l'été 2006, que la Mairie de Moscou voulait raser pour y construire à la place de grands immeubles, a fait beaucoup parler d'elle et a obtenu le soutien d'une grande partie de l'opinion publique.

 L'enjeu est de taille puisqu'il s'agit rien de moins que des terrains à construire, qui se font rares (et valent de l'or) dans les grandes villes. Les municipalités font des tours de passe-passe pour déclarer ainsi du jour au lendemain une habitation "délabrée" selon des normes douteuses, ou pour classer un terrain "réserve municipale" et déloger sous ce prétexte des propriétaires relogés dans des endroits qu'ils ne choisissent pas ou indemnisés selon des critères flous.

 Contre la montée du mouvement de protestation, les hommes politiques parlent de plus en plus de menace d'extrémisme et de groupes politiques incitant les habitants à des actions "extrémistes". Des initiatives sont en cours pour réformer la législation sur l'extrémisme en en élargissant la portée afin de mieux combattre les actions spontanées d'opposition aux chantiers immobiliers.

 Concernant le mouvement de résistance à la spéculation immobilière, dans son ensemble, il est peu structuré et coordonné. Agissent de façon relativement isolée les uns des autres des groupes d'initiative d'habitants de quartiers. Cependant, la tendance est à la recherche de contacts et à l'établissement de réseaux, plus ou moins importants, dans lesquels participent, entre autres, les comités ou soviets de coordination des luttes. La formation d'un vaste mouvement unitaire est freinée par le manque de moyens, la faiblesse de la conscience de défendre des intérêts communs, ainsi que par le jeu des organisations politiques cherchant souvent à utiliser ces initiatives d'habitants à leurs propres fins.

 Néanmoins, le mouvement devrait se développer encore dans les années à venir, la pression des sociétés immobilières et des pouvoirs locaux allant croissant. Et la législation suit, enlevant de plus en plus de droits aux habitants et renforçant les marges de manœuvre des groupes immobiliers, pour la plupart liés aux pouvoirs locaux. Ainsi ont été adoptés des amendements au Code d'aménagement du territoire abolissant l'obligation de l'expertise écologique préalable aux projets immobiliers. Sont en cours d'examen à la Douma d'Etat des amendements ou projets de loi élargissant les possibilités de confiscation des terrains par les mairies pour "besoins municipaux" définis au plus vague et facilitant la tâche aux sociétés immobilières. Tout cela au nom de la nécessité de régler le problème du manque de logements. Mais les associations et les habitants délogés contestent cet argument, faisant valoir que les nouvelles constructions ne concernent pas les logements sociaux mais les centres d'affaires ou de divertissement et les immeubles de luxe.

 En fait, dans la plupart des cas, la nouvelle politique urbaine correspond effectivement aux intérêts des grands groupes immobiliers liés aux pouvoirs locaux et ignorent les besoins sociaux ainsi que les normes sanitaires ou écologiques.

 Le problème des foyers de travailleurs et le mouvement des habitants des foyers

 Le problème de ces habitants vivant depuis des dizaines d'années dans des foyers de travailleurs dans l'attente d'un relogement est que leur existence a tout simplement été ignorée par le nouveau Code du logement, qui ne traite absolument pas de la question. Sous la pression d'actions massives de protestation de ces habitants constitués en mouvement relativement bien structuré au niveau fédéral, le pouvoir, en la personne du Président Vladimir Poutine, s'est exprimé pour reconnaître à ces habitants le droit de privatiser leur logement dans les foyers en question.

Au cours de l'année 2006, le mouvement des habitants des foyers de Russie (officiellement fondé lors du Forum social de Russie de juillet et entretenant des liens d'étroite coopération avec le réseau SKS) a organisé deux actions unitaires au niveau fédéral, les 5 mars et 30 septembre, auxquelles ont participé des dizaines de villes. De plus en plus de victoires sont à enregistrer au niveau juridique également, les habitants des foyers municipaux se voyant reconnaître le droit de privatiser leur logement en foyer.

De nombreux problèmes demeurent cependant non résolus. D'une part, la législation n'a pas réglé le cas de nombreux foyers municipaux illégalement "privatisés" par les entreprises ou des administrations fédérales dans les années 90. Or les habitants des foyers non municipaux se voient privés du droit de privatiser leur logement, et les privatisations des années 90 ne peuvent être remises en question, le délai d'appel en justice (ramené à trois ans sous Poutine) étant dépassé. De plus, le problème se pose des risques d'expulsion des habitants des foyers en cas de changement de propriétaire, ou même tout simplement en cas d'arbitraire des propriétaires en place cherchant à se faire une rente immobilière en transformant, par exemple, les foyers en hôtels ou en augmentant démesurément les loyers.

 Or les amendements des députés de l'opposition (Khovanskaïa, Shein, Tioulkin, etc.), qui règlent au moins partiellement ces problèmes, n'ont été adoptés qu'en première lecture, le 28 juin dernier. Les seconde et troisième lectures n'ont toujours pas eu lieu, sans doute sous l'influence du lobby défendant les intérêts des entreprises propriétaires de foyers, sans doute également du fait d'une certaine démobilisation du mouvement des habitants des foyers, une partie d'entre eux (habitants des foyers municipaux) ayant plus ou moins obtenu la défense de leurs droits devant les tribunaux.

 Les pyramides immobilières et le mouvement des "co-investisseurs trompés"

 Le dernier problème à évoquer concerne ces petits épargnant ayant placé toutes leurs économies dans la construction d'immeubles avec promesse d'y obtenir leur appartement et qui ont tout perdu, épargne et appartement, à la suite de la faillite de sociétés immobilières véreuses qui ont disparu en plein milieu de chantier. Cette vaste escroquerie, qui a souvent reçu l'aval des pouvoirs locaux se faisant caution des sociétés immobilières en question, est largement médiatisée, en partie parce qu'elle touche la mythique "classe moyenne" russe en formation, en partie parce que le mouvement des "co-investisseurs trompés", ainsi qu'ils s'intitulent eux-mêmes, est particulièrement bien structuré, possède quelques moyens (la grande masse de ces "trompés" étant des petits entrepreneurs ou jeunes familles) et bénéficie de l'aide de certains professionnels de la communication touchés personnellement par le problème. Enfin, le mouvement n'hésite pas à entreprendre des actions radicales (grèves de la faim, squat de locaux administratifs ou d'immeubles non terminés, camps de tente, y compris devant la Maison blanche - action sévèrement réprimée en mai dernier), puisque, du dire même des participants, ceux-ci "n'ont plus rien à perdre, ayant déjà tout perdu". Ils se battent pour obtenir le règlement de leur situation au niveau fédéral par l'adoption d'une loi leur garantissant d'obtenir le logement qu'ils ont déjà payé.

 Le mouvement étant fortement médiatisé, il fait l'objet ces derniers mois, de tentatives de séduction par diverses forces politiques, y compris dans l'orbite du pouvoir en place. Ce qui a déjà produit des scissions au sein du mouvement, notamment entre l'une des tendances, plutôt encline à soutenir les initiatives du parti du pouvoir "Russie unie" promettant de régler le problème par l'adoption d'une nouvelle loi prévoyant le remboursement des "co-investisseurs", et une autre tendance, plus liée à la nouvelle formation politique d'opposition à "Russie unie", le parti "Russie juste", et proposant un projet de loi alternatif.

 Pour le moment, malgré les promesses et déclarations des uns et des autres, le problème n'est absolument pas réglé, et le mouvement de protestation devrait donc perdurer.

 En conclusion, retenons que le mouvement social des habitants est celui qui se développe le plus dynamiquement et le plus en lien avec les initiatives spontanées de la population. Ses revendications principales portent sur des révisions en profondeur de la législation en matière de logement, de construction immobilière et de politique de la ville. Or les réformes en cours initiées par le pouvoir en place et les lobbies immobiliers allant dans le sens contraire à celui désiré, le mouvement devrait encore prendre de l'ampleur dans l'année à venir, malgré les tentatives de récupération et les répressions qui sont à prévoir.

 

rédigé fin décembre 2006 par Article Carine Clément, directeur de l'Institut de l'Action Collective (www.ikd.ru) et membre du Comité de travail du réseau Union des Soviets de Coordination de Russie (SKS

 

Carine Clément agressée en Russie, par Anne Le Huérou (Le Monde ...

 

 

 

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13 août 2018

INFOBREF N°515-La chasse aux RTT est ouverte-Russie sur la réforme des retraites

INFOBREF N°515

Supprimer des RTT, une tentation pour les employeurs

Certaines entreprises veulent renégocier les accords mis en place lors de l'entrée en vigueur des 35 heures, mais l'idée rencontre une forte opposition.

Source AFP

Publié le 29/05/2015 à 12:44 | Le Point.fr

 Les RTT, symboles des 35 heures, vont-elles se réduire comme peau de chagrin? Pour certains employeurs, piocher dans cette manne est une tentation pour s'adapter à l'activité, mais comme à l'AP-HP, l'idée rencontre en général une forte opposition. "Il y a actuellement une montée en puissance d'une réflexion sur la renégociation des 35 heures" dans beaucoup d'entreprises, explique à l'AFP Sylvain Niel, juriste chez Fidal. Certaines "ont négocié des accords qui ne leur semblent plus adaptés", dit-il, en donnant l'exemple d'une célèbre enseigne de la distribution. Elle avait négocié à la fin des années 90 un "accord hallucinant" : "33 heures par semaine" sans perte de salaire ni contrepartie de flexibilité. Résultat, "les employés viennent quatre jours par semaine, quel que soit le volume d'activité, y compris pendant les fêtes, et l'entreprise essaye de sortir de cet accord".

Avec les lois Aubry (2000), la durée légale hebdomadaire du travail a été abaissée de 39 à 35 heures pour créer de l'emploi. Pour une partie des salariés, cela s'est traduit par une semaine allégée ou l'octroi de jours de congés supplémentaires, les fameuses "RTT". Pour les autres, davantage d'heures supplémentaires bonifiées. Ce sont surtout les salariés des grandes entreprises qui ont profité des nouvelles journées de liberté. Dans "l'engouement" des 35 heures, les entreprises "ont souvent voulu maintenir le temps de travail à 39 heures et se sont retrouvées avec quatre semaines de RTT", soit 20 jours, "un calcul arithmétique" qui a abouti à "un volume assez significatif", explique à l'AFP Jean-Paul Charlez, président de l'Association nationale des DRH (Andrh).

Un mauvais calcul ?

Depuis, la "tendance" est "d'aller vers 10-11 jours de RTT". Pas facile, "c'est toujours un sujet sensible", "en termes d'avantages acquis, on s'acclimate assez vite", note Jean-Paul Charlez. Les entreprises peuvent proposer de troquer les jours de repos contre des hausses de salaire, mais elles hésitent à remettre à plat leurs accords, car dénoncer un accord, c'est "un petit peu une déclaration de guerre", dit-il. Si elles hésitent, c'est aussi parce que pour financer le maintien des salaires, ces accords ont été assortis de remises en cause "d'avantages acquis", comme des journées de pont offertes ou la longueur des pauses, explique Me Niel. "Faire sauter" les contreparties pourrait être au final un mauvais calcul.

Beaucoup d'entreprises ont néanmoins revu assez vite leurs accords. Dès 2003 lorsque les aides de l'État n'ont plus favorisé celles ayant signé des accords 35 heures, "elles ont dit : les règles du jeu ont changé, on touche moins d'aides donc il faut renégocier les contreparties", selon l'économiste à l'OFCE Eric Heyer. Bosch a été "le cas le plus médiatisé". L'équipementier automobile a fait accepter en juillet 2004 par 98 % des 820 salariés de son usine de Vénissieux (Rhône) la semaine de 36 heures et la perte de six jours de RTT pour éviter une délocalisation en République tchèque et sauver 300 emplois.

Un chèque pour travailler plus

Quand l'activité diminue, "la durée du travail est une variable d'ajustement" (chômage partiel, prises de RTT imposées... ) pour réduire le coût du travail, explique Eric Heyer. Mais entre 2008 et 2011, elle l'a "moins" été en France, où les entreprises ont eu davantage recours aux suppressions de postes, qu'en Allemagne. Lorsque les entreprises jouent sur le temps de travail, elles optent plutôt pour l'augmenter mais "sans augmenter les salaires", note l'économiste. Il évoque les accords signés en 2013 par Renault et PSA, mais assortis de suppressions d'emploi, comme chez Air France, où le personnel au sol a perdu entre 7 et 11 RTT depuis 2012.

Aujourd'hui, outre l'AP-HP, Areva et EDF ont mis le dossier sur la table. Dans les médias, après beaucoup d'autres, l'AFP a aussi ouvert des discussions. À EDF, afin d'inciter les 30 000 cadres à passer au forfait jours, et donc travailler 212 jours (au lieu de 196), la direction propose "un chèque de 10 000 euros". Mais, selon Laurent Langlard (fédération mine-énergie CGT), les discussions que la direction voudrait boucler avant l'été sont "dans l'impasse".

Avantages acquis SUR QUI ?

Les avantages acquis sont forcément pris sur le dos d'une ou des catégories qui n'y ont pas droit ! Comme par exemple tous les indépendants... Elle est belle la prétendue solidarité sur le dos des autres.

ASSURANCES-Covéa : des salariés en bagarre

Après une première grève le 22 juin qui succédait aux actions réussies des 5 et 14 juin, les salariés de MMA ont à nouveau fait grève ce lundi 2 juillet contre les conditions de mise en application du statut commun Covéa (MAAF, MMA et GMF), moins favorable sur certains aspects. Ils se défendent et ils ont bien raison !

 Accord sur le temps de travail à la GENERALI

les syndicats FO et CGT sont confrontés à la dichotomie dans laquelle ils se sont eux même mis en signant un accord sur le télétravail. Ils se retrouvent en difficultés suite à l' annulation par la cour d' appel de Paris de l' accord sur le temps de travail . Ils avaient contestés cet accord, parce qu'il « imposait jusqu’à 5 jours de travail non payés sans subordonner son application à la signature d’avenants aux contrats de travail » .Voilà encore une curieuse contestation, appuyant essentiellement sur le droit et oubliant l' indispensable mobilisation des travailleurs , ils veulent sauver leur accord sur le télétravail sachant très bien où le télétravailpeut mener. C' est une véritable duperie que de laisser croire que la direction de la Générali veut liquider l' accord sur le télétravail qui touche 1200 salariés elle y a bien trop intérêt a maintenir le télétravail

Vent debout contre la suppression de RTT au centre hospitalier d’Angoulême

A La UneAngoulême

Publié le 31/05/2018 à 6h59 par Antoine Beneytou.

La direction du centre hospitalier d’Angoulême souhaite faire travailler les agents six minutes de moins par jour et supprimer trois RTT.

Tout est parti d’un Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire déclenché sur la souffrance au travail, en juillet 2017, au centre hospitalier d’Angoulême. À cette époque, débute un cycle de concertation entre direction et syndicats. Qui aboutit le 22 septembre à une proposition de la direction de réorganiser le temps de travail.

Comment ? En faisant travailler les agents six minutes de moins chaque jour. Ce qui entraînerait la suppression de trois journées de RTT. C’est là que le bât blesse pour les syndicats FO, CGT et CFDT regroupés en intersyndicale et farouchement opposés à ce nouveau protocole. Ensemble, ils ont signé un tract intitulé " Monologue de la direction : “j’écoute tout, je décide” ", dénonçant ainsi la méthode "unilatérale" appliquée par leur hiérarchie.

"On a travaillé avec eux, mais rien n’a été retenu pour améliorer les conditions de travail », indique Stephen Largeaud, de la CGT. Le 14 mai dernier, lors d’un comité technique d’établissement (CTE), des agents étaient venus exprimer leur "souffrance à exercer leur métier dans des conditions de travail délétères" est-il écrit dans le tract. Lors de ce CTE, les syndicats se sont ainsi opposés à ce projet.

Application de la loi Travail. Suppression des RTT chez Bouygues Telecom

Après SFR, c’est au tour de Bouygues Telecom de profiter des vacances pour « réorganiser » le travail de ses salariés : il prévoit en effet de troquer leurs RTT contre une faible hausse de salaire. Le 15 septembre, nouvelle date de mobilisation contre la loi travail, se profile déjà dans la sphère du télécom. Manon Véret-Gay

mercredi 17 août 2016

Donne-moi tes RTT, je te donnerai 2% de ton salaire

Il y a quelques semaines, SFR supprimait 5000 emplois, soit un tiers de ses effectifs. Aujourd’hui, Bouygues Telecom veut supprimer les RTT de ses salariés au nom de la réorganisation du temps de travail. L’entreprise troquerait leurs RTT contre une « augmentation » de salaire, plus que symbolique. Les employés pourront ainsi abandonner leurs 23 jours ou 11 jours (selon leur catégorie) pour une hausse de salaire de 2%. Les cadres, quant à eux, peuvent aussi jouir de cette augmentation de salaire, avec une hausse de 1,5% pour deux jours de RTT en moins, sur les quatorze jours qu’ils possèdent.

Avant sa signature, cet accord doit être consulté par les instances représentatives du personnel à la rentrée. La CFDT Bouygues dit s’opposer à ce projet car y voit la mise en difficulté de la gestion des équipes, puisque tous les employés n’auraient pas le même nombre de jours de récupération. Pourtant d’ici la rentrée, elle souhaite bien obtenir une amélioration du projet, preuve que la CFDT, dont la centrale a été le principal appui à la loi Travail, n’est pas radicalement opposée à son application chez Bouygues, à travers l’accord prévu par la direction.

Suppression des RTT, suppression d’emplois

Ce troc de RTT contre une moindre augmentation de salaire se ferait déjà sur la base du volontariat, pour les personnes qui sont employées à ce jour chez Bouygues, mais deviendrait imposé aux personnes nouvellement employées. Par conséquent, cela mènerait sur un plus long terme à une augmentation généralisée du temps de travail pour toutes et tous, les gels de salaire faisant fondre comme peau de chagrin la pseudo-augmentation pour les personnes déjà en poste. Selon Azzam Ahbad sur Bbox Actus, délégué syndical central CFDT, « les services dédiés à la relation client sont les plus menacés par la mise en place de ces accords, qui se traduiraient par le non-remplacement des départs. ». Après la suppression de 1400 postes en 2014, Bouygues souhaite continuer à massacrer l’emploi, sur fond d’intensification et d’automatisation du travail, et de hausse du temps de travail pour les salariés.

En effet, un employé dans un centre d’appels, ayant gardé l’anonymat, explique qu’ils ont « été informés d’une révision à la baisse des volumes d’appels à traiter dans les trois prochaines années. ». Les relations clients tendent à être de plus en plus « digitalisées ». L’opérateur Free par exemple, utilise déjà un système robotique capable de communiquer avec ses clients. Le besoin toujours amoindri de répondre physiquement au téléphone pour un client implique, de fait, de nouvelles suppressions d’emplois.

Bouygues, SFR et tous les autres : même combat

Le 15 septembre est la prochaine date de mobilisation contre la loi Travail. La CGT SFR y appelle déjà afin de lier leurs revendications à celle de l’abrogation de la loi travail. C’est donc une date dont les travailleurs des entreprises télécoms, comme nous tous, doivent se saisir pour dénoncer cette politique de suppression d’emplois et affirmer leurs revendications. Contre la loi des patrons, abrogation de la loi travail et de tous ses avatars !

Poutine mis à mal en Russie sur la réforme des retraites

Elisabeth Studer Actualités, Economie 3 commentaires

Poutine mis à mal en Russie sur la réforme des retraites

Poutine avait l’air un peu plus discret ces derniers jours … on aurait pu mettre cela sur le compte de la retombée de la fièvre du Mondial … Mais au final, le Président russe se trouve confronté à des difficultés internes.

Manifestation à Moscou

Plusieurs milliers de personnes ont en effet défilé dimanche dans les rues de Moscou, la capitale russe, pour protester contre un projet de réforme du système des retraites. Ce dernier est contesté par l’immense majorité de la population et érode dangereusement la popularité du président Vladimir Poutine.

L’appel à manifester contre le relèvement de l’âge de la retraite rencontre un écho de plus en plus fort dans la société russe. Ce qui est rare, s’agissant d’une réforme soutenue par le président. La veille, déjà, samedi 28 juillet, plusieurs milliers de Russes étaient descendus dans les rues à travers le pays.  L’ONG White Counter affirme que plus de 6.000 personnes se sont réunies dimanche tandis que la police estime à près de 2.500 le nombre de participants.

Dans le cadre du rassemblement organisé par le Parti libertarien, de nombreux manifestants ont scandé des slogans hostiles au chef d’Etat, qu’ils ont qualifié de “voleur” . Réclament parallèlement que “le tsar s’en aille“.

Le projet de relèvement de l’âge de la retraite fait déborder le vase

La réforme propose de relever l’âge de la retraite en Russie, progressivement, à partir de 2019. Ce dernier passerait ainsi de 60 à 65 ans pour les hommes et de 55 à 63 ans pour les femmes. Si le texte était adopté, cela serait une première dans le pays depuis plus de 80 ans. Certes, l’espérance de vie de la population russe est passée de 65,5 ans en 2005 à 72 ans en 2016.

Le sujet est d’autant plus important en Russie que les retraités constituent un quart de la population russe. Leur pension est estimée à 12 000 roubles (165 euros), un niveau très bas qui oblige nombre d’entre eux à travailler.

La Coupe du Monde n’aura pas permis de noyer le poisson ….

L’annonce de ces mesures avait été faite le jour-même de l’ouverture de la Coupe du monde de football en Russie. Histoire de noyer la bien mauvaise nouvelle dans un torrent d’euphorie. Le Premier ministre, Dmitri Medvedev, avait alors « vendu le projet » en quelque sorte, en affirmant qu’il permettrait d’augmenter le montant des retraites et d’allouer davantage de fonds publics à la relance de la croissance.

Autre argument invoqué : un rééquilibre du marché du travail. Le taux de chômage, qui s’élèvera à 5,1% en 2018 selon le cabinet Macro-Advisory, est «déjà à un niveau bas record et, à moyen terme, nous risquons de manquer de main-d’œuvre. C’est déjà le cas dans plusieurs régions», avait ajouté le Premier Ministre.

Précisons que Vladimir Poutine n’avait pas évoqué cette réforme lors de la campagne électorale qui a précédé sa réélection le 18 mars dernier …

La deuxième lecture du texte, initialement prévue pour le 18 août, a été reportée au 24 septembre.

Reste, que selon un sondage paru récemment, 90% des Russes sont opposés à une telle réforme. Une pétition demandant son abandon a d’ores et déjà recueilli trois millions de signatures sur internet.

Des manifestations dans tout le pays samedi

Samedi, 100 000 personnes selon les organisateurs, seulement 10 000 d’après des journalistes présents, ont pris part au rassemblement à Moscou. Les manifestants lançant de vibrants appels tels que « nous voulons vivre de nos retraites et ne pas mourir au travail ».

Des milliers de personnes se sont également rassemblées dans plusieurs autres villes, de l’ouest à l’Extrême-Orient. L’agence Tass a fait état de 1 200 personnes à Novossibirsk, en Sibérie occidentale.

La cote de Poutine en nette baisse

Cette opposition manifeste a d’importantes répercussions sur la popularité de Vladimir Poutine. Cette dernière a même baissé en juillet. Et ce, même en pleine la Coupe du monde, alors que la bonne organisation russe de l’événement a été saluée de toute part. Selon le centre russe d’études de l’opinion (VTsIOM), elle serait ainsi passée de 80 % en mai à 64 %.

Sources : Reuters , La Croix, AFP, Le Figaro

Grève: Ryanair annule 250 vols supplémentaires le 10 août

Les pilotes allemands de la compagnie low cost rejoignent le mouvement de grève européen. Les vols annulés sont au départ et à destination de l'Allemagne.

Source AFP

Publié le 08/08/2018 à 14:42 | Le Point.fr

La compagnie a promis que 85 % des 2 400 vols seraient assurés le vendredi 10 août.

© NurPhoto/ Nicolas Economou

La compagnie à bas coût Ryanair a annoncé, mercredi 8 août, l'annulation de 250 vols au départ et à destination de l'Allemagne après que ses pilotes allemands ont annoncé rejoindre un mouvement de grève européen vendredi 10 août. Précédemment, l'entreprise irlandaise avait annoncé les annulations de 146 vols en raison de grèves de pilotes le 10 août en Suède, en Belgique et en Irlande. Quelque 85 % des 2 400 vols Ryanair doivent être néanmoins assurés ce jour-là, a promis la compagnie lors d'une conférence de presse à Francfort, sans préciser le nombre total de passagers concernés par ce mouvement social intervenant en pleine période de vacances d'été.

« Nous regrettons la décision (du syndicat) Vereinigung Cockpit de maintenir cette grève qui n'était pas nécessaire », a indiqué le patron du marketing de Ryanair, Kenny Jacobs. Le syndicat allemand des pilotes avait annoncé rejoindre le mouvement de grève européen, accusant l'entreprise irlandaise de ne pas avoir « la volonté de s'engager dans de réelles négociations salariales ». Le transporteur à bas coût a, lui, affirmé que Cockpit avait décidé d'aller au conflit malgré une proposition de convention collective révisée présentée le 3 août, trois jours avant l'expiration de l'ultimatum posé par le syndicat. Ce dernier a aussi, selon Ryanair, refusé un round de négociations mardi.

Lire aussi - Pourquoi le prix des billets d'avion fluctue autant (et comment en profiter)

« Nos pilotes en Allemagne ont d'excellentes conditions de travail. Les salaires peuvent atteindre 190 000 euros par an (...) et ils ont reçu 20 % d'augmentation de salaire cette année », assure Kenny Jacobs dans un communiqué. Le mouvement social, qui concerne quelque 480 pilotes basés dans une dizaine d'aéroports allemands, débutera vendredi à 1 h 1 GMT (3 h 1 heure locale) et s'achèvera samedi 11 août à 0 h 59 GMT (2 h 59 heure locale).



 

 

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03 août 2018

I Gafa e la legge del valore

I Gafa e la legge del valore

di Gérard Bad.



Gafa2

Siamo d’ accordo nel dire che i GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon)  non creano valore finché si presentano come una mediazione,  che ha una importanza non superiore a quella della pubblicità. E, ancora, sul fatto che questa mediazione sia piuttosto particolare, dal momento che le sue ramificazioni penetrano dovunque (1) per succhiare informazioni e dati in tempo reale, per poi commerciarle. Possiamo dire che l’ informatizzazione della società è l’ infrastruttura su cui si innesta quella dei Gafa: e quindi che questo insieme forma la ‘’nuova economia’’.

Ne risulta che i GAFA si presentino come dei nuovi ‘’committenti’’ del capitale e somiglino in questo al capitale finanziario, che essi paiono peraltro minacciare per la loro capacità di accumulare danaro assai velocemente. Questa massa di soldi, se restasse ‘’inerte’’, tenderebbe a svalorizzarsi, cosa che non è certamente l’ obiettivo dei Gafa, per cui vedremo che il tesoro prodotto dalla nuova economia non tarderà a inserirsi nel capitalismo storico e a cambiare il quadro, diventando committente e gestore a monte del capitale produttivo di plusvalore. Il denaro accumulato dai GAFA dovrà inevitabilmente essere investito per non svalutarsi, cosa che effettivamente Google&co stanno già cominciando a fare, per ampliare e consolidare ulteriormente la loro posizione di monopolio. A maggio 2016, Apple aveva annunciato l’ intenzione di investire 911 milioni di euro nell’ industria di punta – contro i 228 miliardi di euro (2) di liquidità di cui dispone – .

Ma comincia a manifestarsi anche la tendenza inversa: le aziende nel settore industriale fanno accordi e partnership con start up per evitare di perdere il controllo del proprio settore. Waymo, che fa capo a Google, vuole lanciare una flotta di veicoli a guida autonoma per un ordine di migliaia di ‘’Chrysler Pacifica’’ al Gruppo Fiat-Chrysler. E lo stesso accade tra Volvo e Uber. Il numero uno mondiale dei mobili, Ikea, comprerà la startup americana TaskRabbit, che permette di trovare nel proprio quartiere un bricoleur dilettante per montare una mensola o pittare un muro. Il produttore di aerei Boeing ha voluto associarsi a un Gafa per sviluppare un satellite che consente l’ internet a banda larga, con l’obiettivo di coprire a basso costo il 70% della porzione di globo non coperta fino ad oggi dalla rete. Altri, come SpaceX o OneWeb, propongono di lanciare 4000 piccoli satelliti in orbita bassa.

Per finire, Google si è comprato il produttore di droni solari Titan Aerospace (3). Facebook, non volendo restare da parte, sta pensando di acquistare uno specialista di droni Tech Crunch.

Insomma, la  “silicolonizzazione del pianeta è in marcia” come una forza di distruzione/creatrice, che adducendo obbiettivi “umanitari” si presenta a livello politico come una sovrastruttura ‘’statale’’ globale, un buco nero che assorbe e reifica interi segmenti dell’ economia mondiale.

La cosiddetta terziarizzazione dell’ industria

C’è un Rapporto  molto interessante (4) che parla della terziarizzazione del settore industriale, proprio perché questi nuovi committenti di servizi assumono il controllo della gestione dei settori produttivi e si comportano come il capitale usurario, catturando dei profitti enormi rispetto a un capitale costante irrisorio, basandosi su quella che viene chiamata economia collaborativa.

“Se i GAFA possono fornire dei  servizi universali, essi prelevano enormi rendite e senza tasse. Questo è un problema reale per tutti gli Stati in cui sviluppano le loro attività. “(I nuovi rapporti tra industria e servizi nell’era digitale, pag. 26).

Ritroviamo questa angoscia del capitale storico in molti rapporti. Lo stesso capitale finanziario si sente coinvolto e cerca una via d’uscita. In effetti il capitalismo che estrae valore (plusvalore) si trova in difficoltà: da un lato, per la legge che lo spinge costantemente ad innovare (più produttività) per compensare la caduta del saggio di profitto dalla massa di profitto. Ma per raggiungere questo obiettivo è costretto a passare sotto le forche caudine del capitale usurario (permanente mancanza di liquidità) per combattere e schiacciare i concorrenti. Il capitale usurario è guercio, vede solo i soldi che devono guadagnare soldi secondo la formula (A – A ‘). I nuovi arrivati ​​nell’ arena del capitale sono dello stesso tipo e non ci possono essere molte sanguisughe su un corpo che è già intrinsecamente malato. Per intrinsecamente malato si deve intendere che il capitale è il suo stesso nemico, perché deve costantemente eliminare il massimo delle forze di lavoro viventi che lo fanno vivere. In breve, il suo destino è quello di eliminare il massimo della forza lavoro per rimanere sul mercato pur sapendo che sta segando il ramo su cui è seduto.

In questa fase si riparla della fine del lavoro salariato come fondamento della “nuova economia” e gli stati stanno adottando leggi in tal senso (5). Essi annullano le conquiste sociali e distruggono tutte le speranze della socialdemocrazia, dei partiti socialisti e il loro credo in riforme che porterebbero al socialismo integrale: da qui la grande sbandata di questi partiti e, con loro, della democrazia parlamentare e del sindacalismo. I Gafa non potrebbero sopravvivere se non affondando e modificando le sovrastrutture del capitalismo storico e affronteranno questo compito unificando i loro servizi con l’industria, cioè incorporandoli nel tessuto industriale.

Il ruolo razionalizzatore dei GAFA

A causa della posizione che occupano nell’ economia capitalista, i GAFA agiscono in questa fase  principalmente nella sfera della circolazione del capitale, compresa la logistica. Utilizzando le tecnologie dell’ informazione e della comunicazione (TIC) (6), che hanno in gran parte rotto i confini al là dei quali i salariati lasciavano il loro sfruttamento dentro l’ azienda. Con le TIC il dipendente è raggiungibile ovunque e lavora ovunque. (7) I GAFA faranno ampio uso delle TIC e Apple ad esempio diventerà un produttore di smartphone sempre più sofisticato. Le possibilità di comunicazione e informazione sono immediatamente globalizzate e analizzate da coloro che per il momento detengono il controllo degli algoritmi.

Alcuni giustamente contestano l’ idea che i GAFA siano un blocco unico, ma quello che qui ci interessa non è ciò che li distingue fra loro ma ciò che hanno in comune. I GAFA hanno in comune il fatto di far parte della sfera della circolazione del capitale, su cui intervengono cercando di ridurre i tempi di circolazione sia delle merci che dei servizi utilizzando l’infrastruttura di Internet che essi intendono controllare su scala globale e mondiale.

Se consideriamo i GAFA in maniera statica, vediamo che essi fanno parte della sfera della circolazione del capitale – solo il capitale è capitale circolante, è il suo movimento complessivo che gli consente di valorizzarsi. A questo livello di riflessione ci importa poco sapere se i GAFA sono  creatori di valore poiché il problema fondamentale per la valorizzazione del capitale è il suo movimento globale, un movimento che alla fine rende possibile realizzare il plusvalore attraverso la vendita delle merci. I GAFA e tutto ciò che caratterizza la nuova economia sono entrati in questo movimento globale come elemento di razionalizzazione di questa circolazione del capitale. Marx spiega chiaramente le conseguenze di una non fluidità delle due grandi sezioni.

Finché rimane in una di queste fasi e non è fluido –  ognuna di esse ha una sua durata – esso non circola, è fisso. Finché rimane nel processo di produzione, non è in grado di circolare, cioè è praticamente svalorizzato. Finché rimane nella fase della circolazione, non è in grado di produrre o creare plusvalore; quindi non progredisce come capitale. Finché non può essere gettato sul mercato, esso è congelato sotto forma di prodotto; finché rimane sul mercato, è immobilizzato sotto forma di merci “(Grundrisses 3 capitolo del capitale ed.10 / 18, pagina 197 – tdr).

I GAFA e l’intera infrastruttura informatica su cui si basano appaiono come Il diavolo e il buon Dio per il capitalismo storico e i suoi Stati, come una distruzione/creatrice pericolosa  per molti settori economici.

La distruzione creatrice dei GAFA

Visibilmente i GAFA americani hanno un effetto distruttivo che preoccupa: gli Stati, il capitale finanziario, il commercio e l’ industria. Gli Stati vi vedono un pompaggio illegale delle loro entrate fiscali, le banche e le compagnie assicurative una decomposizione della loro attività e l’industria una cattura a monte delle loro competenze. Quanto al lavoro salariato, esso registra i danni della ‘’macchina’’ digitale e la precarizzazione del suo status, cioè la sua trasformazione in imprenditore di se stesso.

Alcuni esempi dimostrano questa tensione all’interno del capitale. Il capitale finanziario alle prese con la concorrenza congiunta di tecnofinanza (8) e giganti del web:

“Si pensava che l’arrivo della Tecnofinanza suonasse come la campana a morte delle grandi banche. Invece è chiaro che, nonostante gli sconvolgimenti che ha prodotto portando innovazione reale in un settore vecchio come il mondo, essa è ancora lontani dall’accumulare enormi quote di mercato. No, il vero pericolo proviene da grandi aziende del web come Amazon, Facebook e Google. Per quali ragioni? Per il momento, le società finanziarie come le assicurazioni e le banche di Wall Street si affidano a questi giganti della tecnologia per le loro sensibili competenze strategiche “, ha dichiarato Jesse McWaters, autore principale dello studio del World Economic Forum-WEF.

Apparentemente ci sarebbe una contraddizione tra il settore finanziario e i giganti del web, ma visto che essi partecipano alla razionalizzazione del settore terziario, e quindi del processo di circolazione del capitale, le banche e l’ intero settore finanziario li useranno “per le loro competenze strategiche”.  Dovranno solo mettersi d’ accordo tra loro sulla divisione dei profitti. Per quanto riguarda il lavoro salariato del settore finanziario, esso è “nel braccio della morte” condannato dallo sviluppo delle nuove tecnologie:  il futuro dei dipendenti è diventare dei micro-lavoratori o dei micro-cottimisti dell’ “economia digitale”. Sono quasi 90 milioni in tutto il mondo. Nel 2017 i licenziamenti e le chiusure di filiali bancarie sono state particolarmente numerose.

La mediazione dei GAFA può durare nel tempo?

La borghesia trae tutto il suo dinamismo dal valore di scambio (il denaro) che lo fa apparire come una mediazione tra gli estremi del valore d’ uso e del valore di scambio. Nel farlo, si presenta come la sintesi di tutti gli opposti, come Cristo nella sfera religiosa, che si presentava come il mediatore tra Dio e gli uomini, assumendo così più importanza di Dio stesso. Il denaro è quindi mediazione universale e in quanto tale diventa anche lui il Dio sulla terra, finendo per rendersi autonomo diventando capitale finanziario. Il valore di scambio opera sempre come intermediario. Così  il denaro nella circolazione semplice del capitale è l’intermediario tra la produzione e la circolazione. Poiché il tempo di circolazione rappresenta una limitazione della produttività del lavoro e aumenta  il tempo di lavoro necessario, si riduce l’estrazione del plusvalore (9). Queste ‘’spese incidentali’’ (faux frais) del capitale sono un vero ostacolo all’ autovalorizzazione del capitale, una barriera che i GAFA aiutano a far cadere. Come abbiamo già detto, finché i GAFA agiscono nella sfera della circolazione, non sono in alcun modo creatori di plusvalore, tutt’al più contribuiscono a ridurre le ‘’spese incidentali’’ del capitale in questa sfera.

I dibattiti su quella che possiamo chiamare la nuova economia sono ancora lontani dall’essersi esauriti; dovremo tornare su molti aspetti e in particolare sulle conseguenze per il lavoro salariato e il mondo del lavoro in generale.

NOTE

1Oggi i GAFA (Google, Apple, Facebook e Amazon) inondano i mercati, in quasi tutti i settori. E dove passano tutto sembra morire. Non a caso, Carrefour e Publicis, per esempio, hanno registrato quest’ anno i maggiori cali del CAC 40 (il principale indice di borsa francese, ndt). I Gafa rendono la vita dura a aziende dette ‘’ tradizionali’’. Comment spiegare questo sconvolgimento? Come interpretare questa nuova tendenza?

2-Il debito pubblico francese, misurato secondo i criteri di Maastricht, ammontava a 2226,1 miliardi di euro nel terzo trimestre 2017.

3-I droni di Titan funzionano a energia solare e sono in grado di mantenersi per cinque anni a una ventina di chilometri di altezza. Possono svolgere la maggior parte dei comiti affidati ai satelliti geostazionari, ma sono meno costosi. Google ha già compiuto dei test in passato per un progetto chiamato « Loon », con delle mongolfiere in grado di portare internet in regioni che ne erano sprovviste.

4 I nuovi rapporti  industria/servizi nell’ era digitale, Marie-José Kotlicki, ottobre 2015

5Nuova Loi travail (legge sul lavoro) in Francia, tramite le ordonnances Macron

6 Un esempio caratteristico di questa penetrazione è l’ utilizzazione in alcuni paesi africani dell’ unità telefonica come moneta di scambio M PESA

7 In Francia, nei TGV c(I treni a gran velocità, ndt) c’ è gente che lavora durante il viaggio, altri a casa propria, altri ancora in telelavoro.

8 La definizione FinTech è la contrazione di finanza e tecnologia. Essa designa tutte le aziende, spesso delle start-up, la cui attività si situa nel mondo della finanza, dei servizi bancari o delle assicurazioni.

9«  il processo di produzione totale del capitale abbraccia sia il processo di circolazione che quello di produzione. Queste due grandi sezioni rappresentano l’ insieme del loro processo, da una parte abbiamo il tempo di lavoro, dall’ altro il tempo di circolazione » (Grundrisses, 3 capitolo del Capitale, ed. 10/18,p.195). Avendo il capitale come obbiettivo permanente quello di ridurre l’ uno e l’ altro, ecco che alla fine è proprio quello che fanno i GAFA.



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29 juillet 2018

INFOBREF N°514- inflation,précaires en lutte,grève a FIAT,

INFOBREF N°514

INFLATION= PAUPERISATION

Malgré tout les discours voulant nous faire croire à la stabilisation des prix. Nul n' est dupe que l'inflation à deux chiffres est de retour. Il suffit de voir les hausses de prix en cascade depuis janvier 2018 à laquelle vont s’ajouter les traditionnelles hausses de l' été.

Faisons un bref tour d' horizon de cette montée des prix depuis janvier 2018

Gaz+ 6,5% après les 73 % en 5 ans, Electricité + 17%, fuel domestique + 36%,

le Carburant +12%, PV de stationnement à Paris +130%,contrôle technique Auto+ 23%, carte grise+ 15%

assurances + 3 à 5%, mutuelle + 5%, il faut s' attendre à plus avec les inondations

timbre Poste +10%, tabac +10%, péage routier +1,3%,

forfait hospitalier + 15%, abonnement Vélib à Paris + 30%, cantine scolaire + 1 à 3%, frais bancaire + 13%, Selon l’Insee, en mai 2018, les prix à la production des fruits sont en hausse de 9,7 % sur un an surtout les pommes (+31,3 %) et aussi les fraises (+2,8 %).Ceux des légumes sont aussi en progression (+5,7 %) portés par le concombre (+57,6 %), la tomate (+18,5 %) et la salade (+15,3 %).

. Alors que le SMIC n’augmente que de 1,2% et les retraites sont en baisse de 1,7 %.

Grève. Les livreurs en lutte pendant le mondial de foot

A l'appel d'une centaine de travailleurs des différentes plateformes en ligne (Deliveroo, Ubereat, Stuart, Glovo et Foodora), une première journée de grève de ce secteur ultra-précarisé aura lieu ce dimanche.

Barbara Reiner 6 juillet 2018

Crédit photo : NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Nous avions déjà parlé dans un précédent article de la zone d’ombre que constituait le statut de travailleurs indépendants Le statut des travailleurs indépendants restent une zone d’ombre bien confortable, pour des entreprises comme Deliveroo ou encore Uber qui n’hésitent pas à l’utiliser pour exploiter leurs travailleurs qui ne bénéficient d’aucune sécurité à l’emploi.

Le gouvernement Macron entendait bien régler cette question, en constatant les nombreux procès intentés aux boites, comme en Espagne où Deliveroo a dû reconnaître un de leur travailleur comme un salarié de la boîte et non un travailleur indépendant.

L’amendement Taché, du nom du député LREM Aurélien Taché, discuté dans les hautes instances de l’Élysée n’entendait absolument pas sécuriser le statut des livreurs et accéder à leurs revendications pour lesquelles ils s’étaient déjà mobilisés l’année dernière mais bien permettre aux entreprises de continuer à les exploiter de manière si lucrative.

En effet, celui-ci entend libéraliser d’avantage le statut de livreur, en ouvrant la possibilité à l’entreprise d’établir une charte sans aucun contrôle extérieur. Laissant la question des conditions de travail et de la sécurité de l’emploi au bon vouloir des patrons. Seule obligation, la charte ne doit pas mentionner un rapport d’assujettissement d’une entité sur l’autre, plus concrètement, cela renforce le trait « indépendant » du statut. Un énième coup important à une profession déjà bien précarisée, décidé sans aucune concertation avec les syndicats représentatifs des livreurs. Macron n’essayant même pas de mettre les formes, quand il s’agit de travailleurs ultra-précaires.

Les coursiers des différentes entreprises de livraisons alimentaires dénoncent le manque total de protection social que leur confère le statut de travailleur indépendant, mais aussi la baisse des rémunérations, la modification des contrats, l’élargissement des distances couvertes par les livreurs.

Vivant au jour le jour la dégradation de leurs conditions de travail, une centaine de livreurs appellent à la grève pendant la dernière semaine de la coupe du monde 2018 comme signal fort « afin de faire entendre nos revendication à l’ensemble de la population ». Venant appuyé cette grève, les livreurs anglais de Deliveroo seront eux aussi en grève à partir du 13 juillet.

En raison de la difficulté de se mettre en lutte avec le statut de travailleur indépendant, les livreurs ont mis en place une caisse de grève en ligne : ici.

 

Le transfert à 100 millions d’euros de Ronaldo à la Juventus provoque une grève chez Fiat

Ce mardi 10 juillet, la star mondiale du football Cristiano Ronaldo s’est engagé à la Juventus Turin, contre 100 millions d'euros de transfert et 30 millions de salaire net par an. Des sommes folles qui ont provoqué la colère des ouvriers de Fiat, en grève du 15 au 17 juillet.

Leïla Baurie jeudi 12 juillet

grèveCrédits : Daily Mercato

Alors que la coupe du monde de football bat son plein, la famille Agnelli, propriétaire de la Juventus de Turin, à décider de s’offrir un des joueurs du Real Madrid : Cristiano Ronaldo. Le transfert a été décidé ce mardi, et le champion d’Italie à accepter de verser 105 millions d’euros pour s’assurer les services de la star portugaise, réalisant ce qui constitue déjà l’un des transferts du siècle, lui offrant par ailleurs un très confortable contrat à 30 millions d’euros net par an, et ce pour les 4 prochaines saisons. En plus d’être propriétaire du club, cette famille détient également le groupe Fiat ainsi que Ferrari. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les travailleurs de Fiat ont en travers de la gorge ces frasques sur le marché des transferts.

En effet, les ouvriers de l’usine de Melfi, dans la province de Potenza, n’entendent pas accepter ce transfert sans sourciller, alors que la direction ne cesse de demander des « sacrifices économiques ». C’est ainsi que le syndicat USB (Unione sindacale di base) a appelé à la grève du 15 au 17 juillet. Dans un communiqué du syndicat USB, les ouvriers se sont confiés et ont protesté contre leurs conditions de travail et contre les périodes de chômage partiel qui leur seront imposées jusqu’en 2022.

Nous relayons ci-dessous le communiqué du syndicat USB :

« Il est inacceptable que pendant que les travailleurs de Fca et Cnhi continuent de demander des sacrifices économiques énormes pendant des années, la même décision de dépenser des centaines de millions d’euros pour l’achat d’un joueur.

On nous dit que le moment est difficile, qu’il faut recourir à des amortisseurs sociaux en attendant le lancement de nouveaux modèles qui n’arrivent jamais.

Et tandis que les travailleurs et leurs familles se serrent la ceinture de plus en plus, la propriété décide d’investir beaucoup d’argent sur une seule ressource humaine !

Est-ce normal ? Est-il normal qu’une seule personne gagne des millions et que des milliers de familles n’atteignent pas le milieu du mois ?

Nous dépendons tous du même maître, mais jamais en ce moment d’énorme difficulté sociale, ce traitement inégal ne peut et ne doit être accepté.

Les travailleurs de Fiat ont fait la fortune de la propriété pendant au moins trois générations, enrichissant quiconque se déplace autour de cette société, et en retour, ils ont toujours et seulement reçu une vie de misère.

La propriété devrait investir dans des modèles de voiture qui garantissent l’avenir de milliers de personnes plutôt que d’en enrichir un seul, cela devrait être le but de qui met les intérêts de leurs employés en premier, si cela ne se produit pas parce que vous préférez le monde du jeu , amusant pour tout le reste.

Pour les raisons décrites ci-dessus, le Syndicat du Syndicat des travailleurs de la base déclare une grève à la FCA di Melfi à partir de 22h00 le dimanche 15 juillet jusqu’à 06h00 le mardi 17 juillet 2018. »

Alors que la famille Agnelli et la Juventus Turin vont empocher un pactole en termes de vente de maillot, de billets, de droits à l’image, etc., la goutte d’eau a fait déborder le vase pour les ouvriers de Fiat, bien décidé à ne pas se laisser faire.



La vie des salariés s’aggrave en France, mais aussi partout dans le monde,  les multinationales n’en n’ont jamais assez, elles courent après le profit. Partout dans le monde les salariés agissent.

Grève à Ryan air : 600 vols annulés en Europe

La compagnie aérienne à bas coût a annoncé l’annulation de 600 vols en Europe les 25 et 26 juillet en raison d’une grève du personnel de cabine en Espagne, au Portugal en Belgique et en Italie.

Ryan air ne reconnaît pour l’instant qu’au compte-goutte les syndicats représentant son personnel. Ceux qui appellent à cette grève fin juillet ne sont pas reconnus.

Les syndicats demandent notamment que la compagnie applique la législation de chacun des pays dans lesquels elle emploie du personnel et qu’elle accorde les mêmes conditions de travail aux salariés directement sous contrat avec la compagnie et à ses intérimaires.

« Ces grèves n’ont aucune justification et aucun autre but que de gâcher les vacances familiales et bénéficier à d’autres compagnies » a estimé le directeur marketing de Ryan air.

En France comme ailleurs le même discours, les salariés feraient grève pour embêter le monde…

Amazon: mouvement de grève en Europe pour le "Prime Day".

Un syndicat allemand a annoncé des actions de blocage au niveau européen chez Amazon, à l'occasion de l'opération de super-promotions "Prime Day", afin de protester contre la pénibilité des conditions de travail.

"Jusqu'à minuit les prix vont baisser et les profits vont grimper, les employés d'Amazon quitteront leur poste et manifesteront pour l'obtention d'une convention collective protégeant leur santé", a déclaré dans un communiqué le principal syndicat du secteur, Verdi.

Le syndicat évoque les maux physiques qui frappent les employés des sites où transitent jours et nuits les centaines de milliers de colis commandés en ligne. Des arrêts de travail et des actions sont aussi prévus en Espagne et en Pologne.

Les salariés du plus grand centre logistique d'Amazon en Espagne ont ainsi entamé lundi une nouvelle grève de trois jours pour réclamer une hausse de salaire supérieure à ce que propose le géant américain. 1.200 salariés ont participé au mouvement, soit environ 80 % du personnel du centre de San Fernando de Henares, près de Madrid.

Dans un communiqué transmis à l'AFP, Amazon affirme que "la rémunération totale des travailleurs de San Fernando de Henares se situe dans la fourchette haute du secteur logistique". La aussi les salariés feraient grève pour le plaisir !

Les salariés du centre de San Fernando de Henares avaient déjà fait grève en mars pour les mêmes raisons, pour la première fois depuis l'ouverture du site en 2012.

Les capitalistes avec leurs Etats, leurs partis politiques à leurs soldes vont-ils pouvoir poursuivre leur offensive contre les peuples… Il y a des luttes partout dans les pays européens et dans le monde. Nous sommes solidaires de la lutte des travailleurs de tous les pays, car c’est notre lutte.

En France nous appelons à développer la lutte sans concession contre cette Europe capitaliste. L’heure est à agir sans perdre de temps. C’est cette lutte qui fera avancer les exigences des salariés et non des compromis avec le capital en Europe comme en France.

www.sitecommunistes.org  

 

Les fêtards à quatre balles adorateurs du dieu ballon

 

Les « grands » de ce monde, lors d'une réunion en 1995 à San Francisco allaient s'interroger
sur l'
venir de ce qu'ils allaient appeler le 20/80. Pour eux 20% de la population mondiale
pouvait faire tourner l' économie et qu'il fallait se préparer à gérer les 80% de la population
qui s'avérera superflu, ou surnuméraires qu'il faudra «occuper». Et pour maintenir la paix sociale,
Z. Brezinski a proposé le « tittytainment », un mélange d’aliment physique et psychologique qui
endormirait les masses et contrôlerait leurs frustrations et protestations prévisibles.
Nous y voilà en plein dedans, avec l' explosion hystérique d'une population frustrée dont
la frustration est détournée comme à l' époque de la Rome antique, en lui distribuant
« du pain et des jeux »

Panem et circenses (littéralement « pain et jeux du cirque », souvent traduite par « Du pain et des jeux ») est une expression latine utilisée dans la Rome antique pour dénoncer l'usage délibéré fait par les empereurs romains de distributions de pain et d'organisation de jeux dans le but de flatter le peuple afin de s'attirer la bienveillance de l'opinion populaire (politique d'évergétisme)1. L'expression est tirée de la Satire X du poète latin Juvénal, qui lui donne un sens satirique et péjoratif2.

Aujourd'hui, elle est souvent utilisée pour signifier la relation biaisée qui peut s'établir dans ces périodes de relâchement, ou de décadence, entre :

  • une population qui peut se laisser aller, se satisfaire de pain et de jeux, c'est-à-dire de se contenter de se nourrir et de se divertir et ne plus se soucier d'enjeux plus exigeants ou à plus long terme concernant le destin de la vie individuelle ou collective.

  • un pouvoir politique qui peut être tenté d'exploiter ces tendances « à la vie facile et heureuse » par la promotion de discours et de programmes d'action populistes ou court-termistes. » (Wikipédia)

Comme dans les grands moments de la Rome antique le char des champions est entrée dans la capitale via l' arc de triomphe

J'invite tous nos camarades à relire le passage de Stirner dans «L’Unique et sa propriété» « Je n’ai basé ma cause sur rien » texte ci dessous.

Quelle cause n'ai-je pas à défendre? Avant tout, ma cause est la bonne cause, c'est la cause de Dieu, de la Vérité, de la Liberté, de l’Humanité, de la Justice; puis, celle de mon Prince, de mon Peuple, de ma Patrie; ce sera celle de 1'Esprit, et mille autres encore. Mais que la cause que je défends soit ma cause, ma cause à Moi. jamais! « Fi! l'égoïste qui ne pense qu'à lui! »

Mais ceux-là dont nous devons prendre à cœur les intérêts, ceux-là pour qui nous devons nous dévouer et nous enthousiasmer, comment donc entendent-ils leur cause? Voyons un peu.

Vous qui savez de Dieu tant et de si profondes choses, vous qui pendant des siècles avez « exploré les profondeurs de la Divinité » et avez plongé vos regards jusqu'au fond de son cœur, vous pourrez bien nous dire comment Dieu entend la « divine cause » que nous sommes appelés à servir. Ne nous celez point les desseins du Seigneur. Que veut-il? Que poursuit-il? A-t-il, comme ce nous est prescrit à nous, embrassé une cause étrangère et s'est-il fait le champion de la Vérité et de l'Amour? Cette absurdité vous révolte; vous nous enseignez que Dieu étant lui-même tout Amour et toute Vérité, la cause de la Vérité et celle de l'Amour se confondent avec la sienne et ne lui sont pas étrangères. Il vous répugne d'admettre que Dieu puisse être comme nous, pauvres vers, et faire sienne la cause d'un autre. « Mais Dieu embrasserait-il la cause de la Vérité, s'il n'était pas lui-même la Vérité? » Dieu ne s'occupe que de sa cause, seulement il est tout dans tout, de sorte que tout est sa cause. Mais nous ne sommes pas tout dans tout et notre cause est bien mince, bien méprisable; aussi devons-nous « servir une cause supérieure ». — Voilà qui est clair : Dieu ne s'inquiète que du sien. Dieu ne s'occupe que de lui-même, ne pense qu'à lui-même et n'a que lui-même en vue; malheur à ce qui contrarie ses desseins. Il ne sert rien de supérieur et ne cherche qu'à se satisfaire. La cause qu'il défend est purement — égoïste!

 

Et l'Humanité, dont nous devons aussi défendre les intérêts comme les nôtres, quelle cause défend-elle? Celle d'un autre? Une supérieure? Non, L'Humanité ne voit qu'elle-même, l'Humanité n'a d'autre but, que l'Humanité; sa cause, c'est elle-même. Pourvu qu'elle se développe, peu lui importe que les individus et les peuples succom­bent à son service; elle tire d'eux ce qu'elle en peut tirer, et lorsqu'ils ont accompli la tâche qu'elle réclamait d'eux, elle les jette en guise de remerciement dans la hotte de l'histoire. La cause que défend l'Humanité n'est-elle pas purement — égoïste ?

 

Inutile de poursuivre, et de montrer à propos de chacune de ces choses qui nous appellent à leur défense qu'il ne s'agit pour elles que d'elles et non de nous, de leur bien et non du nôtre. Passez vous-mêmes les autres en revue, et dites si la Vérité, la Liberté, la Justice, etc., s'inquiètent de vous autrement que pour réclamer votre en­thou­siasme et vos services. Soyez des serviteurs zélés, rendez-leur hommage, c'est tout ce qu'elles demandent.

 

Voyez ce Peuple que sauvent des patriotes dévoués; les patriotes tombent sur le champ de bataille ou crèvent de faim et de misère; qu'en dit le Peuple? Le Peuple? Fumé de leurs cadavres, il devient un « peuple florissant »! Les individus sont morts « pour la grande cause du Peuple », qui leur envoie quelques tardives phrases de reconnaissance et — garde pour lui tout le profit. Cela me paraît d'un égoïsme assez lucratif.

 

Mais contemplez maintenant ce Sultan qui soigne si tendrement « les siens ». N'est-il pas l'image du plus pur dévouement, et sa vie n'est-elle pas un perpétuel sacrifice pour les siens? Eh! oui, pour « les siens »! En veux-tu faire l'essai? Montre que tu n'es pas « le sien », mais « le tien »; refuse-toi à son égoïsme : tu iras aux galères. Le Sultan n'a basé sa cause sur rien d'autre que sur lui-même; il est tout dans tout, il est l'Unique et ne permet à personne de ne pas être un des « siens ».

 

Ces illustres exemples ne vous suggèrent-ils rien? Ne vous invitent-ils pas à penser que l'Égoïste pourrait bien avoir raison? Pour ma part, j'y vois une leçon; au lieu de continuer à servir avec désintéressement ces grands égoïstes, je serai plutôt moi-même l'Égoïste.

 

Dieu et l'Humanité n'ont basé leur cause sur rien, sur rien qu'eux-mêmes. Je base­rai donc ma cause sur Moi : aussi bien que Dieu, je suis la négation de tout le reste, je suis pour moi tout je suis l'Unique.

 

Si Dieu et l'Humanité sont, comme vous l'assurez, riches de ce qu'ils renferment au point d'être pour eux-mêmes tout dans tout, je m'aperçois qu'il me manque à moi beaucoup moins encore et que je n'ai pas à me plaindre de ma « vanité ». Je ne suis pas rien dans le sens de « rien que vanité », mais je suis le Rien créateur, le Rien dont je tire tout.

 

Foin donc de toute cause qui n'est pas entièrement, exclusivement la Mienne! Ma cause, dites-vous, devrait au moins être la «bonne cause»? Qu'est-ce qui est bon, qu'est-ce qui est mauvais? Je suis moi-même ma cause, et je ne suis ni bon ni mauvais, ce ne sont là pour moi que des mots.

 

Le divin regarde Dieu, l'humain regarde l'Homme. Ma cause n'est ni divine ni humaine, ce n'est ni le vrai, ni le bon, ni le juste, ni le libre, c'est — le Mien; elle n'est pas générale, mais — unique, comme je suis unique. Rien n'est, pour Moi, au-dessus de Moi!

 

 

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04 juillet 2018

Dans le monde une classe en lutte juin 2018

 

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Site Internet :http://www.mondialisme.org

Blog: Spartacus 1918

Juin 2018

 

LES CHIENS ABOIENT, LA CARAVANE PASSE

La «caravane», c‘est celle du capitalisme qui est passé à l’échelle européenne et mondiale et veut briser le corset de tout un ensemble de réglementations, concernant non seulement l’exploitation de la force de travail mais l’ensemble des structures politiques et sociales élaborées il y a plus de 70 ans. Le modèle de société qui a fonctionné dans ce que l’on a appelé les «glorieuses» a permis le redressement et l’expansion du capital proprement français et sa mondialisation. Par un de ces retournements fréquentes dans l’Histoire économique et sociale, ces règles qui avaient permis son expansion sont devenues un obstacle à la poursuite de cette expansion et doivent être impérativement modifiées.

Les «chiens», ce sont les bureaucrates syndicaux qui ménagent surtout leur place et celle de leur organisation dans les structures de gestion de ce système capitaliste en intervenant et/ou organisant dans ce cadre pour qu’elles correspondent à leurs propre objectif et fonction qui sont ceux d’intermédiaires entre le capital et le travail pour un fonctionnement sans trop de heurts du procès de production. Ce fut particulièrement le cas au sortir de la seconde guerre mondiale lorsque le capital français devait se sortir d’années d’immobilisme et d’occupation L’union nationale forgée dans les combats de la résistance et des prétentions du gaullisme conduisit à un programme du Conseil National de la Résistance comportant d’une part l’instauration d’une sorte de capitalisme d’Etat nanti d’un plan de développement économique, d’autre part un pacte social destiné à s’assurer le soutien des travailleurs à ce redressement du capital national. Pour faire bonne mesure et s’assurer le soutien de secteurs clés de l’économie d’alors, au-delà de cette vulgate officielle du commun des travailleurs, les travailleurs de ces secteurs clés (mines, sidérurgie, électricité, chemins de fer, dockers, fonctionnaires) se virent octroyer des statuts spécifiques dénommés «régimes spéciaux» ceux-là mêmes qui sont présentement dans le collimateur des réformistes des relations de travail.

Contrairement à une légende, ce pacte social n’était nullement un «social» des travailleurs dans une lutte quelconque, mais concocté par des technocrates une nécessité qui comportait d’un côté, tout un ensemble d’avancées quant à une amélioration de l’ensemble des conditions de travail - principal et accessoires – destinées à s’assurer l’adhésion des travailleurs à ce rétablissement capitaliste. Ce pacte comportait une contrepartie: une invite aux travailleurs à se sacrifier en en faisant toujours plus pour faire croître rapidement la production et, machiavélisme assurer ainsi le financement des «» faites aux intéressés; Ce fut le sens des déclarations inhabituelles des dirigeants du PCF et de la CGT, qui dominaient alors la scène sociale, intiment aux travailleurs d’en faire plus, jusqu’à l’épuisement. Ce furent, dès 1947, les travailleurs qui rompirent ce pacte social qui n’engageait que les dirigeants. Mais les grèves sauvages qui éclatèrent alors, servirent, avec le début de la guerre froide de prétexte pour exclure le PCF du gouvernement qui, par un retournement fit que la CGT instrumentalisa ces grèves fin 1947 dans le sens de l’option internationale d’alors de l’URSS. Mais malgré ce contretemps et la répression qui s’en suivit, l’essentiel du statut social général et des régimes spéciaux resta en place parfois complété mais aussi attaqué dans la mesure où certaines de ses dispositions gênaient l’évolution du capital. Ce fut alors que les luttes prirent le caractère de «défense des acquis» en fait d’un statut concédé dans les intérêts du capital mais que ce même capital reconstruit et orienté vers une mondialisation cherchait à tout prix maintenant à écarter.

C’est ainsi que depuis des années, pratiquement toutes les tentatives de modifications de ces règles devenues gênantes pour une réponse du capital à une compétition mondiale se sont heurtées à des résistances diverses, assez fortes pour faire que dans pas mal de secteurs on assistait à des blocages. Plusieurs tentatives d’attaquer de front certains éléments importants du statut général et des régimes spéciaux, (retraite, contrats jeunes, etc..) ont soulevé d’importants mouvements de lutte qui ont contraints les gouvernements d’alors à céder. Mais cela n’a pas empêché une sorte de grignotage permanent de mesures partielles qui ne soulevait pas trop de vagues puisque s’adressant à des couches sociales limitées mais bien que leur ensemble ait abouti à une réduction des «avantages sociaux» l’essentiel de ceux-ci persistait bloquant les possibilités d’expansion à l’heure de l’intégration dans l’Europe et dans le Monde.

Les alternances politiques traditionnelles droite-gauche ne montraient que l'impuissance des politiques à surmonter ces blocages, d'autant plus que toute tentative d'un parti au pouvoir était aussitôt dénoncée et instrumentalisée par l'opposition d'alors. Le plus bel exemple d'un tel blocage fut l'aéroport de Notre Dame des Landes qui devint au fil des ans un abcès de fixation à la fois réel et symbolique; on pourrait multiplier les exemples dans tout ce qui concerne les structures économiques et sociales notamment les relations de travail.

La pression du capital devenant de plus en plus forte, l’avant-dernier gouvernement sous étiquette social-démocrate tenta bien timidement de s’engager dans cette voie d’une réforme radicale du système et pour ce faire avait embarqué un quarteron de jeunes loups technocratiques. Ceux-ci réussirent quand même à faire passer deux textes essentiels. D’une part, la loi sur la représentativité syndicale qui d’une part rationalisait les relations paritaires en éliminant les «syndicats» et d’autre part renforçait les accords d’entreprise et le pouvoir des sections de base aux dépens de la bureaucratie des appareils syndicaux. D’autre part la loi El Khomri , qui permettait à ces sections syndicales de base représentatives de conclure des accords d’entreprise dérogatoires à certaines dispositions du code du travail et des accords de branche négociés par les bureaucraties syndicales.

On peut épiloguer sur les mouvements syndicaux et autres du style «Debout» qui tentèrent au cours de l’année 2016 de s’opposer à cette loi qui fut finalement votée. Il n’est guère possible d’incriminer l’une ou l’autre des organisations, partis et mouvements pour l’échec des protestations qui furent organisées sous toute forme au cours de cette année 2016, bien qu’on puisse y discerner pas mal de manipulations diverses autour d’évidentes divisions. A aucun moment, toutes ces structures organisationnelles n’eurent à endiguer un puissant courant de base et c’est précisément la perception de cette situation qui les rendit aussi timorés dans l’organisation d’une opposition réelle et efficace. La question que l’on pouvait alors se poser – et que l’on peut se poser encore actuellement- est de savoir pourquoi, jusqu’à présent aucun sentiment collectif de la nécessité d’agir ne s’impose, sentiment qui imposerait une action de masse aux organisations ou à tout mouvement plus ou moins autonome. Peut-être une réponse peut venir dans le fait que toujours, plus ou moins l’idéologie capitaliste du moment imprègne aussi une bonne partie de la population, notamment celle du «ès nécessaire» et que la situation de tout un chacun, malgré une bonne dose de mécontentement, n’est pas suffisante pour faire évoluer les mentalités vers une action collective. Mais, quelle que soit une explication possible, le fait est que, depuis deux années de «éformes» et une foule d’autres projets plus ou moins radicaux, on ne voit guère s’ouvrir de véritables fronts de combat social d’envergure.

Au premier janvier 2018, les 26 ordonnances Macron prises au cours de 2107 et leur 117 mesure, sont entrées en application: elles comportent une extension des dispositions de la loi El Khomri et une transformation radicale de la représentation des travailleurs dans les entreprises. Si au cours de cette année 2017, une convergence des luttes avait pu se produire, c’en était bien le moment puisque ces mesures concernaient l’ensemble des travailleurs. Mais force est de constater que cette année-là a connu un déclin tant dans le nombre de grèves (712 contre 801 en 2016 et 966 en 2015) tout comme des protestations nationales (82 contre 110 en 2016) .

Pourquoi aujourd’hui, alors que l’essentiel touchant la réforme des conditions d’exploitation de la force de travail est déjà en place, le syndicats «» se lancent-ils, à l’occasion de conflits distincts spécifiques dans des manifestations qui n’ont pas -et de loin- l‘ampleur de celles du passé ( par exemple celles contre la réforme Juppé des retraites ou contre le CEP de de Villepin). Pourquoi prônent-elles une convergence des luttes alors que les luttes en cours (SNCF, Air France, Carrefour) n’ont rien d’autre en commun que la marche habituelle du capitalisme et que les tentatives d’y associer d’autres secteurs, par exemple les universités font que la mayonnaise ne prend pas. Pourquoi nier des évidences qu’il n’y a ni cette convergence, ni même que ces grèves soient particulièrement efficaces, les syndicats «» persistent-ils dans une récurrence de manifestations qui ne montrent rien d’autre que la faiblesse de la mobilisation recherchée.

La raison, je crois est à rechercher ailleurs. Outre la réforme profonde du droit du travail, une mesure fiscale passée presque inaperçue est venue préparer d’autres réformes plus profondes des avantages sociaux, annexes du travail, un secteur où les bureaucraties syndicales excellent pour y trouver un bon fromage et la source de leur clientélisme. Cette mesure fiscale, déjà effective, concerne l’extension de la CSG et la diminution des cotisations sociales assises sur le salaire. Étant donné que tout le système des «avantages» sociaux repose depuis 1950 sur le paritarisme et que la gestion de la répartition des cotisations est confiée à des caisses retraite, maladie ou organismes de formation professionnelle où les syndicats se taillent la part du lion, toute fiscalisation diminue leur pouvoir. Ceci d’autant plus que les réformes présentement en chantier sur les retraites ( avec l’instauration d’un système à points), celle de l’assurance maladie et celle du chômage et de la formation professionnelle les priverait d’une bonne partie de leurs prébendes actuelles.

La grève de la SNCF et la réforme projetée par le gouvernement qui n’est pour l’essentiel qu’une mise en conformité avec les impératifs économiques de la Communauté Européenne, est spécifique à cette importante entreprise et sa spécificité n’est nullement reliée avec toutes les réformes Macron antérieures ou futures qui seules auraient pu entraîner une «convergence» des luttes (la loi El Khomti qui s’appliquait à la SNCF autorisait des atteintes au statut mais n’avait guère soulevé de mouvements sur les rails) . La loi sur la représentativité syndicale fait que le gâteau de la discussion avec la direction n’est partagé qu’entre quatre syndicats, deux «», CGT et Sud rail qui à eux deux disposent d’une majorité de blocage d’accords éventuels (51%) et deux «» CFDT et UNSA. La forme de grève lancée par les «» est particulièrement machiavélique et d’une prudence exemplaire. Conçue pour que de toute façon, quelle qu’en soit l’issue, les bureaucraties syndicales en sortent indemnes. Si la grève par intermittence (pas grève perlée comme on la définit et qui est tout autre chose) est efficace (ce qui ne semble pas le cas présentement), les bureaucraties s’en trouveront renforcés dans leurs discussions avec la direction. Si elfe échoue, ces bureaucraties pourront toujours prétendre que «base ne suit pas» et qu’ils n’y peuvent rien. Quant à la fameuse convergence, on voit mal comment, au-delà des mots, elle peut avoir un sens autour d’une grève qui n’est que partielle et dont la routine tourne à l’inefficacité. Ceci alors que les autres secteurs qui étaient sollicités pour s’associer à cette convergence ne répondant pas.

On a beaucoup parlé, à propos des luttes présentes de mai 68 et d’un possible remake de cette révolte sociale. Mais outre que l’Histoire ne se répète jamais (en particulier, les conditions de l’exploitation de la force de travail et des règles sociales ont totalement changé en 50 ans, mème si le capitalisme impose toujours sa loi), une convergence en 1968 qui fut d’ailleurs une généralisation des luttes, ne fut pas du tout «ée» par un syndicat ou un parti quelconque et surgit au moment où personne ne l’attendait. La tendance actuelle (je dis bien actuelle car tout évolue et aujourd’hui plus que jamais accélérée par une foule d’innovation techniques) c’est l’orientation vers une précarisation généralisée sous des formes très diverses, à l’échelle du monde (d’où l’apparition du terme «» chez tous les analystes et réformateurs divers). Toute une partie des réformes Macron vise à personnaliser relations sociales et avantages sociaux et à écarter toute forme de gestion collective: cela redonne un pouvoir à l’Etat, c’est-à-dire au capital, aux dépens de tous les fromes collectifs qui pouvaient intervenir dans les processus économiques

Comme le dit le proverbe anglais «l’eau sur le feu que l’on surveille ne bout jamais», une grève attendue ne survient pas car, si les conflits sociaux, petits ou grands localisés ou généralisés, surgissent à un moment donné, c’est souvent dans un contexte que l’on ne perçoit pas vraiment et qu’une étincelle imprévue fait exploser ce contexte, c’est le capital qui le fabrique, à n’importe quelle échelle, l’étincelle cela peut être un fait minime qui surgit là où ne l’attend pas. Et dans tout cela, les donneurs d’ordre et de consigne, le conjoncteur de plans, n’ont aucun pouvoir sauf de prendre éventuellement le train en marche pour préserver leurs intérêts. Si l’on regarde aujourd’hui ce qui se passe dans le monde on s’aperçoit que de tels mouvements de masse, de résistance spécifique existent depuis des années avec une récurrence qui incite à l’optimisme et qui sont, en quelque sorte une «réponse à l’universel» hors des schémas classiques de lutte qui ne font plus recette. C’est particulièrement visible aujourd’hui aux USA. Mais ces mouvements qui pour l’instant naissent et meurent n’ont rien de commun avec la forme des luttes qui se déroulent présentement en France, même si l’on peut espérer qu’ils s’y retrouveront un jour.


 

USA

L’étincelle qui met le feu à la plaine

 Pour la compréhension de ce qui suit , on doit souligner qu'aux Etats Unis, toutes les questions de l’enseignement sont réglées pour une bonne part au niveau des Etats, tant pour le financement que pour les programmes scolaires

Comme en général dans toute grève, celle des enseignants de Virginie occidentale a commencé, d’une manière tout à fait banale, sur une question de salaires. Le 22 février 2018, le gouverneur républicain de l’Etat signe une loi accordant aux employés de l’Etat (enseignants, et autres personnels des écoles, police) une augmentation de salaire de 2% à partir de juillet avec 1% de plus pour les enseignants entre 2020 et 2021. Les enseignants de cet Etat sont déjà parmi les plus mal payés des USA et ces augmentations dérisoires ne compensent en aucune manière l’inflation, l’augmentation des impôts et des frais médicaux. Les syndicats n’envisagent alors que d’organiser un vote pour faire accepter ces propositions

Un mouvement de grève sauvage commence le 22 février dans quelques établissements puis très rapidement, médias sociaux aidant, il se répand dans l’ensemble du système scolaire l’Etat : 33enseignants quelques jours plus tard sont en grève affectant 270enfants. Une promesse verbale du gouverneur d’une augmentation de 5% ne les satisfait pas et ils décident de faire grève jusqu’à ce qu’une loi la rende définitive.

Les syndicats enseignants ont bien tenté de stopper la grève par l’organisation d’un vote le 27 février mais, séparément, les enseignants ont décidé de continuer la grève

Le 28 février, 150 enseignants se rencontrent dans un centre commercial la capitale Charleston et décident de passer outre aux «». La grève va durer plus de 9 jours pour cesser le 6 mars lorsque le gouverneur finit par céder- par une loi- une augmentation de 5% des salaires de tous les agents publics. Pour donner un symbole à leur grève, les enseignants grévistes portent des teeshirts rouges, ce qui donnera son nom au mouvement, «red strike». Le drame est que cette concession aux enseignants se fera aux dépens de coupes dans d’autres chapitre du budget de l’Etat, par exemple Medicaid. Parmi .les autres revendications figuraient aussi une contribution de l’Etat aux contrats individuels garanties maladie mais rien n’a été fait à ce sujet.

Cette grève dans un secteur bien défini, l‘éducation, à l’échelle d’un Etat rencontre un écho considérable dans tout le pays et présente des caractères inédits:

- D’un bout à l’autre, elle est totalement en dehors des syndicats et défie une interdiction de principe de la grève. Cela déroute les autorités et le président du sénat de la Virginie occidentale peut déclarer: «on n’est pas en train de négocier avec un groupe uni de participants. C’est seulement une sorte de d’organe que je ne sais pas comment l’appeler. C’est plutôt un soulèvement » Ce qu’un prof d’université de l’Etat confirmera en déclarant:«…Sans cette voix institutionnelle, il devient effectivement plus difficile d’organiser ce genre de chose. Mais quand les conditions deviennent suffisamment difficiles les travailleurs agissent hors de toute organisation»

- Elle se propage comme tant d’autres mouvements par l’utilisation des incontournables réseaux sociaux, mais on ne sait que peu de choses, au-delà de cette communication, ou comment la grève s’est organisée dans chaque établissement ou s’il y a eu des coordinations interscolaires à un niveau ou à un autre.

- Elle a le soutien quasi unanime des parents ce qui ressort de maintes déclarations: «don’t give up» (ne renoncez pas),» Vous menez le bon combat pour nos enfants». Il s’y mêle aussi d’autres soutiens à cause de l’évocation occasionnelle dans les revendications des questions de genre et des problèmes raciaux

- Elle a bénéficié d’une grande solidarité de toute l’Amérique: une caisse de soutien réunira en quelques jours plus de 330$ et des soutiens en nature sont même venus par exemple d’un envoi de pizzas des enseignants de San Francisco

- Elle dépasse rapidement le cadre local s’étendant, d’une manière tout autant sauvage, dans un certain nombre d’Etats où les enseignants sont les plus mal payés et les crédits destinés à l’enseignement de plus en plus réduits

- Le mouvement est essentiellement féminin : 80% des enseignants du secteur public sont des femmes et ce sont elles le plus actives (15)

Il est impossible de décrire dans le détail comment cette lutte se propage et s’organise indépendamment de toute coordination, même à l’échelle d’un Etat. Elle prend des formes diverses selon les Etats et les conditions à la fois de la situation de l’enseignement et les possibilités de manipulation et de répression des autorités et de complicités syndicales. Ce qui suit, plus ou moins chronologique pourra apparaître une sorte de patchwork; c’est forcément incomplet, car les médias ne sont pas très prolixes sur ce mouvement, mais montre surtout l’étendue et la persistance du mouvement de lutte des enseignants dans tout le pays. L’extension de la grève prend des formes diverses tout comme les revendications s’élargissent des questions de salaire à l’ensemble des problèmes avant tout matériels touchant ce secteur de l’éducation C’est cette forme d’un conflit à l’échelle nationale qui explique cette tendance à une grève généralisée dans ce secteur. C’est un conflit encore en cours actuellement qui s’étend à tous les secteurs annexes de l’enseignement y compris les conducteurs de bus scolaires. De plus en plus s’affirme son caractère politique face à une attaque généralisée de l’équipe particulièrement réactionnaire de Trump qui voudrait privatiser totalement le système éducatif américain.

INDE

Les «» (intouchables) sont la caste la plus basse de la hiérarchie des cases en Inde, auxquels sont réservés les tâches les plus pénibles et les plus ingrates. Cet anachronisme persistant dans la société indienne est l’occasion fréquente de révoltes et d’excès de tous ordres. Depuis janvier dernier des affrontements et des grèves ont conduit à des émeutes particulièrement à Mumbaï .

Au moins quatre personnes ont perdu la vie lundi 2 avril dernier dans d'importantes manifestations de membres de basses castes à travers le nord de l'Inde contre une décision de la Cour suprême, ont annoncé les autorités locales.

La plus haute instance judiciaire de cette nation d'Asie du Sud a annulé le mois dernier l'arrestation automatique de suspects de discriminations ou violences contre les castes et tribus dites "répertoriées", considérées comme les plus défavorisées socialement, au motif que la loi pouvait être utilisée abusivement.

En réaction, plusieurs organisations de dalits (autrefois appelés "intouchables"), population de 200 millions de personnes sur le 1,25 milliard que compte le pays, ont appelé à un blocage général. Selon eux, l'assouplissement de la loi pourrait favoriser les exactions contre leur communauté.

Des heurts avec la police, des attaques de bus, de bâtiments publics et des blocages d'axes routiers ou ferroviaires étaient recensés dans un chapelet d'États du nord du pays, du Pendjab au Bihar en passant par le Rajasthan.

L'État du Madhya Pradesh (centre) était l'un des plus touchés par le mouvement. Quatre personnes y ont été tuées, a indiqué à l'AFP Rishi Kumar Shukla, un haut responsable de la police de l'État, sans préciser les circonstances des décès.

"La situation est maintenant sous contrôle", a-t-il assuré.

Dans la ville de Meerut, située non loin de New Delhi, les émeutiers ont brûlé un commissariat de police selon les médias locaux. Des jets de pierres ont ciblé les forces de l'ordre.

Dans un autre district d'Uttar Pradesh, plusieurs bus publics ont été incendiés sans faire de blessés, a indiqué la police à l'AFP.

Depuis, le cortège de violences, de grèves et de manifestations sauvagement réprimées continue

D’autre part , dans de nombreuses régions du pays, des conflits récurrents contre l’installations de mines ou d’industries particulièrement expropriatrices et polluantes.. En 2014, le gouvernement a annulé l’obligation de consulter la population locale pour l’installation ou l’agrandissement d’une usine ou d’une mine mais la justice en a ordonné le rétablissement de 2016 mais entretemps , de telles autorisations ont été accordées au mépris de l’accord des populations paysannes locales, et même actuellement , corruption aidant, toute réglementation peut être aisément tournée. Ce qui déclenche des conflits locaux durement réprimés comme les 22 et 23 mai lors de manifestions contre l’la réouverture et l’extension d’une fonderie de cuivre à Tuticorin dabs l’extrême sud de l’Inde ( par la multinationale minière basée à Londres Vedanta) où13 manifestants ont été tués par la police lorsque la manifestation s’est transformée en une émeute locale. La dimension de telles luttes est donnée par des chiffres: 33 activistes de l’environnement assassinés par les maffias minières de 2015 à 2017.

Le 13 mars , 40 000 cheminots manifestent à Dehli devant le parlement pour leurs salaires et le retraites. Toujours à Dehli, le 14 avril 5 000 travailleurs du nettoyage reprennent le travail alors qu’ils étaient en grève depuis le 14 mars pour les salaires et une assurance maladie

Le 12 mars, près de 50 000 payants ont envahi Bombay, certains après avoir parcouru 180km qui veulent obtenir plus d’aide gouvernementale dans une situation particulièrement précaire aggravée par une sécheresse récurrente Il obtiennent en partie satisfaction ce qui fait craindre des a manifestations semblables de catégories sociales défavorisées

VIETNAM

Au cours des cinq premiers mois de 2018, le pays a connu plus de grèves sauvages que pendant la même période de 2017, toutes touchant les salaires , les conditions de travail et les accessoires du salaire, principalement les garanties en cas de maladie

Les ouvrières de Pouchen au Vietnam dans la province de Dong Nai ont refusé de travailler et se sont plutôt rassemblés devant l'entreprise, occupant une partie de la route nationale 1K qui relie la province à sa voisine Saïgon.

"Nous avons été informés que la société prévoit de modifier le système de paiement en 2019, ce qui affectera nos revenus et bénéfices", a déclaré une travailleuse.

Le Vietnam a repoussé à plusieurs reprises l'adoption d'une loi sur les manifestations, de sorte que toutes les manifestations organisées par les travailleurs dans le pays équivalent à ce que l'on appelle des grèves sauvages.

Un total de 314 grèves sauvages a eu lieu à travers le pays l'année dernière, avec des travailleurs mécontents exigeant de meilleures conditions de salaire et de travail et de protester contre les heures supplémentaires, selon la Confédération générale du travail du Vietnam.(10% de plus que l’année d’avant). De nouveau des grèves, sauvages bien sûr, manifestations et blocages: le 24 mars des milliers de travailleurs , en majorité des femmes d’une usine taiwanaise bloquent une autoroute pendant plusieurs heures pour les salaires avant d’en être délogés, le 29 avril une autre grève sauvage de 5 jours dans une usine de chaussures travaillant pour les plus grandes marques mondiales pour obtenir une assurance maladie

Une étude récente démontre que les bas salaires au Vietnam ont pour conséquence une très basse productivité qui serait inférieure à celle de tous les pays voisins du sud est asiatiques également lieux de délocalisation des productions initialement chinoise

 

DEMOCRATIE DIRECTE ?

 

UNE CONTESTATION GENERALE PAR LA RUE DE LA REPRESENTATIVITE PLUS OU MOINS DEMOCRATIQUE

 

Dans le monde entier, on assiste, séparément des luttes de classe des travailleurs, à tout un ensemble de manifestations de masse le plus souvent pacifiques qui se rapprochent par leur caractère de ce que l’on a connu depuis 2009 sous l’étiquette «arabe» ou «occupy». On pourrait y associer une pratique renouvelée du référendum pour faire entériner des mesures que les gouvernements ne veulent pas accomplir.

Dans leurs manifestations récentes depuis le début de l’année, ces événements présentes des caractères communs:

-une contestation du pouvoir en place soit élu «» soit plus ou moins dictatoriaux et se maintenant au pouvoir par des manœuvres frauduleuses soit parvenu au pouvoir à la faveur d’une abstention massive et qui prennent arbitrairement des mesures particulièrement impopulaires ou dont la corruption est si étendue dans les plus hautes sphères qu’elle en devient insupportable

  • en général ces mouvements n’ont pas un caractère révolutionnaire au sens généralement admis que la population ouvrière se battait dans une lutte finale pour une société sans exploitation de la force de travail dans une action violente d’affrontement avec les forces de répression .En général ces mouvements actuels sont pacifiques, exempts de violence sauf lorsqu’ils doivent répondre à une répression violente.

  • La plupart de ces mouvements ont un objectif bien précis ponctuel, l’annulation d’une décision ou d’un fait particulièrement révoltant ou l’ampleur d’une situation de fait, par exemple la corruption généralisée.

  • Presque tous ont un caractère spontané c’est-à-dire , générés par un fait précis, s’étendent rapidement hors de toute organisation politique ou autre par une utilisation intensive des médias sociaux bien qu’il faille souligner que ces médias ne sont que des moyens et ne créent pas en eux-mêmes ces mouvements de révolte

Rien que pour les six derniers mois on peut relever l’existence mondiale de tels mouvements présentant l’un ou l’antre ou plusieurs des caractères que nous venons de relever. Nous ne pouvons bien sûr pas donner les détails de chacun d’eux, mais chacun de vous pourra retrouver facilement ces détails.

USA –24/3/2018-2,5 millions d’élèves manifestent dans tout le pays (800 000 à Washington) contre les tueries dans les écoles et la question du commerce des armes (il y a eu plus de morts dans les écoles dans ces tueries en 2017 que de pertes militaires US sur tous les théâtres mondiaux d’opération)

5 mai 2018 - 800 000 dreamers manifestent dans tout le pays pour le maintien de leur statut

On peut y ajouter la grève sauvage des enseignants dont nous parlons par ailleurs et dont le caractère s’apparente à ces mouvements que nous évoquons.

ETHOPIE20/2/2018– pendant des mois et des mois des manifestations monstres ont secoué le pays (motivant d'abord le décret d'état d'urgence,) contre le pouvoir en place. Ainsi que des grèves dont une «at home strike» (rester à la maison)Le premier ministre est contraint de démissionner. Contre l'armée jusqu'alors dominante derrière une minorité ethnique tigréenne un nouveau premier ministre, soutenu par une des ethnies majoritaires, lève l'état d'urgence, relâche 6 000 prisonniers politiques, veut régler le problème frontalier avec l'Erythrée et mettre un terme au capitalisme d'Etat pour promouvoir le développement économique du pays. C'est finalement sous la pression de manifestations massives récurrentes que s'opère un changement radical dans la gouvernance du pays malgré une armée dominantes jusqu'alors dans tous les domaines.

BRESILLe 15 mai l’assassinat d’une conseillère mn cipale de Rio provoque des manifestations monstres dans tout le pays. C’est que cette femme noire, originaire des favelas, est devenue par sa lutte incessante contre la corruption et les violences meurtrières tant de la police que des maffias; prenant sans relâche la défense des femmes, noires, des homos et des plus pauvres en général, , constamment menacée de mort mais n’abandonnant pas pour autant sa lutte, elle était devenue pour la population pauvre le symbole de leur lutte quotidienne et pour tous les dirigeants de détenteurs d’un pouvoir la cible à abattre

TUNISIENous avons déjà parlé dans des bulletins précédents des manifestations de centaines de milliers le 15 janvier dernier qui ont déclenché une féroce répression avec des dizaines de morts, beaucoup plus de blessés e t des centaines d’arrestations. Cette répression et la situation économique désastreuse du pays à l’origine des manifestations a accentué la fuite vers l’étranger et le naufrage mortel récent d’un navire changé de Tunisiens ( une centaine de noyés) a souligné l’ampleur de cette émigration ( près de 10 000 en 2017 ( 7 fois plus qu’en 2016) et le développement présent d’une nouvelle vague migratoire.

SLOVAQUIEL’assassinat d’un journaliste (et de sa compagne) qui enquêtait sur la corruption du pouvoir et ses liens avec la maffia italienne déclenche des manifestations spontanées de plus de 40 000 habitants dans trente villes du pays en mars dernier, contraignant le gouvernement à démissionner et à organiser de nouvelles élections pendant qu’un groupe de journalistes reprend des enquêtes sur la corruption. Mais les réticences du pouvoir à poursuivre une enquête sérieuse sur ces meurtres ont déclenché une crise d’une part dans les médias ( radio, TV et presse) et d'autre part dans la sphère politique, laissant présager d’autres actions de masse dans la rue

MALTE— «L’île aux affaires» est le carrefour de toutes les maffias criminelles et politiques et des corruptions mondiales. Une courageuse femme journaliste locale Daphné Galicia sr son blog «Commentary» dénonce tout ce qu’elle peut tout en constatant «escrocs sont partout. La situation est désespérée» . Cela lui vaut les honneurs des méthodes de la maffia sicilienne qui, comme pour le juge Falcone, l’assassine avec une bombe télécommandée placée sous sa voiture . Les imposantes manifestations spontanées qui suivent restent pourtant sans lendemain alors que 45 journalistes mondiaux lancent le «Daphné project» qui tente d’aller au-delà d’une omerta officielle sur ce crime et sur l’immensité des corruptions et trafics de l’île.

NICARAGUALe 18 avril 2018 des dizaines de milliers descendent pacifiquement dans la rue dans les principales villes du pays pour protester contre un ensemble de mesures d’austérité dont une concernant le régime de retraite et demandant le départ du dirigeant dictateur ,ex révolutionnaire sandiniste Ortega. Devant l’ampleur de la répression les manifestations se transforment en émeutes avec des barricades, des incendies, des immeubles publics mis à sac et des magasins pillés .L’armée intervient et la répression est à la hauteur: plus de 130 tués à la fois dus aux tirs contre les manifestants que par des équipes de tueurs qui ciblent les opposants visibles . Le 30 mai, jour de la fête des mères, plus de 500 000 mères manifestant pour demander justice pour le meurtre de leurs enfants et 19 d’entre elles sont tuées dans l’attaque policière. Comme le gouvernement ne cède en rien, des étudiants occupent l’université de Managua le 28mai et leur expulsion déclenche de nouvelles manifestations qui tournent également à l’émeute. Une menace de grève générale pourrait-elle faire céder les pouvoir qui s’accroche?

TANZANIEDepuis février des manifestations récurrentes contre le pouvoir en place et ses mesures d’austérité déclenchent les répressions habituelles dans une grande confusion politique et vraisemblablement la main secrète des USA;

SOUDAN—En janvier 2018 , on ne compte pas moins de 32 manifestations pacifiques contre les prix des carburants et l’inflation sur les produits de première nécessité qui n’ont guère entraîné que quelques promesses du pouvoir. Malgré le calme apparent des mois suivants, de nouvelles manifestations reviennent actuellement dont une le 19 mai et qui ont un caractère plus violent ( un flic tué dans une altercation alors qu’il contrôlait la distribution de carburant

MADAGASCAR21 avril 2018—des milliers de manifestants à Tananarive contre une réforme de la loi électorale tendant à évincer l'opposition, deux morts, des douzaines de blessés. Le 23 avril, des milliers de manifestants habillés en blanc se rassemblent devant l'hôtel de ville de la capitale pour des funérailles symboliques de deux assassinés. Comme les manifestations se poursuivent , exigeant maintenant la démission du président, celui-ci ne fait que remplacer le premier ministre le 26 mai, ce qui ne calme rien

ARMENIEen avril-mai, onze jours de manifestations massives répétées contraignent le premier ministre à démissionner et à son remplacement par un opposant politique contre la majorité du parlement, un exemple de ce que la rue peut finir par imposer contre les pouvoir pourtant «élu démocratiquement» ( avec une corruption organisée «s’achète : un vote d’électeur pour 20 euros ou une bonne note enclasse», propos d’un manifestant).

ROUMANIE –12/5/2018; des milliers continuent de manifester régulièrement dans tout le pays contre la corruption. Mais des tentatives gouvernementales d’organiser des marches parallèles pour court circuiter cette opposition récurrente

MAYOTTE– 21 avril 2018, Avant tout contre l'insécurité et une immigration des Comores il y a 4 mois, éclatait à Mayotte un mouvement social d'ampleur qui a entrainé un blocage des iles pendant plusieurs semaines, avec des répercussions parfois dramatiques. Ce mouvement est né en réponse à un contexte de violence et d'insécurité ,mais aussi, d'une crise sociale profonde et dans tous les domaines :santé, logement, transports, travail, éducation... Crise dont l'immigration illégale massive qui déstabilise la société mahoraise ne fait qu'amplifier les effets, au point de les rendre insupportables. Ce mouvement a été engagé par une population à bout, exaspérée de ne pas voir venir les changements attendus de la départementalisation. .
Des engagements fermes, concrets, précis, ont mis fin au conflit sans pour autant résoudre un problème central, celui de l'immigration de puis les Comores.

En ESPAGNE , en ARGENTINE , et en TURQUIE, la journée de la femme, le 8 mars, qui autrefois passait quasiment inaperçue met cette année 2018 dans chacun de ce pays des centaines de milliers de femmes. On peut relier cette montée des protestations des femmes au mouvement «too» qui né aux Etats-Unis, s'est répandu dans toute la planète et aux manifestations récurrentes des femmes contre le port du voile en IRAN ( l'initiatrice du mouvement, le 27 décembre 2017, à un croisement routier à Téhéran elle avar retiré son voile; elle est suivi par une trentaine d'autres femmes dans tout l'Iran) ou aux protestations collectives des étudiantes en CHINE contre e le harcèlement sexuel.( en avril 2018 une organisation a été formée qui se propage dans les universités)

MAROCà partir des événements dans le Rif évoqué dans les précédents bulletins et les manifestations nées dans cette région qui se sont étendues dans tout le Maroc, depuis octobre 2016, d’autres mouvements du même genre se sont greffés ailleurs comme des «manifestations de la soif» dans le port de Zagora ou dans la région des mines de Jeralda. Contre les hausses de prix un boycott sauvage a été organisé contre les fournisseurs de bouteilles d’eau, de lait et de détergents pendant les mois de mai et juin 2018

RUSSIEDans la ville sibérienne de Kemerovo, le 21 mars 2018 , l’incendie d’un centre commercial fait 64 morts et l’enquête révèle tout un ensemble de malfaçons dans la construction liées à la corruption lors de la construction du centre. Des manifestations répétées de milliers d’habitants contraignent le gouverneur en place depuis plus de 20 ans, allié de Poutine et au centre d’nr réseau de corruption à la démission et à son remplacement.

JORDANIEdepuis le 3 juin , des milliers de manifestants protestent chaque jour dans la capitale Amman et dans tout le pays alors que se déroule une grève générale contre des mesures d’austérité, impliquant l’augmentation du prix des carburants et des produits de première nécessité, mesures imposées par le FMI .Le roi tente de répondre à cette situation en dissolvant le gouvernement. Mais cela ne changera pas grand-chose à la situation du pays qui connaît une inflation galopante et un chômage de 18%, situation qui ne peut que générer de nouvelles manifestations

EGYPTEmai 2018, des manifestations de protestation au Caire contre la hausse du prix du ticket de transports urbains

MEXIQUE21/5/2018 –100 000 enseignants manifestent à Mexico contre ne réforme du système éducatif

GAZA ,printemps 2018 les manifestations pacifiques de milliers de Gazaouis devant la frontière israélienne et le massacre des tirs de l’armée israélienne qui n’ont pas découragé jusqu’ici les manifestants ont été trop bien médiatisés porc que nous l’évoquions ici en détail sauf pour souligner que ce mouvement qui se veut pacifique s’apparente à pratiquement tous les mouvements de démocratie directe dont nous avons parlé ci– dessus.

CHINE

Dans les 10 premières semaines de 2018, on a assisté à une montée des gr7ves, plus de 400 «» admises, le double de ce qui avait été reconnu dans la même période de 2017: dans la même période les tribunaux chargés de régler les conflits du travail ont vu les litiges bondir de 40%

Ces conflits présentent des caractères nouveaux:

  • L’un purement de géographie économique. Alors que jusqu’alors la plupart des conflits du travail se déroulaient essentiellement dans les zones côtières industrialisées, ceux-ci se sont déplacés dans l’intérieur de la Chine. C’est le résultat d’un politique délibérée du Parti Communiste Chinois qui tente de pallier le transfert des industries de main d’œuvre vers les pays à moindre coût, l’automatisation et les licenciements conséquents par des transferts d’activité vers l’intérieur de la Chine .On prévoit que , dans les années proches, ces licenciements pourraient atteindre plus de 6 millions de travailleurs, une bonne partie des migrants qui pourraient éventuellement retourner dans leur campagne d’origine où seraient transférées des industries avec des coûts de production plus bas. Cela couperait également de novelles migrations. D’après les calculs de cette réforme, il en résulterait par un transfert conséquent des revenus à une augmentation de la consommation intérieure compensant les pertes dues aux délocalisations vers les autres pays d’Asie et l’Afrique

  • L’autre est plus intéressant en termes de lutte de classe, c’est l’apparition de conflits collectifs à l’échelle régionale voire nationale accompagnés de nouvelles formes d’organisation totalement illégales se substituant aux carences du syndical officiel ACFTU

Ces formes d'organisations parviennent à franchir les silences de la censure et de la répression, mais on peut supposer que ce qu’on en connaît est la partie émergée de l’iceberg. En janvier dernier, des centaines d’enseignants venus de toute la Chine se sont retrouvés à Beijing pour élaborer des revendications communes pour les retraite et les garanties sociales dont la maladie ( déjà antérieurement des mouvements pour de telles revendications avaient fait tache d'huile alors que se déroulait un mouvement identique da les services hospitaliers)

Les travailleurs de magasins Walmartde toute la Chine ont formé un «indépendant des travailleurs de Walmart» qui présenter des revendications unifiées dans tout la chine et mener des actions concertées.

En mars, les travailleurs d’une centrale solaire du Guizhou occupent le site pour les salaires. Au même moment ailleurs en Chine des chauffeurs de taxi sont en lutte de même que les hospitaliers du Hebei

Le 18 mars , après huit jours d grève les travailleurs d’une usine de sacs à mains de luxe acceptent un accord qui leur accorde des augmentations de salaires, des garanties retraite, une allocation logement et des primes d’activité.

Le premier mai, dans le centre de la Chine des millions de travailleurs du bâtiment ( sur les 60 millions dans cette branche) se sont mis en grève . Ce conflit a concerné particulièrement 18 000 grutiers qui ont participé à la grève dans 80 villes du pays de 19 provinces appelés par une organisation clandestine «Operators Union»

BRESIL

Le plus grand Etat d’Amérique du Sud, légèrement inférieur en superficie aux USA avec les 2/3 de sa population (206 millions d’habitants), au 8ième rang mondial pour son PIB mais au 75ième pour le PIB par tête . L’économie est partage entre un développement industriel notamment dans le Sud (Etat de Sao Paulo) et les multinationales minières et pétrolières d’une part et les propriétaires fonciers et d’autre part les géants de l’agrobusiness exploiteurs catastrophiques de la forêt amazonienne. Le tout baignant dans des rivalités politiques tardant à faire de l’armée l’arbitre d’ne crise persistante dans une atmosphère de corruption et de violences généralisés. Ce n’est pas un hasard si Lula, le leader populiste et populaire auteur de certaines réformes sociales soit actuellement en prison , pas tant pour accusation de corruption mais parce qu’il représente une menace politique pour les pouvoirs en place.

Les conflits sociaux de tous ordres sont fréquents mais d’importance inégale et concernant aussi bien telle ou telle favela ou la grève dans le secteur automobile. Le conflit récent des routiers qui a paralysé le pays pendant plusieurs semaines est un exemple des conséquences sociales qui peuvent résulter d’une orientation politique et de la faiblesse du développement des infrastructures eu égard au développement économique global. Dans le transport des marchandises, la route a pris—délibérément à partir des années 1980—une place prépondérante ( aujourd’hui, dans le pays,61% des marchandises sont transportées par route contre 21% par fer,4% par pipeline et 0,4% par air). Cette situation est encore plus paradoxale lorsque l’on sait que le réseau routier est dans un état lamentable;86% des routes ne sont que de pistes en terre.

De plus, la structure des transports routiers en fait un secteur particulièrement hétéroclite eu égard à l’importance du trafic routier. A côté des flottes d’entreprises et des sociétés de transports on trouve une immensité de PME (160 000) et des indépendants qui regroupent près de 3 millions de routiers..

Ceux-ci sont organisés, pour les salariés dans la CNT (Confédération Nationale du Transport) et pour les indépendants dans doux associations:; l’Union Nationale des Camionneurs et l’Association Brésilienne des camionneurs ( qui compterait 600 000 adhérents) Ces groupements tout en soutenant et parfois organisant la grève seront enfaita dépassés par un puissant mouvement de base.

Lagr7ve commence, comme déjà dans le passé sur la hausse du prix du diesel. Dans le pays, la société pétrolière d’Etat Petrobras détient un quasi-monopole de la distribution et a décidé de faire suivre au prix du diesel les fluctuations du cours mondial des produits pétroliers. C’est ainsi que le prix du litre de diesel est passé de 2,5 reals en 2015 à 3,8 réals vers le 20 mai. Les plus touchés sont surtout les dépendants et les PME et ce sont eux qui prennent l’initiative d’une grève totale illimitée» le 23mai qui rapidement paralyse tout le pays, non seulement à l’intérieur dans les approvisionnements de toutes sortes mais aussi et surtout dans les exportations vitales pour le pays de denrées agricoles (soja, café, etc..). Un premier accord sur une baisse de prix du diesel n’est pas accepté par la base ce qui fait dire à l’Association qui appelle à lever les blocages routiers que le mouvement lui échappe et se radicalise. Ceste radicalisation est marquée non seulement par de rigoureux barrages routiers mais aussi par les violence contre les jaunes: c’est ainsi qu’un camionneur qui voulait reprendre le travail a été lapidé à mort dans l’Etat de Rondonia Après avoir fait, en vain appel à l’armée pour faire lever les blocages routiers, le gouvernement est contraint de céder et signer le 27 mai un accord qui réduit le prix du diesel de 2% , bloque son prix pour deux mois et satisfait d’antres revendications dont le tarif des péages routiers. Peu à peu, le pays retrouve une activité normale. Ce ne sont pas tant les conséquences économiques ( 64 millions de volailles mortes par manque d’aliment, et près de 20 millions de porcs) qui sent importantes mais les conséquences politiques . Le mouvement a bénéficié d’un énorme soutien populaire tant moral que matériel, ce qu’exprime un brésilien du rang: «Je suis là pour lutter avec les guerriers. Contre ce gouvernement de bandits, ces corrompus et contre ce gouvernement qui ne veut pas céder» Là encore, les réseaux sociaux ont joué toute leur importance dans la montée et la coordination du mouvement









 


 

 

 

 

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28 juin 2018

COMMENT ON GLISSE DU SALARIAT AU CONTRACTANT : L' EXEMPLE DES CORRECTRICES

Dans un article de Courant alternatif N°277 février 2018 «L'édition mérite correction ! » Elisario l' auteur du texte, met en avant le combat du collectif des correcteurs précaires ; qui lutte depuis deux ans.

teletravail

Si en règle générale les correcteurs sont plutôt des correctrices, l' auteur nous invite à partager le long chemin qui va les amener à faire partie des emplois précaires. Il nous montre comment des travailleurs autrefois sous statut de salariés CDI plein temps, travaillant chez l' éditeur vont se retrouver progressivement en statut de TAD travailleurs à domicile, sous la convention collective des travailleurs à domicile. Ce travail chez soi, bien que pratique pour certains est maintenant encadré par la loi, loi sur le télétravail

Par cette loi le gouvernement vise à encourager le télétravail et ses conséquences négatives pour le salariat. L' article de Elisario est d'autant plus intéressant qu'il montre comment on glisse du statut de salarié plein temps, au salarié à la tâche, pour finalement se trouver réduit à devenir un contractant, c' est à dire un auto-entrepreneur de soi, avec tous les affres de ce genre d'emploi.

 Première offensive. Dès 1980, les lecteurs-correcteurs qui travaillaient dans les locaux des éditeurs avec un statut de cadre mensualisé ne vont plus jouir de « cette faveur » et se trouver aux prises de la concurrence capitaliste. Les éditeurs ne veulent plus payer des mètres carrés parisiens devenus trop chers. L'internet plus le télétravail arrivent à point pour précariser l' emploi des correcteurs, pour eux c' est le retour au travail à la tâche et le boulot à domicile avec un salaire en baisse. Pour les éditeurs c' est une économie sur le capital constant, plus de locaux, plus de chauffage, plus de...Tout retombe sur le salarié ( il est encore salarié) mais un salarié sur le modèle anglais du zéro heure, un CDI certes, mais en heures annuelles.

 Deuxième offensive ; Elle émerge au milieu des années 2000

avec la mise sur le marché de l'emploi des « auto-entrepreneurs de soi », le début de ce qui va porter le nom d' ubérisation. Ceux qui sont encore sous le régime d'un salariat bidon, commence à sentir le sol se dérober sous leurs pieds, des concurrents comme d'anciens professeurs de français en retraite et des étudiants en lettres viennent concurrencer ce salariat précarisé.

Là où un salarié coûtait plus de 2500 € par mois pour une rémunération nette de 1500€, le contractant autoentrepreneur ne va coûter que 1500 € indique l'auteur de l'article. Il est vrai que les taux de cotisations sociales de l'auto-entrepreneur sont nettement plus faible que celui du salariat et tendent à la baisse. En 2018, les taux repartent à la baisse du fait du transfert d' une partie des cotisations sociales sur la CSG. Ce sont les retraités qui par le prélèvement de 1,7% de CSG, soit 22,6 milliards d' euros vont assumer la promotion de l' entrepreneuriat et la baisse des charges patronales du privé.

Toute la profession des correcteurs est menacée par l' auto-entrepreneuriat

 Nous voyons ici comment une profession se délite sous l' effet des nouvelles technologies. Le cas des correcteurs et correctrices n' est pas isolés d' autres secteurs vont subir la même trajectoire, celle ou la frontière de l' entreprise devient poreuse et pénètre dans ce que les anciens appelaient la vie privée. Récemment une émission de télé, nous montrait une entreprise de bus belges qui misait sur le travail pendant le temps de transport, on avait déjà constaté ce fait dans les TGV.

Mais la numérisation crée des emplois, des emplois comme par exemple les « micro travailleurs » du numérique. Ils et elles accomplissent de petites tâches digitales et numériques : classer des photos, analyser des images pour les algorithmes, traduire un petit texte... Payés au clic ou à la tâche, ils sont les petites mains d'une économie numérique en plein essor. Ces micro tâcherons sont plus de 90 millions dans le monde, un prolétariat précaire en pleine expansion.

Des préoccupations que n'ont pas MTurk et CrowdFlower, deux des plateformes principales qui mettent en relation les pourvoyeurs de tâches et ceux qui vont les exécuter aux quatre coins du monde. Et encore moins les "fermes à clics." Entre le web café et l’open-space bondé, des hommes et des femmes sont rivés à leurs écrans, chargés de "liker" des pages Facebook ou Twitter, d'écrire des commentaires dithyrambiques sur des restaurants qu'ils n'ont jamais vus... le tout pour quelques centimes, sans protection sociale. Entre le Chine, la Thaïlande le Nigéria ou encore la Malaisie, on estime que les ouvriers de l’économie numérique sont près de 90 millions dans le monde.

G.Bad

Pour télécharger le numéro 278(mars 2018) de Courant Alternatif

9 mai, par OCL Reims

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Vague de suicides dans les hôpitaux

Alors que l’on apprend que l’ancien PDG de France Télécom-Orange sera bien jugé pour le « harcèlement moral » ayant abouti à une vague de suicides dans l’entreprise, ce sont trois jeunes soignants qui se sont donnés la mort, au mois de juin, en France. La sonnette d’alarme du désespoir quand rien ne va plus dans les services publics.

Corinne Rozenn

La liste n’est peut-être pas exhaustive, hélas, mais elle fait froid dans le dos. Le 8 juin, c’est une jeune chirurgienne oncologue de 34 ans, spécialiste du cancer du sein, qui se suicide sur son lieu de travail, au centre Paul-Strauss de Strasbourg. Le 11 juin, trois jours après, c’est une infirmière du CHU de Grenoble qui se donne la mort, chez elle. Le 20 juin, c’est un jeune chirurgien orthopédiste, assistant des hôpitaux, qui avait tenté de mettre fin à ses jours là où il exerçait, au Centre Hospitalier de Castres, dont on annonçait la mort.

Une série noire ? Non, plutôt des morts liées à un type bien spécifique de management dans le secteur de la Santé en général et dans les hôpitaux en particulier et dont les jeunes sont les premières victimes. Dans une enquête récente réalisée auprès des Internes et chefs de clinique-assistants, près d’un quart des interrogés montrent des signes non équivoques de « symptomatologie dépressive avec idéation suicidaire ». Dans le cas de Strasbourg, un médiateur, nommé après le suicide, en novembre 2017, sur le CHU même, d’un neurochirurgien, avait livré dans son rapport un réquisitoire extrêmement dur contre un « management inhumain », démultiplié par des situations de « conflit, maltraitance ou cas de souffrance au travail » en lien étroit avec un « un management très orienté vers les problématiques budgétaires ». Autrement dit : faire du service public de la Santé un secteur où la logique de la rentabilité prime sur la santé des patient et les conditions de travail des soignantes et des soignants.

Le 11 juin, un Observatoire National de Qualité de Vie au Travail des Professionnels exerçant dans le Domaine du Sanitaire et du Médico-social a été réuni, compte-tenu de la situation alarmante de l’ensemble du secteur. Insuffisant, aux yeux de l’InterSyndicat National des Chefs de Clinique et Assistants, qui demande très officiellement à la ministre en charge des dossiers de Santé, Agnès Buzyn, à être reçu. Il « n’est plus possible de voir s’égrainer de telles tragédies sans s’assurer que tous les facteurs précipitants n’ont pu être évités », dit l’ISNCCA, pointant « la fatigue accumulée, le manque de soutien de la hiérarchie et un encadrement insuffisant ».

Si les soignants, et les plus jeunes d’entre eux, notamment, mettent fin à leurs jours, quelle Santé nous réservera-t-on à l’avenir ? C’est le fruit de plus de vingt-cinq ans d’austérité budgétaire dans les hôpitaux qui sont en train d’être récoltés, à présent. Et la situation et de plus en plus préoccupante.

 


Extrait de révolution permanente

 

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23 juin 2018

FORMATION : De l’adaptation permanente à l’emploi, à la gestion des situations de crise de l’ emploi

La formation tout au long de la vie, c’est le dernier missile
de l’Union européenne, lancé à grand coup de publicité
dans le monde du travail

paru dans ECHANGES N°109 été 2004

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Les récentes négociations entre l’Unice (le patronat européen) et la Confédération européenne des syndicats (CES) (1) ont placé la formation au cœur du traitement social du chômage et de l’employabilité.
Quelle est donc la signification de ce nouveau terme, l’« employabilité » ? L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) (2), explique : « La meilleure sécurité qu’on puisse donner à un salarié, c’est un portefeuille de compétences bien rempli. C’est cela qui le rendra autonome et libre vis-à-vis de l’entreprise. Voilà le grand pari, qu’on a pu appeler le pari de l’employabilité. » (Anact, Développement des compétences, juillet 1999.)
La meilleure, ce n’est donc plus de remplir notre portefeuille mais de nous donner une formation pour devenir « libre » de trouver ailleurs un emploi. Dans ce sens, l’ANACT cite une parabole : « Un Airbus A 320 vole vers la Guadeloupe. Le temps est calme et vous avez la perspective d’une semaine de vacances extraordinaire. Pour moi, c’est un peu ce que vivent certains salariés dans les entreprises : ça va bien, les résultats sont bons, leur présence dans l’entreprise n’est pas remise en cause, la tradition de l’entreprise est de garder ses salariés durant toute leur vie professionnelle. Un petit missile crève la coque du A 320. Manque de chance, vous étiez à côté du trou. Vous n’aviez pas mis votre ceinture et vous êtes aspiré. Vous vous retrouvez à neuf mille mètres d’altitude sans parachute. Vous voyez le résultat. Cette entreprise qui marchait bien est rachetée et les actionnaires décident que la marge nette n’est pas suffisante. Lors d’un plan social, vous vous retrouvez dehors. Vous qui êtes rentré il y a vingt ans avec un CAP d’employé de bureau, vous ne vous êtes pas préoccupé puisque tout allait bien. Vingt ans après vous vous retrouvez sur le marché du travail avec une expérience professionnelle relative et votre CAP d’employé de bureau. C’est comme si vous étiez à neuf mille mètres d’altitude, sans parachute. »
Nombreux sont les travailleurs d’Europe qui sont déjà dans cette situation et nombreux seront ceux qui avec ou sans parachute seront victime de leur âge. Le piège de la réforme des retraites vient de se refermer (3) , propulsant des milliers de prolétaires dans le « couloir de l’employabilité » et de la misère jusqu’à 65 ans.
Tel est, en résumé, la loi sur la formation tout au long de la vie que nous allons analyser plus en détail.

La formation
tout au long de la vie

Voici donc le dernier missile de l’Union européenne (UE), lancé à grand coup de publicité dans le monde du travail. Tout a commencé à Lisbonne en mars 2000, quand la nomenklatura européenne a décidé de faire de l’ UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive à l’horizon 2010 ».
Pour parvenir à cet objectif, les relais bureaucratiques de l’UE en France (gouvernement, patronat, syndicats...) viennent de pondre l’Accord national interprofessionnel sur la formation professionnelle (ANI), qui a été entériné par les partenaires sociaux et est donc devenu applicable à partir de premier semestre de cette année.
La gestation de cet accord avait débuté avec la décentralisation de la formation aux régions en 1982, sous le règne de la gauche. L’incubation devait se poursuivre en 1999. Les régions auront compétence sur l’ensemble de la formation des jeunes et, depuis 2002 et 2003, sur tout le dispositif des adultes. La région deviendra l’acteur public central qui coordonne la formation initiale de tous les publics. L’ANI est donc l’aboutissement de cette longue gestation.
L’ANI se présente donc comme complément positif de la réforme des retraites. Il veut être un remède au déficit démographique (départ en retraite, baisse de la population active, vieillissement de la population) qui pourrait voir s’envoler les salaires et donc le coût du travail. Nos économistes appellent ce phénomène : tensions sur le marché du travail.
La formation du xxie siècle se présente donc comme un instrument ayant pour fonction de maintenir le coût du travail dans une fourchette raisonnable pour le profit capitaliste. La rupture démographique sera compensée par le recours à l’immigration, par l’augmentation du taux d’emploi des plus de 50 ans.
La formation devant accompagner ces mouvements, la réforme de la formation va être plus incisive. Elle veut « rendre chacun acteur de son évolution professionnelle et coresponsable du maintien de sa qualification » et, par opposition, de sa déqualification. Pour ce faire, rien n’est plus efficace que le volontariat contraint, pour une formation hors temps de travail - cela porte le nom de coinvestissement. Si donc le salarié coinvestit, comme tout investisseur capitaliste, il doit capitaliser quelques deniers à la fin de son parcours. Rien ne semble aller dans ce sens avec la belle réforme made in European Union.

Le contrat de professionnalisation, un contrat d’insécurité sociale

Le nouveau « contrat de professionnalisation » aura un seul avantage, c’est de mettre un terme à l’hypocrisie des trois autres qui disparaissent (contrat de qualification, contrat d’adaptation et contrat d’orientation). La formation veut agir sur les deux pôles extrêmes : les seniors, qui doivent se préparer à une nouvelle et radieuse fin de carrière en bossant cinq ans de plus ; et les jeunes, qui doivent se préparer à se faire virer dès 16 ans du collège pour faire faire des économies au secteur public (fermetures de classes et d’établissement). L’ANI le dit : « réduire la prolongation des études » et optimiser les investissements des régions dans l’apprentissage et les lycées professionnels.
Le contrat de professionnalisation est un « bon contrat », qui va certainement encourager la jeunesse à perdre sa vie à la gagner. Pour les moins de 21 ans, la rémunération s’élève - ou plutôt s’abaisse - à 55 % du SMIC, avec une petite reconnaissance du diplôme : + 10 points si titulaire d’un bac pro où équivalent. Pour les 21 à 26 ans, on passe à 70 % du SMIC et, pour les plus de 26 ans, le mât de cocagne est atteint avec 85 % de la RMA de la convention collective de branche (la misère en dentelle). Le contrat de professionnalisation est un vrai contrat de paupérisation du monde du travail et un renforcement de l’exploitation sur toute la ligne. Les employeurs ont exigé des exonérations de cotisations des assurances sociales, des accidents du travail, des maladies professionnelles et des allocations familiales sur ce contrat. Ils ont exigé un coût du travail inférieur ou égal à celui de certains pays du « tiers monde et de l’ex-URSS » et ils l’ont obtenu.

Les trois types de formation

La disparition du système de classification (Parodie) et son remplacement par un système de classement par fonctions, codifié dans les nouvelles conventions collectives, marquaient un tournant sur la manière d’exploiter la force de travail. Ce qui devait dorénavant compter (ils ne cesseront pas de le dire), ce sera la compétence. Le diplôme n’est et ne sera reconnu qu’en fonction de ce critère, en fonction de l’initiative créatrice et surtout des fonctions qui y correspondent. L’adaptabilité au poste de travail n’est plus seulement une période de trois à un an - période d’essai -, elle devient permanente
- « tout au long de la vie ».
Les trois types de formation correspondent à cette exigence de l’exploitation capitaliste :
- formations d’adaptation à l’emploi ;
- formations liées à l’évolution des emplois ou au maintien de l’emploi ;
- formations et développement des compétences.
Ces trois points introduisent trois conceptions nouvelles :
- la contractualisation de la formation ;
- l’individualisation de la formation ;
- le coinvestissement de la formation.
L’obligation de se former en permanence comme condition de son maintien dans l’emploi n’est pas encore incluse dans le contrat de travail, mais nous en sommes très près avec « la contractualisation de la formation ». La formation n’est plus principalement un critère de promotion dans l’entreprise, un critère de progression salariale. Elle devient la condition du maintien dans l’emploi. Quand vous entendez le mot « employabilité », c’est de cela qu’il s’agit. En fait, l’entreprise capitaliste du xxie siècle veut une force de travail compétitive tout le long de la vie, elle veut dans cet objectif continuer à individualiser le plus possible l’individu au travail et le fragiliser en permanence. Ici se pose la question de l’avenir du personnel qui, malade, n’est plus en mesure de fournir une force de travail compétente et compétitive...
Toute restructuration d’entreprise, toute rationalisation informatique tend à bouleverser en permanence les structures sociales des entreprises et contraint le salarié à une remise en cause elle aussi permanente - remise en cause de la position sociale qu’il occupait et qui lui semblait stable et acquise.
L’ANI va, comme dans le jeu de l’oie, résoudre ce problème en faisant retomber à la case départ le salarié touché dans le maintien de son poste. Tout comme le nouvel embauché, le salarié obsolète entre en « période de professionnalisation », tout comme on entre au purgatoire.
L’ANI est très explicite à ce sujet quant aux personnes visées : « Les salariés dont la qualification est insuffisante au regard de l’évolution des technologies et de l’organisation du travail », « les salariés ayant vingt ans d’ancienneté ou plus de quarante-cinq ans » - nous voyons ici que l’expérience accumulée avec l’ancienneté disparaît, comme elle a disparu dans la plupart des conventions collectives où chaque année un salarié pouvait espérer 1% d’augmentation au titre de l’ancienneté -, « les femmes reprenant l’activité après un congé de maternité et les salariés après un congé parental » - la procréation, élever ses enfants devient une tare, la famille est en soi contreproductive -. En outre, « les travailleurs handicapés » posent problème.
L’ANI insiste d’ailleurs particulièrement sur la « mission » de l’encadrement dans son rôle de recyclage de la force de travail des plus de quarante-cinq ans ou de plus de vingt ans d’ancienneté.

Le passeport formation
ou le retour du livret ouvrier

Le terme de « passeport formation » (3) en lui-même n’est pas neutre, il est plus que cynique et considère que sur le marché du travail le salarié est dans un autre monde, celui de la fracture sociale, des exclus... Donc pour entrer dans une autre entreprise, il faudra un « passeport » sur lequel figureront :
- les diplômes obtenus et autres ;
- les actions de formation suivies ;
- les emplois tenus dans une même
entreprise ;
- les décisions en matière de formation, prises en entretien professionnel ou lors d’un bilan de compétences.

La gestion des seniors

Avec la réforme des retraites, c’est-à-dire le passage de la retraite à 60 ans à 65 ans, il va falloir que les entreprises gèrent une force de travail pour laquelle aucun « Viagra » n’a été inventé. Pour cette force de travail, le manager se transforme en médecin d’entreprise et doit veiller à la bonne santé des compétences, signaler le moindre relâchement et pousser le senior à un « contrôle technique » par la « validation des acquis de son expérience » (VAE), dans le cadre de la loi du 17 janvier 2002, de sa capacité à se maintenir en poste.

La VAE à proprement parler

Cette validation des acquis d’expérience veut être un remède : elle serait destinée à « réduire la “fracture” entre jeunes diplômés et anciens expérimentés », « renforcer l’employabilité dans le cadre de mobilités et reconversions internes », « remettre les faiblement diplômés dans le circuit de la formation continue », « sortir la formation diplômante de son carcan scolaire et renforcer le rôle tutorial du manager », « valoriser certains types de diplômes et inciter des salariés “cibles de professionnalisation” à les briguer ».

Le parcours du compétent

Allons donc aux sources de cette nouvelle lumière qu’est la compétence, comme dit le Medef (ex-CNPF), par la voix de son représentant Alain Dumont (4).
Il commence par s’attaquer à la loi de 1971 sur la formation professionnelle « qui a mal répondu à ses objectifs premiers qui étaient le développement d’une “seconde chance” pour les gens qui n’avaient pas eu de “première chance” à l’école. La loi de 1971 a profité plutôt aux salariés qualifiés des grandes entreprises. »
Dans l’assurance, de nombreux salariés ont pleinement profité de formations dans le cadre de cette loi, avec diplôme à la sortie : CAP, BP ou BTS de l’assurance, qui leur assurait une augmentation de salaire ; cette possibilité a été liquidée avec la nouvelle convention collective.
Mais le Medef vise d’abord à échapper à l’obligation de faire un chèque pour la formation. Alors on commence à s’interroger : « Mais place-t-on la formation en cœur de cible ou n’est-ce qu’un moyen au service de ce cœur de cible ? Est-ce qu’il nous faut une obligation de moyens ou une obligation de résultats ? La loi de 1971 n’est même pas une obligation de moyens, c’est l’obligation de dépenser ou de faire un chèque. »
L’attaque est venimeuse. Autrement dit, la formation professionnelle jusqu’à présent n’a pas rendu le jus espéré. « Depuis trente ans, on a investi des sommes gigantesques en matière de formation, sur les publics en difficulté, dans le système éducatif, etc. Cela nous rend-il plus performants que nos voisins ? Quand vous savez qu’en Suède, l’essentiel des jeunes sort du système de formation initiale à BAC + 2. On ne peut pas dire que la Suède soit moins performante que la France. » Après avoir, minimisé l’importance des diplômes et la formation loi 1971, le Medef peut essayer de nous vendre sa camelote « compétence ».
D’abord, il va définir dans quel contexte cette « compétence » peut émerger : « La compétence est la mise en œuvre des ressources d’un individu associé à des moyens fournis par l’entreprise, dans une situation de travail donnée. »
Le mot compétence est toujours lié à celui d’employabilité, ou à un nouveau mot comme traçabilité. L’employabilité est un mot terrible puisque ses pendants sont l’exclusion, la non-insertion, l’externalisation. Quand vous entendez ce mot, vous êtes au cœur de la cible, vous avez mal géré votre parcours individuel et donc on vous flingue.
On en revient à l’esprit de caserne, ce n’est plus le parcours du combattant mais le parcours du compétent. Le chef est important : « Il n’y a pas de compétence collective. Il y a un homme qui a été capable de coordonner et d’animer les ressources d’une équipe pour aboutir à un résultat. »
Et puis on donne en exemple l’équipe de France qui a gagné grâce à Aimé Jacquet - théorie des chefs, théorie des grands hommes, on connaît.
Le comble, c’est que l’on propose, au travers des accords d’entreprise, de faire gérer le système par les syndicats.
« Cogestion » et « corporatisme » sont des mots qui vont très bien ensemble (air connu).

Gérard. Bad
juin 2004

(1) C’est autour d’un document de travail présenté par la CGC, Accord sur le traitement social des restructurations, que les syndicats de la CES ont débattu.

(2) L’Anact est un organisme paragouvernemental, dont les positions sont proches de celles de la CFDT. Internet :www.anact.fr

(3) Voir Echanges n° 102 (automne 2002) : « La spoliation des retraités, un moyen pour le capital financier de contrecarrer la baisse du taux de profit. »

(4) Le livret ouvrier, mis en place par une série de mesures en 1803 et 1804, restera en vigueur jusqu’en juillet 1890. Sur ce document obligatoire étaient inscrit les noms des employeurs, les dates d’emploi du travailleur et les acomptes qui lui étaient versés. Il était visé par le commissaire de police ou le maire. Le patron devait en prendre connaissance au moment de l’embauche.

Posté par spartacus1918 à 15:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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