SPARTACUS

26 septembre 2016

INFOBREF N°457-Rapport sur le travail dans le monde

INFOBREF N°457

Rapport sur le travail dans le monde

Un développement riche en emplois

Veuillez noter que depuis 2015, le Rapport mondial sur le travail a été remplacé par une nouvelle série phare annuelle de l'OIT, Emploi et questions sociales dans le monde (WESO en anglais). Vous pouvez y trouver les derniers indicateurs du marché du travail à l'échelle mondiale et régionale, des recommandations politiques et une étude approfondie de questions liée au monde du travail sur le portail du rapport "Emploi et questions sociales dans le monde" .

 

Le Directeur général de l’OIT plaide pour une initiative mondiale sur l’avenir du travail

«Nous devons nous pencher sur les facteurs de changement à long terme, sur les tendances de fond de la transformation, et leurs conséquences pour la réalisation des objectifs que l’OIT poursuivra pendant son deuxième centenaire», a déclaré Guy Ryder devant plus de 4000 délégués réunis à Genève.

Actualité | 1 juin 2015

GENÈVE (OIT Info) – Lors de son discours d’inauguration  de la 104e Conférence Internationale du Travail  (CIT), le Directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), Guy Ryder, a convié à un débat mondial sur l’avenir du travail.

«Les questions d’emploi, d’équité, de durabilité, de sécurité humaine, de mobilité des travailleurs, du dialogue social qui doivent être traitées dans le cadre de l’initiative sur l’avenir du travail sont presque, par définition, les principaux enjeux stratégiques de notre temps», a déclaré M. Ryder à l’ouverture de la Conférence annuelle de l’OIT qui rassemble quelque 4000 délégués gouvernementaux, employeurs et travailleurs à Genève.


L’initiative proposée sur l’Avenir du travail s’articulera autour de quatre conversations: travail et société; organisation du travail et de la production; des emplois décents pour tous et la gouvernance du travail. Ultérieurement, une commission de haut niveau sur l’avenir du travail préparera un rapport pour la Conférence du centenaire de l’OIT en 2019.

M. Ryder a appelé les délégués à «se pencher sur les facteurs de changement à long terme, sur les tendances de fond, et leurs conséquences pour la réalisation des objectifs que l’OIT poursuivra pendant son deuxième centenaire».

La proposition de M. Ryder est développée dans son rapport à la CIT intitulé L’initiative du centenaire sur l’avenir du travail  et s’accompagne d’un rapport annuel sur la situation des travailleurs dans les territoires arabes occupés .

Selon le dernier rapport Emploi et questions sociales dans le monde 2015 , le chômage mondial a touché 201 millions de personnes en 2014, en hausse de 30 millions par rapport au début de la crise mondiale en 2008. En outre, offrir des emplois à plus de 40 millions de personnes supplémentaires qui arrivent sur le marché mondial du travail chaque année s’avère un énorme défi. En plus de la prolifération du chômage, la relation d’emploi elle-même affronte une transformation majeure qui pose de nouvelles difficultés.

En plus de l’initiative du Directeur général sur l’avenir du travail, la Conférence abordera cette année divers sujets: le changement climatique, une proposition inédite de norme internationale sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, le rôle des petites et moyennes entreprises en tant que principal moteur de la création d’emplois, et comment garantir la protection des travailleurs (salaires, durée du travail, protection de la maternité et sécurité et santé au travail) qui est au cœur du mandat de l’OIT mais qui ne s’étend pas encore à toutes les catégories de travailleurs.

Des discussions de haut niveau sur le changement climatique et le monde du travail, ainsi que sur le travail des enfants, auront lieu respectivement les 11 et 12 juin et l’accent sera mis sur la promotion de la ratification par les Etats Membres du protocole de 2014 à la convention (n° 29) sur le travail forcé, 1930 pour lui permettre d’entrer en vigueur.
Mme Ieva Jaunzeme, secrétaire d’Etat au ministère des Affaires sociales de Lettonie, a été élue à la présidence de la Conférence internationale du Travail  qui se déroule du 1er au 13 juin 2015.

 

Emploi et questions sociales dans le monde 2015

L’insécurité se généralise sur le marché du travail mondial, selon l’OIT

Comment évolue le monde du travail? Les contrats permanents sont-ils la norme ou l'exception? Découvrez-le dans la nouvelle édition d'«Emploi et questions sociales dans le monde 2015».

Actualité | 19 mai 2015

  Où les travailleurs sont-il moins susceptibles d'avoir un contrat permanent?   GENÈVE (OIT Info) – Seul un quart des travailleurs dans le monde disposerait d’une relation d’emploi stable, selon un nouveau rapport publié par l’Organisation internationale du travail (OIT).

Le rapport Emploi et questions sociales dans le monde 2015  (WESO en anglais) indique que, dans les pays pour lesquelles des données sont disponibles (couvrant 84 pour cent de la main-d’œuvre mondiale), trois quarts des travailleurs sont employés à titre temporaire ou avec des contrats à durée déterminée, dans des emplois informels souvent sans aucun contrat, comme travailleurs indépendants ou dans des emplois familiaux non rémunérés.

Plus de 60 pour cent des travailleurs sont privés de tout contrat de travail, la plupart d’entre eux étant établis à leur compte ou contribuant au travail familial dans les pays en développement. Toutefois, même parmi les travailleurs salariés, moins de la moitié (42 pour cent) travaillent dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée.

La première édition annuelle de ce nouveau rapport phare, intitulé cette année Des modalités d'emploi en pleine mutation, montre qu’en dépit de son essor à l’échelle mondiale, l’emploi salarié ne représente encore que la moitié de l’emploi global, avec de fortes disparités entre les régions. Par exemple, dans les économies développées et en Europe centrale et du Sud-Est, environ huit travailleurs sur dix sont des employés alors qu’en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne le chiffre est plutôt de deux sur dix.

Une autre tendance actuelle est la hausse de l’emploi à temps partiel, surtout parmi les femmes. Dans la majorité des pays pour lesquels nous disposons d’informations, les emplois à temps partiel ont connu un développement plus important que les emplois à plein temps entre 2009 et 2013.

«Ces nouveaux chiffres révèlent un monde du travail de plus en plus diversifié. Dans certains cas, les formes atypiques de travail peuvent aider les gens à prendre pied sur le marché du travail. Mais ces tendances émergentes sont aussi le reflet de l’insécurité généralisée qui touche aujourd’hui beaucoup de travailleurs dans le monde», affirme le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder.

 

«Le tournant que nous observons de la relation d’emploi traditionnelle vers des formes d’emploi plus atypiques s’accompagne souvent d’une hausse des inégalités et du taux de pauvreté dans de nombreux pays», ajoute M. Ryder. «Qui plus est, ces tendances risquent de perpétuer le cercle vicieux d’une demande globale faible et d’une création d’emplois lente qui caractérisent l’économie mondiale et de nombreux marchés du travail tout au long de la période de l’après-crise».

«La voie à suivre est de veiller à ce que les politiques prennent en considération l’évolution de notre façon de travailler aujourd’hui. Ce qui veut dire qu’il faut stimuler les possibilités d’investissement pour relancer la création d’emplois et la productivité, tout en garantissant la sécurité d’un revenu adéquat pour toutes les catégories de travailleurs, pas seulement pour ceux qui ont des contrats stables», poursuit M. Ryder.

Le creusement des inégalités

Les inégalités de revenu s’aggravent ou demeurent élevées dans la majorité des pays – une tendance qu’amplifie la multiplication des formes atypiques d’emploi, l’accroissement du chômage et l’inactivité. Les écarts de revenus entre travailleurs permanents et travailleurs intérimaires se sont creusés au cours des dix dernières années.

Le rapport indique qu’en dépit des mesures positives prises pour améliorer la couverture des régimes de retraite, la protection sociale – et notamment les allocations chômage –, n’est principalement accessible qu’aux employés permanents. Pour les travailleurs indépendants, même les retraites sont rares: en 2013, seuls 16 pour cent d’entre eux cotisaient à un régime de retraite.

L’importance de la réglementation du travail

Selon les auteurs du rapport, on admet de mieux en mieux le caractère indispensable de la réglementation du travail pour protéger les travailleurs – surtout ceux qui exercent un emploi atypique – contre les traitements injustes ou arbitraires et de permettre la conclusion de contrats en bonne et due forme entre employeurs et travailleurs.

  Trends on the changing nature of jobs  Les lois sur la protection de l’emploi ont été progressivement renforcées au fil du temps, une tendance qui est courante à travers les pays et les régions. Cependant, en Europe, la protection des travailleurs s’est généralement détériorée depuis 2008 quand a débuté la crise financière mondiale.

«L’enjeu principal est de faire coïncider la réglementation à un marché du travail de plus en plus diversifié», explique Raymond Torres, Directeur du département de la recherche de l’OIT et principal auteur du rapport. «Des règles bien conçues peuvent soutenir à la fois la croissance économique et la cohésion sociale.»

Les chaînes d’approvisionnement mondiales

Le rapport s’intéresse enfin à l’importance grandissante des chaînes d’approvisionnement mondiales (CAM) dans la détermination des modalités d’emploi et de revenu que l’on observe sur les marchés du travail aujourd’hui.

Une estimation basée sur quelque 40 pays pour lesquels des données sont disponibles établit que plus d'un emploi sur cinq dans le monde est lié aux chaînes d’approvisionnement mondiales – à savoir des emplois qui contribuent à la production de biens et services qui sont soit consommés soit transformés dans d’autres pays.

Le rapport envisage les diverses politiques qui pourraient aider les chaînes d’approvisionnement mondiales à apporter des bénéfices aux entreprises et aux économies, ainsi qu’aux travailleurs, ce qui n’a pas toujours été le cas dans certains secteurs où les CAM sont répandues.

Autres grandes tendances et données du rapport

  • A l’échelle mondiale, la croissance de l’emploi stagne à un taux d’environ 1,4 pour cent par an depuis 2011. Dans les économies développées et l’Union européenne, la croissance de l’emploi depuis 2008 s’élève en moyenne à 0,1 pour cent par an, contre 0,9 pour cent entre 2000 et 2007.

  • Près de 73 pour cent de la pénurie d’emplois mondiale en 2014 étaient dus à un déficit d’emploi chez les femmes qui représentent environ 40 pour cent de la main-d’œuvre mondiale.

  • L’impact direct du déficit mondial d’emplois sur la masse salariale totale est énorme: il correspond à environ 1218 milliards de dollars de pertes de salaires dans le monde. Ce qui équivaut à 1,2 pour cent de la production mondiale annuelle et près de 2 pour cent du total de la consommation mondiale.

  • En plus de la réduction de la masse salariale mondiale liée au manque d’emplois, la croissance ralentie des salaires a également eu un fort impact sur la masse salariale cumulée. Par exemple, dans les économies développées et l’Union européenne, le ralentissement de la croissance salariale pendant les périodes de crise et d’après-crise correspondait à une réduction d’environ 485 milliards de dollars de la masse salariale régionale en 2013.

  • En raison des effets multiplicateurs de l’augmentation des salaires, d’une consommation plus élevée et de niveaux d’investissements accrus, la réduction du déficit d’emplois à l’échelle mondiale aboutirait à une augmentation de 3700 milliards de dollars du PIB mondial – équivalent à une accélération ponctuelle de 3,6 pour cent de la production mondiale.

  • Dans 86 pays représentant 65 pour cent de l’emploi mondial, plus de 17 pour cent des personnes employées travaillaient à temps partiel, sur une durée de moins de 30 heures par semaine. Le nombre de femmes engagées à temps partiel se situait à 24 pour cent contre 12,4 pour cent chez les hommes.

  • Sur 40 pays (représentant deux tiers de la main-d’œuvre mondiale), 453 millions de personnes étaient employées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en 2013, contre 296 millions en 1995. Ce qui représente une proportion de 20,6 pour cent de l’emploi total dans les pays concernés, contre 16,4 pour cent en 1995.

  • A l’échelle mondiale, 52 pour cent des employés sont actuellement affiliés à un régime de retraite, contre 16 pour cent des travailleurs indépendants.

  • Près de 80 pour cent des employés disposant d’un contrat à durée indéterminée cotisent actuellement à un régime de retraite, contre à peine plus de la moitié (51 pour cent) des employés en contrat à durée déterminée.

 

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25 septembre 2016

A Propos des élections

René Berthier Les anarchistes et le suffrage universel

r_formesLa bourgeoisie ne joue pas le jeu ! La forme politique la plus adaptée… Non seulement la démocratie représentative est parfaitement adaptée aux exigences du capitalisme, elle lui est aussi nécessaire. Cette forme d'État réunit en effet deux conditions indispensables à la prospérité de la grande production industrielle : la centralisation politique et la sujétion du peuple-souverain à la minorité qui le représente, qui en fait le gouverne et l’exploite. Dans un régime qui consacre l’inégalité économique et la propriété privée des moyens de production, le système représentatif légitime l’exploitation de la grande masse du peuple par une minorité de possédants et par les professionnels de la parole qui sont leur expression politique. Si le droit politique garanti par le système représentatif permet au non-possédant de participer en tant que citoyen à l'élection d’un représentant, le droit économique lui permet de la même façon de «choisir» son employeur. La liberté du travailleur, dit Bakounine, est une liberté théorique, fictive. Pourtant, «est-ce à dire que nous, socialistes révolutionnaires, nous ne voulions pas du suffrage universel, et que nous lui préférions soit le suffrage restreint, soit le despotisme d’un seul ? Point du tout. Ce que nous affirmons, c’est que le suffrage universel, considéré à lui tout seul et agissant dans une société fondée sur l’inégalité économique et sociale, ne sera jamais pour le peuple qu’un leurre ; que, de la part des démocrates bourgeois, il ne sera jamais rien qu’un odieux mensonge, l’instrument le plus sûr pour consolider, avec une apparence de libéralisme et de justice, au détriment des intérêts et de la liberté populaires, l'éternelle domination des classes exploitantes et possédantes.» (Bakounine, Stock, IV 195) On ne saurait donc conclure de la critique anarchiste du système représentatif à l’apologie du «vide» politique, du «néant» et d’une spontanéité transcendantale à partir desquels les «masses» découvriraient de façon immanente des formes politiques nouvelles et radicalement différentes.

La critique anarchiste de la démocratie représentative n’est pas une critique de principe de la démocratie, entendue comme participation des intéressés aux choix concernant leur existence, mais une critique du contexte capitaliste dans lequel elle est appliquée. La brutalité du rapport entre les deux classes fondamentales de la société est cependant tempérée d’abord par le fait qu’il y a entre elles de nombreuses nuances intermédiaires imperceptibles qui rendent parfois difficile la démarcation entre possédants et non-possédants, mais aussi par l’apparition d’une catégorie sociale nouvelle, que Bakounine appelle les «socialistes bourgeois», et dont la fonction semble essentiellement de promouvoir le système représentatif auprès du prolétariat. Issus des franges de la bourgeoisie, ces «exploiteurs du socialisme», philanthropes, conservateurs socialistes, prêtres socialistes, socialistes libéraux, intellectuels déclassés, utilisent le mouvement ouvrier comme tremplin et l’institution parlementaire comme instrument pour tenter de se hisser au pouvoir, ou tout au moins pour se faire une place. Le socialisme bourgeois corrompt le mouvement ouvrier en «dénaturant son principe, son programme». La démocratie représentative étant définie comme la forme politique la plus adaptée à la société capitaliste il convient de s’interroger sur l’opportunité pour le prolétariat d’en accepter les règles, sachant que «la révolution sociale n’exclut nullement la révolution politique. Au contraire, elle l’implique nécessairement, mais en lui imprimant un caractère tout nouveau, celui de l'émancipation réelle du peuple du joug de l'État.» (Bakounine, Stock, IV 198.)

La participation du mouvement ouvrier au jeu électoral ne saurait toucher l’essentiel, c’est-à-dire la suppression de la propriété privée des moyens de production. La démocratie représentative n'étant pour la bourgeoisie qu’un masque — elle s’en dessaisit aisément au profit du césarisme, c’est-à-dire la dictature militaire, lorsque cela est nécessaire —, tout empiétement démocratiquement décidé contre la propriété provoquera inévitablement une réaction violente de la part des classes dominantes spoliées. La participation à l’institution parlementaire, où sont représentés des citoyens, non des classes, signifie inévitablement la mise en œuvre d’alliances politiques avec des partis représentant certaines couches de la bourgeoisie modérée ou radicale. Bakounine déclare que l’alliance entre un parti radical et un parti modéré aboutit inévitablement au renforcement du parti modéré au détriment du parti radical et à l'édulcoration du programme du parti radical : «L’absurdité du système marxien consiste précisément dans cette espérance qu’en rétrécissant le programme socialiste outre mesure pour le faire accepter par les bourgeois radicaux, il transformera ces derniers en des serviteurs inconscients et involontaires de la révolution sociale. C’est là une grande erreur, toutes les expériences de l'histoire nous démontre qu’une alliance conclue entre deux partis différents tourne toujours au profit du parti le plus rétrograde ; cette alliance affaiblit nécessairement le parti le plus avancé, en amoindrissant, en faussant son programme, en détruisant sa force morale, sa confiance en lui-même ; tandis que lorsqu’un parti rétrograde ment, il se retrouve toujours et plus que jamais dans sa vérité.» (Lettre à La Liberté,le 5 août 1872, éd. Champ libre, III, 166)

Sur les alliances

La foi dans les institutions parlementaires, «du moment qu’on a derrière soi la majorité de la nation», pour reprendre les termes d’Engels, toutes classes confondues, est fermement critiquée par les anarchistes, notamment par Bakounine car elle signifie inévitablement la conclusion d’un «pacte politique» entre «la bourgeoisie radicale ou forcée de se faire telle, et la minorité intelligente respectable, c’est-à-dire dûment embourgeoisée, du prolétariat des villes, à l’exclusion et au détriment de la masse du prolétariat non seulement des campagnes, mais des ville». «Tel est, conclut l’anarchiste, le vrai sens des candidatures ouvrières aux parlements des États existants» (III, 161).

On peut alors se demander ce que Bakounine lui-même préconisait en matière d’alliances politiques. Il avait parfaitement saisi l’importance formidable des classes sociales intermédiaires dans la société et le rôle de frein qu’elles pouvaient jouer dans la révolution. «Ne comptez pas sur la bourgeoisie, dit-il ; elle ne voudra jamais ni ne pourra jamais vouloir vous rendre justice ; ce serait contraire à la logique des choses et des conditions de vie, contraire à toutes les expériences de l'histoire ; l’opinion publique, la conscience collective de chaque classe étant nécessairement et toujours le produit des rapports sociaux et des conditions particulières qui constituent la base et la loi de son existence séparée.» (II, 93).

Le prolétariat doit donc s’organiser «en dehors et contre la bourgeoisie». Ce n’est que par la force et par la démonstration bien réelle de leur puissance organisée que les travailleurs pourront arracher des concessions à la bourgeoisie. La petite bourgeoise quant à elle est pour le prolétariat une alliée potentielle, elle n’est séparée de la classe ouvrière que par la «méconnaissance de ses propres intérêts» et par la «sottise bourgeoise». Le point de vue de Bakounine est parfaitement exprimé dans le passage suivant, écrit peu après la mort de Mazzini : les Internationaux italiens, dit-il, seront sans doute sollicités par les mazziniens pour s’unir à eux. Mais, rappelle Bakounine, «…n’oubliez pas l’abîme qui sépare votre programme du programme mazzinien. Ne vous laissez pas entraîner par eux — ce qu’ils ne manqueront certainement pas de tenter — à une entreprise pratique commune, conforme à leur programme et à leurs plans et modes d’action, non aux vôtres. Appelez-les à s’unir avec vous sur votre propre terrain, mais ne les suivez pas sur leur terrain à eux, que vous ne sauriez accepter sans sacrifier et sans trahir cette grande cause du prolétariat qui désormais est devenue la vôtre. (…) En acceptant leurs plans d’action, non seulement vous ruineriez tout votre travail socialiste et vous arracheriez votre pays à la solidarité révolutionnaire qui l’unit aujourd'hui à toute l’Europe, mais vous vous condamneriez vous-mêmes, avec tous ceux qui vous suivraient dans cette voie nouvelle et funeste, à une défaite certaine.» (Lettre à Celsio Ceretti, 13-17 mars 1872, Champ libre, II, 237)

Pouvoir et exploitation sont inévitablement liés. Les États, quels qu’ils soient, fonctionnent selon le principe de la substitution de pouvoir, c’est-à-dire qu’ils canalisent dans un nombre de mains réduites, au nom de la société civile, la légitimité de celle-ci. La majorité de la population ne peut avoir qu’une souveraineté fictive, plus ou moins masquée. Enfin, la logique interne à tout État le conduit à la centralisation, à la concentration du pouvoir, à l’accaparement des autonomies. Le «pouvoir politique» entendu au sens de processus collectif de décision concernant les orientations de la société, doit nécessairement être décentralisé : son lieu d’exercice n’est pas l'État ni le parlement mais l’organisation des producteurs associés et les communes fédérées. La conquête de l'État «n’est possible que lorsqu’elle se développe de concert avec une partie quelconque de cette classe [la bourgeoisie] et se laisse diriger par des bourgeois.»

L’originalité de l’analyse bakouninienne est d’avoir montré que dans sa période constitutive, le mouvement ouvrier ne pouvait rien espérer de la subordination de son action à la revendication de la démocratie représentative parce qu’il avait face à lui la violence étatique, et que dans la période de stabilisation, lorsque cette revendication était accordée, les classes dominantes et l'État avaient les moyens d’empêcher que l’utilisation des institutions représentatives ne remette pas en cause leurs intérêts. Bakounine a en effet affirmé que les démocrates les plus ardents restent des bourgeois, et qu’il suffit d’une «affirmation sérieuse, pas seulement en paroles, de revendications ou d’instincts socialistes de la part du peuple pour qu’ils se jettent aussitôt dans le camp de la réaction la plus noire et la plus insensée», suffrage universel ou pas. C’est le phénomène que Bakounine désigne sous le nom de césarisme, et que Marx appelle bonapartisme : cette voie fut découverte jadis par les empereurs romains, mais oubliée et redécouverte récemment par Napoléon Ier et «déblayée et améliorée par son élève, le prince de Bismarck : la voie du despotisme étatique, militaire et politique, dissimulée sous les fleurs et sous les formes les plus amples en même temps que les plus innocentes de la représentation populaire» (IV, 294). En 1815 cette voie était prématurée : «A l'époque, personne ne se doutait de cette vérité, devenue depuis évidente aux despotes les plus niais, que le régime dit constitutionnel ou parlementaire n’est pas une entrave au despotisme étatique, militaire, politique et financier, mais que, le légalisant en quelque sorte et lui donnant l’aspect trompeur d’un gouvernement du peuple, il peut lui conférer à l’intérieur plus de solidité et de force.» La remarque qui suit cette affirmation est particulièrement intéressante : si, en 1815, on ignorait cela, c’est que la rupture entre la classe exploiteuse et le prolétariat n'était pas aussi évidente qu’aujourd'hui. Les gouvernements, qui étaient encore constitués sur le modèle de l’Ancien régime, pensaient que le peuple était derrière la bourgeoisie. Aujourd'hui le peuple et la bourgeoisie sont en opposition, et cette dernière sait que contre la révolution sociale «il n’y a pas pour elle d’autre refuge que l'État». Mais elle veut un État fort qui assure une dictature «revêtue des formes de la représentation nationale qui lui permettent d’exploiter les masses populaires au nom du peuple lui-même». Ainsi le système représentatif est très explicitement désigné comme le moyen trouvé par la bourgeoisie pour garantir sa situation de classe exploiteuse et comme la solution à la crise de légitimité du pouvoir. Les revendications et le programme de la classe ouvrière se trouvent ainsi dilués dans la fiction de la représentation nationale.

La fiction de la représentation

La véritable fonction de la démocratie représentative n’est donc pas tant de garantir la liberté des citoyens que de créer les conditions favorables au développement de la production capitaliste et de la spéculation bancaire, qui exigent un appareil d'État centralisé et fort, seul capable d’assujettir des millions de travailleurs à leur exploitation. La démocratie représentative repose sur la fiction du règne de la volonté populaire exprimée par de soi-disants représentants de la volonté du peuple. Ainsi permet-elle de réaliser les deux conditions indispensables à l'économie capitaliste : la centralisation de l'État et la soumission de la souveraineté du peuple à la minorité régnante. Toute société qui parvient à s'émanciper quelque peu cherche à soumettre les gouvernements à son contrôle, dit Bakounine, et met son salut dans «l’organisation réelle et sérieuse du contrôle exercé par l’opinion et par la volonté populaire sur tous les hommes investis de la force publique. Dans tous les pays jouissant du gouvernement représentatif, (…) la liberté ne peut donc être réelle, que lorsque le contrôle est réel. Par contre si ce contrôle est fictif, la liberté populaire devient nécessairement aussi une pure fiction.» (V, 61.) Or, Bakounine constate que «nulle part en Europe le contrôle populaire n’est réel». «Tout le mensonge du système représentatif repose sur cette fiction, qu’un pouvoir et une chambre législative sortis de l'élection populaire doivent absolument ou même peuvent représenter la volonté réelle du peuple.» (V, 62.)

Il y a cependant une logique interne à tout gouvernement, même le plus démocratique, qui pousse, d’une part à la séparation croissante entre les électeurs et les élus, et d’autre part qui pousse à l’accroissement de la centralisation du pouvoir. «La classe des gouvernants est toute différente et complètement séparée de la masse des gouvernés». La bourgeoisie gouverne, mais, étant séparée du peuple par toutes les conditions de son existence économique et sociale, comment la bourgeoisie peut-elle réaliser, dans le gouvernement et dans les lois, les sentiments, les idées, la volonté du peuple ? Ce serait toutefois une erreur, commente Bakounine, d’attribuer ces palinodies à la trahison. Elles ont pour cause principale le changement de perspective et de position des hommes. C’est cela qui explique que les démocrates les plus rouges «deviennent des conservateurs excessivement modérés dès qu’ils sont montés au pouvoir» (V, 63). Les modifications du comportement des élus est un sujet qui préoccupe constamment Bakounine.

Dans la Protestation de l’Alliance,il affirme la nécessité pour les élus de rester en contact avec la vie du peuple ; ils devraient être obligés d’agir ouvertement et publiquement, ils doivent être soumis au régime salutaire et ininterrompu du contrôle et de la critique populaires ; ils doivent enfin être révocables à tout moment. En dehors de ces conditions, l'élu risque de devenir un sot vaniteux, gonflé de son importance. La logique interne du système représentatif ne suffit cependant pas à expliquer que la démocratie y est fictive. Si la bourgeoisie possède le loisir et l’instruction nécessaires à l’exercice du gouvernement, il n’en est pas de même du peuple.

De ce fait, même si les conditions institutionnelles de l'égalité politique sont remplies, cette dernière reste une fiction. Les périodes électorales fournissent aux candidats l’occasion de «faire leur cour à Sa Majesté le peuple souverain», mais ensuite chacun revient à ses occupations : «le peuple à son travail, et la bourgeoisie à ses affaires lucratives et à ses intrigues politiques.» Ignorant de la plupart des questions, le peuple ne peut contrôler les actes politiques de ses élus. Or, puisque le «contrôle populaire, dans le système représentatif, est l’unique garantie de la liberté populaire, il est évident que cette liberté aussi n’est qu’une fiction.» Le système du référendum, introduit par les radicaux de Zurich, n’est qu’un palliatif, une nouvelle illusion. Là encore, pour voter en connaissance de cause, il faudrait que le peuple ait le temps et l’instruction nécessaires d'étudier les lois qu’on lui propose, de les mûrir, de les discuter : «Il devrait se transformer en un immense parlement en plein champ», ce qui n’est évidemment pas possible. De plus - et là on touche à la «technologie» parlementaire —, les lois ont la plupart du temps une portée très spéciale, elles échappent à l’attention du peuple et à sa compréhension : «prises séparément, chacune de ces lois paraît trop insignifiante pour intéresser beaucoup le peuple, mais ensemble elles forment un réseau qui l’enchaîne.»

La plupart des affaires qui intéressent directement le peuple se font par-dessus sa tête, sans qu’il s’en aperçoive ; il laisse faire ses élus, qui servent les intérêts de leur propre classe et qui présentent les mesures prises sous l’aspect le plus anodin. «Le système de la représentation démocratique est celui de l'hypocrisie et du mensonge perpétuels. Il a besoin de la sottise du peuple, et il fonde tous ses triomphes sur elle.» Le seul moyen de contrôle effectif de la population sur les décisions gouvernementales n’a rien d’institutionnel. Lorsque le sentiment populaire se sent attaqué sur des points essentiels, «certaines idées, certains instincts de liberté, d’indépendance et de justice auxquels il n’est pas bon de toucher», il reste au peuple la possibilité de se soulever, de se révolter. «Les révolutions, la possibilité toujours présente de ces soulèvements populaires, la crainte salutaire qu’ils inspirent, telle est encore aujourd'hui l’unique forme de contrôle qui existe réellement en Suisse, l’unique borne qui arrête le débordement des passions ambitieuses et intéressées de ses gouvernants.» C’est d’ailleurs cette arme-là dont s’est servi le parti radical pour renverser les constitutions antérieures, jusqu’en 1848. Mais ensuite il prit des mesures pour briser toute possibilité d’y avoir recours, «pour qu’un parti nouveau ne pût s’en servir contre lui à son tour», en détruisant les autonomies locales et en renforçant le pouvoir central. L’exemple du cas suisse révèle donc aux yeux de Bakounine l’efficacité du système représentatif du point de vue de la préservation du régime bourgeois : ce dernier a su utiliser la révolte comme moyen de contrôle — et le contrôle ultime n’est-il pas le changement de régime politique ? — et il a su ensuite mettre en place les mesures nécessaires pour empêcher qu’il soit fait recours à ce contrôle contre lui : «Désormais, les révolutions cantonales, le moyen unique dont disposaient les populations cantonales pour exercer un contrôle réel et sérieux sur leurs gouvernements, et pour tenir en échec les tendances despotiques inhérentes à chaque gouvernement, ces soulèvements salutaires de l’indignation populaire, sont devenues impossibles. Elles se brisent impuissantes contre l’intervention fédérale.» (V, 65.)

Les progrès de la liberté dans certains cantons jadis très réactionnaires ne sont pas la conséquence de la nouvelle constitution de 1848 qui a accru la centralisation de l'État, mais plutôt de la «marche du temps». Dans les faits, les progrès accomplis depuis 1848, dit Bakounine, sont, dans le domaine fédéral, surtout des progrès d’ordre économique : unification des monnaies, des poids et mesures, les grands travaux publics, les traités de commerce, etc. «On dira que la centralisation économique ne peut être obtenue que par la centralisation politique, que l’une implique l’autre, qu’elles sont nécessaires et bienfaisantes toutes les deux au même degré. Pas du tout…. La centralisation économique, condition essentielle de la civilisation, crée la liberté ; mais la centralisation politique la tue, en détruisant au profit des gouvernants et des classes gouvernantes la vie propre et l’action spontanée des populations.» (V, 61.) On retrouve exactement la même idée chez Proudhon.

C’est là un aspect peu connu de la pensée politique de Bakounine, sur lequel en tout cas les anarchistes après lui sont gardés de mettre l’accent. Par centralisation économique, il faut entendre la tendance de la société industrielle moderne à organiser les activités productives à une échelle de plus en plus grande et complexe. L’anarchisme se situe donc aux antipodes d’une conception fondée sur la petite production artisanale et décentralisée. Bakounine sait bien que le développement industriel s’accompagne de la concentration du capital : il ne nie pas la nécessité de ce processus qui permet une production de masse. En ce sens, son point de vue s’apparente à celui de Marx, pour qui le développement des forces productives crée les conditions de la réalisation du socialisme. La vision de Bakounine s’inscrit donc tout à fait dans la perspective d’une société industrielle. Là où il se dissocie de Marx, c’est sur la question politique, sur le schéma politique de l’organisation de la société. Il semble envisager un système où l'économie serait organisée d’un point de vue centralisé, mais où le processus de décision politique serait décentralisé et fondé sur le principe du contrôle populaire. Il est vrai que le concept de «centralisation économique» n’est pas explicité. La concentration du capital est reconnue comme un des moteurs de l'évolution des sociétés industrielles, mais c’est un phénomène mécanique qui échappe à la volonté des hommes. Il y a dans le terme de centralisation économique quelque chose de voulu, qu’il serait possible d’organiser et qu’on retrouve dans l’expression «organisation des forces productives» employé par Bakounine. Le mot planification n’existait pas à l'époque mais il est possible que c’est à peu près à cela que pensait Bakounine, ce qui, évidemment, va à l’encontre de toute idée reçue sur sa pensée politique.

L’objection principale que formule Bakounine à l’encontre de la démocratie représentative touche à sa nature de classe. Tant que le suffrage universel «sera exercé dans une société où le peuple, la masse des travailleurs, sera économiquement dominée par une minorité détentrice de la propriété et du capital, quelque indépendant ou libre d’ailleurs qu’il soit ou plutôt qu’il paraisse sous le rapport politique, ne pourra jamais produire que des élections illusoires, antidémocratiques et absolument opposées aux besoins, aux instincts et à la volonté réelle des populations.» (VIII, 14.) Bakounine insiste beaucoup sur les arguments techniques touchant à la distorsion qui apparaît inévitablement entre l'élu et les mandants, à la difficulté ou à l’impossibilité de contrôler les élus. Mais en définitive ces inconvénients paraissent dérisoires devant l’impossibilité même du système représentatif, et qui tient à sa nature, de réaliser la collectivisation des moyens de production, sans laquelle aucun changement n’est possible.

C’est pourquoi l’insistance sur la seule conquête de la liberté politique comme préalable signifie laisser les rapports économiques et sociaux en l'état où ils sont, c’est-à-dire «les propriétaires et les capitalistes avec leur insolente richesse, et les travailleurs avec leur misère».

L’intérêt porté par Bakounine au modèle suisse vient de ce qu’il fournit un modèle général du fonctionnement de ce système : «Le mouvement qui se produit en Suisse est fort intéressant à étudier», dit-il, «car on y assiste à un processus typique de centralisation politique — c’est-à-dire de recul des libertés — effectué sous le couvert démocratique d’une extension des libertés électorales».

Les couches sociales intéressées à la pérennité de ce régime sont désignées : les barons de la banque et tous leurs dépendants, les militaires, les fonctionnaires, les professeurs, les avocats, les doctrinaires de toutes les couleurs avides de positions honorifiques et lucratives, «en un mot toutes la gent qui se croit soit par droit d'héritage, soit par intelligence et instruction supérieure, appelée à gouverner la canaille populaire.» (III, 109.) Mais parmi ceux qui remettent en cause l’autonomie cantonale il y a aussi «les classes ouvrières de la Suisse allemande, les démocrates socialistes des cantons de Zurich, de Bâle et autres, — et les ouvriers allemands d’une association ouvrière exclusivement suisse appelée Grütli-Verein,tous les deux, les uns directement, les autres indirectement, inspirés par le programme politico-socialiste des Internationaux de l’Allemagne, c’est-à-dire Marx.» (III, 110.)

Ce que Bakounine observe en Suisse confirme à ses yeux la thèse selon laquelle le suffrage universel, et même le référendum, qu’il appelle «votation à l’aveugle», sont, aux mains des classes dominantes et des couches de la bourgeoisie intellectuelle, des outils efficaces pour réaliser la centralisation du pouvoir d'État. Que les socialistes suisses aient été les plus ardents défenseurs de cette centralisation confirme ce qu’il observe à une échelle infiniment plus vaste, en Allemagne.

René Berthier





 

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21 septembre 2016

INFOBREF N°456-Les nouvelles technologies,contrat de travail, chômage et surnuméraires.

INFOBREF N°456

 4-Les nouvelles technologies,contrat de travail, chômage et surnuméraires.

5-L'OST du XXI éme siècle et le salariat

 

La colonisation du secteur informel

La dite révolution numérique ou si l'on préfère la « révolution 4.0 » est en passe de provoquer un choc dans la gestion du mode de production capitalisme et de facto dans toute sa superstructure. Le MPC ne pouvant se développer que si la masse de plus value s' accroît , et elle ne s’accroît que pour compenser la baisse tendancielle du taux de profit. Seulement il n' est pas impossible qu'à un certain stade de son développement le capitalisme ne parvienne plus à compenser la baisse du taux de profit par sa masse. C' est la grande question qui intéresse les marxistes et même des non marxistes. Plus le filet se resserre autours de la masse de profit et plus la concurrence devient acharnée entre secteurs capitalistes plus ou moins modernisés. Les TIC se présentent actuellement comme le grand bol d'air qui permettrait au capitalisme de poursuivre son accumulation, en réduisant les faux frais engendrés par la gestion du capital financier et les services publics cette gestion pouvant être faite, avantageusement par le consommateur lui même ce que Ivan Illich définissait dans son livre Le travail Fantôme comme une « colonisation du secteur informel » et une « modernisation de la pauvreté » ( ce qui est déjà le cas dans de nombreux secteurs de l' économie capitaliste).

La question est de savoir, si le capitalisme est en mesure une nouvelle foi de surmonter la contradiction entre les forces productives et les rapports de production. C' est en tout cas la question que pose Suzanne Berger.

 « Un troisième point d’interrogation me semble tout à fait justifié : c’est la question de savoir si le progrès technologique actuel se traduira par la création de nouveaux emplois ou non. Par le passé, on criait souvent au loup en voyant venir des technologies nouvelles, craignant la montée du chômage. Chaque fois, ces inquiétudes se sont dissipées devant l’apparition d’activités et d’emplois nouveaux, jusqu’alors inimaginables. Mais on peut effectivement se demander si, cette fois-ci, les nouvelles technologies ne seront pas moins créatrices d’emplois – et si ce phénomène, combiné avec les nouvelles possibilités de délocaliser, va se traduire par la montée durable du chômage et par la déqualification du travail. (Suzanne Berger1 (http://www.laviedesidees.fr/Made-all-over-les-delocalisations.html

 Quelle signification doit on donner au «  travail du consommateur » ou plus exactement à ce moment où l' acte de consommation équivaut à du travail gratuit (base de l' enrichissement capitaliste). Cependant cette relation directe entre le produit et son usage engendre la perte de la valeur d' échange ( toujours médiatisée par l' argent). Nous sommes là tout proche de la revendication « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » . Si une partie de l' économie peut fonctionner en « co-création » il n' est pas étonnant que le capitalisme lui-même pronostic la fin du salariat ou son au-delà des contradictions de classe enfin résolue. Seulement cette cocréation est en régime capitaliste facteur de précarisation et de laissés pour compte, de surnuméraires , facteurs de révolution prolétarienne ou d' anéantissement physique.

 

  • Illustration

Dans un article La numérisation facteur d’exclusion pour ceux qui cumulent précarité sociale et numérique

Emmaüs pose la question suivante :

« Parce qu’en 2016 la dématérialisation des services publics fait d’Internet un passage obligé pour accéder à ses droits et à sa citoyenneté, ces publics en difficulté affluent déjà vers les guichets d’aide sociale. Ils viennent chercher de l’aide pour s’inscrire aux services de la protection sociale ou pour actualiser leurs droits. Les effectifs étant insuffisants pour traiter ces demandes croissantes d’accompagnement, ils sont redirigés vers les associations de solidarité et auprès des professionnels de l’accompagnement social.

Une étude conduite en 2015 par Emmaüs Connect montre que l’action sociale subit de plein fouet la dématérialisation totale de services de première nécessité : 75 % des professionnels interrogés par l’association sont contraints à faire les démarches « à la place de » la personne qu’ils accompagnent. Pourtant, seuls 10 % d’entre eux déclarent être formés pour accomplir cette tâche. Les acteurs de la solidarité signalent que les équipes de bénévoles sont confrontées aux mêmes demandes, et au même manque de cadre et de solutions pour y répondre sereinement.

Pourtant, pour accompagner ces publics fragilisés par la dématérialisation, il existe de nombreuses initiatives publiques et associatives, portées par les acteurs de la solidarité ou de la médiation numérique. Ils sont, malgré leur engagement indéfectible, atomisés sur les territoires et dépendants de financements insuffisants. Au final, leurs réponses sont sans commune mesure avec la masse des personnes concernées par la précarité numérique et donc potentiellement en rupture de droits. »

En résumé, ceux qui n' auront la possibilité d' utiliser l' internet se trouveront en marge de la société. « La révolution 4.0 » est mise en avant afin de justifier la déréglementation complète des conquêtes ouvrières.

La numérisation et le chantage à l' emploi.

Je prend comme exemple le secteur de l' assurance, mais d' autres secteurs sont dans la même galère, notamment tout le secteur public (éducation,SNCF,les mairies....)

C'est actuellement à haute voix que les tenants du capitalisme numérisé nous préparent à l' Armaguédon du travail salarié, quelques exemples de cette arrogance :

extraits de l' Argus de l' assurance

http://www.argusdelassurance.com/acteurs/numerisation-generali-et-talanx-licencient-a-tour-de-bras.103911

« L’année passée, Allianz a envoyé par la poste 100 millions de lettres, uniquement en Allemagne. Cette forme de communication appartient désormais au passé, a insisté Oliver Bäte. Le processus de digitalisation imposera également des suppressions de postes, a reconnu le président d’Allianz. Une franc-parler sur le plan de l'optimisation des frais généraux que l'on retrouve chez Talanx et Generali. L’assureur prévoit notamment de supprimer tous les emplois de représentants dans les bureaux de poste. « Ce serait malhonnête de ne pas le dire clairement », estime Oliver Bäte.

Pour mettre en œuvre cette révolution digitale, Allianz compte créer à Munich un premier « laboratoire »  chargé de tester et d'expérimenter les processus de numérisation. D’autres laboratoires test seront également installés dans d’autres pays.

 Pour faire face aux nouveaux défis de la numérisation, Generali annonce la suppression de 1000 postes en Allemagne tandis que Talanx, troisième assureur allemand entreprend d'en supprimer plus de 600 d'ici à 2020.

Generali et Talanx restructurent dans le cadre de l'automatisation des processThinkstock

Les assureurs allemands ont enfin compris que leurs clients souhaitaient désormais souscrire leur contrat ou déclarer un sinistre sur internet. Mais ils ont pris la révolution en marche et tentent aujourd'hui péniblement de suivre le rythme avec de lourdes restructurations.

Ainsi, le groupe italien Generali, numéro 4 sur le marché allemand, vient d’annoncer la suppression de 1000 postes (7,4% de ses effectifs en Allemagne) pour faire face aux nouveaux défis de la numérisation. Generali s’est déjà lancé dans sa reconversion numérique en proposant une assurance basée sur le comportement des conducteurs automobiles avec la transmission des données du client via des systèmes de télématiques embarquées.

Talanx et Generali : même combat

Même stratégie chez Talanx. Le troisième assureur allemand (groupe qui comprend le réassureur Hannover Re) vient d’annoncer que les 600 suppressions de postes prévues jusqu'en 2020 (12% de ses effectifs) et annoncés en novembre ne seront « pas suffisants ». « Il en faudra plus », a confirmé à la presse Jan Wicke, membre du directoire de Talanx.

La réduction des effectifs est inévitable pour lancer la transition numérique, estime l’assureur. Jan Wicke veut investir au moins 350 M€ dans la modernisation et l’automatisation du système informatique. « Les procédures doivent être raccourcies, les services aux clients améliorés et nos coûts seront ainsi réduits », a ajouté Herbert Hass, le président de Talanx Allemagne. « La distribution des produits sur le net va encore progresser », pronostique Jan Wicke.

Automatiser 90 % des souscriptions d'ici 2020

D’ici la fin de l’année, l’assureur veut proposer 80% de ses produits assurance voitures en procédure automatique sur Internet et en « relation directe avec les constructeurs ». Pour le dommage, le groupe s’est donné l’objectif d’automatiser 90% des souscriptions d’ici 2020. Quant à la Vie, Talanx a déjà annoncé l’abandon du secteur en raison de la faiblesse persistante des taux d’intérêt. »

Les surnuméraires

Nous voilà donc arrivé au stade où le capitalisme se trouve contraint de nourrir ses esclaves au lieu de se faire nourrir par eux2, le stade où la production capitaliste n' est que production de surnuméraires, production non seulement de l' armée industrielle de réserve, mais production d'une surpopulation relative3 telle que Marx la définissait dans le Tome 1 du Capital XXV chapitre. Cette surpopulation relative et inemployable est sacrifiée régulièrement sur l' autel de la productivité.

Quand les candidats à l' élection présidentielle prétendent sortir les français du bourbier de la précarité et des petits boulots grâce à la Recherche et Développement (RetD), ils mentent, pour la bonne et simple raison que tout accroissement de la productivité signifie une économie de force de travail humaine, afin d' affronter la concurrence , concurrence qui chante la même chanson à ses prolétaires. Cette concurrence entre capitalistes est de savoir qui va licencier le plus de travailleurs.

« L’idéal suprême de la production capitaliste est – en même temps qu’elle augmente de manière relative le produit net – de diminuer autant que possible le nombre de ceux qui vivent du salaire et d’augmenter le plus possible le nombre de ceux qui vivent du produit net. » (Marx, Chapitre inédit du Capital, 10/18, p. 245)

Cet idéal, les capitalistes pensent l' avoir trouvé grâce au déploiement planétaire de la numérisation, ils sont si persuadés que la co-création va les libérer du poids du travail salariés qu'ils attaquent celui-ci dans ses fondements juridiques (loi El Khomri et rapport Badinter) . Ils cherchent parallèlement une porte de sortie à cette dangereuse situation. Dans un premier temps ils nous ont fait la promotion de la sécurité sociale professionnelle relayé, il faut s' en souvenir, par les partisans dans la CGT du syndicalisme rassemblé. La mayonnaise n' ayant pas pris, ils mettent un deuxième fer au feu le revenu universel et ce qui va de paire la retraite universelle. Ceci démontre que le système n' a plus rien à nous vendre que la précarité. Il vaudra revenir plus en détail sur ce projet de revenu universel qui s' appui sur l' article 25 de la déclaration des droits de l' homme de 1948.

Gérard Bad

Notes

1Suzanne Berger est professeur de sciences politiques au Massachusetts Institute of Technology de Cambridge (Etats-Unis). Elle a notamment publié en français Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, Paris, La République des Idées / Seuil, 2003.

2Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société. K.Marx , le manifeste communiste.

3 A noter que cette surpopulation n’est excédentaire que relativement aux exigences et aux opportunités de l’accumulation capitaliste.

Quelques citations

« Un pays est d’autant plus riche que sa population productive est plus réduite par rapport au produit total ; tout comme pour le capitaliste individuel, moins il a besoin de travailleurs pour produire le même surplus, tant mieux pour lui. Le pays est d’autant plus riche que la population productive est réduite par rapport à l’improductive, à production égale. Car le chiffre relativement faible de la population productive ne serait alors qu’une façon d’exprimer le degré relatif de la productivité du travail. » (Marx, Théories sur la plus-value, Éditions Sociales, Tome I, p. 254)

« la guerre industrielle des capitalistes entre eux; cette guerre a ceci de particulier que les batailles y sont moins gagnées par le recrutement que par le congédiement de l'armée ouvrière. Les généraux, les capitalistes, rivalisent entre eux à qui pourra licencier le plus de soldats d'industrie. » (Travail salarié et Capital, K.Marx, chap V)

" Un développement des forces productives qui réduirait le nombre absolu des ouvriers, c’est-à-dire permettrait en fait à la nation toute entière de mener à bien en un laps de temps moindre sa production totale, amènerait une révolution, parce qu’il mettrait la majorité de la population hors circuit " (Le Capital, t.3, p. 279).

« Si toute la classe des salariés était anéantie par le machinisme, quelle chose effroyable pour le capital qui, sans travail salarié, cesse d'être du capital! » (Travail salarié et Capital, K.Marx, chap V)

 « Au fur et à mesure, enfin, que les capitalistes sont contraints par le mouvement décrit plus haut d'exploiter à une échelle plus grande les moyens de production gigantesques déjà existants, et, dans ce but, de mettre en action tous les ressorts du crédit, les tremblements de terre industriels—au cours desquels le monde commercial ne se maintient qu'en sacrifiant aux dieux des Enfers une partie de la richesse, des produits et même des forces de production —deviennent plus nombreux, en un mot, les crises augmentent. Elles deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes déjà du fait que, au fur et à mesure que la masse des produits et, par conséquent, le besoin de marchés élargis s'accroissent, le marché mondial se rétrécit de plus en plus et qu'il reste de moins en moins de marchés à exploiter, car chaque crise antérieure a soumis au commerce mondial un marché non conquis jusque-là ou exploité de façon encore superficielle par le commerce. Mais le capital ne vit pas seulement du travail. Maître à la fois distingué et barbare, il entraîne dans sa tombe les cadavres de ses esclaves, des hécatombes entières d'ouvriers qui sombrent dans les crises.

Ainsi, nous voyons que lorsque le capital s'accroît rapidement, la concurrence entre les ouvriers s'accroît de manière infiniment plus rapide, c'est-à-dire que les moyens d'occupation, les moyens de subsistance pour la classe ouvrière diminuent proportionnellement d'autant plus et que, néanmoins, l'accroissement rapide du capital est la condition la plus favorable pour le travail salarié. » (Travail salarié et Capital, K.Marx, chap V)



Les robots volent-ils nos emplois ?

Par Julien Varlin (17 septembre 2016)

 

Toute une série d’articles de presse reprennent régulièrement ce thème vendeur des « robots tueurs d’emplois » : « Les robots, le chômage et les emplois de 2030 » (France Info, 10/05/2015), « Robots au travail : 3 millions d’emplois menacés en France d’ici 2025 » (La Voix du Nord, 25/05/2016)… En même temps, d’autres vont insister sur les nouveaux emplois créés (ingénieur-e-s, technicien-nes…) et soutenir qu’il n’y a pas de crainte à avoir : « Des centaines de milliers d’emplois créés par la robotique » (Monster, 16/04/2015), « La vérité sur les robots destructeurs d’emplois » (Slate, 06/06/2016).

Ce que l’on dit aujourd’hui des robots n’a rien de nouveau, on l’a dit des ordinateurs et plus généralement des machines, dès les débuts de l’économie capitaliste. C’est d’ailleurs le principal argument de ceux qui assurent qu’il n’y a pas de conséquence sur l’emploi : sur le long terme, regardez donc, il n’y a pas de « fin du travail ». En dehors de ce constat plus ou moins vrai empiriquement, peu d’explications sont apportées. Ici on va évoquer la « destruction créatrice » de Schumpeter, on va se permettre de transposer la loi de Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »

Dans le Capital, Karl Marx réfutait déjà (1867) la « théorie de la compensation » de ces « économistes bourgeois [qui] soutiennent qu’en déplaçant des ouvriers engagés, la machine dégage par ce fait même un capital destiné à les employer de nouveau à une autre occupation quelconque ». Soyons clairs : à niveau de production égal, les machines et l’automatisation diminuent bien le temps de travail nécessaire en augmentant la productivité, c’est précisément pour cela que les entreprises les introduisent.

Si nous n’assistons pas à une augmentation linéaire du chômage depuis deux siècles, c’est parce qu’il y a un autre facteur qui contrebalance la productivité : la croissance. Pour le dire simplement : on ne s’est pas contenté de produire toujours plus efficacement les objets que l’on produisait déjà au 19e siècle, on a créé d’innombrables nouveaux secteurs, à un rythme plus ou moins soutenu (taux de croissance). Décortiquer ce moteur capricieux qu’est la croissance capitaliste, c’était justement la tâche que Marx se donnait dans le Capital.

La croissance a certainement des conséquences positives en mettant à disposition des biens utiles pour la population. De ce point de vue, certains biens manquent encore cruellement à des milliards d'êtres humains (logement avec eau courante, électricité et chauffage central, congés payés, nourriture suffisante et saine, transports, moyens de transports et soins de santé accessibles...). Simultanément, la croissance est déséquilibrée et inégalitaire, conduit dans les pays riches à un consumérisme aliénant, et impose un coût écologique non soutenable en termes de consommation d'énergie et production de déchets.

Faire l’impasse sur cette dimension spécifiquement économique débouche à coup sûr sur des explications techniques réductrices, comme croire que c’était la chaîne de production fordiste qui créait des emplois (ce qui a été dit et répété au sujet des années 1920, des « 30 glorieuses »…). Quoi qu’il en soit, même si elle n’offre pas d’explication globale, dans une période de stagnation durable comme les années 1930, ou comme l’époque actuelle, l’équation « automatisation = chômage » est relativement correcte.

Par ailleurs, on pourrait tout à fait imaginer que l’automatisation conduise à travailler tou-te-s et travailler moins. Dans les années 1970, un collectif détaillait comment on pourrait « travailler 2h par jour ». On voit pourtant à quel point nous en sommes toujours loin. La logique de profit maximal conduit plutôt les capitalistes à se débarrasser des salarié-e-s « excédentaires » et à continuer de faire travailler les autres autant (voire leur demander davantage). On voit là encore que l’impact social de l’automatisation dépend du système économique dans lequel elle se développe.

Comme unique moyen d’éviter une crise sociale majeure, les politiciens prient sans cesse pour le retour de la croissance, et dès qu’ils en ont l’occasion ils y sacrifient nos intérêts (compression des salaires, flexibilisation / précarisation…). Par ailleurs, même au ralenti, la croissance incontrôlée du capitalisme dans certains secteurs suffit à nuire aux écosystèmes et à empêcher tout ralentissement sérieux de l’effet de serre.

Certain-e-s parlent de privilégier les secteurs les plus gourmands en main d’œuvre, par exemple la petite industrie au lieu de la grande, au nom de la « sauvegarde de l’emploi ». On peut remettre en question certaines industries (nucléaire, pétrolière…) pour de bonnes raisons, mais ce serait une impasse et une voie bien peu souhaitable que de chercher par principe à abaisser la productivité.

Partant de ce constat, beaucoup en viennent à penser qu’il faut un changement social, pour ne pas subir la raréfaction des emplois, mais au contraire en profiter. Ainsi, beaucoup des défenseur-ses du revenu de base inconditionnel s’appuient sur la robotisation pour déduire la nécessité d’une redistribution des fruits de la technologie, ce qui est une préoccupation juste.

D’un point de vue marxiste, ce n’est pas seulement au niveau de la distribution des richesses qu’il faut poser la question, mais au niveau de leur production. C’est-à-dire se réapproprier les moyens de production. C’est la condition pour pouvoir sortir des équations piégées du capitalisme (croissance ou chômage, machines ou emplois), laisser les robots voler les emplois que nous voulons leur laisser, et maîtriser démocratiquement l’économie : assurer un revenu universel, réduire fortement le temps de travail en mettant fin au chômage, décider de ce qui est produit, des secteurs qui doivent croître ou qui doivent décroître...

 

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16 septembre 2016

« LE MONDE OU RIEN » Remarques sur l’agitation sociale en France au printemps 2016

Ci dessous un extrait d'un des meilleurs textes sur les évènements contre la Loi El Khomri. Cliquer sur le lien pour voir tout l' article (18 pages)

https://lundi.am/remarques-sur-l-agitation-sociale-en-france

"LE MONDE OU RIEN" Remarques sur l'agitation sociale en ...

lundi.am

(Ce texte a été écrit à l’intention de camarades latino-américains qui, du Mexique à l’Argentine, me demandent des éléments d’information et d’analyse sur l’agitation en France. Ce qui explique que beaucoup de précisions y soient formulées qui n’ont évidemment pas raison d’être pour des camarades français.)

 

« LE MONDE OU RIEN » Remarques sur l’agitation sociale en France au printemps 2016

par Alèssi Dell’Umbria

paru dans lundimatin#70, le 29 août 2016

Alèssi Dell’ Umbria est l’auteur entre autres d’une Histoire universelle de Marseille, De l’an mil à l’an deux mille (Agone, 2006) et de C’est de la racaille ? Eh bien, j’en suis ! À propos de la révolte de l’automne 2005 (L’Échappée, 2006). Sollicité par des amis latino-américains, il a rédigé à leur attention une analyse de la situation politique française.

(Ce texte a été écrit à l’intention de camarades latino-américains qui, du Mexique à l’Argentine, me demandent des éléments d’information et d’analyse sur l’agitation en France. Ce qui explique que beaucoup de précisions y soient formulées qui n’ont évidemment pas raison d’être pour des camarades français.)

"Le confort est la pire chose qui puisse arriver à un mouvement social, et c’est ce qui a accablé l’insurrection de Gezi. Pour qu’un mouvement reste en mouvement, il faut que quelque chose d’insupportable continue de le démanger, jour et nuit. Si rien ne vous gêne, si au contraire vous commencez à prendre vos aises, vous allez vous arrêter, et c’est normal ; le besoin de repères, de stabilité, est naturel. Or, se révolter, c’est être prêts à lutter contre ses propres besoins naturels. Pour se révolter, il faut se sentir fort mais démuni, démuni mais fort. L’inconfort est la seule force qui nous incitera à aller de l’avant."
Kenan Görgün, Rebellion Park.

L’agitation a commencé en mars contre un projet de loi sur le travail, dite loi El Khomri du nom de la ministre du Travail. "La controverse suscitée par la loi sur le travail dérive vers une crise idéologique et un rejet du système dans son ensemble" selon une note interne du Service Central du Renseignement Territorial en date du 28 avril, jour où se produisirent quelques-unes des manifestations les plus dures. "Contre la loi travail et son monde" disaient certaines banderoles... Cette loi arrive aussi après une longue série de mesures gouvernementales en rupture flagrante avec les promesses de campagne électorale de François Hollande, candidat du Parti Socialiste élu président de la République au printemps 2012... Elle a finalement été adoptée le 21 juillet, après que le Premier ministre Manuel Valls ait eu recours, pour la troisième fois dans cette affaire, à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet une adoption sans vote parlementaire. Elle a été publiée au Journal Officiel le 9 août. Reste à voir si les décrets d’application verront le jour...

...

La loi El Khomri fait partie de ces mesures législatives qui font date. En France, nous vivons la fin de tout le cycle ouvert par le pacte stalino-gaulliste de la Libération. La notion de contrat entre le capital et le travail, qui fondait ce pacte, et assurait à la main d’oeuvre le bénéfice de certaines protections sociales dans le cadre de son exploitation, est à présent caduque. L’institutionnalisation des syndicats, après l’abandon définitif de toute référence à un saut qualitatif (la fameuse "grève générale insurrectionnelle" prônée par le syndicalisme révolutionnaire de jadis), installait ceux-ci dans un rôle de co-gestionnaires de la force de travail au sein du capitalisme, ce qui allait fonctionner durant toute la période fordiste, les syndicats disposant alors d’une capacité de négociation inédite. Celle-ci ne suffisait pas toujours à empêcher des grèves sauvages dans l’industrie fordiste des années 1970, qui pouvaient exprimer parfois un véritable refus du travail. Mais pour l’essentiel, en France les luttes ouvrières restèrent contenues par ce cadre syndical, qui fut si souvent débordé dans certains pays voisins...

Dans cette régulation des conflits, des protagonistes aux intérêts opposés se retrouvaient indissolublement liés. L’opposition du travail et du capital ne devait jamais se transformer en contradiction, sous peine que les conflits sociaux ne débouchent sur un conflit politique comme cela se produisit en 1968... L’opposition pouvait prendre des formes aiguës, mais qui devaient toujours se résoudre de façon contractuelle, par des accords de branche (le modèle restant les accords de Grenelle qui, fin mai 1968, devaient court-circuiter la grève générale sauvage qui paralysait le pays). Cette dynamique conflit-négociation entre le capital et le travail, qui fonctionnait dans le cadre d’un marché intérieur et d’une monnaie nationale, entra doublement en crise : d’abord avec le déclin du système fordiste qui commença en France à la fin des années 1970, et ensuite avec la constitution du marché unique européen. L’instauration de la zone euro aura marqué la sortie irréversible du capitalisme hors du cadre étatique-national, avec la subordination du marché intérieur aux règles d’un marché commun et aux impératifs d’une monnaie supranationale.

Il n’existe d’économie que politique. L’économie n’est pas une catégorie du monde, comme le sont l’argent, la marchandise, le salariat et le capital : l’économie n’est que la pensée bourgeoise et bureaucratique sur le monde. Mais pour s’exercer, cette pensée nécessite un champ d’application -ou plutôt, c’est l’apparition d’un tel champ qui nécessite un certain type d’expertise qui fonctionne ensuite comme discours dominant. L’économie politique est née historiquement avec la constitution de l’État-nation, qui instaura un champ de gouvernance traversé par une tension entre l’intérieur et l’extérieur du marché qu’il s’agissait de réguler. Mais à présent la gouvernance a été transférée vers des institutions internationales qui constituent le véritable pouvoir politique, FMI, Banque Mondiale, OMC sans oublier évidemment l’Union Européenne. La tension entre pouvoir et richesse, qui déterminait toute l’activité de l’État, s’est donc déplacée et s’exerce désormais selon d’autres paramètres que ceux de l’économie politique classique -celle qui s’étendait de l’école mercantiliste jusqu’à Keynes. Les gouvernements n’ont d’autre voie que de se raccrocher aux dictats de la gouvernance mondiale : finiront-ils par signer les accords de libre échange transatlantique, qui les déposséderont encore plus de leurs prérogatives ? Probablement, puisqu’il en va de "la croissance" et de "l’emploi"...

 

Le 22 septembre, deux étudiants boulonnais sont convoqués au Tribunal de Grande Instance pour leur action lors des mobilisations contre la “ Loi Travail ”.

Le 18 octobre ce sera le tour d’une camarade de Calais investie de longue date en solidarité avec les sans-papiers.

Ces trois personnes, comme des dizaines d'autres partout sur le territoire : ouvriers, étudiants, chômeurs, précaires, lycéens... affronteront dans les semaines à venir la justice d'un système qui n'a plus à offrir qu'une réponse policière et judiciaire à la désolation sociale qu'il répand partout sur la planète.

Demain, ce sera peut-être le tour de n’importe lequel d’entre nous. Soyons nombreux à nous rassembler lors de ces deux dates afin de montrer à l’Etat que ces camarades ne sont pas seuls, que nous ne sommes pas seuls. La solidarité est notre arme.

 

Boulogne-sur-mer le 12/09/2016

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12 septembre 2016

Manifestation à Paris pour l'abrogation de la loi Travail

Deshayes__Theron

Violences policières

Laurent Theron, un militant de SUD, a perdu un œil lors de la manifestation contre la loi travail. Il compte porter plainte. 

«Je vais tout faire pour que justice soit faite». Laurent Theron, un militant de SUD grièvement blessé à l’œil lors de la manifestation contre la loi travail jeudi 15 septembre, va porter plainte. Il veut que les conditions dans lesquelles il a perdu la vue d’un œil soient déterminées et les responsabilités établies. L’homme de 46 ans, secrétaire médical à l’hôpital Albert-Chenevier de Créteil, a expliqué à BFMTV avoir «plusieurs os fracturés» autour de l’œil. Il a été opéré à l’hôpital Cochin, à Paris, mais les soins prodigués n’ont pas permis de sauver l’usage de son œil.

D’après Solidaires, il «a vraisemblablement reçu au visage un morceau d’une grenade lancée par les forces de l’ordre». L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie par le parquet de Paris afin d’enquêter sur l’affaire.

jeudi 15 septembre 2016 à 14h

Manifestation à Paris pour l'abrogation de la loi Travail

Manifestation unitaire CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL

Trajet / parcours : départ 14h de Bastille, en direction de République

Ordre des cortèges : à préciser

Rendez-vous particuliers:

  • 12h00 : Rv cortège « interpro-interlutte » Gare de Lyon, hall 1, départs
  • 12h30 : Départ collectif de la Place des Fêtes, pour rejoindre la manifestation
  • 13h00 : Rv cortège de Lutte Ouvrière - métro Chemin Vert (station fermée)
  • 13h00 : Départ collectif unitaire - Bourse du travail de Saint-Denis
  • 13h30 : Départ des cheminots - cour d'Amsterdam, gare St Lazare
  • Bientôt, d'autres rendez-vous d'organisations, ici sur Démosphère

Départs en car

  • Amiens : 10h00 : départ en car de l'usine Goodyear
  • Argenteuil : 13h00 : Départ en car - CGT - Salle Jean-Vilar
  • Melun : Départ 12h45 parking Gigastore - 06 21 87 23 23
  • Savigny : 13h00 parking Gifi - 06 21 87 23 23
  • Mitry mory : Bourse du travail : 12H00
    Mairie centrale : 12h10
    Mairie annexe : 12h20
    Inscription par tél au 06.89.93.27.03 par courriel : ulmitrycgt@yahoo.fr
  • Coulommiers : 11h45 Cours Gambetta inscriptions - 06 73 34 65 02
  • Nemours 12h Parking de Casino: inscriptions - 06 88 62 14 63 ou 06 08 66 23 27
  • Montereau : 12h Pace Lepesme face à l'hopital, Réservations 07 61 52 12 20
  • Champs sur Marne : 12h45 au château de champs sur Marne Inscriptions 06 44 03 12 92

Promulgation ou pas, on n'en veut pas !

Abrogation de la Loi Travail

Communique régional unitaire

Rien n'y fait, malgré 3 articles 49-3 successifs, les salariés et l'immense majorité des français se prononcent toujours contre la loi El Khomri. Une loi à tel point rejetée que le gouvernement n'avait même pas confiance en sa majorité pour en débattre au Parlement !

Promulguée le 8 août dernier, la loi « Travail » menace à terme l'ensemble des garanties collectives encadrant le contrat de travail. Dans le cadre des attaques contre la fonction publique, elle pourrait servir de point d'appui pour dégrader aussi les statuts des agents publics. Elle marque la disparition du principe de faveur - conquis en 1936 - et l'inversion de la hiérarchie des normes, notamment pour la définition du temps de travail et le taux de majoration des heures supplémentaires. C'est une loi de dumping social.

Ce recul sans précédent permet à Pierre Gattaz, président du MEDEF d'exiger 90 milliards d'euros supplémentaires d'allègements fiscaux pour les patrons, qui s'ajouteraient aux 40 milliards déjà obtenus dans le cadre du Pacte de responsabilité…
Pour tenter d'imposer cette politique de régression sociale, le gouvernement, isolé dans la population et même dans son propre camp, utilise des méthodes autoritaires. La prolongation de l'état d'urgence servant de prétexte pour tenter d'interdire les manifestations. Ce climat sert même à Mme El Khomri de désavouer l'inspection du travail en validant le licenciement d'un délégué syndical d'Air France. L'action syndicale étant peu à peu assimilée à un délit de droit commun.
D'ailleurs, l'article 3 de la loi du 21 juillet 2016, qui proroge de six mois l'état d'urgence, énonce explicitement que « les cortèges, défilés et rassemblements de personnes sur la voie publique peuvent être interdits dès lors que l'autorité administrative justifie ne pas être en mesure d'en assurer la sécurité compte tenu des moyens dont elle dispose ».

Les Unions Régionales CGT, CGT-FO, Solidaires, FSU et UNEF d'Ile de France réaffirment qu'elles n'entendent pas se soumettre, surtout lorsqu'il en va de la défense des intérêts matériels et moraux des salariés.
S'inscrivant dans le cadre de la déclaration commune des 7 organisations nationales du 8 juillet : « ….. », les organisations signataires réaffirment leur détermination à combattre la loi « Travail » et à en obtenir l'abrogation et plus généralement à faire aboutir l'ensemble des revendications des salariés et des jeunes.

Pour ce faire elles appellent à se mobiliser massivement pour réussir la journée d'actions du 15 septembre contre la loi Travail, et à manifester à 14H00 place de la Bastille.
Promulgation ou pas, on n'en veut pas ! Abrogation de la Loi Travai

 

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09 septembre 2016

Etats-Unis. L'affaiblissement relatif du « maître du monde »

Etats-Unis. L'affaiblissement relatif du « maître du monde »

 Paru dans Echanges n° 156 (été 2016)

USA_pauvres

Il est évident que les Etats-Unis tentent de maintenir par tous les moyens leur suprématie  mondiale militaire, politique, financière et économique. Mais il est tout aussi évident que cette domination n’est plus ce qu’elle était avec son affaiblissement économique et financier relatif mais surtout son impossibilité à assumer la suprématie militaire d’autrefois. La part des Etats-Unis dans la production mondiale est passée en quarante-cinq ans de 55 % à 20 %. Depuis l’échec du Vietnam, toutes les opérations militaires des Etats-Unis se sont soldées par des enlisements et des retraits laissant derrière eux un chaos d’instabilité meurtrière. Toute cette politique de « puissance » se traduit sur le plan intérieur par une dégradation générale qui touche non seulement l’ensemble des services publics (1) mais l’ensemble des conditions de vie. Si ceux qui ont pu conserver un travail doivent se battre pour conserver le peu d’avantages qu’ils peuvent encore avoir, les laissés-pour-compte chez les prolétaires ou ex-prolétaires connaissent sans pouvoir y remédier une descente aux enfers qui touche tout autant les « petits blancs » que les minorités noires ou migrantes.
Le quotidien britannique The Guardian (2) citait récemment la revue conservatrice américaine  National Review, comme exemple d’attaque contre « la classe ouvrière blanche » qui serait le cœur de l’électorat de Donald Trump. Dans un article titré « Father Führer », elle décrivait ainsi la situation des prolétaires américains dans les régions les plus déprimées comme les Appalaches et le Rust Belt (3), ce qu’il appelle les « communautés déclassées » dépendant totalement du Welfare (4) :
« Il ne leur est rien arrivé. Ils n’ont pas subi de terrible désastre. Il n’y a pas eu de guerre, de famine, d’épidémie de peste ou d’occupation étrangère… La vérité sur ces communautés dysfonctionnelles tombées en bas de l’échelle est qu’elles méritent de mourir. Economiquement, elles constituent des actifs négatifs. Moralement, elles sont indéfendables. La sous-classe d’Américains blancs est sous l’emprise d’une culture vicieuse et égoïste qui produit principalement la misère et des seringues à héroïne usagées. (5) »
Un autre journaliste de la même revue (6) en rajoute une couche :
« Pour le dire simplement, les Américains blancs prolétaires se suicident et détruisent leurs familles à un rythme alarmant. Personne ne leur impose de le faire. Ce n'est pas l’économie qui leur met une bouteille entre les mains. »

Les communautés déclassées sont partout aux Etats-Unis, pas seulement dans les Appalaches ou le Rust Belt. Depuis trente-cinq ans, la classe ouvrière a été décimée. Les dirigeants des entreprises disposaient des moyens les plus sophistiqués. La classe ouvrière n’avait que ses bras. Elle a tout perdu et ne pouvait compter que sur elle-même.
Les conséquences en sont visibles dans presque chaque ville ou comté rural, et pas seulement dans le Nord industriel ou les collines du Kentucky. Une petite ville de Floride édifiée autour de deux usines de jus d’orange a vu disparaître la première en 1985 et la seconde en 2005.
Dans le quartier de Lackawanna à South Buffalo (Etats de New York), les familles doivent encore se remettre de la fermeture d’une vieille aciérie. Il y en avait bien d’autres autrefois, qui apportaient à la communauté emploi et stabilité. Les usines désaffectées servent maintenant d’entrepôts. A Utica (Etat deNew York), une usine de General Electric est fermée depuis plus de vingt ans, tout comme le bistrot où les ouvriers passaient souvent la nuit. Bien des emplois sont partis ailleurs. Les nouveaux emplois sont moins payés et ne garantissent guère d’avantages sociaux. Les gens sont nombreux à jouer au casino pour tenter de glaner quelques dollars de plus.
Quand on pénètre dans ces communautés déclassées après avoir quitté quelques bulles de prospérité comme Manhattan, Los Angeles, la Virginie du Nord ou Cambridge, il suffit d’écouter les gens qui n’ont que leurs mains pour vivre pour entendre une frustration uniforme et une anxiété permanente. Dans un pays qui recèle tant de richesses, un pourcentage important de la population essaie tout simplement de ne pas sombrer… La frustration n’est pas une nostalgie mal placée – les statistiques économiques le confirment. Au cours des trente-cinq dernières années,  les revenus ont stagné – sauf pour les très riches –, et de plus en plus de gens recherchent des emplois de de plus en plus rares. Les postes de travailleurs manuels dans l’industrie ont été les plus durement touchés, tombant de 18 millions à la fin des années 1980 à 12 millions aujourd’hui.
Ce n’est pas seulement une question de perspectives et d’emploi. Culturellement on assiste au développement de deux types d’Américains qui s’éloignent de jour en jour l’un de l’autre. Cette différence est manifeste dans l’éducation. La seule voie offerte à la classe ouvrière pour sortir de sa condition est une formation supérieure. Pourtant dans les meilleurs établissements on trouve très peu d’étudiants issus des couches sociales à faibles revenus, sauf pour les rares vivant dans des villes comme New York, Los Angeles ou Boston. Les différences sont aussi très marquées dans la santé ainsi que dans le domaine social – mariage, famille et lieu de résidence. Cette différence croissante a alimenté et cautionné les considérations péjoratives concernant la classe ouvrière blanche, la marginalisant et l’isolant encore plus. Si vous fréquentez des bureaux à New York vous pouvez entendre couramment des plaisanteries sur le « white trash » (racaille blanche), le « trailer trash » (racaille de mobile home), les « rednecks » (péquenots). A la télévision, on retrouve les mêmes moqueries vulgaires sur leur comportement, leur habillement, etc.
Alors que leur isolement grandit et que les chances de trouver un boulot diminuent, s’installe l’usage des drogues. Les Etats-Unis, et particulièrement la classe ouvrière blanche, sombrent dans une épidémie de drogue qui tue chaque année de plus en plus de gens. En dix ans, le nombre de morts dus à l’usage des drogues a doublé (7).
D’une certaine façon, on peut dire que les communautés noires ou latinos sont moins concernées par ce type de dégradations de leur situation sociale, accoutumées qu’elles peuvent être à une situation non seulement précaire mais marquée par le racisme et l’ostracisme, qui n’implique pas la perte brutale d’un statut économique et social.

Pourquoi une telle misère n’entraîne-t-elle pas de révoltes soit locales, soit globales, de ceux qui la subissent de concert avec par exemple les précaires dont la situation sociale n’est guère plus enviable ?

Avant de tenter de répondra à cette question il nous semble important de donner quelques chiffres qui relativisent les données que l’on jette ici ou là pour décrire la situation économique et sociale aux Etats-Unis. De 1971 à 2016, en quarante-cinq ans, la population est passée de 210 millions à 320 millions, soit une augmentation de 50 %. Sur cette même période, le PIB global est passé de 1 167 milliards de dollars à 17 500 milliards de dollars, soit quinze fois plus. Ainsi, le PIB par tête sur la même période a été multiplié par 10. Cette augmentation théorique de la richesse individuelle ne correspond nullement à la répartition de ces richesses entre capital et travail et, dans la partie dévolue à ceux qui vendent leur force de travail, à sa répartition entre les différentes couches ­sociales.
Il existe bien une érosion historique du taux d’exploitation du travail à partir de 1965, mais il remonte aux années Clinton. Le taux d’exploitation baisse en période de fin de cycle et de crise (1998-2002 et 2007-2009), mais ne cesse ensuite de se redresser pour rejoindre en 2006 les niveaux des années 1960, puis les dépasser en 2012-2013.
Non seulement le taux de plus-value augmente, mais s’accroît aussi la part de cette plus-value prélevée par le capital. Après exclusion du revenu des salariés les mieux payés du calcul de la masse salariale, la chute de la part du travail est plus marquée aux États-Unis. Dans les années 1990 et 2000, l’érosion de la part du travail est de 6 points en pourcentage (8).
L’ensemble entraîne des déplacements dans la répartition des revenus entre les différentes classes et couches sociales. L’importance de ces mutations dans la population américaine est donnée par une comparaison de la composition sociale d’après les revenus en 1971 et 2015 : la tranche moyenne est passée de 61 % à 50 % (120 millions), celle des revenus inférieurs s’est accrue de 25 % à 29 % (121 millions) et celle des revenus supérieurs de 14 % à 21 % (9).
Si l’on considère l’importance prise au cours des décennies passées par les mutations géographiques des industries et le développement du secteur des services, on peut voir que la délocalisation des emplois a également entraîné les délocalisations de la croissance et du pouvoir d’achat des consommateurs. Tout déplacement des activités industrielles du grand Nord-Est vers le Sud s’accompagne d’une baisse des rémunérations, d’une diminution des avantages sociaux et d’une dégradation des conditions de travail. Le ralentissement de l’économie est tout aussi marqué en 2016 : tous secteurs confondus, le nombre de licenciements a augmenté de 35 % en avril par rapport à mars ; dans les quatre premiers mois de 2016 ces licenciements ont atteint 250 000, le plus haut niveau depuis 2009. Il est difficile d’interpréter les chiffres donnés au jour le jour tant pour le nombre des licenciements que pour le montant des salaires. Après la chute des cinq premiers mois de 2016, près de « 300 000 nouveaux emplois auraient été créés ». Les salaires auraient augmenté de 2,6 % en un an, mais cela pourrait être dû à une pénurie de travailleurs qualifiés. Les économistes tablent sur le risque d’une nouvelle récession au cours des douze prochains mois (10).
« L’économie américaine fut enterrée lorsque les emplois des classes moyennes furent délocalisés et le système financier dérégulé
Les délocalisations ont profité aux cadres supérieurs et aux actionnaires car la baisse des coûts du travail a augmenté les bénéfices. Ces bénéfices sont arrivés jusqu’aux actionnaires sous forme de plus-value tout en profitant aux dirigeants sous forme de “bonus de performance”. Wall Street a quant à elle bénéficié de la hausse sur les marchés engendrée par l’augmentation des bénéfices.
Cependant, la délocalisation des emplois a également entraîné la délocalisation de la croissance et du pouvoir d’achat des  consommateurs. Malgré les promesses d’une “nouvelle économie” et de meilleurs emplois, les emplois de substitution consistent de plus en plus en des postes à temps partiels, des emplois mal payés dans les services, par exemple vendeur, serveuse ou barman.
La délocalisation des emplois industriels et dans les services qualifiés vers l’Asie a stoppé la croissance de la demande aux Etats-Unis, décimé les classes moyennes et engendré des perspectives d’emploi insuffisantes pour les diplômés de l’enseignement supérieur qui sont alors dans l’incapacité de rembourser leurs prêts étudiants. L’échelle de la promotion sociale qu’offraient les États-Unis en tant que “société des opportunités” a été vendue pour des profits à court terme (11). »

Comment toutes ces catégories d’une classe sociale (ceux qui doivent vendre leur force de travail pour survivre) peuvent-elles maintenir leur position économique et sociale et lutter contre les empiètements constants du capital pour réduire la part de la plus-value concédée aux exploités ou au soutien social de ceux dont nous venons d’exposer la détresse ?
Pour tous ceux qui sont tombés dans la misère la plus noire, la réponse est claire : leur situation et leur dispersion font qu’ils n’ont aucun levier pour promouvoir une quelconque révolte sociale. C’est cette impuissance insurmontable qui les entraîne vers la dégradation sociale qui a été esquissée ci-dessus.
Par contre les travailleurs précaires de toutes sortes tentent au moins d’obtenir une amélioration financière.
Le combat pour 15 dollars
de l’heure
Comme le souligne un commentateur, ce combat est un « symbole de tout ce qui va mal dans l’économie » (12). Commencé il y a quelques années avec des luttes dispersées contre les chaînes de restauration rapide dont la principale était McDonald’s (13), il a culminé le 14 avril 2016 lorsque dans plus de 320 villes américaines les restaurants McDo ont vu des piquets de grève impliquant plusieurs dizaines de milliers d’exploités. Cette lutte s’est peu à peu étendue à tous les précarisés dans toutes les branches d’activité où la paie est souvent largement au-dessous des 15 dollars revendiqués (la recommandation de McDo à ses franchisés est un salaire de 10 dollars de l’heure fin 2016) (14).
Les 12 et 13 août devait se tenir à Richmond (Virginie) un congrès de milliers de travailleurs « bas salaires » qui vont tenter d’unifier le mouvement de tous ces salariés autour de deux revendications : les 15 dollars de l’heure et la constitution de syndicats. Mais les animateurs de ce mouvement (plus ou moins liés au syndicat SEIU) (15) comptent aussi regrouper les laissés-pour-compte de la société américaines qui sont aussi souvent ces exploités à moins de 10 dollars de l’heure dans la précarité la plus totale : les migrants de toutes sortes, protestant contre les violences policières, les Afro-Américains, les Latinos (plus de la moitié des Afro-Américains et les trois quarts des Latinos gagnent moins de 15 dollars de l’heure). « Les emplois précaires sont le reliquat de l’esclavage et ceux qui les occupent n’ont jamais fait partie de la classe moyenne  (16).»
Si la revendication d’un minimum de salaire est relativement simple, dépendant du pouvoir fédéral et/ou de celui des Etats, il n’en est pas de même quant à celle d’une représentation syndicale. Dans le contexte actuel, une telle représentation est pratiquement impossible. Aux Etats-Unis, il n’existe pas de code du travail pas plus que de conventions collectives de branches. Il n’existe, pour un syndicat reconnu comme tel lors d’une procédure complexe, qu’un seul niveau de représentativité, celui de l’entreprise, et encore cette représentativité n’est-elle acquise, pour un seul syndicat, qu’après un vote majoritaire des salariés de l’entreprise. De fait, une telle représentativité ne peut pratiquement pas être acquise dans de très petites unités comme le sont les entreprises franchisées, et encore moins au niveau de la firme délivrant la franchise puisqu’il n’y a aucun lien juridique impliquant les salariés franchisés.
Pour que tous ces précaires puissent gagner une telle représentativité collective, il faudrait remanier le droit du travail aux Etats-Unis. Une telle situation fait que, présentement, le seul recours est la collectivisation de la grève pour contraindre les pouvoirs fédéral ou local à légiférer en imposant légalement le minimum de salaire.
L’avenir dira comment cela peut se développer.
La lutte de ceux
qui ont un emploi couvert par une représentativité syndicale

Pour tous les exploités « protégés » les luttes se situent pour l’essentiel lors du renouvellement du contrat collectif de l’entreprise. Nous avons ci-dessus évoqué cette question : lorsque, à l’issue d’une procédure légale, un seul syndicat est reconnu représentatif dans une unité de travail, il doit ensuite signer avec l’employeur un contrat que s’applique à tous les travailleurs de cette unité. Mais ce contrat est toujours limité dans le temps, souvent entre trois et cinq ans, et il doit, à son terme, être renouvelé. Une telle disposition est favorable à l’entreprise, qui peut tenter de modifier les termes du contrat expiré pour l’adapter aux nécessités financières et économiques qui ont pu évoluer. Cette adaptation fait que dans cette période de crise l’entreprise propose la plupart du temps de réduire les avantages concédés dans le contrat expiré, avec souvent un chantage du genre : acceptez ou je ferme – ou ­délocalise ou sous-traite – tout ou partie de l’activité.
Il y a ainsi une multiplicité de conflits plus ou moins longs avec des grèves limitées ou de plus grande ampleur. Ils sont si fréquents et si nombreux qu’il est impossible de les citer tous, mais ils forment la trame de la lutte de classe aujourd’hui aux Etats-Unis.  En 2016, 8 788 contrats arrivent à expiration, impliquant plus de 2 millions de travailleurs, et une bonne partie d’entre eux seront générateurs de conflits. Deux seuls exemples pour mesurer leur importance : celui des aciéries américaines en 2015-2016 et celui de la multinationale des communications Verizon en 2016.
Nous avons évoqué cette lutte dispersée dans les différentes aciéries du pays, soit dans nos colonnes (17), soit dans le bulletin Dans le monde une classe en lutte :
« 17 février 2016. Les 2 200 travailleurs de l’entreprise sidérurgique Allegheny Technologie Inc. (ATI) répartis dans six implantations différentes sont victimes d’un lock-out depuis six mois. Ils ont refusé un nouveau contrat présenté par le syndicat USW impliquant des concessions telles qu’un des travailleurs sidérurgiste a pu déclarer qu’elles “ramènent à la situation de 1930”. Le conflit s’insère dans un mouvement touchant l’ensemble des aciéries des Etats-Unis. Le syndicat a imposé la signature d’accords distincts, notamment avec la multinationale Arcelor, divisant la lutte unitaire. Seuls restent en lice les travailleurs lockoutés d’ATI et ceux de Sherwin Aluminum, dont les 450 ouvriers sont lockoutés depuis plus d’un an. Le but d’ATI est de sous-traiter plus de 40 % de sa force de travail à des employeurs de travailleurs non syndiqués. Les usines tournent au ralenti avec l’embauche “légale” de “travailleurs de remplacement”. Les grévistes peuvent toucher une allocation de 100 dollars (91 euros) par quinzaine; cette allocation a été divisée par deux fin 2015 ; elle cesserait d’être payée le 21 février 2016, mais un projet de loi de l’Etat pourrait la rétablir sans limitation. Le fonds de grève du syndicat USW alloue aux sections locales 100 dollars par mois distribués à la discrétion des responsables de la section. Le 23 février un accord a été conclu entre ATI et l’USW, mais le contenu n’en a pas été révélé ; il ne peut entrer en vigueur avec la fin du lock-out et de la grève que s’il est approuvé par la majorité des grévistes (18). »

La dernière grève importante autour du renouvellement du contrat concerne a multinationale des communications Verizon (téléphone, télécommunications, centres d’appel) qui, sur le territoire américain, exploite 40 000 travailleurs. Le contrat signé par deux syndicats (CWA et IBEW) (19) est parvenu à son terme en août 2015 et c’est seulement en avril 2016 que les syndicats ont finalement donné l’ordre de grève, le 13 avril, plus de huit mois après la fin du contrat. Les propositions de Verizon pour un nouveau contrat comportaient, en face d’une augmentation des salaires de 7,50 % sur plusieurs années, les habituelles restrictions concernant les assurances maladies et la retraite, mais surtout la fermeture de onze centres d’appel, le passage de certaines activités à la sous-traitance et une flexibilité totale de soixante jours par an pendant lesquels tout travailleur pourrait être déplacé dans un autre centre sur le territoire américain.
Le rejet par les travailleurs était évident et la grève s’imposait. Pourtant le délai imposé par les syndicats permit à Verizon de bien se préparer à la grève : la société embaucha 1 300 travailleurs non syndiqués, ouvrit des centres de formation pour les cadres et des jaunes, loua des hôtels pour loger ces derniers, etc. Pour Verizon, le nouveau contrat doit permettre de résoudre le problème posé par les changements de technologies entre le téléphone fixe et le mobile, qui se sont développées séparément avec des conditions de travail et de salaires différentes.
La grève fut très active, même radicale : des piquets de grève furent établis un peu partout dans les centres, y compris à l’hôtel de New York devant héberger les jaunes (mais Verizon obtint un jugement qui ordonna la levée de ce piquet). Verizon signala pas moins de 57 sabotages sans en préciser la nature. Des tentatives furent faites d’une extension auprès des implantations de Verizon à l’étranger. En mai, 1 700 travailleurs de l’entreprise concurrente AT&T de Californie entamèrent une grève de solidarité. C’est peut-être cet ensemble qui amena l’intervention de la Maison Blanche et la désignation d’un médiateur, ce qui conduisit à la signature par les syndicats d’un nouvel accord, sept semaines après le début de la grève.
Cet accord, en regard d’une augmentation de salaires de 11 % sur trois ans et l’annonce qu’il n’y aurait ni licenciement ni poursuites pour faits de grève, annule le projet de flexibilité, prévoit l’embauche de 1 300 travailleurs et le maintien de tous les centres, mais garde la réforme du financement des garantie maladie et retraite au détriment des travailleurs et une adaptation aux changements technologiques qui faciliteront les restructurations.
Habituellement, une fois le nouvel accord signé, la reprise du travail est conditionnée à son acceptation par un vote préalable de la majorité des travailleurs. Mais avant même ce vote, les deux syndicats concernés ordonnèrent la reprise du travail en arguant d’une victoire (de plus, cette précipitation par crainte d’un rejet prend effet au moment où les grévistes pouvaient faire valoir leur droit à des indemnités de chômage, ce qui leur aurait permis de prolonger la grève).
Au cours des six premiers mois de 2016, cette toile de fond des grèves ne s’est pas démentie : chez Boeing deux semaines de grève de 400 travailleurs, aux magasins Macy grève de 500 employés, chez un sous-traitant de DHL 200 travailleurs en grève, à Detroit 1 500 enseignants font la grève « maladie », etc.
Inexpliquée, cette grève sauvage dans le port de New York en janvier 2016. Les ports de New York et de New Jersey qui transfèrent chaque semaine 60 000 conteneurs sont bloqués le vendredi 29 janvier à 10 heures par une grève surprise sauvage de 100 dockers (sur 3 500 alors en activité). Le blocage des ports est total, ainsi que celui de plus de 200 camions (ceux qui amènent et évacuent les conteneurs). La régie portuaire déclare publiquement : « Nous ne savons pas pourquoi ils sont en grève. » De son côté, le syndicat des dockers, l’International Longshoremen’s Association, ordonne la reprise du travail en déclarant que les « différences » seront réglées. Il est en total porte-à-faux car ce sont ses membres qui font grève alors que les accords en cours interdisent la grève. Sous la pression (une enquête est diligentée pour déterminer et sanctionner les « meneurs ») et l’annonce de pourparlers, le travail reprend à 19 heures mais tout le trafic portuaire restera perturbé jusqu’au lundi, ce qui laisse penser que des résistances ont continué.
Les « différences » concernent en fait l’embauche des dockers, à la fois leur nombre et les

conditions de recrutement. Cette embauche est soumise depuis des années à une commission spécifique officielle pour combattre l’infiltration de la mafia dans le syndicat et l’embauche des dockers : ce serait cette commission qui répugnerait à de nouvelles embauches qui ne se font qu’au compte-gouttes et aux contrôles poussés sur la vie des postulants. Au-delà, la grève viserait aussi la sous-traitance plus ou moins acceptée par le syndicat.
La montée de mouvements
de résistance divers
mais interdépendants
Le 20 septembre, pour le quatrième anniversaire d’Occupy Wall Street (OWS), les ex du mouvement de 2011 et d’autres nouveaux se sont rassemblés à Zuccotti Park à New York, pas tant pour enterrer les morts que pour tenter de voir quelle pouvait avoir été l’incidence de leur mouvement, qui s’était étendu à l’échelle des Etats-Unis, et ce qu’ils pouvaient revendiquer dans la situation présente du pays.
Une bonne partie des commentateurs soulignent une sorte de convergence d’un tas de mouvements d’opposition qui ont émergé depuis ou ont trouvé un sang nouveau dans un activisme renouvelé. On peut relier, dans une telle perspective aussi bien la forme légale dans la montée politique de Bernie Sanders que le radicalisme d’action directe dans l’assassinat de trois policiers à Bâton Rouge (Louisiane) en représailles des meurtres impunis de jeunes Noirs par des policiers.
Ces commentaires vont jusqu’à attribuer ce qu’ils considèrent comme une reprise des luttes ouvrières à ce que le mouvement OWS aurait diffusé à travers le pays. C’est inverser l’ordre historique des événements.
La crise et l’ensemble des attaques du capital pour protéger et accroître sa rentabilité touchent l’ensemble des classes exploitées mais d’une manière différente. Le mouvement OWS n’est pas l’initiateur des résistances des autres catégories d’exploités : il n’en est qu’une des formes d’expression et d’action d’une partie de ces exploités, ceux que l’on qualifie de « classe moyenne » en raison de ses revenus et de la stabilité d’emploi. Mais la réalité sociale des années écoulées montre que la frontière entre ces classes moyennes et ceux que l’on qualifie de précaires est très ténue et que l’on descend aisément dans la catégorie « inférieure ». Tous ces mouvements sont interdépendants car ils découlent d’une même situation dans le grand processus de l’exploitation de la force de travail.
Le mouvement OWS a pu prendre cette dimension parce qu’il se situait dans un ensemble même s’il était l’expression d’une partie de cet ensemble. Le « sang nouveau » qui effectivement se déverse aujourd’hui dans des secteurs aussi différents ne doit à ce mouvement temporaire que d’avoir exprimé ouvertement ce qui était latent à tous les niveaux de la domination capitaliste. Il n’appartient à aucune de ces fractions d’être l’initiatrice d’un mouvement plus global et plus radical qui peut surgir d’un événement touchant une fraction quelconque des exploités.
L’avenir dira quel sera alors l’élément unificateur.
H. S.

NOTES

(1) Un article du Monde (5 juillet 2016) donne la mesure de cette dégradation de l’état des ponts et des routes. L’Etat du New Jersey, proche de New York, a suspendu, faute de moyens, tous les travaux publics concernant les infrastructures routières. Pour tout le pays, il faudrait 900 milliards de dollars (817 milliards d’euros) pour remettre en état ces infrastructures. L’incidence annuelle de cette situation serait de 160 milliards de dollars (145 milliards d’euros) comprenant 7 millions d’heures perdues dans les retards et embouteillages de tous les transports en commun, lesquels sont eux-mêmes dans une situation financière catastrophique.

(2) The Guardian, Chris Arnade, 24 mars 2016.
(3) Rust Belt (la ceinture de rouille) est le nom donné aujourd’hui à tout le Nord-Est des Etats-Unis comprenant la région des Grands Lacs, New York et les Appalaches – ce fut dans les années 1950 le cœur de l’industrie américaine axée sur le charbon et l’acier, connu alors sous le nom de « Factory Belt ». Son déclin a commencé à la fin des années 1950 et s’est accéléré avec la crise de 2009. Sa population a diminué entre 10 % et 30 %. Les Appalaches sont une chaîne de montagne longue de 2 000 km parallèle à la côte Atlantique qui fut, grâce au charbon et autres ressources minières et ses industries sidérurgiques, un des éléments centraux de cette prospérité disparue.
(4) Le Welfare, système d’aide sociale, est complexe avec des interférences entre un mélange de politique publique et privée aux niveaux fédéral, des Etats et même des comtés. Depuis les années 1980 (présidence de Reagan) la tendance est au transfert des « charges sociales » des services fédéraux vers les Etats et du public vers le privé (celui-ci étant subventionné en partie par l’Etat fédéral et par les Etats, en partie par les fondations). De plus en plus, pauvres et SDF doivent se tourner vers les ONG ou autres « charities» dont l’activité n’est pas seulement une redistribution des revenus mais aussi un moyen de contrôle social. Le Welfare public comprend surtout les aides familiales, la santé pour les vieux (Medicare) et pour les nécessiteux (Medicaid). De plus en plus, le Welfare basé sur le manque de ressources est transféré sur le Workfare qui conditionne les aides à un minimum de travail. C’est ainsi qu’une des pièces maîtresses du Welfare, les Food Stamps (Supplement Nutrition Assistance Programme, tickets de repas) est conditionné depuis 1996 (présidence de Clinton) par l’obligation d’exercer un travail, payé ou bénévole, ou une formation, pendant 80 heures par mois ; l’application stricte de cette mesure dans 21 Etats en janvier 2016 aurait entraîné la radiation de plus d’un million de récipiendaires sur les quelque 5 millions de personnes bénéficiant de cette forme d‘aide sociale dans ces Etats, sur un total national de 25 millions de bénéficiaires.
(5) « Father Führer», National Review, mars 2016.
(6) David French.

(7) The Other Side, film récent (2015) du réalisateur italien Roberto Minervini tourné dans le Deep South, en Louisiane, donne une image saisissante de cette décomposition sociale. Les chiffres officiels du chômage ne correspondent nullement à la réalité. Plusieurs économistes soulignent que le taux de chômage serait, en incluant toutes les personnes « privées d’emploi », de 23 % de la population active (John Williams sur shadowstat.com). En avril 2016, seulement 63 % des Américains en âge de travailler occupent un emploi ou en recherchent un (Le Monde, 9 mai 2016).

(8) Perspective de l’emploi de l’OCDE 2012.

(9) Courrier International, 13 avril 2016.

(10) Le nombre des licenciements tous secteurs confondus a augmenté de 35 % en avril par rapport à mars (Le Monde, 9 mai 2016). Aux Etats-Unis l’emploi repart mais les doutes demeurent (Le Monde, 11 juillet 2016). « Shortage of skilled workers to drive US wages higher as population ages » (Financial Times, 20 avril 2016).

(11) « The US Economy Has Not Recovered and Will Not Recover », article de l’économiste Paul Craig Roberts (ancien sous-secrétaire au Trésor de l’administration Reagan), publié le 18 février 2016 sur son blog www.paulcraigroberts.org/2016/02/18/expanded-version-the-us-economy-has-not-recovered-and-will-not-recover/ – Voir une traduction intégrale sous le titre « La vérité glaçante sur les Etats-Unis » sur http://www.insolentiae.com

(12) The Washington Post, 2 juillet 2016.
(13) « McDonald’s hit by mass pickets over wages » (Financial Times, 15 avril 2016).
(14) Cette lutte était difficile à cause du système de franchises qui fait que chaque unité peut avoir des conditions différentes de travail et de salaire. On n’est pas salarié de McDo mais d’un employeur X qui a la franchise d’exploitation sous l’étiquette McDonald’s.
(15) Service Employees International Union (SEIU) fait partie de l’organisation Change to Win qui avec les Teamsters et United Farm Workers, s’est retirée en 1950 de la confédération AFL-CIO et n’y est toujours pas revenu.  Ce syndicat joua un rôle important dans la grève des employés d’hôtels, résidences et d’entretien de bureaux qui, partie de Californie, s’étendit en 2006 à tous les Etats-Unis.
(16) « Minimum wage crusaders are holding convention to talk about racism », de Jim Tankersley (The Washington Post, 21 juillet 2016).

(17) « Acier et charbon, sidérurgie et mines, un nouveau contrat social », Echanges n°155 (printemps 2016).

(18) Dans le monde une classe en lutte, avril 2016.
(19) CWA : Communication Workers of America, IBEW : International Brotherhood of Electrical Workers.

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A LIRE AUSSI :

Etats-Unis
– «Les Américains les plus pauvres ont cessé de faire les courses, sauf pour le strict nécessaire » :
http://www.zerohedge.com/news/2016-07-08/26-million-americans-are-now-too-poor-shop-study-finds
Une nouvelle étude révèle que près de 26 millions  d’Américains restent «trop pauvres pour faire des courses ».
Ces 26 millions d’ Américains doivent jongler avec deux à trois emplois, gagnant juste autour de 27 000 $ par an.
Près de la moitié de tous les Américains n’ont pas vu une augmentation de salaire depuis cinq à sept ans. 28 % des Américains ont vu leur salaire net réduit des déductions d’assurance médicale plus fortes ou d’emplois à temps partiel…

 

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07 septembre 2016

INFOBREF N°455-CHINE et productivité

INFOBREF N°455

Introduction

La Chine est devenue « la première économie mondiale » par la mise sur le marché mondial de sa manœuvre à très bas coût, inondant la planète de produits manufacturiers. Seulement la Chine évoluait dans le cadre d'une production extensive basée principalement sur le bas coût de la manœuvre, l'introduction du machinisme est lente et ses taux de productivité bien trop bas pour concurrencer efficacement les « occidentaux ». Nous avons même des cas où la modernisation fut abandonnée au profit d'une manœuvre plus avantageuse. Le capital mondial ayant l'hégémonie financière, faisait refluer les profits tirés sur le travailleur chinois vers les investissements étrangers (y compris chinois de Hong Kong) et des nouveaux riches de la nomenclatura du parti « communiste ». Etant donné le niveau technologique des pays dits industrialisés comme le Japon , la Chine n' avait pas le niveau de modernisation nécessaire pour se maintenir comme première économie mondiale, et doit du fait du vieillissement de sa population et des hausses des salaires quitter l' économie extensive et passer à une économie axée sur les gains de productivité , pour résumer liquider tous les secteurs obsolètes et miser sur ses champions à l'international, procéder à des investissements ( notamment la robotique et le numérique)

La Chine première économie mondiale depuis 2014 !!!

 Si l’on prend comme étalon, le PIB nominal, calculé selon les taux de change officiels, alors les Etats-Unis continuent de largement devancer la Chine. Selon les chiffres du FMI, le PIB américain sera à la fin de 2014 de 17 416 milliards de dollars quand celui de la Chine sera de 10 355 milliards.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2014/12/09/la-chine-deloge-les-etats-unis-de-leur-place-de-premiere-puissance-economique-mondiale_4537300_1656941.html#V4JqYZot5JT3xIAv.99

BEIJING, 29 février (Xinhua) -- La productivité du travail de la Chine, mesurée avec la production par travailleur, a augmenté de 6,6% en glissement annuel en 2015, indiquant que l'économie devenait plus productive, a-t-on appris lundi de chiffres officiels.

La productivité du travail a atteint 76.978 yuans (11.842 dollars) par personne l'année dernière, en hausse de 4.733 yuans par rapport à 2014, marquant la cinquième augmentation annuelle consécutive, a déclaré le Bureau d'Etat des statistiques (BES).

Fin 2015, la population active totale de la Chine avait atteint 774,51 millions.

La Chine a créé 13,12 millions de nouveaux emplois pour les habitants urbains en 2015, dépassant l'objectif officiel, alors que le taux de chômage enregistré dans les villes était de 4,05% fin 2015, selon le BES.

L'économie chinoise a augmenté de 6,9% en glissement annuel en 2015, soit l'expansion annuelle la plus faible en 25 ans, avec un PIB totalisant 67.670 milliards de yuans.

Produire en Chine devient trop cher : délocalisation et relocalisation de la production

30/10/2014 Le Captain' Economie Internationale

Selon Patrick Artus, directeur de la recherche économique de Natixis, le coût salarial unitaire en Chine pourrait rejoindre le coût salarial unitaire des pays de la zone euro d'ici seulement 5 ans ! (source : "A-t-on tiré toutes les conséquences de la hausse des coûts de production en Chine ?"). Pour le dire plus simplement, dans seulement 5 ans, une entreprise française pourrait ne plus avoir aucun avantage à délocaliser sa production en Chine pour baisser ses coûts de production ! Les salaires en Chine seront toujours inférieurs aux salaires en France, mais en prenant en compte : (1) la hausse du salaire net réel en Chine, (2) la hausse des charges sociales en Chine, (3) l'inflation en Chine (4) l'appréciation de la monnaie chinoise (le yuan) et (5) la productivité, le coût de production par unité en Chine (en euros ou en dollars) augmente très rapidement depuis une vingtaine d'années, et même trop rapidement pour de nombreuses entreprises. Un processus de relocalisation ou de délocalisation vers de nouveaux pays à bas coûts de main d'oeuvre est donc en marche.

 "Mais Captain' tu craques totalement, ça ne coûte rien de produire en Chine !". Cela ne coûte toujours pas très cher il est vrai, mais la variation du salaire horaire dans l'industrie manufacturière en seulement quelques années est tout de même impressionnante. Selon le dernier rapport du Bureau of Labor Statistics "China's manufacturing employment and hourly labor compensation, 2002-2009", le salaire horaire en $ a triplé entre 2002 et 2009... Oui oui vous avez bien lu : triplé ! En 2002, le salaire horaire dans l'industrie, charges comprises et en $ (donc en prenant en compte le taux de change USD/RMB, avec RMB = Renminbi pour la monnaie chinoise) était de 0,60$ de l'heure ; en 2009, il était de 1,72$ !

Comme expliqué dans l'introduction, il y a différents effets expliquant cette forte hausse. Tout d'abord, les salaires nets augmentent en Chine (croissance économique + forte demande en travailleurs peu qualifiés = hausse des salaires). Dans le même temps, les charges augmentent assez fortement, passant de 23% environ du salaire en 2002 à 35% du salaire en 2009. Et enfin, le renminbi (ou le yuan... same same), s'est apprécié assez fortement face au dollar : 1$ = 8,27 yuans en 2002, contre 1$ = 6,83 yuans en 2009 (vous avez moins de yuans avec 1 dollar, donc le yuan s'apprécie et le dollar se déprécie). Actuellement, 1$ équivaut à 6,11 yuans, donc l'appréciation du yuan continue.

 

salaire-chine-horaire-bls

 

taux-change-usd-rmb

Alors (1) oui, les salaires restent faibles dans l'absolu (1,13 $ par heure, ce n'est clairement pas grand chose), (2) oui, la protection sociale est toujours assez désastreuse en Chine et (3) oui, le yuan reste sous-évalué grâce à la politique de change de la Banque Centrale de Chine. Mais pour une entreprise américaine, le coût de la main d'oeuvre a été multiplié par 3 en 7 ans, et dans le même temps, les gains de productivité ne permettent pas du tout de compenser cette hausse du coût de la main d'oeuvre ! Le coût salarial unitaire, qui prend donc en compte l'évolution de la productivité et l'évolution du salaire nominal (et donc en réalité LA variable importante pour une entreprise) augmente en Chine d'environ 8% par an (à la louche, augmentation du salaire nominal d'environ 15% par an, et augmentation de la productivité d'environ 7%). La graphique ci-dessous montre cette relation, et le fait que le coût salarial unitaire en Chine rattrape rapidement le coût salarial unitaire aux USA (graphique de droite, source : "Les Etats-Unis, future Chine ?")

 

csu-chine-usa

 

Mais alors, cela veut dire que la production va revenir en France et à nous le plein-emploi ? Non, pas vraiment ! Bien que certains mouvements de relocalisation vers les pays développés soient envisageables, nous allons assister principalement à de nouveaux mouvements de délocalisation, de la Chine vers des pays où le coût de la main d'oeuvre est toujours très bas. Il y a en effet de nombreux pays d'Asie où le coût de la main d'oeuvre, charges comprises, est bien inférieur à celui de la Chine (encore une fois, il ne faut cependant pas oublier de prendre en compte la productivité). Mais quels sont ces pays ? Toujours avec comme source le Flash Eco de Patrick Artus cité en introduction, le salaire horaire moyen dans l'industrie le plus faible se trouve actuellement ... au Cambodge : 0,25$ ! Mais dans de nombreux pays, comme au Vietnam, au Bangladesh ou en Inde, le salaire horaire reste tout de même deux à trois fois inférieur au salaire horaire de la Chine (alors qu'en 2002, les écarts étaient plus faibles).

 

salaire-moyen-industrie

 

Et la France et les autres pays dans tout cela ? Le tableau suivant, issu du rapport du BLS "International Comparisons of Hourly Compensation Costs in Manufacturing, 2012" montre le salaire moyen dans l'industrie (en $) dans la grande majorité des pays développés. Encore une fois (3ème répétition, mais c'est ultra-important et trop souvent oublié), il faut considérer la productivité pour obtenir le coût salarial unitaire si l'on veut parler de compétitivité. On retrouve les Philippines tout en bas, ce qui nous permet de faire le lien entre le tableau de Natixis ci-dessus (1,90$ en 2010) et le graphique du BLS (2,10$ en 2012).

 

salaire-horaire-moyen

 

Conclusion: La Chine va devoir changer de modèle économique, pour passer d'une économie "bas de gamme" basée sur le faible coût du travail avec une croissance basée sur les exportations (via un taux de change sous-évalué) à une économie "moyen de gamme" tirée par la demande intérieure et l'émergence d'une classe moyenne. De nouveaux pays de "délocalisation" vont donc émerger (Cambodge, Bangladesh, Vietnam...à ; et une fois que les coûts de production seront trop élevés dans ces nouveaux pays, de "nouveaux nouveaux" pays de délocalisation apparaîtront (le tour de l'Afrique ?).

Cet article est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International. N'hésitez donc surtout pas à le voler pour le republier en ligne ou sur papier.

 

Croissance économique : la Chine doit choisir la voie de la productivité (McKinsey)

China’s choice : Capturing China’s $5 trillion productivity opportunity - McKinsey Global Institute, 22 juin 2016

28/06/2016

Selon McKinsey Global Institute, passer d’un modèle économique basé sur l’investissement et la dette à un modèle de croissance portée par la productivité permettrait à la Chine d’augmenter son PIB de 5.600 milliards de dollars d'ici 2030.

La Chine est en marche vers le statut d'économie avancée, mais a récemment connu un ralentissement économique. La croissance a chuté à son plus bas niveau depuis 25 ans, la dette a augmenté, la productivité du capital et la rentabilité des entreprises sont en baisse.

Le modèle de croissance basé sur l’investissement et l'endettement s’est révélé efficace par le passé mais n’est plus soutenable, selon McKinsey. Si la Chine persistait dans cette voie, le ratio des créances douteuses pourrait passer de 1,7% actuellement à 15% en 2019. Leur coût pourrait atteindre chaque année entre 310.000 et 460.000 Mds de dollars. McKinsey ne croit pas que cela conduirait à une crise financière systémique, mais envisage un ralentissement substantiel de la croissance.

Selon McKinsey, en adoptant un modèle de croissance portée par la productivité, le PIB chinois augmenterait de 5.600 Mds de dollars, et les revenus nets des ménages de 5.100 Mds d'ici 2030.

La Chine dispose de marges de manoeuvre pour "une révolution de la productivité". La productivité du travail atteint 15 à 30% de la moyenne des pays de l'OCDE. Si de nombreuses entreprises peu performantes dégradent la productivité chinoise, d’autres ont des performances similaires aux entreprises américaines du même secteur.

Les secteurs en surcapacité doivent être restructurés et l'investissement alloué à des activités plus productives. Cette restructuration ramènerait l'agriculture à 4% du PIB en 2030 (au lieu de 50% en 2015). Les secteurs intensifs en capitaux (matières premières, infrastructures) verraient également leur part se réduire. A l'inverse, la part des services passerait de 50% à 62% entre 2015 et 2030. La répartition des emplois serait du coup impactée, les secteurs des services et de l'industrie des biens de consommation étant les plus porteurs.

 

La Chine et la numérisation de la télévision en Afrique

Bruxelles, Tiajin, 6 novembre 2015 (SIGNIS/Afriquinfos/P. Amah). Un séminaire annuel sur le développement de la télévision numérique en Afrique a eu lieu récemment à Tiajin, en Chine. Il s’agissait déjà de la cinquième édition qui a accueilli près de 150 personnes venues d’une trentaine de pays d’Afrique ainsi que des spécialistes de la migration numérique venus de Chine et d’autres pays.

 

L’organisateur est le groupe chinois « Star Times », spécialisé dans le numérique. Cette rencontre constitue une plateforme d’échanges et de partage d’informations et d’expériences sur les enjeux de la numérisation en Afrique. Les participants ont passé au crible la question du passage analogique vers le numérique des télévisions en Afrique. L’expérience réussie de la migration numérique en Asie, la promotion de la numérisation par satellite et du progrès social avec la télévision numérique, le financement du projet de migration numérique sont les différents thèmes qui ont été au centre des échanges.

Pang Xinxing

Pour Pang Xinxing, le PDG du groupe Star Times, il est nécessaire pour l’Afrique de se doter de la télévision numérique en vue du développement socioéconomique. Cette initiative chinoise a été saluée par la présidente de la haute autorité de la communication en Guinée, Martine Condé qui estime que « l’avenir de l’Afrique ne peut se concevoir sans l’accompagnement de ses partenaires ». Et d’ajouter qu’en organisant ce séminaire, Star Times témoignait la volonté de la Chine d’aider les pays africains à s’approprier les nouvelles technologies de la communication. Représentant le Congo-Brazzaville à ce séminaire, le ministre de la communication congolais M. Bienvenu Okiemy a pour sa part fait remarquer qu’« il faut aller vers cette numérisation parce que cela nous donnera les possibilités d’avoir un PIB certainement plus important. Les entreprises audiovisuelles, c’est l’économie de demain », a-t-il dit.

Présent au Congo-Brazzaville, le groupe chinois veut renforcer leur coopération. « L’an dernier, il y a eu la signature d’un contrat de migration numérique entre Star Times et le Congo. Je crois que dans un avenir proche, le paysage de la télévision numérique connaîtra un développement rapide au Congo », a déclaré Pang Xinxing. « Nous sommes fortement attachés à la question de la numérisation. La numérisation, c’est bien sûr l’image de qualité, c’est des multiplicités de chaînes pour nos populations ; c’est accéder à d’autres cultures. C’est aussi renforcer la culture congolaise parce que nous allons devoir avoir les entreprises audiovisuelles de qualité », a soutenu de son côté M. Okiemy.

Spécialisé dans la migration numérique, Star Times offre une variété de programmes couvrant 28 pays d’Afrique subsaharienne. Le groupe propose 350 chaînes dont des chaînes internationales, africaines et chinoises. Les programmes sont diffusés en dix langues notamment le français, l’anglais, le portugais, le chinois et six langues parlées en Afrique. A ce jour, le groupe possède plus de 5 millions d’abonnés en Afrique et 10 millions en Chine.

Chine : En 2025, l’industrie 4.0 ou la nouvelle révolution industrielle chinoise

 

 

Avec le récent boom des technologies de l’information et de la communication, l’industrie 4.0 pourrait complètement changer la productivité des entreprises dans le monde. Les récents projets de la Chine et sa collaboration avec l’Allemagne confirment son objectif de surfer sur l’industrie 4.0 pour maintenir son statut de première puissance économique mondiale.

Par Laurence Lam, Experte Agence Daxue Consulting, Chine (Edité par Nouha Hajji)

L’industrie 4.0 : L’ère des technologies de l’Information

Après trois révolutions industrielles, avec l’émergence des machines à vapeur (industrie 1.0), l’électricité (industrie 2.0) et les technologies informatiques (industrie 3.0), le monde est aujourd’hui témoin de sa quatrième révolution industrielle : l’industrie 4.0 avec l’avènement des technologies de l’information.

Le terme a été inventé par le gouvernement allemand dans sa numérisation du secteur manufacturier. En intégrant les technologies de l’information et de la communication dans les infrastructures de production, les machines et les appareils sont en mesure d’exécuter et d’optimiser les processus et les tâches de façon quasi autonome. La production de masse de bien personnalisé ne sera plus aussi coûteuse pour les entreprises provenant de l’industrie 4.0. Dans cette industrie, tous les produits dans la chaîne de montage n’ont plus à être identique ou à suivre une formule établie pour atteindre une production rentable. L’utilisation des technologies de l’information permet un degré de personnalisation obtenu par la capacité des machines et des appareils à optimiser et à prendre des décisions.

En outre, avec l’efficacité, la productivité et la qualité de cette technologie, moins d’erreurs seront commises permettant une plus grande précision dans le processus de fabrication. En effet, les économistes estiment que la production dans cette industrie peut augmenter jusqu’à 30 %, tandis que les pertes de production imprévues pourraient diminuer de 60 %. Même pour l’Allemagne qui est le leader dans l’ère de la numérisation, l’industrie 4.0 n’est pas encore arrivée à maturité, mais il va sans dire que l’industrie 4.0 est l’avenir du secteur manufacturier.

Cliquer ici pour voir tout l' article

 

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05 septembre 2016

INFOBREF N°454- Les nouvelles technologies et transfert du travail vers la sphère privée de la société civile.

INFOBREF N°454

Réflexions sur la numérisation 3 Les nouvelles technologies et transfert du travail vers la sphère privée de la société civile.

 

  • 3-Les nouvelles technologies et transfert du travail vers la sphère privée de la société civile.

  • la polyvalence une passerelle vers la sphère privée

  • Code du travail et contrats de travail

  • La cocréation un nouveau concept loin d' être neutre.

  • 4-Les nouvelles technologies,contrat de travail, chômage et surnuméraires.

  • 5-L'OST du XXI éme siècle et le salariat

 

 
  • 3-Les nouvelles technologies et transfert du travail vers la sphère privée de la société civile.

la polyvalence une passerelle vers la sphère privée

La polyvalence a fait son apparition dés le début de l'informatisation de la société. Elle fut alors présentée comme un "enrichissement des tâches" et un remède contre la monotonie d'un travail parcellaire. En réalité elle avait pour but premier de briser le carcan du classement par métier, propre au système industriel; classement dit Parodi du nom de son inventeur.

 Les grilles de classement type parodi était bien délimitées, chacun connaissait le travail qu'il devait faire, sans déborder sur celui d'un autre. Les spécialistes des gains de productivité allaient se rendre compte que ce type de classement générait des temps morts dans la journée de travail, qu'il fallait combler.

Pour illustrer le problème, je vais prendre l' exemple des hôtesses d' accueil, dont le travail se limitait à diriger les personnes vers tel ou tel service. Comme elle avait des temps morts, elles allaient devoir répondre au téléphone et orienter les communications ( ce que font maintenant les robots téléphoniques). Comme elle avaient les mains libres, certaines hôtesses poursuivait le tricotage qu'elles avaient commencé dans les transports, alors on allait enrichir ce temps mort et les hôtesses furent misent à contribution pour ouvrir le courrier (travail depuis automatisé).

 Il faut donc considérer la polyvalence comme un moment visant l'intégration de certaines tâches vers des machines ou robots informatiques, il n'y aura jamais un quelconque enrichissement des tâches mais leur standardisation/dévalorisation. Par exemple les médecins toujours rébarbatif aux TIC, n'ont plus ou très rarement une secrétaire, ils passent par un standard téléphonique, lui même équipé d' un robot qui vous dit " attendez on va vous répondre" , et il y a mieux il est maintenant possible de prendre rendez vous en ligne, à ce niveau remplir toutes les fonctions de l' ex-secrétaire et de la standardiste.

Ce cheminement, nous le retrouvons pratiquement partout et il ne cesse de progresser. La Poste est particulièrement touchée par le couple internet/numérisation, et ce n' est pas un hasard si les grèves se sont démultipliées dans ce secteur, grèves en principe longues , mais toujours circonscrites comme celle du département 92 .

La société Générale, déclare tout haut vouloir vider son siège historique de la Défense de 4000 salariés sur les 20 000 actuellement en poste d'ici la fin 2016 vers un centre technologique situé au val de Fontenay à l' autre bout du RER A ; il y a queques années le groupe AXA procédait lui aussi à des mutations navettes lui permettant de faire chuter ses effectifs de 20%. Ce qu'il faut retenir, c' est que le centre de Fontenay sera un technopole qui devra assumer la transition numérique. (voir annexe 1)

 Actuellement (juillet 2016) les cheminots sont sur le grill, leurs grèves sont restées sans efficacité et de plus la CGT majoritaire dans le secteur a accepté de ratifier l' accord liquidant le statut des cheminots le RH007. Au cœur le la nouvelle convention collective "la polyvalence"et la "flexibilité" Comme pour la Poste on va voir se développer des grèves guérilla en fonction des secteurs touchés par la rationalisation numérique.

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02 septembre 2016

INFOBREF N°453 "L' industrialisation du tertiaire"ou Bureautique

 INFOBREF N°453

Réflexions sur la numérisation 2 Années 1980 -1990 "L' industrialisation du tertiaire"ou Bureautique

  • Années 1980 -1990 "L' industrialisation du tertiaire"ou Bureautique

  • le chamboulement des métiers

  • Code du travail et contrats de travail

  • 3-Les nouvelles technologies et transfert du travail vers la sphère privée de la société civile.

  • la polyvalence une passerelle vers la sphère privée

  • La cocréation un nouveau concept loin d' être neutre.

  • 4-Les nouvelles technologies,contrat de travail, chômage et surnuméraires.

  • 5-L'OST du XXI éme siècle et le salariat

 

Années 1980 -1990 "L' industrialisation du tertiaire"ou Bureautique

 L'industrialisation du tertiaire, conduit à l'intensification du travail par le regroupement des tâches sur un seul salarié la dite "polyvalence" c' est à dire la suppression de toute classification par métier, le système dit Parodi est remis en question partout au profit d' un classement par fonctions. Dans le même temps nous assistons à une standardisation des contrats et des règlements des compagnies d'assurances. Diverses conventions comme IDA, IRSSA, CIDRE permettent un accélérations des traitements, abandon de recours entre les compagnies.

C' est le moment ( début des années 1990) où toutes les conventions collectives sont revues à la baisse et même dénoncées. Il s' agit pour le patronat d'adapter les conventions aux nouvelles prérogatives imposées par une gestion de plus en plus informatisée et par conséquence centralisée sur une base structurelle décentralisée. On parle alors de "centre de pilotage" et de "cœur de compétence", le reste n' est en place que provisoirement, juste le temps de pousser toujours plus loin l'informatisation. Le toujours plus loin, et c'est la le sujet qui me préoccupe, c' est de reporter sur le consommateur des taches qui nécessitaient, d' être un salarié. L'informatisation va briser la sphère privée du salarié, celui ci devient joignable partout et à tout moment, plus elle se diffuse dans la société et plus le champ de la vie privée, ce moment où on laisse à la porte l' entreprise se disloque, l' entreprise tend à se dissoudre dans la société civile ( voir le cas des cadres autonomes et le télé travail).

Dés les années 1980, le secteur tertiaire s'industrialise, les organismes financiers ( banques, assurances) sont engagés dans un processus d'automatisation des traitements avec informatisation progressive des activités d'exploitation ( notamment par la divulgation du minitel). Le support papier va donc tendre à disparaître et des techniques comme le courrier électronique se substituer au réseau de communication habituel (PTT) et service courrier des entreprises.

 L' archivage va disparaître et avec lui les archives, les dactylos aussi... A ce désastre pour l' ensemble des travailleurs va s'adjoindre une vague de changement structurel des sociétés et donc un redécoupage/ diversification de celle ci avec de nouveaux mode de gestion de type industriel. Le « produit » devient le centre attractif, le fétiche autour duquel doit se recomposer la « communauté industrielle ».

Nous vivons à l' époque du temps réel où notre vie n' a jamais été aussi irréelle, où le simple consommateur de produit « internet » devient lui même une menace à domicile pour l' employé de bureau et autres... Le consommateur travaillant alors gratuitement. Il y a une tendance allant dans ce sens et il faudra se préoccuper un peu plus des différentes relations dialectiques entre ( travail mort et donc objectivé, travail vivant et machinisme) la vraie crise est peut-être là. En effet il va rapidement apparaître des mégabases de données numérisées, dont le problème sera de les mettre à jour. De la l'idée de faire faire ce travail par le citoyen consommateur, nous y reviendrons car c' est ce sujet qu'il me faudra développer plus à fond.

 Ce que nous avons appelé le Mai des Banques 1974 , le Mai des assurances 1979, le Mai de la Poste 1974 en référence à Mai 19681, sera bien une réaction globale à l'informatisation de la société, même si d' autres facteurs ont joués. Tout le monde s' accorde maintenant à reconnaître que le tertiaire est touché par le système de Taylor du fait de l'informatisation. Ce constat date de quelques années, et avec la numérisation/ digitalisation nous verront qu'un autre monde nous tombe dessus.

Si entre les années 1960 et 1984, les effectifs du tertiaire ont doublé. Des l' année 1985 les pertes d'emplois se chiffre à 293 000 postes . Il y a environ 7 millions de salariés ayant un emploi tertiaire en France cette année la. Le gros des troupes alimente:

-Les banques et les assurances. -L'administration publique et les emplois de comptabilité.

Nous voyons donc ici l'ampleur que va représenter à court terme, la liquidation d'environ 70% du tertiaire administratif actuel dit obsolète. Dans les banques, les guichets automatiques, le traitement informatique des chèques et l'opération " monétique" ont déjà liquidé de nombreux emplois.

C'est surtout depuis 1987 que nous constatons une nouvelle offensive dans ce sens. Le Crédit du Nord fut le terrain d'essai d'un système basé sur le "licenciement volontaire " depuis, le crédit lyonnais, la Sté générale, la BNP, la BUE... lui ont emboîté le pas. Pour favoriser l'opération, les médias sont elles aussi entrées en action pour cibler le "personnel" en trop " LES FEMMES " Le Figaro comme toute la presse féminine nous chantent les louanges de la femme au foyer. On parle même d'une réforme de, l’enseignement qui irait dans ce sens. Le tout avec un petit couplet culpabilisateur sur la responsabilité de la mère vis a vis de son enfant "drogue, racket, rapt d'enfant, sadiques à la sortie des écoles.

Il n'y a pas que la femme qui se trouve mise au rebut, le vieillissement va devenir lui aussi un critère de licenciement.

Le personnel du BABY BOUM vieillissant est rendu responsable de la déformation de la pyramide des âges, gonflement par glissement des agents de maîtrises, gradés et cadres et des salaires du fait de l'ancienneté. Le phénomène montant du PAPY BOUM, devient de plus en plus une préoccupation majeure des caisses de retraites et de l’État. Il faut donc pour l'avenir paupériser au maximum cette population, pour payer le moins possible de retraite, plusieurs méthodes sont donc mises sur pied:

-Premièrement le licenciement sec avec à la clef une longue période de chômage.

-Deuxièmement les départs volontaires dont l'objectif est la permutation d'emploi de bon niveau à moitié prix ceci avec l'aide de chasseur de tête bidon.

-Troisièmement par la déclassification salariale (salaire au mérite, méthode Hay). 

-Quatrièmement par l'éclatement statutaire de certaines sociétés ayant pour but le désengagement pécuniaire d'un système de retraite complémentaire trop juteux exemple les assurances ou 1e système de retraite est le meilleur de France derrière la profession de "Livre".

Il suffit donc de rattacher le plus possible d'employés d'assurances à une autre profession, exemple: la SAMDA aux "agricoles", la COFACE à la Banque, et de créer des GIE pour parvenir à ce résultat.

A la Sécurité sociale, dans les banques, les assurances... le portrait robot du "licencié volontaire" est déjà tracé. Il s'agit en général de la femme ayant 3 enfants, des femmes à temps partiel. Les premières "charrettes" du bicentenaire de la révolution bourgeoise seront mieux achalandées dés que les Conventions Collectives seront dénoncées (Elles le sont déjà au Crédit Agricole, aux Mutuelles du Mans, bientôt, dans les assurances et la banque.)

La productivité en question

 "Avec la télématique, le secteur des services va connaître dans les années à venir un saut de productivité comparable à celui qu'on vécu depuis vingt ans l' agriculture et l'industrie" (Rapport Nora Minc,Mai 1978,page 35)

 Le rapport prévoyait une chute des emplois de 30%, cette chute ne s'est pas produite et en 1987 Robert Solow, Américain et prix Nobel, énonça son fameux paradoxe :

 "On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité"

 Le paradoxe de Solow , n' est plus de mise nous dit on et aussi bien aux États Unis qu'outre atlantique . Si nous nous référons à l'observatoire des emplois de la banque et celui de l' assurance, il n'y a pas de chute importante des effectifs2. Ce qui a changé c'est la structure des emplois3 dans les assurances et la banque, tous les emplois de petites catégories ont été supprimés ou externalisés, la proportion de cadres est devenues majoritaire c' est vérifiable avec les collèges des élections professionnelles. Seulement une grande proportion de cadres ne sont en fait que des employés qualifiés, déversés dans le collège cadre.4

 

Et ceci même si des chiffres importants de suppression d' emplois, 600 000 depuis la crise de 2008, dans les banques font suite a des fusions acquisition. Récemment, la Zurich annonce la suppression de 800 emplois et d' autres aussi:

 15/10/2015 Tribune fr .Confrontée à la baisse de fréquentation de ses points d'accueil et à la digitalisation croissante du secteur bancaire, BNP Paribas a décidé de fermer 52 agences en 2014, selon des sources syndicales. Elle devrait encore en fermer une cinquantaine cette année.

 Alors que Société Générale envisagerait de supprimer près de 20% de son réseau d'agences à l'horizon 2020, BNP Paribas poursuit la fermeture d'une partie de ses points de vente. Selon des sources syndicales citées par Les Échos, le groupe bancaire a déjà supprimé pas moins de 52 agences en 2014, et compte bien poursuivre sa cure d'amaigrissement."

le chamboulement des métiers

 Prise de conscience des concepteurs que la formation ou l' auto-formation du consommateur à utiliser les TIC ou machines automatiques vont permettre de concurrencer le travail salarié. La nouvelle rationalisation aboutit à ce qu'il n'y est "plus de différence entre amateurs et professionnels" le métier perd ses compétences.

 Pour inciter le consommateur à travailler gratuitement, il faut simplifier au possible l' utilisation des TIC. Les managers marketing le savent et poussent les agents salariés à accompagner le transfert d' activité vers le consommateur. Pour cela il est nécessaire de changer les mentalités, de combattre les résistances du passé "individus, syndicats, et statuts historiques". Cet enjeu est apparu aux yeux de tous avec la loi El Khomri en 2016, loi ayant entraîné, des manifestations, et des grèves en séries.

 Cet enjeu du futur, allait mettre à mal toutes les conventions collectives et statuts basés sur les classifications dites PARODI , classement par métiers, et remplacés par un classement plus flexible par fonctions au contour aléatoire permettant de faire faire des tâches de métiers qualifiés par des salariés non qualifiés dont on aura pris soins de leur faire miroiter un avenir radieux avec "l' enrichissement des tâches". La réalité c' est que la rationalisation self service, était derrière toutes ses manifestations visant l' automatisation des métiers. Avec les TIC, c' est tout l' espace temps qui va se trouver bouleverser, et avec la numérisation mondialisée c' est toute l'organisation du travail et ses cadres légaux qui va se trouver atteinte.

 Le premier coup de semonce touchera l' entreprise Kodak qui refusa la numérisation, celle ci fut liquidée rapidement par la concurrence, au point que certains utilisent le mot Kodakiser pour désigner ceux qui ( employeurs, salariés, indépendants..." résistent "au progrès". Ensuite nous avons eu le fameux outsider Huber accompagné de la révolte des taxis dont le métier était remis en cause dans ses normes établies. Pour symboliser ce nouveau problème, on utilisa amplement le terme d' Ubérisation, pour désigner les attaques contre les professions libérales. Le syndicats des autos écoles (Unic)vient de perdre son procès contre l' auto-école digitale « En Voiture Simone ».Bien que ces professions, avec les enseignants soient majoritaire à l' assemblée nationale, elles ne pourront pas empêcher le vent d' ouest de s'attaquer à leurs statuts. Lutte des médecins contre la prise en charge du tiers payant, lutte des notaires, des juges,et de la fonction publique et ce jusqu aux pompiers.

 Ce n' est donc pas un hasard si la Loi El Khomri, allait déclencher une haine sociale, non seulement des prolétaires, mais du peuple en général, et c' est sous le diktat de l' article 49-3 de la constitution que Le Président Hollande et son premier ministre E. Walls qu'ils durent imposer leur loi quelque peu modifiée.

L' axe principal de cette loi mis en avant fut la légalisation de la remise en cause de la hiérarchisation des textes, déjà remise en cause sous des formes diverses par d' autres, comme Fillon. Ce que cette loi vise, avec la réécriture du code du travail , c' est comme le disait un camarade de faire évoluer le droit vers un code de la personne au travail et non plus comme travail productif.

 Cela tient à la nouvelle configuration d' une société qui du fait les TIC engendre ce qu'ils appellent le travail nomade, un travail qui peut s' effectuer en tout temps à toute heure et partout, d' ou une interpénétration de la société civile avec celle de l' entreprise, plus de sphère privée ou on laisse le travail à sa porte. L'exemple des cadres autonomes illustre bien le problème.

Avec la Cyber société, le capital est parvenu à faire du consommateur un "travailleur" l' acte de consommation devenant acte de production, ici il faut comprendre le mot production dans le sens de la co-création , interaction entre la machine et le consommateur , prendre un billet de train d' avion, une place de cinéma ...vis a vis de l' administration déclarer ses impôts et faire toutes sortes de démarches à l' aide de Big Broters (internet) de la demande d'un acte de naissance à la consultation du cadastre.

 

G.Bad à suivre

 

 

 

NOTES

1-La grève en 1978 de l'informatique de la BNP sera très active, et victorieuse en partie, elle restera isolée. Seules quelques journées d'action de solidarité avec deux grévistes qui entamèrent une grève de la faim contre leur licenciement.

Au cours de cette année, la CFDT va dissoudre sa propre section syndicale jugée trop dynamique. Les militants exclus vont créer un autre syndicat le SDB (syndicat démocratique des banques)

En cliquant ci dessus voir le témoignage de ALAIN POJOLAT(mai 2004)

Alain Pojolat est né à Paris en mars 1948 dans une famille d’ouvriers. Son père était membre du Parti Communiste. Alain Pojolat est marqué lorsqu’il a 13 ans par la manifestation organisée par la gauche le 8 février 1962 pour protester contre les attentats de l’OAS. Ses parents participent à cette manifestation au cours de laquelle les charges de la police provoquent la mort de neuf personnes au métro Charonne. Employé à la BNP en 1967, Alain Pojolat milite d’abord à la Jeunesse Communiste Révolutionnaire et à la Ligue Communiste puis au groupe « Révolution ! » de 1973 à 1976. Après avoir été exclu de la CFDT, il participe avec Nathalie Ménigon à la création du collectif autonome de la BNP en 1976, ainsi qu’à Camarades.

2 Au 31/12/2014, l’effectif des sociétés d’assurances adhérentes à la FFSA et au GEMA s’établit à 146 600 personnes, soit une baisse de 0,3% par rapport à 2013 (Source : Rapport AFA). Au 6 juillet 2015 (Reuters) - L'effectif des banques françaises s'est contracté de 0,9% l'an dernier en dépit du recrutement la même année de plus de 35.000 personnes, selon les chiffres communiqués par l'Association française des banques (AFB).

 3 -L’ automatisation, et la gestion dans le temps et dans l’espace sont en marche. Elles vont entraîner les « dégâts du progrès » sur toutes les activités répétitives de traitement administratif, nous constatons un déplacement de proportion entre les emplois administratifs ( majoritaire dans les années 70) vers des emplois de «  cadres » et de commerciaux à bas prix. Ils étaient 45,8% en 2014 selon le ROMA

4-Notes année 2010: Dans les assurances, les statistiques entre 1996 et 2004 confirme la baisse des effectifs des non cadres, mais un accroissement du nombre de cadres par glissement (29,6% à 38,2%). En 2002 les effectifs de l' assurance était de 121400, il vont chuter à 119 400 en 2004, ils étaient de 117 000 en 1999.Dans les banques  41 % des collaborateurs sont des cadres en 2006, soit 10 points de plus en 7 ans. La part des cadres devrait continuer à augmenter dans les prochaines années, pour accompagner l’évolution des métiers ( sources R.O.MA. Et AFB)

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Cliquer sur le titre pour avoir le 'PDF)

Transformation numérique et vie au travail - La Documentation française

www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/154000646.pdf

Mme Myriam El Khomri,. Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social. Transformation numérique et vie au travail.

 Un extrait de la page 60

 les mutations de la relation client :

le déport du travail vers le client : de plus en plus nombreuses sont les entreprises qui mettent leur client à contribution dans la réalisation du service (montage de meuble, passage en caisse…). Ceci impacte aussi bien la relation client que le travail des salariés.

thème connexe mais distinct, le travail passif du client : l’activité du client via les services en ligne l’amène à générer des traces et données qui sont ensuite valorisées par la plateforme qui fournit le service (notamment par la revente aux data brokers). Il existe un débat quant à une potentielle reconnaissance de cette activité comme d’une forme de travail.

 les relations sociales dans l’entreprise étendue : De plus en plus d’entreprises travaillent avec un écosystème d’acteurs, individuels ou collectifs, qui ne sont pas de simples sous-traitants, mais dans une démarche d’innovation ouverte, de co-conception et/ou de co-production. De fait, cela peut amener à un décalage entre la communauté d’appartenance salariale et la communauté de travail au quotidien.

Ces questionnements appellent à la mise en place de moyens d’observation, notamment à travers le financement de travaux de recherche (ANR ou autres), mais aussi portés par des institutions comme l’ANACT ou par les organisations syndicales, de manière à anticiper, accompagner ou orienter les évolutions à venir.

La France doit se doter de sa propre capacité de recherche et d’analyse des mutations des formes de travail. A cet effet, il faut donc se doter des moyens de mettre en oeuvre un cadre d’expérimentations pour disposer d’une réelle vision stratégique sur ces sujets-là. Cela suppose que les moyens de la recherche soient mobilisés en ce sens-là, pour pleinement entrer dans une logique d’anticipation et non plus de réaction.

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31 août 2016

INFOBREF N°452-Réflexions sur la numérisation

INFOBREF N°452 Réflexions sur la numérisation

Contrairement à ce qui se pratiquait lors de longues luttes stoppées par l' arrivée des vacances, nous avons la surprise de voir les syndicats appeler à manifester de nouveau contre la loi El Khomri le 15 septembre. Nous verrons ce qu'il en adviendra mais pour le moment essayons d'expliquer le pourquoi de cette réforme du salariat. Pour le moment il y a deux pôles qui réagissent, des sociologues et les syndicats, les premiers du fait que c' est leur fonction qui les amènes à la réflexion sur ce thème, un peu comme Gérard Filoche en droit (ex-inspecteur du travail) et les syndicats pour qui l' étatisme est une religion que le néo libéralisme veut liquider. Leur critique de l'organisation scientifique du travail se plaçant du point de vue de l' état ( état providence).

 En ce qui nous concerne, nous savons que le capitalisme « ne revient pas en arrière » mais qu'il va de l' avant cherchant toujours la hausse de productivité qui lui permet d' accroître son accumulation. Les nouvelles technologies se présentent comme une aubaine pour lui, il va pouvoir réduire la sphère de circulation du capital « mangeuse de plus value » et le voilà parti vers un nouvel eldorado, le travail gratis du consommateur, la cocréation et l'économie collaborative.

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