SPARTACUS

17 septembre 2017

Dans les marges extrêmes du centenaire de la révolution d’Octobre

Dans les marges extrêmes du centenaire de la révolution d’Octobre: l’héritage de 1917 que nous pouvons revendiquer

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Image arrivée de Lénine à saint Pétersbourg

L’année 1917 est généralement associée étroitement à la Révolution russe, mais il me semble plus juste de la situer dans le raz-de-marée mondial des luttes de la classe ouvrière entre 1917 et 1921 (et jusqu’en 1927 en Chine), luttes qui ont mis fin à la première guerre mondiale inter-impérialiste (1914- 1918).

Ce raz-de-marée a inclus la Révolution allemande (1918-1921), les occupations d’usine dans le nord de l’Italie (1919-1920), la vague nationale de grèves de 1919 en Grande-Bretagne, la révolution en Hongrie (1919) et les grèves de masse en France en 1919-1920, en Espagne entre 1919 et 1923, et aux États-Unis (1919).

Ces luttes ont continué et amplifié le ferment radical d’avant-guerre associé aux IWW aux États-Unis, à la vague de grèves syndicales en Angleterre, en Irlande et en Écosse entre 1908 et 1914, à la «Semaine rouge» en Italie en 1914 et surtout à la Révolution russe de 1905-1907, qui a mis les conseils ouvriers et surtout les soviets à l’ordre du jour, découverte pratique de la classe ouvrière en lutte et notion qui n’avait été produite par aucun théoricien.

Comme l’a exprimé à l’époque un témoin improbable, le roi d’Angleterre George VI : «Remercions Dieu pour la guerre ! Elle nous a sauvé de la révolution.»

Jusqu’ici j’ai mentionné seulement les soulèvements intervenus en Europe et aux États-Unis. On oublie souvent que la période de 1905 à 1914 apparut aux contemporains comme une ère de révolutions de plus en plus nombreuses, comme celles intervenues en Iran (1906), au Mexique (1910-1920), en Chine (1911) et le soulèvement en Inde (1909).

Ces luttes dans les mondes semi-colonial et colonial ont continué après la première guerre mondiale puisqu’il y eut une longue période de fermentation révolutionnaire en Chine, culminant dans les années 1925-1927, les émeutes japonaises du riz en 1919, la grève générale (assez problématique1) en Afrique du Sud en 1922, un coup d’Etat d’officiers de gauche au Brésil en 1922, la vague de luttes en Turquie jusqu’en 19252, le soviet de Gilan dans le nord de l’Iran et un coup d’Etat de gauche, prosoviétique, en Afghanistan.

Pour aujourd’hui, le meilleur héritage que nous ont légué ces révoltes et ces révolutions s’incarne dans l’apport des «communistes de gauche» germano-hollandais et italiens, principalement Herman Gorter, Anton Pannekoek et Amadeo Bordiga. Ces deux courants avaient un patrimoine commun : ils pensaient que, contrairement à l’alliance entre ouvriers et paysans qui produisit la «révolution double» en Russie, la classe ouvrière occidentale devait se battre seule et ne pouvait s’allier aux paysans qui possédaient déjà des terres. Certains militants russes, comme ceux du Groupe ouvrier autour de Miasnikov, étaient d’accord avec les courants «communistes de gauche» occidentaux.

(Afin de ne pas allonger démesurément cet article, je n’aborderai pas ici les rôles ambigus de Lénine et de Trotsky, qui étaient de grands stratèges, mais dont les théories et les pratiques organisationnelles qui fournirent à la contre-révolution son point de départ.)

Les courants communistes de gauche ont été enterrés, après le reflux de la vague révolutionnaire mondiale, symbolisée de la façon la plus éclatante par l’écrasement du soviet de Kronstadt en 1921, par des décennies d’hégémonie d’une Troisième Internationale entièrement centrée sur la Russie et par la contre-révolution stalinienne. Un pays qui avait été un acteur secondaire, et dans lequel la classe ouvrière ne représentait pas plus de 10% de la population en 1917, est devenu l’acteur principal, durant toute une époque historique.

Aux courants communistes de gauche, je dois ajouter le nom de Rosa Luxemburg mourut trop tôt (en assassinée en janvier 1919) pour avoir le temps définir une perspective claire après 1918, une perspective qui romprait entièrement avec la social-démocratie. Mais ses écrits sur la grève de masse après 1905, son rejet du nationalisme et ses deux ouvrages sur la critique de l’économie politique sont aussi pertinents aujourd’hui que lorsqu’ils ont été écrits. Sans parler de l’humanité remarquable dont elle témoigne dans ses lettres de prison3 pendant la guerre mondiale.

Je ne suis pas d’accord avec les communistes de gauche qui affirment (ou ont fini par dire, comme Otto Rühle par exemple) que la révolution bolchevique avait été une révolution bourgeoise dès le premier jour. Cette caractérisation a évolué au début des années 1920; pendant la guerre civile russe (1918-1921) elle-même, les communistes de gauche à l’Ouest faisaient exploser des trains qui transportaient des armes et des munitions destinés aux Russes blancs. Outre la brève domination des soviets, 1917 a marqué une vaste expansion de la commune paysanne russe, qui contrôlait 98% du territoire russe jusqu’aux «collectivisations» de Staline en 1930 (4).

Dans l’ensemble, bien que la plupart de ces noms et courants aient, pour le moment, le statut de fossiles conservés dans de l’ambre, ils nous montrent la voie, aujourd’hui, si nous voulons construire une synthèse entre les meilleures contributions des gauches germano-hollandaises et de la Gauche communiste italienne (ceux que l’on a surnommé les «bordiguistes») – même si je sais parfaitement que ces deux courants se détestaient mutuellement.

Ces éléments fondamentaux communs comprennent la notion de soviet, c’est-à-dire un organe local qui regroupe les travailleurs, les chômeurs et les prolétaires retraités et qui surmonte la division du travail matérialisée dans chaque lieu de travail (cf. la critique de Bordiga contre les conseils d’usine tant vénérés par Gramsci); les conseils ouvriers qui sont complémentaires des soviets ; la théorie de la «révolution double» qui caractériser le 1917 russe ; et la nécessaire indépendance politique de la classe ouvrière face à toutes les alliances «interclassistes».

Je reconnais aussi l’importance de l’analyse qu’élabora Bordiga à propos de l’Union soviétique (et ses applications ultérieures, jusqu’à la Chine et le Vietnam aujourd’hui), quand il considéra l’URSS comme une société en «transition vers le capitalisme». Cette démarche permet d’éviter la notion péremptoire (et à mon avis facile) de «capitalisme d’Etat» tout en rejetant le concept trotskyste de «l’Etat ouvrier».

Après avoir dit tout cela, je dois aussi reconnaître qu’il n’existe pas de fil rouge continu, symbolisant une orthodoxie permanente, que nous pourrions récupérer pour analyser le présent, mais seulement des lignes directrices. Une nouvelle synthèse internationale est en cours, et cet article n’est qu’une contribution à ce travail.

 Cent ans après le séisme de 1917

En 2017, dans le monde des Trump, Poutine, Xi, Duterte, Modi, Erdogan, Assad et Netanyahou, il peut sembler complètement «rétro» d’évoquer le prochain soulèvement de la classe ouvrière mondiale.

Ceux qui éprouveraient de la réticence face à cette hypothèse devraient observer plus attentivement ce qui se passe en Asie, surtout en Chine, où il éclate de plus en plus d’«incidents» (traduire, de confrontations) chaque année (150 000 en 2016), y compris plusieurs milliers de grèves; au Vietnam, où il y a eu trois ou quatre grèves générales au cours de la dernière décennie; au Cambodge, où les grèves succèdent aux grèves (5) ; au Bangladesh, où de nombreuses grèves et émeutes ont touché les secteurs d’exportation du textiles et de l’habillement, secteurs dans lesquels les femmes prédominent; et en Inde (6), comme chez Maruti Suzuki.

Notre tâche est de localiser l’élément «invariant» qui, lors de chaque soulèvement révolutionnaire depuis 1848, a «forcé» le prolétariat salarié à inventer et mettre en œuvre de nouvelles formes de lutte. Si le monde d’aujourd’hui est dominé par l’accumulation de capitaux, le prolétariat salarié mondial est sa «face cachée», le sujet pratique collectif inversé et transformé dans des formes aliénées grâce une stratégie de fragmentation après les années 1970, stratégie culminant dans la tentative d’ «ubérisation» actuelle de la classe ouvrière. Ce monde dominé par le profit, la finance et l’immobilier (la rente foncière) est un monde où les résultats du travail humain semblent marcher sur leur tête, et c’est seulement dans des conjonctures exceptionnelles de rupture que la «classe pour soi», celle dont l’activité quotidienne aliénée sous-tend ces formes d’exploitation, se relève et transforme la réalité avec des bottes de sept lieues. La guerre franco-prussienne qui a déclenché la Commune de Paris, la défaite russe pendant la guerre de 1904-1905 avec le Japon qui a conduit à des éruptions révolutionnaires en Russie et en Pologne en 1905-1907, la révolte des marins allemands à Kiel qui préférèrent se mutiner en 1918 plutôt que de connaître une mort certaine en combattent le blocus britannique, sont des exemples passés de moments où les prolétaires, acculés par la logique du système, ont choisi plutôt d’en repousser les limites.

Une guerre qui prendrait aujourd’hui les dimensions des deux guerres mondiales inter-impérialistes provoquerait une catastrophe indescriptible. Elle répondrait probablement définitivement à la question posée par l’alternative «socialisme ou barbarie ?» en faveur de cette dernière. Aujourd’hui, et depuis longtemps, les barbares ont remporté de nombreuses victoires. Pour ne prendre que le triste exemple des États-Unis, nous voyons que le «pays le plus riche du monde» est celui où le taux de mortalité sur les lieux de travail est le plus élevé du monde «capitaliste avancé». Un PDG américain (7) gagnait 40 fois plus qu’un ouvrier dans les années 1970. Aujourd’hui il gagne de 200 à 300 fois plus, alors que la part des travailleurs dans le PIB actuel est tombée à un niveau inférieur à celui de 1945. Les ouragans dévastateurs actuels de Harvey et Irma (en septembre 2017) ont mis en relief, rien qu’aux États-Unis, la pente ascendante des «événements climatiques» et apporté une preuve supplémentaire, si cela était nécessaire, de la réalité des changements climatiques.

Néanmoins, parce que nous voyons le communisme avant tout «comme le mouvement réel qui se déroule sous nos yeux» (Manifeste communiste), nous pouvons souligner, en plus des vagues de grève qui se déroulent en Asie et que nous avons déjà mentionnées, l’importance des mouvements des piqueteros argentins de 2001 : de la jeunesse afro-américaine de Ferguson, au Missouri, qui, en 2014, est descendue dans les rues, jour après jour, après le meurtre de Michael Brown ; la résistance des travailleurs et des jeunes en France contre le «dégraissage» des lois du travail que veut effectuer Macron

dans ce pays ; les luttes des ouvriers en cours dans la principale usine textile égyptienne de Malhalla et les émeutes du pain dans ce pays en mars 2017 ; les années de grèves et d’émeutes en Grèce contre l’austérité imposée par l’Union européenne; et les grèves des mineurs en Afrique du Sud. Rappelons également la résistance violente à l’échelle nationale contre une nouvelle augmentation du prix de l’essence au Mexique au début de l’année 2017 ; les attaques des travailleurs vietnamiens contre les gardiens de leurs usines en mars 2017. Ces quelques exemples indiquent que la «vieille taupe» n’est pas morte.

Si nous voulons commémorer le centenaire de la Révolution russe, dans le contexte plus large des soulèvements de 1917-1921, plutôt que de nous livrer à la contemplation béate d’une rupture historique intervenue dans un passé lointain, nous pouvons contribuer à l’unification des luttes d’aujourd’hui et de demain, à la prochaine révolte prochaine de la classe qui «est la réponse à l’énigme de l’histoire, et sait qu’elle incarne cette réponse».

Loren Goldner, 10 septembre 2017

Notes--------

1 En effet, les grévistes d’Afrique du Sud avaient lancé le slogan raciste : «Travailleurs du monde entier, unissez-vous pour une Afrique du Sud blanche».

2 Voir mon article sur cette période http://breaktheirhaughtypower.org/socialism-in-one-country-before-stalin- and-the-origins-of-reactionary-anti-imperialism-the-case-of-turkey -1917-1925 /

3 Note du traducteur. Quelques ouvrages de Rosa Luxembourg disponibles en français chez différents éditeurs : Réforme sociale ou révolution ? (1899) ; Grève de masse, parti et syndicat (1906) ; L’Accumulation du capital (1913) ; La Révolution russe (1918, posthume), Introduction à l’économie politique (posthume) et Lettres de prison. Ainsi que les Oeuvres complètes en cours d’édition aux Editions Agone par le Collectif Smolny (http://www.collectif-smolny.org/rubrique.php3?id_rubrique=64 )

4 Voir mon article http://breaktheirhaughtypower.org/the-agrarian-question-in-the-russian-revolution-from- material-community-to-productivism-and-back/

5 Voir les articles d’Art Mean : http://insurgentnotes.com/2016/10/strike-wave-and-worker-victories-in- cambodia/ et http://insurgentnotes.com/2017/08/class-struggles-in-cambodia/

6 Voir le texte de Kamunist Kranti : http://insurgentnotes.com/author/kamunistkranti/ et d’autres textes ici : https://libcom.org/tags/kamunist-kranti

7 Note du traducteur : On trouvera dans le très réactionnaire Figaro un tableau comparatif très instructif des rémunérations des patrons et des salariés à l’échelle mondiale en 2013 : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/11/23/20002-20131123ARTFIG00235-le-grand-ecart-des- remunerations-entre-salaries-et-patrons-a-travers-le-monde.php

(Traduit de l’anglais par Y.C. pour les sites http://www.mondialisme.org/spip.php?rubrique1 et http://npnf.eu/ . On trouvera d’autres traductions de Loren Goldner dans le livre de cet auteur : Nous vivrons la Révolution édité par Ni patrie ni frontières en 2008, http://www.mondialisme.org/spip.php?article1375 et dans le recueil de textes La Gauche identitaire contre la classe : aux sources d’une régression, édité en 2017, http://www.mondialisme.org/spip.php?article2566 )

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13 septembre 2017

Révolution russe Octobre 1917-Rosa Luxemburg : La tragédie russe

 

 La tragédie russe

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Depuis la paix de Brest-Litovsk, la révolution russe est dans une mauvaise passe. La politique qui a guidé les bolchéviks est évidente : la paix à tout prix pour gagner un peu de répit, établir et affermir entre-temps la dictature prolétarienne en Russie, réaliser le plus grand nombre possible de réformes dans le sens du socialisme et attendre ainsi qu'éclate la révolution prolétarienne internationale, en hâter conjointement l'avènement par l'exemple russe. Les masses populaires russes en avaient plus qu'assez de la guerre, le tsarisme avait laissé derrière lui une armée désorganisée, la poursuite de la guerre semblait donc devoir déboucher à coup sûr sur un vain massacre de la Russie et il n'y avait pas d'autre issue possible qu'une conclusion rapide de la paix. C'est ainsi que Lénine et ses amis dressaient le bilan.

Il leur était dicté par deux convictions purement révolutionnaires : une foi inébranlable dans la révolution européenne du prolétariat, qui constituait pour eux la seule issue et la conséquence inévitable de la guerre mondiale et la décision non moins inébranlable de défendre jusqu'au bout le pouvoir qu'ils avaient conquis en Russie afin de s'en servir pour accomplir le plus énergique et le plus radical des bouleversements.

Mais c'était, dans sa majeure partie, un bilan dressé à l'insu du propriétaire, en d'autres termes, sans le militarisme allemand auquel la Russie s'est livrée pieds et poings liés par la paix séparée. En fait, la paix de Brest n'est qu'une capitulation du prolétariat révolutionnaire russe devant l'impérialisme allemand. Certes, Lénine et ses amis ne se sont pas trompés sur les faits, pas plus qu'ils n'ont trompé les autres. Ils ont reconnu la capitulation sans détours. Malheureusement, ils se sont fourvoyés dans l'espérance de pouvoir acheter un véritable répit au prix de cette capitulation, de pouvoir échapper réellement à l'enfer de la guerre mondiale par une paix séparée. Ils n'ont pas tenu compte du fait que la capitulation de la Russie à Brest-Litovsk 1 aurait pour conséquence un énorme renforcement de la politique impérialiste pangermanique et affaiblirait, par là-même, les chances d'un soulèvement révolutionnaire en Allemagne, ne mènerait nullement à la fin des hostilités avec l'Allemagne mais introduirait simplement un nouveau chapitre de cette guerre.

En effet, la « paix » de Brest-Litovsk est une chimère. La paix n'a pas régné un seul instant entre la Russie et l'Allemagne. Depuis Brest-Litovsk et jusqu'aujourd'hui, la guerre a continué, une guerre particulière, unilatérale : avancée allemande systématique et repli silen­cieux des bolcheviks, pas à pas. L'occupation de, l'Ukraine, de la Finlande, de la Livonie, de l'Estonie, de la Crimée, du Caucase, d'un nombre sans cesse croissant de territoires de la Russie du Sud - voilà le résultat de « l'état de paix » qui règne depuis Brest-Litovsk.

Et cela voulait dire : premièrement, l'écrasement de la révolution et la victoire de la contre-révolution dans tous les fiefs révolutionnaires de Russie. Car la Finlande, les pays baltes, l'Ukraine, le Caucase, les territoires de la mer Noire - tout cela, c'est la Russie, c'est-à-dire le terrain de la révolution russe, n'en déplaise aux phraséologues creux et petit-bourgeois qui papotent sur «le droit des nations à l'autodétermination ».

Deuxièmement, cela veut dire que la partie grand'russe du terrain révolutionnaire est coupée des régions à blé, à charbon, à minerai, à pétrole, c'est-à-dire des sources de vie essentielles de la révolution.

Troisièmement : tous les éléments contre-révolutionnaires de l'intérieur de la Russie y trouvent encouragement et renfort en vue d'une résistance acharnée contre les bolchéviks et les mesures qu'ils prennent.

Quatrièmement : L'Allemagne se voit assigner un rôle d'arbitre dans les relations politi­ques et économiques de la Russie avec ses propres provinces - Finlande, Pologne, Lithuanie, Ukraine, Caucase - et avec ses voisins - la Roumanie.

La conséquence générale de cette ingérence illimitée de l'Allemagne dans les affaires de la Russie est bien évidemment un monstrueux renforcement de la position de l'impérialisme allemand à l'intérieur comme à l'extérieur, ce qui chauffe à blanc la résistance et la volonté belliqueuse des pays de l'Entente et signifie donc la prolongation et le durcissement de la guerre mondiale. Et plus encore : le manque de résistance de la part de la Russie qu'ont révélé les progrès sans entraves de l'occupation allemande, devait bien naturellement faire miroiter à l'Entente et au Japon la possibilité d'une contre-offensive en territoire russe afin d'éviter un déséquilibre considérable en faveur de l'Allemagne et de satisfaire conjointement les appétits impérialistes aux dépens d'un colosse sans défense. A présent, on lui enlève le Nord et l'Est de la Russie d'Europe ainsi que toute la Sibérie et l'on supprime ainsi aux bolchéviks leurs dernières sources vitales.

Ainsi, la révolution russe, grâce en définitive à la paix de Brest est encerclée, affamée, harcelée de toutes parts.

Mais même à l'intérieur, sur le terrain que l'Allemagne a bien voulu laisser aux bolcheviks, on a contraint le pouvoir et la politique de la révolution à dévier du droit chemin. Les attentats contre Mirbach et Eichhorn 2 sont une réponse bien compréhensible au régime de terreur que l'impérialisme allemand fait régner en Russie. Certes, la social-démocratie a tou­jours dénoncé la terreur individuelle, mais uniquement parce qu'elle lui opposait un moyen plus efficace, la lutte de masse et non parce qu'elle lui préférait l'acceptation passive de la dictature réactionnaire. Prétendre que les socialistes révolutionnaires de gauche ont commis ces attentats à l'instigation ou pour le compte de l'Entente, constitue bien sûr l'une des falsifications officieuses du W.T.B. 3. Ou bien ces attentats devaient donner le signal d'un soulèvement de masse contre l'hégémonie allemande, ou bien il s'agissait là d'actes de vengeance impulsifs, motivés par le désespoir et la haine du régime sanglant que fait régner l'Allemagne. Quelles qu'aient été les intentions sous-jacentes, ils étaient porteurs d'un grand danger pour la cause de la révolution en Russie, celui d'une scission à l'intérieur du regroupe­ment socialiste établi jusqu'à présent. Ils ont taillé la brèche entre les bolcheviks et les socialistes révolutionnaires de gauche, ou plus encore, ils ont creusé le fossé, suscité une inimitié à mort entre les deux ailes de l'armée de la révolution.

Certes, les différences sociales, elles aussi - le contraste entre la paysannerie possédante et le prolétariat rural entre autres choses - auraient tôt ou tard amené la rupture entre les bolcheviks et les socialistes-révolutionnaires de gauche. Mais jusqu'à l'attentat contre Mirbach, il ne semblait pas que les choses en soient arrivées là. Il est de fait, en tout cas, que les socialistes-révolutionnaires de gauche accordaient leur soutien aux bolcheviks. La révolution de Novembre 4 qui a porté les bolcheviks à la barre, la dissolution de la consti­tuante, les réformes que les bolcheviks ont accomplies jusqu'à présent auraient difficilement été possibles sans la collaboration des socialistes-révolutionnaires de gauche. Brest-Litovsk et ses conséquences ont taillé la première brèche entre les deux courants. L'impérialisme allemand joue aujourd'hui le rôle d'arbitre dans les relations des bolchéviks avec ceux qui étaient leurs alliés dans la révolution, de même qu'il arbitre leurs relations avec les provinces qui bordent la Russie et les États voisins. Tout ceci, bien évidemment ne fait qu'accroître les oppositions déjà considérables au pouvoir et à l'œuvre de réformes des bolcheviks, ne fait que rétrécir la base sur laquelle repose leur pouvoir. Le conflit interne et la scission entre les éléments hétérogènes de la révolution étaient sans doute inévitables en soi, comme ils sont inévitables dans tout processus de radicalisation d'une révolution en marche. Mais à présent le conflit est, en fait, intervenu à propos de la dictature du sabre qu'exerce l'Allemagne sur la révolution russe. L'impérialisme allemand est le couteau que l'on retourne dans la plaie de la révolution russe.

Mais ce ne sont pas là tous les dangers ! Le cercle d'airain de la guerre mondiale qui semblait brisé à l'Est se referme autour de la Russie et du monde entier sans la moindre faille : l'Entente s'avance au Nord et à l'Est avec les Tchécoslovaques et les Japonais 5 - conséquence naturelle et inévitable de l'avance de l'Allemagne à l'Ouest et au Sud. Les flammes de la guerre mondiale lèchent déjà le sol russe et convergeront sous peu sur la révolution russe. En fin de compte, il s'est avéré impossible pour la Russie de se retrancher isolément de la guerre mondiale, fût-ce au prix des plus grands sacrifices.

Et maintenant, la pire des menaces guette les bolcheviks au terme de leur chemin de croix : on voit s'approcher le spectre sinistre d'une alliance entre les bolcheviks et l'Allemagne ! Ce serait là, sans aucun doute, le dernier maillon de la chaîne fatale que la guerre mondiale a jetée autour du cou de la révolution russe : d'abord le repli, puis la capitu­lation et enfin l'alliance avec l'impérialisme allemand. Ainsi, la guerre mondiale à laquelle elle voulait échapper à tout prix ne ferait que précipiter la révolution russe aux antipodes : du camp de l'Entente sous le tsar, elle passerait dans le camp de l'Allemagne sous les bolcheviks.

Que le premier geste du prolétariat révolutionnaire russe après l'explosion de la révolution ait été de quitter le ban de l'impérialisme franco-anglais, n'en demeure pas moins un fait de gloire. Mais, compte tenu de la situation internationale, entrer dans le ban de l'impérialisme allemand est encore bien pire.

Trotsky aurait déclaré que si la Russie avait le choix entre l'occupation japonaise et l'occupation allemande, elle choisirait cette dernière parce que l'Allemagne est beaucoup plus mûre pour la révolution que le Japon. Cette spéculation est manifestement tirée par les cheveux. Car le Japon n'est pas seul en cause en tant qu'adversaire de l'Allemagne, il s'agit aussi de l'Angleterre et de la France, et nul ne peut dire si les conditions internes y sont plus ou moins favorables à la révolution prolétarienne qu'en Allemagne. Le raisonnement de Trotsky est faux a priori dans la mesure où chaque renforcement et chaque victoire du milita­risme allemand ébranle les perspectives et l'éventualité d'une révolution en Allemagne.

Mais outre ces arguments prétendument réalistes, il en est d'autres qu'il faut prendre en considération. Une alliance des bolchéviks avec l'impérialisme allemand porterait au socialisme international le coup moral le plus terrible qui pût encore lui être infligé. La Russie était le dernier refuge où le socialisme révolutionnaire, la pureté des principes, les idéaux avaient encore cours ; les éléments authentiquement socialistes en Allemagne et dans toute l'Europe portaient vers elle leurs regards afin de se guérir du dégoût que suscite la pratique du mouvement ouvrier d'Europe occidentale, afin de s'armer de courage pour persé­vérer et croire encore aux œuvres idéales, aux paroles sacrées. Avec l' « accouplement » grotesque de Lénine et de Hindenburg s'éteindrait à l'Est la source de lumière morale. Il est bien évident que les dirigeants allemands mettent le couteau sous la gorge du gouvernement soviétique et profitent de sa situation désespérée pour lui imposer cette alliance contre nature. Mais nous espérons que Lénine et ses amis ne céderont à aucun prix, qu'ils seront catégoriques dans leur réponse à cette provocation : jusque-là et pas plus loin !

Une révolution socialiste assise sur les baïonnettes allemandes, une dictature proléta­rienne sous la juridiction protectrice de l'impérialisme allemand - voilà qui serait pour nous un spectacle d'une monstruosité inégalée. Et ce serait de surcroît purement et simplement de l'utopie. Sans compter que le prestige des bolcheviks dans leur propre pays, serait anéanti ; ils y perdraient toute liberté d'action, toute indépendance, même intérieure, et d'ici très peu de temps, ils disparaîtraient totalement de la scène. Même un enfant aurait discerné depuis longtemps que l'Allemagne n'est qu'hésitante mais guette l'occasion qui lui permettra, à l'aide des Milioukov, de quelconques hetmans et de Dieu sait quels sombres hommes d'honneur et de paille, de mettre un terme au pouvoir bolchevik, de contraindre Lénine et ses amis à étrangler ce pouvoir de leurs propres mains, après leur avoir fait jouer comme aux Ukrainiens, aux Loubinski et consorts le rôle du cheval de Troie.

C'est alors seulement que tous les sacrifices consentis jusqu'à présent, le grand sacrifice de la paix de Brest, l'auraient été en vain ; car ils l'auraient, en fin de compte, achetée au prix de la banqueroute morale. N'importe quel déclin politique des bolcheviks dans un combat loyal contre des forces trop puissantes et la défaveur de la situation historique, serait préférable à ce déclin moral.

Les bolcheviks ont certainement commis plus d'une faute dans leur politique et en commettent sans doute encore - qu'on nous cite une révolution où aucune faute n'ait été commise ! L'idée d'une politique révolutionnaire sans faille, et surtout dans cette situation sans précédent, est si absurde qu'elle est tout juste digne d'un maître d'école allemand. Si, dans une situation exceptionnelle, un simple vote au Reichstag fait déjà perdre la « tête » aux « chefs » du socialisme allemand, alors que la voie leur est clairement tracée par l'abc du socialisme, si alors leur cœur bat la chamade et s'ils y perdent tout leur socialisme comme une leçon mal apprise - comment veut-on qu'un parti placé dans une situation historique véritablement épineuse et inédite, où il veut tracer de nouvelles voies pour le monde entier, comment veut-on qu'il ne commette pas de faute ?

Cependant, la situation fatale dans laquelle se trouvent aujourd'hui les bolchéviks ainsi que la plupart de leurs fautes sont elles-mêmes la conséquence du caractère fondamentale­ment insoluble du problème auquel les a confrontés le prolétariat international et surtout le prolétariat allemand. Établir une dictature prolétarienne et accomplir un bouleversement socialiste dans un seul pays, encerclé par l'hégémonie sclérosée de la réaction impérialiste et assailli par une guerre mondiale, la plus sanglante de l'histoire humaine, c'est la quadrature du cercle. Tout parti socialiste était condamné à échouer devant cette tâche et à périr, qu'il soit guidé, dans sa politique par la volonté de vaincre et la foi dans le socialisme interna­tional, ou par le renoncement à soi-même.

Nous aimerions les voir à l’œuvre, ces Basques pleurnichards, les Axelrod, les Dan, les Grigoriants 6 et compa­gnie qui, l'écume aux lèvres, vitupèrent contre les bolcheviks et colportent leurs misères à l'étranger, trouvant en cela - et comment donc ! - des âmes compa­tis­santes, celles de héros tels que Ströbel, Bernstein et Kautsky 7, nous aimerions bien voir ces Allemands à la place des bolcheviks ! Toute leur subtile sagesse se bornerait à une alliance avec les Milioukov à l'intérieur, avec l'Entente à l'extérieur, sans oublier qu'à l'inté­rieur, ils renonceraient consciemment à accomplir la moindre réforme socialiste ou même à l'entamer, en vertu de cette célèbre prudence de châtré selon laquelle la Russie est un pays agraire où le capitalisme n'est pas encore à point.

Voilà bien la fausse logique de la situation objective tout parti socialiste qui accède aujourd'hui au pouvoir en Russie est condamné à adopter une fausse tactique aussi longtemps que le gros de l'armée prolétarienne internationale, dont il fait partie, lui fera faux bond.

La responsabilité des fautes des bolcheviks incombe en premier lieu au prolétariat international et surtout à la bassesse persistante et sans précédent de la social-démocratie allemande, parti qui prétendait en temps de paix marcher à la pointe du prolétariat mondial, s'attribuait le privilège d'endoctriner et de diriger tout le monde, comptait dans le pays au moins dix millions de partisans des deux sexes et qui maintenant crucifie le socialisme trente six fois par jour sur l'ordre des classes dirigeantes, comme les valets vénaux du Moyen Age.

Les nouvelles qui nous viennent aujourd'hui de Russie et la situation des bolcheviks sont un appel émouvant à la dernière étincelle du sentiment de l'honneur qui som­meille encore dans les masses d'ouvriers et de soldats allemands. Ils ont permis de sang-froid que la révolution russe soit déchiquetée, encerclée, affamée. Puissent-ils à la douzième heure la sauver au moins du comble de l’horreur : le suicide moral, l'alliance avec l'impérialisme allemand.

Il n'y a qu'une seule issue au drame qui s'est noué en Russie : l'insurrection tombant sur l'arrière de l'impérialisme allemand, le soulèvement des masses allemandes qui donnerait le signal d'un achèvement révolutionnaire international du génocide. Le sauvetage de l'honneur de la révolution russe coïncide, en cette heure fatale, avec le salut de l'honneur du prolétariat allemand et du socialisme international.

 

 

Spartakusbriefe, n° 11, septembre 1918, pp. 181-186.

 

1 Brest-Litovsk : Le 3 mars 1918 fut conclue à Brest-Litovsk une paix entre la Russie d'une part, l'Allemagne, l'Autriche, Hongrie, la Turquie et la Bulgarie d'autre part. La Russie soviétique consentait à être amputée, les troupes allemandes restant sur les territoires occupés par elles. Ce traité fut annulé après la révolution de novembre en Allemagne.

2 Le 6 juillet 1918, l'ambassadeur d'Allemagne, le Comte Mirbach-Harff, fut assassiné à Moscou par un socialiste-révolutionnaire de gauche. Le 30 juillet 1918, le Maréchal von Eichhorn, commandant en chef des troupes en Ukraine, connut le même sort à Kiev.

3 W.T.B. : Wolffs Telegraphisches Büro, Agence de Presse.

4 Selon notre calendrier, la révolution d'octobre a eu lieu le 7 novembre.

5 Il s'agit de l'intervention du corps militaire tchécoslovaque et des Japonais. Après la révolution d'octobre, le gouvernement soviétique autorisa le corps tchécoslovaque, composé d'anciens prisonniers à regagner son pays par Vladivostok. Ce corps se mutina contre le gouvernement soviétique. Il fut défait en 1919.

6 AXELROD, Pavel Borissovitch (1850-1928). Avec Plekhanov, un des pionniers du marxisme en Russie, il fut l'un des fondateurs du groupe « Libération du travail ». Il devint menchevik après 1903 puis zimmervaldien de droite pendant la guerre. Il ne participa pas à la révolution de 1917 et mourut en émigration.

DAN, Fedor Ilitch (Gourvitch) (1871-1947). Médecin membre du groupe « Libération du Travail » puis du P.O.S.D.R. Membre permanent du Comité Central menchevik, centriste pendant la guerre mondiale, il fut en 1917 membre du Soviet de Pétrograd ; émigra en 1922.

GRIGORIANTS, collaborateur menchevik du Vorwärts.

7 STRÖBEL, Heinrich, Militant du S.P.D. qui pendant la guerre sembla vouloir pendant un certain temps aller du côté des internationalistes mais qui épousa rapidement la tendance Kautsky et poursuivit son évolution vers la droite du Parti.

BERNSTEIN, Eduard (1850-1932). Père du « révisionnisme », il fut membre du Reichstag à plusieurs reprises. Pacifiste centriste pendant la guerre mondiale, il fut l'un des fondateurs de l' « Arbeitsgemein­schaft ». Il réintégra les rangs de la social-démocratie majoritaire en 1919.

KAUTSKY, Karl (1854-1938). Théoricien marxiste du S.P.D., idéologue influant de la Il° Internationale, il fonda et édita la Neue Zeit et contribua à élaborer le programme d'Erfurt. Pacifiste pendant la guerre, il fit partie de l'aile droite de l'U.S.P.D. puis aida à organiser, en 1922, l'Internationale deux et demi.

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11 septembre 2017

Manifestation du mardi 12 septembre 2017 à 14h Paris

mardi 12 septembre 2017 à 14h

Manifestation à Paris contre la réforme du droit du travail

Trajet / parcours : départ 14h de Bastille, en direction de Place d'Italie
Bastille > quai de la Râpée > Pont d'Austerlitz > Bd de l'hôpital > Place d'Italie

Ordre des cortèges syndicaux : CGT, Solidaires, FSU, UNEF, FO

Les métros Bastille et Quai de la Râpée seront fermés.

La préfecture annonce une « présence lointaine et discrète », avec des fouilles mais pas systématiques.

Rendez-vous particuliers:

  • 10h30 : Assemblée interpro de grévistes à Saint Denis, puis départ collectif
  • 11h00 : Assemblée puis départ collectif de Montreuil, place de la Mairie
  • 12h00 : Rv du Front Social, angle Bd de la Bastille / rue Lacuée
  • 12h30 : Rassemblement et départ collectif - université - Jussieu, tour 46
  • 13h12 : Blocages et départ groupé du cortège lycéen de République
  • 13h30 : Départ collectif Paris 20e place Henri Krasucki
  • 14h00 : Rv des agents de la BnF - angle rue Saint-Antoine / Bastille
  • 14h00 : Rv des emplois aidés - place Mazas / M° Quai de la Rapée
  • 14h00 : CGT spectacle : culture - angle Bd de la Bastille / rue Biscornet
  • Point fixe du NPA - Quai de la Rapée
  • 18h00 : Assemblée générale Ile de France
  • D'autres rendez-vous des organisations, bientôt, ici sur Démosphère

Départs en bus

  • Argenteuil : CGT départ 12h30 - Salle Jean Vilar
  • Coulommiers : 11h50 devant le Crédit Agricole de Coulommiers départ 12h - Inscription : 01.64.03.54.85 / 09.65.04.53.38 ou ulcgtcoulommiers77@wanadoo.fr
  • La Courneuve : départ à 13h - cgt.courneuve@orange.fr
  • Marne La Vallee : 12h45 devant le château de champs - inscription
  • Meaux : UL CGT : 01.60.23.01.20 / 09.50.51.77.10 ou ulcgtmeaux@yahoo.fr
  • Melun : Départ 13h00 Parking Giga Store Melun - inscription SMS : 06.66.67.58.88, ulcgtmelun@outlook.fr
  • Mitry Mory : UL CGT 01.64.27.69.51 ou ulmitrycgt@yahoo.fr
  • Montereau : 11h00 Place Jacques Lespemes - Inscription : 07.61.52.12.20
  • Nemours : Départ parking Casino à 12h15. 01.64.28.42.97 - ulcgt.nemours@wanadoo.fr
  • Saint-Denis :12h30 de la Bourse du Travail

Cette page, sur Démosphère, sera régulièrement mise à jour avec les informations pratiques pour la manifestation et les tracts d'appel.

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06 septembre 2017

INFOBREF N°495- censure-guerres-répression

INFOBREF N°495

Désormais, les syndicats auront besoin d’une autorisation du patron pour envoyer des mails aux salariés

Après deux ans de procédure dans le cadre du procès opposant le crédit Lyonnais à la CGT, la justice (de classe) a tranché. Désormais, les syndicats ne pourront pas envoyer de mails groupés à l’ensemble des salariés sans un accord préalable avec le patron.

Julian Vadis

mardi 22 août 2017-C’est une décision qui fait office de jurisprudence. Et pour cause, le litige qui oppose le Crédit Lyonnais et la CGT était inédit. En effet, le syndicat s’était servi, en 2015, de la boite mail de la banque pour envoyer 3 messages à l’ensemble des salariés. Un tractage 2.0 qui n’a pas été du goût de la direction en général et de la direction des ressources humaines, qui avait dès lors interdit la CGT d’accès à la messagerie. Une forme de répression nouvelle, visant à brimer le droit des syndicats à informer les travailleurs de l’actualité au sein de l’entreprise et de leurs droits en tant que salariés.

Il semble toutefois que la manœuvre ait trouvé des admirateurs du côté des instances judiciaires. Après des passages en première instance, en appel et en cassation, la justice a tranché : sans accord préalable avec l’entreprise, pas de tractage généralisé aux salariés par messagerie électronique. Une décision qui offre une marge de manœuvre non négligeable pour les patrons, qui pourront ainsi avoir un droit de regard sur le contenu des mails et ainsi dispose d’un aval judiciaire pour censuré allégrement les représentant des salariés et les syndicats.

Dans les colonnes du Figaro, Sylvain Niel, spécialiste de droit du travail feint l’étonnement et estime que « cette jurisprudence risque d’être condamnée à terme par les ordonnances du gouvernement » car il s’agirait, selon lui de « l’évolution logique des choses. Nous allons vers un principe de démocratie directe ». Simple accident judiciaire donc ? On est en droit d’en douter, au vu de l’acharnement d’Emmanuel Macron contre les droits syndicaux les plus élémentaires, à l’image de la fusion des instances de représentants de personnels qu’il prévoit de mettre en œuvre. Loin d’un principe de « démocratie directe » dans les entreprises, la destruction des acquis sociaux et la désormais main mise renforcé du patronat sur le contenu des informations divulgué par les organisations de travailleurs aux salariés tend plutôt à un renforcement de la dictature patronale.

(publié par révolution permanente)

 

Les preuves de la mise sur liste noire des sites de gauche et progressistes par Google s’accumulent

Par Andre Damon
9 août 2017

Un nombre croissant de sites Web éminents de gauche ont confirmé que leur taux de fréquentation en provenance de Google a chuté ces mois derniers, cela vient s’ajouter aux preuves que Google, sous couvert d’une campagne frauduleuse contre les fake news, met en œuvre un large programme de censure systématique.

Truthout, un site Web à but non lucratif qui se concentre sur les développements politiques, sociaux et écologiques du point de vue progressiste de gauche, a vu diminuer son lectorat de 35 pour cent depuis avril. Real News, un service d’actualités en vidéo et de documentaires à but non lucratif, a vu chuter sa fréquentation en provenance des moteurs de recherche de 37 pour cent. Un autre site, Common Dreams, a informé le WSWS la semaine dernière que sa fréquentation venant des moteurs de recherche avait chuté de jusqu’à 50 pour cent.

Pour autant, elles sont dépassées de loin par la baisse de près de 70 pour cent de fréquentations provenant de Google subie par le WSWS.

« Quelque chose s’est passé avec Google à tous les niveaux qui affecte grandement les médias de gauche », a déclaré Scott LaMorte, le développeur de sites web pour Truthout et The Real News.

« C’est une parfaite aberration. C’est une baisse inédite depuis trois ans pour Truthout et The Real News, et probablement sans précédent dans la vie de ces organisations. Aucune des deux n’a connu précédemment une baisse pendant trois mois consécutifs depuis mai comme c’est leur cas.

« Ce n’est pas comme si tout le monde à gauche a soudainement changé leur SEO [Optimisation des moteurs de recherche] », a déclaré M. LaMorte. « Je ne pense pas que ce soit un changement dans l’algorithme de Google qui détermine l’importance de leurs pratiques SEO de référencement. »

Eric Maas, un consultant en optimisation des moteurs de recherche travaillant dans la région de la baie de San Francisco, a déclaré que son équipe a examiné un large éventail de sites d’information indépendants affectés par des changements dans les algorithmes de Google depuis avril. « Ces sites, qui ont vu chuter leur fréquentation depuis les recherches de jusqu’à 67 pour cent, possèdent une gamme variée de stratégies de contenu et de conformité aux bonnes pratiques préconisées par Google et les experts en SEO. »

« C’est le pire des cas de la censure politique ; c’est juste une excuse pour supprimer des points de vue politiques », a déclaré Robert Epstein, un ancien rédacteur en chef de Psychology Today et expert reconnu de Google.

Epstein a déclaré que, à ce stade, la question était de savoir si le WSWS avait été signalé spécifiquement par des évaluateurs humains employés par le géant de la recherche ou si ces évaluateurs avaient influencé le moteur de recherche Google pour reléguer les sites de gauche. « Ce que vous ne savez pas, c’est si ce sont les évaluateurs humains qui vous relèguent ou si c’est le nouvel algorithme qu’ils mettent au point », a déclaré Epstein.

Richard Stallman, le pionnier de la technologie de renommée mondiale et dirigeant du Free Software Foundation (Fondation pour le logiciel libre), a déclaré qu’il avait lu le reportage du WSWS sur la censure par Google des sites de gauche. Il a mis en garde contre l’immense contrôle exercé par Google sur Internet, en disant : « Du fait que le contrôle du principal moyen utilisé par les gens pour repérer des articles sur une question donnée soit exercé par une société géante crée le potentiel évident d’abus de pouvoir. »

Selon les données de l’outil d’optimisation de recherche SEMRush, la fréquentation de recherche sur le site Web personnel de M. Stallman, Stallman.org, est tombée de 24 pour cent, tandis que le trafic vers gnu.org, exploité par la Free Software Foundation, a chuté de 19 pour cent.

La baisse massive de fréquentation en provenance des recherches vers le WSWS et d’autres sites de gauche s’est produite après la mise en œuvre de changements dans les protocoles d’évaluation des recherches de Google. Dans un communiqué publié le 25 avril, Ben Gomes, vice-président de l’ingénierie, a déclaré que la mise à jour par Google de son moteur de recherche bloquerait l’accès à des sites « offensants » tout en s’assurant de faire ressortir plus de « contenu faisant autorité ».

Dans un ensemble de lignes directrices fournies aux évaluateurs Google en mars, la société a donné l’ordre aux évaluateurs de son moteur de recherche de signaler les pages renvoyant des « théories du complot » ou un contenu « bouleversant » à moins que « la requête indique clairement que l’utilisateur recherche un point de vue différent ».

Le WSWS continuera à démasquer le programme de censure politique de Google et à lutter contre lui, mais nous avons besoin de l’aide de nos lecteurs. Veuillez partager cet article par email et les médias sociaux. S’il vous plaît faites un don aujourd’hui et s’inscrire pour des mises à jour par e-mail !

À lire également :

Google bloque les 45 premiers termes de recherche du WSWS

Le nouveau protocole de recherche de Google restreint l’accès à 13 importants sites web socialistes, progressistes et anti-guerre

Un nouvel algorithme de Google limite l’accès aux sites web progressistes et de gauche

(article original paru le 8 août 2017)



« C’était même pas : dans quelles conditions elle est décédée… c’est : mon Dieu la famille va arriver »

Marseille. Deux aides-soignantes virées pour avoir dénoncé pressions et maltraitance!

Deux aides-soignantes d’un établissement pour personnes âgées du groupe KORIAN, à Marseille, ont été licenciées après avoir dénoncé des cas de maltraitance et des pressions subies au travail par le groupe KORIAN situé à Marseille. Déjà licenciées à l'heure du reportage sur France Culture, les deux aides soignantes avaient témoignées de nouveau à la radio de leurs conditions de travail en décrivant les pressions que subissaient les employé-e-s, ainsi que les maltraitances que subissent les résidents. L’inspection du travail va mener une enquête sur les risques psycho-sociaux que représente l’établissement. La CGT Santé et Actions sociale a lancé une pétition demandant leurs réintégrations. Les situations et citations sont basées sur leurs témoignages sur France Culture.

un manque cruel d’effectif : « Si on veut respecter la personne, on ne peut pas respecter le planning »

 
Les aides-soignants, qui s’occupent intégralement de personnes très âgées souffrant de démence, ne sont qu’au nombre de deux par étage, parfois même seuls, et peuvent avoir en charge jusqu’à 24 résidents. À deux, ils doivent faire prendre leur douche aux résidents, leur faire prendre leur repas et gérer les crises de démence et les décès. Mais, avec le peu de temps qu’ils ont, impossible pour eux de s’occuper convenablement des patients, notamment à cause du temps perdu à s’occuper des patients les plus difficiles, ce qui les amène à bâcler leur travail pour pouvoir s’occuper de tous les résidents.

Malgré leur demande à la direction pour avoir plus de personnel, leur effectif reste inchangé. Les employés se sont plaints que la direction cherche à les culpabiliser pour les mauvais traitements qu’ils infligent aux patients faute de temps et que tout est fait pour les responsabiliser dans des situations parfois insoutenables.


« Ils ont travaillé toute leur vie pour se payer une retraite… ils payent leur maltraitance et leurs morts »

 
Les résidents payent environ 6000 € par mois et leurs repas pour la journée (petit-déjeuner et goûter inclus) coûtent… 4 €. Et ce prix n’est sûrement pas dû à des salaires mirobolants pour les aides-soignants ! Par exemple, les deux évoquées en début d’article sont chacune payées 1230 € et 1290 € par mois. Une belle usine à fric… subventionnée par l’État.

Une des aides-soignantes s’occupait d’une vieille dame de 87 ans, qui posait peu de problèmes en dehors de crises d’angoisse qui arrivaient notamment si on fermait sa porte. Mais, une nuit, des intérimaires peu formés et ne connaissant pas les patients, s’occupaient de l’étage et ont fermé la porte, ont mis leurs bipeurs (qui prévient l’aide-soignant quand un patient a besoin d’aide) dans leur chariot pour pouvoir dormir pendant leur pause. Les aides-soignantes ont retrouvé la vieille femme le lendemain matin, face contre terre, baignant dans son sang. Elles n’avaient aucune idée de ce qui lui était arrivée, et, sous le choc, ont appelé un infirmier qui s’est occupé de la remettre dans son lit et de nettoyer la chambre. « C’était même pas : dans quelles conditions elle est décédée… c’est : mon Dieu la famille va arriver ». « Il fallait faire toute une mise en scène pour que quand la famille arrive on s’imagine une mort naturelle ». Elles racontent avoir fait part de cet accident à la direction, qui a nié en bloc et remis en cause leurs témoignages. « On ne peut pas le marquer sur l’ordinateur, sur le DRI, parce que sinon on va se faire massacrer par la direction ».
« Il faut que je dénonce ces monstres »

En décembre, deux d’entre elles se sont faites licencier et demandent leur réintégration au sein de l’établissement ! Elles espèrent que l’enquête de l’inspection du travail va permettre à d’autres employés de témoigner des cas de maltraitance et des pressions subies au travail, la direction niant en bloc toutes ces accusations.

Il est indispensable de soutenir les deux aides-soignantes qui ont eu le courage de porter sur la place publique la réalité qui se cache derrière les murs de l’établissement. En effet, le traitement inhumain infligé aux personnes âgées et les pressions physiques et morales infligées au personnel sont la résultante d’une volonté, pour la direction, d’une maximisation du profit. C’est pour cela qu’il s’agit non seulement d’exiger la réintégration des deux aides-soignantes, car leur licenciement est avant tout un avertissement envers tous les employés, mais aussi l’embauche de personnel et des équipements adaptés pour qu’une telle tragédie ne puisse plus avoir lieu. Extrait de révolution permanente

 

La France en guerres ! Contre qui et pourquoi ?

jeudi 31 août 2017, par Robert Paris

Edito

La France en guerres ! Contre qui et pourquoi ?

La venue aux affaires de Macron-Philippe, à la suite d’Hollande-Valls, n’a rien changé à la politique guerrière de la France. Celle-ci est engagée, plus que jamais dans son histoire y compris les époques coloniales, dans de multiples guerres aux quatre coins du monde, de l’Afrique au Maghreb, de l’Orient à l’Extrême-Orient. La plupart des Français en ignorent même l’ampleur car, si les interventions militaires françaises en Libye ou au Mali ont été médiatisées, on ne parle pas tous les jours des interventions armées au Niger ou au Cameroun, sans parler de l’Irak et de la Syrie. Saviez-vous seulement que l’armée française intervenait en Ukraine ou au Yémen et y soutenait des bandes armées terroristes et fascistes ?!!

On se garde bien de citer, dans les média français, le grand nombre de victimes civiles des bombardements français. On ne parle pas du bilan de ces guerres pour les peuples concernés, pour la sécurité, le bien-être et la démocratie. Saddam Hussein et Kadhafi ont disparu mais pas la dictature et le terrorisme fleurit plus que jamais… Une masse considérables d’armes, qui ont été récupérées par les bandes terroristes, l’ont été grâce à la chute de Saddam et Kadhafi, sans aucun effort de la France ou des USA pour l’empêcher. Et, soi-disant pour combattre ces dictatures, les puissances occidentales ont, plus ou moins ouvertement, soutenu et armé des bandes terroristes comme Al Qaïda ou Al Nosra, sans parler d’Etat islamique lui-même !

Tout a été fait pour faire croire que la planète entière ne serait plus qu’un vaste conflit de l’Occident, luttant pour la liberté contre un terrorisme se revendiquant mensongèrement de l’islam, alors que ce sont les puissances occidentales, comme la France, qui le nourrissent et le justifient.

Alors que les chefs d’Etat successifs clament qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses publiques pour financer les services publics, pour faire fonctionner les hôpitaux, les postes, les écoles, les universités, pour payer les infirmières, les aides soignantes, les postiers, les enseignants et les cheminots, il y a toujours plus d’argent pour faire des guerres partout dans le monde et pour financer personnels et matériels des armées. Le prétexte de ces guerres, c’est que la France serait une nation qui défend la liberté dans le monde en s’opposant militairement aux dictateurs et aux terroristes.

Mais remarquons d’abord qu’aucun Etat de la planète n’envoie ses hommes en armes attaquer la France, alors que cette dernière le fait dans de nombreux pays, tuant un grand nombre de civils qui ne sont partie prenante d’aucun conflit, ni avec elle, ni avec personne, bombardant des villes et des villages, détruisant les installations, qu’ensuite personne ne va reconstruire, terrorisant des peuples entiers. Cela va de la Libye à la Côte d’Ivoire, du Centrafrique à l’Irak, de la Syrie au Mali, en passant par l’Afghanistan (d’où les troupes françaises ne sont pas encore tout à fait parties) au Niger, et sans parler des pays où ses forces spéciales interviennent sans le faire savoir, comme la Somalie, le Yémen et bien d’autres…

Il suffit de dire qu’un chef d’Etat est un dictateur pour que cela justifie que la France y envoie son armée ! Il suffit aussi qu’existent dans ce pays des terroristes pour que cela permette d’y envoyer des troupes ou de bombarder le pays !

Mais ce que l’on sait moins, c’est que la même France a soutenu des terroristes, les a même armés, les a financés, soutenus politiquement, et qu’elle a également soutenu des dictateurs sanguinaires, les a financé, les a sauvé par d’autres interventions armées. La France a même cautionné des massacres et un génocide. On pourrait penser que la France est très loin de son passé colonial et c’est faux. La méthode d’intervention de la France est celle d’une puissance coloniale, d’un impérialisme.

C’est toujours la mainmise sur les richesses minières et pétrolières qui justifie en réalité les interventions, comme celles pour défendre la mainmise sur l’uranium du Niger, sur l’aluminium de la Guinée, sur le pétrole du Gabon, sur l’or du Mali, etc. Mais ce n’est pas tout : la France agit pour affirmer son rôle de grande puissance militaire : lancer des guerres, aider des terroristes ou des dictateurs permet de créer un dérivatif à la crise que traverse le système capitaliste mondial, de détourner les peuples de la révolution sociale.

Pourquoi le monde est en guerre, pourquoi les guerres se développent-elles sans cesse ? Pour se défendre du terrorisme ? Pour lutter pour la liberté et contre les dictatures ? Pour sauver les peuples ? Ou pour sauver un système d’exploitation et d’oppression qui est en bout de course !

Bien sûr, bien des gens diront que les informations n’ont pas montré la France soutenant les dictateurs ni la France armant les terroristes. Ils diront que tout cela, ce serait encore « la théorie du complot ». Mais c’est l’inverse : les gouvernants nous servent la théorie du complot terroriste, du complot des musulmans, du complot des migrants qui essaient d’envahir le pays, du complot des étrangers qui voudraient prendre le travail des français, etc.

Pas besoin de théorie du complot pour savoir que les gouvernants français étaient et sont les meilleurs amis des dictateurs, qu’ils aimaient particulièrement Saddam Hussein, qu’ils ont cultivé la relation avec Kadhafi, qu’ils ont leurs petits copains dictateurs africains si arrangeant pour donner des petits coups de mains financiers aux partis à la veille des élections françaises. Les trusts français ont toujours leur « pré carré » en Afrique et ils comptent bien le conserver, comme on l’a vu au Mali, au Niger ou en Côte d’Ivoire, tous des pays où l’armée française intervient activement en élément avancé de la défense des intérêts des trusts français, Bolloré, Bouygues, et autres Total.

La France a aussi ses petits copains terroristes, ceux qui l’ont aidée à virer Kadhafi, ceux qui l’aident en Syrie. Certains gouvernants français s’en cachaient très peu, comme Hollande-Valls-Fabius. Ce dernier a même fait scandale avec son soutien public au groupe terroriste Al Nosra. USA et France ont même, un moment, soutenu A Qaïda en Syrie, sous prétexte de virer le dictateur Assad. A la finale, ils ne l’ont pas fait chuter et ont contribué par leur intervention à mettre le pays à feu et à sang.

Bien sûr, pour tous ceux qui considèrent la France comme une nation démocratique, pacifique, exemplaire, tout cela n’est pas croyable. Eh bien, crédible ou pas, il est réel que la France a financé, armé et appuyé par tous les moyens des groupes terroristes et continue de le faire. Elle l’a fait au Centrafrique, en Syrie, en Libye, en Irak… Comme elle l’a fait en Ukraine et en Yougoslavie, en Afghanistan et au Mali.

De toutes manières, on ne doit pas soutenir ces guerres soi-disant pour libérer des peuples car toutes mènent les pays en question vers des situations encore pires que celles qu’il connaissait auparavant. Comparez la Libye avant l’intervention militaire française et celle d’après ! Comparez la Syrie d’avant et celle d’après.

Ces interventions, non seulement n’éliminent pas le terrorisme, mais elles lui permettent de se développer de manière folle. Elles crédibilisent politiquement et socialement les terroristes. Elles sèment la haine dans le monde entier.

Il n’est pas vrai non plus que ces interventions protègent notre sécurité ici en France. Il n’est pas vrai que, sans elles, les actes terroristes seraient plus nombreux. Tout cela est mensonger.

Il n’est pas vrai que les interventions armées de la France à l’étranger proviennent d’attaques terroristes en France. Les Ivoiriens n’attaquent pas la France. Les Maliens non plus. Les Centrafricains, les Nigériens, les Syriens, les Irakiens, les Afghans pas davantage. Leurs Etats n’attaquent pas non plus la France. Ses guerres ne sont nullement de la légitime défense. C’est au contraire une offensive impérialiste et colonialiste.

Elle fait partie des guerres des USA, de l’Angleterre et des autres puissances impérialistes occidentales.

Ces guerres n’ont sauvé aucun peuple du terrorisme.

Ces guerres n’ont ramené la paix, la sécurité et le bien-être dans aucun pays.

Ces guerres de la France devraient être dénoncées dans la rue, par des manifestations et autres actions de réprobation et elles ne le sont pas.

La dénonciation de ces guerres, y compris la grande guerre contre les migrants en Méditerranée, avec une armée spéciale pour les agresser, ne fait même pas partie des revendications des organisations syndicales.

Pourtant, le budget des armes et des armées est l’un des trous financiers du budget de la France, comme celui des « opérations extérieures » qui n’a cessé de monter en flèche.

Plus l’Etat est en faillite, plus il dépense en armements et en guerres !

Nous, travailleurs, ne devons pas rester silencieux devant ces agressions militaires contre les peuples, et d’autant moins qu’elles ne font que préparer une guerre généralisée, qui menace de s’étendre à la Corée du Nord, à la Chine et à la Russie, c’est-à-dire de devenir la troisième guerre inter-impérialiste mondiale !

N’attendons pas pour combattre l’Etat de guerre permanent et généralisé (intérieur et extérieur) dont l’Etat d’urgence n’était qu’une étape.

Travailleurs de France, comme partout dans le monde, notre principal ennemi est dans notre propre pays : c’est « notre » classe possédante et l’Etat qui défend son intérêt contre celui de l’immense majorité de la population. Les armées et les polices ne sont pas là pour la sécurité du peuple, ni en France ni ailleurs, mais pour casser les luttes sociales et garantir le pouvoir de l’infime minorité de moins d’1% qui détient le pouvoir politique et économique, contre la révolution sociale. Et, comme par hasard, les guerres grandissent au rythme des craintes des classes possédantes face à la menace montante d’une révolution sociale !

Et la révolution sociale est bien la seule réponse possible à la guerre des impérialismes se généralisant à la planète !

 

La ministre de la Défense, Florence Parly, a annoncé ce mardi l'armement des drones que l'armée opère notamment au Mali.

C'est un rattrapage technologique indispensable dans la guerre moderne. Après un long débat éthique et budgétaire, les drones de l'armée française seront bientôt équipés de missile air-sol.

«J'ai décidé d'engager le processus d'armement de nos drones de renseignement et de surveillance», a déclaré la ministre des Armées Florence Parly devant un parterre de militaires et de parlementaires à l'Université d'été de la Défense à Toulon (sud-est).

 

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27 août 2017

Le rêve américain pour 2 dollars de l’heure ! Luttes ouvrières chez Amazon Pologne

Article paru dans ECHANGES N°155, Printemps 2016

 

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Amazon fait partie des plus gros vendeurs de livres, distributeurs et hébergeurs du Web – célèbre pour ses vastes réseaux de logistique et d’entrepôts où des travailleurs prennent et transportent rapidement les articles qu’ils envoient aux clients.
Contrairement à ce que prétend Amazon, et que les médias répètent comme des perroquets, Amazon n’a pas révolutionné la vente et la distribution de marchandises, elle s’est bornée à associer les nouvelles possibilités du commerce en ligne aux pratiques anciennes de la vente à distance. Elle a réduit les coûts et les délais de livraison en mécanisant, taylorisant et standardisant les processus logistiques, créant ainsi dans ses entrepôts du monde entier un environnement de travail qui en fait un exploiteur, avec des centaines de milliers d’emplois non qualifiés, pénibles et ennuyeux.
Arrêts de travail, grèves perlées, et autres actions prouvent que les travailleurs n’endurent pas passivement leur exploitation, mais qu’ils résistent. Un exemple récent de ces luttes est celle de l’entrepôt mazon qui s’est ouvert en septembre 2014 à Sady, dans la banlieue de Poznan, dans l’Ouest de la Pologne. Cet article a pour but d’exposer les conditions de travail et les tentatives des travailleurs pour s’organiser et résister et de définir les enjeux et les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs et les militants qui les soutiennent (2).

Une entreprise globalisée
Amazon a commencé par vendre des livres aux Etats-Unis en 1994, mais elle propose aujourd’hui toutes sortes de produits dans nombre de pays, de l’électronique à l’alimentation, par le biais de son propre réseau d’entrepôts ; et elle fonctionne comme une plate-forme de distribution, où d’autres producteurs et entreprises commerciales peuvent proposer leurs produits (3). Amazon produit et vend également des appareils électroniques (Kindle, Echo…), se lance dans le streaming de films et de musique, et gère un service hébergeur et Cloud sur le Web, son secteur le plus dynamique en ce moment (4). Aux Etats-Unis, elle fournit également un service B2B (d’entreprise à entreprise), c’est-à-dire la vente de machines et de fournitures entre ­entreprises (5).
Amazon a étendu son réseau d’entrepôts en Europe en 1999, d’abord au Royaume-Uni et en Allemagne, puis en France, en Italie et en Espagne. Depuis 2004-2005, elle a des entrepôts au Japon et en Chine (6), et elle est en train de s’étendre rapidement en Inde (7). Actuellement, Amazon possède dans le monde entier plus de 200 centres de distribution, de triage et de centres dits logistiques (FC : fulfillment centers) (8).
L’entreprise n’a pas encore réalisé beaucoup de bénéfices parce que – selon sa politique de gestion – la plus grande partie du surplus a été investi dans sa croissance : nouveaux centres logistiques, nouvelles lignes de produits, nouvelles technologies, etc. (9). Avec un revenu net de plus de 107 milliards de dollars en 2015, Amazon est l’un des plus grands distributeurs mondiaux, bien qu’il se place loin derrière Walmart et ses 490 milliards de dollars (10). Cependant, alors que Walmart compte environ 2,2 millions d’employés au début de 2015, Amazon n’en possède qu’environ 150 000 (auxquels il faut en ajouter 100 000 pendant la période des soldes à la fin de l’automne) (11).
Amazon en Pologne

 Dans le cadre de son expansion en Europe, Amazon a installé trois nouveaux centres logistiques en Pologne à la fin de l’été 2014, un à Sady près de Poznan et deux à proximité de Wroclaw – avec l’aide de subventions de l’Etat (12). Pour le moment, Amazon n’a pas de plate-forme polonaise de vente en ligne. Ses centres de logistique polonais desservent l’Europe de l’Ouest et principalement le marché allemand qui est le deuxième marché d’Amazon dans le monde  (13). Les centres de logistique polonais sont tous des investissements entièrement nouveaux, situés en périphérie d’une ville dans  des zones industrielles reliées à l’Allemagne par des autoroutes et des aéroports proches. Les villes de Poznan et de Wroclaw ont toutes deux très peu de chômage – phénomène radicalement différent selon la région en Pologne – et Amazon doit attirer des travailleurs dans un rayon de 50 à 60 kilomètres et organiser leur transport par bus.
A Poznan-Sady, en septembre 2014, Amazon a d’abord embauché directement des travailleurs avec des contrats de trois mois. En prenant leur service, ils n’avaient bénéficié que d’une formation courte de quelques jours. Nombre d’entre eux ont obtenu des CDI en décembre. Des intérimaires ont été embauchés dès octobre par le biais d’agences de travail temporaire – Manpower, Randstad, et Adecco.
Amazon utilise le dualisme de sa force de travail dans le but de diviser les travailleurs : ceux qui bénéficient d’un CDI se repèrent à leur badge bleu (celui de l’entreprise), les intérimaires, qui ont des contrats de quelques semaines ou de quelques mois, arborent un badge vert pour montrer que leur statut est différent (14). Jusqu’à présent, les intérimaires constituaient au moins la moitié des effectifs de tous les travailleurs des entrepôts de Poznan-Sady pendant les périodes creuses, et leur nombre doublait ou triplait pendant les périodes de pointe (15). Il y a un nombre égal de travailleurs masculins et féminins, bien que certains services emploient plus d’hommes et d’autres plus de femmes. La plupart sont soit jeunes (la vingtaine) soit plus âgés (plus de 45 ans), ce qui concorde avec la situation du marché du travail : pour les travailleurs jeunes, il s’agit d’un travail saisonnier ou l’un de leurs premiers emplois, pour les travailleurs plus âgés c’est une dernière chance tardive d’obtenir un emploi déclaré (16). Il y a quelques travailleurs étrangers, notamment ukrainiens. Ceux d’entre eux qui ont un permis de travail et une connaissance suffisante du polonais travaillent dans l’entrepôt, d’autres travaillent à la cantine et au nettoyage, ces deux postes étant sous-traités (17).

Hier, il m’a fallu cinq minutes pour aller à la cantine,
où j’ai dû attendre mon repas pendant vingt minutes.
En comptant cinq minutes
pour le retour, il me restait zéro minute pour manger (18).

Dans l’entrepôt de Poznan, le travail s’organise en deux équipes – équipe de jour et équipe de nuit. Chaque semaine, les employés font quatre jours de dix heures – auxquelles s’ajoute une pause de trente minutes non rémunérée, et peut-être des heures supplémentaires. La semaine de travail va généralement du dimanche au mercredi, du lundi au jeudi, ou du mercredi au samedi, et on change d’équipe toutes les quatre semaines : quatre semaines dans l’équipe de jour, puis quatre dans l’équipe de nuit.
Comme dans d’autres entreprises de logistique, les services sont divisés entre « réception » et « expédition ». A la « réception », les employés déchargent les camions avec des chariots élévateurs, déballent, scannent les reçus et entreposent les marchandises.
L’expédition consiste à prendre les marchandises sur les étagères, c’est-à-dire à réunir les articles d’une commande, puis à les emballer et à les expédier, c’est-à-dire à les mettre dans les camions. Les machines sont des tapis roulants, des scanners, et des ordinateurs. L’essentiel du travail s’effectue « à la main », sauf lorsqu’il s’agit de ranger ou de prendre avec des chariots éléva­teurs (19).

Lorsque je travaille trop lentement, je reçois une sorte
de SMS sur mon scanner : « Travaillez plus vite ! » (20)

Comme nous l’avons dit, ce type de travail n’est pas du tout entièrement nouveau. D’autres centres de distribution et de logistique travaillaient de la même manière, même avant l’introduction de systèmes contrôlés par ordinateur, par exemple dans les entrepôts des entreprises de vente par correspondance qui envoyaient des catalogues à des clients qui commandaient par téléphone ou par courrier (21). Amazon s’est servie de la standardisation des systèmes de transport (containers), du potentiel des services en ligne (commandes sur des plates-formes en ligne centralisées), de la taylorisation et de la restructuration du travail logistique (surveillance numérisée, codes de scan, tapis roulants commandés par ordinateur, robots capables de ranger ou de saisir les marchandises, etc.).
Tous les services du FC de Poznan-Sady imposent des quotas de travail ou normes (nombre d’articles que le travailleur est censé manipuler en une heure ou pendant son service d’équipe), le travail est plus rapide et les quotas plus rigides dans le service des expéditions car il s’agit des commandes des clients, plus tenues par les délais de livraison que l’emmagasinage dans le service réception.
Amazon tente fréquemment d’élever les quotas. Les dirigeants prétendent calculer une performance minimum individuelle basée sur la production moyenne des 90 % des travailleurs les plus productifs. Ce « minimum » est utilisé pour faire directement pression sur des travailleurs individuels et les menacer de licenciement. Celui qui n’atteint pas le « minimum » requis doit avoir un entretien de soi-disant « feed-back » avec les cadres, et à l’issue de plusieurs de ces entretiens, les travailleurs peuvent être ­licenciés (22).
La manière dont la direction établit l’« objectif » collectif, c’est-à-dire le quota exigé de tous les travailleurs, reste obscure. Ce n’est que lorsque cet « objectif » est atteint par l’ensemble de l’entrepôt que tous les travailleurs obtiennent une prime sur leur salaire (23).
La rapidité du travail, la pression, et dans nombre de cas le travail manuel lui-même, créent des conditions difficiles et ont des conséquences sur la santé des travailleurs (24), et le mécanisme des quotas que nous avons décrit engendrerait encore plus de pression en raison des niveaux de productivité en augmentation constante – si les travailleurs ne résistaient pas.
Le salaire de départ des employés de l’entrepôt du FC de Poznan-Sady était de 13 PLN (zloties) de l’heure (25). Pour un mois, le salaire de base plus les primes s’élève à environ 2 000 PLN net (480 US$, soit 450 €). En 2015, le salaire minimum dans toute la Pologne était de1 750 PLN brut par mois (420 US-$/390 €) (26). Chez Amazon, les chefs d’équipe touchent environ 20 % à 25 % de plus que les travailleurs de base, les intérimaires touchent le même salaire de base mais n’ont pas droit aux primes.
A Poznan et à Wroclaw, les salaires d’Amazon sont légèrement plus élevés que ceux d’autres entreprises parce qu’elle a constamment besoin d’attirer de nouveaux employés dans ces régions où le chômage est relativement bas, en particulier des intérimaires pour la saison de pointe. Mais si 2 000 PLN net par mois peuvent permettre à une personne seule de s’en sortir, cela ne permet pas de nourrir et de loger une famille avec des enfants en ­Pologne.
Organisation et lutte
à Poznan-Sady
Avant l’ouverture en Pologne des entrepôts d’Amazon à la fin de l’été 2014, les principaux médias polonais ne parlaient pas seulement de l’importance des investissements et du nombre d’emplois créés, mais également des conditions de vie misérables dans les entrepôts d’Amazon dans d’autres pays. A Poznan-Sady, les employés étaient en partie formés par des chefs d’équipe d’Amazon venus de l’étranger, et les chefs d’équipe polonais allaient se former dans des FC au Royaume-Uni et en Allemagne. Ils connaissaient donc tous les niveaux de salaire et les conditions de travail à l’étranger.

Amazon nous dit : Vous êtes les meilleurs travailleurs d’Europe ! Nous demandons : Pourquoi, alors, avons-nous les salaires les plus bas d’Europe ? (27)

Après quelques semaines de travail, certains employés et chefs d’équipe du FC de Poznan-Sady commencèrent à discuter de leur mécontentement au sujet des conditions de travail et des possibilités de s’organiser et de revendiquer des améliorations. Une de leurs propositions était de former une section syndicale dans l’entrepôt avec l’aide de l’un des syndicats polonais existants. Pour plusieurs raisons, ces travailleurs n’aiment guère le gros syndicat Solidarność. Ils le considèrent comme une organisation plutôt passive qui s’intéresse plus à des questions réactionnaires d’ordre religieux et nationaliste qu’aux luttes des travailleurs. Il y a également une différence culturelle entre ces travailleurs, jeunes pour la plupart, dont certains ont fait des études et ont travaillé en Europe de l’Ouest, et ceux de Solidarność qu’ils voient comme « de vieux syndicalistes à moustaches » (28).
Ils ont donc recherché des alternatives sur l’Internet et trouvé le syndicat de base Inicjatywa Pracownicza (IP, Initiative des Travailleurs) à Poznan. Ils ne connaissaient rien de ce syndicat mais ils ont lu sur son site les comptes rendus des luttes militantes de base auxquelles il prenait part – et le chat noir rebelle sur le logo du syndicat IP leur plaisait. Une première rencontre entre les travailleurs d’Amazon et les militants d’IP fut organisée par courriels et appels téléphoniques pour la mi-décembre. Un travailleur se souvient qu’avant cette rencontre dans le local d’IP, les travailleurs avaient décidé que si le bureau était situé dans un énorme immeuble haut de gamme, ils sauraient qu’ils auraient affaire à des « voleurs » et s’en iraient. Heureusement, le local d’IP est une pièce minuscule dans un vieil immeuble (29).
Quelques militants d’IP qui avaient contribué à organiser des campagnes de soutien avaient déjà eux-mêmes commencé à travailler chez Amazon à la fin de l’été 2014 (30).
Sans connaître les travailleurs qui avaient ils avaient distribué des tracts sur les conditions de travail chez Amazon à l’automne –  sans utiliser le nom ni le logo du syndicat.

Ce ne serait pas un mauvais travail si je n’étais pas obligé de travailler de nuit tous les deux mois. Quand je rentre chez moi, je ne dors pas. Il faut que j’emmène les enfants à l’école, fasse le ménage et pense au déjeuner. Juste après 15 heures, je dois être à l’arrêt du bus. Je dors dans le bus (31).

Les deux groupes – les employés mécontents et les quelques militants qui travaillaient chez Amazon – se rencontrèrent sur le parking de l’entrepôt du FC de Poznan-Sady le 16 décembre 2014, dans le but de former une section syndicale IP chez Amazon. Par la suite, le travail d’organisation fut impulsé par l’activité et l’énergie des travailleurs qui n’avaient aucune expérience de ce genre de mobilisation, et par les quelques militants qui fournirent les compétences et l’infrastructure nécessaires à l’enregistrement de la section, à la rédaction et à l’impression des tracts, et au travail syndical face à la direction, etc.
Cette collaboration était possible parce que tous partageaient la même expérience quotidienne d’exploitation sur le terrain, et l’on peut y voir l’exemple d’un processus dialectique de militantisme et de compétence des travailleurs et des militants basé non seulement sur une situation commune mais également sur le but commun consistant à lutter pour obtenir des améliorations, et sur le principe d’une auto-organisation non hiérarchique.
En l’espace d’un an, la section IP chez Amazon à Poznan était passée de 20 membres à environ 350 (mi-février 2016), majoritairement des travailleurs de base en CDI, avec une petite minorité d’intérimaires et très peu de chefs d’équipe. La direction d’Amazon ne connaît que les noms d’environ 15 délégués élus que le code du travail polonais interdit de licencier. Les noms de tous les autres membres d’IP sont inconnus de la direction, afin de leur éviter des pressions (32). Au cours des premiers mois de 2015, la section IP rédigea et distribua plusieurs tracts donnant la parole aux employés sur les problèmes qu’ils rencontraient au travail, des informations sur leurs droits, et plus encore. Les travailleurs, dont certains n’étaient pas membres du syndicat, lancèrent une série de pétitions – qui furent signées par des centaines d’employés. Les motifs reflétaient les principales revendications : contre l’augmentation des quotas, contre les modifications des horaires des équipes, contre le travail les jours fériés – ils reflétaient également la colère engendrée par les bas salaires et la pénibilité du travail par équipes en général.
En étudiant la stratégie d’Amazon face à la syndicalisation aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et en Allemagne, on voit qu’elle va du mépris et du désir d’éviter la confrontation ouverte à des tentatives d’isoler l’activité syndicale et à des manœuvres anti-syndicales (33).
Mais, dans tous les cas, Amazon n’a fait aucune concession officielle. C’est également ce qui s’est produit en Pologne. Puisque IP est officiellement le syndicat représentatif des travailleurs Amazon de Poznan-Sady, Amazon est tenue d’informer la section IP de certains problèmes concernant les ressources humaines, comme par exemple le licenciement d’un employé en CDI, ou des problèmes de sécurité et de santé (34).
Bien qu’Amazon respecte plus ou moins la loi ici, elle évite de reconnaître ouvertement que ses agissements sont liés aux exigences ou aux actions d’IP. En outre, Amazon a commencé à promouvoir son propre organe de représentation de tous ses employés en organisant des comités et des réunions – sorte d’imitation d’un syndicat « jaune » intitulé Forum Pracownicze (Forum des employés) dans l’intention d’affaiblir d’autres formes d’organisation des travailleurs.
Travailler en réseau en Pologne et au-delà
La section IP d’Amazon a gagné des centaines d’adhérents dans le FC de Poznan-Sady et y est devenue le représentant légal de la force de travail, mais elle est peu présente dans les deux autres FC près de Wroclaw où Solidarność compte environ 100 adhérents et représente les employés. En Pologne, tous les FC appartiennent à une seule entreprise, il serait donc logique, quels que soient leurs désaccords politiques, qu’IP et Solidarność travaillent ensemble sur des problèmes comme les prestations sociales ou les problèmes de sécurité et de santé. La section IP d’Amazon essaie de rester en contact avec les travailleurs et les délégués de Solidarność qui travaillent chez Amazon, mais leurs relations demeurent tendues.
Solidarność a fait plusieurs déclarations publiques dans lesquelles il reprochait à IP d’être « agressif » et « irresponsable » tout en se présentant lui-même comme un syndicat ouvert au dialogue et collaborant avec la direction pour le bien de l’entreprise (35) .
Pendant ce temps, Amazon ne fait pas de différence entre Solidarność et IP, du moins officiellement.
Parce que les FC en Pologne desservent principalement le marché allemand, la section IP d’Amazon a tenté d’entrer en contact avec des travailleurs des entrepôts Amazon en Allemagne dès janvier 2015 (36). Le grand syndicat allemand des services Verdi organise des grèves à court-terme depuis 2013. Sa principale revendication consiste à demander à Amazon de signer le protocole d’accord collectif de Verdi avec les employés de l’industrie allemande de commerce de détail et par correspondance. Cela entraînerait une augmentation des salaires chez Amazon puisque, selon les dires d’Amazon, ceux-ci sont alignés sur le niveau des salaires du secteur logistique allemand. Bien qu’Amazon ait, de fait, augmenté les salaires depuis le début des grèves, elle refuse toujours de signer un accord collectif avec Verdi.
Verdi est connu pour sa politique de « partenariat social », pour sa mainmise sur les mobilisations des travailleurs, et pour y mettre fin dès que ces derniers menacent de le déborder (37). La position de Verdi dans le commerce de détail s’est affaiblie en raison d’une diminution du nombre de syndiqués (comme à Karstadt ou à Quelle) et de l’essor d’autres détaillants comme Amazon ou Zalando où la syndicalisation fait peu de progrès ou qui résistent à la syndicalisation (38).
En même temps, ses adhérents sont de plus en plus mécontents de la manière dont Verdi mène ses luttes dans les entreprises et se tournent vers des syndicats de secteurs différents (par exemple dans les chemins de fer, les aéroports et les compagnies aériennes). Verdi a besoin d’une campagne de mobilisation et de grèves chez Amazon pour prouver qu’il peut encore obliger les employeurs à « négocier » des accords et montrer aux travailleurs qu’il est réellement prêt à faire grève et à soutenir de longues affrontements (39). Les grèves chez Amazon n’ont jamais été totales, il s’agit plutôt de grèves courtes très espacées, épargnant le fonds de solidarité de Verdi.
Lorsque les militants d’IP ont contacté les FC Amazon allemands, ils ne savaient pas à quoi s’attendre, compte tenu, également, du fait que Verdi est partenaire de Solidarność par le biais de l’organisation intersyndicale Uniglobal (40).
Cependant, les travailleurs (adhérents de Verdi) des FC de Bad Hersfeld, de Brieselang (près de Berlin) et de Leipzig se sont dits intéressés par une rencontre avec ceux de la section IP ainsi qu’à la création de liens directs entre travailleurs. Les travailleurs Amazon de Bad Hersfeld, en particulier, semblent avoir défendu leur autonomie face à la bureaucratie de Verdi et ont déjà établi des contacts avec des groupes de militants à l’extérieur d’Amazon et des syndicats, par exemple, avec la campagne blockupy dans la ville proche Francfort (41).

Il est très possible que nous réussissions à expédier 800 000 commandes ! Rendez-vous compte, c’est un événement ! Les Allemands, les Anglais et les Français vont nous envier ! (Annonce d’Amazon au FC de Poznan-Sady) (42)

Depuis mars 2015, plusieurs de ces réunions « transfrontalières » de travailleurs Amazon ont été organisées en Pologne et en Allemagne, réunissant entre 10 et 30 employés de Poznan-Sady, Bad Hersfeld, Brieselang et Leipzig – et des militants qui les soutiennent. Il a été décidé d’un commun accord que ces réunions ne seraient pas des rendez-vous officiels d’IP ou de Verdi et se dérouleraient à l’écart de la hiérarchie du syndicat, c’est-à-dire qu’elles seraient de véritables réunions de travailleurs.
Les effets de ces petites réunions de la base ne doivent pas être sous-estimés. Au FC de Poznan-Sady, elles ont changé la perception qu’on avait des employés Amazon en Allemagne, car ils n’apparaissent plus seulement comme des travailleurs bien payés ou même comme des concurrents, mais comme des travailleurs ayant des problèmes similaires (quotas, pression, etc.) et qui sont même en grève contre la même direction. En Allemagne, les travailleurs militants ont fait état d’évolutions similaires : lors de l’ouverture des FC polonais, nombre d’employés Amazon en Allemagne craignaient qu’Amazon délocalise tous ses entrepôts en Pologne « où les salaires sont bas », mais après avoir pris contact avec les travailleurs en Pologne et devant leur militantisme, ils ont appris à les considérer comme des alliés potentiels contre un ennemi commun (43).
La grève perlée
de juin 2015
L’incident le plus surprenant à ce jour est lié au fait que les travailleurs « transfrontaliers » voient les choses sous un jour nouveau. Fin juin 2015, Verdi a déclenché une nouvelle grève dans les FC allemands, et la direction d’Amazon à Poznan-Sady a demandé aux employés de faire une heure supplémentaire chacun pendant deux jours à la fin de leur travail en équipe. Lorsqu’il y a des grèves en Allemagne, Amazon délocalise fréquemment le traitement des commandes dans d’autres FC, comme elle le fait en cas de problèmes d’approvisionnement ou de livraison (dus à la météo, par exemple).
Grâce à leurs nouveaux contacts transfrontaliers, les travailleurs de Poznan savaient que leurs heures supplémentaires étaient dues à la grève en Allemagne, et la section IP a largement diffusé cette information sur son tableau d’affichage et sur des tracts. Au FC de Poznan-Sady, la tension montait depuis des mois, et les pétitions ainsi que la mobilisation réussie d’IP avaient déjà engendré un savoir et une expérience collectifs. Plusieurs jours avant les heures supplémentaires prévues, les travailleurs et les chefs d’équipe savaient qu’il allait se passer quelque chose. Au travail, dans les bus de l’entreprise, et même sur Facebook, les travailleurs échangeaient des idées sur la manière de ralentir le processus de travail. La direction était donc prévenue. Lors de l’équipe de nuit du 24 au 25 juin, les délégués IP sont arrivés en portant des T-shirts de grève Verdi qu’ils venaient de recevoir du FC de Bad Hersfeld. Dans l’espoir de se débarrasser des meneurs potentiels, les cadres envoyèrent certains délégués IP dans un cours de formation.
Pendant ce temps, d’autres travailleurs étaient déterminés à poursuivre leur action. Ils avaient découvert un goulot d’étranglement dans le flux de travail qui pourrait servir à accroître les effets de cette action. Dans une section du service de préparation des commandes, les travailleurs doivent placer les articles dans un container et le placer sur un tapis roulant. Ce soir-là, au lieu de mettre quelques articles dans chaque container, ils commencèrent par n’en mettre qu’un seul par container. Par la suite, pendant l’heure supplémentaire de l’équipe de nuit, le tapis roulant fut couvert de containers ne comportant qu’un seul article qui finirent par bloquer le tapis et en tomber. Lorsqu’il y eut un tas de containers et d’articles, il fallut arrêter le tapis roulant – tout cela sous les yeux du cadre de service qui – s’attendant à quelque chose ce soir-là, était arrivé tard. Des actions similaires se produisaient en même temps dans d’autres sections du FC.
Cette grève perlée était sauvage et n’était pas officiellement organisée par la section IP. Il s’agissait d’une action de désordre auto-organisée par des travailleurs mécontents, sans annonce officielle et sans liste de revendications. Elle impliquait des dizaines de travailleurs, dont bon nombre n’étaient pas adhérents d’IP et n’avaient aucune expérience de ce genre de lutte. Selon les travailleurs qui y ont participé, la grève perlée était l’expression de leur colère qu’engendraient les problèmes du FC de Poznan-Sady, et elle exprimait leur solidarité avec la grève qui se déroulait au même moment en Allemagne. Ils insistaient sur le fait qu’ils ne voulaient pas agir comme des « briseurs de grève ».
La nouvelle se répandit rapidement dans l’entrepôt, créant une grande excitation puisque les travailleurs avaient prouvé, à eux-mêmes autant qu’à la direction, qu’ils n’allaient dorénavant plus accepter tous ses ordres (44).
Cet incident est remarquable dans la mesure où il s’agit d’un exemple rare de solidarité transfrontalière, et non d’une déclaration de solidarité désincarnée émanant des bureaucrates d’un syndicat ou sous la forme d’un petit rassemblement de militants devant les bureaux d’une entreprise, mais d’une action directe de travailleurs sur leur lieu de travail qui ont pris des risques et montré leur détermination à résister. En Allemagne, les travailleurs d’Amazon qui avaient participé aux rencontres transfrontalières en furent à la fois stupéfaits et heureux. Depuis, on a parlé d’un soutien identique des FC allemands pour les actions des collègues de Poznan-Sady, mais jusqu’à présent il ne s’est rien passé.
Les médias polonais et certains médias étrangers ont parlé de la grève perlée comme de la première expression de militantisme ouvrier dans les FC polonais d’Amazon (45). La direction de Poznan-Sady commença à interroger les employés qui avaient pris part à l’action, en mit cinq à pied puis en licencia deux autres. D’autres employés cédèrent à la pression pour signer  des accords mettant fin à leur contrat de travail. La direction ne s’attaqua pas directement aux militants connus mais essaya de les isoler en s’attaquant à des travailleurs non organisés. Il n’empêche qu’une femme qui avait participé à l’action a déclaré pendant son interrogatoire : « Je recommencerai si on nous oblige à nouveau à faire des heures supplémentaires ! » Deux employés attaquent Amazon aux prud’hommes en exigeant leur réintégration et sont soutenus par IP (46).
Comme nous l’avons déjà dit, la grève perlée n’a pas été officiellement reconnue par IP, le faire était courir le risque d’être attaqué au tribunal en raison du caractère « illégal » de l’action. Cela n’a pas empêché la section Solidarność des FC de Wroclaw d’attaquer IP et son action dans une déclaration à la presse quelques jours plus tard, ce qui prouve qu’après tout, les travailleurs ne peuvent espérer aucune solidarité de la part de Solidarność (Solidarité en polonais) (47). Suite à ces événements, l’attitude d’Amazon à l’égard d’IP s’est faite plus hostile. Au cours d’une assemblée de tous les employés (« tous à la réunion ») au FC de Poznan-Sady, le PDG d’Amazon déclara que l’entreprise « préférerait parler directement aux employés plutôt que par le biais du ­syndicat ».
IP avait officiellement engagé un processus de négociation collective avec Amazon le lendemain de la grève perlée et avait présenté les revendications des travailleurs, y compris pour une augmentation des salaires (16 PLN de l’heure) et des pauses plus longues. A la fin de l’été et au début de l’automne 2015, plusieurs réunions de négociation n’aboutirent pas parce que la direction d’Amazon n’envisageait pas sérieusement de satisfaire les revendications, de faire le moindre compromis, ni même de simplement  signer un accord officiel avec IP.
Amazon déclara que la médiation suivante, qui venait de débuter, était un échec. Il semble qu’il s’agissait d’empêcher IP de déclencher une grève légale de deux heures, en manière d’avertissement, pendant la durée de la médiation. Il aurait été facile d’organiser une telle grève et elle aurait permis de mobiliser les travailleurs. Parce que le processus de médiation est officiellement terminé, IP devra s’engager dans le processus légal qu’exige l’organisation d’une grève formelle : un vote majoritaire en faveur de la grève dans tous les FC polonais, y compris ceux de Wroclaw. Pour l’instant, il n’est pas certain que la section d’IP Amazon s’engage dans cette voie. Elle n’est pas sûre d’obtenir suffisamment de soutien dans l’entreprise, et il lui faudra probablement obtenir l’aval de Solidarność pour remporter un vote en faveur de la grève.
Entre-temps, les discussions entre les travailleurs de la section IP d’Amazon se concentrent sur leur présence quotidienne dans l’entreprise et une activité fréquente (pétitions, tractage…) plutôt que sur une grève formelle. D’une part, cela s’explique par le fait que les actions de grèves en Allemagne n’ont entraîné aucun accord avec Amazon. D’autre part, une présence quotidienne et une pression constante sur Amazon semblent essentielles, puisque les actions et les efforts de mobilisation passés ont, de fait, produit des résultats. Amazon a fait passer le salaire horaire à 14 PLN (à la fois à Poznan et à Wroclaw) quelques semaines après la grève perlée et augmenté le montant des primes à la fin de l’automne 2015. Dans les deux cas, en prétendant que ces augmentations n’avaient rien à voir avec les actions des travailleurs. Dans d’autres cas, elle a annulé ou retardé certaines décisions, par exemple, les changements d’horaires, après que les employés eurent ouvertement exprimé leur mécontentement.
Enjeux auxquels est confronté
le syndicat des travailleurs
de Poznan-Sady
Au début 2016, après la période de pointe qui précède Noël et un an après le début de la tentative de mobilisation, les travailleurs de la section IP d’Amazon sont confrontés à plusieurs problèmes épineux concernant le statut d’IP en tant que syndicat, la situation au FC de Poznan-Sady, et la stratégie à utiliser face à la direction d’Amazon :

1. Communications et assemblées :
il n’est guère possible aux travailleurs IP d’Amazon de se réunir en assemblée générale. D’abord, en raison du système d’équipes, il n’existe pas de jour de congé commun qui le leur permette ; ensuite, après dix heures de travail et quatre heures passées dans les transports, les travailleurs sont épuisés – et certains n’ont pas terminé leur journée, il y a les enfants, etc. ; troisièmement, nombre de travailleurs n’habitent pas à Poznan ou à proximité et ne possèdent pas de voiture.
Ces assemblées sont nécessaires, particulièrement en raison du fait que les adhérents d’IP sont concentrés dans une équipe et dans quelques services du FC de Poznan-Sady. La mobilisation des travailleurs de l’autre équipe et d’autres services a un peu progressé au FC de Poznan et, dernièrement, également dans celui de Wroclaw, mais l’équilibre n’est pas encore rétabli.
Des centaines de salariés ont déjà été licenciés d’un jour sur l’autre, et le reste vit dans l’insécurité permanente puisqu’ils ne savent pas s’ils continueront à être employés. Les travailleurs refusent qu’on les divise en bons et mauvais employés (48).

2. Rapports entre les employés en CDI et les intérimaires :
la majorité des des travailleurs de la section IP sont employés par Amazon en CDI, alors que les intérimaires, une fraction importante de la main d’œuvre totale, sont sous-représentés.
Cependant, à quelques exceptions près, la plupart des intérimaires travaillent chez Amazon pour de courtes périodes. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour s’engager dans des mobilisations, et ils disent eux-mêmes ne pas vouloir adhérer à IP parce que leur emploi n’est que temporaire.
Nombre d’entre eux sont mécontents de leurs conditions de travail et de leur statut précaire, mais nombre d’entre eux espèrent également obtenir un emploi en CDI chez Amazon, ce qui les pousse à travailler dur et à faire monter les quotas. Cela entraîne parfois des conflits avec les travailleurs en CDI, donc moins précaires, et qui ont plus de « contrôle » sur les quotas.
Ces rapports se sont encore compliqués pendant la période de pointe qui a précédé Noël, lorsque les travailleurs en CDI ont obtenu des postes « plus faciles » sans quotas, puisque les intérimaires étaient embauchés pour tenir les postes « plus durs » avec plus de pression. Au début de 2016, la pression sur les travailleurs en CDI s’est accrue, et on leur a distribué des tâches assorties de quotas. S’ils travaillent trop lentement ou font des erreurs, ils peuvent être pénalisés. Dans certains cas, les travailleurs des agences de travail temporaire supervisent même le travail des employés en CDI.
La section IP d’Amazon s’est emparée du problème de précarité des intérimaires et organise des rassemblements devant les bureaux des agences de travail temporaire Adecco à Poznan et à Varsovie (49).
Elle exige aussi qu’Amazon limite le nombre d’intérimaires par rapport à l’ensemble de la main-d’œuvre, sans donner de chiffres précis, et Amazon n’a pas réagi. De toute évidence, Amazon veut continuer à diviser la main-d’œuvre ; grâce au contingent d’intérimaires la direction peut embaucher et licencier au gré des fluctuations des ventes, et grâce aux CDI elle peut conserver le savoir et les compétences nécessaires au fonctionnement des entrepôts. En outre, Amazon continuera à employer des intérimaires pour accélérer le rythme de travail et mettre la pression sur les permanents – aussi longtemps que les travailleurs, qu’ils soient en CDI ou intérimaires, ne mettront pas fin à cette pratique (50).

3. Les travailleurs en CDI sont épuisés :
au cours de l’année écoulée, certains travailleurs en CDI, actifs dans la section IP d’Amazon, ont déjà quitté leur travail parce qu’ils ne pouvaient plus le supporter ou parce qu’ils ont trouvé mieux. Nombre de ceux qui restent actifs dans la section travaillent chez Amazon depuis plus d’un an, c’est-à-dire qu’ils travaillent quatre semaines en équipe de jour et quatre semaines en équipe de nuit, ils sont fatigués et épuisés. Comme pour tous les employés en CDI, le taux d’arrêts maladie s’est envolé, particulièrement pendant la période de pointe qui précède Noël.
Plusieurs travailleurs de la section IP d’Amazon n’ont pas travaillé à ce moment-là et cela a entraîné des difficultés pour la mobilisation et la lutte. Par exemple, peu de travailleurs ont participé au rassemblement organisé devant le FC de Poznan-Sady à la mi-décembre 2015 (51).

4. Stratégies efficaces contre limites légales :
la section IP d’Amazon s’est engagée dans un processus de mobilisation qui non seulement l’a préparée au conflit collectif ouvert avec la direction – ce qui n’a entraîné aucune concession de la part de l’entreprise – mais lui a fourni également la base d’actions sauvages telle la grève perlée.
IP ne peut pas se déclarer responsable de ce genre d’actions « en tant que syndicat » tandis que les mesures qu’elle peut prendre « en tant que syndicat » semblent avoir peu d’effet. Les travailleurs Amazon à Poznan-Sady ont conclu que des actions comme la grève perlée permettent d’exercer une pression directe et immédiate sur Amazon même si elles comportent plus de risques pour les travailleurs qui y participent. C’est l’une des leçons des grèves chez Amazon en Allemagne. Lors d’une rencontre à Poznan, l’un des militants du FC de Bad Hersfeld a insisté sur le fait que selon leur expérience, les actions spontanées de travailleurs dans l’entreprise interrompaient le flux de travail et gênaient la direction d’Amazon qui ne pouvait pas, sans préparatifs, reprogrammer les commandes dans d’autres FC – comme elle l’avait fait avant et pendant les grèves annoncées. En outre, la cohésion des travailleurs de la section Verdi du FC de Bad Hersfeld et l’imprévisibilité de certaines de leurs actions y avaient entraîné une amélioration de leurs conditions de travail (52).
Reste la question plus générale, qui ne concerne pas que les employés d’Amazon : comment établir une stratégie de lutte à long terme et efficace contre une entreprise comme Amazon – étant donné d’une part les limites et la prévisibilité des actions des syndicats officiels, et d’autre part l’efficacité des actions sauvages ?

5. Amazon attaque :
en règle générale, la stratégie d’Amazon face aux syndicats oscille entre l’indifférence à la mobilisation et aux exigences des travailleurs et une politique antisyndicale active. L’activité de la section IP d’Amazon n’a pas entraîné de perturbations plus durables dans le processus de travail, mais la grève perlée de juin 2015, le processus de négociation collective et le conflit qui s’en sont suivis, les conflits ouverts lors des assemblées des employés d’Amazon, et une série d’articles critiques dans les médias avec la participation d’IP, engendrent de plus en plus de tensions entre la direction d’Amazon et les délégués IP, et l’on peut s’attendre à des conflits plus nombreux au cours des mois à venir. Par exemple, selon la législation syndicale polonaise, un employeur est obligé de fournir au syndicat un bureau dans l’entreprise, mais Amazon tente de maintenir l’activité syndicale hors de ses entrepôts et a fourni un bureau à l’extérieur ; et alors que jusqu’à présent, les délégués pouvaient utiliser leurs « heures syndicales » pour se rencontrer sur le lieu de travail, Amazon ne les y autorise plus ; et, au cours des dernières semaines, plusieurs délégués IP ont été mutés et rétrogradés, c’est-à-dire qu’on leur a donné des tâches plus pénibles (53).
Si les travailleurs sympathisants d’IP réussissent à maintenir la pression sur Amazon, il se pourrait que la direction redouble d’agressivité.
Extension de la lutte
Amazon agrandit encore son réseau d’entrepôts et de centres logistiques en Europe de l’Est, en ouvrant un nouveau FC à Dobrovice près de Prague à l’automne 2015 (54), et, récemment, en annonçant les projets d’un autre FC en Pologne (55).
Il est plus important que jamais de faire progresser la lutte des travailleurs, la mobilisation transfrontalière et la solidarité.
Actuellement, la collaboration entre les travailleurs d’Amazon de Poznan-Sady et ceux des différents FC en Allemagne est prometteuse. Les secrétaires syndicaux du syndicat allemand des services Verdi tentent cependant fréquemment de l’affaiblir et d’y mettre fin, faisant valoir, entre autres choses, qu’IP ne fait pas partie de l’organisation intersyndicale Uniglobal, ce qui n’est pas le cas de Solidarność (56).  En réalité, il semble que les dirigeants de Verdi craignent que leurs propres militants soient « contaminés » par le syndicalisme de base d’IP. Verdi ne peut guère ignorer le fait que, sur le terrain, IP a plus de succès pour mobiliser chez Amazon que Solidarność, en dépit du soutien d’Uniglobal à ce dernier. Pendant ce temps, Solidarność considère IP comme un concurrent et l’attaque en public pour ses positions et sa politique « radicales » (57).
Les travailleurs devront repousser ces tentatives des dirigeants syndicaux d’affaiblir leur capacité d’auto-organisation.
La dernière rencontre transfrontalière des travailleurs d’Amazon – y compris des travailleurs venus de Pologne et d’Allemagne – s’est tenue à Berlin du 18 au 21 février 2016. On tente actuellement d’entrer en contact avec les entrepôts Amazon dans d’autres pays comme la France, l’Italie, la République tchèque et l’Espagne, mais cela n’a pour l’instant pas abouti à une mobilisation des travailleurs dans ces pays (58).
Les travailleurs de la section IP d’Amazon à Poznan-Sady insistent sur le fait qu’il est essentiel d’entrer également en contact avec encore plus de travailleurs dans d’autres pays possédant de grands entrepôts Amazon : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la Chine.

 

Ralf R. (mars 2016)
(traduit de l’anglais par A. G.)

 

NOTES

(1) « Le rêve américain pour 8,5 zloty de l’heure », c’est le titre d’un article du journal polonais Gazeta Wyborcza du 6 juillet 2015 : « Bunt w polskim Amazonie. Amerykański sen za 8,5 zł za godzinę » (8,5 PLN valent à peu près 2,05 US-$, taux de change du 24 janvier 2016): http://wyborcza.biz/biznes/1,100896,18305728,Bunt_w_polskim_Amazonie__Amerykanski_sen_za_8_5_zl.html

 

(2) Une traduction en allemand d’une version de cet article doit être publiée dans Sozial.Geschichte Online. L’article se base sur l’expérience collective des travailleurs de l’entrepôt Amazon de Poznan-Sady et sur les discussions que l’auteur a eues avec eux depuis l’été 2014 où ils se sont organisés et ont commencé à résister. Cependant, les informations et les interprétations données n’engagent que l’auteur. L’article se borne à documenter l’activité des travailleurs de cet entrepôt Amazon, tandis qu’une discussion politique et stratégique des tentatives d’organisation et des aspects plus généraux de la lutte de classe dans la région, ainsi qu’une analyse exhaustive du développement d’Amazon dans d’autres pays comme l’Allemagne et, par exemple, des conflits entre les travailleurs et le syndicat allemand des services, Verdi, reste à faire.

 

(3) Actuellement, Amazon prévoit de prendre aussi (partiellement) en charge le transport, en montant sa propre flotte de véhicules, d’avions et peut-être de drones. Voir par exemple, http://www.seattletimes.com/business/amazon/amazon-in-talks-to-lease-20-jets-to-launch-air-cargo-business
(4) Pour les services hébergeur et cloud, voir :
https://aws.amazon.com/?nc1=h_ls
(5) Pour la plate-forme entreprises, voir :
http://www.amazon.com/b?node=11261610011

 

(6) En Chine, Amazon éprouve des difficultés à s’étendre en raison de la forte position d’Alibaba, et elle gère même une boutique en ligne sur le site web d’Alibaba taobao.com, voir :  http://blogs.wsj.com/digits/2015/03/06/amazon-opens-store-inside-alibabas-tmall-in-china; https://amazon.world.tmall.comhttp://blogs.wsj.com/digits/2015/03/06/amazon-opens-store-
(7) Voir : https://angryworkersworld.wordpress.com/ 2015/11/11/amazon-in-india-the-e-commerce-jungle-and-workers-reality
(8) Pour une liste des entrepôts d’Amazon, voir : http://www.mwpvl.com/html/amazon_com.html. Les FC d’Amazon sont conçus pour remplir les commandes des clients ; il s’agit d’un système d’espaces d’entreposage reliés par des tapis roulants et de milliers de postes de travail pour recevoir, entreposer, préparer, emballer et expédier les marchandises.
(9) Ceci vient de changer, peut-être de manière temporaire, car Amazon a réalisé des profits en 2015, en partie grâce au succès de ses services web ; voir : http://www.wired.com/ 2015/10/get-used-to-amazon-being-a-profitable-company

 

(18) Employé Amazon de Poznan-Sady, cité par Gazeta Wyborcza.

 

(19) Dans certains entrepôts, Amazon utilise des robots dans certains services, mais uniquement sur des tâches spécifiques. En conséquence, l’essentiel de l’activité des travailleurs est du travail non qualifié, il s’agit de prendre rapidement, de scanner, de courir, de vérifier l’information sur un écran, etc.
(20) Employé Amazon de Poznan-Sady, cité par Gazeta Wyborcza, 17 décembre 2015.
(21) L’auteur a participé à une enquête à Leipzig, en Allemagne, au milieu des années 1990. L’une des entreprises étudiées était l’entrepôt et le service expédition de la grande entreprise de vente par correspondance Quelle. L’organisation et le déroulement du travail y étaient très similaires à ceux des FC d’Amazon aujourd’hui. Pour voir le rapport : Wildcat. « Im Quelle-Versandzentrum: Code Town Fun Club », in Wildcat-Zirkular n° 23, janvier 1996.

 

(22) En fait, personne n’a été licencié à Poznan-Sady à la suite de tels entretiens jusqu’à présent, mais les travailleurs en sont souvent menacés. Avant de licencier un travailleur (pour des infractions, absence de performance (…), la direction d’Amazon met en général la pression sur ce travailleur afin de lui faire signer un « accord » mettant fin à son contrat.
(23) Selon un document Amazon daté du  1er août 2014, la prime sur le salaire de tous les employés est variable : si l’entrepôt atteint entre 95 % et 97,9 % de l’objectif, la prime est de 1 % du salaire individuel, si il atteint entre 98 % et 99,9 %, la prime est de 3 %, s’il atteint entre 100 % et 104 %, la prime est de 5 %, et au-dessus de 105 %, elle est de 7 %.
(24) Voir, par exemple : http://www.theguardian.com/ technology/2015/aug/18/amazon-regime-making-british-staff-physically-and-mentally-ill-says-union

 

(25) Le salaire était de 12,50 PLN de l’heure dans les deux entrepôts de Wroclaw. Ensuite, les salaires horaires des FC polonais sont passés à 14 PLN. Actuellement, 14 PLN équivaut à environ 3,50 US-$ ou 3,20 €. Les salaires horaires d’Amazon en Allemagne et aux États-Unis sont trois ou quatre fois plus élevés : 10-11 US-$ (environ 9-10 €) aux États-Unis et 10-12 € en Allemagne (environ 11-13 US-$ ; taux de change du 27 février 2016).
(26) Le salaire minimum polonais est passé à 1,850 PLN en janvier 2016. Après les déductions, il reste aux travailleurs 1,300-1,400 PLN : : http://www.wageindicator.org/ main/salary/minimum-wage/poland. Chez Amazon, les salaires varient selon les endroits car l’entreprise compare son niveau de salaire avec les salaires locaux et l’ajuste automatiquement.

(27) Tract des travailleurs d’Amazon Poznan, 16 décembre 2015, on peut le voir sur : http://ozzip.pl/teksty/informacje/ogolnopolskie/item/2019-pikieta-przed-amazonem

 

(28) Expression utilisée par l’un des travailleurs.
(29) IP est un syndicat légal d’environ 1 000 membres. Il s’est constitué en 2004 sous l’impulsion de travailleurs militants de gauche qui étaient mécontents de Solidarność et des autres syndicats, et de militants anarchistes qui avaient commencé à participer à des luttes ouvrières. Il est organisé selon les principes de la démocratie directe et n’a pas de permanents rémunérés. Plus de renseignements sur : http://ozzip.pl http://ozzip.pl . Pour la participation d’IP à des luttes antérieures voir cet article sur : http://www.gongchao.org/en/texts/2013/strike-in-chinese-company-in-polish-sez
http://www.gongchao.org/en/texts/2013/strike-in-chinese-company-in-polish-sez
(30) Pour plus de renseignements à ce sujet, voir l’entretien avec un militant d’IP/travailleur chez Amazon dans Wildcat, n° 99 (hiver 2016) – Voir Echanges n° 154, p. 51.

(31) Employée Amazon de Poznan-Sady, citée par Gazeta Wyborcza, 17 décembre 2015.

 

(32) Il arrive souvent que des entreprises licencient des syndiqués en dépit du code du travail. Les tribunaux de prud’hommes en Pologne sont lents à traiter les cas de licenciements illégaux et, en général, les entreprises s’en tirent en payant les salaires sans réintégration.
(33) Sur la politique anti-syndicale d’Amazon aux Etats-Unis, voir, par exemple :
http://www.seattletimes.com/business/small-group-of-amazon-workers-seeks-union-representation et http://www.bloomberg.com/bw/articles/ 2014-01-15/amazon-employees-vote-to-reject-union.  En Allemagne,  des groupes d’employés soi-disant “Pro Amazon” se sont ouvertement opposés à la campagne du syndicat des services allemand Verdi, apparemment avec le soutien de la direction, voir par exemple :  http://www.zeit.de/wirtschaft/2014-01/verdi-amazon-streik-loehne, http://www.augsburger-allgemeine.de/wirtschaft/Pro-Amazon-Bewegung-Glueckliche-Mitarbeiter-oder-alles-nur-PR-id28354242.html
(34) Selon le code du travail polonais, un syndicat est représentatif si le nombre de ses adhérents représente au moins dix pour cent de la force de travail ou s’il est le seul et plus puissant syndicat en termes d’adhérents.

 

(35) Les travailleurs adhérents d’IP à Poznan-Sady ont déclaré au cours d’une réunion à Berlin en février 2016 que des travailleurs adhérents de Solidarność à Wroclaw leur avaient dit qu’ils aimeraient soutenir leurs actions et leurs revendications, mais qu’ils ne pouvaient pas prendre ce genre de décisions puisqu’elles étaient prises par les cadres régionaux de Solidarność.
(36) Pendant ce temps, les FC en Pologne et en République Tchèque sont devenus extrêmement importants pour Amazon Allemagne. Selon des délégués de Verdi, environ 50 % du volume total de livraisons sur le marché allemand étaient traités dans ces FC, et pendant la période de pointe avant Noël, les cinq FC allemands ne traitaient que les commandes urgentes (« Prime » et « Express ») tandis que toutes les autres commandes étaient traitées à Poznan, Wroclaw et Prague (discussion lors d’une réunion à Berlin, février 2016).
(37) Des exemples nous sont fournis avec les grèves des travailleurs du commerce de détail depuis 2008 ainsi que la grève des travailleurs de la petite enfance et celle des postiers en 2015. Pour des vidéos des grèves des travailleurs du commerce de détail auxquelles Verdi a participé, voir : http://de.labournet.tv/6760/streiks-im-einzelhandel ; à propos de la tactique douteuse de Verdi pendant la grève des travailleurs de la petite enfance et celle des postiers,  voir par exemple :
http://www.taz.de/Kommentar-Verdi/!5202355/
(38) De 2001 à 2014, Verdi a perdu environ 750 000 adhérents et est passé de 2,8 millions à environ 2 millions d’adhérents, voir : http://www.zeit.de/wirtschaft/2014-01/verdi-amazon-streik-loehne
(39) Il n’y a pas assez de place ici pour analyser les grèves chez Amazon Allemagne en détail. Elles ont commencé par des actions plutôt improvisées et partiellement auto-organisées de travailleurs mécontents, comme pendant la courte grève dans le FC de Leipzig en 2011 et des actions plus militantes lors de la campagne de mobilisation de Verdi dans le FC de Bad Hersfeld en 2011 et 2012. Plus tard, les secrétaires du syndicat professionnel ont empêché les actions qu’ils trouvaient trop radicales. Sur fond de la syndicalisation réussie des neuf FC Amazon en Allemagne et de grèves ponctuelles dans huit d’entre eux depuis 2013 – c’est la première fois qu’Amazon était confrontée à des grèves – il y a un conflit latent entre les militants de base et les secrétaires de Verdi. Un travailleur dans un FC allemand a déclaré que les secrétaires « n’écoutent pas les travailleurs » mais prennent leurs propres décisions. Au moins dans les FC de Leipzig et de Bad Hersfeld les travailleurs actifs sur le terrain réussissent fréquemment à arracher des concessions à Verdi, mais les décisions qui concernent les tactiques et les dates des grèves continuent à être prises par le comité central de Verdi et non par les grévistes eux-mêmes.
(40) http://www.uniglobalunion.org/
(41) Sur la campagne blockupy, voir :
http://blockupy.org ; sur la réunion avec les travailleurs d’Amazon, voir : http://www.notroika.org/artikel/blockupy-meets-amazon-strikers-bad-hersfeld
(42) Vu dans Gazeta Wyborcza, 17 décembre 2015 : http://wyborcza.pl/duzyformat/1,149485,19353708,jak-sie-pracuje-w-amazonie-polak-picker-doskonaly.htmlbre 2015:
http://wyborcza.pl/duzyformat/1,149485,19353708,jak-sie-pracuje-w-amazonie-polak-picker-doskonaly.html

(43) Voir le film sur labournet.tv :
http://en.labournet.tv/video/6925/amazon-workers-meeting-poznan

(44) Le lendemain, en prévision de l’heure supplémentaire, certains travailleurs se firent porter pâles ou prirent un jour de congé pour ne pas agir en « briseurs de grève ». Toutefois, il faut reconnaître que tous les employés ne soutenaient pas cette grève, et que certains soutinrent plus tard qu’elle était mal préparée, leur faisait courir des risques, etc.
(45) Par exemple : http://poznan.wyborcza.pl/poznan/ 1,36001,18280312,W_podpoznanskim_Amazonie_sie_zbuntowali__Czy_bedzie.html et https://www.jungewelt.de/ 2015/07-25/027.php. Il n’est pas inintéressant que certains médias polonais continuent à parler de la situation à Amazon à Poznan et à Wroclaw de manière critique en ce qui concerne les conditions de travail et les salaires, et même qu’ils parlent avec plus ou moins de sympathie de l’activité d’IP en dépit du fait que l’image et la terminologie radicales de ce syndicat le classent parmi les syndicats d’obédience anarchiste.
(46) La session des prud’hommes s’est ouverte en février 2016, mais n’a pas encore pris de décision.
(47) Voir : http://poznan.wyborcza.pl/poznan/ 1,36001, 18317836,amazon-Solidarność-krytykuje-inicjatywe-pracownicza.html

 

(48) Rapport IP sur le rassemblement au FC de Poznan, 16 décembre 2015 :
http://ozzip.pl/teksty/informacje/ogolnopolskie/item/2019-pikieta-przed-amazonem

 

(49) Voir  http://ozzip.pl/teksty/informacje/wielkopolskie/item/1979-adecco-wyzyskuje-amazon-zyskuje-protest-w-poznaniu; http://ozzip.pl/teksty/informacje/mazowieckie/item/2018-solidarnosciowy-protest-pod-adecco-poland-w-warszaw

 

(50) Il restera sans doute difficile de mobiliser les intérimaires dans la section IP d’Amazon en raison de leurs contrats courts, et les mobiliser au niveau d’une unique entreprise n’est pas forcément une bonne idée. Une analyse du travail temporaire et de la situation, des intérêts et des luttes des intérimaires dans toute la région pourrait servir de base à la formation d’un cadre (supplémentaire) pour la mobilisation et la lutte des intérimaires au-delà des limites d’une entreprise.

 

(51) Malgré tout, les médias en ont fait grand cas : http://poznan.wyborcza.pl/poznan/1,36037,19357237,amazon-protest-pod-poznaniem-pracownicy-przechodza-20-km.html)) et ont poussé Amazon à réagir à certains problèmes soulevés par IP, par exemple le statut des intérimaires.

 

(52) Voir le film sur labournet.tv:
http://en.labournet.tv/video/6925/amazon-workers-meeting-poznan

 

(53) Officiellement, les transferts s’expliquent par des variations dans les charges de travail, mais les managers ont clairement indiqué que les rétrogradations dépendaient des ordres de la direction (conversation avec des employés d'Amazon à Poznan, février 2016).

 

(54) http://www.praguepost.com/realty/49666-amazon-center-in-dobroviz-starts-operation
(55) http://wyborcza.pl/1,91446,19399591,amazon-planuje-rozbudowe-sieci-centrow-logistycznych-w-polsce.html
(56) Le coordinateur de Verdi pour Amazon, par exemple, a qualifié les rencontres transfrontalières de « contreproductives » et déclaré qu’elles renforceraient la direction d’Amazon (d’après un travailleur au cours d’une réunion à Berlin en janvier 2016).

 (57) Ceux qui font campagne en Allemagne pour la solidarité veulent également éviter une rupture avec Verdi.
Il leur arrive à des degrés divers de critiquer la direction de Verdi, mais ils sont incapables d’imaginer des luttes autonomes de travailleurs hors des partis et des syndicats puissants. Certains sont sur des positions trotskistes, d’autres simplement payés par Verdi, d’autres par des syndicats DGB (association de syndicats allemands) ou par le parti social-démocrate Die Linke.
Ce parti a déjà tenté d’utiliser l’activité des travailleurs chez Amazon en Pologne pour ses propres manœuvres politiques. Au cours d’un atelier sur les luttes internationales des travailleurs chez Amazon, organisé avec Verdi et Solidarność à Berlin en octobre 2015, il a fait en sorte que les actions « spontanées » et les formes autonomes de mobilisation n’apparaissent pas sur l’ordre du jour.
(58) Pour plus d’informations, voir le site Rencontre transfrontalière des travailleurs d’Amazon :
https://amworkers.wordpress.com

 

 Chronologie des événements chez Amazon à Poznan-Sady (février 2014 -février 2016)

 

Eté 2014

  • Amazon commence à embaucher à Poznan, d’abord des chefs d’équipe, puis d’autres employés, avec des contrats de trois mois.

  • Discussions entre les militants Inicjatiwa Pracownicza (IP) de Poznan : travailler et intervenir chez Amazon.

 

Septembre 2014

  • Le FC Amazon de Poznan-Sady ouvre le 15 (les deux FC de Wroclaw deux semaines plus tard).

 

Octobre 2014

  • Début des embauches d’intérimaires.

 

Novembre 2014

  • Beaucoup d’heures supplémentaires, premiers conflits avec la direction.

  • Des travailleurs prennent contact avec IP à Poznan pour former une section syndicale.

  • 20 novembre : première rencontre entre les employés d’Amazon et les militants d’IP dans le local d’IP.

 

Décembre 2014

  • 8 décembre : les premiers embauchés avec des contrats de trois mois passent en CDI.

  • 8 et 18 décembre : distribution de tracts sans le logo IP aux arrêts de bus de l’entreprise.

  • 16 décembre, sur le parking d’Amazon : formation d’une section syndicale.

  • 23 décembre : la direction d’Amazon est informée de l’existence de la section syndicale IP.

  • Enregistrement officiel de deux délégués parmi les employés.

  • La plupart des intérimaires doivent partir après la période de pointe qui a précédé Noël.

  • La plupart des employés ayant des contrats de trois mois passent en CDI.

 

Janvier 2015

  • Début janvier : Solidarność ouvre une section syndicale au FC de Wroclaw.

  • Première pétition des employés du FC de Poznan-Sady contre le travail le 6 janvier (jour férié) ; elle reçoit 100 signatures.

  • 9 janvier : première réunion publique de la section IP d’Amazon (à l’extérieur du FC).

  • 16 janvier : tract IP dénonçant le non-paiement des primes de décembre.

  • Mi-janvier : première réunion d’IP avec la direction, on parle des salaires amputés, de la confusion sur les primes, des bulletins de salaire illisibles, du rôle des agences de travail temporaires.

  • Premières discussions pour contacter les travailleurs en grève en Allemagne, doutes au sujet de l’engagement de Verdi.

  • Premier contact avec les travailleurs d’Amazon et leurs soutiens (Bad Hersfeld, Berlin, Leipzig) par courriel.

  • Fin janvier : IP compte plus de 80 adhérents au FC de Poznan-Sady.

 

Février 2015

  • 2 février : distribution d’un tract expliquant comment le syndicat fonctionne.

  • 20 février : assemblée générales des adhérents d’IP chez Amazon et choix des délégués.

 

Mars 2015

  • La section IP d’Amazon devient une section inter-entreprises afin de couvrir les intérimaires qui travaillent chez Amazon.

  • 6 mars : la section IP d’Amazon distribue aux travailleurs un tract de 4 pages sur les problèmes au travail et le travail de syndicalisation.

  • 19 mars : les travailleurs d’Amazon à Poznan-Sady rencontrent ceux de Bad Hersfeld et les militants de blockupy à Francfort.

  • 23 mars : première réunion de la section de Wroclaw avec Solidarność. On parle de la caisse d’aide sociale.

  • Fin mars : pétition des employés contre le travail le lundi de Pâques (Amazon donne son accord : ce jour sera chômé).

  • Fin mars, IP a plus de 150 adhérents au FC de Poznan.

 

Avril 2015

  • 2 avril : pétition de 53 employés pour une journée de travail plus courte (jusqu’à 12 h 30) le samedi de Pâques (4 avril) ; Amazon refuse sous prétexte qu’il est « trop tard ».

  • Bad Hersfeld 24-26 avril : première rencontre transfrontalière « officielle » entre les travailleurs d’Amazon de Poznan-Sady, Bad Hersfeld, Leipzig et Brieselang.

  • Fin avril : IP déclare officiellement sept délégués.

 

Mai 2015

  • 15 mai : pétition signée par 400 employés contre l’élévation des normes et les bas salaires.

  • 15 mai : réunion IP avec la direction au sujet de la pétition, la mauvaise qualité des bus de l’entreprise, l’exigence d’un calendrier répartissant le travail longtemps à l’avance, la caisse d’aide sociale, demande d’informations sur la compétitivité dans la région et les augmentations de salaires possibles.

  • Poznan 22 mai : rencontre des travailleurs Amazon de Poznan-Sady, Bad Hersfeld et Brieselang.

  • Varsovie 23 mai : participation de ces travailleurs d’Amazon à la manifestation IP contre le travail précaire.

 

Juin 2015

  • 3 juin : Amazon prend contact avec IP au sujet des premiers licenciements de ceux qui n’ont pas atteint les quotas, IP s’y oppose, les employés restent.

  • Poznan 13 juin : rencontre des travailleurs de Poznan-Sady, Bad Hersfeld et Brieselang

  • 23 juin : IP diffuse une enquête signée par 550 travailleurs pour protester contre les prévisions de modification des horaires d’équipe.

  • 24-25 juin des dizaines de travailleurs commencent une grève perlée sauvage au FC de Poznan-Sady contre les heures supplémentaires, en liaison avec une grève en Allemagne.

  • Cinq femmes sont mises à pied à cause de la grève perlée du 25 juin. Deux d’entre elles sont licenciées ultérieurement.

  • 25 juin : IP diffuse un tract sur les grèves à Amazon en Allemagne et une banderole de soutien est suspendue à un pont près du FC de Poznan-Sady.

  • 26 juin : IP fait part de ses revendications et annonce officiellement le début d’un processus de négociation collective (pour le 1er juillet).

  • 28 juin : Amazon commence une série d’entretiens de ceux qui ont participé à la grève perlée ; les délégués IP n’y sont pas admis. IP informe les travailleurs de leurs droits.

  • Fin juin : IP a plus de 200 adhérents et 10 délégués au FC de Poznan-Sady.

 

Juillet 2015

  • 7 juillet : Solidarność attaque IP dans un communiqué de presse à propos de la grève perlée.

  • 9 juillet : IP répond à l’attaque de Solidarność.

  • Poznan 10 juillet : début des premières négociations collectives sur une liste de revendications.

  • 10 juillet : IP diffuse un tract devant les deux FC Amazon de Wroclaw.

  • 15 juillet : conférence de presse d’IP à l’occasion du vingtième anniversaire de la création d’Amazon.

  • Fin juillet : IP compte plus de 240 adhérents au FC de Poznan.

 

Août 2015

  • 11 août : deuxième session de négociations collectives sur les revendications d’IP.

  • Fin août : ouverture du deuxième service de préparation des commandes au FC de Poznan-Sady.

 

Septembre 2015

  • Poznan 11-13 septembre : deuxième rencontre transfrontalière « officielle » des travailleurs d’Amazon.

  • 11 septembre : IP diffuse des tracts au FC de Poznan-Sady

  • 12 septembre : rassemblement au centre-ville de Poznan en liaison avec la rencontre transfrontalière.

  • 15 septembre : troisième séance de négociations avec la direction ; IP reconnaît l’échec des négociations.

 

Octobre 2015

  • Début octobre : Amazon emploie 1 700 « badges bleus » (CDI) et 1 600 « badges verts » (intérimaires) à Poznan.

  • En prévision des fêtes de Noël, des centaines de nouveaux intérimaires sont embauchés chaque semaine.

  • 22 octobre : IP diffuse un tract sur les problèmes des intérimaires au FC de Poznan-Sady.

  • 28 octobre : IP organise un piquet de grève devant l’agence Adecco de travail temporaire à Poznan.

 

Novembre 2015

  • 18 novembre : IP distribue un tract au FC de Poznan-Sady annonçant « un million d’articles en magasin ».

  • 20 novembre : distribution de tracts IP dans l’un des FC de Wroclaw (WRO2).

  • 24 novembre : Amazon met fin à la médiation dans le cadre du processus de négociations collectives.

  • 26 novembre : Solidarność émet un autre communiqué de presse attaquant IP et ses menaces de grève.

  • 29 novembre : diffusion de tracts au nouveau FC Amazon de Dobrovice, en République tchèque.

 

Décembre 2015

  • Leipzig 9 décembre : rencontre des travailleurs de Poznan-Sady et de Leipzig et de leurs soutiens.

  • Deuxième semaine de décembre : pétition des caristes du FC de Poznan-Sady exigeant des salaires plus élevés et des primes.

  • Rassemblements IP en soutien des intérimaires devant les bureaux de l’agence de travail temporaire Adecco à Poznan et à Varsovie.

  • 16 décembre : piquet de grève IP devant Amazon à Poznan-Sady, diffusion d’un tract de solidarité rédigé par les travailleurs d’Amazon de Leipzig.

  • De nombreux licenciements d’intérimaires débutent à la mi-décembre (fin de la période de pointe qui précède Noël).

 

Janvier 2016

  • Amazon emploie 1 700 « badges bleus » et 2 400 « badges verts » à Poznan-Sady ; et 700 responsables, 1 600 « badges bleus » et 1 000 responsables, 2 000 « badges verts » dans les deux FC de Wroclaw.

  • FC de Poznan-Sady 21 janvier : distribution de tracts d’information sur les activités d’IP, invitant les travailleurs à adhérer.

  • 25 janvier : Adecco propose des emplois chez Amazon alors que de nombreux intérimaires viennent d’être licenciés.

 

Février 2016

  • 2 février : procès aux prud’hommes d’un travailleur licencié à cause de la grève perlée au FC de Poznan-Sady.

  • Berlin 18-21 février : troisième rencontre transfrontalière « officielle » des travailleurs Amazon de Poznan-Sady, Bad Hersfeld, Brieselang et Leipzig.

  • 19 février : diffusion d’un tract IP devant le FC de Brieselang (près de Berlin) en liaison avec la rencontre transfrontalière.

 



 

 

 

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22 août 2017

L'OST: Réflexions sur les nouvelles technologies et le salariat.

Toute la brochure en PDF, cliquer ci dessous

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L'OST: Réflexions sur les nouvelles technologies et le salariat.

Table des matières

 Introduction

  •  L' expérience chilienne dite CyberSyn
  • -Les résistances du monde du travail aux nouvelles technologies.

  • Le rapport Nora/Minc et la télématique

  • Les horaires mobiles :début de l' éclatement du temps de travail et de sa baisse hebdomadaire

  • Les 35h les horaires mobiles et l' écrétage.

  • Années 1980 -1990 "L' industrialisation du tertiaire"ou Bureautique

  • le chamboulement des métiers

  •  

  • 3-Les nouvelles technologies et transfert du travail vers la sphère privée de la société civile.

  • la polyvalence une passerelle vers la sphère privée

  • Code du travail et contrats de travail

  • La cocréation un nouveau concept loin d' être neutre.

  • Les cadres "autonomes" et le forfait-jour
  • 4-Les nouvelles technologies,contrat de travail, chômage et surnuméraires.

-La colonisation du secteur informel

-les surnuméraires

-5-L'OST du XXI éme siècle et le salariat

-La toile d' araignée du réseau global

-La numérisation dans l' industrie

 

-Conclusions

 

ANNEXES

-La numérisation et le chantage à l' emploi.

-Talanx et Generali : même combat

-Cocréation: quand le client fait votre travail!

 

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20 août 2017

INFOBREF N°494- retraite spécial réversion

INFOBREF N°494

 Grâce a la LURA (Liquidation Unique dans les régimes alignés) encore une baisse des retraites !

Gerard MOUGENOT

France

17 août 2017 — Citation du COR (CONSEIL D’ORIENTATION DES RETRAITES ) : la LURA entrainera une baisse de pension autour de 0,9% pour les départs (liquidés en LURA ou non) entre 2020 et 2027….
Le principe de la LURA est de calculer et de verser une pension unique à un assuré poly ‐affilié des régimes alignés comme si cet assuré n’avait relevé que d’un seul régime, alors qu’auparavant il aurait pu percevoir jusqu’à trois pensions différentes.
Cette réforme s’applique à toute personne ayant cotisé dans au moins deux régimes de sécurité sociale durant sa carrière (régime général, MSI, MSA).Elle est applicable depuis le 1 er juillet …
Merci de mobiliser pour plus de signatures ….et pour plus de détails sur la LURA :
COR : http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-3813.pdf
Cgt : http://www.cgt.fr/La-Lura-une-reforme-qui-rabote-les-retraites.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=facebook

Retraite : les pièges de la réversion !

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Le capitalisme dit mondialisé, veut pour diverses raisons simplifier et universaliser les systèmes de retraites, ne serais ce que pour faciliter la mobilité au niveau de l' UE. Au niveau mondial , avoir une retraite c' est une exclusivité des pays de l' OCDE. Exclusivité dont il faut rogner les ailes pour qu' enfin la retraite et encore plus le système de réversion soit ramené au plus petit dénominateur.

En France,le principe de la réversion est simple : en cas de décès d’une personne, une partie de sa pension de retraite peut continuer à être perçue par son conjoint. Cependant pas d'illusion, d' année en année les règles pour l' obtenir se resserrent.

En France dans le privé, il y a deux systèmes qui se superposent ; le régime général ( sécurité sociale) et le complémentaire Agirc pour les cadres et Arcco pour les non-cadres.

le régime général, ou le taux de réversion est de 54%, sous réserve de remplir plusieurs conditions. Le conjoint survivant doit avoir au moins 55 ans et ne pas dépasser un certain niveau de ressources. Pour l' année 2017 les plafonds sont de :

Montant minimum

3 406,47 euros par an,

soit 283,87 euros par mois.

Même si votre conjoint bénéficiait d'une très petite retraite, le montant de votre pension de réversion doit donc être au moins égal à ces montants.

Le montant maximum d'une pension de réversion est fixé à :

*10 591,56 euros par an, 882,63 euros par mois.

Agirc, Arrco et RSI

Le fonctionnement n’est pas le même pour les régimes complémentaires Agirc-Arrco ainsi que pour le RSI. Tout d’abord,  le taux est ici de 60%. Mais, « le conjoint du défunt doit avoir cotisé au régime des salariés ou des indépendants ». Cette réversion n’est pas automatique.

Il faut impérativement en faire la demande auprès de la caisse concernée en sachant qu’il faut avoir 55 ans au minimum pour l’Arrco et le RSI et 60 ans pour l’Agirc.

Enfin, concernant les ressources, l’Agirc et l’Arrco n’imposent aucun plafond de revenus a ce jour.

En revanche, le Régime social des indépendants RSI ne verse de pension de réversion qu’aux personnes qui touchent moins de 2 fois le plafond annuel de la sécurité sociale

La condition de mariage

Au-delà de ces règles, il est également important de rappeler que seules les personnes mariées peuvent prétendre à une pension de réversion. Autrement dit, pacsés et concubins sont exclus du dispositif.

Si la personne décédée a été mariée plusieurs fois, les droits sont calculés au prorata des années de mariage. De surcroît, une durée minimale de mariage peut être exigée dans certains cas (2 ans pour les fonctionnaires, 5 ans pour les avocats par exemple).

Pour l' avenir pas se faire d'illusion les conditions imposées par l’Agirc et l’Arrco pourraient évoluer à l’issue de nouvelles négociations .A voir également

La réversion chez les fonctionnaires

Définition

La pension de réversion est une pension touchée par le conjoint ou l’ex-conjoint d’un défunt. Elle est égale à un pourcentage du montant de la pension de retraite que le fonctionnaire décédé percevait avant sa mort. Si le fonctionnaire était encore en activité, la pension de réversion est calculée à partir de la pension que le défunt aurait perçu s’il avait atteint la retraite.

Conditions

Le bénéficiaire doit avoir été marié avec la personne décédée.
Il doit également remplir l’une des conditions qui suivent :

  • avoir eu au moins un enfant issu de ce mariage ;

  • le mariage doit avoir duré au moins 4 ans ;

  • le mariage doit avoir été célébré au moins 2 ans avant la mise à la retraite du défunt ;

  • le défunt bénéficiait d’une pension d’invalidité et la date du mariage est antérieure à l’événement ayant entraîné sa mise à la retraite.

Les mêmes conditions sont applicables à l’ex-conjoint divorcé qui ne s’est pas remarié. Si vous êtes un ex-conjoint et que vous vous êtes remarié avant le décès, il faut que votre nouvelle union ait cessé et que vous n’ayez pas acquis d’autres droits à pension de réversion au titre de ce nouveau mariage. En outre, le droit à pension de réversion ne doit pas avoir été ouvert au profit d’un autre conjoint ou d’un orphelin.

Plafonds de ressources

Il n’existe pas de plafonds de ressources pour pouvoir toucher la pension de réversion d’un fonctionnaire.
En revanche, si vos ressources - pension de réversion comprise – sont inférieures au montant de l’Aspa (ex minimum vieillesse), vous avez droit à un complément de pension pour atteindre ce montant.

Concubinage

Pour toucher une pension de réversion, il faut obligatoirement avoir été marié avec le défunt. Par conséquent, vous ne pouvez pas toucher cette pension si vous étiez simplement en concubinage ou unis par un Pacs.

Montant

Le montant de la pension de réversion versée après le décès d’un fonctionnaire est égal à 50 % du montant de la pension de retraite de base dont il bénéficiait ou dont il aurait pu bénéficier s'il avait atteint la retraite.

Sur le montant de la pension auquel s'applique ce taux, voir le calcul du montant de la retraite d'un fonctionnaire.

Majorations

Le cas échéant, vous pouvez bénéficier en plus :

  • d’une majoration pour enfant égale à la moitié de la majoration pour enfant de la retraite de base du fonctionnaire décédé ;

  • d’une majoration égale à la moitié de la rente d’invalidité éventuellement touchée par le défunt.



Remariage

Si le défunt a été marié plusieurs fois, la pension de réversion doit être partagée entre vous et les autres conjoints. Le montant que vous toucherez sera calculé proportionnellement à la durée de vos mariages respectifs.

Perte

Vous perdez le bénéfice de la pension de réversion si, après la mort du fonctionnaire, vous vous remariez, vous vous pacsez ou vous vivez en concubinage. Mais vous pouvez demander à la toucher à nouveau si vous rompez votre nouvelle union.

Demande

La demande de pension de réversion se fait à l’aide d’un formulaire. L’organisme auprès de qui faire la demande varie selon que le défunt était un fonctionnaire d’Etat, un fonctionnaire territorial ou un fonctionnaire hospitalier.

Etat

Si le défunt était un fonctionnaire d’état encore en activité, vous devez remplir le formulaire cerfa n°12231*03. Si le défunt était à la retraite, vous devez remplir le formulaire cerfa n° 11979*05.

Territorial ou hospitalier

Les formulaires ne sont pas les mêmes si le défunt était fonctionnaire hospitalier ou territorial. Si le défunt était à la retraite, vous devez contacter la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL). S’il était encore en activité, vous devez demander votre pension par l’intermédiaire de la collectivité employeur.

RAFP

Le conjoint survivant d'un fonctionnaire décédé peut également bénéficier d'une pension de réversion sur la base des droits acquis par le défunt dans le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP). Le taux de réversion est égal à 50 %. La pension peut être obtenue sans condition d'âge. Les enfants de moins de 21 ans peuvent également bénéficier d'une pension de réversion RAFP.

La demande de réversion RAFP se faire en même temps que celle du régime de base. Elle s'intègre dans les formulaires de demandes du Service des retraites de l’Etat ou de la CNRACL.



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09 août 2017

INFOBREF N°493-Uber, digital

INFOBREF N°493

La redoutable stratégie des barbares digitaux

29 décembre 2016 par Yovan Menkevick

Vous l’avez sans doute déjà compris, parler de numérique est un peu ringard. Ne parlons pas de l’horrible terme « d’informatique » à ranger désormais dans le tiroir poussiéreux des technologies absconses du XXème siècle. Le bon terme, pour parler technologies de l’information (là aussi c’est ringard) est américain — si l’on veut un tant soit peu paraître à la pointe des dernières tendances (toujours technologiques) — et il réunit tous les fantasmes de la geekerie startupienne : le digital.

« Didjitôl » si tu prononces bien. Mais comme tu es Français, tu dis digital. Le doigt. Le même mot que pour l’empreinte digitale. Qui ne signifie rien d’autre en français que le doigt. Un peu comme si, pour parler des voitures, de l’automobile, on utilisait le mot anglais « car ». Ce qui pourrait donner : j’ai acheté une car, car j’avais besoin d’en changer. Oui, bon, l’exemple est moyen, mais vous voyez ce que je veux dire.

De la stratégie digitale et des barbares qui vont tout disrupter

Une bonne policy digitale, enfin une bonne stratégie, parce que bizarrement, là, on garde le terme français, passe par la disruption. Tout le monde le sait et on se demande s’il est nécessaire d’en parler plus avant. Même Macron s’est emparé du concept, puisqu’il est un « candidat disruptif ». Pour épater la galerie des ignares, parlons de disruption. Mais vite fait.

La disruption, c’est de l’innovation, voyez-vous. Une façon d’innover qui casse tous les codes établis auparavant, qui fait table rase du passé, pour inventer des trucs que personne n’a encore vu ou osé faire. Sarkozy, sans le dire, était un candidat disruptif avec sa « rupture ». Parce que c’est ça la disruption : une rupture. Dans le monde du digital, l’innovation doit être disruptive, sinon ce n’est pas vraiment de l’innovation digitale. D’où le fait que les vrais innovateurs digitaux, en France, se nomment eux-mêmes les « Barbares ». Comme une partie de nos ancêtres venus du froid, qui avaient des casques à pointes et maniaient la hache avec autant de vélocité que les startupers manient le touchpad, les disrupteurs digitaux veulent tout envahir et tout changer. Whaaaa. On en tremble.

Uber, Un barbare disruptif… justement

Le grand barbare disruptif digital mondial en chef, est une entreprise californienne de réservation en ligne de VTC. La grande disruption digitale d’Uber a été, soi-disant, de coder une app qui vous géolocalise et vous permet d’alerter un ex-chômeur reconverti en chauffeur auto-entrepreneur d’occasion (ou pas) et qui vient vous chercher avec sa « car » pour vous câliner un maximum.

Il faut avouer que d’un point de vue technique, vu le nombre d’app équivalentes qui existent, on se demande bien ou est la rupture technologique de l’app Uber. Et c’est justement là le génie d’Uber : la disruption est ailleurs que dans la technologie en tant que telle. Elle est dans la capacité à balayer plein d’autres choses, issues du vieux monde ancien poussiéreux qui nous ennuie tant, comme : le code du travail et ses contrats pénibles avec sa protection sociale qu’un employeur offre normalement à une personne en lien de subordination, les règlementations toutes pourries sur les taxis, ces gros ringards qu’on aimerait bien désormais voir uniquement dans des films historiques. Et puis, cerise sur le gâteau de la disruption, la notation du client envers le chauffeur, qui, s’il n’a pas assez câliné ses clients, peut voir sa note baisser en dessous de 4,7/5 et se faire éjecter par son pseudo employeur disruptif, Uber, qui n’en est pas un, mais prend quand même 20% de comm pour chaque course (et a imposé désormais 25%). Génie !

Le barbare Uber a envahi plus 240 villes dans le monde avec son système de maquignon digital, et permis ainsi à des hordes de chômeurs ou de travailleurs pauvres de faire chauffeur pauvre à 15 heures par jour 6 ou 7 jours sur 7, sous pression de clients proprets, avides de confort et de « rupture digitale ». Ils sont nombreux, ces clients, à trouver Uber « formidable », et maudire tous ces taxis grognons et pas pratiques. Comme on les comprend. Ils ont en plus la possibilité de donner leur avis, émettre une opinion sur la créature servile qui les charrie, et peuvent, ô comble du pouvoir digital du doigt, lui faire perdre son travail, ou le conforter dans sa servitude au géant californien, par la grâce d’un simple clic…digital. Émouvant. Efficace. Moderne.

…mais un peu clodo

Le truc marrant avec Uber, c’est qu’ils sont malgré tout un peu clodo, dans la boite. Ils n’ont pas une thune, disent-ils, au point d’avoir 800 millions de dollars qui manquent à l’appel pour le seul dernier trimestre 2016. C’est comme ça dans le monde des startups disruptives : on éclate tout, on devient un quasi monopole mondial, on est valorisé à plusieurs milliards, mais on est fauché. Savoir ce qui coûte tant à Uber — qui n’a rien d’autre à gérer qu’un tiroir-caisse digital automatisé par son app — reste mystérieux, surtout quand on pense qu’avec 20% de commission sur chaque course et aucune flotte de voitures ou de chauffeurs à gérer, il n’y a pas beaucoup de frais de fonctionnement dans son « business model ». Mais bon. C’est le mystère du digital. Sûrement. Le doigt est impénétrable.

Reste qu’Uber, fort de ce constat, a pris le taureau numérique par les cornes et commencé à faire rouler des VTC sans le C. Des VTA : Véhicule de transport Autonome. Le PDG a compris très vite que les clients, quand même, pouvaient trouver tout ça très bien, mais encore un peu trop cher. Et il a bien expliqué que la cherté, on savait d’où elle venait : de « l’autre type ». Celui qui vous charrie. Le chauffeur qui bouffe la feuille avec le prix de sa course pour gagner 800€/mois en travaillant 15h par jour. Le PDG a donc déclaré :

Et ensuite, il a commencé à mettre en test 3 ou 4 Uber Car sans conducteurs et promet de bientôt charrier les gens avec un chauffeur digital, bénévole. Moderne. Efficace. Disruptif.

C’est comment qu’on freine… j’voudrais descendre de là…

A tous ceux qui ont applaudi face à la « lutte d’Uber » contre les syndicats, les taxis, l’Etat, contre toutes ces rigidités absurdes venues d’un autre temps, et qui ont bien souligné qu’ils ne reviendraient jamais en arrière, c’est-à-dire prendre un taxi, « parce que quand même, c’est troooop top les VTC Uber », une petite pensée…

La vie n’est pas un paquet cadeau, et la suffisance narcissique technologique de ceux qui veulent profiter de toutes les innovations, ne devrait pas — normalement — permettre un tel mépris envers la partie de la population, toujours précarisée et instrumentalisée par les barbares digitaux. Mais à terme, les mêmes qui aujourd’hui s’enthousiasment pour la disruption, seront eux aussi remplacés par des machines. Les voitures seront autonomes, et la totalité des humains, dépendants. Tout ça risque d’être fort amusant.

C’est comment qu’on freine ? J’voudrais descendre de là…



Deliveroo : les livreurs s’organisent contre le paiement à la course

Extrait de révolution permanente

La direction de la société de repas à domicile va généraliser et imposer pour les « bikers » le payement à la course, de quoi s’inquiéter pour les coursiers d'une drastique perte de rémunération. Depuis l'essor de l'ubérisation à la course, les conditions de travail et surtout de rémunération n'ont pas cessé de se dégrader.

Olivier Isidore vendredi 4 août



© Illustration : Charlie Poppins pour Les Inrockuptibles

La startup britannique travaille avec quasiment 7500 coursiers sur le territoire français, définis comme « livreurs auto-entrepreneurs » (pour mieux vendre du rêve) l’entreprise souhaite imposer aux travailleurs ce qu’elle appelle la « convergence à la tarification ». Il s’agit de simplifier le mode de rémunération des coursiers. A l’heure actuelle il existe deux types de tarification : ceux qui avaient commencé après septembre 2016 sont payés 5€ à la course et les dits « anciens » (ceux qui ont débuté avant cette date) qui sont près de 600, selon Deliveroo bénéficieraient d’un mode de rémunération fixe à 7,50€ de l’heure auxquel s’ajoute un complément de 2 à 4 euros selon la qualité du service offert. L’objectif de la startup est de faire passer tout le monde au même tarif, alors que l’entreprise s’était engagée à respecter la tarification des anciens et de laisser au libre choix ceux qui veulent en changer. Mais actuellement, ceux qui n’ont pas signé le contrat de tarification sous les nouvelles conditions reçoivent un mail les sommant de le faire, sous menace de les mettre à la porte, se plaignent les coursiers.

Selon le secrétaire général du syndicat CGT coursiers en vélo de la Gironde M. Hay, la nouvelle réglementation des rémunérations provoquera une perte drastique des rémunérations. Ceux qui avaient un tarif fixe horaire ainsi que 4€ par commande « devront désormais réaliser 7,5 commandes par heure pour ne pas perdre de l’argent, ce qui est impossible » et ceux qui percevaient 2€ par commande en plus du tarif fixe « devront livrer 2,5 commandes par heure pour ne pas y perdre. Ce qui est déjà très compliqué », le secrétaire poursuit « peut-être que quelques uns vont y gagner en travaillant la nuit et le week-end ». Mais il précise « on se bat déjà pour travailler car la direction a fait rentrer trop des coursiers ».

Le constat de M. Hay est pertinent, en effet pour comprendre la démarche, pas besoin d’avoir lu Le Capital de Karl Marx, ni d’être un génie en mathématiques. Le capitalisme est simple : Deliveroo est en train de créer sa propre « armée de réserve » de précaires pour ainsi soumettre ses livreurs à la concurrence et de cette façon faciliter la baisse des rémunérations.

Deliveroo dit « travailler à améliorer l’algorithme pour que les livreurs aient le moins de temps d’attente possible au restaurant pour récupérer le repas et le moins de distance à parcourir ». De quoi faire marrer les livreurs qui s’attendent déjà aux prochaines mesures à suivre après cette « convergence à la tarification », le passage au mode Free déjà utilisé par Ubereats qui revient à un système ou il n’ y a pas de planning : chacun vient travailler quand il veut, comme pour les chauffeurs Uber.

Le combat ne fait commencer, mais pour que la lutte soit victorieuse, les coursiers doivent commencer par unifier leurs demandes (Les coursiers bordelais demandent l’arrêt définitif de cette nouvelle tarification, alors qu’à Lyon ils demandent une augmentation de 5€ à 7,50€ par course). Mais mise à part ces divergences revendicatives, le fond du problème ce n’est pas tellement le prix de la course, c’est le système d’ubérisation qui est en train de se mettre en place dans une grande quantité de secteur et qui est en complet accord avec le souhait du gouvernement et des patrons d’éliminer le code du travail et d’ubériser le marché du travail. La salarisation des « Bikers courtiers » s’impose. Ainsi, Deliveroo devrait prendre en charge les équipement de protection individuelle pour les coursiers (casque, protège-coudes, vestes, etc...) mais aussi la prise en charge du téléphone portable (outil essentiel pour la livraison) ainsi que le vélo et son outillage de réparation. Car dans ce domaine là, le vélo est un outil de travail, ainsi que pour tout ce qui est du domaine des cotisations salariales et mutuelle, qui pour l’instant restent à la charge du travailleur. A bas l’uberisation, passage en CDI pour toutes et tous les coursiers !



Un nouvel algorithme de Google limite l’accès aux sites Web progressistes et de gauche

Andre Damon et Niles Niemuth

Au cours des trois mois écoulés depuis que le monopole des moteurs de recherches sur Internet, Google, a annoncé qu’il fallait empêcher les utilisateurs d’accéder à de « fausses nouvelles » (fake news), le classement mondial du trafic d’une large gamme d’organisations de gauche, progressistes, anti-guerre et démocratiques a considérablement diminué.

Le 25 avril 2017, Google a annoncé qu’il avait mis en place des modifications de son service de recherche pour rendre plus difficile pour les usagers d’accéder à ce qu’il appelait des informations « de mauvaise qualité » telles que les « théories du complot » et les « fausses nouvelles ».

La société a déclaré dans un article de blogue que l’objectif central de la modification de son algorithme de recherche était de donner au géant des recherches un plus grand contrôle dans l’identification du contenu jugé répréhensible par ses directives. Il a déclaré qu’il avait « amélioré nos méthodes d’évaluation et effectué des mises à jour algorithmiques » afin de « contenir un contenu plus autorisé ».

Google a poursuivi : « Le mois dernier, nous avons mis à jour nos lignes directrices sur la qualité de la recherche (Search Quality Rater Guidelines) pour fournir des exemples plus détaillés de pages Web de mauvaise qualité pour que les évaluateurs puissent les signaler de manière appropriée ». Ces modérateurs sont invités à signaler « les expériences qui pourraient perturber des usagers », y compris les pages qui présentent de « théories du complot », sauf si « la requête indique clairement que l’usager recherche un autre point de vue ».

Google n’explique pas précisément ce qu’il entend par le terme « théorie du complot ». En utilisant la catégorie large et amorphe des « fausses nouvelles », l’objectif du changement dans le système de recherche de Google est de restreindre l’accès à des sites Web présentant des opinions différentes, dont la couverture et l’interprétation des événements s’opposent à celles des médias de l’establishment tels que le New York Times et le Washington Post.

En signalant le contenu de telle sorte qu’il n’apparaît pas dans les premières une ou deux pages d’un résultat de recherche, Google est capable de bloquer efficacement l’accès des usagers à celui-ci. Étant donné qu’une grande partie du trafic sur le Web est influencée par les résultats de recherche, Google peut dissimuler ou enterrer efficacement le contenu auquel il s’oppose, grâce à la manipulation des classements des recherches.

Le mois dernier, la Commission européenne a imposé une amende de 2,7 milliards de dollars à la société pour avoir manipulé les résultats des recherches pour orienter les usagers de manière inappropriée vers son propre service de comparaison, Google Shopping. Maintenant, il semble que Google utilise ces méthodes criminelles pour empêcher les utilisateurs d’accéder aux points de vue politiques que l’entreprise considère comme répréhensibles.

Le World Socialist Web Site fait partie des cibles des nouvelles « méthodes d’évaluation » de Google. En avril 2017, 422 460 visites au WSWS venaient de recherches Google, ce chiffre a chuté à environ 120 000 ce mois-ci, soit une baisse de plus de 70 pour cent.

Même si l’on utilise des termes de recherche tels que « socialiste » et « socialisme », les lecteurs nous ont informés qu’il leur était de plus en plus difficile de localiser le World Socialist Web Site dans les recherches de Google.

Les références des recherches de Google vers le WSWS ont diminué d’environ 70 pour cent

Selon le service d’outils pour les webmestres de Google, le nombre de recherches qui ont permis aux usagers de voir le contenu du World Socialist Web Site (c’est-à-dire un article WSWS apparu dans une recherche Google) est passé de 467 890 par jour à 138 275 au cours des trois derniers mois. La position moyenne des articles dans les recherches, entre-temps, est passée de 15,9 à 37,2 au cours de la même période.

David North, président du Conseil de rédaction international du WSWS, a déclaré que Google était engagé dans la censure politique.

« Le World Socialist Web Site existe depuis près de 20 ans », a-t-il déclaré, « et il a développé un large public international. Au cours du printemps dernier, le nombre de visites individuelles au WSWS par mois dépassait 900 000 ».

« Alors qu’un pourcentage significatif de nos lecteurs se rend directement sur le WSWS, de nombreux internautes accèdent au site via des moteurs de recherche, dont Google est le plus utilisé. Il n’y a pas d’explication innocente pour la chute extraordinairement forte du lectorat, pratiquement du jour au lendemain, en provenance des recherches Google ».

« L’affirmation de Google selon laquelle il protège ses lecteurs contre les « fausses nouvelles » est un mensonge politique. Google, un monopole massif, avec les liens les plus étroits avec les agences de l’état et du renseignement, bloque l’accès au WSWS et à d’autres sites Web progressistes et de gauche grâce à un système de recherches biaisé ».

Au cours des trois mois écoulés depuis que Google a mis en œuvre les modifications apportées à son moteur de recherche, moins de personnes ont eu accès aux sites d’information de gauche et anti-guerre. Sur la base des informations disponibles sur les analyses d’Alexa, d’autres sites qui ont subi des baisses dans le classement incluent WikiLeaks, Alternet, Counterpunch, Global Research, Consortium News et Truthout. Même les groupes de défense des droits démocratiques tels que l’Union américaine pour des libertés civiles et Amnesty International semblent avoir été touchés.

Un large éventail de sites de gauche, progressistes, et anti-guerre ont vu diminuer leur rang dans les palmarès du trafic au cours des derniers mois

Selon Google Trends, le terme « fausses nouvelles » a quadruplé en popularité au début de novembre, à l’époque des élections américaines, alors que les démocrates, les médias et les agences de renseignement cherchaient leur imputer la responsabilité de la victoire électorale de Donald Trump sur Hillary Clinton.

Le 14 novembre, le New York Times a proclamé que Google et Facebook « ont fait face à de nombreuses critiques sur les fausses nouvelles sur leurs sites qui ont influencé le résultat des élections présidentielles » et qu’ils prendraient des mesures pour lutter contre les « fausses nouvelles ».

Dix jours plus tard, le Washington Post a publié un article intitulé « L’effort de propagande russe a contribué à diffuser de “fausses nouvelles” lors des élections, disent les experts », qui ont cité un groupe anonyme appelé PropOrNot qui a compilé une liste de « fausses nouvelles » diffusant « la propagande russe ».

La liste comprenait plusieurs sites classés par le groupe comme « de gauche ». De manière significative, il a ciblé globalresearch.ca, qui reproduit souvent des articles du World Socialist Web Site.

Après des critiques très répandues sur ce qui n’était pratiquement rien d’autre qu’une liste noire de sites anti-guerre et anti-établissement, le Washington Post a été obligé de publier une rétractation, en déclarant : « Le Post, qui n’a nommé aucun de ces sites, n’apporte aucune garantie quant à la validité des résultats de PropOrNot. »

Le 7 avril, Bloomberg News a rapporté que Google travaillait directement avec le Washington Post et le New York Times pour « vérifier les articles » et éliminer les « fausses nouvelles ». Ceci a été suivi par la nouvelle méthodologie de recherche de Google.

Trois mois plus tard, sur les 17 sites déclarés « fausses nouvelles » par la liste noire discutée du Washington Post, 14 avaient leur classement mondial en baisse. Le déclin moyen de la portée mondiale de tous ces sites est de 25 pour cent, et certains sites ont vu leur portée mondiale descendre de près de 60 pour cent.

« Les actions de Google constituent de la censure politique et sont une attaque flagrante contre la liberté d’expression », a déclaré North. « À un moment où la méfiance du public envers les médias de l’establishment est répandue, cette entreprise géante exploite sa position de monopole pour restreindre l’accès du public à un large éventail de nouvelles et d’analyses critiques ».

Andre Damon et Niles Niemuth

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08 août 2017

Google restreint l'accès à 13 importants sites web socialistes, progressistes et antiguerre

Le nouveau protocole de recherche de Google restreint l'accès à 13 importants sites web socialistes, progressistes et antiguerre

Par Andre Damon et David North
3 août 2017

De nouvelles données compilées par le World Socialist Web Site, avec l'aide d'autres sites de nouvelles en ligne et d'experts en technologie de recherche, prouvent qu'une perte massive de lecteurs observée par les sites socialistes, antiguerre et progressistes au cours des trois derniers mois a été causée par une diminution cumulative de 45 % du trafic provenant des recherches Google.

Cette baisse a été observée après que des modifications ont été apportées aux protocoles d'évaluation de recherche de Google. Dans un communiqué publié le 25 avril, Ben Gomes, vice-président de l'ingénierie de l'entreprise, a déclaré que la mise à jour du moteur de recherche Google bloquerait l'accès à des sites «offensants» tout en s'efforçant de faire ressortir le «contenu faisant autorité».

Le World Socialist Web Site a obtenu des données statistiques estimant le déclin du trafic généré par les recherches Google pour 13 sites ayant un lectorat important:

* wsws.org est tombé de 67%

* alternet.org a diminué de 63%

* globalresearch.ca a chuté de 62%

* consortiumnews.com a chuté de 47%

* socialistworker.org a diminué de 47%

* mediamatters.org a diminué de 42%

* commondreams.org a diminué de 37%

* internationalviewpoint.org est tombé de 36%

* democracynow.org a diminué de 36%

* wikileaks.org a chuté de 30%

* truth-out.org a diminué de 25%

* counterpunch.org a diminué de 21%

* theintercept.com a chuté de 19%

Sur les 13 sites web figurant sur la liste, le World Socialist Web Site a été le plus touché. Le trafic provenant des recherches Google a diminué de deux tiers.

Ces nouvelles statistiques démontrent que le WSWS est une cible centrale de la campagne de censure de Google. Au cours des douze mois précédant la mise en œuvre des nouveaux protocoles Google, le WSWS a connu une augmentation substantielle du nombre de lecteurs. Une partie importante de cette augmentation était le produit des résultats de recherche Google. L'augmentation rapide du trafic de recherche reflète la croissance bien documentée de l'intérêt populaire pour la politique socialiste en 2016. Le taux de croissance s'est accéléré après les élections de novembre, qui avaient entraîné de grandes protestations contre l'élection de Trump.

Le trafic de recherche vers le WSWS a atteint son sommet en avril 2017, précisément au moment où Google a commencé à mettre en place ses protocoles de censure.

Un autre site touché par les actions de Google a fourni des informations qui confirment les résultats du WSWS.

«Fin mai, les modifications apportées à l'algorithme de Google ont eu une incidence négative sur le volume de trafic vers le site web Common Dreams provenant de recherches Google organiques», a déclaré Aaron Kaufman, directeur du développement au site d'actualités progressiste Common Dreams. «Depuis mai, le trafic de Google Search en pourcentage du trafic total vers le site Common Dreams a diminué de près de 50%.»

L'ampleur et l'impact des actions de Google prouvent qu'une combinaison de techniques est utilisée pour bloquer l'accès aux sites ciblés. Parmi celles-ci, on note le signalement direct et la réduction du classement du WSWS et des 12 autres sites énumérés ci-dessus par les évaluateurs Google. Ces sites reçoivent une cote négative qui garantit que leurs articles seront soit rétrogradés, soit entièrement évités. En outre, la nouvelle technologie de programmation enseigne aux ordinateurs à penser comme les évaluateurs, c'est-à-dire à imiter leurs préférences et leurs préjugés.

Enfin, la précision de cette opération suggère fortement qu'il existe une gamme supplémentaire de techniques d'exclusion impliquant la sélection de termes, de mots, de phrases et de sujets associés aux sites socialistes et de gauche.

Cela expliquerait pourquoi le World Socialist Web Site, qui met l'accent sur des questions telles que la guerre, la géopolitique, les inégalités sociales et les luttes ouvrières, a subi une chute aussi spectaculaire des recherches générées par Google sur ces mêmes sujets. Nous avons vu que les termes et les phrases mêmes qui, dans des circonstances normales, seraient les plus susceptibles de générer le plus de visites – tels que «socialisme», «marxisme» et «trotskysme» – produisent les pires résultats.

Il s'agit d'un processus continu où l'on peut s'attendre à ce que les évaluateurs Google ajoutent continuellement des termes suspects pour rendre leur algorithme de plus en plus précis et finalement éliminer le trafic vers le WSWS et d'autres sites ciblés.

L'information qui a été recueillie et publiée par le WSWS au cours de la dernière semaine révèle que Google est au centre d'un complot de la grande entreprise et de l'État pour réduire considérablement les droits démocratiques. L'attaque contre la liberté d'expression et l'accès à l'information sans censure visent à paralyser l'opposition populaire aux inégalités sociales, à la guerre et à l'autoritarisme.

Le rôle central et sinistre de Google dans ce processus démontre que la liberté de parole et de pensée est incompatible avec le contrôle capitaliste d'Internet.

En continuant d'exposer l'assaut de Google sur les droits démocratiques, nous exigeons que le géant informatique arrête et révoque immédiatement et totalement son programme de censure.

Il est essentiel qu'une campagne coordonnée soit organisée aux États-Unis et internationalement contre la censure de Google de l'Internet. Nous avons l'intention de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour développer une contre-offensive à cette tentative d'étouffer la liberté de parole et de pensée.

La lutte contre la censure imposée sur Internet par la grande entreprise et l'État est essentielle à la défense des droits démocratiques, et il doit y avoir une large collaboration entre les sites socialistes, de gauche et progressistes pour alerter le public et la classe ouvrière dans son ensemble.

(Article paru en anglais le 2 août 2017)

 

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05 août 2017

Dans le monde une classe en lutte- juin 2017

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UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE

Avant d’engager les réformes nécessaires pour le capitalisme français, le gouvernement et sa Chambre introuvable vont se donner les moyens de maîtriser le combat social prévisible. C’est le but réel de textes prévus sur la « sécurité ». Parallèlement sont annoncés les textes sur les relations de travail. Les lois répressives permettront — éventuellement — de maîtriser tout mouvement d’opposition sauvage. La loi sur la moralisation de la vie publique est la pilule de diversion masquant quelque peu l’offensive sociale prévisible.

Il est évident que la France de 2017 n’est plus la France de 1945. Les structures d’encadrement de l’exploitation de la force de travail ne sont pas du tout ce qu’elles étaient alors après la guerre, le capitalisme français avait besoin de l’effort des travailleurs et de leur paix sociale. Les fameux « régimes spéciaux » axés sur la pénibilité du travail et son importance économique pouvaient également justifier quelque peu des «pièges ». Des garanties de sécurité d’emploi, de santé et de retraite pouvaient emporter l’adhésion de l’ensemble des travailleurs. Aujourd’hui, mis à part ce qui touche la fonction régalienne de contrôle-répression (elle aussi touchée par l’évolution des techniques), le régime général et tous les régimes spéciaux sont devenus ou inexistants (il n’y a plus de mines) ou totalement anachroniques d’autant plus que, face à la crise et au tarissement des ressources, le recours à des travailleurs précaires s’est fait de plus en plus important, même dans les secteurs «privilégiés ».

On pourrait multiplier les exemples de tels anachronismes dont le coût global impose d’être réduit voire supprimé car consommant inutilement de la plus-value, ce qui créé d’une part des situations de conflit permanent (on comprend bien que les intéressés défendent bec et ongle leurs « acquis ») et d’autre part une incitation revendicative dans le secteur général. Si pour les travailleurs en CDI, et surtout ceux des régimes spéciaux, le « des avantages acquis » est au centre de l’action revendicative, celle-ci peut prendre une multitude de formes tant générales (par exemple le maintien pour l’essentiel de l’ensemble des garanties sociales) que spécifiques. L’accumulation de cet ensemble fait que présentement en France la survie du travailleur, quel que soit son niveau de précarité, est bien meilleure que dans les États voisins qui eux, ont pu imposer des réformes drastiques sur l’ensemble des conditions d’exploitation de la force de travail.

Cela explique l’insistance constante des taux des prélèvements sur le PIB — en fait sur cette plus-value — pour le fonctionnement de l’État, et la redistribution sociale (nécessaire tant pour garantir la paix sociale que pour assurer un minimum de fonctionnement au système dans le cadre national voire européen) : ce taux des prélèvements sociaux atteint 46 % et le taux global de la dépense publique 56 % du PIB (la moyenne européenne est de 40 % et 37 % pour l’Allemagne.

Bien sûr cette situation a des causes. Ce n’est pas tant la récurrence des grèves locales et localisées qui pouvaient inciter à la prudence récurrente des dirigeants dans la voie d’une réforme de fond, que le capital appelle à grands cris. Ce que confirme avec insistance une économiste : « La France est entrée en 2016 dans une longue période de conflits sociaux » (3 millions de jours de grève en France, Manon Meisterman, 31/03/2016, Fondation Ifrap). Si l’on veut aller au-delà et trouver des chiffres sur ce sujet dans des sources diverses plus ou moins fiables touchant le nombre de grèves dans la période récente : 81 grèves en 2014, 966 en 2015, 800 en 2016. Mais ce décompte ne dit pas grand-chose car il inclut sous une seule unité les grèves locales (les plus nombreuses), les plus difficiles à cerner et à résoudre. Les intérimaires eux-mêmes ne s’écrasent pas du fait de leur précarité : ils ressortent d’autres possibilités de lutte plus sournoises. Ils biaisent constamment avec le règlement et malgré stress, fatigue et mauvaises conditions de travail (et parfois des raisons touchant le vie personnelle), ils font un usage constant de tous les dopants possibles et le tout a des incidences évidentes sur la sacro-sainte productivité. Le vol de petits outils et, lorsque c’est possible, de matériel, le vol de temps en prenant des pauses diverses sévissent tout autant qu’ailleurs.

Si toutes ces résistances concernent le monde de l’exploitation directe de la force de travail, il est un autre champ

de résistance qui recoupe les impasses dans lesquelles les tentatives de marche en avant du système en France sont tout autant bloquées. Il est de fait que plusieurs « projets » du développement capitaliste se heurtent à des résistances telles qu’elles conduisent à des blocages.

Chacun peut avoir connaissance des oppositions globales à l'exploitation du gaz de schiste, à l'expansion du tout nucléaire ou encore les « rouges » en Bretagne, ou les blocages plus ponctuels comme à Notre-Dame-des-Landes, Sivens, Roybon, le site de Bure et autres avec la formation de ZAD. Mais ces oppositions existent également dans le détail de la mise en œuvre locale de politiques touchant tous les secteurs de la vie sociale, dont on n'a connaissance souvent qu'au hasard de contacts personnels.

Ainsi, le blocage dans l’expansion et la modernisation de capital en France rejoint les blocages dus aux résistances ouvrières. Elles contribuent d’une part à faire fuir les industries, tant par leurs difficultés d’expansion que par les coûts de production qui ne supportent pas la concurrence étrangère, d’autre part dans la méfiance des investisseurs étrangers devant une réputation amplifiée par la médiatisation mondiale d’incidents sociaux comme ceux de Goodyear ou d’Air France.

Comme nous l’avons déjà souligné, l’ensemble des résistances de toutes sortes — que pas plus la droite que la gauche n’ont voulu affronter directement ou ont échoué dans les rares tentatives — n’ont pas permis de réduire le taux de prélèvements, alors que les tentatives d’augmenter la plus-value extraite directement (voir toutes les restructurations du cadre de l’exploitation de la force de travail) ne donnaient que des résultats mitigés car soulevant plus de problèmes qu’ils n’en résolvaient et créant d’autres formes de résistance.

L’impasse que nous avons soulignée devient question de survie pour le capital en France, et elle implique de réduire drastiquement d’une part les limites à l’exploitation directe de la force de travail (d’où les projets touchant tant les embauches et les licenciements que les facilités de licenciement et leur indemnisation éventuelle,) d’autre part les « accessoires » du salaire (financement et réorganisation de la gestion des avantages sociaux).

Ce qui se passe sur le plan politique peut s’assimiler d’une certaine façon à une union nationale. Dans le passé, les unions nationales n’ont jamais présagé rien de bon pour l’ensemble de la population et plus particulièrement la classe ouvrière. Il s’agit d’imposer des sacrifices tels qu’ils apparaissent absolument nécessaires pour leur survie même, comme en temps de guerre. La « capitaliste française » est-elle si menacée face aux ennemis que représentent les autres capitalismes nationaux et mondiaux. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit : dans le sauvetage patriotique de l’union nationale, l’ennemi qu’il s’agit de vaincre est l’ensemble de ceux qui peu ou prou font que le capital en France se sente assez menacé pour lancer cette expérience de sauvetage national.

Il reste une question non négligeable dans tous ces projets, celles des « sociaux ». Pas seulement les syndicats mais toutes les représentations de la société civile dont l’irruption dans les processus de blocage a été déterminante mais dont il est difficile de prévoir un avenir, tant il s’agit d’un domaine imprécis tant dans ses objectifs que dans ses formes d’action. Par contre, le rôle des syndicats dans l’encadrement de la gestion de la force de travail n’est plus à faire, même s’il se limite plus aujourd’hui à une force légale qu’à une force d’adhésion. Qu’ils soient patronaux ou salariés, les syndicats restent un maillon légal incontournable, au cœur de l’activité économique : ce sont eux qui sont les premiers à être consultés en vue des réformes essentielles.

Ce ne serait pas nouveau mais c’est abstraire l’ensemble du mouvement de grèves nationales et de grèves générales, le nombre de travailleurs concernés, la durée de la grève et son niveau de violence. Un seul chiffre pour donner une idée de la multiplicité des grèves : dans une semaine de mai 2017, on dénombre 13 grèves en France dans l’enseignement, les collectivités locales, la santé, la métallurgie, les postes, la SNCF et autres transports terrestres et aériens.

Dans les luttes dans une entreprise, sur un objectif précis, d’autres facteurs, par exemple un ressentiment quant à l’atmosphère générale de la boîte, peuvent donner plus de force et de cohésion à l’action. Il en est de même pour les grèves nationales d’une branche ou une grève générale toutes branches confondues. L’exemple récent le plus marquant est donné par les actions de 2016 contre la loi el Khomri qui procédaient aussi d’un malaise général du monde du travail qui pouvait aussi apparaître dans d’autres secteurs.

S’il est un domaine où il est particulièrement difficile de faire une évaluation c’est précisément le niveau de mécontentement, d’une part parce que les éléments qui pourraient permettre une approche dépendent des pouvoirs économiques et politiques qui n’ont aucun intérêt à le faire apparaître dans des chiffres, d’autre part parce que les actions ou manifestations qui peuvent en témoigner sont très diverses et parcellaires — les grèves n’en étant

qu’une partie. L’abstention politique en est une autre.

De 1990 à 2015, en France, le taux de pauvreté mesuré en pourcentage du revenu moyen d’un salarié est passé de 1990 à 2015 à 8 % de la population (pour un revenu à 50 %, le nombre de ces pauvres étant passé de 4 à 5 millions) et à 15% (pour un revenu à 60%, le nombre des pauvres, passé de 7,millions à 9 millions). Ce dernier chiffre représente environ 3 % de la population âgée entre 15 et 64 ans mais près de 10 % si l’on considère qu’un quart de cette population n’a aucune activité professionnelle.

Si l’on considère les trois millions de chômeurs (10 % de la population active), les 15 % qui sont dans des situations précaires (CDD et intérimaires), le temps partiel qui atteint 20 % des actifs, le million d’auto-entrepreneurs à la situation mouvante et précaire, tous ces éléments qui s’associent ou se surajoutent à la précarité de l’emploi et à d’autres facteurs pesant dans la vie quotidienne comme le logement, on peut comprendre pourquoi s’est développée au cours des années l’inquiétude de basculer d’une situation relativement stable dans une des catégories de précarité et de difficultés.

En regard d’une telle situation — qui s’exprime par une désaffection de la politique en général et par l’abandon de toute adhésion aux structures (partis et syndicats) supposées adapter les relations de travail aux nécessités du capital mais qui s’avèrent impuissantes à le faire — des résistances se manifestent avec une certaine efficacité car, jusqu’à aujourd’hui, le capital n‘a pas réussi par ses relais politiques à imposer en France une austérité de choc, qui fait florès dans nombre de pays européens.

La grève reste ainsi une des premières formes de résistance. Elle a pu prendre dans un passé récent la forme de mouvements illimités nationaux, comme en 1995 contre la réforme des régimes de retraite ou en 2006 avec le mouvement anti-CPE ; la révolte des banlieues de 2005 ou le mouvement contre la loi travail lié à Nuit Debout de 2016 qui n’étaient pas liés directement aux relations de travail se relient de toute évidence à ce malaise général. S’ils n’ont pas eu de résultats tangibles, ils ont quand même renforcé la prudence des pouvoirs économiques et politiques dans leurs projets d’adaptation des conditions de travail aux nécessités du capital par crainte d’explosions sociales du style 1995 ou 2006 ou 1968, abandonnant toute attaque frontale pour une sorte de grignotage dans le détail de l’exploitation du travail au niveau des unités de travail.

Une autre caractéristique des conflits des 20 dernières années, par-delà les « grèves » évoquées et cette poussière de petites grèves localisées, fut l’irruption d’une violence sociale avec menace de destruction de l’appareil de production ou attaque physique de dirigeants. Cette voie fut ouverte en quelque sorte par le conflit Cellatex en 2000, pour s’étendre dans la période 2009-2010 lors des restructurations conséquentes à la crise mondiale. Dans une période plus récente, ces poussées de violence sociale ont resurgi à Amiens chez Goodyear et à Air-France pour revenir récemment dans la Creuse chez un sous-traitant de l‘automobile GMS avec la menace de faire sauter la barraque. Ce qui montre la latence d’une violence qui peut resurgir à tout moment n’importe où.

Il ne faut pas, dans l’évaluation de cette conflictualité, négliger les autres aspects de la sacro-sainte productivité qui, à défaut de grandes grèves et de conflits ouverts quels qu’en soient les caractères s’expriment dans le quotidien de l’exploitation soit dans des comportements individuels face aux règles de cette exploitation, soit collectivement. Les sociologues ont évalué l’impact de ces comportements sur la formation de la plus-value pour conclure qu’ils étaient infiniment plus efficaces que l’ensemble des conflits comme les grèves. C’est pour une bonne part ce qui explique d’une part les évaluations — et les salaires — du travailleur à la performance, et d’autre part le phénomène d’auto-entrepreneur (Uber and Co).

Pour prendre des formes différentes en raison de l’évolution des techniques et des méthodes de production et de la multiplication des formes du contrat de travail, il n’en reste pas moins que les formes quotidiennes de résistance individuelle de tout exploité comme l’absentéisme, le turnover, le vol de temps de travail comme du matériel ou de la marchandise, la récupération sous toutes ses formes, y compris avec les moyens informatiques, restent un problème pour le capital et comme toujours une épine dans le pied de tout le procès de formation de la plus-value ; d’autant plus que la moitié des exploités est encore en CDI, et que la précarité engendre le turnover et le coût d’une formation, même minimale, renouvelée.

Il est particulièrement difficile de chiffrer l’impact sur l’ensemble du procès de production d’autant plus que

l’ampleur de la chaîne logistique entre production et distribution est étendue à l’échelle du monde (depuis le piratage maritime, le détournement de conteneurs, le vol de camions et de leur chargement), d’autant plus que l’énorme appareil destiné à prévenir les vols ou autres sabotages a un coût particulièrement élevé (rien que pour les « vols », le contrôle coûte plus cher que les vols eux-mêmes, pour ne pas évoquer le coût des patrouilles maritimes conjointes pour éviter le piratage maritime en Mer Rouge).

On pourrait multiplier les exemples qui montreraient que par son insatisfaction même, l’intérim et le CDD ont leur revers qui n’est nullement la productivité recherchée par ailleurs. Comme ce secteur concerne la moitié de la population active, on peut considérer que les résistances ouvrières (c’est-à-dire le travailleur privilégiant son intérêt à celui du capital) font que cette orientation de l’organisation du travail pour résoudre certains problèmes de productivité ne résout rien mais en créé d’autres. Tant qu’existe une exploitation de la force de travail, quelles qu’en soient les formes et les conditions, des résistances se développent et si des transformations ont visé à vaincre certaines formes de résistance, d’antres naissent à leur tour dans une dialectique résistance-répression qui durera tant que durera l’exploitation de la force de travail par le capital. Et cela peut se développer hors de tout contrôle syndical, dans un affrontement direct avec le pouvoir.

On ne peut formuler pour le moment de critique définitive sur les projets en préparation. Mais on peut en souligner ce que l’on en sait des projets.

Le projet sur la sécurité de l’état d’urgence contiendrait entre autres des mesures rendant plus faciles, en en faisant le norme législative, les mesures répressives déjà existantes sous une forme exceptionnelle. Une disposition nouvelle serait particulièrement dangereuse pour toute activité politique et sociale quelle qu’elle soit : l’internement administratif préventif ou répressif permettrait sans aucun jugement d’enfermer tout individu simplement suspecté d’une activité jugée dangereuse pour le système. On peut mesurer l’usage d’une telle disposition pour tenter de briser tout mouvement social : grèves, manifestations ou autres.

Quant aux dispositions sur la réglementation du travail, outre l’aggravation prévue de la principale disposition de la loi sur les dérogations possibles (notamment le référendum direct d’entreprise), on trouve un ensemble de dispositions qui répondent aux désirs du patronat (CDI de projet plus favorable aux patrons que le CDD, plafonnement des indemnités prud'homales et limite à un an des recours, fusion de l’ensemble des délégations d’entreprise). Nous reviendrons sur cet ensemble lorsqu’il aura été figé dans le marbre de la loi.

Une perspective d’avenir. Aux USA et dans l’UE, les auto-entrepreneurs atteindraient 4,7 millions d’exploités soit entre 20 et 30 % de la force de travail ; Le premier ministre britannique Theresa May a nommé pour étudier la situation du travail en Grande-Bretagne Taylor (un ancien conseiller de Tony Blair) qui a déclaré : « Les nouvelles formes d’emploi ont beaucoup d’avantages pour les travailleurs et les consommateurs… On doit approcher le problème avec un esprit ouvert. »

TOUTES LES DELOCALISATIONS DE L’INDUSTRIE DU VETEMENT SE DEPLACENT, LES LUTTES AUSSI

Il y a des décennies, les premières délocalisations visaient ce qu’on a appelé les quatre dragons asiatiques ; Corée du Sud, Taïwan, Hong kong et Singapour. Mais la montée en puissance de la Chine continentale et son énorme réservoir de migrants exploitables à des taux et conditions incomparables fit de ce pays le paradis des délocalisations de la frusque et de la godasse. Mais cela n’eut qu’un temps car rassembler des prolos dans ces vastes unités de travail par dizaines et même par centaines de milliers unifiés par la même misère créait les conditions mêmes d’une lutte de classe, et les grèves finirent par se multiplier, entraînant une augmentation des coûts de production. Les pays voisins, nouveaux dans cette compétition, offraient eux aussi un prolétariat issu de la paysannerie et exploitables à des taux plus bas que la lutte de classe imposait en Chine. C’est ainsi que l’on vit des transferts vers tous les pays du sud-est asiatique : Vietnam, Cambodge, Laos, Thaïlande, Birmanie et Inde.

Mais l’exemple le plus marquant fut le surpeuplé Bangladesh qui devint le champion des délocalisations du textile. Et l’histoire se renouvela : les concentrations de prolétaires dans les usines qui poussaient un peu partout dans ces

régions, avec des capitaux venus de quatre dragons et de l’Ouest capitaliste, devinrent le théâtre d’une lutte de classe exacerbée par la concurrence féroce régnant dans ce secteur. Le dernier théâtre de cette fuite capitaliste vers l’Ouest pour conserver les plus-values énormes dégagées de cette surexploitation, c’est l’Afrique, dont la population croissante est en bonne partie prolétarisée par l’accaparement des terres par les multinationales agricoles : le capital de ce secteur y retrouve les conditions primitives de la Chine d’antan. Parions qu’il y retrouvera aussi dans quelque temps la lutte de classe — qui le contraignait à quitter son pays d’accueil temporaire — d’un prolétariat combatif qu’il avait lui-même secrété.

Cela ne signifie pas que les luttes aient cessé dans tous les pays qui ont successivement accueilli les capitaux baladeurs à la recherche des meilleures conditions d’exploitation mais qui ont pu garder des secteurs où l’introduction de l’innovation et de techniques de production autorisent la garantie d’un taux de plus-value respectable ; on peut ainsi retracer les déplacements depuis la Chine (salaire mensuel compris entre 156 et 260 £), la Thaïlande (237 £), le Vietnam (90-123 $) l’Indonésie (80-130 $), l’Inde (78-130 $), le Cambodge (100 $), le Pakistan (85-95 £), le Bangladesh (68 $ ), le Sri Lanka (66 $), l’Éthiopie (40 $).

L’Afrique, avec son potentiel de population (doublement d’ici 2050), sa masse de migrants (par exemple, la Jordanie exploite dans le textile 60 travailleurs, pour une bonne partie des migrants des camps de réfugiés), devient la nouvelle étape de cette marche vers l’Ouest vers les moindres coûts d’exploitation de la force de travail. La Chine tente de tirer le plus grand profit de ces mutations économiques,qui ne concernent pas seulement l’habillement. En lançant un plan ambitieux de 1 000 milliards de dollars pour une « route de la soie » (one belt, one road), avec l’implantation entre la Chine et l’Afrique de tout un réseau de transports routiers et ferroviaires basé sur des ports. Ce qui laisse présager le développement de luttes déjà présentes dans nombre de ces pays.

On ne peut en énumérer que quelques-unes, qui ne sont nullement limitatives mais seulement la partie émergente de l’iceberg :

CHINE Si les conditions de travail n’ont pas changé beaucoup (souvent 10 heures par jour dans une position debout pour des tâches précises et répétitives), deux générations d’exploités cohabitent et leurs revendications ne sont pas identiques. Si les exploités de la première génération venaient des campagnes et avaient des conditions peut-être encore plus difficiles, c’était une sorte de promotion sociale et leurs luttes amenaient des augmentations de salaire régulières (ce qui explique les délocalisations) ; ils arrivent aujourd’hui près de la retraite (la population en âge de travailler diminue) et la fatigue leur fait rechercher des travaux moins exigeants et leurs actions récentes touchent plus les garanties maladie et retraite. Par contre, si les jeunes connaissent des conditions de travail identiques à celles de leurs aînés, ils ont souvent un niveau de connaissance largement supérieur et ne peuvent se satisfaire de ce travail répétitif, alors que les salaires sont pratiquement bloqués depuis mars 2014 (pour la troisième année, début mars 2017, le Guangdong a annoncé le gel du salaire minimum).

Quelle que soit la motivation des grèves qui éclatent régulièrement, ce sont des grèves sauvages et la répression n’a guère d’effet. A long terme, la diminution de la population active et la baisse du taux de participation pourraient contraindre à augmenter la productivité par l’usage de techniques comme la robotisation et l’augmentation des salaires (résultant en partie de la mobilité de la main d’œuvre).

VIETNAM On compte 6 entreprises œuvrant dans l’habillement exploitant 3,5 millions de travailleurs (80 % de femmes), et dont 50 % de la production est exportée aux USA. Une enquête a révélé que 80 % des entreprises de ce secteur violent régulièrement la réglementation pour le temps de travail, les périodes de repos et les règles de sécurité. Un seul exemple de luttes : le 3/04/2017, 1 000 travailleurs de l’entreprise Mei Shang Textile à Ba Ria sont en grève pour exiger la démission du directeur qui veut imposer de nouvelles règles dans le travail (entre autres, interdiction d’apporter de la nourriture dans l’usine alors que la qualité de la cantine est particulièrement mauvaise, ou des sanctions en trois étapes : pour la plus bénigne financières d’abord, la dernière étant le licenciement). La firme cède rapidement sur le directeur, la nourriture et les sanctions.

CAMBODGE Le textile représente 80 % des exportations du pays. Le 17 mai, 350 ouvriers de la zone industrielle de Hlaing Tharyar se mettent en grève pour que soit respectée la législation du travail.

Le 18 mai 2017, à Tu Khmao (province de Kandal), 600 travailleurs bloquent pour la seconde fois en quelques jours le trafic routier pour avoir le paiement de salaires arriérés.

Le 9 juin plus de 1 000 travailleurs sur 1 500 d’une usine textile en grève manifestent dans la capitale devant le ministère du Travail pour obtenir la réintégration de 10 syndicalistes de base licenciés.

BIRMANIE Dans la période récente, une vague de grèves dans les entreprises textiles. L’une d’elle a donné lieu à des affrontements sérieux. Elle débute le 9 février 2017 à Yongon dans une firme chinoise délocalisée de Hangzhou et fabriquant des vêtements pour la firme suédoise H&M. Le salaire est de 2,70 dollars de l’heure contre 269 mensuels en Chine (soit moins de la moitié). Les revendications vont du paiement des heures supplémentaires à la réintégration d’un militant. Au cours de la lutte, 300 ouvriers envahissent l’usine, brisent le matériel, séquestrent, dépossèdent et molestent plusieurs cadres chinois ; à cause des dommages, l’usine n’a pu reprendre ses activités.

BANGLDESH En décembre 2016, une vague de grève pour que le salaire mensuel soit porté de 67 $ à 187 $ qui a touché 150 travailleurs du textile dans 20 usines d’Ashula dans la banlieue de Dhaka a pu faire craindre à une explosion générale dans toute l’industrie du vêtement. La répression a brisé ce qui pouvait effectivement constituer une telle menace : 5 licenciements, 350 arrestations, et un contrôle policier strict qui se poursuit encore.

Le 25 mai, ce n’est pas la grève mais une vague de chaleur qui dans des usines sans air conditionné entraîne des évanouissements par centaines, et qui force à la fermeture d’usine que 30 ouvriers quittent en masse lorsque la situation devient intolérable.

INDE L’industrie du vêtement est le second plus grand employeur après l’agriculture (70 % de femmes). 2016 connaît plusieurs grèves générales de courte durée qui rassemblent des millions de travailleurs contre la politique du gouvernement. Mais cela n’exclut nullement les conflits spécifiques : en janvier, une centaine de travailleurs tiennent des piquets de nuit devant leur entreprise à Bengalore. En aout 2016, suite à une grève demandant le départ d’un directeur particulièrement répressif, 300 ouvrières sur 1sont licenciées. On peut situer le niveau d’exploitation dans ce simple fait, qui n’est pas malheureusement par isolé : dans une usine de confection clandestine, les ouvrières dormaient sur place : 13 sont brûlées vives dans un incendie et 9 en réchappent grièvement brûlées.

SRI LANKA Le 23/12/2016, 140 ouvriers deTrii Star Apparel Ewport sont en grève pour des salaires impayés (les salaires mensuels sont en moyenne de 140 dollars).

PAKISTAN 46 % de l’industrie est consacré à l’habillement lequel fournit 67 % des exportations et représente 10 % du PIB.

Le terme présent de cette migration économique à la recherche éperdue du moindre coût de production, des pires conditions d’exploitation de la force de travail et d’une plus-value maximum, c’est l’Afrique. Tous les États sont concernés.

Un des exemples significatifs de cette implantation et des luttes qui en résultent est donnée par l’Éthiopie. Le gouvernement n'a eu aucun mal pour attirer les investisseurs étrangers (et quelques locaux) dans un développement industriel. Ce développement s'est fait tant par le fait qu'avec les salaires les plus bas du monde, les délocalisations notamment dans le textile et la chaussure se sont déplacées depuis l'Asie, notamment du Bangladesh, et que cet essor a entraîné un certain développement d'industries de base notamment dans le bâtiment, accompagné d'une énorme spéculation immobilière. Dans la région d'Addis-Abeba, une dizaine de parcs industriels exploitent chacun entre 30 et 60 esclaves pour des salaires souvent inférieurs à 30 euros par mois. pourrait diviser un peu artificiellement d’un côté les émeutes qui mettent en cause directement le pouvoir politique dans l’application des plan économiques ou urbains avec comme corollaire l’attaque des symboles immobiliers du pouvoir, de l’autre celles qui attaquent les usines ou installations agricoles modernes dont la présence atteste l’éviction des terres (et tenter d’assimiler de telles attaques au luddisme ce qu’on est tenté de faire lorsque l’on sait que 40 de ces ex-paysans sont exploités dans ces installations agricoles et industrielles ultra modernes). En fait, ce sont les mêmes, paysans menacés ou déjà évincés, prolétarisés en partie, qui tentent de contester le pouvoir dans sa politique et ses réalisations. Quelques exemples. En octobre 2016, destruction totale d’un complexe touristique Le Lodge au bord du lac Langano. Le même jour, sabotage et incendie de 11 entreprises textiles et de plastique par des milliers de manifestants. De même, incendie d’une usine nigérienne de câbles électriques à Sebata, à 35 km de la capitale, d’une usine textile turque, d’une cimenterie, incendie d’une ferme horticole néerlandaise, bâtiments et véhicules divers, à Adama au sud d’Addis-Abeba par des centaines de manifestants, accompagné de pillages (plus d’une trentaine de telles fermes « modernes » auraient été ainsi attaquées). Tout ceci n’est qu’un début.

Un exemple, l'industrie mondiale de l'acier

« L’industrie de l’acier est la colonne vertébrale de la chaîne industrielle de la production de valeur », constate justement un économiste. Prenons un seul exemple. Vallourec, un leader mondial de la fabrication de tube d’acier pour l’industrie pétrolière, gazière et électrique. La chute du prix du pétrole et la crise mondiale font que les multinationales du pétrole et du gaz (les 2/3 des ventes de Vallourec n’investissent plus et n’utilisent plus de tubes d’acier) ; Vallourec, pour faire face, réduit sa production, licencie en France ( 300 en 2015, et 900 en 2016) et s’engage dans un processus de concentration qui n’est pas sans incidence sur l’ensemble de la consommation d’acier.

La réduction des commandes d’acier de Vallourec, si elle peut paraître une goutte d’eau dans la production mondiale d’acier, rejoint tout un ensemble de gouttes venant d’industries diverses pour qu’un fleuve emporte cette production mondiale. Il en résulte une surproduction dont la Chine, qui produit alors la moitié de l’acier mondial, tente de tirer profit avec un dumping en inondant le monde en baissant les coûts.

Non seulement cette compétition sauvage coule les industries nationales mais se répercute sur les éléments qui concourent à la production d’acier : le minerai de fer et le charbon. A chaque étape des restructurations qui en résultent on va trouver, dans tous les pays du monde at dans ces trois branches industrielles distinctes, toute une série de conflits qui peuvent se diviser entre luttes contre les fermetures d’usines et les licenciements, et luttes pour réduire les coûts de production (salaires et conditions de travail). Pour revenir à l’exemple Vallourec qui exploite 4 usines en France, la réduction d’activité et les problèmes financiers ont un impact sur la vie économique locale où se situe l’usine , sur les finances de la commune et les contributions éventuelles de l’entreprise aux œuvres sociales (cela va de la cantine de l’usine au club de foot), une conséquence de la crise dont on ne parle guère.

Essayons de brosser un tableau forcément incomplet de ces luttes engendrées partout dans le monde par cette crise de l’acier en distinguant les aciéries proprement dites, le minerai de fer et le charbon, seulement les luttes dans une période récente dans certains pays ( il est impossible de faire le tour du monde en détail)

CHINE En 2015, les restructurations dans les secteurs de l'acier et des mines de charbon avaient entraîné plus de 3 grèves contre les fermetures d'usines et le paiement des salaires. L’extension possible de ces grèves a conduit le gouvernement central à tenter d’amortir les conséquences dramatiques pour les travailleurs de la poursuite de cette politique. En 2016 est dévoilé un plan qui prévoit à terme de supprimer près de 6 millions d’emplois dans ces deux secteurs : 720 ont ainsi été largués en 2016 et on en annonce 500 pour 2017. Le but serait de diminuer la production d’acier de 63 % et celle de charbon de 46 %. Pour prévenir des troubles (grèves et insurrections locales), trois ordres de mesures ont été prises : l’une concerne la création d’un fond d’aide aux licenciés de 15 milliards de dollars, l’autre est la création d’emplois de services urbains pour le reclassement des exploités (13 millions de nouveaux jobs auraient été ainsi créés), le troisième dont on parle beaucoup moins est le renforcement de la présence répressive dans les zones touchées par ces restructurations. Apparemment, ces mesures auraient eu un effet : le taux des grèves serait tombé en 2016 à quelque centaines. Mais des échos divers montrent que les travailleurs concernés subissent le déclassement et une perte de ressources importante, et que leurs conditions de vie locales sont devenues plus dures. Des témoignages montrent que ces « nouveaux »emplois de remplacement ne sont rémunérés qu’au tiers ou au quart du salaire antérieur (par exemple, un mineur qui pouvait gagner 3000 yuans n’en gagne plus que 500 comme balayeur). Un mineur de Mandchourie peut déclarer en mai dernier : « la sécurité est devenue beaucoup plus stricte depuis les manifestations de l’an passé, la police est partout et surveille tout ».

INDE Les secteurs de l’acier et du charbon sont également touchés par la crise globale du secteur de l’acier. Ces deux secteurs sont encore sous une forme de capitalisme d’Etat avec deux entreprises publiques dominantes : Coal India pour le charbon et Steel Atuhority of India Ltd (SAIL) pour l’acier. Pour parer à la crise, le gouvernement est engagé dans un processus de fermeture et de privatisation des mines ou d’aciéries les moins rentables, d’où une permanence de grèves générales ou des grèves sectorielles. Il est difficile de les énumérer toutes car de plus il s’y mêle souvent les revendications concernant la politique générale du gouvernement ou un secteur particulier. Coal India, qui exploite en Inde 400 mineurs 413 mines dont 213 souterraines et 171 à ciel ouvert, veut fermer en 2017. 37 mines souterraines exploitant 11 mineurs.

En juin 2016, SAIL (85 exploités) envisage de céder plusieurs aciéries jugées non rentables ce qui est considéré comme le début d’une privatisation. Ce trust d’État envisage également de fusionner différents organismes de retraite ce qui conduirait à une transformation des conditions d’octroi de la retraite.

Les conflits sont récurrents en Inde. Les syndicats organisent des journées de grève générale généralement bien suivies concernant tous les secteurs de l’économie, deux en 2015, deux en 2016 ; Les 500 000 mineurs de charbon sont appelés à une grève de trois jours du 19 au 21 juin 2017 contre le réforme des retraites, la privatisation et l’intégration de 100 temporaires ; Il est impossible de citer toutes les grèves qui se déroulent dans l’ensemble des secteurs, généralement pour les salaires.

ITALIE L’aciérie de Tarente dans le sud de l’Italie, qui avait défrayé la chronique autour de mesures anti pollution, est reprise par Arcelor-Mittal. Sur les 11 000 exploités , 4 800 seront licenciés dans l’immédiat et 6 000 autres sont promis au même sort d’ici 2023.

USA Il est difficile de donner une vue complète de tous les conflits qui se sont déroulés et se déroulent encore dans le monde autour de l’acier et des mines de charbon. On peut se reporter aux bulletins précédents où nous avons évoqué les conflits de l’acier aux USA , en Grande-Bretagne et en Italie, ou dans les mines de charbon en Bolivie, Australie et Afrique du Sud.

Mentionnons seulement une conséquence indirecte de la crise charbonnière aux USA. Un trust charbonnier Peabody Energy Corporation, avait cru pouvoir édifier un empire charbonnier en absorbant de nombreuses sociétés minières en faillite. Mais ce qui était devenu le premier trust mondial privé du charbon a été lui-même atteint par le vent de la crise du secteur et a dû se mettre en faillite de 2016. L’activité de Peobody finançait une fonds d’assurances maladie, Patriot Coal, qui assurait aux mineurs à la retraite le remboursement des soins (chacun sait que le métier de mineur entraîne une maladie professionnelle, la silicose, dont sont atteints maints mineurs). La mise en faillite de Peabody tarit la source de financement de ce fonds ce qui fait que depuis janvier, 23 ex-mineurs ont perdu toute garantie maladie. Le Congrès américain a bien voté le financement de cette garantie pour quatre mois et c’est présentement en instance de renouvellement, situation qui est pleine d’incertitude étant donné que le démantèlement de l’Obamacare sur l’assurance maladie n’encourage pas à l’optimisme.

Le cortège de mort du charbon et de l’acier ne s’arrête pas là. Les catastrophes minières rien que pour le charbon se multiplient dans le monde pour une bonne part dues aux économies réalisées quant à la sécurité… Là aussi, on ne mentionne que les catastrophes qui engloutissent des dizaines de mineurs. En Iran, le 4/05/2017, 23 tués et 70 blessés dans une mine de charbon, les équipes de secours ayant été prises dans un effondrement de galeries ; En Chine en décembre 2016, 32 tués, en mars 2017 17 tués, tous des mineurs du charbon.

Un autre aspect de la calamité de la mine est dans les séquelles laissées, environnementales et sociales laissées par abandon des mines, ce qui fait qu’aux USA, la région des Appalaches dont la prospérité minière fut capitale pour le pays et aujourd’hui totalement abandonnée avec une pollution et une dégradation de la nature qui font la paire avec une dégradation sociale sans précédent. Il y a une plaisanterie qui court dans le pays sur les réfugiés syriens qui ont trouvé asile dans cette région : « on a échappé aux empoisonnements chimiques de la guerre dans notre pays seulement pour les retrouver chez ceux qui nous ont suivi ici ».

UN EXEMPLE POUR LE FUTUR ? L’INDUSTRIE MONDIALE DU CUIVRE

Jusqu’à récemment, comme dans tous les autres secteurs, la crise avait frappé la production mondiale de cuivre, un des métaux les plus utilisés dans le monde après le fer. D’où une chute spectaculaire de ses cours et des répercussions sur les conditions d’exploitation des mines de cuivre avec le cortège habituel des restructurations, des licenciements et des pressions sur les conditions de travail.

Pour des raisons peu précises, le prix du cuivre a soudainement augmenté en 2016 passant de 4 euros la tonne en mai 2016 à 5 euros en février 2017. Aurubis, le premier fondeur de cuivre d’Europe, a augmenté ses profits de 30 % à cause de cette hausse. Les travailleurs pressurés antérieurement ont rapidement compris que le moment était venu de passer à l’action. Il est symptomatique que des conflits aient surgi presque en même temps et sans coordination dans les principaux pays producteurs : le Chili, le Pérou et l’Indonésie.

Au Chili, dans la principale mine de cuivre Escondida (la plus grande du monde possédée par trois multinationales), 2 mineurs sont en grève depuis le 9 février 2017. La grève est marquée par la violence des affrontements lorsque les mineurs tentent de bloquer la route vers le port de Coloso par où est évacué le minerai, et lors de l’action d’un commando de plus de 300 qui envahit le site, en chasse les gardes, et sabote les machines. Après 43 jours de grève, la direction cède sur l’ensemble des revendications de salaires et conditions de travail. Comme les 1500 mineurs d’une autre mine importante de Collahuasi menacent de se mettre en grève, la direction accepte de signer un accord entérinant aussi des revendications identiques.

Au Pérou, les 2 mineurs des mines de Toquepala et Cuajan se mettent en grève le 10 avril 2017. Bien que leur action ait été déclarée illégale, ils restent en grève, bloquent le pont ferroviaire qui permet l’acheminement du minerai vers le port d’exportation. L’état d’urgence est proclamé et plus de 400 flics sont déversés dans le secteur pour débloquer les barrages ; La grève éclate après qu’un accord a été conclu dans la mine de Cerro Verde le 30 mars après une grève illimitée de mineurs déclenchée le 17 mars après une grève d’avertissement de 5 jours le 6 mars précédent.

Au Mexique, la grève éclate le 30 mai 2017 aux mines Bolivar et Cusi à San Damas état de Chihuahua).

En Indonésie, la gigantesque mine de cuivre de Grasberg (Papouasie, multinationale Freeport) exploitant 32 travailleurs sur le site est paralysée par la grève de 9 mineurs. Le 7 juin, 3 d’entre eux sont licenciés.

Toute l’industrie est encore en juin en pleins remous dans toutes les mines du monde.

Pas seulement dans le cuivre. Par exemple, le 20 février, une mine de zinc au Québec est en grève lorsque la direction tente d’imposer un nouveau contrat avec des restrictions sur salaires et avantages sociaux dont la retraite.

Un cycle de la mort sous le capital

Les 1,2 milliard de véhicules motorisés du monde possèdent presque tous un pot catalytique supposé diminuer le taux des émissions polluantes.

Pour ce faire, l’intérieur du pot est enduit d’un mélange de 3 à 7 grammes de platine et de métaux voisins (palladium, rhodium et osmium) ; ce qui, pour l’ensemble de ces véhicules, représente 6 tonnes de platine (à un taux moyen de 5 g par pot) ; ce qui représente au cours actuel de 27 euros le gramme, environ 140 euros par pot. La tentation est grande pour les multinationales de l’automobile dans l’intense compétition causée par la crise de réduire les coûts de production en jouant sur tous les éléments concourant à cette production, notamment de réduire d’un gramme la quantité de platine du pot (l’exemple du dieselgate montre qu’une telle manipulation n’est nullement exclue). Sur une production annuelle d’un million de véhicules, cette réduction d’un seul gramme de platine amènerait une réduction de coût de 27 millions d’euros.

La réduction de la production mondiale de voitures et des manipulations de ce genre ont des conséquences directes sur la production et sur les mines de platine. Cela touche particulièrement les mines de l’Afrique du Sud qui assurent 80 % de la production mondiale. Dès 2012, les multinationales du platine envisagent de réduire cette production de 60 % dans les années à venir. La condition des mineurs de platine est particulièrement dure. Outre le fait d’être exploités dans des galeries particulièrement profondes, avec une chaleur intense et tous les risques habituels du travail souterrain, outre la silicose qui touche inévitablement tous les mineurs, s’ajoute par les mines de platine la platinose qui non seulement accentue l’encrassement des poumons mais peut causer des cancers de la peau et des yeux. La crise du platine entraîne licenciements et durcissement des conditions de travail. Ce dur travail est la clé de la dureté des conflits. L’une des plus importantes mines Lonmin se met en grève en août 2012, une grève qui menace l’ensemble du secteur minier. La crise du platine dérivant de celle de l’automobile est la cause directe du massacre en août 2012 de 34 mineurs et de 78 blessés, et de 259 arrestations.

Depuis, les conflits n’ont pas cessé autour du platine en Afrique du Sud contre les mesures de restructurations diverses mais aucun de ces conflits ne prendra le même caractère qu’à Lonmin en 2012 : chômage et maladies professionnelles sont leur seul destin jusqu’à la prochaine révolte.

L’utilisation du platine et de ses dérivés dans les pots catalytiques a un autre effet létal, beaucoup plus sournois celui-là. Les gaz d’échappement brûlants arrachent constamment de la poussière de platine et de ses dérivés qui se mêle aux pollutions routières ambiantes. Une évaluation a conclu que dans les villes, le taux de platine dans les poussières est supérieur à son taux dans le minerai brut. La platinose n’est plus le lot des seuls mineurs, mais aussi celui de tous les citadins : mêlée à toutes les autres pollutions des particules elle n’est pas identifiable en tant que telle mais elle accroît les problèmes pulmonaires et les risques de cancer. Dans la bande des auxiliaires du platine, il y aurait un élément particulièrement redoutable, l’osmium dont l’oxyde diffusé à des doses infinitésimales accentuerait considérablement la nocivité du platine. Sur les dizaines de milliers de morts par cette pollution routière, la platine tient une bonne place, ce qui complète le cycle de la mort de ce métal précieux.

Il y a aussi un aspect mineur de cette saga mortelle du platine : la guerre des gangs qui se disputent la razzia sur les pots d’échappement usés et/ou neufs pour récupérer le platine (avec même des raids armés sur les usines fabriquant ces pots catalytiques) ce qui, au cours du platine, devient une activité lucrative.

D’autres mouvements de lutte

Dans le numéro de mars 2017, nous avions évoqué sous le titre «» des mouvement récents de masse qui se développent partout dans le monde depuis plus de 10 années sous des titres divers et qui, en quelque sorte, sont le développement de mouvements du même genre mais isolés dans leur contexte historique. Nous avions souligné la grande diversité de ces mouvements, depuis des mouvements de contestation globale sans but bien précis — autre que de s’opposer dans la rue au pouvoir en place — à des mouvements plus ponctuels concernant un objectif bien précis (assez souvent réussissant dans cet objectif). Le plus bel exemple d’un tel de ces derniers mouvements a été en Corée du Sud l’élimination de la présidente corrompue. Toujours, sous des formes diverses, ces mouvements ont continué à se développer, même si certains ont pu s’éteindre sans avoir rien obtenu. Le recensement qui suit n’est pas du tout exhaustif, seulement il donne des exemples récents.

BRESIL Le 28 avril 2017, le pays connaît une grande confusion politique (le parti du travail de Lula, éliminé du pouvoir pour corruption, voit son remplaçant pris dans les mêmes filets de la corruption) et une situation économique désastreuse (24 millions de chômeurs). Le 18 avril, 35 millions de travailleurs mènent la plus grande grève générale du pays depuis trente ans ; Des manifestations regroupant plus de 2 millions de travailleurs en grève se déroulent dans 185 villes, bloquant pratiquement tout le pays. Des initiatives de base vont bien au-delà. Le port de Santos doit être débloqué par les flics, les aéroports de Sao Paulo et Rion sont à l’arrêt ; un peu partout, des barricades s’élèvent dans des barrages routiers et les affrontements sont fréquents avec les flics. Le mouvement touche autant les villes que la campagne et les favelas, et son ampleur fait que le 27 mai, le gouvernement décide de l’intervention de l’armée pour appuyer les forces de police. Un ancien membre du Parti du Travail peut déclarer : « la grève aidera à construire un nouveau pays ». C’est à voir.

GUYANE FRANÇAISE L’abandon de ce territoire, comme les autres pays d’outre-mer, entraîne un mouvement massif de protestation et une grève générale avec des blocages routiers qui va durer près d’un mois, jusqu’au 1er avril. Le mouvement présente 428 revendications et un accord donne aux habitants de ce territoire le financement nécessaire pour répondre à certaines d’entre elles.

VENEZUELA Des dizaines de milliers manifestent quasi quotidiennement contre le gouvernement héritier de Chavez et la crise économique due pour partie à la chute du prix du pétrole, mais aussi et surtout contre une politique qui de longue date n’a pas su utiliser la manne pétrolière pour une développement équilibré du pays. Il s’ensuit non seulement un chaos économique mais une pénurie qui frappe toutes les classes sociales. Les manifestations sont quasi quotidiennes, parfois opposant violemment anti et pro gouvernement. Bien qu’elles soient pacifiques, les manifestations des opposants sont sévèrement réprimées et le 18 juin, on décompte 60 morts parmi les manifestants, qui continent néanmoins à descendre régulièrement dans la rue.

MAROC La mort atroce — écrasé dans une benne à ordure — d’un pêcheur clandestin qui tentait de récupérer sa pêche du jour jetée dans cette benne en octobre 2016 a déclenché une révolte populaire dans cette région déjà marquée dans le passé par ses tendances autonomes, le Rif. Cette révolte locale soulève le problème général au Maroc du strict contrôle politique et de la répression qui s’ensuit, d’où le développement dans tout le pays d’un mouvement général de protestation : HIRAH Chaabi, contre la corruption et l’austérité. L’arrestation du leader de ce mouvement, Nasser Zafrafi, déclenche une manifestation à Rabat le 11 juin qui rassemble plus de 100 manifestants sous le slogan « une nation, un peuple, contre la misère et l’humiliation, unis pour la liberté, la dignité et la justice sociale ». Au même moment, des manifestations se déroulent dans plus de 20 villes du pays. La répression met un terme provisoire à cette explosion mais les plus actifs déclarant « Le pacifisme c’est fini » veulent se lancer dans la guérilla. Al Hoceima, capitale du Rif, connaît en juin des affrontements quasi quotidiens entre les flics et des groupes de jeunes.

PAKISTAN 29 mai 2017 – Des centaines de milliers d’habitants doivent faire face, en pleine vague de chaleur, à des coupures fréquentes d’électricité. Partout se déclenchent de violentes manifestations, notamment dans la capitale Karachi et à Peshawar avec des attaques de bâtiments publics et des blocages routiers. Un tué et huit blessés quand la police tire sur des manifestants qui tentent d’envahir et de détruire une centrale électrique.

CHINE II y a une récurrence de manifestations pacifiques mais toujours violemment réprimées. Des sources fiables ont recensé 1 379 grèves et manifestations en 2014 et 2 en 2016 ; 17 % de ces actions concernent des problèmes locaux entraînant toute la population, souvent contre des installations d’usines polluantes, en partie aussi contre la dépossession de terres. Un seul exemple, le 13 mai 2017 près de Gingyuan dans le Guangdong, plus de 20 locaux occupent la rue plusieurs jours et nuits, édifient des barricades contre l’installation d’un incinérateur. Manifestation semblable le 28 avril dans le Guangxi où 6 000 se rassemblent à Liang contre une implantation d’usine.

RUSSIE 13 juin 2017- Des milliers de manifestants dans les rues de Moscou et de nombreuses villes de toute la Russie à l’appel d’un leader de l’opposition à Poutine et son parti, contre la corruption et la répression. Le leader est arrêté, condamné à un mois de prison, ce qui le priverait du droit de se présenter comme candidat aux prochaines élections présidentielles. Plus de 500 arrestations.

TURQUIE 13 juin 2017 Après maintes autres manifestations, des milliers d’opposants au président totalitaire Erdogan manifestent dans toute la Turquie contre la corruption et les fraudes électorales.

ETATS-UNIS 21 janvier 2017- Manifestations monstres de plus de 2 millions de femmes américaines (et ailleurs dans le monde) contre Trump, dont plusieurs centaines de milliers à Washington. De nouvelles manifestations de femmes mais de bien moindre importance le 8 mars 2017, pour la journée de la femme, dont 5 à New York.




 

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