SPARTACUS

21 mai 2019

Sur les élections européennes 2019

 

 

Masereel

ÉLECTIONS PIÈGE À CONS

 

Cette année, l'expression de Mai 68 « élections piège à cons »1 prend une nouvelle fois toute sa dimension. En effet la vague contestataire des gilets jaunes fut à ses débuts une contestation spontanée des « tous pourris » parlement, syndicats, sénat. Ce n' est pas moins de 60% du peuple de France qui pour des raisons différentes commence à considérer la démocratie républicaine comme une dictature. Si nous nous basons sur l' étymologie de démocratie, celle-ci veut dire le pouvoir du peuple et par conséquent une dictature du peuple révolutionnaire sur le pouvoir aristocratique et ensuite sur la bourgeoisie.

 

La réalité est bien sur plus sévère, quand le dit peuple relâche sa pression, qu'il considère l' Etat prédateur comme un Etat protecteur, la démocratie devient une dictature sur le peuple . Les gilets jaunes ont au moins compris à quoi sert la fiscalité, à entretenir un appareil d' état totalitaire/ militaro-industriel contre la majorité du peuple.

 L'illusion référendaire

 Mais le mouvement des gilets jaunes au court de ses différents actes a fini par lâcher la proie pour l' ombre en pensant redonner le pouvoir au peuple par le truchement du RIC, sans toucher à un cheveux de l' appareil d' état. La boite de pandore du RIC devant mener à l' écurie des urnes fut alors ouverte et une partie des gilets jaunes y voyant un moyen légal de continuer le combat en participant à ce qu'ils avaient contester au départ. Jérôme Rodrigues, une des figures des gilets jaunes, a appelé pour les élections européennes "à faire un vote anti-Macron", au cours de l' Acte 27

  L' écurie des urnes, ce n' est certes pas une nouveauté, et le retour du citoyen révolté dans l' isoloir un moyen de calmer le jeu . Souvenons nous comment Mai 68 s'est terminé, De Gaulle a mis fin à ce qu'il avait appelé la « chienlit » grâce à la grande contre manifestation des champs Élysée.

  Le 30 mai, 500.000 à un million de personnes manifestent sur les Champs-Élysées en soutien au général De Gaulle. Un défilé qui va clôturer la fin des événements. Confiant du soutien populaire, De Gaulle va se lancer dans le référendum sur la régionalisation , mettant son mandat présidentiel en jeu. Un an après l'avoir adulé les français dont il avaient dit en 1940 qu'ils étaient des veaux vont le faire tomber.

 Depuis les français vont continuer a veauté avec le sentiment que plus cela change et plus c' est la même chose, voir pire aujourd'hui.

  En 2005, la grande anarque référendaire de la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe va exploser aux yeux de tous

  A la question "Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ?" qui leur était posée dimanche 29 mai 2005, les électeurs ont répondu par un non franc : 54,87 % des suffrages exprimés, contre 45,13 % pour le oui.

  « Les Français, comme d’autres citoyens de l'Europe, lancent un avertissement sans précédent aux institutions de Bruxelles et aux partis politiques. C’est une rupture majeure sur ce long chemin entamé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par des pays autrefois belligérants, aujourd’hui amis dans leurs rêves d'union. » France Inter

  Et voilà que le peuple d' un des principaux pays de l' Europe des 25 rejette le traité les sondages avaient pourtant annoncés un raz de marée de 71% en faveur du traité et voilà une fois de plus l' arroseur arrosé. La cuisine électorale, s'est trompée de plat et les convives n' ont plus qu' à se trouver un autre menu capable de recycler les restes.

 C' est bien entendu ,ce que les institutions européennes vont entreprendre, en faisant repasser le plat sous le nom de traité de Lisbonne. Élaboré en catimini, ce traité fut présenté par N. Sarkosy à la signature et signé. Ce déni de démocratie marquera les institutions européennes au fer rouge. C'est à cette Europe-là, technocratique et libérale, voir ultra-libérale, que les Français et Néerlandais ont dit non en 2005.

  Les exemples de ce type ne manquent pas, le dernier en date fut celui concernant l' indépendance de la Catalogne.

 Pour les élections des députés de l'Union Européenne le camp prolétarien ne peut qu'appeler à l' abstention.

 

 

 

1-«Elections, piège à cons» est le titre d’un article de Jean-Paul Sartre dans les Temps modernes en janvier 1973.

 

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12 mai 2019

VIDEO.Gilets jaunes- A Nantes, un gendarme sort son arme à feu

 ACTE 27- contre la terreur policière et judiciaire de l' Etat

Les blessés signalés sont plusieurs milliers et Zineb Redouane a été tuée à sa fenêtre par un tir de gaz lacrymogène. Pour ce qui est des mutilations définitives, David Dufresne décompte 286 blessures à la tête et le collectif contre les violences d’État Désarmons-les a recensé 24 personnes ayant perdu l’usage d’un œil, 5 personnes qui ont eu la main arrachée et 1 personne qui a définitivement perdu l’audition. Le climat de terreur est en place, et il ne s’arrête pas à la rue.

Dans les tribunaux le mardi et le mercredi, on voit bien ce qu’il y a dernière le sombre euphémisme de « l’essouflement » : chaque semaine, toujours plus de comparutions immédiates aux motifs toujours plus ridicules, toujours plus de Gilets jaunes en prison, en sursis ou interdits de manifester. Il y a un mois, au moment de l’appel de Saint-Nazaire à manifester contre la répression, les Gilets jaunes rappelaient les chiffres glaçants de la répression judiciaire du mouvement : 8700 gardes à vue, 2000 procès dont 1500 comparutions immédiates, près de 40% de peines de prison fermes, plus de 400 mandats de dépôt. Il y a beaucoup trop de voix qu’on n’entend plus chanter dans les manifs, parce qu’elles sont bien gardées entre les quatre murs d’une prison. On prend des mois d’incarcération pour une insulte ou pour un palet de lacrymo renvoyé à son expéditeur. On prend sursis et amende pour dissimulation du visage. Et voila qu’Odile Maurin, Gilet jaune toulousaine toujours en première ligne de la lutte, attend son procès pour « violences » envers des policiers « avec usage et menace d’une arme » - à savoir son fauteuil roulant - et « entrave volontaire à l’arrivée des secours » - qui ne seraient autre que le canon à eau de la police. On croit rêver.

Impunité policière

Malgré l’ampleur du phénomène de répression mais sans grande surprise, quand ils sont interrogés au sujet des personnes blessées par la police, on voit que les membres du gouvernement nient la réalité pourtant scientifiquement établie, tant par des médecins que par le travail de collectifs ou journalistes indépendants. Dans le discours dominant, celui du gouvernement, les violences de la police sont sans cesse renvoyées dos à dos avec les prétendues violences des manifestants. Mais qui est encore dupe face à ce discours à l’heure où l’affaire Rémi Fraisse, assassiné par la police en 2014, se termine en 2019 par un « non-lieu » pendant que les Gilet jaunes sont condamnés à de la prison ferme en comparution immédiate ? Il est désormais clair que cette justice de classe, révélée aux yeux de tous par le mouvement des Gilets jaunes, est nécessaire au maintien du système en place et ne sera pas renversée par des enquêtes IGPN.

Le 18 mai dans la rue contre la répression policière et judiciaire !

Pour en finir avec la répression d’État, organisons-nous et prenons la rue ce samedi autour des mots d’ordre de la justice et de la vérité pour toutes les personnes victimes de violences policières et de l’amnistie pour tous les Gilets jaunes condamnés ou inculpés. Mais c’est aussi aux organisations, syndicales et politiques de se positionner enfin fermement contre cet État de plus en plus autoritaire et d’appeler à combattre frontalement cette escalade répressive, à un moment où la répression des ouvriers combatifs fait aussi rage dans les entreprises, comme c’est le cas d’Eric ou de Renald, menacés de licenciement par la SNCF.

Nous reproduisons ci-dessous l’appel à manifester de l’Assemblée des assemblées de Gilets jaunes qui s’est tenu le à Saint-Nazaire.

« Depuis 5 mois, la répression policière et judiciaire contre le mouvement des Gilets jaunes est gigantesque. Nous comptons des milliers de blessés, 22 personnes éborgnées, 5 mains arrachées et une personne tuée. Les violences policières qui mutilent et qui tuent sont un acte d’intimidation politique, elles cherchent à nous terroriser pour empêcher d’agir : elles constituent un crime d’État. Pour justifier ce crime, le gouvernement, avec l’appui de certains médias, criminalise toutes celles et ceux qui contestent sa politique. La répression judiciaire prend la suite des violences policières pour étouffer le mouvement : 8700 gardes à vue, 2000 procès dont 1500 comparutions immédiates, près de 40% de peines de prison fermes, plus de 400 mandats de dépôt.

Ce que nous vivons aujourd’hui est le quotidien des quartiers populaires depuis des décennies. Maintenant, l’autoritarisme se généralise à toute la société.
Nous, Gilets jaunes réunis en Assemblée des Assemblées à Saint-Nazaire, appelons à un énorme acte national samedi 18 mai partout en France, à l’occasion de l’acte 27.

Nous exigeons :
- L’annulation des peines des milliers de prisonniers et condamnés du mouvement des Gilets jaunes et de toutes les autres luttes criminalisées.
- L’annulation des poursuites qui pèsent sur les personnes accusées et inculpées.
- La défense des libertés publiques et des droits fondamentaux.
- La reconnaissance des centaines de personnes enfermées, dans le cadre des Gilets jaunes, des quartiers populaires et de toutes les luttes défendant le bien commun, comme les prisonniers politiques.
- L’interdiction immédiate du LBD 40 et des grenades offensives.

Nous devons résister de toute notre force contre cet autoritarisme !
Nous appelons au renforcement et à la constitution des cagnottes de soutien existantes, et des groupes de soutien juridique. Nous appelons à la constitution d’une plate-forme nationale pour recenser les cas de répression judiciaire, soutenir les inculpés, les prisonnières et prisonniers. Nous appelons au partage de tous les savoirs pour se défendre face à la répression policière et judiciaire.

Samedi 18 mai, retrouvons nous partout pour manifester et nous rassembler devant les tribunaux et les prisons ! Retrouvons-nous pour exprimer toute notre solidarité avec nos blessés, nos condamnés et leur famille.

Les Gilets jaunes de l’Assemblée des Assemblées appellent aussi à participer à la manifestation du 13 avril pour le retrait de la loi « anticasseurs ».

Cet appel sera partagé et transmis dans les groupes, les ronds-points et les assemblées générales locales pour qu’ils se l’approprient et le fassent vivre s’ils le souhaitent ! »

 

 VIDEO. Pour l’acte 26, les Gendarmes ressortent leur fusil d’assaut à Nantes

 

VIDEO. A Nantes, un journaliste de CNEWS reçoit un tir de LBD dans le ventre

 

VIDEO. A Nantes, un gendarme sort son arme à feu

Depuis le début de la manifestation, les violences policières pleuvent sur les Gilets Jaunes. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos et témoignages fleurissent. Et pour cause, à Nantes, la mobilisation est massive ce 11 mai, pour l’acte 26 des Gilets Jaunes.
Dans l’après-midi, un journaliste de la chaine CNEWS a été touché par un tir de LBD dans le ventre.

 

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08 mai 2019

1er mai 2019-toujors les violences policières

 

 

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01 mai 2019

LA RUSSIE ET L' UNION EUROPÉENNE CONFRONTÉES AU DANGER DE GUERRE.

 

LA RUSSIE ET L' UNION EUROPÉENNE CONFRONTÉES AU DANGER DE GUERRE.

La renaissance de la puissance militaire russe

 Avant propos

 «  c’est toujours les intérêts économiques, le sauvetage du taux de profit qui poussent les grandes puissances à s’unir contre les capitaux les plus faibles pour le partage du butin. Depuis la liquidation de Yalta et le démembrement de l’URSS, le repartage du monde est à l’ordre du jour des jeux diplomatiques et l’Allemagne est au centre des contradictions comme puissance montante. L’alliance est une alliance pour le dépeçage du bloc de l’Est, il s’agit de repousser la Russie vers l’Orient et de lui couper tout débouché directe sur la Méditerranée, pour y parvenir il faut établir un véritable rideau de fer autour de la Russie. Sur ce point, les capitalistes européens, comme nous allons le voir, sont d’accord pour s’approprier par la guerre et la destruction les restes des pays d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale, mais ils redoutent comme la Russie que seuls les USA contrôlent les routes du pétrole vers l’Europe, ils auront donc tendance à soutenir la Russie et même pour certains à vouloir l’inclure dans l’Europe comme force militaire et ainsi voir émerger l’Europe Militaire capable de rivaliser avec les USA.. Une alliance Eurasie contre les USA c’est ce que redoutait Zbigniew Brzezinski dans son livre « Le grand échiquier », alliance qui permet (aux yeux des américains) de justifier aujourd’hui un budget de guerre colossal. »

 Voici ce que j'avais écrit dans une brochure d' Echanges de 1999 portant le titre « les droits de l' homme bombardent la Serbie ». Une analyse géopolitique des rivalités impérialistes à ce moment. Il me paraît actuellement important tant les rivalités guerrières se manifestent de vous livrer un aperçu non limitatif de la situation actuelle sous l' angle du retour de la puissance militaire de la Russie.

 Mikhaïl Gorbatchev l'homme de la perestroïka

 Quand M.Gorbatchev accède au pouvoir en avril 1985, l' économie soviétique est dans une situation très critique,voici ce qu'il dit dans ses mémoires :

 

« nous savions tous combien les dépenses militaires exorbitantes pesaient sur l' économie, mais je ne parvins à saisir la dimension réelle de la militarisation du pays qu'après mon accession au poste de secrétaire. Il fallut surmonter les résistances du complexe militaro-industriel pour commencer à publier quelques chiffres. En définitive, les dépenses militaires ne se montaient pas à 16% du budget de l'État, comme il est commun de le prétendre, mais à 40%. Quant à la production du complexe militaro-industriel, elle ne représentait pas 6% du PNB, mais 20%. Sur 25 milliards de roubles des dépenses globales pour la recherche, près de 20 milliards étaient consacrés aux études militaires. » (Mikhaïl Gorbatchev, Mémoires, éd. Du Rocher, p.281)

Ensuite il va développer sur l' éternelle faiblesse du capitalisme d' État, son manque de productivité, faiblesse impardonnable pour qui se réclame du marxisme et considère la production de plus-value relative comme déterminante sous la domination réelle du capital. Il est vrai qu'en URSS l' exploitation de l' homme par l' homme était « théoriquement abolie » de même la loi de la valeur perdait de son importance au fur et à mesure du développement du socialisme.1

 

« Notre économie continuait à jouer sur l' extension des capacités plus que sur l' amélioration des rendements et restait éminemment dépensière. Elle demandait entre deux et deux fois et demie plus de main-d’œuvre, de carburant et de matières premières que celle des pays industrialisés »( Mikhaïl Gorbatchev, Mémoires, éd. Du Rocher, p.282)

 Sous la présidence d' Elsine tentative de limiter la balkanisation de l’espace soviétique

 Au moment de l’éclatement de l’URSS en décembre 1991, la menace d’une balkanisation de l’espace soviétique va précipiter la création de la Communauté des États Indépendants C.E.I. La disparition de l’empire soviétique va donner naissance à quatre nouveaux états; la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan. Vis-à-vis de ces pays, la Russie est la nation dominante, plus de 25 millions de russes vivent hors de ses frontières. Comme nous le verrons plus loin les nouveaux dirigeants russes, sont tous d' accord pour mettre un terme au capitalisme d' État dit « état soviétique et communiste » et se couler dans l' économie de marché de l' Occident, mais ils veulent être reconnu par les instances internationales, comme puissance régionales sur la CEI.

En Ukraine, en Moldavie, dans les pays Baltes, au Kazakhstan les russes sont  majoritaires. La Russie pouvait allumer, au nom de l’autodétermination des «  Kosovos » dans ces pays. Elle ne le fera pas, car la Russie d'Elsine est en 1992 sur la défensive, sa politique extérieure est complètement favorable à l’introduction du libéralisme et des valeurs occidentales (démocratie, droit de l’homme et économie de marché).La Russie veut encore séduire l’Occident et se faire admettre de la « communauté  internationale ».

De plus, après son éclatement, elle va se trouver aux prises avec une série de conflits dit « ethniques » où les forces d’interposition de la CEI et pas seulement de la Russie vont devoir intervenir  ( Ostéite du Sud  juillet 1992, Transnistrie  juillet 1992, Tadjikistan septembre 1993). Dés 1992 par vote du parlement la Russie déclare « illégal et nul » le transfert de la Crimée (70% de russes) à l’Ukraine. Le 16 mars 2014, la Crimée par référendum 96,6 % des votants demande son rattachement à la Russie.

 

Des habitants de Crimée fêtent les résultats du référendum, le 16 mars, à Simferopol. AFP/FILIPPO MONTEFORTE

 

La fin des illusions.

C’est au sommet de Minsk des 12 chefs d’états de la Communauté des États Indépendants CEI ( le 22 janvier 1993) que les déboires commencent. L’économie russe est au point mort et l’inflation toujours importante. Les Russes ne vont pas tarder à avoir un certain ressentiment vis-à-vis de l’Occident, l’aide se fait attendre. Les dirigeants russes, surtout les militaires sont de plus en plus convaincus d’avoir « lâché la proie pour l’ombre ». C’est dans l’amertume que la Russie perçoit son retrait d’Europe centrale et son recul général dans le tiers monde et au moyen orient. En 1993, les forces politiques en présence en Russie sont : Celles qui sont toujours confiantes en l’Occident et celles qui considèrent que l’Ouest est l’ennemi éternel de la Russie et qui se prononcent pour une alliance avec les pays de la CEI, la Chine et l’Iran. C’est cette tendance qui va l’emporter .

 La Russie va donc faire sentir à l’Occident et surtout aux États-Unis, qu’elle n’entend plus reculer d’un seul pouce. Dés le deuxième semestre 1992, Boris Eltsine est contraint de prendre des mesures l' éloignant du diktat des États-Unis et reproche à Andréï kozyrev de « toujours dire oui » aux États-Unis. Boris Eltsine fait alors fit des menaces de sanction américaines, il autorisera la vente de sous marins à l' Iran, et de technologies à caractère militaire à l'Inde. Début janvier 1993 la Russie va s'opposer aux bombardements de l' Irak et exige le respect des résolutions de l' ONU.

La Russie va donc mener une double politique, d’une part elle va chercher à faire admettre aux instances internationales, son rôle indispensable de gendarme régional de la CEI. Le secrétaire du Conseil des ministres de la Défense de la CEI (Leonid Ivachov) considère qu’il faut un nouveau « pacte de Varsovie » pour défendre toute l’ex-URSS. De 1993 à 1994, la politique russe va s’affirmer dans ce sens et la 201éme division russe motorisée reste au Tadjikistan1.

 Le 18 février 1993, B. Elsine décrète l’embargo sur les fournitures d’armes et de technologies militaires aux états de la CEI, le 20 février, Soukhouni (Géorgie) est bombardé par les Russes; le 17 mars la Russie met fin à sa décision d’appliquer le prix mondial du gaz aux états de la CEI sortis de la zone rouble, c’est donc une faveur pour reconstituer le « Comecon ». Le 4 juillet la Géorgie et l’Abkhazie2 sont menacées de rétorsions économiques si elles refusent un cessez-le-feu. Le 3 septembre 93, l’accord de Massandra avec l’Ukraine  va annuler la dette énergétique de celle-ci en échange de la restitution des ogives nucléaires de la flotte de la mer noire et du port de Sébastopol (confirmée le 6 novembre 93, avec la ratification de START-I par l’Ukraine.

La Russie effectue une véritable reprise en main de son empire, tout en jouant sur les contradictions Europe /USA / Tiers-monde. En Octobre 1993, l’Azerbaïdjan et la Géorgie adhérent à la CEI,3 Le 3 mars 1994 conclusion d’un accord économique d’intégration avec l’Ouzbékistan, et le 25 mars 1994 la CEI obtient le statut d’observateur à l’ONU.

 En Avril 1996, Boris Eltsine et Jiang Zemin signent un pacte militaire sans les Occidentaux et le Japon avec trois pays d’Asie centrale ( Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan) en dénonçant les prétentions de Washington  à exercer un leadership mondial.

Au moment de la guerre du Kosovo en 1999, Eltsine menace de pointer des missiles sur les pays de l’OTAN.

Encart

« C’est un nouveau palier dans les relations russo-américaines, ou faut-il parler de confrontation. Pendant très longtemps, les Russes s’étaient persuadés que leur sympathie pour les US était réciproque, ou qu’ils obtiendraient quelque chose en retour un jour ou l’autre. Seulement voilà, la page est tournée, leur regard s’est dessillé, et ils ont fini par réaliser que l’animosité américaine est implacable. « Ces Russes sont vraiment sourds si c’est seulement maintenant qu’ils se réveillent«, vous dites-vous tout bas. Il suffit de lire les commentaires à l’article du New York Times au sujet de l’éxonération de Trump par Muelller pour découvrir que la haine de la Russie est au menu quotidien des élites américaines, tout autant que l’amour d’Israël. Voilà où on en est. »Israël Adam Shamir. Le 3.04.2019. Sur Entre La Plume et L’Enclume.

Quelques jours avant l’Azerbaïdjan en conflit avec l’Arménie à propos de l’enclave sécessionniste à majorité arménienne du Haut-Karabakh (territoire azeri) a réclamé l’arbitrage de l’OTAN. L’Azerbaïdjan a le soutien des USA et de la Turquie sous forme de conseillers militaires. Quant à l'Arménie, elle est armée par la Russie. Début juin 1999, débarquement des troupes russes, à la surprise de tous, sur l’aéroport de Pristina.Le sommet de Cologne du 18 au 20 juin 1999 a officiellement voulu montrer, une réconciliation entre la Russie et l’Occident.

 En réalité, Eltsine attendait le nouveau prêt du FMI de 15 milliards de $ ; la conséquence sera la réduction des allocations pour le peuple russe. D’autre part Eltsine a engagé la Russie sur la voie d’une coopération russo-USA sur le nucléaire militaire. Il faudra attendre le 8 avril 2010, pour que les présidents Barack Obama et Dimitri Medvedev signent le nouveau traité START III. Qui sera l' aboutissement du traité START I signé en 1991 entre Mikhaïl Gorbatchev et George Busch. Ce nouveau traité vise à réduire l' armement nucléaire des deux pays sur sept ans.

Sous les présidences de Vladimir Poutine

 Poutine I (1999-2004) a été le président de la restauration de l’autorité de l’Etat à l’intérieur.

Poutine II (2004-2008) a été celui de la prospérité .

Poutine III (Premier ministre et président entre 2008 et 2018) a été celui de la modernisation des forces armées.

Poutine IV (2018-2024),se veut grand réformateur de l’économie russe 

Nous allons assister, à la poursuite d'une reprise en main , de toute la zone slave et à des pactes d' alliance entre la Russie, la Chine, l' Iran et plus récemment avec la Turquie d' Erdogan. La Russie, tout de suite après la guerre avec la Georgie a lancé à l' automne 2008, une réforme militaire de grande ampleur pour moderniser ses forces armées, la priorité absolue est donné à l' arsenal nucléaire d'ici 2020. Dans le même temps un programme de développement basée sur la recherche et développement est mis en place. La part des hautes technologies dans le PIB russe devrait représenter au moins 17 à 20% à l' horizon 2020 ( elle était 10,5% en 2006). La part de la recherche militaire dans le budget global de la R&D est de 52,8%

 En mars 2014, la Russie est en mesure de procéder à une démonstration de force en Crimée, puis en Ukraine orientale. Pour rappel dés 1992 par vote du parlement la Russie déclare « illégal et nul » le transfert de la Crimée (70% de  russes) à l’Ukraine. L'Occident va considérer l' « annexion de la Crimée » comme un retour à la guerre froide. Les dirigeants russes ont bien compris le sens des manipulations occidentales des « révolutions de couleurs » comme une menace intérieure qu'ils veulent endiguer rapidement. Une garde nationale est créée en avril 2016 pour la sécurité intérieure.

 encart

Le patron du géant russe Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé mettre fin au rabais accordé en décembre à Kiev en échange de son renoncement à un accord avec l'Union européenne, ce qui augmente le prix de plus d'un tiers, à 385,5 dollars les 1.000 mètres cubes.2014-La nouvelle était attendue: Gazprom relève les prix du gaz pour l'Ukraine à $385.5 pour 1000m3. En 2009, un conflit sur les prix et les impayés entre l'Ukraine et la Russie avait abouti à deux semaines entières d'interruption des livraisons de gaz vers l'Europe, laissant des pays comme la Bulgarie dans le noir pendant près de trois jours. Aujourd'hui l'Europe importe près de 30% de ses achats de gaz de la Russie. Depuis les événements en Ukraine, l'éventualité d'un arrêt des approvisionnements est donc dans tous les esprits.

A partir de 2014, l' UE va changer de politique vis à vis de la Russie, c' est le rattachement de la Crimée à la Russie qui va servir d' alibi à ce retournement. La Russie va perdre ses illusions vis à vis de l' UE et sa stratégie eurasiatique est provisoirement remise en cause. Par ses sanctions, l' UE se sanctionne elle même, contraignant la Russie à se tourner de plus en plus vers la Chine pour lever des fonds. La Russie de Poutine, n' est plus disposer à se faire ronger ses ailes de grande puissance, elle va le prouver lors de son intervention contre l' Etat islamique, mais surtout lors de son soutien militaire à la Syrie de Bachar al Assad. Un commentateur écrira sur le sujet :

 « la soudaine hostilité contre la Russie et Poutine peut être trouvé dans presque tous les événements non déclarés qui se sont déroulés entre la fin août et le début de septembre 2013. Ce qui est arrivé dans cette période cruciale est qu’une attaque surprise de l’OTAN contre la Syrie a été stoppée par la Russie. C’était probablement la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale qu’une attaque militaire planifiée par l’Occident se trouvait confrontée à une force suffisante pour exiger son annulation. On n’a pas dit aux gens en Occident pourquoi leurs dirigeants bellicistes au discours martial ont fermé les yeux. Ils ont reculé et ont décidé de changer leurs plans. Le nouveau plan : démolir l’Ukraine et s’emparer de la Crimée au profit de l’OTAN. Cela, à l’évidence, n’a pas marché non plus ; et le désordre qu’ils ont créé est toujours là. »

 La contre offensive médiatique de la Russie

 La Russie aura vite appris de l' Occident en matière de propagande, elle avait déjà un coup d' avance à l' époque soviétique , mais fut rapidement distancé par la capacité d' Hollyvood à générer des films d' actions au contenu pro-américain. C'est le mouvement des gilets jaunes qui aura révélé, cette angoisse de l' occident et notamment de Macron en personne, qui veut une loi contre les fausses nouvelles . Il s' agit ni plus ni moins d' une censure, qui vise principalement la diffusion en France de « RT France » et « Sputnik » La revue RAMSES 2018 fait ce constat :

 « Les forces armées russes ont poursuivi leurs incursion dans les espaces aériens et maritimes d' Etats membres, en mer Baltique notamment ; des cyberattaques sur des entreprises, des institutions ou des équipes de campagne électorale d' Etats membres sont attribués à la Russie. L'influence des médias russes Russia Today et Sputnik est ainsi considérée par plusieurs pays européens ( France, Suéde, Allemagne) comme une source de déstabilisation » (Ramsés 2018 p. 115)

 La Russie va pouvoir intervenir politiquement sur l' UE en s' appuyant sur les partis eurosceptiques et populistes .

 « Contrairement à la Guerre froide, lors de laquelle les Soviétiques ne soutenaient que les groupes situés à gauche de l'échiquier politique, une approche fluide de l'idéologie permet au Kremlin de soutenir simultanément des mouvements à l'extrême gauche et à l'extrême droite, certains mouvements écologiques, des mouvements anti-mondialisations et des élites de la finance. L'objectif étant d'exacerber les divisions et de créer un ensemble de soutien au Kremlin. » (Peter Pomerantsev, Michael Weiss, « The Menace of Unreality: How the Kremlin Weaponizes Information, Culture and Money », The Interpreter Magazine, 2014)

La remarque est d' autant plus intéressante, qu'elle s' est vérifiée, lors de la répression hors norme des gilets jaunes justifiée par la violence des extrêmes de gauche et de droite Mélenchon devenant un pro-russe d' extrême gauche. Il est exact que la Russie a commencée à s'intéresser aux affaires européennes, à partir de 2014 quand l' UE condamne le référendum de rattachement de la Crimée à la Russie et procède à des sanctions économiques. Il est alors fait état que fin 2014 qu' « un certain nombre de partis européens de l'extrême gauche1 et de l'extrême droite avaient reçu différentes formes de soutien organisationnel et financier de la part de la Russie afin de construire un front pro-russe et anti-européen dans l'Union européenne » ( Sources « Relations entre la Russie et l'Union européenne » Wikipédia)
Lors du sommet de Versailles en mai 2017, Macron avait ouvertement reproché à Poutine se s'ingérer dans les affaires françaises par le truchement de Russia Today et Spunik

La Russie fait son retour au moyen orient

Depuis septembre 2015, la Russie de Poutine est passé à la contre offensive politico militaire au moyen orient, c' est surtout son soutien à la Syrie et sa volonté de conserver un accès à la méditerranée qui a contraint la Russie à intervenir militairement, dévoilant du même coup sa capacité à stopper nette une offensive militaire de l' Otan. Cette opération n' a pas été neutre, elle fut aussi une démonstration qui allait remplir le carnet de commande du complexe militaro industriel russe.

Le chant du cygne du panarabisme2

Bref rappel historique

Les guerres et révolutions au moyen orient depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et la création de l' Etat d' Israël, ne visaient qu'à asseoir la domination américaine sur la région, y compris contre la France et l' Angleterre ( la guerre de suez de 1956). Ce passage se fit sous les vocables du droits des peuples à disposer d' eux mêmes, qui entraînera la montée du panarabisme par les luttes de libérations ( Algérie, Egypte) ou accord néo-coloniaux. Les deux grandes puissances USA/URSS se retrouveront face à face au proche orient pour le partage des ressources pétrolières. Chaque camp avançant ses pions, en 1951, le gouvernement iranien de Mossadegh décide de nationaliser les gisements de pétrole sous contrôle britannique. Il n’en fallait pas plus pour que la CIA provoque un coup d’état, et place la monarchie féodale des Pahlavi, et du même coup transfert 40% du « pétrole britannique » vers les Etats-Unis. Un an auparavant, l’URSS avait de son côté appuyé le coup d’état des officiers libres d’Egypte qui renversèrent le roi d’Egypte Farouk 1er donnant ainsi le pouvoir à Nasser Gamal Abdel. Adossée comme Nasser et à l' ex URSS ou aux non alignés, ses régimes en principes laïcs seront remis en cause par les états -Unis3 . En effet comme le souligne Timothy Mitchell dans son livre Carbon Democracy :

 « Plus un régime est allié avec Washintgton, plus il est islamique. L' Égypte de Nasser, l'Irak républicain, le mouvement national palestinien, l' Algérie d' après l' indépendance, la République du Yémen du Sud, la Syrie baasiste : tous ces pays ont choisi une trajectoire indépendante des États-Unis. Aucun d' eux ne s' est proclamé État islamique, et ils sont nombreux à avoir réprimé chez eux les mouvements islamiques. En revanche les gouvernements dépendants des Etats-Unis ont toujours revendiqué une autorité islamique, qu'ils soient gouverné par un monarque affirmant descendre du prophète, comme en Jordanie, au Yémen du nord et au Maroc, ou prétendant à un rôle particulier de protecteur de la foi, comme dans le cas de l' Arabie saoudite »( Carbon Democracy.p, 240,241)

 Après la mort de Nasser en 1970, les États-Unis vont reprendre l’initiative au Moyen -Orient.. C’est tout le panarabisme qui va progressivement s’effondrer, échec du mouvement des non alignés. Les Etats-Unis visent l’Egypte, mais pour gagner ce pays, ils vont devoir donner à Sadate un semblant de victoire sur Israël et régler par la guerre la question du Moyen-Orient à chaud en organisant la guerre d’octobre 1973. L' arrivé de Sadate au pouvoir est considérer comme une trahison du panarabisme par les pays arabes et par les islamistes qui vont l' assassiner. La disparition de l' URSS allait mettre un terme au panarabisme et ouvrir la brèche du panislamisme et toutes ses déclinaisons wahhabiste, talibane,djiadistes, salafistes, takfiristes, jusqu'à la naissance de l' Etat islamique de Daesch.

 Conclusion

 Il était nécessaire de faire le point en ce début 2019, de l' évolution des rapports de forces sur le grand échiquier mondial, où les puissances dominantes se combattent et s' associent en permanence pour s' approprier des marchés. La force est un agent économique disait Marx, et cela est vérifiable chaque jour, qui à la force militaire avec lui actuellement , les Etats Unis, la Russie, la France , la Grande Bretagne potentiellement la Chine. Les puissances citées s' entendent pour faire monter les tensions avec comme objectif vendre des armes, mais aussi maintenir les cours des prix du gaz et du pétrole à un niveau élevés en interdisant une production trop abondante . Sont dans le collimateur l'Iran, le Vénézuela, la Libye où la France ( Total) et l' Italie ( ENI) se combattent par procuration. 4 Les libyens de tripoli ayant mis un gilet jaune en signe de protestation contre la France de Macron soutenant le mercenaire Khalifa Haftar. Depuis que Rosa Luxemburg a écrit «  Le militarisme champ d' action du capital » où elle démontrait que

 « Le transfert d'une partie du pouvoir d'achat de la classe ouvrière à l'État signifie une réduction correspondante de la participation de la classe ouvrière à la consommation des moyens de subsistance. » Mais encore «Quand on réduit les moyens de subsistance nécessaires à l'entretien de la force de travail, on libère par là même une quantité correspondante de capital constant et de travail vivant. Ce capital constant et ce travail vivant peuvent être employés à une production différente, s'il y a pour cette production dans la société une demande effective . C'est l'État qui représente cette nouvelle demande, puisqu'il s'est approprié une partie du pouvoir d'achat de la classe ouvrière grâce à la législation fiscale. Cette fois cependant l'État ne demande pas de moyens de subsistance - nous négligeons ici la demande de moyens de subsistance pour l'entretien des fonctionnaires de l'État, fournis également par les impôts : nous en avons déjà tenu compte sous la rubrique des « tierces personnes » - mais une catégorie spécifique de produits, les engins de guerre du militarisme, les armements navals ou de terre. »

En ce début du 21 siècle, le poids de la militarisation de l' économie des pays déjà cités nécessite, du fait de la concurrence technologique, une fiscalité en hausse. Chaque nouvelle génération d' armement multiplie par 10 ( parfois davantage) le coût des équipements de plus en plus sophistiqués des coûts prohibitifs intenables pour un état national comme par exemple la plupart des pays européens, seuls la France et la Grande Bretagne essayent provisoirement de tenir sachant très bien qu'ils ne pourront plus accentuer leur fiscalité pour maintenir leur puissance militaire. D' où l' éternel grelin grelin pour la constitution d' une armée européenne visant à mutualiser les coûts de la défense de l' UE

Le mouvement des gilets jaunes en France ( principalement contre la fiscalité) a démontré cette faille de l' État et du complexe militaro-industriel de la course aux armements, mais n' a pas fait le lien avec le parasitisme de la fabrication d' engin de mort, y compris le déluge de bombes5 lacrymogènes et les conséquences humaines à long terme des éborgnés et amputés par l' État grâce aux impôts que le peuple verse. Il n' est pas encore possible d' aligner le coût réel de la répression du mouvement des gilets jaunes, mais celle de Notre Dame des landes elle est évaluée à 300 000 euros par jour. Soit un coût total de 3 millions d'euros, et 30 000 euros par zadiste expulsé.

Cette première partie s'est volontairement limitée aux contradictions inter-impérialistes, la seconde abordera l' économie de la Russie et la question sociale.

Gérard Bad : finalisé le 1er mai 2019

 

 2Le panarabisme est un mouvement politique, culturel, et idéologique fortement séculier qui vise à réunir et à unifier les peuples arabes. Il se propose de défendre l'identité arabe, et le destin partagé. Le chérif de La Mecque Hussein ben Ali est fréquemment considéré comme le fondateur du panarabisme.

3 L' alliance des USA avec l'obscurantisme islamique remonte au pacte de Quincy conclu avec ibd Saoud En échange de la protection militaire des américains ceux ci peuvent exploiter les puits de pétrole, a cet effet ils vont créer une société commune l'Arabian Américan Oil Compagny (Aramco actuellement Saudi Aramco).

4 -Alors que l’Italie soutient le Gouvernement de l’accord national (GAN) de Fayez al-Sarraj à Tripoli, également soutenu par l’Allemagne et l’ONU, la France a pris le parti de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, qui dirige un gouvernement concurrent à Tobrouk. L’Égypte et la Russie soutiennent également Haftar.

5-Une grenade lacrymogène coûte 30€, une lacrymo à effet sonore 40€ et une grenade de désencerclement 50€. Rien que pour le samedi 1er décembre 2018, les policiers et CRS ont aussi utilisé des lanceurs de balles de défense (LDB) à 840 reprises ainsi que 1 380 grenades de désencerclement. Au total, ce sont plus de 13 500 grenades de tous types qui ont été lancées dans les rues de Paris samedi. Les nombreux canons à eaux installés çà et là ont aussi projeté plus de 136 000 litres d’eau.

 1La Russie reste la puissance tutélaire du Tadjikistan, notamment pour la sécurité avec la présence de la 201ème division de fusiliers motorisés (la plus importante base militaire russe à l’étranger avec une capacité de 7000 hommes) dont le bail a été renouvelé jusqu’en 2042. Quelque 200 conseillers russes sont par ailleurs présents à Douchanbé pour travailler sur les problématiques de la porosité de la frontière tadjiko-afghane.

3 La Georgie quittera la CEI en 2008 suivi par l' Ukraine en 2014.

1Voir Joseph Staline -Les problèmes économiques du socialisme en URSS-Voir sur le sujet tout le développement de Paul Mattick dans son Marx et Keynes, chapitre XX Capitalisme d' état et économie mixte , ed. Nrf

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29 avril 2019

ACTE XXIII- Les Gilets jaunes à Rouen et place de la République

 

 

 

 

 Le mouvement monte en charge les mots d' ordres sont plus offensif

 

 

 

 

LA POLICE BON ENFANT DURANT L4 acte XXIV

 https://youtu.be/ACIrUjxavnU

 

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28 avril 2019

Articles et textes de Rosa Luxemburg sur le 1er mai

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1894 . Quelles sont les origines du 1er mai?

Texte paru dans la Sprawa Robotnicza, le  8 février 1894. Titre original : Jak powstalo Swieto Majowe.  Repris sur le site marxists.catbull.com

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heure (1) est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1er mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 (2). A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne(3)de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1er mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1er mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1erer mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé. mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, e 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.

  1. L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

  2. Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

  3. Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

 

A propos de ce texte: C’est un des texte les plus connus de Rosa Luxemburg. Quand a-t-il été écrit et dans quel contexte? Rosa Luxemburg a 24 ans. Comme de nombreux militants de l’empire tsariste, elle s’est réfugiée en Suisse. Elle les côtoie et peut  échanger et réfléchir à la poursuite de son action politique. Elle rencontre ainsi des révolutionnaires polonais, et ils créent le Parti social-démocrate du royaume de Pologne sur des bases de classes et internationalistes en opposition au parti socialiste polonais (PPS) qui met en avant la revendication nationale. Le SDKP, puis SDKPiL (pour Lituanie) se dote d’un journal la Sprawa Robotnicza. C’est pour assurer la publication de ce journal que Rosa Luxemburg effectue des séjours à Paris. Quelques indications dans sa correspondance montrent concrètement  les relations avec l’imprimeur, avec les militants – cela parlera à tous ceux qui ont eu à réaliser un journal militant! -, sa part dans le journal et la diffusion en Pologne en particulier, diffusion clandestine et dangereuse qui s’arrrêtera avec la répression, les arrestations. C’est l’arrière-plan qu’il faut avoir à l’esprit quand on lit le texte qu’elle consacre au Ier mai. Nous ne sommes pas en présence d’un texte académique mais d’un texte de lutte, un texte qui veut mettre en avant la dimension internationaliste et de classe, un texte réalisé dans un contexte de lutte dangereux et clandestin pour sa diffusion en Pologne, un des premiers textes de Rosa Luxemburg qui témoigne de la continuité de ses choix. Quelles sont les origines du 1er mai? Un texte de lutte qui met en avant la dimension internationale et de classes (éléments biographiques et historiques). comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com


1904 . Dans la tempête.

Texte paru dans la Le Socialiste, le Numéro du 1-8 mai 1904. Repris sur le site https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1904/05/lux_19040501.htm

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La fête de Mai de cette année tire un relief particulier de cette circonstance qu’elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. Par là, son caractère de démonstration en faveur de la paix du monde prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, en présence de la guerre, la démonstration spécifique prolétarienne doit aussi être l’expression de cette idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste.

Si la guerre russo-japonaise a démontré quelque chose, c’est toute la vanité des spéculations de ces socialistes « humanitaires », qui prétendent fonder la paix du monde sur le système d’équilibre de la Double et de la Triple alliance. Ces panégyristes des alliances militaires ne pouvaient assez exprimer leur enchantement de la période de trente ans de paix dans l’Europe centrale et, se basant sur ce fait, proclamaient déjà tout naturellement « la paix en marche » et « l’humanité dans la paix ». Le tonnerre des canons de Port-Arthur, qui a fait trembler convulsivement les Bourses européennes, rappelle à l’intelligible voix à ces idéologues socialistes de la société bourgeoise que, dans leurs fantaisies sur la paix européenne, ils n’avaient négligé qu’un seul facteur : la politique coloniale moderne, qui a, dès à présent, dépassé le stade des conflits européens locaux en les transportant sur le Grand Océan. La guerre russo-japonaise donne, à présente, à chacun conscience que même la guerre et la paix de l’Europe, ses destinées, ne sont plus décidées entre les quatre murs du concert européen, mais au dehors, dans la gigantesque Maelström de la politique mondiale et coloniale.

Et c’est en cela que réside la grande signification de la guerre actuelle pour la démocratie-socialiste, même abstraction faite de son effet immédiat : l’effondrement de l’absolutisme russe. Cette guerre ramène les regards du prolétariat international sur les grandes connexités politiques et économiques du monde et dissipe violemment dans nos rangs le particularisme, la mesquinerie dans les idées, qui se forment dans toute période de calme politique.

La guerre arrache complètement tous les voiles dont le monde bourgeois, ce monde de fétichisme économique, politique et social, nous enveloppe constamment.

La guerre détruit l’apparence qui fait croire à l’évolution sociale pacifique, à l’omnipotence et à l’intangibilité de la légalité bourgeoise, à l’exclusivisme national, à la stabilité des conditions politiques, à la direction consciente de la politique par ces « hommes d’Etat » ou des partis, à la portée capable d’ébranler le monde des chamailleries dans les Parlements bourgeois, au parlementarisme, comme centre prétendu de l’existence sociale.

La guerre déchaîne, en même temps que les puissances réactionnaires du monde capitaliste, les forces génératrices de révolution sociale qui fermentent en leurs profondeurs.

Eh bien, nous célébrons, cette fois, la fête de Mai sous âpre brise, l’allure fortement précipitée des événements dans le monde.

Rosa Luxemburg – Parti démocrate-socialiste de Pologne et de Lituanie

 

A propos de ce texte : La fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle a été une marche continue vers la guerre marquée par les conflits liés à la concurrence entre Etats nationaux et au colonialisme. Loin d’être la responsabilité d’un peuple, voire d’un seul Etat, en l’occurrence l’État allemand (le traité de Versailles est l’une des principales origines du fascisme avec la répression par la social-démocratie de la révolution spartakiste), elle est due au développement de l’impérialisme et au ralliement de la lIème internationale. Rosa Luxemburg a accompagné chaque pas vers le conflit mondial de ses analyses et de son action. Le texte suivant a été écrit pour le conflit russo-japonais. Rosa Luxemburg utilise le 1er mai pour tenter de mobiliser et affirme que la réalisation de la paix ne peut venir que d’une révolution socialiste (au sens de l’époque).  Rosa Luxemburg, 1er mai 1904. “La fête de Mai de cette année tire un relief particulier de cette circonstance qu’elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre” comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

1907 . La fête du 1er mai

Texte paru dans la Gleichheit, 17e année, Nr 9, Page 71. Traduction Dominique Villaeys-Poirré, 1er mai 2015

Le 1er mai. Rosa Luxemburg.  Die Gleichheit, 17e année, Nr 9, P 71 1907

Le 1er mai est un élément historique et vivant du combat international des prolétaires et reflète de ce fait fidèlement tous les moments de ce combat depuis près de 20 ans. Vu de l’extérieur, c’est la répétition monotone des mêmes discours et articles, des même revendications et résolutions. C’est pourquoi, ceux dont le regard ne reste qu’à la surface figée des choses et ne perçoivent pas le devenir imperceptible interne des situations, pensent que le 1er mai a perdu son sens du fait de cette répétition, qu’il est pratiquement devenu « une manifestation vide de sens ». C’est seulement derrière cette apparence extérieurement semblable que bat le pouls divers du combat prolétaire, le 1er mai vit avec le mouvement ouvrier et change en fonction de lui, reflète dans ses propres contenus, sa propre atmosphère, ses propres tensions, les situations changeantes du combat de classe.

La fête du 1er mai a connu trois grandes phases dans son histoire. Les premières années, alors qu’elle devait se frayer un chemin, elle a été accueillie par les prolétariats de tous les pays avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme. La classe ouvrière intégrait une nouvelle arme dans son équipement et les premiers essais pour utiliser cette arme ont galvanisé le sentiment de force et l’ardeur à combattre de millions d’exploités et d’opprimés. De son côté la bourgeoisie de tous les pays l’accueillait avec la plus grande des peurs et la plus profonde haine. La pensée de la manifestation internationale socialiste lui apparaissait comme le spectre de l’ancienne Internationale tant haïe, la décision d’une fête commune de tous les travailleurs du monde comme le glas de la domination bourgeoise. D’où les tentatives ridicules des première années de réprimer le danger du 1er mai par la violence policière et militaire. A la tète de cette colonne armée de la bourgeoisie effrayée, se précipita la « république libre » française, et seulement après elle l’absolutisme tsariste. Le sang prolétarien pour un premier mai coula d’abord à Fourmies en 1891, suivit en 1892 une répression sanglante à Lodz en 1892.

Mais bientôt les classes dirigeantes se calmèrent et reconnurent le caractère purement démonstratif du 1er mai. D’autre part s’installait une longue période de combat essentiellement parlementaire et la construction tranquille des organisations politiques et syndicales. L’année de naissance du 1er mai apporta en Allemagne la fin des « Lois contre les socialistes », en 1893, le prolétariat de Belgique et en 1896 celui d’Autriche entrèrent au parlement. Les années 90 représentèrent une période de travail syndical acharné et de montée irrésistible de la représentation de la classe ouvrière au parlement. Face au combat pour le représentation des travailleurs dans les parlements, les manifestations des travailleurs eux mêmes reculèrent dans l’ombre, de même que, face à l’action positive et la construction des partis ouvriers dans chaque pays, l’idée de communauté internationale du prolétariat. Le 1er mai devient peu à peu une fête pacifique que la société bourgeoise regarde avec une certaine sérénité.

Dans les dernières années, on constate une évolution sensible de la situation de la classe ouvrière. Un fort vent souffle de nouveau sur le champ des luttes. A l’est, la grande révolution russe. En Allemagne une aggravation et une exacerbation du combat politique et économique : une du prolétariat dans l’industrie et une union de tous les partis bourgeois pour exclure la classe ouvrière du parlement. En France, une croisade brutale du gouvernement « radical » contre les syndicats et une série de combats désespérés pour les salaires. Exaspéré par la progression puissante des organisations prolétariennes de ces 15 dernières  années, effrayé par la révolution russe, le capitalisme international devient nerveux, servile, agressif.

Et de ce fait commence pour la fête du 1er mai une nouvelle phase. A partir de l’idée de la possibilité d’une manifestation directe de la masse des prolétaires qui la caractérise, – la seule action politique directe en dehors des élections – elle se sent investie de nouveaux contenus, d’un nouvel esprit, dans la mesure où l’exacerbation des combats de classe place les masses prolétaires de nouveau de plus en plus au premier rang . Plus la réaction, la violence de la bourgeoisie dans les domaines politiques, économiques dispute aux intérêts prolétariens chaque pouce de terrain, plus s’approchent les temps où les masses prendront leur sort en mains, où elles devront en personne combattre pour les intérêts de leur libération de classe. Se préparer à ces temps inévitables à court ou long terme, s’armer pour ces temps de la conscience de ses propres devoirs et de sa propre puissance, c’est actuellement la tâche du prolétariat et pour cela la fête du 1er mai en tant que manifestation directe des masses constitue un moyen pour arriver à cela. En Allemagne, la réponse à l’échec parlementaire de la social-démocratie doit être une fête du 1er mai imposante. La masse des travailleurs doit répondre à la masse unie réactionnaire de la bourgeoisie : vous voulez chasser nos représentants par votre législation, vous voyez que nous sommes nous-mêmes plus décidés, plus unis, plus combattifs.

Un autre élément du 1er mai vient au premier plan avec une force renouvelée: l’internationalisme de la cause ouvrière. Tant que le combat de classe jouit dans chaque pays d’un minimum d’apparence de liberté démocratique, le prolétariat est dominé par les caractéristiques de celui-ci et par les divisions nationales. Cependant, dès que la violence fondamentale du combat de classe monte des profondeurs de la société capitaliste vers la surface, dès que le combat atteint les limites de l’affrontement des masses avec les puissances dominantes, l’idée d’un prolétariat mondial unique et indivisible renaît avec une force accrue. Les préparatifs de la bourgeoisie pour le 1er mai rappelle dans tous les pays rappelle cette année au prolétariat que le combat pour la libération est le même dans tous les pays. Aujourd’hui, à la tête de l’armée des travailleurs de tous les pays se tient le prolétariat russe, le prolétariat de l’empire de la révolution. Et les combats de ce prolétariat, ses expériences, ses problèmes constituent une école où apprendre pour nos prochaines batailles.

Ainsi va cette année le 1er mai, animé par un nouveau souffle puissant, de nouveau, comme à ses débuts, accueilli par la haine et la peur de la bourgeoisie et par l’enthousiasme et la volonté de se battre des masses prolétaires. Dès le début, manifestation pour la journée de huit heures et pour la paix mondiale, elle prend peu à peu la forme d’une révolution prolétarienne. Le 1er mai ne va pas vers son déclin, mais vers un essor inouï, car il sera porté et emporté par le même orage qui gronde à la surface de la société bourgeoise et qui nous conduira au travers des combats les plus intenses, jusqu’aux victoires finales.

 

A  propos de ce texte : Tout au long de sa vie, Rosa Luxemburg a accordé la plus grande des attentions au 1er mai. A plusieurs reprises, elle s’est battue pour son maintien. Ainsi dans les années 1907 à 1911. En effet, les textes de cette période s’inscrivent dans une discussion visant, en particulier au sein du parti ouvrier allemand, à la suppression de cette journée de lutte: ceci était proposé essentiellement par le mouvement syndical et l’aile réformiste du parti social-démocrate. Au contraire, Rosa Luxemburg, vient de vivre la révolution russe de 1905, elle a écrit son livre majeur sur la grève de masse et met en évidence l’importance de chaque initiative des prolétaires dans le processus révolutionnaire face à la dépossession de ces luttes par ceux qui prétendent le représenter. Elle voit dans la fête du 1er mai une manifestation importante en tant qu’elle est l’une des seules manifestations directes des masses et multipliera les articles, textes pour la défendre.

 

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23 avril 2019

Notre Dame de Paris et la défense du symbolisme bourgeois

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Se souvenir de L'incendie de la tour Grenfell survenu le 14 juin 2017 dans , un immeuble de logements sociaux de 24 étages, situé à Londres faisant , 71 morts et environ 8 disparus (que l'on compte comme morts, ce qui fait 79 morts)et 74 blessés. Selon un rapport cité mi-avril 2018, le feu s' est déployé à cause du nouveau bardage,sans ce bardage aucune victime ne serait à déplorer.

Les bonnes âmes , n'ont pas déployé un élan de générosité, pour au moins reloger les sinistrés.

Mais quand il s' agit d' un symbole du pouvoir bourgeois, Arc de triomphe, Notre Dame, le Sacré Cœur construit pour symboliser l' écrasement de la commune de Paris, l' argent à ce moment coule à flot.

ci dessous deux textes contre l' union sacrée et le nationalisme

L’incendie

La charpente de la cathédrale de Paris n'a pas encore fini de se consumer que déjà le ban et l'arrière-ban de tous les pouvoirs institués appellent à resserrer les rangs autour de ce symbole de la soumission. Tout de suite a été rappelé en boucle que ce monument a vu passer dans sa nef depuis des siècles rois, papes, empereurs et autres présidents de toute l’Europe, voire du monde.

En pleine crise sociale, alors que depuis des mois on nous serine que les caisses sont vides, que le traitement homéopathique de l'injustice, de la pauvreté et de la misère coûte décidément trop cher, les cendres étant encore chaudes, voilà que les millions pleuvent à foison en toute indécence. Tout le beau monde s'ébaudit devant la soi-disant générosité de quelques milliardaires : ramenées au montant du smic, leur obole ne vaut pas dix euros ! Et rapportée à l'utilité réelle de ces dix euros pour un smicard, leur obole vaut-elle seulement quelques centimes ? Sans compter que l'on ne peut absolument pas les dédouaner d'arrière-pensées d'optimisations fiscales et publicitaires.

Mais le plus grave est qu'à travers cette propagande faite au nom du "patrimoine", de l' "art" ou de la "culture", c'est bien l'image universelle de tous les puissants qu'il s'agit de réaffirmer : puissances politiques, religieuses, économiques, technologiques, financières, médiatiques... Ce n'est pas un hasard si tous les puissants, ou presque, de la planète se sont émus. Ce qu'il s'agit de reconstruire au plus vite, ce n'est qu'accessoirement un témoin passé de notre histoire commune, mais un symbole présent de leur pouvoir. Ce témoignage du passé, pour important qu'il soit à certains égards, n'est pourtant ici jamais mis en perspective critique : la révolution française ou la Commune ne sont que des pages noires de l'histoire de la cathédrale, et donc par conséquence des pages sombres de l'Histoire elle-même. Ce qui a brûlé c'est avant tout un mythe, et c'est lui qu'il s'agit de pleurer et de restaurer.

Comme l'a très bien dit Macron lors de son allocution du 16 avril, "chacun à sa place, chacun dans son rôle", et le monde continuera de pouvoir croire aux miracles. Et c'est bien ce qu'il a essayé de nous vendre : "Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte" pour avancer dans la résolution de la crise sociale. L'important est de restaurer l'image touristique de l'unité nationale et de la puissance de l'Etat. Cette puissance est d'ailleurs si extraordinaire qu'elle est capable de sécher des chênes centenaires pendant largement plus d'une dizaine d'années tout en reconstruisant avec eux une charpente monumentale dans les soixante prochains mois.

Ce que le pouvoir français n'a pas vraiment réussi à faire avec le saccage symbolique de quelques boutiques de luxe sur les Champs-Elysées, à savoir faire condamner les émeutiers au nom du prétendu rêve universel des consommateurs de pouvoir accéder "un jour" au mythe de la richesse, il est en train d'essayer de le faire avec cet incendie tout à fait providentiel pour lui. Sa priorité est de restaurer l'image de l'unité nationale mise à mal par cinq mois de crise sociale majeure :"Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français (sic)". Face à un tel défi, qui ne comprendra pas la mesquinerie, la petitesse, l'égoïsme même, de la contestation sociétale si elle continuait à vouloir re-définir le sens perdu d'un vivre-ensemble à réinventer.

Dans l'intervention de Macron, il s'agit très expressément de faire passer le sens de l'histoire devant une "fausse impatience" nécessairement illégitime de la contestation. "Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu". Pourquoi faut-il donc que la vie réellement vécue vienne toujours gâcher son image idyllique que les puissants fignolent si patiemment pour notre bien? Affirmer la permanence et la continuité de la France et de ses symboles, c'est automatiquement tenter d'autolégitimer un pouvoir qui se veut son incarnation. C'est symétriquement tenter de jeter l'anathème sur les contestataires du pouvoir au nom d'une histoire prétendument impérissable, tellement plus grande que les petits soucis quotidiens des uns et des autres.

L'avantage de ce genre de discours, c'est qu'il va finir par rendre palpable que la critique du pouvoir devient de moins en moins dissociable de la critique de son histoire : l'histoire telle que nous la connaissons n'est toujours que l'histoire racontée par le pouvoir. Il ne s'agit bien entendu pas de raconter autrement la même histoire, avec le regard des vaincus, mais de casser leur histoire, de briser le référentiel mental qui leur permet de croire qu'ils sont l'histoire. A tout le moins, puisque pour eux cela me paraît désespéré, il faut surtout que les dominés, ces gens qui ne sont rien, changent d'histoire, sortent du cadre mental et national qui seul légitime les puissants de ce monde. Ce n'est qu'en changeant d'histoire qu'ils pourront faire leur propre histoire, ce n'est qu'en cassant les repères temporels et géographiques du pouvoir qu'ils arriveront, que nous arriverons à le briser lui-même.

Passons sur le fait que l'Etat français qui se voudrait le chantre de la laïcité se fasse, dans cette histoire de cathédrale, le héraut de "Notre-Dame" et d'une chrétienté pleinement assumée. Je préfère quant à moi me souvenir du jour de Pâques de 1950, le 9 avril, à la cathédrale de Paris justement, où Serge Mourre et ses amis proclamèrent en plein office la mort de Dieu.

« Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme. »

 Je n'ignore pas ce que ce genre de propos a de provoquant, d'outrancier et de caricatural, en particulier parce que l'on ne peut plus aujourd'hui parler de l'Homme (avec un H majuscule), qui n'est au final que le fils trop Naturel d'un Dieu (avec un D majuscule). Mais le discours présidentiel est tout autant provoquant, outrancier et caricatural, en plus d'être méprisant : la question que l'on peut cependant se poser est de savoir s'il en est seulement conscient.

 Louis - Colmar le 17 avril 2019

 < texte en pdf >

Union nationale : et pourquoi ils y tiennent tant

 « Nous sommes tous réunis dans un moment pareil ! » « L’émotion est très forte, et nous la
ressentons à travers tout le pays ! » « Tous ensemble, nous pouvons aller de l’avant, malgré
ce qui est arrivé ».Que ce soit pour l’incendie de Notre Dame de Paris, la mort de Johnny Halliday, celle de Simone Veil, ou même un simple 14 juillet, les plus hautes autorités du pays adorent nous fabriquer des grands moments à leur façon et nous tenir ce style de discours : « Malgré bien des choses qui semblent nous opposer, nous sommes en réalité une même nation ».

« Nous sommes forts lorsque nous sommes réunis ». Ce qui veut dire que nous serions faibles quand nous nous opposons. Eh bien, ça se discute. Si on prend par exemple la libération de la France, tout le monde n’était pas du tout uni. C’était même une véritable guerre entre ceux qui défendaient les nazis et l’occupation allemande et les autres. Si on regarde l’arrivée du suffrage universel, il a commencé, pour les hommes seulement en 1848,mais contre un grand nombre de nobles,d’aristocrates, de royalistes, de notables qui jugeaient, eux, que le peuple n’était pas du tout digne de prendre part aux décisions. Sans parler de la Révolution de 1789 qui s’est faite, là encore, contre beaucoup de monde. Et d’abord contre l’Église qui était le plus grand propriétaire de terres à l’époque. Alors, pourquoi ceux qui nous dirigent se jettent-ils ainsi sur chaque occasion qui leur
semble bonne pour nous tenir ce discours ? Pourquoi ne se contente-t-on pas de déplorer simplement une perte, ou de se dire contents d’un événement positif. Et de dire simplement
l’histoire ? Pourquoi faut-il nous présenter cela comme un moment où nous serions tous réunis,en communion ?
C’est peut-être qu’en vérité, nous ne sommes pas si unis que cela. Qu’est-ce qui nous unit,simples employés, ouvriers, chômeur, travailleur, avec un François-Henri Pinault, qui a sorti 100 millions en moins de 24 heures pour Notre-Dame de Paris ? Et quoi de commun avec cette mentalité de concurrence qui a décidé la famille Arnault (qui possède le groupe de luxe LVMH) à en sortir le double juste après ?Tous ceux qui pleurent, comme tous ceux qui se réjouissent, selon les occasions, ne le font pas toujours aussi spontanément, aussi simplement que le commun des mortels. La plupart de ceux que l’on voit ou entend ont un calcul derrière la tête. Avec l’incendie de Notre-Dame, des chefs de l’Église essayent de faire un peu oublier la montagne de scandales sexuels où ils sont empêtrés. Mais Notre Dame de Paris serait démolie depuis longtemps si Victor Hugo n’avait pas écrit son roman pour la faire aimer et la sauver. Et ce roman, s’il a plu et touché, s’il est connu du peuple si largement, c’est que ses personnages sont essentiellement les gens du peuple. Ce n’est pas un roman religieux. L’union nationale, c’est le fantasme de ces centaines de milliers des plus hauts privilégiés, de cette bourgeoisie qui vit ailleurs, à part, dans des quartiers et avec un mode de vie que nous ne connaissons même pas. Mais eux savent que nous vivons tout autrement, et cela leur fait peur. Dans la vraie vie, c’est la « désunion nationale ». Voilà pourquoi ils essayent, chaque fois qu’ils le peuvent, de nous fabriquer un moment d’ « union nationale ». Pour nous calmer, nous créer des illusions, et peut-être s’en créent-ils eux mêmes. Ces « grands événements » les servent, pour nous distraire, nous détourner de la réalité.
C’est vrai que nous avons besoin de distraction, tant la vie quotidienne qu’ils nous font n’a aucun goût. Mais nous ne sommes et nous ne serons pas dupes. Nous avons une tête, et elle sait réfléchir. Et nous pouvons à la fois être sensibles à un événement et réfléchir à la manière dont on veut nous le faire vivre.

L’Ouvrier n° 321

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13 avril 2019

INFOBREF N°522-LIBERTE POUR LE PRISONNIER POLITIQUE JULIAN ASSANGE!

INFOBREF N°522

 

Ces femmes SDF video

 

Macron négocie avec Ethiopian Airlines pour de nouveaux Airbus

Macron négocie avec Ethiopian Airlines pour de nouveaux Airbus

Un voilà un qui ne perd pas de temps … Mêlant tout à la fois le sens de l’à propos, la réactivité -  mais également le culot voire même l’indécence ?  – Emmanuel Macron aura « profité » de son déplacement en Éthiopie pour discuter avec le Premier ministre du pays d’un nouveau contrat pour Airbus dans [...]

 

A l'occasion de la visite du président chinois Xi Jinping, la France et la Chine ont signé un contrat pour la livraison de 290 appareils d'Airbus. La valeur de ce contrat est de près de 30 milliards d'euros.

 

Airbus et la China Aviation Supplies Holding Company (CASC) ont signé lundi 25 mars un accord portant sur l’acquisition de 290 appareils de la famille A320 et de dix A350, en présence des présidents chinois et français, Xi Jinping et Emmanuel Macron.

"La conclusion d'un grand contrat pour Airbus est une avancée importante et un excellent signal (…) de la force des échanges  [entre la Chine et la France]", a déclaré le président Emmanuel Macron, lors de la signature du contrat au cours d'une cérémonie à l'Élysée, à l’occasion de la visite du président chinois.

 

 

Parution du dernier livre de Tom Thomas sur la ville et le capital aux éditions Jubarte, il est disponible à la librairie du Point du Jour (58 rue Gay-Lussac 75005 Paris, tel: 01 43 26 20 17, courriel: librairie-lpj@wanadoo.fr) au prix de 8 euros.

QUATRIEME DE COUVERTURE

Les villes existent depuis longtemps. Mais pas les villes-mégapoles tentaculaires qui sont une caractéristique du capitalisme contemporain. Produits de ce capitalisme devenu sénile, elles en reflètent et accroissent les contradictions propres à son âge, en contribuant davantage à sa ruine qu’à son développement. Sans oublier qu’elles dégradent abominablement toutes les conditions de vie. Ce sont là des effets inéluctables, puisqu’ils ont leur cause dans un développement urbain qui n’est lui-même qu’une manifestation du développement automate du capital, bien plus que de libres choix de ses fonctionnaires, les capitalistes.

Cette formidable dégradation, ajoutée au fait qu’une masse toujours croissante de prolétaires, de plus en plus chômeurs ou précaires, y sont concentrés, fait de ces mégapoles des lieux essentiels de luttes très diverses et quasi permanentes, alors même que s’étiolent les vieilles luttes syndicales limitées aux rapports ouvriers-patrons dans les usines. Ces luttes « urbaines » sont l’amorce d’une lutte de classe révolutionnaire pour abolir le capitalisme, pour établir un processus de transformation radicale de l’organisation de l’espace ainsi que des rapports hommes-nature. À la condition de passer des luttes contre les effets ruineux de ces mégapoles à celles contre la cause de leur existence.



France les déserts médicaux-Après avoir sciemment provoqué les déserts médicaux en France pour alléger la dette de la sécurité sociale, voilà que l' Etat Macron s' attaque à la question avec sa Loi Santé. Cette loi est toute orienté vers le tout numérique et un contrôle centralisé des patients avec le carnet de santé numérique.

 

On commence par dire que les médecins sont surbouqués, qu'ils en arrivent à refuser des patients et qu'ils font de la médecine à la chaîne, leur patient n'étant plus que des clients auscultés à la va vite. Il en résulte, qu'il sera facile de faire admettre le système de la consultation en visioconférence depuis un ordinateur et un smartphone. Pour y parvenir, la loi introduit une nouvelle notion celle de  »télésoin » seront mis à contribution pour ce projet les pharmaciens et la création d'un nouveau métier celui d' assistant médical. Un job bas de gamme qui nécessitera une formation d'un an, contre trois pour un infirmier, il consistera à effectuer des tâches simples que font actuellement les médecins (peser les patients et prendre la tension). La loi santé prévoit la création de 4000 postes de ce type d'ici à 2022. Ce nouveau JOB , n' est qu'une manière de masquer le chômage, l' état devant intervenir dans la prise en charge d'une partie des salaires et la ventilation de ces assistants dans le milieu médical.

 

 

Eborgneurs ,censeurs, menteurs

Loi anti-fake news: RT et Sputnik dans le collimateur du président Emmanuel Macron

par Thierry Paul Valette (son site)
mercredi 23 mai 2018

Il l'avait annoncé pendant les traditionnels voeux à la Presse. Emmanuel Macron souhaite une loi visant à lutter contre les fausses informations. "Si nous voulons protéger les démocraties libérales, nous devons savoir être forts et avoir des règles claires", avait-il alors déclaré. Pourtant le législateur possède déjà tout un arsenal de mesures : Art 27 ( loi de 1881sur la presse ), art 322 ( code pénal ), art L97 ( du code électoral ) et l'art L465-1 ( du code monétaire et financier ). 

Le texte qui sera prochainement présenté faisait déjà l'object de discussions au Sénat le 3 avril 2018. Certains axes ont déja été dévoilés aux journalistes : 

    - En période électorale et en cas de propagation d'une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé.

    - Le contenu mis en cause pourra alors être supprimé et le site déréférencé. Le compte utilisateur concerné peut être également clôturé, voire bloqué.

Cette volonté de légiferer soulève quelques interrogations : Qui va décider de la véracité d'une information ? Sur quels critères ? Le grand danger réside dans le fait de donner la responsabilité à l'Etat de décider le vrai du faux.

MISE EN CAUSE DES MÉDIAS ÉTRANGERS 

Depuis les attentats d'Al-Qaïda le 11 septembre 2001, le monde est entré dans une période très sombre. La peur domine avec la complicité de nébuleuses "criminalo-terroriste" dont Daesh. Elles sont responsables de nombreux attentats trés meurtriers. L'invasion de l'Irak en 2003 a engendré de nombreux conflits responsables du déplacement de millions de réfugiés. 

C'est dans ce contexte sous haute-tension que se sont développés les réseaux sociaux accélérant une crise des médias dit "traditionnels". Seulement depuis l'élection du présIdent Donald Trump, l'affaire a pris une tout autre tournure. Les "fausses nouvelles" ou "fausses informations" mettraient en danger la démocratie. Les médias étrangers sont fortement mis en cause. L'ingérence par la Russie pendant la campagne de D.Trump et les rumeurs dont Emmanuel Macron avait été victime pendant la campagne présidentielle, sont les parfaits alibis à cette volonté de légiferer.

Des organes de presse sont visés ouvertement par cette loi. Les médias étrangers RT et Sputnik sont dans le collimatreur. E.Macron les accuse de faire de la propagande mensongère. 

Cela n'est pas sans rappeler le cas d'Al Jazira. Cette chaîne néee en 1996 avait cassé la main mise de l'information dans le Golfe Persique. Pendant la crise du Quatar, l'Arabie Saoudite avait démandé sa fermeture au pretexte de propagande térroriste. Une des conditions pour lever l'embargo.

Le Yémen, l'Egypte et le Bahrein s'étaient allignés dans le sens de la demande de L'AS. L'ONU avait jugé cela inacceptable ! Selon elle, il s'agit d'une grave atteinte au droit des libertés d'expressions et d'opinion.

 LES FAUSSES INFORMATIONS NE DATENT PAS D'AUJOURD'HUI.

 Des fausses informations circulent parfois dans la presse et proviennent directement de responsables politiques qui laissent fuiter volontairement des informations fausses...

Dans les années 80 deux énormes fakes news ont semé le trouble et le doute dans l'esprit de nombreuses consciences collectives. L'affaire du Rainbow Warrior et celle du nuage de Tchernobyl. 

   LE RAINBOW WARRIOR :

L’affaire du Rainbow Warrior avait marqué les esprits. Le navire amiral de l'organisation écologiste Greenpeace avait été coulé par les services secrets français le 10 juillet 1985. Les suites médiatiques, politiques et judiciaires avaient enflammé l'actualité. Le navire, à quai en Nouvelle-Zélande, était paré à appareiller pour l'atoll de Moruroa afin de protester contre les essais nucléaires français.

L'opération de sabotage fut commanditée par le ministre de la Défense français Charles Hernu, avec l'autorisation explicite du président de la République française François Mitterrand (selon le témoignage de Pierre Lacoste, patron de la DGSE)1. L'opération fit un mort : Fernando Pereira, photographe, membre de l'équipage de Greenpeace.

Le Rainbow Warrior dans le port d'Auckland, le 10 juillet 1985. NEW ZEALAND HERALD / AFP.

   TCHERNOBYL :

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl cet accident nucléaire majeur qui a commencé le 26 avril 1986 dans la centrale Lénine, située à l'époque en République socialiste soviétique d'Ukraine en URSS. Il s'agit de la plus grave catastrophe nucléaire du xxe siècle, classée au niveau 7, le plus élevé sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES). Rapellez-vous, le nuage radioactif se serait stoppé à la frontière francaise par le miracle du cyclone des Açores...

Tchernobyl : 60% des habitants évacués de Pripiat en 1986 seraient aujourd'hui décédés

DES SOLUTIONS EXISTENT :

Les médias classiques et publics ont une responsabilité face au phénomène des fausses nouvelles. En effet, elles se développent sur la méfiance et la défiance des gens avec les médias

Seulement l'essentiel a été oublié : celui de former les plus jeunes à l'esprit critique.

COMMENT LUTTER CONTRE LES FAKE NEWS :

  -Ne pas se limiter à ne lire que les titres.

  -Garder un peu d'humour à la lecture de sites satiriques : le Gorafi etc...

  -Mener des enquêtes. Google image est un formidable outil pour vérifier si une image est sortie de son contexte.

  -Privilégier les médias connus. Si ils ne sont pas toujours fiables, ils restent néanmoins mieux outillés.

  -Privilégier le bon sens. Pour exemple, la photo des pyramides sous la neige était improbable. Évitez de tomber dans la rumeur  : l'ami d'un ami ami avec X m'a dit que....

 Une pétition est mise en ligne pour dénoncer les danger de cette loi à venir 

https://www.change.org/p/non-à-la-future-loi-sur-les-fake-news-qui-est-une-atteinte-contre-la-liberté-d-expression-et-de-la-presse 

 

LIBERTE POUR LE PRISONNIER POLITIQUE JULIAN ASSANGE!

HONTE AUX CENSEURS DE LA PROPAGANDE EURO-ETATS-UNIENNE!

 WikiLeaks est un média qui diffuse des informations vérifiables (et autrefois unanimement reconnues y compris dans la presse dite officielle) sur les liens, les contacts, les intérêts des USA et de l’UE dans le cadre des multiples guerres lancées au Proche Orient et ailleurs. Sa force était l’anonymat de ses sources et l’indépendance totale de ses contributeurs. Son fondateur, Julian Assange, après 7 ans de réclusion totale à l’ambassade d’Equateur à Londres, harcelé par toutes les polices et dont la protection équatorienne vient de tomber après les dernières élections en Equateur qui a mis au pouvoir le social-démocrate Lenin Moreno, traître rallié à l’impérialisme US (L’ex-président équatorien, Rafael Correa, lui avait assuré protection en lui donnant la nationalité équatorienne), est aujourd’hui kidnappé, arrêté, déchu de sa nationalité équatorienne et menacé d'être extradé aux Etats-Unis où on lui a promis la plus grande sévérité pour « haute trahison » : Tous savent qu’il y sera torturé pour donner les noms de tous les contributeurs de WikiLeaks.

Julian Assange est donc incontestablement un prisonnier politique, et son arrestation, lui qui n’est en aucun cas un « criminel », est une atteinte majeure, réelle cette fois, à la « liberté d’expression ». Pourtant vous ne verrez personne dans la presse ou à la télévision aux ordres, pour protester contre ce qui, si cela avait eu lieu à Moscou ou à Caracas, aurait provoqué un scandale planétaire. L’intelligentsia macroniste française, de Cyril Hanouna à Raphaël Glucksman en passant par les « grosses têtes », ne dira rien, bien sûr. Pire, elle renchérira la campagne de calomnies contre l’un des rares journalistes qui aujourd’hui sauve quelque peu l’honneur de la profession…

Peut-on encore douter que nos médias chiens de garde font autre chose que de la propagande de guerre ? Propagande de guerre quand il s’agit de rechercher le consensus avant de bombarder les importuns qui occupent des sous-sols pétrolifères, ces dernières années. Propagande de guerre quand il s’agit de couvrir, de maquiller voire d’étouffer les crimes inhumains des « alliés » américains, israéliens, saoudiens… Propagande de guerre de classe quand il s’agit de salir unanimement toute forme de révolte populaire dans nos pays, à l’instar des gilets jaunes depuis novembre 2018.

Mais cette propagande porte toujours un masque identifiable : celui de la « liberté d’expression », même si tous les organes de presse sont détenus par des grands patrons ou par leur serviteur à l’Elysée. Rappelons-nous comment il fallait défendre la publication des « caricatures de Mahomet » il y a quelques années, au nom de cette « liberté d’expression ». « Liberté » d’autant plus sacrée qu’elle n’égratignait personne en haut lieu, et pour cause. « Liberté » d’autant plus urgente qu’elle servait une propagande d’Etat islamophobe désignant par amalgame un « ennemi de l’intérieur » comme responsable de tous les maux…

La peur commence pourtant à marquer les visages des journalistes officiels, chez nous comme ailleurs en Europe et aux USA… Les « réseaux sociaux » sont devenus jusqu’à un certain point la cible de toutes les accusations médiatiques, tout simplement parce qu’ils peuvent être un outil de ré-information. C’est à travers de tels médias que s’organisent aujourd’hui les actions concrètes, et non virtuelles, des gilets jaunes par exemple. C’était déjà le cas lors des révoltes populaires en Tunisie, en Egypte. C’est encore le cas aujourd’hui en Algérie… On se demandait combien de temps cela durerait… Combien de temps encore ils laisseraient faire…

« La vérité est révolutionnaire » disait le marxiste et antifasciste italien Antonio Gramsci. C’est à ce titre que nous soutenons toute vérité sur le système capitaliste et toutes les personnes prêtes à se battre pour les révéler.

Le Rassemblement Communiste invite tous ses camarades, sympathisants, lecteurs, gilets jaunes, gilets rouges, citoyens épris de vérité et de liberté, à participer aux multiples rassemblements qui ont actuellement lieu dans le pays pour réclamer la liberté pour Julian Assange !

 

RASSEMBLEMENTCOMMUNISTE.FR

 

 

Le Venezuela, une nouvelle Syrie

Publié le 03/04/2019

  • Le Venezuela, une nouvelle Syrie

par Israël Shamir

Il y a quelques jours, un Iliouchine 62M de ligne amenait plus d'une centaine de soldats et d'officiers russes à Caracas. De façon hautement symbolique, ils avaient fait une escale en Syrie, une façon de dire que le Venezuela est le prochain pays, après la Syrie, qu'il va falloir sauver de la ruine et du démembrement? La mission militaire était dirigée par le chef d'Etat major, le général Tonkoshkourov ("la peau fine") un nom qui aurait qui aurait enchanté Vladimir Nabokov.

"Comment osez-vous, s'est écrié John Bolton, mettre votre nez dans l'hémisphère occidental! Bas les pattes! Le Venezuela, c'est notre arrière-cour à nous". Mais les Russes n'ont rien voulu savoir. Il y a quelque temps, ils avaient essayé d'émettre des objections au stationnement de chars US positionnés en Estonie, à quelques enjambées de St Pétersbourg, et tout ce qu'ils y avaient gagné, c'était un sermon sur le thème de la souveraineté, comme quoi "l'Estonie n'a pas à demander la permission aux Russes pour recevoir une assistance militaire américaine". Ils viennent de revenir sur le sujet avec John Bolton et son patron. "Et commencez par quitter la Syrie", ont-ils ajouté.

C'est un nouveau palier dans les relations russo-américaines, ou faut-il parler de confrontation. Pendant très longtemps, les Russes s'étaient persuadés que leur sympathie pour les US était réciproque, ou qu'ils obtiendraient quelque chose en retour un jour ou l'autre. Seulement voilà, la page est tournée, leur regard s'est dessillé, et ils ont fini par réaliser que l'animosité américaine est implacable. "Ces Russes sont vraiment sourds si c'est seulement maintenant qu'ils se réveillent", vous dites-vous tout bas. Il suffit de lire les commentaires à l'article du New York Times au sujet de l'éxonération de Trump par Muelller pour découvrir que la haine de la Russie est au menu quotidien des élites américaines, tout autant que l'amour d'Israël. Voilà où on en est.

Mais les Russes avaient aussi une tradition d'opposition. Ils avaient eu des sentiments tendres pour la grande nation d'outremer à l'époque des tsars, puis des soviets, et encore plus dans les années post-soviétiques; Ils aimaient la bravoure américaine, ses hardis pionniers, ses fermiers, le jazz et Hollywood. Ils comparaient le cri de guerre "toujours plus à l'ouest, les gars" avec leur propre exploration de la Sibérie. Ils comparaient leurs cités poussant comme des champignons à Chicago. Khroutchev admirait leur maïs et appelait son peuple à concurrencer pacifiquement l'Amérique. Les classes cultivées et occidentalisées, ce qu'on appelle l'intelligentsia russe, étaient aux côtés des US pendant la guerre du Viet-Nam, et tout au long des guerres du Moyen Orient.

Cet amour de l'Amérique avait été si étroit qu'il n'y avait paratiquement pas de films russes ou soviétiques avec les Américains dans le rôle du méchant. C'est vrai, il n'y a pas d'équivalent des antagonistes de Rambo, ou d'Igor dans les films d'horreur classiques. Les Américains dans les films russes sont de braves garçons, à quelques exceptions près, dans des films de série B. "Nous ne faisons pas confiance à la Russie, jamais nous ne les croirons. Ils ne deviendront jamais nos amis... Nous allons leur botter les fesses à chaque occasion", ces paroles mémorables de Nikki Haley n'avaient pas de contre-partie russe, on ne connaissait pas ces sentiments.

Maintenant cela pourrait bien changer. Le dernier film d'action russe  The Balkan Line montrait un commando russe opérant en Bosnie et au Kossovo contre les alliés de l'OTAN, des islamistes trafiquants d'organes, tout à fait selon le schéma du thrilller turc La Vallée des Loups. Il est sorti pile pour l'anniversaire du bombardement de Belgrade, l'évènement traumatisant entre tous pour les Russes post-soviétiques. Lorsque Clinton avait ordonné le bombardement de la Serbie, l'alliée de la Russie et sa correligionnaire, malgré le plaidoyer russe et leur intercesion, les Russes avaient compris que leur changement de régime avait attiré les catastrophes sur leur tête. Le premier ministre Primakov apprit la décision de Clinton alors qu'il était en route pour Washington, et il ordonna au pilote de faire demi-tour au-dessus de l'Atlantique. Quelques mois plus tard, Poutine prenait la présidence de la Russie, et celle-ci prit un nouveau cap, plus affirmé, mais encore amical pour l'Amérique.

Cependant, les US persistaient à traiter la Russie comme un Etat vaincu, comme l'Irak après Saddam ou le Japon en 1945. C'en était trop. Les Russes pouvaient accepter dêtre traités comme des vassaux, mais des vassaux importants, méritant d'être écoutés et ménagés. Avec Le soutien US à  l'insurrection islamiste en Tchétchénie ou l'encouragement à l'agression géorgienne, le lien s'est brisé.

Jusqu'à une date récente, nous avions la version de Poutine sur ce qui n'allait pas, telle qu'offerte dans ses entretiens avec Oliver Stone. Maintenant nous disposons de la version américaine, et curieusement, elle n'est guère différente compte tenu de l'évolution du contexte. La version US des choses a été offerte par William J Burns, un diplomate américain vétéran, et ambassadeur à Moscou. Cela a été résumé comme suit par Vladimir Golstein de la Brown University:

1. La Russie était censée agir comme un partenaire junior obéissant aux US. "L'Amérique pensait que Moscou allait s'habituer à ce statut de partenaire junior, et s'accommoder de l'expansion de l'OTAN jusqu'à sa frontière avec l'Ukraine à contre-coeur. Hélas, la poussée du président Bill Clinton vers l'est avait renforcé le ressentiment russe". Quelle surprise!

2. La Rssie s'attendait à un quiproquo pour son soutien aux US après le 11 septembre, mais "Poutine a profondément mal interprété les intérêts et la politique ades Américains. L'administration Bush n'avait pas le moindre désir de négocier le moindre partenariat avec la Russie contre al-Qaida, elle ne voyait aucune raison pour ce faire. Elle n'était nullement tentée de faire des concessions à un un Etat sur le déclin", dont les offres furent ignorées.

3. Les Américains n'ont pas tenu compte des avertissements russes.L'ambassadeur raconte que Poutine lui disait de retenir le président géorgien téméraire de s'attaquer à ses clients russes, mais cette mise en garde avait été ignorée.

4. Le changement de régime en Libye "avait énervé Poutine,On disait qu'il était en train de regarder la vidéo macabre de la destitution du dirigeant libyen Mouamar Kadhafi capturé alors qu'il se cachait dans un tunnel de drainage et qu'il se faisait abattre par des rebelles soutenus par l'Occident, une fois de plus". Apparemment, c'est à ce moment que Poutine avait pris conscience enfin que  nul ne survivrait si la position russe ne s'affirmait pas. Après le Russiagate, l'inimitié entre les vieux adversaires a atteint des  niveaux inédits.

Non, Je ne regrette rien, et je ne regrette pas, en particulier, que les relations russo-américaines aillent de pire en pire. Le monde a besoin d'équilibre, et les Russes constituent un contre-poids à la main lourde de l'once Sam. Le pire moment, dans l'histoire récente, c'est vers 1990, quand la Russie avait pratiquement cessé d'exister en tant que facteur important de la politique internationale. C'est à ce moment que les US ont ravagé le Panama et l'Irak, bombardé Belgrade, créé al-Qaida, et démoli leur propre classe ouvrière. Si Maduro le chauffeur de bus enragé et basané avait essayé de dire non à Washington dans les années 1990, il aurait été enlevé, arrêté et traîné devant la justice pour viol sur mineur ou pour trafic de drogues, et coffré pour trente ans. Le président russe d'alors, Boris Eltsine, n'aurait même pas remarqué, entre deux cuites, que le Venezuela se retrouvait brutalement ramené à un statut colonial.

Heureusement, la Russie et les US n'en sont qu'aux altercations verbales, et les pays qui veulent échapper aux diktats impériaux ont le choix. Le Venezuela en fait partie. Le président Maduro a souligné que la visite des conseillers militaires russes avait été prévue de longue date. Même si techniquement cest vrai, la position de la Russie a bien évolué au cours du mois de mars.  Quand les US ont bloqué les comptes bacaires du Venezuela, Maduro a annoncé qu'ils les avaient transférés à la Gazprom Bank. Les Russes qui sont dans le pétrole se seraient bien passés de cette révélation. J'en ai parlé avec un pdg d'une compagnie pétrolière qui regrettait vivement les imprudentes paroles de Maduro. "Et voilà, maintenant c'est notre banque qui va se retrouver sous le feu des sanctions, et nous courons à la ruine", disait-il. Il ne pouvait pas tenir sa langue, Maduro? On aurait géré ses avoirs à bas bruit, sans que cela soit perçu comme une provocation pour les Américains." D'autres officeils importants à Moscou ont dit que de toute façon le Venezuela était fichu, et qu'il valait mieux s'occuper d'autre chose.

Mais la visite de la vice-présidente vénézuélienne doña Delcy Rodríguez à Moscou a changé la donne. Cette dame aussi élégante que dynamique est une oratrice excellente et convancainte. Elle a fait une apparition sensationnelle lors de la conférence de presse avec Serguéi Lavrov. En quelques mots choisis, elle a détricoté l'écheveau de mensonges qui étouffe son pays. Malgré les sanctions, le Venezuela vit mieux que ses voisins la Colombie, le Guatemala, le Honduras. Il héberge six millions de régugiés économiques et politiques en provenance de Colombie, et qui ne veulent pas rentrer chez eux. Ils préfèrent souffrir dans le Venezuela socialiste. Et tandis que des milliers de Centre-américains se fraient un passage vers le Rio Grande, les US devraient s'occuper d'eux et régler le problème au lieu d'être obsédés par le Venezuela. Cet exode en cours part des Etats clients les plus dociles envers Washington. Nous avons aussi entendu dire que les US ont détourné $31 milliards de dollars en avoirs vénézuéliens, et en ont refilé un (petit milliard) au  quidam embauché pour faire président à la place de Maduro, le petit Guaido.

Pendant quelques jours, la Russie a hésité. Ceux qui sont sur une ligne pro-américaine ont un pouvoir bien réel à Moscou, et ils appelaient à lâcher Caracas. Ils rappelaient aux gens un danger imminent et tout-à-fait certain: les US peuvent bloquer les avoirs russes en dollars et interdire toute transaction en dollars aux entreprises russes. Cette modalité de guerre a été expérimentée en Corée du nord et en Iran avec des effets dévastateurs.

 Les Russes s'attendent à ce genre de mesure; c'est pourquoi ils augmentent leurs réserves en or, et vendent leurs actions et obligations US. Ils sont prêts pour le moment attendu, mais ils préfèrereaient le retarder aussi longtemps que possible.

Et pourtant, malgré la menace, Poutine a décidé de soutenir le Venezuela de Maduro. C'est ainsi qu'un nouveau palier dans la guerre hybride a été franchi. Les Vénézuéliens ont déménagé le quartier général de leur compagnie pétrolière à Moscou, et la circonspecte Russie les a accueillis.

Aussitôt, les US ont répondu avec des attaques cybernétiques sur les centrales électriques, provoquant une panne très étendue. C'est probablement la première cyber-agression déployée sur les infrastructures de l'ennemi. La destruction des centrales iraniennes grâce au Stuxnet avait un rayon d'action limité, et n'interférait pas au niveau de l'économie générale du pays. Le réseau électrique du Venezuela avait fait l'objet d'une mise à jour récente, et d'une importante modernisation, par la grande firme internationale ABB. Une fois que tout a été rénové, la firme a fait savoir dans ses communiqués à la presse que désormais le Venezuela était doté de l'équipement le plus performant et pointu. D'où l'on peut déduire qu'un équipement dernier cri est aussi plus vulnérable aux cyber-atttaques.

 Chaque changement de régime organisé par Washington en Amérique latine a comporté une attaque sur l'approvisionnement en énergie (pensons par exemple au renversement d'Allende au Chili), mais jusqu'à  présent, l'adversaire devait mettre les mains dans le cambouis, physiquement, pour saboter les centrales électriques et les lignes à haute tension. Maintenant ils ont appris à le faire depuis l'étranger, depuis Miami. Les Vénézuéliens ont fait remarquer ue la première annonce de leur panne, c'est Marco Rubio qui l'avait proférée. "Marco Rubio a averti quelques heures avant la panne que les Vénézuéliens allaient subir le rationnement le plus strict en matière de combustible et de nourriture; ce faisant il révélait qu'il était bien au courant qu'un choc sévère allait se produire dans les prochaines heures". Le site Moon of Alabama accepte également l'explication par une cyber-attaque, tout en nuançant: un gros foirage, c'est quelque chose qui peut arriver, rappelle-t-il, et les US aussi ont connu des pannes comparables.

J'ai demandé à un expert russe en matière de guerre cybernétique son avis, et il m'a confirmé qu'une cyber-attaque sur les infrastructures est faisable. Il mettait cela en relation avec la bataille US contre le géant de la communication chinois Huawei; c'est le seul grand fournisseur qui ne fournit aucune espèce de porte dérobée "backdoor" accessible aux opérations d'espionnage de la NSA.

Les Russes ont décidé de donner un coup de main au Venezuela. Ils ont envoyé des experts en cybernétique, une mission militaire; ils achètent son pétrole au Venezuela et brisent le boycott américain contre le peuple bbolivarien. Ils aident aussi l'Iran à contourner les sanctions.

Les Russes n'ont pas de grosses ambitions. Ils ne cherchent pas à gouverner le monde, ni même à dominer leurs voisins. Ils ne veulent pas affronter l'empire. Si on les laissait tranquilles, ils se contenteraient d'avoir la paix. Mais si on les bouscule, et c'est ce qui se passe maintenant, ils vont répliquer. Du point de vue russe, même les politiciens américains les plus hostiles reculeront avant une collision apocalyptique. Et si ce n'était pas de cas, eh bien tant pis.

Joindre Israel Shamir adam@israelshamir.net

Source: The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier

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03 avril 2019

Contribution à l’histoire du K(ommunistiche) A(rbeiter) P(artei) D(eutschlands)

* Le travail qui suit veut donner, à partir d’un matériau très disséminé de publications, de procès-verbaux et de communiqués de presse du KAPD, ainsi que des manifestations à l’intérieur d’un secteur décisif de la Révolution allemande, une image globale de l’évolution, du devenir et de l’action du KAPD, de sa base théorique et de la position particulière qu’il a prise dans la stratification du prolétariat allemand et des partis ouvriers qui se réclamaient de Marx. C’est pourquoi j’ai tenu à donner si possible la parole au parti lui-même par l’intermédiaire de ses documents. Dans la mesure où le texte ne cite pas ses sources, elles sont indiquées à la fin dans la bibliographie. [Note de bas de page de Bernhard Reichenbach].

** L’article de Reichenbach constitue un pendant à l’étude de Johannes Wertheim sur la “Fédération des socialistes révolutionnaires – Internationale” dans cette Archive XII, 297/309. Il provient également d’un homme politique qui a participé personnellement, en tant que dirigeant de parti, à l’évolution qu’il a décrite et il est rédigé avec un tempérament qui relève d’un parti pris politique, qui donc n’est sûrement pas impartial. Les deux articles sont cependant particulièrement précieux étant donné qu’ils font mieux connaître le matériel – aujourd’hui encore très difficilement accessible – de deux sous-tendances appartenant au grand courant du mouvement ouvrier socialiste allemand et autrichien de l’après-guerre-mondiale, et dont ils fixent le souvenir. [Note de bas de page de Carl Grünberg].

1 Bernhard Reichenbach (1888-1975) a passé son enfance à Hambourg. Il travailla d'abord comme acteur, puis étudia la littérature, l'histoire de l'art et la sociologie à Berlin de 1912 à 1914. Il joua un rôle actif dans le mouvement étudiant (Freie Studentenschaft) pendant cette période et fut co-éditeur de Der Aufbruch. Il fut mobilisé de 1915 à 1917. En 1917, il adhère à l'USPD. En avril 1920, sans avoir jamais été membre du KPD, il cofonde le KAPD et devient l’un des rédacteurs de sa presse. En 1921, il représenta le KAPD au Comité exécutif de l'Internationale communiste. A Moscou, il négocia avec Lénine l'admission pleine et entière du KAPD dans le Komintern. Il intervient au troisième congrès du Komintern à Moscou sous le pseudonyme de Johannes Seemann. Exclu en mars 1922 du KAPD avec Karl Schröder, Arthur Goldstein, Emil Sach (Erdmann), il forme la Tendance d’Essen du KAPD. Sans renoncer à ses convictions kapédistes, il adhère en 1925 au SPD et travaille comme conférencier auprès des Jeunes socialistes. Employé dans une entreprise de produits chimiques à Krefeld, il continua à être actif dans le KAPD (Essener Richtung) jusqu’en 1928. En 1930-1931, il joua un rôle central dans le processus de fondation des Combattants rouges communistes des conseils en créant des liens entre les Jeunes socialistes et le cercle animé par Karl Schröder, Alexander Schwab et Arthur Goldstein à Berlin. De 1931 à son expulsion en août 1932, il fut membre du SAPD et réussit à y recruter pour les Rote Kämpfer. En 1932-1933, il était coresponsable du travail illégal. Journaliste interdit d’activité professionnelle, Reichenbach émigra à Londres en 1935 via les Pays-Bas. Adhérent du parti travailliste il travailla avec les sociaux-démocrates allemands en exil. Interné de 1940 à 1941, Reichenbach travailla ensuite pour le gouvernement britannique, comme éditeur du journal des prisonniers de guerre Die Wochenpost, publié par le Foreign Office. Après 1945, toujours membre du Parti travailliste, il est correspondant de presse à Londres pour le Süddeutscher Rundfunk et le Westfälische Rundschau.

Bernhard REICHENBACH (Hambourg)1

(Archives pour l’histoire du socialisme et du mouvement ouvrier.

Éditées par Carl GRÜNBERG, en liaison avec une série de spécialistes de renom de tous les pays

[«Grünberg Archiv»], Vol. XIII, Leipzig, 1928 [p. 117-140])

Traduction allemand-français, avril 2019 : Jean-Pierre Laffitte

Texte incluant une annexe bibliographique

[Révision de traduction et notes éditoriales : Philippe Bourrinet]

1. Les causes de la création du Parti dans une période d’action révolutionnaire

Le Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands (KAPD) [Parti communiste-ouvrier d’Allemagne] est né à l’époque des plus grandes luttes révolutionnaires. C’est pourquoi son histoire est une partie de l’histoire de la Révolution allemande. Son développement a été déterminé par le fait suivant : lorsque le prolétariat allemand s’est retrouvé pour la première fois dans l’état d’un mouvement de masse actif et révolutionnaire, la dictature de la bourgeoisie a rendu impossible un affrontement pour la clarification d’idées en raison des moyens inédits de l’état de siège qui régnait déjà depuis des années en raison de la guerre : une parole bâillonnée, une presse muselée, des réunions interdites. Un facteur aggravant et décisif s’y est ajouté : les organisations ouvrières qui, de par leur théorie marxiste de la lutte des classes – sur la base de leur histoire et de leur destin dans l’époque d’avant-guerre – étaient à même de saisir les traits d’une situation devenant révolutionnaire et de la modeler par l’intervention du prolétariat, avaient conclu, au nom de l’idéologie nationale, une paix intérieure d’union sacrée (Burgfrieden) avec les autorités de l’ancien État impérial. La conséquence d’une telle volonté affirmée de restreindre leur opposition aux buts de guerre fixés par Ludendorff était inéluctable : aucune perturbation de la conduite de la guerre par Ludendorff. De fait, cette opposition s’est inscrite dans une orientation carrément antirévolutionnaire, elle s’est traduite par un refus du ferment révolutionnaire en tant que facteur de réorganisation de la société et de réalisation du socialisme. La légalisation de leur existence publique, leurs journalistes opérant sans entraves, ainsi que la libre gestion de leur appareil financier, ont permis à la direction du Parti social-démocrate et aux syndicats d’avoir l’exclusivité d’un formidable appareil organisationnel. Il en est résulté, naturellement, que les masses qui peu à peu s’insurgeaient durent lutter non seulement contre l’État et sa guerre, mais aussi contre les instances dirigeantes de leurs propres organisations. Le désarroi produit par cette situation a conduit et devait nécessairement conduire à l’échec de la tâche la plus importante du prolétariat qui s’était réveillé : la clarification des phénomènes confus existants et qui doivent apparaître dans toute révolution ainsi que organisation de l’action consciente de la classe.

Si ces réflexions sont placées en début d’article, ce n’est pas dans le but de polémiquer ou bien de donner des appréciations relevant de la morale révolutionnaire, mais pour la raison suivante : de même que ces rapports de forces ont été le point de départ de la révolution, de même ils ont caractérisé son cours ultérieur et sont devenus déterminants pour la nature de la stratification de classe au sein du prolétariat, et par conséquent celle de la structure particulière des partis pris isolément, dont le devenir ne peut être compris sans la connaissance de cette situation initiale. Il devait en découler que prédominât, à long terme, l’élément négatif au sein de l’opposition et que sa structuration en un facteur positif de volonté soit retardée ou différée – par-delà l’élan initial, de l’époque d’esprit solidaire et de sacrifice du prolétariat, quand la bourgeoisie était totalement déboussolée, découragée, et incapable de la moindre résistance.

C’est dans cette situation chaotique que, fin décembre 1918, le Spartakusbund [Ligue Spartacus] mit fin à son association avec l’USPD [Parti social-démocrate indépendant d’Allemagne] et fusionna avec le groupe des IKD [Communistes internationalistes d’Allemagne] pour former le KPD (Spartakusbund) [Parti Communiste d’Allemagne]. Ses chefs, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, Leo Jogiches peu après, furent abattus par les gardes blancs. L’élection d’une nouvelle direction centrale était impossible dans les circonstances d’alors. C’est pourquoi la Centrale fut élargie par cooptation et passa alors sous la houlette de Paul Levi qui, sous l’influence de Karl Radek et de l’émissaire russe Bronski2, conduisit le Parti de l’activité à la passivité. C’était du moins l’opinion d’une opposition qui peu à peu grossissait et s’exprimait dans la presse du Parti – en particulier celle des districts importants de Berlin, de Hambourg et de la Saxe. La Centrale était l’objet des reproches suivants : au lieu d’être la force motrice de la poussée des larges masses et ainsi de clarifier et concentrer ces tendances d’activité révolutionnaire, cette centrale n’était qu’un facteur d’activité brouillonne et d’indécision, et par conséquent était responsable du fait que les luttes qui en étaient le fruit se déroulaient de manière sporadique et dispersée. Conformément à la tactique adoptée de renoncement à la politique d’offensive révolutionnaire – c’est ce qui transparaissait dans la presse de l’opposition et dans les doléances transmises à Moscou –, la direction du Parti voulait se limiter aux domaines où la société bourgeoise autorisait l’activité ouvrière : le domaine politique, dans le cadre parlementaire, le domaine économique, dans le cadre syndical. L’opposition considérait pour sa part les activités parlementaire et syndicale comme incompatibles avec l’action révolutionnaire.

Note-----------------------

2 Mieczyslav Bronski (1882-1938), connu sous le nom de Warszawski-Broński (pseudonyme : Posener ou Posner). Né à Łódź (Pologne), fils d’un propriétaire d’usine textile, il adhéra au SDKPiL de Rosa Luxemburg, parti qu’il représenta à la conférence de Kienthal en 1916. En Russie, jusqu’à novembre 1918, il fut commissaire du peuple pour le commerce et l’industrie. De 1920 à 1922 il fut ambassadeur soviétique à Vienne et participa activement à l’activité des partis communistes de langue allemande, notamment à la publication de la Russische Korrespondenz. Membre en 1928 du collège du Commissariat du peuple aux finances, il fut professeur d’économie politique à l’académie ses sciences à Moscou. Arrêté en 1937, il fut fusillé le 1er septembre 1938.

Trois questions litigieuses restèrent donc en suspens : la refonte de l’organisation du Parti; la participation à l’action parlementaire; et l’alternative posée entre une activité dans les syndicats ou la création de nouvelles organisations de lutte économique. Ce sont ces questions litigieuses qui ont mené à la scission dans le Parti et à la fondation du KAPD. On trouvera la description de la façon dont ces contradictions ont évolué dans le rapport suivant, datant de juin 1921, présenté par la délégation du KAPD au Comité exécutif de la IIIe Internationale :

Le Congrès de fondation du KPD (Spartakusbund), contrairement à tous les autres partis, avait décidé à une écrasante majorité de ne pas participer aux élections à l’Assemblée nationale. Après les combats du printemps et de l’été 1919, un fort courant en faveur du parlementarisme s’est manifesté dans la direction du Parti (la Centrale nationale). L’opinion des adhérents y était contraire. C’est ainsi qu’une assemblée de fonctionnaires du Grand-Berlin a pris, en août 1919, une résolution qui posait à la camarade Clara Zetkin, laquelle siégeait encore chez les «Indépendants» dans le Landtag du Wurtemberg, un ultimatum : se démettre de son mandat ou bien quitter le Parti. La camarade Zetkin n’a pas réagi à cette injonction, et la Centrale du Parti, dont la camarade Zetkin faisait également partie, l’a confortée dans son attitude. La Centrale a pris ensuite, dans la période qui a suivi, ouvertement position en faveur du parlementarisme, sans attendre une modification de la décision du Congrès du Parti. Elle est même allée plus loin en combattant les groupes locaux et les districts qui s’en tenaient à la décision du Congrès et en y sabotant l’agitation par la suppression de tout soutien financier, etc.

L’évolution de la confrontation dans la question syndicale a pris à peu près le cours suivant : les prolétaires avaient tiré des combats du printemps 1919 la leçon que les syndicats sont non seulement totalement inutilisables pour conduire les grandes luttes et les imposantes actions de masse, mais qu’ils représentent même un gros obstacle pour la révolution. Les prolétaires ont procédé partout et spontanément à la création de leurs propres organisations de lutte qui ne se fondaient pas sur les professions, mais sur les entreprises, qui ne faisaient pas éclater l’unité des travailleurs et qui ne suscitaient pas des contradictions de classe chez les travailleurs, mais qui réunissaient de manière unitaire la classe du prolétariat révolutionnaire là où par nature il ne fait qu’un, c’est-à-dire dans l’entreprise. De telles organisations d’entreprise [B(etriebs)-O(rganisationen (B.O.)] surgirent spontanément dans le bassin de la Ruhr, dans la région industrielle de Haute-Silésie, en Allemagne centrale, à Berlin, sur la côte de la mer du Nord, bref dans tous les centres industriels d’Allemagne. Lorsque la direction du KPD a vu, au cours de l’été 1919, la naissance et la croissance de ce mouvement de masse, elle a d’abord essayé de favoriser ces organisations par tous les moyens. Les anciens chefs, comme [Paul] Levi, Ludwig, [Bruno] Körting, [Paul] Frölich, ont donné comme mot d’ordre général celui de fonder des B.O. et de sortir des syndicats. Avec le revirement de la Centrale dans la question parlementaire, accompli à la fin de l’été 1919, l’orientation, menée sous la direction de Paul Lange3, combattant de la manière la plus véhémente les B.O. et exigeant l’entrée et le travail des communistes dans les syndicats, a pris le dessus au sein de la direction du Parti. Désormais, les membres de la Centrale qui avaient aidé à fonder les B.O. étaient eux aussi devenus leurs ennemis les plus violents. Mais la masse des adhérents du Parti est restée fidèle aux B.O. qui s’étaient regroupées dans l’Union générale des travailleurs [A(llgemeine-) A(rbeiter)U(nion]. Le fossé entre les instances du Parti et la grande masse des adhérents, principalement dans les centres industriels, s’élargissait de jour en jour. À la suite de quoi, un Congrès fut convoqué pour les 20-24 octobre 1919 à Heidelberg. Là, la Centrale a assailli les délégués avec ses soi-disant «Principes directeurs de Heidelberg» bien connus, qui n’avaient pas encore été soumis auparavant à la discussion auprès des adhérents et étaient complètement nouveaux pour les délégués. Les 18 délégués qui avaient voté contre ont été exclus de la Conférence après que l’on se fut assuré, par différentes manoeuvres, une majorité des voix en faveur de la Centrale. Les districts oppositionnels n’ont pas pensé dans un premier temps à former leur propre parti, mais ils ont voulu que soit convoqué un second Congrès où l’on devrait voter à nouveau sur toutes ces questions après que les adhérents eussent pris position sur celles-ci. Pour ne pas perdre le contact entre eux, ils ont décidé de déléguer au district du Nord-Est (Brême) la fonction de Bureau d’information de l’opposition. Les mois suivants ont été occupés par des discussions internes, et la Centrale a sauté sur l’occasion pour mener l’offensive en utilisant les moyens les plus agressifs. Elle a par exemple convoqué à Berlin, à Brême, à Hambourg et dans d’autres villes des réunions publiques dirigées contre les organisations locales du Parti. La session du Comité central de février 1920 a exclu du Parti les districts du Grand-Berlin, du Nord, du Nord-Ouest et de la Saxe orientale, et elle a invité les partisans de la Centrale à y former de nouvelles organisations. La Centrale trouva peu de partisans dans ces districts. Un exemple : celui du Grand-Berlin. À peu près 500 membres de ce district, qui en comptait alors 8.000, en sortirent pour former une nouvelle organisation allant dans le sens de la Centrale4.

 Notes--------------------

3 Paul Lange (1880-1951), syndicaliste social-démocrate originaire de Leipzig. Il travailla en 1915, avec Rosa Luxemburg et Franz Mehring, à la confection de Die Internationale. Membre de l’USPD et du Spartakusbund, il devint l’un des fondateurs du KPD et fut élu membre de sa centrale. Il était un rédacteur de la Rote Fahne et de la Russische Korrespondenz. En novembre 1920, il quitta le KPD pour l’USPD, puis après 1922 pour le SPD. Après mai 1945, il est membre du KPD-SED, devient rédacteur en chef du Leipziger Volkszeitung, défendant l’idée d’un «parti de type nouveau» [Note de l’éditeur].

4Le rapport original, sans coupures ou modifications ultérieures par Reichenbach (?), est archivé au SAPMO (Stiftung Archiv der Parteien und Massenorganisationen der D.D.R. im Bundesarchiv, Berlin; Bundesarchiv Berlin Lichterfelde, vorher Institut für Marxismus-Leninismus beim Z.K. der S.E.D. ) [Note de l’éditeur].

* * *

Les districts exclus ne voulaient pas encore former un parti indépendant. Deux choses s’y opposaient : l’espoir, en raison de la force numérique de l’opposition, de pouvoir encore sauver l’unité du Parti et celui de faire triompher ses vues. De plus, on était dans l’attente de la position de la IIIe Internationale, dont on espérait qu’elle approuverait finalement les théories de l’opposition. Il y avait aussi le fait que les représentants du Bureau d’Amsterdam de l’Internationale communiste, les camarades Herman Gorter et Anton Pannekoek qui bénéficiaient d’une haute estime auprès des Russes, défendaient l’antiparlementarisme, ainsi que la formation d’Unions basées sur les entreprises. Mais cet espoir s’est révélé illusoire. En effet, Karl Radek – lequel de sa cellule de prison, outre ses entretiens avec des industriels comme [Walther] Rathenau et Deutsch et avec des hommes politiques de toutes tendances, avait également pris en main la direction de la Révolution allemande et était pour le moins le mentor de la Centrale – avait manifesté une attitude des plus cassantes à l’encontre de l’opposition et imposé que le Bureau d’Amsterdam soit déclaré dissous par un simple télégramme.

 

C’est l’attitude de la Centrale lors du putsch de Kapp qui a donné l’impulsion décisive pour que l’opposition se constitue en nouveau parti. Au moment donc de la plus haute tension d’activité et où l’Opposition lançait les mots d’ordre les plus acerbes, le prolétariat révolutionnaire se retrouva désarçonné par le tract de la Centrale (rédigé par Bronski, mais que la Centrale a en tout cas continué à défendre) : Contre la grève générale ! L’arme au pied !5 Mais les jours qui suivirent montrèrent un complet isolement des hommes de la Centrale au point de désavouer leur propre tract. Le Komintern, lui aussi, prit énergiquement ses distances à leur égard.

NOTES

 

5 Cf. cette proclamation de la Centrale du KPD : «Les travailleurs doivent-ils réagir par une grève générale dans le moment présent? La classe ouvrière, qui a été battue hier par les bandes armées d’Ebert-Noske – qui est désarmée et sous la pression la plus forte des patrons – n'est pas en mesure d'agir pour le moment. Nous estimons qu'il est de notre devoir de le préciser. La classe ouvrière engagera le combat contre la dictature militaire en temps voulu et avec les moyens qui lui paraîtront favorables. Ce moment n'est pas encore là. Il ne sera là que lorsque le visage de la dictature militaire se sera dévoilé» [«Erich Ludendorffs 18. Brumaire. Militärdiktatur oder Proletarierdiktatur ?», Rote Fahne n° 30, 14 mars 1920] [Note de l’éditeur].

 

6 Les Accords de Bielefeld furent signés le 24 mars 1920 par quelques partis bourgeois (le Deutsche Demokratische Partei, parti «libéral de gauche»), l’ADGB de Carl Legion, le SPD et l’USPD ainsi que deux représentants du KPD (avec l’aval de Wilhelm Pieck). Selon ces accords, qui ne furent jamais respectés, l’État s’engageait à désarmer les bandes contre-révolutionnaires et à épurer le corps des fonctionnaires « déloyaux » vis-à-vis de la République. L’Armée rouge devrait rendre toutes ses armes, sauf certains ouvriers qui devraient être «intégrés» dans la police municipale. En contrepartie la Reichswehr se contenterait de prendre ses quartiers à la frontière de la Ruhr. Mais, dès qu’une partie des ouvriers eut rendu ses armes – l’immense majorité le refusant –, les forces gouvernementales, renforcées par les corps francs, marchèrent sur la Ruhr. Il s’ensuivit un bain de sang : dans toute la Rhénanie-Westphalie, les quartiers ouvriers étaient pillés et incendiés, des familles entières étaient fusillées.

 

7 Il s’agit de l’ancien gouvernement social-démocrate formé par le chancelier Gustav Bauer, comme Noske, durent démissionner après le putsch de Kapp. Bien que jugé peu fiable par Carl Legien, il retourna au gouvernement formé par le chef SPD Hermann Müller. (Note de l’éditeur).

 

8 Die Freiheit était l‘organe de l’USPD (Berlin, Königsberg, Braunschweig, etc.), mais le titre avait été repris par le KPD à Hanau et Düsseldorf (Note de l’éditeur).

 

Les événements prirent alors le cours que l’on sait. Le KPD a envoyé deux représentants pour négocier sur ce que l’on a appelé les Accords de Bielefeld6, accords qu’il entérina. L’opposition a cherché par tous les moyens à susciter dans les masses la résistance la plus résolue à ces accords, avec la justification suivante : ni les militaires, ni l’ancien gouvernement qui a été sauvé7, ne respecteraient les concessions faites aux travailleurs dans ces accords, la partie adverse ne voulant obtenir rien d’autre que le désarmement des ouvriers.

 

En ce qui concerne maintenant le cours de la fondation du KAPD et les événements qui s’y rattachent, nous nous reportons au rapport cité plus haut :

 

Le putsch de Kapp a démontré que le comportement de la direction officielle du Parti équivalait à un abandon de la lutte révolutionnaire, à un glissement sur un terrain opportuniste. Il avait dévoilé que s’étaient en réalité formés deux partis différents dont la réunification était aussi impossible que l’union du feu et de l’eau. C’est la raison pour laquelle l’organisation berlinoise convoqua le 3 avril 1920 un congrès de l’opposition dans lequel décision fut prise de se constituer en «Parti communiste-ouvrier d’Allemagne» (KAPD). Environ 80.000 membres de l’ancien KPD étaient représentés, mais des districts isolés ne nous ont rejoints qu’après le Congrès. Les tâches et l’activité du nouveau parti étaient clairement fixées. Du fait du refus de l’activité légale parlementaire, il fallait exploiter toutes les situations de politique intérieure et extérieure pour attiser de nouveau la lutte active conte l’État bourgeois et, avant tout aussi, pour empêcher un retour en force de cet État afin que le prolétariat, malgré sa situation minée, extraordinairement embrouillée, et fragile tout autant politiquement qu’économiquement, puisse assumer le pouvoir.

 

Un exemple de l’action du KAPD dans cette direction ? Nous le trouvons dans le déploiement de son activité lors de la guerre russo-polonaise pendant l’été 1920. Le KAPD appela les ouvriers à refuser de travailler dans les fabriques de munitions et à saboter les livraisons de munitions destinées à la Pologne. Le KPD a qualifié cela de romantisme révolutionnaire jusqu’à ce que, suite à un appel du Comité exécutif de Moscou, il reprenne à son compte les mêmes mots d’ordre. Le KAPD incitait le prolétariat à agir vigoureusement, à élire des comités d’action révolutionnaires et des conseils ouvriers politiques, à s’unir aux frères russes au moment où l’Armée rouge se approchait de la Prusse orientale, à former un front uni de la Russie des soviets avec l’Allemagne des conseils. Nous voulions le transformer en insurrection, tandis que le KPD proférait un mot d’ordre parfaitement saugrenu : «neutralité en faveur de la Russie». Avec ce mot d’ordre exprimant une absolue passivité, le KPD développait seulement un type d’activité, dirigée non contre la bourgeoisie et son État, mais contre le KAPD qui se trouvait extrêmement disponible pour le combat et prônait, tout en la préparant, l’insurrection. C’est ainsi que, les 19 et 20 août 1920, des appels de mise en garde contre les mots d’ordre du KAPD parurent dans la Rote Fahne, la Freiheit 8 comme dans tous les journaux de province des deux partis. Les travailleurs, très souvent prêts à combattre, se retrouvèrent désorientés, les débuts d’un mouvement que l’on ne pouvait plus arrêter furent étouffés dans l’oeuf. C’était là un exemple typique de la façon dont un mouvement, non dans ses prémices, mais dans son résultat, dans sa portée, prend la tournure d’un putsch parce que l’attitude du KPD provoqua le désarroi des travailleurs. Lors de l’Action de Mars, sur laquelle nous reviendrons plus loin, qui fut déclenchée par le KPD lui-même, c’est la même chose qui se répéta. Nous avons par la suite poursuivi nos tentatives de transformer les luttes économiques en luttes politiques visant à prendre le pouvoir. La plus grande lutte de ce type a été celle de la grève des électriciens berlinois de

 

 

 

, mais elle a périclité en raison du comportement de la Centrale du KPD au moment où s’imposait sa transformation en grève générale.

 

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milieux monarchistes et la «démocratie» naissante, et dans le domaine économique entre les gagnants et les perdants de l’inflation. Il sera question de l’influence exercée par les Russes sur le cours de la Révolution allemande dans le paragraphe abordant les franches explications entre le KAPD et la IIIe Internationale. Mais il faut tout d’abord encore revenir sur l’évolution du Parti depuis sa fondation.

 

2. Les luttes internes entre les différentes tendances politiques.

 

Les Thèses sur le rôle du parti dans la révolution prolétarienne

 

Nous avons déjà indiqué, au tout début de l’article, comment le Parti naquit de l’opposition des adhérents du KPD à l’égard de la Centrale. C’est pourquoi ont afflué vers ce nouveau Parti tous les groupes qui se situaient dans l’opposition à la Centrale, laquelle détenait le pouvoir, sans que cette opposition ait été au départ, y compris d’un point de vue positif, une masse homogène ayant la même orientation dans ses conceptions comme dans ses objectifs. La lutte contre l’ancien parti s’est traduite par un processus interne de clarification qui a été mené avant tout contre deux tendances : contre le programme national-bolchevik de l’opposition hambourgeoise (Fritz Wolffheim et Heinrich Laufenberg); contre les partisans de la prétendue «organisation unitaire» [Einheitsorganisation] et les négateurs de la forme parti (Otto Rühle à Dresde).

 

Wolffheim et Laufenberg défendaient un programme d’union sacrée (Burgfrieden) révolutionnaire entre bourgeoisie et prolétariat, celui d’une insurrection populaire générale contre l’impérialisme de l’Entente, et ils condamnaient comme trahison le mot d’ordre de désertion lancé par la Ligue Spartacus durant les derniers mois de la guerre.

 

Lorsque, peu après la fondation du Parti, la Conférence du district Nord s’adressa, dans un tract du 1er mai 1920, au vaste auditoire du Parti en lançant un appel ouvert allant dans le sens de cette théorie – il était signé par W. et L. – le Parti prit immédiatement position. Le Congrès du Parti, qui se déroula à Berlin-Weißensee en août 1920, s’exprima de manière virulente contre le groupe national-bolchevik. Le district Nord fut exclu et se reconstruisit au fil du temps. Wolffheim et Laufenberg perdirent bientôt tout contact avec le prolétariat et fondèrent conjointement avec des officiers et des propriétaires fonciers une « Société pour l’étude du communisme allemand » [Gesellschaft zum Studium des deutschen Kommunismus]. Le «Cercle pour la gymnastique de l’esprit, Association reconnue d’utilité publique, siège sis à Hambourg» [Denksportring, e. V., Sitz Hamburg] qui en est issu perdura jusqu’à l’été 1927.

 

Tandis que, dans le cas des nationaux-bolcheviks, il s’agissait d’un petit groupe qui n’existait vraiment que chez les disciples proches des propagandistes susnommés en n’ayant qu’une importance locale, l’affrontement avec les Unitaires [Einheitler], dirigés par Rühle, témoignait d’une orientation répandue dans l’ensemble du prolétariat, une tendance véritablement anarcho-syndicaliste qui, pénétrée par une idéologie individualiste petite-bourgeoise, rejetait en général le Parti en tant qu’organe du prolétariat et ne prônait qu’un regroupement dans des organisations économiques, les unions, sur une base fédéraliste, celle d’une complète autonomie des districts. La lutte a été essentiellement menée au sein de l’A(llgemeine) A(rbeiter)U(nion) [Union générale ouvrière], dont un groupe particulier, l’AAUE (Einheitler) (*), fit sécession. Les partisans de cette « tendance unitaire », qui se sentaient proches des IWW américains et de leur principe de «One big union», ont quitté le Parti. Le KAPD avait parfaitement reconnu qu’il y avait dans ces rangs-là un certain nombre de bons et sûrs révolutionnaires qui, souvent uniquement du fait de la déception provoquée par l’échec des grands partis bâtis sur le principe du chef, étaient maintenant tombés dans l’autre extrême qui consiste à rejeter le parti en général, mais ils anticipaient de la sorte, dans une époque de préparation révolutionnaire, une situation qui ne pourrait apparaître que dans une société sans classes. La position du KAPD relative à la question du parti a été résumée en juillet 1921 dans ses Principes directeurs sur le rôle du Parti dans la révolution prolétarienne11. En raison de l’importance de cette question sur le plan des principes, nous en reproduisons les points saillants sous la forme des extraits suivants :

 

(*) Allgemeine Arbeiter-Union Deutschlands (Einheitsorganisation) [Union ouvrière générale d’Allemagne (Organisation unitaire)], plus connue sous son sigle : AAUE ou AAU-E (Note de l’éditeur).

 

11 «Leitsatze über die Rolle der Partei in der proletarischen Revolution», Proletarier, mensuel pour le communisme I, Heft 7, Berlin, juillet 1921, p. 16-18.

 

1. La tâche historique de la révolution prolétarienne est de remettre les trésors de la Terre entre les mains des masses laborieuses, de supprimer la propriété privée des moyens de production et de rendre ainsi impossible l’existence d’une classe possédante, exploiteuse et dirigeante. Son but est de libérer l’économie sociale de toutes les entraves du pouvoir politique, et cela à l’échelle mondiale.

 

2. La suppression effective du mode de production capitaliste, la prise en charge de l’ensemble de la production, la répartition des produits entre les mains de la classe ouvrière, l’abrogation de toutes les différences de classe, le dépérissement des institutions politiques ainsi que l’instauration de la société communiste constituent un processus historique dont on ne peut déterminer par avance et avec précision toutes les phases particulières. En ce qui concerne la question relative au rôle joué par le pouvoir politique dans ce processus, l’on peut néanmoins établir certains points de manière sûre.

 

3. La révolution prolétarienne est tout à la fois un processus politique et économique. Elle ne peut pas, ni en tant que processus politique, ni en tant que processus économique, trouver sa conclusion dans un cadre national; c’est au contraire l’instauration de la Commune mondiale qui est son but vital. Il en résulte que, jusqu’à la défaite définitive du pouvoir du capital à l’échelle mondiale, les détachements victorieux du prolétariat révolutionnaire ont encore besoin du pouvoir politique pour se protéger et, si possible, s’attaquer à la violence politique de la contre-révolution extérieure.

 

4. Les raisons d’évolution interne s’ajoutent à celles de politique extérieure, qui rendent nécessaires pour les détachements victorieux du prolétariat le maintien d’un pouvoir politique (y compris sur leur propre territoire souverain). La révolution, considérée comme un processus politique, comporte certes un moment décisif : celui de la prise du pouvoir politique. Mais la révolution, vue comme un processus économique, ne comporte pas un tel moment décisif, étant donné que la prise en mains de l’économie par le prolétariat et la transformation de l’économie des profits en économie des besoins impliquent un travail de longue haleine. Il en résulte naturellement que, au cours de ce processus, la bourgeoisie fera tout pour défendre le profit et, dans ce but, pour reprendre le pouvoir politique. Pour ce faire, elle cherchera tout particulièrement à mystifier les prolétaires, dans les pays d’idéologie démocratique développée (et donc dans les vieux pays industriels), par des mots d’ordre porteurs de la duperie démocratique. C’est pourquoi s’impose un pouvoir politique fort et impitoyable exercé par les travailleurs révolutionnaires, du moins jusqu’à ce que la prise de contrôle concrète de l’économie par le prolétariat s’achève et qu’ainsi la bourgeoisie voit se dérober sous ses pieds le terrain de son existence. C’est cela la dictature du prolétariat.

NOTES----------------------------

 

5. La nécessité d’un pouvoir politique souverain du prolétariat révolutionnaire, y compris après la victoire politique de la révolution, rend en même temps nécessaire l’organisation politique du prolétariat révolutionnaire, aussi bien après qu’avant la prise du pouvoir politique.

 

6. Les conseils ouvriers politiques (soviets) sont la forme d’organisation historiquement donnée et la plus large du pouvoir et de l’administration du prolétariat : ils surgissent dès que la lutte de classe culmine en un combat visant à s’emparer de la totalité du pouvoir.

 

7. Le Parti est la forme d’organisation donnée historiquement visant à rassembler les combattants prolétariens les plus conscients, les plus lucides et les plus combatifs. Étant donné que le but de la révolution prolétarienne est le communisme, ce parti ne peut être, tant dans son programme que dans son esprit, que le Parti communiste. Le Parti communiste doit former un tout avec un programme élaboré, un ensemble soudé par une volonté unique, organisé de façon homogène par en bas et discipliné. Il doit être la tête et l’arme de la révolution (Sie muß der Kopf und die Waffe der Revolution sein.).

 

8. La tâche première du Parti communiste, aussi bien avant qu’après la prise du pouvoir, au milieu des confusions et des fluctuations de la révolution prolétarienne, est de tenir fermement le cap, en ayant en vue l’objectif, la seule boussole sûre : le communisme. Le Parti communiste doit montrer aux masses prolétariennes, dans toutes les situations, sans relâche et sans le moindre flottement, l’objectif et le chemin à suivre, non seulement en paroles, mais aussi dans l’action. Dans toutes les questions de lutte politique qui surgissent avant la prise du pouvoir, le Parti doit pousser avec la plus grande netteté à trancher entre réforme et révolution; il doit dénoncer toute solution réformiste comme étant un rafistolage et un sursis accordé à l’ancien système d’exploitation, comme une trahison de la révolution, c’est-à-dire des intérêts de la classe ouvrière tout entière. En effet, pas plus qu’il ne peut exister de communauté d’intérêts entre exploiteurs et exploités, il ne peut davantage exister d’alliance politique entre révolution et réforme; le réformisme d’origine social-démocrate, sous quelque masque qu’il se dissimule, est aujourd’hui le principal obstacle pour la révolution et l’ultime planche de salut de la bourgeoisie.

 

9. C’est pourquoi le Parti communiste doit, sans le moindre égard et la moindre faiblesse, tenir au préalable éloigné de lui tout réformisme et tout opportunisme, aussi bien dans son programme que dans sa tactique, dans sa presse, ses mots d’ordre et ses actions; en particulier, le nombre de ses membres ne peut jamais augmenter plus vite que la force d’agrégation du solide noyau communiste ne le permet.

 

10. Les masses laborieuses passeront inévitablement par des phases de fluctuation au cours de la révolution. La révolution est un processus dialectique non seulement dans sa totalité, mais aussi dans ses phases particulières. En revanche, le Parti communiste, en tant qu’organisation des éléments les plus conscients, doit tendre à ne pas succomber lui-même à ces fluctuations, mais à les maîtriser. Par la clarté et la pureté de ses mots d’ordre, l’accord entre ses mots d’ordre et ses actes, sa position d’avant-garde dans le combat, la justesse de ses prédictions, il doit aider les masses à surmonter rapidement et complètement ces fluctuations. Par l’ensemble de son comportement, le Parti communiste doit par conséquent développer la conscience de classe du prolétariat, même au prix d’une contradiction apparente et extérieurement passagère avec les larges masses. Ce n’est qu’ainsi que le Parti communiste gagnera la confiance des masses au cours des luttes révolutionnaires et qu’il réalisera un travail révolutionnaire d’éducation à grande échelle.

 

11. Le Parti, naturellement, ne peut se détacher des masses. Cela veut dire – en dehors du devoir évident de mener une incessante propagande – qu’il doit aussi se rattacher aux mouvements des masses laborieuses provoqués par les nécessités économiques, les revendications partielles, etc., qu’il doit essayer de clarifier intellectuellement ces mouvements, de les pousser vers des luttes réelles, de les élargir et les approfondir par l’appel à une solidarité active, de sorte qu’elles prennent des formes révolutionnaires et si possible politiques. Mais ce ne peut pas être la tâche du Parti communiste de se faire plus bête qu’il n’est; autrement dit : ce ne peut pas être la tâche du Parti communiste de renforcer l’esprit d’opportunisme en lançant, sous sa responsabilité, des revendications partielles réformistes.

 

12. Mais la contribution pratique la plus importante des communistes aux luttes économiques des travailleurs réside dans l’organisation de cette arme de lutte qui, dans une époque révolutionnaire et dans les pays hautement développés, est l’unique arme pratiquement utilisable pour de tels combats, à savoir que les communistes doivent veiller à ce que les ouvriers révolutionnaires (et pas seulement les membres du Parti communiste) se regroupent dans les entreprises, que les organisations d’entreprise se réunissent en unions et se transforment en instrument organisé pour que la classe ouvrière s’empare de la production.

 

13. Les organisations d’entreprise révolutionnaires (les unions) sont le sol nourricier des comités d’action (Aktionsausschüsse) qui naissent au cours de la lutte, elles offrent des cadres aux travailleurs luttant pour des revendications économiques partielles et finalement pour la production elle-même, elles constituent la base solide des conseils ouvriers révolutionnaires qu’elles anticipent.

 

14. En créant ainsi la large organisation de classe du prolétariat révolutionnaire, mais en préservant à côté, en tant que parti, la force d’un corps compact et homogène dans son programme, en valorisant dans l’union comme partout la pensée communiste comme principe suprême, les communistes assurent la victoire de la révolution prolétarienne ainsi que son triomphe ultérieur par l’instauration de la société communiste.

 

15. Le rôle du Parti après la victoire politique de la révolution dépend de la nouvelle situation internationale ainsi que du développement de la conscience de classe des travailleurs. Tant que la dictature du prolétariat, c’est-à-dire le pouvoir politique de la classe ouvrière victorieuse, est nécessaire, le Parti communiste doit tout faire pour garantir une évolution dans le sens communiste. Dans ce but, il est indispensable que, dans tous les pays industriellement développés, sous la direction intellectuelle des communistes, les prolétaires révolutionnaires soient eux-mêmes mis à contribution à la plus large échelle pour arriver à prendre en mains et à transformer la production. L’organisation par le biais des entreprises et des unions, l’éducation donnée par d’incessants conflits particuliers et la création de comités d’action constituent la phase préparatoire : celle-ci sera initiée au cours de la lutte révolutionnaire menée par l’avant-garde des travailleurs eux-mêmes.

 

16. Dans la mesure même où, en tant qu’organisation de classe du prolétariat, l’union se renforce après la victoire politique de la révolution et qu’elle a la capacité de consolider la base économique de la dictature sous la forme du système des conseils, elle gagne en importance par rapport au parti. De plus, dans la mesure même où la dictature prolétarienne se consolide en s’ancrant dans la conscience des larges masses, le parti perd en importance au profit des conseils ouvriers. Enfin, dans la mesure même où la consolidation de la révolution par le pouvoir politique devient superflue, alors que la dictature se transforme en société communiste, le Parti disparaît.

 

Toutes ces luttes de tendance, qui, dans l’air du temps, se sont déroulées avec une grande véhémence, ont été liquidées au cours de l’année 1920, et elles ont entrainé une ligne politique repliée sur elle-même. Seule s’embrasait encore une fois la violente lutte d’opinion sur la question de la prise de position à l’égard de la Russie soviétique et de la IIIe Internationale.

 

 

3. Le KAPD et la IIIe Internationale. Parlementarisme et question syndicale

 

Le Parti avait décidé, lors de son Congrès de fondation, d’adhérer au Komintern, pleinement conscient des antagonismes qui le séparaient – dans les questions essentielles de la lutte de classe révolutionnaire – de l’opinion des représentants du Komintern envoyés en Allemagne ainsi que de celle de l’Exécutif qui était informé par ces derniers. Mais on croyait encore en la possibilité d’acquérir une influence. Le prolétariat voyait dans la Russie soviétique le front le plus avancé de la révolution mondiale, qu’il valait la peine de soutenir par solidarité, et dont on attendait l’impulsion pour la percée de la révolution dans les masses du prolétariat industriel d’Europe occidentale. Pour le KAPD, c’était le début d’une lutte pour la IIIe Internationale qui fut remplacée par une lutte contre la IIIe Internationale – mais seulement après son échec complet et une rapide évolution de la Russie révolutionnaire vers une entente avec la bourgeoisie internationale, une conciliation inévitable en raison des intérêts politiques d’État.

 

Dans un premier temps, peu après son premier Congrès, le Parti envoya [Franz] Jung et [Jan] Appel à Moscou. Il donnait ainsi suite à l’invitation du Comité exécutif qui avait proposé un face-à-face à Moscou. Mais le résultat se révéla complètement négatif étant donné que Karl Radek était l’expert des affaires allemandes. Dans ces conditions, il était naturellement impossible de s’expliquer et de clarifier réellement la situation. Le KAPD avait à l’époque trouvé que la rengaine russe – nouer prioritairement des contacts avec les grandes masses laborieuses, et c’était naturellement tout à fait dans l’intérêt de la lutte que la Russie menait désespérément pour sa propre survie – était compréhensible pour la Russie, mais, en ce qui concerne la lutte du prolétariat de l’Europe de l’Ouest, il lui semblait que la première condition nécessaire posée par un Parti communiste était le principe de la clarté indiscutable; il fallait absolument fuir la tendance au compromis en vue d’obtenir d’éphémères succès ainsi que se refuser d’accroître le nombre des adhérents pour venir grossir ses rangs, car la compréhension des conditions particulières de la révolution leur aurait encore fait défaut, vu qu’ils étaient prisonniers de formes prérévolutionnaires, celles du parlementarisme et de l’organisation syndicale. En revanche, la Russie attachait un grand prix à établir aussi vite que possible des contacts avec les grandes masses laborieuses, précisément avec les grosses organisations existantes et leurs adhérents, qui, même s’ils n’approuvaient pas son programme, étaient néanmoins poussés par des sentiments suffisamment puissants pour orienter politiquement leur propre gouvernement dans un sens prorusse, ou du moins pour paralyser les tendances hostiles à la Russie soviétique.

 

Le KAPD analysait cette attitude comme une volonté de se maintenir au pouvoir. En revanche, il défendait la position que cela n’avait rien à voir avec la nature de la révolution prolétarienne en Europe de l’Ouest, que les bolcheviks, à l’encontre de leur propre pratique antérieure, cherchaient à mettre fin à leur «expérience» révolutionnaire. C’était eux qui avaient dirigé le combat en 1917 et appliqué une tactique qui peut être qualifiée à coup sûr d’une des plus grandes expériences de l’histoire. Mais la conquête du pouvoir était un combat connaissant des phases multiples, de victoires comme de défaites, suivant en cela un processus dialectique. À travers ces luttes, le prolétariat ne pouvait parvenir à un développement de la conscience de soi que s’il était guidé par un parti refusant tout compromis et représentant lui-même au cours de la lutte – même si elle pouvait mener à la défaite – la fraction la plus avancée du prolétariat.

 

La délégation est revenue au bout de quelques semaines, porteuse d’une série d’exhortations : réviser la conception du Parti en ce qui concerne le parlementarisme et la question syndicale, organiser entre-temps un Bureau d’information provisoire avec le KPD et envoyer des délégués au IIe Congrès qui se préparait pour le mois de juillet 1920.

 

L’attitude de rejet de Moscou, malgré la large diffusion de la Lettre ouverte aux membres du KAPD12, n’a pas eu la moindre influence sur les adhésions, sinon celle de maintenir un statu-quo – mais aussi sur la majorité des sections du Komintern. Les délégués envoyés à Moscou pour le IIe Congrès, Rühle (qui était encore à l’époque membre du Parti) et Merges, sont repartis au bout de quelques jours sans avoir seulement essayé de présenter le point de vue du KAPD à la large audience des camarades étrangers assemblés. Le IIe Congrès atteignit son apogée avec les célèbres 21 Conditions d’adhésion13, où le KAPD ne vit que le renforcement de toute une évolution réformiste. Le KAPD fut invité à se prononcer d’ici le prochain congrès sur l’acceptation de ces conditions d’adhésion.

NOTES-------

 

12 Das Exekutivkomitee der III. Internationale und die Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands [Le Comité exécutif de la IIIe Internationale et le Parti communiste-ouvrier d’Allemagne], Verlag der KAPD, Berlin.

 

13 Reichenbach nomme ces 21 conditions d’adhésion les «21 thèses». La résolution sur l’adoption des 21 conditions d’admission dans le Komintern avait été adoptée le 6 août 1920 [(cf. Günther Nollau, Die Internationale. Wurzeln und Erscheinungsformen des proletarischen Internationalismus, Kiepenheuer & Witsch, Cologne, 1959, p. 236-242].

 

14 Cf. Le compte rendu en allemand : Außerordentlicher Parteitag der KAPD vom 15. – 18. Februar 1921, im Volkshaus zu Gotha (3. Kongress der KAPD) : http://www.left-dis.nl/d/ (Note de l’éditeur).

 

15 Karl Otto Fritz Rasch (13/02/1889–23/02/1954), né à Berlin-Friedrichsfelde. Après une formation de tailleur, il devint métallo. Travaillant à Hambourg pendant la guerre, il adhéra aux Linksradikale de Brême. De retour à Berlin en 1916, il adhéra au Spartakusbund, devenu KPD en décembre 1918. L’un des chefs de l’Opposition berlinois du KPD, après octobre 1919, il est l’un des principaux fondateurs et organisateurs du KAPD en avril 1920. Prolétaire porte-parole du KAPD, il accompagne Herman Gorter et Karl Schröder, en décembre 1920, pour discuter avec Lénine les termes de l’acceptation de son parti dans le Komintern en tant que parti sympathisant. Exclu du KAPD en octobre 1922, pour «négligence», il semble délaisse l’activité politique et retourne à Hamburg, travaillant comme manoeuvre, exerçant des activités peu lucratives dans les périodes de crise («vendeur de lacets» selon le témoignage de Franz Jung). À Hambourg, il fut inquiété par les autorités nazies pour «atteinte aux bonnes moeurs», mis en détention préventive du 26.11.1936 au 27.02.1937 sur simples allégations, puis relâché. Il est mort, totalement oublié, à Hambourg (An der Rennkoppel 1), le 23 février 1954 (Note de l’éditeur).

 

16 Karl Schröder, dit Karl Wolf, Karl Zech, fils d'enseignant, étudie à Berlin la philosophie, l'histoire, l'histoire littéraire et artistique. En 1912, il soutint une thèse de doctorat en histoire de la littérature à Marburg, puis travailla comme précepteur faute de débouchés à l’université. En 1913, il est membre du SPD et entre dans le cercle de Franz Mehring. Pendant la guerre, il est mobilisé comme sous-officier dans un camp de prisonniers russes. En 1917, il est actif dans le Spartakusbund et sera rédacteur de Die Rote Fahne, organe KPD, dont il est l'un des membres fondateurs à Berlin. En octobre 1919, il est exclu du KPD comme les trois quarts de la section berlinoise. En 1920, Schröder est un des fondateurs du KAPD. Avec Alexander Schwab, il est chargé de la publication de la Kommunistische Arbeiter-Zeitung et de la revue Proletarier. À Moscou, en octobre 1920, il rencontre Lénine, Trotski et Boukharine. Soutenant l'adhésion du KAPD au Komintern, Schröder joue un rôle de premier plan dans l'exclusion de la minorité fédéraliste en février 1921. Cependant, après le troisième congrès de l'Internationale en juillet 1921, il est partisan de la fondation d’une Internationale communiste-ouvrière (KAI). La majorité du KAPD étant hostile à cette entreprise, il est exclu en mars 1922 de la KAI et se retrouve à la tête de la tendance d’Essen (Essener Richtung) dont il sera exclu à son tour en 1924. Il retourne la même année au SPD à l'instigation de Paul Levi, sans doute par entrisme, et y anime une aile gauche marxiste. Schröder se consacre à l'écriture de romans, fait partie d'un comité de lecture pour des maisons d'édition sociales-démocrates et mène une action d'éducation ouvrière. Avec Alexander Schwab, Bernhard Reichenbach et Arthur Goldstein, il fonde en 1932 les Rote Kämpfer, communistes des conseils. Lors de l'arrivée du nazisme au pouvoir, Schröder est libraire. En 1936, la Gestapo réussit à démanteler l'organisation clandestine des Rote Kämpfer. En 1937, Schröder est condamné à quatre ans de prison et détenu dans plusieurs camps de concentration. Libéré en 1945, Schröder travaille à la reconstruction du système scolaire à Berlin. Il s'efforce en même temps de rassembler autour de lui un cercle d'anciens membres des Rote Kämpfer à Berlin-Ouest. En 1948, il rejoint le SED pour pouvoir exercer dans un comité de lecture de la maison d'édition Volk und Wissen (Note de l’éditeur).

 

Lors du Congrès de Gotha qui a suivi [février 1921], le KAPD annonça son adhésion en tant que parti «sympathisant» – à l’encontre de la minorité, conduite par [Franz] Pfemfert et [James] Broh, qui déjà à l’époque demandait la rupture des pourparlers avec le Comité exécutif14. Mais le Parti voulut une fois encore tenter de faire reconnaître ses conceptions à Moscou et auprès des autres partis de la IIIe Internationale. Il envoya à Moscou une nouvelle délégation, composée de Gorter, Rasch15 et Schröder16,

17 Verlag der K.A.P.D., Berlin, 1920.

18 Verlag der Arbeiterbuchhandlung, Vienne, 1920.

19 Pannekoek, ibid.

20 Extrait de la brochure Die Allgemeine Arbeiterunion, Berlin, 1923.

 

pour annoncer cette décision. Les débats détaillés qui ont eu lieu dans ce contexte, à Moscou et à Leningrad, ont été retranscrits dans le livre de Gorter : Lettre ouverte au camarade Lénine, une réponse à la brochure de Lénine : Le gauchisme, une maladie infantile du communisme [Offener Brief an den Genossen Lenin17]; dans la brochure de Pannekoek : La révolution mondiale et la tactique communiste [Weltrevolution und kommunistische Taktik18]; dans de nombreux articles publiés dans la presse du Parti, ainsi que dans les résolutions des organisations de district qui toutes se situaient unanimement sur le terrain du programme du KAPD : À bas le parlementarisme ! Destruction des syndicats ! Formation d’organisations d’entreprise !

 

Puisque ces deux questions constituent le socle du programme du KAPD, l’on doit citer brièvement sa prise de position de principe en se référant à la littérature du Parti :

 

1. La question de la participation aux parlements

 

Le pouvoir que la bourgeoisie détient encore dans la période actuelle implique la dépendance intellectuelle et l’absence d’autonomie du prolétariat. Le développement de la révolution est le procès d’auto-émancipation du prolétariat de cette dépendance, de cette tradition du passé – ce que seule sa propre expérience de lutte rend possible. […] Le parlementarisme est la forme typique de la lutte par l’intermédiaire de chefs et où les masses elles-mêmes jouent un rôle secondaire. Sa pratique consiste dans le fait que ce sont des députés, des personnes particulières, qui mènent le combat essentiel; cela suscite par conséquent obligatoirement dans les masses l’illusion que d’autres peuvent mener le combat pour elles. […] Le parlementarisme tend inévitablement à entraver l’activité propre des masses alors que celle-ci est nécessaire à la révolution. […] La révolution exige que l’on se charge des grandes questions de la reconstruction sociale, que l’on prenne de difficiles décisions, que l’ensemble du prolétariat soit entrainé par un mouvement créatif. […] En conséquence, tant que la classe ouvrière croira trouver des raccourcis faciles en laissant d’autres agir pour elle, mener l’agitation du haut de la tribune, prendre des décisions, donner le signal pour l’action, faire des lois, elle hésitera et restera passive à cause de vieilles habitudes de penser et d’anciennes faiblesses19.

 

2. La question des syndicats

 

Les syndicats sont nés à l’époque du capitalisme ascendant et ils correspondaient à leur objectif, alors possible, d’agir comme des organes destinés à obtenir de meilleures conditions de salaire et de travail à l’intérieur du système capitaliste. Si leur but ultime était bien la transformation du capitalisme en socialisme, leur activité réelle consister à lutter de manière réformiste contre les dommages et les excès du système capitaliste. Conformément à cette activité, les syndicats ont à la longue de plus en plus pris, y compris dans leur forme d’organisation, un caractère purement capitaliste. Il s’est constitué une bureaucratie dirigeante qui disposait de tous les leviers de pouvoir de l’organisation sans que cette bureaucratie ait elle-même encore des racines dans le processus de production. Liés pour le meilleur et pour le pire à l’existence de l’organisation, ces gens-là, victimes du système, ont dû nécessairement en venir à éviter de graves secousses, à opposer à la lutte de classe qui s’aggravait leur propre volonté égoïste de patrons privés, à se mettre au service du compromis et de la dissimulation.

 

Les membres des syndicats sont organisés par branches professionnelles. Cela n’avait un sens, c’est-à-dire un sens pour la lutte de classe, qu’à une époque où le capitalisme ne connaissait la plupart du temps que la petite et la moyenne entreprise caractérisée par une activité professionnelle précise. Mais l’organisation par métiers a perdu en bien-fondé dans la mesure où le grand capitalisme moderne, par des entreprises géantes, par des trusts verticaux et horizontaux couvrant des pays entiers, a enrôlé et exploité à l’intérieur d’un cadre de production des travailleurs de toutes catégories, quel que soit l’âge et de le sexe, comme des appendices de son appareil technique20.

 

3. AAU (Allgemeine Arbeiterunion) et B.O. (Betriebsorganisationen)

 

L’Union générale ouvrière [AAU] est la première pierre dans la formation de l’organisation des conseils. Elle doit donc se fonder sur les entreprises qui sont les cellules de la production. C’est dans les entreprises que le prolétariat se présente comme une classe, et les ouvriers côte à côte comme des camarades appartenant à la même classe. C’est là que la masse est le vecteur de la transformation et de la réorganisation de la société. C’est là que la lutte intellectuelle, la révolutionnarisation de la conscience, peut passer d’un être à l’autre (von Mann zu Mann) en un flux inépuisable concentré sur le seul intérêt de classe, et non pas sur des lubies capitalistes d’association; et que les intérêts professionnels trouvent la place qui strictement leur revient.

 

L’organisation d’entreprise [Betriebsorganisationen] forme la cellule de base de l’union; l’union est l’unité organique de ces cellules. […] Les organisations d’entreprise particulières, dont font partie, comme type particulier d’entreprise, les chômeurs, se regroupent de prime abord par districts économiques territoriaux, et ces districts économiques correspondent autant qu’il est possible à des complexes déterminés, interdépendants sur le terrain économique21.

NOTES-----------

 

21 Die Allgemeine Arbeiterunion, brochure publiée par l’AAU, Berlin, 1923.

 

(*) Il s’agit de la brochure publiée sous le titre : Unser Weg, Wider den Putschismus [Notre voie, contre le putschisme], qui critique sévèrement la nouvelle direction du KPD et la direction de l’Internationale communiste (NdT).

 

22 Ernst Reuter (1889-1953), dit Ernst Friesland, était adhérent du SPD depuis 1912. Il devint pacifiste en 1914. Mobilisé en 1915, il est fait prisonnier par les Russes en 1916. En 1917, il devint bolchevik. Il organise après 1917 les premiers groupes communistes de langue allemand parmi les soldats faits prisonniers. Distingué par Lénine, il devient commissaire de la région des Allemands de la Volga avant de repartir pour l'Allemagne en décembre 1918, et de devenir un dirigeant important du K.P.D., à son aile gauche. Il est très opposé à Paul Levi, et est nommé en 1921 Secrétaire général du Parti. Mais réalisant rapidement que l’Action de Mars était une aventure putschiste il se se heurte à l'I.C. et est exclu en 1922. Il retourne alors au S.P.D. dont il devient un dirigeant. De 1948 à sa mort, il est maire de Berlin-Ouest (Note de l’éditeur).

 

23 Jan Appel (Hempel), Alexander Schwab (Sachs), Bernhard Reichenbach (Seemann) et Ludwig Meyer (Bergmann). Pour leur biographie, cf. Ph. Bourrinet, Lexikon des deutschen Rätekommunismus, 1920-1960 : https://libcom.org/library/lexikon-des-deutschen-r-tekommunismus-1920-1960 (Note de l‘éditeur).

 

Suite aux négociations évoquées plus haut, le KAPD se vit accorder à l’automne 1920 un siège permanent au Comité exécutif du Komintern. Le Parti y envoya donc ses délégués. Mais sans le moindre succès pratique. Certes, Zinoviev, Boukharine, Radek, entre autres, souscrivaient sur bien des points aux reproches que le KAPD formulait sur l’attitude des dirigeants du KPD. Mais ils exigeaient toujours, précisément sur la base du bien-fondé de ces reproches, que les membres du KAPD adhèrent au KPD et avant tout qu’ils travaillent dans les parlements et dans les syndicats. Ils persistaient dans l’opinion que la participation de véritables révolutionnaires suffisait pour obtenir des résultats révolutionnaires, même au sein d’organisations contre-révolutionnaires. Le point de vue contraire, la conception que le KAPD croyait pouvoir mettre en pratique dans son activité quotidienne, fut combattu, à savoir qu’une forme contre-révolutionnaire par principe, dépassée historiquement dans l’état actuel de développement de la lutte de classe, ne pouvait pas être révolutionnée, et que dans le meilleur des cas, elle absorberait nécessairement et inutilement les forces révolutionnaires, mais qu’elle les dé-révolutionnerait dans la plupart des cas étant donné la pesanteur de leur propre légalisme, un légalisme sociologiquement impactant.

 

Le seul bénéfice de cette prise de contact plus étroite avec les milieux moscovites, qui dura six mois environ, a été la possibilité d’avoir des aperçus plus approfondis de la structure du travail constructif russe, aussi bien de la mentalité de la couche dirigeante que de sa relation avec les couches prolétariennes les plus diverses. En effet une liberté de mouvement sans réserve avait été donnée aux délégués.

 

L’intérêt passionné dont les prolétaires russes témoignaient dans les grandes assemblées ouvrières dédiées aux événements allemands nous ont fait une profonde impression, d’autant plus que les débats virulents, qui se firent clairement jour dans la question de l’Action de Mars, le conflit, né de la brochure de Paul Levi (*) contre les partis, qui avait conduit aussi à des divergences d’opinion fondamentales entre l’aile modérée dirigée par Clara Zetkin et l’aile radicale conduite par Reuter-Friesland22, tout cela avait plongé les prolétaires russes dans le désarroi. Lors d’un entretien personnel avec Lénine, il s’avéra que ce dernier condamnait certes résolument le type de procédé employé par Levi, mais qu’il lui donnait raison sur le contenu du jugement qu’il portait sur l’Action de Mars.

 

La prise de contact avec les membres non-russes du Comité exécutif a fréquemment montré que beaucoup de sections du Komintern s’étaient rattachées à la IIIe Internationale poussées par un enthousiasme prolétarien sincère, sans que cet enthousiasme se soit fondé sur une claire assimilation du marxisme. Cela se remarquait particulièrement chez les délégués du Parti anglais.

 

Au cours de l’été 1921 se déroula le IIIe Congrès au cours duquel les représentants du KAPD Bergmann, Hempel, Sachs et Seemann23, purent encore une fois exposer le point de vue du Parti dans les discussions, pour autant que cela fut possible en dépit du temps de parole limité et malgré le rejet opposé à leur requête de se voir attribuer un rapport ou un co-rapport.

 

Mises à part ces discussions portant sur son propre cas, la délégation du KAPD a été la seule délégation étrangère à avoir ensuite soutenu l’Opposition ouvrière, conduite par Alexandra Kollontaï à l’intérieur du PCR, dans les débats sur la question de la politique russe (rapporteur : Lénine).

 

12

 

Le KAPD a rejeté l’obligation qui lui a été imposée à la fin du Congrès de devoir fusionner avec le KPD et se soumettre aux 21 Conditions d’admission. Étant donné que la parole a été refusée à la délégation pour une prise de position finale en séance publique, c’est la déclaration suivante qui a été lue lors de la session finale du Comité exécutif afin qu’elle figure au procès-verbal :

 

La délégation du KAPD a soumis les résultats du Congrès à un nouvel examen, aussi bien en référence à sa prise de position par rapport à la décision du Congrès, qui exige sous forme d’ultimatum la fusion du KAPD avec le VKPD, que du point de vue de nos relations avec la IIIe Internationale. En pleine conscience de la gravité de la responsabilité qu’elle porte, la délégation est parvenue unanimement aux conclusions suivantes :

 

La lutte tactique contre le KAPD à l’occasion de ce Congrès s’est déroulée d’emblée sous la forme d’une lutte contre un ennemi dont les arguments ne devaient pas être évalués quant au fond, et dont l’existence comme facteur politique devait être supprimée sous prétexte de discipline. Les faits suivants viennent le corroborer :

 

1.Depuis des semaines, on a donné aux participants au Congrès une image caricaturale du KAPD, sous forme d’articles parus dans la presse russe, dans Die Kommunistische Internationale, ainsi que dans le Bulletin du Congrès, tandis que nos explications concrètes et nos rectificatifs n’étaient pas imprimés.

 

2.Les organisateurs du congrès ont limité notre liberté d’expression. Que cette tactique fut délibérée, se révéla en toute clarté dans la décision de nous refuser, pour notre propre affaire, la question du KAPD, la présentation d’un rapport ou d’un co-rapport, mais de nous octroyer seulement un temps de parole d’une demi-heure. Dans ces conditions, nous avons été contraints – pour ne pas devenir les complices involontaires d’une comédie – de renoncer à prendre la parole.

 

3.Comme fondement de l’ultimatum qui nous était adressé on nous fit part d’une prétendue décision du Comité exécutif, malgré le fait que ce comité ne se soit jamais occupé de cette affaire dans aucune session, qu’il ne nous ait pas entendu là-dessus, et à plus forte raison qu’il ait pu prendre une décision.

 

4.Cette question du KAPD fut, dans cette logique, considérée pendant des semaines comme un point indépendant placé en queue d’ordre du jour; non seulement elle ne fut pas discutée, mais réglée par simple décision, sans aucune prise de contact préalable avec nous eu égard au rapport du CE qui, lui, se plaçait au deuxième rang de l’ordre du jour. On arriva au résultat escompté : préjuger de la position du Congrès avant qu’il ne risque, lors des débats sur les questions de principe, de prendre connaissance de nos positions.

 

 

 

Ce type de comportement, sous son aspect formel, est en très étroit rapport avec la ligne politique suivie par la IIIe Internationale sous l’influence déterminante des camarades russes. Le déroulement du Congrès en a été la démonstration : la ligne de Paul Levi a triomphé, les coups de chapeau donnés à l’Action de Mars participant d’une mascarade révolutionnaire (Revolutionsspielerei); le Parti tchécoslovaque a été accepté comme section de plein droit sans aucune garantie, simplement sur des promesses creuses, en voulant craintivement ménager [Bohumír] Šmeral, son chef opportuniste. L’on a négocié bien volontiers et dans les moindres détails, avec le Parti socialiste d’Italie qui à ce moment précis concluait un pacte avec les fascistes24. La participation de principe aux parlements bourgeois a été maintenue en dépit des tristes expériences qui en ont été faites en Allemagne, en Autriche, en France, etc., en dépit des caricatures de parlementarisme prétendument révolutionnaire que l’on a pu vivre. En entérinant la politique funeste d’un travail dans les vieux syndicats, l’on s’est en réalité, malgré tout le langage utilisé, incliné devant l’Internationale d’Amsterdam et l’on a soutenu le mensonge capitaliste d’un parlementarisme de type économique. Le Congrès succomba même à l’idée grotesque de révolutionner les coopératives de consommation.

 

24 Il s’agit du Pacte de pacification du 3 août 1921 signé par des représentants du Conseil national fasciste (Giacomo Acerbo et Giovanni Giuriati), du PSI (Tito Zaniboni et Pietro Ellero), des groupes parlementaires fasciste et socialiste, de la CGL, avec la double bénédiction du président du Conseil Ivan Bonomi et du président de la Chambre Enrico De Nicola. (Note de l‘éditeur).

 

25 Extrait de la Kommunistische Arbeiter-Zeitung, Berlin, année 1921, numéro 219.

 

Tout ceci caractérise la continuité avec la voie déjà tracée lors du IIe Congrès, celle qui va dans la mauvaise direction : de la révolution vers le réformisme, de la sphère de la lutte vers la tactique de la diplomatie, de la négociation ainsi que de la dissimulation illusoire des contradictions. La protestation, que nous avons émise pour ce qui concerne le procès-verbal, à l’encontre de l’adoption des thèses sur la tactique, est confirmée par ces exemples.

 

Ces conditions préalables à prendre en compte dans la décision exigeant notre fusion avec le VKPD suffisent pour que l’on reconnaisse qu’une telle fusion est totalement inacceptable pour le KAPD. Cette fusion signifierait la soumission à la discipline d’un Parti en décomposition où, sous l’influence du Congrès, règne en maître le réformisme. Le bâillonnement par un appareil organisationnel (presse, finances, clique dirigeante) qui nous est hostile ôterait toute base réelle à notre espoir d’exercer une influence salutaire dans un tel Parti. L’attitude de la délégation serait, il va de soi – et sans mandat particulier du Parti –, la conséquence d’un tel état de fait : elle rejette à l’unanimité l’ultimatum de fusion avec le VKPD.

 

Malgré nos pleins pouvoirs, nous ne proclamons pas la sortie du KAPD de la IIIe Internationale. Ce sont nos adhérents eux-mêmes qui se prononceront. Ils donneront leur réponse compte tenu de la demande inacceptable d’avoir à emprunter la voie du réformisme, de l’opportunisme. Le prolétariat international entendra cette réponse.

 

Notre décision a été prise en toute connaissance de cause. Nous sommes pleinement conscients de notre responsabilité vis-à-vis des travailleurs allemands révolutionnaires, vis-à-vis de la Russie soviétique, vis-à-vis de la révolution mondiale. La révolution ne se laisse pas ligoter par une décision de congrès. Elle vit, elle va son chemin. Nous l’accompagnons, et nous poursuivrons notre chemin à son service25.

 

13

 

La réponse des adhérents a été donnée en lien direct avec les publications portant sur le déroulement du Congrès : le Parti a déclaré sa sortie de la IIIe Internationale sur la base des décisions presque unanimes des districts économiques.

 

L’Internationale communiste-ouvrière [Kommunistische Arbeiter-Internationale] a été fondée en avril 1922 conjointement avec les groupes d’opposition des Partis hollandais et bulgare, qui avaient également coupé les ponts avec leurs sections adhérentes au Komintern ; elle se composait pour l’essentiel d’un Bureau d’organisation ayant pour tâche d’aboutir à l’union des partis ayant la même orientation.

 

Le travail présent se limite à l’époque des luttes du prolétariat pour le pouvoir, une époque qui déjà fait partie de l’histoire. C’est pourquoi l’évolution ultérieure du Parti ne sera que brièvement évoquée.

 

En raison du déclin de la vague révolutionnaire et des grands vides que le pouvoir de la justice de classe bourgeoise a laissés dans nos rangs, le nombre de militants a considérablement diminué. Le Parti considère maintenant26 que sa tâche est de continuer à consolider les connaissances relatives au caractère et aux nécessités d’organisation de la lutte de classe révolutionnaire, y compris à l’époque du déclin capitaliste, et, au moyen de la propagande, de faire comprendre au prolétariat, en accord avec sa conception, le fait que, dans une nouvelle vague révolutionnaire et avec une conscience de classe renforcée, le prolétariat ne pourra vaincre qu’en s’éloignant résolument des formes prérévolutionnaires de défense des intérêts prolétariens.

 

26 À la date de 1927-1928, Reichenbach – devenu pourtant membre du SPD en 1925 ! – est plus ou moins adhérent de la tendance d’Essen du KAPD, qui se survit sous forme de secte. Cf. IISG Amsterdam, Collectie Canne-Meijer, map 219-221.

 

 

 

ANNEXE

 

Ont été utilisés pour ce travail (outre les procès-verbaux et les rapports) :

 

Les journaux du Parti ainsi que ses revues :

 

 

 

Die Rote Fahne, Organe du district économique du Grand-Berlin, 1919 (Organe de l’Opposition jusqu’à la fondation du K.A.P.D.).

 

Kommunistische Arbeiterzeitung, Berlin, 1920 & 1921.

 

Kommunistische Arbeiterzeitung, Hambourg, 1920.

 

Kommunistische Arbeiterzeitung, Saxe occidentale, 1920.

 

Der Kommunist, Dresde, 1920.

 

Kommunistische Montagszeitung, Berlin, 1920-1921.

 

Der Geist (mensuel), Berlin, 1920.

 

Der Proletarier (mensuel), Berlin, 1921-1922.

 

Rote Jugend, Organe de la Jeunesse Communiste- Ouvrière, Berlin, 1921.

 

Der Kampfruf, Organe de l’Allgemeine Arbeiterunion, Berlin, 1920 & 1921.

 

Les brochures (éditées par le KAPD) :

 

 

 

[Karl] Schröder et [Friedrich] Wendel : Wesen und Ziele der revolutionären Betriebsorganisation [Nature et buts de l’organisation d’entreprise révolutionnaire].

 

[Karl] Schröder : Vom Werden der Neuen Gesellschaft [Du devenir de la nouvelle société], Berlin, 1920.

 

Arthur Goldstein : Nation und Internationale [Nation et Internationale], Berlin, 1920

 

Herman Gorter : Offener Brief an den Genossen Lenin [Lettre ouverte au camarade Lénine], 1920.

 

Herman Gorter : Der historische Materialismus [Le matérialisme historique], 2e éd., 1921.

 

Herman Gorter : Die Kommunistische Arbeiter-Internationale [L’Internationale communiste-ouvrière], Berlin, 1923.

 

Anton Pannekoek : Die Westeuropäische Politik der 3. Internationale [La politique ouest-européenne de la IIIe Internationale] , Kleine Flugschriften der KAPD, Nr. 3., 1921.

 

Johannes Seeman [= Bernhard Reichenbach] : Der Steuerabzug vom Lohn [Le prélèvement à la source sur le salaire], Berlin, 1921.

 

Alexandra Kollontaï : Die Arbeiter-Opposition in Rußland [L’Opposition ouvrière en Russie], Verlag der Kommun. Arbeiter-Internationale, Berlin [1922].

 

Sans nom d’auteur :

 

 

 

Die Allgemeine Arbeiterunion (Revolutionäre Betriebsorganisation), publié par l’AAU, Berlin, 1923.

 

Wahlkampf oder Klassenkampf? [Lutte électorale ou lutte de classe?], Berlin, sans date.

 

Die K.A.P.D. und die Kommunistische Internationale [Le KAPD et le Komintern].

 

Der Weg des Dr. Paul Levi – der Weg der V.K.P.D. [La voie du Dr. Levi – la voie du VKPD], KAPD, Berlin, 1921.

 

Die Sowjetregierung und die 3. Internationale im Schlepptau der internationalen Bourgeoisie [Le gouvernement soviétique et la IIIe Internationale à la remorque de la bourgeoisie internationale].

 

En plus :

 

 

 

Bulletin des III. Kongresses der Kommunistischen Internationale, Moscou, juin-juillet 1921.

 

[Source électronique du texte : http://www.left-dis.nl/d/berreich.htm]

 

NOTA-BENE. – La plupart des journaux et brochures du KAPD

 

 

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21 mars 2019

GILETS JAUNES ET CONNECTIVE ACTIONS

cnnectivaction

Après avoir dans différents articles montré le rôle des Nouvelles Technologies de la Communication et de l' Information NTCI et des GAFA comme destruction/créative, comme le formulait Schumpeter. Il me faut maintenant développer mes réflexions sur l'utilisation des NTCI par les mouvements sociaux récents et notamment celui des gilets jaunes en France. G.Bad

 Les précédents mouvement de la « connective Actions »

 La manière dont les gilets jaunes ont utilisé les réseaux sociaux, Facebook, Twitter... les chaînes Youtube, le moteur de recherche Google et les messageries cryptées méritent quelques lignes. Nous avions déjà vu poindre cette utilisation des NTCI lors du printemps arabe en 2011 ou les manifestants de la place Tahir, écrivaient à terre « Nous sommes les hommes de Facebook » les révoltés du monde faisaient leur entrée dans la « connective Actions ». Ils seront relayés par les indignés en Espagne et Occupy Wall Street aux États-Unis. L'utilisation des réseaux sociaux va leur permettre d’organiser les manifestations spontanées,de contourner les médias officiels et imposer sur le net leurs témoignages et autres preuves d’exactions policières.

 La sociologue américaine d' origine turque Zeynep Tufekci a produit sur le sujet un livre intitulé Twitter and Tear Gas « Twitter et les gaz lacrymogènes » où elle montre les mutations profondes que les nouvelles technologies ont engendrées dans la nature même des mouvements sociaux, transformant leur organisation, leur visibilité et leur impact à long terme.

Certes, les révolutions arabes ont échoué, le mouvement « Occupy Gezi » à Istanbul en 2013, aussi. Mais leur « capacité » à retourner l' opinion publique en imposant leur propre narration des faits est devenue insupportable pour les gouvernants. En ce qui concerne le Printemps arabe, l' utilisation du net doit être fortement relativisée, que nous dit Mounir Bensalah auteur « Réseaux sociaux et révolutions arabes ?" :

 

«  Le rôle des réseaux sociaux dans le Printemps arabe a été très exagéré, notamment par les médias occidentaux. La révolution Facebook ou Twitter, tel que ces événements ont été qualifiés, est un mythe et un fantasme nés de raccourcis journalistiques. Ils ont indéniablement accompagnés ce qu'on appelle les révolutions arabes, puisqu'ils ont servis à mobiliser, à informer et à s'informer. Voire à attiser la colère. Ils ont en outre permis d'attirer l'attention des médias étrangers, empêchés de travailler librement dans les pays fermés, et de les alimenter en images. Ils ont également aidé ceux que j'appelle les révoltés solitaires, qui se croyaient seuls au monde, à se regrouper en découvrant que d'autres personnes partageaient leurs sentiments.

 Mais les populations des pays arabes ne sont pas descendues dans les rues grâce aux réseaux sociaux, mais elles ont plutôt été poussées à se révolter pour des raisons sociales et politiques. D'ailleurs peu de gens étaient réellement connectés, et beaucoup d'entre eux n'avaient même pas accès à un ordinateur. Le profil type du cyber-activiste utilisant les réseaux sociaux le démontre : il est jeune, âgé entre 18 et 40 ans, citadin, jouissant d'un niveau d'instruction élevé et sensibilisé aux valeurs démocratiques lors d'un passage en Occident. Ce qui exclu une grande partie de la population des pays arabes, maintenue dans la pauvreté par les régimes dictatoriaux.

 Deux ans après, que sont devenus ces cyber-activistes du Printemps arabe? Sont-ils toujours actifs?

  M.B. : Aujourd'hui, les icônes de cette époque, subitement sorties de l'anonymat, sont écartées de la scène politique des pays qui ont vécu des bouleversements à la tête du pouvoir. Faute d'être organisés et de disposer de relais au sein de la société, ils n'ont pu jouer aucun rôle, malgré leur ambition et leur volonté de changer les choses. Et ce contrairement aux forces qui ont réussi à prendre le pouvoir en Égypte ou en Tunisie. Toutefois, il semble que la leçon a été retenue, car deux ans après, ils essayent de s'organiser. En Égypte par exemple, le Mouvement du 6-avril , une organisation de jeunes militants pro-démocratie très active lors de la révolte qui a renversé l'ancien président Hosni Moubarak, tente de devenir un acteur de plus en plus influent au sein de l'opposition égyptienne. Le même phénomène peut être constaté actuellement en Tunisie."

 Quand les gilets jaunes arrivent à défier le pouvoir sur son propre terrain.

 Tout d' abord tous ceux qui de prés ou de loin ont suivi les différents Actes des Gilets jaunes ont pu se rendre compte que ceux ci avaient un temps d' avance sur les forces de l'ordre. Les manifestations non déclarées ont surpris l' appareil d' Etat qui était incapable de s'organiser pour contrer cette déferlante spontanée. Les journalistes eux aussi allaient se trouver hors circuit pour filtrer des informations se diffusant comme l' éclair sur les réseaux sociaux. l' appareil d' état avait perdu sa prédominance médiatique, sa capacité à filtrer les informations et à diffuser des fausses nouvelles.

 Bien entendu l' appareil d' état va réagir pour mettre un terme à la « guerre de mouvement » qui lui était imposé. Il va mettre l' accent sur la violence surtout après l' action du boxeur ayant rétamé un policier. Les flashballs sont systématiquement utilisés pour blesser et éborgner manifestants et passants, afin de réduire le nombre de manifestants, mais rien n'y fera. Pour briser la spontanéité générée par Facebook qui avait procéder dés janvier 2019 à un changement d' algorithme décidé par le réseau social. Ce changement a favoriser les interactions entre des dizaines de milliers de gilets jaunes isolés par le citoyennisme, mais la aussi l'intervention des autorité française a finalement permis à Facebook d' entraver les communications de GJ comme en a témoigné  le journal Marianne

 « A la veille de "l'acte 10" du mouvement ce samedi 19 janvier, une fièvre parcourt les groupes Facebook de gilets jaunes : le réseau social aurait délibérément fait baisser le nombre de leurs membres. Disparition de posts, comptes bloqués, commentaires supprimés… L'un des représentants les plus en vue du mouvement, Eric Drouet, a affirmé avoir perdu 50.000 membres sur son groupe, "La France en colère !!!". Le compteur officiel des gilets jaunes serait quant à lui passé de 2,8 millions de personnes à 1.8. "Et plein de groupes dans le même cas", écrit le chauffeur routier, perplexe. » 

 Le changement d'intervention des forces de l' ordre

 Sous la direction du premier flic de France, le mouvement des gilets jaunes va servir de laboratoire répressif pour les actions futures que la crise sociale va générer. L' état va décider de mettre sur le terrain l' ensemble de ses forces policières, un déploiement inédit de celle-ci va surprendre. Dés lors nous allons assisté à une militarisation du maintien de l' ordre et à la criminalisation1 du mouvement des gilets jaunes accusés d' être sous l' emprise des hommes de Poutine. Le pouvoir ne va pas faire dans la dentelle aux traditionnels CRS et gendarmes mobiles, la police montée est déployée,les voltigeurs à moto (interdit depuis l' assassina de Malik Oussékine) sont de nouveau en service, le recours à des véhicules blindés légers ;les canons à eau ; le positionnement de snipers sur certains bâtiments officiels ; l’équipement de CRS de fusils d’assaut ; l'unité cynophile de la préfecture de police et ses chiens, etc. Il faut remonter à Mme Thatcher, aux prises avec la grève des mineurs du charbon 1984/19852 pour voir un tel acharnement répressif. L'usage massif des lanceurs de balle de défense (LBD), des grenades de désencerclement et des grenades GLI-F4 (contenant vingt-cinq grammes de TNT) et des lacrymogènes. Accompagné à chaque manifestation d' éborgnés et de blessés plus ou moins graves va être systématiquement dénoncé sur le net prouvant que la violence est le fait des forces de l' ordre.

De nouvelles pratiques sont utilisées, elles visent à empêcher les manifestants de se rendre à leur rendez vous, encerclement de ceux ci avec bombardement de lacrymogènes, mise en place d' un système d' exfiltration de manifestants. Tout cela allait redonner l'avantage aux forces de l' ordre, et finalement contraindre une grande partie des gilets jaunes à déclarer les manifestations. Le tout accompagné bien sûr par une offensive médiatique contre les gilets jaunes, un classique dés qu'une gréve commence à gêner l'état, l'étendard de la grève pagaille et de la violence est levé.

L' Acte XVIII des gilets jaunes du samedi 16 mars 2019 va sans aucun doute marquer un tournant dans la manière dont l' état veut mettre un terme aux manifestations. Accusé de toutes parts d'utiliser des violences hors normes y compris par UE et l' ONU... L'état Macron décide alors de procéder à une opération assez classique, laisser comme en 1971 les pilleurs piller le quartier latin, Ceci afin de regagner l' opinion publique en faveur des forces de l' ordre et frapper plus fort. C'est ce qui va se passer au cours de l'Acte XVIII sur la place de l' étoile Charles De gaulle, des CRS « protègent » l' arc de triomphe avec un cordon de véhicule avec ordre de ne pas bouger. Vers 11 h du matin un nombre relativement important de manifestants « dits Black Bloc » se regroupe et passe à l' attaque directe des forces de l' ordre, qui apparaissent nettement comme victimes d'une agression; l'image que le pouvoir voulait livrer pour faire oublier les éborgnages et exactions policières et justifiant l'emploi des Flashballs sur le thème inaction/réaction et pour compléter les pillages et incendies . Edouard Philippe curieusement sur place va parler d'action criminelle. Le lendemain toute la presse et les partis de droite montent au front contre Macron le faiblard, incapable de faire régner l' ordre...Ce qui permet à Edouard Philippe de virer le préfet de police de Paris, M Delpuech et de le remplacer par Didier Lallement ( préfet de Nouvelle Aquitaine) Tout en déclarant :

 "Nous interdirons les manifestations se revendiquant des gilets jaunes dans les quartiers qui ont été les plus touchés dès lors que nous aurons connaissance de la présence d'éléments 'ultras' et de leur volonté de casser. Je pense bien évidemment aux Champs-Élysées à Paris, à la place Pey-Berland à Bordeaux, à la place du Capitole à Toulouse", où "nous procéderons à la dispersion immédiate de tous les attroupements"

Le scénario du pillage et de la défense de la veuve et de l' orphelin, certains d' entre nous se souviennent encore du pillage des champs Elysées de 1975 autrement plus dévastateur et violent que celui de l' acte XVIII, voir ce document

Les angoissent du capitalisme occidental et les NTCI

Dans un article du Ramses 2018, « Comment l' informatique recompose les relations internationales » l' auteur s'interroge sur l' impact de celle-ci sur la démocratie. Il met en avant « ...le grand ébranlement des démocraties qui a dominé l' année 2016 avec le Brexit et l' élection de Donald Trump aux États-Unis, pointe la révolution numérique qui a changé de nature »

 « La révolution numérique (souligne l' auteur) charrie une face sombre, aux mutations tout aussi rapides La cybercriminalité progresse fortement avec un chiffre d' affaire estimé à 445 milliards de dollars par an (1). La cyberguerre, expérimentée contre l' Estonie, la Géorgie et l' Ukraine, se révèle être une arme asymétrique redoutablement efficace entre les mains des régimes chinois et russe-qui l'utilisent pour compenser, sinon annuler, l' avantage technologique des armées occidentales »

L' auteur parle aussi de la déstabilisation des démocraties par le recours intensif des partis populistes et des réseaux sociaux, du piratage des sites, des hackers, via l' instrumentalisation de Wikileaks...

 L' auteur s' engage ensuite sur un autre terrain, celui de la post-vérité une expression relativement nouvelle qui désigne « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence pour modeler l'opinion publique que les appels à l' émotion et aux opinions personnelles ». L'auteur, et il n' est pas le seul fustige les réseaux sociaux pour qui la vérité deviendrait secondaire pour lui la vérité doit être filtrée par « le monopole journalistique » « Avec les réseaux sociaux, le relativisme et l' horizontalité des sources remplacent le monopole journalistique de l' information.» . La voilà la sainte atteinte à la démocratie, celle ou des milliers de personnes qui ne se reconnaissent pas dans la vérité des « merdias » décident de les contourner en procédant à leur propre contre pouvoir médiatique; les journalistes dans leur grande majorité sont au service de l' ordre bourgeois.

 Les gilets jaune haïssent les journalistes.

 Chaque gilet jaune avec son smartphone est devenu un reporter, un chasseur d'image qui en temps réel diffuse les exactions des forces de l' ordre détruisant toute tentative d'intox des « merdias » « journalope » « prestituée » comme ils disent.

 Tous les corps intermédiaires (partis, élus, syndicats) sont décriés et contournés par l' action directe de la « connective Actions » remettant en cause tout le système représentatif de la démocratie bourgeoise et voulant avec le RIC en changer les règles et aller dans le sens de Mélenchon et sa 6 éme république. Soyons lucide, les gilets jaunes avec le RIC ne remettent pas en cause le capital et l' état, leur révolution se limite aux formes de la domination de classe. Mais même cela, Macron et ses sbires ne le supportent pas, le roi est nu mais il veut défier la rue.

 Parlant de la commune de Paris Marx va écrire

 « Ce ne fut pas une révolution faite pour transférer ce pouvoir d'une fraction des classes dominantes à une autre, mais une révolution pour briser cet horrible appareil même de la domination de classe. Ce ne fut pas une de ces luttes mesquines entre la forme exécutive et la forme parlementaire de la domination de classe, mais une révolte contre ces deux formes qui se confondent, la forme parlementaire n'étant qu'un appendice trompeur de l'Exécutif. » (La guerre civile en france , K.Marx ed.Pékin,p.176)

 Et n'oublions jamais

«  En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l' ensemble de la réaction groupée autour de la démocratie pure » (Engels à Bebel lettre du 11/12/1884)

 

Vers l' acte XIX, ou l' armée sera présente

 

G.Bad

1 Elle était devenue explicite avec le recours aux brigades anticriminalité (BAC) et aux brigades de recherche et d’intervention (BRI), comme si les manifestants étaient des délinquants de droit communs,voire des Hooligans. Elle a pris un caractère officiel , suite à l' Acte XVIII du samedi 16 mars où les manifestants furent traités d' assassin par le premier ministre.

2-Cette longue gréve des mineurs de Grande Bretagne est décrite en détail dans le livre d'Henri Simon (« To the bitter end » GREVEDES MINEURS EN GRANDE-BRETAGNE MARS 1984 MARS 1985) édition Acratie

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