SPARTACUS

16 décembre 2017

Notre camarade Dominique Cotte alias Verdier est décédé

Dominique Cotte 20 janvier 1956 – 14 décembre 2017)

 

Notre camarade Dominique Cotte alias Verdier est décédé, emporté par un cancer du poumon.

Tout jeune, au lycée Buffon, il adhère au marxisme et rejoint la «Gauche marxiste», un groupe qui publiait le journal «Lutte continue» et qui se situait dans la continuité des groupes comme «Socialisme ou barbarie», «Pouvoir ouvrier» ou du «Groupe marxiste pour les conseils de travailleurs».

La faillite de ce courant le conduit avec d’autres anciens de la « Gauche marxiste » comme Jean-Pierre Hébert[1] (1950-2011) lui aussi mort tragiquement il y a quelques années, a une étude plus profonde de la théorie marxiste.

La stagnation de ce regroupement le conduit avec une partie du groupe à rejoindre la tradition de la gauche communiste d’Italie et d’«Invariance».

Après un bref passage au «Groupe communiste mondial », il est parmi les fondateurs de la revue «Communisme ou Civilisation» puis du collectif «Robin Goodfellow».

Polyglotte, comme le voudrait l’internationalisme, il avait un tempérament énergique et plein d’entrain dès lors que la moindre occasion favorable semblait se présenter.

Travailleur infatigable, il alliait la finesse de l’analyse des situations politiques avec une grande capacité d’expression et un style plein d’allant. Il animait également sans relâche les blogs comme les réseaux sociaux sur lesquels était présent «Robin Goodfellow».

La bienveillance, l’empathie et l’humour caractérisaient ses relations avec les camarades.

Il avait mis sa grande culture et sa connaissance approfondie du marxisme, dont il était un défenseur intransigeant, au service du prolétariat révolutionnaire. Son décès constitue une perte considérable pour le mouvement communiste.

Nos pensées vont également à sa famille qu’il chérissait.

Ses obsèques auront lieu le jeudi 21 décembre à 12h45 au crématorium de Saint-Sauveur (60320), 735 rue de Roche.

 

[1] https://proletariatuniversel.blogspot.fr/search?q=h%C3%A9bert

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12 décembre 2017

GAZA: comprendre cette guerre pour la combattre

Il n' est pas possible de comprendre, du point de vue de la classe prolétaire, ce qui se passe à GAZA sans en revenir à la question de l' accumulation primitive dans la région. Donc retour sur la brochure

« L’Intifada du XXIe siècle ».Ce texte rédigé en septembre 2001 par la revue britannique "Aufheben" est paru dans son numéro 10 (2002). Il a été traduit en allemand dans un supplément à "Wildcat-Zircular" (n° 62, février 2002). Echanges et mouvement en a publié une traduction française disponible en brochure en octobre 2003. On trouvera sur ce site le texte de cette brochure.dont voic un extrait , et tous les liens pour la consulter.

Aufheben : Brighton and Hove Unemployed Workers Centre, 4 Crestway Parade, Hollingdean. Brighton BN1 7BL, Royaume-Uni.

Courriel : aufheben99@yahoo.co.uk

assez_de_guerreLA FORMATION DE LA CLASSE OUVRIERE PALESTINIENNE

Une terre sans peuple ? Le mythe des pionniers sionistes atterrissant dans un désert dépeuplé et le transformant en vignobles luxuriants masque une transformation plus banale : celle des paysans palestiniens en prolétaires. « Le "paradis" dans le désert du Neguev, la culture florissante des agrumes et des avocats sur la plaine côtière ainsi que le boom industriel (même à l’échelle d’un tout petit pays) présupposent la spoliation totale des paysans palestiniens (25). » Ce processus était déjà en cours lorsque les premiers colons juifs arrivèrent, et il n’est toujours pas terminé. Le développement capitaliste pénétra pour la première fois au Moyen-Orient dans les années qui suivirent la fin des guerres napoléoniennes. L’Empire ottoman qui dominait la région déclinait déjà depuis un siècle, même s’il devait durer un siècle encore, et le réajustement de l’équilibre du pouvoir consécutif à la défaite de la France et de Napoléon, formalisé après le Congrès de Vienne, ouvrit la voie à une nouvelle exploitation de la région, au moment même où la révolution industrielle prenait de la vitesse en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne et l’Autriche, malgré leurs rivalités ailleurs, se mirent d’accord sur la nécessité de soutenir l’Empire ottoman pour en faire un obstacle à l’expansionnisme russe dans l’Est de l’Europe. Plus tard, l’Allemagne devint le principal soutien de l’Empire ottoman.

A cette époque, certaines parties du Moyen-Orient se retrouvèrent envahies par le nouveau mode de production capitaliste. Dans cette région, l’industrie textile indigène, surtout en Egypte, fut détruite par les textiles anglais bon marché dans les années 1830 et, dès les années 1860, les fabricants britanniques avaient commencé à cultiver le coton le long du Nil. En 1869, on ouvrit le canal de Suez dans le but de faciliter le commerce britannique et français. Conformément à cette modernisation, on peut dater les origines de l’accumulation primitive en Palestine à la loi de l’Empire ottoman de 1858 sur la propriété terrienne qui remplaçait la propriété collective par la propriété individuelle de la terre. Les chefs de village tribaux se transformèrent en classe de propriétaires terriens qui vendaient leurs titres aux marchands libanais, syriens, égyptiens et iraniens. Pendant toute cette période, le modèle de développement fut surtout celui d’un développement inégal, avec une bourgeoisie étrangère qui prenait des initiatives et une bourgeoisie indigène, si l’on peut dire, qui restait faible et politiquement inefficace. En même temps, on laissait à l’abandon de vastes régions du Moyen-Orient dont on ne voyait pas l’intérêt économique, et là, les traditions de cultures de subsistance et le nomadisme perduraient.

Sous le Mandat britannique, de nombreux propriétaires absentéistes furent rachetés par l’Association de colonisation juive, entraînant l’expulsion de métayers et de fermiers palestiniens. Etant donné que « les fellah dépossédés devaient devenir ouvriers agricoles sur leurs propres terres », une transformation décisive des relations de production commençait, conduisant aux premières apparitions d’un prolétariat palestinien (26). Ce processus eut lieu malgré une violente opposition de la part des Palestiniens. Le grand tournant dans une succession de révoltes fut le soulèvement de 1936-1939. Son importance réside dans le fait que « la force motrice de ce soulèvement n’était plus la paysannerie ou la bourgeoisie, mais, pour la première fois, un prolétariat agricole privé de moyens de travail et de subsistance, associé à un embryon de classe ouvrière concentrée principalement dans les ports et dans la raffinerie de pétrole de Haïfa (27) ». Ce soulèvement entraîna des attaques contre des propriétaires palestiniens ainsi que contre des colons anglais et sionistes, et obligea la Grande-Bretagne à limiter l’immigration juive en Palestine pendant quelques années.

Bien que ce soit l’armée britannique qui ait tiré, avec un peu d’aide du Haganah, la milice sioniste de gauche, les chefs tribaux locaux jouèrent aussi un rôle essentiel dans la défaite de la rébellion. On peut considérer que la " nakba " (catastrophe) de 1948 - l’exode des Palestiniens et la création d’Israël - comme l’héritage de cette défaite. Bien que le soulèvement de 1936-1939 ait montré l’émergence d’un prolétariat en Palestine, la population palestinienne en Israël était toujours, à cette époque, en grande partie paysanne.

Le nouvel Etat utilisa l’appareil légal du Mandat britannique pour poursuivre l’expropriation des Palestiniens. De par cette loi, les paysans qui fuyaient, ne serait-ce qu’à quelques mètres, pour échapper à un massacre, étaient considérés comme des " absentéistes " et on confisquait leurs terres. Cependant, le peu d’entre eux qui réussirent à rester à l’intérieur des frontières de 1948 reçurent des droits de citoyenneté pour compenser leur séparation forcée d’avec leur outil de production. La prolétarisation de la paysannerie palestinienne s’étendit lors de l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza en 1967. Cette nouvelle vague d’accumulation primitive ne se fit pas sous la seule forme de l’accaparement des terres. Elle entraîna aussi le contrôle autoritaire des réserves d’eau de la Cisjordanie par le capital israélien, en creusant des puits plus profonds que ceux des Palestiniens. Conséquemment, la population palestinienne réfugiée hors de la juridiction israélienne fut coupée de ses terres, alors que seule une minorité de ceux qui se trouvaient sous la juridiction israélienne possédaient encore de la terre. Dans les deux régions, la population palestinienne est devenue majoritairement prolétaire.

L’abolition de la bourgeoisie palestinienne locale

Alors que l’expropriation de la paysannerie palestinienne entraînait la formation d’un prolétariat, on mettait fin à l’émergence d’une bourgeoisie industrielle indigène. Là où elle existait, elle était désespérément faible et incapable de concurrencer le capital israélien, en dépit du fait que « les salaires que versaient les patrons arabes étaient encore plus misérables que ceux que payaient leurs maîtres sionistes ». Les Palestiniens des territoires avaient le statut le plus bas sur le marché du travail israélien, inférieur même à celui des Palestiniens possédant la citoyenneté israélienne. Suite à la guerre de 1967, les Palestiniens qui travaillaient en Israël furent considérés comme des collaborateurs par les nationalistes palestiniens (28). Cependant, les lois d’Israël interdisaient la création d’entreprises palestiniennes susceptibles de concurrencer les entreprises israéliennes, donc les nationalistes les plus endurcis finirent par reconnaître que la seule source de revenus pour de nombreux Palestiniens était de travailler en Israël.

On peut diviser la bourgeoisie palestinienne en trois groupes (29). Certains des réfugiés les plus riches formaient une bourgeoisie marchande et financière au Liban, en Syrie, en Egypte et dans d’autres pays arabes. La bourgeoisie locale, si l’on peut dire, était composée de petits entrepreneurs, d’artisans propriétaires et de fermiers. La main-mise d’Israël sur le capital productif empêchait la bourgeoisie locale de développer ses forces productives. Ceux qui tentaient l’expérience formaient une petite-bourgeoisie misérable qui partageait les mêmes nombreuses privations quotidiennes et les mêmes humiliations que leurs voisins prolétaires des territoires occupés, sauf une : la séparation d’avec leur outil de production (30). D’autres sont devenus une " lumpen-bourgeoisie ", enrichie grâce à l’OLP, qui a déversé un demi-milliard de dollars d’aide dans les territoires occupés entre 1977 et 1985. Ils ne dépensaient leur argent que pour leur consommation personnelle, ce qui leur a attiré la rancune du prolétariat et de la petite-bourgeoisie palestinienne. C’est la bourgeoisie déplacée par la diaspora qui a formé la classe de base de l’OLP et de l’« Etat palestinien en exil ».

 


Intifada. 3. La domination américaine
Intifada. 4. Histoire de deux mouvements de libération nationale
Intifada. 5. L’Intifada (1987-1993)
Intifada. 6. Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)
Intifada. 7. L’Intifada du XXIe siècle
Intifada. 8. Conclusion. De la révolte à la guerre ?
Intifada. 9. Notes
Intifada. 1. Table des matières
Intifada. 2. Introduction

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06 décembre 2017

L’idéologie de l’« écologie politique » et du « citoyennisme »Critique de l’altermondialisme

gredest

Critique de l’altermondialisme

samedi 21 avril 2007

Ce texte venu d’Angers (Maine-et-Loire) plus connu récemment
par la grève d’ACT (voir ACT Manufacturing (1) : Autopsie d’une lutte et ACT (2) : chronologie d’une mort annoncée) ne concerne pas seulement un fait divers local mais se veut une critique
des « altermondialistes » (puisque l’altermondialisme
est un patchwork d’idéologies).

De plus en plus de groupes se préoccupent de l’environnement, de la pollution, des nuisances diverses, en grande majorité de façon spécifique, sur telle ou telle question particulière. C’est l’expression double d’un même processus : l’accumulation des nuisances et de la pollution, et l’incapacité, ou plutôt le refus d’en nommer le déterminant central commun, et qui les contient toutes. Quand tout l’éventail politique, jusqu’aux « glapisseurs de dieu », viennent se servir des questions de l’environnement et des nuisances abordées les unes à côté des autres, se réalise le succès, le rendement de l’écologie politique (l’écologisme) comme part de la gestion politique de l’économie et de la société marchandes. La plupart de ces groupes environnementalistes, qui traitent des problèmes réels de manière séparée, sans aller à la racine, partagent par là-même évidemment deux comportements idéologiques : l’écologie politique et le « citoyennisme ».

Le marché présente toute une gamme idéologique à l’intérieur de l’écologie politique. D’aucuns, comme Unabomber (1) souhaiteraient une régression de l’histoire du mouvement des forces productives. C’est ne pas connaître le processus, l’histoire de l’économie marchande. II ne peut y avoir de retour en arrière. Avec la fétichisation de la planète en Gaïa est atteint le plus haut pic de pollution idéaliste, l’idéalisme qui couvre et justifie toutes les exploitations, une régression dans la « communauté », maladif rejet an-historique de l’individuation, D’autres trouvent consolant d’imaginer que c’est la production en elle-même qui serait génératrice de pollution, l’économie marchande n’étant pour eux, en sorte, qu’une excroissance de la production. La critique doit se porter non sur la production en elle-même, mais sur le mode de production marchand, de ce qui y est produit et échangé, et comment cela est produit et échangé.
En traitant des problèmes de l’environnement sans pouvoir en dire le déterminant central, l’écologie politique où se sert toute la politique pour tenter de masquer sa propre pollution, exerce ainsi une fonction d’écran, de leurre, qui dissimule la question sociale comme totalité.

Les écologistes politiques contestent le libéralisme, le néo-libéralisme, parfois même un capitalisme par eux mal décrit, mal défini, jamais ils ne nomment la société spectaculaire-marchande. Ils sont les porte-paroles idéologiques des nouvelles strates sociales issues de la classe moyenne, de l’intellocratie, des gauchistes recyclés, qui appellent de leurs vœux une économie marchande mieux gérée, mieux « équilibrée », sans ses expectorations polluées. Cette manière de voir vise à persuader la classe dominante que la pollution et les dégradations lui sont nuisibles du point de vue de ses propres intérêts marchands. De même que le libéralisme à l’époque de son premier recul (au XIXe siècle) en appelait de la monarchie mal informée à la monarchie qu’il fallait mieux informer, l’écologie politique en appelle, de la classe du pouvoir mal conseillée, à la classe du pouvoir qu’il faut instruire. L’écologie politique ne critique pas l’économie spectaculaire-marchande, ce qui s’exprime idéologiquement dans sa croyance en une société marchande qui aurait la durée éternelle des « lois de la nature » Le marché idéologique n’a plus à proposer que des denrées périmées.

Les citoyens, armée de réserve du pouvoir

L’écologie politique est volontiers « citoyenne ». Le citoyen est une abstraction politique, réelle et mutilante, tant pour l’homme réel qui doit se vendre pour survivre et risque d’être licencié, que pour la réalisation de l’homme en ses potentialités, pour sa libération en dépassant les conditions sociales qui génèrent l’aliénation. Dans le spectacle de démocratie le citoyen veut une « démocratie participative », de « citoyens » ; sans bien sûr pouvoir en avoir les moyens, ce désir se clôt dans une urne ou dans la résignation, aux basques de la classe du pouvoir, comme « armée de réserve » de celle-ci. D’ailleurs l’Etat incite lui-même l’idéologie citoyenniste. Les pseudo-solutions véhiculées par le citoyennisme se montrent dès lors pour ce qu’elles sont, un moyen de maintenir, un peu repeint, l’ordre existant. C’est de la fausse conscience, une impasse en regard des réels problèmes de ce temps.

Ce samedi 26, à Angers, les altermondialistes défilent sous la banderole : « L’ environnement n’est pas une marchandise ».Ils publient et affichent « Le monde n’est pas une marchandise », « L’homme n’est pas une marchandise ». Evidemment, dans les faits, c’est exactement le contraire. Que dans la société marchande la marchandise règne partout, que les hommes se vendent pour survivre dans le monde marchand où tout s’achète et se vend, voilà qui ne surprend personne. Mais l’altermondialiste citoyen ne peut que dénier la réalité, car il veut négocier autrement la gestion marchande de tel aspect du monde. En déniant que l’homme, le monde, l’environnement soient marchandises, il produit une position idéologique qui se développe à partir d’un mensonge et d’une dissimulation sociales qui ont une fonction d’écran, de leurre, quant à la cause réelle et centrale des pollutions et des nuisances, à commencer par le salariat : l’économie marchande.

La pollution c’est la marchandise qui fait sous elle. Le projet altermondialiste de l’écologie politique citoyenne c’est la marchandise propre. Bien qu’elle se présente elle-même mue par des motifs humanitaires, l’idéologie écologiste sert d’alibi à nombre d’industries qui, après avoir largement pollué et encombré la planète d’ordures, s’occupent désormais de la nettoyer avec les profits d’une rentabilité nouvelle, et ce, jusqu’à ce que le processus s’inverse à nouveau. Cette « nouveauté », c’est la vieille société marchande qui fait sa toilette. Pour vendre leurs programmes, les altermondialistes n’ont qu’un moyen : une fois leur rôle social reconnu, ils entendent conseiller la classe du pouvoir (voir plus haut), classe du pouvoir que les plus experts d’entre eux rejoignent, vont rejoindre, renforçant ainsi l’état dans sa centralisation comme dans sa « démocratisation » (la régionalisation). II n’y a pas d’autre mondialisation, c’est toujours celle de l’économie marchande, le marché mondial, quelles que soient les différences dans sa gestion aménagée.

A Gênes, un tract signé par des prolétaires des associations Precari Nati, Kolinko, Workers against Work, disait : « Nous ne sommes pas venus ici pour nous laisser impressionner par des émeutes spectaculaires (...), nous sommes venus ici pour échanger nos propres expériences, comme les dépossédés du monde entier. » C’est des rencontres, des luttes là où nous sommes, sur les lieux de travail, les quartiers, que peut se revivifier le mouvement prolétarien, incluant les associations dont nous avons besoin, la lutte nous faisant nous réapproprier notre histoire de classe, et actualiser la théorie critique.

La critique matérialiste a toujours porté sur l’environnement : en 1867, Karl Marx écrivait :

« La dissémination des travailleurs agricoles sur de plus grandes surfaces brise leur force de résistance, tandis que la concentration augmente celle des ouvriers urbains. Dans l’agriculture moderne, de même que dans l’industrie des villes, l’accroissement de productivité et le rendement supérieur du travail s’achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol : chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les Etats-Unis du nord de l’Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse (2). »

C’est très actuel. Face à la mondialisation marchande, l’autonomie de classe et l’internationalisme sont nos leviers. Quand une nouvelle forme d’aliénation naturelle (nuisances, pollution de l’environnement, de la viande) est portée, est induite par l’aliénation sociale que génère l’économie marchande, nous ne pouvons raisonnablement faire reculer de manière conséquente ces pollutions qu’en abolissant ce qui les produit, en dépassant le mode de production spectaculaire-marchand.

J. L.

26 avril 2003

(1) Unabomber : Manifeste : l’avenir de la société industrielle, éd. du Rocher, 1996, préfacé par Annie Lebrun.

(2) Marx, Le Capital.

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29 novembre 2017

INFOBREF N°503-La question sociale

INFOBREF N°503

L'État sous-finance les services public pour préparer leur privatisation

Salut à toutes et à tous,

Quand un service public n'est pas suffisamment financé, il ne peut pas fonctionner correctement. Et quand il est très mal financé, il ne peut que fonctionner très mal. Alors, l'État aura beau jeu de dire : « Vous voyez bien que les entreprises privées fonctionnent mieux que les services publics. Donc il faut les privatiser. » !

Il en va ainsi pour les hôpitaux, l'éducation nationale, etc.

Le manque de personnels dû au sous-financement empêche que le travail soit fait correctement et en temps voulu. C'est ainsi, par exemple, que les services des urgences des hôpitaux publics sont surchargés et que les malades doivent attendre des heures et des heures avant d'être pris en charge.

Et comme il n'y a pas assez de lits et de personnels à cause dudit sous-financement, les patients ne peuvent pas être pris correctement en charge et sont souvent renvoyés chez eux comme ça, juste après leur avoir administré une dose de morphine en cas de cruralgie aigüe. J'ai connu un tel cas où le patient avait même été renvoyé chez lui à pieds, et pieds nus (les pompiers surmenés qui l'avaient amené à l'hôpital n'avaient pas eu le temps de penser à lui prendre ses chaussures). Il a dû appeler un taxi pour rentrer. Évidemment, la dose de morphine, si elle a momentanément supprimé la douleur, n'a en rien guéri ce patient qui aurait évidemment dû être hospitalisé. Mais, manque de lits et de personnels…

Et le sous-financement des services publics fait que les agents du public (les fonctionnaires : les profs, les toubibs des hôpitaux, les infirmières, etc.) sont sous-payés et surchargés d'heures supplémentaires. Ils sont en permanence fatigués et sur les nerfs et donc souvent dans l'incapacité de faire le boulot aussi bien qu'ils aimeraient.

Pour un service public efficace, il faut qu'il soit financé correctement, ce qui signifie aussi que les agents des services publics, les fonctionnaires, soient payés correctement et pas surchargés d'heures supplémentaires. Au lieu de ça, le point d'indice des fonctionnaires est gelé depuis des années malgré l'inflation, et Macron compte bien continuer ainsi. Donc les fonctionnaires seront de moins en moins bien payés, ce qui poussera les gens à chercher des emplois plutôt dans le privé que dans le public.

C'est ainsi que le pouvoir procède pour faire disparaître le service public.

Constatons cependant que depuis la privatisation de la Poste et de la SNCF, par exemple, ces entreprises n'ont jamais si mal marché. De plus en plus de retards et d'accidents sur les voies ferrées, et de plus en plus de courriers déposés à une mauvaise adresse.

Bien à vous, do 10 octobre 2017

Hôpital - SNCF - PTT - EDF-GDF - quelles sont les différences entre un service public, une entreprise publique, et une entreprise privée ? Pourquoi préférer le public ?

Rappel de définitions malheureusement oubliées mais indispensables à la lutte de classe, et notamment à la lutte contre les privatisations: 

http://mai68.org/spip/spip.php?article482

Les déserts médicaux en FRANCE

Alors que tout le gratin bourgeois et petit bourgeois se mobilise sur des questions sociétales, c' est à dire hors classe, une spécialité d ' En marche comme les jeunes contre les vieux, les hommes contre les femmes, la défense des animaux contre les forains...

Tout cela n' est pas sans rappeler comment « la lutte de tous contre tous » fut utilisée par le fascisme pour paralyser le mouvement ouvrier, pendant que Macron amuse la galerie avec ses revendications de bobo et qu'il entend légiférer sur les comportements avec l' aide hyper-dangereuse des nouvelles technologies pour nos libertés. Le nouveau déballage de l' affaire Grégory, du fait qu' un algorithme aurait ciblé le coupable, résultat le juge Lambert se suicide. Aucun enseignement n' a été tiré de l' affaire d' Outreau.

Le démantèlement des services publics se poursuit, au détriment des classes sans ressources, la paupérisation se développe et Macron en rajoute contre les jeunes sans argent, les colocataires , contre les vieilles vivant avec des retraites de misère, souvent victime d' avoir été l' assistante non déclarée de certaines profession ( agriculture, agent d' assurance, femme de commerçant , artisans, de prolétaires..). Toutes ces questions sociétales, nous avons l' habitude de les régler en interne et en dehors des lois culpabilisantes et dangereuses car facilitant les délations.

Quant aux déserts médicaux, ils atteignent maintenant les grandes villes ex Cergy et Pontoise

61 708 habitants recensés en 2015 à Cergy.

90 personnels de santé répartis sur la ville dont 46 médecins spécialistes, 40 généralistes et 4 à exercice particulier.

7 % de médecins en moins à Cergy entre 2009 et 2015 tandis que la population a augmenté de 7 % sur la même période.

57,4 ans, c’est l’âge moyen des médecins Cergyssois. 71 % des praticiens ont plus de 55 ans et 49 % ont plus de 60 ans.

20 % de la population renonce aux soins pour des raisons financières.

35 heures à 50 heures de consultation par semaine pour chaque médecin généraliste.

 

Actuellement, le centre des Touleuses n' a plus de radiologue, celui des 3 Fontaines aussi, celui des Linandes depuis 2015, et bientôt celui de la Gare St Christophe, les ophtalmos disparaisent...Il n'y a plus à Cergy de médecine de proximité , un drame pour les vieux et les handicapés.Il ne faut pas seulement un centre à St Christophe, mais aussi au 3 Fontaines,aux Touleuses, aux Linandes comme à l'origine.

Cergy lance un sondage en vue de créer un centre de santé

Les habitants ont jusqu’au 7 novembre pour répondre afin d’établir les besoins dans ce domaine. Comme ailleurs, la désertification médicale menace la ville.

Quelles sont les attentes des Cergyssois dans le domaine de la santé ? Pour répondre à cette question, la ville de Cergy a lancé une consultation citoyenne en ligne, mais aussi en version papier dans les maisons de quartier et les mairies annexes. Les habitants ont jusqu’au 7 novembre pour prendre part au sondage afin d’établir les besoins prioritaires du plus grand nombre. Ce diagnostic territorial permettra notamment le renouvellement du contrat local de santé entre la commune et l’agence régionale de santé (ARS) qui prendra fin en décembre 2017. « Ce contrat nous permet de développer des ateliers de prévention sur la ville comme sur le thème de la nutrition pour informer des risques de l’obésité », précise Françoise Courtin, adjointe au maire (PCF) déléguée à la santé et au handicap.

Autre grand enjeu de ce sondage, la mise en place d’un centre de santé d’ici à 2019 ou 2020. Un projet coûteux qui, si justifié par des besoins locaux importants, pourra être en partie subventionné par l’ARS. Il devrait voir le jour dans un local de 700 m2 au rez-de-chaussée d’un nouveau bâtiment qui sera bientôt construit dans le quartier de Cergy-Saint-Christophe à l’Axe Majeur. « Il accueillera des médecins salariés généralistes et spécialistes sans dépassements d’honoraires, explique Françoise Courtin. Les patients ne débourseront rien puisqu’un contrat avec la caisse primaire d’assurance maladie et les mutuelles leur permettront de se faire rembourser directement. »

Un service particulièrement souhaité dans ce quartier prioritaire où certains renoncent parfois aux soins pour des raisons financières. Parmi les autres problématiques régulièrement évoquées à Cergy : le vieillissement du corps médical qui entraînera une désertification dans les années à venir. « Je sais déjà que mon cabinet n’aura pas de suite quand je partirai en retraite et beaucoup d’autres sont dans mon cas », assure Philippe Mazuel, médecin généraliste de 62 ans. Selon lui, il manque beaucoup de praticiens à Cergy : des spécialistes, mais « surtout des généralistes ». « Moi je propose des consultations sans rendez-vous, poursuit-il. Ce qui fait que je travaille tout le temps dans l’urgence. Je suis débordé. »

Pontoise : pétition contre désert médical

Christophe Micas

| 03.11.2017

Confrontée au départ de la quasi-totalité des médecins de son quartier, une pharmacienne de Pontoise (Val-d’Oise) se mobilise et lance une pétition pour la création d’une maison de santé.

« Ne laissons pas notre quartier devenir un désert médical », tel est l’intitulé de la pétition lancée par la titulaire de la pharmacie des Louvrais, à Pontoise, Lætitia Rambaux. Son objectif est de recueillir un maximum de signatures afin de solliciter l’ouverture d’une maison de santé...



Travail forcé et esclavage moderne sont de retour en Europe

13/11/2017 Rachel Knaebel

Ils sont 600 000 « esclaves modernes » rien qu’en Europe. Un phénomène « alarmant » au point que le Royaume-Uni a adopté un Modern Slavery Act et que des formations au droit du travail sont dispensées (...)

Le Brésil ré-autorise en partie le travail forcé

par Rachel Knaebel

19 octobre 2017-C’est la dernière mesure du gouvernement intérimaire brésilien de Michel Temer. Le 16 octobre, il a modifié, sans concertation préalable et sans aucun vote, la définition juridique du travail esclave. Selon le nouveau texte, il faudra désormais que les travailleurs exploités soient empêchés d’aller et venir librement, en cas de menaces physiques ou d’isolement extrême par exemple, pour qu’une situation de travail esclave puisse être caractérisée. Des conditions de travail particulièrement dégradantes ne seront plus suffisantes comme critère de qualification.

Le Brésil avait mis en place au tout début des années 2000 un plan national d’éradication du travail esclave, avec notamment la publication annuelle d’une liste d’employeurs pris en flagrant délit de surexploitation sévère de travailleurs. La plupart des cas de travail esclave constatés depuis au Brésil le sont dans les secteurs de l’agriculture et de la construction. Mais des grandes entreprises internationales sont aussi concernées. Des cas de travail esclave avaient été constatés dans des usines de la chaîne de prêt à porter du groupe espagnol Zara [1] et sur le chantier du barrage hydroélectrique de Jirau, en Amazonie, un projet de l’entreprise française Engie [2].

Selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale du travail (OIT), 25 millions de personnes sont victimes de travail forcé dans le monde, dont 16 millions dans le secteur privé, comme le travail domestique, la construction ou l’agriculture – 4,8 millions sont victimes d’exploitation sexuelle et 4 millions astreintes à des travaux forcés imposés par les autorités publiques. Le recul du gouvernement brésilien dans la lutte contre le travail esclave est totalement contradictoire avec les préconisations de l’OIT pour lutter contre ce phénomène d’exploitation massif.

Selon l’OIT, le travail forcé se caractérise en effet par plusieurs indicateurs, au-delà de la seule restriction à la liberté de mouvement des travailleurs : confiscation des salaires ou des documents d’identité, violences physiques ou sexuelles, menaces ou intimidation, dette imposée de manière frauduleuse… En Europe, plusieurs pays ont récemment amélioré leurs lois pour mieux définir et lutter contre le travail forcé dans ses formes contemporaines et quotidiennes, que ce soit dans le travail domestique, sur les chantiers ou dans l’agriculture.

Photo : Sérgio Carvalho

 

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23 novembre 2017

INFOBREF N°502-Nouvelles technogogies

INFOBREF N°502

Nouvelles technogogies

Après les coursiers à vélo, Deliveroo ubérise cuisiniers et restaurants

par Rachel Knaebel 20 octobre 2017

Les livreurs ultra-précaires, sous-payés et sans aucune protection sociale qui travaillent pour l’entreprise de livraison de repas Deliveroo (lire notre article) apprécieront : en 2016, le dirigeant le mieux payé de l’entreprise – qui a son siège à Londres – a reçu 125 000 livres sterling (environ 141 000 euros) en salaires et bonus, soit une augmentation de 22 % comparé à l’année précédente. C’est certes moins que nombre de chefs de grandes entreprises, mais beaucoup au regard des bénéfices réels de la start-up. Sans oublier que cette généreuse augmentation ne concerne bien évidemment pas les rémunérations des livreurs. C’est ce que révèlent les résultats 2016 de l’entreprise britannique, publiés fin septembre.

Que nous apprennent par ailleurs ces chiffres sur le business des startups de livraison de repas à domicile ? Deliveroo, aujourd’hui présent dans 140 villes, a multiplié par six son chiffres d’affaires, qui atteint 145 millions d’euros en 2016. Le bénéfice opérationnel de l’entreprise n’atteint, lui, qu’un seul petit million de livres car les coûts liés à l’augmentation de l’activité se sont parallèlement accrus. Comme la start-up a aussi investi plusieurs dizaines de millions supplémentaires pour son développement futur, elle affiche au final une perte abyssale de 143 millions d’euros ! Pourtant, quelques jours après l’annonce de ces résultats, Deliveroo a récolté 321 millions d’euros lors de sa nouvelle levée de fonds. Quelles sont les motivations des investisseurs à placer des dizaines de millions dans une entreprise qui réalise si peu de profits, dans un contexte de concurrence toujours plus sauvage entre plateformes similaires ?

Ouverture de cuisines ubérisées à Paris

« Les investisseurs parient peut-être sur les ambitions plus grandioses de Deliveroo », analyse l’observatoire britannique des multinationales Corporate Watch. Fin 2016, la plateforme annonçait un nouveau projet de développement de ses propres cuisines pour produire les plats ensuite livrés par ses coursiers. Ce concept s’appelle « RooBox » ou « Deliveroo Editions ». Plus besoin de véritables restaurants, juste des recettes et des cuisiniers, fournis par les restaurants partenaires. Au lieu de penser à ouvrir leur propre restaurant, les chefs en herbe sont encouragés à passer directement par une RooBox. La « vision » affichée par les dirigeants de Deliveroo est de « rendre les repas livrés à la demande tellement plus pratiques et tellement meilleurs qu’il n’y ait plus aucun sens à ce que les gens cuisinent à la maison ». Ils semblent décidés à porter cette logique encore plus loin en « ubérisant » directement les restaurants eux-mêmes.

Deliveroo a déjà ouvert des cuisines RooBox à Londres et dans plusieurs autres villes de Grande-Bretagne. Les cuisines sont installées dans des containers ou des bâtiment industriels vacants, souvent sans prévenir les autorités locales ni leur demander les autorisations nécessaires [1]. L’entreprise a annoncé à ses investisseurs qu’elle était en train de créer des « Deliveroo Editions » à Melbourne, Hong Kong, Singapour, Dubai... et Paris. L’entreprise a d’ailleurs récemment publié des offres d’emploi en vue de la création « de cuisines Editions à Paris et dans le reste de la France ».

Corporate Watch attire aussi l’attention sur une source possible de gains que les financiers qui placent des millions dans Deliveroo perçoivent probablement déjà. C’est « l’argent qui peut-être fait à partir de toutes les informations que Deliveroo collecte » « Comme le plupart des compagnies, Deliveroo veut les données de ses clients, pour améliorer le service mais aussi pour les vendre. Les conditions d’utilisation de Deliveroo disent bien qu’ils transmettent ces informations à des “tiers sélectionnés précautionneusement, dont des compagnies de marketing et de publicité” ». Ce sont toutes ces informations sur les clients – leurs préférences alimentaires selon leurs profils – qui donnent de la valeur à Deliveroo aux yeux de ses actionnaires.

Toujours plus loin dans l’intrusion dans nos vies

« serrure connectée », Amazon peut rentrer chez toi… même si tu n’es pas là

Depuis mercredi dernier, Amazon a lancé son dernier service pour le moins intrusif : Amazon Key. Il s’agit ici de permettre aux livreurs de déposer des colis chez des clients équipés de serrure et caméra connectées si ce dernier ne se trouve pas chez lui.

Victor Lundit vendredi 27 octobre

Disponible uniquement aux Etats-Unis pour l’instant, Amazon permet désormais de recevoir ses colis sans être chez soi. Le livreur, en scannant le colis, voit la porte du client s’ouvrir et, sous contrôle de la caméra, peut alors poser le paquet à l’intérieur du domicile.

Une technologie présentée comme un « service » révolutionnaire pour la clientèle d’Amazon, mais qui pose tout de même des questions non négligeable sur le caractère intrusif du service… et sur les possibles dérives que pourrait engendrer de tels procédés. Alors que l’on sait que nos visites sur Internet permet, par exemple, de cibler les publicités au plus près de nos goûts, une ouverture directe de nos appartements serait, sur ce terrain, un plus pour cibler au plus près de notre intimité.

De plus, à l’image des chercheurs qui ont réussi piraté un véhicule autonome sans trop de difficulté, des questions se posent quant à la serrure et la caméra connectées : il ne fait aucun doute que des failles pourront être exploitées. Rendant potentiellement la serrure inutile et les vidéos de la caméra exploitable par n’importe qui.
Autant dire que la « nouveauté » d’Amazon est loin d’être exempte de toute inquiétude, et symbolise à merveille l’intrusivité du capitalisme jusque dans le cadre le plus strictement privé.



Economie collaborative - 02/12/2016

L’économie collaborative ou économie de partage s’avère être aujourd’hui un mode novateur de consommation, de fabrication et d’échanges. Elle rassemble des initiatives de prêt, location, don, troc, ou vente de biens et services entre particuliers, du covoiturage à l’échange de matériel entre voisins.

Avec le développement des nouvelles technologies d’information et de communication, ce modèle économique a pris une dimension sans précédent, les échanges entre consommateurs se sont développés en même temps que l’internet.

Ces échanges, d’abord construits sur la base d’associations d’individus, font aujourd’hui essentiellement l’objet d’interconnexions par l’intermédiaire de plateformes sur le web. En organisant la mise en relation entre offre et demande, ces plateformes participent ainsi au développement du commerce électronique et de l’économie collaborative.

Quelques chiffres

Aujourd’hui, près de 9 000 start-up composent le marché mondial de la consommation collaborative. Ce dernier est actuellement estimé à 15 milliards de dollars et devrait représenter 335 milliards de dollars en 2025, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de + 36,4 % et une multiplication du marché par plus de 20 en 10 ans1

Sur ce nouveau marché, la France apparaît comme l’un des leaders tant au niveau du chiffre d’affaires (3,5 milliards d’euros, chiffre qui pourrait tripler d’ici 2018)2que par la diversité de l’offre.

L’achat ou la vente de biens entre particuliers via des plateformes en ligne concernait en 2013 52%3 de la population, et 32% des Français indiquent recourir à des pratiques de mobilité collaborative dont 21% pour le covoiturage4.

Problématiques et enjeux

Cette nouvelle économie s’appuie sur trois dimensions au cœur des enjeux de nos sociétés en recherche de modèle économique alternatif : une dimension économique par la mutualisation des moyens et donc un partage des dépenses, une dimension sociale à travers le partage et l’échange et une dimension environ-nementale en permettant la circulation des biens et donc la préservation des ressources naturelles et énergétiques.

Or, si les échanges caractérisant l’économie collaborative sont, d’ores et déjà, assujettis à des règles qui relèvent essentiellement du droit civil, il n’existe pas aujourd’hui de cadre juridique spécifique applicable aux plateformes jouant le rôle d’intermédiaire entre des personnes physiques.

Le droit applicable aux plateformes numériques, s’agissant tout particulièrement de leur responsabilité, résulte essentiellement de la transposition de la directive 2000/31/CE du 8 juin 2000 relative à certains aspects techniques des services de la société de l’information et notamment du commerce électronique5. Cette directive prévoit notamment que les plateformes comme d’autres prestataires internet ne peuvent se voir imposer de vérifier  la réalité ou la licéité d’une offre ou d’une information mise en ligne.

Le Conseil d’Etat dans son rapport annuel en 2014 consacré au numérique a proposé ainsi la création d’un statut spécifique aux plateformes qui nécessite la renégociation de la directive 2000/31/CE.

Seules les plateformes œuvrant dans le cadre du financement participatif disposent actuellement, en effet, d’un corpus juridique spécifique. Dans l’attente d’une renégociation de la directive sur le commerce électronique et au regard du rôle croissant des plateformes, une information transparente et loyale des sites vis-à-vis des utilisateurs doit être réalisée.

En effet, les internautes qui utilisent ces plateformes pour louer, vendre, partager et échanger ne bénéficient pas toujours de la protection du Code de la consommation qui s’applique uniquement dans le cadre des relations entre professionnels et consommateurs (B to C). Si les droits des contrats et de la responsabilité peuvent être actionnés par les acheteurs, les loueurs ou les personnes réalisant des échanges, les utilisateurs des plateformes œuvrant dans le cadre de l’économie collaborative n’en ont pas toujours connaissance. Une meilleure information des internautes pourrait dans un premier temps limiter les éventuels litiges.

Dans le cadre de son agenda numérique la Commission européenne, qui s’intéresse également aux sujets des plateformes, a présenté en juin 2016 des orientations à l’intention des Etats membres. Ces orientations visent à aider les consommateurs, les entreprises et les pouvoirs publics à s’engager en toute confiance dans l’économie collaborative en contribuant au développement équilibré de cette dernière.

Au niveau national, la loi n°2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique est venue préciser les obligations d’information mises à la charge des plateformes numériques. En particulier l’article 49 fixe des obligations d’information à la charge de tous types plateformes numériques, qu’elles soient plateformes d’économie collaborative ou places de marchés électroniques ou bien encore moteur de recherche ou site de comparaison. L’article 50 fixe des obligations d’information à tous les sites qui diffusent des avis en ligne. Sur ce sujet un groupe de travail du CNC a été mandaté pour définir les modalités et le contenu de cette information.

Par ailleurs, les services de la DGCCRF suivent le sujet des plateformes « collaboratives ». A ce titre plusieurs enquêtes ont été diligentées en 2015 afin d’examiner les réalités de cette nouvelle économie.

  • L’économie collaborative : nouveau mode de consommation ;

  • Les pratiques de faux avis en ligne de consommateurs sur internet ;

  • La Neutralité des plateformes et Marketplace sur internet). De plus, les PNE 2016 et 2017 prévoient différentes enquêtes touchant au développement du commerce en ligne et, précisément, aux activités entrant dans le champ de l’économie collaborative.


 

1Etude Nomadéis TNS SOFRES réalisée en 2014-2015 sur le développement de la consommation collaborative en France (étude commanditée par la Direction Générale des Entreprises en partenariat avec le PICOM – Pôle de compétitivité des industries du commerce).

2 Etude Nomadeis TNS-SOFRES précitée.

3 ADEME, 2013, les français et les pratiques collaboratives, qui fait quoi et pourquoi

4 Baromètre 201 MACIF de la mobilité durable

5Les dispositions de cette directive ont été transposées en droit national par la loi n°2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCNE).

 

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 L’automatisation et l’IA vont-ils avoir la peau des travailleurs ?

Ariane Beky, 8 décembre 2016, 8:30

L’automatisation impacte l’emploi. Mais peu de professions seront totalement remplacées par des machines et applications intelligentes durant la prochaine décennie, selon le cabinet McKinsey.

L’impact de l’automatisation sur l’emploi varie considérablement d’une activité à l’autre. C’est le constat d’une étude américaine (« Where machines could replace humans ») du cabinet McKinsey. La société a analysé des données publiques concernant 800 métiers dans 2000 domaines. L’objectif : déterminer quelles activités sont les plus susceptibles « techniquement » d’être automatisées.

45 % des activités automatisables

Aux États-Unis, les technologies disponibles aujourd’hui « pourraient automatiser 45 % des activités que les travailleurs effectuent en contrepartie d’une rémunération », selon les consultants de McKinsey. C’est le constat que faisaient déjà, en 2013, l’économiste Carl Benedikt Frey et l’ingénieur Michael A. Osborne (voir leur étude). Ce taux attendrait même 54 % dans l’Union européenne des 28 et 50 % en France, d’après le groupe de réflexion économique européen Bruegel.

Outre-Atlantique à nouveau, McKinsey estime que « 60 % de tous les métiers pourraient voir automatiser 30 % de leurs activités ». Le risque d’automatisation complète, soit le remplacement par un robot ou une application d’intelligence artificielle (IA), est donc peu élevé. Mais tous les métiers ne sont pas logés à la même enseigne.

Management et éducation moins exposés

Avec les technologies actuellement disponibles, les activités les plus susceptibles d’être automatisées se trouvent dans la restauration collective (avec un potentiel d’automatisation estimé à 73 % par McKinsey. Suivent : la production (59 %), le commerce de détail et les transports (51 %), et l’extraction des ressources (50 %). Les emplois administratifs et les cols bleus sont donc les plus exposés. Ils ne sont pas les seuls. Des travailleurs de la connaissance actifs dans différents secteurs, dont la finance (43 %), la santé et les médias (36 %, respectivement), sont également concernés (c’est le cas des rédacteurs, entre autres).

À l’inverse, la faisabilité technique de l’automatisation est la plus faible dans l’éducation (27 %), « pour le moment ». Tous secteurs confondus, les activités les plus difficiles à automatiser aujourd’hui sont celles du management (avec un potentiel d’automatisation de 9 % seulement), de l’expertise appliquée à la prise de décision, la planification ou au travail créatif (18 % ). Selon un autre rapport, la 4e révolution industrielle vue par le Forum économique mondial, les profils qualifiés en informatique, mathématique, architecture et ingénierie devraient bénéficier d’une forte croissance de la demande du marché. Bref, des profils qui développent et maintiennent les applications d’IA.

9 % d’emplois menacés en France

Selon des travaux de l’OCDE, 9 % des emplois en France présentent un risque élevé de remplacement par des robots et/ou logiciels (plus de 70 % de tâches automatisables), un taux conforme la moyenne. Et 30 % présentent un faible risque d’automatisation complète.

Lire aussi :

Les bots pas encore prêts à remplacer les conseillers bancaires
L’OCDE écarte le risque de « chômage technologique massif »
Travail : les robots vont-ils supplanter les salariés ?

Tout savoir sur les nouvelles règles juridiques du recours au télétravail

05/11/2017

La réforme du Code du travail est dorénavant une réalité pour les entreprises. Barème des indemnités prud’homales, généralisation du contrat de chantier, création des ruptures conventionnelles collectives et du comité social et économique… Découvrez les principaux changements liés à la réforme.

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On ne connaît pas avec certitude le pourcentage de télétravailleurs en France : ce chiffre varie entre 8% et 17,7% selon les sources, dixit le Commissariat général à l'égalité des territoires. En comparaison, le taux moyen en matière de télétravail affiché par l’Europe est d’environ 20%, voire 30 à 35% dans les pays du nord de l’Europe. » La France est donc un peu à la traîne sur le sujet. Probablement que l'article 21 de l'ordonnance sur la prévisibilité et la sécurisation des relations au travail changera la donne en assouplissant le cadre juridique du télétravail.

Les avenants au contrat ne sont plus nécessaires

Encadrer le télétravail par le contrat de travail ou un avenant à celui-ci est désormais inutile. La mise en place du télétravail régulier passe dorénavant par un accord collectif ou, à défaut, par une charte élaborée par l'employeur après avis du CSE (comité social économique), s'il existe.

Ces documents doivent préciser :

  • les conditions de passage en télétravail et les conditions de retour à une exécution du contrat de travail sans télétravail ;

  • les modalités d'acceptation par le salarié des conditions de mise en œuvre du télétravail ;

  • les modalités de contrôle du temps de travail ou de régulation de la charge de travail ;

  • la détermination des plages horaires durant lesquelles l'employeur peut habituellement contacter le salarié en télétravail (cf. le droit à la déconnexion des salariés).

En l'absence de charte ou d'accord collectif, lorsque le salarié et l'employeur conviennent de recourir au télétravail de manière occasionnelle, ils formalisent leur accord par tout moyen, par e-mail par exemple. Le télétravail, même ponctuel, reste donc soumis à autorisation de l’employeur.

"Les nouvelles dispositions du recours au télétravail"
Le refus de l’employeur doit être motivé

Autre nouveauté, un employeur qui refuse d'accorder le bénéfice du télétravail à un salarié, occupant un poste éligible à ce mode d’organisation, doit justifier sa réponse. Vigilance quant à la réponse apportée… qui pourrait être source de contentieux. Évitez les motifs discriminatoires par exemple. Restez factuel. Attention également à l’inégalité de traitement.Le recours au télétravail repose toujours sur le volontariat du salarié. Ce dernier peut donc tout à fait refuser de télétravailler. Son refus ne peut constituer un motif de licenciement.

Levée de l’obligation de prise en charge des coûts du télétravail

Le télétravail n’engendre plus un surcoût pour l’employeur ! En effet, l’entreprise n’est plus tenue de prendre en charge tous les coûts découlant directement de l'exercice du télétravail (matériels, logiciels, abonnements, communications, électricité...). Les modalités de la prise en charge de ces frais peuvent néanmoins être prévus dans l’accord collectif ou la charte encadrant le télétravail.

Les télétravailleurs ont les mêmes droits que les autres salariés

Le salarié en télétravail a les mêmes droits que ceux présents dans les locaux de l'entreprise, en particulier en ce qui concerne l'accès aux informations syndicales, la participation aux élections professionnelles et l'accès à la formation, précise l’ordonnance.

Par ailleurs, dorénavant, un accident survenu sur le lieu où est exercé le télétravail pendant les plages horaires normalement dédiées au travail est présumé être un accident de travail. Les démarches et la prise en charge sont donc les mêmes que pour un accident du travail survenu dans l’entreprise. S’il le juge opportun, l’employeur peut tout à fait contester le caractère professionnel de l’accident.

Le télétravail : qu’avez-vous à y gagner ?

Certaines de ces dispositions visent à favoriser le télétravail. Or, le développement du télétravail est principalement freiné par des raisons d’ordre culturel. Perte de contrôle managérial, affaiblissement du lien social, délitement de l’esprit d’équipe, appauvrissement de la culture d’entreprise, ou encore sécurité des personnes et des informations, autant de craintes exprimées par les employeurs selon un guide de l’OPE (Observatoire de l'équilibre des temps et de la parentalité en entreprise).

Pourtant, le télétravail présente de nombreux avantages.

Le télétravail engendre en effet des gains de productivité non négligeables. D’après une étude du cabinet Greenworking, la productivité des télétravailleurs se révèle à 22% supérieure à celle des salariés en entreprise. Par ailleurs, le télétravail générerait une baisse de 5,5 jours par an d’arrêts maladie, selon l’étude du cabinet de conseil RH Kronos.

Et ses atouts ne s’arrêtent pas là. Le travail à distance permet également d’économiser de l’espace de bureaux (et donc de réduire le loyer), voire de diminuer l’empreinte écologique de l’entreprise. Il permet aussi de motiver le déploiement de nouveaux outils (messagerie instantanée, équipements de web-conférence, modernisation du système d’information, etc.) et donc de nouveaux modes de travail pour tous.

Chez les salariés, le télétravail est très apprécié pour l’autonomie et la liberté d’organisation qu’il confère, pour la confiance dont il témoigne entre l’employeur et le salarié, et, enfin, pour le bien-être qu’il procure. Selon un sondage datant de 2016 organisé par Vivastreet, les avantages du télétravail sont :

  • mieux gérer sa vie de famille (33%) ;

  • profiter d’un cadre plus agréable (29%) ;

  • économiser le temps passé dans les transports (26%) ;

  • boucler un dossier urgent alors que le salarié est souffrant (10%) !

41% des Français sondés souhaitent même télétravailler à plein temps (contre 38% en 2015). D’un autre côté, pour ne pas se couper entièrement de la vie en entreprise, 31% préféreraient alterner télétravail et présence au bureau (contre seulement 10% en 2015).

Le télétravail s’impose donc aussi comme une opportunité de soigner sa marque employeur !

 

 

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18 novembre 2017

QUELQUES ASPECTS DE LA DÉCENTRALISATION / RÉGIONALISATION (2003)

Nous republions ce texte de G. Bad de février 2003, en rapport avec la situation en Catalogne, car ce qui se passe dans cette région doit être analysé dans le cadre de larestructuration des appareils d' États au niveau européen via un état européen doublé de son armée européenne. La Catalogne ne peut accéder à son indépendance que si elle s'inscrit dans un environnement marqué par le droit européen la Catalogne devra pour obtenir son « indépendance » passer sous les fourches caudines du droit européen.Il est d' ailleurs révélateur que le président catalan destitué, Carles Puigdemont,se soit réfugié à Bruxelles et demande l' appui de l' Europe et des autres indépendantistes

Carles_Puigdemont

 

QUELQUES ASPECTS DE LA DÉCENTRALISATION / RÉGIONALISATION

 

 Ce texte n' est pas une critique de la « décentralisation/régionalisation » du point de vue de l' Etat et de la république une et indivisible. Il est au contraire la critique de la centralisation/régionalisation » comme étant une restructuration des appareils d' États au niveau européen, en faveur d'un État européen. Comme le disait Jean Jaurès dans l' armée nouvelle, « la patrie n' est pas une idée épuisée, c' est une idée qui se transforme et s' agrandie »; nous ajouterons : « … en fonction des intérêts capitalistes du moment ».

 Le « réveil régional en Europe » a pris naissance à partir des années 1960, comme réplique à la mise en place du Marché commun. Dés cette époque, de nombreuses formations politiques régionalistes feront leur apparition. D’autres comme la FUEV1 reprendront de l’ardeur pour imposer chaque fois que l’occasion s'en présentera, sa conception ethno-étatique. La grande majorité de ces groupements politiques, sont d’essence petite bourgeoise, ce qui les caractérises c’est tout autant leur haine de l’État centralisateur que de la lutte de classe2. Ils s’opposent à l’État mais pas au capital et veulent le retour de la libre concurrence.

 Du point de vue culturel, les régionalistes défendent les traditions et coutumes locales, les langues régionales3 et les patois, dont le caractère progressiste laisse à désirer ; le mysticisme et la religion reprenant du poil de la bête. Les régionalistes se font les interprètes du mécontentement des couches petites bourgeoises radicalisées par la crise, contre l’arbitraire des monopoles, le despotisme du pouvoir d’État, et le joug fiscal insupportable, etc...

 C’est surtout à partir des années 1970, que le phénomène de régionalisation est mis en avant par la bourgeoisie européenne comme communauté fictive réifier par et pour le capital, contre les mouvements de classe de l' après-1968.4 : en 1969, projet d’une régionalisation de la France (référendum perdu par de Gaulle)5. En 1970, processus de fédéralisation de la Belgique ; en 1973 manifestation de l’ETA ; en 1974 en Écosse , premier grand succès du Parti national écossais; en 1975, premier mouvement en Corse et naissance du mouvement nationaliste..

 La question régionale va devenir un point d' appui de la stratégie du capital européen, qui cherche à contourner les résistances « souverainistes » et « populistes » par une politique de subvention des « zones sinistrées ». C’est comme cela que la Grande Bretagne a rejoint la Communauté européenne, les fonds structurels servant à compenser les dégâts industriels et agricoles de la mise en place de l’Europe. Cette politique de subvention « régionale » a été aussi un moyen de légitimer l’adhésion au projet européen; mais aussi de faire naître au non du régionalisme une véritable chasse aux subventions. L’européanisation des régions devient rapidement un contre pouvoir aux mains de la Communauté européenne ( les trusts les plus puissants) pour faire plier les résistances étatiques chaque traité venant ronger un peu plus les prérogatives des États en faveur de l’Europe.

 «  L’équilibre entre unité et diversité dans la construction européenne a toujours été évolutif. Aujourd’hui, cette évolution s’amplifie et accélère. La création de l’UE, par le traité de Maastricht, a opéré un saut qualitatif : la construction européenne, essentiellement économique, est devenue globale. Or, parallèlement, les États-membres, bousculé d’ « d’en haut » par l’Union, sont également ébranlés d’« en bas » par des aspirations décentralisatrices ou régionalistes. S’ajoutent à cela les récentes perspectives d’élargissement à l’Est.... » (RAMSES 2002) page 130)

 En effet le traité de Maastricht en instituant un Comité des régions ( articles 263-265 du traité) légitime le fait régional et donc un droit des régions ; ou plus exactement un droit aux régions à assumer -financièrement et administrativement- la mise en œuvre du droit communautaire . Nous voyons que « l’émancipation des régions » comme communauté autonome se suffisant à elle même n’est qu’un leurre, de même que l’émancipation de la région de son État national de la Flandre à l’Écosse et de la Corse au Pays basque le régionalisme est guidé essentiellement par sa quête aux subventions de Bruxelles. Le régionalisme est aussi guidé par l’idéologie non pas «  des français d’abord »  mais celle tout aussi réactionnaire de « ma région d’abord » ainsi la Slovénie est ravie de quitter la Yougoslavie en plein naufrage, l’Italie du Nord veut « s’émanciper » du fardeau du Mezzogiorno et rendre la Sicile a Kadhafi, la Flandre des Wallons, les Tchèques des slovaques, l’Ecosse veut récupérer son pétrole « pillé » par l’Angleterre...Même si comme comme en Allemagne, l'obtention d'un Comité des régions (juin 1994) donne droit aux Länder d'être consultés par le gouvernement fédéral sur toutes les questions relevant de la construction européenne, cette consultation ne reste que formelle.

Prenons l' exemple de la mise en place de la Banque centrale européenne (BCE) : dans tous les pays d' Europe, elle va provoquer une restructuration drastique des banques centrales nationales. Après celles de Belgique et d' Allemagne, c' est la banque d' Espagne qui impose un plan draconien de réduction de ses sièges de provinces ; 31 sur 54 doivent disparaître d' ici 2004,environ 350 emplois sont visés ( La Tribune du 29 juillet 2002). En France les élus locaux montent au créneau et s'opposent à la restructuration du réseau de la Banque de France, qui toucherait 211 succursales dont la moitié pourrait être supprimées (Agefi du 9 décembre 2002). Ce qui arrive aux banques centrales, va s'étendre à l' éducation, la santé publique...

 Les régionalismes français.

 La décentralisation /régionalisation du premier ministre français, M. Raffarin, fait partie de cet ensemble qui vise, par le régionalisme à promouvoir la mise en place d’un super- état européen, avec sa constitution, sa monnaie et surtout, pour les intérêts français son armée européenne et le tout nucléaire. Il n’y a pas de véritable lutte entre les États nationaux et l’Union européenne, pour la bonne et simple raison que ce sont les gouvernements de ces États qui font l' Europe. La mise en place de l'Union européenne provoque au sein des administrations d' État, des doublons de fonctionnaires que chaque État se doit de gérer, comme nous venons de le voir avec l' exemple des banques centrales.

 La décentralisation, pas plus que la régionalisation n’est une nouveauté, cela fait des années que l’État centralise et décentralise en fonction de ses objectifs politiques et économiques. Ce qui nous intéresse actuellement c’est la signification de la « décentralisation de M.Raffarin et de ses prédécesseurs de la « gauche ».Il n’est pas inutile de rappeler que,durant la décennie 1970-1980 la gauche (PC,PS) s’est convertie à l’option régionaliste, c’est-à-dire à la supra-nationalité européenne. Par la loi Deferre du 29 juillet 1982 et la loi de 1983.6

 La question qui se pose c’est pourquoi donc tant de levée de boucliers contre la « décentralisation de Raffarin » ?

Il y a sans nul doute un aspect idéologique chez les défenseurs de la République une et indivisible, qui ne sont pas d’accord pour que la régionalisation soit inscrite dans la Constitution, comme c' est la cas dans la majorité des pays européens. La surprise a été la montée au créneau de Jean-Louis Debré ( Président de l’Assemblée nationale ) à Strasbourg et sa mise en garde contre la tentation de « tomber d’un jacobinisme exacerbé dans un intégrisme décentralisateur » et d’ajouter, la décentralisation ne doit pas être  « une grande braderie qui laisserait la République en morceaux ».

Cependant la « décentralisation de M. Raffarin » a d’autres visées, moins idéologiques. Elle s'articule sur un projet de réforme composé de cinq dispositions :

-l'article premier de la constitution est modifié, l'organisation de la République sera décentralisée, tout en affirmant les principes de la république indivisible, laïque,, démocratique et sociale ainsi que ceux de l' égalité des citoyens ;

  • les régions sont reconnues par la Constitution comme collectivité territoriales à part entière (article 72) ; des redécoupages territoriaux peuvent être envisagés, telle la fusion de départements ;

  • le texte prévoit que les collectivités pourront être autorisées par la loi ou par décret « à déroger, à titre expérimental, aux dispositions législatives et réglementaires qui régissent l' exercice de leurs compétences.

  • L' autonomie financière et fiscale des collectivités territoriales sera garantie. Leurs ressources propres devront représenter une part déterminante. La Constitution devrait faire également obligation de péréquation pour niveler les inégalités entre les collectivités territoriales ;

  • le droit d'organiser des référendums locaux décisionnaires devrait être reconnu aux collectivités locales, sur l' ensemble des champs de compétences qu'elles vont se voir attribuer. Un droit de pétition sera accordé aux citoyens inscrits.

  • Ces dispositions visent à alléger les charges locales des entreprises, et sur ce point le Medef est en phase ; par la voix de D. Kessler , il s’est déclaré favorable à la décentralisation « à condition qu’elle ne soit pas financée par les entreprises ». Nous apprenons donc que cette « décentralisation n’est pas gratuite, et donc nous nous posons la question qui doit la financer. Comme on ne veut répondre ouvertement : « c' est le monde du travail », on biaise et on remet au goût du jour la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers), qui serait régionalisée. Ce qui veut dire que la dizaine de contributeurs identifiés aujourd’hui seraient remplacés demain par 15 000 gérants de stations-service. Cependant, Pierre Mèhaignerie, président de la commission des finances de l' Assemblée national, déclare : «  Le potentiel de la hausse des impôts, lié à la décentralisation nous inquiète7.

Non seulement le Medef ne veut plus payer les taxes locales,surtout la taxe professionnelle qui à déjà chuté de 29,30% entre 1996 et 2000, mais il veut toujours que ses membres soient bénéficiaires des aides importantes ( liées au chantage à l’emploi) . Rien que pour l’année 1985 les régions , départements, communes8 ont fait des transferts financiers de l’ordre de 1800 Millions de francs, plus les aides indirectes de 239 Millions de francs.

La décentralisation, n’est pas obligatoirement contre la république une et indivisible, surtout quand il s’agit de conflits de classe ; il suffit de se reporter aux événements de 1947 (grèves insurrectionnelles) pour voir comment notre IVe République avait tournée casaque; elle promulgua, le 24 mai 1948 une loi qui prévoyait la mise en place d'une coordination étroite des pouvoirs civils et militaires en vue du maintien de l'ordre, et leurs attributions furent progressivement élargies aux domaines administratif et économique.

 En conclusion

 Nous avons essayé de cerner les enjeux de la décentralisation/régionalisation. La décentralisation de Raffarin est bien différente de celle de 1982-1983 qui s'opérait dans le cadre national de l' État français. La décentralisation actuelle s'opère dans le cadre des accords de Maastricht, c’est-a-dire dans l’aire européenne et en relation étroite avec le projet de Constitution européenne et d’une présidence européenne. Tous les pouvoirs régaliens qui resteront aux États pourront être transférés au niveau européen. Il en résulte que toutes les structures de l’administration des États européens sont déstructurées, ce qui permet, au passage, la liquidation de nombreux postes de fonctionnaires.

La grande Europe veut maintenant ‘« parler d’une seule voix » 9(l4) ; cette Europe, aujourd’hui Europe des États, sera-t-elle demain a base régionale ou a base fédérale ? Une chose est certaine : la régionalisation prépare déjà a cette alternative. Il ne serait pas impossible que les régions obtiennent de plus en plus de pouvoir de gestion et même deviennent des mini-Etats, comme les Länder allemands.

En France, la Bretagne (qui avait autrefois un Parlement) est la plus offensive dans ce sens ; suivent l’Alsace-Lorraine, 1e Pays basque, la Corse. En Belgique, la Flandre et la Wallonie. En Espagne, trois provinces bénéficient déjà d’une grande autonomie : la Catalogne, la Galice et les provinces basques. Cette recomposition de la grande Europe par strates successives peut conduire a son éclatement, on a un repli sur la zone euro. Une chose est certaine,c’est que le poids de la pression fiscale locale va augmenter dans toute l’Europe. L’Allemagne a déjà des problèmes : la ville de Berlin est surendettée et les communes aussi. Et en Italie, la Sicile est au bord de la faillite.

 Gérard Bad- janvier-février 2003, Echanges N°104.

1 La FUEV (Foderalistische Union Europäischer Volksgruppen : Union fédéraliste des minorités européennes), fondée à Versailles en 1949 elle prétend représenter plus de 70 « groupes ethniques » en Europe soit plus de 100 millions d’ individus..

2 « L’affaiblissement du pouvoir central favorise la réapparition des anciennes tendances fédéralistes, de droite comme de gauche. Ainsi 1e 24 mai 1968, a la suite d’une échauffourée entre les agriculteurs et des grévistes qui refusent d’acheminer des légumes vers le continent, une assemblée de dix maires de l’île de Ré (parmi lesquels deux conseillers généraux) fait une surprenante déclaration ; elle menace, si l’ordre n’est pas rapidement rétabli dans le pays, de faire sécession et de déclarer l’indépendance de l’île, ni plus ni moins !

(extrait de La France de 68, d’Alain Delale et Gilles Ragache, éd.du Seuil p. 214)

3 Certains régionalistes bretons demandent notamment la modification de l’article 2 de la Constitution stipulant que «'la langue de la République est le français » (Le Monde du 2 décembre 2002) ; tout un débat s’est d’ailleurs développé autour de la Charte européenne des langues régionales qui ne peut étre adoptée en France qu’au prix d’une révision de la Constitution.

4 Se souvenir de la crise régionale de la Lorraine , ou une véritable lutte entre le capital et le travail semi-insurrectionnelle à secouer la région. Si la crise régionale éclate en France de manière si violente, cela provient entre autre du fait que l’industrie française tardera à se délocaliser par crainte d’explosion sociale.

5 Le projet du référendum du 27 avril 1969 organisé par le général de Gaulle, visait à la mise en place de « véritables collectivités territoriales régionales et la réforme du Sénat ». L’ assemblée régionale, selon le projet de référendum, devait comprendre des élus (députés de la région et représentants des collectivités locales), et des conseillers régionaux représentant les intérêts économiques sociaux. Le rejet de ce projet par les électeurs a évacué pour un temps « la régionalisation ». La loi du 5 juillet 1972, laissera se créer une institution régionale décentralisée aux compétences restreintes.

 6 Les régions sont désormais des collectivités territoriales. Cependant, contrairement aux autres collectivités territoriales, leur existence n’est pas garantie constitutionnellement.

7La Tribune,5 novembre 2002.

8 Cette faculté a été supprimée pour les communes par la loi du 5 janvier 1988.

9Les dernières prises de positions de l’Europe sur la guerre contre l’lrak, montrent toute la fragilité de sa construction et surtout de son indépendance vis-a-vis des États-Unis.

 

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16 novembre 2017

INFOBREF N°501-fusions acquisitions Crime du Capital,

INFOBREF N°501

 

Crime du Capital et solidarité ouvrière

Triste décompte: huitième suicide d’un hospitalier à l’AP-HP depuis janvier 2017

lundi 30 octobre -A moins d’une semaine d’intervalle, les membres du CHSCT, représentant-e-s du personnel de l’hôpital Avicenne apprennent par la direction locale, de façon informelle, qu’un brancardier a tenté de se suicider et qu’un autre brancardier du même service s’est suicidé. Les émotions se bousculent : stupéfaction, choc, culpabilité puis vient la colère quand on réalise la disparition définitive du collègue ! Près d’une centaine de collègues ont répondu à l’appel des syndicats pour rendre hommage à Tonio, le disparu. Après la minute de silence, un des témoignages souligna l’importance de la solidarité entre collègues, dans les moments les plus dramatiques mais également dans ceux qui semblent les plus anodins de nos vies.

Correspondant

Source Crédits photo : NPA

La direction cynique veut « enterrer » le suicide et la tentative de suicide

Le but de la réunion informelle étant de « calmer » les velléités et/ou prérogatives des membres du CHSCT par la mise en place d’une cellule psychologique individuelle ainsi que de groupes de parole. Pour autant, les membres du CHSCT ont eu le réflexe de poser un avis de « danger grave et imminent ». À partir de ce moment, la direction a tout essayé pour bloquer l’enquête et le CHSCT extraordinaire qui en a découlé, allant jusqu’à utiliser l’émotion des collègues pour éviter toute investigation. La direction accusait les membres du CHSCT d’irresponsables, les menaçant de les poursuivre au « pénal » s’il y avait un « accident » suite à l’enquête, arguant qu’une guérilla s’ouvrait. Cela rappelle la répression que subissent les représentant-e-s du personnel au CHU de Toulouse… Les mêmes méthodes comme solutions à la violence du capitalisme.

Quand on sait qu’une des responsabilités de l’employeur est de garantir, avec obligations de résultats, la santé physique et morale des salarié-e-s, c’est mettre sur le dos des autres ses propres incompétences.

Les restrictions budgétaires maltraitent les personnels

Même si ces deux actes se sont passés au domicile de chacun, ils ne sont pas une coïncidence fortuite. Il serait complètement dingue de penser que le travail et son organisation n’ont aucun lien avec ces actes de détresse. Alors que les personnels hospitaliers sont maltraités par les plans de restrictions budgétaires qui se succèdent d’année en année, les brancardiers de ce service n’échappent pas à ce mal-être avec des horaires imposés, des repos entrecoupés de jours travaillés, une intensification du travail accentuée par des pressions pour aller toujours « au plus vite », une organisation du travail sur laquelle ils n’ont pas leur mot à dire.

Absentéisme, indicateur de mal-être au travail

D’ailleurs, le service du brancardage central, par son taux d’absentéisme très élevé, n’est que le reflet de l’hôpital ainsi que du groupe hospitalier (GH) qui se situe second de tous les GH de l’AP-HP avec les plus forts taux d’absentéisme. Cette direction, qui ne connaît que la répression, préfère payer des cabinets de médecins libéraux pour un contrôle, à domicile, des agents en arrêt de travail, plutôt que de s’attaquer aux causes du mal-être. Et tant pis pour le déficit, prétexte, hier, pour faire accepter aux agentsles « effortspartagés » et leur faire courber l’échine.

Le capitalisme tue

Cette « production de soins » imposée est la conséquence de choix politiques. Pour s’attaquer à la racine des choses, c’est tout le système qu’il faut changer c’est-à-dire l’organisation du travail, les effectifs, la tarification à l’acte, l’enveloppe du budget santé définie à la baisse pour combler un soi disant « trou de la sécu » et dénoncer l’idéologie dominante qui veut faire croire qu’il n’y a pas d’autres choix que ceux en vigueur, qu’il faut casser les droits des salariéEs pour booster l’embauche, qu’il y a une dette légitime et incontournable de la France…

Combattre Macron, Buzyn et leur monde

C’est repenser les priorités d’une société plus humaniste, solidaire et équitable. C’est pouvoir questionner le travail, prendre part dans les décisions des évolutions du travail. Questionner le salarié sur son travail, l’amène à prendre de la distance, à percevoir les marges de manœuvre, à une réflexion sur le travail. On s’ouvre des espaces de travail pour ensemble faire quelque chose, c’est la transformation collective du travail, à opposer à tous les protocoles inspirés de l’industrie que les managers de l’hôpital nous imposent. Ce qui permet de tenir, c’est une forme de résistance, c’est le questionnement de l’utilité de ce que l’on fait, c’est la création d’un collectif informel comme inviter les collègues à des moments conviviaux, partager un repas, voire comment protéger les collègues les plus précaires. Les nouvelles organisations du travail prennent appui sur l’aspiration des salariéEs à une autonomie dans le travail mais pour la transformer en une nouvelle aliénation. Comme exemple, les salarié-e-s qui sont autonomes dans leur travail mais qui ont un temps défini pour l’exécuter. Quand le temps est insuffisant, un certain nombre de dispositifs sont mis de côté par les salarié-e-s eux-mêmes comme les procédures de sécurité pour atteindre les objectifs qui leur sont fixés. Il y a un poids à cette autonomie.

Que faire ?

Le syndicalisme permet des pratiques de négociation et de représentation mais permet également de fédérer les collectifs de travail, de créer des zones de liberté pour discuter le travail et agir sur lui et d’ouvrir un espace d’auto-organisation des salarié-e-s en lutte pour leurs droits. Mais battre la politique de Macron et le sort réservé à l’hôpital par Buzin exige de toutes les forces qui prétendent les combattre de s’unir et d’en finir avec la multiplication, en ordre dispersé, d’initiatives et de journées de grève sans lendemain.

La Russie entend donner un cadre juridique à l'usage des cryptomonnaies

25 oct. 2017, 18:56

© Karen Blier Source: AFP

 fudLe président russe a confié au gouvernement le soin d'élaborer une législation réglementant le domaine des monnaies virtuelles telles que le Bitcoin, en plein essor en Russie comme partout dans le monde.

Le gouvernement russe et la Banque de Russie ont été chargés par le président Vladimir Poutine d’élaborer des lois réglementant le fonctionnement et l’utilisation des monnaies cryptographiques telles que le Bitcoin. La décision a été annoncée le 24 octobre sur le site du Kremlin.

Lire aussi

CryptoRouble : la Russie va lancer sa propre monnaie virtuelle

Les lois en question devront être prêtes d'ici juillet 2018. Elles incluront, entre autres, l'obligation pour les «mineurs» de Bitcoin (ceux qui contribuent à la création de la monnaie en prêtant contre rémunération la puissance de calcul de leur ordinateur), d'Ether et d’autres monnaies virtuelles, de s’enregistrer et de payer des impôts liés à celles-ci. 

Le président russe souhaite également introduire des règles pour les «initial coin offerings», méthode de levées de fonds via l’émissions de «tokens» échangeables plus tard contre des monnaies virtuelles. Ce moyen d’attirer des capitaux bénéficie d’une popularité considérable dans le monde : au cours du troisième trimestre de 2017, les entreprises internationales ont ainsi réussi à collecter 1,12 milliard d’euros, d’après The Wall Street Journal.

Dans le mois d'octobre, Vladimir Poutine avait mis en garde contre les risques liés à l'utilisation des cryptomonnaies et avait prévenu qu’il n’y aurait aucun responsable au cas où elles s'effondreraient, dans la mesure où les monnaies virtuelles sont émises par «un nombre illimité de sources anonymes».

Pour l’instant, l’utilisation des monnaies numériques n’est pas réglementée en Russie.

Vers des fusions-acquisitions record en 2017

LE CERCLE/POINT DE VUE - 2017 s'annonce comme un bon millésime pour les « M&A ».  

Avec les fusions-acquisitions de Essilor-Luxottica , Zodiac-Safran (rebaptisé Safran) et Actelion-Johnson & Johnson, 2017 a démarré en trombe, après une année 2016 en demi-teinte. Et cela pourrait durer au moins jusqu'à la fin de l'année. En règle générale, les cycle de « M&A» durent trois à quatre ans. Et le dernier a démarré à la fin de l'année 2014.

Plusieurs facteurs plaident pour la poursuite de ce foisonnement - qui pourrait tutoyer certains records -, à commencer par le mouvement qui s’amorce sur le front des taux d’intérêt. Les entreprises réalisent que les conditions favorables de financement ne vont pas durer éternellement. Par ailleurs, les prévisions de croissance et d’inflation limitées, bien qu’en amélioration, incitent bon nombre de sociétés à opérer une transformation afin de retrouver un « pricing power ». Les synergies créées permettent également de soutenir les marges.

Des secteurs en ébullition

Certains secteurs semblent particulièrement attractifs, tels que celui du luxe. Par ailleurs, les grands laboratoires pharmaceutiques sont structurellement acheteurs de sociétés biotechnologiques, tandis que l’industrie de la chimie, très fragmentée, a vocation à se consolider.

Lire aussi : Essilor-Luxottica : vers des lunettes moins chères grâce à la fusion

Au sein du secteur des médias, les producteurs de contenu représentent des cibles potentielles, comme le témoigne l'acquisition prochaine de AB Groupe par le véhicule d'investissement de Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton. L’hôtellerie, pour sa part, aiguise l’appétit des investisseurs chinois, déjà au capital d’Accor, NH Hotels ou encore Hilton. En France, quelques dossiers gelés, à l’image de Bouygues Telecom, pourraient revenir sur la table après l’élection présidentielle.

Décote du marché européen

La dynamique des fusions-acquisitions sera soutenue par l'Europe, mais aussi par les États-Unis. Les entreprises américaines continueront d’étudier la possibilité de réaliser des opérations transatlantiques, au regard de la décote du marché européen. L’effet relatif de certains projets d’acquisition peut séduire les acheteurs qui visent à soutenir la croissance de leurs bénéfices.

La page n’est donc pas prête d’être tournée cette année. Indicateur à surveiller de près, le niveau des « spreads » de crédit renseignera les investisseurs quant à une fin prochaine du cycle de M&A.

Philippe Lecoq est co-responsable de la gestion actions européennes chez Edmond de Rothschild Asset Management

CRIME DU CAPITAL

Le sUne mère de famille anglaise meurt de froid après avoir perdu ses allocations

Le dernier film de Ken Loach, qui mettait en scène un chômeur en butte avec les administrations censées gérer les systèmes de prestations sociales, est loin d’être une fiction : le 2 novembre, une mère de famille de Liverpool est morte de froid chez elle. En effet, après l’arrêt des versements de ses allocations, elle avait arrêté de mettre le chauffage chez elle.

Charles Fire jeudi 9 novembre

« Combien de personnes doivent mourir avant que le gouvernement se rende compte qu’il est à l’origine du décès des personnes vulnérables ? » : c’est la question qu’a posé au gouvernement la mère d’Elaine Morall, après le décès de sa fille. Le 2 novembre, la jeune mère originaire de Runcorn, près de Liverpool, a été retrouvée sans vie chez elle, morte de froid. En effet, face à l’arrêt du versement de ses pensions, elle a dû prendre la décision de couper le chauffage pour continuer à nourrir sa famille. Hospitalisée pour d’autres raisons, elle n’avait pu aller à un rendez-vous avec sa conseillère, ce qui lui a valu l’arrêt du versement de l’Universal Credit, qui rassemble les allocations chômages, les crédits d’impôt retour à l’emploi, les crédits d’impôt pour charge de famille, l’aide au logement, les allocations d’invalidité et la prestation de soutien au revenu pour les personnes dispensées de recherche d’emploi. Un rendez-vous manqué qui l’a forcée à arrêter le chauffage et mourir dans d’atroces conditions.

Comme l’a dénoncé sa mère dans une lettre ouverte au gouvernement, ce n’est pas la première fois que des personnes meurent après avoir pris de telles décisions. Un seul rendez-vous manqué (ici, sa mère avait même prévenu le centre d’emploi, qui a quand même décidé de couper son allocation), et des gens voire des familles entières se retrouvent à la rue, sans chauffage, ni sans un morceau de pain à se mettre sous la dent. Derrière ces dispositifs, une logique qui veut supprimer de plus en plus les aides sociales gagnées tout au long du siècle, en les conditionnant de plus en plus à des devoirs des chômeurs, ce qui permet des radiations par milliers de ces derniers. C’est d’ailleurs l’idée du président Macron, qui aimerait durcir les conditions d’accès à l’assurance chômage, notamment en limitant le nombre de refus de propositions d’emploi possible, et en demandant de plus en plus de justificatifs pour vérifier que le chômeur recherche bien un travail. Des propositions dont les perspectives sont on ne peut plus claires avec des drames comme la mort d’Elaine Morrall.

 

yndicalisme permet des pratiques de négociation et de représentation mais permet également de

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12 novembre 2017

«La marchandisation» la nouvelle marchandise que la gauche écolo bobo veut nous vendre (G.Bad)

 «La marchandisation» la nouvelle marchandise que la gauche écolo bobo veut nous vendre

 A_bordeauxC' est surtout l' association ATTAC, qui a mis en avant ce concept, elle voulait face au retour du Libéralisme et de la libre concurrence tracer une frontière entre ce qui est normal de faire passer sous les fourches du libéralisme et ce qui doit rester intouchable, le secteur non marchand .

De la ils ont entrepris une croisade contre ceux qui au nom de la mondialisation s' attaquent à ce qu'ils appellent les échanges non marchand (la santé, la culture, les service publics...) . Ils pensent que le capitalisme devrait en revenir à l' économie mixte au capitalisme keynésien et d' autres variantes. Ils ne se posent pas la question du pourquoi le capitalisme a fait son retournement monétariste en 1979, C’est avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande Bretagne début 1979 que le mouvement de « libéralisation » du capital de son volet social va commencer.

En 1980, Ronald Reagan va prendre le relais et depuis tous les pays occidentaux ont appliqué et applique chaque jour la « déréglementation ». LeThatchérisme est venu balayer tout ce que le capital ne pouvait plus supporter dans ses cadres nationaux. La marchandise force de travail des gueules noires devait être sacrifiée sur l' autel de la libre concurrence ( la gréve des mineurs 1985).

Face à cette offensive la gauche écolo bobo, s'est repliée dans un premier temps sur un ordre moral « il y a des secteurs que le capital ne doit pas atteindre »

« On peut regretter l’évolution d’un monde où chacun achète et (se) vend, et juger lamentable que l’auto-stop d’antan revive comme pratique marchande.»

 De la les éternels appels à l' Etat pour qu'il ne lâche rien sur le plan économique , seulement l' Etat se délaisse chaque jour un peu plus de ses participations dans le secteur économique, et renforce son rôle régalien. L'Etat en a cure des poussées protectionnistes et des petits pré-carré régionalistes destiné à masquer que le grand conflit reste toujours celui d' une classe-contre une autre à l' échelle mondiale.

Pour cette gauche bobo, le fait que la force de travail soit une marchandise mise en concurrence sur le marché mondial ne leur semble pas prioritaire pour la simple et bonne raison que c' est grâce à la ponction de la plus-value sur le monde du travail que l' Etat finance la fonction publique.

Dés lors que le siphonnage de la plus value s'est internationalisé, que chaque capital national n' a subsisté qu'en ayant une dimension capable d' affronter les plus grands groupes à l'international, l' attachement de ces multinationales à la reproduction locale des forces de travail et de ses statuts sociaux ne présentait plus aucun intérêt, la fiscalté étant devenue la bête noire de ce capital apatride celui-ci allait s'investir la ou il n y a pas de salaires différés.

La gauche écolo bobo veut un capitalisme vert, qui protège les ressources naturelles, l' eau la biodiversité, les libertés artistiques, elle s'élève contre la marchandisation de l' enseignement,du corps notamment de la femme, des villes avec la gentrification... Le capitalisme ne serait pas le capitalisme s' il ne cherchait pas à poursuivre son accumulation en exploitant toutes les failles de son propre système en liquidant ses canards boiteux, la pléthore du capital comme le disait K. Marx.

L'Etat français pour des raisons historiques, s'est trouvé contraint après la seconde guerre mondiale de recourir massivement à l' Etat pour moderniser son économie. Dés que les limites du développement de l' impérialisme français furent atteintes,fin des guerres coloniales, la survie du capitalisme français, allait dépendre de la mise en place de l' Union européenne, notamment pour la mise en place d'une armée européenne.

En 1981, la gauche PC/PS arrive au pouvoir avec un son «  programme commun » de nationalisations . Le gouvernement Mauroy fait promulguer, le 13 février 1982, la loi sur les nationalisations. Les principaux groupes industriels français (Thomson, Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Pechiney, Sacilor, Usinor) sont visés, mais aussi 39 banques et compagnies financières (Paribas, Suez, CIC, Crédit du Nord...). 15 % du secteur privé passe alors sous contrôle de l'État, soit 30 % du chiffre d'affaires de l'industrie et 95 % de l'activité de crédit !

La tentative protectionniste de l' Etat, par le truchement des nationalisations sera un feu de paille,le 4 janvier 1983 F. Mitterrand déclare que « L'Etat n' est que la solution ultime, à laquelle on a recours « lorsque son action devient à l' évidence indispensable » et il doit être « allégé de pouvoirs inutiles et pesants »

Le programme va être clair : allègement des charges pesant sur les entreprises, compressions des dépenses sociales, rigueur salariale du secteur public, réduction pour 1985 de 5500 fonctionnaires.

De 1986 à 1988 , le gouvernement français prend de nouveaux engagements contre le salariat (libéralisation des prix, suppression du contrôle des changes, développement de la concurrence, lutte contre les rigidités concernant l’embauche et dénationalisations).

 La fin du « Welfare State » (état providence)

 La « dame de fer » a fait du bon boulot pour le capitalisme, elle est donc remerciée et démissionne le 22 novembre 1990, c’est la fin des croisades contre le « Welfare State » (état providence), Aux USA Bill Clinton est réélu sur un programme de relance de l’économie par des dépenses publiques, il parle de « réinventer l’état » et d’une réforme en profondeur du système de protection sociale.

 En France le gouvernement Rocard, veut un « renouveau du service public » mais en pratique il va préparer le terrain au gouvernement Balladur et ses privatisations. En 1993, 21 groupes visés : Renault, air France l’ Aérospaciale, en 1994 privatisation totale d’Elf-Aquitaine et de l’UAP.

 Le programme commun de la gauche est nié jusqu'à la moelle des os. Plus de 65 groupes (banques, compagnies d’assurances, entreprises industrielles), seront privatisés . Ce programme va toucher les nationalisations de 1982, voire de 1945. Il est accompagné, avec un certain retard sur le programme de Thatcher, d'une remise en cause de l' état providence et d'une « mutualisation » des différents statuts protecteurs entre secteur public et privé. La remise en cause de l'âge pour prendre sa retraite et le désir d' aligner les fonctionnaires sur le privé fournira le carburant à l' explosion sociale de 1995. Ce volet anti-social de l' état est toujours d' actualité et le macronisme ne fait que poursuivre l' ére de la cohabitation (gauche/droite) avec plus de détermination.

 L’instauration d’une économie ouverte en Europe et mondiale va rendre les capacités de régulation de l’état de plus en plus illusoires, la loi de la valeur frappe à la porte et menace maintenant des industries nationales et aussi européennes. Les secteurs monopolisés et protégés par l’Etat vont de moins en moins résister aux privatisations (c’est-à-dire à la mise en concurrence sur le marché proprement capitaliste des entreprises et des prolétaires 1privatisés).

Au grand dam des écolos bobo, voilà que maintenant on « marchandise » l' Etat et on veut vendre ses bijoux de famille « le château de Versailles et la tour Eiffel », même les communes commencent à vendre églises, châteaux, abattoirs,moulins,palais de justice pour ne pas augmenter les impôts locaux. la SNCF/RFF « marchandise » ses gares, vend ses terrains. Pour alléger la dette de la SNCF. une colonie de vacances tombent sous les coups de la « marchandisation ».

La ville de Clichy a publié le 26 décembre2016 une petite annonce sur le site Leboncoin.fr. Cette commune des Hauts-de-Seine a décidé de se séparer de son centre de vacances situé en Auvergne.la ville de St Brieuc celui de caroual 

Et voilà que l' on s' attaque au bon beurre français, il flambe à cause de sa marchandisation à l'international, les américains ne pense plus qu'il est nocif et en consomme, les chinois aussi qui mangent de plus en plus de pâtisserie. Résultat la hausse du prix du beurre est de 172% depuis 20 mois, avec une flambée de 7% cet été suite à une pénurie dans les super marché.Le capitalisme ne serait pas le capitalisme s'il n' exploitait pas tout ce qui peut lui rapporter, même sous une forme mafieuse comme le trafic des être humains et la vente d' organes.

La gauche écolo bobo, voudrait que le capitalisme épargne certains secteurs ( en principe le leur) qu'il ne faudrait pas exploiter , car d' utilité publique, leur protectionnisme s' étend aux villes qu'il ne faut pas marchander alors comme à Bordeaux ils s'insurgent contre les Parisiens qui se jettent sur l'immobilier et font monter les prix.

Gérard Bad le 29 octobre 2017

1 Fin des aristocraties ouvrières, comme épiphénomène et leur rattachement à la lutte collective abolitionniste

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03 novembre 2017

Courant Alternatif : “La révolution russe a cent ans !”

Un numéro spécial du mensuel Courant Alternatif : “La révolution russe a cent ans !”

Le mensuel anarchiste communiste “Courant alternatif” vient de sortir un numéro spécial de 54 pages consacré à la révolution russe de 1917, dont c’est le 100e anniversaire.

Couv_CA_r_vo_russe

 “L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. Mais il n’est peut-être pas moins vain de s’épuiser à comprendre le passé, si l’on ne sait rien du présent.” Marc Bloch

 Par le biais de textes souvent peu connus qu’ont écrits des protagonistes de cette révo-lution – comme Rosa Luxemburg, Alexandra Kollontai, Emma Goldman, Voline, Ida Mett, Anton Ciliga, Nestor Makhno, Victor Serge – ou d’études plus récentes – comme celles de Daniel Guérin, de Colo Bourdel sur les conseils ouvriers de 1905, ou de Yohan Dubigeon à partir des thèses d’Oskar Anweiler sur les soviets de 1905 à 1921 – et de quelques articles de membres de la revue, sont abordés différents épisodes de ce moment qui fit trembler toutes les bourgeoisies du monde.

Le fil conducteur de ces textes est la mise en lumière de ce qui constitue à nos yeux le plus intéressant de ces années entre 1905 et 1921, à savoir les formes d’auto-organisation qui en sont à l’origine. Conseils ouvriers, soviets sont bien loin des pratiques des partis, et surtout du Parti bolchevik, qui finit par participer à l’étouffement puis à la destruction de ces pra-tiques émancipatrices issues de la base de la société russe. Parler des soviets de cette pé-riode, c’est parler aussi – et peut-être même surtout – des pratiques à développer aujour-d’hui au coeur des mouvements sociaux.

On trouvera ce numéro en kiosque ou en le commandant au prix de 6 euros, frais de port compris, en écrivant à : OCL c/o Egrégore BP 81213, 51058 Reims Cedex. Chèque à l’ordre de “La Galère”.

 

Sommaire :

• A l’origine d’octobre 1917, la révolution de 1905

• «Mille événements qui convergent vers l’insurrection de 1905» – Rosa Luxemburg

• 1905 : l’irruption de l’ouvrier révolutionnaire russe

• Parler des soviets aujourd’hui

• Les femmes dans la révolution russe – A. Kollontaï

• Alexandra Kollontaï, biographie

• Vers la militarisation de la société

• La militarisation des usines – Emma Goldman

• Emma Goldman, l’anarcha féministe, biographie

• «Ma désillusion en Russie» – Emma Goldman

• Les organisations anarchistes dans la révolution russe et leur répression par les bolcheviques – Voline

• Kronstadt avant l’insurrection – Ida Mett

• Ida Mett, biographie

• La répression de la «troisième révolution» à Kronstadt

• L’insurrection de Kronstadt et la destinée de la révolution russe – Ante Ciliga

• Ante Ciliga, biographie

• La Makhnovtchina – Daniel Guérin

• Manifeste de l’armée insurrectionnelle d’Ukraine (1920)

• Pour le Xe anniversaire du mouvement insurrectionnel en Ukraine – Nestor Makhno (1928)

• Aux Juifs de tout pays

• Nestor Makhno – Victor Serge

• Trotski, le prophète calomniateur

• Lénine et la révolution – Ante Ciliga

• Trente ans après la révolution russe – Victor Serge

• Que lire à propos de la révolution russe ?

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01 novembre 2017

INFOBREF N°500-ubériser les services publics, Etat policier

INFOBREF N°500

 

Crime du Capital et solidarité ouvrière

Clarebout : des salariés refusent de reprendre le travail après la mort d'un collègue

Vdn

25 Octobre 2017 -Un salarié de l’usine de pommes de terre précuites Clarebout, chaussée du Pont-Rouge à Warneton (B), est décédé mardi, suite à un accident du travail. Nos confrères de La Voix du Nord ont eu un de ses colègues au téléphone ce matin. Comme les autres salariés, il refuse de reprendre le travail.

De nombreux salariés de Clarebout refusent de reprendre le travail et se sont réunis sur le parking en signe de protestation

L’homme souhaite rester anonyme. « Ici c’est l’omerta qui règne. Nous sommes un bon 200 personnes dehors, sur le parking de l’usine. Mais la direction ne veut tellement pas qu’on parle aux journalistes qu’elle nous autorise même à fumer sur le parking, alors que c’est interdit ! » Selon le salarié que nous avons pu contacter par téléphone, les journalistes sont tenus à bonne distance des ouvriers, par des agents de sécurité.

Depuis la mort du Wattrelosien de 42 ans, père de famille mardi vers 16h, l’usine s’est arrêtée. Et ce mercredi matin, les ouvriers refusent de reprendre le travail. « Quand on est venus à 6 h, l’équipe de nuit était là, mais elle n’avait pas travaillé du tout. Là, on ne bloque pas l’entreprise, on laisse entrer les camions, mais il n’y a personne pour décharger les palettes. La direction nous a proposé 150 % en plus si on reprenait le travail, mais personne n’a accepté. »

La victime était carriste et venait de signer un CDI chez Clarebout. Il est mort, coincé sous un ascenseur qui sert à monter les palettes. Un de ses collègues carristes évoquait ce mercredi matin l’état des chariots. « Quand on va au frigo il faut plus d’un mètre pour freiner tellement ça glisse... » Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances du drame.

Source    : VDN

Un rapport de l’OCDE

A croire un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui date de 2013, ce n’est pas du tout le cas. Sur une échelle de 0-6, la Belgique se situe à 5.13.

Notre pays est donc le pays de l'OCDE où la protection des travailleurs est la plus élevée en cas de licenciements collectifs, loin devant nos voisins : l'Allemagne (3.63) et la France (3.38) qui sont au-dessus de la moyenne. (Etant de 2.91). Les grandes nations comme les Etats Unis (2.88) ou le Royaume-Uni (2.63) sont en queue de peloton.

Le Conseil d’État veut ubériser les services publics

Par Gaston Lefranc (15 octobre 2017)

Article pour l'Anticapitaliste du 12 octobre 2017 : https://npa2009.org/actualite/social-autres/le-conseil-detat-veut-uberiser-les-services-publics

Qu’on se le dise : le Conseil d’État est à la page et ne veut pas rater le tournant de la révolution numérique. Dans un récent rapport intitulé « Accompagner l’ubérisation », dont le titre est déjà tout un programme, le Conseil d’État célèbre les vertus du capitalisme de plateformes.

Comme il s’agit de « se transformer ou mourir », la conclusion va de soi : il faut tout adapter (le droit, les règles sociales, les services publics, etc.) à un processus technologique salutaire et de toute façon inéluctable. Pas question de lois pour encadrer l’activité de ces nouveaux acteurs, le Conseil d’État mise sur des « dispositifs fondés sur l’autorégulation des opérateurs ». Pas question non plus de donner un statut de salariéE à celles et ceux dont le travail est exploité par ces plateformes. Il faut au contraire « favoriser l’entrepreneuriat individuel ». Et pas question de réglementer les professions pour garantir un certain niveau de revenu : les plateformes sont au contraire une opportunité pour mettre les travailleurs en concurrence... 

Service public ? Connaît pas !

Mais l’ubérisation est surtout une formidable opportunité pour démanteler (pardon, « ubériser ») les services publics. Le Conseil d’État explique ainsi qu’aucune activité n’est naturellement un « service public ». Pour que cela soit le cas, il faut que cette activité « ne puisse être prise en charge de manière optimale que par la puissance publique ». Et la révolution numérique doit permettre de restreindre le champ du service public puisque nombre d’activités pourront être exercées par des auto-entrepreneurs en lien avec des fonctionnaires via des plateformes : « un nombre croissant d’agents publics seront en relation avec ou chargés du contrôle d’acteurs privés employant eux-mêmes ces technologies innovantes »

C’est pourquoi le Conseil d’État propose de « dresser la cartographie des activités de service public concurrencées par des plateformes numériques et en tirer toutes les conséquences pour leur réorganisation et la définition du périmètre du secteur public ». Ce rapport est du pain béni pour le gouvernement, au moment où Édouard Philippe a demandé à chaque ministre de lister les missions publiques qui ont vocation à être supprimées ou transférées au privé. Si une mission est « ubérisable », elle pourra ainsi sortir du champ du service public !

Les idéologues cyniques de la bourgeoisie nous racontent que les plateformes réalisent l’utopie de Marx d’une sortie du salariat. Il s’agit en réalité d’en finir avec toutes les conquêtes du salariat au nom de l’impératif technologique, pour livrer les travailleurEs atomisés et isolés à une exploitation redoublée. Nous militons pour l’expropriation des plateformes capitalistes : ces technologies doivent être appropriées collectivement pour sécuriser les revenus des travailleurEs utilisant ces plateformes et pour servir les besoins sociaux.

Le docteur folamour prescrit ses ordonnances: l' armement des drones. la précarité généralisée, les licenciements à la pelle pour créer des emplois toujours plus précaires.

 

Pas de surprise dans ces ordonnances. Comme annoncé,le gouvernement Macron enterre un peu plus le code du travail. Celui-ci ne sera plus qu’un cadre général, les règles applicables étant définies par des accords d’entreprise ou de branche. Cette démolition se fait, comme sous Sarkozy et Hollande, au nom du « dialogue social ». Vaste fumisterie !

 De Chirac à Macron tous les présidents sans exception nous ont promis de relancer l' emploi en favorisant les licenciements.

 Même discours chez Macron, ce n' est plus « travailler prenez de la peine. C' est le fonds qui manque le moins » . Mais licencier, licencier , la précarité c' est le fonds qui manque le moins.

 - Les « ruptures conventionnelles collectives » deviennent possibles. On sait que les ruptures individuelles sont déjà massivement utilisées dans bon nombre d’entreprises pour des licenciements déguisés, maintenant il sera possible de faire pression pour imposer ce mode de départ soi-disant

« volontaire » par accord d’entreprise sans même passer par les quelques obligations du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).

 - On en revient au niveau national (et non plus mondial) pour l’appréciation des « difficultés des entreprises » qui veulent recourir aux licenciements économiques. On pourra donc licencier tranquillement dans une entreprise prétendument en déficit, alors que le groupe fait des

bénéfices faramineux. Quand on sait avec quelle facilité on transfère des capitaux entre filiales, on voit qu’on pourra « magouiller » les comptes de celles chez qui on veut licencier, et sans garde-fou puisqu’aucun délai ne sera accordé pour une expertise.

 La remise en cause de la hiérarchie des normes, de la protection collective de tous les salariés continue :

- Les entreprises pourront négocier, sur le temps de travail (c’était déjà possible), désormais ce le sera aussi sur la rémunération, la santé au travail et les mobilités. C’est le dumping social généralisé !

- Les branches pourront décider de modifier les règles du CDD alors que précédemment c'était la loi qui les régissait, et recourir au « contrat de chantier » ou « contrat de projet » (souhaité avec insistance par le Syntec, les patrons des SSII de l’Informatique) ce qui viendra renforcer la précarité des emplois et met en réalité fin au CDI.

Pour les salariés des petites entreprises : c’est la remise en cause de la représentation syndicale des salariés dans l'entreprise, la possibilité pour le patron d’organiser tout seul ses propres « référendums »… qui seront dans les faits des plébiscites sur fond de pressions et de chantage à l'emploi : « tu votes pour travailler 2h de plus, sinon… ».

 Au-delà, ce qui était annoncé est confirmé : fusion des instances de représentation du personnel DP, CE et CHSCT qui disparaissent pour faire place à un « comité social et économique » (?), barème impératif aux prud’hommes, mise en place des plafonds pour protéger les patrons et délai de recours ramené à un an (auparavant de 2 ans), limitation drastique des maigres droits liés à la pénibilité.

Au nom de quoi ? De la « défense de l’emploi » ? On connaît les effets des mesures précédentes faites en utilisant le même prétexte et qui n’ont conduit qu’à plus de chômage et de précarité.

Bientôt de moins en moins de personnes seront protégées par les mêmes garanties collectives.

 Alors, disons non tous ensemble le 12 septembre, en participant le plus nombreux possible à la

journée de grève et de manifestation appelée par la CGT, SUD-Solidaires, la FSU, plusieurs syndicats

FO et organisations étudiantes et lycéennes, montrons que nous ne sommes pas dupes. RDV à 14 h Place de la Bastille. Départ à 13h 15 de TAO.

 

Comment la France s’apprête à devenir un État policier où chacun est transformé en potentiel suspect

 

« État policier », « despotisme doux », « césarisme » : juristes, avocats et grandes organisations de défense des droits humains critiquent très sévèrement le projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, qui doit être votée à l’Assemblée nationale, la semaine prochaine. Remplaçant l’état d’urgence qui arrive à expiration, cette loi en prolonge plusieurs dispositions très controversées, banalise l’arbitraire, et autorise même le recours à des polices privées sur la voie publique. A croire que, bien au-delà de la lutte anti-terroriste, c’est toute forme de contestation de l’ordreétabli qui pourrait être visée.

Coincée entre la fameuse réforme du Code du travail – dont les cinq ordonnances sont présentées, ce vendredi 22 septembre, dans leur version définitive en Conseil des ministres – et le projet de loi de finance 2018, présenté lors du suivant, mercredi 27 septembre, elle passerait presque inaperçue. Elle n’a pourtant rien d’anecdotique : « C’est une révolution, puisqu’elle nous fait changer de régime politique : jamais une telle concentration des pouvoirs aux mains de l’exécutif n’a été atteinte sous la Ve République », s’insurge Arié Alimi, avocat et membre de la Ligue des Droits de l’Homme. Elle, c’est la loi de sécurité intérieure, attendue à l’Assemblée nationale à partir de lundi prochain dans le cadre d’une session extraordinaire.

Après son adoption par le Sénat le 18 juillet dernier, puis son passage devant la Commission des lois de l’Assemblée la semaine dernière, son vote au Palais Bourbon risque d’être une simple formalité : « La nouvelle majorité parlementaire n’a peut-être ni le choix, ni le recul nécessaire sur ce texte, mais elle n’a pas l’air de s’en préoccuper beaucoup, en tout cas », raconte Florian Borg, avocat au barreau de Lille et membre du Syndicat des avocats de France. Le juriste se dit « inquiet » après son audition par le rapporteur de la loi et par les députés membres de la commission des lois : « D’habitude, il y a toujours du débat, de la confrontation ou, au moins, quelques questions. Là, rien, aucune réaction… . »

Ne dites plus « perquisitions » mais « visites domiciliaires »

Le désintérêt est d’autant plus gênant que l’enjeu est conséquent : le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » ne vise rien de moins qu’à remplacer l’état d’urgence installé en France au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Après une sixième et dernière prolongation cet été, ce régime doit être levé au 1er novembre, sans pour autant disparaître du paysage : plusieurs de ces dispositions sont directement reprises dans le texte qui lui succède.

C’est le cas des assignations à résidence ou des perquisitions, maintenues moyennant un petit changement de nom. Il faudra désormais parler respectivement de « mesures individuelles de contrôle et de surveillance » et de « visites domiciliaires » (sic) : « Mis à part quelques petites modifications d’application à la marge, ce sont exactement les mêmes mesures, décrivant les mêmes logiques, décrypte Laurence Blisson, magistrate et secrétaire générale du Syndicat de la magistrature. On les maquille simplement d’une novlangue pour faire croire à une distinction entre l’état d’urgence et l’actuel projet de loi. »

« Abandon des principes qui devaient garantir les individus contre l’arbitraire »

Ce faisant, le projet de loi pérennise donc dans le droit commun un régime d’exception, qui étend considérablement les pouvoirs de l’exécutif, au détriment du judiciaire. « C’est la remise en cause d’un principe fondamental à tout État de droit : la séparation et l’équilibre des pouvoirs, rappelle Kartik Raj, juriste et chercheur pour l’ONG Human Rights Watch (HRW). C’est d’autant plus inquiétant qu’on touche là directement aux libertés individuelles. »

 

Pis, depuis deux ans, l’état d’urgence a eu pour conséquence d’engendrer toute une série d’abus, outrepassant nettement le cadre présumé de la lutte contre le terrorisme. « Des militants écologistes ont été assignés à résidence lors de la COP 21 ; des interdictions de séjour ont été prononcées à l’encontre de militants participant au mouvement « Nuit Debout » et des interdictions et restrictions de manifester ont été imposées aux organisations syndicales dans le contexte de l’opposition à la loi d’août 2016 relative à la réforme du Code du travail » : l’observation émane de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui dresse la liste de ces « dérives […] constatées récemment dans le cadre de l’état d’urgence » dans un avis public dénonçant « une dangereuse banalisation des mesures de l’état d’urgence ». [3]

Une manifestation interdite tous les trois jours

De son côté, Amnesty International avait publié au printemps un important rapport comptabilisant les différentes entraves, notamment politiques, faites au prétexte de l’état d’urgence : 639 mesures d’interdictions individuelles de manifester ont été prises en 18 mois – dont 574 dans le cadre des manifestations contre la loi travail et 21 dans le cadre de manifestations liées à la COP 21 – ainsi que 155 manifestations interdites, soit une tous les trois jours.

De pareils dévoiements sont-ils à craindre avec l’adoption de ce nouveau projet de loi ? « On ne peut pas préjuger de l’intention, mais on constate qu’on avait le même discours sur le seul ‘’objectif terroriste’’ avec la loi de renseignement en 2015. Aujourd’hui elle a une utilisation beaucoup plus étendue, preuve que ce genre de dispositif peut ensuite servir à autre chose, et notamment à contrôler les mouvements sociaux. Il faut considérer ce texte à plus long-terme » témoigne Arthur Messaud, pour l’association La Quadrature du Net.

Périmètres « de protection » ou de répression ?

En singeant l’état d’urgence, le texte risque donc de produire les mêmes effets. C’est même une certitude pour Arié Alimi : « Ce que l’on a vu avec l’état d’urgence était une expérimentation de ce qui va se pérenniser ici ». En cause, plusieurs mesures qui inquiètent plus particulièrement les juristes et associations de défense des droits de l’Homme. Parmi elles, l’une des « quatre mesures phares » selon le Gouvernement : les « périmètres de protection » que pourront instaurer les préfets pour « assurer la sécurité d’un lieu ou d’un événement soumis à un risque d’actes de terrorisme à raison de sa nature ou de l’ampleur de sa fréquentation », tel que le prévoit l’article 1er du projet.

« On pouvait difficilement faire plus vague, note Florian Borg. Ça signifie que le seul nombre peut engendrer l’activation du dit ‘’risque terroriste’’ : cela peut devenir très facilement un outil pour enfreindre le droit de manifester… ». Concrètement, palpations, inspections des bagages et fouilles des véhicules – autant de pouvoirs jusque-là soumis à réquisition judiciaire – pourront dès lors être effectuées sur un périmètre, dont l’étendue et la durée sont régies par des critères tout aussi flous, officiellement « adaptées et proportionnées aux nécessités que font apparaître les circonstances » selon le texte.

Bientôt des polices privées sur la voie publique

La nouvelle loi indique que ces contrôles pourront être assurés par des forces de sécurité privé. « Il faut désormais s’attendre à voir des agents de Securitas gérer les manifestations de la voie publique », fait valoir Laurence Blisson. Une mesure dont l’étude d’impact du projet de loi questionnait même la constitutionnalité [4]… Une chose est sûre, les débats brûlants sur la gestion et l’encadrement des manifestations, depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence, ne devraient pas s’éteindre de sitôt. « Les pratiques d’entonnoir et de souricière, les obligations de ranger autocollant ou drapeau risquent de devenir monnaie courante et créer toujours plus de tension, » regrette Florian Borg.

D’autres dispositions nourrissent les préoccupations, telle l’extension massive des contrôles d’identité sur une bonne partie du territoire français. Les « zones frontalières » sont élargies. Auparavant elles ne concernaient que les ports, les aéroports, les gares ferroviaires et routières ainsi qu’une bande de 20 km à partir d’une frontière terrestre. Ce périmètre de 20 km est désormais étendu autour de tous les points de passages de frontières – ports, aéroports, gares – englobant ainsi la plupart des agglomérations françaises, soit 28,6 % du territoire métropolitain, où réside 67 % de la population. La police pourra y mener des contrôles d’identités massifs pendant 12 heures d’affilée (6h jusqu’à présent), en s’affranchissant de tout feu vert judiciaire, du principe constitutionnel de la liberté d’aller et de venir, et du principe européen de libre-circulation.

« Légalisation du contrôle au faciès »

La Cimade a dénoncé l’effacement « des derniers garde-fous juridiques », ouvrant la voie à une forme de « légalisation du contrôle au faciès » [5]. Une accentuation du régime dérogatoire qui pourrait aussi servir d’autres objectifs : « Le caractère exorbitant du dispositif débouche en pratique sur du contrôle discriminatoire et va d’abord servir la politique migratoire, c’est très classique, explique Laurence Blisson. En l’espèce, il pourrait aussi servir à suivre, voire à empêcher les mouvements des militants politiques, puisque chacun est transformé en potentiel suspect. »

Autre mesure dont on parle moins, inscrite la semaine dernière après le passage devant la commission des lois : la possible radiation d’un fonctionnaire, « eu égard à la menace grave qu’il fait peser sur la sécurité publique » (art. 4 sexies). « Or, cette fois, étrangement, il n’est pas fait mention du terme « terrorisme » dans la rédaction de cet article… », constate Laurence Blisson. Le concept de « menace grave » étant par définition à géométrie variable, les syndicalistes de la fonction publique auraient-ils, par exemple, du souci à se faire avec le projet de loi ? « Cette disposition incarne tout ce que l’on dénonce sur le fond avec ce texte : accepter un régime dérogatoire aux procédures classiques ainsi que des mesures privatives de liberté sur la base de critères extrêmement flous », poursuit la présidente du Syndicat de la Magistrature.

« Si quelqu’un dérange, il est relativement facile d’invoquer le terrorisme »

A bien des égards, la notion de terrorisme apparaît – quand elle est mentionnée – comme un alibi, tant elle reste insuffisamment définie. Pour mieux y inclure dans son champ d’approche, les mouvements sociaux et les activistes de tout poil ? « Si quelqu’un dérange, il est relativement facile dans ce contexte d’invoquer le terrorisme… », estime ainsi Arthur Messaud. Or le précédent de l’affaire Tarnac rappelle que l’État français peut vite assimiler des mouvements de gauche et écologistes à une forme de terrorisme…

« La Cour de Cassation a tranché en considérant que Tarnac n’était pas du terrorisme, ‘en l’espèce’ précise-t-elle. Le débat est loin d’être clos », alerte Laurence Blisson. L’histoire même du terme « terrorisme » trace des contours politiques incertains, souligne de son côté Arthur Messaud : « C’est un mot qui a longtemps servi à discréditer les mouvements anarchistes en France, puis à combattre des courants politiques anticapitalistes au niveau international. »

Vers une police du comportement ?

Peu importe qu’il vise effectivement, ou non, des entreprises de nature terroriste, ce projet de loi produit un glissement fondamental dans le Droit en se fondant désormais également sur des suspicions ou des prédictions. « C’est un renversement d’un principe essentiel du droit : la preuve. En droit pénal, on juge sur des faits, pas sur des comportements. Avec ce texte, on ouvre grand la porte à une police comportementale », analyse Florian Borg.

Les défenseurs du texte feront valoir qu’il prévoit une évaluation annuelle de la loi, ainsi qu’une clause de caducité pour certaines dispositions. Les assignations à résidence et les perquisitions, notamment, ont une date de péremption fixée au 31 décembre 2020. « Mais on sait d’expérience qu’une fois que c’est rentré dans le droit, il est très difficile de faire marche arrière », tempère Bénédicte Jeannerod. Quand l’exception devient la norme, on finit par s’y habituer, en témoigne l’expérience du Patriot Act aux États-Unis, loi antiterroriste supposée temporaire devenue permanente.

« Il y a un effet cliquet, ces mesures ne disparaîtront plus de notre régime de droit, avance Laurence Blisson. Sans compter le phénomène d’accoutumance alimenté par un discours public largement contaminé au tout-sécuritaire. » Une banalisation qui a déjà frappé de plein fouet l’inconscient des principaux responsables politiques, à l’image de l’invraisemblable lapsus du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, au moment de défendre ses amendements devant la commission des lois, la semaine dernière, évoquant la « sortie de l’état de droit » pour parler de la sortie de l’état d’urgence [6]. Dans un tel contexte, le discours du Défenseur des Droits, Jacques Toubon, proactif sur la critique de l’état d’urgence et de ses dérives depuis plusieurs mois, semble tristement inaudible : « Les démocraties ne peuvent pas répondre aux barbares en allant sur leur terrain, en mettant en cause la protection des libertés. L’État de droit est et restera notre arme la plus efficace » [7].

Barnabé Binctin

Notes

[1] « De l’état d’urgence au despotisme doux », Libération, 16 juillet 2017. Tribune à lire ici

[2] A lire également, sa tribune parue sur Libération dans laquelle est dénoncé un pays « drogué à l’état d’urgence ».

[3] Voir son avis du 6 juillet 2017, consultable ici

[4] Extrait : « Il n’est donc pas possible, en principe, de déléguer à des personnes privées, des tâches inhérentes à l’exercice par l’État de ses missions de souveraineté », page 19 de l’étude d’impact, consultable ici

[5] Voir à ce sujet le communiqué de la Cimade

[6] Vidéo disponible ici

[7] Extrait d’une interview accordée au Monde, le 23 juin 2017, consultable ici

Source(s) : Bastamag.net via Marianne42

Posté par spartacus1918 à 06:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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