SPARTACUS

17 mai 2018

Marchandises, transport, capital et lutte de classes

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Brochure publiée par Echanges et mouvement en mai 2012

Avertissement

L’importance prise en France dans le mouvement contre la réforme des retraites à l’automne 2010 par le slogan « bloquons l’économie », qui visait à perturber sinon paralyser la production capitaliste en intervenant dans le procès de circulation des marchandises, a souligné l’importance prise aujourd’hui par les transports et leurs infrastructures.

L’idée de cette brochure sur les transports, domaine crucial du capitalisme, est cependant plus ancienne. Elle est née lors d’une rencontre internationale tenue à Paris au cours de l’été 2007. Des textes présentés au cours de cette rencontre et les discussions qui ont suivi avaient été revus et complétés par un camarade espagnol. Mais des discussions ultérieures avec des camarades français et des contretemps ont retardé la parution de la brochure alors envisagée, et que nous présentons maintenant remaniée, complétée, et mise à jour. Les considérations générales sur les transports, y inclus les technologies immatérielles, ou sur les marchandises restent valables, tout comme leur place dans le procès capitaliste de production-distribution et dans l’organisation structurelle actuelle du système. L’évolution de toutes ces données dans la présente crise du capital peut en modifier l’importance relative et en accélérer les mutations  ; en particulier, une partie des faits relatés se sont produits avant la crise. L’interdépendance entre tous les éléments en cause peut apporter des transformations non seulement dans l’immédiat sur des points de détail, mais aussi, à terme, dans l’organisation même du mode de production capitaliste. Le point majeur reste que son extension accroît sa vulnérabilité face à des éléments divers, dont un, principal, est la lutte de classes. 

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16 mai 2018

INFOBREF N°512- précarisation et crime du capital

INFOBREF N°512

Journaliste, un métier de plus en plus précaire

MEDIAS – La SCAM (Société civile des auteurs multimédia) publie une étude à l’occasion des Assises du journalisme de Metz...

07-11-2013-Petits boulots en extra, précarité, statuts contournés, sites à alimenter: les conditions d'exercice du métier de journaliste se dégradent, avertit la Scam (Société civile des auteurs multimédia) après une enquête auprès de 3.400 journalistes et présentée aux Assises du journalisme de Metz.

Des revenus en baisse. Près d'un journaliste sur trois déclare avoir une activité extra-journalistique pour compléter ses revenus. Des revenus d'ailleurs extrêmement disparates: 12% d'entre eux gagnent moins que le Smic, 18% entre 13.000 et 20.000 euros nets par an, 46% entre 20.000 et 40.000, 18% entre 40.000 et 60.000 et 6% au delà, selon cette étude

Des statuts divers pour réduire les charges patronales. Tendance grandissante, la diversité des statuts, car pour réduire leurs charges patronales, de plus en plus d'employeurs, surtout les nouveaux médias internet, paient les journalistes en droits d'auteur ou en factures en leur demandant de prendre un statut d'auto-entrepreneur. Ou encore, dans les télévisions, les journalistes vidéastes sont fréquemment employés comme intermittents du spectacle, ce qui permet de ne les payer qu'une partie du temps.

62% de CDI. Ainsi si 62% des répondants sont des salariés en CDI et 28% sont pigistes -- statut assimilable à un salarié ponctuel -- on compte aussi 6% d'auto-entrepreneurs, 6% de travailleurs indépendants , 6% d'auteurs et 3% d'intermittents. Un taux supérieur à 100% car 12% ont plusieurs statuts. Le phénomène se développe surtout chez les journalistes multimédias, qui sont à 30% travailleurs indépendants ou auto-entrepreneurs. Chez les réalisateurs, 48% sont intermittents. Les photographes, population la plus précaire, sont les plus nombreux à avoir de multiples statuts.

De plus en plus de journalistes sans carte. Conséquences de ce cumul: la difficulté pour les journalistes à obtenir ou conserver leur carte de presse, qui suppose au moins 50% de revenus salariés provenant d'entreprises de presse. Seule la moitié environ des journalistes sous statut d'auto-entrepreneur ou d'auteur ont une carte de presse. Nombreux sont ceux qui réclament une réforme de la carte de presse et de la Commission qui les délivre, pour tenir compte de ce problème. Actuellement on compte 37.477 journalistes encartés.

Une moindre protection sociale. Ce casse-tête administratif aboutit aussi à une moindre protection sociale. Ainsi 2,5% des journalistes interrogés n'ont aucune couverture sociale et 13% n'ont pas de mutuelle. La question se pose notamment pour les auto-entrepreneurs ou auteurs. Chez les correspondants de guerre, qui sont généralement mieux rémunérés que la moyenne, sauf les photographes et réalisateurs, 25% ne sont pas assurés, un taux qui monte à 50% chez les photographes de guerre.

Les pigistes en difficulté. Les pigistes ont de plus en plus de mal à vivre de leur travail, car le tarif au feuillet reste stable alors que les charges sociales augmentent, et les frais ne sont souvent plus pris en charge. Les pigistes ont d'ailleurs de moins en moins de place dans des journaux qui sont eux-mêmes en difficulté. 

Un «alignement sur le buzz». La multiplicité des supports créés aussi parfois de nouvelles charges de travail non rémunérées: une partie des journalistes interrogés racontent que leur employeur les fait travailler aussi pour alimenter un site en plus de leur travail quotidien et sans rémunération supplémentaire. Autre remarque, des sujets moins proches de la réalité: ils dénoncent un « alignement sur le buzz»  et une prime aux sujets « censés intéresser le public plutôt que d'essayer d'intéresser le public à tous les sujets» , ainsi qu'une confusion croissante entre communication et information.



N° 95 - Janvier 2018

 http://www.annales.org/gazette/2018/gazette2018.html#95

LES TYRANNIES DE LA LIVRAISON À DOMICILE

Marie BAUMIER et Mathilde PIERRE,

Ingénieures des mines

La logistique du dernier kilomètre est profondément bouleversée par l’explosion du e-commerce. Les livraisons à domicile se sont massivement multipliées et complexifiées entraînant l’apparition de nouveaux acteurs économiques et sociaux. Qu’ils sillonnent les villes sur leur vélo ou dans leur camionnette, les livreurs travaillent pour de grandes entreprises de livraison ou pour de nouvelles start-up. Sous-traitants, indépendants, salariés, ces ouvriers du monde moderne doivent faire face aux exigences toujours plus fortes de leurs “employeurs”, parfois au mépris de la réglementation du travail. Le consommateur bénéficie quant à lui de services de livraison toujours plus personnalisés, à un prix souvent dérisoire. Qui paie vraiment la facture ? Dans quelles conditions accepte-t-on de voir notre repas livré à notre porte ?

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Chaque année plus de morts au travail que dans les guerres

 (D'après les statistiques de l'OIT, Organisation Internationale du Travail)

 Dans le monde :

Chaque jour, 6 300 personnes meurent d’un accident du travail ou d’une maladie liée au travail - soit plus de 2,3 millions de morts par an - c'est plus que les guerres. 

Toutes les 15 secondes, un travailleur meurt d’un accident ou d’une maladie lié au travail. 

Toutes les 15 secondes, 153 travailleurs sont victimes d’un accident lié au travail.

 Dans la construction, ce sont au moins 60 000 accidents mortels par an, soit un décès toutes les 10 minutes. 

Les chantiers pour les constructions d'événements sportifs... internationaux sont particulièrement meurtriers : Qatar, plus de 700 morts. 

La plupart des 317 millions d’accidents qui se produisent chaque année entraînent des incapacités permanentes. 

Le coût humain est considérable et le coût économique atteint 4% du produit intérieur brut. 

Les Maladies Professionnelles tuent 1,7 million de personnes par an en particulier par les cancers professionnels. Elles sont 4 fois plus mortelles que les AT. 

 En France : 

En 2016 il y a eu 514 accidents du travail mortels (112 dans le bâtiment). 

Les maladies professionnelles 48 762 (reconnues) en France sont mortelles dans 382 cas. Les cancers professionnels tuent en France chaque année plus de 2000 personnes. 

L'amiante est le principal responsable avec 10 morts par jour. 

Tous les secteurs d'activité, toutes les catégories professionnelles sont touchés par les pressions au travail. 

Les organisations du travail et la course à la rentabilité financière sont responsables de cette situation. 

Elles se traduisent par des objectifs impossibles réaliser, une concurrence agressive, un manque d'effectifs et de moyens.

 Tous les secteurs d’activités sont concernés, c’est la raison pour laquelle de nombreuses luttes portent, entre autres, sur les conditions de travail. 

C’est vrai à l’Hôpital, les finances, dans le secteur de l’Aide à Domicile, le bâtiment, la métallurgie, l’industrie Agroalimentaire pour ne prendre que ces exemples.

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 L' article ci dessous à le mérite de révéler plus en détail les fondements de la loi travail, qui à légiférée en faveur d'un droit à la personne qui supplanterait les droits du salariat. En définitive la « sécurité sociale professionnelle » défendue par la CGT, comme adaptation réformiste à la précarisation des contrat de travail, via « l'auto-entrepreneur de soi », l' article ne s' oppose à cela que pour nous dire qu'il « n’affirme aucun droit de la personne à proprement parler. ». Pour eux il faut « un droit au salaire déconnecté de l’emploi » « La version la plus aboutie d’un tel projet de déconnexion du salaire et de l’emploi serait l’attribution d’un salaire à vie comme un droit civique. ». Voilà comment on enjolive le capitalisme, en laissant croire qu'il va nous entretenir au lieu de se faire entretenir par nous, il est bien évident qu'une telle revendication nécessite la suppression du capitalisme. NDLR

 

Contribution sur le Compte Personnel d'Activité pour France Stratégie: Pour un droit à la carrière attaché à la personne

octobre 15, 2015 admin Les documents de travail, Slider

Par Aurélien CASTA, Maël DIF-PRADALIER, Bernard FRIOT, Jean-Pascal HIGELE et Claire VIVES

Contribution à télécharger ici

Qu’il s’agisse du compte personnel de formation, du compte pénibilité, des droits rechargeables à l’assurance chômage ou du compte épargne temps, que doit regrouper le futur « compte personnel d’activité », ces droits créés dans l’optique d’une sécurisation des parcours professionnels reposent sur une logique de contributivité et d’activation et sont, aussi bien pour leur accumulation que pour leur consommation, subordonnés à la contrainte du marché du travail et de ceux qui en portent les exigences (employeurs, intermédiaires de l’emploi, pouvoirs publics). Notre contribution montre que la sécurisation des parcours professionnels ne fait que déplacer le support des droits salariaux du support de l’emploi-poste de travail à celui de l’emploi-parcours sur le marché du travail, mais n’affirme aucun droit de la personne à proprement parler. L’enjeu de cette mutation de la nature des droits n’est pas d’émanciper les travailleurs mais de leur permettre de répondre aux nouvelles exigences des employeurs sur le marché du travail par la mise en œuvre de ce qu’on pourrait qualifier de droits à l’employabilité.

Mettre en question le saut qualitatif quant au support des droits que porte la sécurisation des parcours professionnels n’est pas du tout s’inscrire dans la nostalgie de l’emploi-poste, dans lequel les droits salariaux sont mis sous la dépendance de l’employeur qui peut à tout moment rompre le contrat de travail (moyennant le respect de quelques règles du Code du travail).

Nous proposons au contraire de faire aboutir l’ambition d’attacher des droits à la personne en nous appuyant sur l’expérience de la Sécurité sociale afin d’en poursuivre la logique pour inventer un véritable droit salarial à la carrière. La logique de la sécurité sociale est d’attacher aux personnes non pas un capital de droits liés à l’emploi mais un droit au salaire déconnecté de l’emploi – déconnexion également au fondement du statut de la fonction publique. C’est à cette déconnexion que les réformes de la protection sociale s’attaquent en imposant une logique contributive, visant à lier toujours plus cotisations passées et niveau de prestation. Cette déconnexion du salaire et de l’emploi, parce qu’elle est émancipatrice des contraintes du marché du travail, est la condition nécessaire d’un droit à carrière maîtrisée par les individus. Elle permet le maintien du salaire quelles que soient les discontinuités des parcours et la mobilisation par le salarié de ses droits à la formation continue, à l’accompagnement, à la conversion indépendamment des contraintes des employeurs.

Garantir véritablement l’effectivité et la portée d’un droit à la carrière attaché à la personne nécessite également d’en assurer le financement sur une base interprofessionnelle au moyen d’une cotisation sociale à taux unique et d’en confier tant la collecte que la gestion à une caisse interprofessionnelle. Créer des droits attachés à la personne (qu’elle soit ou non en emploi) et dont la portée se veut effectivement opposable à toutes les entreprises, nécessite de créer dans le même temps les institutions interprofessionnelles qui les incarneront.

Cela impliquera une transformation du rôle du pôle public de l’emploi. Aujourd’hui tourné vers l’employabilité sur le marché du travail, il aurait pour mission, dans une approche où le travail n’est plus réduit à une marchandise, le soutien des personnes dans le passage des épreuves de qualification, dans la progression plus rapide en qualification en cas de pénibilité, dans l’usage des congés sabbatiques, dans l’accès à des ressources spécifiques pour faire face aux dépenses supplémentaires liées à un déménagement, à un changement d’emploi ou d’activité.

La version la plus aboutie d’un tel projet de déconnexion du salaire et de l’emploi serait l’attribution d’un salaire à vie comme un droit civique. Mais il est possible d’imaginer des modalités intermédiaires – nombre de jours de formation par an sur le modèle des congés payés ; bilan sur les besoins en formation avec un tiers indépendant ; salaire étudiant pendant la durée des études en remplacement des aides et bourses existantes, etc. – qui au lieu de nous soumettre aux exigences des employeurs, permettraient de nous en émanciper.

 



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22 avril 2018

INFOBREF N°511-Autoentrepreneurs et économie collaborative contre salariat- Un cheminot brûlé au visage-CRIME DU CAPITAL

 

INFOBREF N°511


La justice de classe

 Le procès de "la chemise déchirée" à Air France en appel

On se souvient tous de ce moment historique de la colère des travailleurs d'Air France en 2015 (voir notre article "Air France : la révolte des "ressources humaines""). L'humiliation publique et médiatique d'un DRH, un de ces bourgeois d'un grand monopole qui met en œuvre les plans de restructuration capitalistes, sans état d'âme (on en a encore vu un fameux exemplaire à la dernière émission d'Envoyé Spécial, "L'exécuteur" on l'appelait...). Et tant pis pour les futurs chômeurs, pour toutes les conséquences sociales et familiales de ces suppressions d'emploi.

Nous avons applaudi, nous avons vibré de colère avec nos camarades d'Air France, nos représentants ce jour là contre l'exploitation, la barbarie capitaliste, la guerre économique  mondialisée.

Le problème, c'est que la répression est tombée, et que nous n'avons pas réussi à défendre les otages pris par la direction d'Air France. Cinq camarades choisis comme symboles, tous de la CGT (probablement un hasard...), surtout des ouvriers. Cinq licenciements, cinq condamnations à de la prison avec sursis.

Lundi commence le procès en appel devant la Cour d'Appel de Paris. Nous reproduisons ci-dessous le tract d'appel à la solidarité des camarades d'Air France, pour être nombreux aux côtés des camarades lors des audiences.

Comme le dit le tract : "Le pouvoir n’aime pas les salariés qui se rebellent. Il est prêt à broyer des vies humaines pour asseoir son autorité et dissuader l’ensemble des salarié(e)s du pays de se soulever contre des agressions sociales de plus en plus violentes." C'est vrai des camarades d'Air France, ce sera vrai ensuite de Goodyear, des militants contre la loi Travail (des centaines de condamnations dans toute la France), c'est vrai des familles et soutiens qui résistent en banlieue contre les violences policières et le racisme d'Etat.

Lundi, c'est à nouveau un symbole qui se retrouve au Tribunal. Lundi, nous serons là, non seulement pour manifester notre solidarité et notre affection aux camarades, mais pour montrer que nous partageons le même combat contre la barbarie capitaliste !

Autoentrepreneurs et économie collaborative contre salariat l' exemple des correcteurs.

Courant alternatif N°277 février 2018

 Dans un article «L'édition mérite correction ! » Elisario l' auteur du texte, met en avant le combat du collectif des correcteurs précaires ; qui lutte depuis deux ans.

Si en règle générale les correcteurs sont plutôt des correctrices, l' auteur nous invite à partager le long chemin qui va les amener à faire partie des emplois précaires. Il nous montre comment des travailleurs autrefois sous statut de salariés CDI plein temps, travaillant chez l' éditeur vont se retrouver progressivement en statut de TAD travailleurs à domicile, sous la convention collective des travailleurs à domicile. Ce travail chez soi, bien que pratique pour certains est maintenant encadré par la loi, loi sur le télétravail

Par cette loi le gouvernement vise à encourager le télétravail et ses conséquences négatives pour le salariat. L' article de Elisario est d'autant plus intéressant qu'il montre comment on glisse du statut de salarié plein temps, au salarié à la tâche, pour finalement se trouver réduit à devenir un contractant, c' est à dire un auto-entrepreneur de soi, avec tous les affres de ce genre d'emploi.

 

Première offensive. Dès 1980, les lecteurs-correcteurs qui travaillaient dans les locaux des éditeurs avec un statut de cadre mensualisé ne vont plus jouir de « cette faveur » et se trouver aux prises de la concurrence capitaliste. Les éditeurs ne veulent plus payer des mètres carrés parisiens devenus trop chers. L'internet plus le télétravail arrivent à point pour précariser l' emploi des correcteurs, pour eux c' est le retour au travail à la tâche et le boulot à domicile avec un salaire en baisse. Pour les éditeurs c' est une économie sur le capital constant, plus de locaux, plus de chauffage, plus de...Tout retombe sur le salarié ( il est encore salarié) mais un salarié sur le modèle anglais du zéro heure, un CDI certes, mais en heures annuelles.

 Deuxième offensive ; Elle émerge au milieu des années 2000

avec la mise sur le marché de l'emploi des « auto-entrepreneurs de soi », le début de ce qui va porter le nom d' ubérisation. Ceux qui sont encore sous le régime d'un salariat bidon, commence à sentir le sol se dérober sous leurs pieds, des concurrents comme d'anciens professeurs de français en retraite et des étudiants en lettres viennent concurrencer ce salariat précarisé.

Là où un salarié coûtait plus de 2500 € par mois pour une rémunération nette de 1500€, le contractant autoentrepreneur ne va coûter que 1500 € indique l'auteur de l'article. Il est vrai que les taux de cotisations sociales de l'auto-entrepreneur sont nettement plus faible que celui du salariat et tendent à la baisse. En 2018, les taux repartent à la baisse du fait du transfert d' une partie des cotisations sociales sur la CSG. Ce sont les retraités qui par le prélèvement de 1,7% de CSG, soit 22,6 milliards d' euros vont assumer la promotion de l' entrepreneuriat et la baisse des charges patronales du privé.

 Toute la profession des correcteurs est menacée par l' auto-entrepreneuriat

 Nous voyons ici comment une profession se délite sous l' effet des nouvelles technologies. Le cas des correcteurs et correctrices n' est pas isolés d' autres secteurs vont subir la même trajectoire, celle ou la frontière de l' entreprise devient poreuse et pénètre dans ce que les anciens appelaient la vie privée. Récemment une émission de télé, nous montrait une entreprise de bus belges qui misait sur le travail pendant le temps de transport, on avait déjà constaté ce fait dans les TGV.

Mais la numérisation crée des emplois, des emplois comme par exemple les « micro travailleurs » du numérique. Ils et elles accomplissent de petites tâches digitales et numériques : classer des photos, analyser des images pour les algorithmes, traduire un petit texte... Payés au clic ou à la tâche, ils sont les petites mains d'une économie numérique en plein essor. Ces micro tâcherons sont plus de 90 millions dans le monde, un prolétariat précaire en pleine expansion.

 

Répression des grévistes. Un cheminot brûlé au visage par les lacrymos témoigne

Lors de la manifestation unitaire du 3 avril, regroupant les secteurs de la SNCF, des postiers, de l'aérien, du social et de la santé, épaulés par la venue de cortèges étudiants de plusieurs facs parisiennes, S., cheminot au technicentre du Landy à Saint Denis, a été visé à bout portant par un gel lacrymogène des forces de l'ordre alors que celles-ci bloquaient la manifestation. Ce gel, qui se colle à la peau, lui a causé des brûlures au 2ème degré sur le visage, les oreilles et le cou, ainsi qu'un œdème à l’œil gauche. Nous relayons son témoignage.

jeudi 12 avril Révolution Permanente

« Dans l’après-midi du 3 avril en manif avec mes amis cheminots, celle-ci suivait son cours quand à un moment un de mes amis m’a dit ’Grand ça bloque devant, on pourra pas aller jusqu à Saint-Laz’. Moi je me suis dit ’comment ça on peut pas aller jusqu’à Saint-Laz faire les prise de paroles, cheminots, PTT, étudiants et salariés en général ?’ Je me suis avancé gentiment devant le cordon de CRS, leur expliquant que la gare saint Lazare n’était pas loin et que je m’opposais à la façon de faire des CRS parce que la convergence et le tracé de la manif devait suivre son cours.

À ce moment là, il y a eu un mouvement de foule dans la manif mais sans aucune animosité ni violence. Et là, alors que les policiers étaient aux abois je me suis fait gazer à bout portant parce qu’à mon avis trop de détermination cheminote a dépassé les forces de la république et de l’ordre en France. Je me suis retrouvé cramé à l’image de Macron en figurine à Nantes, dans l’indifférence la plus totale si ce n’est celle de mes collègues et de ma femme qui n’ont pas compris. Ma femme m’a même dit ’tu es virulent, déterminé, mais tu ne mérites pas ça’.

Aujourd’hui après 5 jours, je ressemble encore à un extra-terrestre aux yeux de mes enfants. Je sais que cette déformation maxillo-faciale passera, mais ça ne devrait arriver à aucun manifestant défendant ses droits face à un patronat et un gouvernement de plus en plus déterminés à casser du salarié sous les ordre de Jupiter. »

CRIME DU CAPITAL

Air France: sous pression, une employée se suicide

Une enquête de l’inspection du travail vient d’être ouverte autour du suicide d’une employée d’Air France à l’escale de Nice, dans la nuit du 19 mars dernier. Dans la note qu’elle a laissée à sa famille, celle-ci mettait en cause ses conditions de travail.

Iris Serant vendredi 13 avril REVOLUTION PERMANENTE

Crédits photo : Gonzalo Fuentes / Reuters

On apprend un nouveau suicide chez Air France, celui d’une employée de 53 ans travaillant depuis plus de 30 ans pour le groupe. Elle avait déjà tenté de se suicider il y a trois ans de cela.

D’après la famille de la victime, celle-ci a laissé « des notes dans lesquelles elle parle de ce qu’elle a subi au travail ». Et ce n’est pas la première fois qu’Air France est mis sur le devant de la scène pour des événements aussi funestes.

Déjà plusieurs cas de suicides ont été mis en lien avec les méthodes managériales d’Air France que la compagnie tente de mettre sous le tapis, des techniques de management qui mettent toujours plus de pression aux employés. Et lorsque que la colère légitime des travailleurs explose face aux licenciements massifs qui les attendent et qu’une chemise est déchirée, cela finit par de la prison pour ces salariés.

La direction du groupe tente de décrédibiliser la mobilisation en cours à Air France en fustigeant la revendication d’augmentation des salaires, tout en passant sous silence celle concernant les améliorations des conditions de travail, alors même que l’urgence pour les salariés est criante.

Depuis deux mois les travailleurs d’Air France font connaître leur colère et se mobilisent, le mouvement de grève devant être reconduit les 17, 18, 23 et 24 avril. Alors que la contestation se durcit, la direction a de suite tenté de faire bonne figure en transmettant à l’AFP un message de condoléance où elle assure avoir mis en place un dispositif d’accompagnement psychologique pour les autres employées et qu’elle apporterait « son plein concours au déroulement de l’enquête ».

Quand nos conditions de travail dépendent du bon vouloir de patrons qui ne cherchent qu’à faire du profit sur notre dos, rien de bon ne peut nous attendre.

 



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19 avril 2018

Les GAFA et la loi de la valeur

 

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Les GAFA et la loi de la valeur

 Nous sommes d' accord pour dire que les GAFA ne créent pas de valeur tant qu'ils se positionnent comme une médiation qui n' a pas plus d' importance que la publicité. Encore que cette médiation est bien particulière du simple fait que sa ramification pénètre partout1 pour prélever de l'information en temps réel, dont les GAFA font ensuite commerce. Nous pouvons dire que l'informatisation de la société est l' infrastructure sur laquelle se greffe celle des GAFA; que cet ensemble forme « la nouvelle économie ».

Il en résulte que les GAFA se présentent, comme les nouveaux donneurs d' ordre du capital , ils s'apparentent en cela au capital financier qu'ils semblent menacer du simple fait de leur capacité à accumuler de l' argent très rapidement. Cette masse d' argent, si elle reste en jachère va tendre à se dévaloriser, ce n' est certes pas l'objectif des GAFA, et nous verrons que le trésor de la nouvelle économie ne tardera pas à s'insérer dans le capitalisme historique et à en changer la donne. Il faut entendre par donne la capacité des GAFA à devenir des donneurs d'ordre, des gestionnaires en amont du capital productif de plus-value. L'argent accumulé des GAFA devra inévitablement être investi pour ne pas se dévaloriser, c'est ce qu'ils font, pour élargir et asseoir un peu plus leur situation monopolistique. En mai 2016, Apple annonçait vouloir investir 911 millions d' euros dans l' industrie de pointe sur les 228 milliards d' euros2 de liquidités dont il dispose.

 La tendance inverse va aussi se manifester et se manifeste déjà, des entreprises du secteurs industriel, passent des accords et des partenariats avec des start up afin d' éviter de perdre le contrôle de leur industrie. Waymo, la filiale de Google veut lancer une flotte de véhicule sans chauffeur par une commande de milliers de Chrysler Pacifica au groupe Fiat, Chrysler. de même entre Volvo et uber. Le numéro un mondial de l'ameublement Ikea va racheter la startup américaine TaskRabbit, qui permet de trouver dans son quartier un bricoleur amateur pour monter une étagère ou repeindre un mur. L' avionneur Boeing voulait s' associer avec un Gafa pour développer un satellite relayant l' internet haut débit, l' objectif étant de couvrir au moindre coût, les 70% du globe non couvert par le réseau à ce jour. D' autres comme SpaceX ou OneWeb, propose de déployer 4000 petits satellites en orbite basse. Au final Google c' est payé le fabricant de drones solaires Titan Aerospace3. Facebook, ne voulant pas rester sur la touche envisageait racheter un spécialiste des drônes Tech Crunch. Nous voyons que la «  silicolonisation de la planète est en marche » comme une force de destruction/créatrice, qui sous des aspects « humanitaires » se présente au niveau politique comme une superstructure étatique mondiale, un trou noir absorbant et réifiant des pans entiers de l' économie mondiale.

 La dite tertiairisation de l' industrie

 Il y a un rapport fort intéressant4 qui parle de la tertiairisation de l'industrie, du fait justement que ces nouveaux donneurs d' ordre des services prennent le contrôle de la gestion des secteurs productifs et se comportent comme le capital usuraire en captant de la rente énorme pour un capital constant dérisoire, tout en s' appuyant sur ce qui s' appelle l' économie collaborative.

« Si les Gafa peuvent fournir du service universel, elles prélèvent des rentes massives et sans impôts. C’est un vrai problème pour l’ensemble des États où elles développent leurs activités. » (Les nouveaux rapports industrie/services à l’ère du numérique P26)

 Nous retrouvons cette angoisse du capital historique dans de nombreux rapports. Le capital financier lui même s' en trouve affecté et cherche une porte de sortie. En effet le capitalisme qui extrait de la valeur (plus-value) se trouve en difficulté : d'une part par la loi qui le pousse constamment à innover (plus de productivité) pour compenser la baisse du taux de profit par la masse de profit. Pour y parvenir, il est contraint de passer sous le fourches caudines du capital de prêt (manque permanent de liquidités) pour combattre et écraser les concurrents. Le capital de prêt est borgne, il ne voit que l' argent qui doit rapporter de l' argent selon la formule ( A-A'). Les nouveaux venus dans l' arène du capital sont de la même espèce, et il ne pourra pas y avoir plusieurs sangsues sur un corps déjà intrinsèquement malade. Par intrinsèquement malade il faut entendre par la que le capital est son propre ennemi, parce qu'il doit constamment éliminer des forces de travail vivantes qui le font vivre. En somme sa destinée et d' éliminer le plus de force de travail pour rester sur le marché tout en sachant qu'il scie la branche sur laquelle il est assis.

 « La véritable barrière de la production capitaliste, c'est le capital lui-même » (Marx, Capital, Livre III, La Pléiade, T.2, P. 1031-1032)

 Actuellement on nous reparle de la fin du salariat, comme le socle de la « nouvelle économie » et les états adoptent des lois allant dans ce sens. Ils réduisent à néant les acquis sociaux et ruinent toutes les espérances de la sociale démocratie,des partis socialistes et leur credo de réformes devant mener au socialisme intégral, d' ou la grande débandade de ces partis et avec eux de la démocratie parlementaire et du syndicalisme. Les GAFA ne pourront survivre qu'en se coulant et modifiant les superstructures du capitalisme historique, ils vont s'attaquer à cette tâche en fusionnant leurs services avec l'industrie, c'est- à- dire en les incorporant au tissu industriel.

 Le rôle rationalisateur des GAFA.

 De par la situation qu'ils occupent dans l' économie capitaliste,les GAFA agissent en ce moment principalement dans la sphère de circulation du capital y compris la logistique. S' appuyant sur les technologies de l'information et de la communication (TIC)6 qui ont amplement brisé les frontières ou les salariés laissaient leur exploitation à la porte de l' entreprise. Avec les TIC le salarié est joignable partout et travaille partout.7 Les GAFA vont amplement utiliser les TIC et même comme Apple devenir un fabricant de smartphones de plus en plus perfectionnés. Les possibilités de communications et d'informations sont immédiatement mondialisées et analysées par ceux qui tiennent pour le moment les manettes des algorithmes.

 Certains à juste titre contestent que les GAFA soient un bloc unique, ce qui nous intéressent ici ce n' est pas ce qui les distinguent mais ce qu'ils ont en commun. Les GAFA ont en commun de faire partie de la sphère de circulation du capital sur laquelle ils interviennent en cherchant à réduire le temps de circulation aussi bien des marchandises que des service en utilisant l'infrastructure de l'internet qu'ils veulent contrôler à l'échelle globale et mondiale.

 Si nous prenons les GAFA dans leur statique, ils font partie de la sphère de circulation du capital, seulement le capital est capital circulant, c'est son mouvement d' ensemble qui lui permet de se valoriser. A ce niveau de réflexion il nous importe peu de savoir si les GAFA son créateur de valeur puisque le problème fondamental pour valoriser le capital c'est son mouvement global, mouvement qui finalement permet de réaliser la plus-value par la vente des marchandises. Les GAFA et tout ce qui caractérise la nouvelle économie, sont entrés dans ce mouvement global comme élément rationalisateur de cette circulation du capital. Marx explique clairement les conséquences d'une non fluidité des deux grandes sections.

 «  Aussi longtemps qu'il reste dans l'une de ces phases et qu'elle n' est pas fluide-or chacune d' elles a sa durée propre-, il ne circule pas, il est fixé. Aussi longtemps qu'il demeure dans le procès de production, il n' est pas en mesure de circuler, c'est à dire qu'il est virtuellement dévalorisé.

Aussi longtemps qu'il demeure dans la circulation, il n'est pas en mesure de produire ni de créer de la plus-value ; il ne progresse donc pas en tant que capital. Tant qu'il ne peut être jeté sur le marché, il est figé sous la forme de produit ; tant qu'il demeure sur le marché, il est immobilisé sous la forme des marchandises » (grundrisses 3 chapitre du capital ed. 10/18,p. p. 197 )

 Les GAFA et toute l' infrastructure informatique sur laquelle ils s'appuient apparaissent comme le diable et le bon Dieu pour le capitalisme historique et ses États, comme une destruction créatrice dangereuse pour de nombreux secteurs économiques.

 La destruction créatrice des GAFA

 Visiblement les GAFA américains, ont un effet destructeur qui inquiète : les États, le capital financier, le commerce et l' industrie . Les États y voient un pompage illégal de leurs recettes fiscales, les banques et les assurances une décomposition de leur métier et l'industrie une captation en amont de leurs compétences . Quant au salariat il attends les dégâts de la machinerie numérique et la précarisation de son statut, voir sa transformation en auto-entrepreneur de soi.

 Quelques exemples non limitatifs, démontrent cette tension au sein du capital.

 Le capital financier aux prises avec la concurrence conjuguée des fintech8 et des géants du web

 « L’on pensait que l’arrivée des fintechs dans la finance sonnait le glas des grandes banques. Pourtant force est de constater que malgré le bouleversement qu’elles ont produit en apportant une réelle innovation dans un domaine vieux comme le monde, elles sont encore loin d’accumuler d’énormes parts de marché. Non, le vrai danger vient des grandes entreprises du web comme Amazon, Facebook et Google. Pour quelles raisons ? Pour l’heure, les entreprises financières à l’instar des assureurs et des banques de Wall Street s’appuient sur ces géants de la technologie pour leurs compétences stratégiques sensibles, a expliqué Jesse McWaters, auteur principal de l’étude WEF. »

En apparence il y aurait une contradiction entre le secteur financier et les géants du web, mais comme ceux-ci participent à la rationalisation du secteur tertiaire c' est-à-dire celui du procès de circulation du capital les banques et tout le secteur financier les utiliseront « pour leurs compétences stratégiques » Il faudra simplement qu'ils s' accordent entre eux sur le partage des profits.

En ce qui concerne le salariat du secteur financier, il est « dans le couloir de la mort » condamné par le développement des nouvelles technologies, leur avenir est de devenir des micro travailleurs ou micro tâcherons de «l' économie numérique » ils sont près de 90 millions dans le monde. En 2017 les licenciements et fermetures d'agences bancaires ont été particulièrement nombreux.

La médiation des GAFA peut-elle durée dans le temps?

Poser cette question c'est chercher à y répondre, la bourgeoisie puise tout son dynamisme dans la valeur d'échange ( l'argent) qui la fait apparaître comme une médiation entre les extrêmes que sont la valeur d'usage et la valeur d' échange. Ce faisant elle se présente comme la synthèse de tous les contraires, pareil au christ dans la sphère religieuse, qui se présentait comme le médiateur entre Dieu et les hommes, prenant ainsi plus d'importance que Dieu lui-même. L'argent est donc la médiation universelle et à ce titre devient lui aussi le Dieu sur terre, pour finir par s'autonomiser en capital financier. La valeur d' échange opère toujours comme intermédiaire. Aussi l'argent dans la circulation simple du capital est il l'intermédiaire entre la production et la circulation.

Comme le temps de circulation représente une limitation de la productivité du travail et augmente le temps de travail nécessaire, il diminue l'extraction de la plus-value9. Ces faux frais du capital sont une véritable barrière à l' autovalorisation du capital, barrière que les GAFA contribuent faire tomber. Comme nous l' avons déjà dit, tant que les GAFA agissent dans la sphère de circulation, ils ne sont aucunement créateur de plus-value, tout au plus ils contribuent à réduire les faux frais du capital dans cette sphère.

Les débats sur ce que nous pouvons appeler la nouvelle économie sont encore loin de se terminer, il faudra y revenir sur de nombreux aspects et plus particulièrement dans nos prochains articles sur les conséquences pour le salariat et le monde du travail en général .

Gérard.Bad Avril 2018

NOTES

1Aujourd'hui, les Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon) inondent les marchés, presque dans tous les secteurs. Et là où ils passent, tout semble trépasser. Pour cause, Carrefour et Publicis ont, par exemple, enregistré les plus grandes baisses du CAC 40 pour cette année. Les Gafa mènent la vie dure à ces entreprises dites "traditionnelles". Comment expliquer ce bouleversement ? Comment appréhender cette nouvelle tendance ?

 2-La dette publique trimestrielle de la France, mesurée selon les critères de Maastricht, s'établit à 2226,1 milliards d'euros au troisième trimestre 2017

3-Les drones de Titan fonctionnent à l'énergie solaire et sont capables de se maintenir pendant cinq ans à une vingtaine de kilomètres d'altitude. Ils peuvent remplir la plupart des tâches confiées à des satellites géostationnaires, mais sont moins coûteux. Google a déjà effectué des tests dans le passé pour un projet baptisé "Loon", où des montgolfières servent de relais pour apporter internet dans des régions en étant dépourvues.

 4 « Les nouveaux rapports industrie/services à l’ère du numérique » Mme Marie-José Kotlicki Octobre 2015

 5Loi travail en France, et les ordonnances Macron

6 Un exemple caractéristique de cette pénétration c' est l'utilisation dans certains pays d' Afrique de l' unité téléphonique comme monnaie d' échange M PESA

 7En France, dans le TGV certains travaillent pendant leur temps de trajet, d' autres chez eux, d' autres en télé travail

 8 Le nom FinTech, c’est la contraction de « finance» et « technologie ».Il désigne toutes les entreprises, souvent des start-ups dont l’activité se situe dans le monde de la finance, de la banque ou de l’assurance. Alors voilà, aujourd’hui on entend de plus en plus parler de ces entreprises de la FinTech,

 9«  le procès de production total du capital embrasse,à la fois, le procès de circulation et le procès de production. Ces deux grandes sections représentent l' ensemble de son procès, d'un coté, nous avons le temps de travail, de l' autre le temps de circulation » (grundrisses 3 chapitre du capital ed. 10/18,p.195. Le capital ayant comme but permanent de réduire l' un et l' autre, c' est finalement ce que les GAFA pratiquent .

 



Voir aussi

L'OST: Réflexions sur les nouvelles technologies et le salariat.

Les bouleversements internes du capital: quelques exemples non limitatifs

La place des GAFA dans l' économie capitaliste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 avril 2018

EN FRANCE LES MINEURS RÉSISTERONT COURAGEUSEMENT AU DÉMANTÈLEMENT DES HOUILLÈRES.

4-EN FRANCE LES MINEURS RÉSISTERONT COURAGEUSEMENT AU DÉMANTÈLEMENT DES HOUILLÈRES.

 

La seconde guerre mondiale à peine terminée en EUROPE, que déjà la puissance occidentale victorieuse, va s'ouvrir des marchés pour sa production de masse. A la sortie de la guerre le lobby des Rockefellers est suffisamment puissant pour s'imposer en Europe occidentale et y faire régner l' ordre pétrolier et la monnaie qui va l' accompagner : le dollar comme monnaie universelle. C 'est par le truchement du plan Marshall ou plus exactement le programme de rétablissement européen (PRE) que va s'imposer l'ordre pétrolier mondial, ce plan fut même proposé à l'union soviétique qui le refusa.

 « Les Etats Unis financèrent des actions pour modifier le système énergétique européen, largement bati sur le charbon,en le rendant de plus en plus dépendant du pétrole » Timothy p.40)

 «  Le PRE contribua a financer la construction de raffinerie pétrolière et l'installation de chaudiéres industrielles alimentées au pétrole, mettant ainsi en place l' infrastructure nécessaire à la conversion du charbon au pétrole »Timothy p.40/41)

 

« Les budgets en dollars du PRE on donc aussi été utilisés pour payer les achats européens de pétrole-cet arrangement consolidait le rôle du dollar comme fondement du système financier mondial,lequel était bâti sur la nécessité d'utiliser le dollar pour acheter du pétrole . »Timothy p.41/42)

 

Dans son livre TM explique bien comment l' ère du pétrole va détrôner l' ère du charbon et réduire la puissance de la lutte de classe des mineurs sur l' économie capitaliste.

 

Alors qu' en France le PCF avec Maurice Thorez à sa tête exhortent les mineurs à « retrousser leurs manches » pour le redressement de la France, une répression sanglante va s' abattre sur eux en 1948. Bien que théoriquement l' ère du charbon touche à sa fin , la France charbonnière est a ce moment indispensable pour faire fonctionner l'industrie, les chemins de fer, le chauffage urbain.

 En 1957, la consommation d’énergie en millions de tonnes équivalent charbon (t.e.c ) est de 81.4 pour le charbon, et de 31.7 pour le pétrole. Dix ans plus tard, en 1967, elle est de 63.8 pour le charbon et de 92.6 pour le pétrole. Le pétrole commence a supplanter la matière fossile, en un laps de temps très court, entre 1962 et 1964. Dans le même temps la production de charbon diminue en France, passant de 60.3 millions de t.e.c en 1958 à 50.5 en 1963 Le déclin du charbon est inévitable, est d' autant plus rapide que la France est au bord de la faillite et dépend au mois le mois de l' aide américaine.

C' est dans ce contexte que va éclater la grève des mineurs en Janvier 1963. Le pouvoir gaulliste en place est parfaitement conscient que les mineurs ne vont pas se laisser liquider sans passer à l' action , ils en ont encore les moyens et la détermination,

Pour briser la grève, G.Pompidou alors premier ministre va utiliser le vieux stratagème de la grève manipulée par Moscou, du déjà vu lors de la grève de 1926 en Grande-Bretagne. Seulement la grève générale est déclenchée par le syndicat chrétien de la CFTC. Bien entendu la CGT ne va pas rester passive et va essayer de prendre le contrôle du mouvement.

A la mi février, des signes de paralysie de l' économie commencent à se manifester, l' hiver 1963 est particulièrement rigoureux. A ce moment la grève n' est plus dans le cadre classique de la grève syndicale . Le pouvoir en place va réagir, le ministre de l'industrie de l' époque décide comme pour la grève SNCF de 1962 de procéder a la réquisition des mineurs pour les contraindre à produire (version française du STO)

L'histoire industrielle des houillères avait commencé en France en 1720, elle s’achèvera après la liquidation des houillères du Nord-Pas -de-Calais en 1990 et celles du centre -midi en 2003. Ainsi le fer de lance du prolétariat industriel , qui totalisait 360 000 mineurs au plus haut de leur progression va se retrouver réduit à l'impuissance par :

La concurrence du pétrole, du Gaz, du nucléaire et des mines à ciel ouvert d' Australie, d' Afrique du Sud, de Chine et d' une main d’œuvre à bas prix,

5-conclusion

Dans ce texte j' ai essayer de faire ressortir les conditions dans lesquelles allaient se dérouler la grande saga des mineurs du charbons, de montrer la haine implacable de la classe bourgeoise, qu' elle soit fasciste, républicaine,social démocrate, à l' encontre des mineurs dés qu'ils redressaient la tête. Certains peuvent se dire que le mouvement ouvrier accumule toute une séries de défaites, pour finir par disparaître sous le poids de la concurrence capitaliste. Cette concurrence, la aussi nous pouvons le vérifier au travers du temps, est sans cesse remise en cause par les luttes, luttes dont la bourgeoisie voudrait se débarrasser par le dialogue social et par l'usage des nouvelles technologies.

A lire le texte, ci dessus on se demande si la classe ouvrière n' a pas laissé passer la révolution dont les mineurs du charbon étaient l' avant garde mondiale dans les années 1917-1920. Nous avons pu aussi nous rendre compte comment les guerres servaient à placer le prolétariat dans des dichotomies bourgeoises, une des grande spécialités de la démocratie et de sont désir médiatique de purifier l' état de ses tendances réactionnaires, fasciste, monarchiste...et pour le capitalisme d' état « communiste »,une spécialité du nationalisme de « gauche anti- impérialiste ».

Au travers des luttes des mineurs, il ressort clairement que tout dépassement du « droit bourgeois » est systématiquement réprimé, pas seulement sur l' instant, mais dans le temps, l' exemple en France de la grève de 1948 et de pratiquement toutes les autres. Ce n' est certes pas le cas pour tous les repris de justice, criminels... que l' on utilise contre les grévistes ou qui sont libérer de prisons pour faire de la place aux grévistes.

Nous venons de voir comment l' ère du charbon de la vieille Europe est devenu obsolète face au pétrole , au Gaz et à des conditions d' exploitation meilleure marché. Alors que l' ère du pétrole commençait à émerger, nous avons assisté à la liquidation de l'industrie charbonnière et de la puissance de la triade ( mines, dockers, cheminots). Le mouvement ouvrier entre 1894 et 1985 fut d' autant plus puissant que ceux-ci n' avaient plus rien à perdre, l'outil de travail il le sabotait . Ce faisant le nouveau mouvement ouvrier son autonomie ne fut en réalité qu'une lutte de classe désespérée qui marquera effectivement la fin du vieux mouvement ouvrier, et celui du nouveau, l' ére du pétrole proposait déjà ses services au monde industriel. La puissance de la triade allait se déliter progressivement, plus de mineurs, plus de dockers, il ne reste plus que les cheminots dont le statut est actuellement remis en cause en Europe.

 Nous avons en fait assisté, à un déplacement géographique des zones d' exploitation, en fonction des profits et des législations peu regardante sur la sécurité des mineurs. Le coût de l' énergie a toujours été un avantage comparatif et l' exploitation de la houille dépend de ce coût. Si les cours du pétrole et du gaz flambent, l' extraction du charbon redeviendra rentable, même dans la vieille Europe, mais elle ne pourra plus générer un mouvement ouvrier où la force de travail était indispensable au capital , bien qu' elle reste essentielle pour son accumulation élargie. La machinerie terme recoupant toutes les nouvelles technologies et découvertes, concurrence avantageusement la force de travail humaine, la laissant en masse sur le carreau comme surnuméraire.

 "Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
Antoine de Saint-Just - 1767-1794 - Rapport à la Convention, 3 mars 1794

 

Gérard Bad 2015

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16 avril 2018

GRANDE BRETAGNE-CAPITAL NATIONAL ET CAPITAL INTERNATIONAL LA GRÈVE DE 1984/1985

3-GRANDE BRETAGNE-CAPITAL NATIONAL ET CAPITAL INTERNATIONAL LA GRÈVE DE 1984/1985

 Cette longue gréve des mineurs de Grande Bretagne est décrite en détail dans le livre d'Henri Simon (« To the bitter end » GREVEDES MINEURS EN GRANDE-BRETAGNE MARS 1984 MARS 1985) édition Acratie, auquel j’empreinte la plupart des informations, tout d' abord le contexte dans lequel va se dérouler une véritable guerre civile entre la bourgeoisie minière,Thatcher et les mineurs. Ensuite, je reprendrais les points essentiels qui conduiront à cette guerre de classe.

 « Il se passe pour le charbon ce qui se passe pour nombre d'autres industries. Ce n'est pas. comme le croyaient les travaillistes en l947. un simple problème d'efficacité dans un cadre national. Concurrence d'autres formes d'énergie, concurrence d'autres pays producteurs. crise économique. tout concourt à disloquer tous les plans à long terme d'autant plus que leur impact peut varier rapidement avec les variations des coûts internationaux du charbon et des autres sources d'énergies: les règles sauvages du capital que l'on cherchait à éliminer font constamment irruption sur la scène nationale. Du 4éme rang mondial en l970 pour la production charbonnière, le Royaume-Uni passe au 7éme rang en 1982. Les victoires des mineurs de 1972 et 1974 ne faisaient pas reculer le déclin des mines et la soumission de leur exploitation aux impératifs du capital. Au contraire, la conquête d'augmentation de salaires importantes rendait plus urgente la restructuration : même si l'agent de cette accélération était la « revanche » que les conservateurs voulaient prendre sur les mineurs d'une défaite politique, le moteur en restait les impératifs du capital.

 Le déclin de la force des mines et des mineurs était particulièrement spectaculaire. En 1923, il y avait l.250.000 mineurs produisant 250 millions de tonnes de charbon : ils sont 711.000 (6,3% de la force de travail anglaise) pour en produire 200 millions en 1947; ils ne sont plus que 190.000 en 1983 ( moins de 1% de la force de travail) pour 105 millions de tonnes. Les projets du capital à ce moment : 100.000 mineurs pour 85 millions de tonnes par an. Des régions comme le Pays de Galles ont compté jusqu'à 200.000 mineurs et exportaient dans le monde entier: en 1983, ils sont 23.000 mineurs dans 28 puits qui n'approvisionnent guère que les aciéries locales et il est question de rayer pratiquement cette activité économique de la région. En 1946, l'Ecosse avait 195 puits, 83.000 mineurs pour produire 25 millions de tonnes de charbon: après la grève de 1984,il restera 9 puits et 4000 mineurs pour en produire 5 millions de tonnes. Mais la perte du pouvoir économique du charbon et du pouvoir des mineurs {celui qu'ils ont affirmé encore en 1972 et 1974) est aussi ailleurs: en 1947. le charbon fournit encore 90%. de l'énergie consommée en Grande-Bretagne; en 1984, cette part n‘est plus que de, 35%. Cette mutation s'est produite essentiellement pendant les 10 dernières années.

ll ne manquera pas, au cours de la grève des mineurs- et ce sera l'argument central du NUM et de Scargill- des plans pour demander que le pouvoir fasse tout pour que le charbon retrouve la place qu'il a perdue ; de telles discussions procèdent de l'idée qu'il est possible de changer le cours du capital et de toutes les transformations causées par sa dynamique. Pourquoi ce qui n'a pu être fait depuis quarante années pourrait l'être maintenant. À un moment où la crise montre de façon encore plus évidente que la force du capital balaie toutes les tentatives d'endiguer son cours.

3-1-Modernisation et restructuration:

La modernisation et la rentabilisation signifient toujours une réforme profonde des conditions de travail. c'est-à-dire une transformation tout aussi profonde du rôle des syndicats. Malgré toutes les apparences,la grève de 84-85 va être à la fois causée par l'impact de ces perturbations et à son tour accélérera les restructurations nécessaires pour une pleine efficacité du nouveau système.

En 1984, Lorsqu' éclate la grève des mineurs, certains puits sont encore bien arrières; les mineurs doivent accomplir à pied plus de 5 km pour arriver au front de travail et le charbon est encore

évacué par des chevaux au fond de certaines mines (plus de 100 chevaux dans une mine du Pays de Galles). Mais d'autres mines comptent parmi les plus modernes du monde; 70 puits sur 170 sont équipés d'un nouveau système d'exploitation dit «monitoring» et les superpuits comme celui de Selby dans le Yorkshire commencent à entrer en production. Cette mutation technologique est possible parce que l'Angleterre dispose d'énormes réserves de charbon facilement exploitables: de. Gros investissements peuvent y être engagés avec des perspectives de haute rentabilité: nulle surprise que les capitaux soient attirés alors qu'ils avaient lui la mine autrefois:comme dans d'autres secteurs abandonnés facilement par le capital,les possibilités offertes par les nouvelles techniques font espérer le retour à une profitabilité perdue. Le nouveau système baptisé MINOS..c‘est la micro révolution dans la mine. Il serait fastidieux d'énumérer ici les différentes facettes de ce système d'ordinateurs qui assurent une automatisation et un contrôle quasi-total depuis les machines d'abattage jusqu'au transport du charbon hors du puits. On peut suivre de la salle de contrôle en surface directement sur un écran comment se fait le travail, tous les incidents qui peuvent survenir et être informé eu même temps sur leur cause. La relative indépendante de l'équipe au fond de sa galerie qui constituait un contrôle par les mineurs du rythme de leur travail et de ses conditions d'exécution. tout cela est un passé révolu.

 On comprend que lors de la grève plusieurs de ces chambres de contrôle en surface aient fait l'objet de raids destructeurs. La nouvelle supermine de Selby comportera en 1987 4.000 mineurs ; elle produira par an 10 millions de tonnes de charbon à un coût élevé à un tiers de la moyenne anglaise. A ce même moment, il faudra 20.000 mineurs dans les autres puits pour assurer la même production. Si toutes les mines avaient ce niveau technique, il ne faudrait que 40.000 mineurs pour assurer la production annuelle actuelle de charbon. Les effets combinés de la modernisation et de la , crise devraient faire qu‘en mars 1989, 79.000 mineurs travailleront dans 94 puits contre 180.000 dans 198 puits en mars 1984 pour assurer une production équivalente. » ( Grève des mineurs en Grande Bretagne mars 1984 mars 1985 de Henri Simon,p. 15)

 

Vers la guerre classe contre classe



La police assiège la ville minière

de Cortonwood, South Yorkshire,en 1985

mineurs_classe_classe


Le 27 mai 1978,le journal The Economist révèle l' existence d'un plan visant à liquider l'industrie minière nationalisée au profit du secteur privé. Ce n' était pas véritablement une révélation puisque dés la grève de 1926 le sort des mineurs du charbon était scellé. Un rapport du gouvernement dit
Samuel jugeait les mines non rentables et préconisait d' abandonner les subventions salariales et de fermer des puits. Entre 1926 et 1985 il se sera écoulé 59 ans avant que la bourgeoisie anglaise ne parvienne à ses fins et cela tient essentiellement au danger insurrectionnel que les mineurs pouvaient déclencher. Les années 1972 et 1974 avaient laisser un goût amère aux autorités qui avaient du se frotter à l'irruption des piquets de grève et de mouvement de masse .En effet décembre 1968, Barbara Castle, alors ministre du travail publia un rapport intitulé « in place of strife » (A la place des luttes). Ce document visait essentiellement les grèves sauvages que les syndicats ne parvenaient pas à museler. En 1972, le gouvernement conservateur Heath fit voter une loi « Industriel relation Act «  (loi sur les relations sociales) qui rendait dorénavant les syndicats pécuniairement responsables des mouvements qu'ils ne parvenaient pas à contenir.

Après avoir consolidé son appareil de répression et d’intoxication médiatique allant jusqu à libérer de prison la petite délinquance pour y mettre les mineurs. Le gouvernement va se trouver aux prises d'une escalade de radicalisation des mineurs suite à la fermeture de Cortonwood le 1er mars1984. Le 2 mars, la même annonce est faite pour le puits de Bullecliffe, pour les mineurs c'est plus qu'une provocation, c' est de leur mise à mort qu'il s'agit. Les réactions vont donc être à la hauteur des risques , d' ou la déferlante de grèves sauvages et de piquets volants, bien entendu condamné par le syndicat NUM.

 « — en 1972, la grève était totale et les piquets pouvaient immédiatement se porter hors des mines ; en 1984, les piquets devaient d’abord se porter sur les mines et faire en même temps la démonstration de leur impuissance relative.
— en 1972, la « gauche » pouvait se servir de la lutte dans sa stratégie de conquête de l’appareil et poussait la base vers les autres industries. En 1984, la « gauche » tenait l’appareil et se comportait comme tout détenteur d’un pouvoir bureaucratique.
Son expérience précédente l’avait rompue à la manipulation du mouvement de base ; elle pouvait tenter de le freiner et de l’orienter vers les objectifs de l’appareil. Bien que tenant apparemment en 1984 des propos identiques à ceux de 1972, Scargill n’était plus du même côté de la barricade.
A la mi-mars, les mineurs cherchaient déjà à stopper le mouvement du charbon. C’était plus net dans des régions qui, comme le Pays de Galles (sud) ou le Kent, étaient totalement en grève au bout de deux jours. Cela l’était beaucoup moins là où comme le Yorkshire les mineurs devaient s’employer à fermer les puits proches du Nottinghamshire. »
( Henri Simon page 78)

La solidarité

 Les travailleurs de 13 centrales refuseront de manipuler du charbon « jaune », ils ne voudront pas être des briseurs de grève, mais poursuivront leur tache avec le charbon en stock et...le fuel.Les marins anglais refuseront de transporter le charbon hors des ports anglais et ce jusqu à la fin de la grève des mineurs.

Les dockers

 L' ampleur de l' action des cheminots ne sera connue qu' à la fin de la grève, au moment ou la bourgeoisie fait ses comptes. Un article du Financial Times du 27 février 1985 révéla que British Railways n' avait transporté au cours de la grève que 1 entre/3 du charbon acheminé habituellement, soit 40 trains sur une moyenne de 300. Chaque jour 40 et 200 conducteurs furent mis à pied parce qu'ils refusaient de franchir les piquets. Le ciblage des éléments les plus déterminé fut la règle tout le long de ce conflits, la police fit une perquisition chez 7 cheminots des plus actifs, accusé d' avoir volé du matériel de B.R. Ils furent licenciés sur le champ. Le 28 mai 1984, les piquets du Yorkshire étaient envoyés à Orgreave ; ils étaient 2 à 3000 et submergèrent la police qui n' avait pas prévu une telle offensive. Le lendemain la police opposa 5000 flics aux 5000 mineurs ; les affrontements furent d'une extrême violence. Tout les moyen dont la police disposait furent jetés dans la bataille : grenades, chevaux, chiens,etc.

La répression

 « Des groupes spéciaux avaient été mis sur pied pour soit-disant protéger les non-grévistes, en réalité pour intimider les grévistes: ils faisaient irruption dans les pubs,attaquaient indistinctement les résidents, endommageaient les voitures, frappaient tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin...). Ces patrouilles spéciales répliquaient par une violence de classe à la violence de classe parce que les mineurs essayaient aussi de faire pression par tous les moyens, y compris par le cassage de gueule, les attaques matérielles sur les biens et sur ceux qu'ils considéraient comme jaunes refusant l'extension de la grève. Les mineurs répliquent coup par coup. Cela commence dès le début de juillet avec les incursions de la police dans les villages du Yorkshire et va se poursuivre jusqu'à la fin de la grève, les formes des répliques vont être très diverses, adaptées à la lutte elle-même : action spontanée de toute une communauté lors des exactions de la police, action offensive de noyaux plus ou moins conséquents contre la police, les moyens de transport, les propriétés du NCB, etc.... Il est difficile d'en faire un énoncé qui serait fastidieux car cela va se répéter presque quotidiennement en plusieurs endroits et pas seulement dans le Yorkshire. Pendant des mois et des mois, une véritable guérilla s'installe insaisissable et tout autant incontrôlable. » (Henri Simon, p. 99)

 La suite

4-EN FRANCE LES MINEURS RÉSISTERONT COURAGEUSEMENT AU DÉMANTÈLEMENT DES HOUILLÈRES.

 

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15 avril 2018

France : la guerre de classe des gueules noires 1941- 1948.

2/9 -France : la guerre de classe des gueules noires 1941- 1948.

 

Le mouvement des mineurs du 4 octobre au 29 novembre 1948 "est l'une des plus dures (sinon la plus dure), des plus longues (56 jours), des plus violentes des grèves soutenues par la corporation minière sous la République"1 .

 Si en 1941 les mineurs ont fait face à la dictature conjointe du régime de Vichy et du nazisme, avec les conséquences dont nous donnerons qu'un rapide aperçu, à la libération ce fut une toute autre affaire, ce n' était plus les Boches qu'ils devaient affronter mais les Moches ( les CRS)2. Autrement dit après la répression du fascisme, celle de la république démocratique bourgeoise, représenté par le gouvernement Queuille et les socialistes Jules Moch comme ministre de l' intérieur, et Daniel Mayer ministre du travail.

 La grève au départ est une grève revendicative , principalement axé sur la flambé des prix. Elle ne présentait pas le caractère insurrectionnel que le gouvernement voulait lui attribuer. Seulement cette grève intervient au moment ou commence à se manifester la politique des blocs, les uns sont pour les américains et le plan Marshall, les autres la CGT et le PCF suspectés de vouloir réédité le « coup de Prague ». Le 16 octobre 1948 J. Moch déclare:

 "Les grèves se poursuivent dans les mines. Je ne veux pas rappeler (je l'ai déjà dit) que profitant des revendications fondées sur des raisons économiques, les dirigeants de la CGT communisée ont déclenché des grèves tournantes et prolongé celle des mines, non pas dans l'intérêt des travailleurs mais pour exécuter avec une aveugle obéissance les instructions du Kominform et de l'Europe orientale, tendant à transformer les travailleurs français en pions, sur un échiquier étranger, à lutter contre le plan Marshall, contre l'aide américaine baptisée conquête impérialiste ou militaire, bref à détourner les USA d'aider l'Europe en provoquant des désordres multipliés, la chute de notre économie".

La grève des mineurs est d' d'emblée placé dans la dichotomie EST-OUEST en formation, dont l' acceptation du plan Marshall est le nœud gordien. Le PS-SFIO,MRP, Radicaux et modérés de l' époque marchent pour le camp occidental. En fait les deux camps sont pour des raisons diverses en accord pour diminuer le pouvoir des mineurs. Le scénario de l' ennemi extérieur, nous le connaissons il fut utilisés pour mater les mineurs d' Amérique du nord (IWW), pour mater la grève des mineurs de 1926 en Grande Bretagne...

Quand Maurice Thorez, ancien mineur demande aux mineurs de « retrousser leur manches »3 pour redresser l' économie nationale exsangue du fait de la guerre, il ne vise pas à saboter l' économie nationale. Quant à la CGT elle ne déclenchera pas la grève générale face à la répression criminelle de l' Etat contre les mineurs, répression qui n' avait rien à envier au fascisme. A ce moment tous savaient déjà, que l' avenir économique des mineurs étaient derrière eux, comme ce fut déjà révélé lors de la grève des mineurs anglais en 1926. Mais en attendant l'usage massif du pétrole, le charbon avait encore sa place, mais une place qui allait diminuer avec le temps. La Vieille Europe devait passer sous les fourches-caudines du cartel pétrolier mad in US.

Ce que Robert Lacoste, ministre de l’Industrie, révèlera en 1950,  : « De combien de millions de tonnes devra-t-on réduire notre extraction ? De combien faudra-t-il réduire les effectifs miniers ? Je ne veux pas avancer de chiffres. Je laisse le soin aux techniciens de le déterminer. En tout cas, nous en savons assez pour déclarer qu’il faut se résoudre à une réalisation progressive du Pool Charbon-Acier (appelé aussi plan Schuman) accompagné de mesures destinées à en amortir les incidences sociales dans les mines. Voici longtemps que j’ai prévenu les mineurs de l’éventualité du renversement de la situation dans nos mines, par suite de la concurrence du fuel et de l’abaissement des prix des charbons importés. »

Le pouvoir républicain pouvait donc déclarer la guerre aux mineurs et se faisant transformer leur grève en gréve insurrectionnelle, et profiter de la répression pour procéder à des licenciements sous couvert d'une chasse aux sorcières contre les communistes. Il y aura 6000 licenciements, et près de 3000 condamnations à de la prison et à des amendes.

Du mouvement revendicatif des mineurs à la grève insurrectionnelle

Après la libération du territoire national, Les revendications faites et payées au prix du sang et de la déportation par les mineurs, vont refaire surface. La nationalisation des mines, va dans un premier temps leurs donner toute une série d' avantages que les autres catégories de travailleurs n' ont pas . Mais aussi donné à l' Etat la possibilité d' un contrôle social , sur les mineurs, c' est à cela que les décrets du socialiste Lacoste vont s' attaquer par la remise en cause du statut des mineurs.

Seulement la situation économique de la France se dégrade rapidement et l' inflation commence à ronger les salaires. De 12 francs en 1947,le kilo de pain est passé à 37 francs. Le kilo de bifteck a augmenté de 370 à 500 francs, et le paquet de Gauloises, qui coûtait 15 francs en 1945 et 48 francs en 1947, atteint maintenant les 65 francs.4

Le gouvernement est obsédé par la « décommunisation » de l' état et de ses industries stratégiques. Le général de Gaulle avait commencé le boulot en remplaçant les Groupes Mobiles de Réserve (GMR) du régime de Vichy par les Compagnies Républicaine de Sécurité (CRS) où la résistance communiste FTP aurait fait de l' entrisme.5

C'est dans ce cadre, que va se dérouler la grève de 1948. Celle ci contrairement aux habitudes des mineurs, ne sera pas votée à main levée, mais à bulletin secret. Le résultat du scrutin est sans appel : 218 616 voix pour la grève, 25 086 contre et 15 502 abstentions ou nuls. La CFTC et FO se voient contraintes à se rallier au mouvement et laissent leurs adhérents libre d' agir à leur guise.

Très rapidement le puissant mouvement de grève va se retrouver confronter à une véritable terrorisme d' état. Comme c' est généralement le cas, avant de passer aux actes répressifs la bourgeoisie met en place tout un arsenal répressif, qu'elle va abattre par vague successives sur les mineurs. C'est ce qui s' est passé contre le syndicalisme révolutionnaire des IWW et sa tête de pont la Western Fédération of Miners (WFM), contre les mineurs de la Ruhr en 1920 ,contre les mineurs anglais jusqu'à leur anéantissement total et c' est ce qui va se passer lors de la grève de 1948.

Jules Moch, s'était déjà fait les dents durant les mouvements de grève de 1947 dans le Nord-Pas-de-Calais. Il met en place vers mai 1948 des super-préfets6 en charge d' intervenir de manière civile et militaires dans leur circonscription. Ce qui va permettre, dés les 3-4 octobre, de faire occuper le bassin lorrain par l' armée, de procéder à la réquisition du personnel des cokeries, et dés le 18 octobre de mailler complètement l' ensemble des bassins par les CRS ; dans la foulée il procède au rappel de 80 000 réservistes.

Le 7 octobre, les CRS assassinent à coup de crosse , le mineur Jansek de Merlebach. La FNSS décide alors de suspendre pendant 24 heures les mesures de sécurité empêchant l'inondation des puits.

Dés le 8 octobre, les CRS puis l' armée investissent les puits et les corons en lorraine, Le 19 octobre, les mineurs nord-africains sont aux prises avec les CRS qui saccagent les baraquements et les conduisent de force à la mine. Les 25 et 29 octobre l' armée occupe avec violence les puits d' Alés et de saint Étienne dans le Nord . La riposte des mineurs à la présence des chars, des chenillettes, des CRS et de l' armée ne se fait pas attendre. Une véritable guerre de classe s' engage et ce d'autant que parmi les gueules noires nombreux sont ceux appartenant aux francs tireurs et partisans (FTP). La répression dans un premier temps va se concentrer dans la Loire et le Gard, mais le plan de jules Moch est mis en échec, les mineurs à plusieurs endroits réoccupent les puits, les CRS s' enfuient laissant sur le terrain camions et … Les mineurs vont jusqu'à faire prisonniers des gardes mobiles avec un colonel à leur tête. Une arrestation dans le nord provoque l' occupation de la sous préfecture de Bethune. La grève devient alors effectivement insurrectionnelle et les forces gouvernementales mises en échec ne vont plus hésiter à faire usage des armes. Trois mineurs trouveront la mort, et deux autres décéderont plus tard.

A partir de cette répression tout va monter en charge

Le préfet du Pas-de-Calais résume la situation le 5 décembre : "Au fur et à mesure de l'arrivée des renforts de CRS et d'escadrons de la garde, j'ai pu prendre pour certaines localités puis pour l'ensemble du bassin minier, des arrêtés d'interdiction que j'ai d'abord limités à tous les rassemblements sur la voie publique, puis étendus à toutes les réunions (...). Grâce à ces arrêtés, appuyés par des interventions incessantes des forces de l'ordre (...) toutes les réunions et manifestations subversives ont été pratiquement suspendues dès le début de novembre et les mineurs communistes ont été ainsi privés de tous moyens de remonter le moral de leurs troupes ou de leur passer des consignes en vue de contre-attaques vers les installations minières gardées militairement".

"Pour chaque fosse ou chaque établissement minier, un commissaire de police se présentait devant le piquet de grève et essayait d'abord de parlementer. A défaut il ceignait alors son écharpe et faisait les sommations d'usage. C'est seulement dans des cas exceptionnels où les grévistes s'obstinaient à ne pas prendre de leur plein gré le chemin de la sortie, qu'ils y étaient aidés, sans brutalité d'ailleurs, par des forces 10 ou 20 fois supérieures, préalablement massées à proximité".

Le gouvernement est alors persuadé que les communistes du PCF préparent le coup de prague, En réalité c 'est la mise en place de la guerre froide qui s 'installe au travers de la grève des mineurs et contre eux. D'un coté Staline mais en place le Kominform en 1947 de l' autre le mot d' ordre est donné d' expulser tous les communistes des gouvernements ; ils sont exclus le 12 mars 1947 de Belgique, le 5 mai 1947 de France, le 30 mai du gouvernement italien et le 19 novembre de l' Autrichien.

Dés le début, le gouvernement va donner un caractére militaire à ses interventions, chaque jour un communiqué indique les kilomètres « de territoire libéré » gagné sur l' ennemi intérieur à savoir les mineurs Entre 25 000 et 35 000 hommes seront déployés pour mater «l' insurrection ».

l'écrasement de l' insurrection

En dépit de soutiens (collectes d'argent, accueil d'enfants de mineurs par des familles en région parisienne...), le mouvement échoue face à la détermination du gouvernement. C' est le moment où les mesures coercitives, voire punitives, commencent. Dans les semaines qui suivront la fin de la grève, près de 3 000 mineurs sont condamnés à des peines allant de l'amende à la prison ferme, notamment presque tous les délégués à la sécurité qui constituent l'armature du mouvement syndical dans les mines. Quelque 6 000 sont licenciés, dont des délégués-mineurs. De surcroît, les Comités d'entreprise sont supprimés dans les Houillères. Dans le même temps le gouvernement fait voter un crédit de 50 millions pour dédommager les victimes des actes de violence des grévistes.

Le coup est rude : les travailleurs du sous-sol ne se lanceront plus dans un tel mouvement jusqu'à la grève de 1963.

Depuis

La ministre socialiste de la justice, Christiane Taubira, a demandé à Bercy d'indemniser des mineurs grévistes du grand mouvement de l'automne 1948 ainsi que leurs ayants droit. En 1981, une loi d'amnistie avait été votée, permettant aux travailleurs licenciés pour des faits de grève et action syndicale d'obtenir réparation.

Puis, en mars 2011, la cour d'appel de Versailles avait reconnu le caractère discriminatoire et abusif du licenciement de 17 mineurs et employés de la société publique qui gérait les sites, Charbonnages de France, et annulé les licenciements. Elle avait condamné Charbonnages de France et l'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs (ANGDM) à leur verser 30 000 euros chacun. Mais la décision avait été cassée par la Cour de cassation, en octobre 2012.

« Parmi les 3 000 grévistes, 200 d'entre eux ont subi des atteintes à leurs droits fondamentaux » de la part des autorités, a rappelé la garde des sceaux dans un courrier adressé en mai au ministre des finances, Michel Sapin. « Injustement condamnés, les mineurs (...) n'ont été que partiellement indemnisés pour les dommages subis (licenciement abusif, expulsion du logement, discrimination à la réembauche...) par la loi de finances de 2004 », estime Mme Taubira.

Quelque 31 mineurs et ayants droit pourraient bénéficier de cette mesure d'indemnisation, selon la chancellerie. « Je pense qu'il serait à l'honneur de notre gouvernement de donner enfin satisfaction à des personnes qui ont conduit un combat politique de plus de soixante ans et ainsi de mettre fin à une injustice jamais réparée auparavant », a fait valoir la ministre.

Témoignages

Après deux mois de conflit, c’est la répression : le gouvernement envoie la troupe. 2 000 mineurs sont arrêtés, leurs logements perquisitionnés, 714 seront condamnés à de la prison. « L’armée est arrivée, mitraillette au poing. C’était terrible ! », se souvient Léone Amigo, 87 ans. 

Son mari, 20 ans à l’époque, sera arrêté et emprisonné pendant trois mois. « C’est resté un traumatisme. Encore aujourd’hui, lorsqu’on remue ces souvenirs, il en fait des cauchemars. Toute notre vie, nous avons vécu avec un sentiment de honte. Nous n’avons jamais osé en parler à nos enfants. C’est trop douloureux. » 

1Rolande Trempé, "La répression", Les Cahiers de l'Institut d'Histoire Sociale Minière, n° 15, septembre 1998, p. 30.

2De la grève de 1948, vient le fameux CRS-SS de Mai 68 et un autre spécialement dédié à J. Moch « Moche c' est boche ».

3Discours de M.Thorez le 21 juillet 1945 à Wazier, qui invite les mineurs à gagner la bataille du charbon, de son coté le leader charismatique des mineurs Auguste Lecoeur va dans le sens contraire, pas question pour lui de relever l' économie capitaliste.

4Extrait du livre « plus noir dans la nuit » Calman Lévy

5 A la suite d'une manifestation à Marseille (du 12 novembre 1947) à l'appel de la CGT et du PCF, non réprimée par certains gardiens de CRS proches des idées communistes dont le comportement avait été jugé "douteux", plusieurs compagnies sont dissoutes et les CRS réorganisés de sorte de faire disparaître l'influence communiste en leurs rangs.

6 Les Igames : Ils détenaient à la fois les pouvoirs civil et militaire. C’était une première ! Tout avait été donc préparé pour faciliter et organiser la répression.

SUITE-

GRANDE BRETAGNE-CAPITAL NATIONAL ET CAPITAL INTERNATIONAL LA GRÈVE DE 1984/1985

 

 

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14 avril 2018

Espagne:l’insurrection des Asturies 1934

 

2/8-Espagne:l’insurrection des Asturies 1934

Communication de Manuel Grossi pour l’édition française de

L’Insurrection des Asturies

Les faits historiques rapportés dans ce livre auraient pu changer intégralement les bases politico-économiques de la péninsule ibérique en octobre 1934, si, alors que le fascisme faisait ses premières tentatives pour s’emparer de l’appareil de l’État, ce à quoi il était arrivé en partie, toutes les organisations ouvrières de l’Espagne avaient répondu, les armes à la main, de la même manière et avec le même courage que le prolétariat asturien, dans l’unité, a su faire sous le contrôle et la direction de l’Alliance ouvrière révolutionnaire. Il n’en fut pas ainsi. C’est de ce drame, l’abstention des anarcho-syndicalistes hors de la région asturienne, le faux courage des républicains et jusqu’au vote négatif d’une partie de la direction de l’Union générale des Travailleurs et du Parti socialiste ouvrier espagnol, lequel, ni hier ni aujourd’hui, n’a vu d’un œil favorable l’héroïque décision des travailleurs des Asturies en octobre 1934, que dérivent les désastreuses conséquences dont le peuple espagnol souffre depuis plus de trente-sept ans.
Les Asturies ont toujours été une des régions d’Espagne où la classe ouvrière a eu une préparation, tant politique que syndicale, des meilleures. La Confédération nationale du Travail (tendance anarchiste) et l’Union générale des Travailleurs (socialiste) étaient auparavant et continuent d’être aujourd’hui, malgré les incessantes difficultés de la clandestinité et la dure répression que subissent tous les jours les ouvriers de cette région, les deux organisations de base solidement enracinées par de multiples et dures batailles contre le patronat minier et métallurgique. De la même manière on doit mentionner la ferme stabilité du Parti socialiste ouvrier espagnol, organisation fortement implantée dans les milieux ouvriers de la région asturienne, avec une exclusivité politique quasi-totale dans le bassin houiller. D’où il découle que la presque totalité des travailleurs des mines, peut-on dire, a reçu une éducation sociale très profonde, par le biais du Syndicat mineur asturien (U.G.T.) dont la tendance est socialiste en tout et pour tout.

La formation de l’Alliance ouvrière des Asturies

Au mois de mars 1934 se tient au Centre des Sociétés ouvrières d’Oviedo une assemblée de toutes les organisations ouvrières de la région des Asturies, convoquée par la Confédération régionale du Travail des Asturies, Léon et Palencia, d’influence anarcho-syndicaliste, et par l’U.G.T.
La principale mission de cette réunion, convoquée par des socialistes et des anarcho-syndicalistes, est d’arriver à l’unité d’action de toutes les forces ouvrières des Asturies moyennant la création d’un organisme unitaire et de combat, l’Alliance ouvrière révolutionnaire, dans les Asturies. L’A.O.R., quant à ses positions de base, pourrait ainsi être définie en quatre points :

  • Comme organe d’unité d’action.

  • Comme centre de propagande unitaire et de mutuelle compréhension entre les organisations contractantes.

  • Comme organe de préparation militaire.

  • Comme organe de pouvoir politique et économique.

Ces positions de base de l’A.O.R. devenaient d’une urgente nécessité puisque la marche forcée des forces réactionnaires et fascistes les portait à pas de géant vers la prise du pouvoir, d’où elles auraient étouffé, jusqu’au moindre bourgeon, les libertés octroyées par la République. Ce qui est sûr, c’est que la véritable responsabilité de ce qui se produisait retombait sur l’ensemble des groupes dits républicains ainsi que sur la tendance dite droitière du P.S.O.E., non moins responsable d’avoir galvanisé les forces réactionnaires, et par conséquent responsable de l’échec de la République. C’est si vrai qu’on facilitait l’oubli de la répression qui frappait le mouvement ouvrier révolutionnaire, alors qu’on oubliait que les fascistes étaient en train de nourrir leurs petits fauves. C’est pourquoi les ouvriers asturiens s’étaient rassemblés afin de barrer la route à la réaction, pour aller à la lutte afin de prendre le pouvoir et donner vie à une société socialiste, seule garantie de l’affermissement de la liberté et de l’amélioration des conditions économiques des classes salariées.
A l’appel de l’U.G.T. et de la C.N.T. des Asturies accoururent le Parti socialiste ouvrier espagnol, le Syndicat mineur asturien, le Bloc ouvrier et paysan, la Gauche communiste, les Jeunesses socialistes, les Jeunesses libertaires et le Parti communiste d’Espagne (section des Asturies),
Les deux organisations proposantes, C.N.T. et U.G.T., avaient tenu quelques réunions préparatoires et étaient arrivées à un accord de principe sur les bases d’un pacte d’unité d’action. Le pacte, porté en partie à la connaissance des organisations présentes, est accepté à l’unanimité, sauf le Parti communiste et c’est presque normal qui, comme toujours lorsqu’il s’agit d’unité d’action de la classe ouvrière et que la direction ne tombe pas entre ses mains, manifeste sa désapprobation par une opposition hermétique, entreprenant une action contre-révolutionnaire dénuée de tout sérieux. Si le P.C.E. avait été majoritaire dans les Asturies, en raison de ses positions politiques aux ordres de la Russie, la Révolution des Asturies de 1934 ne se serait jamais produite.

Pacte d’Alliance ouvrière des Asturies

Voici le Pacte et les bases qui mentionnent les termes du compromis passé entre les organisations signataires :

« Les organisations soussignées U.G.T. et C.N.T. conviennent entre elles de reconnaître que, face à la situation économique et politique du régime bourgeois d’Espagne, Faction unitaire de tous les secteurs ouvriers s’impose avec l’objet exclusif de promouvoir et de mener à bien la révolution sociale. A telle fin chaque organisation signataire s’engage à accomplir les termes de l’engagement fixés ainsi dans ledit pacte :
1) Les organisations signataires de ce pacte travailleront d’un commun accord jusqu’au triomphe de la révolution sociale, établissant alors un régime d’égalité économique, politique et sociale, fondé sur des principes socialistes fédéralistes.
2) Pour parvenir à cette fin, on constituera à Oviedo un Comité exécutif représentant toutes les organisations ayant adhéré au dit pacte, qui agira en accord avec un autre de type national et d’un caractère identique répondant aux nécessités de Faction générale à développer dans toute l’Espagne.
3) Comme conséquence logique des conditions 1) et 2) du dit pacte, il est entendu que la constitution du Comité national est une prémisse indispensable (au cas où les événements se déroulent normalement) pour entreprendre toute action en relation avec l’objectif de ce pacte, pour autant que ce pacte s’efforce et prétende à la réalisation d’un fait national. Ce futur Comité national sera le seul habilité à pouvoir ordonner au Comité qui s’installera à Oviedo les opérations à entreprendre
en relation avec le mouvement qui éclatera dans toute l’Espagne.
4) Dans chaque localité des Asturies sera constitué un Comité qui devra être composé par des délégations de chacune des organisations signataires de ce pacte et par celles qui, apportant leur adhésion, seront admises dans le Comité exécutif (1).
5) A partir de la date de signature de ce pacte cesseront toutes les campagnes de propagande qui pourraient gêner ou aigrir les relations entre les diverses parties alliées, sans pour cela signifier l’abandon du travail serein et raisonnable entrepris au compte des diverses doctrines préconisées par les secteurs qui composent l’Alliance ouvrière révolutionnaire, et conservant, à telle fin, leur indépendance organique.
6) Le Comité exécutif élaborera un plan d’action qui, moyennant l’effort révolutionnaire du prolétariat, assurera le triomphe de la révolution dans ses différents aspects, et sa consolidation selon les normes d’une convention à établir préalablement.
7) Deviendront des clauses additionnelles au présent pacte tous les accords du Comité exécutif, dont l’observance est obligatoire pour toutes les organisations représentées, ces accords étant de rigueur tant durant la période préparatoire de la révolution qu’après le triomphe, étant bien entendu que les résolutions du dit Comité s’inspireront du contenu du pacte.
8) L’engagement contracté par les organisations soussignées cessera lorsqu’aura été implanté le régime signalé à l’alinéa 1, avec ses organes propres, élus librement par la classe ouvrière et par le procédé qui a régi l’œuvre de ce pacte.
9) Considérant que ce pacte constitue un accord des organisations de la classe ouvrière pour coordonner leur action contre le régime bourgeois et l’abolir, les organisations qui auraient une relation organique avec des partis bourgeois les rompront automatiquement pour se consacrer exclusivement à parvenir aux fins que détermine le présent pacte.
10) De cette Alliance révolutionnaire fait partie, pour être préalablement en accord avec le contenu de ce pacte, la Fédération socialiste asturienne.
Asturies, 28 mars 1934 »

Malgré le courant révolutionnaire qui se manifestait parmi les niasses ouvrières en faveur de l’Alliance ouvrière révolutionnaire, il faut remarquer que, de février à octobre 1934, le Parti communiste a pris parti contre l’Alliance aussi bien à travers la presse qu’à la tribune arrivant même à publier un manifeste contre l’unité qui, entre autres insanités, disait à la fin :
« Travailleurs, ne vous laissez pas abuser par le chemin de l’unité. Vos chefs vous trahissent. L’Alliance ouvrière est le nerf de la contre-révolution. A bas l’Alliance ouvrière de la trahison ! ».


C’est ce qu’écrivait le P.C. vingt-quatre heures avant que s’engage l’action révolutionnaire. C’est-à-dire le 4 octobre 1934.
Plus tard, lorsque le mouvement a éclaté, dans la matinée du 5, ces mêmes éléments du P.C. faisaient un mea culpa pour leurs erreurs et sollicitaient leur entrée dans l’Alliance ouvrière révolutionnaire, qui, comme par magie, et du soir au matin et peut-être sur l’ordre des tovaritch du Kremlin, avait cessé d’être le « centre nerveux de la contre-révolution ». Que de contrastes violents réserve la vie !
Ce qui est sûr, c’est que les communistes, une fois dans les rangs de l’Alliance ouvrière, ont lutté dans les Asturies avec un très grand courage, comme nous avons, nous tous, combattants de cette bataille, lutté. Mais ce qu’il est nécessaire de mettre au clair, c’est que toute l’action du P.C. a été liée à une tendance partisane prononcée qui, parfois, outre qu’elle faussait les bases de l’unité, était absolument détestable pour la cohésion de l’unité militaire au combat.

Composition du Comité exécutif régional de l’Alliance ouvrière des Asturies

Voici la composition du Comité exécutif régional de l’Alliance ouvrière des Asturies qui a dirigé la lutte révolutionnaires des quinze jours de Révolution socialiste :
Président : Bonifacio Martin, représentant le P.S.O.E. et l’U.G.T., militant socialiste avisé, fusillé aux alentours de Lugones, à six kilomètres d’Oviedo, par les troupes qui opéraient sous les ordres du général Lopez Ochoa. Vice-président : Manuel Grossi, représentant le Bloc ouvrier et paysan et la Gauche communiste.
Secrétaire : José Maria Martinez, représentant de la Confédération régionale du Travail des Asturies, Léon et Palencia (C.N.T.). trouvé mort aux alentours de Sotiello, village éloigné de Gijón de huit kilomètres, le 12 octobre 1934. La mort de cet homme, exemplaire, sincère et loyal révolutionnaire, difficile à égaler, renferme un mystère que seuls ses plus proches compagnons pourraient éclaircir.
Trésorier : Graciano Antuna, représentant le Syndicat mineur asturien (U.G.T.), fusillé par les prétendus nationalistes d’Oviedo en 1936, après avoir subi d’horribles tortures. Ce grand combattant et mineur socialiste a su mourir en toute dignité comme seul savent mourir les fils de la mine de ces lyriques et héroïques terres asturiennes.
Etaient également membres du Comité exécutif régional de l’A.O. des Asturies au nom du P.S.O.E. et de l’U.G.T. ; Amador Fernandez Montes, Ramon Gonzales Pena, Belarmino Tomas Alvarez, et Perfecto Gonzalez, ce dernier fusillé par les forces franquistes en 1942, après avoir parcouru pendant quatre ans les montagnes des Asturies, les armes à la main, avec quelques dizaines de guérilleros révolutionnaires en lutte serrée contre le régime répressif qui domine l’Espagne. Pour la C.N.T., avec José Maria Martinez, faisaient aussi partie du Comité exécutif régional de l’A.O. : Horacia Argüelles et Avelino Entrialgo.
Pour le Comité du B.O.C. et de la Gauche communiste, Marcelino Magdalena et José Prieto, avec l’adhésion de la Jeunesse communiste ibérique, étaient membres du Comité de l’A.O. à titre consultatif.
Les Jeunesses socialistes étaient représentées par : Angel Fierro et Rafaël Fernandez.
Les Jeunesses libertaires avaient adhéré, représentées par les compagnons de la C.N.T. ci-dessus mentionnés. Javier Bueno, le grand journaliste directeur du journal socialiste Avance, était chargé de la propagande écrite. Cet homme de grande valeur sous tous les aspects, a été condamné à la peine de mort par le garrot, châtiment de droit commun, et exécuté publiquement à Madrid en 1939.
Enfin, n’oublions pas également que le Parti communiste, une fois incorporé à la lutte, a fait partie de la direction de l’Alliance ouvrière.

**

Et maintenant, cher lecteur, comme point final à cette communication, il faut que tu saches que le manuscrit du journal des événements de l’Insurrection des Asturies (Quinze jours de Révolution socialiste) a été écrit avec le sang des mineurs asturiens, deux mois à peine après la fin des combats, dans les caves de la Maison du peuple de Mieres, convertie en prison et centre de torture et de martyr de ces hérauts parias du sous-sol, les mineurs des Asturies qui avaient perdu une bataille dans leur marche ferme vers la révolution socialiste, sans avoir cessé un seul instant de croire en la victoire.
Il est certain que tous les récits, quand ils sont nés de mouvements révolutionnaires, sont rédigés de manière bien mouvementée. Et mon manuscrit, l’Insurrection des Asturies, a, lui-aussi, son histoire. Les heures durant lesquelles il a été écrit ne pouvaient être plus sombres. La répression était d’une rare ampleur. C’est pourquoi les feuillets écrits sortaient de la prison au fur et à mesure, comme on pouvait, bravant toutes sortes de périls propres à la période, car, être découverts dans la pratique de ce petit jeu, c’était s’exposer à la mort. Des compagnons éprouvés, en relation avec ma famille, étaient chargés de faire parvenir mes écrits à Barcelone, où par des moyens également clandestins, les membres du Comité exécutif, Germinal Vidal, Miguel Pedrola, Wilebaldo Solano, et Galo de la Jeunesse communiste ibérique les remettait à la direction de mon parti, le Bloc ouvrier et paysan, cette même direction qui, après une lettre et une conversation particulière, m’a demandé mon accord pour donner forme de livre à mon manuscrit. C’est donc ainsi qu’est paru le récit des événements de la Révolution des Asturies de 1934.
Le cri de cet octobre socialiste : U.H.P. (Unies, Hermanos Proletarios ! — Union, Frères Prolétaires !) reste aujourd’hui plus vivant que jamais dans la conscience collective des vaillants travailleurs asturiens. Il est certain que la leçon a été très dure et très sanglante, mais aussi hautement éducative pour la jeunesse révolutionnaire qui lutte en avant-garde pour une société socialiste où la justice et la liberté seront plus humaines, plus accessibles et plus fraternelles entre tous les salariés du monde.

Manuel GROSSI. Brignoles, avril 1971

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2/9 -France : la guerre de classe des gueules noires 1941- 1948.

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13 avril 2018

2/3-La révolution allemande et l' action des mineurs de la Ruhr

 

2/3- La révolution allemande et l' action des mineurs de la Ruhr

Dés l' année 1917, une déferlante de grèves spontanées gagne l'Allemagne. Il faut dire que bien que spontané ce mouvement était le résultat de discussions et accords pris par des hommes de confiance de diverses usines. La révolution russe d' octobre 1917 avait bien chauffé les esprits, d' autant que la défaite de la bourgeoisie allemande était imminente, et les désertions se multipliaient dans l' armée, comme va le souligner Henk Canne-Meijer :

« L’appareil d’Etat avait perdu toute autorité ; s’il s’écroulait, ici et là, ce n’était pas en conséquence d’une lutte acharnée et volontaire des travailleurs. Leur mouvement rencontrait le vide et s’étendait donc sans difficultés, sans qu’il fût nécessaire de combattre et de réfléchir sur ce combat. Le seul objectif dont on parlait était celui de l’ensemble de la population: la paix.

II y avait là une différence essentielle avec la révolution russe. En Russie, la première vague révolutionnaire, la Révolution de Février, avait balayé le régime tsariste ; mais la guerre continuait. Le mouvement des travailleurs unis trouvait ainsi une raison d’accentuer sa pression, de se montrer de plus en plus hardi et décidé. Mais en Allemagne, l’aspiration première de la population, la paix, fut immédiatement comblée ; le pouvoir impérial laissait place à la république. Quelle serait cette république ? »Henk Canne-Meijer (1938)

«  En novembre 1918, le front allemand s’effondra. Les soldats désertèrent par milliers. Toute la machine de guerre craquait. Néanmoins, à Kiel, les officiers de la flotte décidèrent de livrer une dernière bataille : pour sauver l’honneur. Alors, les marins refusèrent de servir. Ce n’était pas leur premier soulèvement, mais les tentatives précédentes avaient été réprimées par les balles et les bonnes paroles. Cette fois-ci, il n’y avait plus d’obstacle immédiat ; le drapeau rouge monta sur un navire de guerre, puis sur les autres. Les marins élurent des délégués qui formèrent un Conseil.

 Désormais les marins étaient obligés de tout faire pour généraliser le mouvement. Ils n’avaient pas voulu mourir au combat contre l’ennemi ; mais ils demeuraient dans l’isolement, les troupes dites loyales interviendraient et, de nouveau, ce serait le combat, la répression. Aussi les matelots débarquèrent et gagnèrent Hambourg ; de là, par le train ou par tout autre moyen, ils se répandirent dans toute l’Allemagne. Le geste libérateur était accompli. Les événements s’enchaînaient maintenant rigoureusement. »Henk Canne-Meijer (1938)

A l’automne 1918, ces mouvements, jusqu’alors sporadiques et cloisonnés plus ou moins les uns par rapport aux autres, prirent une forme précise et généralisée. Aux côtés des administrations classiques (police, ravitaillement, organisation du travail, etc.) parfois même - en partie - à leur place, les Conseils ouvriers prirent le pouvoir dans les centres industriels importants : à Berlin, à Hambourg, Brème, dans la Ruhr et dans le centre de l’Allemagne, en Saxe. Le contexte de l' après guerre avait considérablement affaibli le pouvoir de l' état, la place semblait libre et le mouvement ouvrier allait s' y engouffrer.


Seulement, cette impression d' enfoncer des portes ouvertes fut de courte durée, la sociale démocratie au gouvernement va s' allier avec les corps francs1 et procéder à une répression préventive. Le ministre socialiste Noske lâchera ses troupes réactionnaires des corps francs -parmi lesquelles figure Ernst Rohm, futur dirigeant nazi-. La répression contre révolutionnaire est terrible, en trois jour les révolutionnaires sont anéantis , la loi martiale décrétée, la ligue Spartacus liquidée et le 15 janvier 1919 ses chefs Rosa Luxemburg et Liebneck, sont assassinés,la « commune de Berlin » a vécue et la sociale démocratie jubile.

Néanmoins, le mouvement révolutionnaire n' est pas encore vaincu, A Berlin, une grève générale éclatera début mars 1919. Pour la vaincre, le pouvoir fit intervenir l' artillerie et les blindés. Les exécutions sommaires se multiplièrent. Léo Jogichés devint après l' assassina de Rosa Luxemburg et Lieblnecht le principal dirigeant du KPD, arrêté le 10 mars 1919 il est tué en prison par des policiers.

La sociale démocratie (SPD) entre le marteau et l' enclume.

La sociale démocratie, nous le verrons souvent au cours de cette brochure, considère (quand elle a le pouvoir gouvernemental), qu'elle doit comme gouvernement étatique « maintenir l' ordre » s' allier s' il le faut à la pire réaction pour cela. Lorsque qu' en février 1919 des piquets de grève sont attaqués dans la Rhur, nous voyons dans certains endroits le SPD s' opposer à la répression, dans d' autres y collaborer.2

Le SPD ne va pas rester longtemps entre le marteau et l' enclume, il choisit d' asseoir sa toute jeune république sur les baïonnettes des institutions impériales. La direction de l' armée ne lui apportera qu'un appui tactique, et va se retourner à la première occasion3, c' est ce qui se produira avec le putsch de Kapp. Dés mars 1920, les troupes du général Walther von Lüttwitz composée de 6000 hommes précédemment sous les ordres du socialiste Noske (en janvier 1919) occupent Berlin. Le gouvernement socialiste s'enfuit, et ne devra finalement son salut qu'à l'initiative des ouvriers en grève et à la formation de l' armée rouge de la Rhur.

Formation de l' armée rouge le 14 mars 1920

En réaction au putsch de Kapp il va se former l' armée rouge de la Ruhtr (Rote Ruhrarmee) elle se compose de quelques 50 000 hommes armés, vétérans pour une grande partie de la première guerre mondiale. Soutenu par 300 000 mineurs en grève. Le 17 mars 1920, les troupes du capitaine Hasenclever, partisan de Kapp sont défaites,l' armée rouge capture armes et munitions et 600 paramilitaires du Freikorps Lichtschlag. Le 20 mars les conseils ouvriers prennent le pouvoir dans plusieurs villes de la Ruhr.

« La Rhur est alors le fief de la révolution en Allemagne. C' est là que l' influence de la gauche et des syndicalistes révolutionnaires est la plus forte. Mais aucun groupe n' est assez puissant pour déclencher lui-même un mouvement, et l'insurrection est une offensive spontanée du prolétariat ( c' est le premier et l' avant dernier pendant la révolution allemande, avant mars 1921). Au moment du putsch de Kapp, «  de nombreuses zones comme la Rhur et l' Allemagne centrale n' avaient pas encore connu les grandes défaites ouvrière des années précédente...4 » Par contre l' organisation du mouvement révolutionnaire dans la Rhur a souffert de la scission du KPD, car les unions y sont moins bien implantées, et leur faiblesse favorise les « anarcho-syndicalistes » hostiles à l' action politique qu'ils identifient en définitive à tout ce qui déborde le cadre de l' entreprise » (La gauche communiste en Allemagne 1918-1921, Denis Authier et Jean Barrot ed. Payot p.148)

 L' armée rouge ne parviendra pas à briser le pouvoir d' Etat.

Malgré une force de 80 000 et 120 000 prolétaires, un armement important réquisitionné, une artillerie et même une petite aviation, l' armée rouge finira par être vaincue. Le 24 mars, le général Oskar von Watter est aux commandes de la contre révolution et va réprimer l' insurrection. Le bilan est lourd, le 12 avril 1920, les combats prennent fin , plus de 2000 victimes l' Armée rouge est dissoute, l' heure de la répression systématique va sonner.

On dénombrera entre 1919 et 1922, 35 600 assassinats politique.

« L'insurrection de la Ruhr et sa répression ont une dimension directement internationale. Le bassin houiller de la Ruhr assure alors 70% de la production allemande de charbon, et possède une importance vitale pour l'industrie européenne elle-me, les bassins houillers français étant encore détruits par suite de la guerre. L'interruption de la production dans la Ruhr bloque très rapidement la vie économique en Allemagne,et devait bientôt se répercuter sur les autres pays. Or l' occupation militaire de la Ruhr par la Reichsweher5, afin de réprimer le soulèvement, était une violation des accords de Versailles. C'est par riposte que les Français occupèrent Francfort sur le Main, bloquant le trafic économique entre le nord et le sud de l' Allemagne,mettant l' économie allemande dans de nouvelles difficultés alors qu' elle était menacée par le mouvement révolutionnaire, les Anglais, conscients de l' importance de l' enjeu ( sauver le capitalisme en Allemagne) et par contre coup chez eux aussi), protestent auprès des français, et, mettant la solidarité entre capitaliste au dessus des querelles de revanche, révèlent l' importance révolutionnaire mondiale de l' insurrection de la Ruhr (6 ).Le massacre tiendra la Ruhr écrasée jusqu' en 1923 » (La gauche communiste en Allemagne 1918-1921, Denis Authier et Jean Barrot ed. Payot p.150)

 

Bibliographie indicative:

AUTHIER Denis et BARROT Jean, La Gauche communiste en Allemagne (1918-1921), Paris, Payot, 1976 ;

BROUE Pierre, Révolution en Allemagne (1917-1923), Éditions de Minuit, 1977 ;

MUSIGNY Jean-Paul, La Révolution mise à mort par ses célébrateurs même. Le mouvement des conseils en Allemagne, Nautilus, 2001 ;

PRUDHOMMEAUX André et Dori, Spartacus et la Commune de Berlin, Spartacus, 1977, avec l’excellente chronologie établie par Léon DUPUIS ;

---PAUL MATTICK La révolution fut une belle aventure, Paul Mattick, ed. L échappée,2013

Les localistes et la naissance de la FAUD 1919, la grève générale mars 1920 et l'Armée rouge de la Ruhr

NOTES

1« Les corps francs sont nés dans la période de débandade de l' armée et de l' état et ne servent que d' instrument à la contre révolution, en Allemagne et en Russie. Ils sont payés par l' État. Comme la situation semble se stabiliser, le gouvernement résout en partie leur problème en interdisant en septembre 1919 la création de gardes civiques, d' autre part en transformant purement et simplement de nombreux corps francs en unités de la Reichswehr. Mais il ne peut les intégrer tous, d' autant qu'il voudrait donner à l' armée un « vernis » républicain. Le gros des troupes qui vont participer à la tentative de Kapp sont des corps francs revenus de Russie après avoir pris part à l' intervention étrangère. Ils craignent d' être licenciés par l' application du traité de Versailles. Une fraction de droite, animé par Kapp, haut fonctionnaire prussien, prend contact avec leurs chefs pour une opération politique » (La gauche communiste en Allemagne 1918-1921, Denis Authier et Jean Barrot ed. Payot p.144) 

2 L’offensive contre révolutionnaire aboutit dans plusieurs cas à la dissolution forcée des conseils ouvriers.

3 Le général Groener expliquera que, pour la hiérarchie militaire, il fallait alors s’allier avec le SPD « considérant qu’en cet instant il n’existait pas d’autre parti doté d’une influence suffisante sur la population, en particulier sur les masses ouvrières, qui fût en mesure de rétablir le pouvoir gouvernemental». Autrement dit, un ralliement tactique et provisoire.

  • 4-La question syndicale ….p.23-24

5La Reichswehr, littéralement « force armée du Reich », était l'armée de la République de Weimar, de 1919 à 1935. Son organisation reposait sur le traité de Versailles

6« Bassin de la Ruhr et Francfort »,in Kommunismus,17 avril 1920.

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2/4-1926:La grève générale des mineurs britanniques

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11 avril 2018

2- LA PUISSANCE DE BLOCAGE DE L' ÉCONOMIE PAR L' ACTION DES MINEURS

2- LA PUISSANCE DE BLOCAGE DE L' ÉCONOMIE PAR

L' ACTION DES MINEURS

 

2/1- États-Unis: le 20 avril 1914, les mineurs de Ludlow en grève sont massacrés

 A partir des années 1880, les mineurs de charbon ont commencé à revendiquer et à utiliser la grève. Aux États Unis par exemple, entre 1881 et 1905 on dénombra trois fois plus de grèves que dans les autres secteurs et ces grèves étaient en principe longues. La classe ouvrière de l' époque, bien qu'exploitée sans vergogne détenait un pouvoir de blocage sur l' évolution du capitalisme elle pouvait par les grèves paralyser les bassins miniers ainsi que le transport du minerai.

 L' exploitation minière fit appelle à de la manœuvre chinoise dés 1867, celle-ci devait se limiter à trier le charbon en surface,et assistait les mineurs blancs. Quand , en 1877 les mineurs blancs firent grève pour de meilleures conditions de travail et de salaire. Le patronat des mines utilisa alors la manœuvre chinoise que les blancs n' avaient pas accepté dans leur syndicat comme moyen de les mettre en concurrence, il autorisa les chinois à descendre sous terre pour remonter les chariots de minerai en surface, contre la réprobation des mineurs blancs qui voyaient d' un sale œil cette concurrence chinoise.

Cette rivalité va aller très loin puisque lors de la grève de 1883 à Wellington, les grévistes blancs exigèrent le licenciement des chinois 1., sans résultat, le patronat des mines laissa les chinois extraire eux même le charbon, ceux ci finiront par constituer la moitié de la force de travail des mines.

Deux terribles accidents en 1887 et 1888 allaient remettre en cause l' utilisation de la manœuvre chinoise accusée d' être à l'origine des deux catastrophes où 208 mineurs, dont 104 chinois, trouvèrent la mort. Bien qu'il fut prouvé que les chinois n' étaient en rien responsable des accidents, le gouvernement local promulgua un loi interdisant aux chinois de travailler sous terre.

Le corporatisme blanc et de leurs syndicats est une des caractéristiques, de l' Amérique du nord, elle aura pour résultat aux États-Unis la mise en place du syndicat IWW. Dés 1900 au Canada, la moitié de la production du charbon destinée à l'exportation provenait de l'île canadienne de Vancouver.

De la fin du XIX e siècle au début du XXe siècle des vagues de grèves vont entraver l' exploitation minière des pays industrialisés et de facto de toute l' économie. Les mineurs, nous le verrons tout le long de ce texte, avaient une capacité de blocage des économies que les autres secteurs n' avaient pas ; chaque moyen de transport dépendant de l ' énergie à vapeur ou de l' électricité pouvait être paralysé. Plus l' exploitation de la houille se développait au travers du monde, et plus les grèves se manifestaient. Des grèves à répétitions touchaient le bassin houiller de Zonguldak sur la côte turque de la mer noire En Avril 1882, le plus grand dépôt de charbon du monde situé à port Said en Égypte, fut touché par un important mouvement de grève des porteurs.

 La puissance des actions des mineurs allait être à l' origine d'une réforme du travail en Allemagne, cette dernière avait subit des vagues de grèves sans précèdent en 1889,2 En mars 1890, le Kaiser réunit une conférence internationale afin de fixer les normes qui devront régir le travail dans les mines de charbon ainsi que des restrictions sur l' exploitation des femmes et des enfants. Le jour même de la conférence, les mineurs anglais et du pays de Galles lançaient « la grève la plus importante de l' histoire de la main d’œuvre syndiquée » selon le New York Times, le nombre de grévistes allait monté à 260 000 « Les possibilités d' un conflit du travail gigantesque et ruineux s'ouvraient devant nous » ( le New York Times du 16 mars 1890). En 1889, se sont les dockers de Glasgow, qui contraints de reprendre le travail du fait de l' embauche de briseurs de grève décidèrent de travailler aussi mal et lentement que ceux ayant pris leur place. Trois jours après cette grève du zèle, ils obtenaient les augmentations de salaire qu'ils exigeaient.

 Rockefeller est plus connu pour être le roi du pétrole, celui dont la famille va construire le cartel des sept sœurs et dominer le monde avec l' émergence de la monnaie universelle le dollar et la FED ; que par son action contre les prolétaires des mines de charbon. Pourtant c' est en lettre de sang que va s' ouvrir dorénavant la guerre de classe réelle contre ceux qui dépassent les limites restreintes de ce que l' on appelle « le droit de grève » ou « grève syndicale ». Ce qui va se passer à la Colorado Fuel and Iron, suite au meurtre d'un syndicaliste est un exemple parmi d' autres de la sauvagerie capitaliste, ici plus particulièrement des Rockefellers. Les 1100 mineurs se mirent en grève en septembre 1913, alignant leurs revendications :

-augmentation des salaires

-la journée de 8 heures de travail

-la reconnaissance du syndicat

-la fin du contrôle de la vie des mineurs par la compagnie

 Expulsés de leur baraquement par la compagnie, les grévistes allaient avec le concours du Syndicat uni des mineurs (United Mine Workers Union) dresser des tentes sur les collines voisines pour continuer l' action. Rockefeller fit alors appel à une agence de briseur de grève, qui échoua dans sa première tentative de briser le mouvement , malgré plusieurs morts chez les mineurs. Pour compléter de terroriser les mineurs Rockefeller fit appel à la garde nationale, crée en 1903. Pour contrer la grève des mineurs de Ludlow, les patrons de la mine lâchent leur meute de nervis sur les grévistes, accompagnée de la Garde Nationale. Cette dernière avait fait installer des canons sur la crête dominant le camp des mineurs. Louis Tikas, le leader des mineurs voulu négocier avec le commandant du détachement , pure illusion le feu fut ouvert peu après la rencontre. Le pire fut que les mineurs encore confiant dans le pouvoir d' état accueillirent la Garde Nationale avec des acclamations. Ils pensaient tout bonnement que celle-ci était venue les protéger des nervis.

 La soldatesque allait faire son boulot , elle procédera à l' arrestation de centaines de mineurs les traînant (comme dans la Rome antique) dans les rues de Trinidad comme prise de guerre. Malgré la répression le mouvement allait tenir de septembre 1913 au 20 avril 1914 où il fut décidé d' en finir avec la résistance ouvrière par un massacre.

En réaction le syndicat des mineurs lança un appel aux armes, trois cents mineurs rescapés s' armèrent, coupèrent les moyens de communication ( téléphone , télégraphe..). Les cheminots refusèrent d' emmener les soldats sur place, tandis qu'à Denver, les soldats mirent l' arme au pied.

Une bataille bien inégale allait s' engager , la soldatesque finira par s' emparer du camp,le passage d’un train permit à un certain nombre de mineurs de prendre la fuite.

 Louis Tikas fut arrêté en compagnie de deux autres mineurs,son corps fut retrouvé le long de la ligne de chemin de fer. Il avait été abattu dans le dos. Sa dépouille resta trois jours de suite à la vue de tous, passagers des trains qui circulaient et résidents. Il fallait faire un exemple. Avec le leader syndicaliste, deux femmes, douze enfants, cinq mineurs et syndicalistes et un garde furent tués ce 20 avril 1914 à Ludlow, terme, selon Howard Zinn, de l’une des « plus amères et violentes luttes entre les travailleurs et le capital dans l’histoire de ce pays ».Après les funérailles des mineurs massacrés, la colère des mineurs s' amplifia plusieurs gardes furent tués , quant aux puits les mineurs les firent exploser.

Les funérailles de Louis Tikas, leader des grévistes grecs, se sont déroulées, de manière militaire , les grévistes étaient lourdement armés et avaient placé leur approvisionnement en munition dans des sacs de farine.

Les mineurs grecs conserveront leurs armes et posteront des gardes devant l' union locale du syndicat.

NOTES

1 En 1912, des mineurs blancs de l'île de Vancouver entreprirent une grève qui allait durer deux ans. Quand un des propriétaires de mines employa des briseurs de grève chinois, les maisons et magasins de ceux-ci furent saccagés.

2Nous sommes pourtant au début de la domination réelle du capital, qui selon Marx débute en 1825, il y a la mécanisation des mines, mais le mouvement prolétaire est ascendant.

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2/3- La révolution allemande et l' action des mineurs de la Ruhr

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