SPARTACUS

19 mars 2017

Migration, réfugiés et force de travail

Une analyse approfondie de la « crise des réfugiés » et des migrations dans l’Union européenne, en relation avec la restructuration du marché du travail et la composition de classe.

Ce texte est paru dans le n° 99 (hiver 2015-2016) de la revue allemande Wildcat.dans la revue Echanges N°155 et 156

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L’ « été des migrations » a pris fin. Même si de nombreuses initiatives soutiennent encore les « nouveaux citoyens » en organisant une aide quotidienne, des événements festifs, des cours de langue et bien d’autres activités, la classe politique veut inverser cette dynamique : elle s’efforce d’ériger de nouvelles frontières, d’imposer un abaissement des normes sociales et de diviser politiquement la classe ouvrière en utilisant les réfugiés – elle s’en sert comme d’un catalyseur pour une réforme en profondeur de la société.
A gauche, on observe en gros deux manières de considérer cette nouvelle situation : certains voient dans l’impressionnante auto-organisation des réfugiés et dans la destruction des barrières frontalières une manifestation de l’« autonomie des immigrés ». D’autres considèrent la politique de Merkel d’un point de vue purement fonctionnel : les migrations profitent au capital car elles lui fournissent une force de travail bon marché, qualifiée et motivée, et des contributeurs supplémentaires aux caisses de retraite.
     En réalité, ces deux aspects sont liés. En émigrant vers les centres d’accumulation de l’Europe du Nord, de nombreux réfugiés essaient de redevenir des sujets actifs de leur propre vie. Le capital veut utiliser leur énergie sociale pour restructurer les marchés du travail et faire pression localement sur les relations de classe. De plus, des migrations de masse peuvent avoir les mêmes effets qu’un programme de stimulation économique : elles créent des emplois dans l’enseignement, les agences pour l’emploi, le bâtiment, les secteurs de l’aide sociale et de la sécurité… tout en réduisant les coûts de reproduction de la force de travail (l’entretien et l’éducation d’un être humain pendant les vingt premières années de sa vie coûtent environ 200 000 eu­ros – et l’Allemagne est un pays « vieillissant » qui a désespérément besoin de jeunes !).
Pour qu’elles aient cet impact économique, les migrations de prolétaires doivent être contrôlées, ce que les dirigeants politiques se sont montrés de plus en plus impuissants à faire ces dernières années. Récemment cette perte de contrôle s’est encore aggravée, comme en témoignent l’escalade de la « crise des réfugiés » en Grèce au début de l’année 2015, la destruction des grillages et barbelés aux frontières de la Turquie à la mi-juin 2015 après les combats de Tall Abyad en Syrie, et finalement la marche des réfugiés depuis la gare centrale de Budapest jusqu’à la frontière autrichienne. Au début du mois de septembre, les réfugiés ont été accueillis par les applaudissements de la foule à Vienne, à Munich et dans d’autres villes. Outre la crise bien réelle des frontières, cette réaction des populations locales, qui aurait été impensable au début des années 1990, exprime un second aspect de la perte de contrôle par l’Etat. En troisième lieu, la classe dirigeante n’a pas de stratégie pour « s’attaquer aux causes sous-jacentes des migrations ». C’est plutôt l’opposé qui est vrai : la répression de plus en plus brutale et destructrice des mouvements d’opposition dans un nombre croissant de régions du monde aggrave les antagonismes sociaux ; la crise et les guerres conduisent à l’effondrement de régions entières.
     En effectuant une telle volte-face cet été, le gouvernement Merkel reconnaissait cette situation mais essayait en même temps de reprendre les choses en main, notamment en vantant une « culture de l’accueil » européenne. Ce n’est qu’en transformant le patient travail à long terme des initiatives concernant les réfugiés en un événement public que la classe politique a pu ensuite inverser sa signification.
Dans cet article, nous voulons analyser cette relation entre l’émigration des réfugiés et l’émigration de travailleurs vers l’Allemagne dans le contexte européen. Au départ, la distinction entre « réfugiés » et « migrants économiques » est purement juridique : les travailleurs grecs qui fuyaient la junte militaire et vinrent en Allemagne en 1967 étaient considérés comme des « travailleurs invités ». Après la fin de l’accord sur les « travailleurs invités » en 1973, les travailleurs turcs qui tentaient de fuir leur pays après le coup d’Etat militaire de 1980 durent demander l’asile. Les émigrés sénégalais qui risquaient leur vie en traversant la Méditerranée étaient considérés comme des ouvriers agricoles illégaux en Espagne et comme des demandeurs d’asile en Allemagne.
En Allemagne, le droit individuel et constitutionnel à l’asile ne joua pratiquement aucun rôle avant la fin des années 1970 et fut principalement appliqué aux migrants originaires des pays du socialisme d’Etat. En 1980, pour la première fois, plus de 100 000 per­sonnes demandèrent l’asile ; environ la moitié étaient originaires de Turquie et un grand nombre d’autres du Vietnam et de Palestine. Un an plus tard, 20 % des demandeurs d’asile venaient de Pologne (à l’apogée de la résistance du syndicat Solidarnösc).
Pendant les années 1980, beaucoup de demandeurs d’asile étaient des militants de gauche qui fuyaient la répression d’Etat ou la guerre civile, en Iran ou au Sri-Lanka par exemple. Ils formèrent la colonne vertébrale d’un mouvement politique portant sur les conditions d’accueil et s’opposant aux expulsions vers des zones de conflit. La propagande réactionnaire qui se renforça pendant la première moitié de la décennie visait principalement ces réfugiés, qui apportaient avec eux des compétences et des expériences de lutte, et qui connaissaient aussi les relations entre le capital allemand et les régimes dictatoriaux de leurs pays d’origine.
A partir de 1987, la crise dans les pays du bloc de l’Est devint plus visible. Le nombre de « rapatriés de souche allemande » (1) en provenance d’Europe de l’Est et de l’ancienne Union soviétique augmenta très rapidement, jusqu’à atteindre 400 000 pour la seule année 1990. La majorité de ces immigrés étaient des travailleurs qualifiés qui avaient appris un métier. Ceux qui ne pouvaient prouver leurs « racines allemandes » étaient contraints de demander l’asile : à partir de 1988 le nombre de demandes d’asile augmenta de manière continue, avec un pic d’environ 440 000 demandes en 1992. Les militants de gauche en provenance de pays du tiers monde ne formaient plus qu’une petite minorité parmi ces demandeurs d’asile. Parmi eux 75 % venaient d’Europe de l’Est et du Sud-Ouest – en raison de l’effondrement social de ces régions, des « thérapies de choc » économiques, des disputes qui s’ensuivirent sur le partage du butin et enfin des guerres civiles. Beaucoup de migrants ne demandaient pas l’asile mais travaillaient dans l’« économie illégale » comme travailleurs sans papiers, par exemple dans le bâtiment (2).
De plus, pendant les trois années qui suivirent l’annexion de la RDA (l’ex-Allemagne de l’Est), 1 million de migrants de l’intérieur arrivèrent sur le marché du travail en Allemagne de l’Ouest : ils fuyaient la hausse soudaine du chômage consécutive à la destruction des industries et de l’administration de leur région.
La crise du début des années 1990
Il y a vingt-cinq ans, comme aujourd’hui, l’escalade de la « crise des réfugiés » provoqua un effondrement massif des normes régissant la protection sociale, les contrats collectifs et le droit du travail lors de la crise économique qui se manifesta peu après. Le modèle allemand fondé sur une industrie d’exportation hautement productive, qui fut couronné de succès pendant les quinze dernières années, repose sur une classe ouvrière plus profondément divisée et segmentée que dans les précédentes décennies.
Le 8 août 1991, plus de 10 000 réfugiés albanais prirent d’assaut le Vlora, un minable cargo rouillé, et forcèrent l’équipage à modifier sa route pour traverser l’Adriatique. La police les expulsa brutalement d’Italie à leur arrivée à Bari. Cet événement servit à illustrer la rhétorique réactionnaire du « bateau plein ». Le magazine politique libéral Der Spiegel (19 août 1991) osa présenter les migrations comme la « guerre du troisième millénaire » et prophétiser l’arrivée de 50 millions de réfugiés de l’ex-Union soviétique.
Pendant que le gouvernement fédéral instillait la peur d’un flot incontrôlé d’étrangers, il importait toujours plus de travailleurs bon marché d’Europe de l’Est et du Sud, grâce aux « contrats de travail et de service » (liés à un emploi spécifique) et aux accords de recrutement dans des secteurs spécifiques – par exemple, à partir de 1991, le nombre de travailleurs saisonniers étrangers augmenta dans l’agriculture.
Les migrations économiques, à la fois sous une forme non régulée et par le biais de contrats liés à des projets spécifiques, par exemple dans le bâtiment ou l’industrie de la viande, exercèrent une énorme pression sur les travailleurs locaux. Les immigrés, qui travaillaient pour des salaires bien plus bas, étaient aussi systématiquement escroqués : tantôt on les payait moins que promis, tantôt pas du tout. Cela déclencha de nombreux conflits et des travailleurs venus d’Angleterre, d’Irlande et d’Italie menèrent quelques grèves autonomes.
Le traitement inégal des différents groupes d’immigrés permit de diviser les travailleurs et de faire pression pour qu’ils acceptent leur sort : travailleurs ayant un emploi contre chômeurs, travailleurs d’Allemagne de l’Ouest contre les « Ossis [Allemands de l’Est] paresseux », « Allemands de Russie » nouvellement installés contre les migrants arrivés antérieurement… et ainsi de suite.
En jouant intelligemment ces différents groupes les uns contre les autres, l’Etat réussit à déléguer la responsabilité politique du racisme aux perdants de la « réunification allemande ». La haine diffusée par les discours des politiques et des médias contre les « réfugiés économiques » ne pouvait, comme c’est encore le cas aujourd’hui, qu’inciter les gens à « agir » (violemment) – un appel auquel répondirent les militants de droite. En septembre 1991, le secrétaire général de la CDU, Ruehe, écrivit dans une circulaire que les sections de son parti devaient soulever le « problème préoccupant du nombre croissant de demandeurs d’asile » à tous les niveaux parlementaires. Il distribua des projets de résolutions prêts à être votés par les conseils municipaux et des modèles de communiqués de presse locaux sur la question des demandeurs d’asile, opposant le manque de places dans les crèches à l’accroissement des dépenses pour les réfugiés, et affirmant que l’accueil de réfugiés dans des gymnases d’écoles entraînerait une diminution générale des heures de cours dans les établissements scolaires. Quelques jours plus tard, à Hoyerswerda (Allemagne de l’Est), des centres d’hébergement de réfugiés et de travailleurs du Mozambique furent attaqués ; le conseil municipal se saisit de ces incidents pour se débarrasser à la fois des réfugiés et des travailleurs du Mozambique (l’ex-république « socialiste » d’Allemagne de l’Est accueillait peu d’immigrés, et ceux-ci venaient surtout du Vietnam et du Mozambique) (3).
Comme aujourd’hui, ces mesures administratives produisirent d’abord des situations d’urgence ou de pénurie (de logements, par exemple) au niveau local, puis une concurrence accrue entre les travailleurs qui fut exploitée par la propagande hostile aux migrants. Les conseils municipaux furent contraints de loger les réfugiés dans de grands centres d’hébergement et dans la plupart des cas ils réquisitionnèrent des maisons abandonnées dépourvues d’infrastructures convenables. Pour décourager les futurs réfugiés et stigmatiser ceux qui étaient déjà sur le sol allemand, l’Etat mit en place une procédure globale pour les demandeurs d’asile, pendant laquelle les réfugiés ne se voyaient plus attribuer d’aide monétaire mais seulement des dons de vêtements ou de nourriture.
Cette stigmatisation donna lieu à de violentes explosions racistes dans certaines régions, mais dans d’autres elle incita au contraire les membres de la « société civile » à soutenir davantage les réfugiés, et les réfugiés eux-mêmes à résister – par des boycotts de la nourriture, des grèves de la faim et des occupations de bureaux d’aide sociale. Pour neutraliser ces actes de solidarité, des bandes néo-nazies infiltrées par les services secrets lancèrent des pogroms et des attentats à la bombe qui furent parfois mortels. La police ferma les yeux, même sur les meurtres.
Peu après le pogrom de Rostock-Lichtenhagen (4) en août 1992, le gouvernement et l’opposition conclurent un « compromis sur l’asile » qui restreignait considérablement le droit d’asile. Une manifestation de 350 000 per­sonnes à Berlin marqua le point final de la résistance aux attaques contre ce droit.
La modification de l’article 16 de la Constitution en mai 1993 constitua une étape essentielle dans le processus d’européanisation du droit d’asile. Le concept de « pays tiers sûr » permit de déléguer les procédures juridiques aux Etats frontaliers de l’Union européenne ; la notion de « pays d’origine sûr » supprima de fait le droit à l’asile pour les ressortissants de ces régions.
Un dernier changement affectait la « loi sur l’immigration ». L’Etat déclara que seul un contingent défini de réfugiés fuyant des guerres obtiendrait l’asile, et uniquement pour un temps limité – ce qui impliquait que la résidence n’était plus considérée comme un droit individuel mais comme un acte administratif concernant un groupe limité de personnes et sur lequel on pouvait revenir à n’importe quel moment. Cette loi fut appliquée pour la première fois sur une grande échelle aux réfugiés de la guerre du Kosovo. Depuis 1993, la « loi sur les prestations accordées aux demandeurs d’asile » justifie légalement le traitement inégal des réfugiés en ce qui concerne les aides sociales minimales de base.
Les politiques considérèrent la diminution des demandes d’asile durant la première décennie du nouveau millénaire comme un succès. Ces dernières années, toutes les réglementations sont fondées sur la maxime implicite : « L’Allemagne n’est pas un pays d’immigration ! » et elles expriment avant tout le refus d’intégrer les « étrangers » en général, c’est-à-dire de leur donner des droits égaux.
Pendant le demi-siècle de 1950 à 2000, il y eut chaque année en moyenne 200 000 per­sonnes de plus à entrer en Allemagne que de personnes à en sortir. Pendant la première décennie du nouveau millénaire, ce chiffre a brutalement décru et est même devenu négatif. Durant ces années, les migrations économiques temporaires depuis les nouveaux Etats européens (Pologne, Roumanie, etc.) sont devenues la forme dominante d’immigration. Ce n’est qu’en 2010 que le solde migratoire est redevenu positif – la plupart des immigrés venaient d’autres pays de l’Union européenne, même si une proportion importante venait de pays non européens et au titre de demandeurs d’asile. L’origine et la citoyenneté les plus fréquentes chez les réfugiés changeaient chaque année. Beaucoup d’immigrés venaient des Balkans et du Moyen-Orient.

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Une nouvelle phase commence en 2008
On ne dispose que d’un seul chiffre exact concernant les réfugiés qui arrivent en Allemagne : le nombre de demandeurs d’asile. Depuis le début de la crise économique globale en 2008, ce nombre a d’abord augmenté lentement, de moins de 30 000 à 64 000 demandes en 2012, puis il a pratiquement doublé en 2013 pour atteindre 110 000, il est passé à 170 000 en 2014 et à plus de 390 000 en 2015 – ce qui est encore loin du chiffre de « plus d’un million » couramment cité. Parmi le million de réfugiés enregistrés en novembre 2015, nul ne sait combien ont quitté le pays, pas même l’administration – qui ignore aussi combien il y a eu de demandes doubles ou erronées, ou combien de réfugiés ont renoncé à déposer une demande face à une interprétation de plus en plus rigide du droit d’asile. L’Institut de recherche sur l’emploi de l’Agence fédérale pour l’emploi (5) estime qu’environ 70 % des réfugiés resteront en Allemagne.
Les Etats européens ont perdu le contrôle à de nombreuses reprises ; ils n’ont pas pu, ou n’ont pas voulu, enregistrer correctement les réfugiés. Certains pays n’ont pas transmis leurs chiffres à l’administration européenne, pour ne pas être tenus responsables des futures demandes d’asile. A la fois aux frontières et entre les frontières des Etats des Balkans, les colonnes de réfugiés ont été fréquemment et arbitrairement arrêtées, des denrées alimentaires et d’autres aides ont été retenues, ce qui a produit une situation de pénurie. A d’autres moments, les gouvernements ont offert de transporter gratuitement en train tous les réfugiés qui acceptaient de déposer une demande d’asile et d’attendre leur tour pendant des jours dans les conditions désastreuses des camps d’enregistrement. Tout cela a produit des images de ­colonnes de réfugiés apparaissant soudainement comme des « catastrophes naturelles » qui débordent les administrations de l’Etat malgré tous leurs efforts. Dans ce contexte, les chefs d’Etat ont justifié des mesures politiques répressives prises dans l’urgence – en particulier quand les réfugiés ont résisté aux conditions qui leur étaient faites et ont refusé de montrer la « gratitude » qu’on attendait d’eux.
Pendant les quatre dernières décennies, aucun gouvernement allemand n’a été capable d’élaborer une « politique migratoire » qui ait abouti à une régulation et un contrôle complets de l’immigration. Depuis l’été 2015, les dirigeants allemands ont dû prendre conscience du fait que les guerres, plus nombreuses, se sont rapprochées des frontières de l’Union européenne. Par conséquent, beaucoup plus de gens ont dû quitter leur foyer de manière permanente. La construction de camps de réfugiés temporaires dans les Etats proches des zones de guerre ne suffit pas à protéger l’Allemagne, parce que ces régions sont elles aussi déstabilisées par l’ampleur des migrations, et que les réfugiés luttent contre l’enfermement et les conditions de vie dans les camps. C’est pourquoi de plus en plus d’immigrés sont arrivés en Allemagne depuis 2012.
En juillet 2012, la Cour constitutionnelle fédérale a statué que le « niveau de subsistance minimum permettant une existence digne », garanti par la constitution, s’applique à toutes les personnes résidant en Allemagne. Bien qu’on attende encore la mise en œuvre de cette décision, elle portait un coup à la politique visant à dissuader les immigrés de venir en Allemagne en abaissant les normes de protection sociale. Cette décision doit être comprise comme une conséquence du large soutien apporté aux demandeurs d’asile et de leur résistance persistante contre un traitement inégalitaire. L’amplification de ce mouvement explique aussi pourquoi l’Etat a moins expulsé ces dernières ­années. En 2013 et 2014, environ 10 000 personnes ont été expulsées chaque année, puis 18 360 en 2015, pour la plupart pendant la seconde moitié de l’année – c’est un chiffre important, mais il ne concerne qu’environ un quart des déboutés du droit d’asile sous le coup d’un arrêté d’expulsion. En réalité, l’Etat n’a pas réussi à abaisser le quota de reconnaissance des demandes d’asile en dessous de 1 %, ce qui aurait signifié en pratique l’abolition du droit d’asile.
Depuis 2012 environ, les réfugiés qui arrivent en Allemagne bénéficient de la présence de plus en plus confiante et organisée de ceux qui vivent déjà sur place. Ce sont ces réfugiés qui ont protesté contre l’« obligation de résidence » (leur interdisant de quitter la ville qui leur avait été assignée), qui ont occupé des immeubles et organisé des grèves de la faim. Le mouvement des réfugiés de Lampedusa est né en 2013 sur la base de ces actes de résistance. Ce mouvement jouit de la sympathie et du soutien de la société civile, comme en témoigne le nombre croissant de paroisses qui les accueillent, fournissant abri et protection – l’accueil dans un bâtiment religieux est censé empêcher les expulsions (aujourd’hui 450 personnes ont trouvé refuge dans 300 lieux de culte). On peut aussi citer les protestations de lycéens contre l’expulsion de leurs condisciples.
Pendant les années 1990, seuls quelques militants de la gauche radicale et de petits groupes de la société civile soutenaient les réfugiés. Cependant, il y eut des actions contre les Fresspakete (littéralement « paquets de bouffe », des colis de nourriture, souvent de mauvaise qualité, distribués aux réfugiés à la place d’une allocation temporaire), qui visaient aussi les institutions charitables et les entreprises qui tiraient profit de la misère des réfugiés. Aujourd’hui, au contraire, des centaines de milliers de « volontaires » soutiennent les réfugiés, et les militants de gauche ne constituent qu’une minorité d’entre eux. Une étude menée par l’église protestante affirme que huit millions de personnes ont aidé des réfugiés, d’une manière ou d’une autre, en 2015. Cet engagement et le contact avec les réfugiés et leurs luttes ont radicalisé les gens – par exemple, sur des questions comme l’implication de l’Allemagne dans certaines guerres ou l’exportation d’armes par l’Allemagne.
Dans le même temps, le degré de violence envers les réfugiés a de nouveau atteint un niveau comparable à celui des années 1990. Merkel a même mis en garde contre un « nouveau NSU » (Nationalsozialistischer Untergrund) (6). On observe une radicalisation de la droite au-delà du milieu militant organisé – mais aujourd’hui les fascistes ne peuvent pas se présenter comme l’expression d’un refus relativement homogène des immigrés par la société, leur violence est plutôt l’expression d’un élargissement des divisions sociales. Pegida (7) et compagnie rendent responsables certains segments plus faibles de la société de leur propre peur d’une dégradation sociale. En déclarant que les migrants sont des sous-hommes, ils veulent justifier l’idée que ces « autres » n’ont pas droit à ce qu’ils réclament. C’est une résistance imbécile au programme de modernisation du capital, qui ne menace pas du tout ce dernier mais l’aide au contraire à réaliser son programme. C’est pourquoi les flics laissent Pegida se développer – et pourquoi, dans la plupart des cas, l’« Etat profond » (8) toléra les attentats à la bombe et autres violences contre les réfugiés.


L’Union européenne, une forteresse qui s’effondre
En termes d’impact sur l’Union européenne, la crise des réfugiés de la seconde moitié de l’année 2015 a eu des effets plus graves que la « crise grecque » de la première moitié. L’Europe se désagrège, les accords de Schengen sont en morceaux. Pour être clair : les accords de Schengen n’entendaient pas fermer hermétiquement les frontières extérieures de l’Europe, mais les murailles étaient (et sont) supposées suffisamment élevées pour n’être escaladées que par des candidats en bonne santé physique et mentale, disposant d’argent et de ressources personnelles ou familiales, et fortement motivés. Cela supposait une division du travail sans accrocs entre les différents Etats de l’Union européenne, conformément à l’accord de Dublin. Mais les gouvernements italiens et grecs ont laissé passer les réfugiés vers l’Europe du Nord sans enregistrer leurs demandes d’asile. A partir de 2015, chaque pays s’est mis à tenir compte uniquement de ses propres intérêts.
Les pays de l’Est en « première ligne » refusent désormais catégoriquement d’accepter des réfugiés, mais ils tolèrent tacitement des migrations économiques « pendulaires » et engagent un large processus de naturalisation de certains ressortissants des pays limitrophes. L’Etat polonais se souvient de ses minorités « polonaises » en Ukraine ; la Hongrie se rappelle les « Hongrois » d’Ukraine ; les Roumains souhaitent la bienvenue à leurs frères et sœurs de Moldavie, perdus de vue depuis longtemps, etc. Ces gouvernements nationalistes imitent la politique de l’Allemagne vis-à-vis des « derniers rapatriés de souche allemande ». Les Etats souhaitent des immigrants politiquement conformes (pour faire les travaux mal payés de l’agriculture ou du bâtiment et remplacer les « autochtones » qui ont quitté le pays pour aller travailler en Europe de l’Ouest) et gardent leur posture agressive envers certaines parties de la population qui sont supposées ne pas mériter la citoyenneté. L’avant-garde dans ce domaine est représentée par les pays baltes, qui ont déchu de la citoyenneté toutes les personnes arrivées d’autres républiques soviétiques après 1940, ainsi que leurs familles, les rendant ainsi apatrides. L’exclusion systématique des Roms dans les Etats du Sud-Ouest de l’Europe obéit à la même logique.
De nombreux pays d’origine des réfugiés arrivés dans les années 1990 sont devenus des Etats membres de l’Union européenne depuis, ou ont signé des accords pour une immigration sans visas. L’extension des frontières de l’Union européenne a facilité la délocalisation des emplois mal payés des industries de sous-traitance vers ces nouveaux Etats membres, tout en régulant les migrations en provenance de ces Etats par l’intermédiaire d’une progressive « libre circulation de la main-d’œuvre ». Pour les travailleurs d’Europe de l’Est, l’accès au marché du travail européen dépendait de longues périodes de transition nationales qui restreignaient temporairement la circulation des travailleurs, comme l’avaient demandé en particulier les syndicats allemands. Pendant les sept années qui suivirent le premier élargissement en 2004, les personnes originaires d’Estonie, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne, de Slovaquie, de Slovénie, de la République tchèque et de Hongrie pouvaient déjà travailler comme « auto-entrepreneurs » ou comme salariés de compagnies étrangères en Allemagne, pour de bas salaires et avec une couverture sociale réduite. En 2011, environ 470 000 Polonais habitaient en Allemagne, plus que les ressortissants des sept autres pays de l’Est mentionnés ci-dessus. La Roumanie et la Bulgarie, intégrées en 2007 avec les mêmes conditions, se classaient deuxième et troisième respectivement, avec 160 000 et 94 000 personnes.
La suppression des obligations de visa pour certains Etats de l’Ouest des Balkans en 2009-2010 a donné lieu à un afflux supplémentaire de travailleurs qu’il était facile de faire chanter et donc de forcer à accepter de bas salaires. Les citoyens de pays non européens comme la Serbie ou la Bosnie peuvent désormais entrer en Europe comme « travailleurs détachés » dès lors qu’ils ont un contrat de travail avec une entreprise slovène ou, bientôt, croate. En 2014, pour la seule Slovénie, 60 000 formulaires A1 (confirmant que l’intéressé possède une couverture sociale dans le pays d’origine de la principale compagnie responsable du contrat) ont été fournis à des citoyens des Etats balkaniques frontaliers. Sans contrat de travail, il est possible d’entrer dans l’Union européenne sans visa et d’obtenir, par exemple en demandant l’asile, un droit de résidence et une allocation temporaires. Un scénario du même genre est en vue pour la suppression de l’obligation de visa pour la République de Géorgie et l’Ukraine, récemment recommandée par la Commission européenne.
D’après les chiffres d’octobre 2015 du Fichier central des citoyens étrangers en Allemagne, le nombre d’immigrés a augmenté de 820 000 personnes en un an, dont 340 000 en provenance de pays européens, 260 000 de pays en situation de guerre ou d’urgence et 120 000 de l’ouest des Balkans. Aujourd’hui 650 000 Roumains et Bulgares sont officiellement enregistrés en Allemagne ; 80 % d’entre eux sont arrivés durant les cinq dernières années. L’immigration constante depuis la Pologne a aussi augmenté depuis 2011 ; aujourd’hui environ 600 000 personnes originaires des pays entrés dans l’Union européenne en 2004 ont un travail à temps plein ou à temps partiel en Allemagne. Depuis janvier 2014, avec la liberté de circulation complète de la main-d’œuvre, le nombre de Roumains et de Bulgares disposant de contrats de travail allemands a aussi augmenté rapidement.
Il existe aussi un nombre difficile à définir de travailleurs migrants temporaires ; une étude de la fondation Boeckler estime qu’en 2012 environ 800 000 travailleurs sont venus en Allemagne pour des contrats de travail temporaires, 80 % d’entre eux depuis l’Europe de l’Est.
En général, les immigrés en Europe arrivent de deux directions : du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord d’une part, d’Europe de l’Est d’autre part. Dans les pays d’Europe du Sud, les « migrants illégaux » constituent la principale force de travail dans des secteurs comme l’agriculture, le bâtiment et la logistique. Il existe un rapport étroit entre les migrations depuis des pays extérieurs à l’Union européenne et les migrations intérieures à l’Union européenne. Partout en Europe, de nombreux jeunes essaient d’échapper au travail en usine, à l’agriculture et au travail manuel en général. Une grande partie des jeunes étudie et espère obtenir un emploi, même temporaire, dans le secteur public – ou faire carrière dans un secteur florissant de l’économie. La « pénurie de main-d’œuvre » dans les sales boulots de l’agriculture, du bâtiment et des soins de santé est compensée par les migrants. Pendant le boom économique au début du millénaire, l’afflux d’émigrés vers la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal a permis à la jeune génération « autochtone » de monter dans l’échelle sociale. Depuis le début de la crise, un grand nombre de jeunes chômeurs de ces pays d’Europe du Sud, qui ont fait des études supérieures mais n’ont que peu de perspectives d’emploi, sont allés plus au nord, en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni. Ces dernières années le solde migratoire des Etats du Sud de l’Europe en crise vers l’Allemagne a été de 30 000 à 40 000 par an.
Le processus de segmentation vers le bas de la classe ouvrière allemande
En Allemagne aussi la segmentation vers le bas du marché du travail, due à cette combinaison particulière de développement technique et d’une main-d’œuvre immigrée bon marché, a permis à de nombreux jeunes Allemands d’échapper à la baisse des salaires en trouvant des emplois plus qualifiés. On peut prendre comme exemple le boom de la région de l’Oldenburger Münsterland, en Basse-Saxe, à l’ouest de l’Allemagne. Alors qu’on estime que 25 000 emplois disparurent dans l’industrie de la viande jusqu’en 2005, dans le même temps le nombre d’abattoirs a été multiplié par deux et un pôle d’industries agro-alimentaires et de construction a été établi. Selon les estimations du syndicat NGG (agro-alimentaire et hôtellerie) seuls 10 % de tous les travailleurs employés dans l’industrie de la viande ont des contrats permanents (si l’on inclut les équipes officieuses de bouchers et les travailleurs du nettoyage et de l’emballage, qui sont habituellement exclus de la catégorie « employés dans l’industrie de la viande »). « Officiellement », un quart des travailleurs de ce secteur sont des immigrés sous contrats d’entreprises étrangères – pratiquement sept fois plus qu’en 2011.
Dans le bâtiment, cette évolution avait déjà eu lieu dans les années 1990. Le syndicat IG BSE (bâtiment) essaya alors d’éliminer la concurrence de la main-d’œuvre bon marché en encourageant les travailleurs à dénoncer ceux qui travaillaient sans contrat ou sans carte de séjour et en appelant l’Etat à organiser des descentes sur les chantiers – ce qui contribua à instaurer une atmosphère raciste. Un accord collectif de régulation des contrats de travail des migrants, voté en 1996 et appliqué au départ seulement dans le bâtiment, conduisit à l’introduction d’un salaire minimum de branche pour les travailleurs du bâtiment – avec des montants différents pour l’ex-Allemagne de l’Est et l’ex-Allemagne de l’Ouest. Il faut souligner un aspect important de cette loi : elle attribue la responsabilité légale finale au principal contractant. Cela permet aux travailleurs de réclamer des salaires impayés même en cas de faillite de l’un des sous-traitants. L’extension de l’application de cette loi au-delà du secteur du bâtiment, d’abord en 2007 puis en 2009 et enfin en 2014, a concerné des branches dans lesquelles la proportion de travailleurs immigrés était élevée : le nettoyage, le bâtiment, la collecte des ordures et le recyclage, les soins aux personnes âgées, la blanchisserie et l’industrie de la viande.
Face à la crise en Europe de l’Est, un nombre croissant de travailleurs qualifiés sont partis en Allemagne – et ils sont arrivés au moment où le « secteur des bas salaires » s’étendait à la logistique au sens le plus large, par exemple à travers l’introduction de « contrats de service » (9) ou de « contrats d’entreprise » dans l’industrie de la sous-traitance et dans les départements d’assemblage des principales usines de l’automobile, où les salaires étaient traditionnellement élevés. Les syndicats allemands ont réussi à préserver une forme de paix sociale avec le capital grâce aux bas salaires des sous-traitants en Allemagne de l’Est. Le coût unitaire du travail put être abaissé dans les entreprises principales par la « rationalisation », l’intensification et la flexibilisation du temps de travail, tout en maintenant des salaires annuels plus ou moins stables – ce qui permit aux syndicats d’apparaître à la fois comme de « bons représentants » pour leurs membres et comme des « partenaires efficaces » pour les patrons. Les travailleurs des grandes sociétés furent mis au pas par la menace de « conditions bien pires » dans les marges industrielles et par la dérégulation des droits sociaux.
La segmentation accrue du marché du travail exclut les travailleurs « autochtones » de certains emplois : par exemple, si des sous-traitants roumains embauchent de la main-d’œuvre, un travailleur allemand ne pourra pas postuler à ce type d’emploi – ceci s’applique aussi aux pays d’Europe du Sud, où des taux de chômage très élevés chez les jeunes s’accompagnent d’un taux d’emploi élevé pour les migrants. Dans les années 1990, les immigrés de la deuxième génération – en particulier les enfants de « travailleurs invités » et d’« Allemands de Russie » – se trouvèrent marginalisés sur le marché du travail parce que les patrons embauchaient des migrants arrivés plus récemment. Jusqu’à maintenant, il fallait à peu près une génération aux immigrés pour se faire une place sur le marché du travail et obtenir l’égalité de traitement. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, pour beaucoup d’immigrés de la deuxième génération, la seule « mobilité sociale » envisageable est celle qui consiste à devenir, dans une économie mafieuse, un petit « intermédiaire » (propriétaire, recruteur d’équipe de travail ou sous-traitant) entre l’économie allemande et les immigrés récents qui parlent la même langue qu’eux.

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Luttes
Les immigrés d’Europe de l’Est résistent. Les travailleurs en grève dans l’industrie de la viande sont parfois attaqués par des groupes armés envoyés par le patron. Les syndicats et la majorité des travailleurs de ces entreprises ne participent pas à ces luttes et considèrent leur couverture par les médias comme une menace pour la viabilité de leur boîte. Ils s’efforcent d’éliminer la concurrence des bas salaires dans leur entreprise ou dans leur secteur en traitant systématiquement ces travailleurs immigrés comme s’ils leur étaient inférieurs.
Ce n’est qu’à partir de 2012 que les protestations des travailleurs migrants sont devenues de plus en plus visibles publiquement. Pour de nombreux immigrés, le recours aux médias semble plus prometteur que les grèves elles-mêmes, et les conseils juridiques donnés par certains syndicats et par des institutions religieuses vont dans ce sens. Les bas salaires sont aujourd’hui considérés comme un scandale public – même si, dans les petites villes ou à la campagne, dans des situations où une grande partie de la population locale bénéficie d’une manière ou d’une autre de l’exploitation des migrants (par exemple en tant que propriétaires de logement ou commerçants), les luttes ouvertes et directes sont difficiles. Les contestations sont principalement organisées autour de groupe linguistiques ou de communautés nationales, ou autour d’équipes de travailleurs et de sous-traitants basés dans ces communautés. A Lohne ou Emsdetten (petites villes rurales en Allemagne de l’Ouest) les manifestations de soutien n’ont jamais réussi à rassembler dans les rues plus de 200 personnes.
L’accès à la sécurité sociale et aux droits légaux garantis par la « liberté (formelle) de circulation des travailleurs » offre une certaine sécurité aux individus, mais ne garantit pas un statut égal à celui des citoyens allemands. L’Etat veut éviter que le droit à des prestations sociales, y compris en période de chômage, ne limite la possibilité de faire pression sur les immigrés pour qu’ils acceptent et gardent des emplois mal payés. L’Etat crée donc de nouvelles formes de chantage sur les travailleurs migrants, en entrelaçant de plus en plus la législation sociale et le droit au séjour. Par exemple, pour les citoyens européens résidant en Allemagne, la « liberté de circulation des travailleurs » n’est garantie que pendant six mois, à condition qu’ils aient un revenu et soient couverts par une assurance maladie. Ce n’est qu’au bout de cinq ans qu’ils peuvent obtenir un permis de résidence permanent et des indemnités de chômage selon la loi Hartz IV (10). Avant ces cinq ans, des droits échelonnés s’appliquent.


     D’après une décision de la Cour européenne de justice, un individu est considéré comme un salarié s’il travaille au moins 5,5 heures par semaine (ce qui correspond à 200 euros par mois au salaire minimum) ; il a alors droit aux « prestations liées à l’exercice d’un emploi » de la loi Hartz IV pour compléter son salaire. Parmi d’autres raisons, cela explique le nombre élevé de « mini-emplois » parmi les migrants de Bulgarie et de Roumanie, mais aussi de Pologne ; beaucoup travaillent au noir à temps plein et reçoivent des « prestations liées à l’exercice d’un emploi » pour leur emploi officiel à temps partiel – comme c’est aussi le cas pour beaucoup d’Allemands, d’ailleurs. A la différence de leurs collègues allemands, les immigrés ont plus de difficulté à sortir de ce système : celui qui quitte son emploi, ou le perd parce qu’il a résisté à son patron, court le risque de perdre sa carte de séjour.

 

Après une année de travail à temps plein, on a droit à six mois d’allocation de chômage (basée sur le revenu) et à six mois de prestations Hartz IV (prestations sociales minimum). Mais quand un travailleur immigré dépose une demande d’allocation, de nombreuses administrations informent l’Office des migrations, qui donne alors l’ordre à l’impétrant de quitter le pays – ceci arrive aussi aux citoyens de certains Etats fondateurs de l’Union européenne, comme l’Espagne ou l’Italie. L’enchevêtrement bureaucratique des administrations responsables de l’emploi et des prestations sociales d’un côté, et de l’Office des migrations de l’autre – présenté comme le moyen de traiter, à l’avenir, la questions des réfugiés – est déjà une réalité pour les migrants économiques. Il y a là une certaine logique, car la campagne contre « l’abus du droit d’asile », qui visait les réfugiés des Balkans, fut immédiatement suivie de la campagne de propagande contre l’immigration des « pauvres-venus-profiter-des-aides-sociales », à partir de la fin de l’année 2013.


La « main-d’œuvre potentielle » des réfugiés
Il existe deux pôles opposés à l’intérieur de la classe dirigeante :
– les défenseurs du libéralisme, dont les plus conséquents sont les Verts, demandent l’ouverture des frontières, associée à une dérégulation et à une réduction des prestations et des droits sociaux ; selon eux, tous ceux qui veulent venir en Allemagne devraient pouvoir le faire, mais c’est à eux de se débrouiller pour survivre ;
– à l’autre extrême, on trouve certains membres de l’ « Etat profond » et, sur la scène politique, les partis de droite et d’extrême-droite NPD/AFD/CSU et certaines fractions du SPD et de la CDU : ils exigent la fermeture des frontières, l’intensification du contrôle des migrations et le renforcement des forces de police.
Le processus actuel de négociation oscille entre ces deux pôles, mais en réalité leur objectif principal est identique, comme le montre le débat sur le « devoir d’intégration » des migrants : ils veulent transformer les migrants en « super-Allemands » et les utiliser pour imposer une restructuration du marché du travail européen – notamment par la « guerre contre le terrorisme », à l’intérieur et à l’extérieur.
Suivant les secteurs, les patrons veulent assigner des rôles différents aux réfugiés sur le marché du travail. Selon l’Institut de recherche sur l’emploi, la « population active potentielle » parmi les demandeurs d’asile s’accroîtra de 380 000 personnes en 2016, après être restée pratiquement stable en 2015 (d’après l’indice des migrations, novembre 2015). D’après le magazine Spiegel Online, le « conseil des experts pour le développement économique » (10) ne prévoit au contraire qu’une légère augmentation : il estime que sur les deux prochaines années 100 000 personnes au maximum entreront sur le marché du travail.
A la mi-octobre 2015, une controverse publique sur la politique d’intégration a éclaté dans le camp patronal. Michael Knipper, président de la Fédération patronale allemande du BTP, s’est plaint de « l’euphorie acritique de larges segments de l’industrie allemande ». L’industrie du bâtiment est un secteur très cyclique/saisonnier et transnational avec une main-d’œuvre largement immigrée. Les patrons du secteur ne misent pas sur les compétences des travailleurs « autochtones » et sur leurs « capacités d’innovation », mais sur la restructuration et l’abaissement des coûts de production obtenus grâce à des salaires de plus en plus bas et des conditions de travail de plus en plus dégradées. Certains patrons de l’industrie manufacturière ont une perspective différente. Ils ont désespérément besoin d’une « énergie nouvelle » dans leurs entreprises et ils cherchent des travailleurs qui croient encore en l’idée de faire carrière et veulent grimper dans l’échelle sociale – des idées sur lesquelles les immigrés de la deuxième et de la troisième génération ont fait une croix depuis longtemps.
Pour obtenir une qualification professionnelle et développer un sentiment de loyauté à long terme envers les entreprises et envers leur propre destin en Allemagne, les réfugiés doivent avoir un titre de séjour pérenne et prendre des cours de langue, mais aussi rompre les liens avec leur pays d’origine. Ceux qui doivent envoyer de l’argent chez eux ne peuvent pas s’en sortir avec les salaires relativement bas qui sont payés pendant les périodes de formation et d’apprentissage ; ils accepteront donc plutôt un emploi non qualifié dans un entrepôt, payé au salaire minimum. C’est pourquoi le capital a besoin d’alterner pressions et promesses de perspectives futures quand il s’agit des réfugiés. Depuis le 1er août 2015, pour les réfugiés, l’« intégration dans le marché du travail » commence par un emploi payé en dessous du salaire minimum (par exemple, des stages de longue durée, ou des cours pour obtenir des « compétences de base », dont la durée maximale vient d’être portée de six mois à un an). Cette période peut facilement être allongée, et les autorités peuvent inscrire de jeunes adultes ou des chômeurs de longue durée à ces cours, avant ou après un apprentissage, en prétendant qu’il leur manque des « compétences professionnelles » (11). La pression pour accepter cette extension des bas salaires est basée sur le fait qu’un immigré perd sa carte de séjour s’il perd son boulot – voilà la véritable « imbrication des agences pour l’emploi et de l’Office des migrations » !
Les mercenaires de Frontex
Le régime migratoire de l’Union européenne ne peut fonctionner que s’il structure aussi les marchés du travail extérieurs à son propre territoire. Des accords économiques comme le Partenariat euro-méditerranéen (Euromed) (12) s’accompagnent d’une coopération politico-militaire. Les accords concernant la sécurisation militaire des frontières et l’expulsion des migrants indésirables contiennent aussi, « en prime », l’offre de migrations économiques temporaires (généralement liées à des contrats de travail spécifiques) à partir de certains pays extérieurs à l’Union européenne, comme c’est le cas pour les « partenariats de mobilité européenne » signés avec certains Etats méditerranéens ou d’Europe de l’Est. La Turquie joue un rôle stratégique comme gardien de la frontière sud-est de l’Europe. Lors du sommet du G-20 à Antalya, un accord de trois milliards d’euros a été conclu, d’après lequel le gouvernement Erdogan est censé accorder des cartes de séjour et le droit de travailler aux Syriens venus en Turquie et renvoyer les autres réfugiés dans leur pays d’origine. En échange de ce contrôle plus strict des frontières externes de l’Union européenne par la Turquie, l’Union européenne envisage de libéraliser les conditions d’obtention de visa pour les citoyens turcs, ce qui augmenterait les possibilités pour les Turcs de venir travailler en Europe. De tels accords supposent la coopération de tous les Etats impliqués. Mais les gouvernements du Pakistan et de l’Afghanistan ont récemment refusé de « reprendre » leurs ressortissants expulsés de l’Union européenne. Et aucune somme d’argent n’empêchera le gouvernement Erdogan d’ouvrir ou de fermer les frontières, ou de provoquer des conflits militaires, en fonction de ses propres objectifs politiques.
La déclaration finale ronflante adoptée à Malte lors du sommet UE-Afrique, au début de novembre 2015, n’a pu non plus dissimuler à quel point les Etats contrôlent peu les migrations. L’Union européenne voudrait retenir les grandes masses de réfugiés dans ses régions limitrophes afin de les laisser entrer temporairement ou de les expulser à nouveau en cas de besoin. Une telle politique ne pourrait réussir que si ces régions limitrophes étaient susceptibles de donner du travail et un toit à ces migrants, ce qui semble plus irréaliste que jamais – non seulement en Afrique du Nord, mais aussi dans les Balkans, par exemple au Kosovo. C’est pourquoi l’Union européenne use fréquemment de soupapes de sécurité en ouvrant temporairement ses frontières. Dans certains Etats balkaniques, de nouveaux accords de recrutement ont été signés en été 2015 : à partir de 2016, certains travailleurs « moins qualifiés » des Etats de l’Ouest des Balkans (salariés qui résident déjà en Allemagne) sont autorisés à travailler en Allemagne s’ils peuvent prouver qu’ils ont une offre d’apprentissage ou d’emploi – mais seulement à condition qu’ils renoncent à leur demande d’asile avant le 24 octobre 2015, et retournent dans leur pays d’origine (afin de de revenir en Allemagne, le cas échéant).


Des possibilités de généralisation ?
Le travail manuel non qualifié – que ce soit dans l’agriculture, dans le bâtiment ou dans l’industrie – est de plus en plus assuré par des immigrés. Les migrants supportent les conditions de travail dans ces secteurs parce qu’ils sont habitués à bien pire. L’organisation de grèves communes avec les travailleurs « autochtones » est difficile quand les migrants sont habitués à des normes de travail et de vie bien moins élevées – et elle est encore plus difficile quand la « strate des hauts revenus » (propriétaires de logements, etc.) profite de la surexploitation des immigrés. Ces dernières années, les luttes de migrants sont nées surtout sur des lieux de travail où la grande majorité des travailleurs étaient des immigrés, par exemple dans l’agriculture ou la logistique en Italie. En Allemagne, où l’accès au marché du travail est très régulé et segmenté de manière multiple, il y a eu de nombreux conflits, mais pratiquement aucune lutte de grande ampleur.
Pendant l’année 2015, les réfugiés n’ont pas seulement contraint le gouvernement à modifier ses plans, ce qui a eu pour effet de politiser des centaines de milliers de « soutiens », mais ils ont aussi, par leur nombre, transformé en enjeux « publics » les questions des salaires, des conditions de travail et du logement. Aucune de ces questions ne se résoudra toute seule, elles sont toutes contestées et conflictuelles. L’Etat suscite une concurrence entre les travailleurs – par exemple en termes de logement, car si des logements sociaux ont été construits, ils étaient au départ destinés seulement aux réfugiés. C’est pourquoi les luttes sur la question du logement et les occupations actuelles sont si importantes ! Elles posent le problème d’un logement abordable pour tous.
Un autre exemple : le logement en masse dans des quartiers éloignés, mal desservis par les transports en commun, avec peu de crèches, d’écoles, de médecins, etc. Des initiatives de la société civile sont souvent nées en réaction à ces problèmes, et elles s’expriment parfois de façon assez contradictoire. L’initiative « Non ! à la politique – Oui ! au soutien » à Neugraben, une banlieue de Hambourg, qui a beaucoup attiré l’attention des médias pendant ces derniers mois, est un exemple d’opposition pragmatique à ce type de politique étatique envers les réfugiés. En mettant en avant leurs positions antiracistes, ces mouvements se différencient clairement de la manière dont Pegida aborde le problème. Dans des cas semblables, la gauche politique devrait parfois écouter avec attention avant d’accuser les gens d’être des fascistes.
L’hégémonie de la droite politique dans certaines régions est fondée sur l’insécurité sociale, qui ne vient pas seulement de la crainte de pertes matérielles. L’accroissement de la concurrence capitaliste dissout aussi les réseaux familiaux et l’environnement social dans lequel chacun vit. Il est évident qu’il faut définir une « ligne de démarcation antifasciste » en réponse à l’hégémonie culturelle de la droite politique – mais une « lutte culturelle » ne suffit pas. Il nous faut développer d’autres idées sur la manière d’articuler nos actions aux antagonismes sociaux. L’arrivée massive de réfugiés nous met dans une meilleure position pour le faire que ce n’était le cas ces dernières années. Nous pouvons nous saisir des questions soulevées par les réfugiés et en faire de nouveau des questions publiques, communes, sociales. La gauche radicale peut aussi soutenir les luttes des migrants en aidant à dépasser les frontières entre les communautés – des cours de langue auto-organisés peuvent être utiles de ce point de vue. La résistance contre les expulsions et pour le droit de résidence est une condition préalable au développement des luttes – et ici nous ne pensons pas tant aux décisions légales qu’à la résistance pratique contre la répression, la surveillance policière, les rafles dans les villes et sur les lieux de travail.
Chaque fois que nous soutiendrons les réfugiés, nous serons confrontés à l’Etat – selon la situation, il fera des offres d’intégration ou attaquera de manière répressive. Nous ne pourrons nous opposer à la fois aux deux aspects de cette alternative que si nous partons des conditions de la classe ouvrière tout entière – et s’il est parfaitement clair pour nous que nous ne voulons pas être intégrés à l’Etat.

(traduit de la version anglaise par C. E.)

 NOTES

(1) La loi allemande autorise les habitants des ex-pays de l’Est pouvant justifier d’une ascendance allemande à demander la nationalité allemande (article 116 de la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne). [NDT.]
(2) « En 1988, le nombre de demandeurs d’asile dépassa de nouveau la barre des 100 000. Durant l’année des révolutions européennes en 1989, ce nombre atteignit 120 000. En 1990, dans l’Allemagne réunifiée, environ 190 000 demandes d’asile furent enregistrées, en 1991 pratiquement 260 000, et finalement près de 440 000 en 1992 – beaucoup de demandeurs d’asile venaient alors d’Europe de l’Est et du Sud-Est, principalement des réfugiés de l’ex-Yougoslavie, mais aussi des Roms de Roumanie.
Dès 1987, le nombre de « rapatriés de souche allemande » (« Russes-Allemands ») augmenta rapidement. Ils furent plus de 200 000 à arriver en Allemagne en 1988, 390 000 en 1989, et pratiquement 400 000 en 1990. De plus, l’émigration désormais légale depuis la RDA (Allemagne de l’Est) permit à 390 000 personnes de passer « à l’Ouest » en 1989, et à 395 000 de faire de même en 1990. La migration est-ouest diminua dans les années suivantes pour atteindre 250 000 personnes en 1991, 200 000 en 1992 et 172 000 en 1993. Entre 1994 et 1997, ce chiffre se stabilisa entre 160 000 et 170 000. »
Bundeszentrale für Politische Bildung (2005) : Anstieg der Asylgesuche 1988-1992.

(3) L’article du numéro 57 de Wildcat qui donne plus d’informations sur cet incident n’a pas été traduit. Mais sur la question des attaques racistes et de l’Etat au début des années 1990, on peut lire en anglais cet article du numéro 60 :
http://www.wildcat-www.de/en/wildcat/60/w60e_ros.htm

(4) Bande-annonce d’un documentaire sur ces attentats : https://www.youtube.com/watch?v=EBQnc7MQLt0

(5) http://www.iab.de/en/iab-aktuell.aspx

(6) Le National-Sozialistischer Untergrund (NSU, Clandestinité nationale-socialiste) est un groupe terroriste qui a assassiné plusieurs immigrés pendant les années 2000 ; il était largement infiltré par des agents des services secrets :
https://viewpointmag.com/2014/09/11/the-deep-state-germany-immigration-and-the-national-socialist-underground/.
(7) Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes [Pegida]) est une plate-forme de droite qui a repris les « manifestations du lundi » en Europe de l’Est [sur le modèl de celles qui avaient lieu avant la chute du mur], mais cette fois contre les musulmans et les autres immigrés. Les manifestations de Pegida ont commencé dans des villes d’Allemagne de l’Est comme Dresde et se sont propagées à d’autres villes allemandes, rassemblant jusqu’à 10 000 personnes. https://en.wikipedia.org/wiki/Pegida
(8) En 2011 éclata en Allemagne le scandale du Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, voir note 6), qui fit apparaître au grand jour les connexions entre les services secrets, les services de sécurité et les groupuscules fascistes en Allemagne – Wildcat utilise la notion d’« Etat profond » pour décrire cette strate cachée du pouvoir. On peut lire en anglais :
http://www.wildcat-www.de/en/actual/e075_nsu.html
http://wildcat-www.de/en/wildcat/95/e_w95_greece.html (NDT).
Voir Echanges nos 141 (« Extrême droite en Allemagne », p. 11), 142 (« Allemagne : impuissance de l’antifascisme », p. 16), 144 (« Extrême droite et Etat en Allemagne », p. 27), 148 (« L’Etat allemand et ses complicités », p.38) et 151 (« Nénoazis allemands «, p. 24). (9) Les « contrats de service » permettent aux entreprises de faire travailler certaines personnes sans les embaucher directement : elles sont embauchées comme « prestataires de service » pour une tâche déterminée ; souvent les conventions collectives ne s’appliquent pas à ces contrats.(10) Lois Hartz : une réforme de la législation du travail et des prestations sociales inspirée par Peter Hartz, alors directeur du personnel chez Volkswagen, fut menée entre 2003 et 2005 en Allemagne sous le mandat du chancelier Schröder. En particulier, la loi « Hartz IV » a réduit le montant des indemnités de chômage et fortement durci les conditions d’obtention d’une allocation. (NDT.)

 



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INFOBREF N°483-Cheminots suicides

INFOBREF N°483

La Poste mise sur l'ubérisation

Brève

08/03/2017

La filiale GeoPost, qui en détenait déjà 22 %, vient de racheter l'ensemble de Stuart, plateforme de livraison de colis en ville, essentiellement à vélo. La Poste espère un grand développement de Stuart, avec la livraison en une heure... au moindre coût en main d'oeuvre. L'entreprise fonctionne avec des coursiers auto-entrepreneurs et prélève 20 % de chaque course, comme Uber avec ses chauffeurs.

L'ensemble du patronat, des petites entreprises aux grandes comme La Poste, continue à explorer les pistes pour renouveler et renforcer l'exploitation. Les travailleurs, pour s'y opposer, devront unir leurs forces à la même échelle.

CRIMES DU CAPITAL

Un cheminot victime de harcèlement par sa direction se suicide en se jetant sous un train

Publié le 11 mars 2017

Photo : Julien Hazemann, Hans Lucas. Edouard est au centre de la photo.

Edouard était cheminot à Saint Lazare et militant à SUD Rail. Depuis plusieurs mois, il était la cible d’une répression acharnée de la part de la direction de la SNCF. Il était accusé d’avoir « un regard menaçant et d’être cause de souffrance pour la direction ». Edouard avait le statut de travailleur handicapé, mais la direction de la SNCF, dans son objectif de réprimer tous ceux qui contestent sa politique, avait décidé de ne même pas respecter la règlementation du travail concernant les travailleurs handicapés en décrétant sa mutation sans passer par le CHSCT. Et ils ont continué à le sanctionner : 12 jours de mise à pied, mutation disciplinaire, et dernier avertissement avant licenciement… Edouard n’a pas supporté cette pression et cet acharnement et a décidé de mettre fin à ses jours. C’est inadmissible que des travailleurs en arrivent là, et malheureusement Edouard n’est pas le seul ! Ce n’est pas un accident, ce n’est pas simplement un suicide… c’est un crime !

Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de SUD Rail Paris Saint Lazare :

Un de nos militants et délégué du personnel a mis fin à ses jours, cette nuit.

Depuis plusieurs années il était attaqué par une direction qui ne supportait pas son engagement syndical mis au service de la défense de ses collègues et sa lutte contre les injustices.

Dernière étape d’une direction inhumaine un conseil de discipline qui l’avait condamné à un dernier avertissement avant licenciement, avec 12 jours de mise à pied et à un déplacement disciplinaire pour avoir eu « un regard menaçant » envers son directeur.

Le déplacement par mesure disciplinaire venait de lui être signifié sans aucun respect des règles, car salarié « RQTH » (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé) il aurait dû passer par le CHSCT. De plus la direction n’ignorait pas que son médecin préconisait depuis plusieurs années pour sa santé qu’il reste dans son environnement de travail et interdisait tout déplacement.

La direction SNCF doit prendre conscience que ses pressions managériales, les restructurations perpétuelles et la répression syndicale, qu’elle mène depuis plusieurs dizaines de mois, pousse à bout les agents, qui finissent par mettre fin à leur jour.

Nous sommes partagés entre la tristesse et la colère envers une direction inhumaine.

Nous nous associons pleinement à la douleur de sa famille, ainsi que de ses proches.

Quand la répression de la direction SNCF pousse au suicide et appelle à la révolte

Publié le 12 mars 2017

Après avoir appris le suicide d’Edouard, cheminot à la gare de Saint Lazare, victime de harcèlement et discrimination de la part de sa direction, de nombreux cheminots expriment leur tristesse et leur colère sur les réseaux sociaux, dans les gares et établissements. Le cas d’Edouard, poursuivi par sa direction en raison de son activité en défense de ses collègues, n’est malheureusement pas isolé. Ce crime qu’est la mort d’Edouard, ne doit pas rester impuni, et la direction de la SNCF est responsable. Il est temps que les cheminots expriment leur colère pour que cette politique de répression et de casse du service public s’arrête. Cela doit se faire par le seul langage que comprend la direction, celui de la grève et la révolte. Pas un travailleur de moins ! #AssezDeViesBroyees #StopRepressionSNCF

Correspondants

Une politique managériale à la « France Télécom » qui pousse au suicide

Après la tristesse d’avoir appris la mort de leur camarade Edouard Postal, militant Sud Rail de la région de Paris Saint Lazare, la colère gronde chez les cheminots. Les commentaires d’indignation affluent sur les réseaux sociaux de la part de nombreux cheminots partout en France, qui demandent justice après la terrible nouvelle du suicide de leur collègue, qui a décidé de mettre fin à ses jours après avoir reçu l’ordre de mutation, qui était valable à partir de lundi prochain.

Les grands médias relaient le discours de la direction de la SNCF, et essayent de faire passer Edouard Postal comme quelqu’un de déséquilibré psychologiquement. Ce n’est en fait qu’une vaste mascarade, essayant de mettre de côté cette répression patronale qui l’a poussé au suicide. « Ils l’ont poussé à bout, et maintenant le discours de la direction c’est de dire qu’il avait des problèmes psychologiques. Mais c’est la direction de la SNCF qui est responsable, et c’est eux qui doivent être mis en examen », affirme un délégué du personnel SUD Rail de Paris Nord. Edouard était l’objet de plusieurs attaques disciplinaires, suite à une procédure judiciaire qu’il avait engagé il y a un an. Il avait gagné aux prud’hommes, condamnant la direction de l’Etablissement Gares Transilien de St Lazare à plus de 45.000€.

De la répression anti-syndicale pour mieux faire passer les réformes

C’est à grande vitesse qu’on se dirige vers les réorganisations et les suppressions de postes afin de préparer cette ouverture à la concurrence que Guillaume Pepy attend de ses vœux depuis le passage de la réforme de 2014. La direction mène une politique sociale désastreuse depuis plusieurs années, avec la multiplication des accidents de travail, encore un cheminot est mort électrocuté à Amiens la semaine dernière, mais aussi des licenciements et une répression anti-syndicale qui ne cesse d’augmenter.

Mais la SNCF n’est malheureusement pas une exception, de nombreux suicides et accidents de travail mortels ont lieu régulièrement dans les hôpitaux, à la Poste, dans le secteur automobile… On ne saurait se rappeler de l’exemple de France Télécom. Un des dirigeants de la SNCF se vantait en 2014 de vouloir « faire partie de la classe France Télécom, et non de la classe SNCM … ». Voilà cette politique inspirée du Lean Management, que développe à coup de pression mise par les encadrants au quotidien sur l’ensemble des cheminots. Jusqu’où la direction de la SNCF est-elle prête à aller pour préparer le terrain aux multiples réorganisations ?

Combien de vies ouvrières les dirigeants vont se permettre de broyer avant que l’on se révolte et que l’on mette un coup d’arrêt à cette politique ?

Il y a urgence à s’organiser et se mobiliser pour que cette politique s’arrête

La direction essaie d’instrumentaliser le fait qu’Edouard avait le statut de travailleurs handicapé pour se dédouaner de ses responsabilités, alors que cela la rend encore plus responsable de la mort de notre camarade. Edouard n’était ni fou, ni tête brulée. Il était simplement un militant actif qui essayait de combattre au quotidien la politique de la direction, dans l’intérêt des cheminots et des usagers. Son combat ne restera pas vain, car sa mort a suscité de nombreuses réactions. Sur les réseaux sociaux, de nombreux commentaires appellent à la mobilisation, à la grève. D’autres appellent à se rassembler dès lundi et à exiger la mise en examen immédiate du Directeur d’Etablissement Gare Transilien de St Lazare, M. Emmanuel Teboul, qui a lancé en octobre la demande de sanction pour « regard menaçant » et qui a demandé 12 jours de mise à pied avec mutation disciplinaire. Il doit maintenant rendre des comptes, comme toute la direction.

Mais Edouard Postal n’était que l’un des 400 cas de répression recensés actuellement à la SNCF. Des prises de positions de nombreuses structures syndicales des cheminots, même à échelle

nationale, commencent à circuler. La colère gronde et l’idée de se mobiliser, tous les cheminots ensemble, indépendamment de leur syndicat, syndiqués et aussi non syndiqués, commence à faire son chemin. Les différentes organisations syndicales au sein de la boîte devraient se réunir au plus vite pour définir un plan de lutte et d’action. Parce que ce qui est arrivé à Edouard concerne tous les cheminots et c’est tous ensemble qu’il faut réagir.

Edouard à jamais dans nos mémoires !

Publié le 13 mars 2017

Après les prises de positions du syndicat SUD-Rail Saint Lazare et de SUD-Rail au niveau fédéral, nous relayons ci-dessous quelques-uns des communiqués relayées par différentes structures syndicales, ainsi que des commentaires que de nombreux cheminots ont relayé sur les réseaux sociaux. C’est leur manière d’exprimer leur colère et leur indignation face au suicide de leur collègue Edouard, vendredi dernier en gare de Saint Lazare, qui a décidé de mettre fin à ses jours après des années de harcèlement de la part de la direction. Comme ils sont nombreux à le rappeler, ce n’est pas un accident, ce n’est pas simplement un suicide. C’est bien un crime patronal ! Un rassemblement aura lieu mercredi 15 mars à 10h30 en gare de Saint Lazare.

Correspondants

Communiqué des cheminots du Bourget :

Edouard à jamais dans nos mémoires !
C’est avec énormément de tristesse et de colère que nous apprenons ce Samedi 11 Mars, le suicide de notre frère Edouard Postal, militant Sud Rail sur la région de Paris Saint Lazare à l’Etablissement Gare Transilien.
Toutes nos condoléances vont à sa famille, ses proches et ami(e)s. Nous tenons également à témoigner tout notre soutien à nos camarades cheminots de St Lazare et à nos frères d’armes du syndicat Sud Rail. Sachez que les cheminots du Bourget sauront se mobiliser avec vous pour Edouard, comme il s’était lui-même mobilisé pour demander le retrait des sanctions à l’encontre de Nathalie et Anasse, délégués Sud Rail de Paris Nord réprimés en Janvier dernier.
Ce drame est pour nous comme un cauchemar duquel nous souhaitons tous nous réveiller, mais hélas ce qui est arrivé dans la nuit du 10 Mars est bien réel. Nous avions encore eu le plaisir, de discuter avec lui lundi, lors du rassemblement au procès en appel d’Arnaud Bellettre, devant le TGI d’Amiens. Fidèle à lui-même, calme et discret, toujours un mot gentil, il nous racontait son actualité disciplinaire, comme une longue route semée d’embuches, comme c’était déjà le cas depuis plusieurs mois. Nous étions souvent en contact avec lui, pour savoir comment les choses se déroulaient de son côté. Pour nous, la répression qu’il vivait depuis le printemps 2016 et sa sanction de 12 jours de mise à pied avec mutation disciplinaire, pour « un regard menaçant », était un symbole de cet acharnement patronal, prêt à tous les moyens pour museler la liberté syndicale, et faire taire tous ceux qui contestent leur politique de casse et de privatisation de la SNCF.
Hélas aujourd’hui il n’est plus là, nous ne verrons plus son sourire et son regard toujours plein de profondeur, dans les manifestations, les piquets de grève ou les rassemblements. Il y aura dorénavant pour tous les cheminots, un avant et un après. Nos combats et notre militantisme ne seront jamais plus pareil, après sa disparition.
Cette répression qu’il vivait depuis plusieurs mois maintenant, lui a coûté la vie, comme un dernier acte militant… l’acte d’un camarade désespéré par le manque d’humanité de cette direction, qu’il avait déjà attaquée aux prud’hommes et fait condamner pour discrimination. Car oui, Edouard était un militant qui ne lâchait jamais rien, toujours combatif et déterminé à aller au bout des choses. Si le militantisme devait porter un nom, il aurait surement celui d’Edouard Postal, de Rémi Fraisse ou des autres militants qui ont payé de leur vie cette violence du capital, qui elle tue, pendant que, eux pleurnichent pour quelques chemises arrachées, ou quelques palettes brulées.
Nous voulons comme tout le monde que justice soit faite, même si ça ne le ramènera pas, mais espérons que les travailleurs se réveillent, comme il le disait si bien, et s’unissent tous ensemble pour établir le rapport de force le plus large possible ! La mobilisation de tous les cheminots est nécessaire pour faire cesser cette politique, qui nous arrache jour après jour des collègues, soit par accident de travail mortels, qui sont malheureusement de plus en plus fréquent à la SNCF, soit en poussant les cheminots jusqu’au suicide.
Sud Rail / EIC Paris Nord - UO Bourget

Communiqué de la CGT Cheminots de Versailles :

Suicide d Édouard : entre larmes, indignation et colère....
Le syndicat CGT des cheminots de Versailles se joint au deuil de tous les cheminots, après l’annonce du suicide d’Edouard Postal, et adresse ses condoléances à ses proches, à son syndicat et à tous ses collègues de l’Etablissement Gares Transilien, Lignes LAJ.
Si personne ne sait jamais tout ce qui peut conduire à un tel choix irréversible, personne ne peut nier qu’il n’est pas anodin pour un cheminot de se jeter sous un train.
Nous connaissons bien l’EGT Lignes LAJ et sa direction de choc, prise la main dans le sac il y a quelques mois à tenir des fichiers de renseignements personnels illégaux et injurieux sur ses agents.
Nous connaissons bien l’EGT des Lignes LAJ et sa direction de choc qui se veut l’élève modèle de l’application brutale des restructurations demandées par Transilien, quitte à passer ses projets avec une grande violence sociale qui génère une profonde souffrance au travail !
Direction de combat qui était en guerre contre Édouard et qui l’avait traduit devant un conseil de discipline pour "harcèlement envers la direction", conseil ayant infligé à notre collègue un dernier avertissement avant licenciement, assorti de 12 jours de mise à pied disciplinaire et surtout d’une infamante mutation disciplinaire !
Procédure alors condamnée unitairement, comme on peut le constater dans un tract que nous publions....
Alors oui, nous qui ne cessons de dénoncer les politiques de privatisation du chemin de fer, la casse de la SNCF et du service public, et la tentative de mise au pas brutale des cheminots, par des directions d’établissements qui doivent nous passer sur le ventre pour imposer leurs funestes politiques, nous sommes meurtris mais hélas pas surpris.
C’est un scénario à la France Télécom qui nous attends tous, si nous ne nous serrons pas les coudes, pour nous défendre dans l’unité !
RIP, collègue, nous vengerons ta mémoire.....

Communiqué de la CGT des Cheminots de Trappes :

Suicide d’Edouard Postal. La peur doit changer de camp !
Edouard Postal, agent de Paris Saint Lazare et militant SUD Rail, a mis fin à ses jours sur son lieu de travail. Alors même que la direction de la SNCF avait été condamnée il y a quelques années pour les discriminations qu’elle a fait subir à Edouard en raison de son engagement militant et de son état de santé, celle-ci persistait dans son acharnement à son encontre, malgré la condamnation !
C’est ainsi que la direction avait pris la décision de le traduire récemment et à nouveau devant un conseil de discipline qui a prononcé à son encontre une mutation disciplinaire, une mise à pied de 12 jours, un dernier avertissement avant licenciement… notamment en raison de « regards menaçants » envers la hiérarchie qui – bien souvent par le biais de témoignages anonymes – déclarait se sentir « intimidée » par Edouard Postal.
La direction ne faisait nul mystère de sa volonté d’acharnement et en avait fait une de ses cibles dans le cadre de la chasse aux cheminots qui s’opposent à sa politique de destruction organisée.
Des centaines de militants CGT subissent aussi la répression de la direction, prompte à sanctionner, dénigrer, intimider les cheminots qui résistent aux orientations néfastes de la direction. Qu’il s’agisse des ADC qui exigent la sécurisation des circulations qui déshuntent, des cheminots qui se battent pour le maintien des agents de trains, pour le maintien des emplois du Matériel, contre les restructurations et réorganisations qui pleuvent comme jamais, partout, la direction se montre violente et déterminée à nous faire craquer.
Le syndicat CGT des Cheminots de Trappes, dont les militants ont été l’objet des procédures similaires ces dernières années, s’associe à la vive colère des cheminots. Il estime qu’il est grand temps que la peur change de camp, que le sang de nos camarades cesse de couler, que les responsables de la mort d’Edouard payent pour leur comportement abject. Organisons nous pour ce faire, pour que Justice soit faite, pour que plus jamais, un des nôtres ne soit ainsi tué !
REPOSE EN PAIX EDOUARD !

Communiqué de Force Ouvrière Cheminots :

Pour faire suite à la disparition tragique d’Edouard, cheminot de la région de Paris Saint-Lazare et militant syndicaliste, la Fédération FO Cheminots s’associe à la douleur de la famille et des proches ainsi qu’à celle des camarades SUD-Rail et de ses collègues de travail.
La répression envers les cheminots est aujourd’hui devenue monnaie courante et est insupportable. Sur telle région ce sont des camarades de la CGT qui sont attaqués, ailleurs ce sont ceux de SUD-Rail, sur d’autres ce sont des militants Force Ouvrière.
La solidarité syndicale n’a pas de couleur, il faut que les Fédérations (CGT/SUD-Rail/FO) dont les militants sont pourchassés, traduits en conseils de discipline, radiés, déplacés par mesures disciplinaires, se réunissent rapidement et mettent en commun leurs forces afin qu’un drame tel que celui qui a frappé Edouard ne se reproduise plus jamais.

Sur les réseaux sociaux

De nombreux cheminots s’expriment et exigent que Justice soit faite pour leur collègue ! Une situation qui ne peut plus durer, il faut que la répression et la casse sociale s’arrêtent :

« Un collègue, un ami, un frère, Edouard, militant SUD Rail de Paris Saint-Lazare, a mis fin à ses jours près de son lieu de travail. Victime d’une des plus grandes répressions patronales, il n’avait jamais baissé les bras, mais malheureusement cette fois le combat a été plus fort que lui !!! RIP mon frère, chaque grève, chaque lutte nous aurons une pensée pour toi, nous ne lâcherons rien !! », Karim.

« Combien de morts, combien des nôtres condamnés par une justice de classe, combien de licenciements allons-nous supporter avant de se révolter contre cette société gouvernée par des voleurs, des escrocs, des menteurs, des voyous ??!! Bougeons-nous il y d’autres choix que de baisser la tête », Myriam

« Voilà la SNCF qui brise un homme jusqu’à ce qu’il décide d’en finir avec la vie… La direction disait qu’il était « cause de souffrance pour l’encadrement »… Tout mon soutien aux copains de Saint Lazare qui viennent d’apprendre cette triste nouvelle. Je suis écœurée… Combien de vies brisées à coup de répression syndicale, de réorganisation, de conditions de travail dégradées, de rentabilité, ultra polyvalence », Samy.

« Tous les jours il y a des annonces des morts par accidents ... maintenant par suicide liées à la répression... la SNCF je ne te reconnais plus... triste, écœuré, en colère... Je passe par tous les sentiments de révolte. Condoléances à la famille, amis et collègues... », Patrick.

« Triste nouvelle qui malheureusement nous fait voir dans quelle direction la boite nous amène. Sincères condoléances à sa famille et courage aux collègues qui l’ont connu », Anthony.

« Ce n’est malheureusement pas un cas isolé, toutes les branches sont concernées désormais, et la liste va s’allonger de semaine en semaine, et quand je vois le communiqué de la direction de Paris Saint-Lazare qui rappelle en bas de page le numéro vert du soutien psycho, c’est une honte ! Car c’est bien eux qui poussent les collègues à craquer chaque jour, et cela finit par de tel acte ! J’y pense aussi personnellement, mais est-ce la solution ? (…) On vit de plus de plus en isolement avec soi-même, non ? (…) Il y a eu RENAULT, EDF, La Poste, et j’en passe, mais c’est désormais chez nous que cela se passe ! (…) Et croyez-moi chers collègues, la liste va grossir de semaine en semaine si on ne fait rien ! Condoléances à la famille d’Edouard , courage à ces collègues proches, condoléances à nous tous », Jean Luc.

« Suicides Accidents mortels du travail Licenciement Radiations. Va falloir que les cheminots haussent le ton ! », Laurent.

« La direction assassine ! Posons le sac !! », Virginie.

« C’est un crime, ils l’ont harcelé, ils l’ont poursuivi et l’ont poussé à bout ! Ils l’ont tué ! Il faut vraiment qu’on réagisse, on ne va pas voir comment nos collègues meurent en accident de travail ou se suicident à cause de la politique de la direction », Laure.

« Je suis en PACA, les collègues de PSL faites tout péter lundi. Allez envahir les bureaux, mettez la direction devant ses responsabilités. Et s’il le faut je serai de ceux qui monteront à Paris pour vous aider ! A Paris ou ailleurs ne laissons plus passer ces crimes organisés.
On ne peut plus nier, renier ou ignorer le comportement de la direction. Les méthodes managériales sont pires qu’à France Télécom, ce sont les mots que j’entends depuis 5 ans. Ils sont formés pour détruire et anéantir les âmes. Quand ils vont faire leurs séminaires à je ne sais où, c’est pour apprendre à pousser les agents à bout.
L’alarme doit sonner, hurlez dans toutes les régions, dans chaque établissement SNCF. Hier Edouard, avant-hier il y en a eu d’autre, demain ce sera à qui ? Qui en aura marre jusqu’à se foutre en l’air ? Je pense déjà aux excuses de merde de la direction : il avait des problèmes personnels ! Leur excuse préférée, pour ne pas qu’ils prennent l’ampleur du désastre psychologique qu’ils causent avec leur management de petits chefaillons frustrés. Allons leur dire la vérité en face, il faut que les syndicats parlent de tous les cas comme Edouard dans tous les établissements pour qu’on règle ça en masse, qu’on aille se foutre à 50 ou à 100 devant ces cravatés frustrés pour calmer leur délire. RIP Edouard », Loïc.

« Il faut que SUD organise un vrai truc, que toutes les organisations syndicales appellent à une grève », Nabil.

« Un mouvement national serait vraiment le bienvenue nous sommes tous concernés est devant être solidaire », Nicolas.
« Mais y a personne pour lancer un dépôt de sac ou un mouvement de grève ? Putain ! Ça me hérisse le poil de voir ça. Je suis persuadée qu’il aurait été mécano, c’est ce qui se serait passé ! Elle est où la solidarité ? Les syndicats ont au moins tapé fort du poing sur la table ? », Déesse.

Un agent se suicide dans les locaux de l’hôpital Cochin à Paris

Par Marc Podevin, France Bleu Paris Région et France Bleu mardi 7 mars 2017 à 13:14

L'Assistance Publique-Hopitaux de Paris a confirmé ce mardi 7 mars 2017 le suicide d'un agent sur son lieu de travail, à l'hôpital Cochin. Malgré l'intervention des secours, la victime n'a pas pu être réanimée.

Un agent de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) s'est donné la mort sur son lieu de travail, ce mardi matin. Il s'est suicidé dans le département de l'information médicale de l'hôpital Cochin, rapporte l'AP-HP dans un communiqué. Les secours sont intervenus mais la victime n'a pas pu être réanimée.

L'agent s'est suicidé sur son lieu de travail

Cet agent travaillait à l'AP-HP depuis 20 ans, et était affecté au département de l'information médicale depuis six ans. L'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris indique dans son communiqué que "les actions sont enclenchées pour analyser les causes [de ce suicide] en toute transparence". Un CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) va notamment se réunir demain mercredi.

L'AP-HP précise que le suicide de cet agent a lieu dans un service "dans lequel des difficultés fonctionnelles et relationnelles avaient été identifiées". En conséquence, "de premiers changements d’organisation ont été mis en œuvre", mais ils n'ont pas suffit. Après ce constat, le directeur du groupe hospitalier et le directeur général ont décidé de procéder à un audit. La première réunion a eu lieu la semaine dernière.

Une cellule de soutien psychologique a été mise en place et accueille les personnels qui le souhaitent.

Béziers : un cheminot se suicide, la CGT dénonce un «management agressif»

>Faits divers|16 avril 2016, 11h29|52

ILLUSTRATION. Le cheminot qui s'est donné la mort devait partir à la retraite à la fin de l'année.   (LP/MAXIME FIESCHI.)

Un cheminot, proche de la retraite, s'est donné la mort jeudi en sautant d'un pont dans les ateliers de réparation de la gare de Béziers. Après ce drame, le syndicat CGT Béziers a dénoncé «un management hyper agressif». 

La direction régionale de la SNCF s'est dit étonnée de la réaction de la CGT et a déclaré «avoir du mal à expliquer le geste» du cheminot. L'inspection du travail a ouvert une enquête. La SNCF a précisé que le cheminot, qui avait 38 ans d'ancienneté, avait «d'excellents états de service, sans aucune difficulté rationnelle». Il avait fait récemment une demande pour faire valoir ses droits à la retraite et devait quitter l'entreprise à la fin de l'année.

Rassemblement lundi

La CGT a affirmé avoir dénoncé «depuis des mois le climat délétère qui règne à Béziers». «Or à aucun moment, la direction du technicentre, ni la direction régionale SNCF... n'ont pris la mesure du problème», assure le syndicat qui précise que «depuis quelques semaines, la direction avait décidé d'accélérer le processus de casse du dépôt, sans toutefois annoncer de fermeture, laissant ainsi les cheminots concernés en plein doute».

Aimé Couquet, conseiller muncipal communiste de Béziers, a diffusé sur twitter le communiqué de la CGT.

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16 mars 2017

LES CHEMINOTS CONTRAINTS DE MENER LA GUÉRILLA

Comme on dit « on ne fait pas l' économie d'une grève », en effet alors que l'occasion pour les cheminots de s' engouffrer dans le mouvement contre la loi El Khomri pouvait les placer comme en 1995 victorieusement à la tète du mouvement, ils vont regarder le train leur passer sur le corps.

 La loi El Khomri, ne concerne pas les cheminots, déclaraient les syndicats UNSA et CFDT1 et bien nous y voilà. L' encre des signatures de l' accord à peine sèche que la SNCF s' en prend à 23 000 cadres et agents de maîtrise de terrain. Les cadres et agents de maîtrise de l’entreprise publique ne sont désormais plus payés en fonction des heures travaillées. Leur passage au forfait jours, unilatéralement décidé par la direction, le 49/32 à l' échelle locale comme le disait un cheminot.

 Les jeux de rôle des syndicats étaient bien programmés pour faire passer la convention collective nationale CCN . La CFDT comme à son habitude sera le premier signataire , celui du syndicalisme d' accompagnement des réformes en concurrence sur ce terrain avec l' UNSA. La CGT jouant le rôle d' opposition à sa majesté qui se traduira comme ce fut le cas dans de nombreux secteurs par le constat le plus pessimistes menant à la non dénonciation de la signature de la CCN, seul le syndicat SUD a procédé à cette dénonciation et n' avait plus les moyen de mobiliser seul les cheminots.

 Les dés étaient jetés, et pour les cheminots leur solidarité. Avec la loi pour eux, les potentats de la SNCF vont commencer les restructurations secteur par secteur sans ménagement. Comme à la Poste, il va y avoir des répliques grévistes, mais qui seront après de longues gréves sans résultat.

 Le scénario de la défaite a commencé. D'abord en ciblant les plus déterminés, notamment Mathieu et Christophe, deux cheminots radiés de la SNCF pour faits de grève. Cette répression /prise d' otages dans le camp des travailleurs vise à dégager le terrain pour une attaque multiforme du monde du travail , avec Mathieu et Christophe il y a environ 400 cheminots mis sur le grill des sanctions/licenciements.

 Ce n' est pas la grève bidon de la CGT du 2 février 2017, à laquelle Sud s'est malheureusement rallié qui changera la donne, au contraire, la répression des plus actifs se poursuit ; Anasse et Nathalie, élus CHSCT, sont aussi dans le collimateur parce qu'ils veulent faire respecter les règles de sécurité et rappellent sans vergogne la responsabilité des dirigeants de la SNCF. Des pétitions circulent, mais tous savent que sans mobilisation elles ne vont pas impressionner les directions cheminotes. Anasse et Nathalie sont sortis d' affaire, car ils avaient déjà démontré leur capacité à faire une grève de 90% de cheminots. Une nouvelle grève de cheminots pendant les élections l' Etat n' en veut pas, alors il temporise. Pas d' illusion, le train répressif ne fait qu'un arrêt en gare, il va reprendre après la grande messe des urnes et de l' isoloir citoyen.

 Pour le moment les cheminots encaissent les coups secteur par secteur; par exemple le 16 décembre 2016 ils envahissaient à 150 le comité d' entreprise de Paris Nord , de même quelques jours plus tard à Bézier contre la fermeture du site. Récemment c' est de nouveau contre la répression que 200 cheminotsse sont retrouvés devant le siège régional Midi-Pyrénées de la SNCF en soutien à Carole.

 « C’est ce jeudi 23 février que les cheminots de la région toulousaine se sont donnés rendez-vous pour interpeller le directeur de la branche Mobilités locale. L’envahissement d’une réunion a permis à cet élan de solidarité de démontrer que le lynchage de leur collègue ne passerait pas. Mère seule, 2 enfants et déjà 7 ans de procédure, de harcèlement et de litige avec sa hiérarchie. Sa santé sera le tribut à payer pour ne pas vouloir rentrer dans les clous, se laisser faire. Son engagement syndical n’est sans doute pas pour rien dans leur rigueur à classer le dossier. »

 Au moment où je termine ces lignes, j' apprend qu'un cheminot de la gare St lazare, Edouard vient de se suicider, en se jetant sous un train, suite à un harcèlement continuel des sbires de la SNCF/rff.

 La réplique doit s' organiser et la seule qui puisse faire stopper l' acharnement est de déclencher des grèves pendant le cirque électoral, quand un cheminot est agressé par un ou des individus, il fait jouer son droit d' alerte, mais quand un cheminots ou une cheminotes est mis en danger par la SNCF n' est ce pas aussi de l' insécurité sociale.

Gérard Bad

NOTES

 

1-Le 31 mars 2016, l'Unsa et la CFDT avaient refusé de s'associer à la grève lancée par la CGT et SUD pour ne pas « mélanger " la mobilisation des cheminots avec celle des opposants au projet de loi travail, une ligne de fracture profonde avec SUD-rail, qui ne veut « pas séparer le combat des cheminots de la lutte contre la loi travail ".

2-L’article 49, alinéa 3, de la Constitution française prévoit que "Le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la

responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée nationale sur le vote d'un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce

cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions

prévues à l'alinéa précédent. Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session."

Se souvenir

Drôme: révoqué, un agent d'entretien de la LGV Méditerranée se suicide

octobre 2011-Un agent d'entretien de la LGV Méditerranée, âgé de 43 ans, s'est suicidé mercredi dans la Drôme en se jetant sur les rails au passage d'un TGV après avoir appris qu'il était révoqué de l'entreprise, a annoncé jeudi la CGT-cheminots.

Plus de 50 cheminots du service de l'entretien de la ligne à grande vitesse ont exercé leur droit de retrait, estimant qu'ils ne pouvaient travailler dans des conditions de sécurité psychologique satisfaisantes, selon le syndicat.

"Le management de l'entreprise, l'absence d'humanisme de nos dirigeants et le manque de prise en compte de l'aspect social (...) ont poussé un homme à lextrême", alors qu'il était père de cinq enfants, a estimé la CGT dans un communiqué.

Contactée par l'AFP, la direction régionale de la SNCF a confirmé le suicide du cheminot, sans donner de précisions sur les circonstances ou les raisons de son geste. Selon la CGT, cet agent avait été licencié à la suite d'une série de décisions disciplinaires. Dernièrement, il était monté à bord d'un train sans titre de transport et s'était présenté au contrôleur en demandant de profiter des "facilités de circulation" offertes aux agents de la SNCF (billets gratuits ou à tarif réduit), précise le syndicat.

La sanction du conseil de discipline lui a été signifiée vers 15H00 mercredi. Il s'est placé sur les rails à 16H40, à Claveyson (Drôme).

Il avait déjà fait une tentative de suicide, il y a trois semaines.

Une enquête du comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT) a été lancée.

 

 

 

 

 

 

 

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14 mars 2017

INFOBREF N°482-Rubrique armement mondial et guerre

INFOBREF N°482

Rubrique armement mondial et guerre

Migrants, Schengen, terrorisme : le complexe militaro-industriel prospère sur la peur

Par Guillaume Pitron.  22.02.2017

3 mars 2017-L’afflux de migrants ? Un terrain de jeu pour tester de nouvelles technologies, des barrières « intelligentes » aux chiens robots en passant par les drones douaniers. La montée des droites extrêmes en Europe ? Une aubaine pour bâtir murs et barbelés à trois millions d’euros le kilomètre. Les groupes islamistes extrémistes ? Une perspective de « forts taux de croissance ». Ainsi va le business de la sécurité aux frontières, en plein essor depuis une décennie. Enquête sur ce nouveau complexe militaro-industriel de plus en plus influent en Europe.

Île de Lesbos, Grèce. À une portée de fusil des côtes turques, les flots agités de la mer Égée charrient, ce matin, des dizaines de rafiots surchargés d’hommes, de femmes et d’enfants. Trois bonnes centaines rien qu’en une demi-journée. Cris, embrassades, pleurs… Une matinée habituelle sur cette île à l’extrémité est de l’Europe, depuis que les guerres, les régimes autoritaires et l’instabilité qui a suivi les printemps arabes ont jeté des millions d’errants sur les route de l’exode.

Ces deux dernières années, les médias ont scrupuleusement relaté la plus grave crise migratoire que connaît notre continent depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Sous l’angle humain, bien sûr, en couvrant l’odyssée des réfugiés fuyant dictateurs et terroristes. Sous l’angle politique, ensuite, en exposant la difficulté des États de l’Union à agir de concert face à ces afflux massifs. Or, ce phénomène a rarement été traité sous l’angle économique : quel est le coût du renforcement des frontières de l’Union ? Quels industriels se sont révélés les grands gagnants de cette crise ? Les technologies de surveillance qu’ils commercialisent sont-elles même efficaces ?

L’Europe : un marché intérieur des technologies de sécurité

La crise migratoire européenne a révélé l’existence d’une gigantesque industrie de la sécurité des frontières. Elle représentait, en 2016, un marché annuel mondial de 18 milliards de dollars (16,9 milliards d’euros) et devrait totaliser, à l’horizon 2022, la bagatelle de 53 milliards de dollars (49,8 milliards d’euros). De la volonté de décourager l’immigration à la lutte contre les trafics, le terrorisme ou la piraterie, les « menaces » aux frontières sont multiples, et constituent autant de justifications à des dépenses supplémentaires. Une aubaine pour les industriels de la sécurité, américains et israéliens en tête.

La Commission européenne a admis son retard en 2012 dans un « Plan d’action » identifiant le secteur de la sécurité comme particulièrement porteur. Selon Bruxelles, « les entreprises américaines qui dominent le marché demeurent les plus avancées sur le plan technologique ». Il faut donc « établir un marché intérieur européen plus efficace pour les technologies de sécurité » en vue de tirer un meilleur parti, face à la concurrence étrangère, de ce marché en pleine expansion. Ce dernier constitue également, pour la Commission, un axe de relance de l’idéal européen. « Il faut à l’Europe une véritable Union de la sécurité », a martelé Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, devant le Parlement européen en avril 2016.

Le budget de Frontex multiplié par 38

Avec des coûts économiques immédiats pour les contribuables : en renforçant continuellement les moyens d’action de Frontex (l’agence européenne de garde-frontières et garde-côtes), la Commission a fait passer le budget annuel de cette police des frontières de 6,3 millions d’Euros en 2005 à 238,7 millions d’euros en 2016. Plus généralement, les États-membres ont injecté onze milliards d’euros depuis l’an 2000 aux fins de protéger les marges de l’Union [1]. Le résultat le plus flagrant, ce sont les centaines de kilomètres de murs et de barbelés déjà édifiés en bordure de l’espace de Schengen – et en particulier le long de la « Route des Balkans », la voie migratoire qui relie la Grèce à l’ouest de l’Europe.

Mais l’un des premiers murs à avoir été édifiés s’étend sur le versant méridional de l’Europe : la barrière qui materne l’enclave espagnole de Melilla, au Maroc. Depuis 2005, un barrage d’acier et de barbelés, surveillé par 650 agents de la Guardia Civil, serpente le long d’un tracé de onze kilomètres. « Il s’agit d’une triple barrière anti-intrusion. La troisième barrière mesure entre six et sept mètres, elle est inclinée à quinze degrés de façon à décourager quiconque de l’escalader !, explique le Colonel Juan Antonio Rivera, chargé de la visite. Je peux vous dire qu’il y a un “avant” et un “après”, ajoute-t-il. Seules 150 personnes sont passées cette année, contre plus de 2000 auparavant. » Le 17 février, près de 500 personnes ont cependant franchi les barrières qui encerclent l’enclave espagnole voisine de Ceuta.

Barrières anti-migrants : trois millions d’euros au kilomètre

Les autorités communiquent en revanche moins sur les coûts de modernisation de ce dispositif : 33 millions d’euros, soit trois millions d’euros au kilomètre ! Sans compter diverses dépenses de maintenance : un récent rapport du ministère de l’Intérieur espagnol les a évaluées à quatorze millions d’euros depuis 2005, soit 154 000 euros par an et par kilomètre !

Ces dépenses créent d’autant plus le malaise que les routes migratoires ne cessent d’évoluer, rendant souvent les murs obsolètes. Les migrants s’adaptent en effet en permanence au renforcement des contrôles frontaliers. Contrecoup de la fermeture de la route des Balkans suite à l’accord signé en mars 2016 entre l’Europe et la Turquie, l’Italie est ainsi redevenue une porte d’entrée majeure des réfugiés. « Vous ne pouvez pas arrêter les migrants !, confirme Wissam, un jeune réfugié syrien se préparant à traverser la mer Égée depuis la ville turque d’Izmir. Lorsque vous êtes en danger de mort, peu importe que vous empruntiez telle ou telle route, vous voulez simplement atteindre votre but – par tous les moyens. »

 

Fermer les frontières de l’Europe : 2000 milliards d’euros

Barricader l’Europe de murs ? La solution se révèle dès lors aussi extrême qu’absurde. Étendre l’enceinte de Melilla aux 7700 kilomètres de frontières terrestres de l’espace Schengen coûterait au moins deux mille milliards d’euros, soit l’équivalent du déficit de la dette publique française. Sans compter les 42 000 kilomètres de frontières maritimes et les coûts de maintenance. Un chiffrage sur lequel les partis populistes européens, à commencer par le Front National et sa présidente Marine Le Pen, se sont montrés étrangement silencieux.

Pour pallier les écueils des frontières terrestres, l’Europe a dès lors complété ces dispositifs de frontières d’un nouveau genre : les frontières électroniques. En 2002, l’Europe déployait un véritable « Big Brother des mers » : SIVE, pour « Système intégré de vigilance extérieure ». Le centre de commandement de SIVE se trouve dans la ville andalouse d’Algeciras, à l’ombre du rocher de Gibraltar. Avec ses caméras thermiques, ses capteurs, ses radars et ses satellites, SIVE est la première frontière virtuelle d’Europe, capable de détecter toute tentative d’intrusion à trente kilomètres. « Le dispositif s’étend de la ville de Tarragone, au sud de la Catalogne, jusqu’à la frontière portugaise, et inclut également les îles Canaries », explique Manuel Fuentes, un policier en charge de la surveillance des côtes, en couvant ses écrans de contrôle d’un œil alerte.

Des chiens-robots dotés d’un odorat artificiel

Des centaines de millions d’Euros ont été dépensés pour SIVE. Indra, le groupe d’électronique espagnol chargé d’équiper la Guardia Civil avec ses technologies de surveillance, s’est félicité de la chute de plus de 80% de l’immigration illégale empruntant le détroit de Gibraltar par rapport à l’année 2001 (en une décennie, des centaines de migrants ont également péri aux abords du détroit). Dans le sillage de SIVE, d’autres frontières virtuelles telles que Spationav, en France, le réseau de surveillance finno-suédois SUCFIS ou encore le « Sistema Integrado de Vigilância Comando e Controlo » (SIVICC), le long des côtes portugaises, ont vu le jour. Or, les statistiques compilées par le Conseil de l’Europe [2] démontrent que la majorité des migrants clandestins ont rejoint le continent par la voie aérienne, munis d’un visa, avant de passer dans l’illégalité à l’expiration de leur titre de séjour. À Algeciras, le policier Manuel Fuentes en convient lui-aussi : « Lorsque des gens fuient la famine ou la guerre, peu importent les obstacles que vous mettrez sur leur chemin, ils passeront… »

De nouvelles technologies se profilent pour corriger ces défaillances. L’étude des 321 projets financés, entre 2007 et 2013, sous l’égide du programme de recherche européen FP7-Sécurité est édifiante : ce dernier a promu le développement de chiens-robots dotés d’un odorat artificiel, d’outils d’analyse des comportements suspects, de capteurs de substances chimiques ou encore d’une architecture européenne intégrée de surveillance maritime…

 

Des drones pour remplacer les douaniers ?

Après les frontières terrestres et électroniques, l’Europe finance également des programmes de frontières aériennes. Ainsi, le programme de recherche Aeroceptor consiste à équiper des drones de surveillance aux frontières d’armes non létales, afin d’« immobiliser des véhicules non coopératifs ». Ses concepteurs n’ont pas souhaité s’exprimer sur la technologie envisagée pour neutraliser les cibles. De même n’ont-ils jamais évoqué les potentielles dérives auxquelles Aeroceptor ouvre la voie : le jour pourrait venir où de tels drones se verraient confiée une autonomie de décision au moment de diriger une arme contre des hommes.

Cette fuite en avant technologique a pourtant peu de chances d’être stoppée, tant les enjeux industriels qui se cristallisent autour des frontières européennes sont considérables. La sécurité des frontières s’affiche clairement comme un nouveau débouché pour les industriels de l’armement. Les budgets de défense des pays membres de l’Union européenne ont stagné voire baissé ces dernières années. En France, les fonds alloués à l’armée ont ainsi chuté de 20% en 25 ans. Or, dans le même temps, les dépenses publiques de sécurité intérieure ont connu un accroissement significatif : le budget hexagonal de sécurité intérieure a atteint plus de douze milliards d’euros en 2016 contre moins de dix milliards en 2003 – soit presque 25% d’augmentation en seulement quinze ans. À l’échelle européenne, le même poste de dépense a, quant à lui, triplé depuis 2010 pour atteindre plus de quatre milliards d’euros en 2016.

« On assiste à un recyclage de toute l’industrie militaire vers le civil »

Les industriels de l’armement ont rapidement saisi les opportunités que représentait cette nouvelle destination des dépenses publiques. « Nos perspectives commerciales avec l’armée française s’avéraient limitées… Nous nous sommes dès lors tournés vers des clients du secteur civil, tels que la police, qui conduit des missions de sécurité similaires. Les projections de croissance y sont considérables, de l’ordre de dix pour cent par an ! », admet un marchand d’armes exposant ses produits à Milipol, l’un des plus grands salons d’armement au monde qui se tient tous les deux ans en région parisienne.

Une lecture des rapports d’activité publiés par l’industriel britannique BAE Systems et l’italien Finmeccanica confirme ce glissement : il y est désormais question de commercialiser des « technologies duales » répondant tant aux besoins de l’armée que des forces de police, et de dégager davantage de « synergies » entre ces deux secteurs naguère cloisonnés. En clair, « on assiste à un recyclage de toute l’industrie militaire vers le civil », explique Claire Rodier, juriste au sein du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Les récentes attaques terroristes, survenues en France, en Allemagne et en Belgique, vont encore amplifier ce phénomène.

Quand les entreprises rédigent les appels d’offres qu’elles remportent

Pour parvenir à leurs fins, les industriels influencent fortement Bruxelles au moyen d’un lobbying aussi discret qu’efficace. Depuis une quinzaine d’années, le monde de l’armement a tout simplement « institutionnalisé » ses méthodes de lobbying. En poussant à la création d’organes officiels au sein de la Commission et en y faisant siéger ses représentants, l’industrie de défense a poursuivi une véritable stratégie de noyautage. Il en va ainsi de l’Agence de défense européenne (EDA), créée en 2004 pour bâtir une Europe de la défense : les principaux lobbies européens de défense, à commencer par la puissante European Organization for Security (EOS, qui regroupe une quarantaine d’entreprises, de l’armement à l’électronique en passant par la cyber-sécurité), se vantent en effet d’avoir été à l’origine de la naissance de cet organisme censé, selon les mots de l’ancien directeur de l’EDA Javier Solana, permettre de « dépenser davantage ensemble » en matière d’armements.

De même pour le FP7-Sécurité : ce programme européen de recherche, doté de 1,4 milliards d’Euros, a été créé en 2004 à l’initiative d’un « Groupe de personnalités » abondamment composé de représentants de l’industrie. Puis en siégeant au sein de des commissions du FP7 entre 2007 et 2013, les industriels ont pu collaborer à l’écriture des appels d’offres… avant d’y répondre.

Les groupes islamistes extrémistes, facteurs de « croissance »

On devine la suite : « Les industriels tels qu’EADS et Thales gagnaient les appels d’offres à l’écriture desquels ils avaient participé ! », dénonce le sociologue autrichien Reinhard Kreissl, qui siégeait alors au sein de l’un de ces groupes d’experts. Il ne faut dès lors pas s’étonner des conclusions d’un rapport sur le fonctionnement du FP7 publié en 2014 à la demande du parlement européen : « La recherche en matière de sécurité a avant tout servi les intérêts de l’industrie plutôt que ceux de la société », dénoncent ses auteurs.

La protection des frontières européennes et la sécurité des cinq cent millions de citoyens qu’elles entourent ne constituent pas, en priorité, un projet politique et sociétal. L’enjeu se révèle avant tout industriel, dans un contexte de compétition économique accrue avec les États-Unis et Israël. Et au-delà de notre continent, c’est le monde entier qui apparaît comme un vaste terrain de jeu. « Des menaces persistantes provenant de groupes islamistes extrémistes vont générer, au cours de la prochaine décennie, de forts taux de croissance sur les marchés du Moyen-Orient et de l’Afrique », prédit déjà le cabinet d’études Strategic Defence Intelligence. Sur ce marché planétaire, les industriels européens peuvent se tailler la part du lion.

Guillaume Pitron

Cette enquête a été réalisée dans le cadre d’un projet associant plusieurs journalistes d’investigation européens, Security for Sale, coordonné par le media néerlandais De Correspondent. Elle a été écrite avec le soutien du Journalism Fund. Voir ici une page en anglais présentant le projet et les articles qui le composent.

En photo : le « centre de situation » de Frontex, à Varsovie / © Frontex

Sur le même sujet : Le business de la xénophobie en plein boom

Notes

 [1] Ainsi que l’atteste « The Migrants Files », une enquête diligentée par une équipe de journalistes européens.

 [2] [Preventing Illegal Immigration : Juggling Economic Imperatives, Political Risks And Individual Rights, Claude-Valentin Marie, Council of Europe, 2004

 

 

 

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13 mars 2017

INFOBREF N°481-crise financière 2017

INFOBREF N°481

Mars 2017

La machine à crises financières tourne à plein régime, alerte le Sénat

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Explosion de l’endettement dans le monde, bulles sur les actions et les obligations, fragilité bancaire, boom des créances douteuses… Les germes d’une prochaine crise d’ampleur sont là.

Depuis le creux de novembre dernier, les marchés d’actions se sont envolés, portés notamment par les espoirs de rebond de la croissance mondiale. Pour autant, les raisons de s’inquiéter ne manquent pas. En particulier, un rapport du Sénat, déposé par le sénateur socialiste du Var Pierre-Yves Collombat, souligne que "la machine à crises financières est toujours là", compte tenu de l’excès actuel de liquidités, qui "stimule la spéculation" (donc les prises de risque excessives) et favorise le gonflement de bulles financières, ainsi que de la fragilité des banques. Les mèches de plusieurs bombes à retardement sont allumées. Tour d’horizon.

Envolée de la dette publique dans les pays développés

Partout (à l’exception de l’Allemagne), depuis le début de la crise financière de 2008-2009, l’endettement public a explosé. Aux Etats-Unis, il est passé de 9.000 milliards de dollars en 2007 (64% du produit intérieur brut) à 19.000 milliards de dollars actuellement (103% du PIB). Au Japon, il ressortait à 234% du PIB en 2014 et est attendu à 258% en 2019, selon le rapport "Une crise en quête de fin, quand l’Histoire bégaie" du Sénat.

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>>> Vidéo. Maîtrise du déficit public : la contrainte c’est d’abord l’Allemagne, par Olivier Passet, directeur de la synthèse chez Xerfi





Retrouvez toutes les vidéos de Xerfi sur XerfiCanal TV. Le groupe Xerfi est le leader des études économiques sectorielles. Retrouvez toutes ces études sur le portail de Xerfi.com  

Envolée de la dette privée dans les pays émergents

Alors que les pays développés sont asphyxiés par la dette publique, le monde émergent doit quant à lui faire face au boom de la dette privée (notamment celle des entreprises), qui a grossi de 57.000 milliards de dollars entre 2007 et 2014, pour atteindre 200.000 milliards de dollars, soit 286% du PIB mondial, contre 269% en 2009. Rien qu’en Chine, la dette privée a quadruplé sur la période !

A lire aussi

La dette de 17.000 milliards d’euros des entreprises chinoises va-t-elle provoquer le prochain krach mondial ?

Les nouveaux geysers de liquidités (les injections des banques centrales et les taux d’intérêt ultra-bas) ont favorisé le gonflement de bulles, vouées à éclater

Afin de lutter contre la crise financière, les autorités ont injecté des liquidités via les rachats d’actifs massifs des banques centrales (QE) et une politique de taux d’intérêt proches de 0. Une politique très (trop) laxiste, qui a conduit à la formation d’une bulle sur les marchés d’actions américains (le S&P 500 a été multiplié par presque 4 depuis le plancher de 2009, et le Nasdaq 100 par plus de 5 !). "Comme dans les années 2000, (…) l’idée se répand de nouveau qu’on est entré dans une période miraculeuse", rapporte le Sénat. Les intervenants tablent sur une "valorisation boursière continue des entreprises", grâce à la faiblesse des taux et des bénéfices en hausse, tandis que les mauvaises créances (celles qui risquent fort de ne pas être remboursées), "pense-t-on, seront emportées par le mouvement ou rachetées par la Fed", la banque centrale américaine.

Outre cette bulle sur certains marchés d’actions, une autre, mondiale, sur les obligations (d’Etat et d’entreprises) s’est formée du fait de l’action des banques centrales, qui ont poussé les taux d’intérêt à près de 0 (les prix des obligations évoluent à l’inverse des taux).

Or, "l’éclatement d’une de ces deux bulles, puis nécessairement celui de l’autre (du fait de phénomènes d’arbitrages entre les deux classes d’actifs, NDLR), prendrait alors des allures de krach systémique encore plus violent que celui de 2007-2008, au moment où les moyens d’intervention des gouvernements et des banques centrales ont atteint leurs limites et que la crise économique (…) se transforme lentement en crise sociale et politique", s’alarme le Sénat. "D’où la situation cornélienne dans laquelle se trouvent les banques centrales : continuer cette politique de taux bas et de QE, c’est alimenter la spéculation et donc augmenter le risque de krach ; l’arrêter, c’est prendre le risque non seulement de ralentir l’activité économique mais aussi de déclencher un effondrement des actions et des obligations, aux conséquences imprévisibles"…

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Un krach sur les obligations aurait des conséquences incalculables

De grandes banques sous-capitalisées et très fragiles

L’hypothèse de la défaillance (la faillite) d’un établissement bancaire européen systémique est envisageable. "Ce qui a rendu si dangereuses les trop grosses banques, c’est d’avoir pu gonfler leurs actifs en s’endettant au point que leurs capitaux propres censés permettre de faire face aux défaillances ne représentent presque plus rien", s’inquiète le Sénat. 

Actuellement, Deutsche Bank, le n°1 bancaire allemand, HSBC et Crédit Suisse "connaissent de graves difficultés. Avec un bilan de 2.200 milliards d’euros (73% du PIB allemand), Deutsche Bank est à la fois la plus grande banque d’Europe et a plus exposée au risque produits dérivés" : jusqu’à "75.000 milliards euros" (l’équivalent du PIB mondial !). Même si, en cas de crise, la facture "ne sera pas de ce niveau au terme de la compensation des gains et des pertes, celle-ci risque quand même d’être salée et surtout, entre-temps, elle aura entraîné dans sa chute beaucoup d’autres établissements bancaires", s’alarme le Sénat. 

>>> Vidéo Xerfi. Les vrais risques sur les banques européennes sont en Allemagne, par Christopher Dembik, responsable analyse macroéconomique à Saxo Bank

Retrouvez toutes les vidéos de Xerfi sur XerfiCanal TV. Le groupe Xerfi est le leader des études économiques sectorielles. Retrouvez toutes ces études sur le portail de Xerfi.com 

Selon le Fonds monétaire international, l’établissement sino-britannique HSBC est la "seconde banque systémique la plus fragile". Ses difficultés (baisses du chiffre d’affaires, des bénéfices et des effectifs) remontent à 2008. Elle est aussi mêlée à des scandales d’envergure : évasion fiscale, manipulation des changes et blanchiment d’argent appartenant au cartel mexicain de la drogue.

Les créances douteuses se multiplient, mettant en danger la zone euro

Les banques du vieux continent souffrent de leurs stocks élevés de créances douteuses (prêts ayant de bonnes chances de ne jamais être emboursés). Ayant plus que doublé depuis 2009, leur volume dans la zone euro ressort à 1.000 milliards d’euros selon le Fonds monétaire international (FMI) ou 900 milliards selon la Banque centrale européenne (BCE), soit "un ratio créances douteuses sur prêts consentis bien supérieur à celui des Etats-Unis", souligne le Sénat.

Des prêts dangereux qui empoisonnent les bilans des banques (et leur hors-bilan), notamment celles du Sud de l’Europe. Selon le FMI, ils représentent en effet 34% de l’actif du bilan des banques grecques, 18% de celui des italiennes et 12% des portugaises. D’où l’idée que ces établissements devront être recapitalisées.

Le problème, c’est que l’Europe impose depuis janvier 2016 qu’ils le soient par leurs déposants ou leurs créanciers (souvent de petits épargnants qui, en leur prêtant, croyaient faire un placement de bon père de famille…), et non par l’Etat. Or, une telle issue risque d’entraîner une crise politique grave. Le scénario d’un Itaxit (sortie de l’Italie de la zone euro) n’est pas exclu. Or, la Botte a un PIB (1.900 milliards d’euros) très important. "Tout le monde comprend qu’une sortie de l’Italie de la zone euro sera l’acte de décès de la monnaie unique. La crise grecque de l’été 2015 n’a été que le hors d’œuvre. La crise italienne sera la crise de la zone euro", pronostique l’économiste Jacques Sapir. Tous aux abris…

>>> Vidéo Xerfi. Euro : par ici la sortie ?, par Patrick Artus, chef économiste de NATIXIS (KN-5,53 € 2,87 %)

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La dette publique US a atteint 65.000 mds USD

© Flickr/ Ervins Strauhmanis

Economie

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Un tel bilan a été fait par l'ex-dirigeant du Government Accountability Office américain en calculant la somme de toutes les obligations non capitalisées du pays.

L'ex-dirigeant du Government Accountability Office (GAO) des Etats-Unis Dave Walker a déclaré qu'actuellement la dette publique du pays a atteint près de 65.000 milliards de dollars au lieu des 18.500 déclarés, rapporte lundi l'hebdomadaire américain The Hill.

"Si vous rajoutez les pensions civiles et militaires non capitalisées à ces 18.500 milliards et des services de santé pour les retraités, les déficits supplémentaires dans le domaine de la sécurité sociale et l'assurance médicale d'Etat, ainsi que différentes obligations et les dépenses imprévues du gouvernement fédéral, le chiffre réel sera estimé à près de 65.000 milliards, et il augmente automatiquement en l'absence de réformes", a-t-il déclaré.

M. Walker, qui avait été à la tête du Government Accountability Office à l'époque de la présidence de Bill Clinton et George Walker Bush, a rajouté que la dette publique qui ne cesse d'augmenter empêche les Etats-Unis de réaliser telles ou telles initiatives en matière de politique intérieure tout comme de politique étrangère.

Plus tôt, le président américain Barack Obama avait signé un budget pour l'année 2016, en protégeant ainsi le système financier du pays de l’effondrement qui pourrait surgir si le plafond de la dette publique n'était pas relevé.

 

L’argent suisse au secours du Trésor américain. Vincent Held



Au moment où les créanciers craignent le défaut de paiement du gouvernement américain, l’argent des Suisses vient en soutien des dettes publiques… Sans contrepartie bien sûr…. LHK

C’est un fait : les investisseurs internationaux (au premier rang desquels la Banque populaire de Chine) se débarrassent à une cadence record de la dette d’État américaine.

Un phénomène qui était déjà relevé par CNN au mois de mai dernier et qui s’est, depuis, considérablement accéléré (cf. Annexe ci-dessous).

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Pendant ce temps, la Suisse maintient ses positions. Mieux : elle continue à augmenter son soutien financier à cet État désespérément surendetté – et à l’attitude pas toujours très amicale.

On se souviendra que l’administration Obama n’avait pas hésité à recourir à la menace pour arracher à la Suisse la ratification des « accords » FATCA, adoptés par le Parlement en septembre 2013. Or, trois ans plus tard précisément, la valeur des bons du Trésor US détenus par les « investisseurs » helvétiques atteignait un record historique de 240.7 milliards de dollars !

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(Source : U.S. Department of the Treasury, TIC Data)

Un cadeau mirobolant offert – sans aucune contrepartie – à une puissance qui, depuis le milieu des années 1990, aura multiplié les pressions légales, médiatiques et politiques contre la place financière suisse.

Force est toutefois de constater que l’approche agressive des États-Unis aura porté ses fruits : abandon du secret bancaire suisse (alors que le leur reste intact !), domination écrasante des fonds US sur la bourse helvétique, rôle de « conseiller » auprès de la Banque nationale du fonds Black Rock, auquel le Fonds AVS a également octroyé son plus important mandat de gestion de fortune…

Et absorption massive par la Suisse d’une dette dont chacun sait qu’elle fera, un jour ou l’autre, l’objet d’un défaut de paiement.

Voici donc les Suisses fortement exposés – bien malgré eux ! – à ce gouffre financier qu’est l’État fédéral américain.

Toutefois, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la responsabilité de cette situation n’incombe pas uniquement à la Banque nationale…

Les gigantesques « avoirs auprès de banques centrales » d’UBS et Crédit Suisse

De fait, à la fin septembre 2016, la BNS détenait en tout et pour tout, pour 220 milliards de francs d’avoirs en dollars. Dont des placements en actions d’une valeur de 63.7 milliards de dollars, d’après le site Internet du Nasdaq.

BNS Nasdaq.png

Au cours des dernières années, des « investisseurs » helvétiques ont ainsi acheté pour des dizaines de milliards de dollars de dette américaine, indépendamment de la politique d’investissement notoirement dangereuse de la BNS.

Se pose dès lors la question : qui d’autre, en Suisse, aurait bien pu contribuer à ce renflouement massif de l’État américain ?

La réponse se trouve peut-être à la page 108 (en version anglaise) du rapport annuel 2015 du Crédit Suisse. L’établissement y indique détenir pour 27.6 milliards de francs d’avoirs auprès de banques centrales (« cash held at central banks ») libellés… en dollars !

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Or, si le Crédit Suisse dépose des liquidités en dollars auprès d’une banque centrale, pourquoi celle-ci ne les utiliserait-elle pas pour acheter des bons du Trésor américain ? Surtout s’il s’agit de la Réserve fédérale américaine, qui a déjà absorbé pour plusieurs centaines de milliards de dollars de dette fédérale à travers ses programmes de quantitative easing…

Quoiqu’il en soit, UBS affiche, dans ce domaine comme dans d’autres, une situation très similaire à celle de sa sœur jumelle.

Car à la fin 2015, cette rescapée de la crise des subprimes détenait pour 25.5 milliards de francs de liquidités et avoirs auprès de banques centrales (« cash and balances with central banks »)… en Amérique du Nord !

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(cf. page 659 [!] du rapport annuel 2015 d’UBS en anglais)

En clair : au 31 décembre 2015, les seules UBS et Credit Suisse détenaient potentiellement pour plus de 53 milliards de francs d’avoirs auprès de la Réserve fédérale américaine.

Peut-on dès lors affirmer que ces fonds n’ont pas été utilisés par la Fed pour financer ses coûteux programmes d’achats de bons du Trésor (les fameux QE2 et QE3, lancés dès 2010) ?

Par ailleurs, que dire des quelque 23 milliards de francs déposés par ces deux too-big-to-fail « dans le reste de l’Europe » et « en euros » – auprès de « banques centrales », là encore ! Ne pourrait-il pas s’agir là d’un financement direct de la Banque centrale européenne ?

Et les plus de 90 milliards de francs détenus auprès de la BNS ? N’est-ce pas précisément avec de tels fonds que sont financées les faramineuses « opérations sur le marché des changes » de notre institut monétaire ?

Il pourrait être temps de regarder tout cela d’un peu plus près !

ANNEXE : le monde est-il en train de larguer la dette US ?

Dette US créanciers 2015 2016.png

A l’heure ou ces lignes sont écrites, les dernières données disponibles indiquent une nette accélération du mouvement de désinvestissement au niveau mondial vis-à-vis de la dette américaine. Reste à voir si cette tendance se poursuivra… et si la Suisse s’obstinera dans son soutien aveugle à un État qui malmène sa place financière (et sa réputation !) depuis plus de vingt ans.

(Source : U.S. Department of the Treasury, TIC Data)

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08 mars 2017

Quand l’Europe adapte ses droits sociaux à la précarisation permanente ( I et II partie)

 

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Ce texte est paru dans Echanges n°119 (hiver 2006-2007)

Nous voici contraints avant de commencer cet article, d’apporter quelques précisions concernant la polarisation entre richesse et pauvreté, souvent interprétée dans le sens d’une polarisation géopolitique entre les Etats riches du Nord et les Etats pauvres du Sud. Une polarisation niant les classes sociales, diffusée par les milieux religieux qui n’acceptent pas la lutte de classe, préférant s’occuper de la multitude. En ce qui nous concerne, nous ne voyons pas dans la misère que la misère, mais son côté révolutionnaire engendré par la situation misérable du prolétariat (occupé, chômeur, exclu).
Quand les marxistes parlent d’accumulation de richesse à un pôle, ce pôle c’est le capital, et l’autre, le paupérisé, c’est le prolétariat. Non seulement nous voulons nous démarquer des courants « associatifs bien pensants » mais aussi des mouvements « anti-impérialistes » qui font la promotion d’un « nationalisme “de gauche” » du type « national-bolcheviste » présent en Russie et en Amérique latine, mais qui dans le domaine idéologique déborde amplement sa représentation organisée. Pour nous il n’y a pas un peuple du Nord qui serait responsable de l’exploitation du Sud ; le peuple est divisé en classes sociales et par conséquent, au Nord comme au Sud, le prolétariat est sous la coupe du capital qui s’arroge le monopole de l’exploitation de la force de travail. Peu importe la hiérarchisation que les différents Etats se donnent au sein de l’ordre mondial, du président des Etats-Unis au compradore d’un Etat d’Afrique.

Ceci étant, force est de constater qu’actuellement plus personne ne conteste la loi de la paupérisation, aussi bien relative qu’absolue, qui touche les centres historiques du capitalisme. L’insécurité sociale est devenue telle, en France par exemple, qu’un sondage récent indique qu’un Français sur deux pense qu’il pourrait devenir SDF (Sans domicile fixe).

Gérer la précarité pour étouffer dans l’œuf toute révolte sociale

Les grèves contre les licenciements ont commencé à inquiéter la bourgeoisie dès les années 1980, mais à l’époque elle ne réalisait pas encore que le chômage allait devenir chronique. C’est seulement à partir des année 1990 que les soutiers des ministères vont se mettre au travail pour essayer de régler ce qu’ils nomment « des dysfonctionnements ». Les rapports des missions présidées par Jean Boissonnat (1995) et Alain Supiot (1999) ne vont pas faire dans la dentelle : ils s’attaquent directement à remettre en cause le contrat de travail, et le code du travail... En janvier 2004, Michel de Virville en remet une louche avec son rapport, commandé par François Fillon, sur le « toilettage » du code du travail (1).

Ainsi dès 1995, le rapport Boissonnat propose d’introduire un contrat d’activité passé entre un salarié et un groupe d’entreprises afin de faciliter la mobilité d’une entreprise à une autre, et de mutualiser les coûts des reconversions entre plusieurs employeurs (2). A l’époque, ce type de contrat touche surtout le secteur agricole (20 000 salariés dépendent de groupements d’entreprises). En 1999, le rapport Supio sort sa potion magique de « droits de tirage sociaux », sorte de cagnotte qui donnerait au travailleur la possibilité de disposer d’un pécule pour pratiquer une activité non rémunérée (formation, travail bénévole, travail domestique).

L’idée du bonhomme est de faire face à la transformation du travail et d’établir des passerelles « sécurisantes « pour passer d’une activité à une autre. Le rapport de Virville (2004), lui, va se promouvoir comme le fossoyeur du code du travail, « difficilement compréhensible » et donc difficilement applicable, selon son auteur. Le rapport va formuler 50 propositions pour « sécuriser les relations de travail » et « favoriser le dialogue social ».

En décembre 2004, un important rapport, De la précarité à la mobilité : vers une sécurité sociale professionnelle, dit rapport Cahuc-Kramarz (3), articule le tout, nous projetant dans un monde nouveau, celui de la « sécurisation de la précarité » dans le domaine juridique et institutionnel.

L’argumentaire anti-CDD et ses objectifs

Le rapport Cahuc-Kramarz comporte une partie importante, intitulée « Unifier le contrat de travail », que nous allons résumer et commenter. Afin de limiter les licenciements économiques et collectifs, qui entraînaient des grèves souvent violentes avec destruction de matériel et séquestration, l’Etat français, en instituant la possibilité d’embauche pour une durée déterminée par contrat, voulait donner aux entreprises la souplesse (flexibilité/mobilité) nécessaire pour les éviter.

La prolifération des contrats à durée limitée (CDD), médiatiquement présentée comme solution pour l’emploi des jeunes, n’a fait que marginaliser le contrat à temps plein (base 35heures par semaine), sans pour autant relancer l’emploi. Les contrats précaires se sont généralisés, de l’embauche en CDI à temps partiel de la loi quinquennale (loi n° 93-1313 du 20 décembre 1993 relative au travail, à l’emploi et à la formation professionnelle), aux derniers avatars type CPE, en passant par les intermittents du spectacle. Le temps était venu de faire son autocritique et de présenter au peuple une version plus radicale de gestion de l’emploi, ou plus précisément des personnes.
Le rapport Cahuc-Kramarz, pour nous faire avaler son contrat unique, n’hésite pas à faire le procès des CDD, dont l’utilisation est particulièrement élevée dans les pays comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne. A titre de comparaison, les pays de l’OCDE ont un taux de jeunes en CDI de 75,9 %, alors qu’en France le chiffre tombe à 47,8 %. Contrairement aux autres pays de l’OCDE, constate le rapport, la protection de l’emploi est relativement plus élevée en France. Elle s’est même renforcée depuis les années 1990, notamment avec la loi de « modernisation sociale » du 17 janvier 2002.

Le problème à résoudre, pour les économistes Pierre Crahuc et Francis Kramarz, est de rendre moins contraignant pour l’employeur le douloureux problème des licenciements. Pour y parvenir, ils indiquent que dans les pays de l’OCDE, la mutualisation des risques est renforcée, par une modification du service de l’emploi et de l’indemnisation chômage, alors qu’en France la flexibilité et la mobilité se concentrent sur la jeunesse, jugée plus adaptable. Force est de constater que plus de 70 % des embauches de jeunes se font en CDD, et que plus de 50 % ne se transforment pas en CDI.

Il va résulter de cette situation particulière que les pouvoirs publics auront réussi à endiguer les licenciements économiques et collectifs, qui seront divisés par 2,9 % entre 1989 et 2004, au prix d’une hausse de 50 % des licenciements individuels sur cette même période. Les employeurs, pour s’exonérer des contrôles de l’administration, des plans de sauvegarde de l’emploi, licencieront en petites coupures, maquillant de vrais licenciements économiques en licenciements individuels.

En définitive, la « bonne protection française » contre les licenciements économiques n’était que du vent, mais elle va servir d’argument pour dire « comment éviter les licenciements individuels ».

L’Etat prend en main la gestion de la précarité afin de soulager les entreprises du problème des licenciements

C’est visiblement l’objectif de tous les rapports sur les sécurisations de la personne, des parcours... : pour refiler à l’Etat (la collectivité) la gestion des licenciements, le rapport fait un mini-procès de l’entreprise. Celle-ci ne serait pas en mesure de proposer des dispositifs de reclassements internes ou externes sans ouvrir une procédure de licenciement collectif complexe et coûteuse. L’employeur risque le délit d’entrave et la sanction pénale, l’absence de participation des syndicats est dommageable pour la paix sociale et contraire aux directives européennes (4), qui assignent qu’il doit y avoir un accord avec les syndicats.

Partant du principe que l’entreprise a une vision égoïste de son existence dans la société et tend à reporter dangereusement sur la collectivité les tares du capitalisme, l’Etat, dans sa fonction de gérant de l’activité capitaliste globale, décide de reprendre en main la gestion des licenciements. Il va concentrer cette gestion dans les Maisons de l’emploi de création récente (5). Après avoir multiplié les contrats précaires sans succès, l’Etat fait volte-face et envisage d’instituer « un contrat de travail unique », une nouvelle version du contrat d’activité proposé par Jean Boissonnat en 1995.

Le rapport Cahuc-Kramarz (6) explique les raisons économiques qui doivent engendrer une telle mutation du contrat de travail, pour finalement nous dire :

« L’Etat doit alors intervenir de manière à ce que l’intérêt de l’entreprise rejoigne celui de la collectivité. Une manière de remédier à la sous-estimation par les entreprises de la valeur sociale d’un emploi consiste à “fiscaliser” la protection de l’emploi en introduisant des taxes sur les licenciements qui participent au financement de l’assurance chômage et des minima sociaux.

 » De ce point de vue, la “fiscalisation” de la protection de l’emploi a pour objet ultime d’assurer le droit à l’accompagnement de la recherche d’emploi et au reclassement des personnes privées d’emploi. Force est de constater qu’un tel objectif n’est pas atteint dans le système actuel » (p.144).

Pour atteindre cet objectif, le rapport propose de réformer la réglementation pour renouveler plus rapidement le « cheptel » de force de travail :

« La réglementation de la protection de l’emploi, telle qu’elle est actuellement mise en œuvre, ne permet pas d’accroître le volume global de l’emploi. En fait, l’analyse économique indique qu’un contrôle des licenciements conduisant les entreprises à réduire la fréquence de destruction des emplois a un impact a priori ambigu sur le chômage et l’emploi. Certes, la protection de l’emploi réduit les destructions de postes de travail. Néanmoins, elle a pour contrepartie une diminution des créations d’emplois, car le surcoût induit par le maintien d’effectifs peu rentables, que les entreprises détruiraient spontanément en l’absence de contrôle, diminue la rentabilité anticipée sur les emplois nouveaux, qui peuvent devenir eux-mêmes, dans le futur, des emplois non rentables protégés par la réglementation (7). La protection de l’emploi est donc favorable si elle diminue plus les destructions que les créations d’emplois. Dès lors, l’impact de la protection de l’emploi sur le chômage et l’emploi est un problème empirique. Or, plusieurs dizaines d’études empiriques menées dans divers pays, avec des données mobilisant des milliers d’observations, indiquent que la protection de l’emploi est plutôt défavorable à l’emploi, en particulier pour les groupes démographiques, tels que les jeunes, les femmes et les travailleurs âgés, dont l’insertion sur le marché du travail est la plus difficile. La réglementation actuelle n’atteint donc pas son objectif de protection de l’emploi » (p.145).

Le ver est enfin sorti du fruit, le contrat unique doit permettre une rotation rapide des forces de travail en fonction de leur obsolescence, elle aussi rapide, et ceci au moins à l’échelle européenne. Nous n’allons pas ici nous étendre à décrire ce nouveau contrat tel que le fait le rapport, mais en donner la quintessence. Quand on nous dit que désormais il faut « sécuriser la personne plutôt que l’emploi », on ne peut s’empêcher de penser au « nouveau capitalisme » qui se veut patrimonial et dont l’objectif est « la création de valeur pour l’action », qu’il faut « sécuriser » plutôt que l’entreprise « qui doit être mortelle », l’argent devant rapporter de l’argent.

Ce qui veut dire, en clair, que l’on met en place un contrat mieux adapté aux licenciements « boursiers » ou pour « perte de compétitivité » et qui reposera sur la collectivité par « mutualisation » des risques de perte de profits. Le contrat unique sera un contrat à durée indéterminée (CDI) qui aura toutes les caractéristiques d’un CDD, car il sera possible - et c’est déjà le cas - de continuer à embaucher pour un nombre d’heures annuelles. La pluriactivité touche en France 1 126 000 salariés (8). Pour gagner sa vie il faudra avoir plusieurs emplois. Cela s’appelle « protéger la personne ».
« Le contrat unique est à durée indéterminée. Il n’y a donc plus d’embauche en contrat à durée déterminée, y compris dans les secteurs où existe la possibilité de “contrats déterminés d’usage”. La rupture du contrat de travail donne lieu à un délai congé dont la durée peut être identique à celle prévalant actuellement pour le contrat de travail à durée indéterminée : un délai minimum légal nul jusqu’à six mois (article L.122-6 du code du travail), d’un mois entre six mois et deux ans d’ancienneté chez le même employeur et deux mois ensuite.

Il est possible d’inscrire une durée minimale dans le contrat de travail unique. Cette durée minimale engage les deux parties selon des termes identiques à ceux prévalant aujourd’hui dans le cadre du CDD (9). Cela signifie que l’employeur qui s’est engagé sur une durée minimale doit rémunérer le salarié durant cette durée, sauf en cas de faute grave, de force majeure ou d’accord entre les parties. Le salarié peut rompre le contrat avant la durée minimale prévue en cas de faute grave de l’employeur, de force majeure ou d’accord de l’employeur » (p. 146).

Le contrat « canada dry » a tout d’un CDI mais ce n’est pas un CDI.

Les transmutations du syndicalisme

Le bouleversement des normes d’exploitation, déjà en phase d’expérimentation, s’accompagne d’une transmutation du syndicalisme dit « de lutte de classe ». Les années 2005-2006 auront été particulièrement révélatrices du rôle futur que le capitalisme managérial assigne aux partenaires sociaux, celui de l’aider à liquider les acquis issus de la lutte de classe. « Revoir le fonctionnement du capitalisme et promouvoir un nouveau type de relations sociales en Europe. Supprimer les acquis du pouvoir syndical réformiste issus de la lutte de classe. » Celui qui pose cette question n’est autre que Jean Gandois (vice-président du conseil d’administration de Suez) et il s’explique :« Le fonctionnement du capitalisme doit être revu à la lumière de deux évolutions fondamentales : la mondialisation (l’Europe n’est que l’un des rouages du monde) et la prédominance excessive de la finance et des marchés financiers (10) » Le réformisme classique et le credo d’un socialisme acquis par accumulation de droits n’est plus de mise, ressasse la presse.

Le capital, après la parenthèse des trente glorieuses, retourne aux sources de l’exploitation sans réserve de la force de travail. Du passé il fait table rase, et n’hésite plus à déclencher une crise sociale sans précédent pour sauver ses profits. Santé, prévoyance, retraite, indemnisation des chômeurs, droit du travail sont remis en question au niveau planétaire. L’insécurité sociale, la précarisation du monde, devient une réalité palpable au cœur même des grandes puissances. Et quand il faut choisir entre la survie d’une entreprise et les taux de rendement des actions, ils n’hésitent plus : ils opèrent ce que certains nomment des « licenciements boursiers ». La révolution boursière, comme l’appelle les milieux financiers, marquerait la montée en puissance d’un « nouveau capitalisme » dont, nous l’avons déjà dit, l’objectif est de sauver la valeur de l’action.

Ceci a pour résultat la mise en place de « gouvernance d’entreprise » et d’une prise en main directe du capital financier sur la gestion des entreprises. Le FMI lui-même s’est inquiété de ce « transfert du risque patrimonial (de pertes) vers les particuliers ». « Alors que les banques, les assureurs et les fonds de pension cherchent à réduire la volatilité de leur bilans (...) toute une série de risques, traditionnellement gérés par ces instances, passent directement au secteur des ménages. » (La Tribune du 6 avril 2005.)

Pour les travailleurs, le bilan est catastrophique. Les syndicats et l’Etat commencent à s’inquiéter d’une perte du contrôle social. Alors ils font leurs mea culpa respectifs : « la division syndicale n’a pas permis de mobiliser... », donc il faut se « rassembler », se retrouver « tous ensemble ». La CGT prend l’initiative : nous ne sommes plus, dit-elle, des « révolutionnaires », des gens qui refusent tout accord, qui disent non à tout, nous allons fusionner avec le syndicalisme « d’accompagnement » (11), nous prosterner devant la Confédération européenne des syndicats (CES) et trouver au sein de la CSI (Confédération syndicale Internationale), fusion de la Confédération internationale des syndicats libres [CISL] et de la Confédération mondiale du travail [CMT]) le nouveau parrain qui remplacera la Fédération syndicale mondiale (FSM).

Pour l’Etat, il est grand temps qu’un syndicalisme fort puisse jouer son rôle de syndicat unique, stérilisant les autres petites formations croupions, tout en se donnant un air démocratique. Les enjeux semblent de taille, pour qu’un tel remaniement des appareils syndicaux soit mis en action jusqu’au niveau mondial. Il sera confié aux syndicats majoritaires le soin de gérer la précarité, la flexibilité, l’employabilité, la mobilité, la capacité, la traçabilité, la compétitivité, et autres conneries, dans le cadre d’une « sécurité sociale professionnelle » revendiquée de gauche à droite.

Les transmutations du syndicalisme accompagnent celles des entreprises et la mise en place de comités d’entreprise européens, voire mondiaux, l’émergence d’un statut de société européenne et, pour le futur proche, une structuration syndicale au sein des multinationales, notamment dans l’industrie automobile.

(à suivre)

Gérard Bad

Quand l’Europe adapte ses droits sociaux à la précarisation permanente (2)

lundi 14 mai 2007

Dans la première partie de ce texte (1), nous avons montré la lente évolution, à coup de rapports divers, d’une réforme globale du système d’exploitation de la force de travail en Europe. Nous avons réfuté l’argumentaire déclarant vouloir mettre fin aux multiples contrats précaires CDD...en les remplaçants par un « contrat unique » en CDI, dont le contenu reviendrait à faire disparaître le CDI et à légiférer une précarisation généralisée.

Par une astuce d’un nouveau genre, le patronat européen prétend « interdire les licenciements » trop coûteux pour lui, en les « mutualisant » et en chargeant les Maisons de l’emploi de cette gestion avec les syndicats. Dans cette deuxième partie, nous allons traiter plus spécifiquement du « Livre vert » sur le droit du travail élaboré par la Commission européenne et la fédération du patronat européen, l’Unice (2) et, à la veille de l’élection présidentielle en France, réaffirmer l’union sacrée de tous les candidats autour de la Sécurité sociale professionnelle (SSP).

La Commission européenne, dans le cadre de la stratégie de Lisbonne (3), entend bien passer à la vitesse supérieure pour permettre un déplacement rapide des salariés d’une entreprise à une autre à l’échelle européenne. C’est cet objectif qui est à l’origine du Livre vert qui ne comporte pour le moment aucune mesure précise, mais pose des questions afin de flexibiliser davantage le marché du travail.

Le « Livre vert » pas assez offensif pour le patronat européen

La vocation du « Livre vert » est de « lancer un débat public dans l’Union européenne (UE) pour établir comment adapter le droit du travail afin d’accroître l’adaptabilité des travailleurs et des entreprises » et « adapter le droit du travail à la flexibilité et la sécurité pour tous ». Cette simple consultation n’est pas assez offensive pour l’Unice, qui veut que le droit s’adapte au plus petit dénominateur commun de l’UE (le Royaume-Uni). Portant davantage sur l’aspect individuel, plutôt que collectif, du droit du travail, le Livre vert examine la situation actuelle dans chaque Etat membre de l’ UE . Il est intéressant de noter que « le Livre vert fait référence au rapport Kok de novembre 2004, selon lequel “un marché du travail à deux vitesses pourrait apparaître, avec d’un côté les ’initiés’ employés de façon permanente et de l’autre les ’non-initiés’ employés illégalement et dans une situation précaire.” Le Livre partage cette vision des choses et l’illustre par de nombreux exemples et chiffres. Selon lui, le principal défi est de créer un “marché du travail flexible et inclusif” (4) ».

Un des aspects révélé ci-dessus est la crainte de voir s’amplifier un marché du travail à deux vitesses au centre de l’Europe. Il s’est effectivement installé dans l’UE une chaîne de maquiladoras capables de produire de tout de manière souterraine : chaussures, pulls, ordinateurs, produits mécaniques, fertilisants... Un manque à gagner considérable pour le fisc, rien que pour l’économie souterraine (5).

Selon une étude réalisée en 2000 pour le compte de la Commission européenne, le travail dissimulé - le nom officiel du travail au noir - représenterait entre 3 % et 15 % du produit intérieur brut (PIB) des Etats membres de l’Union européenne (UE) (6) #
Des chiffres beaucoup plus importants existent, notamment pour l’ Italie, la Pologne... Mais nous nous en tiendrons ici aux chiffres de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI). Ce dernier donne les chiffres et commentaires suivants : les résultats sont indiqués sous forme de fourchettes, car les méthodes d’estimation utilisées par les différentes sources ne sont pas les mêmes. (voir encadré page 9).
Pour endiguer cette vague d’emplois « illégaux » et satisfaire l’Unice qui demande « plus de flexibilité pour licencier » et « moins de charges sociales pour affronter la concurrence », la nomenklatura européenne n’a rien trouvé de mieux que de légiférer de telle sorte que le « contrat unique » se rapproche le plus possible du « statut » du prolétaire clandestin de l’économie souterraine (7).

Lors de ses vœux 2007 aux « forces vives », Chirac (fidèle à la stratégie de Lisbonne) a confirmé l’intention du gouvernement de mettre en œuvre la « sécurité sociale professionnelle », pour lutter contre le chômage. Entendez soulager les entreprises du coût des licenciements en fiscalisant leurs financement :

« Il faut bâtir un nouvel instrument de combat contre le chômage et pour l’emploi, à partir, disons-le clairement, de la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC.
La sécurité sociale professionnelle aura quatre missions : le versement des allocations chômage, l’accompagnement personnalisé pour la recherche d’emploi, l’aide à la mobilité professionnelle, et la formation tout au long de la vie : elle devra porter les droits individuels à la formation des salariés, majorés pour ceux qui ont un faible bagage initial ou qui ont besoin de se reconvertir. Dans l’esprit du contrat de transition professionnelle, un véritable lien contractuel, fait de droits et d’obligations, unira les salariés sans emploi et la sécurité sociale professionnelle. Dans la ligne de la réforme du dialogue social, il reviendra aux partenaires sociaux, aux côtés de l’Etat, de gérer ce nouvel ensemble (8). »

L’aveu est de taille, et ne fait que confirmer que l’Europe se prépare à légiférer sur un système de précarisation généralisée, relayé par les syndicats. Toute lutte contre les licenciements comme chez Québecor devra avoir comme revendication « la sécurisation de la misère » (9), l’adaptation de la force de travail à l’aune non plus des pays de l’Est, mais maintenant de la Chine populaire ou de l’économie souterraine.

Ne voyons-nous pas tous nos capitalistes d’Occident revendiquer « la liberté syndicale en Chine » se lamenter sur l’écart entre riches et pauvres. Ce qu’ils veulent en définitive, c’est que le coût du travail en Chine soit tel, que celui-ci enraye la précarisation et la délimitation des classes sociales, dans les centres historiques du capitalisme (10). #

Aussi ont-ils applaudi des deux mains, quand Pékin a annoncé des mesures visant à fixer la semaine de travail à 40 heures, à payer les heures supplémentaires au tarif double, et à consulter les représentants des ouvriers lors des licenciements, (La Tribune du 20 février 2007) et même abolir le travail forcé (selon le BIT). Mesures jugées épouvantables pour les multinationales sévissant en Chine. Ceci alors qu’en France Sarkozy veut exonérer les heures supplémentaires de cotisations sociales, et que nous attendons le grand lessivage du code du travail.

Tous prétendent « protéger la personne plutôt que l’emploi », ce n’est donc pas un hasard si la CGT considère les conventions collectives obsolètes :

« Les conventions collectives construites depuis plus d’un siècle ne permettent plus aujourd’hui de protéger véritablement les salariés des risques que les politiques managériales visent à transférer du capital sur le travail. Elles peinent à assurer une progression de carrière, de salaires, de protection sociale et de prévoyance à tous les salariés et en particulier aux plus fragiles et aux plus mobiles. De plus, dans le droit social actuel, c’est la nature de l’employeur qui détermine le volume des droits des salariés. (11) »

Le vendredi 12 janvier 2006, les fossoyeurs des conventions collectives se réunissaient avec le Mouvement des Entreprises de France (Medef, syndicat patronal) pour traiter du contrat de travail unique (12). Comme par hasard tous en arrivèrent à dire qu’ils étaient opposés au contrat unique, alors que c’ est ce qu’ils revendiquent tous. Le Medef, comme l’indiquait le quotidien La Tribune du 16 janvier, est favorable au système du gré à gré, et Laurence Parisot s’est même payé le luxe d’inventer un néologisme, la « séparabilité », pour désigner les futures ruptures du contrat de travail. En fait chacun essaye encore de tirer la couverture à soi, les syndicats voulant des postes de permanents dans les nouvelles instances, ce que vient de leur accorder le Conseil économique et social, en organisant des élections périodiques... à la nouvelle « sécurité sociale professionnelle ». Quant au Medef, il attend le nouveau code du travail.
La « sécurité sociale professionnelle » à pour fonction, entre autres, de faire glisser la fiscalisation des entreprises vers les consommateurs par des taxes diverses. Le coût du travail du secteur légal peut rivaliser avec l’économie souterraine et provoquer son élimination et rafler ses marges.

On peut remarquer que la plupart des candidats à la présidence, sont favorables à de nouvelles taxes. Ségolène Royal, qui s’est prononcée ouvertement pour « la sécurité sociale professionnelle » (SSP) était très fière de son expérience de SSP dans la région Poitou-Charentes, financée à hauteur de 5 millions d’euros par l’Etat et la région dont elle est présidente (13). #

Son compère François Bayrou trouve que l’idée de la SSP est bonne et il propose « cinq pistes pour transférer ces charges : une cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, une hausse de la CSG, une TVA sociale, une taxe sur la consommation de carburants fossiles, enfin une taxe sur les mouvements financiers ».

De son côté la Ligue communiste révolutionnaire vient de tomber le masque dans le programme de son candidat Olivier Bessancenot. Elle veut interdire tous les licenciements, les mettre hors la loi, sans révolution, simplement en décrétant que les capitalistes ne doivent plus licencier. Cela s’appelle enjoliver le capitalisme, son bon côté, pour nous présenter une réforme positive. C’est ce que va faire la Ligue qui dit :
« Nous proposons une loi d’interdiction des licenciements, en imposant le maintien du contrat de travail. Pour financer d’éventuelles défaillances à ces règles, un fonds de sécurité sociale professionnelle pourra être mis sur pied, financé par des cotisations patronales assises sur les salaires, et géré
- comme devrait l’être l’ensemble de la Sécurité sociale - par des représentants des salariés. »

La boucle est bouclée, tous derrière la bande Sarko-Ségolène pour la précarité, c’est-à-dire la SSP.

Vers une restructuration des classes sociales

Après avoir trouvé la clef qui réduirait le « monde à deux vitesses » en ramenant le tout à son plus petit dénominateur à la manière de Procuste (14), l’UE élimine mentalement la fracture sociale, mais pas la pauvreté qu’elle généralise.

Le premier programme de l’UE visant à endiguer la pauvreté fut élaboré en 1975 sous le nom de « Pauvreté I » et fut stoppé par l’opposition de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne. Au cours des années 1990, le traité d’Amsterdam tentera de donner un socle juridique à « l’exclusion » sans grand succès, la pauvreté se développant à un rythme plus rapide que les capacités d’emploi. Le résultat global pour l’UE est accablant. La pauvreté touche actuellement 16 % de la population européenne, c’est-à-dire 72 millions de prolétaires pauvres.

Même l’hebdomadaire Marianne écrit : « On croyait la classe ouvrière morte, eh bien non ! Les nouveaux travailleurs pauvres seraient 7 millions en France. Pour ces employés du tertiaire, les smicards à vie, ces salariés logés à la même mauvaise enseigne, la flexibilité, la précarité et la peur sont le lot quotidien (15).# »

Ce même journal indique qu’actuellement 60 % de la population active sont prolétaires et ne gagnent pas plus de 15 000 euros par an en moyenne ; cette population était de 40 % en 1992 et de 50 % en 2001. Ces chiffres peuvent paraître paradoxaux, d’un côté augmentation du taux de prolétaires et de l’autre de la misère sociale. Marx , dans « Misère de la philosophie » ainsi que Paul Mattick dans son texte De la grande pauvreté ont bien montré les raisons profondes de ce paradoxe :

« De jour en jour, il devient donc plus clair que les rapports de production dans lesquels se meut la bourgeoisie n’ont pas un caractère simple, mais un caractère de duplicité ; que dans les mêmes rapports dans lesquels se produit la richesse la misère se produit aussi ; que dans les mêmes rapports dans lesquels il y a développement des forces productives, il y a une force productrice de répression ; que ces rapports ne produisent la richesse bourgeoise, c’est-à-dire la richesse de la classe bourgeoise, qu’en anéantissant continuellement la richesse des membres intégrants de cette classe et en produisant un prolétariat toujours croissant (16). »

Ce que confirme aujourd’hui à sa manière le banquier Michel Cicurel :
« C’est la mondialisation qui stabilise la croissance mondiale, l’Europe et l’ Asie prenant le relais de la locomotive américaine. C’est elle qui contient l’inflation en haut du cycle parce que la force de travail mondiale a doublé. Elle encore qui explique la sagesse des taux d’intérêts, évitant notamment le Krach immobilier, puisque l’épargne asiatique finance la dette occidentale. Elle qui relativise l’énorme déficit extérieur américain. Elle toujours qui a protégé le pouvoir d’achat de nos classes moyennes, amputé par l’impôt mais préservé par l’importation de textile ou d’électronique à bas prix (17). »

Cet éloge de la mondialisation passe sous silence qu’ elle est une contre-tendance à la baisse tendancielle du taux de profit, donc à une crise latente du système capitaliste. Celui-ci cherche à se maintenir en généralisant la concurrence sans frontière de l’exploitation de la force de travail. Elle masque la dualité bourgeoise qui est en même temps développement et destruction des forces productives.

Chômage et paupérisme, écrivait Paul Mattick, « ont été une caractéristique flagrante du capitalisme tout au cours de son développement, même s’ils ont été plus ou moins émoussés ou saillants selon les hauts et les bas du cycle des affaires. La partie de la classe ouvrière au chômage a crû avec l’accroissement de la classe elle-même, faisant diminuer ou se stabiliser le taux des salaires pratiqué. Le chômage a été le problème dominant de la société capitaliste pendant des périodes prolongées, celles de dépression, imposant à la bourgeoisie quelques modifications de la loi générale de l’accumulation. Si l’on regroupe les périodes d’expansion et de contraction de l’économie, ce qu’on doit faire pour traiter le processus d’accumulation comme un tout, il ne fait aucun doute que le chômage a crû constamment, car l’absorption d’une partie de l’armée de réserve industrielle dans les périodes d’expansion n’a pas compensé entièrement les expulsions de travailleurs hors du processus de production effectuées pendant les périodes de dépression. Si l’on considère ensemble les bonnes et les mauvaises périodes, on ne peut guère douter que le rapport du nombre des ouvriers au chômage à celui de ceux qui ont un emploi a crû avec l’accumulation du capital, car cette dernière sous-entend un déclin relatif du capital variable au sein du capital total (18). »

Cette polarisation des classes sociales, agit comme un aimant vis-à-vis de ce que l’on appelle les classes moyennes (19), soient elles accèdent au monde des riches soit elles échouent dans la pauvreté et deviennent des prolétaires.

Pour conclure

La croissance de la précarité du travail dans le monde n’est aujourd’hui plus à démontrer, elle s’impose chaque jour aux prolétaires du monde entier, mis en concurrence directe par le processus de mondialisation. Il n’y a pas un coin perdu dans le monde qui ne soit dépendant de ce processus, de sorte que ce qui a lieu dans les pays en développement se répercute négativement sur les prolétaires des centres historiques du capital. La dualité capitaliste, fait que la lutte contre la pauvreté a pour corollaires la création, encouragée par l’ONU, de centaines de « zones franches » dans le tiers monde. Zones où, de par la loi, les profits ne sont pas soumis à l’impôt, mais aussi aux impositions contenues dans les plans de restructuration de la dette du FMI et de la Banque mondiale.

La recherche du travail gratuit (la plus-value) pénètre la chair même des prolétaires du tiers monde parqués dans des bagnes ou camps de travail pour le compte des multinationales et des compradores locaux (négriers des temps modernes). Ces mêmes bagnes se présentent de manière diffuse en Europe, sous la forme de l’économie souterraine et informelle. Partout le travail au noir monte en puissance et devient de facto le modèle à développer partout. L’Union européenne qui prétend être la matrice du règne des droits humains, du juste et du bien-être pour tous, est en passe de s’accommoder de la super-exploitation qui règne sur son territoire et d’en faire un atout pour le futur. Tel est le sens réel de la législation européenne sur la précarisation des contrats de travail.

Gérard Bad

Février 2007

Notes

(1) Voir Quand l’Europe adapte ses droits sociaux à la précarisation permanente (1), Echanges 119, p. 34.

(2) Union of Industrial and Employers’ Confederations of Europe (Unice) a changé son nom en janvier 2007 pour devenir The Confederation of European. L’adressse Internet Businesswww.unice.org/ est redirigée vers www.businesseurope.eu. 

(3) Le conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000 a fixé un objectif stratégique visant à faire de léconomie de l’Union européenne « la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».

(4) « L’Unice tente d’empêcher le Livre vert sur le droit du travail, Euractiv, 4 octobre 2006. Voir www.euractiv.com/fr.

(5) Voir notamment « L’économie de l’ombre mesurée dans 43 pays », de l’Université de Linz (Friedrich Schneider) in « L’Economie souterraine dans la mondialisation », Problèmes économiques, La Documenbtaion française, juillet 2005. « L’Université de Linz n’étudie pas directement le travail au noir mais l’économie souterraine, à savoir cet archipel d’entreprises qui échappent en partie ou totalement au fisc et qui est le premier, mais pas le seul, lieu d’engagement de travailleurs au noir ».# (« Le travail au noir, une arme du capital global. La lutte globale contre le travail au noir : une nécessité pour les travailleurs », de Pietro Basso, www.costkiller.net/tribune/ Tribu-P....

(6) Sept pays avaient été sélectionnés pour cette recherche : la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède et le Royaume-Uni. Deuxième constat porté par les experts, il y a trois ans : la quantité de travail au noir allait croissant partout en Europe.

(7) A noter que chaque fois que le capital a été confronté à une concurrence mafieuse, il s’ en est rapidement accommodé : suppression des lois de prohibition, aux Etats-Unis, légalisation des jeux officiels (PMU, casino) contre les jeux clandestins, légalisation des drogues douces...

(8) Allocution du président de la République, à l’occasion de la présentation des vœux aux forces vives, 4 janvier 2007. Texte sur www.elysee.fr

(9) Selon P. Detrez, secrétaire général de la CGT Nord-Pas-de-Calais, il est temps de responsabiliser les entreprises et de concrétiser une Sécurité sociale Professionnelle caractérisée par le maintien du contrat de travail, du salaire et des droits en cas de licenciement.

(10) Ceci explique, en partie le regroupement inique des ex-partisans de la FSM avec la CISL ( ex-chantres de la CIA) et la CMT (de confession catholique). Les travailleurs chinois seront ravis d’obtenir enfin des droits à leur exploitation « grâce » à la pression internationale de l’OIT et de la CI).

(11) Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, audition au Conseil d’orientation pour l’emploi, 19 décembre 2006, « Sécurisation des parcours professionnels ».

(12) L’idée du contrat unique fut même reprise en 2004 par Michel Camdessus, ancien directeur du FMI : « La suppression du CDD et la création d’un contrat de travail unique à durée indéterminée, dans lequel les droits relatifs à la protection de l’emploi et à l’indemnisation se renforceraient progressivement » (« Qui veut vraiment du contrat de travail unique ? », Les Echos du 29 janvier 2007 )#.

(13) Entretien avecSégolène Royal dans l’émission « Place publique », sur France 3 Poitou-Charentes, 11 juin 2006

(14) Procuste est une manière de désigner toute tentative de réduire les hommes à un seul modèle, une seule façon de penser ou d’agir. Le brigand Procuste obligeait ses captures humaines à se coucher sur son lit de fer. Il coupait les membres de ses victimes trop grandes pour le lit et étirait ceux des plus petites. On parle du « lit de Procuste » à propos de toute règle odieuse ou tyrannique.

(15) « Les nouveaux prolétaires », Marianne du 16 au 22 septembre 2006.

(16) Karl Marx, Misère de la philosophie.

(17) Michel Cicurel, président du directoire de la Cie Financière Edmond de Rotschild, La Tribune du 30 janvier 2007.

(18) Paul Mattick (1904-1981). De la pauvreté et de la nature fétiche de l’économie, éd. Abirato, 1998.

(19) A défaut d’une étude spécifique, nous pouvons définir les classes moyennes actuelles comme évoluant entre la bourgeoisie et le prolétariat, classe ou plus exactement couches sociales transitoires ayant un niveau de vie situé au dessus de la fourchette de 15 000 euros annuels (les 60% de la population active) et 31 000 euros (plafond annuel de la Sécurité sociale) .

 

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INFOBREF N°480-Les dégâts du progrès

INFOBREF N°480

Les dégâts du progrès

Une assurance japonaise utilisera une I.A. pour remplacer 34 de ses employés.

Une assurance japonaise utilisera une I.A. pour remplacer 34 de ses employés. La machine devra effectuer des activités de vérification et des procédures d'analyse sur les dossiers des clients.

Une I.A., la « IBM Watson Explorer », remplacera 34 employés d’une assurance vie japonaise, la Fukoku Mutual Life Insurance, dans les jours à venir.

Notamment, l’I.A. devra analyser les certificats et les antécédents médicaux des clients, déterminer les paiements et facturer les dépenses médicales. Ainsi, elle devra gérer toutes les procédures d’élaboration d’un dossier jusqu’à le faire arriver dans les mains d’un superviseur humain qui s’occupera de l’approbation et du paiement final.

L’entreprise a dépensé 200 millions de yen (1,7 million de dollars) sur ce nouveau système, qui nécessitera une maintenance annuelle d’un coût de 128 000 dollars.

D’après leur communiqué de presse, l’I.A. sera intégrée aussi dans le travail de vérification d’évaluations des paiements pour « améliorer le service client en améliorant la précision de l’évaluation du paiement. »

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Ainsi, la IBM Watson Explorer devrait augmenter la productivité de l’entreprise de 30 %, en économisant déjà 1,1 million de dollars sur les salaires des employés: un investissement qui commencera à se transformer en bénéfice au bout de deux ans d’activité.

L’époque où les emplois de service seront remplacés par des machines semble se rapprocher. Washington a d’ailleurs publié récemment un document concernant l’utilisation future des I.A. dans le monde du travail, en ne cachant pas ses inquiétudes sur le sujet.

Cela dit, le cas de l’assurance Fukoku ne semble pas être isolé : par exemple, la Nippon Life Insurance Co. est en train d’utiliser des intelligences artificielles pour déterminer la meilleure couverture médicale pour ses clients, tandis que la Dai-Ichi Life Insurance et la Japan Post Insurance sont en train d’intégrer progressivement une IBM Watson Explorer de la même manière que l’assurance Fukoku.

CPI Bussière : l’imprimerie digitalise ses métiers pour résister

À Bussière, dans le Cher, ils ne seront plus que 60 salariés à travailler dans l’imprimerie CPI, soit quatre fois moins qu’il y a cinq ans. Le responsable de cette réduction de l’effectif n’est pas l’explosion de l’e-book, mais le changement des méthodes de production. Avec le numérique, il n’est plus nécessaire de réaliser une forme imprimante pour que l’encre marque la page. "Désormais, on passe directement du fichier au livre, sans étape intermédiaire", explique le directeur général du site, Pascal Choloux. Les nouvelles techniques – jet d’encre, toner – s’avèrent rentables pour des tirages allant jusqu’à 3 000-4 000 exemplaires. Au-delà, le surcoût des encres ne compense plus l’économie réalisée sur la forme.

La digitalisation a ainsi fait passer l’édition dans l’univers des flux tendus. Les tirages sont davantage ajustés aux ventes et le volume global de livres imprimés a diminué. De plus, avec la disparition de la forme imprimante, la réimpression peut être confiée à un imprimeur qui n’a pas réalisé le premier tirage. Résultat : le numérique intensifie la concurrence, d’autant que des imprimeurs venus de secteurs où la demande décline (imprimés publicitaires, magazines…) se positionnent sur le marché du livre.

Outre la réduction de l’effectif, ces évolutions ont eu un impact sur les savoir-faire du personnel. "Nous avons fait évoluer les compétences des salariés en place", indique Pascal Choloux. Des formations sur les nouvelles techniques de production (jet d’encre, computer to place ou CtP) ont été dispensées. "Les métiers ont évolué : désormais, les personnes pilotent les opérations là où auparavant elles étaient sur de strictes tâches de fabrication." L’imprimerie a investi dans deux nouvelles lignes de production numérique, et la baisse de la masse salariale n’a pas été proportionnelle à la réduction des effectifs, compte tenu de l’évolution des qualifications des salariés.

ERDF place à l’opérateur de données

C’est l’emblème de la numérisation d’ERDF, la filiale d’EDF chargée du réseau de distribution d’électricité. Linky, le compteur communicant, démarrera son déploiement dans quelques mois. En ligne de mire : le remplacement de 35 millions de compteurs d’ici à 2020… Et la fin du porte-à- porte pour relever les compteurs. Linky, c’est d’abord l’automatisation de certains processus très consommateurs de main-d’oeuvre. Cela se traduit donc par des postes en moins chez les opérateurs locaux auxquels ERDF soustraite la relève, mais aussi du côté des agents d’ERDF. Ces derniers effectuent lors de leurs tournées quotidiennes des interventions (changement de puissance, résiliation, mise en service…) que Linky pourra réaliser à distance. ERDF ne chiffre pas le nombre de ses salariés concernés, mais met en avant sa pyramide des âges : un tiers de l’effectif partira à la retraite d’ici à 2020. "C’est une formidable opportunité de renouvellement des compétences", avance Christian Buchel, le directeur général adjoint d’ERDF.

Il ne s’agit pas seulement de positiver. Christian Buchel vient d’être chargé par le nouveau patron d’ERDF, Philippe Monloubou, de mettre en place un programme stratégique sur la numérisation des métiers d’ERDF. Il sera finalisé d’ici à cet été. "Il s’appuiera sur une transformation déjà engagée", souligne Christian Buchel. Le numérique a gagné le réseau d’ERDF à travers des capteurs et autres automates d’exploitation du réseau. À la clé, une masse croissante de données qui s’ajoutent à celles générées par les 300 000 centrales d’électricité renouvelable connectées aux lignes d’ERDF. En ajoutant les données techniques (tension, intensité…) et les index de consommation de Linky, ERDF basculera dans le big data. "Il se dessine une évolution de nos métiers autour de la notion d’opérateur de données, remarque Christian Buchel. ERDF aura un rôle de plate-forme de traitement et de transmission de données à tous les acteurs du système électrique." Statisticiens et informaticiens seront dès lors les bienvenus.

CGI : la croissance de l’emploi n’est pas un long fleuve tranquille

La numérisation de l’économie est au coeur du business de CGI. "Nous construisons des systèmes d’information et en assurons la maintenance opérationnelle", résume Gilles Le Franc, le responsable Grand Ouest de l’entreprise. Côté emplois, la SSII revendique l’embauche de 8 000 personnes en cinq ans pour suivre la digitalisation de ses clients. "En net, le numérique a créé de l’emploi", confirme le DRH de l’entreprise, Didier Baichère. Mais cette croissance n’est pas un long fleuve tranquille. "Certains de nos salariés nous reprochent un manque de visibilité sur l’évolution de nos métiers", précise le DRH. Car les demandes adressées à l’entreprise changent vite. Ainsi, un tiers des recrutements actuels concerne le data management et la sécurité-mobilité, des enjeux qui n’existaient pas il y a trois ans !

Si certaines activités émergent et se développent, d’autres déclinent et disparaissent. Pour accompagner ces évolutions, le DRH et les syndicats ont signé, au début de l’année 2013, un accord sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) qui comporte notamment un plan de formation et un plan de recrutement. Ensemble, ils ont identifié les métiers en développement, ceux qui sont stables et ceux qui sont en voie de disparition. Parmi ces derniers, le DRH cite les testeurs ou les métiers liés à la surveillance des réseaux. En un mot, "tous les métiers qui comportent des tâches répétitives ou automatisables", indique Didier Baichère. À l’inverse, les architectes réseaux sont appelés à se développer. La demande croissante des clients pour des offres sur mesure va accélérer le besoin d’avoir des salariés de plus en plus qualifiés. C’est pourquoi CGI compte embaucher des professionnels du code qui auront une expertise métier (marketing, RH...).

Christophe Bys et Manuel Moragues

L'Usine Digitale direct du Mobile World Congress 2017 de Barcelone

Le Mobile World Congress 2017, plus grand salon mondial consacré au marché de la mobilité se tient du 27 février au 2 mars. Pour l’occasion, la rédaction de L’Usine Digitale se délocalise. Tendances et innovations en réalité virtuelle, blockchain, fintech, assistants virtuels, voitures connectées… En direct de Barcelone, nos journalistes vous dévoileront chaque jour le meilleur de cet événement incontournable. Suivez toutes les annonces du MWC 2017 en cliquant ici

Hôteliers contre centrales de réservation en ligne, la fin de la parité tarifaire

Les hôteliers ne sont plus obligés d’afficher les mêmes prix sur leur site que sur les centrales de réservation. La dynamique économique des établissements en sera-t-elle relancée ?

tourisme

Afficher des tarifs inférieurs à ceux proposés sur le site Internet des agences de réservation en ligne (OTA, pour Online Travel Agency) est désormais possible pour les hôteliers. Si ces derniers ont gagné la bataille des prix, les OTA n’en demeurent pas moins des acteurs incontournables du secteur du tourisme. L’enjeu pour les hôteliers sera de convaincre les consommateurs de réserver en direct tout en leur offrant des services à la hauteur de leurs attentes. L’avis de quatre hôteliers.


par Eugénie Rieme

“Premier canal d’information et de réservation pour les consommateurs”, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), Internet a profondément modifié les habitudes d’achat des consommateurs. Et notamment dans le secteur du tourisme, qui a vu en une quinzaine d’années son marché subir de profondes mutations. L’avènement du e-tourisme et avec lui, des nouveaux opérateurs dont les agences de voyages en ligne ou OTA, a contraint les distributeurs traditionnels (agences de voyages, hôteliers, tour-opérateurs) à travailler avec ces nouveaux acteurs. Parmi les plus célèbres figurent les groupes américains Priceline (incarné par Booking.com), Expedia ou Orbitz. Interfaces faciles d’utilisation, accessibles partout et proposant un large éventail d’offres d’hébergements, ces OTA sont devenues incontournables. “Aujourd’hui, les consommateurs veulent être leur propre agent de voyages”, observe Laurent Duc, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih). Preuve en est : près de 30 millions de Français ont consulté des sites web pour préparer leurs vacances, en 2013 (source : Baromètre Opodo 2013).

Hausse des commissions en cause

Face au plébiscite grandissant des agences de réservation en ligne, le partenariat entre hôteliers et OTA a glissé ces dernières années vers le rapport de force.

“Conscientes de leur position dominante sur le marché du tourisme, les centrales ont revu leurs commissions à la hausse, passant ainsi de 10 % il y a dizaine d’années, à 17 % et au-delà de 20 % en 2016”, explique Laurent Duc. Une situation devenue intenable financièrement pour nombre d’hôteliers qui ont porté le problème devant l’Autorité de la concurrence et l’État français. “Cette augmentation des commissions mettait en péril l’équilibre économique des hôtels”, ajoute Jean-Baptiste Pieri, président de la Commission Europe et numérique du Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs) et membre du Groupement national des indépendants (GNI). Leur revendication ? Faire tomber la parité sur les prix et les conditions de réservation jugées abusives, obligeant les hôtels à proposer les mêmes tarifs sur leur propre site de réservation que les OTA. But atteint le 6 août 2015, date de promulgation de la loi Macron qui a redonné la liberté tarifaire aux hôteliers. Mais aussi la possibilité de proposer des prix plus attractifs.

Qualifié d’ambigu par le groupe Expedia, le texte fait actuellement l’objet d’un recours devant la Commission européenne à Bruxelles. “L’article 133 de la loi Macron (…) peut néanmoins être interprété de manière à fragiliser la confiance des consommateurs, en faisant peser sur ces derniers un fardeau injuste, les conduisant à douter de pouvoir disposer de la bonne chambre d’hôtel au bon prix, et en les privant de la possibilité d’accéder aux meilleurs prix sur les plates-formes de réservation en ligne de leur choix”, déclare le groupe.

En attendant une ultime décision, les hôteliers s’organisent et tentent de nouvelles formes de développement, en misant sur les clubs et la personnalisation de l’offre hôtelière. “C’est en se renouvelant que nous retrouverons une dynamique économique et un lien direct avec les consommateurs”, déclare Jean-Baptiste Pieri.

Si la loi a permis aux hôteliers de retrouver leur liberté tarifaire, la concurrence reste de mise face aux OTA. Pour sortir de la situation de dépendance vis-à-vis des agences de réservation, les hôteliers misent sur la diversification de leurs canaux de distribution. D’autres se regroupent en clubs hôteliers pour dénoncer le montant des commissions des centrales. Des démarches bonnes pour le porte-monnaie des consommateurs. Mais au-delà du prix, encore faut-il que les clients s’y retrouvent. À l’heure de l’économie collaborative, les voyageurs recherchent de l’authenticité et fuient les concepts standardisés. Autant d’éléments avec lesquels les hôteliers devront composer pour faire face à la concurrence.  

“Nous avons préféré maintenir une cohérence dans nos tarifs par peur de manque de lisibilité”
Magali Dumas, directrice commerciale du groupe hôtelier Maranatha

“L’annonce de la fin de la parité tarifaire a été très bien accueillie par le groupe Maranatha. Pour autant, notre stratégie tarifaire reste inchangée. Nous affichons toujours les mêmes prix que ceux proposés sur le site des centrales de réservation. Internet est notre vitrine N°1 et c’est le canal d’achat privilégié de nombreux consommateurs. Nous ne voulons pas que cela change. La liberté tarifaire est selon moi relative car pour figurer en bonne place sur le site d’une agence de réservation en ligne, mieux vaut payer un peu plus de commission pour avoir droit à une visibilité préférentielle. À ce jour, le groupe paye entre 15 et 20 % de commissions aux centrales partenaires. Des coûts non négligeables mais nécessaires, car ces OTA représentent une part importante du chiffre d’affaires du groupe. Avec les événements tragiques survenus à Paris en novembre 2015, bon nombre de nos hôtels parisiens ont accusé une baisse de 15 à 20 % de leur chiffre.

Compte tenu du contexte socio-économique, nous avons préféré maintenir une cohérence dans nos tarifs par peur de manque de lisibilité. Toutefois, nous restons maîtres de nos prix et avons la liberté de les modifier à tout moment. Pour se différencier des centrales de réservation, nous proposons des tarifs préférentiels à nos clients les plus fidèles via notre site officiel. Au-delà du prix, notre stratégie repose sur la qualité de nos prestations et l’accueil. Aujourd’hui, les consommateurs recherchent une relation personnalisée, une décoration non standardisée. Et plus l’hôtel monte en gamme, plus les exigences sont élevées. C’est sur cet aspect que nous travaillons pour nous différencier de la concurrence. Quant aux OTA, elles sont des générateurs de réservation indispensables au bon fonctionnement du groupe. L’important est de limiter au maximum leur part dans le chiffre d’affaires du groupe afin de se garder de toute dépendance.”  

“Dans les Caraïbes, le débat sur la parité tarifaire n’a pas eu le même impact qu’en métropole”
Carole Adam, VP sales & marketing au sein du groupe Des Hôtels et des îles

“Des Hôtels et des îles – initialement baptisée Leader Hôtels – est une chaîne hôtelière créée il y a 30 ans par deux Français, Daniel Arnoux et Patrick Vial-Collet. C’est dans les Antilles françaises que le groupe concentre son offre, soit 654 chambres au total. Le groupe comprend cinq hôtels en Guadeloupe – Créole Beach Hôtel & Spa, Bwa Chik Hôtel & Golf, Toubana Hôtel & Spa, Jardin Malanga et Mahogany Hôtel Résidence & Spa – et deux hôtels à Saint-Barthélemy – Tom Beach Hôtel et Manapany Cottages & Spa. Des destinations de loisirs qui se distinguent des traditionnels ‘cityhotels’, produits d’appel des centrales de réservation, qui foisonnent dans les grandes agglomérations.

On ne prend pas un long courrier pour partir en week-end ou en voyage d’affaires. Dans le cadre de leurs vacances, les consommateurs ont davantage recours aux canaux de réservation traditionnels, à savoir les agences de voyages et les tour-opérateurs, lesquels représente près de 70 % des réservations du groupe. Dans les Caraïbes, les agences de voyages en ligne ou OTA ne sont pas dominantes. Le débat sur la parité tarifaire n’a pas eu le même impact qu’en métropole car le marché n’est pas le même. Ici, le bouche-à-oreille suffit parfois à nourrir une réputation. Psychologiquement, les clients français ont encore du mal à dépenser 3 000 à 3 500 euros en ligne pour leurs vacances. Sans être indispensables, les centrales de réservation demeurent toutefois un outil nécessaire pour toucher un large spectre de population. Il est important d’instaurer une relation commerciale équilibrée avec les OTA, tout en gardant son indépendance.

Autre dispositif incontournable pour rester attractif : les plateformes d’e-réputation. C’est grâce aux commentaires des clients qu’un hôtelier bâtit puis fait perdurer sa notoriété. Pour être le plus réactif possible face aux critiques et lutter contre la concurrence des centrales de réservation, le groupe est présent sur les réseaux sociaux, de Facebook à Instagram en passant par Twitter.”

“Fairbooking, pour redonner l’indépendance commerciale aux hébergeurs indépendants”
Pascal Droux, propriétaire de l’hôtel Les Tresoms à Annecy et président de l’association Fairbooking

“La fin de la parité tarifaire est une bonne chose car les hôteliers ont retrouvé la liberté d’afficher les prix qu’ils souhaitent sur leur propre site Internet, avec l’avantage d’augmenter leur chiffre d’affaires en vente directe. C’est à l’hôtelier que revient le choix de privilégier un canal de réservation par rapport à un autre. Face à la loi, ce dernier est dans la légalité depuis le 6 août 2015, date de promulgation de la loi Macron. Si les hôteliers ont toujours travaillé avec des intermédiaires à l’instar des agences de voyages, ils ont manqué de vigilance vis-à-vis des OTA, avec lesquels ils ont signé des contrats sans comprendre ce qu’ils signaient réellement. Toutefois, la fin de la parité tarifaire n’empêche pas encore certains hôteliers de s’y soumettre de leur plein gré. C’est le cas des petits hôtels indépendants, qui bien souvent n’ont pas les moyens d’investir dans le web et réalisent l’essentiel de leur chiffre d’affaires grâce aux centrales de réservation. Pour faire la différence, les hôteliers ont désormais la possibilité de proposer des tarifs moins chers que ceux affichés par les OTA car non commissionnés. Un vrai plus pour les clients qui peuvent bénéficier de tarifs moins élevés”, déclare Pascal Droux.

Face à la hausse des commissions des centrales de réservation passée de 15 à 17 %, Pascal Droux entouré d’autres hôteliers nantais, a créé en mai 2013, Réservation en direct (Red). “Cette association a pour dessein de redonner l’indépendance commerciale aux hébergeurs indépendants, les informer sur les enjeux et les développements des nouvelles technologies et les former à utiliser les outils du web et du marketing.” En un an, Red a rallié près de 1 000 hôteliers.

Dernièrement, l’association a lancé sa plateforme de réservation en ligne Fairbooking destinée à promouvoir les réservations en direct. À ce jour, 2 400 hôtels ont déjà rejoint la plateforme. “En 2016, nous avons pour ambition de toucher une trentaine de pays à travers le monde. Derrière ce projet, l’idée n’est pas de supprimer les centrales de réservation, mais de rééquilibrer le marché en travaillant en bonne intelligence et dans l’intérêt des consommateurs. À l’heure du tout digital, les hôteliers se doivent d’investir sur Internet pour accroître leur visibilité plutôt que sur leur propre enseigne. Le consommateur ne cherche plus une marque mais une destination. Gage aux hôteliers de répondre à leur demande pour rester compétitifs et attractifs.”  

“L’année 2015 a été complexe pour Booking.com, nous avons souffert d’un cadre réglementaire instable”
Carlo Olejniczak, directeur France, Espagne et Portugal de Booking.com

Créer un site en ligne où entreprises et voyageurs pourraient réserver une chambre d’hôtel, c’est partant de cette idée qu’est née Booking.nl en 1996, à Amersfoort aux Pays-Bas. Forte de son succès – l’entreprise compte aujourd’hui 9 300 salariés – la société néerlandaise est rachetée en 2005 par le groupe américain Priceline et devient Booking.com. Aujourd’hui, la centrale de réservation est présente dans 221 pays et propose pas moins de 787 000 solutions d’hébergement dans le monde. Face au débat qui a sévi au printemps 2015 sur la parité tarifaire entre OTA et hôteliers, Booking.com tient à préciser son action.

“Notre agence de réservation en ligne permet aux hébergeurs de créer de la valeur, de gagner en visibilité et de s’ouvrir à l’international. C’est on ne peut plus vrai pour les petits hôtels de campagne qui n’ont ni le temps ni les moyens d’investir dans les nouveaux canaux de marketing numérique. L’année 2015 a été complexe pour Booking.com, nous avons souffert d’un cadre réglementaire instable. La décision du 21 avril dernier rendue par l’Autorité de la concurrence française, italienne et suédoise nous autorisant à conserver une ‘parité étroite’ sur les prix et les conditions de réservation avec les hôtels, a été remise en cause par la loi Macron, promulguée le 6 août dernier. Cette clause de parité – non imposée aux hôteliers – figurant dans les contrats avait pour but d’éviter toute déréglementation de coûts. Précisons qu’en France, le taux moyen de commission est de 16 %. Pour les hôtels bénéficiant du programme “établissement préféré” ou les hébergements situés dans les 200 plus grandes villes françaises, le taux applicable est de 17 %. Un taux inchangé depuis sept ans.

On parle beaucoup de parité, mais l’un des autres grands changements avec la loi Macron est la suppression de la clause de disponibilité à l’égard des autres distributeurs. Un hôtelier devrait donner la même disponibilité à toutes les OTA et pouvoir fermer un canal de réservation s’il le souhaite. Cette disparité de prix d’une plateforme à l’autre risque au contraire de faire perdre en compétitivité. Cadre réglementaire mis à part, notre but reste inchangé : continuer à avancer et de se développer. Loin d’être nos concurrents, les hébergeurs sont des partenaires privilégiés et inversement. Sans un bon canal de distribution, l’hôtelier n’est pas compétitif. Il se doit d’être présent là où se manifeste la demande. Selon le baromètre Fevad/Médiamétrie/NetRatings publié en 2013, près de 50 % des réservations faites à travers le monde dans les 48 heures précédant le voyage sont effectuées depuis un mobile. Pour répondre à ce phénomène d’immédiateté, Booking.com a lancé ‘Booking Now’, une application qui permet de réserver à la dernière minute. Avec près de 900 000 réservations par jour sur notre site et plus de 56 millions d’avis postés par les clients, ce n’est pas demain que les hôteliers s’arrêteront de travailler avec nous.”  

Avec 835 millions de transactions en ligne en 2015 (+ 19 % par rapport à 2014), le e-commerce tend à s’imposer comme le nouveau mode de consommation des Français. Au total, les Français auront dépensé 64,9 Mde sur Internet en 2015 (+ 14,3 % sur un an).
Les voyages et les réservations hôtelières figurent dans le top 5 des produits et services les plus achetés via un écran. Le tourisme en ligne représente 32 % du chiffre d’affaires du e-commerce en France, soit 18,3 Mde, loin devant l’habillement-chaussures, textiles de maison (10 % des ventes).
Autre phénomène : “le m-tourisme”. 43 % des voyageurs planifient leurs voyages sur plusieurs supports. Parmi eux, 19 % réservent leur séjour sur mobile.

Sources : Fevad/ bilan du E-commerce 2015 en France. Baromètre Fevad par Médiamétrie/NetRatings Publié le 10/03/2016

Washington s’inquiète des conséquences de l’IA sur le monde du travail

Gabriele Porrometo - 22 décembre 2016 -

Un document du gouvernement américain publié récemment souligne la préoccupation de Barack Obama et de son administration sur les enjeux futurs concernant les avancées de l'intelligence artificielle, notamment en ce qui concerne le monde du travail.

Un rapport publié le 20 décembre dernier par l’administration du président des États-Unis souligne que beaucoup d’emplois sont aujourd’hui menacés par l’avancée de l’intelligence artificielle.

En effet, le document, intitulé « Intelligence artificielle, Automatisation et Économie », souligne :

« La direction que prend l’IA nous permet de prévoir certaines choses, par exemple en ce qui concerne les emplois liés aux transports et au ménage, des métiers moins qualifiés. Les avancées dans la vision par ordinateur et dans les technologies du secteur permettent de réaliser des véhicules complètement automatisés (AVs), qui ne nécessitent plus la présence d’un conducteur et qui apparaissent de plus en plus fréquemment. Ils peuvent potentiellement déstabiliser les professionnels du transport (…) Le Groupe des Conseillers Économiques (CEA) estime qu’entre 2,2 et 3,1 millions d’emplois à plein temps et à temps partiel seraient menacés ou altérés de manière substantielle par la technologie des voitures autonomes. »

Dans le même temps, et pour éviter de présenter un tableau trop noir, Jason Forman, le président du CEA, déclare : « Tous les moyens utilisés pour améliorer l’intelligence artificielle contribueront à améliorer la productivité et rendront possibles une hausse des salaires et du nombre d’employés. »

À vrai dire, le gouvernement s’inquiète pour ces changements à venir, mais les considère nécessaires pour la croissance de l’économie américaine. C’est pour cela que le document conseille de s’appuyer sur plusieurs bénéfices apportés par ces technologies. Ainsi, Obama et son équipe espèrent pouvoir améliorer dans le même temps le secteur éducatif — qui s’appuiera de plus en plus sur les connaissances numériques –, le secteur médical, le système de la sécurité sociale, les assurances, le chômage et la cyber-défense.

CC Pete Souza

Dans tous les cas, comme le mandat d’Obama se termine, il semble que cette étude soit avant tout une petite indication adressée indirectement au futur président Donald Trump. Ce dernier a conclu un accord avec l’entrepreneur Masayoshi Son et son entreprise Softbank, leader dans la robotique qui possède entre autre l’entreprise française qu’on appelait autrefois Aldebaran. Cet accord encadre un gigantesque investissement de 50 milliards de dollars dans l’économie américaine et qui a pour objectif de stimuler l’innovation technologique mais aussi de faire réduire le travail ouvrier, notamment par la robotique.

Jacques Attali : "Avec le numérique, travailler et consommer vont se confondre"

Nouveaux métiers, durée du travail réduite, confusion entre les activités... L’économiste et écrivain Jacques Attali revient sur la profonde révolution qu’introduit le numérique dans nos vies.

L'Usine Digitale - Faut-il se réjouir ou s’inquiéter de la numérisation de l’économie ?

Jacques Attali - C’est une question extrêmement compliquée. Dans l’état actuel des choses, il y a de fort bonnes raisons d’être pessimiste. Les nouvelles technologies sont partout. Elles ont un impact gigantesque sur la vie quotidienne, le fonctionnement des entreprises, mais nul sur la croissance, même dans les pays où elles sont très développées comme aux États-Unis ou en Europe. Si leur impact est important, cela signifie juste qu’elles ne servent qu’à éviter une très importante récession. Car la croissance tout court est quasiment nulle.

Le numérique détruit donc des emplois ?

Si vous me voyez utiliser mon iPhone, vous ne savez pas si je travaille ou si je consomme, si j’apprends ou si je me distrais. Les activités de consommer, produire, apprendre ou se distraire se mêlent. Pour certaines, on est payé pour le faire ; pour d’autres, on paye. On entre dans une période d’extrême confusion des concepts. Dans ce désordre, les nouvelles technologies vont créer des métiers nouveaux, une accélération de la réduction de la durée du travail et une confusion croissante entre travailler et consommer.

Comment alors rémunérer le travail ?

Nous devrions avoir un État de droit global puisque nous sommes dans un village global. Ce qui permettrait un salaire minimum global, une monnaie mondiale et des processus de transferts entre les régions. Pour l’instant, nous n’avons pas cela. Nous avons un monde qui est de plus en plus clivé, avec une réduction de la classe moyenne. Les richesses se concentrent sur un petit nombre d’individus, car le capital mondialisé est en mesure d’exiger une meilleure rémunération. Il circule facilement, il va là où il y a le moins d’impôts tandis que le travail, lui, n’est pas organisé à l’échelle mondiale.

"Le potentiel de valeur ajoutée sociale de l’économie numérique est gigantesque. Le temps aliéné va se transformer en 'bon temps'."

Faut-il remettre en cause le capitalisme assis sur des facteurs de production clairs comme le capital et le travail ?

Le capitalisme est en train de changer de nature. Si l’on considère les pays développés, on va assister à l’émergence de virtualités considérables avec les neurosciences, les biotechs, les nanotechs, le webprocessing. Il va y avoir une apparition de nouveaux métiers, une disparition de métiers intermédiaires, mais davantage de disparitions que de créations. Ce qui, à terme, entraînera une réduction globale de la durée du travail.

L’avènement de l’économie numérique s’accompagne-t-il d’un recul social ?

Le potentiel de valeur ajoutée sociale de l’économie numérique est gigantesque. La voiture sans chauffeur, l’amélioration des systèmes de transport en commun qui va permettre de ne plus passer trois heures par jour dans les transports. C’est la transformation du temps aliéné en ce que j’appelle le « bon temps » : le temps passé avec sa famille, à se distraire et aussi à travailler, pour les rares d’entre nous qui ont une occupation qui leur plaît vraiment.

Il faut donc continuer à réduire le temps de travail ?

Oui, c’est une tendance historique qui est amenée à se poursuivre. Il faut le réduire et le partager. Ce n’est possible que si le niveau de formation est élevé. C’est pourquoi, il faut absolument renforcer la formation tout au long de la vie. Il y a deux activités socialement utiles : se soigner et se former. Aujourd’hui, les gens payent pour se former, je pense que l’on devrait au contraire rémunérer les gens pour qu’ils se forment en répartissant mieux la valeur créée par la société pour qu’elle aille moins au capital et plus au travail. C’est difficile à imaginer.

Comment notre système éducatif doit-il s’adapter ?

La grande mutation déjà à l’œuvre, c’est que les cours vont être suivis à la maison en vidéo et les professeurs vont passer du temps avec les élèves en coaching individuel sur les exercices. Mais il y a une transformation encore plus importante à mener, celle de la formation professionnelle permanente qui, elle, bénéficie très facilement des nouvelles technologies. L’éducation nationale a complètement raté le coche puisque les universités dans ce pays ferment en juin et rouvrent en octobre. Nous sommes le pays du monde développé qui a la part d’éducation permanente la plus faible.

Pourtant, une nouvelle réforme de la formation professionnelle vient d’être réalisée…

Elle est dérisoire, nulle et non avenue, parce qu’elle n’a rien fait pour l’éducation permanente. D’autant qu’il y a d’immenses gisements d’emplois, je le vois dans les quartiers en France. Si l’on fournit aux jeunes du coaching sur la création d’entreprises, sur la façon de réaliser leurs rêves, la conduite de projet, il y a des millions de start-up possibles. La France peut être une Silicon Valley généralisée, mais il faut cesser de croire que les emplois sont uniquement dans les grandes usines ou dans l’administration. Ils sont dans la création individuelle.

Quel changement d’organisation va provoquer le numérique dans les entreprises ? Est-ce la mort des grandes ?

Ce qui vient, c’est une mutation très profonde. Les entreprises seront une collection d’individus solitaires qui vont être réunis par des liens flous, permis par les nouvelles technologies. Des liens plus temporaires aussi. Les grands lieux de production agricole et industrielle vont continuer à exister. Il ne faut pas les négliger, car ils créent de la valeur. Mais un nouveau mode de travail va monter dans les services, y compris dans ceux des entreprises industrielles. Les grands secteurs de demain sont la santé, l’éducation, la sécurité et la distraction.

La focalisation des politiques pour augmenter la part de

 l’industrie en France est-elle déplacée ?

Pas du tout, ce n’est pas contradictoire. En fait, la clé, c’est d’industrialiser le service. On le voit déjà d’ailleurs dans des secteurs comme la santé, avec le cœur électronique, l’imagerie médicale, la télémédecine. Mais aussi dans la sécurité, avec les caméras de surveillance. Nous ne sommes pas dans une phase de désindustrialisation, mais au contraire d’hyper-industrialisation des services.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche et Anne Debray

 

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23 février 2017

INFOBREF N°479-spécial libre échange

INFOBREF N°479

spécial libre échange

Qu'est-ce que le CETA, accord de libre-échange entre l'UE et le Canada ?

Adopté par le Parlement européen le 15 février, cet accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe suscite l'inquiétude, notamment chez les agriculteurs européens.

Des opposants au CETA devant le Parlement européen, le 15 février

Eléanor Douet et Camille Kaelblen

publié le 15/02/2017 à 16:06

Le Parlement européen a adopté, mercredi 15 février, l'accord controversé de libre-échange transatlantique entre l'Union européenne et le Canada : le CETA. Lors du vote, 408 eurodéputés ont voté en faveur du texte, 254 contre. L'application provisoire d'une partie du texte devrait entrer en vigueur dès le mois d'avril prochain. Parmi les principaux candidats à la présidentielle française, seul Emmanuel Macron y est ouvertement favorable.

Le CETA, ou Accord économique et commercial global, est un accord de libre-échange "de nouvelle génération". En cela, il se rapproche du Tafta, le projet de libre-échange transatlantique entre l'Europe et les États-Unis, dont les négociations avaient été définitivement stoppées par le secrétaire d'État français chargé du Commerce extérieur, Mattias Fekl.

Quand Marx défendait le libre-échange

Quelques mois avant la parution du « Manifeste du Parti Communiste », Karl Marx écrivit deux discours à propos du libre-échange.

Ces textes témoignent de sa connaissance des théories économiques de l’époque mais aussi de son audace stratégique car Marx y développe une défense du libre-échange en tant que tremplin vers le socialisme.

Deux discours pour le prix d’un

Comme il n’était pas en lui de savoir se gêner, Karl Marx entreprit de porter la contradiction aux économistes libéraux qui se réunirent en Belgique à la fin 1847  pour débattre des vertus respectives du libre-échange et du protectionnisme.

Le « Congrès économique » fut l’un des tous premiers meetings à l’échelle européenne et, hormis des excès regrettables de langage, le compte rendu qu’en donne Engels mérite d’être lu.

Après qu’un orateur ait proféré une défense habile du protectionnisme puis qu’un suivant ait brossé la situation difficile des ouvriers anglais, on s’arrangea pour que Marx ne prit pas la parole de sorte que ce qui aurait pu entrer dans l’histoire comme la « controverse de Bruxelles » s’acheva, au terme d’interminables et insipides discours, par le vote quasi unanime de cette belle résolution : « Le libre-échange est extrêmement bénéfique pour les travailleurs et les libèrera de la détrêsse et de la misère« .

Un peu plus tard, le 9 janvier 1848, Marx put s’exprimer devant ses amis de l’Association démocratique de Bruxelles. Il y prononça un second discours.

En juin on l’expulsa de Belgique.

Le libre-échange comme accélérateur de l’histoire

Karl Marx veut hâter l’écroulement du système capitaliste.

S’il se prononce en faveur du libre échange, c’est parce qu’il souhaite aviver les contradictions du système qu’il combat.

En effet, le commerce exerce deux effets opposés sur les profits.

Côté face, il permet d’augmenter les profits, soit par diminution des salaires, soit par importation de composants et de matières premières à bon marché.

 C’est dans l’œuvre de Ricardo que Marx trouve son principal argument: la concurrence supplémentaire empêche les salaires réels de décoller du niveau minimum de subsistance et les capitalistes profitent de l’importation  de biens de consommations importés à moindre coût pour rogner sur les salaires nominaux.

Côté pile, l’ouverture aggrave la tendance du capitalisme à trop produire, ce qui  accélère la chute du taux de profit et  la survenue des crises de surproduction. En effet, la perspective de nouveaux marchés débride l’accumulation du capital et oblige chaque capitaliste à investir plus pour résister à la concurrence.

De ce fait, Marx pense  que les salaires connaîtront des variations cycliques plus prononcées, augmentant plus fortement en période de « boom » pour  s’effondrer par la suite.

En conséquence, les pays qui se spécialisent dans l’industrie verront croître une population ouvrière miséreuse, précaire  et prête pour le grand chambard.

Le protectionnisme est devenu une entrave au progrès historique

Marx distingue deux formes de protectionnisme (« deux sectes« ): une version progressive, compatible avec la concurrence internationale (et donc avec la révolution), une version conservatrice:

(…) le système protectionniste n’est qu’un moyen d’établir chez un peuple la grande industrie, c’est-à-dire de le faire dépendre du marché de l’univers, et du moment qu’on dépend du    marché de l’univers on dépend déjà plus ou moins du libre-échange. Outre cela, le système protecteur contribue à développer la libre concurrence dans l’intérieur d’un pays. C’est pourquoi nous    voyons que dans les pays où la bourgeoisie commence à se faire valoir comme classe, en Allemagne, par exemple, elle fait de grands efforts pour avoir des droits protecteurs. Ce sont pour elle des    armes contre la féodalité et contre le gouvernement absolu, c’est pour elle un moyen de concentrer ses forces, de réaliser le libre-échange dans l’intérieur du même pays.
Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême    l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je    vote en faveur du libre-échange. »

Le premier protectionnisme est celui que défend Friedrich List. Marx s’y oppose parce qu’il ne goûte guère le fumet de collaboration de classe qui émane de cette politique commerciale, mais son opposition est modérée.

Ce protectionnisme peut jouer ici un positif, puisqu’il renforce la bourgeoisie nationale et contribue au démantèlement du féodalisme.

« Le système protectionniste fut un moyen artificiel de fabriquer des fabricants, d’exproprier des travailleurs indépendants, de convertir en capital les instruments et  conditions matérielles du travail, d’abréger de vive force la transition du mode traditionnel de production au mode moderne ». Le Capital. Chapitre 23, « Genèse du capitalisme industriel ».

Toutefois, Marx affirme que cette séquence historique est révolue.

Il explique que depuis le début du XIXième siècle  l’industrie allemande  vole de ses propres ailes et se développe  grâce aux importations de matières premières  et à ses débouchés extérieurs.

Désormais, les béquilles du protectionnisme sont désormais inutiles.

Marx reprendra cette idée dans d’autres textes montrant que le protectionnisme est devenu une entrave au progrès économique:

 « Le protectionnisme est dans le meilleur des cas une vis sans fin et on ne sait jamais quand on en a fini avec lui. Si nous protégeons une branche de l’industrie, nous portons préjudice directement ou indirectement à toutes les autres qui, par conséquent, doivent aussi être protégées » (1888)

Parce qu’il gardait l’espoir que le capitalisme serait débordé par ses contradictions, Marx avait choisi d’entretenir un rapport dialectique au système qu’il combattait.

Plutôt que de  combattre le capitalisme frontalement, Marx voulait en accélérer la décomposition.

Comme il imaginait que le socialisme universel prendrait le relais d’un système à bout de souffle, il fut un compagnon de route  opportuniste de la mondialisation.

D. G

Bibliographie:

Tous les textes cités sont consultables dans « Marx à mesure. Une anthologie commentée des écrits de Marx et d’Engels« , Le cercle des études marxistes. Association culturelle Joseph Jacquemotte.

Karl Marx, « Discours sur le protectionnisme, le libre-échange et la classe ouvrière », Bruxelles, septembre 1847.

Karl Marx, « Discours sur le libre-échange », Bruxelles, janvier 1848. Publié en annexe de « Misère de la philosophie ».

Friedrich Engels, « Le Congrès Economique », The Northen Star, 23/09/1847.

Friedrich Engels, « Sur la question du libre-échange », 1888.

TAFTA CETA pas d’accord !

En 2013, l’UE et les États-Unis ont entamé des négociations en vue de conclure un accord de partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement ou TAFTA. Ce serait l’un des accords de libre-échange et de libéralisation de l’investissement les plus importants jamais conclus, représentant la moitié du PIB mondial et le tiers des échanges commerciaux.

En 2015, les zones hors TAFTA se sont multipliées partout en Europe et plus de 3 millions de personnes ont signé Initiative Citoyenne Européenne auto-organisée contre le TAFTA et le CETA (accord EU/Canada. Malgré les déclarations de l’exécutif français, les négociations sur le TAFTA continuent et le processus de ratification du CETA est en phase finale. Nous répondons en amplifiant notre mobilisation via des journées d’action nationale, européenne et mondiale, déjà en cours de préparation

Attac se mobilise avec ses partenaires du collectif Stop TAFTA pour faire dérailler ces négociations et stopper ces accords
(voir le site du collectif Stop TAFTA).



TAFTA, TTIP, Grand marché

transatlantique, qu'est-ce que c'est ?

 

TAFTA (grand marché transatlantique)

et CETA (accord UE-Canada)

Les deux frères jumeaux Dans Courant alternatif N°242/244

Le CETA n'a pas la cote chez les candidats, à l'exception de Macron

Le traité de commerce entre l'Union européenne et le Canada doit être débattu mercredi devant le Parlement européen. En France, une grande majorité des candidats à la présidentielle dénoncent cet accord ou émettent des critiques. Sauf Emmanuel Macron.

Si Emmanuel Macron était député européen, il voterait sans hésiter pour le Ceta, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Le traité arrive en effet mercredi au Parlement européen. Et comme pour son cousin américain le Tafta, le Ceta fait l'objet d'une vive contestation. En France, les candidats à la présidentielle sont d'ailleurs en grande majorité contre son application, qui commencerait dès le mois d'avril en cas d'adoption cette semaine à Strasbourg.

Mais l'ex-ministre de l'Economie, lui, est l'un des rares à soutenir ce texte. Il expliquait pourquoi en octobre dernier, lors des "Journées de Bruxelles" organisées notamment par L'Obs et Le Soir : "Ce traité améliore objectivement les choses dans notre relation commerciale avec le Canada", justifiait notamment Emmanuel Macron, alors que la région de Wallonie bloquait à ce moment-là la signature du Ceta. "Les améliorations demandées par les Wallons sont pertinentes, mais elles ne peuvent pas être dans le texte", ajoutait-il, en estimant qu'on "affaibli[ssait] l'UE" par cette méthode. Le candidat d'En Marche! ne voulait pas revenir sur ce texte au motif qu'il était déjà négocié. Il plaidait en revanche pour plus de concertation sur les enjeux "futurs" de l'Europe, comme il le disait devant la caméra de France 3

Le "oui, mais" de Fillon

A droite, Les Républicains soutiennent également la ratification du traité euro-canadien. François Fillon se montrait toutefois plus nuancé, peu avant la primaire de la droite : "Le Ceta est un bon accord si les règles du jeu sont identiques, et respectées par tous. Malheureusement ce n’est pas le cas, et certainement pas pour l’agriculture", affirmait-il sur le site Terre-net, sans dire donc vraiment s'il soutenait cette version du texte. "Nous signons  un accord avec un grand pays en dehors de la communauté européenne, alors même qu’au sein de l’Union, les règles ne sont pas les mêmes pour tous! Je souhaite l’harmonisation des règles au sein de l’Union."

Tous les autres candidats sont beaucoup plus critiques. A l'extrême droite, Marine Le Pen a rappelé son opposition dans une vidéo mise en ligne mardi. "C'est un traité dangereux (…) Il détruira de nombreux emplois en France", explique l'eurodéputée FN, qui y voit notamment une "nouvelle concurrence déloyale" pour les éleveurs français. "Pour ma part, j’alerte sans relâche sur les dangers de ce traité depuis 2013", écrivait de son côté Jean-Luc Mélenchon il y a deux semaines. Le candidat de la France insoumise ne se fait pas d'illusion sur l'issue du vote, qui n'est à ses yeux "qu'une formalité". Mais il dénonce "le coup de force" du Conseil européen qui voudrait "une application 'provisoire' du traité" dès le feu vert du Parlement, avant même que les Etats-membres n'aient à ratifier cet accord.

Hamon s'était opposé à Valls sur le sujet

Côté socialiste, Benoît Hamon fait lui aussi campagne contre le traité commercial - il s'agissait d'ailleurs de l'un de ses nombreux désaccords au cours de la primaire avec son adversaire Manuel Valls. L'eurodéputé EELV Yannick Jadot est également très mobilisé sur cette question. Il avait même porté cette opposition à Strasbourg. Son intervention avait eu du succès sur Internet.

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) avait pour sa part écrit aux autres candidats à la présidentielle pour se mobiliser contre le traité et Philippe Poutou (NPA) avait participé aux manifestations contre le Tafta et le Ceta. Au nom de sa lutte contre le capitalisme, Nathalie Arthaud est également contre mais refuse de partager ce combat avec les "réformistes de tout poil ou des souverainistes, de Mélenchon à l’extrême droite". D'autres prétendants à l'Elysée, de Rama Yade à Jacques Cheminade en passant par Jean Lassalle ont eux aussi exprimé des critiques sur cette question.

Arnaud Focraud - leJDD.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 février 2017

INFOBREF N°478-justice,crime du capital, sncf grève

INFOBREF N°478


Rubrique justice de classe

A bas l’acharnement judiciaire qui touche notre camarade Kosta ! Non à cette justice de classe !

Kosta T., étudiant en sciences politiques, a milité à nos côtés dans le cadre du mouvement contre la loi Travail. Suite à la grande manifestation du 14 juin, la justice s’est abattue sur lui : il a été accusé d’avoir lancé des projectiles sur des policiers. Kosta a toujours nié les faits qui lui sont reprochés et le 15 novembre, le tribunal de Paris l’a jugé non coupable. En effet, le dossier d’accusation était vide de tout élément à charge et la confusion régnait autant dans le procès-verbal des policiers que dans les déclarations de ces derniers. Malgré tout, la "justice" s'acharne à le poursuivre. Lire la suite...



La SNCF menace de sanctionner des élus CHSCT pour avoir… fait respecter les règles de sécurité au triage du Bourget !

 Aucune sanction pour Anasse et Nathalie !

 Vendredi 03 Février 2017, 10 jours après la grève massive à 90% qui a paralysé le triage du Bourget, la direction de la SNCF a franchi un cap des plus honteux dans la répression à l’encontre des délégués syndicaux.

 Aujourd’hui, Anasse et Nathalie risquent des mises à pied. Leur faute ? Avoir demandé à ce que les conditions de sécurité du transport ferroviaire soient respectées au Bourget.

 En effet, ils ont simplement fait leur travail de membre du CHSCT en rappelant au cadre d’astreinte qu’il était interdit de faire tenir 2 postes de sécurité de 2 secteurs circulation par le même agent ( Boby Stains et Boby 1 ). Anasse est également menacé de sanction pour avoir été aux toilettes pendant son service alors qu’il était tout seul en poste.

 Depuis de nombreux mois maintenant, ces délégués ne font que leur travail pour lequel les cheminots de l’EIC Paris Nord les ont élus. Ils se battent au quotidien pour améliorer les conditions de travail de tous les agents, et pour empêcher la direction de s’affranchir des règles de sécurité et règlements du personnel. Aujourd’hui, la direction de la SNCF non seulement met en place les réformes qui cassent le service public ferroviaire mais elle s’attaque aussi aux cheminots qui cherchent à faire respecter la sécurité. Cette situation est d’autant plus inquiétante car des matières dangereuses son transportées au triage du Bourget, et qu’un accident pourrait entraîner des conséquences néfastes pour la population.

 Nous soutenons Anasse et Nathalie, nous exigeons qu’aucune sanction ne soit prise à leur encontre ! Nous demandons l’arrêt de la répression anti-syndicale à l’encontre des cheminots à la SNCF.

VIDEO

https://youtu.be/CHx5Rzfg-hk

VIDEO sur la Grève




Mélenchon : Un programme antilibéral illusoire qui promet la lune sans toucher substantiellement à la propriété des capitalistes !

 

Cet article s'inscrit dans la série d'articles de critique spécifique du programme de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Cela fait suite au premier épisode du 1er février.

Dans cette partie de notre critique, nous nous intéressons plus particulièrement au chapitre deux du programme de Mélenchon intitulé « Protéger et Partager » (http://tendanceclaire.org/contenu/autre/Programme-France-Insoumise-2017.pdf). C’est dans ce chapitre que le candidat nous présente ses principales mesures économiques. Mélenchon nous ressert le vieux programme antilibéral de « relance » et de « redistribution » qui a systématiquement échoué partout : en 1981 en France, en 2015 en Grèce, etc.

Lire la suite...

 

Voir aussi :Mélenchon : VIéme République ou République sociale.

 

 

Retraite : voici les réformes qui vous pendent au nez après la présidentielle 2017

CAPITAL-De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par François Fillon, presque tous les principaux candidats à la présidentielle comptent réformer les retraites, avec des visions radicalement opposées de l'un à l'autre. Dans le viseur, notamment : l'âge légal de la retraite, qui pourrait tomber à 60 ans ou être allongé à 65 ans selon le vainqueur.

Et une nouvelle réforme des retraites ! Les Français n'échapperont probablement pas à une refonte en profondeur des règles en matière de liquidations de leurs droits. La plupart des favoris pour l'élection présidentielle de 2017 comptent en effet mettre en place des mesures détonantes, en particulier concernant l'âge de la retraite, que ce soit pour l'avancer ou le reculer. Revue de détails des propositions de François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

>> Découvrez aussi notre comparatif des programmes des candidats sur le temps de travail

François Fillon : il veut augmenter l'âge légal de départ à 65 ans

L'âge légal de départ avant lequel il n'est pas possible de liquider ses droits (hors retraite anticipée), actuellement fixé à 62 ans, passerait à 65 ans. L'ancien Premier ministre compte aussi harmoniser les systèmes de retraite du public et du privé, en faisant en sorte que la pension de retraite des fonctionnaires soit calculée sur les 25 meilleures années de leur carrière, primes comprises, comme c'est le cas dans le privé, alors qu'actuellement elle dépend de la rémunération des 6 derniers mois (hors primes). Par ailleurs les régimes spéciaux (dont bénéficient notamment les agents de la SNCF et de la RATP), plus favorables que le régime général, seraient supprimés.

Benoît Hamon : il compte revaloriser les petites retraites

Des 5 favoris pour la présidentielle, le vainqueur de la primaire de gauche est le plus prudent sur le front des retraites. Dans son programme, il se borne à défendre une revalorisation de 10% des minima sociaux, ce qui inclut donc l'ex-minimum vieillesse, l'Allocation de solidarité aux personnes âges (ASPA). Dans une interview récente à Notre Temps il promet aussi une revalorisation des petites et moyennes pensions de retraites. Il estime par ailleurs que les retraités modestes seront favorisés par sa refonte de l'impôt sur le revenu. Enfin, il prône une revalorisation des pensions selon les prévisions d'inflation plutôt que sur l'évolution des prix constatée sur les 12 derniers mois.

Lire aussi : Les grandes lignes du programme de Benoît Hamon

>> En vidéo. Revenu universel : attention, c'est un vrai choix de société !

Marine Le Pen : elle défend toujours la retraite à 60 ans

Le rétablissement de la retraite à 60 ans était l'un des axes majeurs de son programme de 2012. Il devrait encore y figurer en bonne place en 2017, à en croire Challenges qui s'est procuré un document résumant ses principales propositions. Par ailleurs, la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein tomberait à 40 ans alors qu'elle est actuellement de 41,5 ans pour les générations 1955 à 1957 et doit progressivement augmenter à 43 ans pour ceux nés en 1973 et après.

Emmanuel Macron : il vante une retraite à la carte

C'est potentiellement le projet le plus ambitieux… mais aussi le plus flou : l'ancien banquier prône davantage de flexibilité en matière d'âge de départ à la retraite. "Certains veulent la prendre à 60 ans, d'autres à 65, d'autres encore à 67. Il faut pouvoir moduler selon les individus et les situations.", a-t-il ainsi souligné dans une interview à l'Obs. Reste à savoir ce que cela implique réellement : suppression de l'âge légal (actuellement de 62 ans), facilitation des départs avant 62 ans, diminution de l'âge du taux plein (actuellement à 67 ans) ?

Lire aussi : Le programme économique de Macron, c'est lui !

Jean-Luc Mélenchon : il défend comme Marine Le Pen la retraite à 60 ans

Côté retraite Mélenchon est sur la même ligne que la candidate FN avec un retour à une retraite à 60 ans et une durée de cotisation pour obtenir le taux plein fixée à 40 annuités, comme il l'a défendu sur RMC début janvier. Pour financer cette réforme, il propose une solution pour le moins originale : augmenter le salaire des femmes afin de l'aligner sur celui des hommes aux mêmes postes, ce qui augmenterait les cotisations retraite…

Thomas Le Bars

Temps de travail : comment les candidats à la présidentielle veulent tout faire sauter

François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon... tous les favoris à la présidentielle veulent, d'une manière ou d'une autre, réformer les 35 heures, afin de réduire ou d'augmenter le temps de travail. Le point sur leurs propositions.

Ce sera sans nul doute l'un des sujets phares de l'élection présidentielle. Le temps de travail ne laisse en effet aucun des candidats indifférents, que ce soit pour faire travailler davantage les Français (comme le souhaitent Fillon et Le Pen), leur accorder davantage de repos (comme le défendent Hamon et Mélenchon) ou faire varier cette durée selon l'âge (c'est l'option Macron).

Ce débat n'a d'ailleurs pas échappé à France Stratégie, l'organisme de réflexion placé auprès du cabinet du Premier ministre. Dans une note publiée mardi, ces experts tentent de juger des qualités et des défauts de chacune de ces visions. Ils estiment qu'une baisse du temps de travail pourrait "conduire à des créations d’emplois et à une baisse du chômage à court terme" mais que cette stratégie devrait s'accompagner d'une modération salariale pour que l'effet soit durable.

A l'inverse, une hausse du temps de travail "risque d’entraîner à court terme une hausse du chômage, dans la mesure où les entreprises auront tendance, à niveau donné de leurs carnets de commande, à ajuster leur cible de main-d’œuvre à la baisse". Mais à long terme le gain en compétitivité pourrait "contribuer à stimuler la production, les marges, l’investissement et in fine l’emploi".

Pour vous faire une meilleure idée des intentions de chacun des candidats à la présidentielle sur la question du temps de travail, voici les mesures prônées par les 5 favoris : François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.



François Fillon : il compte instaurer les 39 heures dans le public et laisser les entreprises décider de leur temps de travail

Le candidat de la droite compte fixer la durée légale du travail à 39 heures par semaine dans le public. Dans le privé, les entreprises décideraient seules du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, dans la limite du plafond de 48 heures hebdomadaires fixé par la réglementation européenne. Le plafond de 39 heures du public serait censé leur donner une indication du "temps de travail cible". Par ailleurs il veut supprimer un jour férié pour gagner un jour de travail annuel.

Benoît Hamon : il veut inciter les entreprises à baisser le temps de travail

Le tout récent vainqueur de la primaire de la gauche veut maintenir la durée légale à 35 heures, mais il compte en parallèle inciter financièrement les entreprises à valoriser la réduction du temps de travail, selon des formes multiples : semaines de 4 jours, congé sabbatique, temps partiel…

Lire aussi : Le programme du vainqueur de la primaire de gauche Benoît Hamon

Marine Le Pen : elle est favorable à des accords de branche permettant de travailler 39 heures

La candidate du Front National ne dévoilera son programme qu'en février mais elle s'est d'ores et déjà déclaré favorable dans une interview en janvier au Parisien à une renégociation du temps de travail par branche d'activité (et non au niveau des entreprises comme le propose François Fillon). "On pourra donc, en fonction de ces négociations, travailler 39 heures, mais payées 39 !" déclare-t-elle. Un projet plus offensif qu'en 2012, lorsqu'elle affirmait ne pas vouloir toucher aux 35 heures.

Emmanuel Macron : il défend un temps de travail modulable selon l'âge

L'ancien ministre de l'Economie ne présentera son programme qu'en mars. Mais il a prôné dans une interview à l'Obs un temps de travail modulable selon l'âge du salarié : il serait ainsi plus élevé pour les jeunes et plus faible à l'approche de la retraite. "On peut ainsi imaginer que les branches professionnelles négocient une possibilité pour les salariés qui le souhaiteraient de travailler moins à partir de 50 ou 55 ans : 30 heures, 32 heures, pourquoi pas ? En revanche, quand on est jeune, 35 heures, ce n’est pas long".

Jean-Luc Mélenchon : il veut revaloriser les heures sup' et discuter des 32 heures

Dans une interview sur BFM et RMC début janvier, le candidat de la "France Insoumise" s'est déclaré favorable à une réduction du temps de travail. Il a ainsi plaidé pour "rétablir les 35 heures", via une meilleure rémunération des heures supplémentaires. Il considère en effet que les 35 heures sont "déjà finies" car "l'heure supplémentaire ne coûte pratiquement plus rien". Il s'est dit par ailleurs "d'accord pour que l'on discute des 32 heures".

Thomas Le Bars

Rubrique crime du capital

«Mon père, intermittent du spectacle et handicapé, s’est immolé par le feu devant la caisse de retraite»

Publié le 1er mai 2016

Avant même que Coraline n’apprenne que son père, intermittent et handicapé, s’était immolé par le feu ce mercredi 27 avril à Marseille, les médias ont relayé, comme un simple fait-divers, cet acte hautement politique. 20 Minutes titrait ainsi : « Marseille : Il s’immole par le feu en pleine rue ». Pas un média n’a pris le risque de préciser qu’il s’agissait d’un intermittent, alors que les employeurs du secteur du spectacle s’apprêtaient à signer un accord avec les syndicats de la branche. On peut ainsi lire la directrice de la caisse de retraite expliquer qu’il s’agissait « d’un dossier de demande de retraite et d’allocation très classique (…). Il n’y a pas de retard ». On comprend surtout que l’immolation du père de Coraline aurait pu raviver la colère des intermittents mobilisés contre la réforme de leur régime d’allocation. Coraline nous a livré son témoignage qu’elle espère bien être largement entendu.

Propos recueillis par Flora Carpentier

J’habite à Paris, je devais arriver à Marseille lundi prochain. Mon père avait tout organisé pour mon arrivée. Mercredi 27 avril, on s’est parlé par SMS jusqu’à midi, et l’après-midi, il s’est immolé devant la caisse de retraite. La police et l’état ne m’ont appelée que deux jours après. Pourquoi attendre deux jours ?
La police a eu le temps de passer dans l’appartement de mon père, mais ils n’ont pas eu le temps de me prévenir. Mon père était à bout à cause des administrations qui lui demandaient toujours plein de papiers pour sa constitution de retraite. Intermittent du spectacle et handicapé (car malade depuis quelques années), il n’avait jamais tous les documents qu’il fallait.

Aujourd’hui, il est à l’hôpital, son état est stable. Son corps réagit plutôt bien. Il a malgré tout une force de vie incroyable.
Quand je suis arrivée dans son appart, il avait mis des choses pour moi dans ma chambre, il savait que j’allais arriver, il avait tout préparé… Et le jour J, mercredi, il me parlait d’un projet que j’ai en tête. Donc je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais il y a bien eu quelque chose…

« On me demande s’il était dépressif, mais non. Il faut reconnaitre que la société tourne mal et que les gens deviennent fous »

Mon père est quelqu’un qui a manifesté toute sa vie. Malgré son handicap, il a participé aux dernières manifs ce mois-ci sur Marseille, à chaque fois, il m’envoyait des photos. Il me disait qu’il s’était pris des lacrymos dans la figure et que son corps ne le supportait plus, qu’il avait trop de mal à s’en remettre. Il disait qu’il n’avait plus 20 ans, mais il a quand même eu la force d’aller s’asperger d’alcool à brûler, donc c’est bien que là, c’est allé trop loin.

On me parle de dépression, on me demande s’il était dépressif. Ils ont eu son médecin au téléphone qui leur a dit que non, qu’il n’avait jamais pris d’antidépresseurs. A un moment, il faut reconnaitre que la société tourne mal, et que les gens deviennent fous. Ce n’est pas parce qu’il était dépressif, c’est parce que ça l’a rendu fou.

« Mon père a été intermittent toute une partie de sa vie »

Ca faisait des mois qu’il constituait son dossier de retraite et à chaque fois ça ne passait pas, on lui disait « il manque ci, il manque ça ». Il me disait qu’il n’en pouvait plus…
Mon père a été intermittent toute une partie de sa vie, en tant qu’administrateur de compagnie théâtrale, puis il a fait de la photographie, et cela fait quelques années qu’il est reconnu comme handicapé, suite à sa maladie. Son dossier n’avançait pas.

Pour moi c’est important de témoigner parce que le pire, c’est qu’il n’est pas le seul dans ce cas… C’est aussi plein d’autres personnes qui se retrouvent face à des situations comme ça et ne savent plus quoi faire…

« Je lui ai dit ‘Je ne peux pas t’en vouloir papa, j’en veux plus à tout ce monde de merde qui nous rend malade’ »

Quand je l’ai vu à l’hôpital je lui ai dit ‘Je ne peux pas t’en vouloir papa, j’en veux plus à tout ce monde de merde qui nous rend malade’.

Moi aussi je suis un peu une excitée et j’en veux parfois à la terre entière, mais là il me donne encore plus de force et d’envie de bouger les choses ! J’essaye de rebondir, il faut que ça bouge.



29 ans, morte asphyxiée sur la chaîne

Publié le 26 avril 2016



Publié le 26 avril 2016-Encore une mort scandaleuse comme nous en avons tant dénoncé entre nos pages. Celle-ci se passe à la frontière belge, à Neuve-Église, dans l’usine de frites surgelées Clarebout Potatoes.

Camilla Ernst

Alison avait 29 ans, le samedi 9 avril, quand son foulard s’est fait happer par le tapis roulant de la chaîne d’emballages des frites, sur laquelle elle travaillait en tant qu’intérimaire. Elle est morte asphyxiée, laissant derrière elle deux enfants. Si le parquet a dénoncé les conditions de travail déficientes, il n’en a pas moins libéré l’usine dès le samedi soir, sans aucune restriction, et le travail a repris dès le lendemain. Pas le temps pour le recueillement, la production avant tout !

Ce n’est pas le premier accident à déplorer dans cette usine de 200 salariés. En septembre 2015, un incendie parti d’une friteuse avait emporté une partie du matériel et 15 salariés avaient été asphyxiés. En janvier, un ouvrier a été sérieusement brûlé. Et début avril, c’est dans l’usine jumelle, sur le site de Warmeton, qu’un autre incendie s’était déclaré. Ces drames, ainsi que les multiples dangers environnementaux que cause l’usine, le collectif de défense de l’environnement de Deûlemont, village français frontalier, s’applique à les dénoncer, notamment au Ministre de la Santé belge, sans plus de succès. Pas étonnant ! De Volkswagen à Airbus, des usines aux chantiers, les exemples d’entreprises où les patrons méprisent la sécurité et la santé de leurs salariés, dans leur course aux profits, sont nombreux. Ici, l’accumulation des faits révèle le manque évident de considération pour ces questions.

Tant que les entreprises seront aux mains de patrons ne cherchant que le profit et le salaire exorbitant qu’ils pourront en tirer, les conditions de travail des employés continueront à être toujours plus précarisées, entre effectifs minimaux, surcharge de travail, et mépris des règles élémentaires de sécurité, jusqu’à mettre leur vie en danger. Et les velléités de protestation muselées par des contrats en intérim ou en CDD. C’est en redonnant aux salariés le contrôle de leur propre production que la sécurité, la santé et le bien-être au travail pourront redevenir des sujets prioritaires et correctement intégrés dans les budgets. D’ici là, tous ensemble nous continueront à crier dans la rue, contre les patrons et toutes les lois comme celle sur le travail qui précarisent nos existences, que « Nos vies valent plus que leurs profits » !

















 

 

 



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13 février 2017

Mélenchon : VIéme République ou République sociale.

ergakintoday

 

Nous pouvons trouver chez Marx et Engels de déclarations considérant que la « république démocratique » serait la « forme spécifique de la dictature du prolétariat »1. Engels réaffirme cela à Kautsky le 29 juin 1891, deux ans plus tard presque jour pour jour il écrit à Paul Lafargue :

 «  La forme républicaine n' est plus que la simple négation de la monarchie. Et le bouleversement de la monarchie s’accomplira comme simple corollaire de la révolution : en Allemagne, les partis bourgeois sont si achevés que nous devrons passer immédiatement de la monarchie à la république sociale » le 27 juin 1893

 Suite au massacre de la commune de Paris, Marx et Engels allaient considérer que la défense de la démocratie pure, n' était que l'ombre de la terreur blanche. Derrière le slogan « liberté égalité fraternité » se cachait comme équivalent « Infanterie, Artillerie, Cavalerie » 2

 Engels dans une lettre du 11 décembre 1884, avait fort bien compris le rôle du système démocratique

«  En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l' ensemble de la réaction groupée autour de la démocratie pure » (Engels à Bebel lettre du 11/12/1884)

 Tout cela sera mainte foi vérifié par l'histoire, lors de la révolution allemande, avec Liebknech proclamant la République des soviets, tandis que toute la réaction, groupée derrière la démocratie pure des sociaux traites Noske et Scheideman , proclamant la république comme instrument de terreur bourgeoise contre le prolétariat. C'est aussi très démocratiquement que les nazis vont asseoir leur pouvoir.

Revenons en à notre Mélenchon et sa VIéme république, sa « révolution du bulletin de vote » , sa « révolution fiscale » … Les principaux points de la « révolution culturelle » du tribun Mélenchon se limites à vouloir démocratiser la démocratie, rendre au peuple sa suprématie. Comment ? En s'appuyant sur l' Etat, en faisant chanter par ses ouailles la Marseillaise poing levé comme Trump l’hymne américain. Mélenchon, n' est qu'un rabatteur pour l'union nationale et un ennemi de l' internationalisme prolétarien Avec sa petite veste à la Mao il veut sa grande révolution culturelle.

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 Mais d' où le sieur Mélenchon a t'il trouvé cette idée de VI éme République,c' est le PCF qui dans son programme de 1958 déclarait que la Véme république (élaborée par le socialiste Guy Mollet) marquait la prise du pouvoir par les monopoles « instituant un régime anti-démocratique ». Les troskistes du PCI (Lambertiste) actuellement POI, allaient aussi s' engager dans un combat visant la disparition de la Véme république suivi par les maoiste de « l'humanité rouge » qui voulaient l' abrogation de la Véme république pour ouvrir la voie à la révolution prolétarienne.

 Tous veulent finalement purifier la démocratie,c' est à dire rabaisser la lutte de classe pour la révolution sociale à une lutte entre la forme exécutive et parlementaire de la domination de classe.

 «Ce ne fut pas une révolution faite pour transférer ce pouvoir d’une fraction des classes dominantes à une autre, mais une révolution pour briser cet horrible appareil même de domination de classes. Ce ne fut pas une de ces luttes mesquines entre la forme exécutive et la forme parlementaire de la domination de classe , mais une révolte contre ces formes qui se confondent, la forme parlementaire n’étant que l’appendice trompeur de l’exécutif. » (La guerre civile en France)

 

Comme le dira Troski dans « Terrorisme et communisme » à l' encontre de Kautsky c' est à croire qu'il ne s'est rien passé d'important ici-bas depuis le jour ou fut écrit le programme d' Erfurt ! » ( Terrorisme et communisme, ed, Prométhée « sur le fil du temps, p.39)

 Lire Il y a 140 ans la Commune de Paris : république sociale ou république démocratique.

 1Lettre de Engels à Kautsky sur le programme d' Erfurt le 29 juin 1891, ed ; sociale classique du marxisme, p.103.

2Le 18 brumaire de L. Bonaparte

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