SPARTACUS

22 janvier 2017

INFOBREF N°475- INSECURITE SOCIALE ,Amazon

INFOBREF N°475

La misère du prolétariat en Grande-Bretagne

Titre originalPour assurer leurs dépenses quotidiennes, de plus en plus de familles britanniques sont obligées d’emprunter…   Source : Par   PLANETES360  

 

De plus en plus de familles britanniques sont obligées d’emprunter de l’argent pour assurer leurs dépenses au jour le jour, a révélé une étude publiée dimanche.

Le Congrès des Syndicats (Trade Union Congress, ou TUC), la principale organisation syndicale du pays, a déclaré que de nouvelles analyses montraient que la dette des ménages avait brusquement augmenté en 2016, avec notamment une hausse record des dettes non garanties, c’est-à-dire des dettes autres que celles liées au remboursement d’un emprunt immobilier.

Les dettes non garanties ont ainsi atteint une moyenne de 12 877 livres (15 900 dollars américains) par foyer au cours du troisième trimestre 2016. Cette somme représente une augmentation de 1 117 livres (1 375 dollars américains) par rapport à l’année précédente, et constitue la plus forte hausse annuelle depuis au moins 1997, a ajouté le TUC.

L’organisation syndicale, qui représente des millions de travailleurs, a averti que des augmentations salariales limitées, doublées d’une forte inflation, allaient plonger de plus en plus de familles dans l’endettement en 2017 si le gouvernement n’intervenait pas.

Selon le TUC, la faiblesse des augmentations salariales a forcé de plus en plus de familles à recourir à des emprunts pour maintenir leur niveau de vie.

L’analyse a également révélé que le total national des dettes non garanties était monté à 349 milliards de livres (429 milliards de dollars américains) à travers le pays au troisième trimestre 2016, un chiffre record qui dépasse de très loin les 290 milliards de livres (357 milliards de dollars américains) de dettes enregistrés en 2008 pendant la crise financière.

Les dettes non garanties représentent désormais 27,4 % des revenus moyens des ménages, soit le taux le plus élevé en huit ans.

Le TUC a souligné que les résultats de l’étude publiée dimanche recoupaient les chiffres du Bureau de la responsabilité budgétaire (OBR), qui a récemment montré que les ménages n’avaient jamais économisé aussi peu d’argent. Les données publiées par la Banque d’Angleterre ont également révélé que les crédits à la consommation n’avaient jamais augmenté aussi vite en onze ans.

Un travailleur sur deux dans le monde n’est pas salarié

Dans son rapport sur l’emploi 2015, l’OIT plaide pour une prise en compte et une meilleure protection sociale des quelque 75 % de travailleurs informels et précaires.

Le Monde.fr | 19.05.2015 à 02h00 | Par Rémi Barroux

C’est une ouverture, presque un changement de logiciel. Dans son rapport 2015 « Emplois, questions sociales dans le monde », rendu public à Genève mardi 19 mai, l’Organisation internationale du travail (OIT) prône une meilleure prise en compte des formes d’emploi informels et précaires. Jusqu’alors, l’agence des Nations unies, qui regroupe les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 185 Etats, restait plus focalisée sur des formes d’emploi dit « classiques » : plein-temps, salarié, contrat permanent.

Mais cette réalité change et, aujourd’hui, le constat est clair. Le salariat ne représente que la moitié de l’emploi dans le monde, ne concernant pas plus de 20 % des travailleurs en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud. Et dans ces emplois salariés, moins de 40 % des travailleurs bénéficient d’un contrat permanent à temps plein, soit à peine 20 % de l’emploi mondial.

« Jusque-là, la réponse de l’OIT était d’assurer les formes standards de l’emploi, a expliqué au Monde, Guy Ryder, son directeur général. Il ne s’agit pas d’abandonner cette optique, mais d’assurer un traitement égal à tous les travailleurs ne bénéficiant pas de la sécurité et de la protection attachée aux formes dites classiques. »

Les standards changent

Pour M. Ryder, ancien dirigeant de la Confédération syndicale internationale, ces emplois informels, flexibles ne doivent plus être considérés comme de « seconde catégorie ». Les standards changent. « Il faut prendre en compte cette nouvelle réalité et adapter les politiques du marché du travail, ainsi que la législation aux diverses formes d’emploi », avance-t-il.

L’évolution vers des relations de travail moins sécurisées progresse y compris dans les économies avancées, où les emplois autonomes, à domicile, se sont multipliés et où les contrats à très court terme et à horaires irréguliers sont plus nombreux. Dans les pays émergents, si des formes plus contractuelles progressent, l’emploi informel reste très largement répandu.

La crise économique représente un facteur aggravant. Le chômage continue de plomber la situation. Pour l’OIT, qui publiera à l’automne un rapport sur la question, celui-ci, qui atteignait 201 millions de personnes dans le monde en 2014, devrait encore progresser durant les cinq prochaines années.

La faute au ralentissement tendanciel de la croissance qui atteint 3 % à 3,5 % chaque année, contre 4 % entre 2000 et 2007, avant la crise mondiale. « L’investissement productif est en panne, les profits ne sont pas réinvestis suffisamment et l’incertitude économique reste grande, dues notamment aux risques géopolitiques, analyse Raymond Torres, directeur du département de la recherche de l’OIT et responsable du rapport. Enfin, la grande volatilité des mouvements de capitaux contribue aussi à cette croissance en berne. »

Ce sombre tableau explique le recul des formes d’emploi les plus pérennes. « Les entreprises ont intérêt à avoir une main-d’œuvre plus flexible, des contrats plus souples mais cela ne doit pas contribuer à créer des conditions de travail moins protégées », plaide le directeur général de l’OIT, qui accueillera du 1er au 13 juin à Genève, quelque trois mille délégués pour la 104e Conférence internationale du travail.

Mutation des formes d’emploi

Cette mutation des formes d’emploi peut néanmoins paraître contradictoire avec la progression de la protection sociale dans le monde, soulignée par l’OIT. Car les systèmes de retraite ou d’assurance maladie sont souvent appuyés sur des systèmes contributifs et des cotisations salariales. « Les pays émergents, à fort taux d’emploi informel, ont intégré cette nécessité d’une meilleure couverture sociale pour faire face à la crise et assurer leurs propres leviers de croissance, comme en Chine, au Brésil et en Amérique latine en général, en Afrique aussi dans certains pays comme l’Ethiopie ou l’Afrique du Sud », explique M. Torres. Des systèmes innovants ont été mis en place, reposant sur des ressources fiscales. A contrario, certains pays, notamment en Europe, ont réduit le niveau de protection dans les emplois tant classiques qu’atypiques, « afin de stimuler la croissance de l’emploi », constatent les auteurs du rapport.

En s’intéressant aux 52 millions d’emplois domestiques dans le monde, soumis à la quasi-inexistence de protection sociale, par la Convention 189 entrée en vigueur en septembre 2013, l’OIT a illustré cette prise en compte des formes d’emplois nouvelles. Il reste notamment aux syndicats attachés aux formes de travail traditionnelles plus faciles à organiser, à prendre le tournant. « Nous devons protéger toutes les formes d’emploi, nous intéresser aux 75 % d’emplois informels, un peu négligés, et ne pas accepter la précarisation massive, véritable trappe à pauvreté », proclame Raymond Torres.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2015/05/19/un-travailleur-sur-deux-dans-le-monde-n-est-pas-salarie_4635793_1656941.html#wMeaD9XAc3UqXd5O.99

 



En France, la grippe saisonnière frappe chaque année en moyenne 2,5 millions de fois et est la cause de 5 décès par jour en moyenne. La grippe est donc responsable de 1.500 à 2.000 décès par an. Il s' agit d'une moyenne normale. Ce qui devient anormal , c' est de constater que lors de la saison 2014-2015, la grippe ( le déficit de soins) a généré 18 300 décès. Cette année encore la mortelle saison est de retour.



À l'hôpital d'Armentières (Nord), le personnel est débordé. Aux urgences, il y a plus de patients que de lits. Dans la nuit du 10 au 11 janvier, quatre malades de la grippe sont restés dans les couloirs. L'hôpital tente de faire face. "On a rouvert une vingtaine de lits depuis déjà une quinzaine de jours. On a dû transformer des bureaux en chambres", explique Bernadette Montignies-Lemettre, directrice de garde.

Opération reprogrammée

Ouvrir des lits et réorganiser les plannings pour les prochains jours, car l'épidémie va durer. Son pic est attendu pour la semaine prochaine. "Il y a du personnel qui a été rappelé, des gens qui seront affectés de manière supplémentaire par rapport à l'effectif existant sur l'hôpital, que ce soit au niveau médical et paramédical", affirme Christelle Mienné, responsable des urgences. Et si cela ne suffit pas, les équipes ont prévu de reprogrammer les opérations les moins urgentes.



Les personnes âgées font partie des populations les plus touchées par le virus. Pour limiter la contagion, les personnels soignants devraient se faire vacciner mais ils sont réticents.

Alerte rouge à la grippe dans les maisons de retraite après l'annonce de la mort de 13 résidents dans un Ehpad à Lyon entre fin décembre et début janvier. Pour éclaircir les circonstances de ces multiples décès dans un seul établissement, une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) diligentée par la ministre de la Santé est en cours. Mais alors que l'épidémie de grippe, qui touche notamment les personnes très âgées, n'a pas encore atteint son pic, Europe 1 a enquêté pour savoir si l'on devait s'attendre à des décès en série dans les maisons de retraite.

Lourd bilan à prévoir. Actuellement, maisons de retraite et Ehpad, c'est-à-dire les établissement accueillant les personnes âgées dépendantes, sont sur le pied-de-guerre à cause de la grippe. Les chiffres officiels le confirment : rien que la semaine dernière, il y a eu 169 foyers d'infections respiratoires signalés aux autorités, parmi lesquels beaucoup de foyers de grippe, mais aussi des bronchites. Le chiffre est élevé mais reste du même ordre que celui d'il y a 2 ans, où le même virus, H3N2, avait majoritairement circulé. Comme il y a deux ans, on devrait avoir une surmortalité dans la population âgée, donc dans les maisons de retraite. Le bilan devrait être lourd selon le virologue Bruno Lina : "La fourchette classique d'une épidémie de grippe, c'est entre 3.000 et 6.000 décès. Lorsque l'on a affaire à un virus H3N2, on peut avoir des phénomènes de surmortalité. Là, la réalité se situera entre 6.000 et 10.000 décès."

Les résidents des Ehpad majoritairement vaccinés.

Le nombre est impressionnant mais c'est toutefois moins que les 18.000 morts d'il y a deux ans, car cet hiver la grande différence, c'est que le vaccin, même s'il ne protège pas à 100% les personnes très âgées, correspond bien au virus circulant. Question vaccination, après avoir appelé une dizaine d'Ehpad, ce qui ressort est que la majorité des résidents sont vaccinés, jusqu'à 95% parfois. Les établissements n'ont pas attendu le début de l'épidémie pour le faire. La campagne de vaccination a été lancée début octobre, et la plupart des maisons de retraite s'y sont mises tout de suite. Au plus tard, fin novembre tous les patients qui le souhaitaient, étaient vaccinés. La situation dans l'Ehpad de Lyon où un peu moins de 50% des résidents étaient vaccinés à la fin décembre est exceptionnelle. Plusieurs spécialistes s'accordent sur ce dernier chiffre : c'est "trop peu et trop tard".

Le problème des soignants. Malgré la vaccination dans les Ehpad, on constate beaucoup de cas de grippe. La propagation de la maladie aurait pu être limitée en empêchant les virus grippaux d'entrer. Et pour ça, le meilleur moyen, c'est de vacciner les soignants. Le problème c'est que ces dernières années, ils sont de plus en plus réticents. En moyenne, la moitié, des infirmières et des aide-soignants sont récalcitrants.

C'est une inquiétude de tous les jours pour Philippe Duboé, directeur général de l'association Saint-Joseph qui gère cinq maisons de retraite dans les Pyrénées-Atlantiques : "Depuis la grippe H1N1, le personnel qui se vaccinait atteignait une hauteur de 70 à 80% dans nos maisons, aujourd'hui, on a un taux de vaccination autour de 10 à 15%. On essaie de convaincre, on montre l'exemple nous-même, mais on ne peut pas obliger les gens à se vacciner s'ils ne le souhaitent pas." L'enjeu aujourd'hui est donc d'arriver à convaincre les personnels soignants de se faire vacciner. Pour que cela soit efficace, il faudrait qu'au moins 75% d'entre eux passent le pas.

Torcy: Encore deux morts chez des ouvriers du bâtiment

20 janvier 2017-La liste se rallonge encore. Après les 4 ouvriers du bâtiment morts c’est encore deux personnes qui sont mortes à Torcy sur un chantier, écrasées par une chape de béton.

Il a fini par succomber à ses blessures. L’ouvrier grièvement blessé ce mercredi après avoir été écrasé par une plaque de béton de 3 tonnes sur un chantier de l’entreprise Colas à Torcy (Seine-et-Marne), est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l’hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Un accident survenu ce mercredi vers 7 heures lorsqu’une plaque de béton de 3 tonnes suspendue par une pelleteuse s’est décrochée avant de s’écraser sur trois ouvriers placés dans la tranchée en contrebas. Un accident qui avait déjà été fatal pour un ouvrier de 52 ans tué sur le coup, le troisième travailleur souffrant lui d’une fracture à la jambe.

Le bâtiment est de loin le métier le plus à risque en France. Et loin devant les morts dans la police, que les syndicats de keufs nous vantent comme étant le métier le plus dangereux du monde. Or, entre 2010 et 2014 c’est plus d’un milliers de personnes qui sont mortes sur les chantiers français. Un millier !
Imaginez ce que c’est qu’un millier de personnes morte en 4 ans. Quand en France, et depuis 1970, c’est 194 flics qui sont morts lors d’opérations de police... 
Certaines années ont été particulièrement meutrières. C’est le cas de l’année 2014 où 183 ouvrier.es sont mort.es.Lu sur le parisien

En Écosse, des employés d’Amazon dorment sous des tentes pour pouvoir travailler

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/employes-amazon-dorment-dans-tentes/

Avoir un job et vivre comme un SDF, c’est ce que propose Amazon, entreprise dont les salaires forcent certains de ses employés écossais à dormir dans des tentes à proximité de leur lieu de travail.

En cette période de fêtes, vous avez probablement eu le réflexe de commander vos cadeaux sur Amazon, séduit par la livraison express, le paiement sécurisé et… les conditions de travail déplorables ? L’entreprise américaine est accusée (entre autres) d’exploiter ses employés du centre de Dumferline, dans la région de Fife, en Écosse, à tel point que certains d’entre eux sont obligés de dormir dans des tentes à côté du bâtiment pour assurer leurs 60 heures de travail hebdomadaire.

En cause, les salaires cassés (entre 3 et 5,7 euros/heure après les charges) qui ne permettent pas aux employés d’utiliser la navette de l’entreprise pour rentrer chez eux, rebutés par son prix prohibitif de 7,35 livres sterling par jour (8,7 euros). Un des salariés interrogés par le journal écossais The Courier confie habiter à plus d’une centaine de kilomètres du site et ne pas pouvoir couvrir cette distance deux fois par jour, les billets de train étant trop chers.

Amazon devrait avoir honte que ses salaires forcent ses employés à camper dehors”

L’affaire n’a pas tardé à soulever l’opinion britannique et à susciter les réactions de personnalités politiques. Willie Rennie, leader des libéraux-démocrates (Lib-dem) écossais, a vivement critiqué l’entreprise américaine : “Amazon devrait avoir honte que ses salaires forcent ses employés à camper dehors au beau milieu de l’hiver pour joindre les deux bouts. Il est temps que la direction fasse une longue et profonde introspection pour changer ses pratiques.” Mais rien dans la succession de scandales de ce genre ne laisse penser qu’Amazon soit prêt à une telle remise en question.

Au contraire, les porte-parole de la boîte sont même enthousiastes sur les conditions de travail imposées à leurs employés. “Pendant le Black Friday [jour où le plus grand nombre de commandes est enregistré, ndlr], nous avons organisé des tombolas gratuites. Il faut que les employés s’amusent”, s’est ainsi réjoui Paul Ashraf, manager général des opérations pour Amazon au Royaume-Uni. Un discours paternaliste digne du XIXe siècle et à mille lieues des réalités du quotidien des entrepôts.

Pas de jour de repos pendant 3 mois

Ce n’est pas la première fois que l’entreprise de Jeff Bezos est accusée d’exploiter ses employés, et plus particulièrement ses livreurs. Certains d’entre eux roulent 11 heures par jour, sans jours de repos (même le dimanche) pendant des mois. Les rythmes imposés sont extrêmes au point qu’ils doivent faire leurs besoins dans des bouteilles ou des sacs. Pas le temps de s’arrêter pour livrer les 200 colis quotidiens, le tout pour un salaire de misère.

Toujours interviewé par The Courier, Paul Ashraf dévoile peu à peu le cœur du problème : “Nous nous concentrons exclusivement sur les obsessions de clients.” C’est donc bien la furie de la livraison express qui rend la vie impossible à des milliers d’ouvriers ou livreurs. Mais pas seulement : pour les cadres aussi, travailler chez Amazon est un enfer : “J’ai pratiquement vu tous mes collègues pleurer à leur bureau“, confie l’un d’eux au New York Times. Une culture du chiffre et du gigantisme qui pousse l’entreprise à adopter des stratégies managériales des plus extrêmes. Il est même arrivé que des employés se fassent virer en cas de cancer ou de fausse couche. “Il faut que les employés s’amusent“. On en est très loin.

Les 700.000 ouvriers invisibles des usines à colis françaises

20 janvier 2017-La chaîne ouvrière s’est transformée mais n’a pas disparu. Une fois les produits commandés, le préparateur de commandes s’affaire à charger sa palette. 13% des ouvriers français assurent ces jobs invisibles, solitaires et numérisés

Tout le monde a été surpris de constater qu’Amazon fonctionnait avec des gros entrepôts où les conditions de travail sont très difficiles. Mais on s’imaginait quoi ? Que les colis arrivaient comme ça chez nous, grâce à un seul livreur pour nous l’amener ? 

Tout ce que l’on achète dans la grande distribution passe par ces usines, où il faut trier les colis, les préparer, les mettre en paquet et les envoyer. Des métiers qui usent et qui isolent ces nouveaux ouvriers. 

Ça ne concerne pas qu’Amazon 

La logistique ne concerne pas qu’Amazon, mais de nombreux secteurs d’activités : Il y a la section commerce alimentaire que j’ai observée, avec toutes les grandes enseignes comme Super U, Leclerc, Carrefour, ou bien leurs sous-traitants, des entreprises comme XPO (ex-Norbert Dentressangle), Kuehne-Nagel, Geodis… Et tous les autres secteurs de la grande distribution avec le textile, le bricolage, les produits culturels, les matières premières aussi… Puis la partie industrielle qui stocke les pièces avant de les amener dans les usines automobiles, par exemple. 

Enfin, la partie messagerie regroupe de gros sous-traitants de la logistique qui reçoivent des produits pour les dispatcher ailleurs. Ce sont tous ces camions floqués « DHL » ou « TNT » que l’on voit sur les autoroutes. 

Au total, ils sont 700.000 en France, soit 13% des ouvriers du pays, une part en constante augmentation depuis les années 1980. 

La grande distribution recourt à ces usines à colis 
L’industrie se transforme. On ne produit plus chez nous. La grande distribution a donc besoin de ces usines à colis pour concentrer ses achats. 

Elle crée en même temps un nouveau monde ouvrier que nous ne voyons pas.

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Les délocalisations et la division internationale du travail produisent d’autres types de métiers ouvriers et nous n’en sommes pas conscients, car la grande distribution ne met en avant que sa vitrine, le grand magasin. Elle ne montre pas son back office, l’entrepôt. Ce monde est invisibilisé. 

Taisez-vous et bossez ! 

Ces grands hangars pourraient fonctionner de manière artisanale, mais les nouvelles technologies les ont transformés depuis une dizaine d’années. L’outil informatique organise, catégorise, contrôle et impose un scénario de travail aux ouvriers. 

C’est la même chose que dans les call centers où la personne suit tout le schéma de conversation sur son ordinateur, selon ce que lui répond le client. 

Un taylorisme, version numérique 

Le préparateur de commande reçoit les informations d’une voix numérique dans son casque qui lui dit point par point ce qu’il doit faire. C’est du taylorisme version numérique ! Il évolue dans une bulle au sein de son lieu de travail et n’a plus besoin de poser de question ou de discuter avec un collègue, encore moins de travailler en équipe. Dès qu’il prononce un mot, comme un « bonjour », la machine l’entend et rétorque : « Répétez, ce mot n’est pas compris »… 

Le préparateur devient un ouvrier spécialisé, ce qu’il n’était pas quand il n’avait pas de casque sur les oreilles. 

Second effet de l’informatisation : L’automatisation du fonctionnement à l’intérieur de l’entrepôt et la disparition de tout un ensemble de tâches administratives, de contrôle de qualité. Il y a donc de plus en plus d’ouvriers dans l’entrepôt et moins de professions d’encadrement. 

Le secteur s’ouvriérise. Certaines tâches disparaissent. D’autres sont de plus en plus répétitives. 

C’est un travail répétitif et pénible 

Dans ce monde industriel de nouvelles technologies, les métiers dont on a besoin sont des métiers physiques pénibles et répétitifs. Toute la journée, le préparateur de commandes monte et descend de son chariot. Les fourches qui transportent la charge sont fixes sur le chariot. 

C’est à lui de tout faire : poser une palette vide, circuler dans les rayonnages, s’arrêter quand la voix numérique l’indique. Descendre du chariot, prendre le paquet, le poser sur la palette. 

Même chose pour tout le reste des colis de la commande du supermarché en question. L’ouvrier ne cesse de monter et descendre du chariot, de se baisser ou de grimper pour atteindre le paquet, puis de le hisser sur la palette. 

Toujours le même geste et un effort physique très important ! 

Une personne déplace jusqu’à 12 tonnes chaque jour 

J’ai fait le cumul de tout ce que porte un préparateur de commandes en une journée. On atteint très rapidement des poids impressionnants. 

Trois à quatre tonnes soulevées dans un entrepôt de produits de quincaillerie. Pour des produits comme les boissons, on atteint rapidement six ou sept tonnes par jour et par personne. Et jusqu’à dix tonnes dans les hangars dédiés aux fruits et légumes.

Si on ajoute des heures supplémentaires, on transporte douze tonnes. 

Les accidents arrivent vite 

Le plus souvent ces emplois du temps sont fixes : On travaille sept ou huit heures avec une pause de 20 ou 25 minutes au milieu pour le repas. Un repos court qui arrange tout le monde. Moins on reste à l’usine, plus on garde du temps pour soi. 

Le corps s’abîme vite. L’usure du préparateur se manifeste au niveau du dos surtout, mais aussi sur les coudes, les poignets, les mains, les genoux, le cou. 

Cette fatigue liée à ces gestes répétitifs s’appelle de l’hypersollicitation. Quatre, cinq, six ans… Ce sont les durées maximales évaluées par l’INRS (link is external) , (l’organisme de santé et de sécurité au travail) avant de ressentir la fatigue physique et d’enchaîner les accidents de travail, les maladies du dos et des genoux. 

Le CDI pour s’acheter une maison 

Certains entrepôts sont composés presque uniquement d’intérimaires, surtout les entrepôts de sous-traitants qui signent un contrat tous les deux à trois ans avec les grandes enseignes de distribution. 

Les contrats de ces ouvriers sont limités à 16 ou 18 mois selon les cas et ils ne peuvent être renouvelés avant 6 mois de carence. Donc les préparateurs de commandes – entre 60 et 70% des ouvriers des entrepôts – circulent d’une entreprise à une autre et répètent les mêmes tâches avec les mêmes commandes vocales. 

Ce système crée des bassins d’emplois logistiques en périphérie des grandes villes. 

Certaines entreprises, au contraire, préfèrent les CDI car l’intérim coûte cher. On m’en a proposé plusieurs après quelques mois seulement dans l’usine. Ici on dit que « la logistique nourrit son homme ». 

On peut se sortir assez vite des statuts précaires, ce qui est indispensable pour acheter une maison ou fonder une famille. C’est aussi un moyen de s’éloigner de la préparation de commandes et de s’orienter vers des postes moins pénibles, comme celui de cariste. On travaille sur un chariot élévateur, qui transporte les palettes très haut. Pas besoin donc de soulever des tonnes de marchandises. C’est un poste un peu plus qualifié et un peu moins pénible, comme les postes de réception et expédition sur les quais, mais ça reste des postes ouvriers et les évolutions sont très limitées. 

On rêve pragmatique 

La plupart de ces hommes galèrent à s’extraire des usines à colis, mais certains y arrivent. 

Quand on est préparateur de commandes ou cariste, on rêve pragmatique, à proximité. On veut devenir chauffeur routier par exemple, un métier lié au secteur de la logistique qui permet de sortir d’un certain type de contrôle. On est seul dans le camion sur la route. C’est un savoir-faire. D’ailleurs on se revendique comme tel. On dit : « Je suis chauffeur routier » alors que l’on ne dit pas « je suis préparateur de commandes ». On dit : « Je fais de la prép », comme on dit « je fais de la caisse ». 

Quelles que soient les choses que l’on puisse faire pour améliorer la santé, l’organisation du travail, et le respect de l’humain, les ouvriers ont du mal à s’assumer et à se revendiquer comme tel. Et le fait que ce monde soit invisible ne facilite pas du tout l’expression. 

Les ouvriers sont obligés d’expliquer ce qu’ils font pour qu’on les comprenne. Or, un préparateur de commandes qui travaille sous commande vocale se sent obligé de désamorcer la critique en disant : « Ben ouais, on est un peu des robots ». Car ce système de commande vocale choque les gens ! 

Sauf que l’on a besoin de ces ouvriers pour effectuer ces tâches aujourd’hui. Et même les syndicats, peu développés dans le secteur, ont du mal à pénétrer cet univers. Ce qui complique encore plus l’affirmation en tant que groupe. 

Mais les choses sont en train de bouger sur ce point, comme chez Amazon, où des revendications apparaissent. 

Street Press



 







 

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18 janvier 2017

INFOBREF N°474-spécial revenu de base

Pourquoi la Silicon Valley et la Suisse envisagent un revenu de base pour tout le monde sans aucune condition

jeudi 3 mars 2016, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 3 mars 2016).

La Silicon Valley se veut le chantre du revenu de base anti-pauvreté

http://www.letemps.ch/economie/2016…

Benjamin Adler, San Francisco

Publié jeudi 3 mars 2016 à 06:59

Si la Suisse n’est pas le seul pays européen à envisager l’implémentation du revenu de base inconditionnel. Aux Etats-Unis, le concept est défendu par un avocat inattendu : la Silicon Valley

Dans l’écosystème de la Silicon Valley, la liberté est l’opium du peuple entrepreneurial. Ce n’est pas un hasard si c’est dans la baie de San Francisco que manœuvre Forward us, le groupe de pression politique fondé par Mark Zuckerberg, militant pour l’ouverture des frontières à l’immigration qualifiée. Et ce n’est pas non plus une surprise si c’est de la Silicon Valley que se construit l’utopie libertarienne du Seasteading [projet de création d’habitations sur la mer, en dehors des eaux territoriales, ndlr] promu par le milliardaire transhumaniste Peter Thiel.

Dans cet Etat dans l’Etat, idéaliste mais cruel, la bienveillance existe même chez ceux qui ont bâti leur fortune sur la méritocratie ultralibérale. Peter Diamandis, fondateur et président de la fondation X Prize et de la Singularity University, et le pape du capital-risque Mark Andreessen se sont déclarés favorables à l’instauration d’un revenu de base. C’est maintenant au tour d’un avocat inattendu de plaider pour cette cause, Sam Altman, le président du plus célèbre incubateur de la Silicon Valley, Y Combinator, qui a vu naître Reddit, Airbnb et Dropbox, entre autres.

« La naissance, une injustice qui entrave l’entreprise »

Attiré par le concept parce qu’il est « juste et parce que c’est la bonne chose à faire », Sam Altman va financer un projet expérimental étalé sur cinq ans afin de « voir quel impact cette mesure peut avoir sur la vie des gens, s’ils sauront en faire bonne utilisation pour créer et s’épanouir. » En quête d’un directeur de recherche chargé de superviser ce programme test qui versera de l’argent sans condition à un maximum de 300 personnes, Sam Altman n’a pas encore décidé du montant versé, ni de la zone géographique opérationnelle. Il envisage même de réaliser plusieurs expériences pour comparer les résultats en fonction des montants donnés aux heureux « cobayes ».

« Une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à m’intéresser à ce revenu minimum pour tous, c’est parce qu’il y a trop de gens talentueux qui n’ont jamais pu créer une entreprise uniquement parce qu’ils n’ont pas été chanceux dans ce tirage au sort qu’est la naissance », se justifie Sam Altman, persuadé qu’un enseignement financier complémentaire « peut permettre de faire confiance aux gens sans avoir besoin de les fliquer via un Etat autoritaire comme le clament certains politiciens. »

Dans un texte servant d’offre d’emploi publié sur le blog de l’incubateur, le président d’Y Combinator développe : « Je pense vraiment qu’avec l’élimination des emplois traditionnels par la technologie et la création de nouvelles immenses fortunes, le revenu minimum sera dans le futur mis en œuvre à l’échelle nationale. Donc commencer maintenant à étudier ses effets et répondre aux questions théoriques, ce n’est pas trop tôt. Est-ce que ne plus vivre avec la peur d’avoir faim permet par exemple d’accomplir plus de choses et en faire profiter la société ? »

Inventer un nouveau système de co-création

En pleine campagne présidentielle américaine, l’inégalité sociale s’impose comme un débat incontournable. Il est notamment marqué par les appels de Donald Trump et de Bernie Sanders d’augmenter les impôts des plus grandes fortunes des Etats-Unis formant, d’après une étude de Princeton de 2014, une oligarchie qui contrôle le pays. Ironie du sort et signe révélateur d’un débat antagoniste, au moment où Sam Altman annonce son intention le cofondateur d’Y Combinator Paul Graham publie, lui, une tribune contradictoire sur son blog. Il ne défend pas le revenu minimum et condamne la vision manichéenne des pourfendeurs du fameux 1% d’ultra-riches dénoncé par le mouvement Occupy.

Pour l’écosystème de la Silicon Valley où se façonne le futur technologique de la planète, le défi est immense. Et va au-delà de l’instauration du revenu de base. « Il lui faut imaginer un nouveau système dans lequel les principes de co-création sont stimulés par chaque étape du développement et du marketing du produit. Elle ne peut plus se contenter d’imaginer, de créer, de tester et de garder les retours financiers dans un petit nombre de très gros comptes bancaires », analyse Jess Rimington, professeur à l’Université californienne de Stanford.

 « Je ne devrais pas être le témoin du désespoir des sans-abri »

« L’inconfort du riche face à la pauvreté »

« Je sais que les gens sont frustrés par la gentrification qui touche la ville, mais la réalité est que nous vivons dans une société de libre marché. Les personnes riches qui travaillent ont gagné leur droit de vivre dans la ville. (…) Je ne devrais pas être le témoin de la douleur, de la lutte, et du désespoir des sans-abri. Je veux que mes parents quand ils viennent me rendre visite puisse vivre une belle expérience, et profiter de cet endroit spécial. »

A la fin de sa lettre, Justin Keller évoque l’expérience du dernier Super Bowl en début d’année. Pour accueillir la grande finale de football américain, certains quartiers de San Fransisco avaient été purement et simplement interdits aux SDF.

Google n’a pas encore produit une forme de lunettes qui puisse éliminer du champ de vision tout citoyen qui gagnent moins de 100’000 dollars

Gentrification : tendance à l’embourgeoisement d’un quartier populaire.

Pourquoi le revenu universel ne verra jamais le jour

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-le-revenu-universel-ne-verra-jamais-le-jour-630457.html

Le sujet divise les candidats à la primaire de gauche. Les candidats les plus sérieux ont abandonné cette idée, irréalisable. Article publié le 16 octobre, actualisé le 15 janvier

Il y en assez de ce « bullshit » ! Co auteur d'un rapport de référence sur le numérique, Nicolas Colin vient de publier un texte -non traduit- au titre suffisamment évocateur : « Enough With This Basic Income Bullshit ». Il dénonce la mode en vogue chez ses amis startupeurs et apôtres de l'économie numérique, qui veut que le revenu universel ou revenu de base serait la réponse à la précarité croissante, associée à la « modernité » entrepreneuriale. Avec le numérique, l'emploi est morcelé, atomisé, les revenus fluctuants et incertains ? Pas de problème, si un revenu universel est instauré, entend-on chez les «modernes ». Chacun disposerait d'un revenu quoi qu'il arrive, d'un « filet de sécurité » comme a pu le théoriser l'économiste Milton Friedman, ce qui aurait le double mérite, de son point de vue -exprimé en 1962- et de celui des très « hype » startupeurs actuels, d'encourager les projets individuels, de libérer les énergies -en cas d'échec, on ne sombre pas dans le dénuement- et de mettre fin à l'intervention ciblée et arbitraire de l'Etat, décidant d'aider telle ou telle catégorie (les agriculteurs, les personnes âgées, les salariés au chômage...). On ne soutient plus une catégorie, mais tous les pauvres, sans savoir pourquoi ils le sont devenus. Idée sous jacente, aussi bien défendue par certains théoriciens se situant à gauche que par les libéraux : éliminer la bureaucratie.

Une solution apparemment simple

Cette mode ne touche pas seulement la Silicon Valley, bien évidemment. Nombre de responsables politiques ont décidé de la reprendre à leur compte, à travers le monde. Jusqu'à commencer à l'expérimenter (cf encadré). En France, aussi, le revenu universel a ses partisans. Manuel Valls l'a évoqué un temps, avant de préciser sa pensée et de proposer un "revenu décent", de même qu'Arnaud Montebourg, qui a renoncé à défendre de projet. Candidat à la présidentielle dans le cadre de la primaire de la gauche, Benoit Hamon en a fait, lui,  l'essentiel de son programme.

A droite, Christine Boutin, Dominique de Villepin, Alain Madelin et Nathalie Kosciusko-Morizet défendent cette idée. Cette dernière l'avait inscrit à son programme, dans le cadre de la primaire de droite. D'où vient cet engouement ? « C'est une solution apparemment simple, qui est au système social ce qu'est la « flat tax » au système fiscal » estime Nicolas Colin. La gauche voit donc là une arme anti-pauvreté, la droite un instrument contre l'intervention de l'État. Mais, alors que le débat remonte aux années 60, pourquoi le revenu universel n'a-t-il été mis en œuvre nulle part ? « En fait, il serait quasiment impossible à mettre en place, il provoquerait des tensions politiques intenses et ferait grimper les inégalités à un niveau inconnu dans l'histoire moderne de l'occident » répond Nicolas Colin.

Cette dernière critique peut sembler curieuse. Ne s'agit-il pas, justement, de contrer les inégalités et la pauvreté, en attribuant à chaque citoyen un revenu de base ? En fait, la critique de Nicolas Colin vise plus particulièrement certaines propositions, qui, effectivement, pourraient aboutir indirectement à des inégalités en hausse. C'est là qu'apparaît la complexité du dossier. Il n'existe pas une version du revenu universel, mais plusieurs modèles.

Manuel Valls hors sujet dès le début

D'abord, il faut sans doute évacuer certaines propositions nommées "revenu universel", mais qui sont en fait, pour une grande part hors sujet. Ce que proposait Manuel Valls cet été, après le rapport Sirugue -du nom de l'actuel secrétaire d'Etat à l'Industrie, qui l'avait rédigé au printemps en tant que député- c'était en fait la fusion des nombreux minima sociaux co-existant en France, ou du moins leur regroupement, à des fins de simplification. Grande différence avec le revenu universel : ces allocations, fusionnées ou regroupées, resteraient réservées aux foyers sans ressources, à l'instar du RSA ; elles n'auraient rien d'universel, de fait. Il y avait là un abus de langage de la part de Manuel Valls (corrigé depuis, puisqu'il ne parle plus de revenu universel).
Car, par définition, le revenu universel serait distribué à toute personne résidant légalement sur un territoire donné. Quelles que soient ses ressources par ailleurs. Sinon, il n'est pas universel.

Différentes versions

Concernant le véritable revenu de base, de nombreuses propositions existent, que l'on pourrait positionner sur une ligne continue, de la version la moins à la plus extrême. La version soft, c'est l'attribution d'une allocation à tous, sans remise en cause de nombreuses autres prestations, comme l'assurance chômage, les retraites, les allocations logement, ou l'assurance maladie. Cela correspond à la proposition de certains libéraux français, comme le « Liber » de Marc de Basquiat et Gaspard Koenig, qui ont tenté d'élaborer un modèle non pas seulement d'un point de vue philosophico-théorique, mais censé être réellement mis en place, et fondé sur la réalité des revenus en France.

La version «hard » correspond au contraire à un versement d'un revenu à tous, mais se substituant à la quasi totalité des autres prestations sociales. Pas seulement en supprimant les actuels minima sociaux, auxquels se substituerait le revenu universel,  comme on le pense souvent : ce ne serait pas à la hauteur du sujet. Le revenu universel, c'est une dépense d'au moins 300 milliards d'euros annuels (sur la base de 450 euros par mois et par adulte). Or les minima sociaux représentent moins de 25 milliards. Même en ajoutant les allocations familiales (12 milliards), le compte des économies n'y est évidemment pas. Si l'on veut financer le revenu universel par des économies dans le système social actuel, il faudra donc tailler franchement dans les prestations, bien au delà des minima sociaux: dans les retraites, les dépenses maladie....

 C'est ce à quoi pense Nicolas Colin, quand il évoque un bond des inégalités. Car, par exemple, de nombreux retraités n'ayant pas suffisamment épargné durant leur vie active, se trouveraient, une fois en inactivité, avec comme seule ressource le strict minimum correspondant au revenu de base. Le niveau de vie moyen des seniors s'en trouverait quelque peu amoindri, c'est un euphémisme. Tout comme celui des chômeurs. D'où une explosion du nombre de foyers pauvres ou aux limites de la pauvreté, synonyme d'inégalités en forte hausse.

Entre ces deux modèles extrêmes de financement, sans aucune coupe ou presque dans les prestations existantes -il fauta alors trouver de nouvelles ressources- ou au contraire en les réduisant franchement, de multiples variantes sont possibles, selon les options retenues : jusqu'où va-t-on dans la remise en cause, la suppression pour parler clairement, des prestations sociales que sont les retraites, les allocations chômage, les allocations logement ? Lesquelles conserver ?

Une proposition qui se veut adaptée à la situation française

La proposition de Marc de Basquiat et Gaspard Koenig, qui se veut applicable en France, prend en compte l'attachement des Français à la sécurité sociale, qu'aucun responsable politique n'ose attaquer frontalement tant cette stratégie serait électoralement suicidaire. Même François Fillon, qui se veut le plus libéral parmi les candidats de droite à la primaire n'annonce pas qu'il veut « casser » la sécu. Marc de Basquiat et Gaspard Koenig ne font donc pas du passé table rase. Ils ne veulent remettre en cause l'assurance maladie ni l'assurance vieillesse, ni même les allocations logement. Ou, plus précisément, ils estiment que le caractère public ou privé de ces systèmes relève d'un autre débat que celui du revenu de base.

Ce qu'ils veulent supprimer, ce sont les minima sociaux (RSA, minimum vieillesse) et les allocations familiales. Le revenu de base y suppléerait. Quel serait l'objectif de cette opération ? Simplifier, en mettant fin à l'empilement de dispositifs en faveur des plus pauvres -ce qui est aussi l'objectif de Manuel Valls-, « clarifier les sommes perçues et prélevées pour que chacun sache dans quelle mesure il contribue à la société » , et « égaliser les transferts indépendamment de l'âge et de la nature des revenus ». De fait, les minima attribués aux personnes sans ressources sont différents s'il s'agit d'une personne âgée sans retraite, d'un chômeur en fin de droits ou d'un bénéficiaire du RSA. Le « Liber » proposé par Marc de Basquiat et Gaspard Koenig permettrait en outre de « lisser les transferts et annuler les effets de seuil » (grâce à la technique du crédit d'impôt) et enfin de « couvrir les besoins de l'enfant indépendamment des ressources des parents » (plus d'allocations familiales et plus question du système de quotient familial, qui aboutit à ce qu'un « enfant de riche » représente un plus grand avantage fiscal qu'un « enfant de pauvre »).

Comment ce « Liber », adapté à la situation française, fonctionnerait-il ? Il s'agirait d'attribuer un crédit d'impôt de 450 euros par mois à 51 millions d'adultes et de 225 euros à 15 millions de mineurs. Soit un total de 320 milliards d'euros par an. De quoi alourdir sérieusement la dépense publique, qui progresserait d'un quart, atteignant le record de 72% du PIB ? Non, car il s'agirait d'un crédit d'impôt. Concrètement, tout adulte se verrait attribuer un crédit de 5.400 euros par an, en déduction de son impôt. Si un foyer fiscal doit payer a priori un impôt sur le revenu de 10.000 euros, par exemple, avant mise en œuvre du « Liber », la facture ne serait plus que de 4.600 euros, après coup. L'Etat n'aurait donc pas à débourser 320 milliards d'euros par an : seuls les individus non imposables recevraient des espèces sonnantes et trébuchantes, à hauteur de 450 euros par mois. Les autres verraient seulement leur facture fiscale allégée. Ce système a pour immense intérêt d'éviter les effets de seuil, puisque tout le monde bénéficierait du « Liber ».

Un financement par l'impôt

Quel serait le financement de ce projet gigantesque de 320 milliards d'euros ? Les auteurs calculent qu'un prélèvement proportionnel de 23% sur l'ensemble des revenus permettrait d'équilibrer l'opération. S'y ajouterait une contribution de 12,5% de tous les revenus afin de financer l'assurance maladie, la CSG étant supprimée. Cela fait au total 32,5% d'impôt sur tous les revenus -sans exception-, s'ajoutant à l'impôt sur le revenu actuel ! Mais cette facture fiscale serait allégée par les 5.400 euros du « Liber ».

 Pour autant, ce mécanisme tient-il la route ? Marc de Basquiat et Gaspard Koenig ont réalisé des simulations aux résultats assez complexes à interpréter. Ce qui en ressort clairement, c'est que les ménages des deux derniers déciles (20% les plus aisés), la fameuse classe moyenne-supérieure assommée d'impôts depuis 2011, devrait passer franchement à la caisse. Au sein du dernier décile, la mise en place du Liber représenterait un impôt supplémentaire de 24.540 euros par an en moyenne, à ajouter à 30.948 euros d'impôts à payer par ailleurs. Autant dire que, pour cette catégorie de Français, le choc fiscal à la mode Hollande passerait pour une aimable plaisanterie à côté de celui-ci. Le risque d'une fuite des cadres à l'étranger serait démultiplié. La probabilité d'une mise en œuvre d'une telle proposition, à première vue intéressante, tangente donc le zéro... Le revenu universel est possible en France, mais à condition de le financer par des coupes drastiques dans les prestations sociales. Autrement dit, de mettre en pièces la sécu...Peut-on annoncer à des soixantenaires ayant cotisé toute leur vie qu'ils devront renoncer à toute retraite ? La réponse est dans la question.

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Le revenu universel dans le monde: seulement à l'état d'expérimentation

Le revenu universel n'a encore été généralisé nulle part dans le monde, sauf en Alaska. Mais il s'agit d'un cas particulier : la rente pétrolière est distribuée à un petit nombre de personnes. Les Finlandais ont décidé de l'expérimenter, en l'attribuant d'abord à 2.000 chômeurs, tirés au sort. Objectif : évaluer leur comportement, vis-à-vis du travail, notamment. Car la crainte des adversaires de ce système est de décourager le travail. Les Suisses avaient envisagé un revenu de base, mais se sont prononcés contre par referendum : ils craignaient qu'une allocation trop généreuse - 2500 francs suisses par mois- n'encourage l'oisiveté. La question du financement n'est pas encore vraiment résolue, en Finlande : hausse -considérable- des impôts, coupes dans les prestations, dont ne veulent pas les syndicats ? Bref, après plus de 50 ans de débats, les réalisations se font attendre...



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07 janvier 2017

INFOBREF N°473-militarisme,précarité, revenu universel

INFOBREF N°473

Année 2017

La montée en puissance du militarisme français à travers la « guerre au terrorisme» au Sahel

Extrait de Courant Alternatif 264 de novembre 2016

L’opération Serval a pris fin en 2014 mais lui a succédé le dispositif Barkhane qui mobilise environ 3000 hommes et englobe aussi les Etats voisins (Niger, Burkina Faso, Tchad, Cameroun). Officiellement, le relais des troupes onusiennes de la MINUSMA est censé redonner un caractère multilatéral à l’intervention militaire de la France. Mais c’est un trompe-l’oeil.

D’abord sur le plan de la présence militaire française en Afrique, l’intervention Serval suivi de Barkhane s’inscrit dans une séquence qui débute en 2011 avec l’intervention en Côte d’Ivoire pour déloger le régime Gbagbo, puis l’opération Harmattan en Libye pour mettre fin au pouvoir de Kadhafi. Alors qu’il a été question durant toute une période (les années 1990-2000) de multilatéraliser et d’africaniser les questions de « sécurité  », désormais le militarisme français en Afrique renoue avec sa tradition d’intervention directe.

C’est d’ailleurs cette dernière intervention en Libye qui a, pour une part importante, déterminé la crise malienne. En effet, la plupart des cadres militaires du MNLA sont issus de l’armée de Kadhafi, En échange de leur défection en Libye, en 2011, ils auraient obtenu l’aval de l’armée française pour pouvoir se déployer de l’autre côté de la frontière, pour faire payer au régime ATT un manque de coopération et sa complaisance avec la présence d’AQMI sur son territoire. Mais la suite ne s’est pas déroulée comme prévu. De plus, depuis 2011 la situation en Libye fait que ce territoire est une base arrière des groupes islamistes armés où ils peuvent s’approvisionner en armes comme dans un supermarché…

Une autre exemple de cette situation où celui qui prétend lutter contre un problème a aussi contribué à le créer est la question des otages. C’est principalement cette activité qui, depuis 2003 a permis à AQMI d’avoir des ressources pour acquérir des armes et aussi s’implanter auprès de certaines populations. Or comme un article du New York Times l’a rapporté, la France (l’Etat ou des entreprises françaises) a été le pays qui a le plus payé de rançons à Al Qaeda : un montant de 58,1 millions de $ entre 2008 et 2014 ( http://www.nytimes.com/2014/07/30/w...)

Ainsi depuis plus de 10 ans d’un côté, on prétend mener la « guerre au terrorisme  » au Sahel au moyen de drones et de forces spéciales, tandis que de l’autre, on crée objectivement les conditions pour que des groupes jihadistes se développent. Sans parler évidemment des causes plus structurelles: les politiques de pillage des ressources par les puissances occidentales (pétrole, uranium, or …) et les comportements de prédation et de népotisme des élites africaines liées à la Françafrique qui s’observent désormais à une vitesse accélérée, puisqu’il s’agit de profiter de s’enrichir au plus vite tant qu’on est au pouvoir. La dérive accélérée du régime actuel de IBK « démocratiquement élu » qui s’est acoquiné avec un des représentants les plus notoires de la mafia françafricaine, Michel Tomi, spécialisé dans les jeux et le BTP illustre si besoin en est qu’un tel système n’est pas prêt de prendre fin.

 

Solidarité avec Lluc, poursuivi suite à la mobilisation contre la loi travail.

29 décembre 2016

https://paris-luttes.info/solidarite-avec-lluc-poursuivi-7307

Durant la lutte contre la loi travail, de nombreuses personnes ont été arrêtées et les poursuites continuent. C’est le cas de Lluc, qui, après s’être fait tabasser par les flics, est poursuivi pour rébellion. Son procès aura lieu le 9 février.

Lluc passera finalement en appel le 9 février.

Dans la nuit du 15 au 16 avril, Lluc, étudiant de 20 ans s’est fait arrêter en marge des manifestations, à République. Son crime ? Filmer les affrontements avec son portable.

Lire aussi  :  Loi Travail : des nouvelles de la répression à Paris 3

Après l’avoir violemment tabassé et humilié, les policiers l’ont placé en garde à vue pendant 60 heures (lire son témoignage ici). Lluc a une fracture du nez, une fracture du pouce, il est entièrement couvert d’hématomes.
Mais ça n’est pas fini : il se voit accuser de rébellion, de violences envers les forces de l’ordre et de violence envers une jeune fille qui passait par là… Toutes ces accusations sont fausses.
Le procès a eu lieu en juillet, et s’est révélé être une parodie de justice. Les incohérences des dépositions de la police ont pourtant bien été prouvées par l’avocate de Lluc.
Lluc a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et à 11 000 euros d’amende : une partie pour la jeune fille (qui a pourtant dit au procès ne pas connaître Lluc et ne pas penser qu’il était coupable). L’autre partie de l’amende, pour qui est-elle ? Pour les policiers qui l’ont frappé et humilié.

Non seulement les policiers sont impunis, mais ils sont même récompensés de leur violence !

Nous appelons au soutien de Lluc, nous refusons l’injustice, nous dénonçons la violence policière et sa légitimation par la "justice" française.

Soyons présent-es le 9 février pour soutenir Lluc !

Le Comité de soutien à Lluc.



La Finlande commence à expérimenter le revenu universel

le 1 janvier 2017-Deux mille demandeurs d’emploi âgés de 25 à 58 ans ont été tirés au sort pour percevoir 560 euros par mois pendant deux ans à partir du 1er janvier.

Alors que l’idée d’un revenu universel occupe de plus en plus de place dans le débat politique français, la Finlande devient, dimanche 1er janvier, le premier pays européen à l’expérimenter au niveau national. Deux mille personnes, âgées de 25 à 58 ans, ont été tirées au sort pour percevoir 560 euros par mois pendant deux ans. Seule particularité, l’échantillon se limite à des personnes en recherche d’emploi et bénéficiant déjà d’une allocation chômage.

Les 560 euros mensuels remplaceront ainsi l’actuelle allocation chômage. Si les allocataires percevaient une compensation plus élevée auparavant, la sécurité sociale leur versera la différence. Leur couverture santé et leur allocation logementseront maintenues. Le changement majeur introduit par cette expérimentation tient dans le fait que chaque personne pourra accepter un travail et continuer à recevoirson revenu universel, et ce peu importe le salaire perçu.

« Si vous trouvez un travail avec une paye de 4 000 euros par mois, vouscontinuez quand même à percevoir votre revenu universel de 560 euros tous les mois, explique Marjukka Turunen, responsable des affaires juridiques au sein de l’assurance sociale finlandaise (KELA). Actuellement, en dehors de cette expérimentation, si vous touchez un salaire mensuel d’au moins 400 euros, vous perdez vos allocations chômage. » Pour Mme Turunen, le système actuel pousse certains chômeurs à refuser une offre d’emploi peu rémunérée, de peur de se retrouver dans une situation financière plus difficile que lorsqu’ils étaient au chômage.

Promouvoir l’emploi et « simplifier » les aides sociales

Pendant deux ans, jusqu’à fin 2018, l’État comparera ainsi la trajectoire de ces 2 000 chômeurs avec celle d’un groupe test de chômeurs touchant environ ce même montant en prestations sociales. L’objectif affiché est de voir si les chômeurs bénéficiant d’un revenu universel sont plus motivés à trouver un emploi ou à lancer des projets entrepreneuriaux.

Le projet faisait partie des promesses électorales du premier ministre centriste Juha Sipilä, en fonction depuis mai 2015. Le gouvernement espère « promouvoir l’emploi », « réduire la bureaucratie et simplifier le système complexe des aides sociales ». M. Sipilä, ancien homme d’affaires à la tête d’un gouvernement pro-austérité, est convaincu que cette mesure incitera les Finlandais à être plus entreprenants et mobiles, et que la réforme répond aux évolutions du marché du travail, plus instable qu’auparavant.

Sans être hostile à l’idée, l’opposition a estimé que le test était d’ampleur trop limitée, dans un pays de 5,5 millions d’habitants, pour livrer des enseignements décisifs. En Finlande, le revenu net disponible moyen dépasse les 2 200 euros par personne et par mois, selon l’OCDE. Une allocation mensuelle de 560 euros ne permet de vivre que très modestement.

En France, une mission d’information du Sénat a proposé en octobre d’expérimenter rapidement « dans des territoires volontaires » différentes modalités d’une mise en place d’un revenu de base. Cette recommandation n’a pour le moment pas été suivie, mais les hommes politiques de droite comme de gauche s’intéressent à l’idée, même si les appellations et les définitions différent (« revenu de base », « revenu universel », « revenu d’existence »…). Certains y voient une possibilité d’émanciper l’individu de l’emploi, quand d’autres ont avant tout pour objectif de simplifier le système de protection sociale actuel.

PRECARIAT et souffrance au travail

En Écosse, des employés d’Amazon dorment sous des tentes pour pouvoir travailler

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/employes-amazon-dorment-dans-tentes/

Avoir un job et vivre comme un SDF, c’est ce que propose Amazon, entreprise dont les salaires forcent certains de ses employés écossais à dormir dans des tentes à proximité de leur lieu de travail.

En cette période de fêtes, vous avez probablement eu le réflexe de commander vos cadeaux sur Amazon, séduit par la livraison express, le paiement sécurisé et… les conditions de travail déplorables ? L’entreprise américaine est accusée (entre autres) d’exploiter ses employés du centre de Dumferline, dans la région de Fife, en Écosse, à tel point que certains d’entre eux sont obligés de dormir dans des tentes à côté du bâtiment pour assurer leurs 60 heures de travail hebdomadaire.

En cause, les salaires cassés (entre 3 et 5,7 euros/heure après les charges) qui ne permettent pas aux employés d’utiliser la navette de l’entreprise pour rentrer chez eux, rebutés par son prix prohibitif de 7,35 livres sterling par jour (8,7 euros). Un des salariés interrogés par le journal écossais The Courier confie habiter à plus d’une centaine de kilomètres du site et ne pas pouvoir couvrir cette distance deux fois par jour, les billets de train étant trop chers.

Amazon devrait avoir honte que ses salaires forcent ses employés à camper dehors”

L’affaire n’a pas tardé à soulever l’opinion britannique et à susciter les réactions de personnalités politiques. Willie Rennie, leader des libéraux-démocrates (Lib-dem) écossais, a vivement critiqué l’entreprise américaine : “Amazon devrait avoir honte que ses salaires forcent ses employés à camper dehors au beau milieu de l’hiver pour joindre les deux bouts. Il est temps que la direction fasse une longue et profonde introspection pour changer ses pratiques.” Mais rien dans la succession de scandales de ce genre ne laisse penser qu’Amazon soit prêt à une telle remise en question.

Au contraire, les porte-parole de la boîte sont même enthousiastes sur les conditions de travail imposées à leurs employés. “Pendant le Black Friday [jour où le plus grand nombre de commandes est enregistré, ndlr], nous avons organisé des tombolas gratuites. Il faut que les employés s’amusent”, s’est ainsi réjoui Paul Ashraf, manager général des opérations pour Amazon au Royaume-Uni. Un discours paternaliste digne du XIXe siècle et à mille lieues des réalités du quotidien des entrepôts.

Pas de jour de repos pendant 3 mois

Ce n’est pas la première fois que l’entreprise de Jeff Bezos est accusée d’exploiter ses employés, et plus particulièrement ses livreurs. Certains d’entre eux roulent 11 heures par jour, sans jours de repos (même le dimanche) pendant des mois. Les rythmes imposés sont extrêmes au point qu’ils doivent faire leurs besoins dans des bouteilles ou des sacs. Pas le temps de s’arrêter pour livrer les 200 colis quotidiens, le tout pour un salaire de misère.

Toujours interviewé par The Courier, Paul Ashraf dévoile peu à peu le cœur du problème : “Nous nous concentrons exclusivement sur les obsessions de clients.” C’est donc bien la furie de la livraison express qui rend la vie impossible à des milliers d’ouvriers ou livreurs. Mais pas seulement : pour les cadres aussi, travailler chez Amazon est un enfer : “J’ai pratiquement vu tous mes collègues pleurer à leur bureau“, confie l’un d’eux au New York Times. Une culture du chiffre et du gigantisme qui pousse l’entreprise à adopter des stratégies managériales des plus extrêmes. Il est même arrivé que des employés se fassent virer en cas de cancer ou de fausse couche. “Il faut que les employés s’amusent“. On en est très loin.



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01 janvier 2017

INFOBREF N°472-la Chine, intègre le Droit de tirage spécial, médicaments rupture de stock en pharmacie,

Le 1er octobre 2016, la monnaie chinoise, le renminbi, intégrait le Droit de tirage spécial, ou DTS, du Fonds monétaire international.


Le renminbi entre dans la cour des grands

Le renminbi entre dans la cour des grands

CHRISTINE LAGARDE
Directrice générale du FMI

"Le renminbi va être considéré par la communauté internationale comme une devise librement utilisable et internationale et va rejoindre le panier du Droit de tirage spécial.

Le DTS est l'actif de réserve du FMI, c'est en quelque sorte sa monnaie. Tout pays membre du FMI détient des DTS. En cas de besoin, il peut les échanger pour obtenir de l'argent frais, mais seulement contre les devises de référence du FMI. Ces devises sont désormais au nombre de 5 : le dollar américain, l'euro, le yen japonais, la livre sterling et le yuan chinois.

Cette inclusion dans le DTS est une reconnaissance du rôle grandissant de l'économie chinoise, et surtout du renminbi, dans les échanges mondiaux. Elle conforte l'internationalisation graduelle de la devise chinoise et l'encourage sur cette voie.

YI GANG
Vice-gouverneur, Banque populaire de Chine

L'inclusion dans le DTS va améliorer la réputation et le statut du renminbi dans le système monétaire mondial.
 
Dans ce processus, certaines institutions jouent un rôle particulier. Il s'agit des banques de compensation offshore du renminbi.
La devise chinoise n'est pas librement convertible. Si une entreprise ou institution financière située à l'étranger veut en acheter ou en vendre, le plus simple pour elle est de se rendre dans ces banques.

Le 21 juin est inaugurée à Santiago la première banque de compensation du Chili. Le 21 septembre, la première banque de compensation des États-Unis ouvre ses portes à New-York. Deux jours plus tard, c'est au tour de la Russie d'obtenir la sienne.

ZHANG QINGSONG
Directeur général adjoint, Banque de Chine

"La banque de compensation de New York va servir de pont entre la Chine et les États-Unis et nous voulons faire de New York le nouveau centre offshore de compensation du renminbi."

Après Hongkong en 2003, ces ouvertures se sont multipliées, de Johannesburg à Londres en passant par Doha. On en compte aujourd'hui une vingtaine dans le monde entier. En matière de règlements internationaux, le renminbi est aujourd'hui la 5ème monnaie la plus utilisée.

Au niveau de son taux de change, le yuan a cette année souffert de la volatilité des marchés. En un an, il a reculé de 6% contre le dollar. Les nombreuses sorties de capitaux ont fait réagir les autorités. Durant cette période, le renminbi est resté plutôt stable contre les autres grandes monnaies mondiales.

Les réformes et l'ouverture du secteur financier chinois commencent donc à porter leurs fruits. Mais il reste du chemin à parcourir pour faire du renminbi une monnaie de réserve internationale, ce qui contribuera à la stabilité du système financier mondial. 
 

INSECURITE SOCIALE

Médicaments : pourquoi il y a rupture de stock en pharmacie

(Nouvel Obs) Les pénuries répétées de médicaments inquiètent l'Ordre des pharmaciens qui s'alarme sur son site, relèvent "les Echos". De février 2015 à novembre 2016, quelque 200.000 déclarations de rupture de stock ont été enregistrées en France, en forte hausse. Un médicament est déclaré en rupture quand une pharmacie (d'officine ou de centre de soins) est "dans l'incapacité de le dispenser à un patient dans un délai de 72 heures". "Les vaccins sont les plus touchés (22% manquants), suivis par les produits dermatologiques (6 ), les hormones systémiques (6%), les hormones sexuelles ou génito-urinaires (8%), et les médicaments ciblant muscles et squelettes (3,1%). La pénurie touche toutes les classes de médicaments, y compris des traitements contre la ménopause ou la thyroïde", relève le quotidien. La durée moyenne de rupture est aujourd'hui de 109 jours, selon l'organisation professionnelle. C'était deux fois moins il y a un an. Flux tendu dans les labos et en pharmacie Pour expliquer ces ruptures de stock de plus en plus importantes, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) parle dans son rapport annuel "de nouvelles stratégies industrielles de rationalisation des coûts de production, qui conduisent les laboratoires à produire en flux tendu", note France Info. Certaines molécules sont produites dans une seule usine dans le monde, notamment en Chine ou en Inde, où se trouvent de nombreux sites. Il suffit alors d'un problème d'approvisionnement en matières premières, d'un souci sur la chaîne de fabrication, ou encore d'un atelier fermé, pour que la production s'arrête et que les pharmacies ne soient plus approvisionnées. Dans les pharmacies françaises aussi, la gestion à flux tendu est devenue la norme. Il arrive que de nombreuses officines se retrouvent privées au même moment d'un même médicament, à la suite d'un accident de transport, d'un retard ou d'une mauvaise anticipation.

 

Les caissières subissent une «chasse systématique aux temps morts»

28 décembre 2016

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Après le drame de Tourcoing, la sociologue Sophie Bernard revient sur les conditions de travail des employés de la grande distribution.

Sophie Bernard est maîtresse de conférences en sociologie à l'université Paris Sciences et Lettres et chercheure à l’Irisso. Elle est notamment auteur de l’ouvrage Travail et automatisation des services. La fin des caissières ?, paru en 2012. Après la fausse couche d'une caissière d'un magasin Auchan de Tourcoing, elle décrit pour Libération les conditions de travail des employés de supermarché.

Le dramatique accident survenu à Tourcoing illustre-t-il la dégradation des conditions de travail des caissières dans les supermarchés ?

On peut dire qu’il s’inscrit dans la logique de réduction des coûts dans laquelle la grande distribution s’est engagée depuis la crise du secteur dans les années 1980. Cela s’est matérialisé par de profondes réorganisations, une diminution du personnel, une intensification du travail et, in fine, une pression accrue sur l’ensemble des salariés, avec un effet domino, partant du haut de la hiérarchie, en passant par les postes d’encadrement intermédiaire jusqu’aux employés et caissières. Avec sa culture d’entreprise paternaliste, Auchan a longtemps été relativement épargné, mais s’est engagé à son tour dans cette logique financière au cours des années 90.

Quels sont les effets les plus visibles ?

Il s’opère une chasse systématique aux temps morts. Dans cette organisation en flux tendu, il s’agit de rationaliser le temps de travail des caissières en l’adaptant au plus près des flux de clientèle. Sous couvert de permettre une conciliation entre temps de travail et tâches domestiques et familiales, le temps partiel est en réalité utilisé par les distributeurs comme un outil de flexibilité. Le temps de travail est fortement contrôlé par l’encadrement qui décide unilatéralement des moments de pause.

Pourquoi ce métier est-il difficile ?

La pénibilité est d’autant plus forte que les salariées travaillent en présence d’un public. A la pression de la hiérarchie s’ajoute en effet celle des clients, ces derniers exigeant rapidité et qualité de service. En outre, réalisant des gestes répétitifs et manipulant plusieurs tonnes d’articles chaque jour, les caissières sont victimes de troubles musculo-squelettiques.

Le développement des caisses automatiques a-t-il créé de nouveaux types de problèmes ?

L’automatisation donne lieu à une nouvelle répartition des tâches entre caissières et clients, mais ces derniers considèrent qu’ils accomplissent dorénavant le travail des caissières. Il se déplace en réalité en coulisses. On contrôle le client à distance, derrière son écran, ce qui est considéré comme du sale boulot peu valorisé. Cette invisibilisation du travail engendre donc un manque de reconnaissance alors même que les caissières dénoncent une intensification du travail. Elles doivent en effet gérer plusieurs clients en même temps, et non plus un par un. Mais elles sont néanmoins nombreuses à apprécier la polyvalence et le fait de pouvoir exercer à la fois sur des caisses classiques et des caisses automatiques.

Comment expliquer que, malgré ces conditions difficiles, des crises ne surviennent pas plus souvent dans ce secteur ?

Cela «tient» pour plusieurs raisons. La peur de la précarité et du chômage pour ces employées peu ou pas diplômées. La rémunération variable, qui peut être une source d’émulation en raison du complément de revenu que cela représente, même si c’est de moins en moins vrai avec la crise. Enfin, il y a aussi la pression de la hiérarchie. Le management intermédiaire a longtemps essayé de faire tampon avec une logique de donnant-donnant («Je te laisse ton mercredi mais tu me dépannes quand j’ai besoin»), mais comme il a moins de marge de manœuvre, il tend à se faire plus autoritaire.

 

 

Les banques espagnoles contraintes de rembourser les intérêts abusifs sur prêts immobiliers, le secteur plonge

Elisabeth Studer

La Cour de Justice européenne a décidé mercredi que les banques espagnoles devraient rembourser les intérêts pratiqués au dessus des taux du marché, perçus sur les prêts immobiliers. Cette décision a provoqué la chute des cours des établissements bancaires  au delà des Pyrénées. Espagne, pays de contraste   : nous indiquions récemment que 2,46 millions d’enfants espagnols vivaient en-dessous du seuil de pauvreté, soit 29,6 % de l’ensemble de la population enfantine du pays ….

Pour rappel, en mai 2013, la Cour suprême espagnol avait d’ores et déjà déclaré nulles les « clauses plancher » (clausulas suelo) qui permettaient aux banques espagnoles de ne pas réduire leur taux d’intérêt en-deçà d’un certain seuil, condamnant alors BBVA, Cajamar et Abanca. Toutefois, à cette date, la justice espagnole n’avait pas contraint les banques à rembourser les intérêts perçus avant sa décision.

Ces clauses plancher pour le moins opaques étaient discrètement insérées – sans que le client n’en soit averti – dans nombre de contrats d’emprunt indexés sur l’Euribor. Elles faisaient mention d’un taux plancher (de 2 ou 3 % selon les cas), en dessous duquel le coût du crédit ne pourrait pas diminuer, même si le taux de référence baissait en deçà de cette limite.

Au départ, lors de la période du boom immobilier, la clause s’avérait certes être purement formelle pour les agences bancaires, les dossiers de crédit étant en quelque sorte établis à la chaîne durant les années 2000. Ce n’est qu’en 2009, lorsque l’Euribor a commencé à passer en deçà du taux plancher prévu sans que les taux de remboursement ne baissent, que les associations de consommateurs auront enfin été alertées.

Lors de sa décision, en mai 2013, la Cour suprême espagnole avait toutefois autorisé les banques à continuer à utiliser ce type de clause « à condition toujours de sa transparence ». Cela afin de « permettre au consommateur de l’identifier », de comprendre qu’elle conditionne le calcul des sommes à rembourser et de « lui permettre de connaître la répartition réelle des risques de la variabilité des taux« .

En avril 2016, le Tribunal de Madrid avait étendu la décision de la Cour Suprême au reste du secteur et ordonner le remboursement des sommes qui avaient continué à être versées depuis la décision de la Cour suprême de mai 2013. L’agence d’analystes financiers AFI avait alors calculé que les 41 enseignes concernées pourraient devoir rembourser aux emprunteurs 5,3 milliards d’euros, ce qui pourrait signifier une baisse de 8 % des marges pour le secteur.

La facture s’avère d’autant plus élevée que la quasi-totalité des emprunts se fait à taux variable en Espagne. Selon l’Adicae, l’une des associations de consommateurs qui a mené depuis des années la bataille, la décision pourrait affecter 2 millions de crédits en cours de remboursement (soit la moitié du total des prêts).

Désormais, la Cour de justice de l’Union européenne reconnaît aux emprunteurs « le droit d’obtenir le remboursement de la totalité des montants indûment payés aux banques« . Ces dernières sont donc désormais obligées de rembourser non seulement les sommes perçues depuis 2013 (date de la sentence de la Haute Cour espagnole), mais devront également rendre l’intégralité du montant correspondant à la fameuse clause plancher depuis l’ouverture de chaque crédit. Consultée en octobre 2015, la Commission européenne s’était prononcée en faveur de la seconde solution, qui selon les estimations d’AFI devraient alourdir la facture de 4,48 milliards d’euros pour le secteur.

En réaction, les titres de Banco Popular, Banco de Sabadell et CaixaBank chutaient en bourse mercredi dès le début de la journée, perdant plus de 5% dans un marché en baisse de 0,89%. Au final, en clôture à  la Bourse de Madrid, Banco Popular  chutait  de 5,82%, ses concurrentes Sabadell et Caixabank, perdant respectivement 1,29% et 0,80%.

Certes, les banques espagnoles ont déjà signalé lors de la présentation de leurs résultats 2015 qu’elles avaient provisionné la somme correspondant aux litiges. Mais si certaines comme Santander ou Bankinter n’ont jamais appliqué ces clauses de façon opaque. D’autres comme BBVA, CaixaBank, Bankia ou Banco Popular n’ont commencé à éliminer les clauses de leurs contrats qu’après la sentence de la Cour suprême.

Sources : AWP, AFP, Les Echos, Save the Children



231 millions de morts en 100 ans de guerres

soldat_mortL'institut néerlandais de relations internationales Clingendael Institute vient de rendre publique une étude consacrée au nombre de morts provoquées par les guerres et les conflits tout au long du XXème siècle. Selon les chercheurs qui ont procédé à cette comptabilité macabre, environ 231 millions de personnes ont été "tuées à la suite d'un décision d'origine humaine" entre 1900 et 2000.
La première guerre mondiale a provoqué entre 13 et 15 millions de morts, la guerre civile en Russie (1918-1922) plus de 12,5 millions, la révolution mexicaine (1909-1916) 1 million, la seconde guerre mondiale entre 65 et 75 millions de morts... Les conflits postérieurs à 1945 ont, pour leur part, entraîné le décès de 41 millions de personnes.
Cette étude analyse également les réponses et les atermoiements de la "communauté internationale" face à ces tueries, et pose le problème de l'intervention humanitaire dans les guerres.

A lire :



La Syrie est secouée depuis mars 2011 par un conflit intérieur qui a déjà fait, selon les Nations unies, près de 300 000 morts. Plus de 2,3 millions de Syriens se sont réfugiés à l'étranger. Les troupes gouvernementales font face à des groupes armés de différentes origines qui comprennent des mercenaires étrangers.

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29 décembre 2016

1922-03 La perspective de la conception matérialiste de l’histoire [Korsch]

KK

Le marxisme, pour nos érudits bourgeois, ne représente pas seulement une difficulté théorique et pratique au premier degré, mais en outre une difficulté théorique au second degré, une difficulté « épistémologique ». Il ne se laisse ranger dans aucun des tiroirs habituels du système des sciences bourgeoises; et même si l’on ouvrait spécialement pour lui et ses proches compagnons un nouveau tiroir, appelé sociologie, on ne parviendrait pas à l’y faire tenir tranquille, et il ne cesserait d’aller se promener dans tous les autres.  » Économie », « philosophie », « histoire », « théorie du Droit et de « l’État », aucune de ces rubriques n’est capable de l’emprisonner, mais aucune non plus ne se sentirait à l’abri de ses incursions si l’on voulait l’enfermer dans une autre. Il lui manque en effet cette caractéristique que Karl Marx célébrait un jour comme « la racine de la morale et de la probité allemandes propres aux classes comme aux individus » : cet « égoïsme distingué qui revendique sa propre étroitesse d’esprit et en accepte volontiers le reproche « . Indépendamment de tout autre trait, l’on reconnaît qu’il est totalement étranger au « caractère allemand », ne serait-ce qu’à cette inconsistance bien velche qu’il oppose à toute tentative de classification, narguant même ainsi les plus éminents dignitaires de la république des lettres bourgeoises.

La raison de cette difficulté insurmontable pour l’épistémologie bourgeoise, c’est simplement que le marxisme ne peut être considéré comme une « science », même si l’on donne à ce terme la plus large signification bourgeoise, comprenant jusqu’à la philosophie la plus spéculative. Jusqu’à présent, l’on a appelé le socialisme et le communisme marxistes socialisme « scientifique », pour l’opposer aux systèmes  » critico-utopistes » d’un Saint-Simon, d’un Fourier, d’un Owen, etc.; et l’on a ainsi, pendant des années apporté un soulagement indicible à l’honnête conscience petite bourgeoise de nombreux sociaux-démocrates allemands; mais ce beau rêve s’écroule pour peu que l’on constate qu’au sens convenable et bourgeois du mot précisément, le marxisme n’a jamais été une « science », et qu’il ne peut l’être, aussi longtemps qu’il, reste fidèle à lui-même. Il n’est ni une « économie », ni une « philosophie », ni une « histoire », ni une quelconque autre « science humaine » (Geisteswessenschaft) ou combinaison de ces sciences – ceci dit en se plaçant au point de vue de « l’esprit scientifique » bourgeois. Bien plus, le principal ouvrage économique de Marx est du début jusqu’à la fin une « critique » de l’économie politique, comme le dit son sous-titre, et comme le confirme tout son contenu; et il faut comprendre par-là une critique de l’économie politique traditionnelle, prétendument « impartiale », en réalité purement « bourgeoise », c’est-à-dire déterminée et entravée par des préjugés bourgeois; ceci implique également que cette critique de l’économie bourgeoise résulte manifestement du point de vue nouveau de la classe qui, seule parmi toutes les classes existantes, n’a aucun intérêt au maintien des préjugés bourgeois, et que ses conditions d’existence poussent au contraire de plus en plus à leur destruction définitive, pratique et théorique. Et ce que l’on affirme de l’économie marxiste n’est pas moins valable pour tous les autres éléments du système de pensée marxiste, c’est-à-dire pour les doctrines que le marxisme professe sur des questions que l’épistémologie bourgeoise classe traditionnellement dans la philosophie, l’histoire ou une quelconque « science humaine « . Dans ces parties de sa doctrine comme dans les autres, l’activité de Marx ne se veut pas celle d’un  » Hercule bâtisseur d’empires ». L’érudition bourgeoise et semi – socialiste commet une erreur totale, quand elle présuppose que le marxisme voulait établir une nouvelle « philosophie » a la place de l’ancienne philosophie (bourgeoise), une nouvelle « historiographie » à la place de l’ancienne historiographie (bourgeoise), une nouvelle « théorie du Droit et de l’ État » à la place de l’ancienne théorie (bourgeoise) du Droit et de l’ État, ou encore une nouvelle « sociologie » à la place de cet édifice inachevé que l’épistémologie bourgeoise présente aujourd’hui comme  » la  » science sociologique. Tout cela, la théorie marxiste n’y tend pas plus que ne tend le mouvement politique et social du marxisme (dont elle représente l’expression théorique) à remplacer l’ancien système des États bourgeois et les membres qui le composent par de nouveaux  » États  » ou par un nouveau « système d’ États ». Ce que Karl Marx se propose, c’est la « critique » de la philosophie bourgeoise, la « critique » de l’historiographie bourgeoise, la « critique » de toutes les sciences humaines bourgeoises, en un mot la « critique » de l’idéologie bourgeoise dans son ensemble, – et pour entreprendre cette critique de « l’idéologie » comme celle de « l’économie » bourgeoises, il se place au point de vue de la classe prolétarienne.

Tandis que la science et la philosophie bourgeoises pourchassent le fantôme décevant de  » l’objectivité « , le marxisme renonce ainsi d’emblée, et dans toutes ses parties, à cette illusion. il ne peut pas être une science  » pure  » ou une philosophie  » pure « , mais bien critiquer « l’impureté » de toute science ou philosophie bourgeoise connue, en démasquant impitoyablement ses  » présupposés  » dissimulés. Et cette critique, à son tour, ne veut pas du tout être  » pure  » critique au sens bourgeois du terme. Elle n’est pas entreprise pour elle-même de façon « objective »; elle entretient au contraire la relation la plus étroite avec la lutte pratique que mène la classe ouvrière pour sa libération, lutte dont elle sent et se veut la simple expression théorique. Et partant, de même qu’elle se distingue de toute science ou philosophie bourgeoise non-critique (dogmatique, métaphysique ou spéculative), elle se distingue aussi radicalement de tout ce que l’on appelait « critique » dans la science et la philosophie bourgeoises traditionnelles, et dont la forme théorique la plus achevée se trouve dans la philosophie critique de Kant.

Quel est donc ce point de vue nouveau et particulier où s’est placé le marxisme, dans sa qualité « d’expression générale des conditions réelles d’une lutte de classes qui existe » M pour entreprendre et mener à bien sa « critique » de l’économie et de l’idéologie de la bourgeoisie ? Pour le comprendre, il est nécessaire de se faire une idée claire et distincte de la conception marxiste spécifique de l’existence sociale, conception que ses partisans et ses adversaires désignent habituellement comme « la conception matérialiste de !’histoire », selon une expression qui ne convient pas exactement à toutes les tendances qu’elle représente. Et c’est ici qu’il faut poser la question préalable : quelle relation y a-t-il, dans le système d’ensemble du marxisme, entre les deux parties de sa doctrine que nous avons distinguées, c’est-à-dire entre la critique de l’économie et ce que nous avons appelé la critique de l’idéologie ? Remarquons tout de suite qu’elles forment ensemble un tout indécomposable. Il est tout à fait impossible de refuser les « théories économiques » du marxisme tout en prenant une position de « marxiste » sur les questions politiques, juridiques, historiques, sociologiques ou sur les autres questions extra – économiques. Et l’inverse est tout aussi impossible, bien que des économistes bourgeois s’y soient souvent essayés, qui ne pouvaient plus se dérober à la vérité des  » théories économiques » du marxisme : l’on ne peut se déclarer d’accord avec  » la critique de l’économie politique » de Marx, et vouloir en même temps refuser les conséquences qui en découlent pour les problèmes politiques, juridiques, etc.

La « critique de l’économie politique » et la « critique de l’idéologie » de la classe bourgeoise constituent donc, dans le système marxiste, un ensemble indivisible, dont aucune partie ne peut être séparée des autres et posée pour elle-même. Leur signification à l’intérieur de ce système est cependant très différente. On s’en rend compte en considérant, entre autres choses, le traitement particulier que Marx a réservé à chacune de ces parties dans celles de ces oeuvres qui nous sont parvenues. Karl Marx, qui dans sa période de jeunesse s’était lui-même placé à un point de vue philosophique que l’on devrait qualifier de purement « idéologique », selon sa propre terminologie ultérieure, n’est parvenu à s’en libérer que par un long et difficile travail de réflexion. Entre la période de jeunesse et la période de maturité de son activité créatrice se place un long travail « d’édification personnelle « . Grâce à quoi il s’est si radicalement libéré de toute idéologie qu’il n’a plus accordé, dans ses périodes ultérieures, que des remarques occasionnelles à la « critique de l’idéologie », son intérêt se portant de plus en plus sur la « critique de l’économie politique « . Il a ainsi accompli son oeuvre en commençant par la « critique de l’idéologie « , où il a découvert son nouveau point de vue matérialiste, et en appliquant ensuite celui-ci d’une manière extrêmement féconde dans tous les domaines, quand l’occasion s’en présentait, ne l’exploitant cependant jusqu’à ses dernières conséquences que dans le domaine qu’il jugeait le plus important : celui de l’économie politique. Ces divers stades du développement de Marx sont parfaitement marqués dans ses ouvrages. La seconde et plus importante période de sa production commence avec la « Critique de la philosophie du Droit de Hegel) (1843-44), inspirée par la critique de la religion qu’avait faite Feuerbach, et quelques années plus tard, Marx compose encore, avec le concours de son ami Engels, « deux forts volumes in-octavo », consacrés à l’ensemble de la philosophie post-hégélienne en Allemagne. Cependant, il renonce déjà à publier ce second ouvrage et d’une façon générale, entré dès lors dans sa période de maturité, il n’accorde plus grande valeur à l’exécution d’une critique détaillée de l’idéologie. Au lieu de cela, il consacre désormais toutes ses forces à l’investigation critique du domaine économique, dans lequel il a découvert le pivot réel de tous les mouvements socio-historiques. Et ici, il mène sa tâche « critique » jusqu’à son terme. Il a critiqué l’économie politique traditionnelle de la classe bourgeoise d’une manière non seulement négative, mais aussi positive, en opposant à « l’économie politique de la propriété », « l’économie politique de la classe ouvrière », pour reprendre une de ses expressions favorites. Dans l’économie politique de la classe possédante bourgeoise, la propriété privée domine (même théoriquement), toute la richesse sociale, le travail mort accumulé dans le passé domine le travail vivant du présent. Inversement, dans l’économie politique du prolétariat, ainsi que dans son « expression théorique », le système économique du marxisme, la « société » (Sozietät) domine son produit, c’est-à-dire que le travail vivant domine l’accumulation du travail mort ou « capital ». Là se trouve selon Marx le pivot autour duquel doit s’articuler le bouleversement prochain du monde; c’est donc là aussi que doit se centrer, sur le plan théorique, une confrontation « radicale », c’est-à-dire « prenant les choses à la racine » (Marx), entre la science et la philosophie bourgeoises et les idées nouvelles que forge la classe ouvrière en avançant vers sa libération. Si l’on saisit tout cela en profondeur, on comprend aisément tous les autres bouleversements, c’est-à-dire ceux qui s’opèrent dans tous les domaines idéologiques. Quand s’approche l’heure de l’action historique, toute critique « idéologique » du passé ne peut apparaître que comme une forme primaire de la connaissance à laquelle est lié finalement, dans sa réalisation pratique, le renversement du monde historique. d’est seulement en considérant rétrospectivement le développement historique de la conscience révolutionnaire de notre époque, que nous pouvons dire que  » la critique de la religion a été la condition préalable de toute critique « . Si nous regardons devant nous, nous voyons au contraire que la lutte contre la religion n’est que médiatement lutte contre le monde dont la religion est « l’arôme spirituel ». Si nous voulons en arriver à l’action historique réelle, il s’agit donc de transformer la « critique du ciel  » en une « critique de la terre ». Et ce n’est un premier pas dans cette voie que de transformer la « critique de la religion » en une « critique du Droit « , la « critique de la théologie », en une « critique de la politique « . En tout cela, nous ne saisissons toujours que « l’autre face  » de l’être humain, nous ne saisissons pas encore sa « réalité » véritable, ni  » Ia question proprement terrestre dans sa grandeur naturelle « . Il nous faut pour cela chercher l’adversaire sur le terrain de toutes ses activités réelles en même temps que de toutes ses illusions : l’économie, la production matérielle. Toute critique de la religion, de la philosophie, de l’histoire, de la politique et du Droit doit donc reposer en dernière analyse sur la critique la plus « radicale » de toutes : celle de l’économie politique [2].

Dans le système critique du marxisme, « l’économie politique » occupe donc une position fondamentale (les bourgeois diraient qu’elle est la « science fondamentale  » du marxisme !); par conséquent, il n’est nullement besoin, pour fonder théoriquement le marxisme, de faire une critique détaillée de la science juridique et politique, de l’historiographie et des autres « idéologies » bourgeoises, qui débouchent sur une nouvelle science marxiste du Droit et de l’Etat. Les épigones de Marx, qui se rangent eux-mêmes parmi les « marxistes orthodoxes », s’égarent complètement, quand ils ressentent, comme Renner en Autriche ou Cunow en Allemagne, l’irrépressible besoin de « compléter » l’économie politique du marxisme par une doctrine sociale ou une sociologie marxistes fabriquées de toutes pièces. Le système marxiste se passe aussi bien de ce complément que d’une « philologie » ou d’une « mathématique » marxistes. Le contenu des systèmes mathématiques est, lui aussi, conditionné historiquement, socialement, économiquement, et pratiquement – et il est significatif ici que cela soulève aujourd’hui beaucoup moins de discussions que tant d’autres domaines, incomparablement plus terrestres, du savoir humain; il ne fait aucun doute qu’avant, pendant et surtout après ce renversement imminent du monde socio-historique, les mathématiques connaîtront elles aussi’ un bouleversement  » plus ou moins rapide ». La valeur de la conception matérialiste de l’histoire et de la société s’étend donc jusqu’aux mathématiques. Il serait cependant ridicule que, s’appuyant sur sa connaissance approfondie des réalités économiques, historiques et sociales, qui déterminent aussi  » en dernière instance » le développement passé et futur de la science mathématique, un « marxiste » prétendît pour sa part être en mesure d’opposer une nouvelle mathématique « marxiste » aux systèmes que les mathématiciens ont laborieusement édifiés au cours des siècles., C’est bien pourtant ce que Renner et Cunow ont tenté de faire, avec des moyens tout à fait insuffisants, dans certains autres domaines scientifiques (dans le domaine pareillement séculaire de la « science juridique », et dans celui d’une science « bourgeoise » récente, la « sociologie » !). C’est aussi ce que tentent d’innombrables pseudo -marxistes, qui s’imaginent, Par la répétition monotone de leur profession de foi marxiste, ajouter quelque chose de neuf aux résultats positifs de la recherche historique ou de la philosophie ou de toute autre science de la nature ou de l’esprit. Jamais un Karl Marx et un Friedrich Engels n’ont nourri des idées aussi insensées et délirantes, eux qui, dans plus d’un domaine scientifique, maîtrisaient les connaissances de leur temps d’une façon vraiment encyclopédique. Ils laissaient cela aux Dühring et consorts d’hier et de toujours. A l’égard de toutes les sciences qui excédaient leur spécialité économique et les recherches philosophiques et sociales qui la touchent de près, ils se limitaient strictement quant à eux, à une critique radicale, non pas de leurs résultats positifs, mais du point de vue bourgeois qui irradie jusque dans ces sphères  » spirituelles ». C’est précisément dans la mise à jour de ces radiations les plus ténues qu’ils font preuve d’un génie sans équivalent chez aucun autre savant, et que l’on ne rencontre que chez certains poètes. Pour atteindre ce but, il leur était indispensable de pénétrer avant dans les méthodes et l’objet des sciences considérées; et il est évident que de tels cerveaux ne pouvaient manquer à cette occasion de faire certaines découvertes positives, même dans les domaines aussi éloignés de leur spécialité sociologico-économique. Tel n’était pourtant pas le but poursuivi. Ce but était uniquement de pourchasser le point de vue bourgeois, contre lequel ils luttaient, de ses bases économiques jusque dans ses ramifications « idéologiques » les plus fines, et d’engager avec lui, dans ses derniers réduits, le combat de la critique.

Cet examen nous a permis de reconnaître, en même temps que l’unité interne du système de pensée de Marx, la signification particulière que chacun de ses éléments reçoit au sein de l’ensemble. C’est par la critique de l’idéologie traditionnelle que Karl Marx a élaboré son point de vue « matérialiste », qui lui a montré dans le facteur économique ou dans « l’économie politique » le facteur fondamental et déterminant de l’existence sociale et historique de l’homme. Il s’est ensuite attaché, dans ce domaine fondamental, à développer jusque dans ses dernières conséquences la critique des idées bourgeoises traditionnelles. Dans sa dernière période, le combat qu’il menait contre l’idéologie bourgeoise s’est poursuivi lui aussi, pour l’essentiel, dans ce domaine; car c’est là, dans le fondement dernier de la conception bourgeoise de la société, que s’enracinent toutes les idéologies bourgeoises. En revanche, il ne s’est plus dès lors livré à l’examen critique de l’idéologie dans les autres sphères de l’existence sociale et historique qu’occasionnellement, dans quelques rares écrits de forme extrêmement condensée et achevée, mais de portée réduite en apparence.

Cette cohérence interne du système de pensée de Marx montre aussi indirectement tout ce qu’il y a d’absurde à se plaindre, comme on le fait d’une façon aussi émouvante que fréquente, que Marx n’ait pas donné, comme pour son  » économie politique » un exposé détaillé, dans un ouvrage spécial, de ses conceptions philosophiques, c’est-à-dire du point de vue et de la méthode de sa nouvelle conception (matérialiste » de la société et de l’histoire. En fait, Karl Marx nous a présenté avec toute la précision désirable, en action, pourrait-on dire, ses idées « matérialistes » et toutes leurs conséquences dans ses ouvrages, et surtout dans son œuvre principale Le Capital; et il nous a ainsi révélé l’essence de sa conception beaucoup plus clairement que n’aurait pu le faire un exposé théorique. En particulier la signification du Capital n’est pas du tout limitée au domaine de « l’économique » exclusivement. Karl Marx n’y a pas seulement critiqué à fond l’économie politique de la classe bourgeoise, mais en même temps toutes les autres idéologies bourgeoises qui dérivent de cette idéologie économique fondamentale. En montrant comment la philosophie et la science bourgeoises étaient conditionnées par l’idéologie économique, il a en même temps frappé au coeur leur principe idéologique de la façon la plus décisive. Face à « l’économie politique » de la bourgeoisie, il ne s’est pas contenté d’une critique purement négative; sans jamais abandonner totalement le, terrain de la critique purement négative; sans jamais abandonner totalement le terrain de la critique, il a en outre opposé à cette économie un système complet : l’économie politique de la classe ouvrière; de la même façon, en même temps qu’il réfutait le principe « idéologique » de la philosophie et de la science bourgeoises, il leur opposait le nouveau point de vue et la nouvelle méthode de la conception « matérialiste » de la classe ouvrière sur l’histoire et la société, conception qu’il avait élaborée avec le concours de son ami Friedrich Engels. En ce sens, on trouve dans le système théorique de Karl Marx une « science », la science nouvelle de l’économie marxiste, comme aussi une « philosophie », la nouvelle conception matérialiste, qui affirme la liaison de tous les phénomènes historiques et sociaux; or, ceci semble contredire ce que nous affirmions au début; la contradiction n’est pourtant qu’apparente, et nous ne pouvions pas l’empêcher d’apparaître, car tout ne peut être dit en une fois. C’est qu’en réalité, quand nous parlons, dans la doctrine marxiste, de son « économie » ou de sa « philosophie », il ne s’agit plus d’une science ou d’une philosophie dans le sens bourgeois traditionnel de ces mots. Certes, la « doctrine économique du marxisme », ainsi que son principe général,  » la conception matérialiste de l’histoire », retiennent encore, pour une part, quelque chose d’analogue à la science et à la philosophie bourgeoises. Elle ne peuvent mener à bien la réfutation et le dépassement de celles-ci sans rester elles-mêmes, par un certain côté, science et philosophie. Mais par un autre côté, elles se situent déjà bien au-delà de l’horizon de la science et de la philosophie bourgeoises. Il en va ici comme pour l’État : lorsque le combat politique et social du prolétariat lui aura permis de conquérir et de renverser l’État bourgeois, le régime conservera encore, par un certain côté, le caractère d’un « État » (au sens actuel du mot), et par un autre côté, n’étant qu’une transition vers la société communiste future, sans classes et par suite sans État, il ne sera plus tout à fait un « État », mais déjà quelque chose de supérieur.

Cette comparaison, ainsi d’ailleurs que tout notre exposé sur l’essence de la doctrine de Marx, seront probablement peu éclairants au premier abord pour celui qui n’a pas pénétré plus avant dans cette doctrine. L’on nous demande de présenter la « conception matérialiste de l’histoire », et nos premières déclarations se tiennent déjà tout entières sur le terrain de cette nouvelle conception marxiste, et par conséquent la présupposent. Nous tenons cependant que cette voie, pour impraticable qu’elle paraisse d’abord, est la seule qui conduise à une compréhension véritable du point de vue nouveau et particulier de Karl Marx. Ainsi Hegel, dans sa Phénoménologie de l’Esprit, demande à la conscience de l’individu de se fier d’emblée à lui et à sa méthode « dialectique », même si cette méthode de pensée lui parait d’abord une tentative analogue à celle de « marcher sur la tête »; pareillement, celui qui veut arriver à une compréhension véritable de la méthode de Marx, de la « dialectique matérialiste », doit lui accorder pendant un temps une confiance immédiate, pour autant qu’il est en mesure de le faire. Aucun maître – nageur ne peut apprendre à nager à quelqu’un qui refuse d’entrer dans l’eau avant de savoir nager. Karl Marx lui-même, dans le Capital et les autres ouvrages de sa maturité, agit toujours de telle sorte que le point de vue matérialiste que ces ouvrages doivent servir à développer et à approfondir s’y trouve déjà sous-entendu. C’est le cas pour la Critique de l’économie politique, mais aussi bien pour sa critique de toute science et de toute philosophie bourgeoise, ce que nous avons appelé la « critique de l’idéologie » au sens marxien du terme. Et dans tous les écrits de Marx, on trouve en tout et pour tout un seul passage où il se soit efforcé de circonscrire explicitement et complètement le point de vue particulier qui fut le sien depuis le milieu des années 1840. Ce passage, dont chaque mot doit être lu, relu et soigneusement pesé, si l’on veut assimiler vraiment la signification de ces quelques phrases extrêmement condensées, se trouve dans l’Avant-Propos de la Critique de l’économie politique de 1859. Avec l’énergique clarté qui caractérise son style, Marx nous donne ici, sur la marche de ses études d’économie politique, quelques courtes « indications » qui se rapportent d’abord, à sa spécialité universitaire et à sa brève activité de journaliste. Celle-ci le mit dans « l’obligation embarrassante » de dire son mot sur  » ce qu’on appelle terrible déchirement intérieur, à rompre avec le point de vue qu’il avait soutenu jusqu’alors et qui, pour l’essentiel, était celui de l’idéalisme hégélien. Son journal fut interdit par la censure quelques mois après qu’il en fut devenu le, rédacteur, et il saisit  » avec empressement » cette occasion pour quitter la scène publique et  » se retirer dans son cabinet d’études » afin d’y résoudre ses doutes.

 » Pour résoudre les doutes qui m’assaillent, j’entrepris un premier travail, une révision critique de la philosophie du droit de Hegel. J’en publiai l’introduction dans les Deutsch – Französische Jahrbücher, , publiés à Paris en 1844. Mes recherches aboutirent au résultat que voici :

 » Les rapports juridiques, pas plus que les formes de l’État, ne peuvent s’expliquer ni par eux-mêmes, ni par la prétendue évolution générale de l’esprit humain; bien plutôt, ils prennent leurs racines dans les conditions matérielles de la vie que Hegel, à l’exemple des Anglais et des Français du XVIIIe siècle, comprend dans leur ensemble sous le nom de  » société civile »; et c’est dans l’économie politique qu’il convient de chercher l’anatomie de la société civile. J’avais commencé l’étude de cette science à Paris et je la continuais à Bruxelles, où j’avais émigré par suite d’un arrêté d’expulsion signé de M. Guizot. Voici, en peu de mots, le résultat général auquel j’arrivai et qui, une fois obtenu, me servit de fil conducteur dans mes études.

 » Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté; ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s’élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. A un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors, et qui n’en sont que l’expression juridique. Hier encore formes de développement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence une ère de révolution sociale. Le changement dans les fondations économiques s’accompagne d’un bouleversement- plus ou moins rapide dans tout cet énorme édifice. Quand on considère ces bouleversements, il faut toujours distinguer deux ordres de choses. Il y a le bouleversement matériel des conditions de production économique. On doit le constater dans l’esprit de rigueur des sciences naturelles. Mais il y a aussi les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques, philosophiques, bref les formes idéologiques, dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le poussent jusqu’au bout. On ne juge pas une époque de révolution d’après la conscience qu’elle a d’elle-même. Cette conscience s’expliquera plutôt par les contrariétés de la vie matérielle, par le conflit qui oppose les forces productives sociales et les rapports de production. Jamais une société n’expire, avant que ne soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir; jamais des rapports supérieurs de production ne se mettent en place, avant que les conditions matérielles de leur existence ne soient écloses dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se propose jamais que les tâches qu’elle peut remplir : à mieux considérer les choses, on verra toujours que la tâche surgit là où les conditions matérielles de sa réalisation sont déjà formées, ou sont en voie de se créer. Réduits à leurs grandes lignes, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne apparaissent comme des époques progressives de la formation économique de la société. Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme antagonique du procès social de la production. Il n’est pas question ici d’un antagonisme individuel; nous l’entendons bien plutôt comme le produit des conditions sociales de l’existence des individus; mais les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent dans le même temps les conditions matérielles propres à résoudre cet antagonisme. Avec ce système social c’est donc la préhistoire de la société humaine qui se clôt ».

Ces quelques phrases renferment, exprimés avec toute la clarté et la précision désirables, le tracé et les éléments de ce qu’il convient d’entendre par  » conception matérialiste de la société et de l’histoire ». Mais on ne tente en aucune façon d’étayer ces assertions sur une quelconque démonstration; on ne signale pas non plus l’essentiel des conséquences théoriques et pratiques qu’elles entraînent, pour permettre au lecteur qui n’aurait pas lu les principales oeuvres de Marx de saisir leur signification; enfin, aucune précaution n’est prise pour éviter les méprises que ces phrases, dans leur fond comme dans leur forme, favorisent dans une certaine mesure. Car pour l’objectif immédiat que Marx se proposait dans ces courtes « indications », de tels compléments seraient superflus. Il montre au lecteur de quel  » fil conducteur » il s’est servi dans ses recherches économiques et sociales. Et Marx n’avait évidemment qu’un seul moyen de démontrer théoriquement que sa méthode était « adéquate » : c’était de l’appliquer à un domaine donné de la recherche scientifique, en particulier à l’examen des faits « d’économie politique « . Friedrich Engels, dans un semblable propos, citait le proverbe anglais : the proof the pudding is in the eating (3). Ce n’est pas une discussion théorique plus ou moins confuse qui peut montrer si une méthode scientifique est correcte ou non; seule peut en décider la mise à l’épreuve « pratique », pour ainsi dire, de cette méthode. Comme Marx le souligne expressément, l’on ne doit pas chercher dans ces phrases, telles qu’elles se présentent, autre chose qu’un  » fil conducteur » pour l’étude des données empiriques c’est-à-dire historiques) de l’existence sociale de l’homme. Par la suite, Marx s’en est pris plus d’une fois à ceux qui voulaient à tort y voir davantage. Mais, naturellement, il y a derrière ces phrases plus que ce qu’elles expriment immédiatement. Nous n’en saisissons pas tout le sens si nous n’y voyons que l’énoncé hypothétique d’un « principe heuristique ». Elles contiennent l’essentiel de ce que Marx a déjà dit et dira plus tard, et l’on y trouve même ce qui mérite, plus qu’aucune des prétendues « philosophies » que l’époque bourgeoise moderne a produites, le titre de « vision philosophique » du monde. En effet, la séparation très tranchée entre la théorie et la praxis qui caractérise justement cette époque, et que la philosophie de l’Antiquité et du Moyen Age n’avait pas connue, se voit ici, pour la première fois de nos jours, complètement surmontée; après qu’Hegel l’eut préparé en élaborant sa méthode « dialectique ». Nous avons cité plus haut quelques mots d’un célèbre passage du Manifeste Communiste qui concerne la signification des « conceptions théoriques » dans le système communiste marxiste :  » les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde. Elles ne font qu’exprimer, en termes généraux, les conditions réelles d’une lutte de classe qui existe, d’un mouvement historique qui se déroule sous nos yeux ». C’est là l’exacte antithèse de l’idéologie bourgeoise; celle-ci pose les principes et les idéaux théoriques dans leur autonomie, essences idéales qui ont valeur en soi, face à la réalité commune, terrestre et matérielles, de sorte que le monde peut être réformé grâce à l’idée qui lui reste extérieure. Ces paroles de Marx trouvent leur justification la plus précise et la plus détaillée dans les XI Thèses sur Feuerbach, écrites en 1845 pour son « édification personnelle », et que Friedrich Engels fit connaître par la suite dans un appendice à l’un de ses propres écrits philosophiques (Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (1888). Ces XI Thèses du jeune Marx contiennent bien plus que le « germe génial de la nouvelle conception du monde » qui y est déposé selon les termes d’Engels. On y trouve, exprimée dans une audacieuse rigueur et dans une lumineuse clarté, toute la conception philosophique fondamentale du marxisme. Sous ces onze coups savamment dirigés, nous voyons s’effriter peu à peu tous les détails qui soutenaient la philosophie bourgeoise. Marx ne s’arrête pas un instant au dualisme ordinaire de la pensée et de l’être, de la volonté et de l’action, dualisme qui caractérise encore aujourd’hui la philosophie vulgaire de l’époque bourgeoise. Il entreprend immédiatement la critique des deux grands groupes de systèmes philosophiques qui avaient déjà réalisé, au sein du monde bourgeois, un dépassement apparent de ce dualisme : le système du « matérialisme » culminant chez Feuerbach d’une part et le système de « l’idéalisme » de Kant- Fichte- Hegel d’autre part. Tous deux se trouvent démasqués dans leur caractère trompeur; à leur place surgit le nouveau matérialisme qui dissipe d’un seul coup tous les mystères de la théorie, en replaçant l’homme, être à la fois pensant et agissant, dans le monde lui-même, et en saisissant alors l’objectivité du monde tout entier comme le « produit » de « l’activité » de « l’homme socialisé » (vergeseffschafteten) . Ce tournant philosophique décisif s’exprime de la façon la plus concise et la plus significative dans la Thèse Vili :  » Toute vie sociale est essentiellement pratique. Tous les mystères qui entraînent la théorie au mysticisme trouvent leur solution rationnelle dans la pratique humaine et dans l’intelligence de cette pratique ».

Si nous voulons comprendre tout ce qu’il y a de vraiment nouveau dans cette conception de Marx, nous devons donc prendre conscience de ce qui la distingue d’une part, de « l’idéalisme », d’autre part du « matérialisme » qui la précèdent. Alors que « l’idéalisme », même dans la philosophie hégélienne de l’identité, retient toujours de façon très visible « l’au-delà » comme moment principal, le « matérialisme » de Marx se place, lui, sur le terrain d’un  » en – deçà » pleinement achevé : non seulement tous les « idéaux » éthico-pratiques, mais aussi bien toutes les « vérités » théoriques sont pour Marx de nature strictement terrestre. Que les dieux éternels prennent soin des vérités divines et éternelles . Toutes les vérités auxquelles nous, personnes terrestres, avons jamais eu et aurons jamais affaire, sont de cette même nature terrestre; elles sont par suite soumises, sans aucun privilège, à la « caducité » ainsi qu’à toutes les autres prétendues « insuffisances » des phénomènes terrestres. Mais, d’autre part, et contrairement à ce qu’imaginait le plus souvent l’ancien « matérialisme », rien dans le monde de l’homme n’est un être mort, un jeu aveugle de forces inconscientes et de matière déplacée. Les « vérités » pas plus que le reste. Toutes les « vérités » humaines sont bien plutôt, comme l’homme lui-même qui les pense, un produit, et un produit humain, à la différence ce que l’on appelle les purs « produits de la nature » (qui, en tant que « naturels », ne peuvent être des « produits » au sens propre !). Elles sont donc, en termes plus précis, un produit social, engendré, en même temps que d’autres produits de l’activité humaine, par les efforts collectifs et la division du travail, dans les conditions naturelles et sociales de production que renferme une époque donnée de l’histoire de la nature et de l’histoire humaine.

Nous tenons maintenant la clef de toute la « conception matérialiste de la société » de Karl Marx. Tous les phénomènes du monde réel où se déroule notre existence d’êtres pensants et d’êtres agissants, ou d’êtres à la fois pensants et agissants, se divisent en deux groupes principaux : d’un côté, nous appartenons, nous et tout ce qui existe, à un monde que nous pouvons considérer comme « la nature », un monde « non-humain », totalement indépendant de notre pensée, de notre volonté et de notre action. D’un autre côté, en tant qu’êtres capables de pensée, de volonté et d’action, nous sommes aussi dans un mode sur lequel nous exerçons une activité pratique, et dont nous éprouvons les effets pratiques, partant, un monde que nous pouvons considérer essentiellement comme notre produit, et dont nous sommes, tout autant, le produit. Toutefois, ces deux mondes, le monde naturel et le monde de la pratique historique et sociale, n’existent point séparément, ils n’en forment en réalité qu’un seul : leur unité vient de ce qu’ils sont tous deux enveloppés dans l’existence passive – active des êtres humains, qui reproduisent et développent continuellement, parleur activité collective et leur pensée, dans le cadre de la division du travail leur réalité dans son ensemble. Mais le lien de ces deux mondes ne peut résider autre part que dans l’économie, plus exactement dans la « production matérielle ». Marx le dit expressément dans une « Introduction générale » à son économie critique (4) « ébauchée » en 1857, toujours pour son édification personnelle : la vie théorique et sociale de l’homme se constitue, se renouvelle et se développe sous l’interaction de multiples facteurs, et parmi tous ceux-ci, le procès de production matérielle est le facteur qui les « relie » tous les uns aux autres et les organise en une unité réelle.

Ludwig Woltmann, anthropologue politique, philosophe kantien et socialiste révisionniste, distingue, dans son ouvrage consacré au Matérialisme Historique [5], six aspects différents du matérialisme, qui doivent tous, selon lui, être considérés comme des parties intégrantes du « marxisme comme vision du monde ». Il déclare (p. 6) :

 » Le marxisme, comme vision du monde  » représente, dans ses traits généraux, le système le plus achevé du matérialisme. Il comprend :
1 . Le matérialisme dialectique, qui examine les principes gnoséologiques généraux régissant les relations de l’être et de la pensée.
2. Le matérialisme philosophique, qui résout les problèmes de la relation entre l’esprit et la matière, dans le sens pratique de la science moderne.
3. Le matérialisme biologique de l’évolutionnisme naturaliste dérivé de Darwin.
4. Le matérialisme géographique; il montre que l’histoire culturelle de l’homme est sous la dépendance de la configuration géographique et du milieu physique où la société évolue.
5. Le matérialisme économique, qui met à jour l’influence des rapports économiques, des forces productives et de l’état de la technique sur le développement social et intellectuel. Il constitue, avec le matérialisme géographique, la conception matérialisme de l’histoire, au sens restreint.
6. Le matérialisme éthique, qui signifie la rupture radicale avec toutes les représentations religieuses de l’au-delà, et replace dans la réalité terrestre toutes les fins et toutes les énergies de la vie et de l’histoire [6] « .

On peut tout à fait accorder à Woltmann que le marxisme entretient une certaine relation, plus ou moins immédiate, avec tous ces aspects du matérialisme. Mais il ne les contient pas tous en tant qu’éléments nécessaires de son essence. La  » conception matérialiste de la société et de l’histoire » de Marx ne renferme effectivement que les deux derniers aspects du matérialisme distingués par Woltmann. Le matérialisme de Marx est bien un matérialiste « éthique », dans le sens où Woltmann prend ce moi. Il n’a donc rien de commun avec cette attitude éthique dans laquelle « l’intérêt privé se considère comme le but final du monde », et que Marx stigmatisait dans un écrit de jeunesse (La loi sur les vols des bois, Oeuvres philosophiques, Ed. Costes, t. V, p. 184) du nom de « matérialisme dépravé ». Cette sorte de « matérialisme » éthique, le marxisme l’abandonne aux représentants de la conception bourgeoise du monde et de cette morale mercantile que glorifiait encore tout récemment un organe capitaliste, dans les termes suivants :  » Le commerçant qui, pris d’une fausse timidité devant le gain excessif né d’une heureuse spéculation, en abandonnerait volontairement une partie, affaiblirait par là même sa propre force de résistance à des pertes futures, et sa façon d’agir serait économiquement absurde sans être morale le moins du monde » (Deutsche Bergwerkszeitung, éditorial du 23-3-1922).

A l’opposé de ce « matérialisme éthique » de la classe capitaliste, le « matérialisme éthique » de la classe ouvrière signifie essentiellement, comme le signale Woltmann, la rupture radicale avec toutes les représentations de l’au-delà; et sous ce terme, il ne faut pas seulement comprendre les représentations proprement, expressément et consciemment « religieuses », mais également, et Woltmann, kantien, ne l’a pas suffisamment reconnu, toutes les représentations qui les ont remplacées dans la philosophie des lumières et plus tard dans la philosophie idéaliste critique : par exemple, l’idée d’une pure législation de la raison, s’exprimant dans l’impératif catégorique.

Finalement, l’on trouvera ici encore bien davantage, comme nous le verrons de plus près, si l’on consomme vraiment cette rupture « radicale » avec « toutes » les représentations de l’au-delà, et si l’on se tourne « complètement » vers la réalité terrestre; outre les idées et les idéaux éthiques, pratiques, de la religion et de la morale bourgeoise dualiste, appartiennent également à l’au-delà les vérités de la connaissance théorique, aussi longtemps que l’on croit à l’existence de vérités  » en soi », « éternelles », impérissables et immuables, que la science et la philosophie auraient pour mission de rechercher et qui, une fois découvertes, resteraient acquises sous une forme définitive. Tout cela n’est qu’un rêve, et pas même un beau rêve, car une idée immuable, invariable, ne serait plus susceptible d’aucun développement. De telles idées n’ont d’intérêt que pour une classe rassasiée, qui se sent à son aise et se voit confirmée dans la situation présente. Elles ne valent rien pour une classe qui lutte et s’efforce de progresser, et que la situation atteinte laisse nécessairement insatisfaite.

En second lieu, le matérialisme marxiste est bien un « matérialisme économique « . Le lien entre l’évolution naturelle et l’évolution de la société humaine, c’est pour lui le processus économique conçu comme « production matérielle », grâce auquel les hommes reproduisent et développent continuellement leurs moyens d’existence, et partant leur existence même ainsi que tout son contenu. Au regard de cette « réalité » d’importance primordiale, tous les autres phénomènes de l’existence historique, sociale et pratique, qui comprend également l’existence « spirituelle », apparaissent comme ayant, non certes une moindre réalité, mais une moindre influence sur le développement de l’ensemble. Dans l’édifice de la vie sociale, ils ne forment, pour reprendre une image de Marx, que la superstructure, tandis que la base de cet édifice est formée par  » la structure économique » propre à la société considérée. Cependant, l’anthropologue Woltmann, se plaçant au point de vue des « sciences de la nature », et non des « sciences sociales », n’a pas raison d’ajouter que « le matérialisme géographique et le matérialisme économique » constituent seulement « ensemble » la  » conception matérialiste de l’histoire au sens restreint « . Si l’on veut distinguer un sens « étroit » d’un sens « large », c’est certainement d’après Marx lui-même qu’il faut définir son propre matérialisme au sens étroit, au regard de ce qui n’est plus un « matérialisme » qu’au sens large, c’est-à-dire qu’il faut distinguer le matérialisme marxiste, conception matérialiste de l’existence  » socio-historique », du matérialisme « naturaliste » que Marx et Engels dénonçaient [7]. Le facteur géographique, comme le facteur biologique et tous les autres facteurs « naturels » qui peuvent influer sur le développement historique de la société restent donc en-dehors de la  » conception matérialiste de l’histoire au sens étroit « . Cette vérité, obscurcie par Woltmann et bien d’autres qui ont parlé de la Conception matérialiste de l’histoire de Marx, doit s’imposer à quiconque se donne la peine de pénétrer librement dans les écrits de Marx. Tout comme Hegel. Herder, et bon nombre d’autres philosophes, historiens, poètes et sociologues des XVIlle, XIXeet XX* siècles, Karl Marx tient pour capitale l’influence des facteurs naturels, physiques ou autres sur le développement de la société. Celle-ci n’est évidemment pas à ses yeux quelque chose d’extérieur ou de supérieur à la « nature »; par exemple, à la fin de l’Introduction générale à la Critique de l’économie politique, nous trouvons, dans l’énumération des points qu’il se propose de traiter plus tard, la reconnaissance explicite de ce sens large du concept de nature : « ici le mot nature désigne tout ce qui est objectif, y compris la société  » ( Edit. de la Pléiade, p. 266). Et il remarque expressément :  » Naturellement, le point de départ, ce sont les facteurs naturels; subjectivement et objectivement. Peuplades, races, etc.  » (p. 265). Il a ensuite indiqué, en de nombreux passages, très éclairants, du Capital, ces déterminations « naturelles » du développement économique et social. La correspondance avec Engels atteste la valeur que Marx attachait à ces données des « sciences de la nature », qui fondent et complètent son matérialisme socio-historique Voici par exemple, pour ne citer qu’un mot très court, sa remarque très significative sur la « sélection naturelle » de Darwin, dans la lettre du 19 décembre 1860 :  » Malgré sa lourdeur tout anglaise, ce livre contient tous les éléments d’histoire naturelle susceptibles de fonder nos idées ». Cependant, rien de tout cela ne nous autorise à considérer la conception matérialiste de l’histoire et de la société comme la simple et directe application des principes de la recherche scientifique au cours des événements historiques et sociaux; ce serait là commettre une méprise grossière sur les idées et les intentions de Marx et aussi d’Engels, pour autant que, sur ce point encore, nous tenions pour acquise leur concordance de vues. Les fondateurs du communisme matérialiste, formés à l’école de Hegel, ne pouvaient donner dans des opinions aussi superficielles. L’ensemble des conditions naturelles, dans leur état considéré et dans « l’histoire naturelle » de leur évolution, exerce selon eux une influence médiate de la première importance sur le développement historique de la société, mais cette influence demeure malgré tout médiate. Les facteurs naturels, tels que le climat, la race, les richesses naturelles et d’autres encore, n’interviennent pas directement dans le développement historico-social; ils conditionnent seulement, selon chaque région, le degré de développement atteint par « les forces matérielles de production », auquel correspondent à leur tour des rapports sociaux déterminés : les « rapports matériels de production « . Seuls ceux-ci constituent, en tant que « structure économique de la société », la  » base réelle » qui conditionne l’ensemble de la vie sociale, y compris ses fonctions « spirituelles ». Mais Marx sépare toujours très soigneusement ces divers éléments. Lors même qu’une de ses remarques semble d’abord porter sur la vie naturelle de l’homme dans ses rapports avec la nature, à y mieux regarder, il s’agit dans tous les cas de la vie historique et sociale; celle-ci se déroule, sur cette base naturelle qui la conditionne et qu’elle influence en retour, en suivant ses propres lois socio-historiques, et non pas les simples « lois naturelles » comme telles. Un passage du premier livre du Capital, où il est encore question de Darwin, illustre particulièrement cet attachement indéfectible de Marx à son point de vue social et à son objet social. Le voici :  » Darwin a attiré l’attention sur l’histoire de la technologie naturelle, c’est-à-dire sur la formation des organes des plantes et des animaux considérés comme moyens de production pour leur vie. L’histoire des organes productifs de l’homme social, base matérielle de toute organisation sociale, ne serait-elle pas digne de semblables recherches ? Et ne serait-il pas plus facile de mener cette entreprise à bonne fin, puisque, comme dit Vico, l’histoire de l’homme se distingue de l’histoire de la nature en ce que nous avons fait celle-là et non celle-ci ? La technologie met à nu le mode d’action de l’homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de sa vie matérielle, et par conséquent, l’origine des rapports sociaux et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent » (Edit. de la Pléiade, 1. p. 915). – Ainsi, même la « technologie », c’est-à-dire l’étude de la nature, non pas en elle-même, mais telle qu’elle s’offre à l’activité humaine comme son objet et son matériau, en élucidant le procès de production naturelle de la vie humaine, met à nu « également » le procès de production de la vie sociale. Toutefois, comme le dit encore plus explicitement l’introduction générale de 1857, déjà mentionnée : « l’économie politique » n’est pas assimilée pour autant à la « technologie », elle reste toujours la science d’un  » sujet social » [8].

En dernière analyse, les méprises de Woltman et, semble-t-il, presque toutes celles que l’on a commises jusqu’ici, concernant l’essence de la conception matérialiste de l’histoire et de la société de Marx, ont une seule et unique raison : une mise en pratique encore insuffisante du principe de « l’immanence » (« Diesseitigkeit« ). Tout le « matérialisme » de Marx, pour en donner la formule la plus ramassée, c’est précisément l’application, jusque dans ses dernières conséquences, de ce principe à l’existence socio-historique de l’homme. Et si le terme de « matérialisme », par ailleurs excessivement équivoque, mérite encore de désigner la conception marxiste, c’est uniquement parce qu’il exprime, de la façon la plus claire, ce caractère « absolument » immanent de la pensée de Marx. Il exprime cette signification unique et fondamentale du marxisme autant qu’il est possible de le faire en un seul mot.

Comme nous l’avons vu, tout matérialisme s’enracine dans la critique de la religion. La social-démocratie allemande, en considérant dans ses programmes la religion comme une « affaire privée », au lieu d’astreindre ses partisans à manifester explicitement leur  » irréligiosité », entrait déjà en conflit ouvert avec ce principe marxiste fondamental. Pour le dialecticien matérialiste, la religion, pas plus qu’aucune autre idéologie, ne peut être en aucun cas une « affaire privée « . Si nous ne reculons pas devant un paradoxe, nous pouvons au contraire présenter les choses de la façon suivante : l’irréligiosité, la critique de la religion en général, et non pas la critique, déjà réalisée du point de vue bourgeois démocratique, de telle ou telle religion dans ses prétentions exclusives à la domination, revêtent pour le révolutionnaire matérialiste la même signification que la religion pour le croyant lui-même. Il s’agit ici d’un « problème matérialiste de transition » semblable à celui que nous avons élucidé plus haut à propos de « l’Etat », de la « science » et de la « philosophie ». Pour autant qu’il s’agit d’un processus intellectuel qui se déroule dans le cerveau humain, précédant, accompagnant et suivant le renversement des conditions sociales de production, qui fonde tout le reste, l’entreprise de critiquer, de combattre et de vaincre la religion conserve inévitablement, surtout dans ce dernier caractère, la forme d’une « religion » par un certain côté. En ce sens, quand on caractérise le socialisme ou le communisme comme la « religion de l’ici-bas  » (Diesseitigkeit) , cette formule, simple façon de parler le plus souvent, revêt en réalité, encore et peut-être surtout au stade actuel, une signification profonde. La « religion de l’ici-bas « , première étape, encore très insuffisante, sur la voie d’une conscience pleinement terrestre (diesseitigen) du monde dans la société communiste, correspond en fait à I’Etat de la « dictature révolutionnaire du prolétariat », dans la période de transformation révolutionnaire de la société capitaliste en société communiste.

Une irréligiosité radicale, un athéisme actif, se présentent donc comme la condition préliminaire naturelle d’une pensée et d’une activité pleinement terrestre au sens du matérialisme marxien. Cependant, cette pleine immanence ne résulte pas encore de la simple victoire sur les représentations religieuses de l’au-delà. Il reste un  » au-delà » au sein même de  » l’ici-bas », tant que l’on croit à la valeur intemporelle et partant supra – terrestre de quelconques  » idées » théoriques ou pratiques. Et lors même que la pensée a franchi cette étape, il peut encore arriver qu’il lui manque cette immanence spécifique et finalement seule réelle qui, selon Marx, ne réside pas ailleurs que dans la  » praxis » humaine (Thèses sur Feuerbach). L’accomplissement véritable de « l’immanence » dans la conception matérialiste de l’histoire et de la société de Karl Marx n’est donc possible que par le dépassement de ce dernier  » au-delà  » qui, résidu intact de l’époque dualiste bourgeoise, limite encore le matérialisme simplement « naturaliste » ou « contemplatif » (anschauenden). Le nouveau matérialisme marxiste parvient à l’accomplissement définitif et capital de son immanence, en opposant la réalité de « l’existence pratique, sociale et historique de l’homme » à la réalité considérée comme pure « nature », au sens étroit de ce terme. Comme en témoignent encore le livre de Woltmann et cent autres, et surtout l’évolution historique des partis socialistes ou semi -socialistes d’Europe et d’Amérique dans leurs diverses tendances, le matérialisme essentiellement naturaliste et intuitif est totalement incapable d’apporter, selon son point de vue, une solution « matérialiste » au problème de la révolution sociale : l’idée d’une révolution qui doit s’accomplir dans le monde réel grâce à une activité humaine réelle, n’a plus pour lui aucune « objectivité » matérielle. Un tel matérialisme, pour qui l’objectivité de l’activité humaine pratique reste, en dernière analyse, un  » au-delà » immatériel, ne peut par suite adopter que deux attitudes à l’égard de réalités « matérielles pratiques » telles que la révolution : ou bien il abandonne, comme le dit Marx dans la première des Thèses sur Feuerbach,  » le développement de l’aspect actif à l’idéalisme »; c’est la voie qu’ont choisie et choisissent encore tous les marxistes – kantiens, révisionnistes et réformistes. Ou bien il prend la voie qui fut celle de la plupart des sociaux-démocrates allemands jusqu’à la guerre, et qui est devenue aujourd’hui, après le passage de la social-démocratie au réformisme ouvert, la position caractéristique des « marxistes centristes »: il considère le déclin de la société capitaliste et l’avènement de la société socialiste -communiste comme une nécessité économique,  » s’accomplissant de soi », tôt ou tard, selon la nécessité des lois naturelles. Cette voie a toutes chances de conduire en suite à des phénomènes  » extra – économiques » qui semblent tomber du ciel et rester proprement inexplicables tels la guerre mondiale 1914-1918, qui resta d’abord inexploitée pour la libération du prolétariat. Bien au contraire, comme Karl Marx et Friedrich Engels l’ont sans cesse répété dans toutes leurs œuvres et à toutes leurs périodes, en dépit de toute théorie des « deux âmes  » (Zweiseelentheorie), seule peut conduire de la société capitaliste à la société communiste une révolution que doit accomplir l’activité humaine pratique; et cette révolution ne doit pas être conçue comme une mutation « intemporelle », mais plutôt comme une longue période de luttes révolutionnaires, où la dictature révolutionnaire du prolétariat doit réaliser la transition de la société capitaliste à la société communiste (Marx, Gloses Marginales au Programme du Parti Ouvrier Allemand, 1875). Car, selon le principe général que Marx avait formulé trente ans plus tôt, avec une concision toute classique, dans la Thèse /II sur Feuerbach, première ébauche de sa nouvelle conception matérialiste :  » La coïncidence du changement du milieu et de l’activité humaine ne peut être conçue et comprise rationnellement qu’en tant que praxis révolutionnaire ».

Notes:

[1] Cf. Manifeste Communiste, ch.- II : Prolétaires et Communistes,

[2] Les citations des phrases précédentes sont empruntées à l’article Débats sur la loi réprimant les vois de bois, à la Correspondance Marx- Ruge- Feuerbach- Bakounine, et à la Critique de la philosophie du Droit de Hegel (Nachlass, t. 1, Oeuvres philosophiques, Ed. Costes, t. 1 et t: V).

[3] Cf. Engels, Introduction de l’édition anglaise de Socialisme utopique et socialisme scientifique, 1892 (Ed. Sociales p. 20).

[4] Cf. Cette « Introduction » qui nous donne l’aperçu le plus profond sur les prémisses des recherches de Marx, est parue pour la première fois dans la Neue Zeit, XXI, t. 1, p. 710 (cf. Marx, Edition de la Pléiade, p. 235).

[5] P. Michels Verlag, Düsseldorf, 1900. Parmi les travaux de langue allemande sur les fondements philosophiques du marxisme, celui-ci est de loin le meilleur à ce jour, en dépit de la position erronée que nous critiquons.

[6] Il est surprenant que Woltmann, dans le paragraphe 1, présente le simple « examen » des relations de l’être et de la pensée comme étant déjà un « matérialisme » (le matérialisme dialectique 1). Il aurait dû dire à peu près : le matérialisme dialectique (ou la dialectique matérialiste), qui, contrairement à l’idéalisme dialectique ou la dialectique idéaliste) de Hegel, conçoit la pensée et l’être comme les moments d’une unité dans laquelle ce n’est pas la pensée qui détermine l’être, mais l’être qui détermine la pensée. Si Woltmann évite ici de prendre une position précise, cela tient à son attitude gnoséologique kantienne que nous discutons.

[7] Cf. dans le dernier chapitre de l’introduction générale à la Critique de l’Economie politique, le paragraphe 4 qui est caractéristique (Edition de la Pléiade, p. 264). Dans le Capital, Marx parle de façon plus précise de l’insuffisance du « matérialisme abstrait des sciences naturelles » qui ne fait aucun cas du « développement historique »; à cette méthode, il oppose « la seule méthode matérialiste, par conséquent scientifique », celle qui ne se contente pas de ramener, par analyse, les formes et le contenu des phénomènes « sociaux » et « spirituels » de l’existence historique à leur  » noyau terrestre », mais qui montre aussi, par une voie inverse, leur développement à partir des « conditions réelles » de la vie » (Le Capital, Edition de la Pléiade, p. 915).

[8] Le terme « Subiekt  » est pris ici dans le sens du français « sujet « , c’est-à-dire dans le sens du terme allemand « Objekt « , et non dans le sens actuel de l’allemand « Subjekt « .



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24 décembre 2016

INFOBREF N°471 spécial armement guerres

INFOBREF N°471

spécial armement guerres

Trump et Wall Street : anticipations positives pour le secteur de l’armement

 23 Novembre 2016-Les électeurs américains nous ont-ils évité une Troisième Guerre mondiale, comme le suggèrent certains médias russes ? Selon Sergueï Glazyev, proche conseiller du président Vladimir Poutine, mais aussi économiste reconnu, les Américains avaient objectivement deux choix : la guerre, ou consentir à un monde multipolaire. Hillary Clinton symbolisait le premier, tandis que Donald Trump donnait une chance à un changement de trajectoire dans les relations russo-américaines[1].

Si l’on pouvait se réjouir ne serait-ce que d’une seule conséquence positive de l’élection du candidat républicain à la présidence des États-Unis, ce pourrait être celle-là : l’espoir d’une remise à zéro des relations et l’instauration d’un dialogue constructif entre Moscou et Washington.

Et si une seule fois l’arrogance de Donald Trump pouvait faire taire les va-t-en-guerre impénitents, ce devrait être pour tancer l’ex-secrétaire-général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen qui crut bon d’avertir le président élu qu’un manque de fermeté avec Vladimir Poutine sonnerait le « début de le fin » pour l’organisation atlantique[2]. Rasmussen sait bien entendu où sont ses intérêts, puisqu’il est depuis mai 2016 conseiller du président ukrainien Petro Poroshenko[3]. Ses journées chez Goldman Sachs, où il officie aussi depuis août 2015[4], lui laissent apparemment quelques temps libres…

Au lendemain de l’élection du trublion républicain, ce n’est pourtant pas à un monde en voie d’apaisement que semblaient croire les marchés financiers. Parmi les flux d’informations populistes, mensongères, et contradictoires qui ont alimenté sa campagne, les investisseurs ont fait leurs choix et signalé leurs attentes.

Surprise sur les marchés

Les places financières ont réagi de manières dispersées au lendemain de l’annonce de la victoire de Donald Trump. Les Asiatiques ont dévissé : plus de 5% de perte pour les indices Nikkei à Tokyo et Hang Seng à Hong Kong.

Les Européennes ont joué les indifférentes, oscillant entre -0,4% à Madrid et +1,99% à Zurich, le BEL20 et le CAC40 s’appréciant de respectivement +1,42% et +1,49%. C’est contre toute attente la réaction des marchés américains qui aura surpris tout le monde.

Alors qu’ils vivaient dans la crainte d’une stagflation, d’une guerre commerciale avec la Chine, et de la politique isolationniste de Donald Trump, plongeant dans le rouge à chaque sondage favorable à l’homme d’affaires, l’élimination inattendue d’Hillary Clinton aura finalement donné tort à toutes les analyses et toutes les prévisions.

Non seulement Wall Street n’a pas enregistré les reculs prédits par les observateurs, mais a enchainé les hausses. Au lendemain de l’élection, l’indice total du marché américain Dow Jones Wilshire 5000 (noté W5000) clôturait en hausse de 1,41%, l’indice des 30 « blue chips » américaines Dow Jones Industrial Average (noté DJI) gagnait 1,40%, tandis que l’indice des valeurs technologiques Nasdaq (noté IXIC) se contentait d’un gain de 1,11%. Deux semaines après l’élection (22 novembre), les gains enregistrés depuis le 8 novembre s’établissent à respectivement +4,13%, +3,77% et +3,71% pour ces trois indices.

Certes, dans le même temps l’or tenait bien son rôle de valeur refuge en s’appréciant de plus de 5%, signe que les investisseurs ne partageaient pas tous le même optimisme. Mais à y regarder de plus près, la vraie valeur refuge n’est peut-être pas celle que l’on croit.

Mieux que l’or…

Le New York Stock Exchange Arca Defense Index (noté DFI, en rouge sur le graphique) est un indice de secteur composé de 26 firmes parmi les plus représentatives de l’industrie de l’armement aux États-Unis, dont les « Big 6 » (Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, General Dynamics, Northrop Grumman et L-3 Communication). Établi avec valeur de référence de 500 points le 28 septembre 2001 – quelques jours après les attentats, ce qui n’est pas un hasard – il atteint 3 776,70 points le 22 novembre 2016, ce qui correspond à une appréciation de 655% depuis sa création quinze ans plus tôt.

Le 9 novembre 2016, à la fermeture de Wall Street, l’effet Trump a propulsé l’indice de l’armement DFI à +6,49% en une seule séance[5]. Et la hausse s’est poursuivie, fixant la plus-value à 15,05% deux semaines plus tard (22 novembre).

Ce n’est pourtant pas réellement une surprise. Les comparaisons entre les indices ont souvent démontré[6] que, dopées par un enchainement d’effets d’aubaine – krach de la nouvelle économie au printemps 2000, attentats du 11 septembre 2001, guerre en Irak en 2003, crise financière en 2008 – les valeurs de l’armement avaient entamé le 21e siècle dans l’euphorie, surperformant toujours de façon spectaculaire les indices généraux de référence sur longue période. Le secteur de l’armement est incontestablement une valeur de long terme, voire même une valeur refuge lorsque s’effondrent d’autres pans de l’économie, en période d’incertitude, et lorsque résonnent les bruits de bottes.

 
Évolution des indices boursiers, 24 octobre – 22 novembre 2016. Sources : historiques des cours NYSE

Des guerres prometteuses…

Car cela faisait un moment déjà, bien avant l’élection de Donald Trump, que le secteur de l’armement, galvanisé par les propos de certains de ses dirigeants, ne dissimulait plus son optimisme et observait le climat de guerre qui s’installe avec une certaine délectation.

Réunis début décembre 2015 à West Palm Beach en Floride, dans le cadre de la « Third Annual Industrials Conference » organisée à l’initiative du Crédit Suisse, les principaux groupes du secteur de l’armement aux États-Unis avaient tenu à rassurer leurs actionnaires quant aux bénéfices attendus de l’escalade des conflits au Moyen-Orient[7].

Bruce Tanner, vice-président de Lockheed Martin, a souligné les « bénéfices indirects » de la guerre en Syrie. Citant le Su-24 russe abattu en Syrie par la Turquie le 27 novembre 2015, il a souligné que cet incident augmentait les risques pour les militaires américains dans la région, offrant à Lockheed Martin « un ascenseur immatériel en raison de la dynamique de cet environnement », une démonstration des besoins en avions F-22 et F-35, et un accroissement de la demande en « consommables » tels que les roquettes.

Le CEO de Raytheon, Tom Kennedy, évoquant sa rencontre avec le roi Salman d’Arabie saoudite, s’est également montré très confiant dans la hausse significative des ventes de « solutions de défense » à plusieurs pays de la région.

C’est aussi l’analyse du bureau d’audit Deloitte dans la livrée 2016 de son rapport Global aerospace and defense sector outlook, intitulé Poised for a rebound (« Prêts à rebondir »). Énumérant les principaux conflits et menaces – tensions en mers de Chine du Sud et de l’Est, Corée du Nord, Ukraine et Russie, l’État islamique au Moyen-Orient, ainsi que les attaques terroristes, les analystes de Deloitte notent que « pour les entreprises de la défense, ceci représente une opportunité de vendre plus d’équipement et de systèmes d’armes » et que, par conséquent, « un retour à la croissance » est à anticiper[8].

… et un programme présidentiel alléchant

En termes constants, les dépenses militaires des États-Unis ont diminué chaque année sans exception pendant la présidence Obama, accusant une baisse globale de 19,3% entre leur sommet de 2010 (héritage de Georges W. Bush) et 2015. Quelque soit le président élu, il était donc peu vraisemblable que cette baisse se prolonge encore, et les milieux d’affaires ont, comme nous l’avons vu, la conviction du contraire.

Le « Plan to Upgrade America’s Military » du futur occupant de la Maison Blanche ne pouvait que les conforter dans cette opinion. Le président élu s’est en effet fixé des objectifs ambitieux pour renforcer l’appareil militaire dont il n’a cessé de dénoncer les faiblesses durant sa campagne. Constatant que l’U.S. Army a perdu 21% de ses effectifs depuis 2012, il a promis de relever l’effectif à 540 000 soldats. L’U.S. Navy serait doté de 350 bâtiments, au lieu des 272 actuels. « Upgrade » aussi pour l’U.S. Air Force qui pourrait compter sur 1 200 avions de chasse avec Donald Trump commandant en chef.

Le financement de ce vaste programme de réarmement est encore un mystère, et cela d’autant plus que les gouffres budgétaires que sont la modernisation de l’arsenal nucléaire et les grands programmes – tels que les avions-ravitailleurs KC-46, et bien entendu l’avion multirôles F-35 – ne semblent pas remis en question pour l’instant. Chacun sait donc qu’il y aura de la marge entre les effets d’annonce de Trump pendant sa campagne et le pragmatisme dont il devrait faire preuve une fois dans le Bureau ovale. Mais tout concoure à rendre le sourire aux industriels de l’armement, y compris les menaces de Trump de sortir de l’OTAN, si les alliés des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique – c’est-à-dire nous – ne sont pas prêts à payer davantage pour assurer leur propre sécurité. Si l’isolationnisme revendiqué par Donald Trump devait conduire à un renforcement des capacités militaires de l’Union européenne, c’est encore les grands groupes de l’armement des États-Unis qui en retireraient les principaux bénéfices.

Une économie de guerre permanente

L’hypothèse que nous soutenons depuis plusieurs années[9], selon laquelle les « marchés » internalisent dans leur comportement l’inéluctabilité des guerres et la croissance sans fin du secteur de l’armement, se vérifie. La finance a définitivement intégré le concept d’une « économie de guerre permanente » développé par l’économiste Seymour Melman dans les années 1970 et 80[10]. Ce comportement des investisseurs ne repose pas sur un mimétisme autoréférentiel comme on a pu le connaitre dans les années 1990 autour des valeurs technologiques du Nasdaq, avec pour conséquence l’éclatement de la bulle au printemps 2000. Il repose au contraire sur des fondamentaux solides tels que la pérennité de la fonction militaire, une croissance inévitable des dépenses militaires dans les économies émergentes et probablement dans l’Union européenne, l’élargissement des marchés de la sécurité nationale et de la surveillance des frontières, et bien entendu la persistance des conflits et foyers de tension dans de nombreux endroits de la planète. Plus que jamais, quand le canon tonne, le rentier chantonne…


L’auteur

Luc Mampaey est le directeur du GRIP, docteur en sciences économiques, ingénieur commercial et titulaire d’une maîtrise en gestion de l’environnement. Il est également maitre de conférence à l’Université Libre de Bruxelles.


[1].Советник Путина предсказал перезагрузку отношений между США и Россией (Le Conseiller de Poutine prédit un reset des relations États-Unis-Russie), Lenta.ru ,9 novembre 2016.

[4]. Pierre Rimbert, Le sens du placement, Le Monde diplomatique, septembre 2015.

[5]. Un record pour une seule séance, battu a seulement deux reprises depuis l’établissement de l’indice le 28 septembre 2001 : +7,50% le 13 octobre 2008 et +10,82% le 28 octobre 2008, en pleine turbulence de la crise financière.

[6]. Voir notamment la dernière édition de Dépenses militaires, production et transferts d’armes - Compendium 2016, Rapport du GRIP 2016/8.

[7]. Lee FangZaid Jilani, Defense Contractors Cite “Benefits” of Escalating Conflicts in the Middle East, The Intercept, 4 décembre 2015.

[9]. Luc Mampaey et Claude Serfati, «Armaments groups and the financial markets: an ‘unlimited warfare’ convention in the making? », dans Arms, War, and Terrorism in the Global Economy, Wolfram Esner (ed.), Bremer Schriften zur Konversion, Band 13, 2007, p. 121-147.

[10]. Lire, parmi d’autres ouvrages de Seymour Melman: Pentagon Capitalism, The Political Economy of War, McGraw-Hill Book Company, New York, 1970, et The Permanent War Economy, American Capitalism in Decline, Simon & Schuster Inc., New York, 1985.



 

Irak: nouvelle frappe US «par erreur», 90 morts, 100 blessés

10-12-2016-Après avoir bombardé l’armée gouvernementale syrienne en septembre, l’armée américaine se trompe une fois de plus, cette fois en Irak. Faut-il s’attendre à une nouvelle vague de désinformation aux dépens de l’armée russe pour faire oublier cet incident?

Une nouvelle bourde de l’armée de l’air américaine à Mossoul a coûté la vie à 90 soldats irakiens, environ 100 militaires ont été blessés, déclare le portail d’information irakien Factiniraq. Bouthaina Shaaban © REUTERS/ Khaled al-Hariri Conseillère d’Assad: «Erreur US? Mon œil!» Interrogée par Sputnik, une source dans l’armée irakienne a confirmé cette information. La frappe qui a eu lieu vendredi visait un groupe de véhicules blindés et a détruit huit véhicules d’infanterie et quatre camions militaires Humvee. L’opération visant à libérer la ville de Mossoul des djihadistes du groupe État islamique (Daech) se poursuit depuis le 17 octobre. Outre les militaires de l’armée gouvernementale, elle réunit des combattants kurdes Pechmerga et les forces de la coalition occidentale dirigée par les États-Unis. Ce n’est pas le premier cas de ce genre durant la campagne militaire américain contre le groupe islamique au Proche Orient. Hossein Amir-Abdollahian © AFP 2016 STR «Les USA font tout pour affaiblir la Syrie et renforcer les terroristes» Le 17 septembre, quatre avions de la coalition internationale anti-Daech (deux F-16 et deux A-10) avaient réalisé quatre frappes contre les forces de l'armée syrienne régulière, encerclées dans la région de Der-ez-Zor par les extrémistes de Daech. Le raid aérien avait coûté la vie à 62 militaires et avait fait une centaine de blessés. En outre, l’armée syrienne avait perdu près de 20 unités de matériel militaire. Les États-Unis ont par la suite confirmé avoir effectué ce raid. Selon la partie américaine, des données erronées auraient été à l'origine de la frappe. Par ailleurs, les États-Unis ont trouvé un moyen efficace de détourner l’attention de la communauté internationale de leurs erreurs fatales. Les Américains et leurs alliés accusent la Russie de bombarder régulièrement des quartiers « civils » ou les positions de l’« opposition modérée », qui ne sont rien d’autres que des groupes terroristes, comme c’était le cas à Alep. Reste à voir quel nouveau fake sera utilisé par l’administration américaine sortante pour se dédouaner suite à l’incident de vendredi. Suivez Sputnik sur Telegram pour ne jamais manquer les actualités les plus importantes grâce à nos sélections du matin et du soir. Pour recevoir les actualités de notre chaîne, il suffit de télécharger l’application Telegram sur n’importe quel smartphone, tablette ou ordinateur puis cliquer sur le lien et appuyer sur « Join ».

En savoir plus:

Conseillère d’Assad: «Erreur US? Mon œil!»

 «Les USA font tout pour affaiblir la Syrie et renforcer les terroristes»

https://fr.sputniknews.com/international/201609191027819581-usa-syrie-terrorisme/

 Vente d'armes : pourquoi la France devient incontournable

En signant mardi un contrat d'armement record avec l'Australie, la France confirme son statut de troisième exportateur mondial dans ce secteur. Le fruit d'un savoir-faire et d'une conjoncture propice.

 

La France a signé un contrat de vente de 12 sous-marins Barracuda à l'Australie.

La France a signé un contrat de vente de 12 sous-marins Barracuda à l'Australie. (Reuters)

"Une reconnaissance de la puissance de la France, de sa dimension mondiale." Au lendemain de la signature du "contrat du siècle" scellant la vente de 12 sous-marins à l'Australie pour 34 milliards d'euros, Jean-Yves Le Drian peut se féliciter d'avoir été au coeur du plus gros contrat jamais conclu entre la France et un pays étranger. Une bonne nouvelle qui pourrait permettre la création de 3.000 à 4.000 emplois pérennes, selon le ministre de l'Economie.

Des ventes en progression constante depuis 2012

Que ce soient des hélicoptères, des avions de chasse Rafale ou des chars Leclerc, la France exporte ses armes depuis longtemps et de plus en plus depuis 2012. Alors que le montant des exportations s'est élevé à 4,8 milliards d'euros l'année de l'élection de François Hollande, elles ont atteint 16 milliards l'an dernier et ce chiffre a déjà plus que doublé pour 2016 avec l'annonce du contrat passé avec l'Australie mardi. "Jean-Yves Le Drian n'a pas ménagé sa peine. Il est tout le temps en voyage et c'est pour la bonne cause", a félicité François Hollande, conscient que son ministre s'était mué en véritable VRP de l'armement français ces dernières années.

Le savoir-faire, l'euro et la géopolitique pour expliquer cette tendance

Spécialiste de la géopolitique, Bruno Tertrais évoque dans Libération "la qualité de l'offre" française en matière d'armement. La France se classe aujourd'hui troisième sur le podium des plus gros exportateurs d'armes, derrière les Etats-Unis et la Russie. La hausse depuis 2012 de ses ventes est aussi le fruit d'une conjoncture particulièrement bénéfique, entre un cours de l'euro bas et une géopolitique marquée par l'intensification des tensions au Moyen-Orient notamment. C'est déjà de cette région que provenait plus d'une commande sur trois entre 2010 et 2014. La France peut en effet y apparaître comme un suppléant de choix pour les pays fâchés contre les Etats-Unis", explique Bruno Tertrais, qui prend l'exemple de l'Arabie Saoudite.

Les pays arabes comme partenaires principaux

En 2014, l'Arabie Saoudite est devenue le premier importateur mondial d'équipements militaires. Pas étonnant que le royaume wahhabite soit le premier client de la France sur la période 2010-2014. Mais Paris dispose d'autres partenaires dans la région, eux aussi peu connus pour leur respect des droits de l'Homme. En mai 2015, l'armée qatarie a passé commande de 24 avions de combat Rafale pour 6,3 milliards d'euros. En février 2015, après des années d'insuccès, Dassaut Aviation a signé des contrats export pour 24 Rafale avec Le Caire ainsi qu'une frégate multimissions pour un montant de 5,2 milliards d'euros.

Des contrats à finaliser et quelques risques à l'avenir

L'Inde a conclu en janvier 2016 un accord avec la France pour l'acquisition de 36 Rafale, mais les négociations sur ce contrat estimé à plus de 5 milliards d'euros achoppent sur le prix et le niveau de sophistication des appareils, ainsi que sur le montant des investissements sur le sol indien. Même chose pour un important contrat passé avec le Liban (2,2 milliards d'euros), aujourd'hui à l'arrêt en attente d'un don promis par l'Arabie Saoudite. En avril 2015, la Pologne s'est engagée pour l'achat de 50 hélicoptères multirôle européens Caracal d'Airbus, estimés à plus de 3 milliards d'euros. Les contrats définitifs n'ont toutefois pas été signés et la nouvelle majorité conservatrice critique le choix d'Airbus, au nom du soutien aux usines polonaises de défense.

Outre les enjeux géopolitiques et le cours des monnaies, d'autres risques pèsent sur l'avenir de l'industrie française de l'armement : le cours du baril de pétrole notamment. Certains pays "risquent de devoir réduire leurs dépenses ou étaler leurs commandes", assure Bruno Tertrais. Des pays du Golfe en particulier, les principaux clients de la France.

Thomas Liabot – leJDD.fr mercredi 27 avril 2016

ALEP : TROIS BATAILLES DANS LA BATAILLE…
par Richard Labévière

Richard Labévière, né à Thonon-les-Bains le 4 mai 1958, est un journaliste et écrivain français qui a été rédacteur en chef à la Télévision suisse romande et à Radio France internationale. Wikipédia

L’envers des cartes samedi 10 septembre 2016,

Des forces spéciales des USA sont présentes en Syrie

ALEP : TROIS BATAILLES DANS LA BATAILLE…

La mère des batailles qui fait rage à Alep, et quel qu’en soit l’issue, n’annonce pas pour autant la fin de l’organisation Etat islamique (Dae’ch), ni des autres groupes terroristes de l’islam radical, mais plutôt un tournant majeur : celui de l’après-Dae’ch, à savoir de nouveaux théâtres de jihad. Une reconquête d’Alep par l’armée gouvernementale syrienne et ses alliés accélérera, sans doute, la reprise de Raqqa en Syrie, puis de Mossoul en Irak. Les quelques 30 000 mercenaires jihadistes étrangers ont déjà intégré ce scénario et préparé leur repli en bon ordre dans différents sanctuaires du Caucase, d’Afghanistan et du Nord-Ouest chinois. Ils continueront à utiliser le « hub » turco-méditerranéen pour menacer l’Europe et entretenir des complicités rhizomatiques en Asie, dans la Corne de l’Afrique et dans la bande sahélo-saharienne.

D’autres loups solitaires ou en meute s’inspireront de ce redéploiement pour frapper ici ou là, selon des modes opératoires variés. Leurs deux filiations idéologiques principales – wahhabisme et weltanschauung des Frères musulmans – continueront à inspirer leurs attentats. L’Arabie saoudite et d’autres pétromonarchies continueront à financer recrutement, formation et assurance-vie des familles de leurs « martyrs ». Initiée par les Etats-Unis dans les années 1980, cette politique d’« instabilité constructive » continuera, outre le Loyen-Orient, à cibler la Russie, la Chine et l’Europe… L’éradication « officielle » de Dae’ch changera tout pour que rien ne change…

Au-delà des percées et des replis de la rébellion syrienne, l’enjeu géopolitique le plus large de la bataille d’Alep met en confrontation deux cartographies incompatibles : celle d’un nouveau Sykes-Picot, autrement dit le « Grand-Moyen-Orient » de George W. Bush et Condoleezza Rice – que les deux administrations Obama ont recyclé avec quelques nuances – et celle d’une réaffirmation des Etats-nations arabo-persiques issus du démantèlement de l’empire ottoman.

La première cherche à démanteler les Etats-nations pour les fragmenter en micro-Etats (type Kosovo ou Soudan du Sud), voire pour les re-tribaliser en autant de petits émirats sunnites, chi’ites, druzes, kurdes, etc. selon la bonne vieille recette des imperium (de Rome à l’Hyper-puissance américaine). A l’image ce de qui a été fait en Irak et en Libye, Washington, ses satellites européens, les pétromonarchies du Golfe, Ankara et Tel-Aviv exigent toujours le départ de Bachar al-Assad pour démanteler la Syrie en deux émirats sunnites (Alep et Damas), un micro-Etat druze sur le Golan et un réduit alaouite dans les montagnes qui dominent Lattaquié et Tartous.

La deuxième refuse cette logique de fragmentation, estimant que des Etats nationaux souverains constituent les « monades » essentielles pour résister à l’instauration de cette cartographie d’une mondialisation d’inspiration anglo-saxonne néo-libérale. En effet, les prédateurs de Wall-Street, de la City et de Bruxelles cultivent la même sainte horreur de souverainetés nationales empêcheuses d’exploiter en rond… Moscou (dans une moindre mesure Pékin), Téhéran, Damas, le Hezbollah libanais et plusieurs organisations palestiniennes misent toujours sur la défense et l’affirmation du fait national afin de garantir un monde multipolaire, ultime riposte à la World-company que Washington veut imposer à toute la planète, sous prétexte de « droits de l’homme » et de liberté du commerce.

C’est la première bataille d’Alep : celle d’une armée nationale syrienne qui travaille à reconquérir la totalité de son territoire national contre les hordes de jihadistes, mercenaires serviles de la mondialisation anglo-saxone. Sur ce front, on voit converger Dae’ch et d’autres groupes terroristes dont Jabhat al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie), remisant la fiction des « rebelles modérés, laïcs, sinon démocratiques » au rayon des illusions occidentales. A cet égard, Bouthaïna Chabaane, la conseillère de Bachar al-Assad a eu amplement raison d’affirmer dernièrement sur le plateau de la chaine de télévision libanaise Al-Mayadeen, que « la bataille d’Alep démasquait au grand jour les mensonges de la diplomatie occidentale ».

C’est la deuxième bataille d’Alep qui entérine la suprématie des groupes salafo-jihadistes sur les autres composantes de la rébellion syrienne (Armée syrienne libre et compagnies…). Sous-chef opérations de l’état-major des armées françaises, le général Didier Castres affirmait le 16 décembre 2015 devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat qu’il fallait en finir avec le « mythe des rebelles syriens modérés ». Loin de partager la même lucidité, les stratèges du Pentagone ont alors forcé la main des terroristes de Jabhat al-Nosra pour qu’ils annoncent, conférences de presse à l’appui, l’abandon de leur allégeance à Al-Qaïda. Ce tour de passe-passe de pure communication (l’ex-Nosra s’appelle désormais Fatah al-Cham), qui n’a trompé personne, était surtout destiné à permettre au Congrès américain de voter de nouveaux crédits à une rébellion d’apparence désormais plus respectable.

Et pour faire bonne mesure, un général saoudien rendait dernièrement visite à ses homologues israéliens pour coordonner l’appui logistique aux « nouveaux jihadistes de la liberté ». De leur côté, les forces spéciales turques et européennes (françaises notamment) pouvaient poursuivre leurs livraisons de matériels aux autres groupes terroristes réunis au sein de Fatah al-Cham. Se répètent ainsi les mêmes erreurs commises au Kosovo, lorsque plusieurs services européens (dont le service-action de la DGSE) armaient de pied en cap l’UCK1 du criminel de guerre Hashim Thaci qui deviendra Premier ministre du Kosovo…

Sur le terrain, les groupes salafo-jihadistes mènent depuis plusieurs semaines des opérations dans les quartiers du sud-ouest d’Alep. Ils ont réussi à s’infiltrer dans la localité de Ramousseh sans pour autant prendre le contrôle de l’est de la ville, essuyant de lourdes pertes. A l’ouest, le Hezbollah libanais a engagé une force spéciale dite « bataillon Rezwan » dans la région d’al-Hamadaniyeh. Cette contre-offensive a été suivie d’un autre déploiement, celui de 2 000 combattants de Al-Nojaba d’Irak. Les forces de ce bataillon ont déjà participé à la libération de certaines localités du Rif d’Alep. Des sources syriennes affirment que la bataille intense que mènent les terroristes vise à libérer les officiers de liaison turcs et occidentaux dont des français pris au piège à l’est d’Alep.

Selon le journal libanais As-Safir, citant des sources militaires syriennes, les Turcs ont dépêché l’une de leurs meilleures unités lors de la deuxième vague de l’attaque pour briser le blocus d’Alep. Elle comptait dans ses rangs des forces du Hizb al-turkestani al-islami et des Ouïghours, jihadistes chinois. Ces derniers éléments ont formé le gros lot des kamikazes qui ont lancé une attaque simultanée en provenance de l’ouest, au moment où les blindés syriens opéraient leur percée.

Les kamikazes chinois Ouighour2 rattachés au Parti islamique du Turkestan jouent un rôle déterminant dans cette deuxième bataille. Ils ont été redéployés du nord de Hama vers le sud d’Alep. Ils se sont fait exploser par dizaines (près d’une soixantaine) durant les deux premiers jours de l’offensive aux portes des complexes militaires du quartier de Ramoussa. Jabhat al-Nosra a pris le relais. « Ce qui est assez paradoxal est de voir ces brigades ouighour, tchètchènes, ouzbèques, ainsi que les jihadistes saoudiens figurer aujourd’hui parmi ceux que la presse occidentale s’obstine à nommer « rebelles modérés », explique un officier français de renseignement ; « sans parler du chef du Conseil islamique d’Alep, le saoudien Abdallah Mohaycini qui s’est imposé comme l’un des leaders incontestés de ces « modérés » promettant 72 vierges aux jihadistes s’ils réussissaient à briser le siège. On le voit dans une vidéo en train de galvaniser les jihadistes en décrivant la sensualité des vierges du paradis… »

Un autre fait capital n’a pas non plus été relayé par la presse occidentale : de généreux bailleurs de fonds saoudiens (encore eux !) assurent de substantiels versements aux familles des kamikazes ouighours par l’intermédiaire de plusieurs banques installées au Koweït.

Mais c’est une troisième bataille, elle-aussi occultée par les grands médias mainstream, qui pourrait s’imposer comme l’enjeu crucial des affrontements d’Alep : celle qui opposent désormais les forces kurdes à l’armée syrienne. Jusqu’à récemment, les Kurdes de Syrie (du PYD, aile syrienne du PKK – Parti des travailleurs du Kurdistan principalement basé en Turquie) observaient une certaine neutralité vis-à-vis de Damas, escomptant un statut d’autonomie au sein de la Syrie historique. Misant non seulement sur les jihadistes d’ex-Nosra, Washington a décidé de jouer aussi la carte kurde afin de prendre à revers les avancées de l’armée syrienne en direction d’Alep.

Pour répondre aux opérations aériennes russes qui s’effectuent désormais aussi à partir de bases iraniennes, la chasse américaine est intervenue dans la région d’Hassaké (au nord-est de la Syrie) pour appuyer la progression des forces kurdes. Des agents de liaison américains ont été identifiés également dans le Kurdistan d’Iran aux côtés d’activistes du PJAK (l’aile iranienne du PKK) ayant mené plusieurs opérations contre des convois de ravitaillement destinés aux Pasdarans engagés aux côtés de l’armée syrienne. Washington a même annoncé vouloir instaurer une « no-flying zone » dans cette partie de la Syrie. Parallèlement, les services israéliens redoublent d’activité aux côtés des organisations du Kurdistan d’Irak, qui malgré des divergences passées avec les Kurdes de Syrie, leur offrent désormais la profondeur stratégique nécessaire à la consolidation d’un front autonome à l’est d’Alep.

Quelles nouvelles promesses les Etats-Unis ont-ils fait aux organisations kurdes d’Iran, d’Irak, de Syrie et de Turquie ? A n’en pas douter, estiment plusieurs officiers européens de renseignement en poste dans la région, ce nouveau soutien américain massif (appuis aériens, matériels, encadrement et renseignement) aux différentes factions kurdes vise trois objectifs : empêcher la reconquête d’Alep par l’armée syrienne ; contenir la dérive militaire turque post-coup d’Etat ; et enfin, ouvrir une nouvelle guerre asymétrique dans le Kurdistan iranien.

Et, concluent les mêmes sources, cette troisième bataille d’Alep pourrait être la plus décisive afin de permettre une nouvelle partition ethnico-confessionnelle de la Syrie qui ne pourra pas être assurée par les seuls jihadistes soit disant modérés, laïcs et démocratiques… Cette troisième bataille d’Alep, de tous contre tous, ne va certainement pas favoriser les négociations de Genève ni un proche retour à la paix.

Richard Labévière
22 août 2016

 

1 L’Armée de libération du Kosovo ou UÇK (en albanais Ushtria Çlirimtare e Kosovës) est une organisation paramilitaire qui a combattu pour l’indépendance du Kosovo à la fin des années 1990. Après la guerre du Kosovo remportée grâce à l’intervention de l’OTAN, et suite à la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies le mouvement est dissout et intégré au Corps de protection du Kosovo. Certains de ses membres jouent toujours un rôle de premier plan dans la politique kosovare. Le mouvement a fait l’objet de nombreuses accusations de crimes contre l’humanité pour, entre autres, des faits de trafic d’organes et d’épuration ethnique à l’encontre des populations serbes et roms.
2 Les Ouighours représentent, en effet, l’ethnie la plus nombreuse du Xinjiang, soit 46% de la population (13 millions) malgré une « hanisation » galopante depuis l’arrivée au pouvoir de Mao. Il existe par ailleurs une diaspora ouïgoure très active regroupée dans le Congrès mondial des Ouïghours dont le siège est à Munich, l’Allemagne ayant accueilli de nombreux réfugiés politiques ouïghours. Cette organisation est présidée par Rebiya Kadeer, militante des droits de l’homme libérée des prisons chinoises, qui vit aux États-Unis où existe une association américaine des Ouïghours : le Uyghur Human Rights Project, forme classique des ONG soutenues par la CIA et le département d’État américain .

Et aussi

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23 décembre 2016

INFOBREF N°470- Italie et ses banques,la guerre en Syrie.

INFOBREF N°470

Le Zimbabwe lance sa propre monnaie

Alors que l’éventualité d’une création d’une monnaie unique africaine avait provoqué moult réactions, le Zimbabwe vient quant à lui de lancer sa propre monnaie. Une décision prise pour pallier des problèmes de liquidités, le pays étant à court de dollars. [...]

Pied de nez à l’Opep : la Côte d’ivoire annonce un doublement de sa production de pétrole

Pied de nez à l’Opep ? Alors que le cartel vient d’annoncer mercredi un accord en vue de réduire sa production, la Côte d’Ivoire vient d’indiquer que les volumes produits dans le pays ont doublé entre juin 2015 et juin 2016. [...]

Nouveau séisme au large de Fukushima : risques et inquiétudes demeurent, anomalies constatées

On a peut-être eu tort d’oublier un peu trop facilement le séisme survenu au Japon au début de semaine et le tsunami qui en a suivi. Le mardi 22 novembre dernier, l’Agence japonaise de météorologie (AJM) a enregistré un séisme [...]

La BCE somme l'Italie de sauver la banque Monte Paschi

La banque centrale européenne a rejeté la demande de la banque toscane de repousser de trois semaines son augmentation de capital de 5 milliards d'euros. Elle estime que c'est à l'État italien d'intervenir.

En pleine crise politique, l'Italie doit désormais éviter une crise de son système bancaire. La Banque centrale européenne (BCE) lui met la pression pour qu'elle se porte au chevet de la plus vulnérable des banques du pays et d'Europe, Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), au bord de la faillite. L'institution européenne a rejeté le délai réclamé par Monte dei Paschi qui souhaitait trois semaines de plus, soit jusqu'au 20 janvier, pour mener son augmentation de capital de 5 milliards d'euros. La BCE juge qu'il est temps que Rome intervienne, selon l'agence Reuters qui a révélé l'information ce vendredi.

L'action BMPS à la Bourse de Rome s'est alors mise à dévisser en début d'après-midi, perdant plus de 14% de sa valeur. Elle a fini la séance en recul de 10,5% (-84% en un an).

Un conseil d'administration doit se tenir dans la journée. Le gouvernement italien serait prêt à recapitaliser la troisième banque italienne pour éviter une liquidation, un "bail-out" envisagé ouvertement par  l'un des membres du conseil des gouverneurs de la BCE lundi. La direction de BMPS ainsi que les banques chargées de mener l'augmentation de capital ont été reçues ce vendredi par le ministre de l'Économie Pier Carlo Padoan. Monte dei Paschi est la banque ayant obtenu les moins bons résultats aux tests de résistance de la BCE cet été.



Mauritanie : Affrontements entre dockers et policiers

9 novembre 2016-Des heurts ont opposé lundi, aux alentours du port de Nouakchott, des dockers grévistes à des unités de la gendarmerie. Les affrontements interviennent après le mouvement de grève décrété par les porteurs, pour protester contre la décision de la direction du port de débarquer les containers directement dans les magasins commerciaux, dans le centre ville. Cette mesure réduit de manière substantielle les revenus des dockers, lesquels déchargeaient auparavant les marchandises des navires dans les dépôts ouverts sur les quais avant leur transport de nouveau par des camions.

Les affrontements de lundi Les affrontements de lundi



La Syrie comme levier électoraliste, par René Naba

décembre 6, 2016

source: http://www.renenaba.com/syrie-levier-electoraliste/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+enpointdemire+%28En+point+de+Mire%29

hollande-poutineLa tétanie française.

La France envisage de tenir une conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» en Syrie, le 10 décembre, en substitution au naufrage de l’opposition off shore syrienne pro-monarchique, dans une tentative désespérée de se maintenir à flot sur le plan diplomatique, après une succession de revers retentissants sur la Syrie, à l’arrière plan d’un rare exemple de décomposition du pouvoir conduisant le président François Hollande à renoncer un nouveau mandat, fait sans précédent dans les annales de la Vème République.

Le renoncement de ce chef de guerre sur la scène internationale, en Syrie et au Mali, a retenti comme une capitulation en rase campagne. Dans cette perspective, la conférence apparaît comme un lot de consolation d’un président en fin de mandat (Barack Obama) à un président en phase terminale d’un mandat crépusculaire.

Jamais pareil spectacle de tétanie au sommet de l’état ne s’est offert aux citoyens français, même au plus fort de la rivalité entre François Mitterrand et Jacques Chirac, lors de la 1 ère cohabitation socialo-gaulliste (1986-1988), ou de la rivalité inter-gaulliste entre le président Jacques Chirac et son ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy (2004-2006) ou encore au sein de la droite entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing (1976) ou enfin entre les socialistes François Mitterrand et Michel Rocard (1978-1980).

Cet exercice de la diplomatie française est d’autant plus frénétique qu’il se situe à proximité d’échéances électorales capitales, alors que François Hollande, dans les abîmes des sondages, a dû jeter l’éponge et que les principaux dirigeants de la droite française responsables de la guerre de Syrie, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, étaient projetés vers les oubliettes de l’Histoire à la faveur des primaires préliminaires à la campagne présidentielle de 2017.

La gauche, insensible aux risques de fragmentation, présentait 17 candidats aux suffrages des électeurs, en lice début décembre à la fin de la primaire de droite marquée par la victoire de François Fillon.

Le projet de conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» substitut au naufrage de l’opposition off shore syrienne pro monarchique

La Syrie paraît devoir constituer un levier électoraliste à connotation démagogique pour le pouvoir socialiste en France, à en juger par les démarches incessantes entreprises par le Quai d’Orsay, à proximité de la primaire socialiste devant désigner son prochain candidat aux élections présidentielles français du 22 avril 2017.

Le 20 octobre 2016, l’Élysée a ainsi réservé un accueil triomphal aux «Casques Blancs» opérant en Syrie dans une opération destinée, à la veille de l’attribution du Prix Nobel de la Paix, à conférer une visibilité accrue à une organisation financée par des organismes américains, opérant exclusivement dans les zones sous contrôle djihadiste.

Ci joint une étude allemande montrant que de nombreux « casques blancs » sont membres de groupes salafistes.

L’objectif sous-jacent était de signifier aux États Unis et à la Russie son mécontentement de sa mise à l’écart des négociations internationales sur la Syrie.

La nouvelle démarche française relève d’une séquence symbolique, marquée par le recueillement de François Hollande le 25 novembre sur la tombe du caporal Albert Chenouf, victime de Mohamad Merah dans le sud de la France, et par l’accueil le 1 er décembre du maire d’Alep.

Entre temps, la recomposition du paysage politique en Syrie, sous égide russe, a plongé dans la panique la diplomatie française, redoublant sa fureur, au point de faire capoter, via le chœur des islamophilistes de la blogosphère à sa dévotion, une conférence sur la Syrie qui devait se tenir au Mémorial de Caen, le 26 Novembre 2016.

Le camouflet russe a été d’autant plus cinglant que l’émissaire palestinien chargé de sonder pour le compte du Kremlin les divers protagonistes syriens sur la possibilité de tenir une conférence en Syrie même entre le pouvoir baasiste et l’opposition a pris soin de contourner l’escale de Paris.

Dans une tentative désespérée de remettre en selle la diplomatie française, dont elle est la roue dentée, Basma Kodmani, s’est fendue d’une interview à TELERAMA, dans laquelle l’ancienne porte-parole de l’opposition off shore syrienne, en tenue vert kaki, comme pour démontrer sa combativité, se déclarait disposée à «négocier avec la Russie», alors que Moscou n’en avait nullement l’intention, à tout le moins à ce stade des préparatifs.

Prenant acte de la déconfiture de l’opposition pro-monarchique syrienne, autrement dit l’alliance des forces obscurantistes parrainées par les pays les plus rétrogrades du Monde arabe, Paris a proposé la tenue d’une conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» dans un curieux retournement de situation, qui place la France sur la défensive après avoir été en pointe dans la militarisation du conflit syrien par son soutien inconditionnelle et absolu au Qatar et à la Turquie, les protecteurs de la Confrérie des Frères Musulmans et des autres groupements djihadistes.

La conférence se tiendra en présence des pétromonarchies arabes du golfe, les bailleurs de fonds des djihadistes, des États Unis, leur protecteur, et des pays européens, traditionnelle roue dentée de la stratégie atlantiste, alors que de larges secteurs d’Alep Est, bastion des djihadistes, sont désormais sous le contrôle du pouvoir central.

Indice d’une politique aberrante, en six ans de guerre, la France a indirectement abondé la trésorerie de Jabhat An Nosra de 16 millions d’euros, à titre de rançon à la libération de quatre otages journalistes français. Avec en prime, à ce groupement terroriste, la caution de la «Patrie des Droits de l’homme», paradoxalement le pays européen le plus sinistré par le terrorisme islamiste. Plus masochiste tu meurs.

Un satisfecit émanant, comme il se doit, de Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères le plus désastreux de la Vème République. Venant du plus capé des hiérarques socialistes, un tel quitus a résonné comme une insulte vivante à l’intelligence.

Alors que les forces gouvernementales syriennes sont lancées dans la reconquête d’Alep-Est et que le «Rizbollah» (selon la prononciation française matinée d’hébreu en vigueur chez les éditocrates) est promu au rang de stratège par ses interlocuteurs russes, ces petits cailloux du faux petit poucet à l’intention de l’électorat français retentissent comme autant de calculs électoralistes. Un acte de nanisme politique.

Sur ce lien un échantillon des fabulations de la graphomane de Libération sur la Syrie :

Et ses divagations sur Zohrane Allouche, chef du groupement djihadiste Jaych Al Islam, présenté comme étant «le combattant islamiste que tous adoraient détester».

Si une éventuelle conférence inter-syrienne se tenait sous le parrainage exclusif de la Russie, elle signerait par la même la relégation définitive de la France sur la scène diplomatique internationale, un des plus fébriles membres de l’Otan dans la guerre de Syrie.

Au début de la guerre, en sa qualité d’ancienne puissance mandataire, la France se positionnait en chef de file du «Groupe des pays amis de la Syrie», qui regroupait 105 pays, plaçant de surcroît à la tête de l’opposition off shore, deux bi-nationaux franco-syriens: Bourhane Ghalioune (Président) et Basma Kodmani (Porte-parole). Près de six ans après, elle doit se contenter du statut de pays «affinitaire».

Le délaissement de la France prélude à son déclassement

Le forcing diplomatique du tandem Nicolas Sarkozy-BHL sur la guerre de Libye en coordination avec Hillary Clinton, doublé du forcing de François Hollande pour le bombardement de la Syrie, prolongé du rôle de petit télégraphiste des Israéliens de Laurent Fabius dans les négociations sur le nucléaire iranien, ont fini par générer un agacement prodigieux que Barack Obama a voulu signifier à sa façon à ses interlocuteurs français.

Le président américain, tout au long de sa double mandature présidentielle (2008-2016), -couvrant aussi bien la présidence Nicolas Sarkozy que la présidence François Hollande-, n’a jamais,- bien jamais- effectué une visite d’état, voire une visite officielle en France, pourtant la «Patrie du Marquis de La Fayette», «le plus ancien allié des États Unis», limitant ses passages aux célébrations du débarquement de Normandie;

Et pour sa tournée d’adieu à l’Europe, Barack Obama a choisi Berlin, le nouveau centre de l’Europe et non Paris, pour prendre congé de ses partenaires européens; signe indiscutable sinon d’un déclassement à tout le moins d’un délaissement ou d’un délaissement prélude à son déclassement.

Le dégagement sans ménagement de Nicolas Sarkozy, l’ordonnateur des guerres de Libye et de Syrie, de même qu’Alain Juppé, apparaît rétrospectivement comme un avertissement sans frais aux futurs dirigeants de la France.

Au Royaume Uni, Tony Blair (travailliste) a été stigmatisé pour son rôle en Irak (2003) et David Cameron (Conservateur) fustigé pour son rôle en Libye (2011), alors qu’en France aucun dirigeant n’a été incriminé ni pour son rôle en Libye, ni pour son rôle en Syrie. Sans doute une marque de la supériorité de la «Patrie de Droits de l’Homme» sur la «plus vieille démocratie du Monde».

La marque du mépris à son peuple d’un pays prétendument «révolutionnaire» à qui fait défaut l’éthique de responsabilité.













 

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20 décembre 2016

Les Droits de l’homme bombardent la Serbie.

Pour le 50e anniversaire de l’OTAN, feux d’artifice sur Belgrade

Gérard Bad

Brochure d’ Echanges d’ octobre 1999

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dimanche 1er janvier 2006

« Au 26e jour de l’opération « Force Alliée », une chose est sûre : le sommet atlantique de Washington, vendredi et samedi prochains, ne sera pas la fête attendue. Les feux d’artifice et les flonflons qui devaient célébrer le 50e anniversaire de l’OTAN ont été annulés. »
Le Figaro, 19 avril 1999

1-Introduction

Ce sont 19 pays qui sous la bannière de l’OTAN mènent la guerre dans les Balkans, et notamment contre la Serbie, ce qui est nouveau c’est que cette guerre est la première en Europe contre un état souverain depuis la 2éme guerre mondiale, que l’Allemagne s’engage dans des opérations militaires offensives, que la France bombarde dans le cadre d’une opération de l’OTAN et que la Grande-Bretagne réclame une intervention terrestre..

En dehors de tout le tintamarre médiatique, et des collectes (efforts de guerre, intoxication humanitaire) qui vont de la croix rouge à la mobilisation dans les écoles pour « le nationalisme Kosovar » c’est toujours les intérêts économiques, le sauvetage du taux de profit qui poussent les grandes puissances à s’unir contre les capitaux les plus faibles pour le partage du butin. Depuis la liquidation de Yalta et le démembrement de l’URSS, le repartage du monde est à l’ordre du jour des jeux diplomatiques et l’Allemagne est au centre des contradictions comme puissance montante. L’alliance est une alliance pour le dépeçage du bloc de l’Est, il s’agit de repousser la Russie vers l’Orient et de lui couper tout débouché directe sur la Méditerranée, pour y parvenir il faut établir un véritable rideau de fer autour de la Russie. Sur ce point, les capitalistes européens, comme nous allons le voir, sont d’accord pour s’approprier par la guerre et la destruction les restes des pays d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale, mais ils redoutent comme la Russie que seuls les USA contrôlent les routes du pétrole vers l’Europe, ils auront donc tendance à soutenir la Russie et même pour certains à vouloir l’inclure dans l’Europe comme force militaire et ainsi voir émerger l’Europe Militaire capable de rivaliser avec les USA.. Une alliance Eurasie contre les USA c’est ce que redoutait Zbigniew Brzezinski dans son livre « Le grand échiquier », alliance qui permet (aux yeux des américains) de justifier aujourd’hui un budget de guerre colossal.

2- LA GUERRE COMME CONTRE-TENDANCE A LA CHUTE DU TAUX DE PROFIT

La baisse tendancielle du taux de profit, et surtout le ralentissement des possibilités de l’accumulation du capital sur une longue période, contraignent les capitalistes à une concurrence de plus en plus âpre à tous les niveaux : course à la « taille critique », concentrations, fusions, acquisitions d’entreprises... Tendance au renforcement de cartels mondiaux pour endiguer la chute du taux de profit . Ces mesures accélèrent du même coup, sur une base élargie l’accumulation du capital et donc toutes les contradictions du capitalisme. Les dévalorisations successives et les crises financières, bien qu’elles indiquent que le système est bien malade ( élimination de la pléthore de capital , c’est-à-dire du capital pour lequel la chute du taux de profit n’est pas compensée par sa masse), sont-elles aussi une manière de contrecarrer la baisse du taux de profit . Le capital n’est véritablement pas atteint, il se valorise toujours, mais toujours plus à la limite de ses possibilités, il est de plus en plus contraint de dévorer ses enfants pour survivre.

La guerre sous son aspect directement économique, est un investissement productif, dans le sens ou le but est de liquider ou de s’approprier le potentiel économique d’un autre pays, c’est à dire d’un capital moins puissant, de le mettre à genoux de l’endetter et de le tenir par les ficelles du FMI et de la Banque Mondiale comme une marionnette. Cependant la guerre coûte de plus en plus cher et en règle générale les capitalistes utilisent bien d’autres moyens de pression avant d’y avoir recours, le blocus, l’embargo, la déstabilisation politique, les coups d’Etats, guerre ethnique ( Afrique), les assassinats....

Le journal patronal « Les Echos du 21 avril 1999, sous le titre « La guerre par l’embargo », traduisait les angoisses de certaines entreprises face à la politique de l’ embargo ( spécialité américaine), qui finalement se retourne contre les capitalistes européens. « La célérité avec laquelle l’union européenne a annoncé la suspension des sanctions à la suite du geste de bonne volonté de Muammar Al-Kadhafi extradant deux suspects de l’affaire Lockerbie aux Pays-Bas, montre à quel point les Européens sont pressés de réintégrer ce pays dans la « communauté internationale. »

Lorsque, en 1980, les Etats-Unis demandent à l’Occident de faire le blocus de l’IRAN, puis de l’URSS, la réponse de Claude Cheysson membre de la commission européenne est très explicite :

« Nous ne sommes pas solidaires des américains, comme eux, nous avons nos intérêts et nous les exprimons parallèlement, souvent comme eux, lorsqu’ils discutent avec les russes, les américains s’expriment en terme de puissance ; puissance militaire, utilisation des autres armes dont ils disposent. Il y a bien longtemps que les américains parlent de l’arme alimentaire. Je n’ai jamais entendu dire qu’aucun de nos pays n’ait jamais utilisé cette expression de l’arme alimentaire. Je ne crois pas qu’il soit de l’intérêt de nos pays d’envisager le problème de l’alimentation du monde en terme de puissance. Nous n’avons certainement pas intérêt à ce que les circuits commerciaux dans ce domaine soient bouleversés, à ce que la pénurie alimentaire ( qui est la deuxième après l’énergie et qui se dessine dans la même perspective) soit aggravée par des modifications brutales des courants commerciaux, par des fermetures ou des ouvertures. Nous avons protesté contre le boycott pétrolier. A mon avis, nous devons avoir la même approche en ce qui concerne le boycott alimentaire...

Je serais très étonné que les pays européens ( il leur appartient certes de décider, ce n’est pas à la commission ou à la communauté européenne que la décision revient) envisagent de brandir cette arme » ( le monde du 15/01/1980

La guerre des Balkans , n’est pas suffisante en elle-même pour véritablement jouer sur le taux de profit global ( seules quelques entreprises , les cartels pétroliers, et les complexes militaro-industriels vont en bénéficier )1 le démantèlement de l’URSS n’y est pas parvenu , mais au contraire a miné les espoirs de certains capitalistes qui pensaient faire de bonnes affaires. Ce qui veut dire que la guerre entre l’OTAN et la Serbie est une guerre de position, on prend place et on se positionne pour un conflit plus large, certains parlent d’une guerre entre l’Europe et les USA, bien que cette éventualité n’est pas à écarter . Le journal le monde du 22 avril 1999 titrait : « guerre contre les serbes ou guerre contre l’Europe ? » avec comme commentaire que la guerre des Balkans serait destinée à briser « le dernier obstacle majeur aux puissances de l’argent utilisant le drapeau américain pour empêcher tout espoir d’une planète multipolaire : l’Europe ». L’autre éventualité, celle d’un arrangement entre les trusts les plus puissants d’Europe et ceux des USA pour le contrôle de la planète est tout aussi vraisemblable pour l’instant, l’objectif d’un condominium USA/ Europe est bien réel comme en témoigne « Le Monde diplomatique » .

« Mais le document signé au sommet transatlantique de Londres le 18 mai 1998, a un autre objectif : instaurer un condominium Etats-Unis - Union Européenne en mesure d’imposer sa volonté au reste du monde, et en particulier aux pays du Sud, dans les négociations qui doivent s’ouvrir en décembre à l’OMC . »Le journal « Le monde diplomatique » ( L’ AMI nouveau va arriver de Mai 99).

Pour que le conflit Europe/USA prenne un tour plus sérieux, il faudrait déjà que l’Europe se dote d’une armée Européenne2 , Jospin l’a évoqué à plusieurs reprise ; ce qui laisse entendre que la France est pour accélérer le processus. Une chose est certaine c’est que le conflit du KOSOVO vient , de mettre hors circuit l’ONU3 et le CONSEIL de sécurité. Ce qui prend comme signification, que l’on écarte « le parlement » au profit de l’exécutif « les forces de l’OTAN »4 , c’est donc un coup d’Etat militaire à l’échelle mondiale qui vient de se produire. Il est même possible qu’à l’avenir les USA fassent cavalier seul, c’est ce qui ressort du rapport annuel du département de la défense US.

« En tant que seule nation capable de mener des opérations à grande échelle intégrées ( c’est à dire polyvalentes) sur des théâtres très éloignés de ses frontières, les Etats-Unis occupent une position unique (...) ,Pour conserver leur suprématie, les Etats-Unis doivent entretenir des forces toujours prêtes à intervenir, polyvalentes et capables de mener une vaste gamme d’opérations et d’activités militaires. » rapport annuel du département de la défense US.

Déjà, en 1981 les Etats-Unis indiquaient clairement leurs objectifs :

« L’armée américaine doit être prête à déployer deux guerres de grandes envergures en même temps l’une en Europe et l’autre dans une autre région du monde par exemple le Moyen -Orient ».Weinberger secrétaire de la défense US juin 1981.

« La 3émé Guerre mondiale est-elle commencée ? » s’interroge dans le N°14 de Prométhée « la gauche communiste du PCF » si elle n’est pas commencée nous commençons à en connaître les contours et intérêts, avec toutes les hésitations et retournement d’alliance propres aux grandes guerres. Avec plus de 300 conflits depuis la seconde guerre mondiale ont peut même se demander si la seconde guerre mondiale a vraiment pris fin.

3- UNE GUERRE POUR LE CONTROLE DES SOURCES ENERGETIQUES.

Le démantèlement de l’URSS, a aiguisé les appétits des grandes puissances pour le contrôle des sources énergétiques des pays riches en hydrocarbures, notamment ceux qui bordent la mer Caspienne.
Les pays concernés par le contrôle de cette zone sont les USA, L’Europe, la Chine, l’Iran, la Russie et la Turquie. La Turquie fidèle alliée des USA et membre important de l’OTAN forte d’une armée de 639000 hommes , se proposait comme la Grande- Bretagne, dès le début de la guerre des Balkans pour une attaque au sol de la Serbie. Son objectif étant d’obtenir auprès des USA le rôle de second pour la maîtrise des routes du pétrole et du gaz des pays turkmènes de l’ex-URSS. Après plus de 70 ans d’absence de la région, les trusts pétroliers des grandes puissances reviennent au pas de charge .

Signature le 20 septembre 1994, du « contrat du siècle » d’un montant de 8 milliards de $ avec British Pétroléum, Amoco, American Exxon, Pennzoil, Unocal et le russe Lukoil (L’Iran est exclu de ce contrat par les USA). Ce Consortium International du nom d’ AIOC est une entente « pacifique » pour l’exploitation de 3 champs offshore situés en eau profonde (Azéri, Chirag et Guneshi). Après la signature de ce contrat des divergences au sein du pouvoir russe vont se manifester contre le Consortium International ; Bakou capitale de l’Azerbaïdjan fut menacée par la Russie de sanctions économiques. En effet un conflit important va opposer l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan à la Russie et au Turkménistan, les premiers considèrent les champs offshore au large des côtes comme dépendant de leur souveraineté, les seconds, s’appuyant sur des traités signés avec l’Iran en 1921 et 1940, estiment que la mer Caspienne s’apparente à un lac, et est propriété commune des 5 états riverains.
Le 13 novembre 1996, la Russie, le Turkménistan et l’Iran signent un accord prévoyant la constitution d’une société mixte chargée de la prospection offshore, et en mai 1997 le ministre des affaires étrangère du Turkménistan revendique les champs d’Azéri et une partie de ceux de Chirag ( la Nezavisimaia Gazetta du 30 mai 97).

La « guerre des oléoducs » va commencer,1 l’Iran va tenter de ramener de son côté les pays de l’Asie centrale et notamment l’Azerbaïdjan, en leur offrant un accès à un important réseau d’oléoducs. Les compagnies occidentales optent pour la filière turque qui transite par la Géorgie via la côte méditerranéenne turque. La Russie propose son réseau ( Bakou, Grozny, Tikhoretsk, Novorossisk, Touapse).

La politique des USA, et de l’OTAN ne cesse d’acculer la Russie, en s’attaquant à la Serbie alliée historique des Russes. Ils viennent de démontrer une fois de plus leur intention d’isoler complètement la Russie et de lui interdire les principales routes du pétrole et du gaz. Consciente de cette politique , la Russie comme nous allons le voir, va repasser à l’offensive.

4° - LES INTERETS DES GRANDES PUISSANCES
DANS CETTE GUERRE INTERNATIONALE.

Dans cette partie, nous allons développer notre analyse de la guerre surtout sur la Russie, la France et l’Allemagne ; la politique des USA est constamment indiquée dans l’ensemble du texte ainsi que l’importance de la Turquie et de la Chine...

LA RUSSIE REPASSE A L’OFFENSIVE.

Au moment de l’éclatement de l’URSS en décembre 1991, la menace d’une balkanisation de l’espace soviétique va précipiter la création de la C.E.I. La disparition de l’empire soviétique va donner naissance à quatre nouveaux états ( la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan. Ces pays ont en commun de posséder des armes nucléaires, vis-à-vis des ces pays, la Russie est la nation dominante, plus de 25 millions de russes vivent hors de ses frontières. Si la Russie le voulait, elle pourrait allumer, au nom de l’autodétermination des Kosovos en Ukraine, en Moldavie, dans les pays Baltes, au Kazakhstan ou les russes sont majoritaires. Si la Russie ne le fait pas, c’est qu’elle est sur la défensive et qu’en 1992 sa politique extérieure est complètement favorable à l’introduction du libéralisme et des valeurs occidentales (démocratie, droit de l’homme et économie de marché).
De plus, elle va se trouver après son éclatement aux prises avec une série de conflits dit « ethniques » ou les forces d’interposition ( mot à la mode) de la CEI et pas seulement de la Russie vont devoir intervenir ( Ostéite du Sud juillet 1992, Transnistrie juillet 92, Tadjikistan septembre 93) . Cependant dés 1992 par vote du parlement la Russie déclare « illégal et nul » le transfert de la Crimée (70% de russes) à l’Ukraine. La Russie veut encore séduire l’occident et se faire admettre de la « communauté internationale ».
La fin des illusions.
C’est au sommet de Minsk des 12 chefs d’états de la CEI ( le 22 janvier 1993) que les déboires commencent, l’économie russe est au point mort, et l’inflation toujours importante. Les russes ne vont pas tarder à avoir un certain ressentiment vis-à-vis de l’occident, l’aide se fait attendre et les dirigeants russes et surtout les militaires sont de plus en plus convaincus d’avoir « lâché la proie pour l’ombre ».
C’est dans l’amertume que la Russie perçoit son retrait d’Europe centrale et son recul général dans le tiers monde.
En 1993, quatre forces politiques sont en présence en Russie, ceux toujours confiants en l’Occident, ceux qui considèrent que l’ouest est l’ennemi éternel de la Russie et qui se prononcent pour une alliance avec les pays de la CEI, la Chine et l’Iran. C’est cette tendance qui semble l’emporter depuis. Ensuite, nous avons les ultra-nationalistes , pour qui le monde entier est contre la Russie et enfin les centristes démocrates qui voudraient la bonne entente avec tous.

La Russie va donc faire sentir à l’Occident et surtout aux USA qu’elle n’entend plus reculer d’un seul pouce. Elle va donc mener une double politique, d’une part elle va chercher à faire admettre aux instances internationales, son rôle de gendarme régional de la CEI . Le secrétaire du Conseil des ministres de la Défense de la CEI (Leonid Ivachov) considère qu’il faut un nouveau « pacte de Varsovie » pour défendre toute l’ex-URSS . De 1993 à 1994, la politique russe va s’affirmer dans ce sens et le 6 février la 201 éme division russe motorisée reste au Tadjikistan.

Le 18 février 1993, B. Elsine décrète l’embargo sur les fournitures d’armes et de technologies militaires aux états de la CEI, le 20 février, Soukhouni (Géorgie) est bombardé par les russes ; le 17 mars la Russie met fin à sa décision d’appliquer le prix mondial du gaz aux états de la CEI sortis de la zone rouble , c’est donc une faveur pour reconstituer le « Comecon ». Le 4juillet la Géorgie et l’Abkhazie sont menacées de rétorsions économiques si elles refusent un cessez -le-feu.. Le 3 septembre 93 l’accord de Massandra avec l’Ukraine va annuler la dette énergétique de celle-ci en échange de la restitution des ogives nucléaires, de la flotte de la mer noire et du port de Sébastopol qui sera confirmé le 6 novembre 93,avec la ratification de START-I par l’Ukraine.

La Russie effectue une véritable reprise en main de son empire, tout en jouant sur les contradictions Europe /USA / Tiers-monde En Octobre 93, l’Azerbaïdjan et la Géorgie adhérent à la CEI, le 3 mars 94 conclusion d’un accord économique d’intégration avec l’Ouzbékistan, et le 25 mars 94 la CEI obtient le statut d’observateur à l’ONU.

En Avril 1996, Boris Eltsine et Jiang Zemin signent un pacte militaire sans les Occidentaux et le Japon avec trois pays d’Asie centrale ( Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan) en dénonçant les prétentions de Washington à exercer un leadership mondial.
Au moment de la guerre du Kosovo , Eltsine donne l’ordre de pointer les missiles sur les pays de l’OTAN.
Clinton, suite aux opérations de l’OTAN sur le Kosovo a déclaré que l’opération pouvait se répéter « si nécessaire ailleurs en Afrique ou en Europe Centrale ». Quelques jours avant cette déclaration, l’Azerbaïdjan en conflit avec l’Arménie à propos de l’enclave sécessionniste à majorité arménienne du Haut-Karabakh (territoire azeri) a réclamé l’arbitrage de l’OTAN.

L’Azerbaïdjan a le soutien des USA et de la Turquie sous forme de conseillers militaires. Quant à l’Arménie, elle est armée par la Russie. But de l’opération : qui mettra la main sur les oléoducs du Caucase ?

Début juin 1999, débarquement des troupes russes, à la surprise de tous, sur l’aéroport de Pristina.

Le sommet de Cologne du 18 au 20 juin 1999 a officiellement voulu montrer, une réconciliation entre la Russie et l’Occident. En réalité, Eltsine attendait le nouveau prêt du FMI de 15 milliards de $ ; la conséquence sera la réduction des allocations pour le peuple russe. D’autre part Eltsine a engagé la Russie sur la voie d’une coopération russo-USA sur le nucléaire militaire. Des contacts russes avec l’OTAN sont à l’étude, des négociations sur le traité de désarmement Start-III et sur le traité antimissiles
(HBM) seront engagées à l’automne.

LA FRANCE VEUT SON ARMEE EUROPEENNE.

Il faut remonter à la guerre de Suez, pour « libérer le canal du nationalisme arabe », pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui. En effet c’est après l’échec de la campagne d’Egypte ou les impérialistes franco-anglais bombardèrent Pord -Saîd ( 15 000 morts dans la population civile) qu’ils vont relancer l’idée de la CED ( Communauté Européenne de Défense) .
Les américains, qui avaient poussé à la guerre, jouèrent encore sur les deux tableaux . Tout en encourageant les préparatifs de guerre des trois puissances (USA, France ,Grande-Bretagne) ils restèrent dans l’expectative au moment du conflit afin de se faire bien voir des pays arabes producteurs de pétrole.Ceci explique pourquoi les européens ne se sont pas précipités au côté des USA dans l’affaire du minage du Golfe. Quand la France à la manière de Tatcher aux Malouines envoyait le porte-avion Clémenceau au Moyen-Orient, c’était pour démontrer que la bourgeoisie française était en mesure d’assumer non seulement sa propre défense mais aussi celle de l’Europe aux quatre coins du monde. C’est une constante de la politique de la bourgeoisie française aussi bien de gauche que de droite.

En 1991, lors de la Guerre du Golfe, Mitterrand va réaffirmer cette vision :

« Il faut que vous en soyez sûrs : protéger le droit dans le golfe au Moyen -Orient, aussi loin de nous qu’il semble sur une carte de géographie, c’est protéger notre pays » Message à la nation 17/1/1991.

Avec la guerre des Balkans, la question de former une armée européenne a fait l’objet d’une campagne médiatique franco -allemande, si durant les année 1950 la défense de l’europe était envisagée le plus à l’Est possible en autorisant l’armement de la RFA ( proposition américaine). Le Président de la République de l’époque René Pleven proposa le 24 octobre 1950 la création d’une armée européenne qui serait associée à des institutions politiques européennes. Les USA, pas très chauds pour cette initiative française acceptèrent de discuter du projet.

Pour les USA, la CED devait permettre la mise en place d’une armée européenne de défense sous commandement suprême de l’OTAN ( c’est-à-dire des USA.)comme cela vient de se produire dans les Balkans. Pour la bourgeoisie française, l’enjeu consistait à prendre la tête de la CED et ne pas laisser la RFA se relever avec l’aide des USA. Les USA étaient furieux et Foster Dulles menaça directement la France de procéder à une révision déchirante de leur politique étrangère. L’arrivée d’un militaire ( le Général De Gaulle) à la tête de l’état français, va confirmer la politique indépendantiste de la France vis-à-vis des USA, le 7 mars 1966, De Gaulle1 annonce au président Jonhson que la France se retire de l’OTAN. L’impérialisme français voulait voler de ses propres ailes, et avec la « FORCE DE FRAPPE » il va se doter de l’un des plus importants complexes militaro-industriels du monde. La Défense nationale et le poids du complexe militaro-industriel de la France a toujours été une pièce maîtresse de la diplomatie française, le leader du RPR J . CHIRAC aujourd’hui Président de la République disait le 23 janvier 79 :

« Lorsque nous voyons le débat européen se situer exclusivement en terme de comparaison économique, nous disons que ce n’est pas la bonne voie. C’est peut être la bonne voie pour l’Allemagne, à qui cela a permis de se hausser au rang des plus grandes nations du monde . Et nous avons pu le voir récemment je dirai avec quelque étonnement à la Guadeloupe. Mais ce n’est pas l’intérêt de la France, qui a d’autres atouts que sa capacité marchande ( elle doit en être bien consciente) et d’autres responsabilités internationales ».

Pour bien montrer, qu’elle ne renoncerait pas à son objectif, la bourgeoisie française avait pu se permettre de refuser le système d’alerte aéroporté de l’OTAN en se dotant elle-même de son propre réseau de « radars volants ».

Depuis, la bourgeoisie française a été contrainte de louvoyer, elle est depuis 1993 de nouveau membre de l’OTAN, en échange de cette participation la France de Chirac a essayé d’obtenir le commandement sud de l’OTAN ( celui qui couvre la zone des Balkans) les USA ont bien entendu rejeté cette demande parce que le but des USA est de neutraliser les ambitions françaises d’une Europe militaire indépendante. Le simple fait que le 4 décembre 1998, au sommet franco- britannique de Saint-Malo Tony Blair se déclare favorable à une armée européenne a provoqué la réaction suivante des USA : « nous ne voulons pas que l’identité européenne de défense sape la vitalité de l’OTAN »devait dire Madeleine Albright.

L’ALLEMAGNE VEUT SA MITELLEUROPA.

.Le capitalisme allemand depuis la réunification des deux Allemagnes s’implique de plus en plus dans des actions visant à regagner sa sphère d’influence de la Mitelleuropa3 au détriment de la zone slave2 . De plus il dispute à la France son rôle hégémonique dans la création d’une armée européenne indépendante à laquelle il veut collaborer d’égal à égal avec la France. Le dépeçage de la Yougoslavie mis en œuvre en 1991 par la RFA et les USA pour des raisons différentes, l’Allemagne ayant toujours son problème d’accès à la Méditerranée et les USA le contrôle de l’Europe et de la Méditerranée ( la route du pétrole vers l’Europe).
L’affaire du dépeçage commence en 1988 , quand Tudjman (futur président de la Croatie) rencontre Kohl pour envisager la création d’un état croate, par la suite les présidents croate et slovéne demandent le patronage de l’Allemagne pour tenir à Francfort une « conférence yougoslave », le patronage va plus loin, Bonn finance le HDZ, parti nationaliste de Tudjman qui renporte les élections. Le 25 juin 1991 les parlements slovéne et croate se déclarent indépendants, le lendemain la Deutsche Bank se dit prête à aider les deux républiques. L’Europe des 12 est divisée et plutôt opposée aux indépendances. Le 17 septembre la Macédoine devient elle aussi indépendante (après référendum). Fin 1991 le conflit entre les indépendantistes croates et l’armée fédérale augmente d’intensité ; le gouvernement allemand va livrer des chars et des obus à la Croatie5 et décrète le blocus complet du trafic vers la Serbie et le Montenegro. De Cuellar ( ONU) et Lord Carrington ( médiateur européen) mettent en garde contre une reconnaissance pouvant générer une guerre civile.

Le 23 décembre 1991, l’Allemagne reconnaît les deux Etats, le Vatican le 13 janvier 92, la CEE le 15 janvier 92, la Russie le 17 janvier, les USA le 7 avril et Israêl le 16 avril. Le 28 février 1992, le Référendum sur l’indépendance de la Bosnie imposé par la CCE déclenche la guerre civile.
L’Allemagne, il est bon de le rappeler, exporte aujourd’hui davantage vers le bloc de l’Est que vers les USA et dans l’ex-Yougoslavie elle est le premier importateur et exportateur .

En août 1995, c’est l’évacuation forcée des populations serbes de Krajina ( 200 000 personnes).

Depuis les événements n’ont fait que confirmer, cette volonté de l’Allemagne d’étendre ( avec l’approbation des USA) sa zone d’influence vers les pays de l’Europe de l’Est, comme ci les USA voulaient de cette manière faire éclater l’Europe en trois pôles : Europe du Nord avec la Grande -Bretagne à la tète, l’Europe latine ou du Sud avec la France comme locomotive, et l’Europe de l’Est avec l’Allemagne et la Turquie.

L’ALBANIE COMME PLAQUE TOURNANTE DES USA EN EUROPE.

L’ Albanie il faut s’en souvenir est le premier pays du bloc de l’Est à avoir intégré l’OTAN. Non seulement à l’intégrer, mais à offrir aux américains une véritable base militaire ; les séminaires et séjours d’officiers albanais aux Etats-Unis sont réguliers. Le Pentagone a affecté quelques millions de dollars de son budget pour militariser « La grande Albanie ». Depuis 1994 des avions espions du ministère de la Défense américain ainsi que la CIA utilisent les bases albanaises pour des missions de reconnaissance en ex-Yougoslavie (informations publiées dans le journal Courrier international du 7/12/95 sous le titre « Les marines accueillis à bras ouverts par Tirana »). De là à dire que les 9 millions d’Albanais des Balkans (deuxième communauté ethnique après les Serbes dans la région) servent comme les Kurdes de monnaie d’échange aux USA pour mener leur politique de « pacification » il n’y a qu’un pas à faire. Sali Berisha, l’avait ouvertement proclamé « Les Balkans sont en flammes. Il faut éteindre ce feu et le seul moyen d’y parvenir, c’est en assurant la présence de l’OTAN »2 .

L’éclatement voulu de la Yougoslavie, va modifier profondément les axes de communication de la région, l’axe traditionnel nord-sud est concurrencé par l’axe est-ouest qui va relier directement la Mer Noire à l’Adriatique , la Turquie à l’Albanie ( autoroute verte et voie ferroviaire). Cependant la construction du tronçon de voie ferrée entre la Macédoine et la Bulgarie va faciliter l’arrivée de l’Islam jusqu’au Kosovo (province serbe peuplée à près de 90% d’Albanais musulmans de souche).
De par leur histoire, les nationalistes serbes ne peuvent pas admettre de perdre ce territoire, qui est le foyer mythologique serbe depuis le moyen âge ; le Kosovo y fut le théâtre d’une bataille devenue l’une des épopées centrales de la tradition orale serbe pendant des siècles. Au cours de cette bataille, le roi Lazare et toute la chevalerie chrétienne, selon la tradition , préférant le sacrifice à l’esclavage livra bataille et y fut anéanti par l’armée ottomane . De plus économiquement, la Macédoine va devenir plus indépendante avec la réalisation des nouvelles liaisons et la Serbie va perdre un marché important, de même que la Grèce4 qui a un projet concurrent « Egnatia » du nom de la voie romaine qui reliait dans l’antiquité, le port albanais de Durrës à Salonique ( il a obtenu le financement des douze). ( source Le Monde du 22 avril 94)

5°-SUR LE DROIT DES PEUPLES A DISPOSER D’EUX-MEMES, ET L’AUTODETERMINATION.

Déjà au moment où Lénine posait sa revendication bourgeoise démocratique du « droit des peuples à disposer d’eux- mêmes » , le cycle des révolutions bourgeoises était clos et la 1ére guerre impérialiste en était la preuve. Il ne pouvait plus y avoir que des partages et repartages du monde. La question de la Pologne de l’époque 1848/1900 allait faire dire à Mehring :

« Le temps est passé où la révolution bourgeoise pouvait créer une Pologne libre ; à l’heure actuelle, la renaissance de la Pologne n’est possible que par la révolution sociale, lorsque le prolétariat contemporain aura brisé ses chaînes. » (T 6 des oeuvres de Lénine p 481 édt Moscou). Lénine va approuver ce texte avec certaines réserves révélatrices pour le futur.

Si la question nationale était morte dans les faits, ni la classe capitaliste, ni le prolétariat n’y ayant intérêt, la question nationale et le nationalisme se transformèrent en idéologie pour séduire la petite bourgeoisie et la paysannerie et surtout comme moyen réactionnaire pour écraser les révoltes de la misère. La grande vague des luttes de libération nationale n’a été qu’un étouffoir et une pure illusion pour les soit disant -peuples à libérer.
Le « droit à la libre disposition » aura pour conséquence d’affaiblir la révolution mondiale , le 1er congrès de l’Internationale est conscient du danger que signalait Rosa Luxembourg et que la pratique révolutionnaire prouvera :

« Les vainqueurs ont arraché à la Russie sans défense, des contributions et des annexions, ils ont utilisé le droit de libre disposition des peuples comme prétexte d’une politique d’annexions, en créant des Etats vassaux, dont les gouvernements réactionnaires favorisèrent la politique de rapine et réprimèrent le mouvement révolutionnaire des masses laborieuses » Thèses sur la situation internationale et la politique de l’entente 1ére Internationale Communiste page 22 édition MASPERO

Au lieu de resserrer davantage les liens du prolétariat mondial, de comprendre que la révolution amorçait une période de reflux, les bolcheviks élargiront le front uni mondial. L’ impérialisme, deviendra un super-capitalisme, que les prolétaires peuples et nation opprimés doivent combattre. Le monde n’était déjà plus divisé en classes, mais en termes hors classes « les grandes puissances » d’une part et « les opprimés de l’autre », les riches et les pauvres ( le nord et le sud aujourd’hui) dont le représentant le plus idyllique fut le guévarisme avec ses « allumons un deux trois Vietnam ». Plus les contradictions du capitalisme s’accentuaient, plus nous avions de nouveaux fronts, les non -alignés, puis la version chinoise du front uni mondial contre les deux super- puissances (USA/URSS) et depuis un certain temps une espèce de front contre les USA.
Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est justement un éclatement des états sous la pression du Capital qui se mondialise. Celui-ci va chercher dans l’histoire les moyens de diviser et rediviser le monde en fonction de ses impératifs économiques et politiques.

Aujourd’hui le Kosovo, demain le Québec, la Belgique entre Wallons et Flamands , l’Inde et le problème du Cachemire, L’Indonésie et le Timor ,en Amérique du Nord, entre la Colombie britannique, l’Alberta et L’état de Washington., le Turkestan oriental fait déjà appel à l’OTAN pour se scinder de la Chine (depuis la découverte de gisements de pétrole). Ces regroupements (Europe des 15) et ces éclatements prouvent justement que la question nationale n’a plus de sens, même pour la bourgeoisie, seuls des arriérés peuvent encore soutenir le « droit à l’autodétermination ».

Lénine sépare les nations et le capitalisme : « De libérateur des nations, le capitalisme impérialiste est devenu oppresseur des nations » (le socialisme et la guerre Tome 21 ,p 312) D’un côté existent les nations, de l’autre le capitalisme. Au 19 éme siècle , le capitalisme ne libérait pas les nations en général, il libérait la bourgeoisie. La nation est une catégorie politique du capitalisme. En 1914/18 et après, les luttes de libérations nationales ont toujours le même objectif,le repartage du monde en faveur du capital le plus puissant.

Lénine rattache la démocratie bourgeoise ( liberté des nations) à la révolution socialiste par le moyen de la lutte contre les grandes puissances. A la thèse de Parabellum (Radek) : « Toutes les questions nationales se posent dans le cadre de l’impérialisme », Lénine répond : « L’oppression nationale s’élargit et s’aggrave sur une nouvelle base historique » ( Le prolétariat et le droit des nations, Tome 21, p 423).

Alors que Parabellum comme Kievski, part du fait que nous sommes à l’époque de la révolution sociale et que les prétendus « intérêts nationaux » unissent les prolétaires à leur bourgeoisie, les isolent des ouvriers des autres pays et divisent le prolétariat mondial,Lénine prend l’impérialisme comme « base historique » mais le fait principal qu’il met en avant est l’oppression des nations en général., alors que pour nous l’impérialisme globalise le monde et met à l’ordre du jour la révolution sociale mondiale.

Il faut espérer que ce conflit, comme bien d’autres ajoutera un clou au cercueil de cette vieille revendication démocratique reprise tactiquement par Lénine pour isoler « les impérialistes », de même que cette « autodétermination » qui n’est faite que pour mettre un paravent aux véritables mots d’ordre internationaliste « l’ennemi c’est la bourgeoisie mondiale et le capital » , « défaitisme révolutionnaire » . Par conséquent il ne s’agit pas d’aider « les peuples » ni de revendiquer auprès de JOSPIN l’accueil de 100 000 Kosovars, ni de faire des quêtes pour soutenir l’effort de guerre, ni d’exiger l’armement de l’UCK. Il s’agit d’accentuer la lutte des classes dans chaque pays et d’en montrer le caractère mondial. La crise est aujourd’hui suffisamment profonde pour que l’aspect subjectif colle à la réalité objective. La guerre à laquelle se prépare le Capital c’est la guerre civile et ceci au travers de guerres ethniques ou autres, où la misère est poussée à se battre contre la misère avant qu’elle ne le déborde. On ne nous prendra pas au piège de l’intervention « humanitaire » et de « l’autodétermination ». D’ailleurs le « New York Times » du 11 juin 1999 nous donnait un avant-goût de ce que sera le « Nouveau Kosovo » c’est-à-dire le Kosovo sous la tutelle de la KFOR. Le Kosovo sera un « Etat sans taxes ni impôts » dont les monnaies officielles seront le mark allemand et le dollar américain.

6°- L’ETAT ET L’IDEOLOGIE JURIDIQUE.

Dans le texte qui va suivre, nous allons nous attacher à critiquer plus spécialement l’idéologie juridique. En effet, l’idéologie juridique n’est pas en elle-même le « Droit » ou la « Loi » elle est le véhicule moralisateur indispensable à son bon fonctionnement. Le rôle de l’idéologie juridique est de justifier en permanence le bien- fondé ( pour l’espèce citoyenne) des contraintes de l’Etat, à les présenter comme naturelles et indispensables à la sécurité du citoyen. Toutes les guerres sont parvenues à mobiliser les peuples au nom d’idéaux divers défense de la civilisation de la patrie, guerre juste, guerre antifasciste, guerre de libération populaire ou nationale...Depuis quelques temps, les guerres sont menées sous le couvert des droits de l’homme, du droit international humanitaire et depuis le Kosovo du droit d’ingérence humanitaire. La juridicialisation des guerres n’est pas nouvelle elle commence avec la Convention de Genève de 1864. Ce qui est nouveau c’est le côté arbitre et de gendarme mondial que le droit international veut imposer comme nécessaire « quand des peuples barbares procèdent à des guerres ethniques » ou que les sacro-saints droits de l’homme ne sont pas respectés ; et pour punir les méchants , la mise sur pied d’un Tribunal Pénal International....

Comme toutes les guerres se préparent sous le manteau de la paix, la guerre des droits de l’homme prend un visage humain, elle se veut non seulement civilisatrice , mais aussi humanitaire et justicialiste, elle ne vient pas pour tuer, mais pour départager « à son profit » les guerres des barbares au nom de la bible des droits de l’homme.

La bible juridique est donc enseignée par la civilisation, dés l’école primaire par les tenants de la laïcité. L’état de droit se veut neutre, sa religion le place comme dieu au-dessus des classes et des partis, il est le représentant, l’aliénation en acte, par la « démocratie » de la souveraineté du pouvoir du peuple.. L’état de droit reconnaît les classes y compris même les oppositions de classes ; ce qu’il cherche à faire en permanence s’est de concilier ces classes sur la base de l’exploitation millénaire de l’homme par l’homme. La politique contractuelle des organisations syndicales est l’acte premier de cette « fraternisation républicaine » entre les classes, le contrat de travail en est le second, entre l’acheteur et le vendeur de « force de travail » qui traite d’égal à égal « l’égalité républicaine » ,quant à la « liberté, » elle devrait s’arrêter là où elle entrave celle de l’autre. L’homme contraint de vendre sa force de travail n’est pas un homme libre.
Tout le monde sait ,que l’Etat, ses tribunaux, ses flics armés et ses flics sociaux, interviennent en permanence pour faire respecter « les libertés démocratiques », la sainte « liberté du travail », celle du « qui ne travail pas ne mange pas » qui d’est en ouest, du nord au sud défendue par la loi au nom des citoyens « libres et égaux en droits ». Que les individus soient inégaux socialement et économiquement, cela ne préoccupe pas l’état, puisque cette inégalité est le fondement matériel de la richesse et de l’accumulation permanente de celle-ci. Ce qui préoccupe l’état, c’est de maintenir en permanence l’aliénation égalitaire de sa sphère juridique, l’égalité de la société civile, l’égalité en droit. La fameuse et fumeuse égalité en droit ;fustigée aussi bien par Marx que Bakounine.

Marx dira de l’égalité qu’elle devait « servir ensuite à de pauvres cervelles pour fabriquer des systèmes » Le Capital, p 36

L’idéologie juridique, tend continuellement à morceler les conflits afin qu’ils ne puissent pas prendre un caractère de classe ouvert, elle fabrique tout un système de statuts pour créer des fausses oppositions et gérer au centre . Les plus connues sont : l’opposition entre secteur public et privé, entre l’école laïque et l’école privée, et en ce moment la mise en spectacle « des inadmissibles régimes spéciaux de retraites » que l’on oppose au secteur privé. L’idéologie juridique fabrique des dizaines de statuts, dans lesquels elle circonscrit les luttes de classes ( les sans papiers, les S DF, les CDD, les CDI, ...) le gestionnisme, avec ses droits spécifiques ne conduit qu’à l’échec ,à l’enfermement des luttes.

L’idéologie juridique, est entièrement au service de la propriété et donc du droit, mais elle pense qu’elle est la conscience du monde, et donc qu’elle est au-dessus de la propriété privée comme la religion et les partis sont au-dessus des hommes. L’idéologie juridique tend de plus en plus à s’autonomiser, elle s’est investie en tant que conscience de l’état d’un rôle humanitaire qui maintenant transgresse les états, elle veut ses croisades et ses nouveaux croisés. Mais le droit, nous le savons n’est rien de plus que la codification artificielle du pouvoir d’une classe sur un autre à savoir une dictature, le pouvoir du peuple n’est que le pouvoir sur le peuple pas d’illusion à avoir sur cette question, la démocratie en tant que système perverse à montrée ses limites, il faut passer à autre chose.

POUR CONCLURE :

Comme vous avez pu le constater, notre texte est principalement centré sur les contradictions au sein même du monde capitaliste1 Nous avons volontairement mis en exergue les rivalités des grandes puissances ( rivalités entre gangs capitalistes) afin de démontrer que la guerre « pour la libération du Kosovo » n’est qu’un leurre et qu’elle masque des intérêts « humanitaires » d’un autre genre . Nous savons depuis longtemps, que toutes les guerres nationales , toutes les guerres ethniques et régionalistes ne sont que l’expression des rivalités économiques des grandes puissances et des puissants pour relever le taux de profit, pour s’approprier des matières premières et des hommes à exploiter ou une zone stratégique sur l’échiquier géopolitique international. Nous n’avons jamais mordu aux théories « du droit des peuples à disposer d’eux- mêmes » car en fait il ne s’agissait que de disposer d’une « bourgeoisie nationale » qui allait négocier sa place de sous-fifre dans l’arène internationale ( après avoir liquidé les communistes et autres révolutionnaires ) et dont la première préoccupation est d’exploiter sans merci son propre prolétariat et de le déporter vers les pays riches pour avoir des devises.( les exemples ne manquent pas .)
Actuellement, le monde entier est en crise sociale et c’est cette crise que la guerre veut dénouer avant qu’elle ne se retourne en guerre civile révolutionnaire contre le désordre capitaliste. , peu importe le prétexte qui engendre la ou les guerres ( de repartage du monde, de libération des peuples, de guerre juste , de guerre humanitaire, antifasciste..) Le caractère fondamental des guerres actuelles a pour essence la division en classes de la société et du fait de cette division pour l’exploitation de l’homme par l’homme, toutes les guerres ont pour finalité le maintien du régime d’exploitation, soit par la destruction du potentiel économique de l’adversaire ( le prolétariat en fait partie ) ,soit par la soumission du prolétariat, qui alors va servir son nouveau maître.
Soit la guerre bourgeoise se transforme en guerre civile révolutionnaire, en guerre de classe et alors nous voyons les armées « adverses » s’associer pour régler son compte au prolétariat ou précipiter les accords de paix ( Il suffit de voir comment la France humanitaire procède vis-à-vis des déserteurs serbes.). Dans toute guerre, il nous faut donc mettre en avant les actes allant dans le sens de la guerre de classe, et bien délimiter notre camp : le 3éme camp.

« La nationalité de l’ouvrier n’est pas française, ni anglaise, ni allemande, c’est le travail, l’esclavage libre, le marchandage de soi-même. Son gouvernement, n’est pas français, ni anglais, ni allemand, c’est le Kapital. Son atmosphère natale n’est pas française, ni anglaise, ni allemande, c’est l’atmosphère de l’usine. Le sol qui lui appartient en propre n’est pas un sol français, ni anglais, ni allemand ; il se trouve quelques pieds sous terre » ( Karl Marx-1845 ).

Gérard Bad (rédigé entre juin et août 1999)

Le coût des guerres au Xxéme siècle
( en milliards de dollars de 1995.)
CONFLITS COUTS
Première guerre mondiale 2850
Deuxième guerre mondiale 4000
Guerre de Corée 540
Guerre de SUEZ 13
Guerre du Vietnam 720
Guerre des 6 jours israëlo-arabe 3
Guerre du Kippour 21
Guerre d’Afghanistan 116
Guerre Iran-Irak 150
Guerre des Malouines 5
Guerre du Golfe 102
Guerre des Balkans 20
Source : International institute for strategic studies. Sauf pour les Balkans qui sont d’autres sources

Epuration ethnique ou épuration sociale,
le système capitaliste sème la mort et s’en vante.

Le capitalisme, lui qui chaque jour engendre l’exclusion, c’est- à -dire la mort lente de millions d’être humains « libérés du travail salarié » ou ne trouvant pas à se vendre, le capitalisme veut nous faire pleurer sur des notions de peuple de nation, de races, de religions...Sa soit -disante égalité en droit. Le pays capitaliste le plus puissant du globe utilise l’arme alimentaire pour faire crever des millions d’hommes femmes et enfants . De retour de Yougoslavie, l’ancien ministre de la justice des USA Ramsey Clark écrivait « (...) ces cibles confirment ce que les Etats-Unis ont maintenant annoncé, qu’ils frapperont l’alimentation, l’énergie et d’autres produits essentiels aux civils. L’usage de la faim comme arme est, bien sûr, interdite par la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et le Protocole I additionnel de 1977 aux Conventions de Genève » (extrait de la lettre adressée le 5 avril 1999 à tous les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. )

Le 9 avril 1948, les groupes terroristes sionistes Irgoun et Stern vont exterminer la population de Deyr Yassin prés de Jérusalem . Parmi les morts 25 femmes enceintes, 52 mères avec des bébés et plus de 60 femmes. Menachen Beghin ( prix Nobel de la paix) dirigera l’assaut du village dont il donnera l’explication suivante :

« Non seulement il fut justifié, mais, si la victoire de Deyr Yassin n’avait pas été obtenue, l’Etat d’ Israël n’aurait pas été constitué... La panique gagna les Arabes... L’impression créée par le massacre de Deyr Yassin équivalut à la force de six régiments militaires. Les Arabes commençaient à fuir, tout terrorisés, avant de s’affronter aux forces juives... Le massacre de Deyr Yassin nous a particulièrement aidé à libérer Tibériade et à envahir Haifa. » Beyrouth 1982.

 

 

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18 décembre 2016

INFOBREF N°470- Italie et ses banques,la guerre en Syrie.

INFOBREF N°470

Le Zimbabwe lance sa propre monnaie

Alors que l’éventualité d’une création d’une monnaie unique africaine avait provoqué moult réactions, le Zimbabwe vient quant à lui de lancer sa propre monnaie. Une décision prise pour pallier des problèmes de liquidités, le pays étant à court de dollars. [...]

Pied de nez à l’Opep : la Côte d’ivoire annonce un doublement de sa production de pétrole

Pied de nez à l’Opep ? Alors que le cartel vient d’annoncer mercredi un accord en vue de réduire sa production, la Côte d’Ivoire vient d’indiquer que les volumes produits dans le pays ont doublé entre juin 2015 et juin 2016. [...]

Nouveau séisme au large de Fukushima : risques et inquiétudes demeurent, anomalies constatées

On a peut-être eu tort d’oublier un peu trop facilement le séisme survenu au Japon au début de semaine et le tsunami qui en a suivi. Le mardi 22 novembre dernier, l’Agence japonaise de météorologie (AJM) a enregistré un séisme [...]

La BCE somme l'Italie de sauver la banque Monte Paschi

La banque centrale européenne a rejeté la demande de la banque toscane de repousser de trois semaines son augmentation de capital de 5 milliards d'euros. Elle estime que c'est à l'État italien d'intervenir.

En pleine crise politique, l'Italie doit désormais éviter une crise de son système bancaire. La Banque centrale européenne (BCE) lui met la pression pour qu'elle se porte au chevet de la plus vulnérable des banques du pays et d'Europe, Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), au bord de la faillite. L'institution européenne a rejeté le délai réclamé par Monte dei Paschi qui souhaitait trois semaines de plus, soit jusqu'au 20 janvier, pour mener son augmentation de capital de 5 milliards d'euros. La BCE juge qu'il est temps que Rome intervienne, selon l'agence Reuters qui a révélé l'information ce vendredi.

L'action BMPS à la Bourse de Rome s'est alors mise à dévisser en début d'après-midi, perdant plus de 14% de sa valeur. Elle a fini la séance en recul de 10,5% (-84% en un an).

Un conseil d'administration doit se tenir dans la journée. Le gouvernement italien serait prêt à recapitaliser la troisième banque italienne pour éviter une liquidation, un "bail-out" envisagé ouvertement par  l'un des membres du conseil des gouverneurs de la BCE lundi. La direction de BMPS ainsi que les banques chargées de mener l'augmentation de capital ont été reçues ce vendredi par le ministre de l'Économie Pier Carlo Padoan. Monte dei Paschi est la banque ayant obtenu les moins bons résultats aux tests de résistance de la BCE cet été.



Mauritanie : Affrontements entre dockers et policiers

9 novembre 2016-Des heurts ont opposé lundi, aux alentours du port de Nouakchott, des dockers grévistes à des unités de la gendarmerie. Les affrontements interviennent après le mouvement de grève décrété par les porteurs, pour protester contre la décision de la direction du port de débarquer les containers directement dans les magasins commerciaux, dans le centre ville. Cette mesure réduit de manière substantielle les revenus des dockers, lesquels déchargeaient auparavant les marchandises des navires dans les dépôts ouverts sur les quais avant leur transport de nouveau par des camions.

Les affrontements de lundi Les affrontements de lundi



La Syrie comme levier électoraliste, par René Naba

décembre 6, 2016

source: http://www.renenaba.com/syrie-levier-electoraliste/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+enpointdemire+%28En+point+de+Mire%29

hollande-poutineLa tétanie française.

La France envisage de tenir une conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» en Syrie, le 10 décembre, en substitution au naufrage de l’opposition off shore syrienne pro-monarchique, dans une tentative désespérée de se maintenir à flot sur le plan diplomatique, après une succession de revers retentissants sur la Syrie, à l’arrière plan d’un rare exemple de décomposition du pouvoir conduisant le président François Hollande à renoncer un nouveau mandat, fait sans précédent dans les annales de la Vème République.

Le renoncement de ce chef de guerre sur la scène internationale, en Syrie et au Mali, a retenti comme une capitulation en rase campagne. Dans cette perspective, la conférence apparaît comme un lot de consolation d’un président en fin de mandat (Barack Obama) à un président en phase terminale d’un mandat crépusculaire.

Jamais pareil spectacle de tétanie au sommet de l’état ne s’est offert aux citoyens français, même au plus fort de la rivalité entre François Mitterrand et Jacques Chirac, lors de la 1 ère cohabitation socialo-gaulliste (1986-1988), ou de la rivalité inter-gaulliste entre le président Jacques Chirac et son ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy (2004-2006) ou encore au sein de la droite entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing (1976) ou enfin entre les socialistes François Mitterrand et Michel Rocard (1978-1980).

Cet exercice de la diplomatie française est d’autant plus frénétique qu’il se situe à proximité d’échéances électorales capitales, alors que François Hollande, dans les abîmes des sondages, a dû jeter l’éponge et que les principaux dirigeants de la droite française responsables de la guerre de Syrie, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, étaient projetés vers les oubliettes de l’Histoire à la faveur des primaires préliminaires à la campagne présidentielle de 2017.

La gauche, insensible aux risques de fragmentation, présentait 17 candidats aux suffrages des électeurs, en lice début décembre à la fin de la primaire de droite marquée par la victoire de François Fillon.

Le projet de conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» substitut au naufrage de l’opposition off shore syrienne pro monarchique

La Syrie paraît devoir constituer un levier électoraliste à connotation démagogique pour le pouvoir socialiste en France, à en juger par les démarches incessantes entreprises par le Quai d’Orsay, à proximité de la primaire socialiste devant désigner son prochain candidat aux élections présidentielles français du 22 avril 2017.

Le 20 octobre 2016, l’Élysée a ainsi réservé un accueil triomphal aux «Casques Blancs» opérant en Syrie dans une opération destinée, à la veille de l’attribution du Prix Nobel de la Paix, à conférer une visibilité accrue à une organisation financée par des organismes américains, opérant exclusivement dans les zones sous contrôle djihadiste.

Ci joint une étude allemande montrant que de nombreux « casques blancs » sont membres de groupes salafistes.

L’objectif sous-jacent était de signifier aux États Unis et à la Russie son mécontentement de sa mise à l’écart des négociations internationales sur la Syrie.

La nouvelle démarche française relève d’une séquence symbolique, marquée par le recueillement de François Hollande le 25 novembre sur la tombe du caporal Albert Chenouf, victime de Mohamad Merah dans le sud de la France, et par l’accueil le 1 er décembre du maire d’Alep.

Entre temps, la recomposition du paysage politique en Syrie, sous égide russe, a plongé dans la panique la diplomatie française, redoublant sa fureur, au point de faire capoter, via le chœur des islamophilistes de la blogosphère à sa dévotion, une conférence sur la Syrie qui devait se tenir au Mémorial de Caen, le 26 Novembre 2016.

Le camouflet russe a été d’autant plus cinglant que l’émissaire palestinien chargé de sonder pour le compte du Kremlin les divers protagonistes syriens sur la possibilité de tenir une conférence en Syrie même entre le pouvoir baasiste et l’opposition a pris soin de contourner l’escale de Paris.

Dans une tentative désespérée de remettre en selle la diplomatie française, dont elle est la roue dentée, Basma Kodmani, s’est fendue d’une interview à TELERAMA, dans laquelle l’ancienne porte-parole de l’opposition off shore syrienne, en tenue vert kaki, comme pour démontrer sa combativité, se déclarait disposée à «négocier avec la Russie», alors que Moscou n’en avait nullement l’intention, à tout le moins à ce stade des préparatifs.

Prenant acte de la déconfiture de l’opposition pro-monarchique syrienne, autrement dit l’alliance des forces obscurantistes parrainées par les pays les plus rétrogrades du Monde arabe, Paris a proposé la tenue d’une conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» dans un curieux retournement de situation, qui place la France sur la défensive après avoir été en pointe dans la militarisation du conflit syrien par son soutien inconditionnelle et absolu au Qatar et à la Turquie, les protecteurs de la Confrérie des Frères Musulmans et des autres groupements djihadistes.

La conférence se tiendra en présence des pétromonarchies arabes du golfe, les bailleurs de fonds des djihadistes, des États Unis, leur protecteur, et des pays européens, traditionnelle roue dentée de la stratégie atlantiste, alors que de larges secteurs d’Alep Est, bastion des djihadistes, sont désormais sous le contrôle du pouvoir central.

Indice d’une politique aberrante, en six ans de guerre, la France a indirectement abondé la trésorerie de Jabhat An Nosra de 16 millions d’euros, à titre de rançon à la libération de quatre otages journalistes français. Avec en prime, à ce groupement terroriste, la caution de la «Patrie des Droits de l’homme», paradoxalement le pays européen le plus sinistré par le terrorisme islamiste. Plus masochiste tu meurs.

Un satisfecit émanant, comme il se doit, de Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères le plus désastreux de la Vème République. Venant du plus capé des hiérarques socialistes, un tel quitus a résonné comme une insulte vivante à l’intelligence.

Alors que les forces gouvernementales syriennes sont lancées dans la reconquête d’Alep-Est et que le «Rizbollah» (selon la prononciation française matinée d’hébreu en vigueur chez les éditocrates) est promu au rang de stratège par ses interlocuteurs russes, ces petits cailloux du faux petit poucet à l’intention de l’électorat français retentissent comme autant de calculs électoralistes. Un acte de nanisme politique.

Sur ce lien un échantillon des fabulations de la graphomane de Libération sur la Syrie :

Et ses divagations sur Zohrane Allouche, chef du groupement djihadiste Jaych Al Islam, présenté comme étant «le combattant islamiste que tous adoraient détester».

Si une éventuelle conférence inter-syrienne se tenait sous le parrainage exclusif de la Russie, elle signerait par la même la relégation définitive de la France sur la scène diplomatique internationale, un des plus fébriles membres de l’Otan dans la guerre de Syrie.

Au début de la guerre, en sa qualité d’ancienne puissance mandataire, la France se positionnait en chef de file du «Groupe des pays amis de la Syrie», qui regroupait 105 pays, plaçant de surcroît à la tête de l’opposition off shore, deux bi-nationaux franco-syriens: Bourhane Ghalioune (Président) et Basma Kodmani (Porte-parole). Près de six ans après, elle doit se contenter du statut de pays «affinitaire».

Le délaissement de la France prélude à son déclassement

Le forcing diplomatique du tandem Nicolas Sarkozy-BHL sur la guerre de Libye en coordination avec Hillary Clinton, doublé du forcing de François Hollande pour le bombardement de la Syrie, prolongé du rôle de petit télégraphiste des Israéliens de Laurent Fabius dans les négociations sur le nucléaire iranien, ont fini par générer un agacement prodigieux que Barack Obama a voulu signifier à sa façon à ses interlocuteurs français.

Le président américain, tout au long de sa double mandature présidentielle (2008-2016), -couvrant aussi bien la présidence Nicolas Sarkozy que la présidence François Hollande-, n’a jamais,- bien jamais- effectué une visite d’état, voire une visite officielle en France, pourtant la «Patrie du Marquis de La Fayette», «le plus ancien allié des États Unis», limitant ses passages aux célébrations du débarquement de Normandie;

Et pour sa tournée d’adieu à l’Europe, Barack Obama a choisi Berlin, le nouveau centre de l’Europe et non Paris, pour prendre congé de ses partenaires européens; signe indiscutable sinon d’un déclassement à tout le moins d’un délaissement ou d’un délaissement prélude à son déclassement.

Le dégagement sans ménagement de Nicolas Sarkozy, l’ordonnateur des guerres de Libye et de Syrie, de même qu’Alain Juppé, apparaît rétrospectivement comme un avertissement sans frais aux futurs dirigeants de la France.

Au Royaume Uni, Tony Blair (travailliste) a été stigmatisé pour son rôle en Irak (2003) et David Cameron (Conservateur) fustigé pour son rôle en Libye (2011), alors qu’en France aucun dirigeant n’a été incriminé ni pour son rôle en Libye, ni pour son rôle en Syrie. Sans doute une marque de la supériorité de la «Patrie de Droits de l’Homme» sur la «plus vieille démocratie du Monde».

La marque du mépris à son peuple d’un pays prétendument «révolutionnaire» à qui fait défaut l’éthique de responsabilité.













 

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14 décembre 2016

Réflexions sur la crise finale

Paru dans Echanges N°93- Printemps 2000

Contrairement à ce qu’on affirme souvent, il n’y a pas de baisse absolue du nombre de travailleurs producteurs de plus-value.

tasser

" En s’appuyant sur ses hypothèses, le modèle de Marx de la production capitaliste débouchait sur l’écroulement du système. Toutefois, cet écroulement n’y est pas conçu comme résultat automatique du processus économique, mais comme celui de la lutte de classe prolétarienne. "
(Paul Mattick : Marxism : The Last Refuge of the Bourgeoisie)

Deux brochures de parution relativement récentes méritent quelques réflexions ; ces brochures (1) ont l’avantage d’élever le niveau de réflexion sur la crise du mode de production capitaliste (MPC) et de la replacer dans son champ historique.

Il me paraît intéressant d’intervenir dans le débat.

Sur la caractérisation de la crise actuelle
Claude Bitot indique que le capitalisme est " en fin de cycle " et il précise ce qu’il entend par ce terme :

" Un tel terme signifie que désormais le capitalisme est entré dans une zone limite, qui peut durer un certain temps, mais qui aura pour effet de rendre l’accumulation du capital qui le caractérise en propre, de plus en plus difficile, et à la fin impossible, ce qui provoquera sa chute finale " (page 5).

Pour Hic salta, " les caractéristiques de l’accumulation du capital dans la période actuelle (depuis 1970) montrent une dégradation de la rentabilité sous l’effet de l’essoufflement des contre-tendances à la baisse du taux de profit " (page 6).

Tous deux pensent que l’accumulation du capital devient plus difficile, du fait de l’épuisement des contre-tendances utilisées par le capitalisme pour contrecarrer la baisse tendancielle du taux de profit. Pour Claude Bitot, la baisse du taux de profit n’est même plus tendancielle (ce qui suppose des contre-tendances), elle est absolue, ce qui suppose que les contre-tendances deviennent inopérantes et que le capitalisme va droit dans le mur. Je pense que la trajectoire est un peu rapide, et que justement il nous appartient de voir comment le capitalisme procède pour " vivre et survivre " dans la période actuelle. A des affirmations trop rapides je préfère la prudence de Paul Mattick, qui écrivait :

" Marx croyait à l’évidence que les manifestations concrètes de la loi générale de l’accumulation apparaîtraient plus tôt et de manière plus convaincante. Pour autant, la loi qu’il a établie ne se trouve pas réfutée sous prétexte que son impact n’est pas encore total. Mais, bien entendu, et pour la même raison, on ne peut pas la démontrer, car le capitalisme pourrait se modifier d’une manière inconnue jusqu’ici et la rendre caduque. Tout ce qu’on peut demander aujourd’hui, c’est de déterminer si la loi est à l’œuvre ou non dans les tendances discernables de la production capitaliste. " (Théorie et Réalité, p. 104.)

Faisons le point sur les tendances actuelles.

La dépréciation périodique
du capital existant

Les dévalorisations financières successives prouvent effectivement l’ampleur des difficultés que le capitalisme rencontre actuellement (baisse du taux de profit), mais elles sont en même temps le moyen d’arrêter cette baisse et d’accélérer l’accumulation de valeur-capital.

" La dépréciation périodique du capital existant, qui est un moyen immanent au MPC, d’arrêter la baisse du taux de profit et d’accélérer l’accumulation de valeur-capital par la formation de capital neuf, perturbe les conditions données, dans lesquelles s’accomplissent les procès de circulation et de reproduction du capital, et, par suite, s’accompagne de brusques interruptions et de crises du procès de production. " (Le Capital, livre III, p. 265.)

Il n’y a donc pas, contrairement à ce qu’indique Claude Bitot, de baisse absolue du taux de profit. Ce sont les mesures mises en place, justement pour contrecarrer cette baisse, qui engendrent " de brusques interruptions et des crises du procès de production ". Ces crises, par les dégâts qu’elles provoquent (misère, chômage...), rendent les conditions de vie de plus en plus insupportables pour ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre et posent objectivement les conditions d’un renversement du capitalisme. Le capitalisme se décharge de sa crise sur les autres classes et provoque ainsi une crise sociale gigantesque, porteuse d’espoir révolutionnaire. Les dévalorisations financières sont une contre-tendance à la chute du taux de profit des capitaux les plus puissants que le capitalisme absorbe très bien pour le moment.

La baisse relative du capital variable par rapport au capital constant

Cette baisse, selon Marx (ibid.) a pour effet de stimuler l’accroissement de la population ouvrière, tout en créant constamment une surpopulation artificielle. L’accumulation du capital (du fait de la baisse du taux de profit engendrée par la baisse relative du nombre de créateurs de plus-value) est ralentie, le profit baisse et les barrières que le capital pensait avoir franchies s’élèvent de nouveau devant lui.

" La véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même " (Le Capital, t. III, p. 266.)

Cette augmentation de la composition organique du capital, cette suprématie du capital fixe sur le travail vivant, est en même temps la solution capitaliste à la baisse du taux de profit et le moyen d’éliminer ses adversaires capitalistes du marché : par les deux bouts le capital met hors circuit des travailleurs. Ce phénomène est si puissant et si permanent aujourd’hui dans le monde, qu’il engendre des idéologies sur " la fin du travail "... Même Claude Bitot tombe dans ce travers, chiffres à l’appui : l’hyperindustrialisation conduirait directement à une diminution absolue de la classe ouvrière dans les pays occidentaux et, par voie de conséquence, à une baisse absolue du taux de profit. Nous contesterons plus loin cette vision.

Excédent de capital accompagné
d’une population excédentaire

La baisse du taux de profit conduit nécessairement au regroupement, concentration, fusion-acquisition... " La mondialisation " a en quelque sorte ouvert une course effrénée à la taille critique que les entreprises doivent avoir pour tenir le coup et ne pas être mise hors circuit du marché mondial. En quelques années seulement le développement même du capital a fait prendre conscience à des millions de travailleurs (plus que des millions de tracts internationalistes) que leur sort était maintenant lié à ce qui se passe chez les autres. L’esprit d’entreprise, l’idéologie du service public de l’entreprise d’Etat, et même le nationaliste " fabriquons français ", tout cela a été broyé ou est en voie de l’être par le capital lui-même, qui étend maintenant son champ d’action à la planète entière et, du fait du développement en spirale de ses contradictions, pose pour la première fois dans l’histoire la possibilité de son renversement au niveau planétaire.

Toutes les réactions nationalistes petites ou grandes, progressistes, populaires ou autres sont plus que réactionnaires aujourd’hui ; leurs derniers combats ressemblent plus au mourant qui se lève brusquement dans son lit comme pour se régénérer : on croit qu’il va revivre, mais il s’effondre brutalement.
Revenons à notre " taille critique " : en langage marxiste, cela veut dire qu’un gros capital à faible taux de profit accumule plus vite qu’un petit capital à taux élevé. Cependant cette concentration titanesque ne saurait échapper à une nouvelle baisse du taux de profit. Ceux qui n’ont pas la taille critique (il s’agit aujourd’hui d’entreprises nationales) soit se regroupent, soit sont contraintes de s’engager dans l’aventure : spéculation, gonflement abusif du crédit, bluff sur les actions... en bref " la crise asiatique " et sa pléthore de capital. Marx indique que la pléthore de capital concerne toujours essentiellement du capital pour lequel la chute du taux de profit n’est pas compensée par sa masse.

La loi de Varga. A propos de la prétendue baisse absolue du nombre d’ouvriers d’industrie

Dès les années 1920, Eugène Varga (2) va souligner que l’augmentation du capital constant aux dépens du capital variable (du travail vivant) n’est plus une tendance relative du capitalisme, mais permanente. Varga ne considère plus l’élimination du travail vivant comme un phénomène relatif, il va en souligner le caractère absolu : ainsi diminue la main-d’œuvre active dans l’industrie, alors même que l’augmentation de la production continue.

Dès 1926, Varga signalait l’existence de ce nouveau phénomène, mais c’est au printemps 1929 qu’il le développe, devant le Xe Plenum de l’Internationale communiste, et affirme que l’on n’a pas accordé une importance suffisante à la constitution d’un chômage organique. Il va en souligner les aspects nouveaux :

" Le chômage marche parallèlement avec une augmentation formidable du volume de la production en Amérique, en Allemagne, en Grande-Bretagne " ; il " atteint son maximum dans les pays où la rationalisation est le plus accentuée " ; " il existe, dans les pays à capitalisme hautement développé, une tendance à rejeter les forces de travail de la sphère de la production dans celles de la répartition et de la consommation ". (L’Internationale communiste, 1er juin 1929 : extraits du rapport et des conclusions de Varga à la commission préparatoire du plénum du comité exécutif de l’IC.)
La polémique au sein de l’IC fut très vive, et Varga dut essuyer les foudres de son principal opposant, Otto Kuusinen, qui va répliquer : " C’est une chose de constater une diminution du nombre des ouvriers dans certaines branches de la production, voire même dans un pays entier, mais c’en est une autre, tout à fait différente, de parler d’une tendance générale à réduire le nombre des ouvriers. "

Les adversaires de Varga baptisèrent ce phénomène " baisse absolue de la classe ouvrière de loi Varga ".

Cette polémique est toujours d’actualité, et les revues qui pronostiquent la fin du travail et qui font leurs adieux aux prolétariat ne manquent pas.

Claude Bitot, dans son livre Le communisme n’a pas encore commencé, écrit ceci : " Comme l’écrivait Marx, "accumulation du capital est donc en même temps accroissement du prolétariat". Même si, au fur et à mesure de l’accumulation du capital, la composition organique de celui-ci a pour effet d’entraîner une augmentation plus grande du capital constant que du capital variable, ce dernier, bien que diminuant relativement, n’en continue pas moins d’augmenter dans l’absolu. Désormais, cela n’est plus vrai, la croissance ne crée plus d’emplois, elle en détruit plus qu’elle n’en fait surgir de nouveaux. " (Le communisme n’a pas encore commencé, éd. Spartacus, p. 181.)

A l’appui de ses remarques, il nous donne quelques exemples, tout à fait indiscutables. Il est d’ailleurs un fait connu de tous que l’industrie automobile mondiale a, du fait de son hyperindustrialisation, supprimé en moyenne plus de 50 % de ses effectifs (introduction de la robotique...).

A l’époque de Marx, c’est dans l’industrie textile que l’introduction des métiers à tisser mécaniques avait fait les mêmes dégâts vis-à-vis des tisserands à mains.

Les théoriciens du mouvement ouvrier se sont toujours posé la question de savoir quand le capital ne parviendra plus à surmonter ses contradictions, et notamment celle entre le capital constant et le capital variable, autrement dit celle entre le travail mort (les instruments de travail) et le capital variable (principalement le salaire des prolétaires).

Marx lui-même avait envisagé le dénouement total de cette contradiction comme facteur de la révolution : " Un développement des forces productives qui réduirait le nombre absolu des ouvriers, c’est-à-dire permettrait en fait à la nation toute entière de mener à bien en un laps de temps moindre sa production totale, amènerait une révolution, parce qu’il mettrait la majorité de la population hors circuit " (Le Capital, t.3, p. 279).

La loi de Varga, de même que les affirmations de Claude Bitot, prises dans le sens de la citation de Marx ci-dessus, n’étaient et ne sont pas fausses en soi. La question est de savoir si nous avons atteint cette situation ou pas (baisse absolue du taux de profit et du nombre de prolétaires créateurs de plus-value).

Prenons l’exemple de la Chine, qui représentait en 1996 un cinquième de la population mondiale, c’est-à-dire 1 milliard 232 millions de personnes ; sa population active (1996) était de 716,8 millions de salariés. Il est intéressant de noter qu’entre 1975 et 1995 la progression du nombre de salariés de l’industrie est multiplié par plus de trois, soit une progression de plus de 100 millions de travailleurs industriels.

1975

Population active chinoise : 484,7 millions

Salariés de l’industrie : 58,649 millions

(12,1% de la population active)

1995

Population active : 716,8 millions

Salariés de l’industrie : 160,561 millions

(22,4 % de la population active)



Dans la plupart des pays à grande densité de population, le taux et le nombre de salariés de l’industrie est en augmentation (voir tableau page suivante). Par conséquent nous pouvons déjà dire qu’au niveau international, la baisse absolue du nombre de travailleurs producteurs de plus-value est une hérésie.

A la page 23 de son Enquête sur le capitalisme dit triomphant, Claude Bitot donne un tableau qui montre une décroissance du taux de salariés de l’industrie en France, en Italie, en Grande-Bretagne, enAllemagne, aux Etats-Unis et au Japon.

Mais une décroissance du taux ne veut pas dire une décroissance du nombre de salariés de l’industrie, il faut toujours ramener ce taux à l’évolution de la population active.

Ainsi, aux Etats-Unis, dont la population active était de 95,5 millions de personnes en 1975, et de 135,2 millions en 1996, le nombre de salariés de l’industrie était de 29,24 millions en 1975 et de 32,32 millions en 1996, soit une proportion de 30,6 % en 1975 et de 23,9 % en 1996.Nous voyons ici clairement que malgré une chute du taux, le nombre de travailleurs producteurs de plus-value progresse encore aux Etats-Unis. Le même phénomène se retrouve au Canada et au Japon.

Par conséquent, l’idée d’une baisse absolue du nombre de salariés de l’industrie, n’est même pas opérante pour les six grands pays de l’OCDE (3). La France, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Italie subissent effectivement une baisse absolue du nombre de salariés de l’industrie qu’il faudrait affiner (4), l’Allemagne aussi, bien que le fait de la réunification puisse jouer temporairement sur l’emploi industriel.

Nous voyons donc que si nous avons bien une baisse relative du nombre d’ouvriers dans le monde, nous sommes encore bien loin d’une baisse absolue de ce nombre. La population active de la France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Italie et Belgique représente 136,65 millions de travailleurs. Cette population pourrait disparaître, qu’elle serait déjà aujourd’hui compensée à l’échelle mondiale en grande partie par les 100 millions d’emploi industriel de la seule Chine.

Si à cela on ajoute la progression du nombre d’ouvriers dans les pays les plus peuplés (Inde, Indonésie, Egypte, Pakistan, Congo - voir tableau ci-dessus), nous sommes bien loin d’une diminution absolue de la classe ouvrière dans le monde, et peut-être même d’une baisse relative par rapport à la population totale.

En ce qui nous concerne, nous pensons toujours que le nombre de prolétaires employés est croissant dans le monde, que la chute du nombre de prolétaires dans les pays d’Europe et l’amorce d’une décroissance des taux d’emploi dans l’industrie en Amérique du Nord et au Japon sont amplement compensées par le développement de l’emploi industriel des pays " du Sud ".

Ici on ne peut s’empêcher de reproduire Lénine : " Si le "mérite" de l’impérialisme est d’"habituer le Noir au travail" (on ne saurait se passer de la contrainte...), le "danger" de l’impérialisme consiste en ceci que l’Europe se déchargera du travail manuel
- d’abord du travail de la terre et des mines, et puis du travail industriel le plus grossier - sur les hommes de couleur, et s’en tiendra, en ce qui la concerne, au rôle de rentier, préparant peut-être ainsi l’émancipation économique, puis politique, des races de couleur. " (5)

- La société capitaliste ne peut donc poursuivre son accumulation qu’en utilisant des contre-tendances, et elle en trouve - la question est de savoir combien de temps elles feront effet. Par conséquent, il ne faut pas sous estimer ces contre-tendances. Si le capitalisme est débordé par la misère, il utilisera nombre de procédés pour l’éliminer ; ainsi, les campagnes humanitaires ne font que masquer le caractère fondamentalement exterminateur et criminel du capitalisme.

L’arme alimentaire, les famines, les épidémies, la diffusion de la drogue comme moyen d’accumulation rapide de capital, les maladies de la misère ; le Sida, les pollutions, l’alcoolisme, les catastrophes dites naturelles, l’épuisement au travail et les multiples guerres, sont devenues un mode de vie normal du capital, une société à haut risque.

Par exemple, rien que le tabac, selon une enquête publiée par le quotidien La Tribune, a tué en 1998 un nombre record de 800 000 personnes en Chine, un pays qui compte 320 millions de fumeurs. Selon cette enquête, c’est plus de 100 millions de Chinois qui devraient mourir des effets du tabac d’ici 2005. Le capitalisme extermine la population excédentaire et s’enrichit sur la mort. Selon La Tribune, la consommation annuelle de cigarettes en Chine est passée de 100 milliards au début des années 50 à 500 milliards actuellement. C’est l’Etat qui ramasse le pactole : 12 milliards de dollars en 1998 contre 10 milliards en 1996.

G. Bad

Contrairement à ce qu’on affirme souvent, il n’y a pas de baisse absolue du nombre de travailleurs producteurs de plus-value


Pays dont le nombre de salariés de l’industrie a augmenté entre 1975 et 1995 (en millions)

Pays dont le nombre de salariés de l’industrie a diminué entre 1975 et 1995 (en millions)

Chine

Afrique du Sud

Egypte

Pakistan

Corée du Sud

Indonésie

Inde

Etats-Unis

Japon

Canada

 

101,89

0,70

5,77

13,61

4,28

Indonésie 10,88

35,85

3,08

2,35

0,51

Total 179,32

Royaume-uni

France

Allemagne

Italie

Belgique

Espagne

 

2,57

2,02

1,75

0,56

0,71

0,37

Total 7,98



Notes

(1) Enquête sur le capitalisme dit triomphant, de Claude Bitot éd. Echanges et Mouvement ; Hic salta éd. ADES, BP 2318 Marseille Cedex 02.

(2) Eugène Varga : membre du comité exécutif de l’Internationale communiste (de 1920 à 1921, puis de 1928 à 1943), Varga a passé en Allemagne cinq années, de 1921 à 1926,. Il deviendra plus un théoricien de l’économie capitaliste que socialiste. Pour certains, il aurait été lié à Trosky, ce qui expliquerait son relatif effacement en 1929. D’autres, au contraire, ont fait de Varga le conseiller personnel de Staline.

  1. Pour les pays de l’OCDE, la progression de la population active occupée dans l’industrie est la suivante en milliers :

1993

1994

1995

1996

1997

122 829

128 580

128 545

129 475

131 047

(4) En effet, il faudrait pouvoir prendre en compte les effets des externalisations de personnel considérés comme ouvrier et qui maintenant sont répertoriés dans les services. Par exemple les services intérimaires.

(5) Nous voyons qu’effectivement l’Europe s’est déchargée et se décharge encore du travail industriel, sur les pays du tiers-monde ; quant à l’émancipation économique et politique il faut noter que Lénine ne l’envisage pas du point de vue du prolétariat, mais des " races de couleurs " c’est-à-dire du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

Posté par spartacus1918 à 10:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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