SPARTACUS

28 août 2016

INFOBREF N°451 la taxocratie

INFOBREF N°451

spécial rentrée sociale

Mis en place au cœur de l'été, ces petits changements auront des conséquences toute l'année. Lundi 1er août, si les tarifs réglementés de l'électricité connaissent une légère baisse, le passe Navigo des Franciliens augmente, lui, de 3 euros. 

Francetv info dresse la liste de ce qui change pour le portefeuille des Français, lundi.

Les tarifs de l'électricité baissent (mais pas la facture)

Les tarifs réglementés de l'électricité, appliqués par EDF à 28 millions de foyers, baissent de 0,5%. Pour la première fois, ce n’est pas le gouvernement qui l’a décidé, mais la Commission de régulation de l’énergie (CRE), qui souhaite que les tarifs reflètent la baisse des prix du marché. Pour les clients professionnels, la baisse devrait même atteindre 1,5%.

Mais ce n'est pas pour ça que le montant de la facture va baisser. En effet, les consommateurs devront régler une facture rétroactive, décidée par le Conseil d’Etat pour compenser de précédentes hausses jugées insuffisantes entre 2014 et 2015. Elle doit être mise en place à la rentrée. Selon la ministre de l’Ecologie et de l'Energie, Ségolène Royal, ce rattrapage s'élevera à environ "un euro et demi par mois sur 18 mois".

Les prix du gaz augmentent

Les tarifs réglementés du gaz distribué par Engie (ex-GDF Suez) augmentent de 2% en moyenne au 1er août, après une hausse de 0,4% en juillet. Quelque six millions de consommateurs sont concernés. Dans le détail, le prix du gaz va grimper de 2,1% pour les foyers se chauffant au gaz, de 0,7% pour ceux qui l'utilisent pour la cuisson et de 1,2% pour les clients qui y ont recours pour la cuisson et l'eau chaude.

Depuis le début de l’année 2015, les tarifs du gaz avaient reculé globalement de 17,1%, en raison, notamment, de la chute des prix du pétrole.

Gaz / Electricité : Des abonnés piégés par la facture unique

Juillet-Août 2012
Le Particulier n°1075, article complet

La fin du monopole sur l’énergie, en 2007, a permis aux consommateurs de choisir librement leur fournisseur de gaz et d’électricité. Depuis, les deux poids lourds, EDF et GDF Suez, se livrent une guerre commerciale pour fidéliser leurs clients et en attirer de nouveaux, en proposant une offre unique intégrant le gaz et l’électricité. Sur le papier, l’argument est imparable : une seule facture simplifie la gestion. Les opérateurs proposent même de résilier pour vous le contrat qui vous lie au fournisseur concurrent. Attention : en regroupant vos consommations sur la facture d’EDF, vous perdez le bénéfice du tarif réglementé pour le gaz ; il en sera de même pour le tarif de l’électricité si vous les rassemblez sur votre facture de GDF Suez. En contrepartie, certaines offres vous permettent de profiter du blocage du tarif sur une durée limitée. C’est le cas de plusieurs contrats Dolce Vita de GDF.

Avant de vous engager pour la facture unique, comparez les offres en fonction de votre usage personnel sur le site du médiateur de l’énergie (energie-info.fr), car cette option peut faire grimper la note. Le médiateur relève, par exemple, le cas d’un abonné parisien n’utilisant le gaz que pour sa cuisinière qui, en regroupant ses factures chez EDF, a vu sa note de gaz passer de 109 à 157 €. Soit une hausse de 44 % !

La rémunération du PEL revue à la baisse (pas le livret A)

Cela concerne les plans épargne logement ouverts à partir du 1er août. La rémunération brute du PEL est désormais fixée à 1%, contre 1,5% pour les plans ouverts précédemment.

En revanche, le taux du livret A est maintenu à 0,75% jusqu'au 1er août 2017. Il aurait pourtant dû, en théorie, être abaissé à 0,5%. "Officiellement, il s’agit d’éviter de baisser le taux du livret A pour avoir à le remonter six mois après, explique Le Monde, mais les raisons sont aussi politiques" : compenser la baisse de la rémunération du PEL.

En Ile-de-France, le passe Navigo à 73 euros

Trois euros de plus pour le passe Navigo. Le syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif) a validé la hausse du prix de l'abonnement à partir de ce 1er août. Elle avait été annoncée par la présidente de la région, Valérie Pécresse (LR), qui estimait que le tarif unique du passe, d'abord fixé à 70 euros, "n'était pas financé". Cette augmentation doit servir à acquérir ou rénover 708 trains d'ici 2021, avec en priorité, d'ici à fin 2016, les RER B, E et D et les Transilien J, L et N. 

Par ailleurs, le carnet de 10 tickets passe de 14,10 à 14,50 euros, le ticket T+ prend 10 centimes, pour atteindre 1,90 euro.

Médecins : la consultation à 25 euros

Au 1er mai 2017, il vous en coûtera 25 euros pour une visite chez un médecin généraliste contre 23 euros actuellement. En effet, la nouvelle convention tarifaire des médecins est en passe d'être validée après l'annonce hier par le syndicat FMF qu'il signerait le texte négocié durant cinq mois avec l'Assurance maladie. Le 27 juillet dernier un protocole d'accord avait déjà été établi avec seulement deux syndicats de la profession : MG France, premier syndicat chez les généralistes et Le Bloc (spécialistes). Une troisième signature était indispensable pour permettre une validation du texte, négocié depuis fin février avec les cinq syndicats représentatifs de la profession.

960 M€ pour la Sécu

Le surcoût pour l'Assurance maladie est évalué à 960 millions d'euros en année pleine. Un chiffre qui, en comptant les complémentaires santé, approcherait les 1,3 milliard d'euros, soit le double de la précédente convention. Outre la hausse de deux euros par consultation, la nouvelle convention prévoit aussi la hiérarchisation des consultations selon leur complexité avec des actes à 25, 30, 46 et 60 euros, ou encore une aide de 50 000 euros pour l'installation des médecins dans les déserts médicaux souvent situés en zone rurale.

Les loyers de référence revalorisés

À Paris, le loyer des logements loués vides et meublés est soumis à un plafond appelé "loyer de référence majoré", depuis le 1er août 2015. Ce plafond, fixé annuellement par arrêté préfectoral, augmente légèrement pour les baux signés à compter du 1er août. Selon les quartiers et le type de logement, la hausse peut atteindre 1 à 2%.

Pour mémoire, les "loyers de référence" sont une conséquence de la loi Alur, portée par Cécile Duflot en 2014. Les propriétaires ne peuvent demander plus de 20% de leur montant, ni moins de 30%.

Airbnb collecte la taxe de séjour dans 18 nouvelles villes

Jusqu'à présent, Airbnb collectait et reversait aux autorités fiscales une taxe de séjour pour les réservations de logements à Paris et Chamonix. À partir de lundi, les voyageurs qui auront recours aux services d'Airbnb à Ajaccio, Annecy, Antibes, Avignon, Biarritz, Bordeaux, Cannes, La Rochelle, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Saint-Malo, Strasbourg ou Toulouse devront aussi payer une taxe de séjour, annonce Airbnb.

Voici les tarifs postaux 2016 et 2017 de La Poste.

Une nouvelle hausse des tarifs postaux pour 2017 est annoncée au 1er janvier. (Les prix d’affranchissement pour 2017, l’augmentation des prix a été annoncée dans un communiqué de presse publié le 29 juillet 2016.) Le timbre rouge passera de 80 à 85 cts et le timbre vert de 70 à 73 cts. Ceci pour compenser les pertes engendrées par les courriels et la numérisation .



Selon une étude de l’Institut économique Molinari, le prolo de France doit travailler jusqu’au 29 juillet pour financer les dépenses publiques, c’est un mois et demi de plus que la moyenne de l’UE.

Pour la 7e année consécutive, l’Institut économique Molinari publie le fardeau fiscal et social de l’employé moyen au sein l’Union européenne (UE), grâce à des données calculées par EY. Ce classement présente la spécificité de fournir la pression fiscale et sociale réellement supportée par les salariés moyens, pour l’année en cours avec une méthodologie robuste et uniforme dans toute l’UE.

Comme l’an passé, les trois champions de la fiscalisation du salarié moyen sont la Belgique, la France et l’Autriche, mais l’ordre d’arrivée sur le podium 2016 évolue, explique l’Institut Molinari :

1. La France devient la championne de la fiscalité de l’Union européenne, avec 57,53% de taxation et une libération fiscale et sociale le 29 juillet.

2. La Belgique abandonne la première place qu’elle détenait depuis 2010, avec 56,9% de taxation et une libération fiscale et sociale le 27 juillet. C’est la conséquence d’un ambitieux «tax shift » réduisant les charges sociales.

3. L’Autriche reste 3e, en dépit d’une baisse significative de l’impôt sur le revenu, avec 54,7% de taxation et une libération fiscale et sociale le 19 juillet.

Situation unique au sein de l’Union

Avant de disposer de 100 euros de pouvoir d’achat réel, le salarié moyen français supporte 135 euros de charges et d’impôts. Par comparaison la moyenne de l’UE est de 85 euros.

Il est en théorie parmi les mieux payés avec 56.246 euros par an (5e rang de l’UE), mais il est particulièrement fiscalisé avec 32.358 euros de charges, impôt sur le revenu et TVA (1er rang en pourcentage du salaire complet, 2e rang de l’UE en euros), ce qui lui laisse un pouvoir d’achat net d’impôt sur le revenu et de TVA de 23.889 euros, soit le 11e rang de l’Union européenne.

À elles seules, les charges sociales, de 28.223 euros (1er rang de l’UE) représentent plus que le pouvoir d’achat réel, une situation unique au sein de l'Union.

Pourtant mieux payé que l’Autrichien ou l’Allemand, le salarié moyen français dispose de 29% de pouvoir d’achat en moins que le premier et de 17 % en moins que le second.



Le caractère régressif des taxes indirectes : les enseignements d'un modèle de microsimulation

Nicolas Ruiz et Alain Trannoy

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=2480

Résumé

La fiscalité indirecte française regroupe à la fois des taxes sur la valeur (TVA, taxe sur les conventions d’assurance, etc.) et, pour certains biens (alcools, tabacs, produits pétroliers, etc.), des droits portant sur les quantités consommées (ou droits d’accises) qui s’ajoutent à la TVA. Taxes et droits d’accises peuvent se ramener pour tous les biens à un taux unique implicite sur la valeur. La fiscalité indirecte pèse davantage sur les ménages modestes : ces ménages consacrent en effet une part beaucoup plus grande de leur budget aux biens soumis aux accises que les ménages aisés. Le premier décile acquitte ainsi 4,3 % de son revenu en ces taxes, le dernier décile simplement 1,3 %. La mesure de l’impact d’une réforme (prenant la forme d’une modification des taux ou des accises au moyen de leurs taux implicites) suppose de pouvoir disposer d’une modélisation des comportements des consommateurs vis-à-vis des produits soumis à ce type d’impôt. Pour cela, on estime pour ces biens des élasticités-prix et des élasticités-revenu ensuite intégrées à un modèle de micro-simulation. Ces élasticités dérivent de fonctions de demandes dont l’estimation utilise des indices de prix dits « personnalisés » qui tirent parti pour chaque grand poste des différences de structure de consommation entre les différents ménages, ceci afin de disposer d'une variabilité dans les indices de prix. Ce modèle permet de mesurer l'impact de deux mesures : la première espace les taux de TVA, la seconde augmente les accises en diminuant le taux de TVA, les deux réformes étant conçues à solde budgétaire constant. Chacune opère un transfert de charge fiscale d’ampleur limitée, favorable aux revenus modestes dans le cas de la première et à leur détriment pour la seconde. La relative similarité des profils de consommation moyenne par déciles de revenu et la forte hétérogénéité des profils de consommation au sein de chaque décile atténuent en effet l'impact de ces réformes en matière de redistribution

LA TAXOCRATIE A L'OEUVRE

taxocratie_2016



Le gouvernement crée une nouvelle taxe régionale sur les ménages et les entreprises

En collaboration avec l'Association des régions de France (ARF), le Premier ministre a validé ce lundi la création de la Taxe spéciale d'équipement régionale (TSER).

Publié le 29 Juin 2016 "Ce lundi 27 juin 2016, Manuel Valls (PS), Premier Ministre, et Philippe Richert (LR), Président de l’Association des Régions de France (ARF), ont cosigné l’Acte II de la plateforme État-Régions comprenant des volets sur l’accompagnement financier des projets régionaux, les transports et la santé.", peut-on lire dans un communiqué sur le site de l'ARF.

Cette signature valide notamment la création de la Taxe spéciale d'équipement régionale (TSER), qui devrait rapporter 600 millions d'euros aux Régions de France, et qui sera bientôt présentée au Parlement pour une intégration au Plan Loi de Finances 2017 (PLF2017).

"Cette nouvelle taxe sera a priori assise sur les mêmes bases que la taxe foncière. Les propriétaires peuvent s'attendre à voir apparaître sur leur feuille d'imposition une nouvelle ligne", explique au quotidien Le Figaro Frédéric Douet, professeur de droit fiscal à l'université de Rouen.

Du côté du Medef, on s'inquiète de "cette fuite en avant" du gouvernement, "très préoccupante" pour Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président délégué du Medef en charge de la fiscalité. "L'urgence reste de baisser la fiscalité sur les entreprises", ajoute-t-il dans les colonnes du Figaro.

Matignon accède à la requête des régions pour une nouvelle recette dans leur budget, dont les assiettes foncières progressent. "Nous tablons sur une croissance annuelle de 2% à 2,5% de cette taxe" indique l'ARF dans Les Échos.

En effet, les régions réclamaient un soutien financier supplémentaire, notamment pour les TPE-PME depuis que la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) a fait passer cette charge, supportée auparavant par le département, dans le champ de compétence des Régions.


Read more at http://www.atlantico.fr/pepites/gouvernement-cree-nouvelle-taxe-regionale-menages-et-entreprises-2750139.html#UWToDZ569zry3LlC.99

 

La «taxe Redbull» a rapporté 3 millions d'euros

Si le prélèvement sur les boissons énergisantes n'a pas rapporté autant que prévu, il a cependant contraint les fabricants à réduire la teneur de leurs produits en caféine.

La taxe sur les boissons énergisantes, instaurée au 1er janvier dernier, aura rapporté 3 millions d'euros sur l'année, a indiqué le site Internet des Échos. Elle devrait générer la même somme en 2016, précise une source parlementaire au Figaro. C'est vingt fois moins que ce qu'elle devait rapporter selon les prévisions initiales de Bercy, soit 65 millions d'euros.

Le député socialiste Gérard Bapt, rapporteur général du budget de la Sécu, avait bataillé deux ans de suite pour instaurer ce prélèvement d'un euro par litre pour les boissons contenant plus de 220 milligrammes de caféine par litre. Le député, aussi cardiologue, a défendu cette taxe en arguant que les boissons énergisantes peuvent contribuer à provoquer des problèmes cardiaques.

« Un échec sur le plan de la rentabilité financière, mais un succès pour la santé publique »
Gérard Bapt, député socialiste, rapporteur général du budget de la Sécu

Si la taxe n'a pas rapporté autant que prévu initialement, c'est parce que les fabricants ont tout simplement abaissé la teneur de leurs boissons en caféine pour passer sous le seuil fatal. À l'automne 2014, le leader du marché, l'autrichien Redbull, l'a par exemple réduit d'un tiers, sans en faire la publicité, d'après le magazine spécialisé Rayon Boisson.

Gérard Bapt se satisfait ainsi du fait que sa taxe ait très peu rapporté à la Sécu. «C'est un échec sur le plan de la rentabilité financière, mais un succès pour la santé publique», estime-t-il, cité par Les Échos. Cela se conçoit. La taxe sur les boissons énergisantes fait en effet partie de la fiscalité dite «comportementale», comme les taxes sur le tabac. Elle n'a donc pas été créée pour rapporter de l'argent à la Sécurité sociale, mais pour changer les comportements des consommateurs et des fabricants. Toutes les taxes comportementales défendues par les parlementaires n'ont pas été adoptées. Ainsi, la «taxe Nutella» sur l'huile de palme, proposée par le sénateur socialiste Yves Daudigny, n'a finalement jamais été votée.

 

 

 

 

 

 

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25 août 2016

le déficit de la Sécurité sociale se poursuit 11,7 milliards d'euros en 2014 contre 9,8 milliards prévus.

 

 Pour nous écrire:echanges.mouvement@laposte.net

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Pourquoi faut il que la sécu soit en déficit permanent ?

 

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, dénoncé le scandale de la CSG et CRDS organisé par l' état tant de gauche que de droite. Dénoncé ce fait qu'il faut que la sécu soit en permanence en déficit, car sa dette est transformée en produit financier directement prélevé  sur la quasi-totalité des revenus, y compris les allocations familiales, les allocations chômage et prochainement sur les produits d'épargne1.

 Cet impôt instauré en 1996  ce voulait provisoire  et devait, par l' emprunt sur les marchés internationaux combler les déficits de la Sécurité sociale entre 1993 et 1995. L'Etat se chargeant d' endetter le peuple à son insu, en mettant à la disposition du capital international, l' un des meilleur placement  financier de la planète, une rente de situation directement prélevée sur les salaires, pensions ...) qui sera  noté au plus haut niveau par les principales agences de notation.

Ici, nous passons sur tout l' historique ayant mené à cette situation, Nous l'avons déjà fait dans un article en 2004 « CSG et CRDS, un racket permanent de l’Etat (Echanges 110-Automne 2004) ». Nous retiendrons seulement que le scandale était si énorme que Simone Weil accusa le gouvernement de « faire payer deux fois les Français ».2

En effet, un véritable complot a été ourdi, pour liquider le système de protection sociale, au profit des sociétés d’assurances ( les complémentaires santé). La loi du 30 décembre 1995  autorisa le gouvernement, en application de l’article 38 de la constitution, à réformer le système de protection sociale .La voie était enfin dégagée pour que l’Etat, mette en place un nouvel étage de prélèvement sur le monde du travail par la création de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades).

Mise en place le 24 janvier 1996,  sa dénomination indique le sens de sa mission : faire payer aux salariés, retraités, chômeurs... les 137 milliards de francs de dette de la Sécurité sociale d’ici 2009, plus les intérêts exigés par les prêteurs.

Le déficit chronique de la Sécurité sociale doit continuer, pour alimenter le juteux marché de la dette sociale et des placements financiers auprès de la Cades. Donc en 1997, le ministère de l’économie et des finances annonce le prolongement de la Cades pour cinq ans  (du 31 janvier 2009 au 31 janvier 2014) pour éponger les nouvelles dettes.

Nous sommes fin 2009 , et le trou de la sécu est de nouveau au rendez vous. Il devrait se situer aux alentours de 20 milliards d'euros,  en hausse par rapport aux précédentes estimations qui évaluaient le déficit à 15 milliards. Même  le sénat  commence a se poser des questions sur l' utilité de la CADES.

« A titre d’exemple, si la CADES avait été préservée de toute manipulation (hormis la réouverture de 1998), elle aurait pu dans le cadre du scénario central, amortir la totalité de ses dettes au minimum dès 2011 épargnant aux contribuables le versement de deux ans de CRDS, soit 14,2 milliards d’euros, soit plus de 90 milliards de francs.(extrait du Rapport N° 248 du sénat  2002/2003  sur la situation de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES),   Par M. Alain VASSELLE, Sénateur. )

Mais comme on dit « a qui profite le crime » ?Il n' est pas facile de le savoir, ce n' est certes pas secret mais plutôt discret, néanmoins voici ce que nous avons glané, sur le site de la CADES qui fait état des intérêts servis aux prêteurs:

10 milliards de francs 4% à l'échéance 12 octobre 2000.

18,859 milliards de francs 5,50% à échéance 25 avril 2002.

15,299 milliards de francs à 6% à échéance 25 juillet 2005.

17,123 milliards de francs 6,25% à échéance 25 octobre 20007.

650 millions de francs 5,18% à échéance 16 avril 2003/2008.

La facture finale, des intérêts de la dette, est colossale. Selon la cours des comptes, la charge d’intérêts des emprunts contractés par la cades s' élève à (2,9 Md€ par an en moyenne sur la période 2005-2009 ,contre 1,4 Md€ sur la période 1996-2004), soit un total de 25,7 milliards euros versé au capital financier depuis 1996.  A noter qu' en dehors d’une modification de son assiette en 2004 (qui est passée de 95 % à 97 % des revenus) la progression de la CRDS résulte uniquement de la dynamique des revenus. De 1996 à 2005, le produit de la CRDS a augmenté de 61,4 %. Or dans le même temps, (du fait de la charge des intérêts de la dette ) la dette à résorber à été multipliée par 2,4. et avec la crise et le chômage, les recettes s' amenuisent amplifiant l' endettement.             

 Les grands bénéficiaires sont :

« Une compagnie d’assurance-vie a pris 1 milliard d’un coup » ( La Tribune du 27 septembre 1996) selon le même journal l’emprunt a trouvé preneur « auprès d’une communauté d’investisseurs diversifiée, incluant principalement des assureurs et des gestionnaires français, certes, mais aussi des banques allemandes, belges et luxembourgeoises, des fonds britanniques et italiens, et jusqu’à une banque centrale du Moyen-Orient ».

Mais aussi ,ABN Amro Barclays Capital BNP-Paribas CDC Ixis Crédit Agricole Indosuez Crédit Suisse First Boston Deutsche Bank Dresdner Kleinwort Wasserstein HSBC-CCF JP Morgan Lehman Brothers Merrill Lynch Morgan Stanley Natexis Banques Populaires Nomura Schroder Salomon Smith Barney Société Générale.

Le dernier emprunt de la CADES, le cinquième en 2009 , s'élève à 1,25 milliard de dollar US ce placement va alimenter le capital financier international dans les proportion suivantes:

En Europe pour 47 %, en Asie pour 30%, au Moyen-Orient pour 16%, et en Amérique pour 7 %,
L’emprunt a été majoritairement souscrit par les banques et les banques centrales pour respectivement 45% et 41%, 10% par des gérants de fonds et par d’autres investisseurs (assurances et banques de détail) pour 4%.

Voir aussi l' article percutant du CROAC cliquer sur dossier en haut puis sur l' article « « le trou » de la sécu après les truquages le délire ! » et le site du journaliste Denis Robert contraint de jeter l' éponge ( sa vidéo).

Gérard .Bad  novembre 2009

Notes

1Le gouvernement souhaite désormais soumettre aux prélèvements sociaux (CSG et CRDS) les contrats multisupports dont le capital était exonéré de CSG et de CRDS (12,1%) en cas de décès. Selon la presse, les recettes escomptées pourraient atteindre 270 millions d'euros.

2 Cette dette de 110 milliards de francs aura donc été payée deux fois : une première fois via la hausse de la CSG décidée en juillet 1993 (1,4 point) et la seconde par l’instauration de la CRDS.

Video chanson populaire d' actualité

Pour nous écrire:echanges.mouvement@laposte.net

Les inconnus-rap-tout

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24 août 2016

INFOBREF N°450 Revenu de base,EDF,critique du sport,Assurances

INFOBREF N°450

Libérez Jacqueline Sauvage!

Initiative communiste-ouvrière

Malgré deux expertises concordantes et l’avis de la procureure de la République, le tribunal d’application des peines a décidé ce 12 août de rejeter la demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage. Rappelons que son geste intervient après 47 ans de violences de son conjoint à son égard. Que son parcours est la conséquence d’un système patriarcal. Et peut-être fait-elle aussi les frais d’un bras de fer entre le monde politique et une institution judiciaire, qui aurait mal vécu la grâce (...)

13 août 2016

 

signer la pétition

 

Le revenu de base: ni mirage ni miracle

Denis Clerc

11/08/2016

En France comme dans la plupart des pays de l'Union européenne, le chômage progresse, tirant dans son sillage la pauvreté. L'Insee estime que le taux de pauvreté pourrait atteindre 14,2 % en 2014 (contre 14 % l'année précédente, les chiffres sont toujours publiés avec un certain retard). Quant au Conseil national du numérique, il craint, dans son rapport remis à la ministre du Travail le 6 janvier dernier, que l'essor de l'économie numérique "contribue à un raccourcissement général des cycles d'emploi au détriment des contrats de travail longs (voire à durée indéterminée) et au profit de statuts temporaires, "intermittents", "auto-entrepreneurs" ou plus informels encore, comme le travail "gratuit" des internautes sur les grandes plates-formes du Net". Leurs auteurs ont suggéré que soit étudiée la faisabilité d'un "revenu d'existence" (ou "revenu de base"), c'est-à-dire un revenu mensuel versé à chacun, sans démarche ni condition aucune, si ce n'est de résidence1.

 

 

Le point sur les tarifs de l'électricité : faut-il quitter EDF ?

Septembre 2012
Le Particulier Pratique n° 382, un extrait par FRANCISCO (Sylvie)

Pourquoi parle-t-on de supprimer les tarifs réglementés ?

La loi Nome impose que les tarifs réglementés soient progressivement alignés sur celui de l’Arenh, c’est-à-dire qu’ils passent de 34 à 42 €/MWh d’ici à 2016. Une fois ce rattrapage effectué, ces tarifs n’auront plus lieu d’être. Le gouvernement pourra alors les supprimer, ­s’alarment les associations de consommateurs. “Les tarifs réglementés d’EDF sont de 30 à 40 % plus bas que les tarifs européens, parce que les consommateurs français ont financé pendant plusieurs décennies, par les impôts publics, les lourds investissements du parc nucléaire [80 % de la production nationale, ndlr] et assumé les risques inhérents à cette technologie. Il n’est pas juste de ramener ces tarifs au niveau des prix européens ni de les supprimer”, s’insurgent certains experts du secteur. “Ces tarifs réglementés constituent le dernier rempart contre une explosion de nos factures, insiste Alain Misse. Dans les pays européens où ils ont été supprimés, les tarifs de marché ont grimpé entre 2001 et 2006 : de 91,50 % au Danemark, 80,70 % au Royaume-Uni, 77,40 % en Suède, 40,40 % aux Pays-Bas.”

Quelle hausse de l’électricité redouter ?

L’opérateur historique évoque les lourds investissements qu’il doit effectuer pour moderniser et renouveler son parc nucléaire (quelque 35 milliards d’euros sur 20 ans). S’y ajoute l’augmentation du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe), identique pour tous les fournisseurs. Le Turpe permet de financer les chantiers de modernisation des réseaux à moyenne et à basse tension, gérés presque exclusivement par ERDF : entretien des transformateurs, enfouissement des lignes, remplacement des compteurs standard par un modèle communicant, baptisé Linky (voir LPP n° 376, p. 10)… S’y ajoute aussi la hausse de la contribution au service public de l’électricité (CSPE), qui sert à financer le rachat, imposé à EDF, de l’électricité d’origine renouvelable produite par les particuliers à un prix cinq fois plus élevé que les tarifs de marché.
Étant donné qu’ils sont alignés et indexés sur les tarifs réglementés, les tarifs de marché vont, eux aussi, augmenter. D’autant qu’ils ne permettent pas aux fournisseurs alternatifs de couvrir leurs coûts d’approvisionnement : ceux-ci doivent produire de l’électricité provenant d’énergies fossiles et/ou s’approvisionner auprès de producteurs ou d’importateurs qui sont de 30 à 40 % plus chers qu’EDF. En effet, l’opérateur historique produit son électricité à un coût très compétitif grâce à son parc nucléaire. Un coût qui n’inclut pas le renouvellement et le démantèlement des centrales ni le traitement des déchets, laissé à la charge de la collectivité. Les fournisseurs alternatifs ne peuvent guère compter sur l’Arenh pour améliorer leur compétitivité puisque EDF a obtenu du gouvernement un prix de cession plus élevé que ce qu’ils réclamaient : 42 €/MWh depuis le 1er janvier 2012, au lieu de 30-35 €/MWh.

Gaz / Electricité : Des abonnés piégés par la facture unique

Juillet-Août 2012
Le Particulier n°1075, article complet

La fin du monopole sur l’énergie, en 2007, a permis aux consommateurs de choisir librement leur fournisseur de gaz et d’électricité. Depuis, les deux poids lourds, EDF et GDF Suez, se livrent une guerre commerciale pour fidéliser leurs clients et en attirer de nouveaux, en proposant une offre unique intégrant le gaz et l’électricité. Sur le papier, l’argument est imparable : une seule facture simplifie la gestion. Les opérateurs proposent même de résilier pour vous le contrat qui vous lie au fournisseur concurrent. Attention : en regroupant vos consommations sur la facture d’EDF, vous perdez le bénéfice du tarif réglementé pour le gaz ; il en sera de même pour le tarif de l’électricité si vous les rassemblez sur votre facture de GDF Suez. En contrepartie, certaines offres vous permettent de profiter du blocage du tarif sur une durée limitée. C’est le cas de plusieurs contrats Dolce Vita de GDF.

Avant de vous engager pour la facture unique, comparez les offres en fonction de votre usage personnel sur le site du médiateur de l’énergie (energie-info.fr), car cette option peut faire grimper la note. Le médiateur relève, par exemple, le cas d’un abonné parisien n’utilisant le gaz que pour sa cuisinière qui, en regroupant ses factures chez EDF, a vu sa note de gaz passer de 109 à 157 €. Soit une hausse de 44 % !



À bas l’économie capitaliste du sport !

Par Gaston Lefranc (10 août 2016)

 

Article publié dans l'hébdomadaire L'Anticapitaliste n°347

L’économie du sport résiste à la crise

La « dépense sportive nationale » mesure les diverses contributions au financement des activités sportives, mais aussi les dépenses en biens et services nécessaires à la pratique du sport (vêtements, chaussures...). Elle est en France de plus de 35 milliards d’euros. Sa part dans le PIB (1,75 % aujourd’hui) augmente. Cette dépense se répartit de la façon suivante : 45 % par les ménages, 45 % par les administrations (un tiers par l’État qui rémunère notamment les enseignants en EPS, deux tiers par les collectivités locales) et 10 % par les entreprises. C’est la vigueur des dépenses d’équipement sportif des communes qui explique une bonne partie de la résistance de ce secteur à la crise.

La production de spectacles sportifs ne connaît pas la crise : le chiffre d’affaires du football professionnel a progressé de 24 % entre 2009 et 2013, s’établissant à 1,5 milliard ; celui du Tour de France a été multiplié par 10 en trente ans, ce qui a fait exploser le bénéfice de l’organisateur de l’épreuve (Amaury Sport Organisation). La forte hausse des droits de retransmission télévisés explique cet essor.

Bénéfices privés et fardeaux pour la population

Les économistes bourgeois le reconnaissent de plus en plus : les grands événements sportifs n’ont pas d’effet bénéfique sur la croissance économique... Mais il y a un effet de « redistribution ». Les contribuables paient les gros investissements, et les capitalistes se goinfrent : ceux qui produisent ces spectacles, et aussi certains secteurs comme le BTP qui bénéficient des commandes publiques. De façon systématique, les coûts sont sous-estimés. Les JO d’Athènes 2004 ont ainsi plombé les finances publiques grecques. Les populations commencent d’ailleurs à faire de la résistance face à de tels gaspillages : par référendum, la population de Munich a dit non en 2013 aux JO d’hiver 2022, de même que celle de Hambourg en 2015 pour les JO d’été 2024.

Et que dire de la Coupe du monde 2022 au Qatar ? 1,5 million d’ouvriers étrangers ont été recrutés pour construire les infrastructures. Leurs conditions de travail s’apparentent à de l’esclavage moderne, et on estime que 4 000 d’entre eux mourront sur les chantiers d’ici à 2022.

Concernant l’Euro 2016, les pouvoirs publics ont effectué de gros travaux de rénovation des stades, souvent en « partenariat public privé ». Ces dispositifs permettent aux villes de ne pas débourser trop d’argent à court terme, mais ils doivent pendant des années verser des loyers aux géants du BTP pour devenir au final propriétaires de stades surdimensionnés. Grâce à ces travaux, l’UEFA a touché le pactole : 650 millions de charges (location de stades, gestion de billets, etc.) et 1,9 milliard de gains (droits de retransmission télé, sponsoring, billetterie), soit un bénéfice net de plus d’1 milliard ! Grâce à une mesure de Sarkozy confirmée par Hollande, l’UEFA sera totalement exonérée d’impôts !

Pour ne pas faire de jaloux, le gouvernement a élargi en 2014 cette exonération d’impôts à l’ensemble des grands événements sportifs. Il a en outre supprimé la taxe sur les spectacles pour l’ensemble des manifestations sportives (remplacée par une TVA à taux réduit de 5,5 %). Et la loi Macron a permis l’accroissement des dimensions des dispositifs publicitaires au sein des enceintes sportives, cela en dérogation au Code de l’environnement...

Un secteur clé de l’économie capitaliste... dont il faudra se débarrasser !

L’économie du sport est la quintessence de l’économie capitaliste. Les « belles valeurs du sport » ne sauraient cacher que la compétition du profit est complétée par le profit de la compétition. Les compétitions prolifèrent pour accélérer la rotation du capital sportif et maximiser la production de plus-value. Le sport, vendu comme un spectacle, permet des bénéfices faramineux avec le consentement des foules que le système cherche à abrutir.

Le sport capitaliste n’a pas grand-chose à voir avec l’activité physique récréative. Outre les profits colossaux qu’il génère, il contribue à modeler la force de travail pour la rendre « performante » pour les capitalistes. Le sport transforme le corps des athlètes en instrument, en chair à profit. Au-delà des seuls athlètes, nous sommes tous incités à faire du sport afin d’améliorer notre « employabilité » et pour que notre corps soit bien préparé au travail capitaliste. Après le travail quotidien, il ne faut pas se « relâcher ». Tous à la salle de sport, avant de consommer du spectacle sportif devant son écran télé !



Sud Assurance

Partagé en mode public  -  19 juil. 2016

 En pleine mobilisation sur la loi travail, le groupe MACSF signe un accord sur le temps de travail qui élargit notamment les plages horaires de travail de ses salariés. Objectif : apporter aux clients une meilleure qualité de service.

Cet accord se traduit notamment par des horaires de travail du lundi au vendredi élargis de 8 heures à 19 heures (au lieu de 8h30 – 18h30). Soit une heure gagnée chaque jour. Mais aussi par l’ouverture des services commerciaux le samedi matin de 9 heures à 13 heures.

Cet accord sur temps de travail sera applicable à partir du 1er octobre prochain.
Deux autres accords ont également été signés sur les dispositifs d’épargne salariale. Le premier concerne l’intéressement, et vise à augmenter l’enveloppe globale maximum consacrée à l’intéressement à 16% de la masse salariale. Le deuxième accord ambitionne d’augmenter le plafonnement conventionnel de participation à hauteur de 8 M€.

 

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19 août 2016

La réforme du salariat et paupérisation des retraités

 Dissolution du salariat !!!

 C'est presque une tradition en France, quand les vacances arrivent (scolaires et congés payés), les luttes sociales s'arrêtent. La lutte contre la loi El Khomri n'a pas contrarié cette règle, les couteaux ont été rengainés avec la promesse que le combat reprendra à la rentrée.

 La loi El Khomri tout comme le rapport Badinter ne visent pas que la hiérarchisation des textes de loi, ils mettent un coin dans la notion même du salariat. Ceci est à rattacher à la multitude de contrats de travail précaires allant jusqu’au contrat zéro heure, à la dislocation de la vie privée et de la vie au travail, et du marketing de la cocréation, du fait des nouvelles technologies.

 Dés l’an 2000, dans une brochure La Sphère de circulation du capital (publiée par Echanges) j' avais alerté les lecteurs sur une tendance visant à faire travailler le consommateur :

 « La société self-service a le pouvoir de déguiser la soumission, l’exploitation et même la servitude en liberté. Le libre-service, ce système a, à première vue, un immense avantage, il supprime les domestiques (illustration le poinçonneur des Lilas). Plus besoin de serveurs, de vendeurs, de contrôleurs. Le problème (sans charges sociales) est reporté sur le consommateur qui devient un domestique, “libre” et “payant” qui va effectuer un travail non payé et qu’il devra même payer, puisqu’il paie l’accès au Minitel, à Internet... Nous devenons des serveurs, des vendeurs, des banquiers, des assureurs, des pompistes, des poinçonneurs, des téléphonistes, des portiers, des assembleurs kit, des hôteliers... plus le travail devient simple, plus il est possible de l’externaliser sur l’utilisateur. »

Depuis, comme le dénonce si bien Marie-Anne Dujarier dans son livre Le Travail du consommateur ([1])  il est parfaitement clair que l’exploitation du consommateur est dorénavant intégrée dans la stratégie des entreprises sous le vocable de “cocréation”. 

La loi El Khomri est le résultat d'un long “détricotage” du droit du travail de la période dite keynésienne, comme nous aurons l'occasion de le démontrer ultérieurement. En cela les nouvelles technologies n'ont fait que favoriser ce détricotage qui remonte aux années 1990 avec la liquidation des anciennes conventions collectives basées sur le métier. Après la liquidation du classement de 1945 dit Parodi (manœuvres, OS, OP), les nouvelles conventions collectives se baseront sur un classement par fonction aux frontières aléatoires.

L'informatisation de la société a bien entendu bouleversé le système catégoriel des métiers et même fait une intrusion dans la sphère privée. Gérard Filoche dans ses textes l'explique très bien ([2]). Il y a donc dialectiquement interpénétration des sphères privée et publique.

Ce qui fait dire à Philippe Lemoine dans son rapport ([3]) :

« Avec le numérique, de nouveaux emplois apparaissent et, plus profondément, la notion même d’emploi se transforme. On peut aujourd’hui être tour à tour entrepreneur, salarié, expert indépendant, étudiant, etc. Mieux : on peut occuper simultanément plusieurs de ces statuts. »

Voilà qui a le mérite d'être clair , et nous fait comprendre que la dislocation du salariat (sa précarisation) est à l'ordre du jour du capital. Comme le faisait remarquer Gérard Filoche sur le rapport Badinter :

« On caractérisera le rapport comme une tentative pour en finir avec un Code du travail spécifique et le remplacer par un mixte avec le Code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex-contrat de travail. La“personne” remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Uber peut s’y retrouver, Attali et Macron sont passés par là. »(Analyse détaillée des 61 mesures du rapport Badinter)

La revue Temps Critiques va elle aussi dénoncer cette évolution vers un droit à la personne, que l'on nous avait déjà servi avec la formation tout au long de la vie et la sécurité sociale professionnelle :

"le Code du travail doit évoluer vers un code de la personne au travail, ce dernier étant conçu non plus comme travail productif ou même déterminé, mais comme un travail-fonction « au service » de la société tout au long de la vie... Le programme de la CFDT en quelque sorte !" (Temps Critiques-Projet de loi-travail et convergence des luttes: un malentendu?)

Ceci est à mettre en relation avec les propositions de revenu universel et retraite universelle visant à paupériser un peu plus le monde du travail.

Paupérisation croissante des retraités

 Nous savons tous maintenant que les systèmes de retraites de l’Etat dit providence sont systématiquement liquidés, voir pillés purement et simplement par la dette (voir la CRDS gérée par la CADES) un produit financier exemplaire. A ce titre le « trou de la sécu » est un véritable tonneau des Danaïdes, un panier percé qu'il faut alimenter sans cesse. Pour alimenter le « tonneau » il faut empêcher qu'il se vide trop rapidement, et que la duperie devienne trop visible. Les réformes des retraites sont faites dans ce sens, allongement du temps au travail pour toucher sa retraite, et non indexation sur les prix ([4]) depuis avril 2013 et passage à la CSG de 3,8 % à 6,6 %.

En période de propagande électorale, la promesse avait été faite que le gel de l'indexation serait aboli en octobre 2016. Mais voilà que la presse nous informe que le dégel n’est pas pour demain et que la précarisation-paupérisation des retraités va se poursuivre.

 

HOLLANDE_NOUNOU

Comme l'inflation officielle entre mai 2015 et avril 2016 est négative (–0,2 %), il coule donc de source que l'indexation sera de zéro. A cela s’ajoute, il ne faut pas l’oublier, un accord signé le 30 octobre 2015 entre le Medef, la CGPME, l’Union professionnelle artisanale (UPA) d'une part et la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC d'autre part. Accord aboutissant à assurer la pérennité de la paupérisation des retraités ([5]).

Que propose cet accord ? ([6]) Il se présente comme le jeu de l'oie, ou plutôt celui du pigeon, avec un système de « bonus malus » qui vise à river les retraités au boulot comme Prométhée à son rocher.

Pour la génération née en 1957, un « coefficient de solidarité », c'est-à-dire une ponction sur la pension, sera prélevée à la hauteur de 10 % pendant trois ans. Autrement dit, une personne ayant 62 ans, remplissant toutes les conditions pour prendre sa retraite, pourra le faire, mais elle subira le malus de 10 % pendant trois ans, c' est à dire jusqu'à 65 ans (où est donc passée l'AGFF ? [[7]]). Pour ceux qui veulent partir à taux plein à 63 et 64 ans le mécanisme va jouer avec un décalage respectivement jusqu'à 66 ans et 67 ans.

L'insécurité sociale, voilà l'état d'urgence pour le précariat qui touche un nombre croissant de prolétaires, il n'y a rien à espérer de ce monde.

 G. Bad

 NOTES

([1]) Le Travail du consommateur. De McDo à e-Bay, comment nous coproduisons ce que nous achetons, La Découverte-Poche, a2014

 ([2]) Gérard Filoche, né le 22 décembre 1945 à Rouen, est un ancien militant de la LCR, devenu inspecteur du travail. Il a publié de nombreux ouvrages sur Mai 68 et sur le droit du travail et contribue depuis quelques années à différents médias (L'Humanité, Mediapart...). Il est actuellement membre du Parti socialiste.

 ([3]) Rapport sur la « Transformation numérique de l’économie », remis en novembre 2014 par Philippe Lemoine, président du Forum d'action modernités et président de la Fondation internet nouvelle génération, aux ministres Emmanuel Macron (Economie, Industrie et Numérique), Marylise Lebranchu (Décentralisation et de la Fonction publique), Thierry Mandon (Réforme de l’Etat) et Axelle Lemaire (secrétaire d’Etat chargée du numérique).

 ([4]) Les revalorisations des retraites se faisaient avant la réforme de 1993 sur la base de la hausse des salaires (+1,8 %) cette année-là.

 ([5]) https://www.cfdt.fr/portail/theme/protection-sociale/retraites-complementaires-letexte-estfinalise-srv2_320292

 ([6]) https://www.cfdt.fr/portail/theme/retraites-complementaires/ce-qu-il-faut-retenir-de-l-accord-sur-les-retraites-complementaires-srv1_320510

 ([7]) AGFF, Association pour la gestion du Fonds de financement de l’Agirc et de l’Arrco – http://www.agff-info.fr/

 




 



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16 août 2016

Iran. Pas de répit après l’accord sur le nucléaire

« Keine Ruhe nach dem Atom-Deal », article non signé paru dans le n° 99 (hiver 2015-2016) de la revue allemande Wildcat, p. 32-34, et dans Echanges n° 155 (printemps 2016)

 Depuis 2012, après la répression du « mouvement vert » de 2009 et la suppression des subventions pour les moyens de subsistance et l’énergie par Ahmadinejad (1), l’Iran se retrouve confronté à une crise économique. Le FMI estimait le taux d’inflation pour 2013 à 25 % (en quatrième place du classement officiel) ; en réalité, il était à la mi-2013 déjà au-dessus de 40 %. Dans le même temps, le PIB reculait de 6,8 %. Le chiffre de la production automobile, par exemple, a baissé de plus de la moitié entre 2004 et 2013 (2).
Malgré les accords, la crise
Le nouveau régime du président Rohani, élu en 2013, est parvenu à réduire le taux d’inflation à 15 % en 2014 tandis que l’économie croissait de 4,3 %. En partie en conséquence de la « bulle espérance » liée à la conclusion des négociations sur le nucléaire, mais aussi d’un arrêt de la dépréciation de la devise iranienne et d’une émission d’emprunts de l’Etat qui ont fait rentrer de l’argent dans les caisses. Néanmoins, les revenus de l’Etat ont chuté par suite de l’effondrement des prix du pétrole.
Le gouvernement a alors réduit ses dépenses de 13 %, ce qui a entraîné une diminution de la demande en biens de consommation déjà faible. Les prévisions économiques semblent donc mauvaises ; les gouvernants eux-mêmes préviennent d’une récession. Pour 2015, le FMI table sur une croissance de 0,8 %. Et bien que le gouvernement ait fait de la lutte contre l’inflation une priorité, son taux s’est encore accru de 15 %. Le chômage atteint 10,6 % (2014) et ne fera que croître.
Selon les chiffres du régime, 30 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté. Quoique le salaire minimum ait plus que doublé, de 303 000 toman (3) en 2010 à 712 000 (si on y inclut les aides au logement et les allocations familiales, il se monte en fait à presque 1 million de toman), cette hausse demeure inférieure à l’inflation. Exprimé en dollars il a baissé, équivalant à 290 dollars autrefois contre 215 actuellement à cause de la dévaluation de la devise par rapport au dollar qui, malgré les sanctions, permettait de subvenir aux besoins de base.
Depuis la levée des sanctions, le régime cherche à attirer les investissements privés étrangers et, pour les attirer, cherche à réduire les salaires et à modifier le code du travail. La création de vastes zones franches économiques où les lois du travail ne s’appliquent pas ainsi que de nouveaux types de contrats de travail contenant des clauses telles que la possibilité, en cas de licenciement pour fait de grève, de ne verser aucun salaire pour les heures de travail effectuées, font partie de ces mesures incitatives.
Le cours intensif des privatisations de grandes entreprises, achetées avant tout par des institutions telles que les compagnies d’assurances, a entraîné, ces dernières années, le renouvellement de nombreux contrats de travail, pour la plupart en contrats à durée déterminée. Le vice-ministre du Travail et des Affaires sociales le confirmait récemment : « Au début de la révolution, environ 90 % des travailleurs avaient un contrat de travail à durée indéterminée ; ils sont aujourd’hui environ 90 % à avoir un contrat de travail à durée déterminée. » Il y a en outre des contrats de travail qui ne comportent que la signature du travailleur et que les employeurs peuvent modifier à tout moment. Plusieurs employeurs exigent même le paiement d’une caution au moment de l’embauche.
L’attente d’une issue positive aux négociations sur le nucléaire était relativement forte, toutes classes sociales confondues. Dans les discussions, les articles et les conversations privées, le plus grand nombre était d’avis que la menace de guerre en serait écartée mais aussi qu’au total il n’en sortirait que du mieux. Une bonne partie des gauches syndicalistes espérait, et espère encore, que le mouvement ouvrier allait se renforcer et qu’avec l’ouverture aux investissements étrangers l’opportunité de fonder des syndicats allait se présenter.
Alors que la couche moyenne « attend des jours meilleurs », l’augmentation des grèves et des manifestations ouvrières ces derniers mois montre que les travailleurs n’attendent pas. Le régime se prépare d’ailleurs à des affrontements très durs comme en témoignent une application plus rigoureuse de la loi et les brutalités opposées aux luttes.
Les travailleurs n’attendent pas
En 2014, le nombre des grèves et des manifestations d’ouvriers a nettement augmenté. La plupart des luttes étaient dirigées contre les privatisations et les licenciements collectifs, mais aussi contre le retard et l’irrégularité du versement des salaires, devenus la règle depuis des années. Le point culminant a été atteint en mai avec la grève de 5 000 travailleurs des mines de fer à Bafgh : 39 jours de grève, la plus longue depuis la révolution.Victorieux, les mineurs ont réussi à empêcher la privatisation partielle programmée de leur entreprise. En août, neuf ouvriers actifs dans la grève ont été arrêtés ; les travailleurs se sont alors remis en grève, et celle-ci ne s’est achevée que seize jours après lorsque le dernier emprisonné a été libéré. La grève a été soutenue par une vague de solidarité des femmes, de la parentèle, des voisins, etc. qui ont organisé de longs sit-in devant le bâtiment du gouverneur.
Au passage de l’année 2014 à 2015, une vague de protestation dans l’industrie automobile a prolongé le mouvement. Les ouvriers ont choisi une forme d’action simple, et en tant que telle non illégale, à savoir le boycott collectif des repas à la cantine. Leur détermination a mis le régime dans l’embarras : au bout de quatre jours, les travailleurs obtenaient une hausse de salaire de 20 % chez Pars Khodro ; chez Iran Khodro, au bout de dix jours. Cette tactique collective a galvanisé les militants ouvriers et la gauche, les travailleurs utilisant les assemblées de coordination comme espaces de discussion. On y a également débattu d’un boycott éventuel des bus d’entreprise et d’une marche en cortège de plus de dix kilomètres vers Téhéran.
En 2015, éclatèrent d’autres grèves et actes de protestation. A tel point que l’on pouvait en trouver presque quotidiennement des comptes rendus sur les sites d’information étatiques et proches du pouvoir. Il est malheureusement souvent difficile d’obtenir des informations sur le long terme.
Il y a eu quelques très longues grèves : ainsi, 120 travailleurs de l’usine textile Iran Barak ont fait grève pendant 45 jours. Une autre dans les aciéries d’Ahwaz a duré 35 jours ; une lutte des conducteurs du métro dans la même ville, 22 jours. Les 500 employés de la cimenterie Karoun ont cessé le travail pendant deux semaines. A noter, des manifestations et arrêts de travail persistants sur le champ gazier de South Pars, le plus grand champ gazier iranien, dont l’exploitation a commencé en 2003, avant les sanctions (4), et entré en sommeil depuis.
Le 5 décembre a débuté un conflit autour de la privatisation totale de la Persian Gulf Holding, le deuxième complexe pétrochimique le plus important du Moyen-Orient. Il est prévu que les 6 000 travailleurs passent d’ici peu définitivement sous contrats privés. Selon le portail d’informations Naft e ma, 3 000 travailleurs sont entrés en grève de la faim, ou boycottent la cantine, en plusieurs endroits, et menacent d’entourer les ateliers par une chaîne humaine.
Un coup d’œil sur une seule semaine en octobre 2015 montre l’étendue de ces luttes à tout le pays, massives mais isolées : dans trois entreprises pétrochimiques, les ouvriers se sont mis en grève entre deux et dix jours. Dans l’usine de granulés de castine* Ardakan, on a fait grève pendant cinq jours ; dans l’aciérie de Dorood, vingt-deux jours contre un retard dans le versement des salaires. A Téhéran, 105 travailleurs du textile de la province de Lorestan ont manifesté devant le siège de la Sécurité sociale. Les ouvriers de l’usine pétrochimique Farabi refusent de manger à la cantine depuis sept jours. Dans plus d’une quinzaine de villes, les enseignants manifestent pour une augmentation de leurs rémunérations et la libération des leurs emprisonnés. Les employés municipaux de Masdjed-Soleyman se rassemblent depuis trois jours pour réclamer le paiement de quatre mois de salaires en ­retard.
Les revendications ne sont pas particulièrement « radicales » mais, compte tenu des difficultés auxquelles s’exposent ceux qui luttent, elles sont le signe, malgré la violence de la répression, d’une colère qui monte de la base.

Le régime contre-attaque
Le régime réagit avec vigueur contre ces luttes au moyen de ses organes de sécurité et de ses tribunaux. Dans la raffinerie de pétrole de la ville de Bandar Abbas, les forces de sécurité ont utilisé contre les ouvriers grévistes des canons à eau qui ont causé d’importants dommages. Un rassemblement de mineurs à Zarand, qui avaient bloqué une des routes d’accès à la mine, a été dispersé par des gaz lacrymogènes et un travailleur, pris d’un malaise, est mort peu après. Des unités spéciales ont attaqué un rassemblement d’ouvriers de l’aciérie d’Ahwaz et sévèrement blessé un ouvrier.
Une statistique montre que le régime et le patronat ont licencié 1 167 travailleurs trop remuants dans vingt-trois entreprises, en quatre mois seulement. La justice islamique, elle aussi, prononce des peines très lourdes contre les protestataires ouvriers. Cinq mineurs de Tschador Malu, par exemple, ont été condamnés à une année de prison et à des coups de fouet ; c’est seulement en considération de leur âge et de leurs longues années de travail à la mine que le châtiment corporel a été commué en une amende et une condamnation à cinq ans de prison avec sursis.
Les militants et militantes ouvriers subissent une répression et des représailles pires encore sous le nouveau gouvernement. Ils sont nombreux à redouter que le régime profite de l’atmosphère favorable qui suit l’accord sur le nucléaire, non seulement pour isoler mais aussi pour persécuter plus fortement le mouvement ouvrier, et le détruire. Le régime est d’ailleurs parvenu jusqu’à maintenant à maintenir ces luttes séparées les unes des autres.
Au cours de ces dix dernières années, les militants ouvriers ont essayé plusieurs fois de fonder des syndicats indépendants, par exemple dans la raffinerie de sucre de canne à Haft-Tappeh ou bien chez les conducteurs de bus ; il y a eu de nombreux congrès de fondation. Les relations de ces petits syndicats avec les syndicats mondiaux n’ont pas permis d’imposer leur présence ; elles ont, au contraire, mené à des conflits entre leurs initiateurs et à une perte de confiance du côté des travailleurs. Notons que les ouvriers et ouvrières organisent aujourd’hui manifestations et grèves plutôt sur le mode de l’action directe et cherchent de plus en plus à sortir de l’usine, à propager leurs luttes dans les quartiers ouvriers où les habitants se solidarisent activement avec eux.

(traduit de l’allemand par J.-P. V.)

NOTES

(1) Voir Wildcat n° 86 [article traduit dans le n° 132 d’Echanges, p. 37 : http://www.mondialisme.org/spip.php?article1503 (NDT)] : à la fin 2010, Ahmadinejad a supprimé les subventions, une exigence du FMI et de la Banque mondiale depuis vingt ans que les précédents gouvernements avaient toujours refusée. Elles ont été remplacées par une compensation financière minime à la population : dans les premiers temps, l’Etat a versé 40 000 toman mensuels [11,74 euros] à environ 90 % de la population, alors que le prix de l’essence augmentait de 400 %, l’électricité de 300 % et le pain de 200 %.

(2) La production automobile a crû de 997 240 unités en 2007 à 1 648 505 en 2011 selon des données de l’OICA [Organisation internationale des constructeurs d’automobiles (NDT)]. Depuis, elle est entrée en récession : en 2012, elle s’est effondrée à 989 110 unités et en 2013 à 743 680. Il semble qu’elle ait quelque peu récupéré en 2014 avec une production de 1 090 846 véhicules. A cause de la faiblesse de la demande le cours des actions de l’industrie automobile a chuté de 24 % ces neuf derniers mois.

(3) En décembre 2015, 1 euro = 3 965 toman. En 2010, il valait 1 400 toman.

(4) Les Etats-Unis utilisent de plus en plus une section jusqu’alors peu connue de leur ministère des Finances, l’Office of Terrorism and Financial Intelligence (TFI), pour imposer les sanctions. Le TFI, soutenu à l’international, a banni plus de vingt institutions financières iraniennes du système bancaire mondial. Ce qui, à la fin 2011, a entraîné une dévaluation d’environ 30 % du rial [toman est l’ancien nom de la monnaie iranienne, devenue le rial en 1932, mais reste couramment utilisé. 1 toman équivaut à 10 rial (NDT)] iranien. Selon le ministère des Finances américain, l’Iran a perdu autour de 120 milliards de dollars de revenus depuis le début de l’application renforcée des sanctions en 2010. Le New York Times évaluait les mesures du TFI comme « le moyen de pression jusqu’à maintenant le plus efficace » (Telepolis, 23 juin 2014). Après les nouvelles sanctions mises en place par l’UE, les exportations de pétrole de l’Iran vers l’UE ont cessé totalement à partir de juillet 2012 ; des sanctions supplémentaires ont visé la banque centrale iranienne dont les comptes ont été gelés en Europe.

* Castine (de l’allemand Kalkstein) : pierre calcaire que l’on mélange au minerai de fer pour en faciliter la fusion. [NDT.]

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08 août 2016

INFOBREF N°449-sur l' armée européenne

INFOBREF N°449

 

Dans ce N°deux articles sur les ambitions de l' UE de mettre sur pied une armée européenne depuis que la Grande Bretagne veut quitter l'UE. Suivi d'un article sur la surveillance par internet des «citoyens», et un tableau sur la fracturation hydraulique

Mogherini préparerait dans le grand secret une armée européenne. Du calme !

3 Juin 2016 ,

Il y a bien un QG européen qui fonctionne… à Northwood au Royaume-Uni… le QG de l’opération EUNAVFOR Atalanta. Et c’est tout le paradoxe : il n’y a pas de QG européen à Bruxelles. Un manque. Ici le Contre amiral suédois de l’opération Atalanta Jonas Wikström reçoit le chef d’état-major de la marine pakistanaise Muhammad Zakaullah (crédit EUNAVFOR Atalanta)

(BRUXELLES2) La future « Global Strategy » que prépare l’équipe de Federica Mogherini devrait renforcer les projets d’une armée européenne à lire The Times récemment. Selon mon collègue, Bruno Waterfield, correspondant à Bruxelles du célébrissime quotidien britannique :

EU army plans kept secret from voters

Federica Mogherini, head of foreign policy in the EU, has spent 18 months preparing a defence document for discussion by European leaders at a summit on June 28.
Steps towards creating a European army are being kept secret from British voters until the day after next month’s referendum.
The plans, drawn up by the EU’s foreign policy chief, foresee the development of new European military and operational structures, including a headquarters. They are supported by Germany and other countries as the first step towards an EU army.
Similar proposals were vetoed by Britain in 2011, although there are concerns that a loophole could allow nine states to group together and bypass opponents…

A lire le titre, l’Union européenne préparerait donc le ferment d’une armée européenne. Tout cela en « grand secret des citoyens ». Qu’en est-il en réalité ?

L’armée européenne est un projet européen préparé à Bruxelles ?

Faux. Soit j’ai loupé un épisode dans l’intégration européenne. Soit il y a une légère exagération due à l’ambiance de la campagne outre-Manche. Je couvre depuis plusieurs années les questions de défense au plan européen. Et je ne suis pas vraiment sûr que les Européens aient commis ce genre d’audace. A Bruxelles, il est généralement interdit de prononcer ce mot-là. Sorte de gros mot de la pensée européenne. Et il n’y a que Jean-Claude (Juncker) pour, de temps en temps, ressortir ce mot (voir plus loin). Dans la foulée de la campagne, les titreurs du Times se sont un peu enflammés. D’ailleurs quand on lit le corps de l’article (tout l’article), il est beaucoup moins éloquent que le titre, même si il y a un ou deux éléments (largement suggérés), à une série d’informations tout à fait exactes (2). Quoi qu’il en soit, il faut rester les pieds sur terre et regarder la réalité en face : il n’y a pas de projet d’armée européenne préparé à Bruxelles.

Y-a-t-il un projet quelconque d’action autonome de l’UE ?

Oui. Il y a bel et bien le projet d’indiquer dans la Stratégie, une certaine ambition à la politique de sécurité et de défense commune européenne, la renforcer avec des capacités communes, des moyens autonomes de direction — comme un quartier général européen —, d’avoir un financement plus adéquat, etc. La terminologie n’est pas encore fixée. Et justement elle est encore en discussion à Bruxelles. Le point « PSDC » étant encore un point « litigieux » comme l’a confié à B2 récemment un ambassadeur d’un pays.

Est-ce un document secret ?

Tout à fait Vrai. Notre collègue britannique a raison. Il y a un secret volontairement bien gardé chez la Haute représentante. Federica Mogherini a pris toutes ses précautions, désignant une de ses proches, Nathalie Tocci, pour piloter cette stratégie. L’objectif était d’éviter que la « Stratégie Globale » soit « prise à partie dans la campagne référendaire britannique » a confirmé à B2 plusieurs diplomates européens.

Les ambassadeurs des 28 Etats membres, pour préparer la réunion des ministres des Affaires étrangères, début mai, n’avaient ainsi été autorisés qu’à « lire » le document (ils avaient été privés de téléphone ou enregistreur). Ils n’ont pu l’emporter avec eux. Chacun avait droit seulement à emporter deux bonnes feuilles uniquement.

Une tactique qui a totalement foiré… Garder le secret sur un document, qui est communiqué à plusieurs Etats membres, à certains conseillers, durant une période de plusieurs mois, est une gageure à Bruxelles. Quand certains ont intérêt à le faire fuiter, cela devient un jeu. Le secret aiguille l’attention plus sûrement qu’un document disponible.

Est-ce nouveau ?

Non. A Saint Malo, déjà, un certain Tony Blair, de concert avec Jacques Chirac (en 1998 !) disait :

« l’Union doit avoir une capacité autonome d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales »

C’était il y a longtemps. Le temps a passé. Les volontés se sont émoussées… Mais renforcer la PSDC (la politique de sécurité et de défense commune), avoir des capacités communes, etc. est un leitmotiv, répété régulièrement, dans les conclusions du Conseil européen ou des réunions des ministres de la Défense. Avec plus ou moins d’ambition. Ces dernières années, c’était plutôt le « moins » que le « plus » qui dominait. Mogherini, fidèle à sa propre volonté politique, veut redonner un peu de couleur à cette PSDC, endormie, et la doter d’un « vrai » quartier général.

Un QG européen est-il utile ?

Oui. Il n’y a pas actuellement de tel QG à Bruxelles. A chaque opération on est obligé de mettre en place un nouveau quartier général d’opération, avec souvent une perte de temps ou d’expérience. De temps en temps, ressurgit cette question. Ce projet soutenu par le Parlement européen et de nombreux pays s’est toujours heurté pour l’instant à l’hostilité du Royaume-Uni. La dernière fois, en 2011, David Cameron avait clairement brandi à un veto (lire : Seul contre tous, Londres bloque l’idée d’un QG européen).

L’idée d’un QG opérationnel à Bruxelles peut-elle entrer en vigueur, simplement parce que c’est inscrit dans la Stratégie globale ? Quelle est la valeur de cette stratégie ?

Tout dépend de la volonté des Etats membres. Ce n’est pas parce que c’est inscrit dans la stratégie que cela entrera en vigueur et, a contrario, ce n’est parce qu’une action ou un projet ne figure pas cette stratégie, que ce n’est pas réalisable (3). Dans le passé, les Européens ont régulièrement affiché leur volonté de renforcer leur défense. Et les Britanniques ont signé, voire ont été à l’initiative de ces documents (même s’ils en ont bloqué d’autres). Donc il faut se méfier de ce type de déclarations, sans lendemain. La « Global Strategy » est un simple « linéaire » de la pensée politique du moment, sans plus d’importance que la conclusion d’un conseil des ministres ou un sommet européen (4). Si l’idée d’un QG était inscrit, ce serait cependant un signal politique dont pourrait se saisir la Haute représentante de l’UE pour commencer les travaux d’exécution de ce projet.

Le Royaume-Uni peut-il s’opposer à ce projet ?

Bien sûr. Les Etats membres gardent la haute main sur toutes les décisions en la matière. Il suffit qu’un d’entre eux s’y oppose. Et le projet tombe à l’eau. L’unanimité est de règle en matière de défense… Sauf à trouver une astuce juridique ou politique pour contourner le veto (lire : Un QG militaire pour pas cher, c’est possible).

Ce QG à Bruxelles serait-il le point central de tous les commandements européens ?

Même si un quartier général est établi à Bruxelles, il restera toujours la possibilité aux 28 de choisir un autre quartier général d’opération : dans un Etat membre ou en recourant à celui de l’OTAN. Mais si les Britanniques décident de quitter l’Union européenne, ce projet, pour l’instant hypothétique, a une chance très réelle de voir le jour. C’est le paradoxe de la situation…

Le QG ou le renforcement de la PSDC est-il l’embryon d’une armée européenne ?

Non. On en est loin. On parle d’une capacité autonome de gestion de crises permettant d’avoir à Bruxelles la possibilité de « conduire » les opérations militaires décidées au niveau de l’Union européenne et uniquement en son sein. Pas question d’aller faire de la défense territoriale, de commander les opérations de l’OTAN – qui a son propre centre de commandement – ou de faire le gendarme du monde… et encore moins de s’immiscer dans le fonctionnement des armées nationales. Il s’agit, en fait, de conduire quelques missions de maintien de la paix en Afrique ou ailleurs. Au total, cela pourrait représenter, quelques dizaines (100 maximum) d’officiers présents à Bruxelles. On est loin de l’armée européenne (et même du nombre d’officiers à l’OTAN).

Les Chefs d’Etat et de gouvernement en discuteront-ils le 28 juin ?

Pas tout à fait. Il est prévu que la « Stratégie Globale » soit approuvée par les 28 Chefs d’Etat et de gouvernement, lors de leur sommet de fin juin. Mais, du bout des lèvres. « On discute pour savoir si elle sera « saluée » ou « endossée », « reconnue » » a expliqué à B2 un diplomate européen. Mais il ne sera pas vraiment discutée. Il s’agit d’un « document de la Haute représentante » (Lire aussi : Un lunch pour la Stratégie globale de l’UE). Maintenant si les leaders veulent se saisir de la question, ils peuvent toujours en discuter. C’est le principe même de ces sommets à 28.

Mais l’idée développée dans l’équipe de Donald Tusk, le président du Conseil européen, comme de Federica Mogherini, est de ne pas en faire un sujet de discussion en soi. Le résultat du référendum du 23 juin donnera évidemment une tonalité autre au sujet selon que Cameron grand vainqueur ou grand vaincu. Et les « Chefs » auront peut-être d’autres chats à fouetter avec la crise des réfugiés et des migrants au large de l’Italie qui devient un « vrai » problème…

N’y-a-t-il pas quand même d’autres idées d’une armée européenne ?

Non pas de façon concrète. Bien sûr, certains pensent, à terme, qu’une armée européenne serait une bonne chose, à commencer par Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et ancien Premier ministre Luxembourgeois (la nationalité, dans ce genre de questions, n’est pas neutre). Mais on se situe plutôt à un horizon de 10 ou 20 ans.

Une idée partagée quasi-officiellement à Berlin, et dans quelques pays prêts à « monter dans le bateau ». Dans les armées de l’Europe du centre, on se dit que face à l’érosion des budgets, quasiment irrattrapables aujourd’hui (lire : Consacrer 2% du Pib à la défense ? Combien va coûter ce nouveau Graal ?), il faut avoir un noyau dur militaire.

En quoi consisterait ce noyau dur européen, qui regrouperait-il ?

Il s’agit davantage pour certains pays (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, mais aussi Tchéquie ou Italie …) qui ont une politique de défense assez semblable – peu interventionniste, s’engageant davantage dans des actions de coalition (type ONU, UE ou OTAN voire ad hoc), avec un risque limité dans l’engagement, et un contrôle parlementaire sévère, – de trouver des modalités de coopération.

A supposer qu’il y ait un projet structuré — on n’en est pas là… —, dans quelques capitales on travaille plutôt, pour l’instant, à des rapprochements structurels avec des unités bi nationales, en matière maritime ou terrestre entre Allemands et Néerlandais (Lire : Ursula et Jeanine sur un bateau et Rapprochement maritime germano-néerlandais), au niveau maritime et aérien entre Belges et Néerlandais (Lire : Le Benelux aura une surveillance aérienne conjointe. Traité signé. Une première en Europe), en matière d’entraînement et de zone aérienne entre Tchèques et Slovaques, etc.

Hormis le QG européen, quels sont les autres projets à Bruxelles qui sont intéressants pour la Défense européenne ?

Hormis la mise en place d’un QG européen, qui est une bataille très symbolique, plusieurs autres projets sont intéressants à suivre à Bruxelles : la future mission de sécurisation en Libye (Lire : Les Européens envisagent une mission de soutien à la police et la justice libyenne), la restructuration de l’organigramme de l’outil de gestion de crises au Service diplomatique européen (abandonnée pour l’instant), la mise en place d’attachés de sécurité ou terrorisme dans les délégations de l’UE, la future plate-forme de soutien aux missions civiles de la PSDC (lire : Un nouvel instrument pour faciliter la gestion des missions civiles de la PSDC), l’action préparatoire sur la recherche préparée par la Commission européenne prélude à un futur cadre de recherche sur la défense (lire : La recherche de défense européenne en panne d’investissement), le nouvel instrument « sécurité et développement » en discussion (CBSD), etc.

Rien qui ne préfigure l’armée européenne d’aucune façon mais permettent de renforcer ce qui manque aujourd’hui aux Européens : leur capacité d’agir en commun pour renforcer leur défense et la stabilisation dans leur voisinage.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Sur le QG européen :

(1) Traduit officiellement par ‘stratégie globale’ et non ‘stratégie mondiale’. Allez comprendre…

(2) Bruno Waterfield, présent depuis de longues années à Bruxelles est un très bon journaliste (et de surcroit un excellent collègue) et connait bien le fonctionnement bruxellois .

(3) Personne n’avait prévu en 2003 – lors de l’élaboration de la dernière stratégie sur la sécurité de l’UE – d’avoir une opération maritime contre la piraterie. Et pourtant, cinq ans plus tard, l’Union européenne se retrouve engagée dans l’Océan indien, loin de ses bases, dans une action qui demeure aujourd’hui un modèle.

(4) Personnellement je ne suis pas un grand fan de ces réflexions stratégiques qui emballent le « tout Bruxelles », embrument l’esprit mais sont oubliées sitôt le stylo posé. Lire : Une stratégie ne fait pas le printemps !

Nicolas Gros-Verheyde

Une armée pour l’Europe propose Juncker : est-ce intéressant, est-ce réalisable ?

9 Mar 2015

 

(BRUXELLES2) Le président de la Commission européenne, Jean-Claude-Juncker a ressorti l’idée de l’armée européenne dans une interview à l’édition dominicale du quotidien allemand Die Welt

Pour Juncker, une question de crédibilité pour l’Europe

Pour le président de la Commission européenne, « Une telle armée nous aiderait à construire une politique étrangère et de sécurité commune et conjointement à assumer les responsabilités de l’Europe dans le monde ». Elle serait un outil d’intervention mais aussi de dissuasion. « Avec sa propre armée, l’Europe pourrait réagir de façon crédible à une menace à la paix dans un État membre ou dans un pays de l’UE voisins ». Et cela « donnerait à la Russie l’impression que nous entendons donner du sérieux à la défense des valeurs de l’Union européenne », même si elle ne serait pas « à utiliser immédiatement ». L’armée européenne ne serait pas « en concurrence avec l’OTAN », elle servirait surtout « à renforcer l’Europe ». Elle aurait également une vertu économique. Une collaboration intensive entre les pays européens dans le développement et l’achat d’équipement militaire permettrait « de réaliser des économies importantes ».

Que penser de cette proposition ?

Comment ne pas applaudir des deux mains à ce constat. Mais encore faut-il qu’il soit réalisable…

Bouteille à la mer ou réelle volonté

La création d’une armée européenne est, de fait, un serpent de mer qui revient régulièrement dans les paroles de certains responsables politiques mais qui se traduit rarement par une réflexion plus concrète. On peut donc se poser objectivement la question si cette prise de position est juste une « bouteille à la mer » ou traduit une « réelle volonté ». Cette « sortie » a donc une vertu : obliger à réfléchir à l’avenir européen des forces armées. Et, elle marque une inflexion parmi certains dirigeants, estimant que le « soft power » se suffisait à lui-même pour influer sur le cours du monde. Face aux menaces aux frontières européennes, on voit que, sans un « hard power » à ses côtés, ce rôle se réduit… Une prise de conscience qui existe également en Allemagne. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce ballon d’essai ait été lancé dans le pays d’Angela Merkel. La réaction rapide de la ministre allemande de la Défense, le montre. « Notre avenir, en tant qu’Européens, passera un jour par une armée européenne » a déclaré Ursula von der Leyen, même si elle précise que ce ne sera pas « à court terme ».

Une belle idée sans plus ?

L’absence de suite concrète est plus inquiétant. Il serait temps que les tenants de la défense européenne ne se contentent pas de bons mots, mais réfléchissent à des étapes concrètes, aux problèmes qui se posent et dressent enfin, une feuille de route pour arriver à leurs fins. Car même, à moyen terme, c’est dès aujourd’hui qu’il faudrait y penser. Et cela passe par un aggiornamento politique. Réussir la création d’une armée – ou d’un corps européen – qui remplisse l’objectif annoncé par le président Juncker de « crédibilité » – suppose que cette armée soit prête, réellement, à intervenir. Avoir un corps européen, qui n’aura qu’une ambition réduite à son propre fonctionnement, à faire le tour du pâté de maisons, quelques exercices et des participations limitées dans des opérations déjà bien rôdées, aurait l’effet contraire à l’effet recherché. Au lieu de dissuader – ou rassurer – les voisins européens, elle susciterait la moquerie ou la lassitude. Et, pour réellement intervenir à l’extérieur, même de façon modeste, ou défendre leurs frontières, les Européens auraient alors toujours besoin de l’oncle Sam ou d’appuis extérieurs.

L’Europe, une force d’impuissance  ?

Le test réel de la crédibilité est là. Tant que l’Europe sera obligée, pour assurer la mise en place d’opérations militaires assez modeste, de recourir à des partenaires extérieurs — la Russie au Tchad en 2008 (pour 4 hélicoptères!), la Géorgie en Centrafrique en 2014 (pour  une compagnie!), la Turquie en Bosnie-Herzégovine aujourd’hui encore —, elle ne sera pas crédible. Tant qu’elle ne sera pas disposée à engager ses forces, et donc à subir des pertes, dans des opérations de stabilisation extérieure, ou à s’engager massivement dans des opérations de « réassurance » à ses frontières, l’Europe sera faible. C’est à cette question là que doivent s’atteler les responsables européens aujourd’hui.

De beaux projets dans les cartons

En 1999, au sommet d’Helsinki, les Européens, enthousiastes, décidaient la création d’une force de 50 à 60.000 prêts à intervenir, dès 2003, en réponse à une crise internationale (1). Elle n’a jamais vu le jour. Cet objectif répété, sur le papier, dans ce qu’on appelle des « headlines goal » a finalement été abandonné. Une force, plus petite, à très haut degré de préparation (VHR) avait été mis en place : ce qu’on appelle les battlegroups (ou groupements tactiques). Déclarée opérationnelle en 2007, selon un tour de rôle assuré par les Etats membres, cette force de réaction rapide de l’UE n’a jamais pu être déployée. Et rien ne prouve qu’elle pourrait l’être dans les années qui viennent. Tant les blocages (politiques, financiers…) sont nombreux.

Une volonté autonome limitée

Ce n’est pas seulement une question de moyens, de techniques, ou de financement. Il y a réellement un problème d’infantilisme européen. La mise en place des mesures dites de « réassurance » pour les pays européens de l’Est face aux nouveaux comportements russes, mis en place à l’OTAN ces derniers mois, en est un exemple frappant : il a fallu l’impulsion américaine pour « obliger » certaines nations à se mobiliser. Cette incapacité politique (et économique), cette réticence à s’engager au profit d’un voisin, est un signal, plus, clair aux yeux des pays riverains de l’Union européenne de « l’impuissance » européenne que l’existence ou la non existence d’une structure militaire européenne intégrée.

Une série de questions à résoudre

Si on se place dans une hypothèse moins pessimiste, la création d’une telle armée suppose de résoudre donc tout d’abord une série de questions hautement politiques : Qui finance cette armée ? A qui rend-elle des comptes ? Qui déclenche et qui autorise son emploi, son utilisation à l’intérieur ou l’extérieur des frontières ? Qui assume politiquement les « morts » ou les « erreurs » ?  etc. Il y aura ensuite une série de problèmes « techniques » à régler (problèmes qui sont aussi très politiques) : Quelle sera la taille de cette armée ? Quelle sera sa composition ? Quels seront ses équipements et qui paiera ? Quels seront ses uniformes, ses grades, son circuit de commandement ? Quelles seront ses règles d’engagement ?… On le voit c’est un vaste chantier qui s’engage si on voulait mettre en application cette idée. Un chantier qui ne trouve aucun début de réponse dans les commentaires des responsables politiques aujourd’hui.

Quelques pistes : commencer par quelques uns d’abord ?

On peut estimer qu’un tel projet ne pourrait se faire qu’à quelques pays qui partagent en commun une certaine approche politique et militaire. A commencer par les pays du centre de l’Europe — Benelux, Allemagne, Italie, Espagne — confrontés aux mêmes problématiques : baisse des budgets militaires et des terrains d’opérations. La participation britannique à un tel projet ne doit pas être recherché ; le Royaume-Uni voit « rouge » à chaque fois qu’on parle d’Europe politique. Et n’a participé à aucune opération notable de l’Union européenne depuis … 2004. La participation de la France est, en fait, une plus grande inconnue. Une armée européenne sans les 2 puissances nucléaires aurait-elle un sens ? Mais les fondamentaux de l’armée française — décision rapide, prise par l’exécutif seul, sans décision gouvernementale et avec un faible contrôle parlementaire, emprise expéditionnaire importante —, n’est pas reproduisible au plan européen. L’esprit à Paris n’est pas farouchement en faveur d’un tel rapprochement qui signifierait une singulière perte d’indépendance.

… avec un corps européen, réellement disponible

Plutôt qu’une armée européenne, l’objectif pourrait viser, au départ, à mettre en place un « corps européen » (2), doté de toutes les atouts nécessaires pour intervenir (aérien, naval, hélicoptères, soutien médical, renseignement, satellites, etc.), et disponible en permanence, sous un commandement unique. Il faudrait prévoir des terrains d’actions prioritaires, des règles d’engagement déjà définies, des autorisations politiques et parlementaires préalables, afin d’éviter un enlisement dans des notions trop conceptuelles qui n’ont souvent qu’un objectif caché : bloquer tout engagement. Et il faudrait surtout prévoir, pour mobiliser et intéresser les différents pays participants, des terrains potentiels d’actions mais aussi des économies de fonctionnement (3)…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire :

(1) « les Etats membres devront être en mesure, d´ici 2003, de déployer dans un délai de 60 jours et de soutenir pendant au moins une année des forces militaires pouvant atteindre 50 000 à 60 000 personnes, capables d´effectuer l´ensemble des missions de Petersberg » indiquaient les conclusions du Sommet d’Helsinki.

(2) L’Eurocorps basé à Strasbourg n’a de corps que le nom, c’est pour l’instant juste un Etat-Major de force, largement sous-employé.

(3) C’est tout le succès d’EATC, le commandement européen de l’aviation de transport, qui a permis sur une échelle assez modeste de générer certaines économies tout en assurant une plus grande disponibilité des avions de chaque Etat participant (France, Benelux, Allemagne au départ et maintenant Espagne et Italie).

Mis à jour 10.3 avec quelques éléments complémentaires (notamment sur le sommet d’Helsinki)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef de B2 - Bruxelles2. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Ouest-France, Sud-Ouest et Lettre de l'expansion. Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale). © B2. Merci de citer "B2" ou "Bruxelles2" en cas de reprise

 

 

Surveillance: La mort définitive de la vie privée sur Internet
par Mehdi Atmani
Le Temps (CH) - 18 nov 2015
http://www.letemps.ch/monde/2015/11/17/attentats-paris-ont-definitivement-tue-vie-privee-internet


Malgré leurs moyens, les services de renseignement français ont-ils failli à prévenir les attentats de Paris? L’État islamique a-t-il utilisé des techniques de chiffrement pour la préparation des attaques ? Trois jours après les événements, la classe politique française s’interroge sans apporter de réponses claires. Une certitude pourtant: outre les 129 victimes, les 7 kamikazes impliqués pour l’heure ont définitivement tué la vie privée sur Internet. [Non, la NSA et les Renseigenements des grands Etats ont largement ouvert la voie. Le contrôle et la surveillance des populations sont au centre de leurs préoccupations. Internet ne pouvait demeurer longtemps préservé de leur emprise. C'est l'aboutissement d'une évolution. On pourrait assister à un retour au système D; ndc]

Au lendemain des attentats, plusieurs voix au sein du renseignement français s’élevaient déjà pour doter la République d’un Patriot Act à la française. Soit une loi de lutte contre le terrorisme calquée sur le modèle américain après les attaques de 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone. François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls avaient rejeté cette option à l’issue du Conseil des ministres exceptionnel qui s’est tenu samedi 14 novembre. Le message a radicalement changé depuis.

Lors de son discours au Congrès de Versailles, lundi 16 novembre, François Hollande a annoncé l’extension pressentie de l’état d’urgence de 12 jours à 3 mois. La nouveauté se niche dans la volonté du président français d’appliquer ce dispositif administratif aux adaptations technologiques et aux menaces, car «la loi du 3 avril 1955 ne pouvait pas être conforme à l’état des technologies et des menaces que nous rencontrons». Un projet de loi sera présenté au Conseil des ministres.

Concrètement, en quoi consisteraient ces nouvelles dispositions appliquées à Internet ? Si les scénarios sont multiples, ils s’achemineraient tous vers un allégement de l’encadrement prévu dans la mise en œuvre des outils de surveillance et d’interception des communications prévus par la récente loi française sur le renseignement. Pour rappel, cette dernière valide le principe de la surveillance massive des communications électroniques avec l’assistance des opérateurs de téléphonie et des fournisseurs d’accès Internet.

Après son adoption par le parlement le 24 juin 2015, la loi subit donc déjà des modifications. Lesquelles ? François Hollande n’a pas détaillé, mais nous savons déjà que ces ajustements toucheront deux volets du texte adopté l’été dernier. D’abord les dispositions de la loi sur le renseignement. Il s’agirait d’alléger les procédures imposées aux services qui souhaiteraient utiliser des moyens de surveillance. En d’autres termes, l’avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement ne serait plus obligatoire.

Le deuxième volet de modifications toucherait les moyens mis en œuvre par la loi sur le renseignement. Ceux-ci seraient intégralement mis à la disposition du pouvoir judiciaire. Mais de quels moyens parle-t-on ? Les « boîtes noires » tout d’abord, capables de surveiller l’ensemble du trafic pour y détecter, grâce aux algorithmes, des « signaux faibles » de « menaces terroristes ». Mais aussi l’accès direct aux données de connexion internet et la réquisition des données privées stockées sur les serveurs de Cloud comme les fichiers, les courriers électroniques et les listes de contacts.

Comme le soulignent les sites NextInpact et Numerama, ces mesures seraient disponibles de manière préventive pour l’anticipation des menaces, et curative pour les magistrats dans le traitement d’affaires a posteriori. François Hollande précise que l’échelle des peines de certaines infractions sera « significativement alourdie ». Le versant budgétaire de cette réforme sera inscrit dans la loi de finances pour 2016. Rappelons que le 23 mars dernier, deux mois après les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le Premier ministre Manuel Valls avait alloué en urgence une enveloppe de 300 millions d’euros pour 2015 aux Ministères de l’Intérieur et de la Justice pour l’achat, entre autre, de « munitions, de véhicules et de matériel de protections ».

Sur les ondes de France Inter, mardi 17 novembre, le père de la loi sur le renseignement Jean-Jacques Urvoas, s’est refusé de tirer des conclusions hâtives sur l’efficience de la loi. « Nous avons construit un état de droit en renforçant le renseignement parce qu’il y avait des moyens dont ils ne disposaient pas ». Le député et président de la commission des lois ajoute: « La précipitation est mauvaise conseillère. Vous ne votez pas la loi dans l’urgence. La loi elle se mûrit, elle se réfléchit, elle s’adapte. Si elle n’est pas encore appliquée, c’est parce que des décrets n’ont pas encore été écrit à bon droit […] ».

Pour l’heure il ne s’agit que d’un cadre général, mais ces propositions de modifications portent un coup fatal aux libertés fondamentales sur Internet et à leurs défenseurs qui s’étaient mobilisés dans le sillage des révélations d’Edward Snowden sur les méthodes de surveillance de la NSA. Depuis le 13 novembre 2015, leurs revendications semblent bien vaines face à des États qui pactisent, sans rougir, autour de la surveillance totale. Dans l’ère post-attentats de Paris, la lutte contre l’État islamique passe aussi par une guerre contre les technologies de chiffrement et leur démocratisation.

Le débat est ravivé depuis que l’administration Obama suspecte les djihadistes de Paris d’avoir préparé les attentats par le biais de communications chiffrées. Ces doutes émanent de John Brennan, directeur de la CIA, mais aussi des responsables de la police fédérale (FBI). Dans le New York Times, ils soulignent que certaines technologies compliquent le travail des services de renseignement dans leur accès aux éléments nécessaires dans la prévention d’éventuelles attaques. Barack Obama a d’ailleurs convié la France dans le club très select du renseignement des "Five Eyes" (Australie, Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Canada, Royaume-Uni).

Les révélations d’Edward Snowden ont permis l’émergence et la démocratisation de plusieurs outils et d’applications de chiffrement pour les messages SMS et les communications téléphoniques. On citera Signal, Telegram, Wickr, TrueCrypt, ProtonMail, Threema. Les commanditaires de ce qui pourrait être un attentat contre l’avion de la compagnie russe MetroJet, il y a peu, auraient utilisé Telegram. Mais concrètement, nous n’en avons pas la preuve. Tout comme il n’est pas établi que les kamikazes de Paris ont utilisé le service chat de Playstation 4.

Pour les défenseurs des libertés sur Internet, ces attaques contre la vie privée, ne servent qu’à justifier des méthodes de surveillance controversées. Ils continuent de souligner que permettre aux autorités de disposer d’un accès spécial dans les communications chiffrées ne ferait que réduire la sécurité en ligne de manière générale. Cela signifierait également, selon eux, que les journalistes ou personnes vivant sous des régimes autoritaires perdraient un moyen de pouvoir communiquer librement.

Les grands acteurs de la Silicon Valley que sont les GAFA (Google Amazon, Facebook, Apple) rejetaient jusque-là les demandes d’accès aux données chiffrées dans le cadre d’enquêtes importantes. Mais la donne pourrait changer s’il est avéré que les terroristes conversent par le biais de ces outils. Il y a de multiples raisons de se souvenir du 13 novembre 2015. Les kamikazes n’ont pas seulement massacré 129 personnes, ils ont enterré notre vie privée.



 

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02 août 2016

INFOBREF N°448 spécial Turquie

INFOBREF N°448

 

Deux textes qui apportent quelques éclairages sur les raisons du coup d' état en turquie , celui de Il manifesto montre l'incohérence suspecte de ce coup d' état, l'autre met l' accent sur les raisons économiques et diplomatiques, notamment le projet de gazoduc  Turkish Stream,



L’OTAN et le « putsch » turc

Manlio Dinucci – Il Manifesto 18 juillet 2016

3. Latuff - Fact or fiction.gif

 

Erdogan en fuite volant vers l’Europe à la recherche d’un gouvernement qui lui concède l’asile politique, les putschistes désormais au pouvoir parce qu’ils occupent la télévision et les ponts sur le Bosphore, Washington et les capitales européennes, jusque l’Otan, prises  au dépourvu par le coup d’État : ce sont les premières « nouvelles » venant de Turquie. Toutes plus fausses l’une que l’autre.

Ce qui émerge avant tout c’est que, y compris dans sa tragicité (des centaines de morts et milliers d’arrestations), ce qui s’est passé en Turquie se présente comme la mise en scène d’un coup d’État.

Les putschistes n’essaient pas de capturer Erdogan, officiellement en vacances sur la Mer Égée, mais lui laissent tout le temps de se déplacer. Ils occupent symboliquement la télévision d’Etat, mais ne brouillent pas les émetteurs privés pro-gouvernementaux et Internet, permettant à Erdogan de les utiliser pour son « appel au peuple ». Ils bombardent symboliquement le parlement d’Ankara, quand il est vide. Ils occupent les ponts sur le Bosphore non pas en pleine nuit, mais de façon ostentatoire le soir quand la ville est pleine de monde, en se mettant ainsi dans un piège. Ils n’occupent pas par contre les principales artères, laissant le champ libre aux forces gouvernementales.

L’action, même destinée à l’échec, a nécessité la préparation et mobilisation de milliers d’hommes, de véhicules blindés et d’avions. Impossible que l’Otan ne fût pas au courant de ce qui se préparait. En Turquie il y a un réseau d’importantes bases Otan sous commandement étasunien, chacune dotée de son propre appareil de renseignements.

Dans la gigantesque base d’Incirlik, d’où opère l’aviation étasunienne et alliée, sont déposées au moins 50 bombes nucléaires étasuniennes B-61, destinées à être remplacées par les nouvelles B61-12. À Izmir se trouve le Commandement terrestre allié (Landcom), c’est-à-dire le commandement affecté à la préparation et à la coordination de toutes les forces terrestres de l’Otan, aux ordres du général étasunien Darryl Williams, ancien commandant de l’US Army Africa à Vicence (Vénétie). Le quartier général d’Izmir a été visité à la fin du mois de juin par le nouveau Commandant suprême allié en Europe, le général Curtis Scaparrotti.

Outre les commandements et bases officiels, les USA et l’Otan ont en Turquie un réseau « couvert » de commandements et bases constitué pour la guerre contre la Syrie et d’autres opérations. Comme l’a documenté même une enquête du New York Times, dans le cadre d’un réseau international organisé par la CIA, depuis 2012 est arrivé dans la base turque d’Esenboga un flux incessant d’armes, achetées avec des milliards de dollars fournis par l’Arabie Saoudite et d’autres monarchies du Golfe, qui ont été fournies à travers la frontière turque aux « rebelles » en Syrie, et aussi à l’Isis/Daesh.

Avec de faux passeports (spécialité CIA), des milliers de combattants islamiques ont afflué dans les provinces turques d’Adana et du Hatay, frontalière avec la Syrie, où la CIA a ouvert des centres de formation militaire.

Tout à fait fausse, donc, la « nouvelle », diffusée ces jours-ci, que Washington n’apprécie pas un allié comme Erdogan parce que celui-ci soutient en sous-main l’Isis/Daesh. Il n’existe pas encore d’éléments fondés pour comprendre s’il y a, et dans quelle mesure, une fissure dans les rapports entre Ankara et Washington et surtout quels en sont les motifs réels.

En accusant Fetullah Gulen, résidant aux USA depuis 1999 et allié d’Erdogan jusqu’en 2013, d’avoir inspiré le putsch, et en réclamant son extradition, Erdogan joue à la hausse, pour obtenir des USA et de ses alliés européens de plus grosses contreparties pour le « précieux rôle » (comme l’a qualifié Stoltenberg le 16 juillet) de la Turquie dans l’Otan.

En attendant Erdogan fait place nette de ses opposants, pendant que Mogherini prévient que, s’il utilise la peine de mort, la Turquie ne peut pas entrer dans l’UE, parce qu’elle a signé la Convention sur les droits de l’homme.

Edition de mardi 19 juillet 2016 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Tentative de coup d’Etat en Turquie : « opportunité » pour bloquer Turkish Stream  ?



Simple coïncidence, permettez-moi d’en douter. Alors que le récent rapprochement entre Ankara et Moscou offrait  l’opportunité de remettre à l’ordre du jour le projet de gazoduc  Turkish Stream, la récente tentative de coup d’Etat en Turquie pourrait  impliquer un report. A plus grande joie des majors pétrolières et autres Etats soucieux de contrecarrer un projet d’une haute importante géostratégique.

Alors même que les experts tablaient sur le fait que les rapprochements diplomatiques entre la Turquie, Israël et la Russie, survenus au début du mois auraient des répercussions économiques importantes, notamment dans le domaine de l’énergie, les relations entre Ankara et Moscou ne sont  plus désormais propices à la reprise des travaux à l’étude.

Des conséquences de la tentative de coup d’Etat avortée non négligeables alors même que la Turquie est au coeur d’un nœud gazier de toute première importance, tant avec Israël d’une part – avec l’exploitation des ressources en Méditerranée orientale au large de Chypre – île à moitié turque – qu’avec la Russie. Attachons-nous dans un premier temps à l’aspect russo-turque.

«Des sources russes proches du Kremlin donnent des signaux clairs quant à la reprise du projet. Je pense que nous verrons très prochainement des avancées sur cette question. Pour la Russie, ce serait une manière de montrer aux opposants au projet de gazoduc North Stream 2 que cet autre projet n’est pas indispensable pour elle. La Russie a de nombreuses ressources en gaz naturel qu’elle pourra utiliser grâce à Turkish Stream», affirmait encore récemment David Livingston, expert dans le domaine énergétique à l’Institut Canergie de Bruxelles.

Ce dernier ajoutant que si le « rapprochement entre Ankara et Moscou a été une surprise pour Washington , pourtant, au regard des intérêts communs des deux pays en matière d’énergie, de diplomatie et d’économie, les Etats-Unis ne devraient pas être surpris.» Selon lui, cette nouvelle donne devrait relancer le projet de gazoduc  Turkish Stream. De plus, toujours selon David Livingston, le rapprochement entre Ankara et Tel Aviv se concrétise en parallèle au rapprochement Turquie-Russie. Il affirme ainsi que ces trois pays ont des intérêts communs en matière énergétique.

Des propos tenus avant la tentative de coup d’Etat.

Rappelons qu’après 7 mois de crise diplomatique entre Moscou et Ankara, survenues après qu’un avion russe ait été abattu pour avoir violé l’espace aérien turc, la lettre adressée par le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Président russe Vladimir Poutine, a permis d’enclencher une reprise du dialogue entre les deux pays. Le 29 juin dernier, Erdogan et Poutine se sont entretenus au téléphone et les deux pays ont lancé le processus de normalisation.

Le 15 juillet dernier, le Premier ministre turc Binali Yildirim a déclaré que la Turquie était prête pour reprendre des projets d’infrastructure communs avec la Russie, mettant en avant la construction d’un gazoduc et celle de la centrale nucléaire d’Akkuyu, à laquelle Ankara attache une grande importance.

« Pour la Russie et la Turquie, il est important de revenir à la mise en œuvre de l’oléoduc Turkish Stream et la construction d’Akkuyu » a ainsi déclaré Yildirim. Ajoutant que ces voies de coopération étaient revêtues de degrés variables d’importance pour la Turquie, la priorité étant donnée à la construction d’une centrale nucléaire.

Une réunion du ministre de l’ Economie turc Nihat Zeybekciego et du ministre de l’ énergie turc, Berat Albayrak (gendre du président Erdogan) avec Alexander Nowak, initialement prévu le 27 Juillet à Jełabudze (République du Tatarstan) était alors considérée comme une large opportunité permettant d’aborder des discussions sur les projets énergétiques communs.

Parallèlement, l’agence Anadolu avait indiqué que, selon des informations non officielles, une réunion devait avoir lieu durant la première semaine d’Août, entre Erdogan et Vladimir Poutine.

Néanmoins, selon le directeur adjoint de la Caisse nationale de sécurité de l’ énergie, Alexei Griwacza , l’instabilité politique qui prévaut désormais en Turquie entrave la mise en œuvre des projets d’infrastructure, tels que le gazoduc Turkish Stream. Selon lui, il est prématuré de discuter de la construction du pipeline, et ce, d’autant plus que la sortie de crise des relations russo-turques est trop récente et que les deux pays n’ont pas eu le temps de discuter du transit gazier à travers la Turquie.

Rappelons qu’en décembre dernier, alors que nous laissions entendre dans un article précédent que « l’affaire » de l’avion russe abattu par la Turquie le 24 novembre 2015 pourrait être fortement liée au projet de gazoduc Turkish Stream – contre lequel les Etats-Unis redoublaient leurs  pressions – le ministre russe de l’Energie Alexandre Novak avait déclaré que les négociations entre Moscou et Ankara au sujet de pipeline censé relier les deux pays par le fond de la mer Noire, « étaient suspendues à l’heure actuelle ». Ajoutant que « le travail de la commission intergouvernementale sur la coopération commerciale et économique russo-turque avait été parallèlement suspendue conformément à un arrêté ad hoc du gouvernement russe ».

Le 26 novembre 2015, le ministre russe du Développement économique avait indiqué pour sa part que le projet de gazoduc Turkish Stream – lequel devait permettre à la Russie d’approvisionner l’Europe du Sud en contournant l’Ukraine – tombait sous le coup de la loi sur les mesures de rétorsion prises par la Russie en réaction à l’agression commise par la Turquie, faisant ainsi référence au Sukkoi abattu. « Ce projet n’a rien de différent de tout autre projet, et notre coopération dans le domaine de l’investissement est traitée de la même manière« , avait ainsi déclaré le ministre Alexeï Oulioukaïev.

Jusqu’à lors, Gazprom ambitionnait de mettre en service dès la fin 2016 un nouveau pipeline à destination de la frontière gréco-turque, projet qui devrait notamment permettre de compenser l’abandon du projet South Stream vers l’Union européenne.

- Le Sukhoi abattu quelques heures après une réunion stratégique Grèce/Russie sur le projet

Il n’en demeure pas moins que le différend notable entre Russie et Turquie occasionné par le tir turc contre l’avion russe a vu le jour quelques heures à peine après une rencontre stratégique entre ministre grec de l’Energie et le vice -Premier ministre russe sur une éventuelle participation de la Grèce au projet.

C’est ainsi que le 23 novembre dernier, des sources très proches du Ministre grec de l’Energie et de l’Environnement ont déclaré que le processus pour construire le Trans Adriatic Pipeline (TAP ) allait de l’avant, ajoutant qu’Athènes était également en discussion avec Moscou sur une éventuelle expansion du gazoduc Turkish Stream de la frontière entre Grèce et Turquie vers l’Italie.

Toujours selon ses mêmes sources grecques, l’intérêt pour le projet russe de Turkish Stream était à cette date « plus élevé que jamais, car il semble qu’il y ait de plus en plus de pays en Europe qui veulent être impliqués, en particulier l’Italie et la France, alors qu’auparavant seules la Grèce et la Russie poussaient le projet. »
Le ministre grec de l’Environnement et de l’Energie, Panos Skourletis a en effet discuté au sujet de Turkish Stream avec le vice -Premier ministre russe Arkadi Dvorkovitch, le 20 novembre dernier à Athènes, le vice-premier ministre russe ayant également discuté du projet avec le Premier ministre grec, Alexis Tsipras.

Avant que ne survienne l’affaire du Sukhoi abattu, Skourletis avait prévu de rencontrer le ministre russe de l’énergie Alexander Novak, le 2 décembre à Moscou  en vue de discuter de l’expansion de Turkish Stream via le gazoduc d’Europe du Sud à partir de la frontière de la Turquie à l’Italie via le gazoduc Poséidon ( Interconnexion Turquie Grèce Italie – ITGI ).

Des sources proches du ministère de l’Energie grec avaient par ailleurs déclaré que « l’expansion de Turkish Stream servait en particulier les intérêts grecs et que la Grèce considérait le projet comme un développement positif. »

- Russie et Turquie liées sur le projet stratégique de Turkish Stream

C’est lors d’une visite en Turquie, qu’au début du mois de décembre 2014, le président russe avait annoncé l’abandon de South Stream, évoquant une nouvelle alternative pour rediriger le gazoduc en cours de construction vers le territoire turc. Initialement, South Stream devait relier la Russie à l’Italie en passant sous la Mer Noire … scénario permettant d’éviter l’Ukraine par où transite aujourd’hui près de la moitié des livraisons russes à l’Union européenne.

Alors que la Commission européenne avait  estimé que le projet de pipeline ne respectait pas les règles européennes, arguant du fait que Gazprom refusait d’ouvrir l’accès du gazoduc à d’autres fournisseurs, Vladimir Poutine avait quant à lui justifié l’arrêt de South Stream par l’opposition de l’Union européenne (UE) au passage du gazoduc sur le territoire de ses Etats membres, notamment la Bulgarie.

Durant l’été 2014, Bruxelles avait en effet exercé de fortes pressions sur Sofia afin que le gouvernement bulgare renonce aux premiers travaux de construction de gazoduc. « Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde et l’Europe ne recevra plus les mêmes volumes de la Russie, mais c’est le choix de nos amis européens », avait alors souligné le président russe.

Au final, au début du mois de décembre 2014, Moscou et Ankara ont signé un accord pour la construction d’un nouveau pipeline reliant les deux pays via la Mer noire  et la mise en place d’un hub gazier à la frontière en Grèce et Turquie, tout en offrant au gouvernement turc une remise de 6 % sur ses approvisionnements en gaz. La Grèce devenant ainsi dans ce scénario un pays stratégique pour permettre le transit du gaz vers l’Union européenne … la Turquie étant  quant à elle le deuxième client de Gazprom derrière l’Allemagne. Avec un enjeu associé et non des moindres : « nullifier » le rôle de l’Ukraine en tant que transit gazier entre la Russie et l’Union européenne, selon les termes mêmes employés par Alexei Miller en décembre 2014.

En janvier 2015, Moscou a tenu à préciser que le nouveau projet Turkish Stream de Gazprom prévoyait de déployer le pipeline jusqu’à la frontière gréco-turque, charge restant aux Européens de créer les infrastructures en vue de récupérer le gaz au delà de ces limites.

Si Moscou et Ankara étaient arrivés à un accord préalable sur Turkish Stream le 13 juin 2015 à Bakou, (Azerbaïdjan), le ministre turc de l’Energie, Taner Yildiz,  concédait certes alors ne pas pouvoir affirmer « que toutes les obstacles sont surmontés » mais demeurait confiant quant à une issue positive. Espérant  officiellement que le contrat soit signé le plus vite possible.

En juillet 2015, une filiale de Gazprom, South Stream Transport BV, avait  informé l’italien Saipem de la rupture du contrat relative à la construction de la première branche du gazoduc Turkish Stream. Une décision qui pouvait alors surprendre, et ce d’autant plus qu’un navire de la société spécialisée dans la recherche et les forages pétroliers avait jeté l’ancre le 6 juillet près d’Anapa, en mer Noire, en vue de débuter les travaux.

South Stream Transport BV motivait alors  sa décision par la nécessité « d’arriver à un accord sur les questions pratiques et commerciales en ce qui concerne la réalisation du projet de Turkish Stream ». Les négociations avec la Turquie traînant en effet en longueur, freinant le lancement des travaux.
Par la suite, les discussions avaient pris du retard, compte-tenu  notamment de l’instabilité politique en Turquie. Moscou et Ankara s’étaient entendus pour reprendre les discussions après les élections législatives du 1er novembre 2015.
Parallèlement, le  Financial Times avançait quant à lui le chiffre de 16 milliards de mètres cubes de gaz par an pour la consommation intérieure de la Turquie, dépendante à 50% du gaz russe.

- La gestion de la dette grecque fortement liée au projet Turkish Stream

En février 2015, le conseiller diplomatique du chef de l’Etat russe Iouri Ouchakov avait déclaré que le président russe Vladimir Poutine et le nouveau premier ministre grec Alexis Tsipras avaient examiné par téléphone la situation en Ukraine et la décision récemment prise par Moscou d’abandonner le projet de gazoduc South Stream. Un dossier qui concerne l’Union européenne toute entière … sa dépendance énergétique étant en jeu. L’Ukraine pesant fortement dans la bataille.

Si certes Vladimir Poutine avait de nouveau félicité le parti Syriza à l’occasion de sa victoire aux élections, tout en félicitant personnellement Alexis Tsipras « à l’occasion de son entrée en fonction », le Président russe avait alors invité son interlocuteur à effectuer une visite en Russie. Avec en ligne de mire : le projet du gazoduc on ne peut plus stratégique.

En juin 2015, en pleine bataille avec ses créanciers au sujet de l’épineux dossier de la dette grecque, le ministre grec de l’Energie, Panayiotis Lafazanis, et son homologue russe, Alexandre Novak, avaient au final signé un accord pour la construction d’un gazoduc russe en Grèce. Un véritable camouflet pour Bruxelles qui voyait tout ceci d’un très mauvais œil …

Les ministres avaient par ailleurs tenu à préciser que le coût total de la construction du gazoduc s’élevait à 2 milliards d’euros et qu’il sera doté d’une capacité de livraison de 47 milliards de mètres cubes de gaz pour ses clients européens.
Le document, certes alors au stade du protocole d’entente, prévoyait la création d’une coentreprise détenue à parts égales grecques et russes. Cette dernière sera chargée de la construction du gazoduc, laquelle devait s’étaler entre 2016 et 2019, selon Alexandre Novak.

La coentreprise, baptisée South European Gas Pipeline, devait être financée à 50% par la partie russe et à 50% par la partie grecque, laquelle a contracté à cet effet un prêt auprès de la banque russe Vnesheconombank, selon les propos mêmes de M. Lafazanis.

Ce gazoduc   »nous permet de continuer nos projets de construction d’infrastructures dans le cadre du gazoduc passant par la mer Noire, la Turquie, et la construction d’un hub en Turquie », s’était félicité pour sa part le ministre russe.
A la mi-avril 2015, la Russie avait certes démenti  les allégations de la presse allemande laissant entendre que Moscou serait sur le point de signer un accord de transit gazier avec la Grèce. Lequel pourrait le cas échéant rapporter 5 milliards d’euros dans les caisses – bien vides – de l’Etat grec.

Citant un cadre du parti de gauche radicale Syriza, le site internet de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel affirmait ainsi que la signature d’un tel accord pourrait intervenir de manière imminente et serait assortie d’un versement à la Grèce d’une avance sur recettes. Laquelle correspondrait aux futures redevances sur le transit de gaz russe par le gazoduc en territoire grec et serait remboursée par la Grèce après 2019, une fois le gazoduc opérationnel.

Parallèlement, une source grecque proche de la négociation avait déclaré qu’Athènes projetait de signer avec la Russie un accord pour étendre à son territoire le projet de gazoduc Turkish Stream, tout en couplant l’opération à un versement d’une avance sur recettes dont le montant serait – selon lui – « proche du haut de l’échelle donnée par le Spiegel ».
« Un accord sera signé à Athènes avec une délégation russe de haut rang sur la construction du gazoduc. Cette accord fixera les conditions de financement de la construction et le niveau des redevances », avait ainsi indiqué cette source ministérielle sous couvert d’anonymat.

Des rumeurs fortement démenties alors par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur les ondes de Business FM. Prenant l’affaire au sérieux, Vladimir Poutine a lui-même déclaré que personne n’avait demandé de l’aide à la Russie.  Il a toutefois reconnu que la question de la coopération énergétique avait été soulevée et qu’elle allait être étudiée par les experts. Il a toutefois tenu à préciser que la Russie n’avait promis aucune aide financière, car aucune demande ne lui avait été faite.

Vladimir Poutine avait également évoqué précédemment une participation de la Grèce au projet de gazoduc Turkish Stream. Il avait toutefois indiqué qu’aucun accord ferme n’avait été conclu. Le gouvernement grec avait parallèlement fait d’ores et déjà allusion à la possibilité d’un financement russe du projet de gazoduc.

- De très fortes pressions US  sur le projet Turkish Stream

En avril 2015, Panagiotis Lafazanis, ministre grec de l’Energie, avait indiqué pour sa part qu’Athènes montrait un vif intérêt au prolongement sur son territoire du nouveau gazoduc que le géant gazier russe Gazprom envisageait alors de construire à destination de la Turquie. Tout en déclarant à la presse russe que les Etats-Unis exerçaient une très forte pression sur la Grèce, afin de la dissuader de participer à la réalisation du projet de gazoduc Turkish Stream, destiné à livrer du gaz russe en Europe.

« Ils exercent une très forte pression », avait ainsi déclaré M. Lafazanis interrogé par le journal russe RIA Novosti lors d’une conférence de presse à Moscou. Des pressions américaines qui ne semblaient pas toutefois être suivies d’effet … « Nous considérons que tous les corridors doivent être ouverts pour la Russie », avait ainsi ajouté M. Lafazanis. Lequel a également précisé qu’il ne considérait pas Turkish Stream et le Gazoduc transadriatique (TAP) comme des projets concurrents. Il estimait alors que le second projet n’est pas en mesure de couvrir les besoins européens en gaz naturel.

Le dossier est loin d’être dénué d’intérêts financiers, puisque M. Lafazanis avait alors tenu à souligner que la Grèce souhaitait obtenir de la part de la Russie une réduction de tarif sur le gaz russe livré à partir de 2016, ainsi qu’une baisse des volumes fournis selon des contrats d’enlèvement ferme (« take or pay »).

Sources :

Presse turque et polonaise
AFP, sputniknews.com, Le Monde, themoscowtimes.com, Reuters, Spiegel



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Barcelone La « nouvelle politique » et la grève des transports

 

Comme les an­nées précédentes, à l’occasion de la réunion du Mobile World Con­gress, quelques syndicats (CGT, CNT, COS, USOC, etc.) des transports métropolitains de Barcelone, ont appelé en 2016 à des journées de grève pour la négociation de la convention. Les syndicats dits majoritaires (CCOO et UGT), comme d’habitude, se sont démarqués de cet appel.
La grève se répète chaque année parce que le Mobile World Congress (MWC) donne un relatif avantage aux travailleurs quant à leur capacité à faire pression sur les administrations et en particulier sur l’entreprise qui gère les transports métropolitains.
Le MWC, qui a eu lieu du 22 au 25 février, est le rendez-vous mondial le plus important des entreprises qui fabriquent de la téléphonie mobile et des applications. D’après les prévisions du lobby touristique de l’hôtellerie et du commerce barcelonais, quelque 75 000 congressistes étaient attendus, qui allaient laisser plus de 356 millions d’euros et créer 7 200 postes de travail temporaires. Pour garantir la sécurité des congressistes, on allait renforcer le nombre des agents de police à 1 900.
Bien entendu, les bénéficiaires de l’affaire sont les chaînes hôtelières, agences de voyage, boutiques de luxe, etc. liées en bonne partie à des capitaux internationaux, ainsi que le business florissant de la prostitution et du trafic de drogues. Dans l’ensemble, toutes ces activités jouent un rôle toujours plus important dans la sphère économique de la ville, dont la justification renvoie indéfectiblement à la formule magique de la création d’emplois. Des emplois précarisés à un point incroyable, où on voit de plus en plus le système de contrat de disponibilité totale envers le patron, qui ne garantit pas un minimum d’heures de travail mais exige la disponibilité immédiate du travailleur.
Par ailleurs, la ville de Barcelone étant spécialisée dans le tourisme de masse, en plus d’être une destination de croisières méditerranéennes et de grands événements (foires internationales et festivals de musique, etc.) a fait du secteur des transports et de la mobilité le point névralgique de la ville-business. Les autorités administratives sont particulièrement sensibles à tout incident pouvant affecter le tourisme et, tout spécialement, la mobilité. Il y a trois ans, la simple menace d’une grève des chauffeurs de taxis de paralyser la voie d’accès à l’aéroport, a suffi pour que la mairie retire un projet qui lésait le secteur des taxis. Quoi qu’il en soit, seul le secteur des transports métropolitains semble profiter de l’occasion du MWC pour essayer de satisfaire ses revendications.
Le motif du conflit était la négociation de la convention avec, en toile de fond, la mise en question de la gestion et de la fonction qu’exerce l’entreprise municipale  Transports Metropolitans de Barcelona (TMB) en tant que « refuge doré » des politiciens professionnels qui, après avoir assumé des fonctions publiques dans l’administration municipale, trouvent des sinécures bien rémunérées dans cette entreprise. Ce n’est qu’un exemple, parmi beaucoup d’autres, de la stratégie des partis, catalans en l’occurrence – JxSí (1), PSC, ICV, ERC, etc. – de paiement des services rendus, en accord avec le plan de pillage général des fonds publics dont se chargent les professionnels du système de représentation politique en Catalogne, comme dans les autres communautés autonomes.
Le gouvernement de la Generalitat a fixé des services minimaux, que les syndicats ont qualifié d’abusifs, dans la lignée de la stratégie de l’administration centrale tendant à éliminer dans la pratique le droit de grève (service minimum de manière à ce qu’on ne remarque qu’à peine l’incidence de la grève et la criminalisation des piquets d’information) et à présenter le conflit de telle sorte que les travailleurs des services publics apparaissent comme des irresponsables opposés aux intérêts des citoyens, des consommateurs/usagers.

salaires,Parmi les faits que dénoncent les grévistes se trouve le manque de transparence de la gestion de TMB, qui cherche à occulter les hautes rémunérations des chargés de la direction. Entre les autobus et le métro il y a 7 844 emplois, dont 598 « hors convention », c’est-à-dire une formule qui permet, d’un côté, de précariser la situation des nouveaux embauchés et, de l’autre, de maintenir l’opacité sur les salaires élevés des directeurs. Par exemple, tant la section des autobus que celle du métro ont un conseil de direction composé d’une vingtaine de personnes qui touchent autour de 97 500 euros bruts annuels, auxquels il faut ajouter des compléments de salaires pour chaque personne de plus de 12 000 euros par an. Il existe en plus des directeurs de service qui touchent entre 85 000 et 87 000 euros par an, avec des compléments individuels de 15 000 euros. C’est-à-dire que l’entreprise métropolitaine des transports TMB est constituée par une bureaucratie avec des cadres de direction bien rémunérés qui viennent de la politique. Eh bien ! la maire de Barcelone, pour disqualifier les grévistes, a déclaré que les travailleurs touchaient une moyenne de 33 000 euros par an, affirmation qu’elle s’est vue obligée de démentir une fois que les syndicats ont rendu public que la moyenne de leurs revenus est de 25 000 euros. Cette « indiscrétion » est généralement un recours dialectique insidieux, amplement utilisé ces dernières années devant chaque conflit, insinuant que les travailleurs ont des conditions privilégiées, c’est-à-dire comme toute personne qui a un travail et touche un salaire.
Par ailleurs, les autorités municipales ont manœuvré pour essayer de minimiser l’impact de la grève ; elles ont encouragé le rôle de « jaunes » des chauffeurs de taxis, en libéralisant le service les jours de grève des transports publics, ce qui permettait aux chauffeurs de taxis de travailler pendant les journées de repos obligatoire. Cependant, certains syndicats des taxis ont dénoncé ces manœuvres. De leur côté, quelques plateformes présentes dans différents quartiers qui luttent contre la hausse des tarifs, Stop pujades (Stop aux hausses – des tarifs), ont mené des actions de solidarité avec les ­grévistes.
Malgré tout cela, après les jours de grève qui coïncidaient avec le MWC, le TBM continuait à ignorer les revendications des travailleurs, raison pour laquelle ils ont fait une nouvelle journée d’arrêt de travail (avec des services minimum également abusifs), le 2 avril.
Indépendamment de ce que sera le dénouement final du conflit, trois aspects sont à mettre en relief. Le premier concerne le changement radical qui a eu lieu dans la structure économique – et dans la vie quotidienne – de la ville de Barcelone ces dernières années, par l’imposition des intérêts du lobby touristique hôtelier et commercial sur la gestion de la vie urbaine. Le deuxième concerne la vulnérabilité du modèle barcelonais qui, basé sur la garantie de mobilité, offre des opportunités d’intervention et d’éventuelles alliances tactiques entre différents segments de la population salariée, les chômeurs et les exclus.
Le troisième aspect concerne la courte durée de ce que l’on présente comme la « nouvelle politique », après le virage vers les institutions de ceux qui se réclament héritiers du mouvement du 15-M Indignés (le mouvement lancé le 15 mai 2011 par les Indignés). L’attitude de la maire de Barcelone devant le conflit du métro a mis en évidence la réalité de la gestion municipale. La gestion municipale est soumise aux déterminations du capital touristique, commercial, immobilier (2), etc.
On voit comment, après les « pièges » (3) tendus à la maire, la « nouvelle politique » est devenue la même politique de toujours. Le volontarisme qui encourage l’« illusion démocratique » de la génération émergente, qui prétend rénover l’élite politique, se dissout dans la réalité de la machinerie bureaucratique (municipale, autonomiste ou étatique) au service de la classe dominante et sa logique de gestion. Ceci devrait faire réfléchir ceux qui préconisent des stratégies de changement social basées sur des changements au sein du système de représentation.
Corsino Vela
Barcelone, 3 avril 2016
(traduit de l’espagnol par M. D.)

 NOTES

(1) JxSí (Junts pel Sí) [Ensemble pour le Oui] est la nouvelle coalition formée par Convergència Democràtica de Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya [Convergence démocratique de Catalogne et Gauche républicaine de Catalogne] qui gouverne en Catalogne à la place de l’ancienne coalition CiU (Convergencia i Unió) après le départ de Unió Democrática [Union Démocratique]. C’est une opération de lifting, vu que Convergencia a été impliquée dans la vague de corruption du système politique catalan et espagnol. Et, très particulièrement, la figure seigneuriale et de père de la patrie catalane moderne, Jordi Pujol, qui, avec plusieurs de ses fils, fait l’objet de poursuites judiciaires pour délits de fraude fiscale, trafic d’influences et opérations financières illégales.
(2) Barcelone vit une nouvelle bulle immobilière qui affecte autant les loyers que les prix de vente des logements, entre autres parce que c’est un centre d’attraction de fonds d’investissements transnationaux, qui achètent des appartements et des immeubles pour les reconvertir en hôtels, appartements touristiques, etc., comme « refuge » dans un contexte marqué par des taux d’intérêt négatifs.
(3) Son mandat de maire de Barcelone à peine commencé, Ada Colau et son équipe de gestion municipale ont dû faire face à des problèmes que le maire précédent, Xavier Trias (CiU / Convergence et Union), lui avait préparés (avec la police municipale, les spéculateurs touristiques, sur le moratoire sur la construction d’hôtels, et sur les vendeurs ambulants).

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30 juillet 2016

INFOBREF N°447-Grève à Air France,CSG et retraités,Le salarié français devient le plus taxé de l'UE,AREVA,Libye, Barroso

INFOBREF N°447

Première usine entièrement automatisée en Chine: Elle remplace 90% de ses employés par des robots

4590 vues 05 août 2015 11 commentaires Economie - Finance Réseau International

La première usine entièrement robotisée de Dongguan, une ville du sud-est de la province de Guangdong en Chine, donne une vision de l’avenir de la fabrication: tous les processus sont exploités par des robots commandés par ordinateur, des ordinateurs numériques contrôlent les équipements d’usinage, des camions de transports et un équipement de l’entrepôt automatisé. Le personnel technique siège simplement devant l’ordinateur et supervise l’ensemble via un système centralisé.

Dans l’atelier de la compagnie Changying Précision Technologie de Dongguan, connu comme « l’usine mondiale », des modules de téléphone portables sont fabriqués, 60 bras robotisés sur 10 lignes de production polissent les modules jour et nuit. Chaque ligne a une ceinture automatique et trois ouvriers qui sont juste responsables de la vérification des lignes et de la surveillance.

Il y a quelques mois, cela nécessitait  650 ouvriers pour finaliser ce processus. Un bras robotisé peut remplacer six à huit ouvriers, désormais ils sont 60 ouvriers et le nombre sera réduit à 20 à l’avenir, selon Luo Weiqiang, directeur général de la compagnie.

C’est la première étape du programme « le robot remplace l’humain ». Dans les deux années suivantes, le nombre de robots sera augmenté à 1000 et 80 pour cent du processus sera mené à bien par des robots, dit Chen Qixing, président de la compagnie.

En comparaison de beaucoup d’ouvriers qualifiés, ces robots sont de nouvelles mains. Mais leurs productions sont bien plus importantes et de meilleure qualité que des ouvriers bien formés et des experts. Les données montrent que depuis que les robots sont venus à l’usine, le taux de défauts des produits a chuté de plus de 25 pour cent auparavant à moins de 5 pour cent, et la capacité de production de plus de 8000 pièces par personne par mois est passé à 21000 pièces.

Cette compagnie est seulement un microcosme de Dongguan, un des réseaux de fabrication de la Chine. La Ville planifie de fabriquer 1000 à 1500 programmes « le robot remplace l’humain » d’ici 2016. Avec l’implémentation de la stratégie « Fabriqué en Chine 2025 », un nombre croissant « d’ateliers ou d’usines sans humains » verra le jour.

http://fawkes-news.blogspot.fr/2015/08/premiere-usine-entierement-automatisee.html

Grève à Air France : des prévisions de trafic revues à la hausse

Le Parisien le 26/07/2016

 Le conflit ne pouvait arriver à un pire moment, en plein chassé-croisé des vacanciers. Deux syndicats d'hôtesses et stewards d'Air France — l'Unsa-PNC et le SNPNC, qui représentent à eux deux 45 % du personnel navigant d'Air France —, ont en effet décidé d'une grève à partir de mercredi matin, pour une période de sept jours reconductibles, jusqu'au 2 août.

Le conflit porte sur la prolongation de l'actuel protocole d'accord, qui fixe les règles en matière de progression de carrière, de rémunération et de couverture sociale. Les syndicats demandent son renouvellement pendant trois ans supplémentaires. La direction refuse de son côté d'aller au-delà de dix-sept mois. Le président d'Air France, Frédéric Gagey, s'est justifié dimanche dans Le Parisien par le besoin de «garder une certaine souplesse» dans le domaine ultra concurrentiel de l'aérien «soumis à des aléas, notamment économiques.»

Selon la direction d'air France, le taux de grèvistes est 37% parmi son personnel navigant commercial (PNC).  Dans le détail, la compagnie tricolore maintient 92% des vols long-courriers, 90% des vols intérieurs et plus de 80% des moyen-courriers à Roissy Charles-de-Gaule,

 

Toutefois, la compagnie qui «déplore» ce mouvement social pendant «une période de grands départs», prévient que «ponctuellement, des annulations et des retards de dernière minute ne sont pas à exclure.» 

Du côté des deux syndicats, les estimations diffèrent sensiblement. « Contrairement à ce qu'essaie de faire croire la direction, le conflit promet d'être extrêmement suivi, assure Christelle Auster, porte-parole du SNPNC. Hier, près de 70 % de l'ensemble des PNC qui étaient sur les programmes de vols de demain s'étaient déjà déclarés pour la grève. » Sur 13 600 PNC que revendique le groupe Air France, près d'un millier ...

Lire la suite de l'article sur Le Parisien.fr

CSG : le gouvernement envisage un geste pour les retraités

Pour la dernière Loi de finances du quinquennat, le gouvernement envisage cette fois de faire un geste pour les retraités. Selon les Echos, alors que les arbitrages sont attendus fin août, plusieurs scénarios pour accroître le revenu des retraités sont envisagés. L'un d'entre eux serait de  baisser la CSG pour les retraités modestes. 

 Actuellement, les retraités bénéficient d'un taux réduit de CSG si leur revenu fiscal est compris entre 10 676 euros et 13 956 euros pour une part. L'idée serait de relever ces montants pour permettre à davantage de retraités de bénéficier soit d'une exonération, soit d'un taux réduit de CSG (3,8 % au lieu de 6,6 %). En dessous de ces revenus, les retraités sont déjà exonérés de CSG.

 Dans les Echos, Valérie Rabault, la député PS et rapporteure du budget à l'Assemblée, qui travaille à un amendement au projet de loi de finances 2017, estime qu'il s'agit d'un moyen pour corriger certains effets collatéraux des mesures fiscales prises en début de quinquennat. En effet, la fiscalisation de la majoration de pension pour charges de famille (10 % pour trois enfants et plus) a mécaniquement augmenté le revenu fiscal de référence des retraités concernés.

510 000 foyers avaient dû payer la CSG 

De fait, nombre d'entre eux se sont retrouvés à payer une CSG à taux plein (6,6 %) sans pour autant que leurs revenus aient augmenté.  Dans un rapport publié l'an dernier, Valérie Rabault avait chiffré à 510 000 le nombre de foyers concernés, dont près des trois quarts dans la tranche de revenus entre 12 000 et 18 000 euros annuels. Ces derniers avaient perdu en moyenne 590 euros par an.

Une idée qui, selon le quotidien économique, est regardée avec un certain intérêt à Bercy. Reste à savoir si le gouvernement va faire  son choix entre cette mesure ciblée ou sur un dispositif plus général en faisant comme en 2014 et 2015 un geste en relevant le barème des impôts.  Déjà en 2015, seuls 45,6 % des foyers se sont acquittés de l'impôt sur le revenu, un niveau jamais atteint depuis 2009. 

  leparisien.fr

Le salarié français devient le plus taxé de l'UE

Le Revenu le 26/07/2016 à 12:16

 Avant de disposer de 100 euros de pouvoir d'achat réel, le salarié moyen français supporte 135 euros de charges et d'impôts. (© Fotolia)

Pour la 7e année consécutive, l’Institut économique Molinari publie le fardeau fiscal et social de l’employé moyen au sein l’Union européenne (UE), grâce à des données calculées par EY. Ce classement présente la spécificité de fournir la pression fiscale et sociale réellement supportée par les salariés moyens, pour l’année en cours avec une méthodologie robuste et uniforme dans toute l’UE.

Comme l’an passé, les trois champions de la fiscalisation du salarié moyen sont la Belgique, la France et l’Autriche, mais l’ordre d’arrivée sur le podium 2016 évolue, explique l’Institut Molinari :

1. La France devient la championne de la fiscalité de l’Union européenne, avec 57,53% de taxation et une libération fiscale et sociale le 29 juillet.

2. La Belgique abandonne la première place qu’elle détenait depuis 2010, avec 56,9% de taxation et une libération fiscale et sociale le 27 juillet. C’est la conséquence d’un ambitieux «tax shift » réduisant les charges sociales.

3. L’Autriche reste 3e, en dépit d’une baisse significative de l’impôt sur le revenu, avec 54,7% de taxation et une libération fiscale et sociale le 19 juillet.

Situation unique au sein de l’Union

Avant de disposer de 100 euros de pouvoir d’achat réel, le salarié moyen français supporte 135 euros de charges et d’impôts. Par comparaison la moyenne de

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Bruxelles ouvre une enquête sur le financement de la restructuration d’Areva

Elisabeth Studer Actualités, Economie, Energies 3 commentaires

Les ennuis continuent pour Areva. La Commission européenne a en effet annoncé mardi l’ouverture d’une enquête approfondie en vue de déterminer si les quatre milliards d’euros de fonds publics prévus pour la restructuration du groupe nucléaire français étaient conformes aux règles européennes sur les aides d’Etat.

« Compte tenu de l’ampleur et de l’importance de la restructuration d’Areva, la Commission se doit d’examiner attentivement si son plan de restructuration est solide et si les aides d’Etat ne faussent pas indûment la concurrence dans le marché unique », a ainsi déclaré dans un communiqué la commissaire chargée de la concurrence. « Notre objectif est d’assurer un avenir durable pour Areva sans devoir plus recourir à de nouvelles aides d’État », a ajouté par ailleurs Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence.

L’enquête approfondie est une première étape, qui donne l’opportunité aux parties prenantes de présenter leurs observations.

Rappelons qu’Areva a perdu deux milliards d’euros en 2015 en raison de lourdes charges liées à sa restructuration et à une nouvelle provision pour l’EPR finlandais. Le groupe, détenu directement et indirectement par l’Etat français à hauteur d’environ 87% doit désormais se recentrer sur le cycle du combustible nucléaire ((de l’extraction de l’uranium au traitement du combustible usé),une fois son activité réacteurs (Areva NP) cédée à EDF. Dans le cadre de sa restructuration, Areva a engagé la cession de plusieurs actifs, tout en lançant un plan d’économies, passant par plusieurs milliers de suppressions d’emplois.

En janvier 2016, le géant du nucléaire avait annoncé que le groupe allait lancer une augmentation de capital de 5 milliards d’euros. L’Etat français s’est engagé à y participer à hauteur de 4 milliards d’euros, selon la Commission. Le solde doit être apporté par des investisseurs tiers.

Laquelle souhaite notamment vérifier si les hypothèses du plan de restructuration sont suffisamment réalistes dans le long terme pour qu’Areva continue ses activités sans injections continues d’argent public.  Elle cherche également à s’assurer que le groupe lui-même contribue aux coûts de sa restructuration.

Cette enquête ne semble toutefois guère inquiétée le ministère français de l’Economie, lequel a estimé qu’il s’agissait d’une étape habituelle dans ce type de procédure, se disant par ailleurs « confiant » dans la solidité du dossier présenté aux autorités européennes de concurrence.

« Cette procédure s’inscrit dans un calendrier compatible avec l’objectif d’Areva et de l’Etat de réaliser l’augmentation de capital du groupe début 2017. Cet objectif reste inchangé », a -t-il déclaré à la presse.

Sources : AFP, Reuters

Elisabeth Studer – 19 juillet 2016 – www.leblogfinance.com

Libye : le gouvernement d’union nationale accuse la France de violation du territoire après la mort de militaires français dans un crash

Elisabeth Studer Actualités, Economie, Energies, Matières premières 7 commentaires

Vers un conflit ouvert France/Libye ? Le gouvernement libyen d’union nationale (GNA) vient en effet d’accuser Paris de violation du territoire. Des accusations qui interviennent alors que mercredi 20 juillet, le ministère de la défense français a annoncé que trois militaires avaient été tués en « service commandé » en Libye.

Le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, avait alors salué « le courage et le dévouement de ces militaires engagés au service de la France, qui accomplissent, tous les jours, des missions dangereuses contre le terrorisme ».

« La présence française est une violation du territoire libyen », a ainsi déclaré le GNA dans un message sur son compte Facebook, estimant que rien ne justifie une intervention sans qu’il en soit informé. Il a par ailleurs fait part de son mécontentement suite à l’annonce du gouvernement français concernant la présence française dans l’est de la Libye.

« Tout en se félicitant de toute aide ou assistance offerte par les pays amis dans la guerre contre Daesh, tant qu’elle intervient dans le cadre d’une demande adressée au GNA et en coordination avec le GNA, rien ne justifie une intervention sans que nous en soyons informés et sans coordination avec nous » a-t-il par ailleurs martelé.

Les trois sous-officiers, membres du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) sont morts dans un « accident d’hélicoptère » en Libye, a déclaré pour sa part mercredi matin François Hollande. Ajoutant que la France menait  « des opérations périlleuses de renseignement » et confirmant ainsi pour la première fois la présence de soldats français en Libye, pays qui, depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, est livré aux milices armées et fait l’objet de luttes de pouvoir sous fond de montée en puissance du groupe Etat islamique (EI), d’immigration …. et de fortes odeurs de pétrole. 

Selon l’agence de presse Associated Press, qui cite des responsables libyens, des militaires auraient été tués dimanche près de Benghazi, quand une milice islamiste – se faisant appeler « brigade de défense de Benghazi » – a annoncé avoir abattu l’hélicoptère dans lequel les militaires se trouvaient.

La Chambre des opérations pour la libération d’Ajdabya, un groupe armé lié à la Brigade de défense de Benghazi, avait affirmé, dès dimanche, avoir abattu l’appareil, en évoquant la présence à bord de deux Français, un Jordanien et un Libyen.
L’appareil filmé appartient aux forces du général Khalifa Haftar, les seules à en disposer dans ce secteur. Ce que confirment une source française et un officier proche du général Haftar joints par Le Monde. Si la première source évoque un crash, très vraisemblablement dû à « un tir de missile sol-air SA-7 », la seconde assure que l’hélicoptère a eu une panne technique.

En fin de matinée, François Hollande avait fourni quelques éléments sur le décès de ces cadres de la DGSE dans un « accident d’hélicoptère », démentant ainsi la milice libyenne Benghazi Defense Brigades. Celle-ci prétendait dans un communiqué avoir abattu avec un missile Sa-7 l’hélicoptère d’assaut Mi-35 de fabrication russe appartenant à l’armée libyenne.

En tout état de cause, ce crash confirmait ni plus ni moins la coopération militaire occidentale avec les forces dirigées par Khalifa Haftar, à la tête d’une coalition anti-islamiste qui s’oppose aux milices dans l’est du pays ainsi qu’au gouvernement d’union nationale, installé à Tripoli.

Bien qu’officiellement la communauté internationale ne reconnaît que le gouvernement d’union nationale,« depuis environ six mois, des soldats français sont sur place pour fournir du renseignement de proximité aux forces du général Haftar. L’objectif est de comprendre ce qui se passe sur le terrain et de réduire l’Etat islamique et ses alliés à Benghazi et Derna. Ils sont au plus près du théâtre des opérations, mais ils ne participent pas aux combats », précise-t-on également de source française.

« La Libye connaît également une instabilité dangereuse. C’est à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes européennes » argumentait quant à lui mercredi le chef de l’Etat depuis le Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne).

Des centaines de personnes ont également manifesté mercredi dans plusieurs villes de Libye  en vue de protester contre la présence militaire française, après l’annonce par Paris de la mort des trois militaires français. Des rassemblements ont notamment été organisés dans la capitale Tripoli mais aussi à Misrata. Des centaines de personnes se sont réunies sur la place des Martyrs, à Tripoli, brandissant des pancartes contre la France. Certains ont également brûlé des drapeaux français et d’autres ont scandé des slogans hostiles à Paris et au gouvernement d’union nationale installé dans la capitale et soutenu par l’ONU et les grandes puissances occidentales.

Sources : AFP, Le Monde, Associated Press

Elisabeth Studer – 20 juillet 2016 – www.leblogfinance.com 

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Barroso nouvelle recrue de Goldman Sachs … après Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos, l’Europe aux mains de la finance US ?

Elisabeth Studer Actualités, Economie Pas de commentaire

Le monde aurait-il enfin ouvert les yeux ? Nombreux sont les politiques qui poussent des cris d’orfraie à l’annonce de l’embauche de l’ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso par la sulfureuse banque Goldman Sachs. Pourtant les passerelles entre ce monstre de la finance mondiale et les milieux politiques européens sont nombreuses. Certes, jusqu’à présent le passage était réalisé dans l’autre sens, s’agissant de hauts responsables de la banque placés par la suite à des postes stratégiques au sein des institutions européennes. La toile se tissant ainsi beaucoup plus discrètement.

Samedi, les critiques se sont multipliées à l’encontre de José Manuel Barroso tant en France qu’au Portugal.

Dans l’Hexagone, plusieurs voix de gauche, y compris au sein du gouvernement, ont protesté contre son embauche par Goldman Sachs, pointant notamment le rôle de cette dernière dans la crise des subprimes en 2008, rappelant qu’elle avait aidé, au début des années 2000, l’Etat grec à masquer ses déficits en vue de rester dans l’euro. Rappelons à cet égard que l’ancien premier ministre du Portugal de 2002 à 2004 a occupé la présidence de la Commission européenne de 2004 à 2014. « Desservir les citoyens, se servir chez Goldman Sachs: #Barroso, représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer », a ainsi déclaré dans un tweet le secrétaire d’Etat français au Commerce extérieur, le socialiste Matthias Fekl.

Plus globalement, les eurodéputés PS français ont eux jugé « scandaleux » ce qu’ils considèrent comme un « nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêt ». « Nous exigeons une révision des règles pour empêcher de tels recrutements d’anciens Commissaires européens », ont-ils écrit dans un communiqué.

Au Portugal, l’indignation est également de mise au sein du le parti socialiste au pouvoir et de ses alliés de la gauche radicale. « Cette nomination montre que l’élite européenne dont fait partie Barroso n’a aucune honte », a ainsi déclaré Pedro Felipe Soares, chef de file parlementaire du Bloc de gauche.

« Après avoir passé plus de trente ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale « , a expliqué pour sa part M. Barroso à l’hebdomadaire portugais Expresso. Ajoutant : « si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique ». La Commission européenne a tenu quant à elle à rappeler que José Manuel Barroso n’avait enfreint aucune règle, rien n’obligeant les anciens membres de ladite Commission à rendre des comptes au delà d’un délai de 18 mois après la fin de leur mandat.

La presse française estime quant à elle cette nomination tombe au plus mal. « L’image de l’Union européenne qui n’est pas folichonne en ce moment, n’avait pas besoin de cela », écrit ainsi samedi L’Obs. « C’est, au pire moment, un symbole désastreux pour l’Union et une aubaine pour les europhobes », estime pour sa part  Libération, qui dénonce sur son site internet un « bras d’honneur à l’Europe ».

La présidente du parti d’extrême droite Front national, Marine Le Pen, a d’ailleurs estimé sur Twitter que la nouvelle n’avait « rien d’étonnant pour ceux qui savent que l’UE ne sert pas les peuples mais la grande finance ».

Mais avouons tout de même que les politiques français et portugais auraient pu ouvrir les yeux bien avant …

Ainsi en septembre 213, alors que certains restaient dubitatifs face à la politique menée par la Banque Centrale Européenne, cette dernière n’excluant pas de lancer une nouvelle opération de refinancement à plus long terme (LTRO) avec pour objectif – affiché – d’éviter que les taux du marché monétaire ne remontent à un niveau favorisant l’inflation, on était d’ores et déjà en droit de s’interroger … La pratique d’une telle politique en zone euro pouvant permettre au final de dessiner un arbre susceptible de cacher la forêt des difficultés financières US … Voire pourrait jouer en la faveur de la monnaie américaine via son impact sur la parité euro/dollar.

Or, avions-nous préciser, si Mario Draghi est avant tout connu du grand public à l’heure actuelle en tant que Président de ladite BCE, il n’en demeure pas moins un « ancien » de la sulfureuse banque Goldman Sachs, laquelle exerce un pouvoir majeur sur la finance US voire mondiale compte-tenu de ses tentacules déployées de part le monde. Autre élément de taille : les Etats-Unis se trouvaient alors de nouveau au pied du mur, ou plutôt de la falaise budgétaire, à quelques jours d’une échéance déterminante. Laquelle pourrait conduire le pays déjà en fort mauvaise posture économiquement et financièrement parlant à une nouvelle crise budgétaire.

Quelques jours auparavant, Barack Obama a ainsi estimé que l’intransigeance de ses adversaires républicains risquait une nouvelle fois de provoquer un catastrophique défaut de paiement. Delà à ce que la politique menée actuellement par la BCE … serve au final les Etats-Unis, il n’y a peut-être qu’un pas …

Pas totalement irraisonnable d’y penser quand on sait que Mario Draghi ne fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005.
Mieux encore : devenu « associé », il est chargé des  « entreprises et pays souverains ». Une fonction qui le conduit tout droit à remplir une mission de toute première importance. A savoir : multiplier le nombre d’acquéreurs d’une pilule supposée miracle mais devenue à terme très difficile à avaler : le produit financier dénommé « swap » … lequel aura notamment pour « avantage » de permettre de dissimuler en partie de la dette souveraine. Une « solution «  de toute première importance quand il s’agit d’afficher des comptes grecs en bien meilleure santé que dans la « vraie vie ».

En février 2010, alors que certaines rumeurs laissaient entendre que des banques américaines – et non des moindres – pourraient être derrière les spéculations visant la Grèce, le New York Times affirmait de son côté que des banques de Wall Street – telles que Goldman Sachs - auraient usé d’instruments financiers complexes en vue « d’aider » Athènes à dissimuler l’ampleur de sa dette. Des montages, précisait le journal, « de même ordre que ceux qui ont été à l’origine de la crise financière outre-Atlantique »
Selon le New York Times, citant « des personnes au courant de la transaction« , un montage élaboré par Goldman Sachs aurait ainsi permis en 2001 d’aider le gouvernement grec à emprunter des milliards. Un « soutien » qui serait intervenu quelques temps après l’adhésion d’Athènes à l’Union monétaire européenne. Sous la forme d’une transaction sur devises, et non d’un prêt, l’opération aurait pu ainsi être tenue éloignée des yeux du public. Une méthode qui en diminuant de facto le montant officiel des emprunts contractés par la Grèce aurait également trompé les régulateurs et les investisseurs sur la réalité de l’endettement du pays.
L’action de la banque américaine aurait donc permis à Athènes de respecter les règles édictées par Bruxelles en matière de déficit …. tout en continuant de vivre au-dessus de ses moyens. Goldman Sachs n’ayant rien d’un philanthrope, la banque aurait rémunéré ses « services » à hauteur de quelque 300 millions de dollars. C’est en tout cas ce qu’affirmait alors le NYT citant « plusieurs banquiers au courant de la transaction« . Moyennant le versement d’argent frais, le gouvernement grec aurait gentiment accepté de rétrocéder certains de ses revenus à venir, comme des taxes d’aéroports ou des recettes du loto.

Le journal précisait encore que début novembre 2009, une équipe de Goldman Sachs, dirigée par son président Gary Cohn, se serait rendue à Athènes en vue de lui proposer un autre montage financier, une sorte de méthode « miracle » pour s’affranchir à moyen terme du poids de la dette sociale. Le mécanisme n’ayant toutefois pas été retenu.
Certains affirmaient également alors que des banques US pourraient tirer les ficelles, histoire de plomber la zone euro. ….. et de pouvoir proposer à terme à la Grèce des emprunts à des taux prohibitifs.

Mieux encore, en novembre 2011, un article du Monde – lequel est loin d’être réputé comme un journal conspirationniste – confirmait mes « impressions » premières d’éventuelles « accointances » entre les nouveaux dirigeants italiens et grecs de cette période et les « grands » de ce monde … ou plutôt des financiers qui tirent actuellement les ficelles sur notre planète … et en tout premier lieu Goldman Sachs. Un article du Monde révélait en effet à cette date  que le nouveau président de la Banque centrale européenne  Mario Draghi,  le nouveau Président du conseil italien Mario Monti et le nouveau premier ministre grec  Lucas Papadémos  appartenaient à ce que l’on surnomme le   »gouvernement Sachs » européen.

Si Mario Draghi fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005, Mario Monti  était à cette date quant à lui  conseiller international de Goldman Sachs depuis 2005. Le journal italien « Il Fatto Quotidiano », repris par Courrier International, parlait même de ce fait de « gouvernement Napolitano-Monti-Goldman Sachs « , rappelant alors que depuis six ans, Mario Monti était conseiller pour la banque américaine en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute.

Lucas Papadémos fut pour sa part gouverneur de la Banque centrale grecque entre 1994 et 2002. A ce titre, il a lui aussi collaboré à l’opération de falsification des comptes réalisée par Goldman Sachs.

Sources : Le Monde, AFP, Reuters, Courrier International, Il Fatto Quotidiano, Bloglibé, NYTimes

Elisabeth Studer – 09 juillet 2016 – www.leblogfinance.com

A lire également :
Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos : le nouveau trio infernal de Goldman Sachs ?

Portugal : quand l’austérité prônée par FMI et UE mène à des lois anti-constitutionnelles



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27 juillet 2016

Ruines et vertiges de l’illusion religieuse

Ce texte est paru dans Echanges n° 155 (printemps 2016).

 Les religions empoisonnent l’humanité depuis des millénaires. Non seulement les monothéismes mais encore les polythéismes, animismes et autres philosophies prétentieuses (confucianisme, bouddhisme, etc.) réinvestissent aujourd’hui l’espace public. Elles ne l’avaient à vrai dire ­jamais réellement déserté, attendant patiemment l’heure de se mêler de régenter le monde profane ; les moralistes prétendent toujours diriger les mœurs.
Je ne chercherai pas ici à recenser les différences, indéniables, entre les diverses voies religieuses ni à discuter de leur évolution historique ; je n’écris pas un article pour étudiants en théologie. De toutes les façons, l’histoire des religions enseigne avec quelle facilité les croyants tirent d’un texte sacré les déductions les plus invraisemblables ; usant d’un débridement de la syntaxe farci d’espérances et de sensibleries, leurs théories ne sont fréquemment pas commodes à suivre avec leurs façons de dire les choses et leur ignorance de la vulgaire humanité : hommes et femmes peuvent crever d’ennui, de désespoir et de faim, ce n’est pas leur rayon.

sign_reads_our_struggle_dd3a_diaporamaAu chacun pour soi du capitalisme, les religions opposent un groupe exclusif totalement impuissant à changer les conditions de vie de ses membres parce que leurs croyances sont en contradiction totale avec toute tentative de comprendre la société dans laquelle ils vivent. Elles n’offrent à leurs adeptes qu’une identité individuelle illusoire au sein d’un groupe ne laissant aucune place à l’individu ; une illusion n’étant pas la même chose qu’une erreur mais une forme délirante de la pensée où le désir se prend pour la ­réalité.
Ruines. Le capitalisme, depuis sa naissance en Europe, a bouleversé le monde entier et arraché le voile de sensiblerie qui recouvrait les relations humaines : religions, familles, partis politiques sont de nos jours, dans les pays soumis entièrement au capital tout au moins, totalement discrédités ; l’Etat même chancelle et ne se préserve que par ses instruments répressifs.
Dans leur lutte pour l’existence les religieux, qui retrouvent en cela les politiques, en appellent au retour à un état antérieur de la société supposé idyllique afin de pouvoir poursuivre leur quête du profit en toute tranquillité. Révolutionnaires auto-proclamés et religieux se rejoignent pour combattre des changements trop rapides à leur goût. Il leur faut pour ce faire dominer non seulement les esprits mais surtout les corps dont ils savent pertinemment que l’esprit est le sujet.
Le terrorisme, qui n’est pas une technique employée par les seuls religieux ni ne touche pas que l’Europe, comme semblent le croire certaines personnes à l’esprit étroitement enserré dans les frontières européennes, participe de cette entreprise de domination des corps. Il est une réaction extrême non seulement contre la destruction d’anciennes formes de pensée mais surtout contre la destruction d’anciennes formes de relations sociales qu’elles légitiment. On dit qu’il serait l’arme des pauvres, mais la pauvreté est chose relative et, en fait, les terroristes ne manquent pas des financements que nécessitent la préparation et l’exécution d’attentats. On préfère d’ailleurs généralement ignorer le soutien, direct ou indirect, des Etats au terrorisme groupusculaire, tout de même que le terrorisme exercé ouvertement par les Etats : les terroristes à Paris et à Bruxelles n’avaient pas tort de souligner que les Occidentaux ont fait au Moyen-Orient, et ailleurs, plus de victimes civiles qu’eux n’en feront jamais.
Cette domination des corps a toutefois des limites : premièrement dans la nécessité de constituer des groupes guerriers qui, en rassemblant des masses de gens dans un même lieu, aiguise la sexualité des participants, toujours jeunes, ainsi que celle de leurs maîtres ; deuxièmement parce que quand les combattants mâles font défaut, les organisations de combat doivent faire appel à des femmes avec les conséquences que cet appel implique. Il est notoire que les prêtres n’obtiennent la soumission des masses à la religion qu’en ménageant de larges concessions aux pulsions des hommes ici-bas ou en leur promettant toutes satisfactions au royaume des cieux.
Les religions étant plus affaire d’émotion que de raison, il n’y a rien d’étrange à ce qu’elles ressurgissent à notre époque en bouleversement perpétuel, offrant le confort d’une pensée paresseuse et d’une action moutonnière sans rapport avec la réalité autre que son anéantissement. Pour continuer à filer la comparaison avec la politique de partis, la rhétorique religieuse se masque sous la prétention de vouloir changer le monde par la soumission de tous à un dirigeant providentiel. Le bolchévisme tenait aussi ce discours ambigu de l’émancipation de la classe ouvrière par l’adoration d’un homme ; le maoïsme et ses avatars, principalement le tiers-mondisme, ont porté cette ambiguïté à son point d’explosion. Et les étudiants chinois sur la place Tiananmen en 1989 adoraient la déesse Démocratie.
Il y a conjonction entre conservateurs et religieux, c’est une banalité. Ce qui est moins banal, c’est que les forces conservatrices ont maintenant phagocyté les théories prétendument révolutionnaires. Ces révolutionnaires supposés, en lutte contre le bouleversement des sociétés soumises au capital par le capital même, se rangent aux côtés des religieux au nom d’une tradition culturelle, et délaissent la lutte de classes au profit d’une lutte des citoyens, quand ils ne nient pas tout bonnement l’existence d’une classe ouvrière ; et n’hésitent pas à remplacer les prolétaires dans leur lutte contre la bourgeoisie par les laissés-pour-compte.
Vertiges. Je ne nie pas que les religions peuvent parfois consoler certains de leur misère économique et exprimer leur révolte contre les nantis. Lors des attentats à Paris et Bruxelles, on a beaucoup disserté sur la radicalisation de certains musulmans. Il y a là une mésinterprétation : ce ne sont pas les musulmans qui se sont radicalisés mais il s’agit bien plutôt d’une islamisation de la radicalité, de révoltés qui ont cru trouver dans la religion une manière de transformer le monde après l’échec de la politique.
Bien entendu on n’a pas parlé d’une radicalisation des catholiques ; ceux qui, par exemple, ont défilé contre le mariage homosexuel. Pourtant, là encore, il s’agissait de l’expression d’une défiance envers les politiciens. Je ferai remarquer à ce propos que cette revendication du mariage par les homosexuels et leurs défenseurs prouve à quel point les idées conservatrices ont pénétré toutes les couches de la société.
Mais les religions, comme la politique, n’offrent qu’une impasse à la révolte car si elles prétendent lier les hommes entre eux et les hommes avec dieu, elles ajoutent en fait un motif à tout ce qui sépare les hommes. Les opposant pour des raisons futiles (prophètes, coutumes, etc.), elles les dressent les uns contre les autres dans des guerres sans fin : les partisans d’une liberté de culte prônent cette liberté pour eux seuls et on ne compte plus les morts au nom de la liberté de leurs assassins.
Comme les partis politiques autrefois, les mouvements religieux attirent des jeunes qui ne sont plus seulement des abîmés économiques (chômeurs, précaires, etc.) mais qui sont plutôt issus de la classe moyenne et parfois même supérieure. Comme autrefois les militants politiques ou syndicaux, les militants religieux combattent pour les intérêts des déclassés, délaissant les plus défavorisés qui, eux, se battent au quotidien pour leur survie sans se laisser séduire, sinon marginalement, par les sirènes de théories grandiloquentes.
Les plus ardents sectateurs religieux ou socialistes se recrutent parmi les fonctionnaires. Ils sont d’ailleurs assez peu dangereux, craignant de perdre leurs places. Les idées religieuses, tout comme les idées politiques, pénètrent parfois les milieux ouvriers, mais les ouvriers ne manifestent pas le sectarisme des premiers. La classe ouvrière est la plus réfractaire aux pratiques et discours moraux des religieux, des politiciens de gauche et de droite. Bien que les médias répandent cette rumeur que les électeurs du Front national, en France, seraient en majorité ouvriers, une analyse plus fine de cet électorat montre que cela dépend beaucoup des régions. Et, de toutes les façons, le Front national n’a encore aucun élu régional parce qu’il y a loin d’un vote protestataire à une adhésion.
Plus dangereux sont ces jeunes sans avenir pour qui l’exercice du terrorisme devient un rite de passage à l’âge adulte mettant fin à une période interminable de postadolescence dans des sociétés européennes où l’âge de l’autonomie devient de plus en plus tardif par manque d’argent. Il est à noter que si Internet a, relativement, supprimé la géographie par la suppression des distances entre interlocuteurs, la proximité géographique, physique, favorise l’entraînement des uns par les autres et la pression du groupe dans les vocations religieuse et terroriste. Les commentateurs parlent alors de communautarisme (voir l’encadré ci-dessous), une sorte de maladie ou d’infamie qui, une fois de plus, ne toucherait que des populations d’origine non européenne.
Cependant, les religieux ne forment pas une communauté homogène ; comme toute communauté, elle est traversée par les intérêts individuels de chacun de ses membres. Ces mêmes commentateurs oublient que si l’islam perturbe nos sociétés européennes, d’autres religions perturbent d’autres sociétés dans le monde, qu’il y a des guerres entre elles toutes et en leur sein : chiites contre sunnites, bouddhistes contre rohingyas (musulmans) au Myanmar (ancienne Birmanie), juifs contre musulmans au Proche-Orient, catholiques contre évangélistes dans plusieurs pays d’Amérique latine, massacres de civils par des armées confessionnelles comme en Ouganda et dans les pays voisins jusqu’en 2008 par la Lord’s Resistance Army, etc. Le nationalisme sous perfusion religieuse nous promet des guerres aux effets démultipliés par les progrès techniques ; Israël en donne un exemple depuis 1949.
Alors que l’utopie religieuse a remplacé l’utopie politique, que tous les déçus d’une vie ordinaire embarquent pour la Syrie comme leurs ancêtres partaient en Union soviétique en quête d’une vie passionnante, je ne peux m’empêcher de penser à ceux-là qui se félicitent d’habiter le meilleur des mondes, s’efforcent de réfléchir, parler et écrire, dans la ligne officielle tout en gardant la conviction de vivre libres. C’est sans compter que les religieux, à l’instar de leurs collègues politiques, se chargent de supprimer tous les individus susceptibles de manifester intelligence et indépendance. Et quand des défenseurs des exploités des pays moins développés, issus des pays riches, tolèrent l’assujettissement des ex-colonisés à la religion pour cause de victimisation ou de tradition, on devine que s’ils expriment une envie d’égalité entre enfants d’ex-colonisés et enfants d’ex-colonisateurs elle est plus forte que leur envie de liberté.
Pour certains, on ne peut critiquer l’islam sans être soupçonné d’islamophobie, car la religion islamique fait partie de la culture des victimes de l’Occident, tout comme on ne peut critiquer Israël sans être accusé d’antisémitisme parce que la religion juive appartient à la culture des victimes du nazisme. L’Europe, elle, serait matérialiste, sans spiritualité. Les mots prennent ici un sens particulier qui cherche à discréditer toute critique du capitalisme : dans leur bouche, le matérialisme devient simple frénésie consommatrice et la spiritualité, pure religiosité.
Il est nécessaire aujourd’hui où partout dans le monde le religieux ressurgit avec force de dire clairement que la stratégie réfléchie des prédicateurs vise à détruire l’individu indépendant actif en société, à détruire tous ceux dont la manière de vivre ne correspond pas aux critères qu’ils ont édictés. Il est aussi nécessaire d’affirmer que la politique, dans son acception étroitement partisane, est de même nature que la religion, que toutes deux sont affaires de croyance et que rien ne leur est plus étranger que l’humain, qu’elles reposent sur l’irrationnel et le fanatisme. Enfin, que le terrorisme arrive toujours dans des périodes où le capitalisme se trouve, ou s’imagine, menacé par ses producteurs, les travailleurs.
Emile Henry (1872-1894), un des derniers terroristes anarchistes de la fin du xixe siècle, écrivait : « J’aime tous les hommes dans leur humanité et pour ce qu’ils devraient être, mais je les méprise pour ce qu’ils sont. » (Coup pour coup, éd. Plasma, 1977, p. 184). Il ne me semble pas que les terroristes d’aujourd’hui pensent autrement. Philanthropes religieux, politiques ou autres se posent en amis de l’humanité, mais ils en ont toujours été les plus pernicieux ennemis. Le fanatisme aveugle des vrais croyants les rend beaucoup plus dangereux que des bêtes fauves.
J.-P. V.

 

Posté par spartacus1918 à 19:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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