SPARTACUS

27 avril 2015

Crise financiere novembre 2008.

CDSLa danse du scalp, des CDS

Après Lehman, AIG, Fannie Mae , Freddie Mac, les banques Islandaises à qui le tour ?

Au début du mois de novembre, la patate chaude des CDS ( crédit par défaut) est devenue l' objet de plusieurs réunions au niveau continental et international. La banque centrale européenne a réuni les représentants des banques et associations sur le problème, la commission européenne un groupe de travail spécial CDS. De l' autre coté de l' atlantique, on cherche à maquiller le plus possible « la monstruosité des pertes » avant la réunion du G20 qui se tiendra le 15 novembre.

Le 17 novembre La Tribune titre «  Des chambres de compensation pour limiter les risques c'est bien la seule chose concréte qui est sortie du sommet du G20 » En effet, la Réserve fédérale américaine (Fed), la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) trois institutions clefs  ont décidé de coopérer en vue de lancer, d’ici la fin de l’année, des chambres de compensation privées en charge d’assurer la sécurité des transactions sur le marché des Credit Default Swaps (CDS), en fait pour maintenir un semblant d' architecture financière..

Selon le même journal, « les grandes Bourses, de NYSE Euronext aux grands marché de Chicago, ont proposé de se porter garante de ces opérations en montant une ou plusieurs chambre de compensation » La Tribune du 17 novembre fait remarquer , que les états unis ont purement et simplement doublé les européens, les suspectant de vouloir réguler le G20 « Des pays européens espéraient la création d’une chambre internationale, publique, placée sous le contrôle des gouvernements ou du FMI. Mais les établissements de Wall Street ont milité pour la constitution d’une chambre américaine, indépendante et privée… qui a reçu l’accord de la Fed vendredi ! »

Juste avant le sommet la DTCC, le compensateur américain, publiait la liste des mille plus grosses émissions de CDS ( voir la Tribune du 6 novembre), on y apprenait qu'il ne s' agissait plus d' une valeur de 55 000 milliards de dollars, la baudruche s' étant dégonflée on en serait à 33 557 milliards fin octobre. Si vous chercher une explication on vous dira «  ainsi , si 188,6 milliards de dollars de CDS ont été traités sur la dette de la Turquie, son défaut ne signifiait « que » 7,6 Milliards de dollars de transferts nets entre acheteurs et vendeurs de CDS. Le moins que l' on puisse dire, c'est que les fameux marché de dérivés sont tellement opaques que les montants qui leurs sont attribués sont  de dimension variable, selon l' ISDA  ( International Swaps and Derivatives Association ), le marché des CDS s' éléverait à plus de 50 000 milliard $, soit le triple du montant repris par l' OCC .

Quoi qu'il en soit, la spectaculaire dégringolade de la consommation américaine, va accroître encore toutes les difficultés , les entreprises coincées entre le marteau de la sous consommation et l' enclume du manque de crédit vont sombrer les une après les autres , la déflation frappe à la porte.

Nous venons d' apprendre que Citigroup se prépare à supprimer 53 000 emplois , il en avait déjà éliminé 23 000 entre janvier et septembre, la situation dans ce fleuron bancaire US est si nquiétante, que des analystes demandent son démantèlement rapide avant la catastrophe. Quant au fleuron de l' assurance américaine AIG ,la Réserve fédérale américaine est contrainte d' intervenir , pour la troisième fois,  en injectant 29 milliards de dollars. Jusqu'à présent 150 milliards d’argent public ont été nécessaires pour éviter la banqueroute du groupe .

En Europe,  comme nous l' annoncions, les CDS vont maintenant faire tomber les gros bonnets de la finance, le 18 novembre, Les cours des actions de quatre banques figurant au CAC 40 se sont effondrés. Depuis le 10 septembre 2008 : - 40,50 % pour le Crédit agricole, - 35,89 % pour la BNP Paribas et - 46,16 % pour la Société générale. Quant à Dexia,  l'injection de l'argent public n'a pas empêché la chute de son titre  - 66,24 % depuis le 9 septembre 2008.

Au moment ou je termine cette nouvelle, on apprend que l' Allemagne et le Japon entrent en récession, que l' Equateur est au bord du défaut de paiement, que les faillites aux USA ont augmenté de 34% au mois d' octobre, quant aux prix ils chutent et la presse commence à parler de déflation. A Taiwan, le gouvernement décident de distribuer des bons-d' achat de 100 dollars, pour relancer la consommation.

Gérard Bad le 21/11/2008














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26 avril 2015

Pour qui sonne le glas : vers un nouveau Bretton Woods!!!

le_feu_de_la_guerreLa crise économique, financière , politique et sociale.

( début novembre 2008)

Il n’y a plus de qualificatifs assez fort pour désigner l’ampleur de la crise actuelle, crise vers laquelle convergent rapidement toutes les contradictions du système capitaliste. Cette crise dépasse toutes les prévisions  de  par sa dimension et la rapidité de son expansion.

« Etant  donné la vitesse prodigieuse de la propagation de la crise, explique un proche du FMI, nous devons être très innovants » (La Tribune du 27/10/08)

Les innovations , nous les connaissons, elles éloignent la crise à la manière d'un boomerang, et déjà même à qui n’a pas fait de grandes études en économie, certains chiffres parlent d'eux-mêmes. Patrick Artus, bien placé et surtout bien documenté, évalue les pertes de la richesse mondiale à 34 000 milliards de dollars depuis le début de la crise, en 2007. Ce chiffre représente  tout de même 54 % du PIB mondial et se décompose en 26 000 milliards de pertes sur les actions et 4000 milliards venant de l'immobilier américain et britannique mais aussi d’obligations d'entreprises, des pays dits émergents (en fait dépendants)  et de pertes bancaires.

Quand la locomotive « émergente » se transforme en boulet.

Censés tirer la croissance des pays du centre, les pays dits émergents se sont soudain transformés en un immense boulet, tirant certes l’économie mondiale, mais vers le fond. Tous les pays ayant antérieurement subi des déferlantes de dévalorisation financière sont de nouveau en phase de rechute. L’Argentine est contrainte de nationaliser les système de retraite, et les industriels s'attendent au pire. La Russie, la Corée du Sud, le Mexique reviennent à la case départ. De nouveaux candidats ont émergé, mais pas dans le sens souhaité par le capital international. Alors le FMI est contraint d’intervenir dans l’urgence et met sur la table 209 milliards de dollars qui devraient être répartis entre le Mexique, la Pologne,l’Argentine, l’Islande, la Hongrie, l’Ukraine ,les Etats baltes (tous plus vulnérables aux capitaux étrangers). L’Ukraine vient d’obtenir un prêt de 16,5 milliards de dollars.

Pour qui sonne le glas : vers un nouveau Bretton Woods!!!

Il y a longtemps que la question de l’hégémonie du dollar comme monnaie de réserve est remise en cause sur le papier. Des tentatives pour que dorénavant les échanges internationaux se fassent sur la base d'un panier de monnaie ont été faites  (dollars, yen, euros, yuan) devraient tous être une monnaie de réserve... Là, nous nous trouvons dans ce que Sarkozy appelle « le nouveau capitalisme » : sa refondation, sans les affres de la spéculation...

La situation , laisse au moins une consolation : le terrain est dégagé. Tous les réformateurs du capital vont se regrouper derrière le même étendard en une grande union internationale de sauvetage de la planète capitaliste.  Alors ils se raccrochent  au radeau d’un nouveau Bretton-Woods. Mais que peuvent-ils faire d’autre pour le moment que de chercher au travers de divers sommets comment se répartir les pertes, pour éviter que les canons règlent  ce partage ?

Le spectre de la récession mondiale

Nous pouvons considérer, même si ce n’est pas officiel, que  l’Union européenne et les Etats-Unis sont en récession , que le Japon a déjà un pied dedans et que les pays dits émergents (dépendants) sont sur la même pente. En fait la récession mondiale est pour 2009, et nous allons apprendre maintenant jour après jour que tel ou tel pays entre officiellement dans la récession, comme le Royaume-Uni...

La récession , c’est inévitablement une montée en flèche des faillites et défauts de paiement, dans un premier temps dans les secteurs immédiatement exposés au ralentissement économique, comme les transports, l’immobilier, le bâtiment, la construction automobile, la restauration, l’hôtellerie, la vente par correspondance...

Tout cela venant de nouveau provoquer des « subprimes »   en chaîne, le désastre des uns entraînant le désastre des autres et ainsi de suite. Le dernier en date en France c’est celui de la CAMIF.

Alors les CCI (chambre du commerce et de l’industrie) montent  des « SOS entreprise » pour  qu'elles ne se suicident  pas, et le pape leur dira une messe.

Les assurances entre dans l’arène.

Comme nous l’avions annoncé dans notre précédent texte sur les CDS (credit default swaps), les assurances entrent dans l’arène de la crise. Alors que le bancassureur belgo-néerlandais Fortis est en cours de démantèlement1, c’est   ING, un groupe de bancassurance néerlandais (75 millions de clients dans le monde), qui passe à la caisse des fonds publics et reçoit 10 milliards d’euros ; par ailleurs l’état néerlandais a injecté 3 milliards d’euros  dans les caisses de l’assureur Aegon, en perte de 350 millions d’euros.  Même les mutualistes, les promoteurs de « l'économie sociale » dite non-capitaliste, sont entraînés, dans le tourbillon de la crise, parce que, eux aussi, étaient entrés dans « l’économie de casino ». En Belgique, les pouvoirs publics  sont contraints d’apporter 1,5 milliard d'euros à l'assureur mutualiste Ethias, actionnaire de Dexia, afin de renforcer ses fonds propres. La Matmut, selon le journal La Tribune du 20 octobre 2008, devrait perdre 20 millions d’euros, par le biais de sa filiale de gestion alternative ADI, un dommage collatéral de la faillite de Lehman Brothers.

    1. Si les médias ne savent plus où donner de la tête, tant les annonces confirmant la bonne santé de la crise se succèdent, elles  nous livrent des têtes et pas toujours celles de dirigeants : « Après l’affaire Kerviel » ,Daniel Bouton est toujours là.

Opération tiroir caisse

En Allemagne le tiroir-caisse fonctionne à merveille : le gouvernement d’Angela Merkel va gaver les banques à la hauteur de 10 milliards d’euros par banque en crise. La banque régionale allemande Bayern LB passera au guichet, WestLB y réfléchit.

Aux Etats-Unis, ont se dispute les cadavres : Wells Fargo et Citigroup s’étripent au sujet de la reprise de Wachovia en perte de 24 Mds de dollars, pendant que la FED joue les Ponce Pilate. La banque régionale américaine Freedom Bank a été fermée  par les autorités de tutelle, devenant le 17ème établissement bancaire à faire faillite depuis le début de l’année

En Belgique le « plat pays » est à plat : en un mois les trois première banques belges ont été retournées comme des crêpes, et nous venons d’apprendre que c’est maintenant KBC , le fleuron flamand de l’Etat belge, qui passe à la caisse publique pour 3,5 milliards d’euros.

En France, après l’affaire des Caisses d’épargne où l’Ecureuil est monté sur le podium des pertes financière à la française 700 millions d’euros (dernier chiffre), on  ne soutient plus que la banque doit être mortelle, ou qu'il faut privatiser les privatisations. On a une solution plus simple : l’injection généralisée aux frais du peuple de milliards d’euros. Pas moins de 10,5 milliards d’euros  seront distribués par « le restaurant du beurre et de l’argent du beurre » aux banques privées françaises2.

Mais dans l’arrière-cour de l’Etat, on se prépare à faire payer ceux qui le peuvent encore. Alors l’Etat commence à piocher dans les caisses de l’épargne salariale et de l’épargne retraite, malgré la réprobations des gestionnaires. Selon La Tribune du 22 octobre 2008, la CRDS, cette contribution du peuple à la dette de l’Etat, pourrait augmenter : son taux de passerait de 0,5 % à 0,69 % des revenus.

Les effets de la crise financière commencent à toucher l’économie : La Redoute, la Camif, l’industrie automobile mondiale… La dégringolade vertigineuse du fret maritime  de 90% est un indicateur bien réel de l’état du commerce mondial. Mais il n’y a pas que le maritime qui est en crise c’est toute l’industrie du transport(mer, route rail..). Aux Etats-Unis les ports enregistrent une baisse de 7,2% des biens importés depuis le début de l’année.

La déroute des hedge funds, la catastrophe est imminente.

Durant les années 2002-2006, quand l’on croyait au miracle de l’économie de marché, les gouvernements étaient en extase devant la dispersion / mutualisation des risques. Tous fermaient les yeux sur un possible retournement, celui d'un défaut de paiement de nombreux emprunteurs, dont les hedges fonds devaient assumer les créances vis à vis des banques. Et bien nous y voici, la catastrophe est maintenant imminente. Forcés de par la conjoncture de rendre leur argent à ceux qui le leur avaient fait confiance, les hedges fonds se mettent à vendre leurs actifs au moindre frémissement à la hausse de la bourse, ce qui provoque cet effet de yoyo actuel. La panique est d’autant plus grande que les grandes banques savent  que près de 30% des fonds vont faire faillite. Le sinistre est énorme et il n’y a plus d’« assureur » pour honorer leurs contrats.

C'est là que va commencer l’effet de dominos : le risque crédit baignant dans tout le système va contaminer des grandes banques internationales et européennes truffées de dérivés de crédit. A partir de là le chant du cygne de la finance entraînera le monde dans une récession profonde, dont on ne peut pour le moment qu’entrevoir la dévastation : poussée du chômage avec  20 millions de demandeurs d’emploi supplémentaires selon les prévisions du Bureau International du Travail (BIT), et un effondrement de la consommation.

Gérard Bad 4 11 2008

1 Il va être en partie nationalisé par les autorités néerlandaises et en partie vendu à la banque française BNP Paribas.

2 Le Crédit Agricole recevra 3 milliards d'euros, BNP Paribas 2,55 milliards d'euros, Société Générale 1,7 milliard, Credit Mutuel 1,2 milliard, Caisse d'Epargne 1,1 milliard et Banque Populaire 950 millions,

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25 avril 2015

Crise financière octobre 2008

Les états interviennent, pour socialiser les pertes des banquiers 

 

1929_euro"La dette publique, en d'autres termes l'aliénation de l’état qu'il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l'ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c'est leur dette publique." 

(K. Marx T. 1 p. 721 du Capital éd. Moscou)

 

Tant qu'il s' agissait de l' intervention des banques centrales, la crise financière apparaissait comme une affaire de famille du système financier international. En effet il ne faut pas confondre l' intervention de l' état et celle des banques centrales,  La première se fait effectivement avec l' argent public, mais la seconde n' est pas un subvention au frais du contribuable. Les injections de liquidités des banques centrales doivent être remboursées à l' échéance de 1 à 38 jours pour les opérations de la Banque Centrale Européenne. Ses liquidités portent un taux d' intérêt, il était de 3% en moyenne mais il a atteint 11%.

Des lors que l' état intervient ce n' est déjà plus une affaire de famille, pour la bonne et simple raison que c' est le peuple contribuable qui va devoir en payer l' addition par le truchement de la dette publique. Pour les américains les 700 milliards de dollars, du plan Paulson  devant servir à « nettoyer » les bilans des banques; va plutôt siphonner  l' épargne du peuple américain. Selon la presse les 700 Mds de dollars représentent la somme de 2300 dollars,pour chaque citoyen américain.

La nationalisation des pertes est maintenant à l' ordre du jour des grands argentiers de la planète. Nous les voyons tous s' agiter dans leurs contradictions tant idéologiques qu' économiques.

Les chantres du libéralisme, et les partisans de « l' école de la régulation » dont les représentants principaux sont Michel Aglietta et Robert Boyer. se retrouvent enfin sur le même terrain ( le sauvetage du capital).Les uns devant recourir à l' état pour sauver la représentation de l' argent. D' autres1 en appellent à l' état pour mater les dérives de la « financiarisation ». Et ne cessent de nous répéter que le pouvoir politique ne contrôle plus le pouvoir économique. L' état selon eux ne remplirait plus son rôle de défenseur de l' intérêt général en face des intérêts particuliers.

Tous veulent que l' état  sorte son artillerie lourde contre  les spéculateurs, pour, comme le disait Keynes « euthanasier le rentier »...Le discours à été entendu par Sarkozy , toujours prêt à enfourcher n'importe quel bourrin pour se tirer d' affaire. Hier il était à fond pour le « laisser faire » aujourd' hui il se déclare punir et encore punir les méchants spéculateurs, et prêt à défendre, avec ses compagnons de routes l' idée  d'un nouveau Bretton woods...A chaque coup de torchon les gouvernants s'élèvent indignés et réclament toujours plus de « transparence » tant ils se trouvent dans le brouillard et marchent à vue.

Mais la réalité est toute autre, et la recomposition du paysage bancaire mondial, passe déjà par l'  explosion des dettes publiques , que l'on avait jurer de combattre la veille. Pour la France la dette publique, celle que l' état fait pour « notre bien à tous », s'élève actuellement à 63,7% du PiB soit la somme de 19 000 euros par français.

Au moment ou je termine ces lignes,  L’Union européenne vient de donner son feu vert pour la nationalisation partielle de Fortis . Après Northern Rock, la banque britannique Bradford and Bingley va être nationalisée2, et il est question  ce mercredi 8 octobre 2008 que le système bancaire britannique soit partiellement nationalisé. Aux USA l' état est intervenu pour Bear Stearns (30 Mds de $), pour AIG (80Mds de $) pour Freddie mac et Fannie Mae (200 Mds $) et pour les banques régionales. En Allemagne l' état se veut garant à la hauteur de 600 millions d' euros pour IKB, et pour 24 Mds d' euros pour HRE. Le Benelux nationalise Dexia et Fortix, quant à l' Islande3 elle nationalise Landsbanki, Glitnir,  comme elle se trouve dans une situation proche de celle de l' Argentine en 2002, elle vient de demander un prêt d' urgence à la Russie, elle même en difficulté. C 'est finalement la banque  centrale suédoise qui interviendra avec un prêt d' urgence de  (513 millions d' euros). ( sources agefi)

Quand elles ne sont pas secourues par l' état, les banques qui montrent des signes de faiblesse, sont achetées par d' autres, exemple:Au Danemark, la banque Roskilde Bank est rachetée par trois instituts financiers et Bonus Bank par Vestjysk Bank qui fusionne avec un autre institut régional. En Grande Bretagne  HBOS, qui va être achetée par sa rivale Lloyds TSB..  La banque allemande Hypo Real Estate (HRE) a décroché in extremis une ligne de crédit de «plusieurs milliards d’euros» auprès d’un consortium de banques allemandes qui lui permet d’éviter la faillite.

Hier mercredi 8 octobre, les banques centrales ont annoncé, qu' elles allaient, en coeur, baisser leur taux d' intérêt. Le principal taux d'intérêt américain est ainsi ramené à 1,5%, celui de la BCE à 3,75%. En Grande-Bretagne il ressort à 4,5% et en Suède à 4,25%. Tous pensent que cette annonce devrait permettre de stabiliser la situation, mais la petite éclaircie ne parviendra pas à cacher les sombres nuages qui viennent d' Asie. La Bourse de Tokyo vient de chuter de 9% ( sa plus importante chute depuis octobre 1987), quant aux bourse asiatiques elles dégringoles de jour en jour et l' Indonésie  a suspendue ses transactions.

Gérard Bad- le 9 octobre 2008

 




 

1Comme l' association Attac

2 c’est la quatrième institution qui se retrouve a quémander l' aide de l' état

3Son système financier représente 8 à 9 fois le PIBdu pays.

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20 avril 2015

Les méthodes d’encadrement idéologique et productiviste du monde du travail

 

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Ce texte est paru dans {Echanges} n° 113 (été 2005), p. 24.

 Parallèlement aux provocations, à la répression directe, patronat et pouvoir recherchent en permanence de nouvelles méthodes d’exploitation qui toutes pour l’essentiel relèvent de la vieille idée de l’association capital-travail. Ces méthodes sont de plus en plus pernicieuses, et d’autant plus dangereuses qu’elles sont moins perceptibles. Nous allons essayer d’en montrer quelques aspects.

Des cabinets comme la Cegos, des consultants, des spécialistes en management, des audits, des experts comptables, des psychologues, des médecins, des sociologues, des syndicalistes... se chargent en permanence de trouver des recettes pour lubrifier les rouages de la paix sociale. Prenons par exemple Hyacinthe Dubreuil (1) qui a le mérite d’avoir été ouvrier, syndicaliste, et sociologue. Nous pouvons dire sans trop nous tromper que les études de Hyacinthe Dubreuil ont inspiré tous les réformateurs de l’organisation des entreprises, et même qu’il sert encore de référence. Voici ce qu’il dit :

« Dans tous les cas, et pour rester sur le simple plan du problème social qui se pose à l’occasion de l’organisation du travail, cette analyse nous conduit vers la nécessité de fournir simultanément à l’ouvrier et selon des dispositions organiques concevables, les moyens d’accomplir son existence sur les trois plans, économique, intellectuel et moral. Sans la satisfaction simultanée, répétons-le, des trois catégories de besoins que nous avons reconnus dans ces trois directions, il sera toujours vain d’espérer atteindre à la "paix sociale" (2). »

Homme de la base, Dubreuil est celui qui a le mieux cerné comment effectivement enrayer la lutte de classe. C’est lui qui va prôner la décentralisation des grandes entreprises, afin que dans l’entreprise disparaisse le sentiment de subordination ; la juxtaposition des cellules autonomes comme base d’une nouvelle organisation du travail ; et même une rémunération du groupe de travail distincte de celle de chacun de ses membres, qu’il entrevoit comme la fin du salariat.

Même si la bourgeoisie ne va pas appliquer toute la doctrine du travail de Dubreuil, elle va amplement s’en inspirer.

D’abord, il y a cette idée clé chez Dubreuil selon laquelle il faut agir sur la spiritualité et l’affectivité des travailleurs. Il veut émanciper la classe ouvrière dans le cadre même de son exploitation par libération mentale, il ne faut plus que l’ouvrier soit animé d’un sentiment de subordination et de frustration. A noter qu’Alfred Rosenberg, l’idéologue du nazisme (3), voulait lui aussi émanciper la classe ouvrière par libération/restriction mentale comme en témoigne le philosophe Georges Politzer :

« L’émancipation des travailleurs en Allemagne national-socialiste, est l’œuvre "spirituelle" des capitalistes eux-mêmes. Ils réalisent cette émancipation en accordant aux travailleurs leur "considération intérieure", leur "innere Achtung". "Le national-socialisme a supprimé le capitalisme, par restriction mentale". "Toute la question sociale est du domaine de la « vie intérieure »." Il en est de l’exploitation comme de la vieillesse : on est exploité quand on se sent exploité ; on est inférieur quand on se sent inférieur ; on est égal quand on se sent égal. Il ne faut donc pas supprimer l’exploitation, mais la conscience de l’exploitation... »
(Georges Politzer, La Philosophie et les Mythes, éd. Sociales, p. 299-300)
Cette démarche idéologique n’est pas spécifique au régime nazi, mais au capitalisme en général, et elle est toujours présente comme nous le verrons plus loin.

Taylor salaud le peuple aura ta peau (4)

Le monde du travail connaît bien la « participation » et l’« intéressement » de même que la distribution d’actions comme formules je dirais grossières d’intégration, qui dans la pratique n’ont pas eu les effets de paix sociale attendus.

L’introduction du taylorisme première génération va radicaliser les luttes des OS (ouvriers spécialisés) contre les « cadences infernales ». Le turn-over, l’absentéisme croissant, les grèves thromboses, le sabotage, ainsi qu’un rejet du travail feront prendre conscience à la bourgeoisie que l’OST (Organisation scientifique du travail)Le développement de l’OST en France a ses limites.
Cette situation, doublée de l’explosion de Mai 68, va engendrer une remise en cause du taylorisme première génération. Dès les années 1970, les premières tentatives anti-Taylor se font sous des appellations diverses : formation de groupe autonomes, fin du travail à la chaîne, contrat de progrès, direction par objectif... Les premières expériences semblent concluantes.
« Grâce à une certaine "auto-organisation" et à des stocks intermédiaires ou "tampons", chaque travailleur gère son temps de travail en fonction de son rythme naturel. » « Deux conséquences apparaissent déjà : d’une part le travail de chaque OS se trouve "élargi" au niveau des responsabilités, d’autre part la productivité est meilleure » (Entreprise du 13 juillet 1973).

L’expérience est satisfaisante, puisque à l’époque 30 % des 5 000 trains avant et arrière de voitures sorties de l’usine Renault du Mans seront fabriqués selon les nouvelles méthodes. La nouvelle usine de Douai suivra tandis qu’à Sandouville des recherches sur l’automation étaient effectuées. Au début des années 1980, l’usine de Cléon inaugure une chaîne de montage new-look où l’assemblage des moteurs se fait sur des chariots guidés au sol. L’ensemble circule sur des boucles et chaque salarié participe au montage de plusieurs organes.

Pendant de cette nouvelle organisation des postes de travail, se mettent en place dès 1983, les « conseils d’ateliers », chers au ministre PS Auroux ; caricature d’intégration visant à rapprocher encadrement et salariés autour d’objectifs communs mais dont Renault abandonnera vite l’idée. Dans le même temps, reprenant les travaux du sociologue Elton Mayo (1880-1949) d’avant-guerre et ceux déjà cités de Dubreuil qui considéraient que « l’homme au travail n’est pas un être rationnel uniquement motivé par la perspective de gain que décrivaient les tayloristes. L’homme au travail est au contraire un être passionnel et ses réactions peuvent être tout à fait illogiques. Que l’atmosphère soit bonne dans un atelier et le rendement augmente en flèche. Qu’un ou plusieurs leaders provoquent des mouvements de mauvaise humeur et les courbes de productivité s’écroulent. »

De nouveaux prophètes de la productivité, comme Frederick Herzberg, vont prôner le job enrichment, ou enrichissement des tâches, ainsi que la polyvalence. Le but est d’« enrichir le travail » de façon à ce que le travailleur fasse une œuvre « personnalisée », qui lui amènera la « considération » tout en lui donnant des responsabilités et un « pouvoir d’autocontrôle » afin d’éviter toutes les frustrations génératrices de conflits sociaux. Ces méthodes ne briseront pas les « chaînes » elles vont les rendre moins monotones. La nouvelle organisation du travail qui veut briser le taylorisme, va devoir se coupler d’un système de contrôle adapté au groupe autonome de production.

L’introduction de la Direction par objectif (DPO)

Au cours des années 1970, sur la base d’une critique du taylorisme Echec du taylorisme ? et de son autoritarisme, la bourgeoisie, après quelques expériences menées en 1954 puis dans les années 1960, va déployer une nouvelle méthode de conditionnement du monde du travail par la mise en place de la DPO (Direction participative par objectif). Ce produit made in USA sera lancé en France par Octave Gélinier (de la Cegos) avec son texte La DPO (1968).

Directement inspirée des études de Hyacinthe Dubreuil, la DPO veut décentraliser les pouvoirs dans l’entreprise et la découper en centre de profit, comme reprise modernisée de la commandite de travail chère à Dubreuil. La DPO veut que dorénavant, « les collaborateurs » se fixent des objectifs à atteindre et que le contrat de travail ne repose plus sur une obligation de moyen mais sur une obligation de résultat.

Avec la DPO vont commencer les sondages d’opinion des salariés sur l’entreprise. Ainsi l’entreprise Bergerat-Monnayeur, après un projet pilote, compte savoir si elle peut pratiquer l’extension de la DPO à l’ensemble de l’entreprise. La conclusion de l’enquête sera que l’entreprise n’utilise qu’une faible partie de son potentiel humain (comme par hasard) et que cette mauvaise exploitation du personnel humain tient au fait que le travailleur ne s’identifie pas assez à l’entreprise, qu’il ne raisonne pas en terme de profit, que les mauvais rapports entre les cadres et leurs subordonnés ne favorisent pas l’action de la direction qui est de faire du travailleur un « collaborateur ». La DPO donc va s’en prendre au départ à l’encadrement jugé trop autoritaire. Celui-ci devra passer par un redressement idéologique et comportemental qui sera payant, puisque en novembre 1968 un groupe d’ouvriers demande à la direction technique de l’entreprise qu’on lui fixe des standards de performance. On lui répondra qu’on ne lui fixera pas ses standards mais qu’on les négociera avec lui. Le travailleur, de subordonné devient « adulte » - au sens de l’analyse transactionelle (5) - et se déclare prêt à participer à sa propre exploitation. En faisant croire au salarié qu’il peut traiter d’égal à égal avec son employeur, les idéologues de l’entreprise pensent ainsi « rendre au travailleur sa dignité au travail ». Là encore la bourgeoisie et tous ses sbires des entreprises de communication et autres vont échouer.

La mise en place de la réforme Sudreau

L’entreprise dans le coup se doit de déclarer la guerre à un passé révolu. Fini le despotisme patronal et le taylorisme ! A bas les petits chefs ! Il n’y a plus de chefs du personnel ni de contremaîtres, mais des responsables gestionnaires de la ressource humaine, et des animateurs d’atelier. Le balayeur devient un technicien de surface. Le tout emballé dans le paquet cadeau de la réforme Sudreau (6).

Quant aux syndicats, ils prendront le relais en insérant dans leurs programmes l’instauration de conseils d’atelier et de bureau et l’autogestion, relayés par les lois Auroux après 1981. Tout cela, sous le slogan de « revalorisation du travail manuel ». Le résultat ne fut pas à la hauteur de ce que l’Etat attendait d’une telle mobilisation. Si l’implantation de la DPO fut un échec global, du fait que Mai 68 avait fait émerger une certaine conscience de classe, il n’en reste pas moins que quand la vigilance du monde du travail va s’assoupir, que de nouveaux embauchés formatés à l’idéologie d’entreprise vont arriver sur le marché du travail, les principes fondamentaux de la DPO seront remis au goût du jour ; les salariés auront droit (en fait seront soumis) à un ou des entretiens annuels. Ils seront notés en accord avec l’encadrement et devront se fixer des objectifs. L’obligation de moyen devient une obligation de résultat qui va d’abord figurer avec la mobilité géographique dans les nouveaux contrats de travail, puis à la faveur de la révision/liquidation des conventions collectives dans les conventions elles-mêmes. Quant à la fin des chaînes, mise en spectacle par l’expérience de Volvo à Kalmar (Volvo crée en 1974 dans cette ville de Suède une usine entièrement nouvelle, qui devait fermer en 1994), elle préfigurait l’arrivée massive des robots et la disparition des OS (7). Cependant, après une brève parenthèse d’humanisation du travail plus médiatique que réelle, elle laisse place à un taylorisme nouvelle génération.

« Ce que Taylor et Ford n’étaient finalement parvenus à faire que dans un petit secteur de l’activité économique (les ateliers de fabrication de l’industrie en série), s’impose partout. Le taylorisme est maintenant en train de devenir le mode de travail dominant dans la totalité des activités économiques. La nouvelle organisation du travail, c’est le taylorisme. Si le travail à la chaîne continue de progresser, il ne concerne en France qu’autour de 5 % des salariés, là n’est pas la nouveauté du taylorisme (même si la chaîne n’est plus celle des années 1960). La nouveauté réside dans son extension et dans l’application de ses principes autrement que par la forme de la chaîne : contrainte de qualité et de délai, travail sous cadence imposée (presse à injecter le plastique ou bac à frites dans un fast-food), travail répétitif (+50 % dans les années 1980, selon les déclarations des salariés dans une enquête du ministère du travail), rythme de travail imposé par la dépendance d’un collègue, extension du champ des normes dans l’entreprise, demande des clients... Devenue contre-productive à la fin des années 1960, la taylorisation des tâches a retrouvé (et bien au-delà) sa dynamique après la crise des années 1970. Le travail n’a pas été "humanisé", la discipline est celle de nouvelles formes de rémunérations, de primes et de sanctions, de nouveaux critère de promotion, elle est celle du système des "flux", de la "qualité", du "groupe", de la polyvalence, elle est celle de la crainte du chômage. » (Théorie communiste n°19, juin 2004, p. 36-37 : « Prolétariat et capital : une trop brève idylle ? ».)

En effet il est dorénavant possible d’étendre les principes de productivité de Taylor à d’autres branches d’activités. Les économistes parlent des services industrialisables :

« Il s’agit des activités susceptibles de connaître la rationalisation et la mécanisation des tâches caractéristiques de l’industrie. Elles auront donc une intensité capitalistique croissante et pourront être organisées en unités de grandes dimensions permettant la division du travail. Le caractère répétitif de la production facilitera l’industrialisation du travail. On peut classer dans cette première catégorie la grande distribution, la poste, les télécommunications, les banques et les assurances, ainsi que certains services aux entreprises. » (Pascal Combemale et Arnaud Parienty, La Productivité, éd. Nathan, collection « Circa », 1994, p. 149.)

Partout, de l’enseignement aux hôpitaux, le capital cherche à imposer des normes de productivité et de contrôle. Les plates-formes téléphoniques en sont une illustration.
Plus le personnel des entreprises sera soumis à l’informatisation et à la robotique, plus ses initiatives personnelles seront réduites et plus ses connaissances se réduiront à n’être qu’un appendice de la nouvelle division du travail. Cet accroissement de la division entre travail manuel et intellectuel que Marx en son temps avait analysé comme une tendance du capitalisme va prendre une dimension planétaire. Il apparaît de plus en plus que la haute technologie sera l’apanage des élites de la triade et que le travail de saisie, d’assemblage, de transport... sera l’activité résiduelle des pays ou zone à faible coût (salaires et charges).

Illustration récente : « Schneider, entreprise d’équipements électriques, vient d’annoncer la délocalisation de ses activités en République tchèque et en Chine. De ce fait, cinq sites français seront fermés d’ici 2006 : Saint-Appolinaire, près de Dijon, une usine à Angoulême, une à Grenoble ; en Normandie, les sites d’Evreux et de Beau-le-Roger seront restructurés et celui de Pacy-sur-Eure fermé. "La direction veut délocaliser toutes les activités d’assemblage simple de pièces ou de matériel pour ne conserver en France que l’assemblage d’automatisme à forte valeur ajoutée", estime Maurice Carrobourg, délégué syndical central. » (La Tribune du 6 juin 2005.)

Quand, en 1986, le ministre des affaires sociale et de l’emploi déclare vouloir « faire de chaque Français un militant de l’entreprise », il ne s’agit plus de « revaloriser le travail manuel » pour étouffer les conflits latents. Il indique une volonté d’intégration sans réserve à l’entreprise que chaque travailleur doit épouser et chérir avec passion.

L’arrière-plan économique
du capital dans les modèles productifs

Rapidement, dès le début des années 1990, s’impose la notion du « client » autour de laquelle vont s’articuler tous les dérivés du taylorisme nouvelle génération. Le secteur automobile développe le concept à l’échelle de masse : « Le service au client peut en effet apparaître dans bien des cas comme la forme euphémisée qu’a pris dans cette période le rapport d’exploitation en faisant apparaître le management comme presque transparent dans une vie économique des salariés dévolue à la satisfaction de ceux sans lesquels ils disparaitraient : les clients » (8).

Petit à petit mais de manière radicale, la ligne hiérarchique se simplifie : les contremaîtres disparaissent et sont remplacés par des chefs d’unité voire des « team leaders » recrutés y compris parmi les P3, dont les directions comprennent le rôle idéologique pour la mise en place auprès de la base ouvrière des « groupes de résolutions de problèmes « et autres « idées concrètes de progrès ». Les grands groupes automobiles américains comme Ford ou GM, implantés au Japon pour y développer après 1945 cette industrie, reprennent leurs vieux concepts de qualité, développés dans les années 1940 dans l’industrie de l’armement aux Etats-Unis, pour y redessiner les nouveaux contours du taylorisme baptisés dorénavant modèles productifs tels que le Toyotisme ou le modèle de Honda (9).

Mais la paupérisation de la classe productive ainsi que celle des Etats posent aussi le problème de la seule satisfaction des besoins de la clientèle solvable - abusivement appelée « classes moyennes » (qui ne masquent souvent le début de leur descente sociale vers les couches prolétarisées que par un recours intensif au crédit bon marché). Une clientèle réduite pour l’essentiel à la seule couche parasitaire, grands actionnaires et rentiers de Wall Steet ou du CAC 40, les élites mondialisées dont les revenus sont garantis et en progression à deux chiffres chaque année. Les marchés rentables dans les pays de naissance du capitalisme sont entre les mains de clients riches et fortunés mais qui deviennent, pour les capitalistes, de plus en plus exigeants et difficiles à fidéliser parce que versatiles et sensibles à toutes les modes comme on le voit à travers l’explosion des budgets publicitaires. A tel point que, devant les actuels modèles productifs tournés essentiellement vers les besoins des élites, certains chercheurs remettent en cause l’incapacité des industriels à redéployer leurs stratégies en direction des clientèles depuis longtemps délaissées (Bernard Jullien, op. cit.). Ceci implique une recherche permanente pour adapter les nouvelles formes productives et d’organisation du travail à un marché instable dominée par une clientèle restreinte socialement mais aux revenus illimités. Cela conduit ces mêmes pays à se réorienter vers la seule production haut de gamme à forte valeur ajoutée en renvoyant vers les nouveaux marchés émergents comme l’Europe de l’Est, la Chine ou l’Inde, les productions de masse. Il ne faut pas perdre de vue que le taylorisme de la première génération reposait sur le principe d’une production à grande échelle de produits souvent standardisés, à bas prix et de piètre qualité.

Il s’agit aussi, parallèlement à l’émergence de ces nouveaux marchés en Asie ou à l’Est et à l’intégration rapide de ces pays au système dominant mondial, de la mise en place des modèles productifs tayloriens reposant sur une main-d’œuvre jeune, nombreuse et à faible coût. Mais on ne pourra pas se contenter d’un simple copier-collé en reprenant le modèle de Taylor tel que Ford l’a développé au début du xxe siècle. L’automobile peut dans un premier temps se passer de robots et d’installations trop sophistiquées mais demandant une longue mise au point, pour se replier, tel Renault avec sa Logan roumaine, sur une main-d’œuvre nombreuse et peu payée [sur le changement technique au tournant des années 1980,voir pages 30-31]. Déjà, les autorités chinoises exigent pour leurs constructeurs locaux en joint-ventures (filiales dont les capitaux sont partagés à 50/50) avec leurs partenaires occidentaux, un transfert à terme de leur haute technologie, vitrine prestigieuse pour la tyrannie post-maoïste mais qui à son tour induira la mise en place de systèmes d’exploitation plus sophistiqués, plus huilés reposant le problème de l’ouverture démocratique de la Chine comme prix à payer.

Les sectes managériales
Si, auparavant, les règlements intérieurs des entreprises visaient à normaliser les comportements au travail par toute une série d’interdictions et de sanctions qui n’avaient rien à envier à la discipline des prisons, au cours des années ils allaient évoluer jusqu’à devenir paternalistes. Il y avait toujours le volet disciplinaire et les sanctions, mais aussi figuraient certains avantages maison. Depuis la société des droits de l’homme a voulu standardiser les règlements et les soumettre à des normes nouvelles par la loi, des chartes et projets devant édicter les comportements (par exemple la loi contre le tabagisme).

Le management actuel veut adjoindre aux contraintes disciplinaires externes des méthodes et techniques visant à intérioriser les contraintes et normes d’identification à l’entreprise. Il veut que chaque salarié fasse fonctionner le « flic qu’il a dans la tête » pour en quelque sorte participer a sa propre exploitation, comme le voulait déjà la DPO. Ceci afin d’éviter de revenir aux sanctions et brimades pouvant affecter le bon climat de l’entreprise, les nouveaux outils d’évaluation et de contrôle devant suffire à transformer le salarié en « collaborateur ».
Tout comme leurs prédécesseurs « autoritaires », les managers actuels veulent impliquer totalement et même plus les salariés à l’idéologie de l’entreprise, au parti de l’entreprise. Ils ont cela en commun avec les partis politiques.

Seulement ils sont plus malins, ils ne s’opposent plus de manière frontale aux salariés et à leurs manifestations spontanées, à cette part de l’existence qui ne se laisse pas réduire même dans les moments les plus ténébreux. Comme dans les sports de combat, ils entendent se servir de la force de l’adversaire pour la retourner contre lui, et la canaliser à des fins productives. Aussi vont-ils tenter de s’approprier les événements internes qui ponctuent la vie au travail pour en faire leur terrain de jeu en faveur de l’idéologie d’entreprise.

Il ne faut plus s’opposer aux « pots » qu’organisent les salariés pour un anniversaire, une naissance, un départ... mais s’y introduire pour éviter qu’ils deviennent, une occasion de critiquer l’entreprise et ses dirigeants. Il faut que de l’intérieur le manager recadre les débats en positif dans l’esprit du discours annuel du président.

Cette « culture d’appartenance » fait désormais partie intégrante de la formation interne des entreprises, on pourrait même penser que c’est sa principale fonction, et les méthodes employées par les spécialistes du management culturel sont les mêmes que celles émises par Taylor consistant dans « le rassemblement délibéré par ceux qui font partie de la direction de la grande masse des connaissances traditionnelles qui, dans le passé, se trouvait dans la tête des ouvriers qui s’extériorisait par l’habileté physique qu’ils avaient acquise par des années d’expérience (10). »

Que peut donc signifier aujourd’hui la mise en avant par l’Union européenne de l’économie de la connaissance ?

Si la connaissance, la technicité... font partie de l’économie en général, il n’y a pas une catégorie spécifique et indépendante qui serait « l’économie de la connaissance », car nous pourrions dans ce cas objecter qu’il y a une économie de la méconnaissance (le nombre d’enfants ne sachant ni lire ni écrire en France). L’économie de la connaissance semble être le problème du management et des évolutions rapides de la logistique des entreprises ou il faut en permanence s’adapter ce qui suppose certaines compétences. La formation tout au long de la vie (nous l’avons vu dans le n° 109 d’Echanges) est plus une condition à « l’employabilité » c’est-à-dire une mesure qui vise à se débarrasser en douceur des forces de travail ne pouvant plus être utiles (11), qu’une réelle formation impliquant une promotion et une meilleure rémunération.

En fait l’économie de la connaissance, s’adresse aux élites de la société, à ceux qui font partie du « cœur de compétence », comme le disent les managers. Le problème majeur qui se pose aux entreprises, c’est le babélisme. Les « élites » et les « collaborateurs de base » ne se comprennent pas et le phénomène est accentué par l’individualisation prescrite par l’Etat et relayée par les managers. En effet, le système ne produit plus de cadre venant des rangs, ils arrivent directement des grandes écoles et ne savent rien de l’entreprise réelle. Pour pallier cette situation les entreprises mettent en place le management par projet.

« Citons enfin le management par projet, mode désormais dominant dans les activités de conception et dont l’enjeu est de permettre à une équipe dédiée de fonctionner selon des règles propres. L’autonomie de l’équipe-projet par rapport au reste de l’entreprise permet en fait d’adapter son fonctionnement aux exigences d’un travail à haute intensité intellectuelle - qu’il s’agisse d’élaborer un nouveau produit ou un simple processus - quand le reste de l’entreprise continue de fonctionner "normalement". » (« L’évolution du management dans l’économie de la connaissance », Humanisme et entreprise, n° 2-13, 2003)

Cependant, si le management par projet décloisonne, sur un projet type les séparations il ne le fait le plus souvent qu’au niveau des élites. La division entre travail de conception et travail d’exécution reste entière et le fossé entre les deux pôles ne fait que s’accentuer. Il faut donc que le système trouve d’autres moyens pour communiquer avec sa base productive. Le système du tutorat et les pratiques du coaching se veulent une réponse positive et individuelle d’accompagnement. Elles sont comme le temps elles passent, et finalement tout redevient comme avant ou presque. Alors, des années après ce que Hyacinthe Dubreuil avait déjà perçu, on redécouvre « l’apprentissage d’équipe » parce que « les capacités individuelles d’élaboration ou d’assimilation de la connaissance dépendent fortement des capacités de partage collectif au sein des équipes. Pour le dire autrement, il existe une dimension collective du savoir en entreprise, encore mal comprise des observateurs, mais qui détermine l’efficacité de chacun. » (Humanisme et entreprise n°2-13.)

Encore faudrait-il que des cabinets d’audit viennent prendre régulièrement la température des entreprises malades en communication, viennent nous expliquer « Comment gérer les salariés peu performants ? (12) » où le collaborateur le moins performant est étiqueté du sigle CMP et défini par les dirigeants d’entreprises comme un animal de zoo.

« Selon eux, les CMP sont généralement moins motivés (faisant rarement plus que "le strict nécessaire" ; moins autonomes ("il faut penser à leur place") ; sur la défensive ("il faut leur arracher les informations") ; peu proactif (n’anticipant pas les problèmes et se laissant submerger) ; peu innovant (proposant moins d’idées et rétifs au changement) ; plus bornés (manquant souvent de vision et de recul) ; ils sont aussi souvent de piètres leaders (ayant du mal à impliquer leurs propres subordonnés ou à participer à leur développement). »
En conclusion, par ce texte trop court vu l’importance du sujet, j’ai voulu attirer l’attention sur les nouvelles méthodes d’exploitation et l’idéologie managériale en ce début du xxie siècle.

G. Bad  juin 2005

NOTES

(1) Hyacinthe Dubreuil est nommé en 1912 secrétaire de l’Union des ouvriers mécaniciens de la Seine. En 1930 il est membre du Comité national de l’organisation française (CNOF) et de 1930 à 1938 il siégera au Bureau international du travail.

(2) Les Trois Bases de la vie, clé de toute organisation sociale, Hyacinthe Dubreuil, 1951.

[3] Alfred Rosenberg a rejoint le parti nazi (fondé à Munich en 1920) peu de temps après Hitler. En raison de son habileté à rédiger des textes de propagandes, il est nommé éditeur du Völkischer Beobachter, le journal du parti nazi, en 1921. Rosenberg a écrit sur et a participé à l’élaboration de virtuellement tous les aspects du programme national-socialiste.

(4) Début 1973, le CNPF prend la tête d’une vaste offensive pour la « revalorisation du travail manuel » et annonce la fin du misérable système de Taylor dans la presse, sous le titre « Taylor salaud le peuple aura ta peau », mot d’ordre du groupe maoïste La Cause du peuple à l’égard du ministre Pleven.

(5) A la mode dans les années 1990, l’analyse transactionnelle concernait « les trois états du moi » : enfant, parent, adulte une réplique du père du fils et du saint esprit. Pour en savoir plus voir le livre de Jean-Pierre Le Goff, Le Mythe de l’entreprise, aux éditions La Découverte.

(6) Le 17 juillet 1974 M. Giscard président de la république française mettait en place un comité d’étude pour la réforme de l’entreprise, animé par Sudreau, qui publia mi-1975 ses conclusions.

(7) En juillet 1973, Renault commence ses premières expériences pour « briser la chaîne » au Mans où, deux ans auparavant, les OS avaient paralysé toute l’entreprise par une « grève thrombose ». Des groupes de travail de 2 ou 3 ouvriers réalisent un ensemble de 140 opérations qui aboutit à un train avant complet de véhicule.

(8) Bernard Jullien, « Comment penser la variété du capitalisme et la diversité des modèles productifs ? ». 12e Rencontre internationale du Gerpisa, juin 2004.

(9) Robert Boyer, Michel Freyssenet, Les Modèles productifs, éd. La Découverte, 2000.

(10) Frederik Winslow Taylor, La Direction scientifique des entreprises, Dunod, Paris, 1971, p.68, cité par Jean-Pierre Le Goff in Le Mythe de l’entreprise, éd. La Découverte.

(11) Les fameux « seniors », que les entreprises ne veulent surtout pas conserver.

(12) Article paru dans Problèmes économiques du 13 avril 2005.

 

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19 avril 2015

Combattre la secte managériale

 

L’organisation scientifique du travail : aliénation, annihilation, suicides. Mode d’emploi de la secte managériale

Cet article est paru dans Echanges n° 134 (automne 2010). En même temps que le système capitaliste s’attaque aux acquis sociaux, nous constatons un renforcement des méthodes ­scientifiques d’exploitation par le truchement du management. L’entreprise n’est pas seulement le lieu où, pour un temps déterminé, on vend sa force de travail ; autrement dit, on aliène une partie de son être en échange d’un salaire. L’entreprise doit maintenant être le centre même (...)

 managériale secteQUAND LA PEUR CHANGE DE CAMP

La Poste-Paris 14 : contre les méthodes de « management » Coup de colère salutaire

Brève publiée le 12 octobre 2012

(Lutte ouvrière) À La Poste, lundi 1er octobre, les agents de la collecte de Paris 14 se sont mis en grève pour deux jours en occupant l'entrée du centre par un piquet.

C'est le comportement choquant du nouveau directeur vis-à-vis d'un collègue encadrant qui a mis le feu aux poudres. Le service de la collecte, situé dans le même immeuble que celui où travaillent les facteurs de l'arrondissement, travaille l'après-midi. Il est constitué d'agents de tri, de transbordement et de chauffeurs qui relèvent le courrier dans les entreprises de plusieurs arrondissements du sud de Paris, de la banlieue avoisinante, ainsi que les boîtes jaunes. Comme partout à La Poste, depuis des années, ils subissent les conséquences des suppressions d'emplois sur leurs conditions de travail et, comme partout à La Poste, depuis quelques mois, suite à plusieurs suicides de postiers sur leur lieu de travail, La Poste communique sur le « grand dialogue » et les décisions de la « commission Kaspar ».

Et c'est en plein « grand dialogue » qu'un encadrant, jugé par la direction locale comme trop proche des agents, a été pris en grippe par le directeur. Cela a fini par se voir, car l'état de santé de ce collègue s'est brutalement détérioré en quelques mois. Du coup, des agents scandalisés ont proposé une réunion où ils se sont retrouvés à plusieurs dizaines. Surpris de se retrouver aussi nombreux, ils ont décidé de se mettre en grève pour dénoncer et mettre fin à ces méthodes dites de « management » et exprimer leur ras-le-bol du sous-effectif permanent.

Suite au préavis de grève déposé par Sud et la CGT, la direction locale, subitement mal à l'aise et essayant de calmer les esprits, a annoncé le recrutement de dix agents (deux en CDI et huit en CDD). Mais c'était trop tard. Le directeur, d'habitude si arrogant, a eu beau changer de ton, dire vouloir discuter de leurs problèmes avec chacun des agents, rien n'y a fait.

Le lundi, 70 % des postiers étaient en grève et une cinquantaine d'entre eux étaient présents au piquet : du jamais vu depuis des années. Les grévistes étaient déterminés à marquer le coup contre les méthodes de la direction. Et quand celle-ci a décidé de faire appel au cours de l'après-midi à une société privée pour faire le travail des grévistes, mal lui en a pris : la grève a continué le lendemain.

Les postiers ont repris mercredi 3 octobre, conscients que dorénavant, face à la direction, il ne faut pas laisser un seul collègue isolé. La réaction collective est le moyen le plus efficace pour la calmer. C'est une leçon précieuse pour l'avenir.

Correspondant LO

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16 avril 2015

Pittsburgh: la monnaie universelle sur le grill

dollar_grisFin septembre à Pittsburgh aux Etats-unis doit se tenir, un nouveau G20, ou la question centrale qui sera mise sur le tapis, sera le maintien du dollar comme équivalent universel. La crise du dollar ne date pas d' hier, mais aujourd' hui il semble bien que son déclin irréversible conduise à un « nouveau Bretton Woods » c' est ce qui ressort du discours ci dessous de N.Sarkosy.

« Et puis j’ai eu l’occasion également de dire combien je souhaitais, même si c’est un sujet difficile, que dans les mois qui viennent, nous parlions de la monnaie et du système monétaire international. Nous sommes sur le système de Bretton Woods. Bretton Woods c’est 1945, un pays qui a gagné la guerre, les Etats-Unis d’Amérique, une monnaie qui finance le plus vaste plan de soutien, le plan Marshall. Franchement, soixante ans après, on doit se poser la question : est-ce qu’un monde multipolaire politiquement ne doit pas correspondre à un monde multi-monétaire économiquement ? Je pense qu’il n’y a pas besoin d’être un grand spécialiste pour comprendre que l’une des questions de la stabilité de la situation économique passe aussi par cela. Alors il y a des tas de propositions sur la table : la proposition du FMI, la proposition des Chinois de créer une nouvelle monnaie de réserve, les propositions américaines. Il ne m’appartient pas de trancher entre ces différents débats mais il faut qu’il y ait un débat. » ( extrait de la conférence de presse de N. Sarkosy ,L' Aquila- jeudi9juillet 2009)

 Ce n'est donc pas les bonus qui sont importants, mais qui va payer la gargantuesque addition de la surconsommation à crédit du monde et notamment des Etats-Unis. La dette du Trésor et de la Réserve fédérale approche les 25 000 milliards de dollars.

 Nous venons de mettre sur le site mondialisme un article de 1994  sur le déclin du dollar et qui porte le titre: 

cliquer ci dessous pour voir l'' article

Les crises financières internationales

 

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12 avril 2015

Contre la loi liberticide du 13 avril 2015

 

Chronologie des lois liberticides

 

 « La sûretéest le plus haut concept social de la société bourgeoise, le concept de la police, c’ est l’idée que la société toute entière n’ existe que pour garantir à chacun de ses membre la conservation de sa personne, de ses droits et de la propriété » (Marx La question juive.)

 

 Nouvelle loi sur le renseignement :

 

images

 

 Halte au pilonnage des libertés individuelles

 et collectives au nom de l’unité nationale !

 Le projet de loi sur le renseignement a été dévoilé en conseil des ministres le jeudi 19 mars 2015... et c’est alarmant !

 Sous couvert de lutte antiterroriste, l’État français se prémunit contre toute velléité d’opposition aux politiques de casse sociale.

 En effet, alors que chacune des nouvelles mesures économiques détériore nos conditions de travail et de vie, nous appauvrit un peu plus au profit des classes dominantes que sont les actionnaires et le patronat, l’État se dote d’outils supplémentaires pour organiser le contrôle et la répression de la population, en durcissant et élargissant considérablement son arsenal législatif.

 Le projet de loi sur le renseignement, que le gouvernement a décidé de faire passer en procédure accélérée, légalise en effet clairement la surveillance généralisée et constitue une menace grave pour nos libertés.

 Voici un aperçu des nouvelles mesures :

En dehors de toute enquête judiciaire, les agents des services de renseignement pourront désormais sonoriser des véhicules, des habitations, des bureaux, y placer des caméras, poser des balises de géolocalisation, consulter le contenu des ordinateurs et des messageries sur Internet.

 De nouveaux moyens d’investigation seront mis en œuvre : droit à l’utilisation des Imsi-catchers, appareils qui permettent de capter toutes les communications dans un périmètre donné, celles du suspect poursuivi mais aussi celles de toutes les personnes se trouvant dans son voisinage.

Cette loi donne la possibilité d’éplucher en temps réel les données informatiques, y compris les conversations sur Skype, les messages instantanés sur Facebook et Twitter. Le gouvernement veut également pouvoir contraindre les entreprises gérant les réseaux sociaux et les moteurs de recherche sur Internet à livrer les données de leurs clients.

 Il sera possible d’ « ordonner aux opérateurs de communications électroniques et aux fournisseurs de services de détecter, par un traitement automatique, une succession suspecte de don- nées de connexion ».

Les boites noires, nouveaux dispositifs informatiques, seront installés par les services techniques du renseignement français, chez les opérateurs télécoms, sans que ceux-ci ne puissent savoir ce qui est effectué, traité sur leur réseau, et donc in- tercepté dans le «trafic» de leurs abonnés par les machines en question.

 Ces méthodes pourront être utilisées dans un cadre très large, et nous pourrons tous et toutes en faire l'objet. Elles ciblent en effet « la sécurité nationale, les intérêts es- sentiels de la politique étrangère et l’exécution des engagements internationaux de la France, les intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France, la prévention du terrorisme », mais aussi « la prévention de la reconstitution ou du maintien de grou- pement dissous, la prévention de la criminalité et de la délinquance organisées, et la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique », ce qui peut concerner tout mouvement de contestation sociale !

 Premiers signataires : Coordination des Groupes Anarchistes, CNT éducation 34, Ensemble!, Ligue des Droits de l’Homme, et des individu-e-s...

 

Une manifestation contre la loi sera organisée lundi 13 avril 2015 à 12h30, place Édouard Herriot (aux abords de l’Assemblée nationale) à Paris.

L'appel a été lancé par les associations et syndicats suivants :

Observatoire des Libertés et du Numérique (La Quadrature du Net, CREIS-Terminal, Ligue des Droits de l'Homme, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des avocats de France, CECIL), Amnesty International France, Attac, la Fondation Copernic, Solidaires, Act up-Paris et le Syndicat national des journalistes.

 

Le projet de loi est très critiqué dans le monde informatique, comme par exemple La Quadrature du Net ou Léa-Linux, mais également dans la presse, par les opérateurs tels que Gandi ou OVH ainsi par de nombreux associations telles que Reporters sans Frontières ou Amnesty International.



Analyse publiée sur le site national de Ensemble ! : Le projet de loi « Renseignement » est liberticide !

C’est un classique. Pour reprendre la main lorsque rien ne va plus, il suffit de trouver un ennemi commun qui fait bien peur. Il est maintenant évident que ce gouvernement essaye encore de « surfer » sur l’effet « 11 janvier » et les odieux attentats contre Charlie et l’hyper-Casher. Les indicateurs de popularité, que notre président et son Premier ministre surveillent quotidiennement, étaient alors un peu remontés. Comme Bush au lendemain du 11 septembre, François Hollande, utilisant l’inquiétude ressentie, se devait de nous faire une version française de la loi « Patriot Act ».

 Ce n’était d’ailleurs pas autre chose que ce que la droite souhaitait. Le Monde rappelait dans un de ses nombreux articles sur le sujet un tweet de Valérie Pécresse daté de ce 11 janvier : « Il faudra bien entendu un Patriot Act à la française. Il faut une réponse ferme et globale ». Rien de moins. Toujours donner plus de gages à la droite même quand elle se « brunit ». Parmi les victimes toutes désignées à immoler sur l’autel du discours sécuritaire, l’internet est un choix adapté. Il est très facile de stigmatiser internet. Comme les bandits du moyen âge à l’ombre des arbres de la bien nommée forêt de Sherwood, les terroristes peuvent se tapir derrière une adresse IP dans le dédale de la toile.

 Le réseau internet serait donc, comme les bois dangereux, criminogène et il faudrait y mettre un peu d’ordre. Manuel Valls et Bernard Cazeneuve se sont mis à la tâche, avec aux manettes le député socialiste Jean-Jacques Urvoas. Un projet de loi « Renseignement » a été présenté en conseil des ministres le 19 mars dernier et a rapidement provoqué une massive levée de boucliers des associations de défense des libertés, de magistrats et de policiers, de professionnels d’internet, etc. Le président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) avait même pointé les menaces de ce projet sur les libertés individuelles. Un temps, on avait espéré un adoucissement du texte d’origine lors de son examen par la commission des lois de l’Assemblée. Il n’en fut rien, le texte à l’issue des discussions s’est encore durci.

 Les dispositions inscrites dans ce projet de loi Renseignement sont envisagées depuis longtemps. Les attaques terroristes du mois de janvier n’ont servi que de prétexte. Ce projet a d’ailleurs vocation à prolonger et compléter la loi de programmation militaire (LPM) de décembre 2013 qui donnait déjà des moyens supplémentaires aux services spéciaux. Selon Médiapart : « La philosophie de ces deux textes est identique : 'légaliser' des pratiques déjà existantes au sein des services, en échange d’un encadrement de celles-ci, et leur offrir de nouveaux outils leur permettant de mieux surveiller Internet, présenté comme le lieu de recrutement et d’organisation des terroristes. »

 Regardons ce que les opposants à ce projet en disent :

                 Le syndicat CGT des personnels de la Police Nationale nous explique que ce texte c’est « la liberté d’être surveillé et de ne plus manifester ! » Il enfonce le clou : « La peur... est un outil incroyablement puissant. Les récents attentats terroristes ont exacerbé ce sentiment, donnant ainsi la possibilité à nos gouvernants de proposer une loi qui, sous couvert de mieux protéger contre le terrorisme, va en réalité être une des plus liberticides jamais votées depuis celle sur l’état d’urgence. » Ainsi la CGT-Police, « demande l’abandon de cette loi telle qu’elle a été présentée. »

                 Dans un communiqué de presse commun, Privacy International, Amnesty International, la FIDH, la Ligue des droits de l’Homme et Reporters sans frontières « font part de leur vive inquiétude face aux pouvoirs de surveillance accrus dont devraient bénéficier les agences de renseignement, comme le prévoit un projet de loi qui sera présenté au Parlement français … La nouvelle loi prévoit en effet que les agences de renseignement françaises seront autorisées à pirater les ordinateurs et autres appareils, et pourront espionner les communications de toute personne ayant été en contact, même par hasard, avec une personne suspecte. Le projet de loi prévoit en outre que les agences de renseignement pourront réaliser ces opérations sans devoir obtenir d’autorisation judiciaire. »

                 L’Observatoire des Libertés et du Numérique (qui regroupe le Cecil, Creis-Terminal, la Ligue des droits de l’Homme, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des Avocats de France et La Quadrature du Net) nous explique pour sa part : « Au prétexte de la lutte légitime contre le terrorisme, le projet déborde largement hors de ce cadre. Il prévoit que les pouvoirs spéciaux de renseignement pourront être mis en œuvre pour assurer, notamment, 'la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique'. Au nom de la lutte contre le terrorisme, ce sont les mouvements de contestation sociale qui pourront faire l’objet de cette surveillance accrue. L’ensemble des citoyens constituera ainsi la cible potentielle du contrôle, à rebours de ce qui est affirmé. »

                 Laurent Chemla, un professionnel du réseau internet, s’adresse dans une lettre ouverte publiée dans Médiapart, aux parlementaires qui vont « bientôt voter d’une seule voix le projet de loi sur le renseignement présenté par le gouvernement ». Il les invite à ne pas le faire puisque ce texte est liberticide et que « de partout, les mises en garde affluent, que le New York Times fait sa Une sur "La France, État de surveillance", que le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe s’inquiète de la dérive sécuritaire liberticide que cette loi implique, et que même le président de l’actuelle commission de contrôle des interceptions de sécurité dénonce la faiblesse des garanties qu’apporte ce texte ».

 Le réseau internet intègre un formidable potentiel, qui pour l’instant n’est que trop souvent exploité aux seules fins marchandes. Là encore, il ne faut pas laisser le pouvoir au système néo-libéral, il ne faut pas laisser croire que la « toile » ne serait qu’un repère de méchants (même s’il ne faut pas se voiler la face quant quant aux utilisations frauduleuses), il ne faut pas laisser supposer que le prix à payer passerait par une limitation de nos libertés individuelles. Il faut constamment avoir en référence l’article 1er de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés qui nous dit : « L’informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s’opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques. »

 Ne laissons pas le projet de loi « Renseignement » mettre fin à des libertés fondamentales. Les parlementaires attachés aux valeurs républicaines ne peuvent adopter ce texte liberticide qui surfe sur la légitime inquiétude liée à la montée des actes terroristes. On sait bien que ce qui est en ligne de mire c’est la répression des mouvements sociaux, la mise au pas d’internet. On est bien loin des actions contre le terrorisme.

 



 

 

 

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Rosa Luxemburg :un texte inaltérable sur le crédit

Réforme sociale ou révolution ?

 

Rosa Luxemburg 1898rosa luxemburg

2. L’adaptation du capitalisme

Les moyens d’adaptation les plus efficaces de l’économie capitaliste sont l’institution du crédit, l’amélioration des moyens de communication, et les organisations patronales  [1].

Commençons par le crédit. De ses multiples fonctions dans l’économie capitaliste, la plus importante consiste à accroître la capacité d’extension de la production et à faciliter l’échange. Au cas où la tendance interne de la production capitaliste à un accroissement illimité se heurte aux limites de la propriété privée, aux dimensions restreintes du capital privé, le crédit apparaît comme le moyen de surmonter ces limites dans le cadre du capitalisme ; il intervient pour concentrer un grand nombre de capitaux privés en un seul - c’est le système des sociétés par actions - et pour assurer aux capitalistes la disposition de capitaux étrangers - c’est le système du crédit industriel. Par ailleurs, le crédit commercial accélère l’échange des marchandises, donc le reflux du capital dans le circuit de la production. On se rend aisément compte de l’influence qu’exercent ces deux fonctions essentielles du crédit sur la formation des crises. On sait que les crises résultent de la contradiction entre la capacité d’extension, la tendance à l’expansion de la production d’une part, et la capacité de consommation restreinte du marché d’autre part ; en ce sens le crédit est précisément, nous l’avons vu plus haut, le moyen spécifique de faire éclater cette contradiction aussi souvent que possible. Tout d’abord, il augmente la capacité d’extension de la production dans des proportions gigantesques ; il est la force motrice interne qui la pousse à dépasser constamment les limites du marché. Mais il frappe de deux côtés. En sa qualité de facteur de la production, il a contribué à provoquer la surproduction ; en sa qualité de facteur d’échange il ne fait, pendant la crise, qu’aider à la destruction radicale des forces productives qu’il a lui-même mises en marche. Dès les premiers symptômes d’engorgement du marché, le crédit fond ; il abandonne la fonction de l’échange précisément au moment où celui-ci serait indispensable ; il révèle son inefficacité et son inutilité quand il existe encore, et contribue au cours de la crise à réduire au minimum la capacité de consommation du marché. Nous avons cité les deux effets principaux du crédit ; il agit encore diversement sur la formation des crises. Non seulement il offre au capitaliste la possibilité de recourir aux capitaux étrangers, mais encore il l’encourage à faire un usage hardi et sans scrupules de la propriété d’autrui, autrement dit il l’incite à des spéculations hasardeuses. Ainsi, en qualité de facteur secret d’échange de marchandises, non seulement il aggrave la crise, mais encore il facilite son apparition et son extension, en faisant de l’échange un mécanisme extrêmement complexe et artificiel, ayant pour base réelle un minimum d’argent métallique ; de ce fait, il provoque, à la moindre occasion, des troubles dans ce mécanisme. Ainsi le crédit, loin de contribuer à abolir ou même à atténuer les crises, en est au contraire un agent puissant. Il ne peut d’ailleurs en être autrement. La fonction spécifique du crédit consiste - très généralement parlant - à corriger tout ce que le système capitaliste peut avoir de rigidité en y introduisant toute l’élasticité possible, à rendre toutes les forces capitalistes extensibles, relatives et sensibles. Il ne fait évidemment ainsi que faciliter et qu’exaspérer les crises, celles-ci étant définies comme le heurt périodique entre les forces contradictoires de l’économie capitaliste.

Ceci nous amène à une autre question : comment le crédit peut-il apparaître comme un " facteur d’adaptation " du capitalisme ? Sous quelque forme qu’on s’imagine cette adaptation, sa fonction ne pourrait consister qu’à réduire un antagonisme quelconque du capitalisme, à en résoudre ou en atténuer une contradiction en débloquant des forces grippées à tel ou tel point du mécanisme. Or, s’il existe un moyen d’exaspérer au plus haut point les contradictions de l’économie capitaliste actuelle, c’est bien le crédit. Il aggrave la contradiction entre le mode de production et le mode d’échange en favorisant au maximum la tendance à l’expansion de la production, tout en paralysant l’échange à la moindre occasion. Il aggrave la contradiction entre le mode de production et le mode d’appropriation en séparant la production de la propriété, en transformant le capital en capital social ; mais par ailleurs en donnant à une partie du profit la forme d’intérêt du capital, donc en le réduisant à être un simple titre de propriété. Il aggrave la contradiction entre les rapports de propriété et les rapports de production, en expropriant un grand nombre de petits capitalistes et en concentrant entre les mains de quelques-uns des forces productives considérables. Il aggrave la contradiction entre le caractère social de la production et le caractère privé de la propriété capitaliste en rendant nécessaire l’intervention de l’Etat dans la production (création de sociétés par actions).

En un mot, le crédit ne fait que reproduire les contradictions cardinales du capitalisme, il les exaspère, il accélère l’évolution qui en précipitera l’anéantissement, l’effondrement. Le premier moyen d’adaptation du capitalisme quant au crédit devait être la suppression du crédit, l’abolition de ses effets. Tel qu’il est, celui-ci ne constitue nullement un moyen d’adaptation, mais un facteur de destruction à l’effet profondément révolutionnaire. Ce caractère révolutionnaire qui conduit le crédit à dépasser le capitalisme n’a-t-il pas été jusqu’à inspirer des plans de réforme d’esprit plus ou moins socialiste ? Il n’est qu’à voir ce grand représentant du crédit qu’est en France un Isaac Péreire [2] et que ces plans de réforme font apparaître, selon Marx, à moitié comme un prophète et à moitié comme une canaille.

Tout aussi fragile apparaît, quand on l’examine de plus près, le deuxième facteur d’adaptation de la production - les organisations patronales. D’après la théorie de Bernstein, elles doivent, en réglementant la production, mettre fin à l’anarchie et prévenir l’apparition des crises. Sans doute le développement des cartels et des trusts est-il un phénomène dont on n’a pas encore étudié toutes les diverses conséquences économiques. Il constitue un problème qu’on ne peut résoudre qu’à l’aide de la doctrine marxiste. En tout cas une chose est certaine : les associations patronales ne réussiraient à endiguer l’anarchie capitaliste que dans la mesure où les cartels, les trusts, etc., deviendraient, au moins approximativement, une forme de production généralisée ou dominante. Or la nature même des cartels l’interdit. Le but économique final et l’action des organisations consistent, en excluant la concurrence à l’intérieur d’une branche de la production, à influer sur la répartition de la masse du profit réalisée sur le marché de manière à augmenter la part de cette branche d’industrie. L’organisation ne peut augmenter le taux de profit dans une branche d’industrie qu’aux dépens des autres, c’est précisément pourquoi elle ne peut être généralisée. Étendue à toutes les branches d’industrie importantes, elle annule elle-même son effet.

Mais même dans les limites de leur application pratique les associations patronales sont bien loin de supprimer l’anarchie, au contraire. Les cartels n’obtiennent ordinairement cette augmentation du profit sur le marché intérieur qu’en faisant rapporter pour l’étranger à un taux de profit bien inférieur la part du capital excédentaire qu’ils ne peuvent utiliser pour les besoins intérieurs, c’est-à-dire en vendant leurs marchandises à l’étranger à meilleur marché qu’à l’intérieur du pays. Il en résulte une aggravation de la concurrence à l’étranger, un renforcement de l’anarchie sur le marché mondial, c’est-à-dire précisément le contraire de ce que l’on se proposait d’obtenir. C’est ce que prouve, entre autres, l’histoire de l’industrie mondiale du sucre.

Enfin, et plus généralement en leur qualité de phénomènes liés au mode de production capitaliste, les associations patronales ne peuvent être considérées que comme un stade provisoire, comme une phase déterminée du développement capitaliste. En effet, les cartels ne sont rien d’autre au fond qu’un palliatif à la baisse fatale du taux de profit dans certaines branches de production. Quelles méthodes utilisent les cartels à cet effet ? Il ne s’agit au fond que de la mise en jachère d’une partie du capital accumulé, c’est-à-dire de la même méthode employée sous une autre forme dans les crises. Or, du remède à la maladie il n’y a qu’une différence de degré, et le remède ne peut passer pour un moindre mal que pendant un certain temps. Le jour où les débouchés viendront à diminuer, le marché mondial étant développé au maximum et épuisé par la concurrence des pays capitalistes, - et l’on ne peut nier que ce mouvement arrivera tôt ou tard - alors la mise en jachère partielle et forcée du capital prendra des dimensions considérables : le remède deviendra le mal même et le capital fortement socialisé par l’organisation et la concentration se transformera de nouveau en capital privé. En présence de difficultés accrues pour se faire une place sur le marché, chaque portion privée du capital préférera tenter seule sa chance. À ce moment-là, les organisations crèveront comme des bulles de savon, laissant la place à une concurrence aggravée [3].

Dans l’ensemble les cartels, tout comme le crédit, apparaissent donc comme des phases déterminées du développement qui ne font, en dernière analyse, qu’accroître encore l’anarchie du monde capitaliste, manifestant en eux-mêmes et portant à maturité toutes ses contradictions internes. Ils aggravent l’antagonisme existant entre le mode de production et le mode d’échange en exaspérant la lutte entre les producteurs et les consommateurs ; nous en voyons un exemple aux Etats-Unis d’Amérique. Ils aggravent en outre la contradiction entre le mode de production et le mode d’appropriation en opposant à la classe ouvrière, de la manière la plus brutale, la force supérieure du capital organisé, exaspérant ainsi à l’extrême l’antagonisme entre le capital et le travail. Enfin ils aggravent la contradiction entre le caractère international de l’économie capitaliste mondiale et le caractère national de l’Etat capitaliste, parce qu’ils s’accompagnent toujours d’une guerre douanière générale ; ils exaspèrent ainsi les antagonismes entre les différents Etats capitalistes. À cela il faut ajouter l’influence révolutionnaire exercée par les cartels sur la concentration de la production, son perfectionnement technique, etc.

Ainsi, quant à l’action exercée sur l’économie capitaliste, les cartels et les trusts n’apparaissent pas comme un " facteur d’adaptation " propre à en atténuer les contradictions, mais bien plutôt comme l’un des moyens qu’elle invente elle-même pour aggraver sa propre anarchie, développer ses contradictions internes, accélérer sa propre ruine.

Cependant, si le système du crédit, si les cartels, etc., n’éliminent pas l’anarchie du monde capitaliste, comment se fait-il que pendant deux décennies, depuis 1873, nous n’ayons eu aucune grande crise commerciale ? N’est-ce pas là un signe que le mode de production capitaliste s’est - au moins dans ses grandes lignes - " adapté " aux besoins de la société, contrairement à l’analyse faite par Marx ? La réponse ne s’est pas fait attendre. À peine Bernstein avait-il relégué en 1898 la théorie de Marx sur les crises [a] parmi les vieilles lunes qu’une violente crise générale éclata en 1900 ; sept ans plus tard une crise nouvelle éclatait aux Etats-Unis, gagnant tout le marché mondial. Ainsi la théorie de l’ " adaptation " du capitalisme fut démentie par des faits éloquents. Ce démenti même démontrait que ceux qui abandonnaient la théorie de Marx sur les crises [b] pour la seule raison qu’aucune crise n’avait éclaté au " terme " prévu par l’échéance avaient confondu l’essence de cette théorie avec un de ses aspects extérieurs secondaires :le cycle de dix ans. Or la formule d’une période décennale accomplissant tout le cycle de l’industrie capitaliste était chez Marx et Engels dans les années 60 et 70 une simple constatation des faits : ces faits ne correspondaient pas à une loi naturelle, mais à une série de circonstances historiques déterminées ; ils étaient liés à l’extension par bonds de la sphère d’influence du jeune capitalisme.

La crise de 1825 fut en effet le résultat des grands investissements de capitaux dans la construction des routes, des canaux et des usines à gaz qui furent accomplis au cours de la décennie précédente et notamment en Angleterre où éclata la crise. De même la crise suivante, de 1836 à 1839, fut la conséquence de placements formidables dans la construction des moyens de transport. La crise de 1847 fut provoquée, on le sait, par l’essor fiévreux de la construction des chemins de fer anglais (de 1844 à 1847, c’est-à-dire en trois ans seulement, le Parlement anglais accorda des concessions de lignes de chemins de fer pour une valeur d’environ 1,5 milliard de thalers). Dans ces trois cas ce sont par conséquent différentes formes d’expansion nouvelle de l’économie grâce au capitalisme, de la création de nouvelles bases du développement capitaliste qui sont à l’origine des crises. En 1857 on assiste d’abord à l’ouverture brusque de nouveaux débouchés à l’industrie européenne en Amérique et en Australie, à la suite de la découverte des mines d’or : puis ce fut, en France notamment, à la suite des exemples anglais, la construction de nombreuses lignes de chemins de fer (de 1852 à 1856 on construisit en France pour 1 250 000 francs de nouvelles lignes de chemins de fer). Enfin la grande crise de 1873 fut, comme on sait, une conséquence directe de la création et de l’expansion brutale de la grande industrie en Allemagne et en Autriche, qui suivirent les événements politiques de 1866 et 1871.

Ce fut par conséquent chaque fois l’expansion brusque de l’économie capitaliste et non le rétrécissement de son champ ni son épuisement qui fut à l’origine des crises commerciales. La périodicité décennale de ces crises internationales est un fait purement extérieur, un hasard. Le schéma marxiste de la formation des crises tel qu’Engels et Marx l’ont exposé le premier dans l’Anti-Dühring, le second dans le livre I et le livre III du Capital, ne s’applique d’une façon juste à ces crises que dans la mesure où il découvre leur mécanisme interne et leurs causes générales profondes ; peu importe que ces crises se répètent tous les dix ou tous les cinq ans, ou encore alternativement tous les vingt ou tous les huit ans. Mais ce qui démontre le mieux l’inexactitude de la théorie bersteinienne, c’est le fait que ce sont précisément les pays où les fameux " facteurs d’adaptation " capitalistes : le crédit, les moyens d’information, et les trusts sont le plus développés, qui ont ressenti avec le plus de violence les effets de la crise de 1907-1908.

L’idée que la production capitaliste pourrait " s’adapter " à l’échange implique de deux choses l’une :ou bien que le marché mondial s’accroît sans limites, à l’infini, ou bien au contraire qu’il y a un frein au développement des forces productives afin que celles-ci ne débordent pas les limites du marché. La première hypothèse se heurte à une impossibilité matérielle ; à la seconde s’opposent les progrès constants de la technique dans tous les domaines de la production, suscitant tous les jours de nouvelles forces productives.

Reste un phénomène qui, d’après Bernstein, contredirait la tendance ci-dessus indiquée du développement capitaliste : c’est la " phalange inébranlable " des entreprises moyennes. Il voit dans leur existence un signe que le développement de la grande industrie n’a pas une influence aussi révolutionnaire du point de vue de la concentration des entreprises que ne le croient les tenants de la " théorie de la catastrophe ". Mais il est ici encore victime d’un malentendu qu’il a lui-même créé. Cela serait en effet mal comprendre le développement de la grande industrie que de s’imaginer qu’il entraîne nécessairement la disparition progressive des entreprises moyennes.

Dans le cours général du développement capitaliste, les petits capitaux jouent, d’après la théorie marxiste, le rôle de pionniers de la révolution technique et ceci à un double titre : d’abord, en ce qui concerne les méthodes nouvelles de production dans les anciennes branches fortement enracinées, ensuite dans la création de nouvelles branches de production non encore exploitées par les gros capitaux. On aurait donc tort de se figurer l’histoire des entreprises moyennes comme une ligne droite descendante qui irait du déclin progressif jusqu’à la disparition totale. L’évolution réelle est ici encore dialectique ; elle oscille sans cesse entre des contradictions. Les classes moyennes capitalistes se trouvent tout comme la classe ouvrière sous l’influence de deux tendances antagonistes, l’une ascendante, l’autre descendante. La tendance descendante est la croissance continue de l’échelle de la production qui déborde périodiquement le cadre des capitaux moyens, les écartant régulièrement du champ de la concurrence mondiale. La tendance ascendante est constituée par la dépréciation périodique du capital existant qui fait baisser pour un certain temps l’échelle de la production selon la valeur du capital minimum nécessaire, ainsi que la pénétration de la production capitaliste dans les sphères nouvelles. Il ne faut pas regarder la lutte des entreprises moyennes contre le grand capital comme une bataille en règle où la partie la plus faible verrait de plus en plus diminuer et fondre ses troupes en nombre absolu ; c’est plutôt comme si de petits capitaux étaient périodiquement fauchés pour s’empresser de repousser afin d’être fauchés à nouveau par la grande industrie. Des deux tendances qui se disputent le sort des classes moyennes capitalistes, c’est finalement la tendance descendante qui l’emporte. L’évolution est ici inverse de celle de la classe ouvrière. Cela ne se manifeste pas nécessairement dans une diminution numérique absolue des entreprises moyennes ; il peut y avoir une augmentation progressive du capital minimum nécessaire au fonctionnement des entreprises dans les anciennes branches de la production ; une diminution constante de l’intervalle de temps pendant lequel les petits capitaux conservent l’exploitation des nouvelles branches de la production. Il en résulte pour le petit capital individuel une durée d’existence de plus en plus brève et un changement de plus en plus rapide des méthodes de production ainsi que de la nature des investissements. Pour la classe moyenne dans son ensemble il en résulte une accélération du métabolisme social.

Bernstein le sait parfaitement bien et il le constate d’ailleurs lui-même. Mais ce qu’il semble oublier, c’est que c’est là la loi même du mouvement des entreprises moyennes capitalistes. Si on admet que les petits capitaux sont les pionniers du progrès technique, qui est lui-même le moteur essentiel de l’économie capitaliste, on doit conclure que les petits capitaux accompagnent nécessairement le développement du capitalisme, car ils font partie intégrante de celui-ci et ne disparaîtront qu’avec lui. La disparition progressive des entreprises moyennes - au sens statistique absolu dont parle Bernstein - signifierait non pas comme le pense ce dernier, la tendance révolutionnaire du développement capitaliste, mais le contraire, c’est-à-dire un arrêt, un assoupissement de ce développement. " Le taux du profit, c’est-à-dire l’accroissement proportionnel du capital, dit Marx, est important avant tout pour tous les nouveaux placeurs de capitaux se groupant indépendamment. Et dès que la formation de capital tomberait exclusivement aux mains d’une poignée de gros capitaux tout formés, le feu vivifiant de la production s’éteindrait - entrerait en somnolence. " (Capital, livre III, ch. 15, 2, tome X, p. 202, traduction Molitor).


Notes

[1] Rosa Luxemburg appelle ainsi les diverses formes modernes de concentration de capital : trusts, cartels, etc.

[2] Isaac Péreire (1806-1890) et son frère Jacob (1800-1875) nés à Bordeaux, furent introduits dans le groupe saint-simonien. Ils s’enthousiasment pour le chemin de fer et contribuèrent à la fondation du Crédit Mobilier, ce qui les place dans une position de concurrence acharnée avec Rothschild.

[3] Dans une note au livre III du Capital, F. Engels écrit en 1894 : " Depuis que les lignes ci-dessus ont été écrites (1865) la concurrence a considérablement augmenté sur le marché mondial, grâce au développement rapide de l’industrie dans tous les pays civilisés, particulièrement en Amérique et en Allemagne. La constatation que l’accroissement rapide et gigantesque des forces productives modernes dépasse chaque jour de plus en plus les lois de l’échange capitaliste des marchandises, dans le cadre duquel ces forces doivent se mouvoir, cette constatation s’impose à l’heure actuelle avec une évidence sans cesse croissante même à la conscience des capitalistes. Cette constatation se montre notamment dans deux symptômes. D’abord, dans la nouvelle manie protectionniste devenue générale et qui diffère de l’ancien système protectionniste surtout en ce qu’elle protège particulièrement les articles les plus aptes à l’exportation. Ensuite dans les trusts par lesquels les fabricants de grandes sphères entières de production réglementent la production et, par suite, les prix et les profits. Il va de soi que ces expériences ne sont possibles que si la situation économique est relativement favorable. La première perturbation les réduira à néant et démontrera que, bien que la production ait besoin d’être réglementée, ce n’est assurément pas la classe capitaliste qui est appelée à le faire. En attendant, ces trusts ou cartels n’ont qu’un seul but : prendre toutes les mesures pour que les petits soient mangés par les gros plus rapidement encore que par le passé ". (Capital, III, tome IX, pp. 204-205, traduction Molitor, éd. Costes).

[a] On trouvait "la théorie marxienne des crises" dans la traduction originale d'I. Petit. La consonnance de cette formulation nous a amené à la remplacer par une formule plus "neutre". (MIA)



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10 avril 2015

«Conscience et lutte de classe», de Tom Thomas une critique de Gérard Bad

«Conscience et lutte de classe», de Tom Thomas

Ce texte est paru dans Echanges n° 120 (printemps 2007).

Conscience et lutte de classe

Tom Thomas

éd. Contradictions 10 euros

En ligne sur : www.philosophie.org/tom/conscience.html

Une crique sous forme de lettre, adressée à l’auteur en octobre 2006.

Dans l’ensemble et si nous mettons la question du parti de côté, il n’y a pas dans Conscience et lutte de classe de divergences insurmontables avec nous, puisque certaines questions sont toujours en traitement à Echanges et plus largement dans le « milieu révolutionnaire ». Ceci étant, ton livre, contrairement à ce qu’annonce le titre, traite peu de la question de la « conscience de classe », sauf dans la partie « Idéologie bourgeoise et lutte de classe » ; par contre le « fétichisme », lui, est mis en exergue. En fait « fétichisme et lutte de classe » aurait été plus approprié comme titre.

1 - Sur « la crise chronique, ou stade sénile du capital », tu considères que l’accumulation capitaliste se ralentit sérieusement (1) Voilà une proposition qui mériterait d’être étayée, car les pronostiqueurs de la crise finale du capitalisme ne manquent pas. Nous avons à Echanges déjà polémiqué avec Claude Bitot sur ce thème de la crise finale, qui de tout temps a été un sujet de discussion et d’appréciation des communistes. Même au sein de la gauche allemande, divers courants allaient s’affronter sur la crise, Rosa Luxemburg avec son Accumulation du capital, rejointe ensuite par Grossmann puis Mattick, qui vont développer une finalité catastrophique du Capital, chacun avec ses nuances. De l’autre nous avons Pannekoek, qui va critiquer cette théorie de l’effondrement.

Si l’on s’en tient à la période où cette polémique a éclaté, force est de constater que le capitalisme a survécu à sa grande crise de 1929 et que l’effondrement économique a bien eu lieu, mais que le capitalisme l’a surmonté. Il en résulte que sur cette question, nous ne pouvons qu’affirmer que sur l’arc historique qui va de la naissance du capital à sa fin, les communistes n’ont jamais véritablement pu situer dans le temps le moment fatidique de la fin du Capital.

La seule théorie que nous pouvons développer à ce sujet c’est que les contradictions du Capital se développent en spirales de l’inférieur au supérieur engendrant des crises de plus en plus importantes, annonciatrices de la révolution sociale.

Partant de ce postulat, nous utilisons plutôt le terme de « crise sociale » que celui de « crise du capital » bien que la crise sociale ne soit que l’expression de la crise globale capitaliste. Cependant comme les capitalistes ne cessent de reporter « la crise » sur les prolétaires, ils ne souffrent pas effectivement de cette crise, et l’accumulation se poursuit à coup de restrictions et de paupérisation (les contre-tendances).

La question de savoir si le capital est dans sa phase : sénile, décadente, en fin de cycle, agonisant, parasitaire... nous importe peu. C’est l’état du prolétariat qui nous intéresse, ses réactions contre la précarisation, la paupérisation... en bref son mouvement contre l’ordre des choses qui veut le détruire. Ce mouvement que tu décris très bien (page 58), mais aussi quand tu dis : « La conscience communiste n’est donc pas l’absorption d’une théorie toute faite, elle est le produit du long procès qui forme une révolution... » (pages 64, 65, 69). En fait il faut dire « sans mouvement révolutionnaire pas de théorie révolutionnaire, et sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » - le communisme c’est le mouvement qui abolit l’ordre des choses et qui en prend conscience.

« Le socialisme moderne n’est rien d’autre que le reflet dans la pensée de ce conflit effectif, sa réflexion, sous forme d’idées tout d’abord dans les cerveaux de la classe qui en souffre directement, la classe ouvrière. »(Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, Editions sociales, p. 93.)

Pour Lénine, seul va subsister « sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » ce qui donne dans Que faire ? : « Il vaut mieux une dizaine de têtes intelligentes qu’une centaine d’imbéciles » (je cite de mémoire) et donc l’avant-garde, les révolutionnaires de profession, le Parti...

2 - Conscience, être, pensée. Pour nous c’est tout le contraire, la conscience ne saurait être détachée de l’« être conscient » (2). Ce concept de Marx est de la plus haute importance, car il se refuse de considérer la conscience comme extérieure au sujet. Seul le prolétaire qui souffre de sa condition de prolétaire (3), qui laisse sa vie à la porte de l’usine ou la perd au chômage, a une conscience vraie de sa situation. Seul celui qui souffre de la faim a une conscience vraie de la famine, l’autre est intellectuelle et donc une fausse conscience. Toute La Sainte Famille de Marx explique cela :

« Mais ces ouvriers de la Masse, ces ouvriers communistes, qui travaillent dans les ateliers de Manchester et de Lyon par exemple, ne font pas l’erreur de croire que la “pensée pure” les débarrassera de leurs patrons et de leur propre abaissement pratique. Ils ressentent très douloureusement la différence entre l’être et la pensée, entre la conscience, et la vie. Il savent que la propriété, le capital, l’argent, le travail salarié, etc., ne sont nullement de simples créations de leur imagination, mais des résultats très pratiques, très concrets de l’aliénation de leur être, qu’il faut donc les abolir de façon pratique, concrète, pour que l’homme devienne homme non seulement dans la pensée, dans la conscience, mais dans l’être de masse, dans la vie. »(Karl Marx, La Sainte Famille.)

Ce qui nous oppose généralement à tous les créateurs de partis et diffuseurs de conscience, c’est bien le fait que la conscience vraie est celle de l’être conscient (4), pris au sens de la classe consciente comme va le préciser Marx :

« Il ne s’agit pas de ce que tel ou tel prolétaire ou même le prolétariat entier se représente à un moment comme le but. Il s’agit de ce que, conformément à son être, il sera historiquement contraint de faire. » (La Sainte Famille.)

Voilà en quelque sorte une apologie du spontanéisme et une négation de tout présupposé théorique à la lutte de classe, encore confirmé par Marx :

« Dès qu’une classe qui concentre en elle les intérêts révolutionnaires de la société s’est soulevée, elle trouve immédiatement dans sa propre situation le contenu et la matière de son activité révolutionnaire : écraser ses ennemis. Prendre les mesures imposées par les nécessités de la lutte, et ce sont les conséquences de ses propres actes qui la pousse plus loin. Elle ne se livre à aucune recherche théorique sur sa propre tâche. » (Marx, Les Luttes de classes en France, 1848-1850)

Dans sa deuxième thèse sur Feuerbach, Marx dit que « la grande question fondamentale de toute philosophie, et spécialement de la philosophie moderne, est celle des rapports entre la pensée et l’être ». Pour Marx comme pour Engels, toute construction dualiste du rapport entre la Conscience et l’Etre doit être rejetée. C’est de l’unité de la conscience et de l’Etre qu’ils vont partir, notamment dans leurs œuvres de jeunesse principalement L’Idéologie allemande, et La Sainte Famille.

3 - Nous allons donc passer au rapport entre l’être et la conscience. L’être devient le sujet et la pensée le prédicat, ce qui veut dire que la pensée provient de l’être, et nom l’être de la pensée. L’être existe à partir de soi et par soi. L’être possède en lui-même son principe (Feuerbach).

Ce texte (L. Feuerbach) marquera le passage de l’idéalisme au matérialisme et mènera ensuite à la formule de Marx

« Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence sociale, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience » (préface à la Contribution à la critique de l’économie politique, 1859.)

En quoi diffèrent le matérialisme historique et le matérialisme bourgeois ?

« L’un et l’autre sont des philosophies matérialistes, c’est-à-dire que l’un comme l’autre reconnaissent la primauté du monde matériel extérieur, de la réalité de la nature, dont dérivent les phénomènes spirituels, sensation, conscience et idées. Là où ils s’opposent c’est en ce que le matérialisme bourgeois s’appuie sur les sciences de la nature tandis que le matérialisme historique est au premier chef une science de la société. »

Cette distinction est de la plus haute importance, et Marx ne cessera de répéter que ce qui nous intéresse c’est l’histoire de l’homme vivant en société. Dans L’Idéologie allemande, Marx indique que « la si célèbre unité de l’homme et de la nature a résidé de tout temps dans l’industrie ». Marx parlera d’une Nature socialisée (6) par l’homme. Pour Marx la société est l’achèvement de l’unité essentielle de l’homme avec la nature. Une polémique très vive surgira à propos de l’humanisme marxien. C’est Karl Korsch qui le premier va s’attaquer au volumineux ouvrage de Kautsky La Conception matérialiste de l’histoire, en montrant que Kautsky veut naturaliser l’histoire :

« Si le développement (dit Kausky) des sociétés humaines n’est pas lié intérieurement à celui des espèces animales et végétales au point que l’histoire de l’humanité ne représente plus qu’un cas particulier de l’histoire des Etres vivants, possédant les lois particulières de la Nature vivante. »

Pour le communisme, la nature doit être saisie comme Nature humaine sociale, c’est-à-dire une nature transformée par l’homme et maîtrisée par lui. Aussi le communisme « prend pour base de départ l’histoire des hommes vivant en société, l’histoire de la nature en tant que telle ne nous intéresse pas et si nous faisons intervenir les sciences de la nature c’est pour dire “l’industrie est le rapport historique réel de la nature et par suite des sciences de la nature, avec l’homme”. »(Manuscrits de 1844.)

Pannekoek, de son côté, précise :

« Le matérialisme bourgeois voit dans la signification du savoir une simple question de relation entre les phénomènes spirituels et les phénomènes physico-psycho-biologiques de la matière cérébrale. Pour le matérialisme historique, il s’agit des rapports de la pensée aux phénomènes qui sont expérimentés comme monde extérieur. Or la position de l’homme au sein de la société n’est pas celle d’un observateur pur et simple. Il constitue une force dynamique réagissant sur le milieu et le transformant. La société est la nature transformée par le travail. Pour le savant, la nature est la réalité objective donnée qu’il observe, et qui agit sur lui par l’intermédiaire de ses sens : le monde extérieur est l’élément actif et dynamique tandis que l’esprit est l’élément récepteur. Il insiste donc sur le fait que l’esprit n’est qu’une réflexion, une image du monde extérieur. C’est cette idée qu’exprime Engels quand il dégage la différence entre les philosophies matérialistes et idéalistes.

Mais la science des savants n’est qu’une partie de l’activité humaine dans son ensemble, qu’un moyen pour atteindre un but supérieur. Elle est la partie initiale, passive de son activité à laquelle succède la partie active : l’élaboration technique, la production, la transformation du monde par l’homme. (...) Voilà pourquoi le matérialisme historique voit tout d’abord dans les résultats de la science, ses concepts, ses substances, ses lois naturelles, ses forces - sans doute extraits de la nature - des créations du travail de l’esprit humain. » (Anton Pannekoek, Lénine philosophe, éd Spartacus.)

4 - Le matérialisme métaphysique de Lénine. La conception de Lénine et de ses disciples prend sa source auprès de Kautsky. Comme pour Kautsky, le point de départ de Lénine n’est pas la société humaine, mais la Nature. Le matérialisme historique est chez lui aussi un cas particulier du matérialisme philosophique.

« Le matérialisme admet d’une façon générale que l’être réel objectif (la matière) est indépendant de la conscience, des sensations, de l’ expérience humaine. Le matérialisme historique admet que l’existence sociale est indépendante de la conscience sociale de l’humanité » (Matérialisme et empiriocriticisme).

Lénine part de l’existence de la matière au sens philosophique, alors que Marx part de la « matière sociale », c’est-à-dire des rapports sociaux.

« Le matérialisme, en plein accord avec les sciences de la nature, considère la matière comme donnée première, et la conscience, la pensée, la sensation, comme donnée seconde »(Matérialisme et empiriocriticisme).

Avec Lénine, la conscience perd sa réalité et devient une simple propriété de la matière, un reflet, une copie de la matière qui seule est réelle. Le matérialisme naturaliste et métaphysique de Lénine sépare la conscience et l’être. Il en résulte une théorie qui traite encore du rapport sujet-objet qui revient au dualisme absolu de la pensée et de l’être, de l’esprit et de la matière (voir Karl Korsch, Marxisme et philosophie). Les conséquences pratiques de cette conception vont se retrouver dans toute la conception avant-gardiste du Parti de Lénine, s’appuyant non pas sur le prolétariat, mais sur la jeunesse instruite capable d’apporter de l’extérieur de l’« être conscient » la conscience politique.

« Les ouvriers, avons-nous dit, ne pouvaient pas avoir encore la conscience social-démocrate. Celle-ci ne pouvait leur venir que du dehors. L’histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu’à la conscience trade-unioniste, c’est-à-dire à la conviction qu’il faut s’unir en syndicats, mener la lutte contre le patronat, réclamer du gouvernement telles ou telles lois nécessaires aux ouvriers, etc. Quant à la doctrine socialiste, elle est née des théories philosophiques, historiques, économiques élaborées par les représentants instruits des classes possédantes, par les intellectuels. Les fondateurs du socialisme scientifique contemporain, Marx et Engels, étaient eux-mêmes, par leur situation sociale, des intellectuels bourgeois. De même en Russie, la doctrine théorique de la social-démocratie surgit d’une façon tout à fait indépendante de la croissance spontanée du mouvement ouvrier ; elle y fut le résultat naturel, inéluctable du développement de la pensée chez les intellectuels révolutionnaires socialistes. A l’époque dont nous parlons, c’est-à-dire vers 1895, cette doctrine était non seulement le programme parfaitement établi du groupe "Libération du Travail", mais elle avait gagné à soi la majorité de la jeunesse révolutionnaire de Russie. » (Lénine, Que faire ?).

Et Lénine de continuer :

« Ainsi donc, il y avait à la fois éveil spontané des masses ouvrières, éveil à la vie consciente et à la lutte consciente, et une jeunesse révolutionnaire qui, armée de la théorie social-démocrate brûlait de se rapprocher des ouvriers. »

Nous avons là, résumés, les propos de Mai 68, ceux de la Révolution culturelle chinoise et la problématique des intellectuels voulant instruire et éduquer la classe ouvrière. Dans le meilleur des cas nous aurons les « établis », ces intellectuels voulant comprendre de l’intérieur le monde ouvrier.

Contrairement à ce que Lénine écrivait, la doctrine socialiste n’est pas indépendante du mouvement de la classe. Elle ne fut pas « le résultat naturel, inéluctable, du développement de la pensée chez les intellectuels révolutionnaires socialistes », mais celui du mouvement émancipateur de la classe ouvrière, même spontané, comme la Commune de Paris dont Marx tira comme conclusion que la machine d’Etat devait être détruite. Chez Lénine, l’« être conscient » c’est-à-dire le prolétariat, n’est plus le prédicat, c’est pour lui la pensée (idéologie du parti) qui est le prédicat et qui fabrique l’Etre conscient. C’est du fidéisme sans dieu. Alors que pour le matérialisme historique, c’est la vie en société qui détermine la conscience et les superstructures de cette société. Pour les classes sociales il en est de même.

5 - Pour conclure provisoirement : le matérialisme historique et dialectique se veut être le dépassement des deux tendances philosophiques : le matérialisme et l’idéalisme. Il opère ce dépassement en remettant en question le débat matière-pensée (est-ce la matière qui détermine la pensée ou le contraire ?). Tout en reconnaissant en dernière analyse que la matière détermine la pensée, le matérialisme dialectique de Marx considère la pensée, la conscience, comme une expression matérielle, et pas comme une entité abstraite, n’ayant aucun rapport avec le dit monde matériel (au sens du matérialisme bourgeois). Le marxisme parle d’une réalité dialectique en mouvement, où chaque chose est le résultat de l’ activité humaine, donc d’une pratique sociale. Le monde réel est tout autant constitué d’objet que d’idées humaines.

« Si (...) nous voulons, dit Pannekoek, représenter notre monde d’expérience tout entier, le concept de matière physique ne suffit pas ; nous avons besoin d’autres concepts comme l’énergie, l’esprit, la conscience. » (Lénine philosophe.)

G. Bad

Notes

(1) Tu pourras trouver dans Echanges des textes allant dans ton sens, notamment « Continuité et discontinuité dans le déclin de l’accumulation mondiale... » (n° 117).

(2) « La pensée et l’être sont certes distincts mais en même temps ils forment une unité » (Manuscrits de 1844, Editions sociales, p. 90)

(3) Il faut préciser que nous ne voyons pas dans la misère que la misère mais son aspect actif révolutionnaire. Ceci pour ceux qui penseraient que nous sommes fatalistes et contemplatifs, culte de la classe ensoi et pas pour elle-même et tout le credo syndicaliste.

(4) Sur cette question de l’être conscient, vois un livre de Franz Jakubowski, Les Superstructures idéologiques dans la conception matérialiste de l’histoire (éd. EDI).

(5) L’identité sera elle aussi rejetée.

(6) « La nature est une nature humaine socialisée », Manuscrits de 1844, op. cit., p. 89.

 

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07 avril 2015

Gerard Bad:L' endettement international et l'échappatoire de la planche à billet.

 

Cet article est paru dans le n°144 d’Echanges été 2013.

 La presse économique et journalistique ne cesse de se gargariser d’un langage civilisateur au travers de considérations visant à regrouper des pays selon l’importance de leur développement industriel, en réalité de leur dépendance financière et industrielle. Tout un panel d’appellations les plus diverses sera utilisé afin de laisser entendre que la misère prolétarienne correspond à un manque de développement... Si nous reprenons certaines de ces appellations, comme « tiers monde » « quart monde » « pays en développement », « pays les moins avancés », « nouveaux pays industrialisés » etc., ce n’est que pour montrer toutes les variantes développementistes visant à masquer l’exploitation tant humaine que de la nature d’un si généreux humanisme. En Europe nous avons eu les PIGS (1) (Portugal, Irlande,Grèce, Espagne) pour se moquer des pays en cessation de paiement.

 Quand par exemple on parle des pays en développement (PED), il faudrait plutôt dire pays en voie de dépendance financière (PVDF) – de même pour les nouveaux pays industrialisés (NPI) ou les économies émergentes.

 Retour sur l’endettement international

 La dette du tiers monde (2) ou des pays en voie de développement (PVD) est récurrente. Dès 1820, le système capitaliste pénètre dans les pays fraîchement indépendants d’Amérique latine. Les guerres d’indépendances politiques ouvriront la voie à la dépendance financière ; entreront dans le tourbillon de l’endettement la Colombie, le Chili, le Pérou, l’Argentine, le Mexique et le Guatemala : tous vont emprunter sur le marché de Londres. Ce qui est caractéristique, c’est de voir que régulièrement des pays entiers sont sinistrés et ne peuvent plus rembourser leur dette qu’en paupérisant leur population. A ce moment-là les capitaux refluent vers d’autres « eldorados » et reviennent quand la situation commence à s’assainir. Ni les risques souverains, ni les cessations de paiement n’entravent l’expansion du capital qui semble même ainsi se régénérer de crise en crise. Rosa Luxemburg à son époque avait très bien compris comment fonctionnait le système :

 « Entre 1870 et 1875, écrit-elle, les emprunts furent contractés à Londres pour une valeur de 260 millions de livres sterling, ce qui entraîna immédiatement une croissance rapide des exportations de marchandises anglaises dans les pays d’outre-mer. Bien que ces pays fissent périodiquement faillite, le capital continua à y affluer en masse. A la fin des années 1870, certains pays avaient partiellement ou complètement suspendu le paiement des intérêts : la Turquie, l’Egypte, la Grèce, la Bolivie, le Costa-Rica, l’Equateur, le Honduras, le Mexique, le Paraguay, Saint-Domingue, le Pérou, l’Uruguay, le Venezuela. Cependant, dès la fin des années 1880, la fièvre des prêts aux Etats d’outre-mer reprenait... »

 (L’Accumulation du capital, éd. Maspero, p. 95 ; voir aussi page 72.)

 La dette du tiers monde : 1970-1990

 A la fin des années 1960, il était visible qu’un processus de modification de la dette du tiers monde allait s’engager. En effet de plus en plus de prêts bancaires privés inonderont le tiers monde. Selon l’OCDE, entre 1970 et 1977, l’endettement extérieur des PED est passé de 72,2 à 244 milliards de dollars. La Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) (3) indiquera que 72 % des emprunts bancaires provenaient de crédits privés alors que ceux-ci ne représentétaient que 51 % de ces emprunts en 1967. Il s’agissait alors de relancer la croissance pour contrer la plus grande dépression d’après la seconde guerre mondiale. En effet le système de financement international, gorgé de capitaux en jachère, ne trouvait plus de débouchés rentables dans les pays dits industrialisés. Dès les années 1970 il y aura une saturation progressive des capacités productives mondiales (4).

 La dette et le remodelage de la division internationale du travail

 Une nouvelle tentative de reproduction élargie par l’explosion de prêts internationaux va s’opérer. La fièvre de l’exportation des capitaux s’empare des places financières de Panama, Bahrein, Abu Dabi, Hong Kong, Singapour... dans le même sillage que celui décrit par Rosa Luxemburg, mais à un niveau supérieur de développement des forces productives. Les intermédiaires financiers exportent leurs capitaux pour que les PED et les PMA s’industrialisent en achetant du matériel produit dans les pays du centre, et deviennent dépendants de cette industrialisation exportée et de son mode de consommation. Leur décollage va se faire avec des machines et matériels dernier cri, ce qui relativise beaucoup l’idée que les délocalisations sont essentiellement motivées par le coût du travail.

 L’industrialisation des PED se limite toujours en grande partie à l’industrie manufacturière, le transfert de technologie sera lent, son principal objectif visera le remboursement des dettes :

 « La Banque mondiale signale en outre qu’au cours des dernières années, la Malaisie, la Colombie, la Turquie et la Thaïlande ont considérablement augmenté leurs exportations de produits manufacturés. Or si l’on compare le tableau des nations auxquelles revient une part importante de la dette envers des sources de financement privées, au tableau des pays qui produisent et exportent des produits manufacturés, on constate qu’il s’agit, sauf exception, des mêmes pays. On peut donc en déduire qu’il existe une relation essentielle entre la dette extérieure et la nouvelle division du travail souhaitée par les grandes banques. »

 (Samuel Lichtensztejn et José M. Quijano, La Dette des pays sous-développés et le rôle des banques privées internationales, éd. Publisud, 1982)

 La dette du tiers monde a révélé qu’il n’était plus possible pour les banques d’accorder des prêts avec comme seul objectif que le tiers monde consomme les productions industrielles de l’OCDE. Le terme de l’échange étant inégal et le coût du matériel importé toujours croissant il était devenu patent que de nombreux pays ne pouvaient plus honorer leur dette, on parla même d’annuler (5) la dette du tiers monde.

 La période où les prêts servaient à subventionner les importations commençait à toucher le fond. Le financement du développement du tiers monde va se muter en financement des déficits. C’est à ce moment qu’un remodelage du paiement de la dette fut basé sur l’exploitation pure et simple des forces de travail du tiers monde. Les banques et multinationales y voyaient leurs intérêts, les bourgeoisies compradores aussi en faisant entrer des devises pour payer le service de la dette. L’époque des délocalisations du centre vers la périphérie avait commencé :

 « D’après les banquiers les plus importants, les pays du centre conserveraient dans l’avenir leur monopole sur les industries de haut rendement qui exigent des technologies sophistiquées tandis que les pays du tiers monde les plus avancés se lanceraient dans les industries ou les usines de montages qui requièrent beaucoup de main-d’œuvre. L’axe nord-sud des circuits commerciaux ne serait plus consacré uniquement à l’échange de produits manufacturés contre matières premières ; le commerce de marchandises diversifiées prendrait la première place. »

 (Samuel Lichtensztejn et José M. Quijano, op. cit.)

 Aussi dès l’an 2000 les PED produisaient près du quart de la production manufacturière mondiale. Alors qu’en 1970 les quatre cinquièmes de la production manufacturière mondiale étaient encore concentrés dans les pays du centre (Europe occidentale, Amérique du nord, Océanie et Japon).

 L’impact des chocs pétroliers sur les pays en développement et les pays les moins avancés

 

1194964108402On accorde généralement trop peu d’attention à ce que furent véritablement les chocs pétroliers et leurs conséquences. Nous allons donc résumer la situation en mettant l’accent sur ce qui nous semble essentiel. Pour les PED et PMA, l’impact de l’augmentation du prix du brut (+ 400 %) fut dévastatrice, ces pays sans ressources pétrolières significatives ne disposant pas des devises suffisantes pour acheter les produits dérivés du pétrole (engrais, produits chimiques...). Le concept de « quart monde » comme nouveau classement hiérarchique du capital était né. Le bonheur des uns venait de faire le malheur des autres. Les pays de l’OPEP vont bénéficier, entre 1974 et 1980, d’un excédent de 330 milliards de dollars ; alors que le déficit commercial des pays non pétroliers, le quart monde, sera de l’ordre de 300 milliards (6) .

Après le choc pétrolier de 1973, le déficit des pays importateurs du tiers monde passe de 36,8 % à 72,7 % en 1977. L’Inde, le Bangladesh et certains pays d’Afrique noire sont dans des situations dramatiques. C’est au final l’OPEP qui servira de bailleur de fonds pour amortir la douloureuse augmentation du prix du brut. Il faut souligner que c’est par le truchement du FMI et de capitaux saoudiens que l’opération « facilité pétrolière » va se faire. Elle est censée aider les pays les plus pauvres. Mais le gros des pétrodollars, 120 milliards, sera recyclé par les banques américaines, européennes et japonaises.

 Quelques années après, changement de programme : les Etats-Unis décident la déréglementation de leur marché domestique et développe le concept de « grande bassine » (7) où tous peuvent s’approvisionner en pétrole selon le cours de celui-ci.

 « Le premier Executive Order signé par Ronald Reagan, en janvier 1981 déréglementait entièrement le marché pétrolier intérieur. L’idée directrice n’était plus la quête de l’indépendance énergétique mais la minimisation du coût de l’approvisionnement. L’évolution de la dépendance pétrolière serait déterminée par le libre fonctionnement du marché, c’est-à-dire par la libre concurrence entre pétrole domestique et pétrole importé. »(Ramses, éd. Dunod, 2005, p.146)

 Nous savons tous ce qu’il en est advenu, une instabilité en dents de scie, mais à la hausse, du prix du pétrole. Si durant la période 2000-2003 le prix du baril se stabilise entre 22 et 28 dollars, suite à un effondrement en 1998 à 10 dollars, la période 2004-2008 sera celle de l’explosion de la demande ; les prix vont atteindre 100 dollars le baril avec un pic de 145 en 2008. Le baril est actuellement (juillet 2013) à 106,61 dollars.

 1994 : la dette des pays en développement explose de nouveau

 A la fin de l’année 1994, la dette des PED explose de nouveau, elle passe de 840 milliards de dollars en 1982 à 1 900 milliards de dollars. Ceci correspond à un nouvel afflux de capitaux privés qui se sont investis en Argentine, Chine, Corée du Sud, Indonésie, Malaisie, Mexique, Thaïlande. Tous sauf la Chine vont entrer en crise : 1994, troisième crise mexicaine ; 1997-1998, crise dite asiatique, qui touchera l’Indonésie, la Corée du Sud, la Thaïlande, la Malaisie ; 2001-2002, crise en Argentine.

 La crise de la dette des PED n’est au final que celle du capital total et va se manifester par toute une série de dévalorisations financières (8), dont la crise argentine de 2002 mettra en exergue le risque de la dette souveraine. Ces événements seront à la base du revirement de la politique monétaire américaine et son spectaculaire gonflement du déficit. Les Etats-Unis venaient remplacer les PED ou économie émergente comme pôle débiteur des marchés financier mondiaux. L’Allemagne de l’Ouest et le Japon prenant la place de l’OPEP comme pourvoyeurs de fonds.

 Depuis, la crise dite des subprimes (2007-2008) a éclaté aux Etats-Unis, centre du capitalisme mondial, et s’est étendue à l’échelle mondiale. Six années se sont écoulées et malgré des mesures en tout genre la crise est toujours là, et rien ne permet de relancer la machine. Pire encore, les peuples constatent que le sauvetage des banques par les Etats (2007-2009) a engendré la dégradation des finances publiques débouchant sur une crise de dettes souveraines dont ils sont les victimes. Nous voyons des Etats comme le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie prendre le chemin du défaut de paiement de la Grèce.

 Les gouvernements de gauche comme de droite ne sont en place que pour faire payer leur crise aux peuples. Les plans d’austérité tombent en cascade malgré les autocritiques intéressées du FMI et du G7. Début mai, le Premier ministre portugais annonçait qu’il allait faire de sévères coupes dans les dépenses publiques (9) afin de respecter les engagements budgétaires. Pedro Passos Coelho a annoncé le report de l’âge du départ à la retraite, l’allongement du temps de travail et la réduction du nombre des fonctionnaires. L’Union européenne a aussi ses mingong (mot chinois désignant les migrants de l’intérieur) ; dans des pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal de nombreux sans emplois sont contraints à l’émigration : selon une organisation patronale espagnole, plus de 300 000 Espagnols ont quitté le pays depuis 2008. La crise grecque est une aubaine pour l’Allemagne qui a besoin chaque année d’un flux migratoire de 200 000 immigrés ; 30 000 Grecs ont rejoint l’Allemagne entre juin 2011 et juin 2012 et 25 000 Espagnols tous les ans.

 Dans un monde de suraccumulation de capitaux et de surcapacité industrielle, il devient quasiment impossible de poursuivre les rythmes de croissance à la hausse, c’est-à-dire d’être en mesure de poursuivre une accumulation élargie. Les mesures d’austérité qui ont balayé la planète, ont bien entendu rétréci le champ d’activité de la demande mondiale au détriment de tel ou tel bloc économique ou de certaines filières industrielles, les surcapacités du secteur automobile le démontrent chaque jour (10). La dernière réunion du G7 (10 et 11 mai 2013 à Londres) a mis en relief certaines contradictions au sein de la finance mondiale. Alors que le FMI et le G20 commencent à faire leur autocritique sur les mesure d’austérité, la convocation d’un G7, par le Royaume-Uni qui en a la présidence, visait à affirmer qu’il fallait maintenir le cap de l’austérité et compter sur les banques centrales pour la relance. Autrement dit, la réunion du G7 avait pour but de contrer l’autocritique du FMI sur les dommages infligés à l’économie par la rigueur trop sévère. Pour les Britanniques la solution réside dans la création monétaire par les banques centrales, c’est-à-dire faire fonctionner la planche à billets et monétiser la dette.

 Jouer sur la masse monétaire c’est la base du monétarisme, mais en arriver à créer de la monnaie de singe c’est une échappatoire qui aura des conséquences catastrophiques, comme les dévaluations compétitives l’ont montré. Le participant canadien au G7, Jim Flaherty, pourtant partisan de l’austérité, s’est tout de même interrogé sur les conséquences d’une explosion des masses monétaires : « Je comprend l’intérêt mais c’est censé rester une mesure temporaire et ne pas devenir un levier permanent sous peine d’en devoir payer les conséquences. » Cependant la boîte de Pandore est de nouveau amplement ouverte au pays du Soleil Levant. Le Japon veut doubler sa masse monétaire d’ici fin 2014, ce qui a fait chuter le yen à son plus bas niveau depuis quatre ans. De son côté, aux Etats-Unis, la Fed poursuit ses injections de monnaie dans les circuits monétaires à la cadence de 85 milliards de dollars par mois.

La guerre des monnaies revient sur le devant de la scène comme mesure protectionniste. Tous vont finir par dévaluer leur monnaie pour récupérer des parts de marché au détriment des autres. Par exemple la dévaluation de la monnaie japonaise va redonner un coup de fouet à l’exportation de Toyota, Nissan (11), Honda... au détriment des industries automobiles chinoises, allemandes et coréennes ; mais il ne faudra pas attendre beaucoup de temps pour que les lésés baissent à leur tour la valeur de leur monnaie. Chaque coup de boutoir de ce genre entraîne des restructurations et des licenciements massifs ainsi que l’augmentation de la productivité... L’Allemagne, dont la croissance se fait à l’export, a immédiatement réagi et considère qu’il y a triche ; les Américains vont dans le même sens que les Allemands et pensent qu’il est déloyal d’être concurrencé par un simple effet de change.

 « On glisse de la guerre commerciale à la guerre des monnaies, qui peut être alimentée par une surenchère sans fin », déplorent-ils. De fait, si tout le monde se met à faire marcher la planche à billets, le vrai danger devient global, on redoute la formation de nouvelles bulles financières au-dessus de ces masses de capitaux flottants.

 En conclusion

 La doctrine Monroe, du nom du président des Etats-Unis (4 mars 1817-4 mars 1825) célèbre pour son « l’Amérique aux Américains » suivi de la reconnaissance des nouvelles républiques latino-américaines, ne fut qu’une entreprise visant pour l’Amérique du Nord à chasser l’occupant espagnol. Le wilsonnisme et son droit des peuples à disposer d’eux-même poursuivra dans le même sens, les indépendances nationales n’étant que le prélude à la pénétration du capital financier.

 L’emprunt international est à ce niveau l’expression du capital total, ce capital qui déjà commence à sortir des cadres nationaux sous la forme de l’impérialisme (capital financier). Ce qui est caractéristique c’est que le système semble complètement imperméable aux crises de la dette, au risque Etat… Comme une vague, le capital financier vient sans cesse se heurter sur la falaise de l’endettement qui s’effondre, puis reprend de l’ardeur. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi et jusqu’où un tel système peut tenir.

 Dans cet article nous avons essayé de montrer comment le capital financier va de crise en crise par un mouvement en spirale, que l’exportation des capitaux n’a rien de progressiste ou d’humaniste mais ne vise que la reproduction du capital, son élargissement. Quand le profit baisse, le capital fait ses valises et cherche d’autres opportunités. La dette du tiers monde montre bien les diverses étapes ayant au final menées à la crise mondiale. Les chocs pétroliers avaient pour fonction de sauver la monnaie universelle en péril, représentée par le dollar. La stratégie américaine était que leurs rivaux européens et japonais ainsi que le tiers monde contribuent à supporter une partie de leur crise monétaire et commerciale afin d’éviter l’éclatement du système. Le cartel pétrolier anglo-américain allait utiliser les chocs pétroliers à ces fins.

 Les Etats-Unis furent dans un premier temps bénéficiaires de la crise pétrolière qu’ils avaient déclenchée. Ils payent le pétrole un peu plus cher, mais l’Europe et le Japon encore plus ; quant au tiers monde, il n’existe déjà plus, et on parle de quart monde ; un quart monde principalement endetté auprès de banques américaines. Fin 1975, les deux tiers des prêts octroyés venaient de banques américaines.

Les Américains pensaient qu’ils avaient finalement sauvé le monde d’une catastrophe financière en mettant l’Europe et le Japon à contribution, en procédant à deux dévaluations du dollar pour amortir les chocs pétroliers, faisant ainsi payer les pays de l’OPEP qui devront ensuite essuyer la dette du quart monde, c’est-à-dire les créances américaines sur lui.

 Les Etats Unis avaient réussi à améliorer provisoirement leur position concurrentielle sur le marché des produit manufacturés, revalorisé le brut américain (et celui de l’Alaska) tout en remettant le dollar en selle sur le marché des changes. Le cartel des sept sœurs empochait les bénéfices. Cependant l’Europe, le Japon et d’autres pays vont réagir, les uns en créant des sociétés nationales comme l’ENI italienne, les autres, de l’OPEP, cherchant à amortir la facture des dévaluations du dollar.

 Cette redistribution, à coup de chocs pétroliers et de dévaluations du dollar, va transformer l’OPEP en bailleur de fonds du tiers monde et permettre ainsi aux banques privées de se retirer provisoirement d’un secteur qui ne donne plus le jus espéré (12). C’est la manne financière de l’OPEP qui va hériter des déboires des PED dont la croissance se trouve interrompue du fait de la hausse du prix du pétrole et de la chute du prix des produits primaires agricoles et miniers.

 Le retournement monétariste de 1979 et la vague libérale qui va suivre vont permettre aux marchés financiers internationaux de submerger tous les systèmes de contrôle et notamment ceux des Etats sur l’économie. Ce qui veut dire que le capital financier, qui a le marché mondial comme terrain de jeu, poursuit son émancipation des carcans étatiques, via la globalisation financière. La Bourse au grand dam de feu Lénine (13) revient en force et va faire plier les rigidités du capitalisme monopoliste d’Etat tant a l’Ouest qu’à l’Est. Les capitaux sans rendement suffisant se sont tournés vers les marchés boursiers émergents à haut rendement. Dès 1980 il y aura une accélération des Investissements directs internationaux (IDI). Au début des années 1990, le développement de ce qui fut appelé « la régionalisation boursière », est passé en dix ans de 1 000 milliards de dollars de capitalisation à 2 000 milliards. En 1994 la dette des économies émergentes explosera et va être le signal d’une crise de l’endettement international notamment centré sur l’Amérique latine, chasse gardée des banques américaines.

 La dette latino-américaine est vite apparue comme pouvant faire exploser le système financier international, prouvant ainsi que cette dette était celle du capital total. Tout un système de colmatage, de plan Brady et autres ne feront que reculer les échéances : la Citicorp (14) est contrainte de provisionner pour créance douteuse ce que d’autres banques ne peuvent pas faire. Le système financier international entrera finalement dans la tourmente avec la crise des subprimes et mijote depuis dans les bassines de l’Union européenne confrontée elle aussi non seulement à la dette publique, mais encore au risque Etat. Actuellement les spéculateurs misent sur le pétrole, espérant une reprise de l’économie mondiale en 2014, comme ils espéraient auparavant une poussée indéfinie des cours de l’or.

 Rien de tout cela ne sera au rendez-vous ; même le FMI en doute. Par contre les surcapacités, les dépenses publiques vont se poursuivre et l’inflation va commencer à s’étendre.

Gérard Bad fin juin 2013

Au sujet de l' inflation voir sur ce blog

 

Bibliographie : Ramses, éd. Dunod, 2005 ; Jean-Marie Chevalier, Le Nouvel Enjeu pétrolier, éd. Calmann-Lévy, 1973 ; Samuel Lichtensztejn et José M. Quijano, La Dette des pays sous-développés et le rôle des banques privées internationales, éd. Publisud, 1982 ; Pascal Arnaud, La Dette du tiers monde, éd. La Découverte, 1984 ; Jacques Adda, La Mondialisation de l’économie, éd. La Découverte, 2012.

 

NOTES

(1) En anglais PIGS correspond au français porc, et le S à Spain (Espagne).

 (2) L’expression « tiers monde » date du 14 août 1952, sous la plume d’Alfred Sauvy dans L’Observateur politique économique et littéraire, en référence aux deux blocs d’alors, mais aussi au Tiers Etat de la révolution française : « Car enfin ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut lui aussi, être quelque chose ».

(3) Créée en 1964, la CNUCED a pour objectif d’intégrer les pays en développement dans l´économie mondiale de façon à favoriser leur essor.

 (4) Le taux de chômage commençait son ascension : entre mi-1973 et mi-1975 il passe de 5 % à 9 % aux Etats Unis et de 2,5 % à 5 % dans la CEE.

 (5) Quand on parle d’annulation de la dette, il s’agit surtout de réduction des dettes publiques contractées auprès d’Etats et organismes internationaux officiels. Pour la dette privée, pour un pays devenant insolvable, il y a peu de recours de la part des créanciers. D’où un marché gris où ces créances se revendent, au titre de junk bonds (obligations pourries), avec une forte décote (effets de la notation de la dette et de la prime de risque sur les taux d’emprunt).

 (6) Pascal Arnaud, La Dette du tiers monde, éd. La Découverte, 1984, p 47.

 (7) La formule « one great poll » est de Morris Adelman, professeur au MIT, un des principaux experts du marché pétrolier.

(8) Voir a ce sujet l’article « Crise, la fin des rafistolages » dans Echanges n° 138, p.48.

(9) Pour trouver 4,8 milliards d’euros d’ici à 2015, le gouvernement portugais veut supprimer 30 000 postes de fonctionnaires et porter l’âge du départ à la retraite à 66 ans. Le projet de budget 2013 augmente les impôts sur le revenu de 30 % en moyenne.

 (10) La conséquence directe de ce marasme, c’est la sous-utilisation des usines en Europe. Dans le secteur automobile, sur cent sites de production, 58 % perdent de l’argent car ils n’utilisent pas pleinement leurs capacités. « La sous-utilisation des usines européennes a atteint un niveau critique, et les réductions de capacité annoncées à ce jour seront très probablement insuffisantes pour pallier la situation, indique Laurent Petizon, directeur général d’Alix Partner’s. Pour ajuster la production aux faibles volumes de ventes anticipés pour les années à venir, il conviendrait de réduire les capacités de 3 millions d’unités. Ce chiffre équivaut à la fermeture de dix usines de la taille du site PSA de Sochaux (316 700 voitures produites en 2012). L’étude révèle que la sous-utilisation des sites touche particulièrement la France, où 62 % des usines perdent de l’argent. » (L’Usine nouvelle [usinenouvelle.com], rendant compte d’une étude du cabinet de conseil Alix Partner’s, selon laquelle le marché automobile restera durablement déprimé, avec des surcapacités de production toujours plus criantes.)

(11) Carlos Ghosn, notamment, président de Nissan, déplore depuis de nombreux mois la vigueur du yen, « qui entrave la compétitivité des groupes japonais ».

(12) De 1978 à 1982, la dette des pays non pétroliers passe de 336 à 612 milliards de dollars et les banques vont limiter leur prêts. (Pascal Arnaud, op. cit., p73).

(13) Lénine : « En d’autres termes, l’ancien capitalisme, le capitalisme de la libre concurrence, avec ce régulateur absolument indispensable qu’était pour lui la Bourse, disparaît à jamais. Un nouveau capitalisme lui succède, qui comporte des éléments manifestes de transition, une sorte de mélange entre libre concurrence et monopole. » (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme.)

(14) En avril 1998, Citicorp va fusionner avec Traveler Group pour devenir Citigroup.

 

 

 

Posté par spartacus1918 à 06:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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