SPARTACUS

25 mai 2017

SNCF, ce n' est pas de la terreur, ni de l' acharnement contre les cheminots et cheminotes alors c' est quoi ?

 -c' est quoi de voir un de ses camarades comme Edouard choisir de se donner la mort en se jetant sous un train.

 -c'est quoi, cet acharnement particulier contre les cheminotes militantes syndicalistes en charges de famille.

 nathalie

 

Tous le 6 juin 2017- DEVANT LE CAMPUS RESEAU A SAINT- DENIS A PARTIR DE 11H30 POUR SAUVER NATHALIE DES GRIFFES DES CHAROGNARDS

 

-c'est quoi, cette terreur managériale permanente qui pousse au suicide nombre d' entre nous, c'est du terrorisme insidieux de la terreur au goutte à goutte.

 

-c'est quoi cet acharnement contre Mathieu, en procédure disciplinaire depuis une année , sorte de couloir de la mort pour ceux qui ne tiendront pas la coup et se suicideront.

 

-Terreur et acharnement juridique ne visent qu'un objectif radier (licencier) ceux qui peuvent entraver les plans de liquidation de nombreux cheminots et cheminotes. Ils sont actuellement 18 nos camarades en instance de licenciement et d' autres vont suivre.

 

-Etat d' urgence pour la classe ouvrière, la convergence des répliques est notre meilleure sécurité. Le droit bourgeois, les pétitions ne sont que le résultat de notre impuissance à nous unir.

 

Les cheminots de La Souterraine et les GM&S montrent la voie



 

 

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18 mai 2017

VERS LE STADE UBER DU CAPITALISME

Article de "Courant alternatif", mensuel anarcho-communiste n° 269 - avril 2017.

Etoile
On ne parle plus que d’ubérisation, d’économie digitale ou de capitalisme de plate-forme ... Quelles réalités se dissimulent derrières ces formules nébuleuses ? Le capitalisme serait-il entré dans une nouvelle phase de développement, celle de la prétendue “révolution numérique” ? En fait de bouleversement, nous assistons à l’accroissement et à l’aggravation de l’exploitation de la force de travail ; à l’éclatement de celle-ci en une multitudes de sous-conditions pires les unes que les autres.

C’est dans un contexte particulier pour l’économie mondiale qu’apparaît le capitalisme de plate-forme, celui d’une sur-accumulation de capitaux et d’une crise de la réalisation de la plus-value. Les moyens mis en œuvre pour contrecarrer cette tendance, qu’il s’agisse des ressorts déployés en Asie et en Amérique latine, de la ventilation de produits financiers tous azimuts ou encore de la spéculation foncière, se heurtent tous à leurs limites. Ils entretiennent à l’échelle de la planète une instabilité chronique autant politique qu’économique dont les populations endurent les effets à des degrés variables.
 

L’État, la technologie, la précarité

Plusieurs facteurs facilitent l’apparition et la diffusion de cette forme contemporaine d’exploitation de la force de travail. D’abord, l’expansion du numérique et de ses outils ainsi que des modes de relations sociales qu’il engendre au quotidien : le repli sur la sphère privée et domestique, la médiatisation des relations interpersonnelles ou collectives, la marchandisation des pratiques de sociabilité qui y échappaient encore ... Tout cela tend à brouiller les frontières temporelles établies auparavant entre d’un côté le travailleur et de l’autre le consommateur. Par le travail gratuit qu’il fournit dans certaines circonstances (caisses automatisées, cartes bleues, etc ...), ce dernier tend à devenir à son tour un producteur de plus-value. Les nouvelles formes de travail avec la précarité qui leur est associée doivent être interrogées pour ce qu’elles mettent en jeu aujourd’hui plutôt qu’être envisagées comme un simple retour vers le dix-neuvième siècle.

Vient ensuite la politique d’austérité et de désengagement des États doublées d’attaques répétées contre la protection sociale au nom de la relance par la croissance. C’est dans ce contexte que l’État va légaliser les pratiques courantes du travail informel et créer un appel d’air en direction d’une masse pléthorique de surnuméraires (1). Sur le fond, rien ne change. Il s’agit toujours d’une lutte autour du coût de la force de travail. C’est sur la forme qu’il convient dorénavant de s’interroger, en particulier sur la singularité de certaines de ces luttes dont les acteurs réclament à (re)devenir des salariés. Enfin, ces transformations technologiques contribuent à polariser l’emploi à ses deux extrémités : d’un coté une minorité de techniciens très qualifiés, de l’autre une masse croissante d’employés à la productivité relativement faible pour le système lui-même. Entre les deux, de nombreuses tâches intermédiaires sont désormais prises en charge par les outils informatiques. Mais là encore, contrairement à ce qui se dit, cette précarité n’est pas liée à la technologie car aucune technologie n’implique intrinsèquement la précarité, celle-ci est d’abord le résultat d’un rapport social.

A quel phénomène a-t-on affaire ?

L’ubérisation apparaît comme un phénomène relativement nouveau qui s’est rapidement propagé dans de nombreux domaines d’activité comme le commerce, le bâtiment, les transports et même l’éducation. Son cœur de cible, ce sont les services qui depuis 2013 représentent la moitié des emplois à l’échelle mondiale. En particulier ceux liés aux entreprises et à la personnes qui avec 52 millions d’emplois domestiques dans le monde laissent entrevoir de substantielles marges de progression (2).

Une fois encore, la nouveauté n’est qu’apparente. Depuis le début des années 90 certaines entreprises ont recherché et développé de nouvelles stratégies organisationnelles. L’appel à la sous-traitance, le recours en nombre à des travailleurs dit indépendants ne datent pas d’aujourd’hui et l’emploi atypique n’est pas l’apanage des “métiers du Web”. Dans quelques secteurs bien précis, comme celui de la téléphonie, le phénomène avait explosé bien avant. On pourrait même affirmer que l’ubérisation a toujours existé, du moins illégalement.

En fait, ce qui semble surprendre c’est la soudaineté et le retentissement qui accompagnent l’événement dont les effets, il est vrai, restent difficiles à évaluer à terme. Et quoi qu’en disent ses instigateurs, il demeure une forme tout ce qu’il y a de plus ordinaire et prédatrice de capitalisme.

Selon leur propre définition, ces entreprises sont des start-up de l’économie collaborative, du partage et de la connaissance. Leur fonction est de mette en relation des particuliers qui cherchent à échanger entre eux des services marchands ou non marchands. La rhétorique rappellerait presque celle des “Systèmes d’ Échanges Locaux de services”, les SEL, très à la mode il y a encore quelques années. En réalité, l’économie du partage est une jungle dans laquelle règne une concurrence débridée et où la propriété et le profit sont les seules valeurs qui ont court.

Autre imposture et non des moindre : pour être viables, ces start-up réputées être des sociétés innovantes, se doivent d’atteindre une masse critique grâce à une croissance aussi rapide qu’élargie de leur capital. Face à de grands groupes qui disposent d’une importante masse d’avoirs, seule l’exploitation violente de la force de travail afin de réaliser d’importants volumes de productions leur permettra d’y parvenir. La réponse ne s’est pas fait attendre. De Delhi à Paris en passant par New-York les grèves de chauffeurs Uber ont éclaté après que la commission prise par la compagnie sur leurs revenus soit passée en quelques semaines seulement de 10 à 20, puis 25 %

Le cas Uber

Penchons-nous sur le cas précis de l’entreprise Uber : sept ans après sa création et son entrée en bourse, elle n’aurait toujours pas gagné d’argent. Elle aurait même perdu plus de 4 milliards de dollars. Tout cela est impossible à vérifier mais la société tiendrait le coup grâce aux avances de ses financiers qui commencent à s’impatienter. Le miracle tiendrait d’avantage encore au fait que la start-up n’a jamais payé d’impôts, ni en France ni ailleurs, grâce à de classiques montages fiscaux. Depuis quelques mois, l’Urssaf poursuit la société pour “travail dissimulé” et “détournement de statut”. Les charges les plus lourdes pour Uber ne sont évidemment pas les salaires mais les dépenses de communication et de publicité. Elles devancent celles de l’investissement en recherche et développement. D’ailleurs Uber est propriétaire de son algorithme, c’est à dire du calculateur qui établit, impose et surveille dans les moindres détails les cadences de travail de ses chauffeurs. Coincé entre l’évaluation permanente de son donneur d’ordre et la notation du client qu’il sert, le travailleur ubérisé est en permanence à la merci de la sanction qui le conduira vers la porte de sortie.

Dernière péripétie en date, le conflit qui oppose Uber à Google. Elle est signifiante à plus d’un titre. Marchant sur les traces de leurs aînées, les start-up poursuivent la quête chimérique d’un capitalisme sans ouvrier. Cette fameuse anticipation “du coup d’après” que l’on attend toujours. Pour Uber, cela passe par le développement des véhicules sans chauffeur. Cette fois encore, Uber n’a pas trouvé la solution dans ses labos de recherche. La start-up s’est contentée de subtiliser les brevets au nez et à la barbe du concurrent. Comme quoi, les vieilles pratiques sont souvent les plus efficaces ... A plus d’un titre, la “révolution numérique” relève du mythe. Les gains de productivité promis n’existent pas, la relance qu’elle devait enclencher ne viendra pas.

Par contre, s’il est un domaine ou le secteur est efficace c’est dans la production du discours idéologique.

Devenir son propre patron !

Un patronat en position de force impose de fait ses conditions et son discours. Il diffuse son idéologie au travers d’un catéchisme rebattu sur la prétendue disparition des classes sociales et l’avènement de l’individu. Le pouvoir de l’idéologie c’est d’obtenir le consentement autour de notions prétendument acceptées et partagées par le plus grand nombre, le cas échéant en prétextant de leur caractère inéluctable ; on se souvient du slogan de Thatcher : “There is no alternative”. Dans le cas présent, l’économie collaborative s’offre comme la réponse aux attentes de salariés qui réclameraient à “travailler autrement”, à être “plus autonome” ... On sait les capitalistes passés maîtres dans l’art de récupérer, neutraliser et recycler des revendications disputant leur pouvoir. Ils nous livrent ici leur mouture du sujet postfordistes, flexibles et mobiles” des thèses d’un Négri dernière période. Ils transposent à leur profit la critique “artiste” et bohème pointée contre le travail salarié, celle de la précarité revendiquée.

En flattant la responsabilité et l’initiative personnelle, ils entretiennent une rhétorique libérale qui s’est d’abord construite contre les “perdants et les assistés” afin de diviser profondément et durablement le prolétariat. Il y a quelques années, la présidente du Medef déclarait : “« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? ». La précarité obéirait pour le patronat à une loi naturelle dont on ne réchappe que par l’effort individuel et le renoncement à tout ce qui avait permis aux travailleurs d’échapper un tant soit peu et collectivement aux aléas de leur condition d’exploité. Cette idéologie de l’entrepreneuriat aux petits bras, celle du “se mettre à son compte” ne date pas d’aujourd’hui. Elle rôde autour du prolétariat depuis ses origines. Dans une période d’éclatement du collectif ouvrier, de la perte de ses repères, il n’est pas étonnant qu’elle refasse surface. A plus forte raison quand la marge de manœuvre n’existe pas. C’est ainsi que le patron d’Uber en France peut se vanter d’offrir une chance aux jeunes dont personne ne veut sur le marché du travail, en particulier à ceux issus de l’immigration.

Tous auto-entrepreneurs ?

Actuellement en France, il n’y a jamais eu autant de salariés : 86 %. Évidemment tous ces salariés ne sont pas des prolétaires. Selon les chiffres de la DARES l’emploi “atypique” sous ses multiples aspects représente désormais plus de 25 % des postes dans l’hexagone (3). Le phénomène apparaît peu visible car il touche d’abord les premiers licenciés quand la situation se dégrade. Il est toutefois en augmentation et on l’observe dans beaucoup de pays industrialisés. Par comparaison, le salariat ne représente dans le monde que la moitié des emplois et les formes de travail atypiques progressent partout. En Grande-Bretagne, depuis 2010, 44% des postes créés relèvent du régime des travailleurs indépendants. Aux États-Unis, les free-lance compteraient pour plus d’un tiers des effectifs.

Les nouveaux statuts de travailleurs indépendants comme celui de l’auto-entrepreneur ne permettent pas de vivre. S’ils ne paient rien jusqu’à un certain seuil, les auto-entrepreneurs en contre-partie ne gagnent rien. 90 % d’entre eux touchent moins que le SMIC tout en ne bénéficiant d’aucun des acquis sociaux d’un salarié. La fonction sert d’abord à maquiller les chiffres du chômage. C’est pour cette raison que des entreprises comme Uber ont tout de suite senti l’intérêt qu’elles pouvaient en retirer, laissant miroiter une porte de sortie à une frange de travailleurs sans perspective. Le travailleur indépendant sous statut d’auto-entrepreneur se retrouve en réalité sous une dépendance accrue, dans une relation de travail déguisée qui légalise cette vieille figure du “travail au noir”.

Luttes, composition de classe et revendications

Les luttes existent dans les secteurs ubérisés. Il y a celles qui ont été médiatisées comme le mouvement des chauffeurs de VTC à Paris. Il y en a d’autres qui le sont moins, comme celles des livreurs employés à Londres ou à Lyon par les sociétés Deliveroo, Foodora, Uber-Eats, Stuarts ... Elles sont d’autant plus intéressantes qu’elles éclatent là où on les attend le moins, là où les syndicats traditionnels ne sont pas présents. En France l’UNSA et la CFDT assument d’accompagner l’ubérisation des emplois en proposant de rattacher les chauffeurs de VTC au fameux “compte personnel d’activité” de la loi travail. Aux USA, les plate-formes ont préféré payer 84 millions de dollars aux chauffeurs qui réclamaient à devenir salariés plutôt que de céder sur le statut de travailleur indépendant. En Grande Bretagne, les luttes de travailleurs précaires se sont multipliées dans les services et ont obtenu gain de cause sur les salaires, les congés maladie et le remboursement des outils. Ceux de l’entreprise Deliveroo organisés dans le petit Syndicat des Travailleurs Indépendants de Grande Bretagne (IWGB) ont décroché une augmentation de 28 % de leur salaire. La particularité de ces luttes tient au fait qu’elles sont minoritaires et se déroulent en dehors de tout cadre légal prévu par le droit du travail. La plupart du temps, elles prennent l’aspect de grèves sauvages soutenues par de petits syndicats qui rappellent les méthodes des Woobblies. Elles mettent en action essentiellement des jeunes, étudiants pour la plupart, diplômés pour certains, pour qui le “job” censé n’être qu’occasionnel devient en définitive “le travail” et la principale source de revenu.

Dans un environnement individualisé et segmenté, il n’y a d’homogénéité ni dans les revendications, ni dans la manière de s’organiser ou de penser le rapport au travail. Pour beaucoup de ces travailleurs qui espèrent encore passer à autre chose, seule la paie justifie l’activité. Pour d’autres l’état d’esprit semble différent. Dans le témoignage que rapportent les livreurs à vélo organisés de Lyon, certains d’entre eux, bien que précaires, se font une idée précise de leur travail et se vivent comme des “professionnels” (4). Il souhaitent pérenniser leur métier et revendiquent un savoir faire. On peut retrouver ce phénomène chez certains types de salariés qui travaillent dans les grandes surfaces de produits sportifs ou culturels, par exemple. Depuis 2015, les livreurs lyonnais ont créé un club et ouvert un local pour s’organiser puisqu’ils n’ont droit ni au chômage, ni à la retraite, ne touchent aucune prime de risque et n’ont aucune couverture sociale en cas d’accident. Mais là encore il n’y a pas de consensus sur l’objectif à atteindre. Certains d’entre eux réclament un CDD ou un CDI, d’autres souhaitent rester auto-entrepreneur mais avec un statut qui serait plus encadré.

La généralisation de la sous-traitance, du travail précaire, de l’intérim et de la flexibilité isolent les individus et entravent l’apparition d’un sentiment d’appartenance collective. Pourtant apparaît un nouveau monde ouvrier. Il ne forme pas un tout homogène, sa composition évolue en permanence, dans le temps et l’espace au gré des évolutions techniques, des crises économiques et des restructurations, des conflits sociaux et politiques. S’il reste invisible aux yeux de ceux qui font profession de nous expliquer la marche du monde, c’est d’abord parce qu’on ne trouve que ce que l’on cherche réellement.

Xavier.
Boulogne-sur-mer, le 19/03/17

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13 mai 2017

INFOBREF N°488-GM&S les ouvriers détruisent les machines

INFOBREF N°488

 

Les réformes du marché du travail, en partie promues par la BCE, ont contribué à l'essor du travail à temps partiel, offrant aux employeurs une plus grande souplesse dans la gestion de leurs effectifs. Les entreprises privilégient désormais ce type d'embauches plutôt que d'accroître la charge de travail de leurs employés.

Le nombre de postes à temps partiel ou à durée déterminée a augmenté de près de quatre millions dans la zone euro depuis la crise financière alors même que l'emploi total n'a pas augmenté.

La BCE estime qu'environ 3,5% de la population en âge de travailler est statistiquement inactive même si cette fraction pourrait rapidement revenir sur le marché du travail. Une autre fraction de 3% est sous-employée, c'est-à-dire travaille moins qu'elle ne le souhaiterait.

Avec ces deux catégories, le sous-emploi dans la zone euro est encore supérieur de trois points de pourcentage à son niveau d'avant-crise, indiquent les données de la BCE. (sources BCE,AFP=



Les élections présidentielles de 2017 se caractérise par la victoire des abstentions 25,38 % des blancs 6,34% et des nuls 2,24% au total= 33,96%

 

Emmanuel Macron est élu avec seulement 43,63 % des inscrits

les ABN abstentions blancs et nuls totalisent 33,96% des inscrits

Marine Lepen totalise 22,42 % des inscrits

 Emmanuel Macron, est l' homme de l'institut Montaigne, un repaire de patrons venant de la fondation Saint simon ; l'homme du temple, c' est à dire du Grand Orient de France dont il a symboliquement fait état devant la pyramide du Louvre. Il est aussi celui des barbares attaquent ces champions de la numérisation.

Les conséquences des "accords" de compétitivité: le cas de PSA

Au mois de juin 2017, la « modernisation » de l’usine Peugeot à Mulhouse arrive à sa fin. Quatre ans après la signature du plan de compétitivité « Nouveau Contrat Social » (NCS), les conditions de travail se sont fortement dégradées, rendant l’ambiance sur le site invivable. Cet exemple donne en quelque sorte un avant goût de ce à quoi il faut s’attendre sous un futur gouvernement Macron.

Alice Leiris mercredi 10 mai 2017

Les nouvelles chaînes de montage

Pour rendre plus compétitives ses usines, PSA a choisi une politique de « plateformes », c’est-à-dire de construire des ateliers de montage compacts qui peuvent assembler plusieurs modèles sur une seule ligne. A Mulhouse pendant des décennies jusqu’à 13 000 ouvriers ont travaillé sur deux lignes de montage qui assemblaient des Citroën et des Peugeot. Mais, depuis mars 2017, la nouvelle ligne assemble un nouveau modèle, en attendant que l’ancienne ligne Peugeot ferme, avec à la clef plusieurs centaines d’emplois supprimés. L’ « usine modèle » dont s’enorgueillit la direction du site de Mulhouse est une usine « compacte », mais aussi une usine aux cadences infernales. Les ouvriers ont désormais moins d’une minute pour accomplir leurs gestes lorsque la nouvelle ligne tourne à plein régime. Ils ne peuvent cependant pas savoir la vitesse exacte à laquelle tourne le nouvel atelier, car la vitesse de ligne n’est plus affichée. Ceci constitue un recul considérable des conditions de travail car les ouvriers se trouvent ainsi dessaisis de tout repère. Les grèves et les conflits sociaux qui ont eu lieu par le passé portaient justement entre autres sur cet affichage des cadences.

L’overtime et les samedis obligatoires

On trouve de tout dans le NCS de PSA. Mais parmi toutes ses mesures, c’est l’ « overtime » et les samedis obligatoires qui sont devenues la bête noire des ouvriers de PSA. L’overtime permet de rallonger de dix minutes la journée de travail normale lorsque la production journalière n’a pas été atteinte. L’overtime peut alors avoir lieu pendant la pause du matin, réduisant celle-ci de 31 à 21 minutes. Qu’on ne s’étonne pas dès lors de voir les ouvriers n’avoir fréquemment plus le temps de terminer leur repas, sans parler des relations avec les collègues qui sont réduites au strict minimum. Entre aller aux toilettes, manger, fumer une cigarette et parler aux collègues, PSA dit à ses salariés : il fut choisir ! D’autant qu’une panne, un défaut d’approvisionnement d’un sous-traitant ou tout autre prétexte peut être invoqué pour justifier le recours à l’overtime.
Dix minutes n’ont l’air de rien dans une journée de sept heures. Mais ces dix minutes de travail supplémentaires après une journée à la chaîne paraissent interminables. Mises bout à bout, ces dix minutes deviennent une heure par semaine quand la direction impose l’overtime tous les jours. Mais cela fait des années qu’à PSA on fait plus de 35 heures. Pour faire rattraper des voitures ou pour faire face à une augmentation des commandes, l’entreprise peut exiger des ouvriers de travailler les samedis, voire certains jours fériés. Récemment, c’est le 8 mai que les ouvriers ont dû travailler à l’usine de Mulhouse. A quand le 25 décembre ou le 1er janvier ?

La chasse aux salariés malades
L’ « usine modèle » n’est pas une usine pour tout le monde. Plus on travaille rapidement, plus la charge de travail s’alourdit, plus la santé des salariés se dégrade. Mais PSA ne voit pas d’un très bon oeil les salariés protégés par des restrictions médicales qui ralentissent la production dans sa nouvelle ligne de montage. Dans le NCS était prévu un plan de départ pour les salariés de plus de 57 ans, or on commence à ressentir dès 50 ans les effets d’avoir passé une vie à travailler à la chaîne. Et ces effets se ressentent encore plus avec l’augmentation de la vitesse de ligne, l’overtime et les samedis obligatoires. Les salariés âgés de plus de 50 ans qui ne peuvent bénéficier d’un départ anticipé sont pris entre le marteau et l’enclume. PSA ne sait plus trop quoi faire d’eux et les pousse doucement vers la sortie, par la petite porte. Il ne fait pas bon être malade dans l’ « usine modèle ».

Emmanuel Macron a annoncé que son premier projet en tant que président sera de réformer encore plus en profondeur le Code du travail avec une Loi travail 2, à coup d’ordonnances. « Simplifier », « flexibiliser », travailler plus, gagner moins, les salariés de PSA savent déjà ce que c’est. Ils savent aussi ce que c’est que lutter contre car ils ont été plusieurs centaines à débrayer au printemps 2016 contre la loi El Khomri.
Nous avons rapidement évoqué dans cet article quelques conséquences du plan de compétitivité de PSA. Macron promet aux ouvriers de PSA la même chose, en pire. Mais sa légitimité en tant que président est faible et ses attaques contre le monde ouvrier risquent de rencontrer une véritable résistance.

À bout, les GM&S de La Souterraine (Creuse) piègent leur usine et détruisent des machines

Publié
le 11/05/2017-Les salariés de GM&S haussent le ton. Depuis ce jeudi matin, ils mènent une action coup de poing sur le site de leur usine, basée à La Souterraine. Bien décidés à dénoncer l'échec des négociations de reprise de leur entreprise et de la hausse des commandes auprès de PSA et Renault, ils ont promis de découper une ou plusieurs machines par jour et ont piégé l'usine avec des bouteilles de gaz. 

Ce jeudi matin, les salariés de GM&S ont passé la vitesse supérieure en terme d'action coup de poing. Opérations escargot sur l'A20 et la RN145, blocages des sites et plate-formes logistiques des constructeurs PSA et Renault à Poissy, au Mans, à Villeroy, à Dompierre-sur-Besbre, manif sur les Champs Élysées, ils avaient multiplié les actions pour se faire entendre.

Retrouvez tous nos articles consacrés à l'entreprise GM& S

Aujourd'hui, ils sont à bout et comme ils l'ont répété maintes fois, ils n'ont « plus rien à perdre ». A commencer par leur usine, leur travail et les machines et outils qui vont avec. Alors ce jeudi, comme un symbole, ils ont décidé de détruire deux machines qui servent à fabriquer les pièces commandées par PSA et Renault.

 

 

Après l'outil d'emboutissage, les salariés se sont réunis dehors pour détruire un îlot robotisé au transporteur.

Piégé l'usine avec des bonbonnes de gaz

Il ont aussi « piégé l'usine avec des bonbonnes de gaz et des jerrycans d'essence qui vont être mis dans les fosses, sous les machines », et comptent rester là, jour et nuit.

« On est chez nous, on connaît excessivement bien les locaux, on a tous entre 25 et 30 ans d'ancienneté donc il ne faudrait pas qu'on essaie de nous envoyer quelqu'un, je pense que ça se terminerait très mal. On va surveiller l'usine, et si nécessaire, on fera ce qu'il faut si rien ne bouge. »

GM&S destruction d'outil

A 11 h 30, tous les salariés ou presque étaient réunis dans l'usine autour d'un outil d'emboutissage de carters. « C'est un outil qu'on met sous presse, qui sert à produire les carters de PSA. Ça va être plus que symbolique puisque c'est un outil de production donc il y a un moment où ça va coincer. »

Une heure plus tard, et plusieurs relais au chalumeau, l'imposant outil d'une dizaine de mètres de long et de 250.000 euros était coupé en deux, rendu inutilisable.

A l'entrée du site, c'était ensuite au tour d'un îlot robotisé de subir le même sort que l'outil d'emboutissage. Dans le même temps, la direction a pris la décision de bloquer la fabrication des pièces de PSA et de Renault.

"On va aller plus loin que ce que l'on a franchi depuis des années"

Yann Augras, représentant syndical du personnel

« On n'a pas le choix de toute façon parce qu'aujourd'hui, ce qu'on nous annonce et ce qui se profile, c'est la liquidation de l'entreprise. Donc on va aller plus loin que ce que l'on a franchi depuis des années, explique Yann Augras, l'un des représentants du personnel. Petit à petit, il y aura des outils stratégiques à la fois chez PSA et Renault qui vont être découpés puisqu'ils ne veulent pas se mettre autour de la table et que quand ils s'y mettent, ils essaient de gagner du temps. Le temps, clairement,on ne l'a plus aujourd'hui. »

Des négociations qui n'aboutissent pas

Les négociations entre la direction par intérim pendant la période d'observation et les constructeurs qui devaient donner une première direction le 2 mai, n'ont toujours pas avancé.

« A part l'augmentation du prix des pièces, rien n'a avancé depuis trois, quatre mois, rien de concret n'a été acté, aucune garantie de reprise, aucune chose ferme », ajoute-t-il.

Le préfet de la Creuse, Philippe Chopin, a informé mercredi les salariés qu'« il souhaitait organiser une réunion avec les constructeurs mardi ou mercredi prochain ».

Réponse des syndicats : « Là aussi, c'est du foutage de gueule. Faire une réunion en préfecture de Creuse avec tous les élus locaux, les constructeurs, le repreneur, ça ressemble à un enterrement de première classe. Nous, ce que l'on veut, ce sont des réunions sérieuses. Tout de suite. On lui a dit hier, il n'en a encore une fois pas tenu compte. »

GM&S destruction d'outil Labrousse Augras

« On va aller jusqu'au bout. » Tous les jours, ils ont l'intention de découper un ou plusieurs outils, « sans avancée de la part des constructeurs » qu'ils espèrent rencontrer « très rapidement pour discuter sérieusement des perspectives du site ». Ce qu'ils veulent n'a pas changé : faire réagir, être entendus, sauver leur travail et leur usine. Encore et toujours.

Liquidation judiciaire le 23 mai ?

« On espère que les choses vont bouger dans les prochaines heures, dans les prochains jours, explique Vincent Labrousse, représentant syndical. Ce que l'on a décidé avec les salariés, c'est de se battre jusqu'au bout et c'est ce que l'on va faire. On sent que l'on est dans un processus qui ressemble à une liquidation, ils sont en train de la préparer mais c'est pas encore trop tard. Il est possible de faire autrement. »

Il reste une grosse semaine avant le 23 mai, date à laquelle sera prononcée ou non la liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Poitiers si aucun repreneur ne s'est clairement manifesté.

Un repreneur potentiel, GMD, n'a pas bougé d'une ligne sa proposition officieuse, qui n'entend conserver qu'entre 90 et 100 emplois sur les 277, ce qui est très loin de satisfaire les salariés. « On sait que des rencontres ont lieu entre le directeur de transition et GMD, mais on n'en sait pas plus. »

"Ca ne nous amuse pas, c'est à contre cœur qu'on les détruit, vous voyez le visage des salariés, leur détermination, c'est pour envoyer un message, qu'on se laissera pas crever comme ça"

Vincent Labrousse, représentant syndical du personnel

Si pour l'instant rien n'est joué, le silence des constructeurs, qui devaient avoir rendez-vous avec les salariés ce mercredi mais ont annulé, semble, pour les syndicats, annonciateur de mauvaise nouvelle.

« On devait avoir un comité d'entreprise ce jeudi matin avec Maître Gladel, l'administrateur judiciaire, qui n'a pas eu lieu. Il nous le propose jeudi prochain, à cinq jours de l'audience. Pour nous, c'est du foutage de gueule. On a pris la décision d'agir. » 

Ces deux premiers outils sont les premiers de 800 autres à passer sous le chalumeau. « Ca ne nous amuse pas, c'est à contre cœur qu'on les détruit, vous voyez le visage des salariés, leur détermination, c'est pour envoyer un message, qu'on se laissera pas crever comme ça. On est là, on ne bouge pas. » 

A partir de lundi, les salariés promettent de hausser encore le ton. Mardi, à partir de 17 heures, ils ont lancé un appel aux populations de Haute-Vienne, Creuse et Indre pour un rassemblement devant la mairie de La Souterraine. Ils prévoient également de monter à Paris pour d'autres blocages de sites constructeurs et interpeller Emmanuel Macron sur leur situation.

Julie Ho Hoa

 

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06 mai 2017

INFOBREF N°487- numérisation, pétrole, Turquie achat armes a la Russie

INFOBREF N°487

RDV le 17 mai à 11h devant la gare de Strasbourg pour apporter notre soutien à Mathieu

 

1 mai 2017 — En ce 1er mai, journée de lutte sociale, nous vous adressons un appel au soutien pour Mathieu, délégué SUD-Rail.

Malgré la défaite récente de la Direction aux prud'hommes et le refus de licenciement par l'inspection du travail qui a permis son retour à la conduite, la SNCF n'en a pas fini avec Mathieu.
Il est à nouveau convoqué auprès de l'inspection du travail le 17 mai suite au recours hiérarchique déposé par la Direction de la SNCF.

Qu'attend la SNCF de cette affaire ?

De briser psychologiquement un autre délégué SUD Rail ? Qu'un père de famille qui a déjà donné la moitié de sa vie à l'entreprise soit mis sur le carreau, en dépit des lois et du bon sens ?

Dans son courrier de 18 pages adressé directement à la Ministre du Travail, le Directeur de Région tente de justifier l'injustifiable à tout prix, quitte à détourner la réalité des faits. Il déclare aussi que le collectif de travail souffre de la présence de Mathieu, que ses collègues de travail réclament justice car un sentiment d'impunité se serait installé suite au non licenciement du syndicaliste.

Aussi, le 17 mai 2017, montrons tous ensemble que Mathieu est soutenu par son collectif de travail mais aussi, tout simplement, par tous ceux qui sont conscients que la procédure engagée par la SNCF n'est qu'une nouvelle attaque envers l'action syndicale de lutte.

Mathieu paie aujourd'hui son engagement pour ses collègues. C'est la détermination qu'il a mis dans la lutte qui lui vaut un tel acharnement de sa Direction.

Aujourd'hui, il a besoin d'aide et de soutien ! Ne le lâchons pas !

RENDEZ-VOUS LE 17 MAI 2017 A 11H DEVANT LA GARE DE STRASBOURG !


Porsche : investissements dans services numériques face à autopartage et VTC

Elisabeth Studer

Surfer sur les nouvelles tendances considérées comme durables plutôt que de lutter contre elles, telle semble être la stratégie pour le moins pragmatique poursuivie par Porsche.

Le directeur financier du constructeur, Lutz Meschke, a ainsi déclaré vendredi lors de la conférence de presse annuelle de la marque que Porsche allait investir des centaines de millions d’euros dans des services numériques. Objectif avancé : générer des revenus nécessaires permettant de compenser la baisse prévisible de ses ventes de véhicules dans les années futures.

Selon Lutz Meschke, l’essor de l’autopartage et des services de type VTC (voiture de transport avec chauffeur) devrait à terme, d’ici sept à 10 ans, rendre l’utilisation à temps partagé d’une voiture « aussi commode que le fait d’en posséder une ». Une tendance qui d’après lui devrait impacter le volume des ventes de véhicules neufs.

Pour compenser ce « déclin » attendu, Porsche estime ne pas avoir d’autre choix que de développer de nouveaux modèles d’entreprise en vue de pouvoir continuer à croître. Le constructeur a ainsi affirmé prévoir des investissements de 200 à 300 millions d’euros en vue de développer ses activités numériques, prévoyant notamment d’axer ses développement sur des logiciels permettant de guider des automobilistes vers des places de parking gratuites.

Pour rappel, en 2016, le chiffre d’affaires de Porsche a augmenté de 4%, pour s’établir à à 22,3 milliards d’euros, son résultat opérationnel atteignant quant à lui un niveau record de 3,9 milliards. Mais pour 2017, le constructeur s’attend à un bénéfice d’exploitation équivalent à celui de 2016 et à une hausse modérée de son chiffre d’affaires et de ses ventes.

Le groupe compte également réaliser des économies de coût annuelles de 100 millions d’euros à partir de 2018, via un coopération approfondie avec les autres marques de luxe de Volkswagen, Bentley et Bugatti.

Sources : Porsche, Reuters

La tech européenne appelle Bruxelles à sévir face à Apple et Google


En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0212043296560-la-tech-europeenne-appelle-bruxelles-a-sevir-face-a-apple-et-google-2084884.php#bFk25wacZcHJ0FRr.99

Deezer, Spotify et d’autres grands noms se plaignent des pratiques des plates-formes dans un courrier à la Commission.

Le 5/5/2017-Ce sont quelques-unes des plus belles réussites de la tech européenne qui ont pris la plume : les emblématiques licornes Deezer et Spotify, l'investisseur allemand Rocket Internet, mais aussi LeKiosk, Qobuz... Dix patrons qui, dans un courrier adressé à à la Commission européenne et que Les Echos ont pu lire, dénoncent les pratiques des plates-formes en ligne. Sans jamais nommer explicitement Google et Apple, ils appellent l'exécutif européen à sévir contre les géants américains du Web, les Gafa.



Les signataires expliquent que le rôle des plates-formes - qu'il s'agisse de systèmes d'exploitation mobile, de magasins d'applications, de moteurs de recherche, de places de marché ou de réseaux sociaux - est de servir de porte d'accès à d'autres services, mais qu'elles ont une fâcheuse tendance à devenir... des postes de douane.

Garder Internet ouvert

Les plates-formes « peuvent abuser et abusent de leur position privilégiée et adoptent des pratiques B2B avec des conséquences négatives sur l'innovation et la concurrence », écrivent les européens. « Tout l'enjeu est de garder Internet ouvert », précise Stéphane Distinguin, fondateur de l'agence FaberNovel et signataire de la lettre, qui cite en exemple les abonnements qui se font prélever 30 % de marges par les magasins d'applis.

Ce coup de pression intervient à un moment clé du dossier. En pleine constitution du « marché numérique unique » et un an après avoir promis de se pencher sur les pratiques des plates-formes, le Commissaire Andrus Ansip doit dévoiler, mercredi, les nouvelles initiatives législatives qu'il portera ces prochains mois.

Nouvelles mesures

« Nous allons notamment préparer, pour la fin de l'année, des mesures de lutte contre les clauses contractuelles et les pratiques commerciales abusives dans les relations entre les plates-formes et d'autres entreprises », indique une source à la Commission. Cela devrait passer par des initiatives législatives, mais Bruxelles garde aussi la possibilité de lancer des actions pour non respect des règles de concurrence.

Ce ne serait pas une première : dans un vaste bras de fer en cours depuis des années, Google est déjà accusé de position dominante par le gendarme européen de la concurrence dans la publicité en ligne (Adsense), les comparateurs de prix (GoogleShopping) et via son système d'exploitation Android. Dans ces trois dossiers, distincts et en cours, le géant américain risque de fortes amendes mais conteste fermement les accusations de Bruxelles .

Le Parlement inquiet

Les eurodéputés poussent eux aussi Bruxelles à hausser le ton. Dans un projet de rapport présenté fin juillet, les eurodéputés PPE (droite) Henna Virkkunen et Philippe Juvin pointent « l'importance d'une concurrence juste et effective entre les plates-formes en ligne afin d'éviter l'émergence de monopoles ».

Le Parlement « s'inquiète[...] d'éventuels abus découlant du double rôle des plates-formes, qui agissent en qualité d'intermédiaires et de concurrents », écrivent-ils. Là aussi, Google et Apple ne sont pas nommés, mais ils sont clairement visés.

 

 

Le constat que les entreprises (manufacturières) des économies de l’OCDE rapatrient de plus en plus leurs activités manufacturières dans leur propre pays a suscité beaucoup d’intérêt ces dernières années. Quelques exemples de grandes entreprises multinationales ayant suivi cette voie ont reçu un large écho, et ainsi donné une visibilité accrue au phénomène de la relocalisation tant dans la presse (économique) que dans le cadre des travaux menés par les universitaires et des discussions entre responsables de l’action publique. Le débat sur la relocalisation (souvent appelée aussi « rapatriement », « délocalisation de voisinage » et « relocalisation de proximité ») est très intense, certains affirmant même que le temps des délocalisations est révolu. Cependant des désaccords profonds s’expriment à propos de l’ampleur effective de cette tendance pour les économies, en particulier au sujet du nombre d’emplois que la relocalisation est censée rapatrier. Alors que les décideurs politiques des économies de l’OCDE espèrent que la relocalisation pourrait aider à redynamiser leur industrie manufacturière en perte de vitesse, la justification de mesures en faveur de la relocalisation n’est pas claire.

 

Prix du baril : Etats-Unis et Libye annulent les efforts de l’Opep

Elisabeth Studer ,

Quand Etats-Unis et Libye  réunis remettent en cause les efforts des membres de l’Opep et des autres pays producteurs partenaires. Alors que nous indiquions récemment ici-même  que l’impact du conflit syrien sur l’offre mondiale de pétrole permettait en toute discrétion aux majors pétrolières US d’intensifier leur production, désormais les faits – voire la stratégie  américaine ? – apparaissent peu à peu au grand jour.

Les cours du pétrole ont en effet baissé lundi, les investisseurs réagissant aux signes laissant entrevoir une reprise de la production en Libye comme aux Etats-Unis, et ce, alors même que les marchés demeurent dans l’expectative, souhaitant obtenir des éléments prouvant que l’offre tend à se résorber.

Ainsi, le prix du baril de « light sweet crude » (WTI) a concédé 49 cents durant la journée, s’échangeant à 48,84 dollars sur le contrat pour livraison en juin sur New York Mercantile Exchange (Nymex).

La plupart des analystes considèrent que la principale cause de cette tendance résulte de l’annonce d’un retour de la production libyenne autour de 700.000 barils par jour (bj), un niveau certes deux fois moindre que celui qu’elle avait atteint à une époque. La production de la Libye est particulièrement suivie par les marchés, le pays n’ayant pas été contraint par l’Opep de limiter sa production sur les six premiers mois de 2017, contrairement à la majeure partie de ses membres et nombre de ses partenaires. Des mesures prises en vue de rééquilibrer le marché mondial, où l’abondance règne.

A noter également que la compagnie publique libyenne a annoncé que la production avait même dépassé 760.000 bj, suite notamment au redémarrage du gisement d’al-Sharara, l’un des sites les plus impactés par les vives tensions internes auxquelles le pays est confronté. Sa capacité de 330.000 barils par jour devait lui permettre de jouer un rôle-clef dans la stratégie menée par le pays en vue de relancer sa production.

Désormais la production libyenne retrouve son plus haut niveau depuis décembre 2014. Or, précisent certains analystes, toute reprise durable des volumes extraits par la Libye limite les effets des baisses de production engagées par l’Opep tout en ralentissant le rythme du rééquilibrage du marché mondial.

Rappelons que depuis janvier, les membres du cartel ainsi que nombre de ses partenaires – et en premier lieu la Russie – s’imposent des plafonds de production avec pour objectif officiel de réduire la surabondance d’offre au niveau mondial, l’enjeu final étant de permettre de relancer les cours.

Mais face aux efforts des pays producteurs – qui ne pourront leur profiter qu’à moyen ou long terme, et uniquement en cas de baisse effective de l’offre – les compagnies américaines continuent à faire repartir les puits en activité. Le décompte hebdomadaire établi par le groupe Baker Hughes a ainsi à nouveau fait état vendredi d’une hausse du nombre de puits actifs aux Etats-Unis, alors même que la production américaine ne cesse déjà d’accélérer.

Si les investisseurs n’avaient montré que peu de réactions face à une telle annonce en fin de semaine, les analystes considèrent que cette hausse continue freine une véritable avancée des prix. La politique menée par les majors pétrolières semblant ainsi « parfaitement »  équilibrer les marchés …. dans un contexte de réduction de production de l’Opep.

Nombre d’analystes estiment même ouvertement désormais que la hausse de la production US est consécutive à une volonté américaine de saisir la brèche ouverte par le cartel. Ils redoutent néanmoins que l’Opep s’essouffle à maintenir ses quotas actuels, sa stratégie destinée à faire remonter le cours servant au final ses concurrents, qui de surcroît peuvent ainsi gagner en parts de marché.

Sources : AFP, Nymex



La Turquie, membre de l’OTAN, pourrait acheter à la Russie des systèmes anti-missiles S-400

16 mars 2017, 12:36

La Turquie, membre de l’OTAN, pourrait acheter à la Russie des systèmes anti-missiles S-400© Vasily Fedosenko Source: Reuters

Des systèmes S-400

 

Moscou et Ankara mènent des négociations sur la livraison de systèmes russes de défense antiaérienne S-400, selon les ministres russe et turc de la Défense. Une décision qui ne manque pas de surprendre du fait de l’appartenance d'Ankara à l’OTAN.

Lors des négociations entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à Moscou le 10 mars, la possibilité d’achat par Ankara de systèmes russes de défense antiaérienne S-400 a été évoquée, a annoncé le 15 mars le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

La partie turque, par la voix de son ministre de la Défense Fikri Isik, a également confirmé que des négociations sur l’achat de S-400 russes étaient en cours.

Lire aussi

La Turquie se préparerait à acheter des missiles S-400 à la Russie

Si un tel accord devait être signé, la Turquie deviendrait le premier Etat membre de l’Alliance atlantique a acheter des systèmes russes de défense antiaérienne. Le seul Etat avec lequel la Russie a conclu un accord sur la livraison de S-400 est la Chine. Leur livraison doit débuter cette année. En outre, l’Inde tient des négociations avec Moscou sur l’achat de cinq de ces systèmes. Mais si la Chine et l’Inde sont d'anciens partenaires de la Russie dans ce domaine, la Turquie, membre de l’OTAN, n'a jamais importé d'armements russes.

Le système de missiles antiaériens russe S-400 Triumph à grande et moyenne portée est entré en service en 2007. Il est capable d’abattre tout engin ou missile se déplaçant à une vitesse allant jusqu’à 4,8 kilomètres par seconde. La seule cible que le système ne peut intercepter est le type de missiles balistiques intercontinentaux se déplaçant à une vitesse de 6-7 kilomètres par seconde.

 

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03 mai 2017

L’État et la loi de la valeur.(Gérard Bad)

 Article paru dans Echange numéro 101 été 2002 pages 28

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Ce texte s’inscrit dans le débat sur le travail productif et improductif de plus-value. La question de l’État, voire de l’État-nation étant au centre des débats actuels, nous avons voulu montrer comment et pourquoi aujourd’hui le « libéralisme mondialisé » n’est que le développement normal du capital. Toutes les transformations et aménagements de l’État ne sont qu’une adaptation de la superstructure au redéploiement du capital ; l’État étant toujours au service de la classe capitaliste ou, plus exactement, au service des capitaux les plus puissants. Au passage, nous procéderons à une démystification du programme nucléaire français qui entre en contradiction avec certains pays d’Europe qui rejettent le nucléaire. Nous verrons aussi que tous les grands projets européens vont dans le sens d’une reprise par le privé de grands travaux, mais aussi comment l’État intervient pour aider ce capital à s’imposer, comment le « libéralisme » n’est qu’un mot trompeur qui ne signifie rien d’autre qu’une attaque systématique au volet social de l’État. Pour le reste, l’État providence est toujours présent pour aider les entreprises, pour endetter le peuple.

Le retournement monétariste de 1979 et la question de l’État.

C’est effectivement après 1979, qu’au niveau mondial la question de l’État et surtout de son surendettement vont être la cible d’une remise en question par les milieux financiers qui se rendent compte que les profits ne sont plus assez juteux, il y a crise de la rentabilité du capital au cours des années 70 . Le volet social de l’État va être la première cible, de ce mouvement capitalistique, qui va porter le nom de « mondialisation » ou « globalisation ».

 C’est sous le qualificatif de lutte contre l’État-providence qu’une formidable machine bureaucratique et judiciaire va remettre en cause l’ensemble des acquis sociaux dans le monde. L’argumentation des « libéraux » consiste à répéter « qu’ au cours des années soixante-dix, l’interventionnisme économique de l’État provoquait le dérèglement des mécanismes délicats de l’économie de marché, en retardant les adaptations nécessaires ». Les rigidités de l’état sont jugées insupportables par le courant monétariste, l’appareil bureaucratique de l’État est jugé comme une atteinte à la libre concurrence appelée pour la bonne cause « liberté individuelle ». On va critiquer le fait que l’État transforme peu à peu les « citoyens » en « assistés » passifs et irresponsables « les » nouveaux philosophes « (B-H. Lévy, A. Glucksmann, J.-M. Benoit, J,-P. Dollé...) vont jusqu’à considérer que l’État-providence est l’antichambre du totalitarisme.

 Ce retournement » anti-étatique du capital « vers la libre concurrence n’est en fait qu’un retour du capital à lui même » La libre concurrence est le rapport du capital à lui même, en tant que capital autre, c’est6à-dire qu’elle représente le comportement réel du capital « ( Marx, Grundrisse, 3 p. 259), Comme Mattick l’avait prévu le Keynésianisme aura une fin, mais le retour à la libre concurrence annonce aussi la contradiction immanente de la production capitaliste, celle ou il est lui même une entrave à son libre développement et dont il n’a pas conscience. La « mondialisation » a cette caractéristique aujourd’hui de vouloir abolir les frontières et de provoquer le libre affrontement concurrentiel des marchandises et des capitaux au niveau mondial pour contrecarrer ( pour combien de temps et dans quelles conditions) la baisse du taux de profit . Seulement il faut le rappeler, la libre concurrence a déjà été niée une première fois à l’échelle mondiale par l’introduction du Keynésianisme et de l’économie mixte après la crise de 1929. Le recours depuis 1979 de nouveau et à l’échelle mondiale à l’économie de marché, ne fera qu’entraîner une nouvelle fois le monde vers une crise catastrophique.

Les pionniers du libéralisme capitaliste

 C’est avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne début 1979 que le mouvement de » libéralisation « du volet social du capital va commencer. En 1980,ce sont les États-Unis de Ronald Reagan qui vont prendre la relève ; depuis tous les pays capitalistes ont appliqués et appliquent chaque jour la » déréglementation « . En France, la gauche est arrivée au pouvoir avec un » programme commun « en complète opposition avec l’abolition de la providence de l’État, programme de nationalisations mort-nées sur l’autel de l’Europe. Alors va s’amorcer l’ère de la cohabitation (gauche/droite) qui permettra un glissement en douceur vers un néolibéralisme pour un » État modeste « à la française (1983-1988) qui va finir par éclater sous la pression des éléments extérieurs. L’instauration d’une économie ouverte en Europe et dans le monde va rendre les capacités de régulation de l’État de plus en plus illusoires, la loi de la valeur frappe à la porte et menace maintenant des industries nationales et aussi européennes. Les secteurs monopolisés et protégés par l’État vont de moins en moins résister aux privatisations (c’est-à-dire à la mise en concurrence sur le marché proprement capitaliste des entreprises et des prolétaires privatisés). La remise en cause du volet social de l’État, va provoquer une collectivisation des différents statuts protecteurs et donc une abolition progressive de la distinction entre secteur public et privé toujours l’objet de rivalité au sein du prolétariat et que l’État utilisera pour attaquer l’âge de retraite du privé et ensuite du public en 1995 avec pour conséquence l’explosion sociale qui s’en est suivie.

Revenons en donc à » notre État modeste «  dont l’objectif est la destruction des engagements collectifs ( conventions collectives...) avec mise en spectacle de la » deuxième révolution individualiste « . La modestie de l’ État français ira jusqu’à provoquer un conflit important entre les partisans de l’école privée et publique. En 1983 F. Mitterrand déclare le 4 janvier » l’État n’est que la « solution ultime », à laquelle on a recours « lorsque son action devient à l’évidence indispensable » et il doit être « allégé de pouvoirs inutiles et pesants ». Le programme va être clair : allègement des charges pesant sur les entreprises, compressions des dépenses sociales, rigueur salariale dans le secteur public, réduction pour 1985 de 5500 fonctionnaires.

 De 1986 à 1988 , le gouvernement français prend de nouveaux engagements contre le salariat (libéralisation des prix, suppression du contrôle des changes, développement de la concurrence, lutte contre les rigidités concernant l’embauche et les dénationalisations).

 Le programme commun de la gauche est nié jusqu’à la moelle des os. Plus de 65 groupes (banques, compagnies d’assurances, entreprises industrielles), seront soumis à la privatisation . Ce programme va toucher les nationalisations de 1982, voire de 1945. Après « l’État modeste » et sa métamorphose, un nouveau qualificatif de l’État marque la période qui va suivre celle du « libéral-étatisme » avec une redéfinition du rôle de l’État français.

 En 1989, le gouvernement Rocard entend donner une nouvelle ambition à l’État, il parle de « renouveau du service public » dans la pratique il va constamment opposer les usagers au secteur public préparant ainsi le terrain des privatisations de 1993 du gouvernement Balladur ; 21 groupes visés : Renault, air France l’ Aérospaciale, en 1994 privatisation totale d’Elf-Aquitaine et de l’UAP.

 Dés 1987 date du début des dévalorisations financières en chaînes, la politique monétariste de l’ultra-libéralisme est remise en cause, le bilan est plus que négatif. De nouveau la question de l’État ; et de sa réhabilitation revient sur le tapis. En Grande-Bretagne Thatcher démissionne le 22 novembre 1990 ; c’est la fin des croisades contre le « Welfare State » (Etat-providence), Aux USA Bill Clinton est réélu sur un programme de relance de l’économie par des dépenses publiques, il veut « réinventer l’État » et parle d’une réforme en profondeur du système de protection sociale.

 Dans pratiquement tous les pays occidentaux des mouvements de réhabilitation du rôle de l’État auront lieu, mais la purge sociale aura été programmée par tous les États et la réhabilitation de l’État ne remettra pas en cause la poursuite de cette purge, elle va au contraire la diriger, la contrôler et l’accentuer.

Le nouvel État, n’est pas vraiment nouveau comme nous allons le voir.

Il est structuré autour de représentations comme : la subsidiarité, la régulation, l’équité.

La subsidiarité, n’est que la remise au goût du jour de la doctrine sociale de l’église, qui habilitait l’État à agir dans la seule hypothèse de carence de l’initiative privée. Ce n’est pas une découverte nouvelle , Marx à ce sujet faisait cette remarque :

« Pour que le capital assure la relève de l’État dans les travaux publics, il faut que la communauté réelle soit déjà largement représentée par la forme du capital. » ( Grundrisse, 3, p. 45, édt. 10/18).

 A cette fin, un organisme mi-public, mi-privé : le Centre européen pour l’étude des infrastructures (ECIS (sorte de clone spécialisé de l’ERT ) fut fondé en 1993 ; son objectif le développement des trains à grande vitesse, les aéroports, et 12000 Km de nouvelles autoroutes transeuropéennes. Tout retour à l’État pour le financement de travaux publics, serait donc un retour en arrière, une sorte d’incapacité du capital à s’assumer sans les béquilles de l’État. Nous verrons par la suite, que le capital et sa frange libérale, non seulement ne parviennent pas à se « libérer de l’Etat » mais en fait fonctionnent avec une aide constante de l’État national, mais aussi d’organismes chargés de la gestion du monde, avec notamment le FMI, la Banque mondiale, BEI...les forces armées de la communauté internationale ).

La régulation : La véritable fonction de l’État serait d’être un régulateur et non un fournisseur de biens et services qu’il faut laisser à des opérateurs privés, qui n’agiront que si le profit est au rendez-vous. L’ État, compte tenu des privatisations, devant renier son rôle d’État entrepreneur.

L’équité. Elle devrait se substituer, au principe républicain d’égalité , et donc admettre la réalité sociale d’inégalité sociale telle qu’elle est, sans l’hypocrisie de l’égalité juridique qui consiste à dire : «  Il est interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts. » ( A . France)

Mais en disant simplement : « il est interdit aux pauvres de coucher sous les ponts », la fracture sociale est reconnue comme telle.

La fameuse dette publique.

 C’est l’essor du capitalisme et de son système de crédit qui ont engendré le recours à l’emprunt pour financer les conditions de déploiement et de valorisation du capital, dans sa période de mondialisation coloniale. Tant que le capital n’est pas pleinement développé, les capitalistes demandent dans un premier temps .à l’État de prendre en charge des dépenses d’infrastructures ( route, chemin de fer ...). Par exemple dès 1842 par la Charte des Chemins de Fer, l’État finance une partie des travaux. Et dès le 17 août 1848 il indemnise les capitalistes de la faillite de la ligne Paris-Lyon en la nationalisant, les actionnaires recevant une rente perpétuelle. « Entre 1857 et 1863, 2600 Km. De lignes sont nationalisés. » ( Le Monde du 03.04.2001.)

 « Pour que la construction de routes soit entreprise comme une affaire aux frais du capitaliste, il faut plusieurs conditions que l’on peut toutes ramener à celle-ci le mode de production fondé sur le capital doit être développé sous sa forme la plus haute . » ( Grundrisse, 3, Chapitre du Capital, p. 43)

« Pour que le capital assure la relève de l’État dans les travaux publics, il faut que la communauté réelle soit déjà largement représentée par la forme du capital. » ( Grundrisse 3 . Chapitre du Capital page 45)

 En fait pour que le Capital assure la relève de l’État, il est impératif que l’entreprise soit rentable, sans quoi il est préférable pour le capitalisme de laisser à l’État la charge des infrastructures . En règle générale, les nationalisations ne sont qu’une reprise par l’État des entreprises en difficultés et donc ne rapportant plus de profits ( le cas Renault à part). De même toute restitution au privé (privatisations) suppose que l’entreprise soit bien rentable. La vague de privatisation internationale a cet objectif, exemple flagrant les ex-pays de l’Europe de l’est.

 Avec l’expérience historique, nous pouvons dire que depuis la fin du XIXe siècle, date à laquelle la société par action devient prédominante, que se généralise le système du crédit, nous avons assisté en Europe à un dualisme entre l’intervention de l’ État et les sociétés par action ; la fameuse économie mixte.

 Nous nous rendrons compte rapidement, que l’État va devenir complètement dépendant du capital financier et son principal courtier, contrairement à ce que prétendent ATTAC et .... Il n’y a pas de contradiction fondamentale entre le « libéralisme économique » et l’ État. Il n’y a pas un état au monde qui ne soit pris dans les filets de la finance et de l’endettement. Quand cela arrive ( Roumanie, Yougoslavie, Irak, Cuba, ) on sait comment ses derniers États « issus des luttes de libérations nationales » finissent. (coup d’État, ou sous les bombes de la communauté internationales, ou en état de siège alimentaire) . Revenons-en à notre dette publique ; dans le langage courant , la dette publique est considérée comme de l’argent emprunté par l’ État au plan national et international. Cependant cet argent ( pour reprendre Nicolas et d’autres...) ne sera pas dépensé en général comme capital.

 Cet argent sert à financer les administrations, les infrastructures non rentables, l’éducation , l’armée des fonctionnaires, la corruption.... autant de dépenses ( pour certaines utiles improductives de plus-value. L’argent des impôts comme l’argent emprunté par l’État aux financiers «  a été mangé, dépensé par l’État. Il n’existe plus...mais encore parce que jamais il n’avait été destiné à être dépensé en tant que capital » (Marx le capital, E.S L III, t 2 p 127). La faillite de l’ Argentine en est la démonstration la plus vivante aujourd’hui, véritable laboratoire des contradictions capitalistes.

 Depuis que Marx a étudié la question de l’État, l’ État a beaucoup changé il a pris une part prépondérante dans l’économie, il a même été question de capitalisme d’ État en URSS... La France elle-même est le pays du monde occidental le plus étatiste avec son « complexe militaro-industriel ».

C’est maintenant une constante de tous les États de ce monde de dépenser plus qu’ils n’encaissent par les impôts, taxes et prélèvements sur les salaires (ex : la CRDS Contribution au Remboursement de la Dette Sociale française ) . Ces endettements des États sont couverts par des emprunts nationaux et étrangers qu’ils devront rembourser avec un incrément. Il en résulte que le surendettement des États est une politique du capital financier, politique qui lui assure les titres les plus sûrs, de placement très fluide et de rendement régulier ; la limite c’est la faillite pure et simple de l’État. Le FMI reconnaît lui-même , que les marchés des titres obligataires publics sont devenus « l’épine dorsale » des marchés obligataires internationaux. Tout gouvernement doit donc être soumis au gouvernement de l’ombre des cercles financiers nationaux et étrangers qui disposent d’une assignation directe sur les États en rupture de remboursement de leur dette.

 La dette publique n’assure pas seulement le développement, mais aussi la sauvegarde du capital financier. L’État prend donc une part active au gonflement démesuré du capital fictif, et donc aux « bulles » spéculatives. Tous les États et leur gouvernements mettent en coupe réglée, leurs citoyens prolétaires, les pressurent jusqu’à la misère pour qu’ils remboursent la dette. Marx avait raison de dire :

« La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. » ( K.Marx, T. 1, p. 721, du Capital, éd. Moscou)

En cela, tous les États font figure d’État mondial face au prolétariat.

L’ État entrepreneur et la loi de la valeur chez Marx.

 Je ne vais pas remonter ici à la royauté, mais partir directement de l’époque ou la bourgeoisie commerciale, financière et industrielle assume son hégémonie sur le monde agraire et charge l’État de lever les impôts et les tarifs douaniers et d’en exiger une part sous forme de subventions, d’aménagements fiscaux... A cette époque l’ État était protecteur, tuteur ; jamais entrepreneur et encore moins propriétaire d’industries . Il était hors de question à l’époque pour les maîtres-d’œuvre de la société industrielle d’en céder à l’État.

 C’est au tournant du XIX ème siècle, que la question du rôle de l’ État fut de nouveau au centre de l’évolution du capitalisme. Les Saint- Simoniens voulaient en rester à un État de « gouvernement des choses », d’autres exigeaient que l’État fut le possesseur immédiat de toutes les richesses de la République, d’autres revendiquaient un État populaire. Les préparatifs de la première guerre mondiale allaient élargir le champs d’intervention de l’ État ( premières nationalisations), mais c’est seulement après la crise de 1929 que l’intervention de l’ État dans l’ économie devint systématique.

 « Je dois admettre que cela peut aisément paraître étrange si on situe au milieu des années 30 la période pendant laquelle se situent les premiers pas vers les nationalisations. Il était rare alors que des firmes soient transférées à l’État, ceci correspondait d’ailleurs au programme électoral du Front Populaire qui ne visait qu’à de négligeables nationalisations seulement dans l’industrie des armements. Pourtant, si on considère les tentatives de planification de l’économie et la nationalisation comme une modernisation du capitalisme - ce que T pense tout comme moi je crois - on ne doit pas oublier que le capitalisme français moderne est né au cours de l’été 1936 comme une réaction à la vague d’occupations et de grèves. Son acte de naissance, ce sont les fameux accords Matignon qui non seulement garantissaient à la classe ouvrière française des augmentations considérables de salaires, les 40 heures, les congés payés et une meilleure Sécurité Sociale ( une contribution essentielle à l’accroissement de la productivité), mais aussi posaient les fondations d’une action concertée des syndicats et des employeurs par le canal des délégués syndicaux, en bref, posaient les conditions premières pour une gestion moderne. » C. Brendel

 A mon sens , l’intervention de l’ État est plutôt la marque d’une faiblesse du capital national, c’est une situation qui lui est imposée par les nécessités économiques ; c’est d’ailleurs dans ce sens que Marx intervient sur la question de l’ État entrepreneur.

Marx n’est pas très prolixe sur le rôle économique de l’État. C’est surtout dans « Grundrisse (fondements) de la critique de l’économie politique 1857-1858. Chapitre 3 du Capital éd. 10/18 » qu’il développe le sujet. Dans son exposé, Marx va bien mettre en exergue la différence de fonction du capital et de l’État : le premier cherchant l’extraction constante de la plus-value, le second suppléant par les taxes et impôts à la déficience du premier.

« Pour que le capital assure la relève de l’ État dans les travaux publics, il faut que la communauté réelle soit déjà largement représentée par la forme du capital » p. 45

 Pour Marx donc le recours à l’état marquerait, non une force du capital, mais tout au contraire sa faiblesse et son manque de développement. Par conséquent le recours au capitalisme d’ État( thése de Castoriadis et autres...) ne serait pas un signe de haut développement des forces productives mais le contraire. L’ État n’étant que les béquilles dont le capital a encore besoin pour le développement de son accumulation, et qu’il rejette dès qu’il commence à marcher. Pour nous faire comprendre sa démarche Marx va prendre en exemple la construction de routes par l’État. Pour se faire il remonte (p.42) à l’état romain ou il compare le mercenaire romain qui construit les routes à l’ouvrier exploité par le capitaliste.

« Il s’agit bel et bien d’une libre vente de travail de la part du soldat, mais l’ Étatne l’achète pas pour produire des valeurs. Bien que la forme du salaire ait existé très tôt dans les armées, ce mercenariat diffère fondamentalement du travail salarié : s’il lui ressemble quelque peu, c’est parce que l’état utilise l’armée pour accroître sa puissance et sa richesse » (P. 42).

 Le fondement de l’argumentation de Marx, consiste à dire que l’ État n’achète pas le soldat salarié pour produire de la valeur, il est parfaitement clair pour lui que pour que le capital envisage de construire une route où un chemin de fer , il faut que le MPC soit « développé sous sa forme la plus haute » c’est-à-dire un capital concentré, un capital par action qui rapporte des intérêts et non des profits ( car il n’est pas indispensable qu’il donne plus que l’intérêt, surtout à l’époque de la domination du capital financier). Pour que le capital intervienne, il faut que la construction de routes et d’autoroutes soit rentable, « et les entraves dues à la pénurie de moyens de communication doivent être ressenties assez vivement pour que le capitaliste puisse réaliser la valeur de la route... ». Si ce n’est pas le cas « le capital en fait supporter la charge à l’État » (P.45). Ce problème se pose actuellement en Europe avec les grands projets d’infrastructures dont nous parlerons plus loin.

 Le travailleur de l’ Etat, étant rémunéré par des prélèvements sur le revenu social, par voie fiscale, ce travailleur bien que salarié n’est pas un créateur de plus-value.

« Le revenu n’est pas du capital, mais un fonds de travail, et le travailleur, bien que salarié, a un statut économique différent de celui du salariat proprement dit » (p.47) . Pour Marx «  le travail peut être nécessaire sans être pour autant productif » (p.49).

Il en résulte que si le travailleur est rémunéré « par la caisse de l’Etat ; les ouvriers ne feront pas alors figure de travailleurs productifs, bien qu’ils augmentent la force productive du capital » (p.49)

Et l’on découvre ici, que non seulement les fonctionnaires ne sont pas productif de valeur, mais on s’interroge sur les ouvriers de Renault ( entreprise publique) sont ils créateurs de plus-value ?

 Il y a une différence notoire entre les salariés des services publics ( Services de l’ État(tabacs, alcools, poudres, caisse d’épargne, fabrication d’armement) Les établissements publics (HLM... hôpitaux....ports autonomes, aéroports ...) et ceux des entreprises nationales ou publiques. Dans les services publics, les salariés sont rémunérés par de l’argent de l’Etat : « importance des subventions d’équilibre qui couvrent parfois plus de 50% des frais de fonctionnement ; par l’exemption d’impôts ; et l’absence d’amortissement des immobilisations ; par un ou plusieurs comptes au Trésor. » Les salariés des entreprises nationales ou publiques sont gérés en droit commun et leur gestion s’apparente à une entreprise privée ( EDF.,GDF, Banque de France, Renault ...). Dans le cas de Renault, le statut des salariés n’était pas un statut de fonctionnaire ; les salariés de Renault dépendaient de la convention collective de Branche, et les salariés de Renault ne se sentaient pas liés en quoi que ce soit à l’État. La régie Renault était en autonomie de gestion dans le secteur concurrentiel, elle faisait de très confortables bénéfices. La Régie Renault s’est donc développée par autofinancement, EDF par appel à l’épargne publique, et d’autres entreprise publiques ( SNCF. ou RATP) par les subventions gouvernementales ( c’est-à-dire l’impôt qui est l’épargne des citoyens).

 Si l’on s’en tient aux critères énoncés par Marx, les travailleurs de la régie Renault produisent de la valeur, ceux d’EDF ( la question reste ouverte) , ceux de la RATP et de la SNCF subventionnés , ne peuvent pas produire de valeur.

Force et limites de l’activité économique de l’Etat.

 Quand l’Etat, prend le relais de l’entreprise privée il le fait en tant que communauté de destin d’individus , séparés et mutilés de la sphère du citoyen du monde marchand. Le destin de toute communauté est de se reproduire et donc l’ État a pour fonction centrale de reproduire et de maintenir les rapports sociaux existants. C’est-à-dire en ce qui nous concerne ici, l’ État se doit d’intervenir pour favoriser la reproduction du capital et donc le travail productif de plus-value.

 C’est ce qu’il va faire, en militarisant l’économie française et plus encore en introduisant le programme nucléaire français. La militarisation de l’économie indique que le MPC du pays concerné est de plus en plus dépendante des marchés d’État, c’est-à-dire des interventions de l’ État qui permettent aux groupes financiers d’obtenir des débouchés de plus en plus importants, les aidant ainsi à devenir hégémoniques sur le marché après avoir éliminé leurs concurrents. Les interventions de l’ État sont de plusieurs types : soit un apport financier direct, qu’il soit appelé aide, prise de participation, ou nationalisation, soit un marché. L’ exemple le plus récent est le programme d’aides à Airbus pour l’A380 « Les investissements prévus par l’ État pour les aménagements fluviaux et routiers devraient se monter à 180 millions d’euros, dont environ la moitié doit revenir à la charge de d’Airbus. (...) Ces avances de l’ État seront accordées aux taux actuels pratiqués sur les marchés, ce qui devrait lui rapporter des intérêts s’élevant au total à 30,5 millions d’euros. » (La Tribune du 11 mars 2002)

Ici je vais volontairement m’en tenir au rôle des marchés d’État. Produire des armes, c’est produire des marchandises dont la valeur n’est pas réalisée sur le marché quand il s’agit de commande d’État. Pour les armes vendues sur le marché mondial, elles deviennent des marchandises comme les autres et rend possible leur réalisation (vente). La production d’armement, consiste donc à investir, à l’échelle de toute la société, une partie de la plus-value à des fins improductives, dans le procès de production ( la production capitaliste je le rappelle étant toujours la production de plus-value et pas une production de telle ou telle valeur d’usage). Si pour les groupes industriels qui produisent des armes les commandes de l’ État viennent en même temps soutenir leurs exportations, pour les autres industriels ces commandes improductives sont autant d’entraves à l’autofinancement de leur secteur. Il en résulte des contradictions qui se manifestent au sein même du gouvernement et de l’appareil d’État. A la différence des commandes d’armes, les marchés d’ État ne concernent pas obligatoirement des dépenses improductives, mais le corps des fonctionnaires et les marchés qu’ils génèrent sont parasitaires. Bien qu’ils fournissent des débouchés important aux industriels qui se chargent : de la construction des bâtiments, ou des gilets pare-balles pour les flics...

 Que les marchés d’ État soient improductifs ou non, ce qui importe pour le capital c’est que les commandes de l’ État soient stratégiques et soutiennent les industries de pointes. Leurs caractéristiques est que généralement ils sont liés à la concurrence que les industriels rencontrent sur le marché mondial. Avec un peu de recul, nous pouvons nous rendre compte que le programme nucléaire français a été mis en place pour soutenir les entreprises industrielles qui n’intervenaient que rarement dans les commandes d’armement.

 Le programme nucléaire visait donc à soutenir les groupes financiers et industriels qui ont des difficultés à vendre dans le monde des moyens de production : machines, usines clés en mains, installations de production d’énergie...Les commandes de l’état jouant le même rôle que celles des armes, mais à une plus grande échelle. Commandes qui soutiendront les entreprises en questions sur les marchés de moyens de production qu’elles ne parvenaient plus à obtenir. Le coût d’une seule centrale nucléaire à l’époque était de l’ordre de 100 fois le prix d’un mirage 2000. Le but du programme nucléaire était bien de réduire le nombre de groupes concernés par les marchés des moyens de production que la France pouvait espérer vendre dans le monde. Le programme nucléaire français d’hier et d’aujourd’hui ne se justifie que parce qu’il offre des commandes à l’industrie, le besoin en énergie étant toujours l’explication pour le bon peuple et la classe moyenne. Commander des centrales BWR aurait signifié, une aide de l’ État français à la grosse chaudronnerie italienne. Deux groupes à l’époque s’affrontaient, la CGE par Sogerca proposant ses centrales BWR, et Empain-Schneider par Framatone proposant ses centrales PWR. Le même débat revient sur le tapis aujourd’hui parce que les centrales sont plus qu’obsolètes ; de nouveau Framatome est en lise et propose son « réacteur nucléaire du futur » l’European Pressurized Water Reactor (EPR). «  Au passage, le patron de Framatone ne manque pas de rappeler les avantages commerciauxquele groupe français pourrait retirer d’une installation pilote ( soutenue par le syndicat CGT) :

 » Nous avons peu de chances de vendre l’EPR à l’étranger si nous ne l’avons pas d’abord mis en œuvre chez nous «  ( La Tribune du 29 janvier 2002). D’une puissance nominale de 1.550 mégawatts, le prototype de l’ ERP peut aujourd’hui être installé sur n’importe quel site nucléaire français. Sa durée de vie est de 60 ans, son coût de 2 et 3 milliards d’euros.

Quand Mitterrand lança son  « il faut revoir Yalta » il ne faisait que revendiquer un cadre élargi pour favoriser l’expansion des grandes firmes européennes notamment celles qui allaient en 1983 fonder l’ERT . Depuis que Yalta est tombé, on ne parle plus que de la grande Europe et l’ERT par sa puissance modèle de plus en plus l’intégration européenne dans le seul intérêt de ses membres. En fait les grands patrons de ces firmes dirigent l’Europe dans l’ombre. L’ERT veut un élargissement à l’Est rapide ; elle est à l’origine des grandes décisions sur le développement des transports trains à grandes vitesse, construction d’autoroutes, élargissement et construction d’aéroports doublement du trafic aérien...matérialisé par le projet TINA (Transport Infrastructure Needs Assessment) qui est la mise en place de 14 projets de transports prioritaires retenus au conseil européen d’Essen. Le groupe TINA comprend des hauts fonctionnaires de vingt-six pays européens et un secrétariat basé à Vienne ; il a à son programme : 18 030 kilomètres de routes, 20 290 kilomètres de voies ferrées, 38 aéroports, 13 ports de mer, 49 ports fluviaux ( coût estimé 100 milliards d’euros.).

Qui va donc financer » ces grands travaux « l’ État ou le capital ou les deux ?

 On apprend que l’U.E. octroierait 500 millions d’euros par an, tandis que la Banque européenne d’investissement (BEI) accordera des prêts à taux bonifiés. Ici des fonds d’Etats et le capital sont engagés dans un important investissement productif, qui va faire travailler de nombreux secteurs et ensuite favoriser l’écoulement des marchandises dans la grande Europe. Cependant ces travaux payés par des fonds d’États sont une aide aux grandes entreprises pour l’écoulement de leurs marchandises, l’ État ne va rien récupérer. Par exemple la mise en place à Dourges, d’une plate-forme multimodale, dans le Pas-de-calais va coûter 2 milliards de Francs. Un milliard sera à la charge des pouvoirs publics et de l’Europe , l’autre milliard à la charge des opérateurs privés pour leurs propres équipements logistiques. L’ État ne vas pas gagner un euro dans cette opération il va tout dépenser pour le compte du capital dans son ensemble, il va agir comme État-providence .

Conclusions : l’existence d’un secteur public industriel, en France a été une réaction de l’ État français à la concurrence surtout américaine dans ses choix stratégiques et donc un signe de faiblesse par rapport au géant américain. L’ État français après sa glorieuse résistance ( gaulliste et PCF) aux États-Unis ; allait trouver sa solution » libérale « au sein de l’Europe. Fondé sur le régime de la propriété privée des moyens de production et de la concurrence qui en découle, la nature même du capital nous l’avons vu est de toujours revenir a sa source : » la libre concurrence « . L’autre face de la médaille » la propriété d’ État« c’est-à-dire la propriété des capitaux les plus puissants à s’approprier les finances publiques pour le développement de leurs secteurs privés ( l’enjeu régulier des élections politiques) conduit à considérer faussement certains salariés des entreprises d’ État comme des sortes de » fonctionnaires ". Encore une fois et selon Marx, tout dépend qui les rémunère, le capital ou l’État ! et dans quel secteur ils interviennent.

Ces deux types de structure économique et sociale sont ambivalents ; la libre concurrence tout comme le socialisme d’ État ne sont jamais purs ; le système capitaliste dans son ensemble est dual et est contraint de naviguer dans cette dualité. Dualité que nous retrouvons en philosophie : le capitalisme est matérialiste en philosophie de la nature et idéaliste en philosophie de la société humaine. Il n’est donc pas étonnant qu’il s’accommode ( le gestionnisme) aussi bien de son dualisme économique que philosophique, et que selon les impératifs du moment, il donne la prééminence à tel ou tel choix. La cohabitation politique française est une expression politique quasiment pure de ce dualisme.

G. Bad extrait de l' Étatet la loi de la valeur paru dans Echange numéro 101 été 2002

1057 visites au 16 mars 2011

Au moment où une catastrophe nucléaire touche le Japon, il est bon de rappeler qu' Angela Merkel s'était inclinée devant le lobby du nucléaire ( une affaire française). Elle entendait ainsi mettre son pays sur la voie d' une véritable « révolution énergétique ». Les événements catastrophiques qui se déroulent au Japon, et les manifestations monstres en Allemagne, lui font, avant le cirque électoral, faire volte face. Mardi 15 mars 2011, la chancelière, déclarait  que les sept réacteurs nucléaires les plus anciens allaient être arrêtés durant trois mois. Ces réacteurs, fabriqués sous une licence de General Electric, seraient comparables à celui de Fukushima.L 'article ci- dessus ce veut un rappel sur les raisons de la politique française du tout nucléaire.











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01 mai 2017

NI PESTE NI CHOLERA BOYCOTT !!! de l' OCL et aussi de Révolution permanente


Nous ne sommes plus dans les années 1930 où la bourgeoisie avait besoin du fascisme et du nazisme pour briser le mouvement révolutionnaire… qui n’existe quasiment plus aujourd’hui.
Nous ne sommes plus en 2002 où nous étions haïs pour oser refuser de céder aux sirènes antifascistes nous intimant à voter Chirac ! Nous n’étions pas nombreux alors à refuser ce front antifasciste.
En 2017, sur le plan économique, Le Pen est un problème pour … les patrons qui d’ailleurs ne s’en cachent même pas ! Par contre, le capital et la bourgeoisie ont davantage besoin d’un Macron qui va encore aller plus loin dans l’ubérisation des emplois, la casse du droit du travail et la liquidation des acquis de nos luttes !
Nous ne céderons pas aux sirènes républicaines ! Tous ceux et toutes celles qui se sont mobilisé-e-s contre la loi travail ne peuvent pas oublier que Macron veut aller encore plus loin dans « l’assouplissement » des règles du droit du travail pour satisfaire les appétits de la bourgeoisie.
Une réponse à cette mascarade électorale, qui nous fait gerber, a été ébauchée. Pour la première fois, une initiative a été menée la veille d’un 1er tour d’une élection présidentielle où une manifestation regroupant plusieurs milliers de personnes de tous les secteurs en luttes, des métiers du travail social aux livreurs à vélo en passant par des appels syndicaux de structures de base, a eu lieu à Paris. C’était un « premier tour social à notre sauce » qui en appelle un deuxième et plus encore.

Contre le futur président Macron de notre République bananière, nous n’aurons pas d’autres choix de participer activement à la naissance de mouvements sociaux remettant en cause les fondements mêmes de ce système capitaliste.
Quant aux idées de Le Pen, dont la dynastie fait partie de la bourgeoisie qui pue le rance, coller sur sa gueule des croix gammées ne sert à rien. Cela fait 30 ans que cela se pratique et pourtant le FN monte… Des électeurs/trices se trompent de révolte et rejoignent les beaufs racistes, sexistes, homophobes, … nostalgiques du temps des colonies qui ont toujours existé dans la France profonde.
Face à ces phénomènes, nous n’avons pas d’autres choix que de développer des combats de classe tout en accueillant les réfugiés, ici et maintenant. Nous appelons également avec détermination à soutenir en masse le mouvement antinucléaire à BURE qui est menacé ces jours même d’une expulsion par l’ANDRA et ses forces armées pour imposer son projet mortifère de poubelle nucléaire !

NI PATRIE, NI PATRONS
NI LE PEN, NI MACRON
Organisation Communiste Libertaire
lisez Courant Alternatif, mensuel anarchiste communiste,
retrouvez nous sur Internet http://oclibertaire.lautre.net

OCL c/o L’Egrégore BP 81213 51058 Reims cedex

 

Ce 1er mai, manifestons en toute indépendance de classe : ni la peste ni le choléra !

 

Avec Le Pen et Macron au second tour, des franges importantes du monde du travail et de la jeunesse ont réaffirmé leur volonté de ne pas céder au chantage du vote pour faire barrage au FN. Résolument, c’est un premier mai de combat qu’il s’agit de construire, en toute indépendance du patronat, pour l’abstention politique et pour préparer les combats de demain.

 

 

 

 

Cette année, le 1er mai, journée internationale des travailleurs et de solidarité avec les peuples en lutte, prend un sens particulier avec notamment l’accession de Marine Le Pen au second tour. Comme en 2002, du point de vue médiatique comme des appareils, la pression au Front Républicain pour faire barrage au FN est très forte. LR comme le PS, en passant par le PCF et certaines confédérations syndicales, comme la CFDT, appellent ouvertement à voter pour l’ex-banquier Emmanuel Macron, inspirateur de la loi Travail et de la loi anti-ouvrière qui porte son nom.

 

De son côté, la CGT a appelé à manifester sous le mot d’ordre : « pour nos exigences sociales, contre l’extrême droite ». Dans son communiqué, la CGT affirme combattre les dangers que représente le FN « pour la démocratie, la cohésion sociale et le monde du travail » tout en dénonçant « l’autoritarisme des gouvernements successifs », « l’utilisation à répétition du 49.3 », façon de pointer notamment les politiques du gouvernement actuel, dont la candidature Macron représente l’excroissance. Il conclut sur la nécessité qu’aucune « voix ne doit se porter » sur Marine Le Pen.

 

Ce positionnement de la CGT est l’expression d’une pression à la base de franges déterminées du mouvement ouvrier. A l’inverse de 2002, ou une certaine unanimité du Front Républicain dominait la situation, certains secteurs ne sont en effet plus prêts à réitérer ce chèque en blanc et à voter pour un candidat du patronat. Depuis Martinez, secrétaire général de la CGT a clarifié la position de la centrale de Montreuil dans une interview au Parisien pour exclure ouvertement le « ni-ni », cédant ainsi en partie à la pression du Front Républicain.

 

Pourtant, à contre-courant de leurs directions nationales, des syndicats CGT, SUD et FSU défileront ce 1er mai à Paris pour appeler « à battre les deux candidats » à la présidentielle ; des syndicats et des militants affirment ne pas vouloir choisir entre la « peste ou le choléra ». Ce sont aussi des franges déterminées de la jeunesse qui refusent ce chantage au Front Républicain. Des milliers de lycéens se sont mobilisés ce jeudi à travers l’Hexagone pour affirmer : « Ni Macron, Ni le Pen ». Des étudiants mobilisés contre la loi Travail se sont réunis en AG dans plusieurs universités en France comme à Paris et Strasbourg.

 

Dès lors, face à l’injonction au Front Républicain, et alors que de nombreux personnes, dont nombre d’électeurs de Mélenchon font part de leur intention de s’abstenir ou voter blanc le 7 mai prochain, il aurait été juste de construire au sein du cortège du 1er Mai un pôle d’indépendance de classe, indépendant des deux candidats, à savoir Macron, le meilleur ami du patronat, et de Le Pen, la pire ennemi du monde du travail. Les deux faces d’une même pièce.

 

Du haut de sa victoire électorale, la France Insoumise aurait eu toute légitimité, pour être à l’initiative d’un tel pôle, d’autant que de nombreux Insoumis pressent dans le sens de l’abstention. Mais en cohérence avec un programme qui prône, fondamentalement, une stratégie de changement par les urnes, en plus de l’instauration du vote obligatoire, la construction d’un tel pôle n’a pas été le choix de LFI.

 

Partout où cela est possible il faudra rassembler les équipes syndicales combatives, les secteurs radicalisés de la jeunesse et les organisations politiques du monde du travail pour manifester en toute indépendance de classe pour dire haut et fort que nous refusons de choisir entre la peste et le choléra et que, dès aujourd’hui, nous nous préparons à combattre les politiques anti-sociales, austéritaires, autoritaires et racistes que les deux candidats ont promis de nous servir.

 

 

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29 avril 2017

INFOBREF N°486-"Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron"

Paris : "Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron", plusieurs lycées bloqués

27 avril 2017

nipatrie

http://www.europe1.fr/societe/paris-ni-marine-ni-macron-plusieurs-lycees-bloques-3313127

Ces manifestations seraient un moyen pour les mineurs d'exprimer leur désaccord avec "les valeurs portées par le Front national".

: plusieurs lycées ont été bloqués jeudi à Paris par des élèves qui protestent contre l'affiche du second tour de l'élection présidentielle.

Une vingtaine de lycées bloqués. À 8h30, "une vingtaine" de lycées parisiens étaient "diversement mobilisés", a déclaré le rectorat de Paris, précisant que quatre établissements étaient bloqués et six autres partiellement. "Pour les autres, ce sont des tentatives de blocage et ou des rassemblements devant l'établissement", a précisé le rectorat.

"Leurs élections, notre avenir". Devant le lycée Voltaire, dans l'Est parisien, une centaine de jeunes, certains le visage dissimulé par un foulard, se sont rassemblés, a constaté un journaliste de l'AFP. Des poubelles ont été placées devant les portes de l'établissement. Les manifestants ont posé dessus des pancartes avec les mentions "Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron", "leurs élections, notre avenir". Un drapeau anarchiste flottait également.

"S'exprimer autrement" que dans les urnes. Selon Anouk, 16 ans, un "sit-in pacifique" a été organisé devant le lycée Buffon dans le XVe arrondissement de Paris. "On se désolidarise des blocus et des manifestations violentes, on veut garder une légitimité maximale", a déclaré l'élève de terminale. "On est en désaccord avec les valeurs portées par le Front national, et comme on n'a pas encore le droit de vote, on doit s'exprimer autrement", a-t-elle ajouté.

D'autres rassemblements prévus. Au lycée Paul Valéry, des lycéens ont confectionné une affiche "Ni Le Pen ni Macron" à l'aide de copies doubles collées entre elles. Vers 9h00, le rassemblement s'était dispersé. Des mouvements de lycéens et étudiants "antifascistes" et "anticapitalistes" appellent sur les réseaux sociaux à une manifestation à partir de 11h place de la République, à Paris. Des appels à des rassemblements, pour jeudi toujours, ont été émis dans plusieurs villes en régions.

Grève d’ouvriers du métro parisien : « on est traités comme des esclaves »

10 mars 2017
Steven C.

Cela ne se passe pas en Chine ou en Arabie Saoudite, mais bien dans un chantier du métro de Paris, la capitale de la « patrie des Droits de l’Homme ». Du 23 au 27 janvier dernier, 32 ouvriers ont fait grève pour réclamer le paiement de leurs salaires, un contrat de travail et, pour certains, des papiers. Ces ouvriers exténués, qui travaillent « au noir », n’ont pas été payés depuis 2 à 8 mois. Ils avaient déjà fait grève en novembre et en décembre 2016.

Alors que de nombreuses luttes semblables restent enterrées dans les profondeurs du métro, celle-ci a pu sortir de la station Châtelet-les-Halles grâce à l’intervention de la CGT. Sollicité par les ouvriers, le syndicat a permis de mettre en lumière les conditions de travail déplorables imposées par l’entreprise FH Service, sous-traitant de Sogea TPI, elle-même filiale du groupe Vinci.

Amiante

Ces ouvriers travaillent de 22 h à 5 h du matin, sans pause. Les poussières toxiques, dont celles d’amiante, sont omniprésentes sur le chantier. Mais les ouvriers n’ont au mieux qu’un mini-masque – et souvent aucune protection. Dursun, ouvrier gréviste, est exaspéré : « On aimerait bien que quelqu’un vienne vérifier tout ça. On est traités comme des esclaves !» Plusieurs accidents ont eu lieu, mais ils ont été déclarés par le patron comme des « accidents domestiques ».

Hypocrisie

Parmi la trentaine de grévistes, il y a cinq travailleurs sans-papiers, dont un demandeur d’asile sans autorisation de travail. « On demande la régularisation de ces cinq travailleurs. Cette situation est intolérable », s’indigne un syndicaliste de la CGT. Au passage, on voit bien ici l’hypocrisie du patronat concernant l’immigration. Il la critique pour nourrir les idées racistes – mais, derrière, il en tire un maximum de profits. Dans un communiqué, la CGT exige la fin de cette barbarie : « Sogea TPI, filiale de Vinci, 1er groupe du BTP du CAC 40, doit régler l’ensemble des salaires des travailleurs de FH Service. Et la RATP, maître d’ouvrage, doit appuyer les demandes de ses salariés ».

Vinci a vu son bénéfice net augmenter de 22,5 % en 2016, soit 2,5 milliards d’euros. Il semble donc qu’elle a les moyens de payer ces travailleurs !

Cette grève n’est que la partie émergée de l’iceberg. On recense près d’une centaine de travailleurs dans une situation similaire sur plusieurs des 250 000 chantiers annuels gérés par des filiales du groupe Vinci. Comme le souligne Christian Renard, délégué CGT à Vinci : « Cette grève, c’est l’occasion de mettre un coup d’arrêt à ces pratiques (…) récurrentes sur des chantiers où opèrent des sous-traitants en cascade ».

Les travaux du Grand Paris seront pharaoniques. Le patronat aura besoin d’un maximum de main-d’œuvre, la moins chère possible. Il ne fait aucun doute que le recours aux sans-papiers et demandeurs d’asile sera monnaie courante.

Une première victoire

La grande majorité des grévistes vient de Turquie, certains d’Europe de l’Est. C’est dans la lutte que les travailleurs s’unissent et prennent conscience de leur force, comme nous l’explique l’un d’entre eux : « Nous sommes turcs, kurdes : ici cela n’a pas d’importance. Ce qui nous mobilise, c’est que nous n’avons pas de contrat de travail, pas de fiche de paye et pas de salaire depuis plusieurs mois ».

La lutte avance : après 5 jours de grève encadrée par la CGT, l’entreprise FH Service s’engage à payer les salaires de décembre et janvier. Vinci embauchera 21 des ouvriers en CDD pour la durée du chantier. Quant aux cinq ouvriers sans-papiers, une filiale de Vinci les recrutera en CDI et leur situation sera régularisée.

Mais toucheront-ils les 6 mois d’arriérés de salaires, pour certains, de l’année 2016 ? Le patron versera-t-il les arriérés de cotisations sociales qu’il doit à l’URSSAF ? Rien n’est moins sûr. « La grève a payé, mais le combat n’est pas terminé et à tout moment, la grève pourrait reprendre », a prévenu le syndicaliste Christian Renard. 





Guyanne : Population 226 426 habitants

le résultat du vote

 

  • Inscrits40,65 % 92 035

  • Votants34,69 % 31 925

  • Abstention65,31 % 60 110

  • Exprimés29,16 % 26 834



De Mélenchon à Le Pen, l’impérialisme c’est la guerre !

OCML voie prolétarienne-Ce que les candidats évitent de dire, c’est qu’il y a un point sur lequel ils sont presque unanimement d’accord : renforcer l’armée française. Hamon, Macron, Fillon et Le Pen (et Valls pendant la primaire) reprennent tous les quatres les préconisations de l’OTAN, selon laquelle le budget militaire de la France devrait atteindre 2% de son PIB (il oscille actuellement entre 1,5 et 1,8%). Mélenchon ne donne pas de chiffre, mais il est également pour augmenter le budget des armées. En fait, tous sont allés puiser leur eau dans le même puits, celui des experts impérialistes ; dans le domaine militaire, il faut être sérieux ! Aucun de ces candidats ne remet en cause le rôle de « gendarme de l’Afrique » joué par la France, et ils vantent la main-mise de la France sur ce continent en de doux euphémismes (« Francophonie », « Relation particulière »). Les trois premiers souhaitent même demander aux autres pays européens de contribuer aux dépenses militaires de la France, seule puissance en Europe à disposer d’une vraie capacité à projeter son armée à l’étranger. Mélenchon, lui, a soutenu les bombardements français en Libye décidés par Sarkozy...

Tous nous promettent la guerre extérieure, même ceux qui parlent d’accueil des réfugiés ! D’ailleurs, tous gardent le silence sur le sort de Georges Ibrahim Abdallah : le libérer, ce serait porter un coup aux intérêts profonds de l’impérialisme français et de ses alliances. L’impérialisme, c’est la guerre : il n’y a que les naïfs pour croire que la concurrence entres puissances puisse rester cordiale et pacifique. Les impérialistes évitent de s’affronter directement, mais en Afrique, au Moyen-Orient, ils envahissent, attisent les conflits, arment les uns contre les autres. La France n’est pas la dernière à ce jeu : Rwanda, Côte d’Ivoire, Mali, Centrafrique, Libye, Syrie... La mondialisation capitaliste, au lieu d’encourager la paix, sème les guerres. Le Capitalisme engendre la violence à toutes les échelles. Quelqu’un qui soutient le militarisme et l’expansionnisme français ne peut pas appartenir à notre camps.

 

Après un entretien avec la direction, une cheminote s’est tailladé les veines

lundi 10 avril 2017-Une cheminote a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail à Clichy, dans la région de Saint Lazare, après un rendez-vous avec la direction. Avant de passer à l'acte, elle avait laissé un message où elle accusait sa hiérarchie. Correspondants cheminots

Correspondants cheminots

Selon les informations transmises par le syndicat SUD-Rail à la presse, cette cheminote, âgée de 41 ans et salariée du pôle de Ressources Humaines, a essayé de se donner la mort après un rendez-vous avec sa direction.
Malheureusement, cette situation devient une habitude à la SNCF. Les méthodes de management violent, et de pression sur les cheminots, deviennent de plus en plus récurrentes, au point que beaucoup commencent à parler d’un parallèle avec France Télécom. Selon l’Observatoire national du suicide, plus d’une pensée suicidaire sur quatre est liée au travail.

A la SNCF, il paraît évident que les méthodes de management violentes et de pression sur les cheminots vont en s’accentuant au fur et à mesure que la direction essaie de mettre en place ses réformes. Il y a seulement quelques semaines, on a vu le suicide d’Édouard, cheminot et syndicaliste SUD-Rail dans la région de Saint Lazare, suite à des années de harcèlement et répression anti-syndicale. Il s’est battu et a dénoncé à plusieurs reprises la politique de la direction. Le cas d’Édouard n’a malheureusement que mis en lumière une situation beaucoup trop inquiétante. En effet, dans les jours qui ont suivi, un cheminot de Mulhouse, syndicaliste à la CGT, s’est également donné la mort, ainsi qu’un cheminot de la région de Bordeaux. A la SNCF, la répression anti-syndicale ont été remise à l’ordre du jour. Le jour même où avait lieu un rassemblement en hommage à Édouard, la direction annonçait une nouvelle procédure disciplinaire à l’encontre de Nathalie Pradelle, syndicaliste SUD-Rail.

Les syndicats des cheminots ont tiré la sonnette d’alarme par plusieurs biais, y compris à travers une lettre d’interpellation à François Hollande de la part du syndicat SUD-Rail, mais le gouvernement reste indifférent à cette situation, pendant que la direction de la SNCF continue de mener la même politique.
Il s’agit maintenant de passer à une vitesse supérieure. Il est indispensable que les syndicats se réunissent, à commencer par SUD-Rail, la CGT Cheminots et Force Ouvrière, et discutent d’un plan d’action et de lutte pour mettre un coup d’arrêt à cette politique criminelle.

Il en va de la vie des cheminots, donc il y a vraiment urgence à agir et à se mobiliser. Les cheminots en ont ras-le-bol et ne veulent plus voir leurs collègues se faire réprimer, licencier, ou encore se suicider à cause de la souffrance au travail. Il y a besoin de discuter, tous ensemble, d’une mobilisation à la hauteur de la situation. La direction ne comprend qu’un langage, celui de la grève et du rapport de forces, montrons-leur que la vie des cheminots compte pour nous et que nous ne sommes pas prêts à laisser nos collègues en détresse, que nous sommes solidaires et que nous ne les laisserons pas faire.

Jean-Luc Mélenchon et la guerre en Libye (Marxiste.org)

par Marxiste.org 17 Septembre 2016, 13:42 Melenchon Libye Guerre Impérialisme France Françafrique néocolonialisme Articles de Sam La Touch

Syrte détruite par les Rafale françaisSyrte détruite par les Rafale français

Jean-Luc Mélenchon et la guerre en Libye
Marxiste.org, 29 mars 2011

Jean-Luc Mélenchon a pris position en faveur de l’intervention militaire en Libye. Dans une interview publiée par Libération, le 21 mars, il affirme que si le Front de Gauche était au pouvoir, il aurait adopté la même démarche que Sarkozy : « Si le Front de gauche gouvernait le pays […] serions-nous intervenus directement ? Non. Nous serions allés demander à l’ONU un mandat. Exactement ce qui vient de se faire. Je peux appuyer une démarche quand l’intérêt de mon pays coïncide avec celui de la révolution. »

Jean-Luc Mélenchon répète les mensonges de l’ONU et des gouvernements impliqués dans les bombardements : « Kadhafi tire sur sa population. Au nom du devoir de protéger, l’ONU demande d’intervenir », affirme-t-il. Or la « protection des civils » n’est en réalité que le prétexte de cette guerre. Il permet de masquer ses véritables objectifs, à savoir la protection des intérêts des puissances impérialistes en Libye. Il faut expliquer cette vérité à la population et déchirer le voile d’hypocrisie et de mensonges qui la dissimule. Cette guerre ne vise pas à appuyer la révolution des exploités, mais à la contrecarrer et l’étouffer. C’est une guerre réactionnaire et impérialiste, de tous les points de vue. D’ailleurs, Mélenchon devrait nous expliquer comment il se fait que des réactionnaires notoires comme Sarkozy et Cameron veulent soutenir une révolution, de l’autre côté de la Méditerranée.

Dans une note publiée sur son blog, le 24 mars, Mélenchon rejette l’idée que cette intervention puisse être liée aux intérêts économiques et stratégiques des puissances impérialistes. Il cite un article de l’association « Mémoires de luttes » : « L’action armée en cours contre les cibles militaires libyennes ne vise pas à s’approprier le pétrole du pays, pour une raison bien simple : c’est déjà le cas ! Total (France), ENI (Italie), Repsol (Espagne), OMV (Autriche), Petro Canada (Canada), Wintershall (Allemagne) etc., exploitent déjà des gisements. » Ce serait risible si le sujet n’était pas aussi sérieux. Il ne vient pas à l’esprit de Mélenchon que les impérialistes puissent vouloir protéger leurs intérêts. Il n’a pas compris – ou fait semblant de ne pas comprendre – que les révolutions arabes, y compris la révolution libyenne, menacent les énormes intérêts des impérialistes dans cette région hautement stratégique. Pour eux, toutes ces révolutions sont autant de cauchemars. Ils feront ce qu’ils peuvent pour y mettre un terme et stabiliser des régimes dociles garantissant l’exploitation des travailleurs et des ressources naturelles de la région au profit des grandes multinationales américaines, françaises, britanniques, etc. Tel est leur objectif fondamental en Libye.

Selon Mélenchon, l’intervention militaire serait « conforme à l’intérêt de la France ». L’intérêt de quelle France ? Celle des capitalistes, des banquiers et des spéculateurs ? Ou celle des travailleurs ? Il n’y a pas vraiment d’intérêt national, puisque la « nation » est divisée en classes aux intérêts diamétralement opposés. L’approche de Mélenchon fait totalement abstraction de la lutte des classes et de leurs intérêts contradictoires.

Un peu plus loin, Mélenchon précise son idée : « la politique menée [par Sarkozy] est conforme à l’intérêt de la France : être lié avec le monde maghrébin. Il n’y a pas de futur possible pour la France si elle est opposée au sentiment majoritaire des populations au Maghreb. » On croit rêver. Sarkozy et sa clique ne cessent d’alimenter le racisme à l’égard des travailleurs d’origine maghrébine, en France. Sous couvert de « débat sur l’Islam », ils vont encore stigmatiser les jeunes et travailleurs arabes. Au Maghreb, l’impérialisme français a toujours soutenu, financé et armé les dictatures. Aujourd’hui même, Sarkozy soutient les régimes réactionnaires au Maroc et en Algérie. Il couvre d’un silence complice la répression, les arrestations et la torture qui frappent les militants de gauche, dans ces pays. Voilà comment Sarkozy et le capitalisme français sont « liés au monde maghrébin » !

Le rôle de l’ONU

Mélenchon soutient l’idée, véhiculée par les impérialistes, selon laquelle l’ONU est une institution progressiste oeuvrant au bien de l’humanité. Il ne jure que par l’ONU. « Je suis partisan d’un ordre international garanti par l’ONU », dit-il. « Depuis vingt ans, mes positions ont toujours été fermes et constantes : je me suis toujours opposé à ce qui n’était pas l’ONU. » Mais là encore, Mélenchon fait abstraction des intérêts de classe que représente l’ONU. Cette institution n’est pas neutre. Elle est l’instrument des grandes puissances impérialistes qui la contrôlent et qui s’en servent comme une couverture légale et « humanitaire » à leurs interventions. Par exemple, l’ONU a justifié la première guerre du Golfe (« protéger les Koweitiens »), la guerre en Serbie (« protéger les Kosovars ») et la guerre en Afghanistan (« lutter contre le terrorisme »). L’ONU a également justifié et organisé l’embargo de l’Irak qui, en douze ans, a fait plus d’un million de victimes irakiennes. Est-ce là « l’ordre international » que Mélenchon appelle de ces vœux ?

Mélenchon pousse jusqu’au ridicule son soutien à l’ONU : « Si la Russie et la Chine avaient mis leur veto à la résolution et que l’OTAN avait décidé d’intervenir, j’aurais été contre l’intervention » en Libye, explique-t-il dans Libération. Face à une guerre impérialiste, Jean-Luc Mélenchon détermine sa position en fonction de ce qu’en pensent… les régimes réactionnaires de Pékin et Moscou. Soit dit en passant, le Front de Gauche est censé élaborer une « programme partagé » avec la population, mais nous n’avions pas compris qu’il était question de le « partager » aussi avec Poutine et Hu Jintao !

La référence à l’OTAN ne vaut pas mieux. L’ONU est aussi réactionnaire que l’OTAN – et aussi dominée par l’impérialisme américain. Il est complètement absurde de prétendre que l’intervention en Libye changerait de nature si elle était dirigée par l’OTAN. Les impérialistes s’efforcent – non sans mal, du fait de leurs rivalités – de s’entendre pour passer à l’OTAN tout ou partie de la direction des opérations militaires. Mélenchon y voit la main des Américains et s’en offusque. Mais pour l’information du dirigeant du Parti de Gauche, la résolution de l’ONU était déjà conforme aux intérêts des impérialistes américains, qui ont dès le premier jour dirigé les opérations militaires. Que les bombes larguées sur la Libye portent le sigle de l’ONU ou de l’OTAN ne change strictement rien au caractère réactionnaire de cette guerre.

Le 23 mars, Mélenchon écrivait sur son blog : « La résolution 1973 de l’ONU concernant la Libye doit être fidèlement appliquée. Son objet est clairement délimité. Il s’agit de mettre en place une zone d’exclusion aérienne, actuellement effective, pour protéger les civils libyens. La résolution 1973 n’a pas d’autre objectif et exclut clairement toute autre intervention militaire. » Or, premièrement, il n’est pas vrai que la résolution 1973 exclut « toute autre intervention militaire » que la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne. Au contraire, l’ONU autorise « toutes les mesures nécessaires » pour prétendument « protéger les civils » – à l’exclusion d’une intervention terrestre (pour le moment). Mélenchon devrait savoir que le bombardement de blindés et de soldats loyalistes ne relève pas d’une zone d’exclusion aérienne. Les chars ne volent pas, à notre connaissance. Mais abstraction faite de ce petit détail, ce qu’il y a de plus scandaleux, dans le propos de Mélenchon, c’est le soutien qu’il apporte une fois de plus au prétexte mensonger de cette intervention impérialiste : « protéger les civils ».

Risques d’enlisement

L’intervention impérialiste en Libye présente les mêmes risques que les guerres en Irak et en Afghanistan. C’est ce risque d’enlisement, conjugué à la rivalité entre puissances impérialistes, qui explique les réticences de l’Allemagne, de la Russie et de la Chine. Le gouvernement des Etats-Unis était réticent à s’embarquer dans une nouvelle guerre. Sarkozy, par contre, voulait que la guerre commence dans les plus brefs délais. Il y a quelques semaines, les diplomates français du « groupe Marly » condamnaient publiquement « l’impulsivité et l’amateurisme » qui caractérisent la politique internationale de Nicolas Sarkozy. Ces diplomates ne sont certainement pas du même bord politique que nous, mais il faut reconnaître qu’ils ont raison, sur ce point. Après la chute de Ben Ali et Moubarak, les insurrections qui ont eu lieu à Benghazi et ailleurs, en Libye, ont convaincu Sarkozy que Kadhafi tomberait très rapidement, lui aussi. Critiqué pour sa « lenteur » à abandonner ses amis dictateurs en Tunisie et en Egypte, il a voulu prendre les devants en Libye. Il a hâtivement exigé le départ de Kadhafi et reconnu le Conseil National de Transition comme le seul « gouvernement » légitime du pays. Selon les calculs de Sarkozy, une chute rapide de Kadhafi lui permettrait de redorer son image aux yeux de l’électorat français – tout en protégeant les intérêts du capitalisme français en Libye.

Les événements, cependant, ont pris Sarkozy à contre-pied. Kadhafi a résisté. Ayant conservé le contrôle d’une partie importante des forces armées, le dictateur a lancé une contre-offensive. Or, si Kadhafi se maintient au pouvoir, Sarkozy risque gros. D’où son activité frénétique pour une intervention militaire visant à renverser Kadhafi. Malgré des réticences, Sarkozy a fini par obtenir le soutien de l’ONU. La résolution 1973 était une déclaration de guerre contre le régime libyen. Elle prévoit non seulement une zone d’exclusion aérienne, mais aussi des opérations contre des forces terrestres.

Rien n’est plus imprévisible que le déroulement des guerres. Mais le risque d’un enlisement de la coalition est évident. Moins d’une semaine après le début des opérations, des voix se levaient déjà, dans les milieux gouvernementaux, pour évoquer cette perspective. Les frappes aériennes peuvent détruire un certain nombre de blindés et d’avions au sol. Elles peuvent détruire des bunkers et des dépôts d’armes. Elles peuvent également gêner des convois de troupes et d’autres manœuvres militaires en dehors des villes. Mais il est très difficile de renverser un régime au moyen de bombardements aériens. Les impérialistes espèrent que sous la double pression des frappes aériennes et des offensives menées par les insurgés, ce qui reste du régime de Kadhafi finira par se disloquer. Mais ce n’est pas garanti.

L’objectif des impérialistes engagés dans cette guerre est de renverser Kadhafi pour lui substituer un gouvernement stable qui sauvegarde leurs intérêts. Dans ce domaine, ils comptent sur le Conseil National de Transition, qui n’a rien à voir avec la révolution. L’insurrection à Benghazi et d’autres villes du pays était le fait des travailleurs et de jeunes. Inspirés et encouragés par les révolutions en Tunisie et en Egypte, ils se sont révoltés dans l’espoir d’en finir avec Kadhafi. Mais l’insurrection n’a été que faiblement suivie dans la capitale – et, à la différence de Ben Ali ou de Moubarak, Kadhafi a pu compter sur une grande quantité de soldats fidèles – sans parler d’un nombre impressionnant de mercenaires. Le Conseil National de Transition a pris forme par-dessus la tête de l’insurrection, à laquelle la plupart de ses membres n’ont pas participé. Ce Conseil est dirigé par Mustapha Mohamad Abdeljalil, l’ancien Ministre de la « Justice » de Kadhafi – autrement dit, l’ancien bourreau-en-chef du régime. Devant la multiplication des soulèvements, des transfuges de ce genre – diplomates, ministres, hommes d’affaires – ont quitté le navire qu’ils croyaient en perdition. Ils ne valent pas mieux que Kadhafi. Leur objectif est de prendre sa place, d’être « Calife à la place du Calife », avec l’aide des grandes puissances impérialistes. Ils ont été rejoints par des « intellectuels » et des hommes d’affaires qui vivaient aux Etats-Unis ou en Europe. Depuis des décennies, des « opposants » libyens en exil ont été démarchés par les services secrets. Un certain nombre d’entre eux ont accepté leurs propositions. Ceux qui se trouvent « spontanément » au CNT en font partie. Le CNT est une coalition d’anciens kadhafistes et d’agents impérialistes. De toute évidence, les impérialistes ne soutiendraient pas le CNT s’ils n’avaient pas de bonnes raisons de penser qu’il défendra leurs intérêts.

La position du PCF

Dans l’interview du 21 mars à Libération, Mélenchon affirme avoir « voté la résolution du Parlement européen [favorable à une intervention] en accord avec la direction du PCF et de la Gauche unitaire, en accord avec mon collègue eurodéputé communiste Patrick Le Hyaric. » Il est exact que la position de Patrick Le Hyaric, telle qu’il la défend dans l’Humanité Dimanche du 24 mars, est proche de celle de Mélenchon. Mais quelle est la position de la direction du PCF ? Ce n’est pas très clair. Dans son communiqué du 8 mars, le PCF exprimait son« opposition totale à une intervention militaire en Libye ». Mais le 18 mars, un nouveau communiqué du parti appelait seulement à la « vigilance » et rangeait, à tort, le Conseil National de Transition parmi les « forces qui agissent pour la démocratie en Libye ». Par contre, Jacques Fath, membre de l’exécutif national du parti et responsable aux relations internationales, condamnait l’intervention et la résolution de l’ONU, dans l’Humanitédu 25 mars (ici).

La direction du PCF doit prendre clairement et formellement position contre cette guerre impérialiste. Les militants communistes ne soutiennent pas Kadhafi. Ils sont solidaires des révolutionnaires en Libye et dans les autres pays arabes. Mais il ne fait pas de doute que dans leur immense majorité, les militants communistes s’opposent à cette intervention impérialiste, tout comme ils s’opposaient à la guerre en Irak. Les déclarations de Mélenchon n’engagent que lui. Ce n’est pas à lui de déterminer la politique internationale du Front de Gauche. Le PCF est, de loin, la composante la plus importante du Front de Gauche. En outre, de nombreux militants du Parti de Gauche ne sont pas d’accord avec Mélenchon, sur cette question. Le PCF doit adopter une position indépendante. Il doit s’opposer à l’intervention, expliquer ses véritables objectifs, se dissocier du Conseil National de Transition et autres « faux amis » de la révolution, comme Bernard Henri-Lévy – et soutenir la cause révolutionnaire en Libye et à travers le monde arabe.





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25 avril 2017

Ethiopie, « le tigre africain » ?

Ce texte est paru dans Echanges n° 158 (hiver 2016-2017)

Régions d'Ethiopie et manifestation d'août 2016 —

infographie BiG parue dans Libération du 19 août 2016

Lib_ration «Tigre africain », c’est le terme inventé par le régime établi en 1995 et qui, à marches forcées et sanglantes, veut faire entrer l’Ethiopie dans le marché mondial de l’exploitation capitaliste moderne, démontrant par là sa politique et ses ambitions. Les faits et méfaits d’une réalité souvent bien cruelle que nous exposons ci-après traduisent indéniablement un essor économique qui doit être relativisé, parce que parti de rien d’un point de vue purement capitaliste mais aussi porteur de fragilités inhérentes à la société éthiopienne elle-même. Les données qui traduisent une situation d’ensemble doivent être maniées avec précaution car d’une part les appareils de mesure sont plutôt primitifs et imprécis et d’autre part, à cause de cet essor économique quelque peu chaotique, des changements rapides peuvent être enregistrés dans certains secteurs. Paradoxalement, les fragilités tiennent d’une part au fait que l’ensemble des structures sociales et économiques ne se transforment pas si aisément mais aussi d’autre part aux conséquences du développement capitaliste mondial, y compris celles de l’essor économique éthiopien (1).
D’une superficie de 1 100 000 km² (deux fois la France), peuplée de 100 millions d’habitants (avec un taux de croissance de la population de 2,5 % soit 2 500 000 habitants de plus chaque année), deuxième pays d’Afrique après le Nigéria, le pays n’a jamais vraiment connu la paix intérieure et/ou extérieure, mais il voit dans ces dernières années les effets directs de son développement économique, dans des troubles internes récurrents d’une grande ampleur dont les conséquences politiques et économiques restent difficiles à prévoir.
Ce pays montagneux, véritable château d’eau, s’étage entre une dépression de moins 120 m dans le désert de Danakil et les 4 00 m du Ras Dashan avec un plateau central oscillant entre 1 800 m et 3 000 m. Ce qui donne à cet Etat un environnement très diversifié : on n’y compte pas moins de 72 microclimats. Ce qui est à l’origine une bénédiction agricole, se transforme dans les néo-colonisations du capital mondial en une calamité pour le monde agricole local (2).
Il est difficile de séparer cette néo-colonisation des évolutions politiques qu’a subies le pays depuis quarante ans, marquées d’une part dans la persistance de populations d’ethnies, de langues et de cultures différentes voire conflictuelles, et d’autre part dans les efforts de modernisation d’une élite politique d’une société qui reste encore aujourd’hui en grande majorité agricole. Comme souvent dans de tels pays, ce sont les militaires qui jouent le rôle moteur de cette modernisation. C’est une junte militaire, le Derg, qui en 1974 détrône le dernier « empereur », Haïlé Sélassié (1892-1975), et qui dirige le pays d’une main de fer jusqu’en 1991. Dans le contexte de la guerre froide, le nouveau régime est largement influencé et soutenu par l’URSS, dans une « République fédérale démocratique », dictature de fait pratiquant ce qui fut appelé « terreur rouge ». Après la chute du régime soviétique, une période d’incertitude politique voit la montée, toujours sous influence militaire, d’un Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE), dominé par le Front de libération du Peuple du Tigré qui asseoit définitivement son pouvoir depuis 1996 lui aussi sous la forme d’une véritable dictature.
C’est aussi un entremêlement de conflits coloniaux et postcoloniaux entre l’Angleterre et l’Italie qui peut expliquer la prééminence actuelle dans cette dictature d’une ethnie très minoritaires du Tigré (6 % de la population).
Partenaire des grandes puissances
Le système est fédéral pour tenir compte de la diversité ethnique des populations, sans que cela constitue une délégation du pouvoir central qui impose le contrôle politique de toutes ces régions et autres subdivisions administratives (le pays ne comporte pas moins de 80 groupes ethniques). L’essentiel (plus de 70 %) de la population se trouve dans la partie ouest du pays, divisée, outre le Tigré au nord, entre la région Amhara peuplée principalement par l’ethnie Amhara (30 % de la population totale du pays) et au sud la région Oromia à majorité ethnique d’Oromos (près de 40 % de la population totale du pays). Addis-Abeba, la capitale, se trouve dans cette dernière région aux confins de la région Amhara. Ce détail aura une grande importance dans le déroulement des événements dont nous allons parler. Ils vont être causés principalement par l’expansion territoriale du développement capitaliste autour de la capitale, qui va toucher ces deux régions traditionnellement en conflit ouvert, et les souder dans une même opposition au pouvoir central (3).
Malgré ses faiblesses relatives et son instabilité interne, l’Ethiopie est un partenaire précieux dans la région de la « Corne de l’Afrique » pour l’ensemble des puissances mondiales, non seulement pour son développement économique mais d’abord pour son rôle de gendarme des pays voisins, Somalie, Erythrée et Soudan du Sud et paradoxalement un pays d’accueil des réfugiés des pays limitrophes. Sous cet aspect, l’Ethiopie est un partenaire stratégique des Etats-Unis (voir la visite d’Obama en juillet 2015). Pour l’engagement de 4 000 militaires Ethiopiens dans l’AMISOM (Union des forces africaines) en Somalie, l’Ethiopie reçoit 3,3 milliards de dollars d’aide militaire (4). L’Ethiopie n’ayant plus de débouché sur la mer à cause de la sécession historique de la Somalie et de l’Erythrée, seul le port de Djibouti est un élément vital dans le développement du pays, sa seule ouverture sur la mer grâce à la liaison ferroviaire avec Addis-Abeba, récemment rénovée par les Chinois. Ce qui fait de la minuscule République de Djibouti l’objet de toutes les convoitises : bases militaires  américaine (depuis 2002), japonaise (depuis 2010), bientôt chinoise (fin 2017), française (héritage de l’occupation depuis 1884) avec des antennes militaires dans les pays voisins qui peuvent être activées en bases militaires opérationnelles.
Le 28 avril 2016, Djibouti et l’Ethiopie ont conclu un accord militaire qui autorise le stationnement de troupes éthiopiennes sur le territoire de Djibouti. Cette situation fait que les puissances étrangères occultent les massacres intérieurs du pouvoir, qui de fait se voit ainsi renforcé car il est essentiel que le pays reste un élément de stabilisation dans la Corne de l’Afrique (5).
Présence de la religion
Il est un élément dont on ne parle guère alors qu’il est présent tant sur le plan politique que dans le contrôle social des mœurs et coutumes dans tout le pays. C’est la présence de la religion, essentiellement de la religion chrétienne orthodoxe qui s’impose à près de la moitié de la population, le reste étant partagé entre protestants et musulmans. Religion d’Etat avec d’énormes privilèges et richesses, au temps du Négus, elle a perdu  tout pouvoir temporel et toutes ses possessions après la chute de celui-ci et l’établissement d’un Etat de style soviétique par une junte militaire en 1974 instaurant la séparation des Eglises et de l’Etat. Le deuxième coup d’Etat en 1991 a maintenu l’essentiel de cette politique mais une collaboration de fait s’est établie entre le FDRPE et l’Eglise orthodoxe qui aurait récupéré, avec une partie de ses richesses, tout son prestige et son influence et dont les dirigeants entretiennent avec le parti au pouvoir un climat de compromission. Il est symptomatique que l’un des événements sanglants dont nous parlons ci-après se produisit à l’occasion d’une grande fête religieuse de cette Eglise et que les dirigeants qui tentèrent de prendre la parole durent se retirer alors que l’émeute se déclencha contre la police qui intervenait alors. L’Eglise orthodoxe reste fidèle à sa tradition millénariste ce qui d’une certaine façon cadre avec les perspectives politiques des militaires (6).
Etre femme
On doit aussi considérer – dans l’intrusion des Eglises dans la vie sociale et la main de fer des dominants – la place de la femme dans la société patriarcale éthiopienne malgré quelque évolution. Les pratiques ancestrales restent tenaces avec l’excision (96 % des femmes) ; le mariage précoce (en Amhara 48 % des filles de moins de 15 ans et 26 % des filles de moins de 19 ans sont mariées de force). Le sort des enfants n’est pas plus enviable, 86 % des enfants de 5 à 14 ans et 97 % des moins de 14 ans sont astreints à un travail dans les secteurs domestiques et agricoles ou de l’économie informelle. Pour ce qui concerne l’enseignement, globalement seuls 50 % des enfants sont alphabétisés. Et on ne peut guère évaluer le sort tragique de femmes et enfants sous la domination rigoureuse, pas seulement coutumière mais aussi légale, de la gent masculine, notamment dans des situation trop fréquentes comme le viol (7). Il est quand même symptomatique que le FDRPE, pour tenter d’endiguer les troubles et procédant à un remaniement ministériel, ait admis trois femmes dans le nouveau gouvernement.
Contrôle de masse
Sur les questions identitaires comme sur les questions économiques, il est frappant de constater une méconnaissance profonde des urbains par les ruraux et vice-versa. C’est une des conséquences de la politique du gouvernement relative à la circulation des personnes sur le territoire. Parallèlement aux expropriations et déplacements forcés, il y a une restriction forte des voyages et séjours à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières (toutes les frontières terrestres du pays seraient fermées). Une des voies de contrôle de masse de la population s’incarne dans les autorisations officielles nécessaires pour changer d’Etat fédéral et il est quasiment impossible de s’installer à Addis-Abeba lorsqu’on est un paysan. Les modalités de l’exode rural sont aussi limitées que contrôlées. Les représailles administratives demeurent un outil courant de la rigueur politique, le sentiment d’être dans une grande prison à ciel ouvert est largement partagé dans le pays. A cela s’ajoute une fermeture affichée des canaux d’information et de communication permettant la diffusion d’une sémantique de propagande et de désinformation de la population éthiopienne comme de l’opinion publique étrangère (8).

Du point de vue de la structure des différents facteurs économiques, l’Ethiopie est toujours partiellement une forme de capitalisme d’Etat entièrement dépendant du pouvoir politique ainsi accaparé par une ethnie : outre la terre (on en parle ci-après), l’Etat contrôle les banques, les transports, les télécoms et la distribution, secteurs qui restent fermés aux investissements directs étrangers. Ce qui n’exclut nullement la dévolution à des firmes étrangères par le pouvoir politique de travaux dans ces secteurs, ce qui bien sûr ouvre la porte à toutes les corruptions que l’on puisse imaginer. Les principaux investisseurs sont l’Arabie saoudite, la Chine (notamment dans les infrastructures de transport et dans les télécommunications), l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Inde et la Turquie. Mais la plus grosse partie des investissements étrangers va dans l’agriculture, ce qui est normal car l’Ethiopie reste, malgré son développement industriel, un pays agricole (80 % de population rurale, 40 % du PIB contre 15 % pour l’industrie). Sur 49 millions d’actifs, 80 % dépendent de l’agriculture qui assurait en 2015, 83 % des exportations.
Malgré les guerres étrangères (la dernière avec l’Erythrée, de 1998 à 2000, toujours sur le point de renaître) et civiles (la dernière en novembre 2016, une invasion du Tigré par des guérilleros Amhara), malgré les périodes de sécheresse (en 2011, la crise alimentaire aurait fait entre 50 000 et 250 000 victimes, la dernière sécheresse en 2015-2016 particulièrement marquée a affecté un quart de la population et celle qui s’annonce serait encore plus ravageuse), l’Ethiopie, partie de rien, a connu depuis 1995 un essor économique vanté partout et la croissance du PIB atteint environ 10 % chaque année de 2007 à 2013. Cela a même débuté bien avant : par exemple, depuis 2003, l’entreprise suédoise H&M a délocalisé en Ethiopie la totalité de ses usines textiles. Un autre exemple peut donner une idée de l’expansion dans certains secteurs : avant 2005, aucune fleur ne sortait d’Ethiopie, aujourd’hui le pays est, sous l’impulsion des investissements néerlandais, le quatrième producteur mondial et le deuxième exportateur mondial de roses (derrière les Pays-Bas).
Le PIB total est passé de 7,3 milliards de dollars américains en 1980 à 16 milliards en 2006 et à 70 milliards en 2016. Parallèlement le PIB par tête est passé de 215 dollars en 1985 à 702 dollars actuellement. Pour spectaculaires qu’ils soient, ces chiffres sont trompeurs. Considérant ce PIB total, en 2015, l’Ethiopie occupait le 72e rang mondial sur 188 Etats et pour le PIB par tête le 173e mondial sur ces 188 Etats. Encore plus trompeurs si l’on considère l’essor de la population du pays, passée de 35 millions en 1980 à 78 millions en 2006 et à 101 millions en 2016. Ce qui explique pourquoi l’Ethiopie reste un pays pauvre malgré l’essor économique, d’autant plus que le PIB par habitant dissimule les disparités énormes dans la répartition du revenu global de cet essor économique relatif. D’une part, les dominants politiques tigréens s’en attribuent la part du lion, soit directement soit par les prébendes dans l’attribution de concessions aux investisseurs. D’autre part, une nouvelle classe capitaliste nationale a grandi, par un développement industriel, agricole et surtout spéculatif. Ceci se matérialise par l’existence du plus grand nombre de millionnaires et de milliardaires de l’Afrique – 2 700 en 2013 sur les 165 000 recensés pour toute l’Afrique, leur nombre en Ethiopie ayant augmenté de plus de 100 % entre 2007 et 2013 (9). Si la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 45 % en 1995 à 30 % en 2010, son nombre est en fait resté le même en raison de l’augmentation de la population.
Développement industriel
Dans une telle situation, le gouvernement n’a eu aucun mal pour attirer les investisseurs étrangers (et quelques locaux) dans un développement industriel. Ce développement est venu tant par le fait qu’avec les salaires les plus bas du monde, les délocalisations notamment dans le textile et la chaussure se sont déplacées depuis l’Asie (surtout du Bangladesh) et que cet essor a entraîné une certaine croissance d’industries de base, spécialement dans le bâtiment, accompagnée d’une énorme spéculation immobilière. Dans la région d’Addis-Abeba une dizaine de parcs industriels exploitent chacun entre 30 000 et 60 000 esclaves pour des salaires souvent inférieurs à 30 euros par mois. Les plus « favorisés » sont les fonctionnaires : un enseignant peut gagner jusqu’à 100 euros par mois (10). Ce développement se fait dans une situation assez chaotique quant aux infrastructures. La faiblesse de la productivité (due en partie à la condition physique des exploités) est aggravée par exemple par des coupures d’électricité (d’où la mise en eau récente d’un énorme barrage hydro électrique sur le Nil Bleu) (11) et la carence des transports. D’où une nécessité de financement de différents projets d’adaptation où interviennent non seulement le FMI, la Banque mondiale, la BCE mais surtout des emprunts chinois. En septembre 2016, la BCE a consenti un prêt de 200 millions de dollars américains pour la construction de deux parcs industriels. Le voyage récent de Merkel, la chancelière allemande, en Ethiopie notamment, visait à restreindre l’émigration vers l’Europe par un développement local. La crise mondiale et les contrecoups de la sécheresse récente (la pire sécheresse depuis cinquante ans) ont largement grevé l’économie du pays et contraint au recours à un financement international qui, ajouté à ces difficultés intérieures et à leur impact sur les échanges internationaux, a pour conséquence une inflation dépassant 10 % et un taux de chômage avoué de 20 %, situation qui n’est pas sans avoir joué un rôle dans les événements dont nous allons parler.
Auparavant, on peut souligner que ce qui se passe en Ethiopie du point de vue de son développement économique est un problème identique, avec les spécificités nationales, à celui de tous les pays en développement. Le problème de toujours, celui du capital : la transformation des paysans en prolétaires pour l’exploitation de leur force de travail dans des unités capitalistes de production. Dans le cas de l’Ethiopie se conjuguent, avec la complicité du pouvoir politique, d’une part l’accaparement des terres, essentiellement par des investisseurs étrangers, qui prive les paysans de leur source de vie, d’autre part le développement d’infrastructures qui aboutit à des résultats identiques par l’expropriation directe et la facilité donnée à la pénétration du capital dans tout le pays. Tous les conflits présents vont tourner autour de cette question de propriété du sol.
On peut souligner ici que la couverture végétale du sol éthiopien a été largement modifiée en cinquante ans. 98 % des forêts ont disparu (la couverture forestière du pays est passée de 40 % de la superficie totale du pays à 2,7 %) (12), soit pour la création d’espaces de pâturages et/ou de culture et l’utilisation du bois comme seul combustible domestique (ce qui est encore le cas aujourd’hui) (13) et la construction (14) ; cet espace déforesté devient « libre » pour toute culture et contribue indirectement largement à la politique agricole présente.
Elimination économique…
Dans les années 1970 une réforme agraire a transféré l’ensemble des terres agricoles en « biens collectifs », propriété de l’Etat, dont l’usage de parcelles de moins de 10 ha (10 000 m²) était concédée à chaque paysan. Mais cette réforme n’a guère été appliquée : en 2000, 87 % des familles n’exploitaient qu’une superficie de moins de 2 ha (2 000 m², un grand jardin) (15). La pression démographique est telle que les lopins de terre diminuent. En 2008, la taille moyenne d’une exploitation était de 0,8 hectare. Dans le processus de « modernisation » entrepris à partir de 1995, le gouvernement, ayant pratiquement les mains libres quant à l’attribution des terres, a de plus en plus concédé les plus fertiles à des investisseurs étrangers ou locaux, en d’incroyables dimensions, éliminant les paysans qui n’en avaient que l’usage, contraignant ceux-ci, soit à émigrer vers les villes (d’où un taux de chômage dépassant 20 % de la population active), soit à se replier sur les terres les moins fertiles et les moins irrigables.
Le processus va tous azimuts, par exemple pour une production intensive d’hydrocarbures ou pour la culture du khat (dans la zone administrative du Harrarge Est) permettant à la fois une manne financière pour l’Etat qui exporte cette drogue dans les pays consommateurs voisins (Erythrée, Soudan, Somalie, etc.) et le maintien dans une forme de dépendance d’une partie de la population. Les terres dévolues aujourd’hui à la culture du khat ont remplacé les cultures maraîchères et vivrières, poussant les familles rurales à consommer des aliments achetés au marché et dépendant des fluctuations des prix. Cette situation expose d’autant plus les populations à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. En 2008, de 60 à 80 millions d’hectares de terres fertiles avaient ainsi été arrachées aux paysans locaux, dont 3 millions d’hectares rien qu’en 2008. Un homme d’affaires indien s’est vu ainsi concéder d’un seul coup 310 000 ha de terres (la moitié du département de Seine-et-Marne). Actuellement sur 77 millions d’hectares de terres arables, les paysans éthiopiens n’exploitent plus que 17 millions d’hectares.
Des plans successifs ont visé à accélérer la transformation des structures économiques ; toute une partie de ces plans concernaient précisément l’attribution des terres par l’Etat à des fins diverses. Fin 2015 est publié un nouveau plan d’urbanisme concernant la région d’Addis-Abeba, avec maintes expropriations qui empiètent notamment sur la région Oromo dans laquelle se situe la capitale.
« … Il y a depuis quelques années, une accélération de la politique de développement agricole et industriel, qui passe par l’encouragement d’investissements capitalistiques soit intérieurs soit extérieurs, passant par une grande facilitation d’accès à du foncier pour les entreprises investissant en Ethiopie, et, avec des phénomènes massifs de captations foncières, d’expropriations de populations paysannes. Comme toute la périphérie d’Addis-Abeba est habitée par des populations oromos, ce sont elles qui ont les premières fait les frais de ces processus d’expropriations massives… (16). »
Une recherche récente montre dans quelles conditions cela se passe sur le ­terrain :
– il existe un réel décalage entre la position officielle des autorités (lois, politiques publiques, politiques agricoles, procédures…) et les réalités de terrain. Selon la Constitution, les paysans ont droit à des compensations (rémunérations) en cas de l’expropriation de terres. Mais en pratique, peu de paysans reçoivent ces compensations. Bien au contraire, certains sont expulsés manu militari de leurs terres ;
– les investissements et les octrois sont réalisés sans aucune limite sur l’utilisation d’eau, aucune étude d’impact environnemental ou contrôle environnemental, ce qui a des conséquences sur la préservation de l’écosystème et risque d’affecter l’économie éthiopienne fortement dépendante de l’agriculture ;
– de nombreux cas d’accaparement des terres impliquent non pas de gros investisseurs étrangers mais des petits investisseurs locaux ou issus de la diaspora.
…et massacres
Il est un aspect dont cette recherche ne parle guère en mentionnant simplement l’expulsion brutale des paysans ainsi évincés, dans une politique meurtrière délibérée. Les Amharas en ont été victimes, particulièrement dans le sud du pays…. Selon l’agence centrale des statistiques, le nombre d’Amharas vivant en Ethiopie est inférieur de 2,7 millions aux dernières projections. Pour les Amharas, il y a un écart difficilement explicable. Si bien que les Ethiopiens commencent à se demander où sont passés ces 2,7 millions d’Amharas.
Des massacres ont par ailleurs été mentionnés contre les Anuaks du Gambella en 2003… Un réfugié, établi au Kenya, témoigne :
« Les Anuaks sont partis en 2003-2004, après le massacre. Certains sont restés pour protéger la terre, afin qu’elle ne soit pas désertée. La délocalisation est difficile. J’ai été déplacé de la terre où mes ancêtres vivaient. J’ai été déplacé dans un nouvel endroit qui n’est pas fertile. Pour justifier la délocalisation, ils invoquent un meilleur accès aux services sociaux. Mais ça ne s’est jamais produit. Les gens meurent de maladies. Durant la délocalisation menée par les militaires, il y avait des meurtres. Des gens étaient torturés et battus. […] Alors, les gens ont préféré partir pour rejoindre leurs parents réfugiés au Kenya. […] Nous venons de terres fertiles. Nous habitions près des rivières, où il y avait du poisson. Maintenant, nous sommes jetés dans le désert pendant que des gens venus de l’étranger récoltent nos terres. »
En 2007, le Front de libération du Peuple du Tigré (FLPT) a encore conduit des opérations de nettoyage ethnique contre les peuples de l’Ogaden, dans les villages de Fik, Qoreh, Gode, Degehabur et Wardheer. Dans des raids meurtriers, les troupes de Zenawi ont massacré des milliers de paysans et ont violé les femmes. Voilà la face cachée du programme de location des terres (17).

***

La question de la terre est un sujet sur lequel on s’écharpe depuis des siècles. Un projet d’extension de la capitale et l’expulsion de dizaines de milliers de fermiers oromos ont mis le feu aux poudres. La région de l’Oromia abrite plusieurs millions de paysans oromos, le groupe ethnique le plus important du pays. Mais en  2016, toute l’Ethiopie est concernée par des émeutes de tous genres. Une autre source de tension se situe dans le nord du pays. Les habitants des régions de Gondar et Bahar Dar dans le nord de l’Éthiopie ont quant à eux rejoint le mouvement de lutte suite à une demande de la communauté de Welkait-Tegede de voir leur région administrée par les Amharas et non plus par les Tigréns. En effet, il y a vingt-cinq ans, lorsque le FDRPE est arrivé au pouvoir, une loi fédérale sur le découpage des régions se basant sur le langage s’est vu appliquée. Les Welkait-Tegede, malgré leur évidente appartenance à l’ethnie Amhara, se sont alors vu rejoindre l’administration Tigréenne malgré leur vive désapprobation (18).
Les agriculteurs ne cessent de se révolter, comme le montrent les récents incendies de fermes horticoles où sont cultivées les roses, un des sujets épineux de la révolte. Ces fermes horticoles, se trouvant dans la région des lacs de la partie nord de la vallée du Rift (immense faille qui traverse la corne de l’Afrique du nord au sud), sont soumises à de nombreuses controverses : assèchement des lacs, déversement massif de pesticides, conditions de travail des salariés extrêmement précaires, mais aussi accaparement des terres par les multinationales…(19). « Un paysan éthiopien à qui l’on prend sa terre, il est toujours prêt à se battre. Surtout quand il voit se construire dessus des immeubles dans lesquels il ne pourra jamais habiter, ou quand son terrain est vendu à des gros investisseurs (20). »
La révolte des Oromos
Ce n’est pas la première fois que les Oromos manifestent. Ils l’avaient déjà fait en 2014 lors de la présentation de la précédente version du plan d’expansion d’Addis-Abeba. La police avait alors ouvert le feu et tué des dizaines de manifestants (21). Le parti au pouvoir sentant le danger de la situation a engagé des pourparlers avec les Oromos pour aménager le programme d’agrandissement de la capitale.
Mais aujourd’hui les Oromos manifestent contre la nouvelle version du projet d’agrandissement de la capitale. De fait, le programme urbain oblige les fermiers oromos à quitter leurs terres. Depuis plusieurs années, la capitale fédérale est en proie à une explosion démographique inédite empiétant progressivement sur le territoire oromo. Au cours de la décennie écoulée, 150 000 fermiers oromos ont été obligés de quitter leurs villages sans recevoir de compensations financières adéquates. Pour les militants du mouvement oromo, il s’agit d’un véritable accaparement de leurs terres ancestrales, dont le but serait de modifier radicalement la configuration démographique et culturelle de la région.
Le nouveau cycle de manifestations a commencé en novembre 2015 à Ginchi, à 80 km à l’ouest d’Addis-Abeba, quand les autorités locales ont voulu réquisitionner un terrain de foot appartenant à une école pour le mettre à disposition de promoteurs immobiliers et permettre ainsi l’extension de la capitale. Les étudiants sont immédiatement descendus dans la rue. Leur mouvement a bien sûr été rapidement réprimé avec des morts et des blessés (22).
Les manifestations de Ginchi ont été la première étincelle, et l’opposition aux autorités locales et fédérales n’a pas tardé à prendre de l’ampleur : les ONG de défense des droits de l’homme affirment qu’au moins 140 personnes ont été tuées entre novembre 2015 et janvier 2016. A Sululta (au nord d’Addis-Abeba), les usines nouvellement construites et les programmes de logements empiètent déjà sur les terres agricoles. La ville fait partie de la trentaine de localités qui se sont soulevées en décembre 2015 : des paysans ont quitté leurs collines et sont venus à cheval se joindre aux étudiants qui manifestaient en nombre – ils ont été accueillis par des tirs et des grenades de gaz lacrymogènes. Ailleurs, des postes de police et des symboles de l’Etat ont été attaqués. Par endroits, des entreprises privées ont été prises pour cible (23).
Des manifestations généralement pacifiques ont touché les villes importantes de l’Oromia comme Jarso, Walliso et Robê.
Le 1er janvier 2016, on peut considérer que tout le nord de la province Oromia est en dissidence depuis la mi-novembre 2015. On pourrait diviser un peu artificiellement d’un côté les émeutes qui mettent en cause directement le pouvoir politique dans l’application des plans économiques ou urbains avec comme corollaire l’attaque des symboles immobiliers du pouvoir, de l’autre celles qui attaquent les usines ou installations agricoles modernes dont la présence atteste l’éviction des terres (et assimiler de telles attaques au luddisme, ce qu’on est tenté de faire lorsque l’on sait que 40 000 de ces ex-paysans sont exploités dans ces installations agricoles et industrielles ultramodernes).

***

En fait, ce sont les mêmes, paysans menacés ou déjà évincés, prolétarisés en partie, qui tentent de contester le pouvoir dans sa politique et ses réalisations. On ne peut qu’en faire une longue liste qui se déroule tout au long de l’année 2016 :
25 avril 2016. 14 morts dans des affrontements intercommunautaires à Gambella à la frontière avec le Soudan du Sud.
26 septembre. Dans un bidonville proche d’Addis-Abeba, sommairement érigé par ses 30 000 occupants, 3 000 logements sont détruits en vue d’opérations immobilières. La résistance des habitants fait six morts et de nombreux blessés. Vingt policiers auraient été tués dans l’affrontement.
Juillet. Nouvelles protestations dans la région de Gondar proche du Tigré, plusieurs morts.
Dès cet été 2016, on constate que la vieille rivalité entre les Oromos et les Amharas disparaît devant les problèmes communs d’accaparement des terres et de répression sanglante : « Le sang qui coule en Oromia est notre sang aussi », déclarent maintenant les Amharas. C’est le plus grand danger pour la minorité qui tient le pouvoir politique car ces ethnies forment à elles deux près des trois quarts de la population.
« L’effacement de l’antagonisme Oromos-Amharas est quelque chose de fondamental, c’est pour cela que le régime a si peur. Il a bien conscience que la révolte est en train de dépasser le simple cadre régional et de menacer ses fondements (24). »
Pour la première fois cet été, les Oromos, historiquement opprimés, et les Amharas, ancienne élite de l’Ethiopie, ont donc manifesté simultanément dans leurs régions respectives, les deux plus grandes du pays. Cette démonstration de solidarité est inédite. La répression a été d’autant plus brutale. Non seulement les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule, mais elles traquent les étudiants oromos « chez eux, dans les écoles, et jusque dans les hôpitaux », notait Human Rights Watch dans un rapport publié en juin.
« J’ai vécu ici toute ma vie et je n’ai jamais vu ça. Chaque famille a au moins un de ses enfants qui a été arrêté, témoignait dans ce document un fermier oromo de 52 ans. Cette génération est en train d’être décimée. Mes quatre fils ont disparu, ma fille de 12 ans a trop peur pour aller à l’école. Moi-même, je crains d’être arrêté à tout moment. »
De nombreux cas d’arrestations extrajudiciaires, de tortures et de disparitions forcées ont été documentés par l’ONG (25).
6 et 7 août. La région de Bahir Dar est en état de siège alors que des manifestations éclatent un peu partout dans les régions Oromia et Amhara, laissant plus de cent morts et des centaines de blessés.
12 août. Les habitants terrés chez eux tout un week-end à Shashamam alors qu’ont lieu des affrontements armés avec la police.
15 août. Depuis novembre 2015 la répression a fait plus de 400 morts et entraîné des dizaines de milliers d’arrestations.
Septembre. Des dizaines de membres de l’ethnie Konso assassinés par les forces gouvernementales dans la région autonome Konso près d’Arba Minch sur le lac Anhora, dans le sud-est du pays lors de protestations sur des limites territoriales (26).
2 octobre. Le festival religieux annuel Ireecha, qui regroupe près de 2 millions de fidèles à Bishoftu près d’Addis-Abeba, se transforme en manifestation politique lorsque les participants empêchent les représentants des partis officiels et les pontes religieux de prendre la parole aux cris de « Nous voulons la liberté », « Nous voulons la justice », et commencent à lapider les forces de l’ordre. Celles-ci tirent et chargent dans la foule. Il y aurait eu plus de cent morts (plusieurs centaines diront certains), par balles ou par noyade dans la panique qui s’ensuivit, et d’innombrables blessés. Il y aurait eu depuis un an plus de 600 tués dans des affrontements très divers dans tout le pays (27).
6 octobre. Destruction totale d’un complexe touristique, Le Lodge, au bord du lac Langano. Le même jour, sabotage et incendie de 11 entreprises textiles et de plastique par des milliers de manifestants. De même, incendie d’une usine nigérienne de câbles électriques à Sebeta, à 35 km au sud-ouest de la capitale, d’une usine textile turque et d’une cimenterie. Le même jour, dans la capitale, une femme américaine est tuée, lapidée par des manifestants alors qu’elle circule en minibus (28).
9 octobre. Face à une telle situation de troubles qui s’étendent dans tout le pays, le gouvernement décrète l’état d’urgence pour une période de six mois. Les mesures sont particulièrement strictes : couvre-feu étendu, contrôle de tous les médias et fermeture d’Internet, interdiction aux diplomates et journalistes de se déplacer dans le pays à plus de 40 km de la capitale (29), etc.
Le même jour le gouvernement annule le nouveau plan d’urbanisme ; cela n’arrête pas pour autant le déchaînement de la violence anti-gouvernementale.
L’émeute devant cette forme de répression mortelle de toute manifestation de masse se transforme en se répartissant dans tout le pays avec les attaques des sites de l’investissement de possesseur de terres. On ne les compte plus, seules quelques-unes réussissent à franchir les barrières des contrôles médiatiques.
22 octobre. Incendie d’une ferme horticole néerlandaise, bâtiments et véhicules divers, à Adama au sud d’Addis-Abeba par des centaines de manifestants, accompagné de pillage (plus d’une trentaine de telles fermes « modernes » auraient été ainsi attaquées).
29 novembre. Les combattants de Ginbot  et des unités d’autodéfense Amhara sont rentrés dans la région du Tigré par le sud-ouest de la région. Ils ont mené des attaques contre des installations militaires et économiques du Tigré. Ces attaques ont causé des dommages importants, spécialement dans deux villes, Bourkouta et Adi-Ramets. Les civils tigrés ont payé le plus lourd tribut dans cette guerre (30).
27 décembre. Conflit armé autour de la dépossession de terres dans la région de Benshangul Gomez (Amhara).
10 janvier 2017. Attaques d’hôtels à Gondar et Bahir Dar, quatre morts et 30 blessés (31).
Il est difficile de savoir quelle est la situation réelle en Ethiopie au moment où cet article est écrit. Le tableau ci-dessous (p. 40) pourrait laisser penser que le gouvernement aurait repris le contrôle et maîtrisé la rébellion dans l’ensemble du pays (32).
Mais les hauts et les bas montrés dans ce recensement des épisodes de violence collective depuis octobre 2015 démontrent que rien n’est acquis à ce sujet et que tout peut rebondir.
D’une part, la répression est toujours présente et au 26 janvier 2017 on décompte officiellement 24 000 détenus dont une partie sont internés dans des camps pour « formation » (33). D’autre part, les années de violence tendent à décourager les investisseurs, réduisent les possibilités d’emplois déjà bien maigres, alors que la poursuite de la politique de « récupération » des terres qui accompagnerait inévitablement la reprise de ces investissements et la modernisation des infrastructures créerait de nouvelles contestations. Une autre menace peut accroître la misère et réveiller les révoltes latentes : une nouvelle vague de sécheresse dans l’Est de l’Ethiopie, qui serait pire que celle de l’hiver 2015-2016, toucherait plus 6 millions d’Ethiopiens (34).
« Dans cette crise, la grille de lecture ethnique ne suffit pas. Même si les marches se construisent, bien sûr, en fonction des liens identitaires. Ce n’est pas le cadre ethno-fédéral si particulier à l’Ethiopie qui est remis en cause. Les manifestants font d’ailleurs souvent référence à la Constitution et demandent qu’elle soit appliquée. Le plan d’extension d’Addis-Abeba est jugé anticonstitutionnel par les Oromos, car il remet en cause les équilibres territoriaux prévus dans le texte fondamental (35). »
Quant aux Amharas, « leurs revendications portaient à l’origine sur un morceau de  territoire qui a été rattaché en 1991 au Tigré. »


« Encore une fois, on est à l’intersection des deux thèmes cruciaux pour l’Ethiopie : la terre et l’identité régionale. Il est impossible de séparer les deux problématiques (36). »
L’Ethiopie peut néanmoins continuer sa répression dans un concert de silence mondial car l’Ethiopie est considérée par les Occidentaux comme un allié clé dans la lutte contre l’extrémisme islamiste dans la Corne de l’Afrique. Les Etats-Unis ont appelé « le gouvernement d’Ethiopie à permettre que des manifestations pacifiques aient lieu et à ouvrir un dialogue constructif pour faire face à des doléances légitimes ». Le régime éthiopien sait qu’il y a peu de risque que ces appels soient suivis d’action. Même l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba, est demeurée étrangement silencieuse jusqu’ici sur le massacre des Oromos qui se passe quasiment sous ses fenêtres. Le premier ministre déclare que depuis novembre 2015 il y aurait 500 morts mais ses ministres précisent qu’il y aurait plus de 20 000 détenus, alors que les activistes soulignent que ces chiffres restent largement en dessous des estimations réelles (37).
« Le risque, c’est que la crise stoppe les investissements dont le régime a besoin pour poursuivre le développement. L’Ethiopie est un marché gigantesque, de 100 millions d’habitants. En réprimant si durement, le gouvernement fait un mauvais calcul économique et politique. Il ne va bientôt plus avoir le choix : il doit au plus vite partager le pouvoir et mettre en place un système de redistribution économique (38). »
Le boom ne s’est pas pour autant accompagné d’une libéralisation du pays, qui reste très dirigiste, selon un modèle « à la chinoise ». Le parti hégémonique reste omniprésent à tous les niveaux de la société. Une situation devenue insupportable pour une partie de la jeunesse, de plus en plus éduquée et connectée, et fortement touchée par le chômage.
La violation de tout droit humain envers les populations omoro et amhara a lieu dans un environnement totalement fermé. Les activistes de la société civile trouvent de plus en plus de difficultés pour atteindre les zones des conflits pour y chercher des informations et où ils risquent arrestation et persécution. Journalistes, blogueurs et autres médias encourent harcèlement et intimidation. Le gouvernement reste sourd à tous les appels internationaux pour une enquête quelconque et encore moins pour tempérer la répression la plus dure contre toutes les oppositions.
En fait, le contrôle de la population, l’impossibilité de se déplacer d’une province à l’autre, empêchent de connaître l’extension et la récurrence des troubles. L’omniprésence de l’Etat se manifeste, entre autres, par un service des renseignements particulièrement anxiogène, maintenant une certaine méfiance entre les habitants, jusqu’à l’intérieur des familles. « Un Ethiopien sur trois renseigne le gouvernement », entend-on fréquemment. Parallèlement toute forme d’organisation et d’association de défense des droits est proscrite, rendant inévitables des formes de résistance plus radicales et plus clandestines (39). Le cycle manifestation-répression qui secoue le pays depuis huit mois pourrait pourtant empirer.
« Les mouvements d’opposition ne contrôlent pas la révolte. Elle se nourrit de la violence du parti au pouvoir, désormais ouvertement contesté dans les slogans, les chants, les discours publics. Le plan du gouvernement, qui consiste à diriger le pays à travers un parti totalement verrouillé, sans aucun partage du pouvoir entre ethnies et groupes politiques, a échoué. Le problème est qu’il n’y a pas, pour le moment, d’alternative à ce système en Ethiopie (40). »
On se trouve dans une situation paradoxale, plutôt ubuesque, dramatique et incertaine. Ce n’est pas un des moindres de ces paradoxes de voir l’Ethiopie être, du fait de la politique de ses dirigeants un des réservoirs mondiaux d’émigration (plus d’un million à ce jour) et en même temps une terre d’accueil de ses voisins (plus de 800 000 Somaliens, Erythréens et Soudanais croupissent dans des camps en Ethiopie). Ce n’est pas un des moindres paradoxes de voir un gouvernement pratiquer une répression sanglante contre sa population et dans le même temps envoyer des troupes pour endiguer la violence des guérillas islamistes en Somalie et pacifier ce pays. De telles situations ne font que confirmer l’instabilité de toute cette région, ce qui interdit tout pronostic sur un futur qui ne dépend pas des pays concernées mais de l’évolution du monde capitaliste.
H. S.

 

 

NOTES

(1) « L’Ethiopie, tigre africain », Class International, 23 juin 2016.

(2) Wikipedia-Ethiopie. France Diplomatie, présentation de l’Ethiopie. Expert-comptable international info, « Ethiopie, le contexte économique », FMI, World Economic Outlook Database, août 2016.

(3) Jeune Afrique, 21 août 2016, René Lefort : « La configuration actuelle est importante avec le contestation commune Oromo et Amharas pour le régime. La contestation n’est pas structurée ; les manifestations sont spontanées. »

(4) Libération,11 octobre 2016 ; « L’Ethiopie, partenaire
stratégique des Etats-Unis », Classe Internationale, 23 juin 2016.

(5) « Les militaires étrangers à Djibouti »,  BBC Afrique (http://www.bbc.com/afrique/region/2015/06/150619_djibouti_bases) ; « La stratégie militaire des Etats-Unis en Afrique », Agence d’Info d’Afrique Centrale, 2 mai 2016.

(6) « Religions en Ethiopie », Wikipédia. « L’Ethiopie tendra les mains vers dieu, 2000 ans d’Etat éthiopien », Alain Gascon, https://espacepolitique.revues.org/1257, 2009

(7) « La place des femmes en Ethiopie », http:// allaingraux.over-blog.com/2014/07/la-place-des-femmes-en-ethiopie.html ; « Etre une fille en Ethiopie », Fernand Denis ; http://www.lalibre.be/culture/cinema/difret-etre-une-fille-en-ethiopie-5588fe 643570172b1238f30f, 23 juin 2015. Unesco, Education fonctionnelle des adultes, 2016.

(8) Témoignage de C. E., qui a séjourné à plusieurs reprises comme humanitaire en Ethiopie.

(9) « L’Ethiopie pays des millionnaires africains » http://geopolis.francetvinfo.fr/l-ethiopie-pays-des-millionnaires-africains-111947, Pierre Magnan, 18 juillet 2016 ; ce site contient une vidéo sur un de ces millionnaires : « Portrait d’un entrepreneur à succès en Ethiopie » qui montre également un développement urbain pour riches, un abîme en comparaison avec l’habitat hors de la capitale.
(10) « Les salaires en Ethiopie » Journal du Net, Banque Mondiale, 2012. L’importance de la filière cuir a incité Huajian, fabricant de chaussures chinois, à s’installer en 2011 dans une banlieue d’Addis-Abeba, où il emploie
3 500 personnes. Des ouvriers payés entre 50 et 60 euros par mois. Dix fois moins élevés qu’en Chine, ces salaires font tout l’attrait de l’Ethiopie.
(11) Le Point, 25 mai 2015 : « Grands travaux : ce barrage pharaonique qui fâche » F. Thérin . Ce « barrage de la Renaissance » sur le Nil Bleu, le plus grand d’Afrique, a provoqué une tension diplomatique avec l’Egypte. L’ex-président égyptien Morsi a déclaré : « Si une seule goutte du Nil est perdue, notre sang sera la seule alternative. » Son successeur Sissi préfère la voie diplomatique. On peut mesurer l’abîme de développement entre les Etats-Unis et un pays comme l’Ethiopie lorsque l’on sait que les lumières de Noël aux Etats-Unis (0,2 % de la consommation totale annuelle) consomment plus d’électricité que l’Ethiopie en un an (Belga, 23 décembre 2015).

(12) « Déforestation en Ethiopie », Wikipédia.

(13) Le bois, souvent véhiculé sous la forme de fagots, est la principale source de chauffage. On peut trouver sur Internet des photos de la cuisine faite à terre dans des installations de fortune et le transport de fagots à dos de femmes, y compris dans la capitale Addis-Abeba.

(14) On peut voir dans le récit « Un vagabond en roue libre, Ethiopie », juin 2016 (https://1vagabondenrouelibre.wordpress.com/) des photos montrant dans les campagnes des habitations entièrement construites en bois. Ce texte donne aussi un témoignage direct des conditions de vie dans l’Ethiopie profonde.

(15) « Agriculture en Ethiopie »Wikipédia ; « Terres volées d’Ethiopie », Le Monde diplomatique, décembre 2013 ; « Profil fourrager Ethiopie », http://www.fao.org/ag /agp/agpc/doc/counprof/PDF%20files/Ethiopia-French. pdf.

(16) Le plan GTP II (2015-2020) entend ainsi poursuivre l’industrialisation du pays (et le développement des exportations) en misant sur le développement du secteur manufacturier, qui devrait atteindre 8 % du PIB d’ici 2020. Pour réaliser cet objectif, le principal vecteur du gouvernement est le déploiement de parcs industriels intégrés et tournés vers des industries exportatrices et intensives en main-d’œuvre (textile, chaussures, etc.). Trois parcs industriels sont désormais opérationnels (Addis Village, Bole Lemi et Hawassa). La construction de neuf nouveaux parcs ainsi que de quatre parcs agro-industriels intégrés devrait débuter sous peu (France, ministère des Finances, 23 septembre 2016).

(17) « Anuak people », Wikipédia, et, pour le témoignage : http://www.investigaction.net/lethiopie-a-la-croisee-des-chemins-33-lapartheid-de-zenawi/

(18) « Une répression (presque) ignorée en Ethiopie » Mediapart, 1er septembre 2016.

(19) « Une répression (presque) ignorée… », art. cité.

(20) Alain Gascon, géographe, in « Ethiopie, la colère réprimée à huis clos », Macé et BIG, 22 août 2016, site Libération (http://www.liberation.fr/planete/2016/ 08/19/ethiopie-la-colere-reprimee-a-huis-clos_1473535).

(21) « Ethiopia’s gains tainted by violent repression », Financial Times, 5 août 2017.

(22) « Les manifestations actuelles font écho aux événements sanglants d’avril et mai 2014, quand les forces fédérales avaient tiré sur des manifestants oromos largement pacifiques, en tuant des dizaines » : Human Rights Watch citée par Le Monde Afrique dans l’article  « Ethiopie :au moins 75 manifestants tués par la police », lemonde.fr 19 décembre 2015.

(23) « Ethiopian riots in Oromia as Oromo students protest » : https://www.siitube.com/ethiopia-riot-in-oromia-as-oromo-students-protest_1e760e591.html ;
« Protest update for Sululta, Ethiopia », par W. Davison, 20 décembre2015 :
http://mereja.com/forum/viewtopic.php?t=108355

(24) Il y a non pas un, mais deux mouvements de protestation. Le principal, ce sont les Oromos, qui manifestent contre la marginalisation et les persécutions dont ils sont victimes, surtout ces vingt-cinq dernières années. Le deuxième mouvement de protestation, mené par les Amharas, est beaucoup plus récent. Ces derniers forment le deuxième groupe ethnique en Ethiopie. Historiquement, ils ont dirigé le pays jusqu’à ce que le Front de libération du peuple tigréen prenne le pouvoir et qu’ils soient relégués à l’arrière-plan. Traditionnellement ces deux groupes ethniques ont toujours été des adversaires, mais – et c’est le développement le plus significatif de ces dernières semaines – on a vu l’expression croissante d’une forme de solidarité entre Amharas et Oromos. La coalition au pouvoir a toujours tout fait pour attiser l’antagonisme entre les deux peuples, pour asseoir son pouvoir. « Et le fait qu’ils puissent dire désormais, “nous sommes les victimes d’un même système” marqué par la mauvaise gouvernance et l’oppression, c’est quelque chose qui peut changer la donne », explique le docteur Awol Allo, chercheur à la London School of Economics. « Ethiopie, la colère réprimée à huis clos », Macé et Big, site Libération, art. cit.

 

(25) « A year of protest in Ethiopia », The Rift Valley Reform, novembre 2016. « Never again ? Inside Ethiopian’s “etraining” program for thousands of detained protesters », Kalkidan Yibeltal, Ethiopian Media Forum, 26 janvier 2017.

(26) « En Ethiopie, la lutte acharnée des fermiers konso pour leur autonomie. »
www.lemonde.fr/…/en-ethiopie-la-lutte-acharnee-des-fermiers-konso-pour-leur-autonomie

(27) « En Ethiopie, une cérémonie religieuse dégénère en manifestation… » (http://fr.euronews.com/2016/10/02/ ethiopie-plusieurs-personnes-ont-ete-tuees-dans-un-mouvement-de-foule-lors-d)
(28) fr.africatime.com/ethiopie/ethiopie?page=5 ; « Le Lodge est complètement détruit, incendié à 100 % », AFP.
La lapidation (caillassage) semble coutumière dans tout le pays. Voir le récit d’un voyage en vélo en Ethiopie : https://1vagabondenrouelibre.wordpress.com/2016/06/19/ethiopie/
(29) « L’Ethiopie décrète l’état d’urgence après plusieurs mois de violences… », www.rfi.fr/…/20161009-ethiopie-decrete-etat-urgence-apres-plusieurs-mois-violences

(30) « Ethiopie: la guerre civile a débuté depuis le mardi 29 novembre 2016 au Nord de l’Ethiopie », par Hassan Cher (http://webcache.googleusercontent.com/search ?q= cache:CNjn18q5S68J:www.hch24.com/actualites/11/2016/ethiopie-la-guerre-civile-a-debute-depuis-le-mardi-29-novembre-2016-au-nord-de-lethiopie/+&cd=1&hl=fr&ct =clnk&gl=fr&client =firefox-b)
(31) http://securehotel.us/hotel-attacks, 17 janvier 2016.
(32) African Arguments, 27 septembre 2016.

(33) « The State of Emergency in Ethiopia has resulted in many derogations that fail to meet international human rights law », Oromian Economist, 5 février 2017
(https://oromianeconomist.com/2017/02/05/).

(34) En Somalie et dans la zone éthiopienne proche, les récoltes sont réduites de 70 % entraînant une hausse importante des prix des denrées alimentaires de base. « Ethiopia faces nex drought seeks urgent aid for 5 millions », 28 janvier 2017, Associated Press.

(35) Jean-Nicolas Bach, politologue à Sciences-Po Bordeaux, cité par Libération, art. cit. (http:// www.liberation.fr/ planete/2016/08/19/ethiopie-la-colere-reprimee-a-huis-clos_1473535)

(36) « Éthiopie : Existe-t-il un projet secret de déclaration d’indépendance de la région Tigré ? » HCH24, 16 février 2017.

(37) « Des nouvelles d’Ethiopie », Le Club de Mediapart – Blog Mediapart https://blogs.mediapart.fr/agnes-druel/blog/201216/des-nouvelles-dethiopie
« Ethiopia ‘s gins tainted by violent repression » Financial Times, 5 février 2017.

(38) « Le climat de violences en Ethiopie fait douter les investisseurs »,  http://www.lemonde.fr/afrique/article/ 2016/09/12/le-climat-de-violences-en-ethiopie-fait-douter-les-investisseurs_4996289_3212.html#bx0VejmuW0USq9GU.99
(39) Témoignage de C. E.
(40) « Ethiopie : la colère réprimée à huis clos », Libération., art. cit. – http://www.investigaction.net/lethiopie-a-la-croisee-des-chemins-33-lapartheid-de-zenawi/#sthash.Fp WpNTRb.dpuf

 

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20 avril 2017

SNCF-Après un entretien avec la direction, une cheminote s’est tailladé les veines

 

 lundi 10 avril 2017-Une cheminote a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail à Clichy, dans la région de Saint Lazare, après un rendez-vous avec la direction. Avant de passer à l'acte, elle avait laissé un message où elle accusait sa hiérarchie. Correspondants cheminots

Correspondants cheminots

Selon les informations transmises par le syndicat SUD-Rail à la presse, cette cheminote, âgée de 41 ans et salariée du pôle de Ressources Humaines, a essayé de se donner la mort après un rendez-vous avec sa direction.
Malheureusement, cette situation devient une habitude à la SNCF. Les méthodes de management violent, et de pression sur les cheminots, deviennent de plus en plus récurrentes, au point que beaucoup commencent à parler d’un parallèle avec France Télécom. Selon l’Observatoire national du suicide, plus d’une pensée suicidaire sur quatre est liée au travail.

A la SNCF, il paraît évident que les méthodes de management violentes et de pression sur les cheminots vont en s’accentuant au fur et à mesure que la direction essaie de mettre en place ses réformes. Il y a seulement quelques semaines, on a vu le suicide d’Édouard, cheminot et syndicaliste SUD-Rail dans la région de Saint Lazare, suite à des années de harcèlement et répression anti-syndicale. Il s’est battu et a dénoncé à plusieurs reprises la politique de la direction. Le cas d’Édouard n’a malheureusement que mis en lumière une situation beaucoup trop inquiétante. En effet, dans les jours qui ont suivi, un cheminot de Mulhouse, syndicaliste à la CGT, s’est également donné la mort, ainsi qu’un cheminot de la région de Bordeaux. A la SNCF, la répression anti-syndicale ont été remise à l’ordre du jour. Le jour même où avait lieu un rassemblement en hommage à Édouard, la direction annonçait une nouvelle procédure disciplinaire à l’encontre de Nathalie Pradelle, syndicaliste SUD-Rail.

Les syndicats des cheminots ont tiré la sonnette d’alarme par plusieurs biais, y compris à travers une lettre d’interpellation à François Hollande de la part du syndicat SUD-Rail, mais le gouvernement reste indifférent à cette situation, pendant que la direction de la SNCF continue de mener la même politique.
Il s’agit maintenant de passer à une vitesse supérieure. Il est indispensable que les syndicats se réunissent, à commencer par SUD-Rail, la CGT Cheminots et Force Ouvrière, et discutent d’un plan d’action et de lutte pour mettre un coup d’arrêt à cette politique criminelle.

Il en va de la vie des cheminots, donc il y a vraiment urgence à agir et à se mobiliser. Les cheminots en ont ras-le-bol et ne veulent plus voir leurs collègues se faire réprimer, licencier, ou encore se suicider à cause de la souffrance au travail. Il y a besoin de discuter, tous ensemble, d’une mobilisation à la hauteur de la situation. La direction ne comprend qu’un langage, celui de la grève et du rapport de forces, montrons-leur que la vie des cheminots compte pour nous et que nous ne sommes pas prêts à laisser nos collègues en détresse, que nous sommes solidaires et que nous ne les laisserons pas faire.

 

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17 avril 2017

ETATS-UNIS- Comment Trump tient ses promesses de stopper les délocalisations ?

12,6 % des adultes entre 20 et 50 ans vivent dans la pauvreté et 4 sur 10 y ont vécu pendant une année au moins une fois dans leur vie. Plus de 8 millions de travailleurs cumulent plusieurs emplois et le travail à temps partiel ne cesse de croître (plus de 500 000 ces derniers mois).
Comment Trump tient ses promesses de stopper les délocalisations ?


Carrier, hauts fourneaux à Indianapolis, avait annoncé en février dernier le transfert total de ses activités à Monterey (Mexique) entraînant la fermeture de deux usines, celle d’Indianapolis et celle de Huntington avec le licenciement sec de 2 000 travailleurs. Trump a concocté un accord de sauvetage qui maintient le licenciement de 1 300 sidérurgistes, le transfert au Mexique étant en grande partie maintenu. En prime, pour les 700 « sauvés », les salaires seront réduits et les nouveaux embauchés subiront le « 2/3 system » qui ne leur accorde qu’un salaire réduit. Carrier est une filiale du groupe UTC qui gagnera 65 millions de dollars par an avec ce transfert (les salaires mexicains sont de 6 $ de l’heure pour un minimum de 12 $ aux Etats-Unis). Pour obtenir ce « plan de sauvetage », Trump a aussi promis au trust UTC des commandes de matériel militaire pour un milliard de dollars.
La lutte de ceux qui ont un emploi couvert par une représentativité syndicale, souvent lors d’un renouvellement du contrat collectif d’entreprise.
Le 5 août, le casino d’Atlanta (Georgie) doit fermer après une grève de 34 jours et le licenciement de 3 000 travailleurs. C’était un des fleurons de l’empire Trump, qui l’avait inauguré il y a vingt-six ans en déclarant que c’était la « huitième merveille du monde ».
Le 12 août, on apprend que le Massachusetts a dépensé 24 millions de dollars pour briser le 27 juin dernier une grève de 3 000 infirmières, 8 millions pour l’embauche de jaunes, 16 millions pour le transfert des malades dans d’autres hôpitaux.
Le 30 août, un projet de deux jours de grève de 100 infirmières à l’hôpital de Gloserville (New York), où les discussions pour le renouvellement du contrat durent depuis deux ans, déclenche un lockout de 5 jours mais finalement un nouveau contrat est signé.
Le 5 septembre, les 4 000 infirmières de cinq hôpitaux du trust hospitalier Allina de la région de Minneapolis sont en grève illimitée depuis 29 jours après huit mois de négociations et une semaine de grève en juin 2016. Elles rejettent le 4 octobre de nouvelles propositions qui réduisent les garanties maladie et refusent toute nouvelle embauche. La grève prend fin le 16 octobre avec l’acceptation d’un nouveau contrat qui maintient les garanties maladie et prévoit de nouvelles embauches.
Le 8 septembre, les immigrants mexicains de Laminated Industries dans le New Jersey sont en grève, la direction refusant d’entamer les procédures pour un contrat collectif.
Le 9 septembre, 400 professeurs de Long Island University à Brooklyn (New York) sont en lutte contre les propositions pour le renouvellement du contrat qui veulent imposer une réduction des salaires jusqu’à 35 % et la suppression de la garantie maladie. Suite au rejet de ces propositions, ils sont lockoutés depuis le 1/9. Le 15 septembre, le lockout est levé après une manifestation massive regroupant enseignants et étudiants avec la nomination d’un médiateur et la prolongation du contrat expiré pendant une année. Conflits similaires en septembre et octobre dans les universités de Pennsylvanie, à Cleveland et Chicago.
Le 11 septembre, 700 enseignants de Yalu City en Californie en grève depuis huit jours (bloquant 18 écoles) reprennent le travail avec une augmentation de salaires.
Le 30 septembre, 100 travailleurs sociaux de Contra Costa sont en grève pour les salaires.
Le 5 octobre, 400 travailleurs de l’usine du trust de la sucrerie Just Born de Bethlehem en Pennsylvanie reprennent le travail après 23 jours de grève et un accord qui proroge l’ancien contrat. Mais les « travailleurs de remplacement » sont intégrés dans l’usine alors que 56 grévistes sont licenciés de fait.
Le 6 octobre, 750 employés des cuisines de l’université de Harvard (Cambridge, Massachusetts) se mettent en grève avec des piquets devant les restaurants et le soutien des étudiants. Ils reprennent le travail le 23/11/2016 après un accord qui prévoit une augmentation de salaires sur quatre ans, et le maintien des avantages sociaux.
Le 18 octobre, 750 travailleurs de Libby Glass Factory à Toledo (Ohio) sont toujours en grève depuis le 12 octobre.
Le 7 novembre, 5 000 travailleurs des transports publics de Philadelphie en grève depuis le 1er novembre reprennent le travail après un accord concernant la santé, la retraite et la sécurité.
Le 26 novembre 2016, les 300 travailleurs de Honeywell Aerospace sont lockoutés depuis plus de six mois dans deux usines de l’Indiana et de Green Island (New York) ayant refusé les propositions d’un nouveau contrat qui réduisait les garanties maladie pour actifs et retraités, le montant des retraites, et transférait certaines activités à la sous-traitance. Une nouvelle proposition acceptée par le syndicat tentait de jouer sur la fin des allocations chômage et l’isolement du conflit, mais a été rejetée par la quasi-unanimité des grévistes.
Le 1er décembre après 55 jours de grève, les musiciens Pittsburg Symphony Orchestra reprennent le travail. C’est une défaite car ils doivent accepter une réduction des salaires de 7,5 %, une réduction des garanties maladie et des pensions, et des licenciements.
Le 3 décembre 2016, après trois jours de grève, les 3 000 infirmières du trust hospitalier Sharp Healthcare reprennent le travail, après la menace patronale d’embaucher 1 000 « travailleurs de remplacement » et un accord qui laisse les grévistes totalement insatisfaits.
La grève des prisons
Près de 900 000 prisonniers sur 2,4 millions sont contraints de travailler dans des tâches fort diverses qui vont de la récolte du coton à des sites de réservation pour les transports aériens, en passant par le conditionnement alimentaire. Ils perçoivent de 23 cents à 1,15 dollars de l’heure (salaire moyen minimal hors prison : 12 dollars l’heure). La grève a mis des mois à se préparer ; elle débute le 9 septembre et prend des formes diverses (grève du zèle, grève perlée, grève de la faim). Elle touche 40 prisons dans 28 Etats, rencontre une répression sévère sous toutes les formes possibles, de sorte qu’il est difficile d’en connaître la dimension exacte. Dans la prison d’Atmore en Alabama, les matons se mettent en grève par solidarité, dénonçant les conditions de détention dont ils subissent le contrecoup.
Une offensive des victimes policières
Pour répliquer aux assassinats « légaux » (19 meurtres dans la dernière semaine de septembre, 30 meurtres par les flics en 10 jours d’octobre, 868 en 2016 : 41 % de Blancs, 26 % de Noirs, 16 % de Latinos qui appartiennent tous à la fraction la plus pauvre de la population, c’est la classe et non la race qui est en cause dans ces meurtres), une contre-offensive semble se développer sans qu’il soit possible de savoir s’il s’agit de bandes organisées ou d’actes isolés. Mais les meurtres délibérés de flics, hors de tout conflit, semblent s’être multipliés : le 9/7, 5 flics tués dans le dos à Dallas,(Texas), 3 à Bâton Rouge (Mississipi) quelques jours plus tard, 1 à San Diego (Californie), le 10 novembre un flic tué, un blessé dans une embuscade à Canonbury en Pennsylvanie, un autre tué le 21 novembre à San Antonio (Texas). Dans les dix premiers mois de 2016, 61 flics ont été tués, en hausse sensible sur les années précédentes. Peut être davantage ailleurs car le silence s’impose.
Effets secondaires du marasme économique
Les caisses de retraite sont pour les grandes entreprises organisées pour ses seuls salariés et alimentées, dans le cadre du contrat collectif, par des cotisations patronales et salariées et gérées paritairement ou par le seul syndicat reconnu dans l’entreprise. Autrement dit, le service des prestations dépend étroitement de l’activité de l’entreprise. Le trust américain du charbon Patriot Coal se trouve rattrapé par la crise dont il a fait un temps son beurre dans le rachat des mines en faillite. Sa mise en faillite et les réductions d’activité ont tari l’alimentation de la caisse de retraite, le Patriot Retirement Voluntary Employment Association géré par le syndicat UMWA : 120 000 retraités de ce fonds et leur famille sont menacés de se voir supprimer toute garantie maladie. 16 000 d’entre eux ont reçu une lettre les avisant de cette suppression au 31/12/2016.

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