SPARTACUS

22 janvier 2012

La TVA sociale :Une mesure protectionniste et un racket social.

L’idée d’une TVA sociale n’est pas nouvelle, Robert Salmon dans son livre « Tous les chemins mènent à l’ homme » édition 1994 en faisait déjà la promotion :

 

« Aujourd'hui, il me semble que l'urgence commanderait à la fois de maîtriser et de déplacer de la production à la consommation la charge financière considérable que représente le financement des retraites, de l'assurance-maladie, du chômage. En effet, avec la récente évolution vers la généralisation de la Sécurité sociale, il est admis désormais que tout le monde, travaillant ou non, a droit à un minimum de protection concernant sa santé, sa retraite, son revenu (RMI). Or tout le monde ne produit pas, mais tout le monde consomme. De ce point de vue, il est anormal (et anti-économique) de faire supporter seulement par ceux qui produisent ce qui va bénéficier à l'ensemble de la communauté nationale. Faire supporter cette charge par ceux qui consomment, c'est la faire partager par tous les assurés, et non plus par une partie d'entre eux seulement. C'est à l'évidence plus juste.

À l'occasion de ses achats et selon un barème modulable, le consommateur pourrait être obligé d'acquitter une cotisation sociale, retenue et transférée aux organismes sociaux de la même manière que la TVA est perçue pour le compte du Trésor. Le salarié paierait certes ses produits plus cher, mais il ne verrait plus son salaire amputé de prélèvements sociaux et pourrait même se voir accorder une certaine prime compensatrice par l'entreprise qui l'emploie, puisque celle-ci économiserait, elle, la part patronale. Ce .système, sans effet sur l'indice des prix (la cotisation, simple transfert d'épargne, en étant exclue), remettrait sur un pied d'égalité les produits fabriqués dans des pays à forte protection sociale et ceux bénéficiant d'un coût de production réduit par défaut d'acquis sociaux. » p142 143

 taxocrates

Nous avons la toute l' argumentation qui va tourner en boucle pour justifier cette nouvelle ponction sur le peuple. En fait il est bien clair que la TVA sociale vise à réduire les cotisations sociales employeurs et à basculer une partie du financement des charges patronales vers la TVA dite sociale. Vous remarquerez, que cette politique était prescrite bien avant la crise.

 Tout bon ministre capitaliste se doit d' inventer une taxe. Pour rappel la Contribution sociale généralisée CSG ( dite taxe du socialiste Rocard), et la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale CRDS( dite taxe Balladur), sont prélevées directement sur les salaires et pensions. Une petite différence tout de même la CRDS gérée par la CADES1 est classée trois AAA par les marchés financiers.

 

Sarkosy, pour le compte du capital financier veut comme dans d' autres pays imposer la TVA sociale, il va même jusqu' à essayer de la positiver en lui donnant un autre nom. Par exemple certains ont déjà fait le pas et parle de TVA anti-délocalisation. Dans le journal « Les Echos du jeudi 12 octobre 2006 », jean Arthuis2, nous faisait déjà la promotion de la TVA sociale « comme un moyen de sauvegarder notre système de protection sociale et de promouvoir l’emploi, en relevant les défis d’une économie mondialisée. »

 Vous aurez compris, qu’il s’agit de faire disparaître progressivement le salaire différé des salariés servant aux prestations sociales pour en reporter la charge sur les produits de  consommation qui augmenterons de ce fait. Le sénateur UMP, Philippe Marini, proposait de relever la TVA de 19,6% à 25%. (+5,4%). Il pense, en faisant ce transfert, lutter contre les délocalisations et l’économie souterraine ( 15% du PIB) et rafler la plus value de ce secteur.

 La TVA dite « sociale » , vise à s' attaquer à la branche famille de la Sécurité sociale, Nicolas Sarkosy reprenant les revendications du MEDEF ( voir annexe) déclare tout haut ( et il n' est pas le seul) qu'il est anormal que le financement de la branche famille repose sur le patronat. En effet déclare Nicolas Sarkosy, ce sont 35 milliards d' euros qui sont prélevés tous les ans pour financer à 60% la branche famille qui finance (les allocations familiales, l' allocation de rentrée scolaire, la prime à la naissance, etc.) Mais il y a un autre aspect de la TVA sociale dont la presse ne parle pas, c' est le hold d’up du siècle que va faire l' état en taxant rétroactivement les économies des classes populaires et moyennes de France et notamment les retraités, qui devront payer 5,4% plus cher tout achat qu’ils auraient pu faire avant ( seulement taxé à 19,6 % ou 5,5%).

 Dans le journal La Tribune du 7 mars 2007, l' économiste Patrick Artus favorable à la

TVA sociale expliquait ceci:

 « Sachant que la consommation des ménages représente 900 Mds d’ euros environ, et les salaires versés aux ménages 600 Mds d’ euros hors charges sociales, un point de taxation de la consommation d’ ensemble rapporte donc 9 milliards et permet de baisser de 1,5% point les charges sociales. Ainsi 6 points d’augmentation de la taxation de la consommation permettent donc de baisser de 9 points les charges, et de donner 3 points de pouvoir d’achat aux salariés. »

 Non seulement les salariés se font escroquer, mais que dire des retraités, chômeurs, Rmistes…

Le grotesque argument qui vient ensuite est « protectionniste » «  cette TVA sociale serait une manière de taxer plus lourdement les produits importés, et ainsi d’ améliorer la compétitivité du « Made in France » par rapport aux produits étrangers. ». Le sénateur Jean Arthuis lui va plus loin : «  dans une économie ouverte, taxer davantage les produits importés, c’est faire payer une partie de la protection sociale française par le travail chinois, et plus seulement français. »

 

Voilà la belle découverte, et après se sont les mêmes qui veulent que le gouvernement chinois augmente les salaires en Chine, les mêmes qui, de cette manière relanceront l’inflation pour que les gains de compétitivité finissent par être payés par les salariés, les retraités et le blocage des prestations sociales. Les mêmes qui s’ attaquent au code du travail, au contrat de travail qu’ils rendent de plus en plus précaire pour couvrir cette précarité avec une «  sécurité sociale professionnelle » véritable couloir de la mort pour les travailleurs condamnés à ne plus avoir de ressources pour vivre et survivre.

Le constat est une nouvelle fois fait que:

« Elle ( La bourgeoisie) ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d' assurer l' existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu' elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui » ( Marx Le manifeste communiste)

 

Gérard Bad ( 22 01 2012)

Annexe 1 ( extrait du Nouvel observateur)

Le Medef propose trois scénarios.

  • Scénario 1 : transfert de 5 points de cotisation (environ 30 milliards d'euros)

Baisse de 3,5 points des cotisations patronales

Baisse de 1,5 point des cotisations salariales

La CSG augmente de 0,75 point.

Pour la TVA, le taux normal passe de 19,6% à 22%, le taux intermédiaire passe de 7 à 10, le taux réduit de 5,5 à 7, et le taux super-réduit de 2,1 à 4.

  • Scénario 2 : transfert de 8 points de cotisation (environ 50 milliards d'euros)

Baisse de 5,4 points des cotisations patronales

Baisse de 2,6 points des cotisations salariales

La CSG augmente de 1,2 point.

Pour la TVA, le taux normal passe de 19,6% à 23%, le taux intermédiaire passe de 7 à 12, le taux réduit de 5,5 à 10, et le taux super-réduit de 2,1 à 5.

  • Scénario 3 : transfert de 12 points de cotisation (environ 70 milliards d'euros)

Baisse de 7,5 points des cotisations patronales

Baisse de 2,6 points des cotisations salariales

La CSG augmente de 1,2 point.

Pour la TVA, le taux normal passe de 19,6% à 23%, le taux intermédiaire passe de 7 à 12, le taux réduit de 5,5 à 10, et le taux super-réduit de 2,1 à 5.

Ces taux seront probablement au coeur des discussions lors du sommet social du 18 janvier, dont on peut regretter qu'il se déroule à seulement quelques mois des élections présidentielle et législatives. Un délai trop bref pour arbitrer sereinement des choix de société cruciaux.

TVA sociale les contre

TVA sociale les pour

Nom

commentaires

Nom

commentaire

F. Hollande

Parti socialiste

« je prendrais la décision d'abroger cette mauvaise réforme »

N. Sarkosy

UMP

 

Pour la TVA sociale quitte à en changer le nom

Mélenchon

 

Front de gauche

Il refuse la «TVA prétendument sociale»

 

D.De Villepin

Je crois que la TVA sociale est une bonne idée

 

 

F.Bayrou

Modem

C 'est dans son programme

Eva JOLY

la TVA sociale est une mauvaise réponse. Pour élargir le financement de notre modèle social, je propose d’augmenter la CSG en la rendant progressive.

Nicolas DUPONT AIGNAN

 

L’Union du Peuple Français

se prononce, dans son programme,  pour l’instauration de la « TVA sociale »

Le NPA

La TVA « sociale », le hold-up du siècle sur nos salaires

 

Christine BOUTIN

 

Parti chrétien

fait figurer, dans son programme de candidate à l’élection présidentielle, la « TVA sociale ».

Lutte ouvrière

L’escroquerie de la TVA « sociale »

Hervé MORIN

Nouveau centre

Instituer une "TVA sociale" et lancer un "Matignon" de l'économie pour alléger les charges sociales des entreprises et redonner du pouvoir d'achat aux salariés.

 

 

Corinne LEPAGE

Le souci majeur doit consister à faire supporter les prestations sociales par la solidarité nationale et non pas par le travail ».

M. Le Pen

Front National

 

TVA sociale est une "TVA patronale"

J.P Chevènement

 

 

Pour la TVA sociale

 

 

 

 

 

 

 

1 Créée en 1996, la CADES est l'établissement public, placé sous la tutelle de l'Etat français, chargé de gérer et d'amortir la dette sociale française.Noté au plus haut niveau par les principales agences de notation (AAA/A1+, Aaa/P1, AAA/F1), il bénéficie par ailleurs d'une pondération 0% au titre du ratio de solvabilité de Bâle.

 

2 Jean Arthuis est sénateur (UDF) de la Mayenne.

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03 janvier 2012

Dans le monde, une classe en lutte novembre 2011

 

DLM

Novembre 2011



À oppression globale, réponse globale contre un système capitaliste qui domine toute notre vie

Dans ce bulletin, nous évoquons fort incomplètement les deux courants de lutte contre les mesures prises, dans tous les pays du monde, pour amener les 99 % à accepter les restrictions qui les frappent à des degrés divers : jusqu’à présent, partout, ce sont deux courants parallèles qui, comme dans la géométrie euclidienne, ne se rencontrent jamais.

D’un côté, d’un bout à l’autre du monde, depuis les usines ultramodernes de l’automobile jusqu’aux mines de Papouasie ou du Pérou, des bagnes de super-exploitation de Chine, de l’Inde ou de l’Afrique du Sud, la lutte de classe ouverte est si répandue qu’il est difficile d’en recenser son importance, sa localisation et ses méthodes (et la manière dont on la réprime).

Pour le moment, même si cela se déroule parfois à une échelle nationale ou si cela passe les frontières à l’intérieur d’une même entreprise ou d’une même activité, ces luttes ne se rejoignent pas alors qu’elles ont une même origine : les conditions d’exploitation. Elles peuvent exprimer parfois une certaine radicalisation mais elles se terminent d’une manière ou d’une autre soit par des échecs, soit par des compromis, le plus souvent au détriment des travailleurs.

Cela n’empêche nullement la lutte de se poursuivre car elle sera présente tant qu’il y aura exploitation du travail. D’un autre côté, la crise a conduit partout, pour la sauvegarde du capital, à des mesures plus ou moins draconiennes, variables selon les États, même si elles ont un même but : réduire le coût de la force de travail en s’attaquant à la fois aux salaires, aux conditions de travail et notamment aux accessoires du salaire, depuis les retraites et les garanties maladies jusqu’à l’ensemble des services sociaux (aides diverses, santé, éducation). Cette crise accroît les difficultés notamment des jeunes, ceux de banlieues comme les étudiants mais, là aussi, les résistances s’expriment diversement et ne se rejoignent pas, bien que la cause soit la même.

De plus, ces actions, déjà bien timides, restaient limitées au cadre des États. Les quelques débordements radicaux de ce pacifisme légal ne dépassaient pas ce cadre étatique bien que quelques-uns des groupes initiateurs de ces débordements pouvaient avoir des connexions internationales. Il n’est sans doute pas entièrement nouveau que, sinon pour faire céder un pouvoir, du moins pour souligner ses impotences, ses carences, sa corruption, sa répression, des mouvements de résistance ou de protestation se développent indépendamment des défenseurs patentés, à l’appel de quelques individualités méconnues ou de petits noyaux résistants, utilisant à la fois un langage simple sur des points précis, et des méthodes inusitées jusqu’alors. Il en est ainsi de ce que l’on voit présentement avec ce mouvement d’occupation sédentaire pacifique de lieux publics, couplé éventuellement à des manifestations autour d’un simple slogan : « Indignez-vous » et d’une aussi simple constatation : « Nous sommes les 99 % contre les 1 % qui nous dominent ».

On peut voir dans ces occupations de lieux publics la correspondance avec une occupation d’usine lors d’une grève, à la différence que dans ce dernier cas il s’agit d’un lieu d’exploitation de la force de travail (où se crée la valeur, donc qui touche au cœur du système capitaliste) alors que dans l’autre cas, il ne s’agit — au pire — que d’un « trouble à l’ordre public » exprimant une revendication d’ordre politique.

Dans le cas du mouvement des Indignés, cette revendication, même si elle est particulièrement imprécise, a un tel niveau de généralité qu’en fait elle pose, sans l’exprimer ainsi, la question de la légitimité de l’ensemble du régime social, celle du régime capitaliste lui-même. C’est ce trait qui peut expliquer un point capital — historique pourrait-on dire — de ce qui se passe présentement : le fait que le mouvement, avec ses imprécisions et sa simplicité, favorisé mais pas du tout initié par le développement moderne des moyens directs de communication hors du contrôle des médias légaux, franchisse les frontières et ne soit pas l’œuvre d’une quelconque organisation, donnant à l’internationalisme les lettres de noblesse de sa spontanéité dans le combat commun de ceux qui vivent en ce moment les mêmes sujétions du système économique et politique.

Il est bien évident que ce mouvement, par l’ensemble des caractères que nous venons d’évoquer, a pris par surprise tous ceux, bien ou mal intentionnés, qui tentaient de maintenir la domination capitaliste ou la combattaient en restant dans le cadre imposé.

Il est bien évident aussi que ce mouvement, malgré cet internationalisme affirmé dans des slogans et dans des actes, prend des formes différentes suivant les particularismes des États d’origine. Il est encore plus évident que, s’il affiche sa force dans cette expansion spontanée, il démontre en même temps les faiblesses de son ingénuité et de ses balbutiements : toutes les formes de répression depuis la force brutale, le maintien sous des décors transformés des mêmes pouvoirs dominants, ou les récupérations des institutions organisées existantes, participent séparément ou ensemble à l’affaiblissement, voire à l’éviction de ce que ces pouvoirs pensent – à juste titre – être une menace mortelle pour leur existence même.

Quel que soit le sort de ce que nous vivons actuellement, disparition ou récupération, il n’en reste pas moins qu’il existe et aura existé. Il aura existé comme une étape significative qui se reproduira, pas tant comme une leçon pour un futur, mais parce que produit de l’évolution d’un système ; ce système, restant en place au milieu de difficultés intrinsèques récurrentes, ne pourra que donner naissance à un autre mouvement identique ou sous d’autres formes, mais plus armé de l’expérience passée.

PS : Les événements se précipitent à une telle vitesse et sont si nombreux qu’il est impossible de suivre. Aussi demande-t-on l’indulgence pour toutes les lacunes que chacun pourra constater dans ce bulletin.

UN MAL QUI RÉPAND LA TERREUR

Australie – Le 22/10/1011, Melbourne, 1 000 manifestants, jeunes et étudiants, après avoir les jours précédents été chassés de City Square dorénavant entouré de barbelés et d’un grand déploiement de flics, se rassemblent à Federation Square et marchent vers le QG des syndicats. Le 24/10 à Sydney, ils sont 1 000 à occuper la place centrale Martin Place et sont attaqués par plusieurs centaines de flics, 40 arrestations. Le 29/10, une tentative de réoccuper le City Square de Melbourne par 1 500 Indignés échoue sous les attaques des flics : 100 arrestations. L’acharnement policier continue alors que les manifestants tentent de se replier sur Treasury Gardens, près de l’université.

Grande-Bretagne – Un témoignage (6/11/2011) « Les événements en Grande-Bretagne sont mineurs, comparés à ce qui arrive aux USA mais je suis allée 2 fois au camp de tente devant la cathédrale de Saint-Paul. Il y avait environ 250 tentes. Cela ressemblait un peu à un festival pop et un carnaval. Il y avait des gens de tous les genres et de tous les âges. J’y ai vu des Verts, des anti-guerre, des Un-cut (contre les banques), des étudiants, de vieux anars, des SDF, ceux pour les droits des animaux, des chrétiens de gauche, des nouveaux protestataires inclassables mais à peine des « suspects habituels » (syndicalistes, trotskystes, etc.). Socialist Worker avait une table de presse sur le côté et personne n’y prêtait attention la première fois où j’y suis allée. La seconde semaine, ils n’étaient même plus en vue. Aucune des pancartes habituelles de ce groupe mais par contre de nombreuses affiches, pancartes, etc., y compris de longues proclamations faites à la main et souvent manuscrites. Tout le campement respirait l’improvisation. Quelqu’un distribuait des tracts invitant à cesser de payer les impôts. Ailleurs, un groupe tentait de recruter des gens pour aller protester devant le siège d’une compagnie gazière contre l’exploitation du gaz de schiste, ailleurs encore on pouvait voir du théâtre de rue dont les acteurs portaient des masques de Halloween. Je suis allée écouter un exposé par Craig Murray (activiste universitaire, homme politique gay et viré alors qu’ambassadeur, il avait dénoncé le mépris officiel des droits de l’homme) dans une « University tent », mais il y avait bien peu d’auditeurs et l’annonce qui en avait été faite tenait du symbole. Chacun a probablement entendu parler de la tempête et des embarras de l’Église anglicane. Le camp ne bloque rien, il est très facile de le traverser ou de circuler autour ; les autorités ecclésiastiques ont fermé l’église pour une semaine sans raison valable puis l’ont rouverte en mettant quelques clôtures de barbelés. Il n’y a pourtant aucun risque d’incendie ou sanitaire, et l’Église a dû reculer alors qu’il apparaissait qu’elle agissait de concert avec les autorités de la City (dont l’évêque de Londres est parti), et que des prêtres sympathisant avec le mouvement avaient démissionné. La presse a tenté de dresser la population contre les protestataires mais c’était plutôt inepte. Par exemple, on trouvait des articles dans la presse de droite disant qu’ils avaient utilisé des caméras infrarouges pour prouver que les protestataires ne restaient pas dans les tentes la nuit, et retournaient coucher dans un lit douillet. Des vidéos de Youtube montrèrent alors que cela était impossible, et l’une d’elles montra une tente paraissant vide mais d’où sortaient 5 personnes. Chacun put voir comment ces histoires avaient été fabriquées de toutes pièces. Ce qui est bloqué, c’est le Paternoster Square, situé juste derrière Saint-Paul. C’est là que se situe la Bourse de Londres et ce sont les autorités et les propriétaires qui l’ont bloqué, pas les protestataires. Ils l’ont fait bien sûr pour prévenir toute manifestation devant la Bourse mais cela signifie aussi que cela empêche quiconque de traverser cet endroit. On peut seulement le franchir si on a un laissez-passer, délivré seulement à ceux qui travaillent là. En général, le public, employés, touristes, ne paraissent pas hostiles aux « campeurs » mais sont plutôt troublés, amusés ou intrigués. Quelques-uns juste passent, d’autres jettent un regard aux affiches et aux pancartes déployées sous les arcades, ou même musent dans le camp. Je n’ai pas vu ou entendu des signes d’une hostilité ouverte. Mon impression générale, c’est que ce n’est pas la révolution dans la City ou dans l’Église, et s’ils pouvaient montrer quelque bon sens, ils laissent les choses en l’état car tout cela semble assez inoffensif. Les autorités font quelque bruit avec les rumeurs d’expulsion mais pas trop ouvertement car les campeurs ont un grand soutien de la part des radicaux et de ce milieu libéral, et je pense du public en général, particulièrement hostile aux banques, aux restrictions, la plupart des gens ordinaires. Naturellement, la City est plutôt nerveuse dans l’hypothèse où ce mouvement prendrait de l’ampleur et deviendrait plus menaçant ; mais, pour le moment, il n’apparaît rien qui soit à la mesure des événements récents aux USA, ou même en Espagne (la situation grecque est plus critique bien sûr mais pour des raisons plus immédiates). Pourtant, cela me semble nouveau ; c’est réellement intéressant de voir que les vieux groupes travaillistes, syndicalistes, trotskystes, n’ont pas réussi à jouer un rôle quelconque et que les protestataires tentent de relier un tas de choses ensemble. Il y a aussi des choses intéressantes comme ce coin où chacun apporte des livres qu’on peut prendre à volonté, ou la manière très efficace dont la nourriture ou l’évacuation des ordures a été organisée (d’où l’inanité des rumeurs d’évacuation pour des raisons sanitaires). D’autres se sont installés dans Finsbury Square tout proche mais, pour le moment, le mouvement ne paraît pas prendre de la hauteur… »
- Bristol – 31/10/2011. Depuis deux semaines, le square College Green est occupé devant le siège du gouvernement local. Menaces d’expulsion.

Égypte – Octobre 2011 –

Depuis la chute de Moubarak, évincé par l’armée sous la pression de la lame de fond des manifestants de la Place Tahrir et des mouvements de grève, les universités sont le centre d’une agitation permanente pour que tous ceux qui devaient leur poste à l’allégeance au système et qui sont restés en fonction soient éliminés. Il en est de même dans tous les secteurs, notamment dans les entreprises. Les militaires (bras armé des USA) tentent de garder le contrôle du pays (ils resteraient au pouvoir direct jusqu’à fin 2012), d’un côté réprimant les manifestants frustrés de leurs espoirs, de l’autre les prolétaires luttant pour des conditions d’exploitation mois sévères (plus de 12 000 civils accusés de crimes et délits variés sont actuellement jugés par les tribunaux militaires). Manipulations religieuses et nationalistes et montée de l’Islam servent de dérivatifs à la pression sociale. On ne compte pas les grèves dans tout le pays chez les enseignants, dans les transports, les industries — inotamment le textile — les dockers, tous pour les salaires, les conditions de travail, la mise en place de syndicats moins liés au pouvoir ancien. 9/10 – L’armée (et des nervis stipendiés de l’ex-parti au pouvoir) attaquent 10 000 manifestants, chrétiens coptes pour la plupart, qui protestent devant le siège de la télévision au Caire contre les discriminations religieuses : 36 tués, 300 blessés. 10/10 – 50 travailleurs et leur famille manifestent au Caire pour protester contre leur licenciement pour participation à des luttes dans des entreprises d’État (MahallaTextile Co, Petrograde Co, Royal Health…) et d’autres firmes privées du textile. 11/10 – La police militaire attaque des centaines de travailleurs de l’usine textile Mega Textile Company à Shebin el Kom, en grève pour les salaires et les conditions de travail : un mort, 30 blessés, 12 arrestations. 13/10 – 1 000 travailleurs de Telecom Egypt sont en grève et manifestent pour 5 d’entre eux mis en détention depuis 15 jours sous l’inculpation de tentative de meurtre sur les dirigeants (alors qu’il ne s’agit que d’une brève séquestration) lors d’un mouvement de grève dans 40 centres, pour les salaires et la démission du principal dirigeant. Le 17/10, ils font le siège des bureaux de la direction centrale au Caire ; ils sont attaqués par les flics : 12 arrestations.

États-Unis La descente vers la pauvreté. Le revenu moyen n’est plus que de 26 000 $ annuel (19 000 euros), légèrement supérieur au seuil de pauvreté qui est de 22 000 $ (16 000 euros). Les écarts riches-pauvres se sont considérablement accrus. De 1979 à 2007, les 1 % plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 275 %, alors que ceux-ci ne se sont accrus que de 40 % pour les 60 % médians, et de 28 % pour les 20 % les plus pauvres. Le chômage des plus de 55 ans a doublé depuis 2007, la durée des périodes de chômage a été multipliée par trois et 1/3 des plus de 65 ans sont contraints de travailler pour un salaire moyen de 11 $ de l’heure (8 euros). 19 % de la population salariée a de plus en plus de difficultés à faire face aux dépenses de logement, de nourriture et de soins médicaux. 7,3 millions d’Américains ne touchent que 300 $ par semaine comme indemnités de chômage, mais au maximum pendant 73 semaines ; elles peuvent être prolongées selon les États. Les étudiants doivent emprunter pour subvenir aux études et aux minima de survie deux fois plus qu’il y a dix ans, le total des sommes empruntées à cet effet s’élèverait à plus de 1 000 milliards de dollars, soit plus que le total des dettes de toute la population sur les cartes de crédit. Le 21/10, 5 000 patients font la queue au stade de Los Angeles pour profiter des soins gratuits d’une organisation, « Care Now Free Clinic », animée par des centaines de volontaires des services de santé ; cela prendra quatre jours pour que tous soient soignés. D’où ce qui suit ; « Occupy Wall Street » (OWS, pour ceux qui lisent l’anglais et qui ont accès à Internet : « occupytogether.org »). Au moment où nous élaborons ce bulletin, le mouvement se poursuit avec des vicissitudes diverses. Le 7/10, le mouvement s’étendait déjà sur plus de 100 villes des USA et des manifestions diverses se déroulaient dans plus de 760 villes du pays. L’attitude des autorités est fort diverse également entre la répression, les évictions parfois violentes des campements et les tentatives de récupération, tant des partis de toutes sortes (depuis les démocrates jusqu’aux groupuscules). Un camarade de Baltimore résumait ainsi ce qu’il constatait à ce sujet : (6/11/2011) « Il y a quelque chose dans l’air aux USA que j’ai du mal à cerner, mais avec le sentiment que quelque chose se produit qui n’est pas arrivé depuis longtemps. Quelque chose d’extraordinaire selon les critères américains. Un seul exemple : le Baltimore Development Corporation, qui est un groupe patronal semi-secret, responsable de projections pour des opérations impliquant des fonds publics, se sent obligé d’envoyer un des responsables, un ancien collaborateur de Clinton, pour haranguer les participants d’Occupy Baltimore manifestant sur les marches des bureaux de BDC dans la nuit de lundi. Et les syndicats de policiers et de pompiers, des syndicats très conservateurs, ont envoyé une lettre au maire leur disant qu’elle devait dialoguer avec les manifestants au lieu de les expulser de leurs campements. Jamais entendu… »
- New York – Le 1/10, 700 arrestations lors d’une tentative de blocage du pont de Brooklyn. Le 5/10, des dizaines de milliers de manifestants à Manhattan finissent par l’occupation de Fowley Square. Le 7, une manifestation regroupe plus de 20 000 participants à New York et ils sont des milliers à occuper la Freedom Plazza à Washington . Le 11/10, une manifestation dans un quartier riche de New York est contrée par des unités anti-terroristes. 35 arrestations le 21/10 à Harlem où la police attaque des Noirs et des Latinos qui tentent de s’associer au mouvement.
- 6/10/2011 – Sacramento (Californie). 600 Indignés s’installent à Cesar Chavez Park, marchent vers le Capitole et le Well Fargo Center.
- 8/10/2011 – Plusieurs centaines manifestent à Washington DC.
- 10/10/2011 – Occupy Los Angeles – Plusieurs centaines campent devant City Hall depuis une semaine.
- 10/10/2011 – Lexington (Kentucky). Depuis le 29/9, 300 Indignés occupent sous des tentes les trottoirs devant le siège de la banque JP Morgan.
- 10/10/2011 – Norfolk (Virginie) 100 Indignés manifestent, en majorité des jeunes, devant le siège de la Bank of America à l’appel d’un groupe sur Facebook regroupant 4 200 membres.
- 10/10/2011 – Minneapolis (Minnesota), deuxième jour d’occupation d’un parc devant le siège du gouvernement de l’État.
- 10/10/2011 – Toledo (Ohio). Plusieurs centaines d’Indignés occupent Lewis Square.
- 1/11/2011 – Syracuse (5e ville de l’État de New York), depuis 3 semaines quelques centaines campent dans Perseverance Park. De même dans d’autres villes de l’État, dont Rochester (32 arrestations).
- 11/10/2011 – Manifestations et occupations de lieux publics continuent. La répression est inégale. 32 arrestations le 9/10 à Des Moines (Iowa).
- 12/10/2011 – Boston (Massachusetts), raids policiers sur un camp d’occupants à Dewey Square à une heure du matin : 100 arrestations.
- 12/10/2011 – Initiées par le mouvement Occupy Detroit, 300 personnes se rassemblent dans une église pour lancer un mouvement plus large mais sans la grande mobilisation espérée. Le 14/10, ils sont 1 000 à manifester.
- 13/10/2011 – Portland (Oregon) – Depuis le 2/10, plusieurs centaines ont installé une cité de tentes dans un square au centre-ville. Des installations semblables dans d’autres villes de l’Oregon : Salem, Eugene. Une association de flics de l’Oregon envoie une lettre ouverte dénonçant le boulot répressif qu’on leur demande de faire
- Winston, Roseburg – Occupy Portland bloque une artère centrale de la ville : 8 arrestations.
- 13/10/2011 – New Orleans – Le mouvement Occupy NOLA réunit 400 participants qui campent depuis sept jours face au City Hall. Une manifestation regroupant 200 protestataires devant la prison Orleans Parish contre la répression envahit pour un temps le City Hall.
- 15/10/2011 – Pittsburgh (Pennsylvanie). Plusieurs centaines manifestent alors que 150 protestataires campent dans le parc, devant le siège de la banque Mellon.
- 27/10/2011 – Chicago (Illinois). 3 000 sous la bannière « Occupy Chicago » se regroupent Congress Plazza. Encerclés par les flics qui attaquent à 1 heure du matin :175 arrestations.
- 28/10/2011 – Atlanta (Géorgie). Les flics encerclent Woodcroft Park occupé par des centaines d’Indignés.
- 31/10/2011 – Denver (Colorado). 20 arrestations lors d’une manifestation.
- 1/11/2011 – Occupy Albany (New York). Les tentes sont installées depuis une semaine dans Academy Park. Dans le Wisconsin, une tentative pour planter des tentes dans la ville universitaire de La Crosse échoue avec l’intervention des flics. (On en dira plus dans un autre bulletin sur ce qui s’est passé à Oakland et ailleurs.)

Grèce – Le problème du pays est en partie dû à une économie souterraine (au moins 30 % du PIB) et à la fraude fiscale qui amenuisent les recettes de fonctionnement de l’État, lequel est incapable de sortir du favoritisme, du clientélisme, des exemptions et des fraudes diverses, le tout constituant une norme sociale. Par exemple, la sous-déclaration fiscale des salaires est monnaie courante, et seuls les fonctionnaires paient l’impôt sur leur salaire, presque tous les salariés du privé étant exonérés à cause de leurs faibles revenus sous-déclarés. Entre grèves et manifestations syndicales d’une journée, les occupations, les affrontements d’une guérilla basse intensité avec les flics, les refus de paiement qui s’étendent, la confusion des politiques impuissants, tout autant que les mentors de l’Europe devant les problèmes financiers spécifiques autant que mondiaux, on se demande comment les Grecs parviennent à survivre. Bruits de botte et rumeurs de coup d’État militaire. Un seul exemple, le 19 octobre, la grève des éboueurs entraînant une accumulation d’ordures, des bagarres éclatent avec des piquets qui bloquent les bennes et il est question d’intervention de l’armée. Partout, les débrayages sont si fréquents que le pays fonctionne au jour le jour. Le 20 octobre, plus de 100 000 manifestants se retrouvent dans les rues d’Athènes. Les mouvements de refus et les attaques personnelles sur les « représentants du peuple » se multiplient. Une opération Connection se développe avec des commandos qui rétablissent le courant coupé pour refus de paiement ; ce mouvement « Je ne paie pas » se répand dans différents secteurs.

Slovaquie – 12/10/2011 – Plusieurs milliers de travailleurs se rassemblent SNP Square à Bratislava pour protester contre les mesures d’austérité (augmentation du taux de TVA, réduction de 10 % des salaires des fonctionnaires), de même que dans des villes de province.

Pakistan 26/10/2011 – Des émeutes dans tout le pays contre les coupures d’électricité qui s’étalent parfois sur vingt heures. Des bagarres avec les flics, des attaques de bâtiments publics. Les perturbations ne touchent pas seulement la vie quotidienne mais surtout l’industrie et, partant, les conditions de vie. L’activité des usines textiles aurait été réduite à cause des coupures, jusqu’à 30 %.

Ouganda 10/10/2011 – Kampala, contre l’inflation notamment sur la nourriture et le carburant, une manifestation Walk to work organisée par le groupe Activists for change, regroupant des groupes d’opposition et de membres des classes moyennes, est violemment attaquée par la police.

Afrique du Sud – Octobre 2011, 3 000 travailleurs marchent sur la Bourse à Pretoria.

Syrie – Octobre-Novembre 2011 – Face à des manifestations pour un changement de régime qui ne faiblissent pas, la répression ne faiblit pas non plus (plus de 3 000 tués par l’armée). La formation d’un Syrian National Council par les opposants au régime, les désertions dans l’armée alimentant les bruits d’une guérilla à la frontière turque, l’attentisme des grandes puissances craignant une déstabilisation politique de tout le Moyen-Orient en cas d’intervention directe, tout semble présentement dans une impasse, avec chaque jour des morts par dizaines.

Israël – 29/10/2011 – Depuis juillet, jusqu’à 400 000 manifestants ont protesté contre le coût de la vie, d’abord les étudiants puis toute la population (jusqu’à un million dans les rues sous la bannière « Justice sociale »). De nouveau, 40 000 manifestent à Rabin Square à Tel Aviv contre la hausse des prix, la pauvreté et les inégalités sociales, et avec des slogans identiques à ceux des USA : « Nous sommes les 99 %. » 5 000 à Jérusalem marchent sur la Knesset, le Parlement israélien. Mais le mouvement ne dépasse pas les problèmes politiques et sociaux internes du pays, qui sont aisément mis au second plan avec l’exploitation des thèmes nationalistes dans des affrontements avec les Palestiniens, l’Égypte et l’Iran.

Libye – 1/11/2011 – Le conflit armé terminé, Kadhafi éliminé, les « représentants » étrangers se bousculent pour cueillir les récompenses de leur soutien militaire à un Conseil national de transition aux prises avec les conflits internes dans une « transition démocratique », et des luttes de clans ou de tribus armés jusqu’aux dents lors du pillage des arsenaux du régime déchu. Un des problèmes est aussi la reconstitution de la force de travail essentiellement immigrée, qui s’est trouvée dispersée lors du conflit. Italie – Septembre-Octobre 2011 – Grèves syndicales nationales d’une journée contre les mesures d’austérité accompagnées de manifestations qui rassemblent de larges foules dans les principales villes avec des affrontements violents. La crise politique se résout en novembre par un changement de gouvernement et la perspective de mesures d’austérité encore plus drastiques. Perspectives des résistances pacifiques ou non ? Jordanie – 6/09/2011 – Sur une population d’environ 20 millions d’habitants (70 % ont moins de 30 ans), un tiers vit dans la capitale Aman. Le taux de chômage avoisine 30 %. Un million de Jordaniens sont des migrants dispersés dans les pays du Golfe, un des plus grands réseaux de travailleurs qualifiés du monde. Les travaux non-qualifiés sont occupés par 700 000 migrants venant d’Égypte, de Syrie et d’Indonésie, exploités dans le bâtiment ou dans des zones industrielles : « Qualified Industrial Zones ». 300 000 autres migrants d’Indonésie, des Philippines, du Sri Lanka, sont domestiques. Pour prévenir une extension des amorces de manifestation suite à celles des autres pays arabes, le gouvernement débloque 500 millions de dollars de subventions pour maintenir le prix des produits de base, et fait des promesses d’un « dialogue social » mais, en même temps, menace de faire appel aux Émirats pour rétablir l’ordre.

LES DIFFÉRENTES FORMES DE LA LUTTE DE CLASSE DANS LE MONDE

La grève et rien d’autre

Zambie – 18/10/2011 – 2 000 mineurs de la compagnie chinoise NFC Africa Mining en grève pour les salaires et contre des conditions de travail particulièrement dures.

Brésil – 13/10/2001 – Fin d’une grève de 28 jours des postiers suite à une décision du Tribunal du travail ordonnant le travail du week-end pendant 21 jours pour absorber les 185 millions d’objets en souffrance. Le syndicat est contraint de se plier au jugement sous peine d’une amende de 28 000 $ par jour si la grève se poursuit. Le tout pour une augmentation de salaire de 6,8 % à partir du 1/08 qui ne compense pas l’inflation.

France – De nombreuses grèves pour les salaires (du moins celles dont les médias parlent un peu).
- SNWM – St Florent (Cher) : 2 journées distinctes de grèves de 24 heures donnent 5 % (au minimum 60 euros) et 2,50% sur les primes.
- SNDP – Gacé (Orne) Suite de grève : augmentation dégressive de 6 % à 3 % suivant le salaire, et un 13e mois.
- Schneider – Mâcon (Saône-et-Loire) Maintenance des sites nucléaires, 15 chantiers en grève pour un salaire minimal de 1 700 euros mensuels.
- 27/10/2011 – Paris, Hôtel Novotel – 20 jours de grève contre la sous-traitance du nettoyage dans les hôtels du groupe Accor. Projet d’un comité de lutte d’occupation d’un des hôtels du groupe.
- 28/10/2011 – Fonderies du Poitou (culasses d’aluminium, sous-traitant de Renault) à Ingrandes-sur-Vienne (Vienne). En grève depuis le 2 septembre contre un chantage à la fermeture si les 300 ouvriers n’acceptent pas une réduction de leurs salaires (entre 15 et 23 %). Un protocole syndical approuvé à 95 % par les grévistes entraîne la reprise du travail. La direction renonce à son « plan de compétitivité » contre des discussions en vue d’une reprise et d’un engagement à renoncer à « toute forme d’occupation de l’entreprise ».

Canada – 26/10/2011 – Les chantiers de construction étant paralysés par des grèves sauvages répétées, les 2 syndicats du bâtiment COQMCI et FTQ Construction (110 000 syndiqués sur 153 000 travailleurs du secteur) n’ont pu qu’appeler à la reprise du travail, toute suspicion d’organiser les grèves sauvages exposant à des amendes allant jusqu’à 70 000 $ par journée de débrayage.

Inde – 14/10/2011 – Adagodi (Bengalore). Depuis deux semaines, l’usine Bosch (2 500 travailleurs) est lock-outée (fermée temporairement à l’initiative de l’employeur) suite à une grève perlée entamée le 29 septembre. Ce sous-traitant équipementier (équipement de moteurs Diesel) exploite aux Indes 25 000 travailleurs sur d’autres sites et est coutumier du lock-out en réponse aux revendications ouvrières, comme en 2010 dans 2 de ces usines. Sahaganj dans le West Bengal. Les 900 ouvriers de l’usine Dunlop sont lock-outés parce qu’ils se sont opposés au transfert de matières premières vers d’autres usines en prévision de la fermeture du site. Les salaires sont impayés depuis deux mois. La fermeture permettrait de juteuses spéculations immobilières.

Australie – 20/09/2011 – Toyota Australia menace de fermer l’usine d’Altona près de Melbourne alors que 3 grèves distinctes d’une journée des 3 000 ouvriers et de centaines d’autres chez des sous-traitants marquent le refus des propositions patronales : baisse des salaires réels avec proposition d’augmentation sur trois années, largement inférieure à une inflation de 4,50 % ; le syndicat AMWUest très réticent quant à la poursuite de la grève (refusant par exemple l’organisation de piquets) alors que Toyota tente de poursuivre ses activités avec l’embauche de jaunes, temporaires et intérimaires.
- 23/09/2011 – 300 travailleurs de la firme américaine Jeld-Wen (portes et fenêtres) des 4 usines d’Australie (Sydney, Melbourne, Adélaïde et Perth) sont en grève depuis le 6 septembre, refusant le chantage à la fermeture s’ils n’acceptent pas des réductions de salaires et la suppression des primes. Ils sont en conflit avec le syndicat sur la conduite de la grève.
- 30/10/2011 – La compagnie aérienne Qantas a établi un certain nombre de filiales low cost dans différents pays du Sud-Est asiatique, et Jetstar en Australie, avec des salaires inférieurs de 20 % à ceux de Qantas. Le 21/09, 4 000 travailleurs au sol (bagagistes, fret entretien) ont fait grève contre le transfert à la sous-traitance avec des pertes de salaires. Des grèves perlées répétées et le refus des ouvriers d’entretien de faire des heures supplémentaires entraînant depuis des semaines d’importants retards, Qantas décide le 30/10 un lockout interrompant totalement tout trafic et bloquant 70 000 passagers.

Allemagne – 7/10/2011 – Une journée de grève est lancée par le syndicat IG Metall dans les usines Airbus de Hambourg (8 000), Brême (2 000), Buxtehude (200), sur les 16 000 travailleurs allemands du groupe auxquels s’ajoutent 4 800 temporaires et ouvriers de la sous-traitance dans le cadre de discussions pour un contrat qui voudrait imposer une nouvelle organisation du travail et l’embauche de plus de temporaires, en vue d’accroître la productivité globale de 8 %. Indonésie – 5/10/2011 – Nestlé, usine de Nescafé à Panjang. Le 21/09, grève avec occupation après que des négociations avec le syndicat SBNIP ont échoué. Devant les menaces, l’usine est évacuée et les grévistes se replient sur un terrain de foot proche. Dans une alternance de grèves, de reprises et de discussions, 53 des 67 syndiqués de l’usine sont licenciés. Au même moment, Nestlé a des problèmes similaires au Pakistan (où il exploite la plus grande usine laitière du monde), notamment pour la régularisation de 250 contractuels ; le président du syndicat est suspendu.

Grève et répression violente

Corée du Sud – 9/10/2011 – Chantiers navals Hanjin Heavy Industries and Construction (HHIC), 4 000 ouvriers manifestent en solidarité avec une soudeuse, déléguée du syndicat KCTU, qui occupe le sommet d’une grue à 35 mètres de hauteur. Ils protestent contre le licenciement de 400 d’entre eux, ce qui présage le transfert des chantiers aux Philippines où les salaires sont le dixième de ceux de Corée. Le conflit a débuté en décembre dernier mais alors, après 190 jours de grève, un accord secret entre les dirigeants du KCTU et la direction met fin à la grève ; le tribunal avait ordonné des pourparlers. La manifestation est attaquée par les flics : 50 arrestations. La gréviste de la grue est finalement descendue après 390 jours dans le ciel à la suite d’un accord qui prévoit la réembauche de 94 licenciés et la mise à la retraite des 306 autres. Mais rien n’est vraiment réglé car la firme ne renonce pas à la délocalisation, n’a pas respecté un précédent accord et pourrait engager des poursuites contre celle qui est devenue une sorte d’héroïne ouvrière pour « violation de la propriété privée ».

Chili – 6/10/2011 – C’était la 132e manifestation de 2011 des lycéens, étudiants, profs et parents, pour une éducation gratuite pour tous et organisée par l’État ; le système hérité de Pinochet était privé, coûteux et sélectif socialement. Les universités sont occupées, des barricades érigées et la répression particulièrement dure : des centaines de blessés et 250 arrestations. D’autres manifestations tout autant réprimées dans les principales villes du pays : Valparaiso (2 500), Valdivia (1 000), Antofagasta… La médiocre qualité du système éducatif restreint les possibilités d’études et influe sur le développement économique : plus de 60 % de la population est pratiquement dans l’impossibilité d’accéder aux études au-delà du primaire. Un des problèmes centraux est que le secteur secondaire des écoles d’État est de si médiocre qualité qu’il rend presque obligatoire le recours au privé payant. Mais même ceux qui ont accès aux universités se trouvent devant la même médiocre qualité, situation encore accrue par la réduction des subventions publiques. D’où les révoltes de tous les acteurs du système éducatif.

Indonésie – Nouvelle-Guinée – Papouasie – 19/10/2011 – Mine d’or et de cuivre de la compagnie Freeport Mc MoRan. En juillet dernier, une grève de 8 jours des 12 000 travailleurs du site s’était terminée par des promesses de discussion sur les salaires (2 $ de l’heure, les patrons en offrant 3 et la revendication étant de 14,50). Ces pourparlers n’ayant mené nulle part, la grève a repris le 15/09. Une manifestation au port de Tmiko est attaquée par l’armée : 1 mort, des douzaines de blessés. Des centaines d’ouvriers bloquent les entrées de la mine, l’aéroport local, et coupent le pipeline de 110 kilomètres qui évacue le minerai. De nouvelles attaques font 3 tués et des blessés. Au même moment, une autre mine de la société Freeport est en grève au Pérou, aussi pour les salaires. Inde – 13/10/2011 – Maruti Suzuki India. On en parlera dans le prochain bulletin.

Occupations d’usines, de lieux publics et autres

Uruguay – 20/10/2011 – 5 000 métallos syndiqués à l’UNTMRA, en grève depuis le 10/10, occupent 40 usines pour le renouvellement du contrat collectif, contre des propositions patronales d’une augmentation minimale des salaires, et revendiquent la semaine de travail à 44 heures (elle est actuellement de 48 heures) sans réduction de salaires, la fin du système de primes et une transformation de la classification des emplois.

Belgique – 4/10/2011 – Les 2 derniers hauts-fourneaux de l’ex-aciérie Cockerill Ougrée à Seraing, près de Liège, repris par Arcelor Mittal, sont menacés de fermeture. Pendant que les syndicats palabrent, les travailleurs occupent le bâtiment directorial et séquestrent 6 directeurs une vingtaine d’heures. Ceux-ci sont délivrés par les flics et après l’intervention des délégués syndicaux, hués et plus ou moins molestés. Les syndicats ne peuvent faire autre chose qu’entériner l’occupation du site (la sidérurgie wallonne n’emploie plus que 3 000 ouvriers contre 17 000 en 1980).

Les dirigeants séquestrés, injuriés,malmenés ou plus

France – 29/06/2011 – Plancy l’Abbaye (Aube). Après une première séquestration du directeur d’un hôtel de Troyes, alors que s’y tient un comité d’entreprise, les 38 ouvriers séquestrent le patron pour avoir le paiement de leurs salaires. Délivré par pas moins de 40 gendarmes. Un plan social est annulé, de même que la liquidation judiciaire le 25/10.
- MBF Technologies (sous-traitant automobile, 1 700 travailleurs sur 7 sites), Saint-Claude (Jura). 199 travailleurs sur 450 doivent être licenciés. Après quatre semaines de grève et le blocage des chaînes de montage, un cadre est séquestré 24 heures.
- 16/09/2011 – Constellium (transformation de l’aluminium) à Ham (Somme) veut supprimer 127 postes sur 200. Le vendredi, 5 dirigeants sont séquestrés mais les ouvriers se font blouser comme des bleus : dans la nuit, alors qu’ils discutent à la porte avec les flics, d’autres flics font évader les 5 derrière l’usine après en avoir cisaillé la clôture.
- 25/09/2011 – Still à Montataire (Oise, chariots élévateurs). Fermeture de l’usine envisagée dans le cadre d’un regroupement, avec 250 ouvriers licenciés. Deux dirigeants séquestrés et relâchés après six heures. Reprise de discussions.
- 5/09/2011 – Fin de partie. Criminilisation des luttes. 15 postiers qui avaient bloqué le hall d’entrée de la direction des services postaux des Hauts-de-Seine sont poursuivis pour séquestration et condamnés à 1 500 euros d’amende avec sursis, et aux frais (le procureur avait requis de cinq à dix ans de prison).

Blocage d’usines, routiers ou autres

France – 4/10/2011 – Chacun se souvient du bras de fer engagé contre la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, et des tentatives de blocage d’un certain nombre de raffineries lors du mouvement de l’automne 2010 contre la réforme du système de retraite (voir précédents bulletins). LyondellBasell est un complexe pétrochimique à Berre (Bouches-du-Rhône près de Marseille) comportant une raffinerie (370 travailleurs sur les 1 250 du site). La fermeture de la raffinerie se situe dans le prolongement d’une politique mondiale visant à transférer les raffineries à proximité des lieux d’extraction du brut. La grève se déclenche le 27 septembre 2011 à l’annonce de la fermeture, et le blocage s’organise pour tout le trafic des installations pétrochimiques de Berre. Le 8 octobre, l’intersyndicale fait approuver la levée du blocage et le redémarrage de la raffinerie jusqu’à fin décembre. À partir de janvier 2012, elle sera mise en sécurité pour pouvoir repartir, si se présente un repreneur. Pas de licenciement jusqu’au 31 mars 2012 mais aucune garantie après.

L’émeute

Mayotte – 9/11/2011 – Depuis le 27/09, pratiquement toute la population se dresse contre la vie chère, demande une baisse autoritaire des prix des produits de première nécessité. Régulièrement, entre 1 000 et 4 000 manifestants se heurtent aux gendarmes et CRS envoyés sur place ; barrages routiers, pillages, une sorte de guérilla urbaine qui déborde les organisateurs syndicaux et qui finalement contraint le pouvoir à faire quelques concessions ; mais aucun des syndicats de l’intersyndicale n’a signé le projet d’accord présenté. Le mouvement est toutefois suelement suspendu : les pressions de la base ne sont pas étrangères à cette prudence, beaucoup jugeant que les avancées sont mineures. Birmanie – Octobre 2011 – Un tiers des 50 millions d’habitants appartiennent à des minorités ethniques durement combattues par le pouvoir central militaire. Ces derniers mois, ces conflits se sont polarisés avec les Kachin autour de la construction de barrages hydroélectriques par les Chinois, dont celui de Myistan dont la production est destinée à la Chine. Suite à de violents combats et aux oppositions politiques internes, cette lutte qui était devenue un symbole de résistance a abouti à la suspension des travaux.

La récupération

Une enquête menée en 2011 auprès de 10 000 ados a révélé que 9 % d’entre eux considèrent normal le shoplifting. Cela se pratique partout, surtout en Inde, au Maroc ou au Brésil, mais à un niveau identique au Japon ou en Suisse. C’est une pratique aussi vieille que le commerce et il est signalé par sa répression dès le XVIe siècle en Grande-Bretagne. Le « Shopping Act » de 1699 punissait de la pendaison tout « vol à l’étalage », toute marchandise d’une valeur supérieure à 5 shillings.

LES OFFENSIVES DU CAPITAL EXPLOITANT LA CRISE

Turquie – Octobre 2011 – Des travailleurs du cuir voient fermer leur usine de province et sont transférés d’office dans une autre usine du groupe, dans la capitale. Comme ils n’ont pu trouver de logement (refus de leur accorder un jour de congé pour ce faire), ils couchent dans l’usine une nuit : 36 licenciés pour occupation illégale.

États-Unis – 23/09/2011 – Dans la nouvelle usine Volkswagen de Chattanooga dans le Tennessee, les 2 000 ouvriers seront à 12 $ de l’heure (8,6 euros). Mais les quelque 500 temporaires et ceux recrutés par le sous-traitant Aerotek pour l’entretien et autres emplois annexes ne seront qu’à 8 $ de l’heure (5,70 euros), ce qui, pour 40 heures, fait moins que le SMIC de France. Les conditions de travail sont à la hauteur : au second retard de 5 à 6 minutes deux semaines consécutives, licenciement garanti, de même pour un jour d’absence les 6 premières semaines de travail. Aucun problème de recrutement dans ces conditions : dès la première annonce de 1500 promesses d’embauche, 35 000 candidats se sont présentés. 13/10/2011 – Honeywell, Kansas City, Missouri, les travailleurs en grève rejettent un nouveau contrat qui prévoit, entre autres concessions, une baisse des salaires pour les entrants qui ne pourront voir changer leur statut que dans cinq ans. 9/09/2011 – Effet boomerang – Pour maintenir leur compétitivité mondiale, les capitalistes US misent non pas sur l’exploitation de la force de travail mais sur les investissements technologiques de pointe. Non seulement cela ne résout pas le problème du chômage mais cela pose des problèmes de recrutement : impossibilité de trouver des professionnels qualifiés à la hauteur (l’armée a le même problème pour trouver des volontaires assez qualifiés pour manipuler les technologies avancées des armes modernes). Cette difficulté est aggravée du fait du vieillissement, qui met à la retraite des professionnels qualifiés, et par la faillite du système éducatif qui, avec les coupes dans les budgets des États, ne peut plus assurer la reproduction de la force de travail correspondant aux exigences présentes du capital. Les nouvelles recrues éventuelles ne sont pas formées aux nouvelles techniques et les coûts de formation peuvent obérer les avantages compétitifs escomptés. D’où des arrangements avec les retraités pour les inciter à reprendre leur activité.

Italie – 4/10/2011 – Fiat et sa filière Fiat Industriel quitteront le syndicat patronal Confindustria. C’est la conclusion d’une politique permettant à Fiat de passer des accords d’entreprise directement avec certains syndicats, échappant ainsi aux contrats collectifs nationaux de la métallurgie (voir précédents bulletins). Fiat envisage de créer un groupe industriel mondial avec 181 usines dans 30 pays, et même de sortir totalement d’Italie.

Allemagne – 1/09/2011 – En quinze années, la part des salariés touchant de bas-salaires est passée de 16 % en 1994 à 22 % en 2009, plus de la moitié de ceux-ci œuvrant dans les secteurs productifs, la santé, le commerce et les services sociaux. Les 10 % les mieux payés gagnent en moyenne 7 545 euros mensuels, 10 % les plus pauvres gagne 712 euros. États-Unis – 31/08/2011 – Les plus militants des amateurs de logiciels libres se sont retrouvés à la tête d’un très officiel projet, Commotion, financé par l’Open Technology Initiative, un département de la New America Foundation,à laquelle participe un des patrons de Google, financée sur le budget US. Ce projet vise à développer la technologie de réseaux sans fil autonomes (légers et faciles à installer), pouvant être déployés en urgence comme « outils de contournement » pour aider des dissidences à déjouer les surveillances policières et la censure. Et tous les autres usages qu’on peut aisément imaginer.

LES SYNDICATS MESSAGERS DE LA CRISE DU CAPITAL

États-Unis – 7/10/2011 – Le syndicat de l’automobile UAW vient de signer un nouveau contrat pour les travailleurs de Ford. Il prévoit l’embauche de 5 750 nouveaux travailleurs qui seront payés 14,15 $ de l’heure (10 euros), la moitié du salaire horaire des ouvriers entrés avant 2007 ; les nouveaux embauchés n’auront ni sécurité d’emploi, ni ancienneté, ni promotion. Cet accord doit être soumis aux 40 600 syndiqués à l’UAW. Il a été rejeté le 14/10 à 77 % par 2 317 ouvriers de l’usine de Chicago, et aussi par les 3 000 ouvriers de 3 usines de Detroit. 5/10/2011 – Effet pervers. La compagnie aérienne American Airlines distribuait à ses pilotes partant à la retraite, pour compenser les faibles retraites et la chute de leurs revenus, un paquet d’actions de la compagnie. Comme le bruit d’un dépôt de bilan de la compagnie court, et que la chute des cours s’amorce, une bonne partie desdits pilotes se sont précipités pour vendre leurs actions, ce qui a fait s’effondrer les cours et ce qui a diminué encore davantage leur retraite. CQFD. 20/09/2011 – United States Postal Service (USPS) est une société sous contrôle de l’État fédéral dont l’activité représente 7 % du PIB. Devant la concurrence des transporteurs privés, la correspondance lettre est pratiquement en faillite et le secteur doit opérer des restructurations draconiennes avec des coupes sombres dans ses effectifs (560 000 travailleurs). Réduction de la distribution du courrier (suppression du samedi) et licenciement du tiers des effectifs sont en discussion aves les syndicats.

France – 7/10/2011 – Suite à un accord patronat-syndicats chez Renault, des travailleurs de la firme ont « profité » en 2008-2009 d’un plan de départs volontaires avant l’âge de la retraite : « Projet Renault Volontariat ». Ils se trouvent coincés par les nouvelles règles de l’automne dernier de la réforme des retraites, pas vraiment combattue par les mêmes syndicats au plan national. Alors qu’ils pensaient partir en retraite à 60 ans, beaucoup ne pourront le faire qu’à 62 alors que leur indemnisation ne les couvre que jusqu’à 60. Leurs droits au chômage étant épuisés, ils se trouvent dans l’obligation de chercher un travail ou de vivre de l’air du temps. Des solutions boiteuses sont en cours d’étude. 4/10/2011 – Il y a dix ans, Moulinex fermait et mettait à la porte 3 800 travailleurs. Contrairement aux statistiques officielles, une association d’anciens donne la mesure des difficultés de reclassement : sur 310 ex-Moulinex, 150 sont encore au chômage (la moitié d’entre eux n’a même pas cherché un autre emploi) et seul 30 % a retrouvé une activité salariée. On peut extrapoler à l’échelle des 3 800.

LES CRIMES DU CAPITAL

La mort programmée – Dans le monde, si les exécutions capitales légales hors Chine (c’est-à-dire suite à un procès) sont passées de 714 en 2009 à 527 en 2010, le nombre des condamnations à mort a progressé de 2001 à 2006 dans 23 pays au lieu de 19, et le nombre de condamnés en attente dans le couloir de la mort est passé de 17 117 à 17 833. Certains pays comme la Chine, la Biélorussie, la Mongolie, le Vietnam, la Corée du Nord et Singapour ne sont pas sur la liste car condamner à mort est un secret d’État.

Corne de l’Afrique – 3/08/2011 – Des dizaines de milliers de morts de la faim et 12 millions d’autres menacés du même sort.

Kenya – 13/09/2011 – Dans l’explosion causée par une fuite dans un pipeline pétrolier, dont l’essence s’est déversée dans les égouts, plus de 100 morts et d’innombrables blessés sont à déplorer : le pipeline traversait un bidonville (4 millions de Kenyans sur 39 millions vivent dans de tels bidonvilles). Tout a brûlé dans un rayon de 300 mètres.

LA RÉPRESSION ET SES INSTRUMENTS

Grande-Bretagne – 24/09/2011 – Les chaînes de télévision sont sommées par la police de transmettre les centaines d’heures d’enregistrement des émeutes d’août dernier, bien que 40 000 heures de vidéos diverses aient déjà été examinées pour y rechercher les visages des émeutiers. Un jeune homme qui avait lancé sur son blog un appel à l’émeute, resté d’ailleurs sans aucun écho, a été condamné à quatre ans de prison ferme. Un étudiant de 22 ans a écopé de six mois de prison ferme pour avoir récupéré un pack de bouteilles d’eau minérale.

IMMIGRATON

Conséquence de la chasse aux Roms en Europe Une femme sur 10 est suivie lors de sa grossesse, et la mortalité infantile est 9 fois plus élevée que la moyenne française. C’est le résultat, entre autres, des contrôles systématiques, des gardes à vue injustifiées, des intimidations et du harcèlement générant des crises sanitaires et l’impossibilité de subvenir aux besoins les plus élémentaires. Les Roms sont contraints de vivre dans des bidonvilles ou dans des squats sans eau, sans toilettes ou sans ramassage des déchets. Des pathologies inconnues resurgissent, notamment dermatologiques ou digestives. Les expulsions systématiques entraînent des ruptures de soins. La moitié seulement de cette population est protégée par les vaccinations les plus élémentaires.

Irlande – Effet de la crise. Fin avril, le nombre d’Irlandais s’expatriant a augmenté de 45 % d’une année sur l’autre. 76 000 personnes ont quitté le pays en 12 mois dont 40 000 Irlandais, la plupart travailleurs du bâtiment. Chaque mois, 1 500 parmi les plus instruits quittent le pays pour la Grande-Bretagne, faisant craindre une reprise du « drainage » des cerveaux.

Espagne – 21/08/2011 – La crise entraîne une hémorragie. Après avoir absorbé entre 2002 et 2008 plus de 4 millions d’immigrés, le pays redevient une terre d’émigration. Au premier semestre 2011, 27 000 Espagnols, principalement des travailleurs qualifiés, ont quitté le pays pour des cieux plus cléments.

Chine – 8/09/2011 – La nouvelle génération de migrants (145 millions) rompt ses attaches avec la campagne et cherche une nouvelle vie à part entière dans les cités. D’où des conflits et parfois des « aménagements locaux » pour l’accès aux services publics (éducation, santé) dont ils sont exclus le plus souvent.

AINSI VA LA VIE POUR LES DEUX TIERS DE LA POPULATION MONDIALE

Bangladesh -/08/2010 – Une jeune handicapée de 9 ans est violée par un homme. Malgré l’intervention des centaines de villageois qui le désignent nommément à la police, celle-ci refuse d’intervenir car l’homme est un supporter du parti au pouvoir. Les membres de la famille et divers témoins ont reçu des menaces de mort ou d’expulsion de leur logement. 19/08/2010 – Une fille de 15 ans se dispute avec un voisin à propos d’une chèvre qui a brouté le champ de celui-ci ; il la bat. Sa mère porte plainte et sa fille est jugée coupable : comme elle refuse de baiser les pieds du voisin pour se faire pardonner, elle reçoit on ne sait combien de coups de bâton. De honte, elle se suicide. 29/08/2010 – Une ouvrière du textile ayant été tuée par une voiture alors qu’elle traversait une voie express, la rumeur se répand qu’elle a été en fait assassinée : des milliers de travailleurs (des femmes pour la plupart) bloquent la route, détruisent 30 voitures et se battent avec les flics : 50 blessés dont 15 flics. 8/09/2011 – Une enquête conclut que les 6 étudiants lynchés à mort par la foule à Aminbazar en juillet étaient innocents, et que 3 policiers avaient été seulement négligents de s’être enfuis pour sauver leur peau après avoir arrêté un septième étudiant, laissant les 6 autres à leur destin.

Pour recevoir individuellement ce bulletin, envoyer 6 enveloppes adressées et timbrées à 0,72 euros. Pour tout envoi en nombre donner juste l’adresse et la quantité requise. L’envoi se fait alors à nos frais. On souhaiterait que chacun notifie ses changements d’adresse et/ou signale s’il désire cesser de recevoir cet envoi. Aussi que des infos locales nous parviennent si possible déjà résumées selon ce qui figure dans le bulletin Pour tout contact, postal à l’adresse figurant en tête ou par mail : echanges.mouvement laposte.net Pour satisfaire aux obligations légales Le responsable de publication : H. Simon

 



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23 décembre 2011

USA le syndicat UAW signe la régression salariale

Le contenu de régression sociale des accords signés dans l’industrie automobile américaine par l’UAW

Au mois d'octobre 2011, l'UAW, le syndicat « officiel » des salariés de l'automobile aux Etats-Unis a conclu avec chacun des trois grands constructeurs automobiles des accords pour la période 2011-2015. Information peu diffusée en Europe, la signature de ces accords rencontra des oppositions très significatives. Plus du tiers des salariés de Ford (37%) et General Motors (36%) refusèrent de les accepter. Chez Chrysler, le pourcentage des refus s'est élevé à 45% parmi les ouvriers de production.

Ces accords entérinent une régression sociale considérable : blocage des salaires pendant les 4 prochaines années, aggravation du système divisant les salariés de chaque usine en deux catégories avec une division par deux des salaires pour les nouveaux embauchés, et créations d'emplois dérisoires au regard des 60 000 perdus depuis 2007. Leur contenu a été analysé et dénoncé par Dianne Feeley dans un article publié par Solidarity. Voir l'article original sur le site de Solidarity. En voici la traduction.

Les points noirs des accords signés entre l'UAW et les "Big Three"

A la fin du mois d'octobre 2011, les travailleurs des trois grandes firmes automobiles nord-américaines, General Motors, Ford et Chrysler ont finalement approuvé les contrats de travail 2011 – 2015 négociés entre chacune des firmes et le syndicat « officiel », l'UAW

Une négociation entreprise par entreprise vouée à l'échec

Alors que Ford est la firme automobile la plus rentable, et la seul des "Big Three" à avoir évité la mise en faillite en 2008, il aurait été logique pour l'UAW de discuter en priorité avec la direction de cette entreprise pour espérer arracher les meilleurs résultats et les étendre aux autres firmes automobiles. C'est avec Ford, qu'a priori le rapport des forces était le plus favorable aux travailleurs puisqu'ils avaient refusé, par un vote majoritaire, la remise en cause de leur droit de grève que voulait leur imposer la direction de Ford.

Le président de l'UAW, Bob King, a lui-même reconnu que chaque travailleur avait perdu entre 9 000 et 30 000 dollars au cours des quatre années passées. Il n'empêche que l'UAW, plutôt que de discuter avec Ford, a choisi de négocier avec les deux firmes qui sortent de leur mise en faillite et où les travailleurs n'ont plus actuellement le droit de faire grève.

Au lieu d'aboutir à un accord-cadre pour toute l'industrie automobile, chaque accord a été élaboré pour répondre aux problèmes spécifiques de chacune des firmes.

Aucune augmentation générale des salaires !

En dépit du fait que les mécanismes d'ajustement des salaires à la hausse des prix ont été suspendus depuis 2009, et qu'il n'y a pas eu d'augmentation des salaires depuis 2005, les accords signés ne fournissent que des bonus ou autres primes.

Les travailleurs de General Motors recevront une prime de 5 000 dollars, tandis que ceux de Ford ont obtenu une somme légèrement plus grande. .Ceux de Chrysler se sont vus octroyer la somme forfaitaire de 1750 dollars, avec la promesse d'un autre versement de 1750 dollars si l'entreprise se porte bien. D'autres primes sont fondées sur le respect par les entreprises de normes de qualité, le rattrapage en fin d'année de pertes de pouvoir d'achat dues à l'inflation, et des bonus d'intéressement aux bénéfices.

En 2015, les ouvriers embauchés avant 2006 n'auront connu aucune augmentation de salaire pendant une décennie, et la suspension de tout rattrapage du coût de la vie pendant six ans. En supposant un taux d'inflation de deux pour cent (alors que cette année 2011, le taux est presque le double), le salaire de base horaire aura diminué de près de 2,20 dollars.

Ces contrats 2011 institutionnalisent les concessions acceptées par l'UAW au cours des quatre dernières années. Il s'agit notamment du pourcentage croissant de salariés gagnant la moitié moins des plus anciens ayant un contrat indéterminé. Les classifications des travailleurs qualifiés ont été réduites à trois. Le nombre de jours de congés été revu Le contrôle de l'absentéisme s'est accru d'une façon drastique. Les assurances chômage, qui protégeaient en une certaine mesure de la flexibilité du marché du travail, appartiennent au passé.

Des conditions de travail aggravées et des créations d'emploi dérisoires

Mais encore plus important que ces pertes économiques, c'est l'épuisement physique provoqué par l'aggravation des conditions de travail. Commencer dans une usine d'assemblage, travailler ensuite dans de meilleures conditions, et acquérir une qualification professionnelle est de moins en moins possible. Ce modèle précédent est remplacé par les méthodes en vigueur dans les usines « maquiladoras » implantées au Mexique à la frontière des Etats-Unis (1) : on y exploite jusqu'à la corde le même travailleur pendant une décennie. Qui va survivre assez longtemps au même poste de travail pour espérer bénéficier d'une retraite?

Ces contrats ont été vantés par la direction, le syndicat et les médias comme « créateurs d'emplois » En fait, GM a promis 6 200 nouveaux emplois, Ford 5 750 et Chrysler 2 100. Ce seront tous des emplois aux salaires au rabais, diminués de moitié par rapport aux plus anciens. Le total de ces 15 000 nouveaux emplois doit être comparé aux 60.000 emplois perdus depuis 2007, alors que pendant ce temps, les ventes d'automobiles des Big Three augmentaient de 10%.

De plus, beaucoup de ces "nouveaux" emplois ne sont pas vraiment nouveaux. Par exemple, l'accord Ford prévoit que «beaucoup d'engagements de production sont des véhicules relocalisés venant d'autres pays, y compris la Chine, le Japon et le Mexique."

Comme les tracts de la « Caravane des travailleurs de l'automobile » le remarquait, «Transférer le travail d'une usine à une autre n'est pas un nouveau travail. Licencier des travailleurs au Mexique, ce n'est pas créer des emplois. Si l'on veut parler de nouveau travail, pourquoi les syndicats de l'UAW ne mettent-ils pas au défi les firmes de produire des autobus économes en consommation de fuel et que toutes les villes américaines pourraient acheter ».

En conséquence de ces accords signés en 2011, le coût du travail dans chacun des trois grands augmentera d'environ 1% par an. C'est le taux le plus bas depuis quarante ans. C'est aussi la première fois depuis 1953 que les retraités n'obtiennent pas une augmentation de leur pension Les patrons préfèrent verser des primes forfaitaires que d'augmenter le salaire de base.

Chez GM et Chrysler, le régime d'assurance maladie des retraités a été transformé en 2007 en un système fondé sur l'adhésion volontaire à un organisme appelé VEBA. Celui-ci a été sous-financé lors de la mise en faillite en 2009 lorsque l'administration américaine des finances a exigé une réduction des prestations. Les accords signés en 2011 affectent 10% de la part de l'intéressement provenant des profits au financement du VEBA

Quelle est la recette employée dans les usines pour produire avec des salariés en diminution, et un minimum de travailleurs qualifiés ? Les lecteurs pourraient en conclure que la technologie a réduit les besoins en métiers spécialisés. En réalité, la charge de travail augmente pour les ouvriers restant à l'intérieur des usines, et en même temps, le maximum de tâches est externalisé.

Le modèle de l'usine General Mortors de Lake Orion

Pour General Motors, l'usine d'assemblage à Lake Orion dans le Michigan est le modèle. Un accord signé entre l'UAW et GM indiquait qu'ils avaient trouvé des moyens innovants pour maintenir l'usine en activité. Les travailleurs n'ont jamais pensé qu’ils avaient abandonné leur droit de refuser de ratifier n’importe quel accord. Mais la direction de l’UAW affirme le contraire.

Pour permettre à GM de construire, de façon rentable, aux Etats-Unis une voiture "sub-compacte", le syndicat a ainsi accepté que l'usine devienne progressivement, d'ici à 20 ans, à 100% composée d'ouvriers aux salaires plancher de moitié inférieurs au salaire « normal ». Le ratio de 40% est imposé dès maintenant.

400 ouvriers ont été ainsi contraints, soit d'accepter de passer dans la catégorie des salaires réduits de moitié, soit d'être transférés dans usines GM situées à des centaines de kilomètres, soit de quitter volontairement l'entreprise.

Lake Orion est aussi un «modèle» en ce qui concerne le nombre d'emplois externalisés : six différentes entreprises opèrent au sein de l'usine avec leurs propres salariés. Ces travailleurs gagnent 10 $ l'heure ou moins, appartenant souvent à des structures séparées de l'UAW
General Motors a décidé d'externaliser les emplois qui ne sont pas directement sources de « création de valeur » à l'exemple de la gestion des magasins pour les pièces et les vêtements de travail, le transport des pièces à l'intérieur de l'usine.

Lake Orion est aussi un modèle pour avoir supprimé les deux-tiers des emplois qualifiés. GM estime que l'élimination d'un travailleur qualifié permet d'économiser 57 000 dollars.

Le modèle de Lake Orion a été perfectionné par des expériences de GM dans les usines du monde entier. En fait la mondialisation a deux fonctions distinctes : disposer d'une force de travail à bas coût à l'étranger, mais aussi faire du chantage envers les travailleurs américains pour qu'ils acceptent des concessions sur leur propre territoire.

Gagnant – gagnant pour qui ?

La réouverture de l'usine General Motors à Spring Hill, Tennessee a été négociée selon les mêmes conditions permettant des "exceptions spécifiques aux règles habituelles" convenues entre l'UAW et GM. La formule utilisée pour Lake Orion est répétée.

Malheureusement les travailleurs de l'automobile des Big Three sont coincés entre le marteau et l'enclume, entre d'une part les responsables de l'UAW prêts à accepter toutes les concessions et d'autre part les entreprises voulant rendre permanentes les dispositions affichées initialement comme temporaires.

Tous savaient que le syndicat n'avait pas l'intention de développer une stratégie victorieuse. Qu'ils aient voté «oui» ou «non», ils ressentaient tous que cet accord tourné contre eux. Ceux qui ont voté oui ont estimé que vu la situation, il n'y avait rien de mieux à faire que de prendre le montant du bonus accordé et de continuer à subir.

Pour GM, le "coût" total sur la durée de quatre ans de l'accord salarial est de 215 à 245 millions de dollars. Selon l'agence, Morgan Stanley, cela pourrait réduire les bénéfices de GM par véhicule qui passeraient de 7 000 à 6 500 dollars

Ce montant est à comparer aux capitaux dont disposent les trois grandes compagnies automobiles américaines. Ford de 33,5 milliards de dollars, et bien que GM sorte d'une faillite, il dispose aujourd'hui de 32,8 milliards de dollars. Chrysler, considéré comme le plus vulnérable des 3, a vu sa valeur estimée, lors de la fusion avec Fiat, à 27 milliards de dollars

Alors que les médias se félicitaient d'un accord soi-disant gagnant-gagnant pour les directions patronales et les syndicats, certains journalistes ont osé rappeler le milliard de dollars gaspillé chaque année par General Motors. C'est le résultat de la mauvaise exécution des plans de développement produits et des rémunérations scandaleuses versées à la haute direction, alors que le coût total du travail et de la fabrication ne représente que 15% du coût du véhicule. Les compagnies automobiles sont bloquées sur la production de véhicules privés qui étouffent la terre plutôt que de développer les transports en commun dont nous avons si désespérément besoin.

Dianne Feeley Solidarity Décembre 2011

Traduction Adaptation en français JCV

(1) : entreprises binationales implantées au Mexique à proximités de la frontière où les conditions d’exploitations sont particulièrement rétrogrades tout en bénéficiant d ‘avantages fiscaux. Voir : http://www.monde-diplomatique.fr/2009/11/VIGNA/18379

Site NPA Auto

 info@solidarity-us.org.

 

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19 décembre 2011

La lutte de classes aux Etats-Unis depuis le krach de 2008

Par Loren Goldner.

L’article suivant a été rédigé à New York pour la revue allemande Wildcat. Et en français dans le N°128 d' ECHANGES Automne 2011.

Depuis juillet [2011], les médias dominants parlent de plus en plus fréquemment d’une « récession » « à double plongée » aux Etats-Unis. Mais nous pouvons affirmer sans crainte que, pour la plupart des travailleurs, la « récession » n’a jamais pris fin, et qu’elle va s’aggraver.

ANTÉCÉDENTS

OakGenStrikePoster1Pour comprendre la lutte des classes aux Etats-Unis depuis la crise financière de 2007-2008, il nous faut d’abord rappeler brièvement l’histoire des quatre décennies précédentes, depuis la fin de l’insurrection des dernières années 1960 et du début des années 1970. Comme on le sait, depuis 1973 environ, l’histoire de la classe ouvrière américaine est celle d’une régression et d’une suite quasiment ininterrompue de défaites. On l’a décrite comme « une guerre des classes au cours de laquelle un seul camp se battait ». Pendant cette période, les salaires réels ont baissé de 15 % au bas mot et dès 1960 on a assisté à la disparition de la famille ouvrière vivant sur un salaire unique. De nos jours, il faut 2 ou 3 salaires à la famille ouvrière typique, dont un pour couvrir les frais de logement (50 % du revenu du foyer). La semaine de travail moyenne s’est allongée d’au moins 10 % pour ceux qui ont un travail à temps plein ; en réalité la force de travail ressemble de plus en plus à « la société en forme de sablier », avec une couche de « professions libérales » qui travaillent 70 heures par semaine et une majorité de la population précarisée par des emplois intermittents à temps partiel.

Pendant la même période, les 10 % de la population formant la couche supérieure se sont vu attribuer environ 70 % de toutes les augmentations de revenu. Et on sait bien aussi que de vastes régions du nord-est autrefois industriel ont été transformées en « poubelles », où les emplois de « service » peu rémunérés et sans avenir (par exemple Walmart) se substituent aux anciens emplois ouvriers relativement stables et correctement payés. Les Etats-Unis ont, avec la Corée du Sud, les lieux de travail les plus dangereux du monde capitaliste « avancé » : 14 travailleurs y meurent quotidiennement. 2 % de la population (sept millions de personnes) (1), majoritairement des Noirs et des Latinos, sont en attente d’un jugement, en prison ou en libération conditionnelle, surtout à cause de la « guerre contre la drogue ». Des centaines de milliers de personnes perdent leur logement après avoir perdu leur travail, le nombre des sans-abri monte en flèche, et la « guerre contre les pauvres » s’intensifie par le harcèlement policier, l’entassement des gens dans des refuges sordides semblables à des prisons et la criminalisation de ceux qui vivent dans la rue.

Voici donc un instantané de la réalité sociale dans « le pays le plus riche du monde ».

LE DÉCLIN DE LA GRÈVE

Face à cette offensive capitaliste depuis la décennie 1970, et sans parler de la grève sauvage, la grève classique est devenue quasi inexistante. 20 % des travailleurs américains ont participé à une grève ou un lock-out chaque année au cours des années 1970 contre seulement 0,05 % en 2009. Les vieux syndicats industriels ont été sérieusement affaiblis par la désindustrialisation ; ils représentaient 35 % de la main-d’œuvre en 1955 mais seulement 12 % aujourd’hui, et la plupart de ceux qui existent encore sont des syndicats du secteur public (2). (Afin de dissiper toute ambiguïté, je précise que jusqu’en 1973, la plupart des grandes centrales syndicales luttaient contre les mobilisations sauvages de la base et pas contre les capitalistes. Il n’en reste pas moins que la diminution du nombre de leurs adhérents est due en partie à leur incapacité à assurer même ce « syndicalisme de négociation » qui les caractérisait au cours des années 1970.) Lorsqu’ils font grève, les travailleurs qui ont encore des emplois permanents, des salaires décents et une couverture sociale, restent, presque sans exception, dans les limites de la légalité et des « cellules de négociation » dont les objectifs sont étroitement déterminés et leur assurent la défaite avant même d’engager la lutte.

ENDETTEMENT DES CONSOMMATEURS EN CASCADE

Après les années 1970, la classe ouvrière américaine et la « classe moyenne » (terme truffé d’idéologie qui se réfère au moribond « rêve américain » d’un travail stable, d’un logement à soi et d’une retraite décente) ont compensé la baisse des salaires réels en s’endettant de plus en plus. Dès les années 1990 s’y est ajoutée la bulle immobilière, propagée par le mythe promotionnel des médias (« les prix de l’immobilier ne baissent jamais ») et grossie, dans les années 2000, par la bulle des sub-primes. C’était l’époque où presque tout le monde pouvait obtenir un prêt et acheter son logement, ou obtenir un second prêt, et utiliser ces « avoirs » imaginaires pour obtenir encore plus de crédits. La « relance » suite à la dégringolade de la bulle informatique de 2000-2003 était en grande partie liée au secteur de la construction et de ses industries satellites, ameublement et électro-ménager par exemple. Cet empilement de dettes de consommation par les travailleurs, qu’ils soient ouvriers ou du secteur tertiaire, suivait en parallèle l’augmentation jusque-là inouïe de la dette de l’Etat (Etat Fédéral, états régionaux ou municipalités), ainsi que la dette extérieure des Etats-Unis (total net des dollars détenus à l’étranger, moins les actifs américains à l’étranger) qui s’élève à plus de 10 000 milliards de dollars.

Ainsi, avec l’éclatement de la bulle immobilière en 2007, suivi en 2008 par des convulsions dans le secteur bancaire, l’irruption de la crise ne fut que le point culminant d’un long processus d’atermoiement par une cascade de dettes depuis les années 1970, révélant une crise du profit sous-jacente (et finalement de la valeur au sens que lui donnait Marx) dans l’économie « réelle ». Mais c’est une autre histoire, qui n’a pas sa place dans cet article.

LA DYNAMIQUE POLITIQUE

Pour avoir une vue globale du climat social, il ne faut pas négliger l’élection de Barack Obama en novembre 2008 (il a probablement été élu grâce à l’irruption de la crise en octobre, quelques semaines auparavant). Comme en 1929-1934, la majorité des Américains ont d’abord réagi au krach par un silence abasourdi. Obama, que la « droite » (le Parti républicain et, depuis deux ans, le Tea Party, faction de droite radicale des Républicains) dénonce comme « socialiste » (et aussi comme « musulman » et même « marxiste »), a en fait mis en œuvre des politiques plus à droite que son prédécesseur George W. Bush dans presque tous les domaines. La réaction à ces politiques est restée très feutrée car sa base libérale (au sens américain du terme) a accordé le bénéfice du doute à son gouvernement. Obama a intensifié la « guerre contre le terrorisme » qui s’est de plus en plus souvent étendue à l’opposition intérieure (3) ; il a enfoncé le pays dans ses guerres perdues d’avance au Moyen-Orient (Irak, Afghanistan) et dans les bombardements du Pakistan au moyen de drones. Dans son « équipe économique » figuraient des tueurs à gage connus comme Lawrence Summers (qui, en tant que sous-secrétaire au Trésor, avait supervisé le matraquage de la Corée du Sud lors de la crise asiatique de 1997-1998), Paul Volcker (qui, en tant que directeur de la Banque de réserve fédérale, avait géré la profonde récession de 1979-1982), et Tim Geithner (ancien directeur de la Banque de réserve de New York). Cette équipe a organisé les sauvetages colossaux des banques qui s’écroulaient et des institutions immobilières en garantissant à 100 % des milliards de dollars de prêts pourris, tout en ne faisant rien, ou très peu, pour les travailleurs, sans parler des sans-abri et d’une population en voie de marginalisation.

La « réforme » orwellienne de la santé par Obama (elle aussi dénoncée comme « socialiste ») a été pratiquement rédigée par les grandes compagnies privées d’assurance-santé qui dominent le système de santé américain rétrograde.

En décembre 2010, Obama a prolongé le versement des allocations de chômage en « passant un marché » avec le Congrès qui a aussi reconduit les abattements d’impôts consentis aux riches par Bush et qui avaient coûté au gouvernement fédéral une perte de revenu fiscal de 200 milliards de dollars par an chaque année depuis 2001, cependant que les guerres en Irak et en Afghanistan ont coûté 1,5 milliard de dollars, sinon plus. Son administration a supervisé plus d’expulsions d’immigrants illégaux que pendant toutes les années Bush, frappant le plus durement les Latino-Américains marginaux arrivés dans le pays avant 2007 lors du boom immobilier pour travailler dans le bâtiment, et qui ont perdu leur travail quand ce secteur s’est effondré.

En juin et juillet, à l’occasion de la comédie qui se jouait à Washington au sujet du déficit fédéral américain, la minorité de droite radicale (Tea Party), grâce à son énorme influence à la Chambre basse du Congrès, a couvert un nouveau virage à droite d’Obama en prévision de coupes importantes dans les « droits sociaux » – autre expression bourrée d’idéologie pour désigner les soins médicaux pour les pauvres et les personnes âgées et le système de sécurité sociale des retraités. Tout ceci pour illustrer le rôle historique du Parti démocrate, qui est de mettre en place des politiques qui se heurteraient à une forte opposition si elles émanaient des Républicains.

LE BON ET LE MÉCHANT

On a dit que le système américain était composé d’un parti de droite et d’un parti d’extrême droite. Depuis les années 1880 au moins, les deux partis dominants jouent la comédie du bon et du méchant. La moitié la plus pauvre de la population ne vote pas et la politique institutionnelle n’est plus qu’un jeu de pure forme qui nourrit la passivité et le cynisme de tous. C’est un des éléments du contexte qui explique des phénomènes aussi bizarres que le Tea Party actuel. Lorsque les gens se rassemblent pour protester, le populisme de droite, et plus rare aujourd’hui, celui de gauche (la révolte du « petit ») sont les premières soupapes de sécurité du système.

Le Tea Party a émergé en tant que force à l’aile droite du Parti républicain dès 2009 et il exprime, mieux que les autres regroupements politiques organisés, la rage populiste de droite qui fait partie du paysage politique américain depuis la fin de la décennie 1970 de manière intermittente. A ma connaissance, il n’y a pas d’équivalent notable de l’idéologie du Tea Party en Europe. Il représente « une fraction en déclin de la démographie » : des Blancs âgés, de la classe « moyenne » ou « moyenne-supérieure », qui s’imaginent que les problèmes de l’Amérique peuvent être résolus grâce au strict équilibre du budget à tous les niveaux du gouvernement, et donc grâce à un « minimum d’Etat » supervisant un « libre marché » sans entraves.

Une telle économie n’a jamais existé, même avant 1914 lorsque l’Etat ne représentait qu’une part réduite du « PIB », mais jouait tout de même un rôle central dans la politique tarifaire, l’éviction des Indiens en faveur de l’expansion de l’économie esclavagiste du Sud, ainsi que dans l’appropriation des terres pour la construction des chemins de fer et des canaux. Bien entendu, le contenu concret de cette illusion du Tea Party renforcerait beaucoup un Etat répressif et le maintien de l’empire américain (en déclin) par des moyens militaires, tout en ravageant ce qui demeure des aspects « sociaux » de l’Etat, que la droite radicale américaine associe au New Deal « socialiste » des années 1930 et à la « Bonne Société » de Lyndon Johnson dans les années 1960.

Sa base sociale, blanche dans son écrasante majorité, révèle le programme véritablement racial bien que sous-entendu (en grande partie) de personnes que les tendances démographiques (la population blanche serait minoritaire en 2050), et un président noir, effraient. La véritable fonction du Tea Party dans la politique américaine est de permettre au « centre » (Obama et consorts) de virer de plus en plus à droite, permettant ainsi au « centre » d’apparaître comme une alternative rationnelle et sensée aux « fondamentalistes du marché ».

Il est important de signaler que la conviction quasi universelle qu’une élite, banquiers ou régulateurs de l’Etat, est « responsable » de la crise, étouffe toute analyse sérieuse de la « crise de la valeur » sous-jacente, dont les banques, le crédit pour la consommation, les bulles immobilières ou la régulation des Etats ne sont que des épiphénomènes.

En novembre 2010, la rage populiste de droite à l’encontre des mesures « socialistes » d’Obama (le sauvetage des banques, la « réforme » de la santé, les faibles tentatives, symboliques surtout, de régulation de la finance par les Etats) a considérablement avantagé les Républicains dans les deux chambres du Congrès en éliminant une majorité démocrate à la Chambre (basse) des représentants et en s’emparant presque du Sénat. Une bonne partie de la base d’Obama de 2008, déçue (ou dégoûtée) par son action en faveur du grand capital sans trop s’en cacher, est restée chez elle. (Il ne faut pas négliger la rage populiste de droite contre la peau noire d’Obama, qui s’exprime rarement publiquement.)

« RÉCESSION » ET RÉSISTANCE FEUTRÉE

Depuis l’automne 2008, le taux de chômage aux Etats-Unis a atteint 9,1 %, et il est très vraisemblablement plus proche de 15 %, ces chiffres étant constamment « révisés » en excluant quiconque travaille une heure par mois ainsi que les millions de personnes qui ont renoncé à l’idée de trouver du travail. Des centaines de milliers de gens ont perdu leur logement après avoir perdu leur travail, particulièrement dans les anciennes régions du « boom », comme Central Valley en Californie, Las Vegas ou la Floride ; des millions d’autres sont titulaires de prêts « noyés » (plus élevés que la valeur réelle de leur bien). Les maisons vides s’accumulent depuis des années et les prix de l’immobilier continuent à baisser. Au moment où j’écris – fin août 2011 – les Bourses mondiales sont fortement secouées et ces chiffres pourraient devenir caducs dans quelques jours.

Pour en revenir à l’écroulement du secteur immobilier, on est frappé par l’absence presque totale de résistance collective face aux saisies (4) et aux évictions (5). Cela contraste fortement avec le début des années 1930 lorsque, par exemple, dans la ville de New York, des milliers de gens se rassemblaient pour protéger les voisins menacés d’expulsion (6), ou bien dans les zones rurales où des fermiers, souvent armés, tentaient de protéger leurs terres contre la saisie par les banques. Un camarade, dans l’une des villes les plus économiquement dévastées (Baltimore, Maryland), qui décline tout autant que Détroit depuis les années 1970, relate que la grande majorité des expulsés et victimes d’une saisie ont simplement « honte » de leur situation, la cachent à leurs voisins et partent la nuit sans faire de bruit.

ATTAQUES CONTRE L’ASSURANCE-SANTÉ ET LES RETRAITES

Depuis 2007-2008, la lutte des classes ouverte s’est en grande partie déplacée du lieu de travail vers une confrontation avec l’Etat en faillite, à tous les niveaux (fédéral, régional et municipalités). Mais ce déplacement avait été préparé par la défaite antérieure des travailleurs dans presque tous les secteurs industriels, dont la première fut celle des travailleurs de l’automobile. On pouvait diaboliser les travailleurs du secteur public et leurs services après des décennies de propagande en faveur de la privatisation en les accusant d’être des parasites surpayés et privilégiés parce qu’ils étaient les derniers à bénéficier d’un emploi relativement stable et de prestations sociales.

La confrontation au sujet du coût de l’assurance-santé est presque une constante, en raison du « système » rétrograde d’assurance-santé privé en vigueur en Amérique.

Les Etats-Unis sont le seul des pays capitalistes « avancés » à n’avoir pas d’assurance-santé universelle. En 2009, 50 millions de personnes n’en avaient pas. Les coûts de cette assurance s’élèvent à 15 % du « PIB » et on pense qu’ils s’élèveront à 20 % d’ici 2020. Le Canada, qui a une assurance-santé universelle, dépense 10 %. On estime que la disparition des assureurs-santé privés (HMO, Health Management Organizations, entreprises qui gèrent l’assurance-santé) et de leurs coûts administratifs, éliminerait 20 % à 30 % des coûts de l’assurance-santé. D’autres coûts s’y superposent en raison de la relation étroite qui unit les grandes entreprises pharmaceutiques (« Big Pharma ») et la classe politique (par exemple, la loi fédérale interdit aux Etats d’acheter des médicaments génériques moins chers au Canada). En majorité, les Américains penchent pour un système universel à « un seul payeur », mais les partis politiques dominants et les média ont littéralement bloqué la discussion sur la possibilité de choisir.

Même avant que la crise n’ait atteint son point culminant, bon nombre des grèves qui ont eu lieu avaient l’assurance-santé pour thème central (7). (Pour beaucoup de gens, les familles en particulier, la couverture-santé liée à un emploi dans le privé est aussi importante, sinon plus, que le salaire lui-même.) Parce que la crise a considérablement réduit les revenus fiscaux des Etats et des municipalités, il est devenu de plus en plus difficile de payer l’assurance-santé et les pensions des retraités du secteur public. A tous les niveaux, les hommes politiques, les démagogues et les groupes d’experts se lamentent sur « les coûts exponentiels de l’assurance-santé », mais font taire toute discussion sérieuse sur leur véritable origine : la gestion de l’assurance-santé par les compagnies d’assurance privées et les prix outrageusement élevés que pratiquent les grandes firmes pharmaceutiques.

A partir de 2014, chacune des 50 millions de personnes qui n’ont actuellement pas d’assurance-santé seront passibles d’une grosse amende si elles ne souscrivent pas une assurance privée ; les tarifs en vigueur pour une personne sont d’environ 500 dollars par mois, plus de 1 000 dollars pour une famille. (Au moment où j’écris, un tribunal a jugé que ce point de la « réforme de l’assurance-santé » était anticonstitutionnel, mais le gouvernement Obama fera appel de ce jugement auprès d’un tribunal supérieur.)

Aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, on ne peut pas dissocier la crise de l’assurance-santé de celle des retraites. Depuis les années 1990, des employeurs de plus en plus nombreux ont cessé de verser des pensions incluant des « prestations sociales définies » pour cotiser au « 401 K », système dans lequel l’employeur et l’employé versent de l’argent à un fonds qui est ensuite investi… en bourse, et cela implique (bien entendu) la rémunération du courtier. Des études ont démontré que 401 K ne laisse aux retraités que 10 % à 33 % de ce que leur versait l’ancien système (et qui à son apogée ne concernait qu’un tiers de la main-d’œuvre).

S’ajoutant aux futures attaques du Congrès contre Medicare et la sécurité sociale, cette tendance suggère un appauvrissement très rapide des personnes âgées. Cette crise épuise les budgets des administrations des Etats et des municipalités et ils ne peuvent plus payer les pensions du secteur public. (Par exemple, en novembre 2009, les employés des transports de Philadelphie ont déclenché une grève de six jours pour obtenir une augmentation des prestations liées à leurs retraites.)

LA DERNIÈRE « FORTERESSE OUVRIÈRE » DE L’INDUSTRIE : LA DÉFAITE DE L’UAW

Après des décennies d’agressions contre la classe ouvrière, une victoire décisive a pour ainsi dire marqué la fin d’une époque lorsque le syndicat United Auto Workers (UAW) a accepté en 2007 un contrat à deux vitesses dans les sociétés automobiles GM, Ford et Chrysler, les « Trois Grands » ; ce contrat a été ratifié en toute hâte malgré l’opposition généralisée de la base. Dès lors, les embauches chez les « Trois Grands » se sont négociées à 14 dollars de l’heure contre 27 pour les ouvriers embauchés précédemment. Depuis la seconde guerre mondiale, le contrat UAW était un accord « modèle » pour de nombreux autres secteurs industriels, et au cours des trois années qui ont suivi cette ratification, la proportion de contrats à deux vitesses est passée de 2 % à 12 % aux Etats-Unis.

En 2009, au milieu de la crise financière, GM et Chrysler ont tous deux fait faillite et ont été repris par le gouvernement américain. Cette faillite n’était qu’une stratégie pour restructurer leurs obligations débitrices, et en premier lieu à l’égard de leurs retraités. Quelques semaines plus tard, une fois les deux entreprises sorties d’affaire, l’UAW est devenu un de leurs actionnaires importants. Grâce à la procédure de faillite, les sociétés s’étaient libérées d’une dette de 50 milliards de dollars envers le fonds d’assurance-santé pour les retraités de l’automobile. Un nouveau fonds, VEBA (Voluntary Employee Beneficiary Association, contribution volontaire des salariés à un Fonds pour leurs prestations), sera géré par l’UAW et basé exclusivement sur la valeur des actions de GM et de Chrysler sur le marché. Une chute des actions ou une nouvelle faillite de l’un ou de l’autre laissera deux millions de retraités UAW et leurs dépendants sans assurance-santé et leurs pensions seront réduites ou prises en charge par le gouvernement américain après réduction.

ATTAQUES CONTRE LES SALARIÉS DU SERVICE PUBLIC : LE WISCONSIN

Ayant abattu le syndicat qui avait servi de modèle pour les accords salariaux dans l’industrie américaine pendant soixante ans (dans les entreprises américaines des Trois Grands, le nombre total d’emplois décline depuis des décennies bien que des groupes automobiles étrangers investissent lourdement dans des sites non syndicalisés dans le Sud), le capital a intensifié son offensive en 2011 en s’attaquant aux employés du service public et à leurs services, comme on a pu le constater très clairement dans l’Etat du Wisconsin, mais on trouve des évolutions similaires dans l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, la Californie, le Connecticut, le New Jersey, l’Etat de New York et la ville de New York. Au Wisconsin, Scott Walker, un gouverneur républicain récemment élu, a essayé d’abolir la négociation collective, déclenchant ainsi la mobilisation ouvrière la plus importante (et la plus soutenue) de l’après-2008.

Lors des élections de novembre 2010, Scott Walker et le Parti républicain ont repris le gouvernement de l’Etat du Wisconsin dans le cadre des succès écrasants remportés par les Républicains. (Il est apparu plus tard que Walker avait des liens étroits avec les frères Koch, milliardaires d’extrême droite, qui considéraient visiblement le Wisconsin comme une expérience stratégique et tactique à exporter ailleurs.) Une fois au pouvoir, ils ont accordé de substantiels allègements d’impôts aux riches et aux grandes entreprises, et on ensuite publié un budget de l’Etat en déficit, que ces allègements avaient encore aggravé. Walker a proposé une série de lois en vue de réductions drastiques des services sociaux, permettant au gouvernement de l’Etat de privatiser à volonté, et abolissant le droit de négociation collective pour les salariés du service public (8).

Dans tout l’Etat, la réaction immédiate a été une série de grèves dans les écoles et un « congé de maladie sur place » des enseignants qui était en fait une grève sauvage. A Madison, l’immeuble du Capitole de l’Etat a été occupé par des milliers de personnes pendant plusieurs semaines, et des manifestations de masse ont eu lieu chaque week-end jusqu’au 12 mars ; ce jour-là 125 000 travailleurs se sont rassemblés (les pancartes et les slogans du mouvement faisaient clairement écho à l’occupation de la place Tahrir au Caire, mais contrairement à ce qui s’est passé en Egypte, le mouvement du Wisconsin n’a pas réussi à renverser Walker).

Le problème de base révélé par ce mouvement était la capacité du Parti démocrate et des syndicats à le contrôler et à désamorcer une émotion réelle dans le but d’organiser une grève générale dans tout l’Etat. Cette méthode a été maintes fois reproduite dans d’autres Etats, bien que nulle part la résistance à des coupes similaires n’ait atteint la profondeur de celle du Wisconsin. Il existe un lien étroit entre les Démocrates et les syndicats car ces derniers contribuent largement à alimenter les fonds de campagne du parti, qui proviennent des cotisations des adhérents. C’est ainsi qu’en Californie, dans l’Etat de New York, au Minnesota et au Connecticut, les gouverneurs démocrates, élus grâce au solide soutien financier des syndicats, ont fait passer des réductions budgétaires des services publics semblables à celles de Walker, mais ont maintenu les apparences d’une négociation collective. Dans d’autres Etats contrôlés par les Républicains, les résultats ont été plus hétérogènes, et il est arrivé à ces gouvernements d’éviter un conflit total à cause du conflit au Wisconsin.

Au Wisconsin proprement dit, après l’apogée de la mobilisation de masse en mars, les Démocrates et les syndicats ont canalisé le mouvement en vue d’élections en tentant de convoquer divers hommes politiques Républicains à une élection et d’élire des Démocrates, masquant totalement le fait que les Démocrates qui avaient perdu le pouvoir en novembre 2010 avaient déjà imposé une bonne dose d’austérité et prévoyaient d’en imposer encore plus (9).

Bref, les Démocrates et les syndicats ont bien joué leur rôle de contrôle social de la résistance à cette agression, dans tout le pays (10).

LUTTES ET DÉFAITES DE MOINDRE AMPLEUR

Aux Etats-Unis d’autres luttes de moindre ampleur ont aussi abouti à des défaites totales ou partielles. A Chicago en novembre 2008, les ouvriers de l’usine Republic Doors & Windows (portes et fenêtres) s’aperçurent que des machines disparaissaient pendant la nuit, signe manifeste d’une fermeture imminente. Le 2 décembre 2008, la direction de l’entreprise annonça qu’elle fermerait dans les trois jours. Le 5 décembre, jour prévu de la fermeture, 240 ouvriers, principalement Noirs et Latinos (adhérents de l’UE, United Electrical Workers, syndicat jouissant d’une réputation un peu plus militante que d’autres) occupèrent l’usine et exigèrent des indemnités de licenciement ainsi qu’une assurance-santé. Le 10 décembre, ils acceptèrent des indemnités de licenciement d’environ 7 000 dollars chacun et deux mois d’assurance-santé. La direction accusait la Bank of America de lui avoir coupé les crédits mais venait d’acheter une usine de fenêtres sans syndicats dans l’Etat voisin de l’Iowa. Les ouvriers installèrent un piquet de grève devant la banque et d’autres travailleurs les ravitaillèrent, apportèrent des couvertures et des sacs de couchage pendant l’occupation (11).

Même si les ouvriers avaient effectivement gagné quelque chose, ils avaient néanmoins perdu leur travail, petite réalité négligée par la publicité tapageuse faite autour de cette lutte par une bonne partie de la gauche « progressiste ».

Dans l’entreprise de biscuiterie Stella d’Oro à New York, la lutte se termina encore plus mal pour les travailleurs. Le 13 août 2008, 135 ouvriers du syndicat des boulangers-pâtissiers claquèrent la porte pendant la négociation de leurs contrats. Stella d’Oro, au départ une entreprise familiale chez qui de nombreux ouvriers travaillaient depuis des décennies, avait été reprise par une société d’investissement qui exigeait une réduction des salaires de 28 %, la fin des indemnités pour les heures supplémentaires du samedi et une contribution des ouvriers de 20 % au plan d’assurance-santé. Le syndicat voulut adopter une stratégie légaliste, ne faisant rien pour empêcher les jaunes de pénétrer dans l’usine et les transporteurs de livrer la farine, ou pour étendre la grève à d’autres unités. En mai 2009, les ouvriers proposèrent de reprendre le travail sans contrats et furent déboutés. Le syndicat les persuada qu’ils pouvaient espérer un arbitrage favorable du National Labor Relations Board, organisme de « médiation » du gouvernement américain. La grève se poursuivit jusqu’à fin juin 2009 ; le NLRB arbitra bel et bien contre « les pratiques injustes envers les travailleurs » de la société d’investissement puisqu’elle refusait de négocier avec le syndicat. Début juillet, le jour où les ouvriers revinrent au travail, la direction annonça qu’elle fermait l’usine et le fit.

Fin janvier 2010 à Boron en Californie, 500 mineurs embauchés par Rio Tinto (troisième compagnie minière du monde) furent lock-outés après avoir refusé un contrat qui aurait supprimé leurs pensions, réduit leurs salaires et introduit la « flexibilité » des travailleurs – le tout justifié par les nécessités de la « compétition mondiale ».

A la mi-mai, la branche locale de l’ILWU (Syndicat international des dockers) ratifia un nouveau contrat accepté à 3 contre 1 par les travailleurs. Ce nouveau contrat incluait une augmentation de salaire de 2,5 % par an ; pour les nouvelles embauches, les pensions versées par l’entreprise seront (comme on l’a vu plus haut) remplacées par un plan 401K avec une contribution de 4 % de l’entreprise ; les congés de maladie indemnisés passèrent de 14 à 10 jours par an.

Dans ce cas encore, l’ILWU avait dirigé la grève sur une base légaliste et purement locale. L’encadrement et les jaunes, protégés par un fort effectif de police, purent travailler pendant toute la durée de la grève, malgré les efforts des travailleurs de Boron pour les en empêcher. On ne chercha jamais à mobiliser le soutien des travailleurs de la région. Le syndicat préféra lancer des appels impuissants lors de l’assemblée des actionnaires de Rio Tinto et organisa des rassemblements de nationalistes américains devant le Consulat britannique.

Comme dans le cas de Republic, le syndicat et les milieux de gauche « progressistes » proclamèrent leur victoire.

En août (2011), dans le nord-est des Etats-Unis, 45 000 travailleurs des télécommunications se sont mis en grève contre Verizon, organisés dans le CWA (Communication Workers of America) et l’IBEW (International Brotherhood of Electrical Workers). Verizon voulait « ajuster » leur contrat pour diminuer les pensions, changer les règles de travail et augmenter leur contribution à l’assurance-santé en invoquant le déclin du téléphone fixe et la progression du téléphone mobile et de l’Internet. Encore une fois, l’assurance-santé était au centre des préoccupations.

La grève fut « suspendue » au bout de deux semaines et les salariés reprirent le travail sans contrat, la négociation continua sans actions sur le lieu de travail ; le CWA prétend que la grève a fait preuve de sa « détermination ».

ATTAQUES CONTRE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC ET MOBILISATION DES ÉTUDIANTS

L’éducation est un autre secteur de la reproduction sociale dans lequel l’austérité imposée par l’Etat a déclenché une mobilisation de masse. Laissons de côté pour le moment la nature de l’enseignement à tous les niveaux comme vaste système de normalisation, conçu pour maintenir les distinctions de classe et la hiérarchie et pour préparer les gens au travail et à la discipline sociale nécessaire dans des dizaines de millions d’emplois (finance, assurance, immobilier, par exemple) qui n’existent que parce que notre société est capitaliste. Une société communiste révolutionnera l’enseignement et le « travail » à tel point qu’on ne les reconnaîtra plus. Quoi qu’il en soit, au-dessous des écoles d’élite (majoritairement privées et où il faut débourser environ 40 000 dollars par an), les écoles et les centres universitaires d’Etat « en parpaings » restent pour les jeunes de la classe ouvrière, à la suite de la désindustrialisation, le principal moyen d’accéder à des emplois plus intéressants que chez McDonald’s (12).

En Californie où, jusque dans les années 1970, l’enseignement public était presque gratuit, les frais d’inscription s’élèvent à des milliers de dollars par an quel que soit l’établissement (« state college » ou « community college »). La plupart des étudiants doivent travailler au moins à temps partiel pour y rester et aussi accumuler des dettes, qui peuvent s’élever à 100 000 dollars au moment où ils obtiennent leur diplôme, lorsqu’ils souscrivent un emprunt pour leurs études.

Dans l’enseignement élémentaire et secondaire, avec les réductions de budget et les compressions de personnel, entamées en 1978 en partie à cause de la « révolte contre les impôts » de la droite populiste et qui se poursuivent, la qualité de l’enseignement public en Californie s’est régulièrement dégradée, et du premier rang cet Etat est passé au dernier, au même niveau que le Mississippi et la Louisiane. Les écoles doivent compter avec un nombre d’élèves par classe en constante augmentation, un matériel inadéquat (livres, etc.), des attaques contre les syndicats enseignants et le taux de financement par élève le plus bas des Etats-Unis. S’y ajoutent les taux d’incarcération qui montent en flèche (parmi les plus élevés des Etats-Unis) ; depuis les années 1990, tout le monde sait qu’en Californie il y a plus de Noirs en prison qu’à l’université. Les administrations Bush et Obama ont toutes deux tenté de résoudre ce problème à long terme en imposant une organisation des programmes scolaires de plus en plus étouffante, ne laissant plus aux enseignants que la possibilité de préparer leurs élèves à des tests de performance standardisés à tous les niveaux (il est bien connu que les élèves américains obtiennent les plus mauvais scores dans les études comparatives internationales pour les lycées).

Voilà pourquoi en automne 2009, les étudiants des campus de Los Angeles et Berkeley de University of California (UC) se sont mobilisés contre une hausse supplémentaire des frais d’inscription, et à Berkeley des milliers d’entre eux se sont heurtés à la police. Ce fut le prélude à une mobilisation nationale, le 4 mars 2010, pour laquelle la Californie était encore à l’avant-garde. Cette fois le mouvement s’étendit, au-delà de l’UC relativement élitiste, aux petites universités d’Etat et aux lycées, enseignants et étudiants descendirent dans la rue. A Oakland en Californie, des centaines d’étudiants bloquèrent une autoroute importante pendant plusieurs heures.

Les actions californiennes furent les plus importantes parmi toutes les mobilisations qui eurent lieu dans plus de vingt Etats le 4 mars, mais aucune d’entre elles ne réussit à faire annuler les mesures d’austérité.

GRÈVES DANS LES PRISONS DE GÉORGIE ET DE CALIFORNIE

Toutes les tendances de la reproduction sociale sous tension – du chômage de masse aux syndicats des services publics de la police et des gardiens de prison (13), au parcage des jeunes Noirs et Latinos dans le système pénitentiaire – en arrivèrent à leur point critique lors de la grève de décembre 2010 dans la prison de Géorgie et d’une importante révolte pénitentiaire en Californie en juillet de cette année (14).

La grève de Géorgie commença le 9 décembre ; plusieurs milliers de prisonniers noirs, blancs et latinos y participèrent dans sept prisons de l’Etat. Les grèves étaient coordonnées au moyen des téléphones portables.

L’exigence principale était un salaire pour le travail effectué en prison. Les autres revendications concernaient un meilleur accès à l’éducation, de meilleures conditions de vie, y compris une meilleure alimentation, l’accès aux soins médicaux, et le droit de recevoir les familles et de leur téléphoner. Au départ, la grève devait durer une journée, mais les prisonniers décidèrent de la poursuivre quand les gardiens y réagirent avec violence et les matraquèrent. Les gardiens détruisirent les objets personnels des détenus, coupèrent le chauffage et l’eau chaude et mirent certains prisonniers à l’isolement. Les autorités de l’Etat tentèrent de minimiser l’étendue de la grève et les média dominants cessèrent de la couvrir au bout de quelques jours. La grève dura six jours sans solution apparente hormis la promesse de l’Etat « d’enquêter ». En janvier, sept gardiens furent suspendus pour violences sur des prisonniers.

Depuis des années, la Californie est à « l’avant-garde » des Etats-Unis pour la construction de prisons de haute sécurité (Supermax). Un des établissements les plus connus se trouve à Pelican Bay. Pendant les trois premières semaines de juillet, les prisonniers des cellules d’isolement en béton du SHU (unité de haute sécurité) de Pelican Bay firent une grève de la faim, exigeant que cessent les punitions collectives, la suppression des « mouchards » (15) mis en place par les autorités pénitentiaires, des contacts humains, des coups de téléphone hebdomadaires, l’accès à la lumière du jour et une meilleure alimentation. La grève s’étendit à treize prisons et 6 600 prisonniers. Les détenus des SHU sont enfermés dans des cellules sans fenêtres éclairées par des néons 22 h 30 par jour.

La grève prit fin le 21 juillet quand les autorités pénitentiaires acceptèrent d’autoriser les détenus des SHU à posséder des calendriers muraux, des bonnets de laine l’hiver (les cellules ne sont pas chauffées) et promirent de « revoir » l’institution du « mouchardage ».

Les conditions de vie dans les prisons californiennes (surpeuplées à 200 % de leur capacité) sont si révoltantes que la très réactionnaire Cour suprême des Etats-Unis les a déclarées en violation de l’amendement à la constitution américaine concernant les « punitions cruelles et hors du commun ».

CONCLUSION

La réaction officielle à la crise de l’après-2007-2008 n’est autre qu’une tentative de restauration du statu quo antérieur du capitalisme en soutenant des milliards de dettes bancaires et immobilières. Les entreprises ont aussi accumulé des milliards, mais elles ne les investissent pas ; en même temps, elles se sont attaquées au salaire global en taillant dans les salaires, l’assurance-santé, les pensions, les crédits pour l’éducation et en saisissant les logements. L’infrastructure américaine est en train de s’écrouler et on estime à 2,3 milliards de dollars le coût des besoins en réparations et en remplacements.

Les « indicateurs sociaux » (16) du « pays le plus riche du monde » montrent que la société est encore plus polarisée qu’avant la dépression des années 1930. Depuis la vague de grèves ouvrières de 1966-1973, les travailleurs américains ont subi des décennies de régression, perdant une lutte défensive après l’autre. Au cours de ce « long atterrissage forcé », et particulièrement depuis la crise de 2007-2008, toute la structure de la société américaine d’après- guerre s’est défaite. Dans ce contexte, le sentiment de colère est général dans la classe ouvrière mais n’a pas encore trouvé une forme de lutte adéquate. La question qui se pose est de savoir quand et comment ce processus s’inversera.

Loren Goldner

29 août 2011.


NOTES

(1) L’accroissement de la population carcérale depuis 1970 reflète presque exactement le nombre d’emplois industriels perdus au cours de la même période. Les Etats-Unis détiennent 25 % de la population carcérale mondiale.

(2) La police et les gardiens de prison anti-classe ouvrière représentent un fort pourcentage des syndiqués du secteur public.

(3) En septembre 2010, des membres de l’organisation Freedom Road (marxiste-léniniste), active dans le mouvement américain conte la guerre, ont subi des descentes du FBI dans plusieurs villes, avec saisie d’une bonne partie de leur équipement électronique. Ils ont été accusés d’avoir des contacts avec des groupes « terroristes » tels que les FARC (Colombie), le FPLP (Palestine) et le Hezbollah (Liban). Il est maintenant tout à fait possible que le fait d’écrire un article au sujet d’une de ces « organisations terroristes étrangères »puisse constituer un « soutien au terrorisme » en vertu de la loi de sécurité intérieure américaine.

(4) Action d’une banque ou d’une agence de prêt quand un propriétaire ne peut pas rembourser son prêt.

(5) Il y a éviction lorsqu’un propriétaire défaillant ou un locataire qui ne paye pas son loyer est expulsé par la police.

(6) A propos des années 1930, voir un article très intéressant : http://www.economicpopulist.org/con....

Pour un récit de la résistance depuis 2007, voir l’article d’Henri Simon dans paru d’abord dans Echanges n° 130 (automne 2009), « La crise aux Etats-Unis, conséquences sociales, restructurations et mesures d’adaptation », traduit en anglais dans Insurgent Notes n°1.

(7) David Himmelstein a publié depuis 2000 plusieurs études sur les coûts du système de santé privé aux Etats-unis et au Canada. La situation n’a fait qu’empirer au cours des dix dernières années.

(8) Pour les détails de la lutte, en février-mars de cette année, voir deux articles de Loren Goldner sur le site de Break Their Haughty Power et la lettre « Plus sur Madison » dans Insurgent Notesn°4 (août 2011). Et, en français : « Que s’est-il passé dans l’Etat du Wisconsin ? » (H. S.) et « Une visite à Madison » (L. G.) dans Echanges n° 136 (printemps 2011).

(9) Début août, ces campagnes de réélection n’ont pas réussi à balayer la majorité Républicaine à la Chambre haute du Wisconsin malgré une mobilisation massive et des dépenses importantes.

(10) Les syndicats américains ont versé 450 millions de dollars pour la campagne d’Obama en 2008. Une des grandes récompenses qu’ils en escomptaient était la Loi pour le Libre Choix du Salarié qui aurait aplani un certain nombre d’obstacles à la syndicalisation érigés depuis les années 1970. Bien qu’Obama se soit déclaré favorable à cette loi, elle a été oubliée au cours des mois qui ont suivi ces élections.

(11) Voir Republic Windows and Doors : une hirondelle (grève à Chicago) ne fait pas le printemps, Echanges n° 127 (hiver 2008-2009).

(12) Chaque Etat possède son université (« state college »). Certaines sont réputées et prestigieuses et très élitistes. D’autres sont plus modestes selon les Etats et les moyens financiers dont elles disposent dans leur environnement social. Un « community college » est un établissement universitaire de 1re et 2e années et aussi un centre d’enseignement technique et technologique. (Note du traducteur.)

(13) Sur la relation entre l’éducation, les gardiens de prison et les syndicats des salariés du service public, voir John Garvey, « From Iron Mines to Iron Bars » (Des mines de fer aux barres de fer), dans Insurgent Notes n°1. A la Prison centrale de Corcoran en Californie, les gardiens organisaient des combats de gladiateurs entre les détenus. Lorsqu’une vidéo en témoigna, le mouvement syndical californien arrêta l’enquête car les gardiens étaient adhérents à la AFSCME (American Federal State County and Municipal Employees).

(14) L’information suivante concernant la grève de la faim et les conditions de détention dans les prisons californiennes provient du journal trotskyste Workers Vanguard (5 août 2011). Pour une vue d’ensemble des prisons et de l’application de la loi aux Etats-Unis, voir le livre de Christian Parenti, Lockdown America : Police and Prisons in the Age of Crisis (1999).

(15) Les « mouchards » sont des prisonniers chargés de donner des renseignements sur leurs codétenus aux gardiens et à l’encadrement de la prison.

(16) Par exemple, les Etats-Unis sont au 42e rang mondial pour l’espérance de vie, derrière un certain nombre de pays en voie de développement, et ils ont le taux de mortalité infantile le plus élevé de tous les pays « capitalistes avancés ».

 

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07 décembre 2011

Dévalorisation financière, crise monétaire et banqueroute des états.

CRISE: la fin des rafistolages.

 « Si les démocrates exigent la régulation de la dette publique, les ouvriers doivent exiger la banqueroute de l’Etat. »(K.Marx, 1ére Adresse du Comité de la ligue des communistes, 1850 )


Les crises actuelles, comme nous pouvons l’observer sont principalement boursières et monétaires et explosent comme la résultante de spéculations  exagérées. Cela tient au fait qu’il faut faire une distinction entre l’époque marchande et industrielle, où les crises se manifestaient en général comme surproduction de marchandises, alors que sous l’hégémonie du capitalisme financier, « le pivot » des crises est alors «  le capital -argent, et leur sphère immédiate est aussi celle de ce capital, la Banque, la Bourse et la Finance »1 . Il en résulte, que régulièrement, le capital se trouve dans l' incapacité intrinsèque d' achever son circuit (Argent,Marchandise,Argent). C'est la domination grandissante de l'élément spéculatif propre au système du crédit, qui engendre un capital fictif, ou "une bulle spéculative " sans rapport avec le capital réel. Plus le système de crédit est prédominant, plus les affres de la crise qu'il engendre vont se répéter sous la forme symbolique d' une spirale. Ce n' est certes pas la première fois que le système monétaire entre en crise, on pourrait même aller jusqu'à dire que les périodes calmes font exception. Il suffit de relire les écrits de Rosa Luxemburg sur le crédit2pour s' en rendre compte, de même pour les banqueroutes d' états3.

A la fin de la seconde guerre mondiale, fut mis en place le système monétaire dit de Bretton Wood, qui consacrait l' hégémonie mondiale de la monnaie américaine. Les états Unis détenaient alors les trois quarts de réserves d' or du monde, et étaient les seuls capables d' assumer la convertibilité du dollar en or, pivot du système de Bretton Wood. Tant que les pays sortant de la guerre avaient besoin de dollars pour se reconstruire, la convertibilité du dollar en or ne se posait pas. Cependant des les années 1950, les demandes de convertibilité de dollars en or monte en puissance, provoquant la chute des réserves américaines. Les tensions monétaires des années 1960 mettront en évidence la contradiction entre le dollar monnaie universelle et le dollar monnaie nationale. Les états européens et le Japon, ne veulent plus que le déficit américain soit comblé par de la création monétaire (planche à billet) ; des 1971 le solde des échanges avec les états Unis devient négatif. Le 15 août 1971,le Président Richard Nixon sonne le glas du système de Bretton Wood, il suspend la convertibilité du dollar en or et fait du dollar une monnaie flottante, la boite de pandore du déficit abyssal des états-Unis était ouverte.

 C' est le retournement monétariste de 1979 qui marquera le début de la longue descente aux enfers du système financier international, c' est à dire du capitalisme financier. Ce retournement fut motivé par une poussée continuelle de l' inflation à plus de deux chiffres, voire de l' hyper inflation. Cette inflation entravait les visées d' un capitalisme financier vivant de la dette et de l' intérêt de la dette. Il lui fallait pour son expansion inverser la donne et s' attaquer sans répit,à l' ensemble du salaire différé ( état providence) des pays de l' OCDE, tout en procédant à des délocalisations massives de ses industries vers les dits pays émergents4. C' est à dire une mise en concurrence sans frontière de la force de travail par l’investissement direct et la sous-traitance internationale ( exemple les zones économiques spéciales ZES). Tout cela sera formulé dans le fameux consensus de Washington.

 Cette restructuration de l' économie mondiale, via la mondialisation /globalisation allait entraîner des dévalorisations en chaine du capital financier. Dévalorisations qui indiquaient que le système commençait à étouffer sous ses monceaux de dettes spéculatives. Mais ceci n' était que le haut de l' iceberg, les racines de la crise se trouvent au sein même du système économique et de la contradiction entre la valeur d' usage et la valeur d' échange, qui veut que le produit soit médiatisé par l' argent pour devenir une marchandise cycle ( M.A.M marchandise, argent, marchandise).

Seulement le capital financier à son stade hégémonique a déjà rejeté ce cycle, son cycle à lui c' est que l' argent doit rapporter de l' argent comme le poirier des poires . Il va donc évoluer dans le cycle

A, M, A' argent, marchandise, argent et pousser la folie jusqu'à considérer avec la Bourse et les marchés que la richesse c' est A-A' sans tenir compte des réalités économiques qui le dominent en dernier ressort.

La spirale des dévalorisations , allait agir de manière destructrice et envoyer en enfer régulièrement ce capital parasite, spéculatif et étendre au final, dès 2007-2008, son champ d' action vers une crise globale de l' économie mondiale, toujours opérante actuellement.

 Retour sur la dette latino américaine.

 C’est à partir de 1982 date de la première « crise mexicaine »5, que les pays latino-américains gorgés d’emprunts internationaux entrent globalement dans la récession.6 Pendant des années les gouvernements de ces pays ont confondu « accumulation de dettes avec accumulation de capital. » Rapidement ces gouvernements (dictatoriaux ou démocratiques) vont buter sur le dilemme qu’il n’est plus possible d’accroître le revenu disponible au moyen de l’endettement, les banques attendant l’arme au pied le remboursement des intérêts de la dette. Les Etats de ces pays sont donc sommés de procéder rapidement à des coupes claires dans les dépenses nationales, pour dégager les fonds nécessaires au remboursement de la dette, selon la formule adoptée à l’époque, « prêts forcés - remboursement contraints ».

 Tous les Etats et gouvernements vont donc procéder à la grande ponction « citoyenne ». Cinq ans après la dite crise mexicaine, le montant des remboursements des pays latino - américains est impressionnant, une fraction importante des intérêts dus est remboursée. La récession de 1982 - 1983 et la forte dévaluation ( 20% en terme réel entre 1981 et 1985) en a été le prix à payer par les prolétaires. Ces mesures furent doublées d’une hyperinflation, notamment pour l’Argentine (2000 %) et la Bolivie ( 30 000 %) au milieu de l’année 1985.

 A partir de 1987, les banques se rendent à l' évidence, qu'il n' est plus possible d' appliquer la formule de 1982 « prêts forcés - remboursement contraints » sans déclencher des risques politiques graves. Les pays latino-américains entrent dans une récession longue et durable. Il en résultera que

les banques ne vont plus consentir aux pays d’Amérique latine que les crédits nécessaires au maintien des flux de remboursement des intérêts dus. La méfiance règne, et les marchés dés lors considéreront que les pays endettés ne pourront plus rembourser la totalité de la dette .

le Krach historique de 1987 ( 2000 Mds de $ partent en fumée)

La vague de dévalorisation, commence à poindre dès 1983, quand les caisses d' épargnes américaines commencèrent à s' effondrer. Plus de 1600 institutions vont faire faillite, à partir de 1985; les pertes sont évaluées à 500 Mds de $ ( presque la moitié de la dette du tiers monde ).Deux ans après c'est le Krach historique de 1987 ( 2000 Mds de $ partent en fumée). Depuis les dévalorisations financières se sont succédées les unes après les autres comme jamais auparavant dans l’histoire du capitalisme.. Les crises, ( boursières et monétaires) anéantissent régulièrement le capital fictif . Cela tient , nous l' avons vu au début de ce texte, que sous l'hégémonie du capital financier, c' est la sphère de circulation du capital qui devient le pivot des crises.

 En 1994, la crise mexicaine dite « Tequila » éclate, mais restera dans l’ensemble circonscrite à la sphère financière et donc n’a que très peu touché l’économie réelle7 ; le peso dévaluait de 40% et la 8éme banque du Mexique entrait en insolvabilité technique. La crise Tequila fut caractérisée par M Candessus Directeur général du FMI de l' époque comme étant « la première crise d'envergure dans le nouveau monde des marchés financiers globalisés".

 1998-LTCM -Le plus important fonds spéculatif américain en quasi faillite

 Suite au moratoire unilatéral décidé par l’état russe sur sa dette intérieure, LTCM le plus important fond spéculatif américain, se retrouve en quasi-faillite au mois de septembre 1998. La FED ( réserve fédérale des États-Unis) est contrainte d’intervenir afin d’éviter des faillites bancaires en chaîne, 14 banques sont intervenues pour la somme de 3,625 milliards de $. Conséquences vague de licenciement dans plusieurs banques : ING Barings 1200, Merrill lynch 4300 et demain d’autres.

 Avec des rendements spéculatifs de 20% en 1994, 43% en 1995, 41% en 1996 et 17% en 1997, le fonds spéculatif LTCM jouissait d’une telle réputation de « gagneur » que tout le gratin des banques New-yorkaises investissait (même sur leur fortune personnelle) sur cette poule aux œufs d’or. A l’étranger la nouvelle se répandit presque en temps réel, et les banques suisse comme Julius Baer rappliquaient au plus vite, suivit de la Banque d’Italie, de la banque japonaise Sumimoto (4éme mondiale) de la banque de Chine, de l’UBS, du crédit suisse , de la Dresdner Bank, de Paribas, du crédit lyonnais... Tous vont miser des sommes colossales sur le Bourrin LTCM, qui s’est pris les pattes dans les glaces de Russie, 75 banques internationales étaient sur le point de capoter. L' intervention de la FED , saisie de l’affaire , demande un plan d’urgence aux banques occidentales pour sauver le Hedge funds qui touche le fond. Les patrons de 14 institutions financières vont devoir se saigner ( un tout petit peu) pour éviter l’hémorragie, ils injectent au bourrin 3,6 ( milliards de dollars d’hémoglobine).

 La crise dite asiatique

 Cette même année (1997-1998), la crise asiatique va se déployer sur l' ensemble de l' économie et notamment sur l’appareil productif. Le FMI entrera en action et exigera le démantèlement des conglomérats ( chaebols) de la Corée du Sud ; conditionnera ses prêts au pays à la modification du statut de la Banque centrale pour que celle-ci devienne indépendante du

pouvoir politique. Dans les faits, les États-Unis et l’Union européenne venaient d’éliminer un concurrent redoutable, dont ils ont pillé l’industrie en reprenant les entreprises à bas prix, d’autant plus facilement que la monnaie nationale était dévaluée. Contrairement au Mexique qui, dés 1995 reprenait ses exportations, la crise asiatique restera latente. A la fin de l' année 1998 on pouvait faire le constat suivant :

L' Amérique latine et la Russie8 sont sur le fil du rasoir, le Japon plonge une nouvelle fois dans la récession, les Etats-Unis naviguent sur une bulle financière de plus en plus importante. L' Europe semble résister avec un rythme de croissance de 3% bénéficiant du malheur des autres. L' euro va bientôt émerger comme monnaie internationale et entrer en concurrence avec le dollar, le yen, et le yuan. Tous les ingrédients d'une crise majeure de l'économie mondiale sont maintenant réunis, et Michel Camdessus, directeur du FMI, déclarait : «  Je vais sonner le tocsin : il faut se préparer, sans attendre, la prochaine crise » ( Les Echos du 14 septembre 1998.) »

 La crise Argentine les prémices du risque état.

 La prochaine crise va effectivement poindre à un autre niveau: elle va toucher de plein fouet l' Argentine en 2001-2002 et poser la question du risque souverain , l' Argentine n' étant plus en mesure de rembourser ses créanciers. Si dès 1987, les banques commençaient à dire qu’il fallait abandonner l’idée que « Les nations ne faisant pas faillite, les banques n’ont pas à se protéger contre les pertes »9 ,la crise Argentine allait poser ouvertement, la question du risque État, qui frappe actuellement l'Union Européenne mais aussi certains états des états-Unis, ex la Californie.

Les États, qui pour le plus grand bien du capital financier mondial, ont mis en place des politiques d' endettement exponentiel, poursuivent sur la même piste. Ils commencent depuis quelques mois pour financer les mesures anticrise, à lever des emprunts sur les marchés financiers. Des masses d’obligations et de bons du Trésor se déversent actuellement sur les places financières. Ces mêmes places financières exigeant que l’argent rapporte de l’argent, entrer dans l’angoisse dès qu’un État se trouvera en difficulté sur sa dette.

sauvetageEn ce mois de septembre 2011, il n' est plus possible pour les gouvernements de passer sous silence le Krach boursier de la mi août ( 4000 milliards de $ évaporés). La crise grecque apparaît donc comme une crise dans la crise, comme le nœud gordien qui devrait faire éclater les contradictions internes du capital financier international. Les banques françaises et européennes sont particulièrement visées, au point que dans la presse Christine Lagarde fraîchement élue à la tête du FMI exige une recapitalisation des banques européennes, pour que celles ci comptabilisent dans leurs comptes les créances de la Grèce,l'Irlande, le Portugal, l' Italie, l' Espagne, la Belgique . Les titres des quatre principales banques françaises (BNP Paribas, Crédit agricole, Natixis et Société générale) ont perdu, en moyenne, 50% depuis un an et Natixis vient de se faire sortir du CAC 40. La patronne du MEDEF L. Parisot, est montée au créneau pour soutenir les banques françaises contre les exigences du FMI qui se traduiraient par une réduction de 10% à12% des fonds propres des banques européennes. La fin de partie est proche, les états et les banques centrales ont épongés les pertes des banques et ont de ce fait mis en exergue la dette souveraine, qui elle même pose la question de sa restructuration ou de sa banqueroute et avec elle le chapelet des banques créancières :

les françaises 331 milliards d' euros,435 milliards pour les allemandes et 341 milliards pour anglaises. Après les états, les gouvernements vont mettre sur la table un dernier joker, l' intervention des fonds souverains dans la crise. A cet effet les dirigeants des fonds souverains de 25 pays se réuniront à Paris, les 17 et 18 octobre.

Gérard Bad le 20 septembre 2011

 

 

1Karl Marx,Le Capital T. I page 140 édt. Moscou

2Voir Réforme sociale ou révolution ? Petite collection maspero page 23 « L' adaptation du capitalisme »

3« Entre 1870 et 1875, les emprunts furent contractés à Londres pour une valeur de 260 millions de livres sterling - ce qui entraîna immédiatement une croissance rapide des exportations de marchandises anglaises dans les pays d'outre-mer. Bien que ces pays fissent périodiquement faillite, le capital continua à y affluer en masse. A la fin des années 1870, certains pays avaient partiellement ou complètement suspendu le paiement des intérêts : la Turquie, l'Égypte, la Grèce, la Bolivie, Costa-Rica, l'Équa­teur, le Honduras, le Mexique, le Paraguay, Saint-Domingue, le Pérou, l'Uruguay, le Venezuela. ( L 'emprunt international)

4 «si la Chine devient un grand pays manufacturier, je ne vois pas comment la population industrielle de l’Europe saurait soutenir la lutte sans descendre au niveau de ses concurrents» (Le Capital, Editions Sociales, volume I, tome 3, pages 41-42).

5Quand la crise éclate en 1982, on dénombre 550 banques créancières du Mexique ! Pour la Banque mondiale, en prêtant au Mexique, l’enjeu est de garder une influence sur les autorités mexicaines.

6Les ingrédients essentiels de la crise de la dette sont apparus entre 1979 et 1981. Les USA et d’autres pays de l’OCDE ont resserré le crédit et relevé fortement les taux d’intérêt. Ceci a directement accru la dette latino américaine, dont une grande partie était assortie de taux d’intérêts variables. Attirés par des taux d’intérêt plus élevés ou craignant les risques d’instabilité locale, les latino-américains ont transféré leur argent à l’étranger : l’argent des nouveaux prêts est retourné à Miami. La fuite des capitaux a commencé bien avant le véritable déclenchement de la crise ( Le Ramsés 93 p 233)

 

7 « Si la chute ou la montée des cours de ces titres n’a pas de rapport avec le mouvement de la valeur du capital réel qu’ils représentent, la richesse d’une nation est aussi grande avant leur dépréciation ou la hausse de leur valeur qu’après. » ( Le Capital T. III Cap. XXIX page 493 édt. Moscou.) en effet, si le taux de croissance avant et après la crise n’est pas affecté, il n’en résulte pas moins une baisse temporaire de la production pendant dette crise. Si la crise n’avait pas existé la production aurait continué de croître.

 

8-La crise russe de 1998, ne peut être détachée de celle de l’URSS et de la révision semi-pacifique des accords de Yalta accompagnée des « révolutions de couleur ». La Russie comptait rapidement privatiser ses entreprises publiques, en les cédant aux financiers internationaux pour rembourser ses dettes et s'intégrer au marché mondial. Elle comptait sur les IDE de l’occident pour sortir du marasme économique.. La privatisation avortée de la compagnie pétrolière Rosneft, provoqua une plongée de la Bourse de 40%. La crise étant ici limité à la sphère financière, la brèche à été colmaté par le FMI..En août 2006, la russie est en mesure de rembourser par anticipation sa dette envers 18 pays du Club de Paris en versant une première tranche de 23,7 milliards de dollars.

9 Le président de l’époque de la Citicorp : Walter Wriston.

 

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27 novembre 2011

le sentiment d' appartenir à une seule classe, voilà le parti prolétaire

Karl-Marx

« Aujourd’hui le prolétariat allemand n’a plus besoin d’organisation officielle ni publique ni secrète ; la liaison simple naturelle de compagnons appartenant à la même classe sociale et professant les mêmes idées suffit, sans statuts, ni comité directeur, ni résolutions ou autres formes tangibles, à ébranler tout l’empire allemand (...)Bien plus. Le mouvement international américain et européen est à cette heure devenu tellement puissant que non seulement sa forme première et étroite-ligue secrète- mais encore sa seconde forme, infiniment plus vaste- l’Association internationale des travailleurs,publique- lui est devenue une entrave et que le simple sentiment de solidarité fondé sur l’intelligence d’une même situation de classe, suffit à créer et maintenir parmi les travailleurs de tous les pays et de toutes les langues, un seul et même parti prolétarien » F Engels, « Quelques mots sur l’histoire de la ligue des communistes »Londres, le 8 octobre 1885.

 

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23 novembre 2011

Projection du film » Rosa Luxemburg » de M. von Trotta à Lyon le 25 novembre

Projection du film  » Rosa Luxemburg  » de M. von Trotta à Lyon le 25 novembre

by

L’association TABLE RASE vous invite à la projection du film Rosa Luxemburg (réalisé par Margarethe von Trotta en 1986)

Le film Rosa Luxemburg (réalisé par Margarethe von Trotta en 1986) retrace, avec dynamisme et réalisme, la vie de cette communiste révolutionnaire, dans ses plus grandes heures de gloires, comme dans ses pires moments de désespoir et de solitude. « Rosa la rouge » (rôle interprété par Barbara Sukowa, prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes), leader du parti Social-Démocrate Allemand puis de la Ligue Spartakiste qu’elle fonda, marqua cette période par son intelligence, ses talents d’oratrice, et sa détermination sans faille.

Au travers de ses amitiés (Louise Kautsky, Clara Zetkin, Karl Liebknecht, etc.), de ses amours, de ses réflexions politiques et poétiques, ce film nous plonge au coeur du mouvement historique et de la lutte des classes allemande du début du 20eme siècle. Au coté des dirigeants du parti social-démocrate, on la voit affiner et affirmer sa pensée politique, se posant en ardente défenseuse des idées communiste révolutionnaire et internationaliste, contre les positions réformiste, militariste et nationaliste défendues par l’aile droite du parti et qui conduiront en 1914 à l’une de plus grande boucherie que l’humanité est connue, et en 1919 à la répression sanglante et meurtrière de la révolution socialiste qui mis fin à la guerre en 1918, assassinant des milliers de travailleurs et parmi eux Rosa Luxemburg et son ami Liebknecht.

Ce très beau film présente un intérêt pour comprendre l’Allemagne et plus largement le monde du tel qu’il se présente au 20eme siècle, pour mettre à jour le rôle de la social-démocratie, notamment en temps de crise, et par extension nous donner des armes pour analyser le contexte dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui afin d’agir en conséquence…

Le 25 novembre 2011, à 19 H, à l’Université Lyon 2 (salle indiquée à l’entrée) 4bis rue de l’Université, 69007 (Tram T1 Arrêt Rue de l’université)

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02 novembre 2011

la Grece bientôt classée trois A.

trois A

La patate chaude du référendum

Le sommet de Bruxelles à peine terminé et présenté par les médias comme ayant ,par un compromis avec les banques, sauvé le monde de la catastrophe. Les agents gouvernementaux du capital financier nous ont fait croire que les banques françaises , allemandes... allaient faire un beau feu de joie de la dette de l' état grec1. En réalité jamais , même pour la dette du tiers monde , comme celle de l' argentine le capital financier n' a renoncé à se faire payer. Il a fait des rééchelonnements, des plans Brady et autres . Pour s' en convaincre même l' emprunt russe de 19062 répudié par Lénine en 1918 est aujourd'hui exigé par les créanciers.

« Il n’y a pas d’effacement de la dette grecque, mais un effort des banques correspondant à 16 milliards d’euros, soit 50 % de leurs encours. » « Cela n’a pas coûté 100 milliards aux banques, mais 16 milliards, non pas par un abandon de créances, mais par un étalement de la dette sur une période de 30 ans. » (Le Monde du 28 octobre 2011)

Voilà qu' après la belle annonce en boucle faite par le « sauveur » Sarkosy, les bourses remontent et le capital fictif est au zénith , il respire, la tirelire tient le coup. Mais voilà, que le premier ministre grec Papandréou va déraper, il annonce l' organisation d' un référendum sur la dette grecque. Il n' en fallait pas plus pour que les gains fictifs d' hier, s' effondrent le lendemain.

L' agité de la république allait avoir du grain à moudre, et dans ce cas il ne peut plus se passer de Miss Merkel,lui qui avait effort après effort « sauvé le capital européen et même mondial » de la « cata »   voilà qu'un ouistiti grec remet tout en cause.

Sous la pression de la rue,Papandréou veut s' en remettre au peuple par référendum. Sarkosy , tout le monde le sait, ne cède pas à la pression de la rue, il cède à la pression de ceux qu'il représente, les grands argentiers du monde.

Tous sont conscients que le système prend l' eau de toute part, et de sommet en sommet, de G 20 en G 20 ils gèrent le grand merdier, tout en essayant de refiler la patate chaude à d' autres. En ce qui nous concerne, il nous faut soutenir nos camarades exploités et précarisés de Grèce, pas en s'indignant, mais en agissant sur l' économie par la grève solidaire en popularisant la guerre de classe, c' est dans la rue et au combat que la classe va se renforcer.

Actuellement la classe moyenne des pays occidentaux commence seulement à sentir les effets de la crise. La jeunesse à diplôme est scotchée au mur, contrainte de vivre collectivement en co-location , les retraités sont eux en état de dépendance vis à vis des fonds de pensions. Le prolétariat reste dans l' expectative et s'engage dans la lutte que lorsque son emploi est remis en cause, et ne pense finalement qu' à défendre ses chaines. Il y a peu de luttes offensives visant à la destruction du système du salariat.

Tout cela est bien fragile, et demain tout peut basculer brutalement. La bourgeoisie en a plus conscience que l' homme de la rue, et elle affute ses couteaux en prévision. Nous verrons comment elle va répondre aux émeutes grecques, peut être même qu'il se prépare un coup d' état , pour contrer le référendum. Cependant la bourgeoisie, ne procèdera certainement pas à un coup d' état direct, elle va faire comme en Égypte , en Tunisie et en Libye elle va infiltrer le mouvement, se mettre de son coté pour mieux reprendre la main et rétablir l' ordre. Elle pourra même faire appel à la bourgeoisie française qui a un accord militaire avec la Grèce.

G.B.

Dernière nouvelle

A l'issue d'une journée de tensions politiques et financières après l'annonce de la tenue d'un référendum en Grèce sur le plan d'aide européen, le ministère de la défense a annoncé dans un communiqué le remplacement de l'ensemble de l'état-major de l'armée. (AFP)

Notes

1L'accord conclu avec les banques porte sur un renoncement de 50% de leurs créances, soit "cent milliards" d'euros sur un total d'endettement public du pays de 350 milliards d'euros.

2L'emprunt russe de juin 1906 est un emprunt international signé par la Russie destiné à rétablir les finances après la guerre russo-japonaise (2,25 milliard de francs couverts pour moitié par la France).Il sera répudié par les bolchéviques. Aujourd'hui, ils seraient encore environ 316 000 à détenir ces fameux emprunts. L'association fédérative internationale des porteurs d'emprunts russes . Le montant des dettes est estimé à plusieurs milliards d’euros selon cette dernière.

 

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01 novembre 2011

La judicialización de la Libertad Sindical en Venezuela y el asesinato de sindicalistas

La judicialización de la Libertad Sindical en Venezuela y el asesinato de sindicalistas

Article publié par la Bataille socialiste

Photo syndicaliste assassiné

A venezuala

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18 octobre 2011

Maruti Suzuki: puissante grève contre la collaboration de classe.

Il y a en Inde une vaste champ industriel autour de Gurgaon ou sont exploités deux millions de prolétaires dont 50% dans l' industrie automobile . Plus de 90% de ces travailleurs sont sous contrat précaire et sont explotés 10 à 12H par jour pour l' équivalent de 63 à75euros par mois. Les conditions de travail sont désastreuses, les cadences extrêmement élevées le tout cadré par des agents de sécurité qui utilisent la violence physique. Les syndicats sont absents ou collabos, c'est sur ce terrain que va éclater le conflit chez le constructeur automobile indien Maruti Suzuki.

maruti1C'est l'usine de Masenar (2500 travailleurs) qui se trouve complétement bloquée depuis le mois de juin 2011 et avec elle la production de 1200 véhicules par jour. Pendant tout le mois de septembre la grève s' est imposée, le prolétariat protestait contre l' obligation faite à tous les travailleurs de signer un « pacte de bonne conduite » et l'interdiction faite au non signataires de retourner à leur poste de travail.

Cette mesure d'intimidation et anti-grève, n' a pas été du goût des ouvriers, qui la perçoive comme une vengeance consécutive à la grève de juin 2011 qui durera tout l' été. Devant le refus du prolétariat de se plier individuellement à signer le pacte de collaboration, la direction passe aux actes, c' est à dire à la prise d' otages en procédant à 15 licenciements et à la mise en fin de contrat de travailleurs intérimaires ( ils sont 1550 sur 2500 ). Plus des intimidations musclées

« Le 2 septembre au matin, certains entrepreneurs dirigé par quelques personnes du Département des Ressources Humaines de MSIL ont rassemblé quelques 150 travailleurs logés dans le village d'Aliyar près de l'usine Maruti à Manesar. Les travailleurs ont été menacés et certains même tabassés par des nervis locaux recrutés par la direction. Ils les ont forcés à s'asseoir dans 7 camions près de l'hôtel Royal. » ( sources )

Le 30 septembre, la direction face à la résistance ouvrière, va réintégrer les travailleurs sous contrat type CDI, tout en refusant le retour des intérimaires. Mais la encore cette décision de l' employeur, sera prise pour un acte de vengeance.

Bien que certains aient repris le travail le 3 octobre après la signature d' un accord avec le syndicat Maruti Udyog Kamgar Union (MUKU),une nouvelle grève se déclenche le 7 octobre. Les ouvriers sous contrat vont faire bloc avec les intérimaires et mieux encore le mouvement va s' étendre aux fournisseurs qui gravitent autour de l' usine.Visiblement l' accord signé a produit après réflexion l' effet contraire, car il se présentait toujours comme un pacte anti-grève médiatisé par la justice bourgeoise. Résumé de l' accord:

  1. 15 ouvriers qui avaient été licenciés seront réintégrés et resteront suspendus jusqu'au résultat d'une enquête impartiale qui statuera sur leur cas.

  2. 18 stagiaires dont le contrat avait été abrogé seront réintégrés.

  3. 29 ouvriers qui avaient été suspendus resteront suspendus et font face à une enquête impartiale.

  4. Suivant le principe "pas de travail, pas de salaire", aucun ouvrier ne touchera de salaire du 29 août au jour où reprendra le travail. En outre, ils feront l'objet d'une amende qui se traduira par la "défalcation d'une journée de salaire".

  5. Tous les ouvriers doivent signer le pacte révisé de bonne conduite et reprendre leur service à la date du 3 octobre.

  6. La direction a accepté de ne pas céder à tout acte à caractère vindicatif à l'égard des ouvriers.

  7. Tout conflit qui surgirait dans l'avenir sera réglé par des négociations.

  8. Les deux parties ont accepté de respecter les droits fondamentaux de l'une et de l'autre des parties.

Non seulement les ouvriers vont rejeter le « pacte », mais vont prendre une mesure de solidarité de classe en décidant d' affecter chaque mois une partie de leur salaire pour combler la perte salariale '' des leurs suspendus . La direction ne tient plus, face à ce bloc solidaire et le 11 octobre elle décide de jeter les forces de l' ordre dans la bataille afin de procéder à l' expulsion des 1500 grévistes.

Le gouvernement va envoyer 2500 policiers afin de déloger les grévistes, il déclare la grève illégale et entame les démarches afin d’annuler l’enregistrement des deux syndicats à l’origine du mouvement. Face aux forces de l’ordre, les ouvriers ont été forcé de quitter les locaux, mais ont déclaré poursuivre leur action de grève.

GB

Dernières nouvelles

Victoire : Suzuki a accepté de réintégrer 64 employés "permanents" et 1200 travailleurs "occasionnels" dans son usine de Manesar, dans l'État de Haryana en Inde. La grève a été arrêtée le 21 octobre 2011.

Des grèves se déroulaient dans l'usine depuis le mois de Juin, avec une grève de 13 jours pour exiger la reconnaissance d'un nouveau syndicat,Une nouvelle grève avait duré 33 jours en Septembre.Cette grève en octobre aura duré 14 jours, bloqué la production et enduré une violente répression patronale.Toutefois, Suzuki suspend encore 30 travailleurs pour fait de grève les mois passés et demeure flou sur l'exigence des travailleurs à pouvoir constituer un syndicat indépendant du syndicat officiel « maison »

 

 

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