SPARTACUS

15 février 2017

INFOBREF N°478-justice,crime du capital, sncf grève

INFOBREF N°478


Rubrique justice de classe

A bas l’acharnement judiciaire qui touche notre camarade Kosta ! Non à cette justice de classe !

Kosta T., étudiant en sciences politiques, a milité à nos côtés dans le cadre du mouvement contre la loi Travail. Suite à la grande manifestation du 14 juin, la justice s’est abattue sur lui : il a été accusé d’avoir lancé des projectiles sur des policiers. Kosta a toujours nié les faits qui lui sont reprochés et le 15 novembre, le tribunal de Paris l’a jugé non coupable. En effet, le dossier d’accusation était vide de tout élément à charge et la confusion régnait autant dans le procès-verbal des policiers que dans les déclarations de ces derniers. Malgré tout, la "justice" s'acharne à le poursuivre. Lire la suite...



La SNCF menace de sanctionner des élus CHSCT pour avoir… fait respecter les règles de sécurité au triage du Bourget !

 Aucune sanction pour Anasse et Nathalie !

 Vendredi 03 Février 2017, 10 jours après la grève massive à 90% qui a paralysé le triage du Bourget, la direction de la SNCF a franchi un cap des plus honteux dans la répression à l’encontre des délégués syndicaux.

 Aujourd’hui, Anasse et Nathalie risquent des mises à pied. Leur faute ? Avoir demandé à ce que les conditions de sécurité du transport ferroviaire soient respectées au Bourget.

 En effet, ils ont simplement fait leur travail de membre du CHSCT en rappelant au cadre d’astreinte qu’il était interdit de faire tenir 2 postes de sécurité de 2 secteurs circulation par le même agent ( Boby Stains et Boby 1 ). Anasse est également menacé de sanction pour avoir été aux toilettes pendant son service alors qu’il était tout seul en poste.

 Depuis de nombreux mois maintenant, ces délégués ne font que leur travail pour lequel les cheminots de l’EIC Paris Nord les ont élus. Ils se battent au quotidien pour améliorer les conditions de travail de tous les agents, et pour empêcher la direction de s’affranchir des règles de sécurité et règlements du personnel. Aujourd’hui, la direction de la SNCF non seulement met en place les réformes qui cassent le service public ferroviaire mais elle s’attaque aussi aux cheminots qui cherchent à faire respecter la sécurité. Cette situation est d’autant plus inquiétante car des matières dangereuses son transportées au triage du Bourget, et qu’un accident pourrait entraîner des conséquences néfastes pour la population.

 Nous soutenons Anasse et Nathalie, nous exigeons qu’aucune sanction ne soit prise à leur encontre ! Nous demandons l’arrêt de la répression anti-syndicale à l’encontre des cheminots à la SNCF.

VIDEO

https://youtu.be/CHx5Rzfg-hk

VIDEO sur la Grève




Mélenchon : Un programme antilibéral illusoire qui promet la lune sans toucher substantiellement à la propriété des capitalistes !

 

Cet article s'inscrit dans la série d'articles de critique spécifique du programme de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Cela fait suite au premier épisode du 1er février.

Dans cette partie de notre critique, nous nous intéressons plus particulièrement au chapitre deux du programme de Mélenchon intitulé « Protéger et Partager » (http://tendanceclaire.org/contenu/autre/Programme-France-Insoumise-2017.pdf). C’est dans ce chapitre que le candidat nous présente ses principales mesures économiques. Mélenchon nous ressert le vieux programme antilibéral de « relance » et de « redistribution » qui a systématiquement échoué partout : en 1981 en France, en 2015 en Grèce, etc.

Lire la suite...

 

Voir aussi :Mélenchon : VIéme République ou République sociale.

 

 

Retraite : voici les réformes qui vous pendent au nez après la présidentielle 2017

CAPITAL-De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par François Fillon, presque tous les principaux candidats à la présidentielle comptent réformer les retraites, avec des visions radicalement opposées de l'un à l'autre. Dans le viseur, notamment : l'âge légal de la retraite, qui pourrait tomber à 60 ans ou être allongé à 65 ans selon le vainqueur.

Et une nouvelle réforme des retraites ! Les Français n'échapperont probablement pas à une refonte en profondeur des règles en matière de liquidations de leurs droits. La plupart des favoris pour l'élection présidentielle de 2017 comptent en effet mettre en place des mesures détonantes, en particulier concernant l'âge de la retraite, que ce soit pour l'avancer ou le reculer. Revue de détails des propositions de François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

>> Découvrez aussi notre comparatif des programmes des candidats sur le temps de travail

François Fillon : il veut augmenter l'âge légal de départ à 65 ans

L'âge légal de départ avant lequel il n'est pas possible de liquider ses droits (hors retraite anticipée), actuellement fixé à 62 ans, passerait à 65 ans. L'ancien Premier ministre compte aussi harmoniser les systèmes de retraite du public et du privé, en faisant en sorte que la pension de retraite des fonctionnaires soit calculée sur les 25 meilleures années de leur carrière, primes comprises, comme c'est le cas dans le privé, alors qu'actuellement elle dépend de la rémunération des 6 derniers mois (hors primes). Par ailleurs les régimes spéciaux (dont bénéficient notamment les agents de la SNCF et de la RATP), plus favorables que le régime général, seraient supprimés.

Benoît Hamon : il compte revaloriser les petites retraites

Des 5 favoris pour la présidentielle, le vainqueur de la primaire de gauche est le plus prudent sur le front des retraites. Dans son programme, il se borne à défendre une revalorisation de 10% des minima sociaux, ce qui inclut donc l'ex-minimum vieillesse, l'Allocation de solidarité aux personnes âges (ASPA). Dans une interview récente à Notre Temps il promet aussi une revalorisation des petites et moyennes pensions de retraites. Il estime par ailleurs que les retraités modestes seront favorisés par sa refonte de l'impôt sur le revenu. Enfin, il prône une revalorisation des pensions selon les prévisions d'inflation plutôt que sur l'évolution des prix constatée sur les 12 derniers mois.

Lire aussi : Les grandes lignes du programme de Benoît Hamon

>> En vidéo. Revenu universel : attention, c'est un vrai choix de société !

Marine Le Pen : elle défend toujours la retraite à 60 ans

Le rétablissement de la retraite à 60 ans était l'un des axes majeurs de son programme de 2012. Il devrait encore y figurer en bonne place en 2017, à en croire Challenges qui s'est procuré un document résumant ses principales propositions. Par ailleurs, la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein tomberait à 40 ans alors qu'elle est actuellement de 41,5 ans pour les générations 1955 à 1957 et doit progressivement augmenter à 43 ans pour ceux nés en 1973 et après.

Emmanuel Macron : il vante une retraite à la carte

C'est potentiellement le projet le plus ambitieux… mais aussi le plus flou : l'ancien banquier prône davantage de flexibilité en matière d'âge de départ à la retraite. "Certains veulent la prendre à 60 ans, d'autres à 65, d'autres encore à 67. Il faut pouvoir moduler selon les individus et les situations.", a-t-il ainsi souligné dans une interview à l'Obs. Reste à savoir ce que cela implique réellement : suppression de l'âge légal (actuellement de 62 ans), facilitation des départs avant 62 ans, diminution de l'âge du taux plein (actuellement à 67 ans) ?

Lire aussi : Le programme économique de Macron, c'est lui !

Jean-Luc Mélenchon : il défend comme Marine Le Pen la retraite à 60 ans

Côté retraite Mélenchon est sur la même ligne que la candidate FN avec un retour à une retraite à 60 ans et une durée de cotisation pour obtenir le taux plein fixée à 40 annuités, comme il l'a défendu sur RMC début janvier. Pour financer cette réforme, il propose une solution pour le moins originale : augmenter le salaire des femmes afin de l'aligner sur celui des hommes aux mêmes postes, ce qui augmenterait les cotisations retraite…

Thomas Le Bars

Temps de travail : comment les candidats à la présidentielle veulent tout faire sauter

François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon... tous les favoris à la présidentielle veulent, d'une manière ou d'une autre, réformer les 35 heures, afin de réduire ou d'augmenter le temps de travail. Le point sur leurs propositions.

Ce sera sans nul doute l'un des sujets phares de l'élection présidentielle. Le temps de travail ne laisse en effet aucun des candidats indifférents, que ce soit pour faire travailler davantage les Français (comme le souhaitent Fillon et Le Pen), leur accorder davantage de repos (comme le défendent Hamon et Mélenchon) ou faire varier cette durée selon l'âge (c'est l'option Macron).

Ce débat n'a d'ailleurs pas échappé à France Stratégie, l'organisme de réflexion placé auprès du cabinet du Premier ministre. Dans une note publiée mardi, ces experts tentent de juger des qualités et des défauts de chacune de ces visions. Ils estiment qu'une baisse du temps de travail pourrait "conduire à des créations d’emplois et à une baisse du chômage à court terme" mais que cette stratégie devrait s'accompagner d'une modération salariale pour que l'effet soit durable.

A l'inverse, une hausse du temps de travail "risque d’entraîner à court terme une hausse du chômage, dans la mesure où les entreprises auront tendance, à niveau donné de leurs carnets de commande, à ajuster leur cible de main-d’œuvre à la baisse". Mais à long terme le gain en compétitivité pourrait "contribuer à stimuler la production, les marges, l’investissement et in fine l’emploi".

Pour vous faire une meilleure idée des intentions de chacun des candidats à la présidentielle sur la question du temps de travail, voici les mesures prônées par les 5 favoris : François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.



François Fillon : il compte instaurer les 39 heures dans le public et laisser les entreprises décider de leur temps de travail

Le candidat de la droite compte fixer la durée légale du travail à 39 heures par semaine dans le public. Dans le privé, les entreprises décideraient seules du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, dans la limite du plafond de 48 heures hebdomadaires fixé par la réglementation européenne. Le plafond de 39 heures du public serait censé leur donner une indication du "temps de travail cible". Par ailleurs il veut supprimer un jour férié pour gagner un jour de travail annuel.

Benoît Hamon : il veut inciter les entreprises à baisser le temps de travail

Le tout récent vainqueur de la primaire de la gauche veut maintenir la durée légale à 35 heures, mais il compte en parallèle inciter financièrement les entreprises à valoriser la réduction du temps de travail, selon des formes multiples : semaines de 4 jours, congé sabbatique, temps partiel…

Lire aussi : Le programme du vainqueur de la primaire de gauche Benoît Hamon

Marine Le Pen : elle est favorable à des accords de branche permettant de travailler 39 heures

La candidate du Front National ne dévoilera son programme qu'en février mais elle s'est d'ores et déjà déclaré favorable dans une interview en janvier au Parisien à une renégociation du temps de travail par branche d'activité (et non au niveau des entreprises comme le propose François Fillon). "On pourra donc, en fonction de ces négociations, travailler 39 heures, mais payées 39 !" déclare-t-elle. Un projet plus offensif qu'en 2012, lorsqu'elle affirmait ne pas vouloir toucher aux 35 heures.

Emmanuel Macron : il défend un temps de travail modulable selon l'âge

L'ancien ministre de l'Economie ne présentera son programme qu'en mars. Mais il a prôné dans une interview à l'Obs un temps de travail modulable selon l'âge du salarié : il serait ainsi plus élevé pour les jeunes et plus faible à l'approche de la retraite. "On peut ainsi imaginer que les branches professionnelles négocient une possibilité pour les salariés qui le souhaiteraient de travailler moins à partir de 50 ou 55 ans : 30 heures, 32 heures, pourquoi pas ? En revanche, quand on est jeune, 35 heures, ce n’est pas long".

Jean-Luc Mélenchon : il veut revaloriser les heures sup' et discuter des 32 heures

Dans une interview sur BFM et RMC début janvier, le candidat de la "France Insoumise" s'est déclaré favorable à une réduction du temps de travail. Il a ainsi plaidé pour "rétablir les 35 heures", via une meilleure rémunération des heures supplémentaires. Il considère en effet que les 35 heures sont "déjà finies" car "l'heure supplémentaire ne coûte pratiquement plus rien". Il s'est dit par ailleurs "d'accord pour que l'on discute des 32 heures".

Thomas Le Bars

Rubrique crime du capital

«Mon père, intermittent du spectacle et handicapé, s’est immolé par le feu devant la caisse de retraite»

Publié le 1er mai 2016

Avant même que Coraline n’apprenne que son père, intermittent et handicapé, s’était immolé par le feu ce mercredi 27 avril à Marseille, les médias ont relayé, comme un simple fait-divers, cet acte hautement politique. 20 Minutes titrait ainsi : « Marseille : Il s’immole par le feu en pleine rue ». Pas un média n’a pris le risque de préciser qu’il s’agissait d’un intermittent, alors que les employeurs du secteur du spectacle s’apprêtaient à signer un accord avec les syndicats de la branche. On peut ainsi lire la directrice de la caisse de retraite expliquer qu’il s’agissait « d’un dossier de demande de retraite et d’allocation très classique (…). Il n’y a pas de retard ». On comprend surtout que l’immolation du père de Coraline aurait pu raviver la colère des intermittents mobilisés contre la réforme de leur régime d’allocation. Coraline nous a livré son témoignage qu’elle espère bien être largement entendu.

Propos recueillis par Flora Carpentier

J’habite à Paris, je devais arriver à Marseille lundi prochain. Mon père avait tout organisé pour mon arrivée. Mercredi 27 avril, on s’est parlé par SMS jusqu’à midi, et l’après-midi, il s’est immolé devant la caisse de retraite. La police et l’état ne m’ont appelée que deux jours après. Pourquoi attendre deux jours ?
La police a eu le temps de passer dans l’appartement de mon père, mais ils n’ont pas eu le temps de me prévenir. Mon père était à bout à cause des administrations qui lui demandaient toujours plein de papiers pour sa constitution de retraite. Intermittent du spectacle et handicapé (car malade depuis quelques années), il n’avait jamais tous les documents qu’il fallait.

Aujourd’hui, il est à l’hôpital, son état est stable. Son corps réagit plutôt bien. Il a malgré tout une force de vie incroyable.
Quand je suis arrivée dans son appart, il avait mis des choses pour moi dans ma chambre, il savait que j’allais arriver, il avait tout préparé… Et le jour J, mercredi, il me parlait d’un projet que j’ai en tête. Donc je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais il y a bien eu quelque chose…

« On me demande s’il était dépressif, mais non. Il faut reconnaitre que la société tourne mal et que les gens deviennent fous »

Mon père est quelqu’un qui a manifesté toute sa vie. Malgré son handicap, il a participé aux dernières manifs ce mois-ci sur Marseille, à chaque fois, il m’envoyait des photos. Il me disait qu’il s’était pris des lacrymos dans la figure et que son corps ne le supportait plus, qu’il avait trop de mal à s’en remettre. Il disait qu’il n’avait plus 20 ans, mais il a quand même eu la force d’aller s’asperger d’alcool à brûler, donc c’est bien que là, c’est allé trop loin.

On me parle de dépression, on me demande s’il était dépressif. Ils ont eu son médecin au téléphone qui leur a dit que non, qu’il n’avait jamais pris d’antidépresseurs. A un moment, il faut reconnaitre que la société tourne mal, et que les gens deviennent fous. Ce n’est pas parce qu’il était dépressif, c’est parce que ça l’a rendu fou.

« Mon père a été intermittent toute une partie de sa vie »

Ca faisait des mois qu’il constituait son dossier de retraite et à chaque fois ça ne passait pas, on lui disait « il manque ci, il manque ça ». Il me disait qu’il n’en pouvait plus…
Mon père a été intermittent toute une partie de sa vie, en tant qu’administrateur de compagnie théâtrale, puis il a fait de la photographie, et cela fait quelques années qu’il est reconnu comme handicapé, suite à sa maladie. Son dossier n’avançait pas.

Pour moi c’est important de témoigner parce que le pire, c’est qu’il n’est pas le seul dans ce cas… C’est aussi plein d’autres personnes qui se retrouvent face à des situations comme ça et ne savent plus quoi faire…

« Je lui ai dit ‘Je ne peux pas t’en vouloir papa, j’en veux plus à tout ce monde de merde qui nous rend malade’ »

Quand je l’ai vu à l’hôpital je lui ai dit ‘Je ne peux pas t’en vouloir papa, j’en veux plus à tout ce monde de merde qui nous rend malade’.

Moi aussi je suis un peu une excitée et j’en veux parfois à la terre entière, mais là il me donne encore plus de force et d’envie de bouger les choses ! J’essaye de rebondir, il faut que ça bouge.



29 ans, morte asphyxiée sur la chaîne

Publié le 26 avril 2016



Publié le 26 avril 2016-Encore une mort scandaleuse comme nous en avons tant dénoncé entre nos pages. Celle-ci se passe à la frontière belge, à Neuve-Église, dans l’usine de frites surgelées Clarebout Potatoes.

Camilla Ernst

Alison avait 29 ans, le samedi 9 avril, quand son foulard s’est fait happer par le tapis roulant de la chaîne d’emballages des frites, sur laquelle elle travaillait en tant qu’intérimaire. Elle est morte asphyxiée, laissant derrière elle deux enfants. Si le parquet a dénoncé les conditions de travail déficientes, il n’en a pas moins libéré l’usine dès le samedi soir, sans aucune restriction, et le travail a repris dès le lendemain. Pas le temps pour le recueillement, la production avant tout !

Ce n’est pas le premier accident à déplorer dans cette usine de 200 salariés. En septembre 2015, un incendie parti d’une friteuse avait emporté une partie du matériel et 15 salariés avaient été asphyxiés. En janvier, un ouvrier a été sérieusement brûlé. Et début avril, c’est dans l’usine jumelle, sur le site de Warmeton, qu’un autre incendie s’était déclaré. Ces drames, ainsi que les multiples dangers environnementaux que cause l’usine, le collectif de défense de l’environnement de Deûlemont, village français frontalier, s’applique à les dénoncer, notamment au Ministre de la Santé belge, sans plus de succès. Pas étonnant ! De Volkswagen à Airbus, des usines aux chantiers, les exemples d’entreprises où les patrons méprisent la sécurité et la santé de leurs salariés, dans leur course aux profits, sont nombreux. Ici, l’accumulation des faits révèle le manque évident de considération pour ces questions.

Tant que les entreprises seront aux mains de patrons ne cherchant que le profit et le salaire exorbitant qu’ils pourront en tirer, les conditions de travail des employés continueront à être toujours plus précarisées, entre effectifs minimaux, surcharge de travail, et mépris des règles élémentaires de sécurité, jusqu’à mettre leur vie en danger. Et les velléités de protestation muselées par des contrats en intérim ou en CDD. C’est en redonnant aux salariés le contrôle de leur propre production que la sécurité, la santé et le bien-être au travail pourront redevenir des sujets prioritaires et correctement intégrés dans les budgets. D’ici là, tous ensemble nous continueront à crier dans la rue, contre les patrons et toutes les lois comme celle sur le travail qui précarisent nos existences, que « Nos vies valent plus que leurs profits » !

















 

 

 



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13 février 2017

Mélenchon : VIéme République ou République sociale.

ergakintoday

 

Nous pouvons trouver chez Marx et Engels de déclarations considérant que la « république démocratique » serait la « forme spécifique de la dictature du prolétariat »1. Engels réaffirme cela à Kautsky le 29 juin 1891, deux ans plus tard presque jour pour jour il écrit à Paul Lafargue :

 «  La forme républicaine n' est plus que la simple négation de la monarchie. Et le bouleversement de la monarchie s’accomplira comme simple corollaire de la révolution : en Allemagne, les partis bourgeois sont si achevés que nous devrons passer immédiatement de la monarchie à la république sociale » le 27 juin 1893

 Suite au massacre de la commune de Paris, Marx et Engels allaient considérer que la défense de la démocratie pure, n' était que l'ombre de la terreur blanche. Derrière le slogan « liberté égalité fraternité » se cachait comme équivalent « Infanterie, Artillerie, Cavalerie » 2

 Engels dans une lettre du 11 décembre 1884, avait fort bien compris le rôle du système démocratique

«  En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l' ensemble de la réaction groupée autour de la démocratie pure » (Engels à Bebel lettre du 11/12/1884)

 Tout cela sera mainte foi vérifié par l'histoire, lors de la révolution allemande, avec Liebknech proclamant la République des soviets, tandis que toute la réaction, groupée derrière la démocratie pure des sociaux traites Noske et Scheideman , proclamant la république comme instrument de terreur bourgeoise contre le prolétariat. C'est aussi très démocratiquement que les nazis vont asseoir leur pouvoir.

Revenons en à notre Mélenchon et sa VIéme république, sa « révolution du bulletin de vote » , sa « révolution fiscale » … Les principaux points de la « révolution culturelle » du tribun Mélenchon se limites à vouloir démocratiser la démocratie, rendre au peuple sa suprématie. Comment ? En s'appuyant sur l' Etat, en faisant chanter par ses ouailles la Marseillaise poing levé comme Trump l’hymne américain. Mélenchon, n' est qu'un rabatteur pour l'union nationale et un ennemi de l' internationalisme prolétarien Avec sa petite veste à la Mao il veut sa grande révolution culturelle.

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 Mais d' où le sieur Mélenchon a t'il trouvé cette idée de VI éme République,c' est le PCF qui dans son programme de 1958 déclarait que la Véme république (élaborée par le socialiste Guy Mollet) marquait la prise du pouvoir par les monopoles « instituant un régime anti-démocratique ». Les troskistes du PCI (Lambertiste) actuellement POI, allaient aussi s' engager dans un combat visant la disparition de la Véme république suivi par les maoiste de « l'humanité rouge » qui voulaient l' abrogation de la Véme république pour ouvrir la voie à la révolution prolétarienne.

 Tous veulent finalement purifier la démocratie,c' est à dire rabaisser la lutte de classe pour la révolution sociale à une lutte entre la forme exécutive et parlementaire de la domination de classe.

 «Ce ne fut pas une révolution faite pour transférer ce pouvoir d’une fraction des classes dominantes à une autre, mais une révolution pour briser cet horrible appareil même de domination de classes. Ce ne fut pas une de ces luttes mesquines entre la forme exécutive et la forme parlementaire de la domination de classe , mais une révolte contre ces formes qui se confondent, la forme parlementaire n’étant que l’appendice trompeur de l’exécutif. » (La guerre civile en France)

 

Comme le dira Troski dans « Terrorisme et communisme » à l' encontre de Kautsky c' est à croire qu'il ne s'est rien passé d'important ici-bas depuis le jour ou fut écrit le programme d' Erfurt ! » ( Terrorisme et communisme, ed, Prométhée « sur le fil du temps, p.39)

 Lire Il y a 140 ans la Commune de Paris : république sociale ou république démocratique.

 1Lettre de Engels à Kautsky sur le programme d' Erfurt le 29 juin 1891, ed ; sociale classique du marxisme, p.103.

2Le 18 brumaire de L. Bonaparte

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10 février 2017

INFOBREF N°477-camps de migrants,nationalisme, Mélenchon et union sacrée,mali

INFOBREF N°477

Elections françaises: Tous pour l'union sacrée

L’impasse antilibérale de Mélenchon. L’avenir hypothéqué d’une France soumise au système capitaliste ( 1 février 2017)


Mali : projet de lithium évalué à 83,4 millions USD, l’enjeu du conflit éloigné du discours officiel

Elisabeth Studer

Si le Mali est un pays connu du grand public principalement pour le conflit qui le secoue depuis quelques années, conflit dans lequel la France est largement impliquée, son potentiel minier et énergétique attire moins les medias, et pourtant …

Alors que déjà, en janvier 2013 , nous indiquions que le Mali est un pays riche en pétrole, en gaz et en mines d’or...  richesses qui pourraient d’ailleurs être à l’origine des tensions actuelles, le pays se révèle également riche en lithium.

Ainsi, selon les résultats d’une étude exploratoire réalisée par le propriétaire, Birimian, le coût du projet de lithium dénommé Bougouni  a été évalué à 83,4 millions de dollars. Il couvre une superficie de 250 km2, dans une région située dans le Sud du Mali, pays ou l’entreprise minière australienne détient également deux projets aurifères, Massigui et Dankassa. .

Le développement du projet de Bougoumi sera réalisé en deux étapes, sur une durée globale de 13 ans. 47,2 millions dollars seront affectés à la réalisation de la première phase, une exploitation à ciel ouvert d’une capacité de production annuelle d’un million de tonnes. La deuxième phase sera dédiée quant à elle au traitement du minerai par une usine de séparation en milieu dense.

«Les résultats de l’étude exploratoire confirment le potentiel remarquable de notre projet de lithium Bougouni. Il s’agit de l’un des plus grands projets à haute teneur en lithium au monde et nous continuons à nous concentrer sur l’accélération de son développement», a commenté à cette occasion Kevin Joyce, DG de Birimian.

La compagnie finalise parallèlement un programme de forage en vue d’améliorer et accroître les ressources du gisement Goulamina, un des plus grands gisements du projet.

À la suite de ces résultats positifs d’étude exploratoire, l’étude de pré-faisabilité du projet a été entamée. Elle devrait prendre fin en juin 2017.

En novembre 2016, la compagnie minière Kodal Minerals a quant à elle conclu un accord avec la société Minefinders, en vue d’acquérir une participation de 90% dans le projet de lithium Diendio, situé dans le Sud du Mali. Le projet couvre une superficie de 109 km2 et comprend trois concessions, Diendio Sud, Diossyan Sud et Manankoro Nord. La transaction évaluée à 65 000 $ sera payée en deux tranches, la clôture étant prévue pour novembre 2017.

«Cette acquisition est le résultat du travail mené par notre équipe locale pour identifier de potentielles cibles et notre connaissance du terrain a permis une finalisation rapide de l’accord. Le faible montant de la transaction nous permettra de nous concentrer sur les dépenses maximales prévues sur le site et notre équipe d’exploration commencera immédiatement l’échantillonnage initial et la cartographie.», avait alors déclaré le PDG de Kodal, Bernard Aylward.

Décidément très intéressant le Mali pour les sociétés minières … D’autant plus que la demande en lithium a le vent en poupe, matière première actuellement très recherchée en vue de produire des batteries ion-lithium pour voitures électriques ou téléphones portables.

Le 14 janvier dernier, François Hollande, en visite officielle au Mali, avait prévenu quant à lui que la présence militaire française au côté de forces maliennes pour leur formation et la lutte contre les groupes djihadistes présents dans le pays serait longue.

« Nous resterons ici, au Mali, dans le cadre de l’opération Barkhane tant que les pays africains -et il n’y a pas que le Mali- en décideront », avait alors déclaré le chef de l’Etat français lors de la conférence de presse de clôture du 27e sommet Afrique-France.  »Notre objectif est de former les armées africaines » pour qu’elles assurent leur mission, à savoir « mettre en sécurité la zone sahélo-saharienne », avait-t-il poursuivi.

« Mais ce sera long parce que nous avons en face de nous des groupes terroristes particulièrement armés et déterminés à déstabiliser l’ensemble de la région », avait-t-il averti.

Le président malien a jugé pour sa part que l’opération Barkhane « en son temps et encore aujourd’hui répond à un besoin, non seulement du Mali, du Sahel mais aussi de l’Europe et du monde ».  »Il y a donc aujourd’hui des situations qui justifient cette coopération entre la France et nos armées », avait-t-il souligné, ajoutant que « bien sûr » les troupes « resteront le temps qu’il faudra pour notre bien commun ».

Sources : agence ecofin, Birimian, AFP

Elisabeth Studer – 02 février 2017 – www.leblogfinance.com 

A lire également :

Mali : convention pétrolière avec Corvus Resources Management … enregistré aux Iles Cayman

Mali : un pays riche en pétrole, en gaz et en mines d’or

Total : nouveaux permis d’exploration dans un Sahel prometteur … agité par Aqmi et touaregs

 



 

http://www.monguidefinance.com/bce-les-achats-dactifs-atteignent-un-niveau-record

 

 

L’Italie et l’UE s’accordent avec la Libye pour financer les camps de migrants et revenir exploiter son pétrole ?

Elisabeth Studer

Alors que l’Union européenne ne mâchait pas ses mots encore récemment pour condamner Kadhafi, l’ancien dirigeant libyen …. il n’en demeure pas moins qu’elle semble désormais vouloir à nouveau se servir de la Libye  pour gérer sa politique migratoire … et s’approvisionner en pétrole. Même motifs, même punition oserais-je dire, emboîtant ainsi le pas à la réaction de MSF face à de telles pratiques.

En vertu d’un accord conclu avec Tripoli, dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, l’Italie et l’Union européenne vont ainsi contribuer au financement des camps situés en Libye où sont retenus les « candidats » à la traversée de la Méditerranée. Le texte a été signé jeudi par le président du Conseil italien Paolo Gentiloni et le Premier ministre libyen Fayez Seraj.

« Si la situation reste en l’état, nous serons dans quelques semaines face à une crise humanitaire et on commencera à montrer l’Europe du doigt en affirmant qu’elle ne fait rien », a souligné vendredi le Premier ministre maltais Joseph Muscat, dont le pays assure ce semestre la présidence de l’UE. « Par cet accord, il y a une première tentative décente pour apporter une gestion correction des flux migratoires via le centre de la Méditerranée », a-t-il ajouté.

Pour on peu croirait que le seul but de l’UE est humanitaire alors que – comme au « bon vieux temps » de Mohammed Khadafi -  la Libye renoue ainsi avec ses « qualités » de goulet d’étranglement pour l’immense population issue de la région qui tente de trouver une vie meilleure sur le vieux continent.

Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un accord intéressant à double titre pour l’Italie … directement impactée par le flux migratoire en provenance de la Libye …. et fortement implantée dans le secteur pétrolier du pays via le groupe énergétique Eni  … ne rêvons pas. Ainsi, en 2016, 181.000 migrants ont effectuée la traversée vers le territoire italien  au départ de la Libye, ce qui constitue un record. Il s’agit désormais de la première voie migratoire vers l’UE.

« Alors que des centaines de personnes ont déjà perdu la vie en 2017 et que le printemps approche, nous sommes déterminés à prendre des mesures supplémentaires pour réduire considérablement les flux de migrants le long de la route de la Méditerranée centrale et pour casser le modèle économique des passeurs (…) », écrivent parallèlement les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, réunis vendredi à Malte pour une réunion informelle consacrée en partie à la crise migratoire. Ils se sont par ailleurs dits prêts à soutenir l’accord, faisant fi du désaccord de l’Agence de l’Onu pour les réfugiés (HCR), laquelle s’est d’ores et déjà dit hostile au maintien de ces camps où les conditions de vie sont, selon elle, inhumaines.

Les migrants y seront hébergés « jusqu’à leur expulsion ou leur retour volontaire dans leur pays d’origine » et leur gestion relèvera du ministère libyen de l’Intérieur, mais le personnel sera formé par les autorités italiennes, qui fourniront par ailleurs des médicaments et du matériel médical, indiquent les dirigeants européens, tentant ainsi d’apaiser les critiques. alors qu’une telle organisation pourrait – soit dit en passant –  être une « formidable opportunité » pour les firmes pharmaceutiques.

Rome y promet par ailleurs de soutenir fermement le gouvernement d’union nationale dirigé par Fayez al-Sarraj, ainsi que les « institutions militaires et de sécurité » qui en dépendent. Les dirigeants européens ont pris un engagement similaire. Il est vrai que les majors pétrolières de l’UE piétinent d’impatience pour reprendre l’exploitation des ressources énergétiques libyennes, opération mise à mal par le chaos actuel.

- ONU et  MSF hostiles à l’accord 

Pour un peu, les dirigeants européens nous feraient oublier un rapport de l’Onu publié en décembre 2016 indiquant que les camps libyens sont le théâtre de toute sortes d’exactions, telles que la détention arbitraire, le travail forcé, les viols et la torture.

« Conserver des camps en Libye, c’est maintenir les migrants dans des conditions inhumaines et les mettre encore plus en danger« , a déploré pour sa part à Reuters Carlotta Sami, porte-parole du HCR. « L’Union européenne et ses Etats membres doivent se rendre à l’évidence : la Libye n’est pas un pays sûr. On ne peut en aucun cas considérer cela comme une approche humaine du phénomène migratoire« , a renchéri Arjan Hehenkamp, de Médecins sans Frontières (MSF).

Dans un communiqué diffusé après le sommet, MSF, présente dans plusieurs camps en Libye, a estimé que la réunion de Malte démontrait que les dirigeants européens « se fourvoient » quant à la situation en Libye. « Aujourd’hui, il ne s’agissait pas de sauver des vies; il est évident que l’UE est prête à sacrifier des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vulnérables afin de les empêcher d’atteindre les rivages européens », ajoute l’Association humanitaire  …. qui a visiblement tout compris.

-  Contrôle du pétrole et flux migratoire également sujet d’un accord avec l’Espagne

Pétrole et flux migratoire ont été toujours été intimement liés en Libye …

En avril 2016, le groupe pétrolier espagnol Repsol avait ainsi indiqué via le chef de la diplomatie espagnole être disposé à reprendre ses activités en Libye. Conditionnant toutefois ce retour à une situation sécuritaire le permettant et l’aboutissement de négociations sur le paiement d’arriérés …
Le ministre espagnol, José Manuel García-Margallo, effectuait une visite ayant pour but officiel de soutenir le gouvernement d’union nationale. Gouvernement dans lequel la communauté internationale place tous ses espoirs pour mettre fin au chaos régnant dans ce pays riche en pétrole, où l’Etat islamique (EI / Daesh) semble dicter sa loi.

Suite à sa rencontre avec le Premier ministre désigné du gouvernement d’union, Fayez al-Sarraj, le chef de la diplomatie espagnole avait tenu à préciser que Repsol était disposée à reprendre la production dès qu’un accord serait conclu sur des arriérés dus par les Libyens.

Le ministre espagnol avait par ailleurs rappelé qu’installé en Libye depuis 1975, Repsol produisait 340 000 barils par jour – soit environ 22% de la production pétrolière libyenne – jusqu’à l’été 2014, date à laquelle l’entreprise pétrolière avait cessé l’exploitation en raison de la détérioration de la situation sécuritaire en Libye. Si l’on en croit José Manuel García-Margallo, Repsol aurait les capacités pour produire 100 000 b/j à al-Charara, son principal champ pétrolier dans le sud du pays.

Le gouvernement d’union et l’Espagne avaient par ailleurs évoqué «  l’intensification (…) de la coopération en matière de lutte contre l’immigration clandestine et contre le terrorisme »  ….« Double « opportunité » pour l’Espagne pour obtenir une part du gâteau libyen et tenter de restreindre les flux migratoires » avais-je écrit alors …. Depuis, rien n’a changé dans ce bas monde  …. au grand dam des populations.

-  Déjà un accord entre Italie et Libye en 2012 … après le traité d’amitié signé en 2008

Déjà, en janvier 2012, à l’occasion de la première visite du chef du gouvernement italien Mario Monti à Tripoli, Italie et Libye avaient signé un nouveau pacte, lequel devait servir de cadre politique à leurs relations après la chute de Mouammar Kadhafi. « La déclaration de Tripoli vise à ouvrir de nouveaux horizons pour la coopération entre les deux pays, à renforcer leur amitié et leur coopération dans le cadre d’une nouvelle vision des relations bilatérales » et « dans le respect de la souveraineté nationale » précisait le texte de l’accord.

Mario Monti était  arrivé en Libye à la tête d’une importante délégation, comprenant ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense … ainsi que le dirigeant du géant pétrolier italien ENI, Paolo Scaroni. Ce dernier avait alors « profité de l ’occasion » pour indiquer que la compagnie était presque revenue à son niveau de production d’avant-guerre sur le territoire libyen, avec 270.000 barils par jour contre 280.000 avant la révolution.

M. Monti avait également affirmé que son pays était prêt à assister la Libye dans sa reconstruction et sa stabilisation démocratique, tout en se disant prêt à réactiver la coopération entre les deux pays dans la lutte contre l’immigration illégale. Rappelant ainsi à demi-mots le traité d’amitié signé en 2008 entre le colonel Kadhafi et le chef du gouvernement italien d’alors, Silvio Berlusconi. Lequel prévoyait notamment des investissements italiens en Libye à hauteur de 5 milliards de dollars dont la construction, pour environ 3 milliards de dollars, d’une autoroute littorale de 1.700 km. En contrepartie, le régime de Tripoli s’était engagé à limiter l’immigration clandestine. Le traité avait conduit à une chute de 94% de l’immigration illégale vers le sud de l’Italie ….

Désormais, le gouvernement d’union – soutenu par la compagnie nationale pétrolière libyenne – entend relancer  l’exploitation pétrolière, secteur clé de l’économie du pays, après de fortes baisses de production, histoire notamment de reconstruire sa manne pétrolière lui permettant d’asseoir son pouvoir.

- Le pétrole, le poumon noir de la Libye 

A l’heure actuelle, la Libye produit autour de 600.000 barils par jour et compte bien doubler sa production en 2017.   Rappelons qu’avant la chute du régime de Kadhafi en 2011, le pays produisait 1,6 million de barils par jour. Mais depuis, le pays a sombré dans le chaos tant politique que sécuritaire. Dans un tel contexte, il éprouve d’immenses difficultés à exploiter ses ressources pétrolières et à pouvoir en profiter pleinement, une situation qui a conduit son économie au bord de l’effondrement.

Démontrant s’il en était besoin le lien intime entre politique, économie, pétrole et tensions internes en Libye, le directeur de la Compagnie nationale de pétrole (NOC) libyenne, Mustafa Sanalla, avait tenu à souligner  en novembre dernier que le pétrole libyen pouvait « être un vecteur d’unité si on lui permet de couler librement ». Quand le contrôle du flux migratoire permet de contrôler le flux pétrolier.

Sources : AFP, Reuters

Elisabeth Studer – 5 février 2017 – www.leblogfinance.com

 

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08 février 2017

Il y a 140 ans la Commune de Paris : république sociale ou république démocratique.

 

« L'antithèse directe de l'Empire fut la Commune. Si le prolétariat de Paris avait fait la révolution de Février au cri de « Vive la République sociale », ce cri n'exprimait guère qu'une vague aspiration à une république qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-même. La Commune fut la forme positive de cette république. » ( la guerre civile en France La commune de 1871)

une_barricade_19_mars_1871_arnaud_durbec_450pixLa Commune de Paris fut proclamée le 28 mars 1871, sont principal objectif était de résoudre la question sociale par la mise en place d' une république sociale. Toutes les mesures prises par la commune allaient dans ce sens . Au moment ou les médias nous gargarisent avec « les révolutions démocratiques » du monde arabe, où il faudrait de nouveau démocratiser la démocratie. Le 140' anniversaire de la commune doit être l' occasion de mettre en exergue ce qui distingue la Commune de la république bourgeoise, celle du citoyen égoïste, fêté les 14 juillet par un défilé militaire, de celle sociale d' une république universelle.

La Commune de 1871, s'inscrit dans la continuité de l' élan républicain de la première République et du gouvernement révolutionnaire de la commune de Paris de (1792), ainsi que de l' insurrection de juin 1848 réprimée dans le sang par le gouvernement de la deuxième république. C 'est depuis cette date d' ailleurs que le drapeau rouge, devient celui du peuple car il va symboliser le sang du peuple ouvrier.

Malgré sa réaction patriotique à l' occupation prussienne, toujours mise en avant par la bourgeoisie, la Commune de 1871 ne leva pas le drapeau bleu blanc rouge des versaillais qui allaient les écraser et les déporter. Elle leva le drapeau rouge du sang des communards. La commune fut aussi internationaliste, elle était constitué de combattants de plusieurs nationalités. Un révolutionnaire polonais (Dombrowicz) fut élu à la direction de la milice.

La commune fut un mouvement d' auto -émancipation, d' auto-organisation, qui ne laissa aucun parti , aucune avant garde se substituer aux classes populaires. Les représentants de la Commune étaient directement élus et révocables à tout instant.

La Commune, était principalement animée, par des blanquistes , des proudhoniens, des libertaires, des jacobins, et des partisans de Marx. Tous agissaient en commun en se respectant, car il avait un même objectif l' émancipation sociale et l' abolition des privilèges de classe.

Ils appartient au minimum aux organisations révolutionnaires de célébrer en manifestant la Commune de Paris Drapeau Rouge et noir à la main, pour le moment il n'y a que quelques initiatives organisées par les amis de la Commune de Paris (1871). Au moment ou la communauté bourgeoise celle des droits de l' homme se gargarise des mots de liberté, d' égalité et de fraternité contre les tyrans ex démocrate d' hier, il nous faut se souvenir qu'il y a 140 ans, c' est la république sociale que la commune revendiquait contre celle des versaillais.

On parle beaucoup en France de la remise en cause, des acquis du CNR Comité National de la Résistance qui allait remettre la « France «  au travail, mais actuellement ce n' est pas seulement les acquis du CNR, de 1936, de mai 68 qui sont remis en cause par le gouvernement Sarkosy, se sont aussi les acquis de la Commune.

Pour en savoir plus sur Les Communes

1871 La guerre civile en France [Marx]

1871-04 Manifeste (à Rouen) en faveur de la Commune de Paris

1876 Histoire de la Commune de 1871 [Lissagaray]

 

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06 février 2017

INFOBREF N°476-Chine, Bolivie,retraite universelle et digital

INFOBREF N°476

Le prix du baril plombé par des craintes d’un regain du pétrole de schiste US

18 janvier 2017-Le prix du baril a nettement chuté mercredi à New-York, les investisseurs redoutant un regain massif de la production américaine de pétrole de schiste. Une telle situation rendrait en effet de facto inutiles les efforts déployés par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires pour réduire sa production.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le prix du baril de « light sweet crude » (WTI) a ainsi reculé de 1,40 dollar à 51,08 dollars sur le contrat pour livraison en février.

Les marchés auront en grande partie réagi aux déclarations du directeur de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) indiquant que la production de pétrole de schiste allait être revigorée par le niveau plus élevé des cours. Les analystes estiment en effet qu’à un niveau de 56 ou de 57 dollars le baril, la production de bon nombre de gisements US devient nettement intéressante. Un seuil atteint par le cours du brut la semaine dernière à Londres, le prix du baril s’en approchant parallèlement à New York.

La conclusion par l’Opep d’accords de réduction de la production en partenariat avec d’autres pays producteurs – dont notamment la Russie – a engendré un rebond des prix fin 2016. Les mesures prises auront a permis au baril de repasser au dessus des 50 dollars.

Reste que les Etats-Unis ne sont pas signataires de l’entente, de ce fait, les opérateurs privés qui extraient du pétrole de schiste sont libres de profiter de la hausse des prix pour relancer une production de pétrole de schiste plus onéreuse.

Dans ses estimations publiées mardi, le département américain de l’Energie (DoE) lui-même anticipe d’ores et déjà un rebond de la production de pétrole pour le mois de février en ce qui concerne les régions des Etats-Unis les plus dynamiques pour la production de pétrole et notamment de pétrole de schiste.

Sources : AFP, Nymex

Elisabeth Studer – 18 janvier 2017 – www.leblogfinance.com



Le pétrole, 1ère source d'énergie dans le monde, satisfait 32,57 % des besoins énergétiques et reste la source d'énergie la plus utilisée dans les transports et la pétrochimie, mais ne représente que 4,6 % de l'électricité mondiale. La consommation mondiale de pétrole représente 97,4 millions de barils par jour (mbj) en 2017 (dont 57 mbj par les pays hors OPEP), soit l'équivalent de 1.127 barils ou 179.000 litres par seconde.  

 

De la Chine à la Bolivie, les forçats du charbon triment toujours

15 septembre 2016,

http://theconversation.com/de-la-chine-a-la-bolivie-les-forcats-du-charbon-triment-toujours-65362

Auteur Diana Cooper-Richet

Chercheur au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines – Université Paris-Saclay

Déclaration d’intérêts

Diana Cooper-Richet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.



Une équipe de secouristes intervenant en 2008 à Xiaoyi après une explosion dans une mine.

En France, où l’extraction du charbon s’est arrêtée en avril 2004 avec la dernière descente à la Houve en Lorraine, le charbon fait encore et toujours parler de lui, comme ailleurs dans le monde.

N’a-t-on pas découvert, il y a quelques années, entre les villages de Cossaye et de Lucenay-les-Aix (Nièvre), dans le prolongement de l’ancien bassin de La Machine, le plus grand gisement d’Europe ? En 2009, le gouvernement et son ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo ont dit non au projet d’exploitation de ces 250 000 millions de tonnes de houille.

En 2014 la proposition faite, par une société australienne, pour transformer ce charbon en gaz, n’a pas été retenue non plus. Il n’en reste pas moins que nombre de locaux craignent l’éventuelle mise en route d’un gigantesque chantier dans la région.

Quand le sol se dérobe

Conscients des ravages qu’une exploitation minière peut causer sur le cadre naturel et le bâti, ils redoutent sans doute de voir, comme dans le Pas-de-Calais, à Auboué et à Moyeuvre Grande en Lorraine ou à Noyant d’Allier, leurs maisons se fissurer, voire s’affaisser sous l’effet des vides laissés par l’extraction de l’or noir dans lesquels l’eau s’est infiltrée.

Aujourd’hui, en Chine, des villes entières sont menacées. Après trente ans d’exploitation dans la province septentrionale du Shanxi, 655 000 habitants doivent être relogés avant la fin de l’année 2017, leurs habitations s’enfonçant inexorablement dans le sol.

Dans de nombreuses mines de l’empire du Milieu et dans certains pays d’Amérique latine comme la Bolivie, l’exploitation des richesses souterraines se poursuit à grande échelle dans des conditions sans doute comparables à celles décrites par Émile Zola, en 1885, dans Germinal. Les hommes qui y travaillent ne sont pas seulement confrontés à l’effondrement de leurs habitations, si modestes soient-elles. Leurs conditions de vie et de travail sont le plus souvent désastreuses.

Dans La Ville noire (1860), roman prémonitoire, George Sand avait choisi de planter son décor dans une cité minière du centre de la France où la poussière de charbon s’infiltre dans les moindres recoins, recouvre les maisons, les arbres, les rues, noircit les cours d’eau. Jusqu’à une date relativement récente, rares ont été les observateurs, les acteurs et même les historiens de la mine à s’intéresser aux dégâts causés, à l’environnement, par l’exploitation de minerais.

Conflits meurtriers

Depuis la mi-août plus de 1 500 mineurs de la China Coal Pingshuo Co. Ltd, une entreprise d’État, sont en grève pour protester contre les déductions non justifiées constatées sur leurs feuilles de paye, obtenir une protection sociale digne de ce nom, mais également réclamer la libération de leurs camarades détenus après les graves heurts qui se sont produits avec la police.

Au même moment, le président bolivien a accusé les mineurs de tentative de coup d’État après le décès du vice-ministre de l’Intérieur Rodolfo Illanes, roué de coups en tentant une médiation auprès des « gueules noires » en grève.

Là, comme en Chine, la violence est extrême dans les bassins. L’arme des mineurs en colère est la dynamite qu’ils utilisent, au fond, pour le foudroyage. Les 100 000 ouvriers des coopératives minières boliviennes, qui n’ont de coopératif que le nom, travaillent dans des veines de très mauvaise qualité. Ils sont exploités et n’ont pas le droit de se syndiquer.

Situation extrême en Mongolie

Dans les mines – souvent illégales – de Mongolie intérieure, celles qui approvisionnent Pékin en charbon, la violence ouvrière atteint des sommets. Dix-sept mineurs, sur un total de soixante-quatorze suspects, ont été reconnus coupables d’avoir assassiné certains de leurs camarades, puis d’avoir maquillé leur forfait en accident du travail.

C’est en se faisant passer pour des parents des victimes qu’ils ont obtenu le versement d’indemnités. Lorsque des mineurs déclarés morts ont été repérés vivants, le petit gang d’anciens paysans originaires de Zhaotong (Yunnan) a été démasqué. Ils sont soupçonnés d’avoir tués en série, d’avoir carbonisé les corps avant d’en disperser les cendres, reproduisant ainsi un fait divers des années 1990, qui a lui-même a inspiré Li Yang pour son un film Blind Shaft (2003).

 

Bande-annonce de «Blind Shaft» (Chine et films, 2014).

La chasse aux mines illégales

En Chine, Greenpeace a récemment découvert trois mines illégales – d’antimoine, de tungstène et de molybdène – à Shangri-La (Yunnan), sur le site des trois fleuves parallèles (Yangtzé, Mékong et Nü) classé au Patrimoine mondial par l’Unesco.

Responsables de la déforestation de la zone, menaçant de provoquer des glissements de terrain, elles rejettent leurs déchets dans la nature. Depuis peu, les autorités chinoises s’efforcent d’améliorer la situation dans les mines et de veiller à un meilleur respect de l’environnement. Le gouvernement vient, ainsi, de décider la fermeture de quinze mines dans le Shanxi. Il compte, dans les prochains mois, mettre un terme à mille exploitations supplémentaires.

Si bien des mineurs, privés de travail, regrettent la fermeture des puits, les mines n’en demeurent pas moins, aujourd’hui encore, l’une des industries les plus polluantes et les plus meurtrières au monde.

 

 

Comment l’Allemagne tente de maîtriser la digitalisation de son économie

22 décembre 2016 Par Thomas Schnee

 Réunis la semaine dernière à Berlin pour une « conférence franco-allemande du numérique » et l’annonce d’un fonds d’un milliard d’euros pour soutenir le développement de start-up, les dirigeants des deux pays n’ont pas évoqué la maîtrise sociale de l’évolution d’une économie qui, outre-Rhin, pourrait déboucher sur un déraillement social sans précédent.  

 Et une grève « invisible » de plus chez Amazon Deutschland. La semaine dernière, et comme c’est régulièrement le cas depuis cinq ans, le syndicat allemand des services Verdi a lancé un mouvement de grève dans la filiale allemande du géant de la vente en ligne. Il exige que ce dernier cesse d’entraver le travail des représentants des salariés et s’aligne sur les salaires de l’accord collectif du commerce. « Environ 20 à 30 % des salariés y participent à chaque fois », explique-t-on chez Verdi, soit 2 000 à 3 000 des 10 000 salariés allemands. Pourtant, malgré cette mobilisation, et grâce au haut niveau de mécanisation et de digitalisation de l’entreprise, peu de clients remarquent ces grèves régulières, qui n’entament qu’à peine le rythme de livraison de la multinationale.

 « Amazon a prévu et intégré cela depuis longtemps dans son fonctionnement », précise Gerrit Heinemann, professeur de l’Université du Bas-Rhin (Krefeld) et spécialiste de e-commerce. Ce qu’un professeur du département « Robotics and Biology » de l’Université technique de Berlin confirme : « Ils ont investi des milliards dans l’automatisation de leurs centres. Presque tout peut être fait par les robots. Aujourd’hui, il manque encore le mouvement du bras qui repère et prend des produits très différents dans des étagères pour les mettre dans les paquets. C’est un mouvement délicat et difficile à reproduire. Mais nous avons réussi à le faire et nous avons gagné le “Amazon Picking Challenge" l’année dernière », explique-t-il fièrement. 

 Outre-Rhin, pays de la machine-outil et de la mécanique par excellence, la robotisation et la numérisation des bureaux et des usines concernent toujours plus d’entreprises et de salariés. « Quand j’ai commencé chez Adidas en 1987, la production venait tout juste d’être délocalisée en Asie. Aujourd’hui, la boucle est bouclée. Elle revient en Europe », se félicitait l’ancien patron d’Adidas Herbert Hainer, en présentant fin mai dernier, à Ansbach près de Nuremberg, les deux lignes de production expérimentales qui composeront bientôt la nouvelle « Speedfactory » d’Adidas. Installés dans une halle immaculée, plusieurs robots et imprimantes industrielles 3D qui communiquent entre eux, produisent des chaussures de sport sans aucune intervention humaine. À partir de 2017, Adidas espère fabriquer ainsi 1 million de paires par an. C’est peu par rapport aux 300 millions de paires vendues chaque année par la marque aux trois bandes. Mais c’est un début prometteur pour un mode de fabrication qui va abaisser les coûts de production, réduire le transport et le stockage et garantir la flexibilité demandée par le commerce en ligne.

 

Le robot speedfactory © Adidas Le robot speedfactory © Adidas

 Très médiatisé, le cas de la « Speedfactory » n’est que l’un des signes d’une tendance de fond. Le bras de fer qui a opposé une partie de l’année la société chinoise Midea au principal fabricant allemand de robots industriels Kuka, au détriment de ce dernier qui va devenir chinois, en est un autre. Début 2016, Volkswagen est entré dans l’actionnariat du Centre allemand de recherches sur l’intelligence artificielle (DFKI) qui, avec 800 chercheurs, est l’un des plus gros centres privé-public de ce genre au monde. « Les robots utilisés chez Volkswagen travaillent en moyenne 35 000 heures pour un coût total de 100 000 à 200 000 euros, soit un coût horaire de 3 à 6 euros, maintenance et consommation électrique comprises ! », explique Horst Neumann, l’ancien directeur du personnel de VW et co-initiateur du projet. Pour Volkswagen, qui évoque des coûts horaires humains oscillant entre 11 euros en Asie et 50 euros en Allemagne, un robot capable de travailler à ce prix, 20 heures par jour et sans se plaindre, dispose donc d’un avantage irrattrapable. 

 La robotisation et la digitalisation commencent aussi à avoir un impact énorme sur les modes de production, les rythmes de travail et même la structure des entreprises. Le constructeur automobile Audi vient par exemple de faire savoir qu’il expérimentait sérieusement la suppression des traditionnelles chaînes de production inventées par Henry Ford en 1913. Dans son usine de moteurs à Györ en Hongrie, Audi va expérimenter en grandeur réelle « l’assemblage modulaire ». À l’avenir, les véhicules seront construits sur des « îlots de montage » spécialisés sur le montage d’éléments précis. Les carrosseries et les pièces seront transportées d’un îlot à l’autre par des chariots robots autonomes et connectés. L’avantage de ce nouveau système très flexible ? Il permettra de produire des voitures toujours plus individualisées tout en maintenant le rythme et la fluidité de la production.

 Dans les bureaux, la révolution est également en marche. Pour la maîtriser, les dirigeants d'entreprise entendent attirer et conserver les meilleurs éléments, ou encore améliorer la créativité de leurs salariés avec de meilleures conditions de travail et la possibilité de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Cependant, les expérimentations à petite échelle sont pour l'heure privilégiées, plutôt que de bouleverser brutalement leurs méthodes. Comme chez Adidas. Dans la mode sportive, une couleur, un slogan, une innovation ou un élément de design peuvent déterminer le succès mondial ou l’échec d’un produit. L’entreprise a donc fait construire « Pitch », un immeuble-laboratoire conçu pour « inventer de nouvelles organisations du travail plus créatives ».

 Les trois étages du bâtiment installé à Herzogenaurach, ont été aménagés en fonction de concepts organisationnels différents. Seuls points communs entre les étages : on y trouve de grands casiers numérotés pour conserver son ordinateur et ses documents. Car aucun des 300 salariés qui occupent « Pitch » n’a de bureau fixe. Par ailleurs, chaque salarié a reçu un casque multimédia qui communique avec les différents objets connectés de l’immeuble. Diffuser une vidéo se fait par commande vocale. Les notes manuscrites jetées sur le « whiteboard » d’une salle de réunion peuvent aussi être mises au propre et transférées vers les ordinateurs des participants. Le bilan de l’expérience est actuellement en cours et les meilleurs modèles de travail seront étendus à la majorité des départements d’Adidas.

« Bienveillance méfiante » des syndicats

 Continental, le fabricant de pneus et de pièces détachées pour l’automobile, préfère pour sa part agir sur le temps de travail à grande échelle. Il propose le passage au travail mobile à 90 % de ses 200 000 salariés (21 pays). La nouveauté : l’offre est vraiment à la carte et n’impose aucune limite minimale de temps de travail à passer au bureau. « Nous pensons qu’il est temps de voir les choses en grand et à long terme. Ce sera aux filiales et à leurs sites de décider de leurs limites nationales ou locales. Sur certains sites urbains, cela peut permettre de contourner le problème des déplacements et des embouteillages. Sur d’autres, c’est plutôt la question de la compatibilité vie privée-vie professionnelle qui comptera. C’est à eux de voir », explique M. Siebels, vice-président du département des relations du travail, chargé de mettre en place cet accord au niveau mondial d’ici à avril 2017. « Nous voulons de notre côté instaurer une culture de la confiance et de la responsabilité. Notre objectif premier est d’offrir un espace de travail qui tienne compte des besoins et des désirs de nos salariés et qui nous permettent ainsi d’attirer les meilleurs éléments », poursuit-il.

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Souvent pionnier, l’équipementier automobile et producteur d’électroménager Bosch, a placé la barre un peu plus haut avec le programme « Next Generation Workplace ». Celui-ci consiste à installer une nouvelle base de logiciels sur les 240 000 postes de travail fixes et mobiles que compte l’entreprise dans le monde entier. Cet ensemble de logiciels est conçu pour faciliter la mise en réseau et simplifier les processus d’échanges et de consultations dans et hors de l’entreprise.

 

La logique de fonctionnement de l’ensemble s’approche de celle des réseaux sociaux privés. Cependant, pour une entreprise comme Bosch, qui a mis en place près de 100 modèles de temps de travail, et qui pratique la « job rotation » avec son management, ou encore le « home office » avec ses salariés, “Next Generation Workplace” ne consiste pas simplement en l’installation de quelques petits logiciels malins et pratiques pour améliorer le travail au quotidien. C’est au contraire la base indispensable qui va permettre à l’entreprise de révolutionner son organisation du travail, afin de mettre en œuvre une organisation mondiale plus souple et plus individualisée et qui peut contribuer, explique-t-on chez Bosch, « à créer des espaces de liberté et de réflexion profitables tant à l’entreprise qu’à l’individu ».

 

À envisager toutes ces évolutions, il est facile de prédire que la robotisation et la digitalisation des entreprises vont avoir un impact considérable sur l’emploi. Certes, les évaluations actuelles sont encore fragiles et incertaines. Mais elles ne rassurent guère, à l'instar de l'étude présentée en janvier dernier au Sommet de Davos. Celle-ci évalue que le nombre d’emplois détruits par cette « révolution » dans les pays industrialisés sera d’environ 7,1 millions, contre seulement 2,1 millions d’emplois créés. Rien ne dit que ces prévisions se vérifieront. Il est cependant significatif de voir qu’aujourd’hui le patron de Siemens Joe Kaeser, ou encore l’économiste libéral allemand Thomas Straubhaar, prêchent en faveur de la création d’un salaire minimum universel, meilleur moyen à leurs yeux d’assurer la transition d’un modèle économique à un autre sans trop de casse sociale. 

 

Forcément, les menaces qui pèsent sur l’emploi s’accompagnent de très fortes pressions dérégulatrices. « Nous n’allons pas enterrer la journée de huit heures. Mais le temps de travail à la carte va continuer à se développer. Savoir à quelle heure je travaille, ce n’est plus très important », déclarait en 2015 Ulrich Grillo, le patron de la Fédération de l’industrie allemande (BDI). Derrière ces propos anodins, une offensive de grande envergure en faveur d’une modification en profondeur du cadre du travail se dissimule, le tout au nom de « la digitalisation de l’économie allemande ».

 

Le BDI et le BDA (les deux principales fédérations patronales allemands) estiment que la digitalisation va accentuer la spécialisation et la division du travail. Ce qui va renforcer la sous-traitance et conduire à de « formidables gains de flexibilité ». Idéalement, ces gains doivent permettre aux salariés de mieux « maîtriser leur emploi du temps ». En clair, les salariés pourront mieux choisir leur temps de travail en fonction des objectifs à remplir et de leurs contraintes privées. Cependant, « les formes de travail qui vont apparaître ne doivent pas être limitées par un excès de régulation », précise les organismes d'employeurs. Il faut limiter le « potentiel de freinage des syndicats », précisent les auteurs.

 

Face à ces demandes, les syndicats allemands mettent en garde contre une évolution qui pourrait transformer « chaque salarié en petit entrepreneur » et conduire à la désagrégation des standards sociaux et de la protection du travail. Par ailleurs, le salarié « libéré » qui travaille un ou deux jours par semaine à la maison, est soumis au risque de ne plus faire la différence entre vie privée et vie professionnelle. « Le danger que le salarié laissé à lui-même en fasse plus est évidemment réel. Le fait qu’il devienne aussi pour une partie de son temps son propre “surveillant” est problématique car il ne se rend plus forcément compte de ses limites et du moment où il les dépasse », relève Wilhelm Bauer, directeur de l’Institut Fraunhofer pour les sciences et l’organisation du travail.

 

Jörg Hofmann © Reuters Jörg Hofmann © Reuters

Pour le président du syndicat IG Metall Jörg Hofmann, « le niveau des performances exigées dans le monde de l’entreprise a énormément augmenté ces dernières années ». Il estime ainsi que, « logiquement, le stress et les maladies psychosomatiques ont suivi le mouvement. L’évolution du temps de travail est devenue une des principales préoccupations de nos adhérents. Et les employeurs doivent comprendre que la flexibilisation du temps de travail ne peut se faire sans contrepartie. En retour, les salariés doivent obtenir la possibilité de mieux co-décider en la matière ». Vis-à-vis du développement de ces nouvelles organisations du travail issues de la numérisation et de la robotisation, la position officielle du syndicat est donc marquée par une « bienveillance méfiante ».

 

« L’utilisation des robots offre la chance d’améliorer la compétitivité et de sécuriser l’emploi…, déclarait M. Hoffmann récemment en évoquant une dimension plus internationale du problème. Mais il faut faire évoluer les métiers et les tâches des salariés. L’homme ne doit pas devenir l’assistant du robot. Pour cela, de nouvelles qualifications sont nécessaires. » En effet, si l’on peut considérer que la riche Allemagne devrait avoir les moyens de former sa main-d’œuvre et de s’adapter à la nouvelle donne, il n’en sera pas de même pour des pays sous-industrialisés et à la main-d’œuvre peu ou mal qualifiée. « Le Bangladesh, le Vietnam ou encore le Pérou et le Brésil, risquent d’être les vraies victimes des progrès de la robotisation », prévient M. Hoffmann.   

 

Pour Simone Hofstetter, auteure à succès et chef d’une PME spécialisée sur l’intelligence artificielle et la digitalisation de l’entreprise, le phénomène menace clairement l’équilibre social de nos sociétés. « Prenons les États-Unis, on peut clairement voir qu’une fracture est en train de s’y dessiner : la part du travail humain sur le produit social brut est toujours plus petite, pendant que celle du capital et de son substitut – les machines – augmente », prévient-elle en estimant que cela fait trop longtemps que cette révolution est dictée par les grandes multinationales et qu’il serait temps que la société civile et les gouvernement reprennent la main sur le sujet.

 

Ne pas perdre la main, c’est ce que souhaite ardemment la ministre sociale-démocrate Andrea Nahles, qui vient de présenter un livre blanc sur le « Travail 4.0 », où toute proposition énoncée se base sur des solutions négociées entre les partenaires sociaux. Également au programme, la création d’un compte formation, utilisable tout au long de la vie professionnelle et majoritairement abondé par l’État. « Nous avons besoin d’un nouveau compromis entre sécurité et flexibilité. D’un côté, les employeurs sont toujours plus soumis à la concurrence internationale et les exigences des clients sont volatiles. De l’autre, les salariés ont d’autres désirs. Ils préfèrent être à l’heure chez eux, quitte à s’asseoir à leur bureau pour travailler encore un peu à la maison », explique la ministre. Et de penser que l’Allemagne peut « mieux maîtriser la révolution numérique grâce au partenariat social et à l’économie sociale de marché, qui doivent représenter une alternative claire à certains des modèles exploiteurs venus de la Silicon Valley. Nous ne devons cependant ne pas oublier une chose : la révolution numérique arrive plus vite que beaucoup ne le pensent. Nous n’avons pas de temps à gaspiller.

 

 

 

La CFR pour un régime universel de retraite

Partant du constat que nos régimes de retraite sont en déséquilibre chronique et nécessitent en permanence des ajustements et que par ailleurs, malgré les efforts de convergence, des inégalités importantes entre catégories sociales persistent, la CFR réfléchit depuis près de dix ans sur un projet de réforme systémique.

Elle a écouté ce que disent les spécialistes, regardé ce que certains pays ont osé faire et s’est convaincue que la multiplicité de nos régimes de retraite devait céder la place à un régime universel de retraite.

Un régime universel c’est à dire un régime qui s’applique à chacun quelle que soit sa catégorie professionnelle.

Pourquoi un tel régime ? Parce que c’est le seul moyen de préserver le système de retraite par répartition auquel notre pays est très attaché. Parce que seul un système préservant l’équité entre tous est acceptable.

Il s’agit d’un projet ambitieux qui remet en cause nos organisations et dont on ne doit pas cacher les difficultés de mise en œuvre. Il nous a cependant paru indispensable d’enfermer sa réalisation dans un délai contraignant que nous avons fixé à cinq ans, délai pendant lequel les concertations indispensables et les études techniques devront se dérouler.

Ce régime applicable à tous ne doit cependant pas méconnaître la réalité des différentes professions non salariées et c’est à cotisations égales qu’il procurera des droits égaux.

Ce nouveau régime devra enfin tenir compte d’objectifs en termes de niveaux de revenus de remplacement.

La CFR, pour concrétiser son projet a rédigé ce qui pourrait être le texte de loi fondateur de ce nouveau régime. Elle le propose à la réflexion des décideurs.

Télécharger le Projet de loi portant création d’un régime de retraite universel

 

 

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TRAVAILLER EN RUSSIE

Paru dans Echanges N°157

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On comprendra que nous ne donnions pas de précisions sur l’origine de ce texte qui vient d’Ukraine, en langue anglaise. Il nous a paru intéressant de le communiquer, malgré ses quelques imprécisions, en raison du peu d’informations sur ce sujet.

Il n’a jamais été facile d’être un travailleur ordinaire en Russie ou en Union soviétique. Dans le « Paradis des travailleurs », les travailleurs se sont toujours trouvés au bas de l’échelle. Antérieurement, ils étaient paysans ou serfs et ne possédaient ni terres ni droits. Les serfs comptaient pour un tiers environ de la population russe ou pour environ la moitié de la paysannerie. Le servage remontait à 1649 et à l’introduction d’un code de loi du Tsar qui conférait au propriétaire terrien une autorité totale pour contrôler de la vie et le travail des serfs qui vivaient sur ses terres ; y compris le pouvoir de leur interdire de partir ailleurs.

En 1861, Alexandre II proclama sa Déclaration d’émancipation qui proposait les 17 lois émancipant les serfs de Russie. Alexandre annonça l’abolition du servage personnel et autorisa tous les paysans à acheter de la terre à leurs propriétaires. L’Etat avancerait l’argent aux propriétaires et le récupérerait auprès des paysans en quarante-neuf annuités connues sous le nom de paiements de rachat. Les paysans et leurs enfants durent financer leur propre émancipation. A l’époque de l’émancipation des serfs, la Russie comptait soixante-sept millions d’habitants. Vingt-trois millions de serfs appartenaient à 103 000 propriétaires terriens. Les inspecteurs du Tsar évaluèrent les terres arables que la paysannerie émancipée devait louer ou acheter au double de leur valeur réelle (342 millions de roubles au lieu de 180 millions) ; les serfs récemment émancipés découvrirent qu’en devenant des hommes libres, ils s’étaient désespérément endettés. Leurs enfants héritèrent de leurs dettes.

La collectivisation

Après la guerre civile russe, les Bolcheviks s’emparèrent de l’ancien Etat russe. Dans la nouvelle Union soviétique, la plupart des terres appartenant aux anciens serfs furent reprises sous le contrôle de l’Etat au cours d’un processus de collectivisation. Dans des régions comme l’Ukraine, la collectivisation fut encore plus dévastatrice. Entre 1932 et 1934, le gouvernement soviétique s’engagea délibérément dans un programme génocidaire à l’encontre des Ukrainiens. En ukrainien, on l’appela l’ « Holodomor ».

L’Holodomor est la famine qui frappa l’Ukraine soviétique pendant la saison agricole de 1932-1933, tandis que d’autres famines dévastaient également plusieurs autres régions de l’URSS. L’Holodomor anéantit la population rurale de la République socialiste soviétique d’Ukraine, et on la considère comme l’une des plus grandes catastrophes nationales de l’histoire moderne de la nation ukrainienne. On estime le nombre total de victimes en Ukraine soviétique entre 7 millions et 7 millions et demi, bien que les médias avancent des chiffres beaucoup plus élevés lors de débats politiques.

Dès la fin de 1932, les Ukrainiens mouraient de faim par milliers. Les usines fermaient, les transports se raréfiaient et les champs n’étaient plus cultivés. La Guépéou construisit des barricades pour empêcher les paysans de s’enfuir ; il fallait des papiers spéciaux pour voyager. Tous les étrangers étaient interdits de séjour en Ukraine et les journalistes étrangers menacés d’arrestation immédiate.

Pendant cette famine, les autorités soviétiques continuèrent à exporter du blé tandis que les Ukrainiens mouraient de faim, étaient emprisonnés et exilés. Dès la fin de 1933, plus de 7 millions et demi d’Ukrainiens étaient morts, la plupart de faim ou de maladies associées.

Le système de travail soviétique

En Union soviétique, tous ceux qui ne travaillaient pas dans l’agriculture devinrent travailleurs de l’Etat-employeur ; un Etat qui accordait plus d’importance à la production qu’aux droits des travailleurs. A cause de la révolution, la Russie était passée du néo-féodalisme au communisme sans passer par le pluralisme économique. C’est la principale faiblesse de l’histoire économique russe, dans laquelle un parti fort ou un groupe domine un Etat faible. Le Parti communiste usait de son contrôle politique pour superviser les fonctions d’une bureaucratie d’Etat parallèle. Sa faiblesse fondamentale fut de substituer les buts du parti à l’efficacité du système. Le contrôle administratif centralisé du système dépendait de personnes qui n’avaient aucune expérience en la matière et la taille même du pays qu’ils gouvernaient ralentissait et déformait les informations qui leur parvenaient.

L’un des facteurs d’échec de cette structure fut sa méthode de stimulation. On récompensait la réalisation des tâches, des projets et des instructions venus d’en haut, quelle que soit leur utilité ou leur pertinence locale. S’il fallait choisir entre se conformer aux exigences et aux quotas ou être efficace et respecter les règles locales, les fonctionnaires choisissaient la première solution.

Il était fréquent qu’on amène des « travailleurs de choc » (udarniki), des gens qui travaillaient extrêmement rapidement, pour fixer le temps de travail nécessaire à une tâche ou dans un atelier. Ces udarniki travaillaient à la limite de leurs forces pendant quelques jours, afin que leur cadence devienne la norme pour tous les autres travailleurs dans un avenir prévisible. Au bout de quelques jours, on les emmenait ailleurs où ils recommençaient. Les travailleurs ordinaires étaient incapables de se conformer aux quotas basés sur leur cadence de travail abusive.

En 1935, on instaura une pratique encore plus étrange lorsque Aleksei Grigorievich Stakhanov réussit à extraire 102 tonnes de charbon en moins de six heures de travail (14 fois son quota). Les communistes instaurèrent un Mouvement stakhanoviste qui fit des émules dans toute la Russie. Les communistes ne tardèrent pas à encourager le Mouvement stakhanoviste par le biais de « l’émulation socialiste » qui produisit des dvukhsotniki (des travailleurs capables de remplir deux fois leur quota en un seul quart) et même des tysyachniki (travailleurs capables de remplir dix fois leur quota en un seul quart). Après la mort de Staline, on dénonça le caractère frauduleux de cette folie, mais elle trouve encore un écho dans les entreprises en Russie.

Les planificateurs et les directeurs d’usines à tous les niveaux voyaient très clairement que l’efficacité soviétique n’était qu’une mascarade, mais on maintint la fiction car les conséquences de l’échec étaient très graves pour les responsables.

Les syndicats soviétiques

Dans le système soviétique, les travailleurs n’avaient pas le droit de s’engager dans une action politique indépendante, et leurs syndicats constituaient l’un des moyens de les en empêcher. Les syndicats soviétiques faisaient partie de l’appareil de l’Etat et du Parti. Les syndicats officiels fonctionnaient en tant que branches du gouvernement. Leur devoir principal consistait à s’assurer de l’exécution des divers « Plans ». C’étaient des « courroies de transmission » entre le gouvernement et les travailleurs. La nomenklatura choisissait leurs chefs et leur fonction première consistait à améliorer la productivité du travail et non à promouvoir les intérêts des travailleurs. Puisque en théorie l’Etat appartenait à la classe ouvrière, ses intérêts étaient intrinsèquement identiques à ceux de l’Etat. Les travailleurs ne pouvaient pas se mettre en grève car c’était faire grève contre eux-mêmes.

Dans le système soviétique et les autres systèmes communistes, les syndicats ne jouaient pas le même rôle qu’à l’Ouest. Les syndicats soviétiques étaient très nettement liés à l’Etat. C’étaient des corps organisés par le gouvernement, contrôlés par l’Etat, qui remplissaient une « double fonction ». Ils avaient une fonction de gestion et d’administration et étaient également chargés de protéger et de défendre les intérêts des travailleurs. Ils étaient conçus à la fois pour représenter les travailleurs et pour accroître la productivité. Les syndicats contrôlaient le logement, les crèches, la santé, l’accès aux lieux de villégiature, de loisirs et lieux culturels et, non moins important, les fonds de la sécurité sociale et des retraites (1).

La classe ouvrière soviétique avait conclu un accord tacite par lequel elle troquait sa sécurité collective contre sa docilité politique, un « contrat social ». Selon ce contrat, le régime promettait le plein emploi pérenne, la modération et la stabilité des prix des produits de première nécessité, un large éventail de services sociaux gratuits (crèches, hôpitaux, écoles, etc.) et une politique salariale égalitaire. En échange de la sécurité économique collective, les travailleurs acceptaient le monopole du Parti pour représenter leurs intérêts, acquiesçait à l’économie centralisée et planifiée ainsi qu’aux diktats du système autoritaire. L’érosion de ce contrat social au cours de la période soviétique tardive aboutit à un système dans lequel les valeurs partagées régressèrent. L’absence de consensus ou d’une tradition de débat sur ce qu’une société ou un gouvernement devrait ou ne devrait pas faire entraîna une hausse dramatique de l’agitation ouvrière et de l’activisme politique (2).

Les syndicats étaient organisés sur une base industrielle par opposition à une base prenant en compte les branches de métiers. Quinze syndicats industriels étaient affiliés à l’organisation syndicale centralisée, le Conseil central des syndicats de l’Union des Républiques socialistes soviétiques (CCS­ URSS, ou VZSPS). L’Etat accordait à ces syndicats un monopole dans leurs branches industrielles respectives. Ce type d’organisation permettait un contrôle maximal du Parti et excluait tout choix de la part des syndiqués. Le CCSURSS était dirigé par de hauts fonctionnaires du Parti ; Alexandre Chélépine (1918-1994), ancien directeur du KGB de 1958 à 1961, devint le dirigeant du CCS­ URSS. Le contrôle du mouvement ouvrier était essentiel pour que le Parti ait la mainmise sur le gouvernement et l’économie.

Cette rupture du « contrat social », ainsi que la fracture entre les travailleurs ordinaires et les fonctionnaires des structures syndicales, furent des facteurs importants dans l’échec des réformes de Gorbatchev. Le meilleur exemple est peut-être la grève des mineurs de 1989. En Union soviétique, les mines de charbon du Donbass en Ukraine avaient toujours été une source de désaccord. Les conditions de travail y étaient effroyables, les statistiques de la sécurité encore pires, et les conditions de vie primitives. Le semblant d’ouverture de la « glasnost » et de la « peres­ troïka » conduisit ces mineurs à chercher à améliorer leurs conditions de vie par le biais de leurs syndicats officiels. Ces syndicats se déclarèrent impuissants et reprochèrent aux travailleurs leur tentative d’organisation hors des structures syndicales établies.

Le dix-neuvième Congrès des syndicats du CCSURSS (octobre 1990) décentralisa la structure syndicale et transforma le CCS­ URSS en une fédération plus souple : la Confédération générale des Syndicats de l’URSS (VKP) sous la direction de Vladimir Shcherbakov. Néanmoins, les travailleurs s’agitèrent de plus en plus. On estime qu’il y eut environ 2 000 grèves en 1988 et 1989, y compris la grève nationale des mineurs de juillet 1989, et une perte de 7 millions de journées de travail. Les grèves s’intensifiaient et duraient plus longtemps, elles surgissaient partout en 1989 – les syndicats officiels étaient totalement dépassés et de nouveaux syndicats alternatifs (des comités de grève à l’origine) se créaient, principalement dans les régions riches en charbon du Donbass (Ukraine), de Karanganda (Kazakhstan), du Kouzbass (Russie), et de Vorkouta (République de Komi en Russie). Les chauffeurs de bus, les travailleurs des chemins de fer,

les métallurgistes, les contrôleurs aériens, et d’autres, se mirent aussi en grève. Ces grèves furent précipitées par des modifications dans les règles du travail et de la compensation, accompagnées d’une réduction du niveau de vie. Les travailleurs étaient pénalisés par des réductions de primes si leur équipement était obsolète et détérioré, si leurs contributions étaient insuffisantes et s’il y avait des retards d’acheminement des produits (3).

En 1991, la vieille fédération syndicale fut dissoute, et ses syndicats affiliés en créèrent une nouvelle, la Fédération des syndicats indépendants (FSIR). Elle se dit indépendante pour souligner son autonomie par rapport au Parti communiste, et Eltsine l’interdit ultérieurement cette même année. La FSIR était la seule organisation nationale de masse, à l’exception de l’armée, qui ait survécu à la transition du socialisme, mais elle n’était pas la seule nouvelle organisation de travailleurs.

Suite à la répression contre des dirigeants de l’Association des syndicats libres, les travailleurs dissidents ouvrirent leur syndicat à une large variété de métiers. Ils formèrent l’Association interprofessionnelle libre des travailleurs (SMOT), qui tenta de faire reconnaître son droit de représentation des travailleurs de l’industrie soviétique sur la scène internationale. En août 1979, le KGB arrêta trois des membres les plus en vue de la direction du SMOT, Vladimir Borissov, Albina Iakoreva et Nicolas Nikitine, accusés de hooliganisme et de résistance lors de leur arrestation. Il s’ensuivit une vague de protestations de la part des syndicats de l’Ouest. En effet, Borissov avait été invité par George Meany de l’AFL-CIO pour s’adresser au Congrès du syndicat, mais les autorités refusèrent de lui accorder un visa.

Le dirigeant de l’US Machinist Union (IAM, syndicat des mécaniciens)] Bill Winspisinger, annula la visite qu’il projetait en URSS à cause de l’arrestation des dirigeants du SMOT. D’autres syndicalistes annulèrent ou retardèrent leur visite pour la même ­ raison.

La FNPR

La FNPR fut créée en 1990, un an avant la dissolution de l’URSS. Après cette rupture et à l’exception de l’armée, la FNPR fut l’une des quelques institutions nationales qui conservèrent leur pouvoir et leurs fonctions, ce qui impliquait les débours liés aux fonds de sécurité sociale, le droit de contester et d’opposer un veto au renvoi des travailleurs, ainsi que les déductions automatiques, ou les prélèvements, liés aux salaires.

La FNPR continua à fonctionner à la manière des syndicats de la période soviétique. Ses membres étaient aussi bien des travailleurs que des dirigeants, et il était fréquent que l’agitation sociale vise le gouvernement plutôt que les employeurs, dans le but de préserver une économie de marché dirigée, par opposition au système de libre marché.

En 1992, Boris Eltsine instaura la Commission tripartite pour la régulation des relations sociales. La FNPR se vit accorder 9 sièges sur 14 au conseil d’administration, et le gouvernement ne tarda pas à désigner ce syndicat comme son partenaire social principal, lui conférant un statut préférentiel par rapport aux autres syndicats.

Mais pendant la crise politique russe du 3 octobre 1993, la FNPR, sous la direction d’Igor Klochkov, se trompa de camp. Klochkov appela à défendre la Maison Blanche de Russie pour soutenir Alexandre Routskoï, le Soviet suprême et le Congrès des Soviets illégalement dissous. Il y eut peu de réactions de la part des travailleurs, et les conséquences ne se firent pas attendre. Le 28 septembre, après le passage de leur motion de soutien à Routskoï, Eltsine fit passer le jour même un décret présidentiel privant le syndicat de son pouvoir de distribuer les fonds de l’assurance et des autres prestations sociales. Après la victoire de Eltsine lors de la partie de bras de fer à la Maison Blanche, parce que le syndicat était menacé de ne plus pouvoir procéder aux prélèvements salariaux obligatoires, Klochkov fut rapidement démis de ses fonctions. Mikhail Chmakov le remplaça le 11 octobre. Bien que le contrôle des fonds de la sécurité sociale soviétique revînt au ministère du travail, il y eut en réalité peu de changement dans l’administration.

En 1998, une grave crise financière frappa la Russie, la FNPR entra à nouveau en conflit avec Eltsine en appelant à sa démission dans une lettre ouverte. Le syndicat lui préférait Evgueni Primakov (1929-2015), le premier ministre déchu, ainsi que la coalition Otechestvo (La Patrie). Ce soutien semble toutefois avoir été relativement faible, car les syndicats régionaux avaient leurs propres positions et intérêts, Vladimir Poutine fut nommé premier ministre et, quatre mois plus tard, président en exercice. En 2001, Poutine introduisit un nouveau code du travail à la Douma. Tous les syndicats sauf un y étaient fortement opposés. De même, dans un discours du 9 juillet à l’Assemblée fédérale, Poutine déclara qu’il n’était plus nécessaire que les syndicats s’occupent de la distribution des prestations sociales. Poutine s’engagea dans une politique de répression à l’encontre des organisations ouvrières qui se poursuit actuellement.

Il existe aujourd’hui deux types de syndicats en Russie : les syndicats « officiels » affiliés à la FNPR héritée du régime soviétique, et les syndicats soi-disant libres ou alternatifs, qui n’appartiennent pas à la FNPR. A maints égards, les syndicats libres diffèrent des syndicats officiels, y compris par la nature de leur militantisme et leur idéologie basée sur le conflit, par leur manière de mobiliser et d’organiser les travailleurs à la base, et par les ressources économiques qu’ils utilisent. On peut aujourd’hui dire que deux méthodes différentes de représentation des intérêts des travailleurs coexistent au niveau de l’entreprise. La première est la méthode distributive basée sur la coopération entre l’employeur et le syndicat, plus caractéristique des syndicats « officiels ». La seconde est la méthode protestataire qui se concentre sur la défense des droits des travailleurs, l’affrontement avec l’employeur, qu’appliquent les syndicats « libres ». Si les syndicats officiels continuent à dominer le secteur syndical, depuis quelques années ils sont confrontés à une concurrence accrue de la part des organisations alternatives.

Le nouveau code du travail antisyndical de Poutine, basé sur le modèle tripartite de dialogue social, a consolidé l’exclusion institutionnelle des syndicats libres du système qui régit les relations entre le capital et le travail et ne laisse à ces organisations pratiquement aucune possibilité d’action légale. Toutefois, selon des observateurs indépendants, on constate ces dernières années une augmentation du nombre total et de l’intensité des actions officieuses. Le contrôle rigoureux que l’Etat exerce sur les syndicats russes s’est quelque peu relâché, mais au niveau des tribunaux et non au niveau du gouvernement.

Le tribunal constitutionnel de la République fédérale a défendu le droit des syndicats à définir leur structure organisationnelle de manière indépendante. Le 24 octobre 2013, elle a rendu son jugement sur la conformité de la loi fédérale sur les syndicats à l’article 3 de la Constitution. Cette délibération avait pour cause les plaintes déposées par le syndicat russe du gaz, de la construction et du pétrole et par le syndicat russe des travailleurs des services et des services publics qui défendaient leur droit à l’existence en dehors de la fédération nationale. En 2010, les syndicats non reconnus introduisirent un certain nombre d’amendements dans leurs statuts afin de préserver leur capacité statutaire à créer des structures unitaires et autres organisations syndicales interrégionales, territoriales (municipales, intermunicipales, et citadines), fusionnées, basées sur le district ou la région – une organisation de base et un regroupement des syndicats.

Etat actuel du syndicalisme russe

Eltsine a joué un rôle décisif dans la modernisation de la législation du travail russe. Cette législation existe à la fois au niveau fédéral et régional ; il y a 83 régions en Russie. Bien que l’on trouve certains aspects des droits des salariés et des devoirs des employeurs dans un certain nombre des statuts du pays, le code du travail de la Fédération de Russie (code du travail russe) promulgué fin 2001, tel qu’il a été amendé, inclut nombre des règlements principaux du pays. Les autres législations qui régissent l’emploi sont la Constitution russe, et les lois fédérales afférentes à certaines questions concernant l’emploi, tels les syndicats et les travailleurs étrangers.

En vertu de sa Constitution et de son code du travail, la Russie interdit la discrimination à l’encontre des postulants et des salariés en fonction de leur race, de leur sexe, de la couleur de leur peau, de leur nationalité, de leur langue, de leur origine, de leur statut social, de leur âge, de leur domiciliation, de leurs croyances religieuses, de leurs convictions politiques de leur appartenance ou non-appartenance à des associations publiques, et des facteurs qui ne relèvent pas de leur compétence professionnelle. En outre, le code du travail déclare que les individus qui pensent avoir fait l’objet d’une discrimination peuvent faire appel aux tribunaux ou aux organismes de l’inspection fédérale du travail afin d’obtenir le rétablissement de leurs droits, y compris « une compensation et un redressement en cas de pertes matérielles » ainsi que des dommages moraux. En juillet 2013, la Russie a promulgué une nouvelle loi fédérale interdisant spécifiquement les offres d’emploi mentionnant des exigences susceptibles d’être discriminatoires parce que basées sur la race, la couleur de la peau, le genre ou d’autres catégories que cette nouvelle loi assujettit à des amendes.

En Russie, les employeurs doivent établir un dossier pour chacun de leurs salariés, ce qu’on appelle des livrets de travail ou d’emploi. Ces livrets sont tenus afin de documenter l’historique intégral de l’emploi d’un salarié. On les utilise pour plusieurs raisons, y compris pour permettre au gouvernement russe de calculer les droits d’un salarié à des prestations sociales lorsqu’il a pris sa retraite. Lorsqu’un salarié quitte son emploi, l’employeur est tenu de produire ce livret le jour de son départ et, sur requête écrite du salarié, de produire des copies des documents concernant son emploi.

Tous les contrats de travail sont des contrats individuels entre l’employeur et le salarié. Le code du travail russe exige un contrat de travail écrit, ainsi que deux copies de cet accord. Chaque copie doit être signée par les deux parties, l’une d’elles est remise au salarié et l’autre reste chez l’employeur. En Russie, les termes et les conditions d’un contrat de travail ne peuvent être amendés qu’avec le consentement écrit des deux parties.

En outre, le code du travail préconise des dispositions spécifiques qui doivent inclure dans les contrats de travail : le nom du salarié ; la date d’entrée dans l’entreprise ; le nom du poste ; la profession ; les droits et les devoirs du salarié et ceux de l’employeur ; la description des conditions de travail ; les compensations ; les prestations pour les tâches dangereuses ; les heures de travail, de repos et les congés (s’ils sont différents des règles générales de l’employeur) ; le salaire ou les accords de salaire ; le type de sécurité sociale et ses conditions s’appliquant directement aux activités de travail. Il n’existe pas d’emploi à la demande en Russie ; les salariés signent aussi bien des CDI que des CDD et ne peuvent être licenciés que pour les motifs fixés par le code du travail. Comme beaucoup d’autres pays, la Russie préfère les CDI qui offrent la meilleure protection aux salariés. C’est la raison pour laquelle les CDD ne sont pas autorisés pour une période excédant cinq ans. Il faut cependant remarquer que ces règles ne reconnaissent pas la fonction des syndicats dans ce système.

En Union soviétique, les conventions collectives avaient été abolies en 1934 puisque les syndicats étaient subordonnés à l’appareil de l’Etat-parti. Il existait en Union soviétique une disposition théorique prévoyant de les réintroduire dans les entreprises industrielles en 1947 et de les codifier dans la loi sur les conventions collectives de 1984. Mais pendant la période soviétique, les conventions collectives n’avaient pas grand-chose à voir avec les termes et conditions d’emploi, qui étaient fixées centralement : elles étaient essentiellement un contrat par lequel les salariés s’engageaient à respecter la discipline de travail, à atteindre et à dépasser leurs quotas de production, et dans lequel la direction s’engageait à réaliser le plan social de développement de l’entreprise. La convention collective ne fixait pas le salaire, puisque les échelles de salaires et les salaires à la pièce étaient déterminés centralement, tandis que toute négociation sur son paiement était basée sur une négociation individuelle informelle entre les travailleurs et leurs responsables hiérarchiques directs. Ce n’est qu’après que les entreprises eurent acquis leur indépendance que la convention collective a pu devenir un instrument de régulation des termes et des conditions d’emploi dans l’entreprise. La loi sur les négociations et les conventions collectives de 1992 étendit la portée des conventions collectives et leur application à toutes les entreprises et organisations. La convention collective demeure toutefois essentiellement un document formel, surtout destiné à énumérer les droits et prestations déjà prescrits par la loi, ainsi que les points supplémentaires qu’impose la direction, et le syndicat réagit de « manière compréhensive » face au non-respect de l’accord, même quand celui-ci implique une grossière violation des obligations légales de la direction, par exemple celle de payer les salaires en temps voulu.

Les conséquences d’un retour graduel des principaux actifs des entreprises sous le contrôle de l’Etat (par les siloviki, par exemple) a encore réduit le rôle des syndicats dans les négociations collectives libres et la rédaction des contrats légalement contraignants entre les syndicats et les ­ employeurs.

Les syndicats « officiels », affiliés à la FNPR héritée de l’époque soviétique, et les soi-disant syndicats libres ou alternatifs qui n’appartiennent pas à la FNPR, ont une approche différente lorsqu’il s’agit de représenter les intérêts des travailleurs. Alors que la FNPR est profondément consciente que l’Etat a le pouvoir de lui retirer son immense empire de propriétés immobilières et de loisir que le syndicat a hérité du CCSURSS en 1991, ainsi que sa position en tant que nouvelle courroie de transmission de la politique économique à destination des travailleurs, elle cherche à atténuer l’agitation sociale plutôt qu’à représenter les intérêts des travailleurs. Les syndicats libres ou alternatifs qui n’appartiennent pas à la FNPR sont d’une nature plus militante et adhèrent à une idéologie basée sur le conflit et des méthodes de mobilisation et d’organisation à partir de la base. Mais leur pouvoir et leur importance sont en train de décliner dans le sillage de la forte récession économique.

Poutine s’est constamment montré hostile au mouvement social hors du cadre de la FNPR et s’est opposé aux tentatives des travailleurs organisés pour faire passer une loi à la Douma interdisant les agences de travail temporaire (embauche à court terme et travail précaire). Tous les syndicats russes, y compris la FNPR, ont fait pression sur la Douma dans ce but, mais Poutine et son parti Russie Unie ont réussi à l’empêcher de passer.

Bref, au cours de l’année écoulée, l’état déjà précaire de la représentation des intérêts (contrats, salaires, négociations, etc.) des travailleurs en Russie s’est considérablement aggravé. La gestion des droits des travailleurs (santé et sécurité, sécurité de l’emploi, procédure permettant aux travailleurs de présenter leurs revendications) est devenue une quête chimérique. Pour leur part, les travailleurs de Russie européenne croient encore qu’ils pourront un jour avoir les mêmes droits que les travailleurs de l’Europe de l’Ouest et de l’Est.

Le marché du travail russe

 

L’une des conséquences les plus sérieuses des sanctions qui pèsent sur les entreprises russes depuis que Poutine s’est aventuré en Crimée et que les prix du pétrole et du gaz ont chuté est la réaction des entreprises russes à ces crises. Les employeurs, en général sous contrat avec l’Etat russe, ont cessé de payer leurs salariés. Dans certains cas, les salaires sont versés avec plus de deux mois de retard. Ceci a entraîné une nouvelle vague de grèves dans toute la Russie que l’Etat s’est avéré ­ incapable de gérer.

A partir de 2006, il y a eu de nombreuses grèves sauvages. L’une des plus importantes a été celle de l’entreprise de construction automobile Ford. L’usine Ford de Vsevolojsk, en Russie, a un syndicat local fort et militant qui a organisé six grèves depuis 2006. Des centaines de travailleurs y ont participé, surtout des jeunes. Pendant la première semaine, l’usine a été complètement paralysée. Puis la direction a réussi à rétablir deux ou trois équipes en faisant appel à des travailleurs non syndiqués, des jaunes. Ceux-ci produisaient quotidiennement entre 50 et 60 voitures, loin des 300 que produit normalement l’usine, donc la grève a été très efficace et l’entreprise a perdu des millions de dollars.

En raison de difficultés financières, certains ont travaillé quelques jours puis se sont remis en grève, avec l’accord du comité de grève. C’est ainsi que la grève a pu durer aussi longtemps. Pendant toute la durée de la grève, le nombre réel de travailleurs en grève a tourné autour de 600 ou 750. Il y a également eu des actions de solidarité de la part des travailleurs en Allemagne, d’où la direction espérait importer en Russie des voitures supplémentaires pour compenser la chute de la production. La direction a réagi brutalement. Ford a annoncé qu’en vertu du code du travail russe, l’entreprise ne paierait pas les salaires pendant la grève puisque les syndicats n’avaient pas donné le préavis légal de dix jours. Et dans le but évident de diviser les travailleurs, ils ont ajouté que les travailleurs qui avaient voté contre la grève toucheraient les deux tiers de leur salaire. La grève a duré un mois. D’autres actions ont eu lieu en 2011 et 2014.

Il est désormais évident que l’Etat russe est incapable de financer ses obligations intérieures, même à Moscou où les médecins se sont engagés dans une grève prolongée (plus proche d’une grève du zèle). La réforme du secteur de la santé engagée l’an dernier a complètement déstabilisé la communauté médicale. Les projets qui ont filtré et prouvent que la municipalité avait l’intention de fermer 28 hôpitaux à Moscou et dans sa région, mettant au chômage plus de 7000 travailleurs du secteur de la santé, ont déclenché d’énormes manifestations de rue des médecins et des infirmières en novembre 2014. La grève a débuté le 24 mars 2015. C’était la première grève des hôpitaux de Moscou depuis celle des ambulanciers en 1993. Elle se poursuit sans qu’une solution soit en vue.

Vague ininterrompue de grèves et de pénuries

En Extrême-Orient, les enseignants se sont mis en grève. En Russie centrale, ce sont les salariés d’une entreprise métallurgique. A Saint-Pétersbourg, les travailleurs de l’automobile ont posé leurs outils. Et sur un site lointain de Sibérie, les ouvriers ont peint leurs revendications en lettres blanches géantes sur les toits de leurs dortoirs.

« Cher Poutine, V.V., » dit le message, « quatre mois sans salaires. »

Après des mois de frustration due à une économie qui croule sous le poids des sanctions internationales et de la chute des prix de l’énergie, tous les travailleurs russes commencent à protester contre les salaires impayés et se mettent en grève, premier retour de manivelle d’ampleur nationale contre les politiques économiques du président Vladimir V. Poutine. De nombreuses entreprises russes confrontées à une grave crise économique tentent d’éviter les licenciements pour limiter les indemnités. Ainsi, alors qu’on s’attend à une contraction de l’économie cette année et l’année prochaine, nombre de travailleurs ne sont pas payés et sont renvoyés des usines pour quelques jours de « vacances » qu’ils n’ont pas souhaitées.

Les salaires impayés, ou les arriérés de salaire, vieux fléau russe, s’élevaient, le 1er avril 2015, à 2,9 milliards de roubles (environ 56 millions de dollars) selon le service russe des statistiques. Cela représente une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente, mais les experts disent qu’elle ne rend pas compte de l’étendue des réductions de salaire des travailleurs mis involontairement au chômage partiel pendant le ralentissement. La presse régionale a décrit la grève des enseignants de fin avril – dans la province de Zabaïkal, mitoyenne avec la Chine – comme la première action de ce genre entreprise par les enseignants en Russie. La grève s’est poursuivie malgré les appels du gouverneur de la région pour que les enseignants travaillent sans salaire dans l’intérêt de la ­ patrie.

Dans les montagnes de l’Oural, les travailleurs de l’usine métallurgique de Kachkanarsk qui enrichit le vanadium, utilisé dans les alliages d’acier, se sont mis en grève du zèle en mars contre les licenciements.

Dans la ville voisine de Tcheliabinsk, la direction de l’usine de tracteurs, qui possède une riche histoire très documentée en tant que vitrine de l’industrie à l’époque communiste, a renvoyé les travailleurs chez eux en leur imposant un jour de congé par semaine, qu’ils passent vraisemblablement dans leurs appartements en hiver (4).

Une autre grève de longue durée, impliquant des ouvriers du bâtiment qui ne sont pas payés, est en cours sur le nouveau cosmodrome que l’on construit à Vostochny. Mais les dirigeants sont partis avec la caisse. La manifestation de ces travailleurs du bâtiment en Sibérie était d’autant plus remarquable qu’elle se produisait sur un site très prestigieux, le nouveau centre spatial national. C’est là, au fond d’une forêt de conifères sur un embranchement du Transsibérien, que les travailleurs coulaient du béton et montaient d’énormes hangars pour les fusées, longtemps après qu’on eut cessé de leur verser un salaire en décembre 2014. Salué par le président Poutine comme le plus gros projet de construction du pays, son budget est estimé à 300 milliards de roubles (5,8 milliards de dollars, 5,3 milliards d’euros).

Les travaux du cosmodrome ont commencé en 2012 dans cette région reculée de l’Amour, en Extrême-Orient. Depuis lors, 10 000 travailleurs ont construit 115 kilomètres (71 miles) de routes dans cette région immense et faiblement peuplée, ainsi que 125 kilomètres de chemin de fer et une ville prévue pour 25 000 habitants.

Mais à la même époque, la Russie a ouvert des dizaines d’enquêtes sur des détournements de fonds, obligeant Moscou à rallonger le budget et même à y déployer des étudiants pour que ce projet vital et hautement stratégique soit terminé en décembre.

Spetsstroi, l’agence chargée de ce projet, est une organisation d’Etat contrôlée par le ministère de la défense et de la sécurité. Poutine a été contraint d’annoncer que le premier lancement d’une fusée depuis le nouveau cosmodrome devra être retardé puisque le travail n’est pas terminé et que les ouvriers sont toujours en grève et leurs salaires impayés.

Une autre conséquence de l’activisme en hausse des travailleurs russes est l’emploi de Coréens du Nord dans toute la Russie extrême-orientale. Des dizaines de milliers d’ouvriers nord-coréens travaillent actuellement en Russie dans l’industrie du bâtiment, dans des conditions que les organisations humanitaires qualifient d’ « esclavage ». Fournir des travailleurs à des pays étrangers constitue l’une des rares sources de revenus d’une économie nord-coréenne fermée sur elle-même, et qui est confrontée à des risques de famine de masse. On rapporte que le président Kim Jong-un a renforcé les effectifs de travailleurs envoyés à l’étranger alors qu’il est l’objet de plusieurs sanctions internationales et redoute une pénurie alimentaire.

Selon le Département d’Etat américain, « le gouvernement nord-coréen envoie des travailleurs à l’étranger, y compris en Russie et en Chine, en signant des contrats bilatéraux avec des gouvernements étrangers », et il ajoute : « Ces travailleurs sont sous la menace de représailles de la part du gouvernement de Corée du Nord s’ils tentent de s’échapper ou de se plaindre à des tiers. Leurs salaires sont déposés sur des comptes contrôlés par le gouvernement nord-coréen, qui en garde la plus grande partie, sous prétexte de diverses contributions “volontaires” aux efforts du gouvernement (5) ».

Cette pénurie d’ouvriers du bâtiment prêts à travailler pour des salaires faibles ou inexistants a d’autres conséquences. Outre le cosmodrome, les Russes ont entrepris un gros projet de construction sur les sites de la Coupe du Monde de football de 2018. L’agence Associated Press (AP) rapporte qu’un législateur, Alexandre Khinshtein, a obtenu le soutien du service russe des prisons pour embaucher les prisonniers du pays à la construction de projets liés au tournoi de football. Cette initiative aiderait à réduire les coûts de la Coupe du Monde, car la Russie verse habituellement 300 euros par mois aux prisonniers pour chaque projet de travail. « Cela nous aidera dans ce sens que nous pourrons acquérir des matériaux de construction à un coût inférieur, » a déclaré Khinshtein à l’AP. « Et en outre, cela nous permettra de mettre les prisonniers au travail, ce qui est une très bonne chose. » On estime le budget total de la Coupe du Monde de 2018 à 638 milliards de roubles, soit plus de 12 milliards de dollars. Cependant, le rouble russe a perdu beaucoup de valeur par rapport au dollar depuis le début de 2014 à cause des sanctions internationales imposées au pays et de la chute du prix du pétrole.

La main-d’œuvre immigrée bat en retraite

Les millions de Kirghizes, d’Ouzbeks et de Tadjiks qui font marcher l’économie moscovite s’en vont. Il y a beaucoup de travailleurs immigrés à Moscou. Ils font tourner le bâtiment, déblaient la neige et conduisent les milliers de taxis sans licences qui reconduisent les Moscovites chez eux la nuit. Plus d’un million de ces travailleurs sont officiellement enregistrés par la ville, pour la plupart issus de l’ancienne Union Soviétique, et leur nombre réel est beaucoup plus élevé. Dans des pays comme le Tadjikistan, importante réserve de main-d’œuvre pour Moscou ; plus de la moitié du PIB provient de l’argent qu’ils envoient chez eux depuis la Russie.

La vie des immigrés est difficile. Leurs salaires sont bas, ils se heurtent à la discrimination et sont mal intégrés dans la société russe. Actuellement, leur vie est plus difficile que jamais. Le rouble est en chute libre, et à cause de la chute des prix du pétrole et des sanctions, la Banque Mondiale prédit que la Russie entrera en récession cette année. Par-dessus le marché, de nouvelles réglementations draconiennes amputent encore davantage les revenus des migrants et les amènent à repenser leur avenir. « Tout le monde s’en va. Les salaires sont bas, beaucoup d’entreprises les diminuent et d’autres licencient. »

Les citoyens des anciennes républiques soviétiques (hormis les pays baltes, la Géorgie et le Turkménistan) peuvent entrer en Russie sans visa. Mais un nouveau système, effectif depuis le 1er janvier 2016, exige que les travailleurs migrants achètent une « patente », ou permis de travail ; pour l’obtenir, ils doivent passer une visite médicale certifiant qu’ils ne sont pas contagieux, prendre une assurance médicale et présenter des papiers d’identité russes. Ils doivent également passer un test certifiant qu’ils connaissent la langue, la culture et l’histoire russes.

Les employeurs embauchent souvent des travailleurs migrants sous le manteau, mais ce nouveau système fait peser l’impôt principalement sur ces derniers. Ils doivent s’acquitter d’une cotisation mensuelle – essentiellement une avance sur impôt – pour que leur permis reste valable. A Moscou, elle coûte 4 000 roubles. C’est beaucoup pour un migrant qui gagne entre 20 000 et 25 000 roubles. Le prix du permis a aggravé une situation déjà difficile pour les travailleurs migrants, souvent confrontés à des employeurs, à des fonctionnaires et à des propriétaires malhonnêtes. Une consultation rapide des annonces de location à Moscou révèle que la plupart d’entre elles sont réservées aux Russes ou aux « Slaves ».

La réduction du nombre de ces travailleurs met l’économie moscovite sous pression. Dans la capitale, les secteurs du nettoyage, de la vente de produits de consommation rapide, et du bâtiment, sont particulièrement dépendants de la main-d’œuvre migrante. A mesure que la population vieillit, moins de personnes travailleront, et peu de Russes veulent des emplois qui échoient habituellement aux migrants. Dans l’ensemble, les sources de main-d’œuvre se contractent. Si l’on prend pour exemple les migrants qui travaillent dans le bâtiment, il est difficile de trouver rapidement des remplaçants. On estime localement que 40 % de ces migrants sont rentrés chez eux. Dans une certaine mesure, ils ont été remplacés par les Ukrainiens qui fuyaient l’Ukraine de l’Est, mais les chiffres diminuent tous les mois (6).

L’exode des Russes de l’Est

Depuis le krach de 2008, la Sibérie et la Russie extrême-orientale subissent une dépopulation massive. Cette évolution modifie non seulement l’équilibre des groupes ethniques qui y vivent – peu de non-Russes s’en vont, et nombre d’entre eux ont un taux de fertilité plus élevé que les Russes – mais également l’équilibre géopolitique de l’ensemble de la région, en raison de l’importance de la population chinoise et de l’implication croissante des entreprises chinoises en Sibérie et en Russie extrême-orientale.

La population totale à l’est du lac Baïkal a crû presque tout au long de la période soviétique, résultant parfois des migrations forcées – par le biais des repeuplements et du Goulag – et plus récemment par le biais de primes spéciales versées à ceux qui acceptaient d’y travailler. Ces deux facteurs ont également fait augmenter la proportion de Russes ethniques dans la région. En 1991, la population de la région s’élevait à 8,1 millions, avec une proportion plus importante de Russes ethniques que dans tout le reste de la Fédération de Russie. Mais avec la disparition de la contrainte et des subventions, les Russes ont commencé à partir en grand nombre. En 2003, la population totale était tombée à 6,6 millions, et la proportion de Russes ethniques avait aussi diminué.

Fin 2010, la situation semblait s’être stabilisée, mais actuellement la population recommencerait à partir à un rythme encore plus soutenu, la population totale tombant à 6 millions avec une proportion de Russes toujours plus réduite. De fait, les Russes en âge de travailler sont partis en si grand nombre que les entreprises et les agences gouvernementales qui veulent développer la région sont contraintes d’importer des travailleurs d’Asie centrale ou de Chine, ce qui pousse encore plus de Russes ethniques au départ et réduit leur nombre proportionnel. Si cette tendance se poursuit, il y aura moins de 5 millions de résidents en Russie extrême-orientale dès la fin de cette décennie, et dans de nombreuses régions, la proportion de Russes ethniques tombera à 50 % ou moins (7).

Alors, si la Russie veut faire passer un pipeline de pétrole ou de gaz en Chine, elle devra importer sous contrat des travailleurs chinois ou nord-coréens pour le construire. L’absence de main-d’œuvre disponible en Sibérie et en Extrême-Orient est un frein puissant pour la croissance russe. Les Russes ne partent pas seulement parce qu’il y a de meilleures offres de travail en Russie occidentale ; ils partent à cause de la dégradation dramatique des services dans la région, de la pénurie alimentaire et de la pénurie d’eau chaude. L’organisation de l’Union Soviétique reposait sur un principe essentiel, à savoir que l’Etat amènerait l’eau chaude et le chauffage dans tous les logements, qu’on pourrait se procurer de la nourriture sur le lieu de travail ainsi que sur le marché, et que tous auraient accès aux soins de santé. Les routes ont toujours été mauvaises et boueuses, donc rien n’a changé de ce côté. Aujourd’hui, il n’y a plus d’argent pour entretenir ces services publics dans la Russie rurale, plus d’entreprises d’Etat qui distribuent la nourriture, plus d’hôpitaux ni de cliniques bien dotés en médicaments et en médecins, et plus de chauffage assuré et abordable. En Sibérie, ce sont des conditions que l’on ne peut pas ­ négliger.

Les sanctions occidentales ont accéléré ce processus car la nourriture est très chère, il n’y a pas assez de médicaments et il est difficile de trouver de l’argent pour des réparations. Les Russes sont étranglés par les sanctions et ils ne semblent pas prêts d’être soulagés. Le ministre russe des finances, Anton Siluanov, a fait naître d’autres inquiétudes sur la santé de l’économie russe fin octobre, en déclarant qu’il n’était pas impossible que l’énorme fonds de réserve du pays soit totalement épuisé en 2016 si les prix du pétrole restent à leur niveau actuel. « Cela signifie que 2016 est la dernière année où nous pouvons dépenser nos réserves de cette manière. Ensuite, nous n’aurons plus de ressources de ce genre, » dit-il en guise d’avertissement. « Si les prix actuels du pétrole et les taux de change se maintiennent en l’état, si le prix du baril de pétrole est autour de 44 dollars pour l’Oural, et le taux de change du rouble de 62 roubles pour 1 dollar, nous pouvons envisager un déficit budgétaire de 900 milliards de roubles. Nous sommes réellement confrontés à ce risque, » a dit le ­ ministre (8).

Les médias gouvernementaux disent sans cesse que Moscou se préoccupe du développement de l’Extrême-Orient et suggèrent que les actions engagées ralentissent l’hémorragie démographique. Mais ce n’est pas le cas. En fait, les initiatives de Moscou gênent le développement de la région et poussent de plus en plus de gens à émigrer vers d’autres régions. Leur examen fournit trois exemples de cette politique contraire au but recherché :

– premièrement, les transports, tant à l’intérieur de la région qu’entre elle et la Russie européenne, sont désorganisés, ce qui empêche les gens d’y créer des entreprises et de les développer ;

– deuxièmement, il y a à présent si peu de travailleurs dans cette région que les investisseurs extérieurs doivent amener leur propre main-d’œuvre. Les entreprises étrangères ont l’habitude d’amener des travailleurs d’Asie centrale ou de Chine, ce qui pousse plus de Russes ethniques à partir ;

– et troisièmement, le soutien du gouvernement aux monopoles crée de véritables obstacles. Il est dorénavant moins coûteux pour une entreprise russe en Extrême-Orient d’acheter en Chine de l’électricité produite en Russie puis exportée que de l’acheter directement au même fournisseur en Russie. Voilà le genre de goulots d’étranglement que le pouvoir central crée dans de nombreux secteurs par son incapacité à satisfaire les besoins de la région, dit Yuri Krnov (9). Il conclut en observant qu’ « on peut parler tant qu’on veut du développement de l’Extrême-Orient, créer diverses administrations et institutions, et distribuer d’énormes sommes à divers bureaucrates et agences, mais rien ne changera » jusqu’à ce que Moscou se concentre sur les besoins des Russes en Russie extrême-orientale. Si le gouvernement ne le fait pas rapidement, la région pourrait finir par se vider complètement de Russes, et même ne plus faire partie du pays dans un proche avenir.

Conclusion

Cette situation n’augure rien de bon pour la stabilité de la Russie et pour son économie. Ce sont les travailleurs russes qui sont le plus durement touchés par le déclin de la Russie qui fragilise trop leurs syndicats pour qu’ils puissent améliorer leur vie. C’est un danger beaucoup plus important pour Poutine que ses ennemis extérieurs.

(traduit de l’anglais par A. G.)

NOTES

(1 ) Sue Davis, Trade Unions in Russia and Ukraine (Les syndicats en Russie et en Ukraine), 1985-1995, Palgrave, NY 20011.

(2) Op. cit.

(3) Walter Connor, The Accidental Proletariat ; et « The Soviet Working Class : Change and Its Political Impact », in Michael Paul Sachs et Jerry G. Pankhurst (ed), Understanding Soviet Society (Allen & Unwin, 1988).

(5) Sinha Shankar, Russia Using Thousands of North Korean “Slave Labour” in Construction Industry, IBT, 22 juillet 2015.

(6) Alec Luhn, « Pourquoi les migrants quittent-ils Moscou ? », Fondation Rockefeller, 8 juin 2015.

(7) Paul Goble, « Russian Flight from Russian Far East Again Increasing », EDM, 4 novembre 2015.

(8) Holly Ellyatt, « Russia’s Reserve Fund could run empty in 2016 », CNBC, 28 octobre 2015.

(9) Cité par Paul Goble, op. cit.

 

 Quelques compléments d’Echanges

Il y aurait eu, ces dernières années, quelque 250 actions de protestation ouvrières par an. Mais beaucoup plus en 2015, avec une extension de ces conflits de l’industrie vers le secteur des services, toujours autour des salaires impayés.

Habituellement, les mauvaises conditions de travail entraînaient un turnover important, mais aujourd’hui il n’y a aucun « meilleur emploi » disponible, tout le monde est à la même enseigne.

De nouvelles grèves ont éclaté en juillet sur le site de construction du Cosmodrome, toujours à cause du non-paiement des salaires par les sous-traitants.

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04 février 2017

Le charbon, toujours le pilier du monde

Paru dans Echanges N°157

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Sans le métal, l’humanité ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui et les archéologues découpent l’Histoire suivant l’utilisation de ce matériau après l’âge de pierre : à l’âge du cuivre ont succédé l’âge du bronze puis l’âge du fer. Malgré certains classements plus ou moins fantaisistes d’un dépassement de cet âge, nous sommes toujours dans l’âge du fer. La production de produits ferreux est passée de 200 millions de tonnes en 1950 à 1 400 millions de tonnes en 2010.

Rien ne pourrait exister présentement sans le fer et ses dérivés : il est nécessaire à toute la production d’électricité, quelle que soit l’énergie primaire utilisée, à toutes les formes de transport y compris les fusées et stations spatiales, à tous les objets de la vie courante. Même les produits de substitution comme les métaux légers ou les plastiques sont tributaires du fer pour leur élaboration.

Comme le fer n’est presque jamais à l’état natif, il est nécessaire de le produire à partir de composants ferriques que l’on trouve abondamment dans la nature, principalement des oxydes. Pour atteindre le métal pur, ces composés doivent subir une transformation chimique appelée réduction. Le charbon joue toujours un rôle essentiel dans ce processus ; même si d’autres procédés ont pu être mis en œuvre, ils n’ont jamais détrôné ce rôle essentiel du charbon, et la crise n’a guère ralenti cette production, même si la sidérurgie est en crise à cause d’une surproduction compétitive (1). 70 % de la production de produits ferreux se font toujours à partir du minerai, les 30 % restants venant de la récupération de la ferraille, production utilisant les fours électriques mais restant souvent complémentaire de la production centrale qui s’opère essentiellement dans des hauts-fourneaux.

Si le charbon reste un élément essentiel de la production des produits ferreux (ce qui explique la croissance de sa production, en dépit de la crise), il a quand même perdu la place capitale qu’il occupait encore il y a une centaine d’années. Cette place due à son utilisation dans la sidérurgie et le chauffage domestique avait été promue à des sommets par l’introduction de la machine à vapeur qui devint au xixe siècle la principale source d’énergie dans l’industrie et les transports terrestres et maritimes. Mais cette place dans ce secteur fut peu à peu détrônée au début du xxe siècle par les autres énergies fossiles (pétrole, gaz et atomique) et aujourd’hui par les énergies renouvelables, soit par leur utilisation directe avec le moteur à explosion, soit par le canal de l’électricité produite initialement dans des centrales à charbon.

Cette place qu’occupait le charbon qui, au début du xxe siècle, était encore pour une bonne part exploitée dans des mines profondes, donnait aux mineurs un pouvoir dont ils se servirent pour améliorer les conditions de leur dur travail et à l’occasion d’affronter le pouvoir politique. Ce qui fut le cas jusqu’à la moitié du xxe siècle.

Ce pouvoir incontestable des mineurs dans la plupart des pays développés se délita peu à peu, non seulement par le déclin de l’importance du charbon dans la production d’électricité, qui avec l’utilisation directe du pétrole, du gaz, révolutionna tout le secteur des transports. Un déclin qui s’accéléra dans une période plus récente avec des changements techniques qui permirent une concurrence mortelle pour les mines profondes de la plupart des pays industrialisés.

Ce n’est pas tant les engins mécaniques qui permirent l’exploitation à bas coût des mines à ciel ouvert, que la révolution dans la transformation du produit, les transports maritimes et les opérations de chargement et de déchargement. Le charbon extrait avec des engins de forte puissance était broyé par des concasseurs tout aussi puissants, acheminé par convoyeur jusqu’au quai de déversement, directement dans des vraquiers spécialisés dans le transport de pondéreux. Au port de déchargement un système d’aspiration et de convoyeur à bandes le transportait jusqu’à l’usine sidérurgique ave une intervention humaine minimale. Le charbon venant souvent de pays lointains comme l’Australie ou l’Afrique du Sud pouvait être rendu dans n’importe quel port à des prix largement inférieurs à celui d’une mine profonde ; de plus la puissance de lutte des mineurs avait fait monter les coûts de production. Face à une telle concurrence, tout le secteur minier (cela touchait aussi le minerai de fer) subissait dans les pays développés une restructuration profonde : toutes les mines fermaient et la sidérurgie était transférée partout dans les ports capables d’accueillir des navires gigantesques. La lutte des mineurs se transforma en une lutte perdue d’avance pour avoir des garanties lors de la fermeture des mines profondes. Ils n’avaient plus du tout le rapport de force qui avait existé pendant près d’un siècle. Mais souvent ces luttes prirent une grande dimension, poussée par l’énergie du désespoir.

 

Pourtant, cette situation commune aux pays développés n’est pas celle de l’ensemble du monde. Tant qu’il y a des travailleurs exploités, il y a des luttes. Etant donné que, sur cette question des exploitations minières, on trouve encore toute la gamme des conditions d’exploitation, des plus archaïques aux plus modernes, cette lutte prend toutes les formes qu’elle a pu prendre antérieurement, le seul critère étant le bas coût de production, avec des conditions d’exploitation primitive permettant de concurrencer le coût précédemment le plus bas, qui avait causé la disparition des mines des pays industrialisés où la lutte avait amené ces coûts à des niveaux trop élevés et incompressibles.

Les exemples qui suivent permettent d’illustrer ce propos. D’un côté, en Bolivie, on trouve toute la gamme des conditions d’exploitation d’une force de travail encore nombreuse ; de l’autre, en Australie, on ne trouve plus qu’une lutte bien spécifique d’une force de travail réduite à sa plus simple expression.

 

La Bolivie est un Etat assis sur des richesses minières de tous ordres dont le charbon. Les mines de charbon sont exploitées concurremment par l’Etat, les multinationales étrangères et un système particulier de coopératives minières, mais c’est l’Etat qui réglemente et distribue les autorisations d’exploitation par le biais d’une organisation d’Etat, la Conibol. Les multinationales tiennent le haut du pavé : très bien équipées, exploitant 10 000 à 15 000 travailleurs (20 % des emplois miniers) relativement bien payés, elles assurent 80 % de la production globale minière du pays. Ces proportions sont exactement inverses pour ce qu’on appelle le secteur coopératif, qui n’assure que 20 % de cette production minière avec 80 % de la main-d’œuvre de ce secteur.

La gestion de cette main-d’œuvre est assez complexe. Formellement, plus de 500 coopératives regroupées dans une fédération, la Fencomin (Federación nacional de cooperativas mineras), œuvrent dans de petites mines artisanales qui sont souvent plus ou moins déviées de leur forme coopérative par le fait qu’elles sont devenues de petites entreprises avec patrons et salariés. Là les conditions ­d’exploitation nous ramènent aux tout débuts du capitalisme, y compris avec le travail des enfants.

« Marteau et burin comme outils principaux, des heures de labeur pour percer un trou, y placer de la dynamite dans une obscurité étouffante. Puis des dizaines de kilos de charbon sur le dos à remonter du fond de la mine. C’est le dur métier de mineur coopérativiste… Parfois un marteau piqueur bon marché “made in China”. Mais le perçage à sec – impossible d’amener l’eau dans les profondeurs de la mine pour refroidir la mèche – se transforme vite en cauchemar, un nuage de poussière qui s’insinue dans les poumons… Souvent, les “coopérateurs” engagent des auxiliaires payés à la journée ou à la tâche, dépourvus de tout statut : pas de contrat de travail, pas d’assurances, une précarité totale. Le travail artisanal, vécu quotidiennement au fond des galeries qui menacent en permanence de s’effondrer, n’a presque pas changé depuis les temps de la colonie (2). »

 

L’autre problème pour ces « coopératives », c’est l’écoulement de la production qui ne peut se faire que par le canal des multinationales pour lesquelles le secteur « coopératif » est une variable d’ajustement de leur propre production. C’est sur ce point que le présent gouvernement, sous l’égide du président Evo Morales, veut introduire une réforme destinée à renforcer le contrôle de l’Etat dans le secteur minier. C’est cette réforme qui déclenche une révolte de tout le secteur coopératif sans que l’on sache trop si les patrons « coopérateurs » s’y sont associés au côté des travailleurs qu’ils exploitent dans de telles conditions (il y aurait un conflit constant entre la Fencomin et les syndicats boliviens, soutiens de Morales). Les protestataires demandent des subventions pour la fourniture d’électricité, l’élimination d’obligations environnementales et que la Fencomin ait le pouvoir de signer des contrats avec les multinationales. Grèves, blocages routiers, batailles rangées avec la police, avec tués et blessés et pour couronner le tout le meurtre, en août 2016, du vice-ministre de l’intérieur venu « pacifier » la région minière de Paduro. La grève se poursuivait encore fin octobre lorsque Morales a annoncé l’ouverture de pourparlers pour tenter de résoudre ce conflit.

Ce que l’on doit retenir de cette situation complexe, ce sont les conditions effroyables de ceux qui œuvrent au fond. Une situation que l’on retrouve partout , y compris dans des pays comme les Etats-Unis, et qui s’est développée avec l’effondrement des mines profondes et la fin des résistances collectives quand le charbon était roi. Les oppositions présentes, dans le monde entier, vont des résistances collectives (là où comme en Chine ou en Inde, on trouve encore des exploitations minières classiques) à des réactions confuses (comme en Bolivie) et à d’autres résistances difficiles à estimer tant le niveau d’exploitation renvoie aux tous débuts du capitalisme, avec des coûts de production capables de rivaliser avec les mines les plus modernes et suréquipées. Capital variable contre capital fixe, surexploitation humaine contre automatisation

En Australie comme ailleurs, le propre des mines exploitées à ciel ouvert est leur extrême automatisation qui a fait considérablement baisser les coûts globaux de la tonne de charbon rendue au lieu de consommation. Mais cette forme d’exploitation ne peut abstraire l’emploi, même considérablement réduit, du capital humain. C’est la leçon que nous apprend l’Australie, un facteur essentiel dans la mise sur le marché mondial de cette production charbonnière à bas coût. Dans le Nord-Est du pays, en plein désert, le trust minier basé à Londres Anglo American exploite à German Creek, dans deux mines à ciel ouvert et deux mines profondes, le tout suréquipé, 900 travailleurs dont seulement 140 dans les mines à ciel ouvert. Le charbon pulvérisé est acheminé par trains chargés automatiquement vers un port côtier à 360 km de la mine et chargé tout aussi automatiquement dans les vraquiers.

Dans ce processus, la seule intervention humaine importante est celle des conducteurs d’engins (des excavateurs à godets, les plus grands engins mécaniques jamais construits) et les chauffeurs de cette noria de camions qui remontent le charbon du trou toujours plus profond dans le dépôt de charbon. Pris dans la crise mondiale, Anglo American en est réduit à vendre une partie de ses investissements miniers et à restructurer les secteurs les plus producteurs de profit, dont ces mines à ciel ouvert. Pour le renouvellement du contrat collectif expiré depuis avril 2014, la multinationale propose l’embauche de jeunes sous contrats précaires, une réduction des salaires et des modifications des conditions de travail. Plus de seize rencontres paritaires n’ayant rien résolu, en août 2016 les 140 ouvriers des mines à ciel ouvert se sont mis en grève, ce qui bloque la totalité de cette production. Le 4 novembre, la grève étant toujours aussi puissante, Anglo American licencie 83 grévistes et en même temps mobilise des gardes armés et embauche en décembre des jaunes (salaires inférieurs, « contrats » sans droit à congés de maladie ni retraite, sans congé annuel, sans garanties fondamentales).

Relativement à la production mondiale du charbon, qui reste absolument nécessaire pour l’élaboration de l’acier, pilier du monde moderne, on se trouve dans une situation extrêmement diversifiée qui a peu à voir avec ce que fut cette industrie voilà à peine un demi-siècle. Ce qui existait encore d’un secteur minier capable de mener efficacement des conflits nationaux, tant pour les conditions de travail que pour des motifs politiques, a été balayé par l’évolution des techniques. La globalisation a détruit les solidarités nationales et comme on peut le voir en Bolivie on trouve une division encore plus grande entre un secteur hautement développé et un secteur retourné à des stades primaires d’exploitation du travail. C’est cette même situation que l’on constate un peu partout et on voit mal comment pourrait se ­reconstituer ce qui fit autrefois la force des ­mineurs de charbon.

H. S.

NOTES

(1) Voir Planetoscope - Statistiques : Production mondiale d'acier : www.planetoscope.com/Commerce/1149-production-mondiale-d-acier.html

Pour l’évolution des aciéries et les conséquences sociales, voir Echanges n° 155 (printemps 2016) : « Acier et charbon, sidérurgie et mines. »

(2) « Les coopératives dans les mines de Bolivie comme au temps de la colonie », Bernard Perrin, 14 janvier 2012, correspondant du quotidien genevois Le Courrier :

http://www.lecourrier.ch/journaliste/bernard_perrin

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01 février 2017

De la révoltede Wukan aux conflits internes au Parti Communiste Chinois

Paru dans Echanges N°157

pr_sident_xi_jimping

Quand on tente de voir clair dans ce qui se passe en Chine, avec le peu d’informations directes dont on dispose, on doit tenir compte non seulement de la censure pesante, des manipulations de l’information, des rivalités des clans du Parti, des interférences étrangères et de la subjectivité des informateurs. C’est dire que le texte qui suit est tout sauf précis et exact mais qu’il tente imparfaitement une approche des faits, et, à partir de ce que l’on peut trouver ainsi dans les médias, une analyse de la situation économique, politique et sociale.

Tant de contrevérités ont été énoncées dans tous les milieux politiques sur la « révolte de Wukan », en 2011 puis en 2016, qu’il nous a paru souhaitable de tenter de démêler quelle était l’exacte situation des différents protagonistes. Nous sommes bien conscients des limites de cette tentative pour les raisons que nous avons exposées ci-dessus et dont nous assumons la marge d’erreur qu’elle peut comporter. A l’échelle de la Chine (près de 1,4 milliard d’habitants), Wukan n’est qu’un bien petit village de 13 000 habitants, sur la côte est du Guangdong. Autrefois, les habitants y vivaient de la pêche et de l’agriculture, mais la nécessaire expansion de la province fait de l’expropriation des terres agricoles un objectif incontournable. Avec l’expansion de toute la zone du delta de la rivière des Perles (DRP, fraction de la province du Guangdong qui s’étend jusqu’à Hongkong) qui devient particulièrement encombrée, le petit port de pêche peut permettre de décongestionner les ports de commerce existants : le transfert de l’occupation du sol ne concerne pas seulement le port, mais toutes les infrastructures et toutes installations qu’accompagne un tel développement.

Une bonne partie des fréquents conflits dans la Chine actuelle touchent le monde paysan, non dans la propriété du sol mais dans son utilisation. Malgré différentes réformes, le régime foncier y est toujours caractérisé par l’absence de propriété privée du sol. Pour l’essentiel, il reste basé sur deux modes de propriété, établis à l’époque de la constitution de l’Etat maoïste. L’un est fondé sur la propriété d’Etat qui seul a le pouvoir d‘en disposer. L’autre est fondé sur les propriétés collectives. Les pouvoirs locaux – essentiellement l’unité territoriale (essentiellement la commune) peut décider de l’attribution de leur utilisation. Personne ne peut vendre ou acheter la terre. Par contre, en fonction de l’étendue de leurs pouvoirs respectifs, les autorités locales peuvent en autoriser et en distribuer l’usage. L’accélération du développement capitaliste d’Etat pose le problème aigu de l’éviction des occupants primaires, paysans ou autres villageois et d’un transfert de l’utilisation des terres au profit de toutes les implantations nécessaires à ce développement. De cette façon, ce processus d’éviction des paysans des terres se rattache au processus fondamental du capital qui, par tous moyens violents (Grande-Bretagne, URSS) ou progressifs, transfère les producteurs de la période économique antérieure (paysans, artisans et auxiliaires divers) et les fait devenir des prolétaires producteurs de plus-value. Ce transfert doit être pris au sens le plus large, c’est-à-dire en y incluant des opérations spéculatives qui n’ont guère à voir avec l’industrie (opérations immobilières, centres de loisirs divers, etc.). S’y ajoutent, dans les protestations locales, les nuisances de proximité causées par les pollutions diverses d’implantions industrielles voisines.

Ce type d’expropriation d’occupants de terres par le capital pour une implantation quelconque n’est pas particulier à la Chine. On le retrouve partout dans le monde avec des formes juridiques diverses permettant de passer outre les règles de protection de la propriété privée, avec le concours de l’Etat ; des recours et résistances, soit juridiques soit d’action directe sont toujours possibles pour faire annuler, modifier, bloquer les projets concernés. Mais généralement la « puissance publique » finit par triompher. En Chine, des affrontements de cette nature sont innombrables, à la démesure du développement économique, mais seuls les plus sérieux entraînant des réactions importantes franchissent les barrières des médias et de la censure. Fin 2011, 80 000 incidents concernant le foncier avaient été recensés au cours des dix années précédentes. Habituellement, les autorités provinciales ou le pouvoir central envoient des émissaires autorisés qui règlent le problème par quelques concessions, par des paiements supplémentaires, par des sanctions ­diverses et parfois l’arrestation des responsables locaux ; souvent, avant ces règlements, la répression a pu s’abattre sur les protestataires avec l’intervention violente de la police et des arrestations, le règlement final pouvant comporter la libération de ces protestataires emprisonnés.

Il faut être très attentif dans l’analyse portant sur la nature réelle de ces conflits. Le schéma habituel, classique sous le capital, c’est cette éviction des paysans de « leur » terre, en fait de leur seul moyen de subsistance, et la mutation des travailleurs vivant de l’agriculture (paysans, artisans, compagnons et ouvriers agricoles) en ouvriers industriels. Si un tel schéma peut être encore valable pour certaines régions reculées de Chine, ce type de mutation ne s’applique plus dans les régions (pas seulement côtières) ayant connu un développement industriel au cours des cinquante dernières années. L’affaire de Wukan est le parfait exemple de la nature complexe des conflits qui peuvent surgir à propos de la terre dans une région qui, depuis deux générations, a connu un développement économique exponentiel, et qui subit la dure loi de l’économie capitaliste moderne.

Le compagnon habituel de cet accaparement des terres pour ces diverses implantations capitalistes est une corruption d’un niveau inégalé. Pratiquement, tous les échelons du Parti communiste chinois (PCC) en bénéficient, et la prétendue lutte anticorruption proclamée par le président Xi Jinping, secrétaire général du PCC et président de la République, ne vise pas tant à la réduire qu’à éliminer quelque concurrent politique. (Sous des formes diverses, la famille Xi Jinping aurait accumulé une fortune de près de 400 millions d’euros en utilisant les paradis fiscaux, selon les révélations des « Panama Papers ». Ces révélations n’ont pourtant guère entamé le pouvoir du président.) La période actuelle se prête particulièrement bien à de telles opérations d’élimination d’un concurrent politique grâce à des accusations de corruption. En 2017, le puissant organe qui pratiquement contrôle directement et indirectement toute la politique économique et sociale et les instances du Parti et de gestion administrative, le Comité permanent du Bureau politique (une instance de sept membres dont le président est Xi Jinping) doit être presque totalement renouvelé. Touchés par la limite d’âge de 68 ans, cinq des membres du Comité permanent doivent le quitter et être remplacés : les jeux sont ouverts ; Xi Jinping doit choisir parmi les têtes du Parti, parmi lesquelles deux protagonistes de l’affaire de Wukan, Wang Yang et Hu Chunhua, font tout ce qu’ils peuvent pour démontrer à tous les membres du Parti qu’ils sont « à la hauteur », mais aussi qu’ils sont des fidèles de la politique de Xi Jinping.

 L’une des 22 provinces de Chine, le Guangdong, dans le Sud-Est du pays, compte 106 millions d’habitants sur 177 000 km² (deux fois plus d’habitants que la France sur une surface égale au tiers de ce pays). Souvent appelée « l’usine du monde », cette province doit accomplir une mutation industrielle, et passer des industries traditionnelles consommatrices de main-d’œuvre bon marché (textile, jouets, chaussures), menacées par les hausses de salaires (effet pervers du vieillissement de la population et de la lutte de classe) et les délocalisations, à des industries high-tech et aux services. Après un demi-siècle d’essor économique vertigineux, cette province est en passe de perdre son premier rang dans l’économie chinoise au profit du Jiangsu (bordant la ville de Shang­haï à l’ouest et au nord), et un plan de développement industriel « Remplacer les hommes par des robots » a été élaboré, que le tout-puissant secrétaire du Parti de la province est chargé de mettre en œuvre. Deux d’entre eux vont se succéder sans cette province : Wang Yang de 2007 à décembre 2012 et Hu Chunhua de 2012 jusqu’à ce jour.

Non seulement le Guangdong doit opérer cette mutation industrielle, mais l’ensemble : crise, hausse des salaires et fermetures d’entreprises délocalisées entretient une agitation sociale constante ; entre juin et août 2016, on a dénombré plus d’un conflit social par jour. La nécessité des restructurations conduit à une expansion économique par le développement de territoires nouveaux et c’est ce qui va provoquer le conflit de Wukan. La crise économique et ses conséquences sociales ont quelque peu malmené la sphère politique. Le développement non seulement de conflits sociaux divers mais aussi d’une opposition au sein du Parti communiste et dans des structures plus ou moins clandestines ; cette instabilité a conduit Xi Jinping à envoyer des directives dans toute la Chine pour renforcer les contrôles sociaux s’opposant fermement à la carte d’une libéralisation politique quelconque. Ce sont seulement des faits apparemment isolés qui témoignent des remous dans les hautes sphères du Parti. Par exemple, le « suicide » le 30 juin 2016 de Zhu Tiezhi (56 ans), le chef adjoint de la grande revue théorique du parti, Qiushi (recherche de la ­vérité) .

 A Wukan, pendant près de quarante ans, un petit groupe a exercé un contrôle total sur le village : ils fabriquaient les élections tous les trois ans pour s’assurer que leur pouvoir restait concentré dans leur cercle étroit. Ils sont au cœur des décisions et de la corruption lorsque s’installe la complexité capitaliste. En 2009, c’est pratiquement depuis longtemps chose faite dans laquelle il est difficile de démêler l’écheveau des intérêts, de la finance, de la corruption des membres du Parti tant au plan local que national. Comme partout en Chine, ce sont les responsables locaux du PCC qui vont tirer profit d’une nouvelle opération immobilière.

Le chef du village est accusé d’avoir détourné à son profit un terrain de plus de

200 ha (2 km², environ la superficie du 9e arrondissement de Paris). Et les villageois concernés n’ont pratiquement rien touché. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il est difficile de situer la dimension de telles opérations qui, sans être nouvelles, restent dans le secret d’une collusion entre la municipalité tenue par le Parti et un trust immobilier d’un capitaliste de Hongkong, Harbour Industrial Development Corporation, qui aurait dépensé 110 millions de dollars pour utiliser des terres agricoles alors que chaque villageois concerné n’aurait reçu que 87 dollars. Cette collusion aurait commencé à la fin des années 1990 avec des résistances mais c’est la dernière opération, en 2009, qui a déclenché une opposition beaucoup plus importante. Ce grignotage des terres agricoles par le capital via les instances du Parti dure depuis plus de trente ans : ce n’est pas seulement cette dernière manipulation qui déclenche la révolte, mais une situation beaucoup plus complexe, pour une bonne part causée par la crise.

Le fait que le siège de Wukan par la police qui interviendra plus tard ait menacé rapidement la population d’être affamée en quelques jours confirme que ce n’était plus un « village paysan », au sens qu’il aurait été auto-suffisant, car presque toute la nourriture devait être achetée hors du village. La seule activité agricole de Wukan au moment des faits était l’aquaculture pratiquée par des entrepreneurs extérieurs au village auxquelles la collectivité louait des plots en mer. Le conflit ne pouvait être interprété en aucune façon comme une lutte de paysans contre l’expropriation de leur moyen essentiel de vie. Ce n’était pas non plus une simple dispute entre propriétaires sur la manière de tirer un profit d’un développement commercial. Comme Zhuang Liehong , un des « leaders » de la révolte, le mentionnera plus tard dans une interview, le déclin de l’activité industrielle dans le delta de la rivière des Perles avait fait revenir au village bien des jeunes au chômage qui tentaient de se lancer dans l’aquaculture ou qui vivaient temporairement aux crochets des vieux restés au pays. Le loyer qu’ils auraient pu percevoir de l’usage de la terre collective représentait un apport crucial dans leurs perspectives précaires pour conserver un standard de vie acceptable après qu’ils auraient épuisé les économies accumulées en deux générations de migrations. Ceci explique que tant de travailleurs qui œuvraient encore récemment dans le delta et qui auparavant n’accordaient guère d’intérêt aux affaires du village et ne se souciaient guère de la terre se précipitèrent à Wukan, risquant même leur vie à jouer un rôle actif dans une lutte qui n’avait rien à voir avec l’agriculture.

En 2009, un petit noyau de villageois – y compris un migrant cordonnier, Zhuang Liehong –veut mener une enquête sur ce qui est arrivé aux terres. Ils forment un groupe dénommé Ligue des jeunes patriotes au sang chaud de Wukan, impriment des cartes d’adhésion et jurent de « mener une vie morale, d’aimer [leur] pays et de combattre pour la démocratie et la justice ». On peut s’étonner de voir utiliser la fibre patriotique dans ces appels, tout comme on verra dans maintes manifestations d’opposants des forêts de drapeaux rouges du régime. L’explication peut être double. D’une part, bien que manifestant contre les autorités locales, il s’agit de ne pas paraître se distancier du Parti pour éviter le délit suprême d’attaque contre le régime. D’autre part, la révolte ne touchant que les cadres locaux, la fidélité au régime reste entière, avec l’espoir que les dirigeants nationaux sanctionneront ces exécutants locaux. Entre 2009 et mars 2011, les « Jeunes patriotes de Wukan » envoient au moins neuf pétitions à diverses autorité locales et de la province, qui restent toutes lettres mortes. Ils confectionnent et répandent des vidéos sur leurs investigations et pétitions, cherchent à obtenir le soutien de la population. En vain. Jusqu’en septembre 2011, la plupart des villageois n’avaient aucune idée de la manière dont se faisait l’accaparement des terres. L’exploitation agricole des terres ne concernait qu’à peine les ressources de la moitié de la population. De plus en plus une part importante de la population vivait des salaires gagnés par les migrants originaires de Wukan qui étaient partis se faire exploiter dans le delta de la rivière des Perles, à quelque 200 km de là. Quand l’économie de la province commença à décliner, une bonne partie des familles se tourna de nouveau vers le village d’origine et commença à se soucier du problème de l’accaparement des terres. Le 10 septembre 2011, ils purent voir qu’une équipe d’ouvriers du bâtiment commençait des travaux sur les terres agricoles aux portes même de Wukan. Les ouvriers déclarèrent qu’ils travaillaient pour Country Garden, un trust de l’immobilier qui avait acheté le terrain, le dernier et plus important morceau de terre agricole restant dans le village. Il s’agissait d’une ferme, Fengjian, et des terrains environnants ; les villageois s’aperçoivent que les bâtiments ont été saccagés pour empêcher toute occupation par les exploitants et ils font tout pour ameuter la population, bloquant les routes avoisinantes, ce qui entraîne l’intervention de la police.

Le lendemain, quelques douzaines de villageois marchent vers les bureaux du gouvernement du district, à cinq kilomètres, brandissant des bannières blanches, signe de mort en Chine. Personne ne voulant les recevoir, ils commencent à bloquer les routes, attaquent les bâtiments et vandalisent un site industriel proche. La police intervient et arrête. Le lendemain des centaines de villageois s’en prennent au commissariat local avec des armes de fortune. La police des émeutes et des hommes de main blessent nombre de manifestants.

Les villageois élisent un Conseil provisoire de Wukan qui, le 23 septembre, demande à négocier avec les autorités régionales la question des terres. Le gouvernement du district demande aux villageois de désigner treize délégués pour négocier leurs revendications. Le 21 novembre, puis le 3 décembre, plus de 5 000 villageois manifestent à Wukan.

Après deux mois de palabres, aucun progrès n’a été enregistré, mais le gouvernement du district annonce ce même 3 décembre que le conflit est « en passe d’être résolu ». Le même jour la police arrête Zhuang Liehong, qui a fait circuler par tract diffusé dans les boîtes à lettres un manifeste qui devient la pierre angulaire du mouvement. Les villageois répondent à cette arrestation en kidnappant plusieurs officiels pour les détenir jusqu’à la libération de Zhuang Liehong. Le 9 décembre les autorités du district de Shanwei, dont dépend Wukan, interviennent. Ils annoncent qu’ils ont limogé deux dirigeants du Parti de Wukan, gelé temporairement le transfert des terres à Contry Garden, mais que le conseil du village est totalement illégal. Le même jour, cependant, plusieurs délégués de Wukan sont kidnappés par des policiers en civil. Deux jours plus tard, l’un des prisonniers (Xue Jinbo, un boucher de 43 ans) meurt dans les locaux de la police. Un policier responsable déclare qu’il a été terrassé par une crise cardiaque ; la famille n’est pas autorisée à voir son corps mais pense qu’il a été torturé. Les jours suivants, comme la nouvelle de ce meurtre se répand, la révolte éclate ; les villageois chassent les officiels et les flics du village bloquent toutes les routes permettant de communiquer avec l’extérieur. Le 14 décembre, un millier de policiers font le siège de Wukan, coupent l’eau et l’électricité et refusent de laisser passer toute marchandise. Les villageois parviennent quand même à communiquer avec l’extérieur.

Le 17 décembre, le conseil « illégal » remet aux autorités une liste de revendications, essentiellement la restitution des terres à leurs occupants initiaux. Le 19 décembre le secrétaire régional du Parti annonce une négociation à ce sujet, mais elle ne concerne que 0,06 % des terres accaparées du village. Les deux dirigeants du Parti du village, qui ont dû prendre la fuite, sont expulsés du Parti mais les emprisonnés ne sont pas libérés et une marche sur la ville de Shanwei (dont, rappelons-le, dépend administrativement Wukan) est projetée.

Finalement, le 21 décembre 2011 le vice-secrétaire de la province, Zhu Minguo, émissaire du secrétaire du PCC pour la province Wang Yang, se déplace à Wukan pour rencontrer Lin Zulian, 70 ans, hommes d’affaires à la retraite, membre du Parti promu leader de la rébellion. Zhu Minguo promet de relâcher les prisonniers, accepte l’élection démocratique d’un nouveau comité de village et de faciliter les négociations concernant les terres. La police se retire, toutes les barricades sont démantelées. Lin Zulian est désigné comme nouveau secrétaire du parti à Wukan et les villageois organiseront indépendamment l’élection d’un nouveau comité de village à bulletins secrets pour le 3 mars 2012, Lin Zulian en restant obligatoirement le président. Trois autres élections sont prévues, qui désigneront les 100 membres d’une sorte d’assemblée populaire contrôlant le comité ainsi élu. Le 11 février, 6 500 villageois de Wukan élisent 107 de ces représentants, parmi eux la fille du villageois assassiné par les policiers. D’après un témoin étranger, l’élection n’a pas montré d’intervention ouverte ou secrète du Parti communiste.

Ce qui se passe à Wukan a été et est totalement ignoré par les médias nationaux, mais il n’en est pas de même au niveau du Guangdong. Au contraire, tout y est décrit dans le détail et pratiquement les contestataires d’affaires similaires sont encouragés à se lancer dans ces pratiques « démocratiques », ce qui ne manque pas de s’amorcer, timidement à cause des résistances du Parti, mais cela déborde aussi hors de la province. L’homme derrière ce changement radical des pratiques habituelles du Parti dans la solution de toute contestation est Wang Yang, chef de file du courant libéral dans le Parti, favorable au recul du secteur public, nommé secrétaire du Parti dans cette province en novembre 2007. Il doit résoudre la crise économique et ses conséquences sociales particulièrement aiguës dans cette province hyperindustrialisée, et joue son avenir politique dans la course au comité permanent du Parti en refusant l’intervention accrue de l’Etat et en prétendant nettoyer encore plus les écuries d’Augias de la corruption dans le Parti, heurtant ainsi de front les intérêts des clans locaux du PCC.

Le nouveau comité de Wukan ne réussit pas à récupérer plus d’un quart des terres accaparées parce que la plus grande partie de celles-ci, cédées abusivement à des compagnies privées, avaient déjà été utilisées comme garantie pour des prêts bancaires consentis à des fins spéculatives à ces accapareurs : il était impossible de détricoter tout l’édifice immobilier, industriel ou commercial édifié à partir de ces cessions illégales. En outre, quand plus d’une centaine de villageois furent convoqués par les représentants démocratiquement élus pour discuter de ce que deviendrait leurs terres en 2012, la plupart d’entre eux votèrent pour ne pas rendre ces terres à leur fonction d’origine, la production agricole, mais pour la poursuite des plans spéculatifs déjà en place. La seule différence avec la situation actuelle était de toucher une part égale de la location de ces terres, ce qu’ils étaient théoriquement déjà en droit de percevoir antérieurement. L’agriculture avait été abandonnée des années auparavant sur ces terres, sauf pour les jardins entretenus par les vieux. La plus grande partie des jeunes passaient presque tout leur temps dans la zone industrielle et urbanisée du delta de la rivière des Perles, travaillant pour des salaires ou gérant une petite boutique ; bien peu travaillaient réellement dans le secteur de Wukan dans les hôtels ou les usines construits sur leurs terres occupées par le ­capital.

Le retour des villageois des zones urbaines pour participer à cette lutte rurale et la participation à cette lutte de migrants agricoles installés àWukan en provenance de provinces pauvres voisines fit que les divisions habituelles, qui limitent le potentiel explosif de telles révoltes paysannes, n’existaient plus. Cette caractéristique fit que la révolte de Wukan « mit le feu à la plaine », inspira et encouragea au moins trois révoltes similaires dans des villages ou villes du Guangdong et même, semble-t-il, dans d’autres provinces. Si, par crainte d’une répression plus violente, les villageois de Wukan s’interdirent d’appeler à s’unir avec d’autres luttes rurales, le fait est qu’ils y pensèrent et en discutèrent, montrant par là le potentiel de solidarité concrète entre les luttes rurales et urbaines. Il y avait là un grand risque que toute la hiérarchie du Parti, à commencer par son leader Xi Jinping, ne pouvait accepter.

 La riposte ne se fit pas attendre. Dans la lutte pour le pouvoir à la tête du Parti communiste, Xi Jinping a finalement consolidé sa mainmise sur l’appareil, et amorcé une reprise en mains que la crise et ses conséquences sociales rendent d’autant plus nécessaire. En décembre 2012, Wang Yang est démis de ses fonctions dans le Guangdong et envoyé exercer la même fonction dans une autre province chinoise, la Mongolie intérieure (il disparaît aussi de la liste des possibles membres du Bureau politique). Il est remplacé par Hu Chunhua, qui va faire tout rentrer dans l’ordre du Parti, avec les méthodes habituelles de la manipulation politique et de la répression. Il pouvait s’appuyer sur la désillusion des villageois de voir que la pratique « démocratique » ne pouvait répondre à aucune des revendications sur la terre. Un villageois peut déclarer en février 2013 : « On a viré les officiels corrompus pour que nos terres nous soient retournées, mais nous n’avons rien reçu et le nouveau comité de village ne nous a donné aucune explication. » Il est évident que le comité ne peut pas restituer les droits des villageois sur les terres à cause des situations juridiques complexes déjà signalées mais ne veut pas aller au-delà, ce qui supposerait une véritable rupture avec le régime et la promesse d’une répression de grande ampleur.

Lin Zulian, qui fut le leader accepté à la fois par le secrétaire du Parti Wang Yan et par les villageois, exprime sa désillusion : « Je suis vieux. Je ne peux résister à la pression et remplir tous les espoirs qu’ils ont pu avoir. Je n’ai rien gagné dans une telle campagne. Je n’aurais pas dû y prendre part. La démocratie est quelque chose à laquelle chacun doit aspirer mais sa mise en pratique doit être graduelle et il doit y avoir un environnement qui la rend possible. On ne peut pas la laisser survenir brusquement. » Il ajoutait que les villageois n’étaient pas très clairs sur leurs droits réels, exigeant par exemple que le comité révèle tous les détails des contrats qu’il pouvait signer. Dans cette situation, certains des villageois pensaient, eux, aller au-delà : ils parlaient de virer par la violence tous les occupants des terres et de démolir tout ce qui avait été construit dessus. La situation à Wukan n’en est pas moins inquiétante pour le contrôle social, car elle ne représente pas un incident isolé : le rapport pour 2013 de l’Académie chinoise des sciences sociales évalue à 100 000 le nombre des protestations impliquant plus de 100 participants, plus de la moitié de ces protestations concernant la confiscation des terres ou la démolition d’immeubles pour assurer le développement économique. Pour ne citer qu’un seul exemple ; dans un village proche de Wukan, Shangpu, le même scénario qu’à Wukan vient de se reproduire, en 2016, avec la même révolte contre la dévolution quasi clandestine de terres à un groupe industriel et la même répression violente pour étouffer toute tentative de mise en place d’un comité indépendant du Parti.

 Peu à peu le nouveau secrétaire du Parti, Hu Chunhua, tisse sa toile pour redresser la situation à Wukan et rétablir la mainmise du PCC contre les tendances de gestion plus ou moins autonome du village. La situation à Wukan devient de plus en plus tendue et les signes prémonitoires d’une « liquidation » du mouvement se précisent. Tout cela va se concrétiser début 2014. D’un côté, le secrétariat local du Parti est renforcé avec la réinstallation des responsables chassés en 2011, d’un autre côté de nouvelles élections sont annoncées pour le conseil de gestion du village pour remplacer l’ancien. On ne sait trop ce que veut Lin Zulian mais, malgré son âge avancé (70 ans) et ses désillusions, il reste fidèle au Parti et, ayant promis de « travailler avec le nouveau comité pour renforcer les règles du parti », il lui est fait la promesse que de toute façon il restera à la tête du nouveau comité. Sage précaution de l’organisation locale du Parti, étant donné la popularité de Lin Zulian. Les élections du 11 mai 2014 sont complètement truquées, hors de tout contrôle des villageois, et le nouveau comité est entièrement dominé par le Parti.

La situation peut sembler alors, tout au long de 2015, quelque peu stabilisée, mais rien ne se produit quant à la dévolution des terres. Au contraire, les édiles du Parti rétablis dans leur pouvoir local peuvent continuer à tramer les manœuvres plus ou moins secrètes quant aux terres. Les villageois, désorientés, sont de plus en plus divisés quant aux solutions pratiques pour parvenir à leurs fins qui restent la restitution des terres. Lin Zulian finit par se lasser de couvrir tout ce qu’il a combattu antérieurement et, alors que la coupe déborde, rompt le contrat tacite qui le maintenait à la tête du comité. Passant par-dessus la tête du comité local, même inféodé au Parti, les autorités de Shanwei ont arbitrairement attribué une terre de Wukan

– 110 000 m² – à un promoteur immobilier, Hua Hui Real Estate, sans en référer à quiconque à Wukan. Pour Lin Zulian, c’en est trop. En décembre 2015, il adresse plusieurs lettres au promoteur, dont il ne reçoit que des réponses évasives. De guerre lasse, le 2 mars 2016, il publie une lettre ouverte dans laquelle il dénonce la corruption dans le transfert des terres « volées par le pouvoir, l’argent et les gangsters », et peu de temps après appelle les villageois à une manifestation de protestation pour le 18 juin.

Ce même 18 juin 2016, Lin est arrêté lors d’un raid nocturne violent à son domicile et, interrogé pendant douze heures sans relâche et sans ménagement, finit par craquer et par s’avouer « coupable » de corruption, accusation fallacieuse imaginée par le Parti. Cette « confession » est immédiatement diffusée sur les médias. Mais personne n’est dupe à Wukan où, le 26 juin, des milliers de villageois manifestent (toujours avec une forêt de drapeaux rouges chinois et affirmant leur soutien au Parti) réclamant toujours les terres et la libération de Lin Zulian. Plusieurs douzaines de villageois poursuivent les officiels du Parti qui doivent se barricader dans une école. La police intervient avec la dernière violence.

Le 8 septembre Lin Zulian, ayant plaidé coupable, est condamné pour corruption à trois ans et un mois de prison et à une amende de 200 000 yuan. Condamnation confirmée en appel le 20 octobre, bien que Lin Zulian ait rétracté ses « aveux » obtenus sous la ­violence policière.

A Wukan, les manifestations de soutien à Lin et pour les terres sont quasi quotidiennes, ce qui motive une répression massive. Le 13 septembre, plus de 1 000 policiers débarquent de nuit dans le village, envahissent les habitations, cassent, fouillent, et dans la journée la révolte éclate de nouveau à Wukan, avec les affrontements habituels et plus de dix arrestations. Le village est pratiquement sous occupation policière permanente. Depuis, les manifestations à Wukan restent récurrentes mais sporadiques, et pour le moment la reprise en mains est effective malgré toutes les résistances, car rien n’a été fait pour la repossession des terres spoliées et cette spoliation peut continuer en toute ­impunité.

Cette « reprise en mains » par un pouvoir fort relativement à la dévolution des terres apparaît aussi bien nécessaire pour l’avenir des campagnes chinoises. L’agriculture chinoise se trouve face à deux problèmes essentiels qui obèrent l’alimentation de la population : d’une part le vieillissement de la population, qui fait que les terres attribuées à tel ou tel sont délaissées, d’autre part et pour cette même raison, le morcellement de millions de petites parcelles qui ne sont plus cultivées comme autrefois. D’où un impératif de réforme pour accroître la production agricole ; les tentatives antérieures pour répondre à ce problème ont toutes échoué. L’objectif cette fois est de constituer de grandes fermes, par une concentration qui permettrait une agriculture industrialisée. Est ainsi envisagée la constitution de grandes fermes édifiées après un contrat entre le comité de village (le seul en principe habilité à disposer des terres du village) et une entreprise unique qui exploiterait la totalité des terres du village ; le contrat comporterait une garantie d’emploi et de salaire aux villageois qui ne conserveraient que leur jardin privatif. La mise en œuvre d’un tel plan entraînera bien des résistances et la reprise en mains des résistances actuelles dans les campagnes devient une étape cruciale. D’où l’importance de l’isolement et de la normalisation de Wukan.

Quelle leçon tirer de la révolte de Wukan ?

Par-delà les revendications premières et ce que le contexte a pu faire apparaître, ce sont les ambitions réelles et les perspectives que cette révolte a pu exprimer qui peuvent donner la dimension révélatrice de la contestation en Chine.

Il ne faut pas s’attacher seulement à l’étroite limite de la revendication, ou à ces manifestations patriotiques ou d’affirmation de fidélité au Parti dont nous avons souligné l’ambiguïté. L’Histoire nous apprend par de nombreux exemples que des événements de grande ampleur, voire révolutionnaires, sont partis de revendications élémentaires bien terre à terre, qu’elles ont pu emprunter au départ les sentiers battus des idéologies de la domination sociale, pour les contredire dans l’action et prendre conscience de leur démesure dans la répression brutale du système

Le fait que les villageois aient pensé qu’une assemblée « démocratiquement élue » et le collectif en émanant auraient pu constituer une forme de gestion de leurs intérêts contre la domination du Parti allait-il au-delà du plan local et constitue-t-il une contestation globale du système ? Le fait qu’à différentes reprises, la violence ait percé contre les personnes et symboles qui représentaient la domination du Parti communiste exprimait-il une radicalité, plus qu’un ras-le-bol de l’inefficacité de ce qui avait été fait jusqu’alors ? Il est difficile de le dire d’autant plus que le mouvement a toujours hésité entre d’une part l’espoir d’une solution venant des autorités supérieures et d’autre part des tendances autogestionnaires plus ou moins radicales (il ne semble pas y avoir eu d’affirmation d’une indépendance totale de tout pouvoir). Il est difficile de le dire car l’intervention des mêmes autorités a prévenu l’extension de la contestation d’abord par la répression, puis par l’intégration, puis par une formule mixte intégration-répression, puis jusqu’à aujourd’hui par la répression. C’est la seule dynamique dans l’extension d’un mouvement qui en modifie les perspectives et les ambitions politiques. Sous cet angle, le mouvement n’a pratiquement jamais atteint un stade plus large et a finalement stagné dans l’impossibilité d’une solution locale. Le pouvoir central du PCC était bien conscient du danger potentiel et de la dynamique que représentait une extension (même limitée au départ) de ce type de contestation foncière et les quelques révoltes style Wukan ont été réprimées brutalement.

Wukan peut apparaître comme une étape positive d’on ne sait quel avenir émancipateur, car de tels mouvements ne sont plus à part du fait qu’ils se rattachent à la terre, mais font partie des résistances globales au système ; ils émanent, malgré les apparences, de prolétaires laissés pour compte par le ­système.

H. S.

Sources. L’ensemble de cet article se réfère à une masse de documents sur la Chine et la révolte de Wukan. Plutôt que d’utiliser le système habituel des notes de bas de page, nous avons préféré citer les plus importants de ces documents auxquels nous avons emprunté. Chacun disposant d’Internet pourra s’y référer mais nous pouvons en adresser copie, par courrier électronique ou traditionnel, à qui en fera la demande. Précisons que la plupart de ces documents sont en anglais.

u « Wukan municipal election, 2012 » Wikipedia, 3 mars 2012, avec liens vers d’autres articles

u « Wang Yang, l'étoile montante du Parti communiste chinois », Le Monde, 13 août 2012

u « Wukan : Citizens Fight to Keep Land / Human Rights in China », de Paul Mooney, 18 décembre 2012 (www.hrichina.org/en/crf/article/6454)

u « The New Hu in Town », The Diplomat, 20 décembre 2012 (http://thediplomat.com)

u « Wukan democracy leaves village divided », South China Morning Post, 15 février 2103 (http://www.scmp.com/news/china/article/1150517)

u « Filmmakers View : Wukan, hope and reality », Lynn Lee, 2014 (http://www.aljazeera.com/ programmes/specialseries/2015/02/wukan-votes-150225163032470.html)

u « Wukan: new election, same old story », Stanley Luhman, Wall Street Journal, 27 mars 2014

(http://blogs.wsj.com/chinarealtime/)

u « Wukan votes in new election amid fears of government pressure » Yan Fan, RFA’s Mandarin Service, 31 mars 2014 (http://www.rfa.org/ english/news/china/wukan-03312014153648.html)

u « Cleaning the welfare fields. Rural struggles in China since 1959» Chuang, n°1 , 2016 (http://chuangcn .org /journal/one/gleaning-the-welfare-fields/)

u « Xi Jinping, ou l’épuration permanente », Brice Pedroletti

et FrançoisBougon, Le Monde, 28 avril 2016

u « Xi’s China : The rise of party politics » Tom Mitchell, Financial Times, 26/7/2016 (https://www.ft.com/content/57371736-4b69-11e6-88c5-db83e98a590a)

u « Guangdong struggles to keep top spot as China’s economic powerhouse while Jiangsu closes in », South China Morning Post, 24 janvier 2016 (http://www.scmp.com/news/china/policies-politics/article/1904755/)

u « Hopes for democracy crushed in the Chinese rebel village of Wukan », James Pomfret, Reuters, 1er juillet 2016 (http://www.reuters.com/article/us-china-wukan-idUSKCN0ZG3A4)

u « En Chine, la délicate mutation de l’usine du monde », Le Monde, 1er septembre 2016

u « Chinese censors are blocking all information about a bloody crackdown in a fishing village in Guangdong », Isabella Steger, Reuters,14 septembre 2016 (http://qz.com/781276/)

u Sur la Chine, Echanges a publié des articles et brochures. Parmi les brochures récentes, toujours disponibles : La Chine débarque dans l'UE ; La Question syndicale en Chine.

On peut se reporter à l’ouvrage de Bruno Astarian Luttes de classes dans la Chine des réformes (1978-2009) (éd. Acratie).

u On peut aussi retrouver une partie des remous dans les hautes sphères du Parti communiste chinois dans la polémique à propos de l'ouvrage La Commune de Shanghaï, ouvrage qui, à notre avis, a été destiné à justifier la reprise en mains et le durcissement de la répression (« Sur la commune de Shanghaï », Echanges n° 153 [automne 2015]).

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30 janvier 2017

France : la guerre de classe des gueules noires 1941- 1948.

 DEMAIN MARDI 31 JANVIER 2017 IL  LA TELEVISION FRANCAISE (TELE 2) VA PASSER UN FILM SUR  LA GREVE DES MINEURS DE 1948 . A cette occasion nous publions ici un texte faisant partie d' un projet de brochure plus dense qui paraitra en brochure de notre revue ECHANGES. Ceci pour démystifier toute tentative du pouvoir visant à la défense de la patrie.

Le mouvement des mineurs du 4 octobre au 29 novembre 1948 "est l'une des plus dures (sinon la plus dure), des plus longues (56 jours), des plus violentes des grèves soutenues par la corporation minière sous la République"1 .

 Si en 1941 les mineurs ont fait face à la dictature conjointe du régime de Vichy et du nazisme, avec les conséquences dont nous donnerons qu'un rapide aperçu, à la libération ce fut une toute autre affaire, ce n' était plus les Boches qu'ils devaient affronter mais les Moches ( les CRS)2. Autrement dit après la répression du fascisme, celle de la république démocratique bourgeoise, représenté par le gouvernement Queuille et les socialistes Jules Moch comme ministre de l' intérieur, et Daniel Mayer ministre du travail.

La grève au départ est une grève revendicative , principalement axé sur la flambé des prix. Elle ne présentait pas le caractère insurrectionnel que le gouvernement voulait lui attribuer. Seulement cette grève intervient au moment ou commence à se manifester la politique des blocs, les uns sont pour les américains et le plan Marshall, les autres la CGT et le PCF sont suspectés de vouloir réédité le « coup de Prague ». Le 16 octobre 1948 J. Moch déclare:

"Les grèves se poursuivent dans les mines. Je ne veux pas rappeler (je l'ai déjà dit) que profitant des revendications fondées sur des raisons économiques, les dirigeants de la CGT communisée ont déclenché des grèves tournantes et prolongé celle des mines, non pas dans l'intérêt des travailleurs mais pour exécuter avec une aveugle obéissance les instructions du Kominform et de l'Europe orientale, tendant à transformer les travailleurs français en pions, sur un échiquier étranger, à lutter contre le plan Marshall, contre l'aide américaine baptisée conquête impérialiste ou militaire, bref à détourner les USA d'aider l'Europe en provoquant des désordres multipliés, la chute de notre économie".

La grève des mineurs est d' d'emblée placé dans la dichotomie EST-OUEST en formation, dont l' acceptation du plan Marshall est le nœud gordien. Le PS-SFIO,MRP, Radicaux et modérés de l' époque marchent pour le camp occidental. En fait les deux camps sont pour des raisons diverses en accord pour diminuer le pouvoir des mineurs. Le scénario de l' ennemi extérieur, nous le connaissons il fut utilisés pour mater les mineurs d' Amérique du nord (IWW), pour mater la grève des mineurs de 1926 en Grande Bretagne...

Quand Maurice Thorez, ancien mineur demande aux mineurs de «retrousser leur manches»3 pour redresser l' économie nationale exsangue du fait de la guerre, il ne vise pas à saboter l' économie nationale. Quant à la CGT elle ne déclenchera pas la grève générale face à la répression criminelle de l' Etat contre les mineurs, répression qui n' avait rien à envier au fascisme. A ce moment tous savaient déjà, que l' avenir économique des mineurs étaient derrière eux, comme ce fut déjà révélé lors de la grève des mineurs anglais en 1926. Mais en attendant l'usage massif du pétrole, le charbon avait encore sa place, mais une place qui allait diminuer avec le temps. La Vieille Europe devait passer sous les fourches-caudines du cartel pétrolier mad in US.

Ce que Robert Lacoste, ministre de l’Industrie, révèlera en 1950,  : « De combien de millions de tonnes devra-t-on réduire notre extraction ? De combien faudra-t-il réduire les effectifs miniers ? Je ne veux pas avancer de chiffres. Je laisse le soin aux techniciens de le déterminer. En tout cas, nous en savons assez pour déclarer qu’il faut se résoudre à une réalisation progressive du Pool Charbon-Acier (appelé aussi plan Schuman) accompagné de mesures destinées à en amortir les incidences sociales dans les mines. Voici longtemps que j’ai prévenu les mineurs de l’éventualité du renversement de la situation dans nos mines, par suite de la concurrence du fuel et de l’abaissement des prix des charbons importés. »

Le pouvoir républicain pouvait donc déclarer la guerre aux mineurs et se faisant transformer leur grève en gréve insurrectionnelle, et profiter de la répression pour procéder à des licenciements sous couvert d'une chasse aux sorcières contre les communistes. Il y aura 6000 licenciements, et près de 3000 condamnations à de la prison et à des amendes.

Du mouvement revendicatif des mineurs à la grève insurrectionnelle

Après la libération du territoire national, Les revendications faites et payées au prix du sang et de la déportation par les mineurs, vont refaire surface. La nationalisation des mines, va dans un premier temps leurs donner toute une série d' avantages que les autres catégories de travailleurs n' ont pas . Mais aussi donné à l' Etat la possibilité d' un contrôle social , sur les mineurs, c' est à cela que les décrets du socialiste Lacoste vont s' attaquer par la remise en cause du statut des mineurs.

Seulement la situation économique de la France se dégrade rapidement et l' inflation commence à ronger les salaires. De 12 francs en 1947,le kilo de pain est passé à 37 francs. Le kilo de bifteck a augmenté de 370 à 500 francs, et le paquet de Gauloises, qui coûtait 15 francs en 1945 et 48 francs en 1947, atteint maintenant les 65 francs.4

Le gouvernement est obsédé par la « décommunisation » de l' état et de ses industries stratégiques. Le général de Gaulle avait commencé le boulot en remplaçant les Groupes Mobiles de Réserve (GMR) du régime de Vichy par les Compagnies Républicaine de Sécurité (CRS) où la résistance communiste FTP aurait fait de l' entrisme.5

C'est dans ce cadre, que va se dérouler la grève de 1948. Celle ci contrairement aux habitudes des mineurs, ne sera pas votée à main levée, mais à bulletin secret. Le résultat du scrutin est sans appel : 218 616 voix pour la grève, 25 086 contre et 15 502 abstentions ou nuls. La CFTC et FO se voient contraintes à se rallier au mouvement et laissent leurs adhérents libre d' agir à leur guise.

Très rapidement le puissant mouvement de grève va se retrouver confronter à une véritable terrorisme d' état. Comme c' est généralement le cas, avant de passer aux actes répressifs la bourgeoisie met en place tout un arsenal répressif, qu'elle va abattre par vague successives sur les mineurs. C'est ce qui s' est passé contre le syndicalisme révolutionnaire des IWW et sa tête de pont la Western Fédération of Miners (WFM), contre les mineurs de la Ruhr en 1920 ,contre les mineurs anglais jusqu'à leur anéantissement total et c' est ce qui va se passer lors de la grève de 1948.

Jules Moch, s'était déjà fait les dents durant les mouvements de grève de 1947 dans le Nord-Pas-de-Calais. Il met en place vers mai 1948 des super-préfets6 en charge d' intervenir de manière civile et militaires dans leur circonscription. Ce qui va permettre, dés les 3-4 octobre, de faire occuper le bassin lorrain par l' armée, de procéder à la réquisition du personnel des cokeries, et dés le 18 octobre de mailler complètement l' ensemble des bassins par les CRS; dans la foulée il procède au rappel de 80 000 réservistes.

Le 7 octobre, les CRS assassinent à coup de crosse , le mineur Jansek de Merlebach. La FNSS décide alors de suspendre pendant 24 heures les mesures de sécurité empêchant l'inondation des puits.

Dés le 8 octobre, les CRS puis l' armée investissent les puits et les corons en lorraine, Le 19 octobre, les mineurs nord-africains sont aux prises avec les CRS qui saccagent les baraquements et les conduisent de force à la mine. Les 25 et 29 octobre l' armée occupe avec violence les puits d' Alés et de saint Étienne dans le Nord . La riposte des mineurs à la présence des chars, des chenillettes, des CRS et de l' armée ne se fait pas attendre. Une véritable guerre de classe s' engage et ce d'autant que parmi les gueules noires nombreux sont ceux appartenant aux francs tireurs et partisans (FTP). La répression dans un premier temps va se concentrer dans la Loire et le Gard, mais le plan de jules Moch est mis en échec, les mineurs à plusieurs endroits réoccupent les puits, les CRS s' enfuient laissant sur le terrain camions et … Les mineurs vont jusqu'à faire prisonniers des gardes mobiles avec un colonel à leur tête. Une arrestation dans le nord provoque l' occupation de la sous préfecture de Béthune. La grève devient alors effectivement insurrectionnelle et les forces gouvernementales mises en échec ne vont plus hésiter à faire usage des armes. Trois mineurs trouveront la mort, et deux autres décéderont plus tard.

A partir de cette répression tout va monter en charge

Le préfet du Pas-de-Calais résume la situation le 5 décembre : "Au fur et à mesure de l'arrivée des renforts de CRS et d'escadrons de la garde, j'ai pu prendre pour certaines localités puis pour l'ensemble du bassin minier, des arrêtés d'interdiction que j'ai d'abord limités à tous les rassemblements sur la voie publique, puis étendus à toutes les réunions (...). Grâce à ces arrêtés, appuyés par des interventions incessantes des forces de l'ordre (...) toutes les réunions et manifestations subversives ont été pratiquement suspendues dès le début de novembre et les mineurs communistes ont été ainsi privés de tous moyens de remonter le moral de leurs troupes ou de leur passer des consignes en vue de contre-attaques vers les installations minières gardées militairement".

"Pour chaque fosse ou chaque établissement minier, un commissaire de police se présentait devant le piquet de grève et essayait d'abord de parlementer. A défaut il ceignait alors son écharpe et faisait les sommations d'usage. C'est seulement dans des cas exceptionnels où les grévistes s'obstinaient à ne pas prendre de leur plein gré le chemin de la sortie, qu'ils y étaient aidés, sans brutalité d'ailleurs, par des forces 10 ou 20 fois supérieures, préalablement massées à proximité".

Le gouvernement est alors persuadé que les communistes du PCF préparent le coup de prague, En réalité c 'est la mise en place de la guerre froide qui s 'installe au travers de la grève des mineurs et contre eux. D'un coté Staline mais en place le Kominform en 1947 de l' autre le mot d' ordre est donné d' expulser tous les communistes des gouvernements; ils sont exclus le 12 mars 1947 de Belgique, le 5 mai 1947 de France, le 30 mai du gouvernement italien et le 19 novembre de l' Autrichien.

Dés le début, le gouvernement va donner un caractère militaire à ses interventions, chaque jour un communiqué indique les kilomètres «de territoire libéré» gagné sur l' ennemi intérieur à savoir les mineurs Entre 25 000 et 35000 hommes seront déployés pour mater «l' insurrection ».

l'écrasement de l' insurrection

En dépit de soutiens (collectes d'argent, accueil d'enfants de mineurs par des familles en région parisienne...), le mouvement échoue face à la détermination du gouvernement. C' est le moment où les mesures coercitives, voire punitives, commencent. Dans les semaines qui suivront la fin de la grève, près de 3 000 mineurs sont condamnés à des peines allant de l'amende à la prison ferme, notamment presque tous les délégués à la sécurité qui constituent l'armature du mouvement syndical dans les mines. Quelque 6 000 sont licenciés, dont des délégués-mineurs. De surcroît, les Comités d'entreprise sont supprimés dans les Houillères. Dans le même temps le gouvernement fait voter un crédit de 50 millions pour dédommager les victimes des actes de violence des grévistes.

Le coup est rude : les travailleurs du sous-sol ne se lanceront plus dans un tel mouvement jusqu'à la grève de 1963.

Depuis

La ministre socialiste de la justice, Christiane Taubira, a demandé à Bercy d'indemniser des mineurs grévistes du grand mouvement de l'automne 1948 ainsi que leurs ayants droit. En 1981, une loi d'amnistie avait été votée, permettant aux travailleurs licenciés pour des faits de grève et action syndicale d'obtenir réparation.

Puis, en mars 2011, la cour d'appel de Versailles avait reconnu le caractère discriminatoire et abusif du licenciement de 17 mineurs et employés de la société publique qui gérait les sites, Charbonnages de France, et annulé les licenciements. Elle avait condamné Charbonnages de France et l'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs (ANGDM) à leur verser 30 000 euros chacun. Mais la décision avait été cassée par la Cour de cassation, en octobre 2012.

« Parmi les 3 000 grévistes, 200 d'entre eux ont subi des atteintes à leurs droits fondamentaux » de la part des autorités, a rappelé la garde des sceaux dans un courrier adressé en mai au ministre des finances, Michel Sapin. « Injustement condamnés, les mineurs (...) n'ont été que partiellement indemnisés pour les dommages subis (licenciement abusif, expulsion du logement, discrimination à la réembauche...) par la loi de finances de 2004 », estime Mme Taubira.

Quelque 31 mineurs et ayants droit pourraient bénéficier de cette mesure d'indemnisation, selon la chancellerie. « Je pense qu'il serait à l'honneur de notre gouvernement de donner enfin satisfaction à des personnes qui ont conduit un combat politique de plus de soixante ans et ainsi de mettre fin à une injustice jamais réparée auparavant », a fait valoir la ministre.

Gérard Bad

Témoignages

Après deux mois de conflit, c’est la répression : le gouvernement envoie la troupe. 2 000 mineurs sont arrêtés, leurs logements perquisitionnés, 714 seront condamnés à de la prison. « L’armée est arrivée, mitraillette au poing. C’était terrible ! », se souvient Léone Amigo, 87 ans. 

Son mari, 20 ans à l’époque, sera arrêté et emprisonné pendant trois mois. « C’est resté un traumatisme. Encore aujourd’hui, lorsqu’on remue ces souvenirs, il en fait des cauchemars. Toute notre vie, nous avons vécu avec un sentiment de honte. Nous n’avons jamais osé en parler à nos enfants. C’est trop douloureux. » 

NOTES

 

1Rolande Trempé, "La répression", Les Cahiers de l'Institut d'Histoire Sociale Minière, n° 15, septembre 1998, p. 30.

2De la grève de 1948, vient le fameux CRS-SS de Mai 68 et un autre spécialement dédié à J. Moch « Moche c' est boche ».

3Discours de M.Thorez le 21 juillet 1945 à Wazier, qui invite les mineurs à gagner la bataille du charbon, de son coté le leader charismatique des mineurs Auguste Lecoeur va dans le sens contraire, pas question pour lui de relever l' économie capitaliste.

4Extrait du livre « plus noir dans la nuit » Calman Lévy

5 A la suite d'une manifestation à Marseille (du 12 novembre 1947) à l'appel de la CGT et du PCF, non réprimée par certains gardiens de CRS proches des idées communistes dont le comportement avait été jugé "douteux", plusieurs compagnies sont dissoutes et les CRS réorganisés de sorte de faire disparaître l'influence communiste en leurs rangs.

6 Les Igames : Ils détenaient à la fois les pouvoirs civil et militaire. C’était une première ! Tout avait été donc préparé pour faciliter et organiser la répression.

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28 janvier 2017

Taux de profit, revenu universel et surnuméraire

 

droit_paresse_22Revenons sur la baisse du taux de profit.

 Baisse tendancielle du développement du Mode de Production Capitaliste (MPC). Le MPC depuis la création du crédit et de la Société Anonyme (SA) est devenu un capitalisme collectif. Ce qui a pour conséquence la mise en œuvre de capitaux de plus en plus considérables pour le développement du MPC et sa reproduction élargie. Il en résulte un accroissement tout aussi considérable de la masse de profit ; quant à l'accroissement du capital (sa reproduction élargie), il dépend à la fois du taux de profit et de sa masse (1).

 Sous le fouet permanent de la concurrence, tout capitaliste d'État ou privé et même monopoliste est contraint d’accroître la productivité. Cet accroissement de la productivité a pour résultat la diminution de valeur du capital existant et la réduction du capital variable (nombre de salariés) par rapport au capital constant ; ce qui a pour conséquences, d'une part de faire tomber le taux du profit, d'autre part d'en ralentir la chute.

 Autrement dit les capitalistes doivent faire des investissements de plus en plus importants, avec comme corollaire une diminution relative du capital variable (nombre de salariés) qui entraîne une chute du taux de plus-value. Mais cette chute sera compensée par la liquidation des concurrents la pléthore de capital qui selon Marx est dans l'impossibilité de compenser la baisse du taux de profit par sa masse (manque de crédit).

 Comment se rendre compte qu'il y a baisse du taux de profit ?

 Nous pouvons nous référer aux statistiques faites par les organismes capitalistes, ce que font régulièrement les intellectuels marxistes. Mais ce qui est plus intéressant ce sont les mesures que les capitalistes sont contraints de prendre pour contrecarrer cette chute du taux de profit. Ces mesures, ou contre tendances à la baisse du taux de profit, sont énumérées au chapitre XIV du tome III du Capital. elles sont au nombre de six : 1) l'accroissement de l'exploitation du travail. 2) La réduction du salaire au-dessous de la valeur de la force de travail. 3) La dépréciation des éléments du capital constant. 4) La surpopulation relative. 5) Le commerce international. 6) L'accroissement du capital par actions.

Toutes ces contre-tendances ont été mises en action depuis le retournement monétariste de 1979 visant à «euthanasier l'État providence». Le monétarisme voulait juguler l'inflation et permettre au capital de retrouver ses marges par des purges grandioses à l'échelle du monde. Elles sont toujours efficientes, reprenons les une à une.

Il ne semble pas nécessaire de traiter ici de «l'accroissement de l'exploitation du travail et la réduction du salaire au-dessous de la valeur de la force de travail» qui est si évidente que nous pouvons écrire sur le sujet chaque jour. Je vais donc concentrer mes critiques sur « la dépréciation des éléments du capital constant et la surpopulation relative ».

 La dépréciation des éléments du capital constant.

 Face à la baisse du taux de profit que certains sous estiment, nous voyons poindre de nouveaux entrepreneurs qui savent habilement utiliser les TIC et pénétrer comme une bombe à retardement dans le MPC, ces nouveaux capitalistes se sont les start-ups et l'ubérisation dont tout le monde connaît les péripéties. Seulement peu de «théoriciens» sont aujourd'hui en mesure de nous indiquer ce qui se passe derrière le rideau. Des transformations s'opèrent à une grande échelle au point que certains parlent ouvertement d'en finir avec le salariat, réduisant celui-ci à l'état d'auto entrepreneur misérable. Ces nouveaux capitalistes veulent s'émanciper d'une forte mise en capital constant et variable, comme le disait K. Marx «ramener au niveau le plus bas possible la valeur du capital constant utilisé » (2). Ils vont pour cela utiliser les niches offertes par les TIC pour se faire une place d'intermédiaires indispensables dans le système. Certes, le système en lui-même n'est pas nouveau on le connaît depuis les franchisés , et plus anciennement avec le système de vente comme Amway (3) et Tupperware. Ce qui change c'est la montée en charge de ce système qui se présente comme voulant libérer les individus du salariat, illustration : « la Loi travail en France ».

 Le rapport de Robert Badinter accolé à la loi travail insiste sur le fait que le salariat de la première révolution industrielle est en voie de disparition. Cela fait effectivement 40 ans que nous voyons se multiplier et démultiplier les contrats de travail en tout genre jusqu'au contrat de travail zéro heure. (4) Cette déstructuration du contrat de travail à temps plein n'est pas la fin du salariat, mais sa précarisation.

Le « cloud working ».

Chaque jour sur Internet un site offre des travaux à faire immédiatement à domicile par un «indépendant». Bien sûr, cela ne concerne que des tâches comme programmeur, rédacteur, traducteur, graphiste, etc. C’est une version des contrats déjà existants de chantier ou de projets non-salariés, c’est-à-dire sans aucune garantie sociale (en France, IBM s’est lancé en 2012 dans la pratique du cloud working sous le titre «Program Liquid» qui lui permettrait, en confiant des tâches à des sous-traitants sous statut d’autoentrepreneurs, de réduire ses effectifs mondiaux de 400 000 à 100 000 employés. Cette résurgence du travail à domicile est liée au développement de l’informatique individuelle (ce qui déplace la question du capital fixe) et a aussi des conséquences sociales.

 La surpopulation relative.

 Au niveau mondial, le taux d'emploi est passé de 77% en 1966 à 53,9% en 2015, malgré une hausse relative du nombre d'emplois (5).

 Il faut voir à ce sujet les données de la Banque mondiale, de l'OCDE (6). La population, en surnombre relatif, est contrainte pour survivre d'entrer dans ce que l'on appelle l'économie informelle. Cette économie frôle les 19% du PIB des 27 pays de l'Union européenne, ce qui n'est pas neutre et dans les pays dits « émergents » elle est de l'ordre de 50% et plus. L'objectif fiscal des États est de lutter contre ce phénomène en « légalisant » le travail illégal avec une faible fiscalité. Le résultat le plus marquant est l'Ubérisaton.

 Ubèrisation et la fin du salariat.

 Vous trouverez ci-dessous un extrait d'article qui me semble résumer le fond du problème, même s’il a tendance à sous-estimer l'auto-emploi tout en déclarant que ce phénomène concerne des millions d'emplois aux États-Unis. En France, il ne fait aucun doute que c'est l'État lui-même qui favorise ce type d'emploi notamment par la «Loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques», numéro 2015-990 du 6 août 2015 dite «Loi Macron» (7), mais aussi par de nouvelles mesures fiscales, comme notamment le statut fiscal de «Jeune Entreprise Innovante», créé en 2004 et enfin en 2016 la loi el Khomri.

 Cette dernière dite aussi loi travail vise à stopper le mouvement de requalification des travailleurs indépendants dès lors que le lien de subordination avec le donneur d'ordre était établi (8). Cette remise en cause des requalifications du travailleur le touche dès lors qu’il :

 1. Exerce une activité immatriculée au registre du commerce et des sociétés, au répertoire des métiers, au registre des agents commerciaux, à un registre des entreprises de transport ou auprès des unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales ;

2. définit librement ses horaires, ainsi que la durée et sa charge de travail ;

3. n’a pas de lien d’exclusivité entre la plateforme et le travailleur.

 «Plus intéressant est le démontage par Moody de l’illusion auto-entrepreneuriale, composante à la fois réelle et imaginaire de la précarisation. Celle-ci revêt des formes multiples : embauche par une agence d’intérim, contrat très bref, travail à la demande (on call, le prolétaire attendant d’être convoqué par téléphone), travail à temps partiel accepté faute de mieux, ou statut imposé d’autoentrepreneur, aux États-Unis, l’auto-emploi concerne des millions de prolétaires dans le bâtiment, les taxis et le camionnage, dont 150.000 driver-partners chez le fameux Uber » (9).

 On se tromperait pourtant en y voyant une forme privilégiée du travail de demain.

 « Pour un prix convenu, au volant de sa voiture, A reconduit B chez elle. B se fait ensuite payer par C pour lui couper les cheveux à domicile. Sur Internet, de retour chez lui, C prend sa leçon hebdomadaire de chinois avec A qui le règle en ligne. Cette somme permet à C de payer D pour élaguer sa haie. Chacun est à son tour vendeur et acheteur, mais de quoi ? Ni la voiture, ni les ciseaux, l’ordinateur ou la tronçonneuse n’ont été fabriqués dans un grenier ou un garage (sur un banal établi, ou grâce à une imprimante tridimensionnelle) par A, B, C et D. Ces objets sont sortis d’usines. »

 « On peut regretter l’évolution d’un monde où chacun achète et (se) vend, et juger lamentable que l’autostop d’antan revive comme pratique marchande. Mais le capitalisme excelle à faire commerce de tout, y compris du temps libre ou des aptitudes personnelles individuelles de vous et moi, et il est inévitable que des multinationales comme Uber en profitent pour gagner des milliards en jouant les intermédiaires (10).

 Il n’empêche, A, B, C et D n’ont fait que mettre entre eux en circulation des services monnayés, à partir d’objets préalablement manufacturés. L’ubérisation n’est pas l’avenir du monde ».

 « Quant aux faits, les données réunies par Moody démentent la croyance en une progression de l’auto-emploi ou contrat entre un patron et un salarié formellement indépendant, mais obligé pour vivre de multiplier des boulots courts et mal payés. En réalité, depuis 1990, le nombre de personnes cumulant plusieurs emplois n’a guère augmenté aux États-Unis, et plus de la moitié d’entre elles ont un travail permanent en plus de l’emploi additionnel. L’emploi court et multiple concerne surtout des secteurs avec une longue tradition d’embauche saisonnière, dans des entreprises petites ou grandes, et des horaires tournant autour d’une trentaine d’heures hebdomadaires dans le commerce de détail, la santé, les loisirs… » (Extrait de Working class zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens (11)).

 La cocréation un nouveau concept loin d'être neutre.

 Voici un extrait d’article qui résume les objectifs du concept de cocréation d’emploi. « Répondre plus rapidement à près de 1,3 million de questions de clients par an, c'est le défi de Voyages-sncf.com. Après avoir garanti la réponse d'un conseiller en moins de deux heures sur les réseaux sociaux, le site de réservation en ligne vise l'instantanéité. À cet effet, il a délégué la gestion d'une partie de son service consommateur à ses utilisateurs experts. Un pari gagnant : près de 400 clients se mobilisent volontairement et à titre gratuit pour répondre tous les jours aux voyageurs sur le chat communautaire. Cinq d'entre eux ont même intégré la « love team », une cellule de dix salariés chargés d'analyser les verbatims clients et d'améliorer l'expérience utilisateur du site. Cette initiative a valu à Valérie Darmaillacq, directrice performance et relation client de Voyages-sncf.com, le prix du directeur client de l'année 2015 ».

 « PriceMinister, PMU, MAAF, Auchan, Darty, Adidas, Nike, AXA, Decathlon, Airbnb, Lego, mais aussi Alstom dans le BtoB, nombreuses sont les entreprises qui font appel à leurs clients. Pour les unes, il s'agit de gérer leur service après-vente, pour les autres de trouver de nouvelles idées de produits et services ou de les améliorer. La cocréation enrichit le spectre des compétences et des idées, soutient Lidia Boutaghane, consultante en stratégie client et markéting collaboratif pour Client au Coeur. Tout expert dans son domaine a tendance à se couper le champ des possibles, tandis qu'une personne qui n'est pas du métier s'autocensurera moins » (12).

 Ce n'est plus le salariat qu'il faut protéger, mais la personne!

 Le retour à l'idéologie « citoyenne » est récent et pas anodin, nous avons entendu parler de la place du citoyen dans l'entreprise , et ensuite par le truchement de la formation professionnelle d'un droit à la personne (le DIF) puis de la sécurité sociale professionnelle de la CGT (que Emmanuel Valls reprend à son compte) elle aussi attachée à la personne. Les coins pour faire exploser le salariat collectif étaient bien enfoncés, il s'agissait dorénavant de gérer la précarisation inévitable dans la société capitaliste.

 La Loi travail tout comme le rapport Badinter liquide les droits collectifs du travail (conventions collectives) au profit de la « personne », « On caractérisera le rapport comme une tentative pour en finir avec un « code du travail » spécifique et le remplacer par un mixte avec le Code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex contrat de travail. La «personne» » remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Uber peut s’y retrouver, Attali et Macron sont passés par là » (13).

 Il faut voir dans cette démarche juridique, une volonté de gérer un système où la précarité devient incontournable, la revendication d'un revenu de base attachée à la personne va dans ce sens. Ce n'est certes pas un hasard si dès son intronisation à la tête du Medef, Laurence Parisot a donné le ton de la nouvelle période qui s’ouvre ;

Le 3 septembre 2005, elle déclare sur France inter que «la précarité est une loi de la condition humaine».

 Dès 1995 une réunion de chefs d'État (14) se réunissait à San Francisco, pour annoncer au monde l'arrivée de la société 20/80, c'est à dire une société dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale suffira pour soutenir l'appareil économique de la planète. Il restera alors 80% de la population qui s'avérera superflu, ou surnuméraires qu'il faudra «occuper». Z. Brezinski a proposé le « tittytainment », un mélange d’aliment physique et psychologique qui endormirait les masses et contrôlerait sa frustration et ses protestations prévisibles.

 Le revenu de base, (défendu par Benoît Hamon) va dans le sens de ce « tittytainment », la gestion citoyenne de la misère à grande échelle. Ceci devant logiquement s'accompagner, d'un nouveau code, non pas du travail, mais de l'individu en situation de précarité permanente. De plus, le précariat engendre fatalement une poussée de l'économie souterraine venant concurrencer l'économie légale et engendre d'importantes pertes fiscales pour les États (à ce sujet la récente obligation demandée par l'État français d'une carte d'identité pour le secteur du bâtiment (15).

 Pour conclure.

Le capitalisme étant basé sur l'accumulation de la richesse à un pôle et la pauvreté à l'autre, il serait pure illusion de croire que ce dernier va se priver de poursuivre l'exploitation de l'homme par l'homme et financer le droit à la paresse (16).

En la circonstance le « revenu universel » ou « de base » est une arnaque qui ne vise qu'à mutualiser la précarisation ambiante, un os que l'on jette au chien pour ne pas qu'il morde.

 Gérard Bad. (26 janvier 2017)

 

NOTES

 

(1) Le taux de profit est quelque peu différent du taux de plus-value, en ce que le taux de profit se rapporte au capital total ( capital constant + capital variable) alors que le taux de plus-value ne concerne que le capital variable (l' exploitation ouvrière).Voir a ce sujet le T III du capital chap.III relation entre le taux de profit et le taux de plus-value

(2) Tome III, chap.V, p,97, ed. Moscou

(3) Amway France est une filiale d’Amway Corporation qui appartient à la holding Alticor. Près de dix mille distributeurs (appelés Entrepreneurs indépendants Amway/EIA) vendent les produits Amway en France métropolitaine et dans les DOM.

(4) zéro heure. http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2016/02/26/33428754.html

(5) Le taux d' emploi est passé de 77% en 1966 à 53,9% en 2015 http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.POP.DPND?view=chart

(6) OCDE https://data.oecd.org/fr/emp/taux-d-emploi.htm#indicator-chart

(7) Loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_pour_la_croissance,_l%27activité_et_l%27égalité_des_chances_économiques

(8) De nombreux procès sont en cours, en France ou aux états-Unis visant la requalification.

(9) ???

(10) https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1260#sdfootnote2sym

(11) Working class zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1260

(12) Extrait de: Cocréation: quand le client fait votre travail!

(13) Gérard Filoche (2016) Analyse détaillée des 61 mesures du rapport Badinter. Url

(14) Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc..

(15) carte d'identité pour le secteur du bâtiment http://www.lemoniteur.fr/article/carte-d-identification-obligatoire-des-salaries-du-btp-c-est-parti-31444962

(16) Ici je fais référence au livre de Paul Lafargue « Le droit à la paresse » le droit à la paresse https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1880/00/lafargue_18800000.htm

 

Tableau 1. Parts de l’économie souterraine dans les PIB des pays de l’Union européenne en 2012 (En % du PIB)

Allemagne

13,3

Espagne

19,2

Italie

21,6

Portugal

19,4

Angleterre

10,1

Estonie

28,2

Lettonie

26,1

Rép.Tchèque

16,0

Autriche

7,6

Finlande

13,3

Lituanie

28,5

Roumanie

29,1

Belgique

16,8

France

10,8

Luxembourg

8,2

Slovénie

23,6

Bulgarie

31,9

Grèce

24,0

Malte

25,3

Slovaquie

15,5

Chypre

25,6

Hongrie

22,5

Pays-Bas

9,5

Suède

14,3

Danemark

13,4

Ireland

12,7

Pologne

24,4

UE27pays

18,4

Source : F. Schneider (2013)

 

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