SPARTACUS

14 novembre 2018

Contre la hausse des carburants et les taxocrates de tout bord.

mac_taxe

Comme l' état et son gouvernement, défiscalisent le patronat et sont incapables de taxer les GAFA américains, il faut bien qu'ils trouvent quelques pigeons pour renflouer les caisses de l' État pour continuer à mener grande vie et dépenses somptuaires.

La hausse des taxes sur le prix des carburants, est finalement ce qui est le plus facile à faire, comme d'ailleurs pomper les retraités. La hausse du prix des carburants va avoir de multiples conséquences, sur les chômeurs, sur les personnes âgées victimes « du désert médical français » et de l' abandon complet de la sécurité de proximité (fermetures d' établissements comme à Chateauroux...).Sur l' ensemble de ceux qui doivent pour travailler faire chaque jour de nombreux kilomètres ; et bien entendu comme facteur d' inflation.

Le gouvernement mal dans ses bottes

C' est par le truchement des réseaux sociaux que la spontanéité d'une colère qui se généralise commence à s' exprimer et menace de bloquer l' économie le 17 novembre. Celui-ci s'annonce comme une déclaration de guerre. Déclaration d'une par des classes populaires et de l' autre des classes moyennes paupérisées que la droite populiste (Dupont Aignant) cherchent à recruter.

Nous avons déjà fait l' expérience de ce genre de mouvement avec les Bonnets Rouges et aujourd'hui ce sont les gilets jaunes qui pensent ébranler le pouvoir. Il est vrai que le contexte est favorable, la haine anti-Macron se radicalise et celui-ci est sur le fil du rasoir. Certains commencent à exiger sa démission , nombreux sont ceux qui veulent qu'il dégage...

Macron, à peine déstabilisé par l' affaire Benalla que les rats commencent à quitter le navire y compris le capitaine Gérard Collomb et l'écologiste Nicolas Hulot. Ce n' est certes pas la mesurette comme le chèque carburant de 20 euros., qui va enrayer le mouvement ; quand par ailleurs le gouvernement exonère le patronat de 20 à 25 milliards d’euros de charges dans le budget 2019.

Par nos actions massives, faisons tomber ce gouvernement de misère.

Nous revendiquons

Hausse générale des salaires, retraites, pensions et minima sociaux !

Des logements salubres

Abolition des impôts indirects,TVA et TIPP !

Taxation des GAFA et des pétroliers !

De la sécurité de proximité

Nous voulons des services publics de proximité, c' est à dire une médecine de proximité qui soulage les hôpitaux et pour les personnes âgées des visites à domicile de médecins, et des centres médicaux. Aujourd' hui c' est tout l'inverse qui se produit.

Des petites lignes de train,la non fermeture de gares, des transports collectifs de qualité, le recours à la « gratuité » comme cela se fait dans certaines villes.

G.Bad le 14 novembre 2018





 

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10 novembre 2018

L'ÉCONOMIE COLLABORATIVE, SA FONCTION AU SEIN DU CAPITALISME

ÉCHANGES 164 - ÉTÉ 2018

« A l'ère du numérique, l'imbrication de l'industrie et des services bouleverse le travail, son sens, son contenu, son organisation interne et fait appel au travail collectif Ces évolutions interrogent aussi l'emploi en qualité et en nombre ainsi que l'évolution générale des qualifications. Nouveaux métiers, nouvelles formations, de quels outils disposons-nous pour nous inscrire dans ce processus sans le subir ? La question des statuts des salariés se pose car le numérique accélère la mobilité, développe le travail à distance, va profondément modifier l'organisation du travail et favoriser de nouvelles formes d'emplois avec l'apparition de plateformes et de contributeurs indépendants. » (Extrait de Les Nouveaux Rapports industrie /services à l'ère du numérique, Avis du Conseil économique, social et environnemental présenté par Marie-José Kotlicki, octobre 2015).

 

Economie_collaborative

LE DÉVELOPPEMENT incessant des nouvelles technologies ne laisse plus de doute sur les re-structurations à venir. Il ne s'agit plus de minimiser les conséquences sociales du développement de l'informatisation de la société, nous sommes immergés dedans. Dans une brochure produite en l'an 2000, La Sphère de circulation du capital, j'attirai l'attention de mes camarades sur la tendance au « travail gratuit » du consommateur » en ces termes : « La société self-service a le pouvoir de déguiser la soumission, l'exploitation et même la servitude en liberté. Le libre-service, ce système, a, à première vue, un immense avantage, il supprime les domestiques (illustration : le poinçonneur des lilas). Plus besoin de serveurs, de vendeurs, de contrôleurs. Le problème (sans charges sociales) est reporté sur le consommateur qui devient un domestique, "libre" et "payant" qui va effectuer un travail gratuit et qui devra même payer pour ce travail les accès au Minitel, à Internet... Nous deve-nons des serveurs, des banquiers, des assureurs, des pompistes, des poinçonneurs, des téléphonistes, des portiers, des assembleurs kit, des hôteliers... plus le travail devient simple, plus il est possible de l'externaliser sur l'utilisateur (1). »

Depuis, jour après jour, secteur après secteur, les constats négatifs sur le tout-numérique tombent les uns après les autres. Tant et si bien que la structure juridique du salariat est remise en cause. La loi travail en France en est l'exemple type, cette loi cherchant à faire cohabiter le code du travail avec celui d'un droit à la personne dit souvent pour la bonne cause « universel ». Il faut voir dans ces mesures une tentative des gouvernements de gérer les nouvelles précarités et de donner un statut même provisoire au travail illégal (les auto-entrepreneurs). La classe moyenne non salariée n'est pas en reste, médecins, avocats, notaires... passent aussi à la trappe du big data. On entend par big data (ou mégadonnées) la capacité de gérer une masse énorme de données et de développer des entreprises plates-formes faisant appel à du courtage d'emploi. Uber par exemple n'emploie aucun chauffeur, mais utilise 250 000 chauffeurs contractants dans le monde en s'appuyant sur 2 000 informaticiens. Uber n'est que le haut de l'iceberg, nous retrouvons ce type d'emploi dans de nombreux secteurs de la société. Dans la vie courante chacun d'entre nous peut s'en rendre compte, par exemple il n'est plus possible de prendre rendez-vous chez un médecin sans passer par le Net : après avoir remplacé la secrétaire par une gestionnaire des agendas de plusieurs médecins par téléphone, celle-ci est maintenant remplacée par un robot du type de celui qu'utilisent les réservations hôtelières. La capacité du big data d'analyser, grâce aux algorithmes, des situations complexes en peu de temps a des conséquences inattendues. L'« affaire du petit Gregory » est remontée à la surface en France par le truchement du big data ; le juge chargé de l'affaire se suicidera. Dans les cabinets d'avocats, les algorithmes analysent toutes les jurisprudences numérisées, ils sont en mesure de laisser en place dix à quinze avocats, la où il en fallait cent auparavant. Le capitalisme du XXIe siècle vise à gérer le précariat, tout en donnant l'impression qu'avec un statut encadrant le droit à la personne, les individus peuvent être indépendants et mieux devenir leur propre employeur. C'est aussi cette idéologie qui est véhiculée pour que les salariés reprennent leur usine en liquidation sous la forme de société coopérative ouvrière de production (SCOP) exemple le fabricant de glace la Belle Aude. La mise en concurrence par le télétravail, le « Turc mécanique » d'Amazon, n'est pas neutre : sa fonction est de favoriser la concurrence par un système de mise aux enchères des tarifs des traducteurs et correcteurs de textes. Le salariat avec ses charges sociales est mis au rencard comme ringard et remplacé par des « indépendants libres ». Cependant, les masques tombent vite. Récemment les livreurs de Deliveroo se sont organisés (2) pour lutter contre le paiement des livraisons à la course les « Bikers ». Le sujet est si vaste, qu'il nous faudra encore et encore y revenir, pour le moment limitons nous à la dite économie collaborative et aux conséquences de la loi travail.

 

L'économie collaborative

Comme une graine qui attend les conditions favorables à sa germination et à son expansion, la graine de l'économie collaborative végétait sous sa forme primitive dite du « self service » qui a vu le jour avec l'apparition des grandes surfaces. Si au début les grandes surfaces en concurrence avec le petit commerce allaient encore utiliser des employés pour remplir votre caddie ou chariot après que vous soyiez passé en caisse, l'opération sera brève. Et rapidement le consommateur devra faire dès la prise en main du chariot de l'hypermarché, son affaire du self-service accepté, jusqu'à la remise en place du caddie. A ce stade, il y a bien une collaboration de l'individu consommateur avec le management de l'hypermarché, cependant elle se limite à une consommation collaborative (3). A cette époque on ne s'interroge pas sur ce type d'activité, même quand cette activité se prolonge jusqu'au montage de meuble en kit (une spécialité de la multinationale Ikéa). L'utilisation du consommateur comme relais inconscient du travail salarié va éclore au moment où les conditions objectives de l'utilisation scientifique de cette activité peuvent se transformer en travail, le mot travail à ce niveau de réflexion étant générique : il suppose indistinctement le salarié et le tra-vailleur indépendant non salarié, voire le bénévolat. Les conditions objectives du développement scientifique de ce travail vont se développer à partir de tâches rendues suffisamment simples pour pouvoir être externalisées sur le consommateur.

Ce sont les technologies de l'information et de la communication (TIC) qui vont permettre d'envisager l'intégration de l'activité du consommateur dans les stratégies financières des entreprises et du management. Désormais l'acte de consommation est aussi acte de travail, au sens où il se trouve en concurrence avec du travail salarié ; la sociologue Marie-Anne Dujarier brosse un tableau édifiant de ce phénomène : « Dans ce cas, le consommateur réalise seul, à l'aide d'un outil plus ou moins "intelligent", un travail opérationnel. Il produit de la valeur pour l'entreprise et remplace partiellement le travail que faisaient des professionnels (4). »

 

L'économie collaborative assèche actuellement les hypermarchés que le e-commerce ronge chaque jour. Aux Etats-Unis les hypers ont déjà fermé leurs portes et en France la réadaptation de Carrefour conduit ce dernier à une alliance avec Google (5) pour contrer Amazon et son partenariat avec Monoprix. Auparavant, ce fut toute l'industrie du disque et de la photographie qui fut kodakisée (6) par le numérique et ce n'est pas fini. L'année 2017 a connu d'importants bouleversements en relation avec l'utilisation du numérique par le consommateur pour gérer ses comptes en ligne, résultats des fermetures d'agences à la chaîne. De son côté L'Argus de l'assurance cite l'Observatoire des métiers de l'assurance « sur la période récente, un tassement des effectifs dédiés à la prospective et à la vente ». Et les effectifs commerciaux devraient continuer à diminuer dans les années à venir. La faute à Internet et aux plates-formes web et mobiles. Le client d'aujourd'hui prend en effet de plus en plus en charge des tâches qui étaient dévolues hier aux commerciaux. Il s'informe lui-même sur le site des assureurs ou à travers les comparateurs de prix. Et surtout, il peut contracter un contrat d'assurance en quelques clics.

La coproduction collaborative

 

Il s'agit, pour les entreprises, l'Etat et la fonction publique... de procéder à la captation de l'activité, bénévole ou pas (7), de l'utilisateur d'internet à des fins d'économies de personnel, mais aussi d'appropriation des données fournies par l'internaute. Il s'agit ,comme l'indique Marie-Anne Dujarier, du « crowd sourcing », qui signifie littéralement approvisionnement par la foule. Ce modèle de coproduction ne fait pas que repousser vers le consommateur des tâches standardisées et répétitives ; le crowd sourcing, à l'inverse, va s'abreuver d'informations et de productions dont il fera son commerce. L'utilisation de ces bénévoles du Net est une source de travail gratuit défiant toute concurrence et entrant dans une concurrence redoutable avec tout un pan du travail salarié au niveau mondial. L'exemple le plus connu de coproduction par les utilisateurs du Net c'est Wikipédia, qui reste encore gratuit pour les utilisateurs. Il y en a bien d'autres, comme le travail bénévole des conseils syndicaux de copropriété encadré par la loi Alur qui a obligé les syndics à mettre à disposition des conseils syndicaux un site internet, afin de faciliter la coproduction collaborative. La coproduction collaborative permet au propriétaires de sites d'exploiter cette source de travail gratuit. Pour exemple, les sites de généalogies étaient à leur début des sites ou-verts faisant appel au bénévolat. Une foi que le site était suffisamment alimenté par le « travail gratuit de bénévoles » il devenait payant (8).

De l'autoproduction dirigée Marie-Anne Dujarier explique bien comment ce manifeste le rapport de force pour faire plier le salarié et le consommateur en utilisant le sous effectifs : « Loin de n'être qu'une "technique" de gestion ou de vente, le marketing se fait "in-terne", se mêle d'organisation du travail et de la "gestion des ressources humaines". Il joue sur l'incitation (rétributions réelles et symboliques accordées aux employés qui participent au mouvement) ainsi que sur la contrainte ("on est contre, mais on n'a pas le choix", disent les agents). Une autre manière de faire passer le changement auprès des personnels au contact consiste à créer un sous-effectif. Ne pouvant faire face à une file d'attente exaspérée, les agents sont soulagés de pouvoir diriger le consommateur vers les au-tomates (bornes, Internet, téléphone). Cela fait baisser la pression, du moins provisoire-ment. Certains clients pourront, au passage, renforcer la croyance que les professionnels sont plus lents que les automates et accepter d'autant mieux l'autoproduction dirigée. »

La sociologue souligne que la production de masse entre en contradiction avec le désir de personnalisation des acheteurs. C'est sur cette contradiction que l'autoproduction dirigée va jouer en laissant un choix « libre » au consommateur, pour l'inciter à participer à la coproduction. Les exemples de ce type de choix sont nombreux sur Internet, notamment tous les constructeurs automobiles vous poussent à faire des simulations sur le véhicule de votre choix, couleurs... Cette impression de choix n'est possible qu'à partir de produits déjà fortement standardisés, une sorte de Lego du consommateur. Les prestations standardisées sont alors combinables pour être personnali-sées. C'est assez typique des fast-food où des produits standardisés peuvent s'assembler pour obtenir des sandwiches diversifiés ; de même pour les voyages, les fleuristes, les produits d'épargne, les assurances...

Salariés et consommateurs suivis à la trace Les TIC ont permis de mettre en place une géolocalisation des marchandises et des êtres humains, mais aussi des animaux. Ce suivi /es-pionnage de tout en temps réel va avoir un nom :

la traçabilité. De nombreuses professions utiliseront les TIC pour contrôler l'activité de leurs salariés, principalement dans les transports au début, mais le système s'est rapidement répandu à d'autres secteurs. Cette généralisation va aussi toucher le consommateur, Google et son service de messagerie permettant une traçabilité des internautes sur leur vie privé, leurs goûts, leurs objectifs, et projets légaux et illégaux utilisés maintenant par les Etats et services de police qui peuvent remonter toute une filière pour retrouver assassins et terroristes. Sans s'en rendre compte vraiment, l'internaute fait une grande partie du travail de la police, les renseignements généraux n'ont plus à se déplacer, ils scrutent en permanence le Net.

En résumé Dans ce texte j'essaye de montrer comment les NTIC permettent d'élargir le champ de l'exploitation et de l'accumulation du travail gratuit par l'utilisation d'un nouveau venu dans la danse macabre de la concurrence capitaliste. Ce concurrent c'est le consommateur qui, nous l'avons démontré, devient un redoutable concurrent du système du salariat puisqu'il travaille entièrement gratuitement. A ce redoutable concurrent il faut ajouter l'entrepreneur de soi un contractant en lisière du travail au noir. Le tout sera finalement cadré par la loi travail El Khomri, le rapport Badinter, les ordonnances Macron et la loi sur le télétravail (voir ci-dessous,p. 40 à45).

Gérard Bad (juillet 2016)

 

Notes

 

(1) La Sphère de circulation du capital, Echanges et mouvement, septembre 2000.

(2)En Collectif des livreurs autonomes de Paris.

(3 )En 1978, le terme consommation collaborative est utilisé par Felson et Spaeth pour désigner les « événements dans lesquels une ou plusieurs personnes consomment des biens ou des services économiques dans un processus qui consiste à se livrer à des activités communes ».

 

(4)Le Travail du consommateur, de McDo à eBay: comment nous coproduisons ce que nous achetons, de Marie-Anne Dujarier, La Découverte, 2008.

 

(5)En 1978, le terme consommation collaborative est utilisé par Felson et Spaeth pour désigner les « événements dans lesquels une ou plusieurs personnes consomment des biens ou des services économiques dans un pro-cessus qui consiste à se livrer à des activités communes ».Lundi 11 juin 2018, Carrefour s'allie officiellement en France avec Google. Il compte vendre dès 2019 ses produits via trois canaux numériques du géant américain : l'enceinte connectée Google Home, l'assistant Google, présent sur les smartphones, montres ou téléviseurs connectés, et la plate-forme de commerce en ligne Google Shopping, qui sera dotée en France d'une nouvelle interface pour gérer les listes de courses, notamment de produits frais.

(6) Le premier coup de semonce touchera l'entreprise Kodak qui refusa la numérisation, celle ci fut liquidée rapidement par la concurrence, au point que certains utilisent le mot kodakiser pour désigner ceux qui (employeurs, salariés, indépendants... résistent au « progrès ».

 

(7) Par exemple la déclaration des revenus sur Internet devenue obligatoire en France en 2018.

(8) « Sur Internet, c'est toujours la même chose : on crée un site gratuit et dès qu'il marche, on fait payer le service » (Le Travail du consommateur, p. 113). Voir aussi la neutralité du Net remise en cause par Trump et aussi la rivalité Chine/Etats-Unis sur les entreprises du Net.« Les restrictions imposées par l'administration américaine sur les investissements chinois dans les fusions-acquisitions de so-ciétés de haute technologie aux Etats-Unis ont un impact sur les projets des entreprises chinoises, a déclaré à Sputnik [agence multimédia lancée par le gouvernement russe] Mei Xinyu, de l'Institut de recherche en matière de coopération économique et commerciale auprès du ministère chinois du commerce. »

 

 

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08 novembre 2018

L’effondrement d’immeubles à Marseille: le produit d’un crime social (wsws)

Par Anthony Torres
7 novembre 2018

Trois bâtiments de quatre à cinq étages se sont effondrés sur Marseille rue d’Aubagne, dans le quartier ouvrier de Noailles lundi matin, faisant quatre morts. Des dizaines de personnes sont portées disparues, et on craint que le nombre de victimes ne monte rapidement.

Immeubles effondrés à Marseille

Vers 9h du matin, les deux bâtiments du quartier de Noailles se sont effondrés blessant légèrement deux passants avant qu’un troisième immeuble s’effondre de lui-même à 75 pour cent, vers 17h15. L’un des immeubles, qui était un bâtiment municipal faisant l’objet d’un arrêté depuis «une dizaine de jours, suite à une difficulté sur une cloison au 1er étage», aurait dû être évacué. Dans le second bâtiment, neuf des douze logements étaient habités et devait y être installée «une micro crèche de dix berceaux», selon MarsActu.

Une personne est confirmée morte, mais une dizaine de personnes que les marins pompiers de Marseille tentent de secourir sont portées disparues. Selon l’adjoint au maire, Julien Ruas, les opérations vont se poursuivre sur plusieurs jours étant donné la quantité de gravats sur la voie publique qui ont ensevelies aussi des voitures.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner s’est dit «peu optimiste» sur la situation et a ajouté que «huit personnes sont susceptibles de se trouver dans les immeubles». Parmi les personnes portées disparues, une jeune femme qui n’est pas allée chercher sa fille à l’école et une «femme qui ne sortait jamais de chez elle» selon Renaud Muselier, président de la région PACA.

Un étudiant résidant dans l’immeuble en face de celui effondré a expliqué au Figaro: «Il y a eu un gros boum et ça s’est effondré. La semaine dernière les pompiers étaient venus et avaient bloqué la rue pendant deux heures à cause du risque d’effondrement mais ensuite il ne s’était rien passé du tout».

Le quartier de Noailles est le quartier le plus densément peuplé de Marseille. C’est un quartier habité par des travailleurs pauvres, majoritairement issus de l’immigration où les familles s’entassent les unes sur les autres. L’effondrement d’immeubles est le produit d’un crime social, les autorités publiques et les décideurs économiques ayant créé des conditions où les familles pauvres n’ont pas d’autre choix pour se loger que de vivre dans des logements insalubres, alors que les autorités sont conscientes du péril auxquels ces travailleurs sont exposés.

Les travailleurs morts ou blessés dans cette tragédie l’ont été parce qu’ils étaient pauvres. La municipalité a laissé pendant des décennies ces bâtiments se dégrader dans les quartiers populaires, alors qu’en même temps la mairie investissait des milliards dans le quartier de la Joliette pour en faire un centre d’affaires.

Dans une expertise établie en 2013, la société publique d’aménagement de la ville de Marseille rapportait que 48 pour cent des immeubles étaient indécents ou dégradés. 20 pour cent étaient en procédures d’insalubrité ou de péril. Seuls 11 pour cent se trouvaient dans un bon état structurel. Le manque d’investissement des autorités publiques dans les quartiers ouvriers contraste avec les milliards dépensés dans le réaménagement du quartier de la Joliette sur Marseille en centre d’affaire et de tourisme.

L’Etat est aussi responsable que la municipalité dans la dégradation du parc immobilier. Un autre rapport daté de 2015 par l’administration du développement durable pointait du doigt l’état et la mairie qui mettaient de la mauvaise volonté dans l’habitat insalubre à Marseille.

L’architecte urbaniste Eric Baudet parle du quartier de Noailles «d’une grande pauvreté» où «les locataires vivent de minimas sociaux, les propriétaires louent aux prix des APL et font le minimum de travaux, voire aucun. Et ça se dégrade lentement. La catastrophe de la rue d’Aubagne était prévisible».

L’effondrement des trois immeubles sur Marseille n’est pas un phénomène isolé. Au Royaume-Uni, des dizaines de travailleurs ont trouvé la mort dans l’effroyable incendie de la Tour Grenfell parce que le riche quartier Kensington de Londres où ils habitaient leur avait imposé un revêtement hautement inflammable afin de réduire les dépenses sociales. Comme à Marseille, les autorités publiques les laissaient vivre sans aucune sécurité, parfaitement conscients du danger imminent.

Plusieurs incendies dans des quartiers pauvres de la banlieue proche de Paris ces dernières années se sont déclarés en raison d’installations électriques anciennes dans des appartements vétustes où logeaient des familles de travailleurs pauvres.

L’effondrement des bâtiments sur Marseille s’est produit après que Macron a annoncé en début d’année 300 milliards d’euros pour le renforcement de l’armée afin de militariser l’UE, et la réduction des impôts pour les fortunes françaises. Cette politique de guerre et de destruction des acquis sociaux menées depuis des décennies s’accompagne d’un quadrillage par la police des quartiers populaires. L’État accorde à la police des pouvoirs illimités pour intimider et réprimer les travailleurs pouvant entrainer la mort, comme lors de la fusillade de police à Nantes.

La classe dirigeante, si elle refuse de financer des conditions de vie décentes pour les masses urbaines, déploie par contre des sommes faramineuses et un savoir faire considérable pour préparer à mener une guerre urbaine contre la population.

Peu après l’arrivée au pouvoir du gouvernement PS de François Hollande, Samia Ghali, députée PS du 15ème et 16ème arrondissements de Marseille avait appelé à l’envoi de l’armée dans les banlieues de Marseille. Elle déclarait au journal La Provence: «Aujourd’hui face aux engins de guerre utilisés par les réseaux, il n’y a que l’armée qui puisse intervenir. Pour désarmer les dealers d’abord. Et puis pour bloquer l’accès des quartiers aux clients, comme en temps de guerre avec des barrages. Même si cela doit durer un an ou deux, il faut tenir.»

Cette menace s’est réalisée lors de l’état d’urgence imposé deux ans plus tard par Hollande et à présent inscrit dans la législation française à travers la loi antiterroriste voulue par Emmanuel Macron.

En laissant vivre des millions de travailleurs dans des logements vétustes et en péril et dans la misère, les classes dirigeantes créent des conditions où des désastres sanglants comme celui lundi à Marseille se produisent inévitablement, en France et à travers le monde. Ainsi ces tragédies ne sont pas des accidents, mais bel et bien le produit d’un crime social commis contre les travailleurs.

http://www.wsws.org/fr/articles/2018/11/07/mars-n07.html

 

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04 novembre 2018

DE LA LOI EL KHOMRI AU RAPPORT BADINTER VIA LES ORDONNANCES MACRON ET LA LOI SUR LE TÉLÉTRAVAIL

 Paru dans ÉCHANGES N° 164 – ÉTÉ 2018

 Dans son rapport sur Transformation numérique et vie au travail (1), Bruno Mettling fait état des nouvelles formes de travail hors salariat engendrées par la transformation numérique sur le travail. Voici entre autres ce que dit ce rapport qui servira de socle à la loi El Khomri ou loi Travail.

 « Dans le monde entier, la souplesse, l'adaptabilité mais aussi le business model de l'économie numérique reposent sur la multiplication de l'emploi hors salariat. » Et de faire le constat suivant : « En France, au-delà de la symbolique du million d'autoentrepreneurs atteint cet été [2015], on estime qu'un travailleur du numérique sur dix exerce déjà aujourd'hui hors du champ du salariat et cela devrait continuer à augmenter. Les freelance, personnes exerçant une activité comme travailleurs indépendants, représentaient, en 2014, 18 % du secteur des services aux PaysBas, 11 % en Allemagne et 7 % en France, en augmentation de 8,6 % sur cette même année. » « Il importe plus généralement de ne pas laisser se créer des zones de non-droit, la question est ouverte de la représentation et de la défense des intérêts des personnes concernées par ces nouvelles formes de travail, comme les organisations syndicales allemandes ont commencé à le faire. »

Tout est ici résumé, afin que le législateur légifère sur un droit à la personne distinct du salariat, en légiférant en faveur de la reconnaissance du statut de travailleur précaire ; le fameux autoentrepreneur de soi (2). C'est l'aspect le plus important de la dite loi travail et du rapport Badinter, qui est passé complètement sous silence malgré sa dénonciation en droit par l'inspecteur du travail Gérard Filoche :

 « On caractérisera le rapport comme une tentative pour en finir avec un code du travail spécifique et le remplacer par un mixte avec le code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d'indépendants sont mis sur le même plan que l'ex-contrat de travail. La "personne" remplace le salarié. Le salarié est traité comme l'indépendant. Uber peut s'y retrouver, Attali et Macron sont passés par là. La notion de subordination est disparue, remplacée par une soumission librement consentie. Le patron est le seul agent actif de droit quasi divin mais, comme il se doit chez les libéraux, hypocritement masqué. Et les contreparties à la subordination sont noyées dans un salmigondis d'improvisations libérales. Les deux parties inégales au contrat de travail sont remplacées par deux parties cocontractantes mises artificiellement à égalité. »

 Plus pertinente sera la critique de la revue Temps critiques : «Là où affleure une vision plus stratégique, ce n'est ni dans le projet El Khomri ni dans sa contestation syndicale et bureaucratique, ni même dans le mouvement en général [...] mais dans le projet de réforme du Code de travail par la commission présidée par Robert Badinter. Un projet très peu discuté en vérité et que la plus grande actualité du projet El Khomri semble avoir masqué. » Que nous dit ce rapport ? Qu'il faut prendre acte du fait que le travail est en voie de disparition : le travail au sens qui lui a été donné dans le cadre du développement du salariat de la première à la seconde révolution industrielle et qui a été progressivement institutionnalisé dans un cadre précis donnant lieu à un code du travail régissant ce que Michel Aglietta et Anton Brender ont appelé la "société salariale". Les statuts anciens qui protégeaient les salariés (comme le CDI) et le droit au travail inscrit dans la constitution de 1946 marquaient cette centralité du travail salarié dans la norme fordiste du compromis de classes. C'est ce qui ne tient plus quand le travail vivant n'est plus au centre de la valorisation, n'est plus qu'un élément de l'ensemble, quand le processus de substitution capital/travail s'accélère avec l'intégration de la technoscience dans le procès de production, etc. » (...) » C'est de tout cela que tient compte le rapport Badinter. Donc, si le salariat se transforme, si le salarié n'est plus vraiment un "travailleur", le droit du travail doit non seulement évoluer, mais cesser d'être strictement un droit du travail pour devenir un droit du citoyen au travail, un droit de la personne qui a une fonction dans la société. C'est aussi ce que pense plus ou moins la CFDT qui est la seule centrale syndicale à assumer l'idée d'une crise du travail (mais dans une perspective réformiste) et non pas seulement d'un problème d'emploi. » Cela définit un nouveau code, non pas du travail, mais de l'individu en situation d'activité, celle ci s'étendant sur toute la vie active. C'est un peu le modèle du statut des intermittents du spectacle qui semble ici être évoqué. Mais l'étendre à tous serait forcément revenir sur des acquis des luttes de classes qui concernent particulièrement les salariés les plus protégés et où la syndicalisation est la plus forte. La plupart des syndicats refusent donc d'échanger le salaire contre le revenu, estimant que c'est lâcher la proie pour l'ombre. Ils étaient pour l'abolition du salariat il y a un siècle dans le cadre d'une perspective révolutionnaire, ils sont maintenant pour un salariat aménagé, dans le cadre d'une perspective qui ne cherche qu'à maintenir la centralité du travail dans le rapport social capitaliste. C'est ce qui explique leur position actuelle sur le salaire comme juste rétribution du travail et leur défiance par rapport à tout remplacement par un revenu garanti en fonction d'une activité vaguement définie. Finalement, un syndicat comme la CGT se contenterait d'une sécurisation négociée des parcours professionnels. »

C'est en effet ce que propose Yann Le Pollotec, une éminence grise du PCF sur le numérique. Très lucide sur les changements qui se préparent, il cherche une solution à la crise du travail et au précariat par la sécurisation des parcours professionnels et le revenu universel. Cidessous des extraits de son intervention au congrès du PCF de juin 2016 : « Le numérique révolutionne toutes les activités humaines. L'éruption des réseaux "pair à pair" à très haut débit (2) conjugué avec des puissances de calcul (3) et des capacités de stockage (4) en très forte croissance permanente, marque le prolongement quantitative et qualitative de la révolution informationnelle des années 70/80 caractérisée par le "transfert de certaines opérations du cerveau humain vers les machines". « La révolution numérique tend à transférer sur les machines tout le travail codifiable ou mécanisable, ne laissant aux être humains que ce qui relève de la créativité propre à notre espèce. La quasi-totalité des études convergent vers l'annonce d'une destruction de près de 50 % des emplois marchands d'ici vingt ans dans les pays industrialisés. Sous pression de la multiplication des plateformes, cette destruction d'emploi ira de pair avec une forte diminution du nombre de travailleurs sous statut salarial et d'une exploitation du travail gratuit des usagers du numérique . » Les plateformes numériques sur Internet, c'est-à-dire un algorithme et des centres de stockage de données, permettant l'échange mondial de biens et de services à partir de l'exploitation de grands volumes d'informations. Cela concerne toutes les activités humaines : transports, santé, créditfinance, immobilier, tourisme, culture, relations amoureuses, enseignement supérieur via les MOOC (5), savoir avec Wikipédia... Nombre de plateformes sont des entreprises de courtage mondialisé du travail comme Uber, "Amazon Mechanical Turk", ou "foule factory" qui accaparent toute la valeur crée, privatisent les communs numériques, détruisent le salariat au profit du contractant "entrepreneur de lui-même", et organisent l'exploitation par des systèmes de notation qui affectent aussi bien le travailleur que le consommateur. Face à ces prédateurs du numérique, la résistance s'organise autour de plateformes coopératives et de la lutte des travailleurs-contractants des plateformes pour leurs droits. » On va vers une destruction de la "classe moyenne", des fonctions médiation et des corps intermédiaires, au profit d'une prolétarisation de masse, ce processus est déjà à l'oeuvre au coeur de la Silicon Valley. Cette extinction programmée des corps intermédiaires débouche sur remise en cause de l'utilité smême de la politique, de la démocratie représentative (6), de l'expertise scientifique (7), de l'état social au profit de l'idéologie libertarienne du solutionnisme technologique (8). » Uber n'investit pas dans les transports en France, ni Airbnb dans l'hôtellerie et le bâtiment, Google ne crée pas d'informations et Youtube ne fait pas de production médiatique. Il s'agit d'un modèle extrêmement parasitaire, celui du "passager clandestin" où l'on profite sans y contribuer d'infrastructures déjà existantes. Uber est basé sur le morcellement du travail, la mise en concurrence sauvage des individus.

» Sécurisons les parcours de vie » Les acteurs des fablabs les plus conscients pensent et souhaitent qu'à moyen terme le développement de la révolution numérique, avec les contradictions violentes qu'elle suscite au sein même du système capitaliste, conduira à poser la question politique de l'instauration d'un revenu universel de contribution dissocié du revenu du travail et inspiré du statut des intermittents du spectacle. Ils se réclament de la thèse de Marx dans les Grundrisse sur une Humanité libérée du salariat : "La distribution des moyens de paiement devra correspondre au volume de richesses socialement produites et non au volume du travail fourni.". » Pour leur part les communistes avancent leur proposition de sécurisation des parcours professionnels alors que les ultra libéraux revendiquent un revenu de base remplaçant toutes les prestations sociales et visant à perpétuer le consumérisme. Il est temps d'ouvrir le débat. Ces questions se posent avec d'autant plus d'acuité que de plus en plus de jeunes ingénieurs et techniciens veulent quitter le statut de salarié, non pas pour devenir millionnaires comme les y incite M. Macron, mais par quête d'autonomie et de sens. Et dans le même temps nous savons que dans les vingt ans à venir 50 % des emplois et métiers salariés actuels auront disparu du fait de la révolution numérique dans le contexte de capitalisme financiarisé que nous connaissons (9). »

La loi sur le télétravail

Cette loi ne tombe pas du ciel, même si les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et les systèmes de géolocalisation par satellites ne lui sont pas étrangers. Cela faisait déjà quelques années, que la vie privée des cadres d'entreprises était entamée par l'utilisation de l'ordinateur portable sur lequel soir et matin ils tapotaient durant les transports. Cadres devenus autonomes, ils n'avaient pas d'horaire. Avec les NTIC l'entreprise va commencer à pénétrer dans la sphère privée des individus, d'abord avec le téléphone portable, qui va jouer le rôle d'alerte à toute heure et en tout lieu transformant l'individu en maintenance permanente. Le téléphone portable fut relayé ensuite par l'ordinateur portable, puis la tablette et actuellement la panoplie des smarphones. Comme les taulards et leur bracelet, les utilisateurs des NTCI se sont mis eux-même le fil à la patte qui va les tracer en permanence, la puce RFDI veille comme une étoile sur votre géolocalisation. Aussi nos gouvernants allaient découvrir qu'il fallait gérer le « travail nomade » car tout concourait à faire du télétravail la nouvelle norme de la vie professionnelle du citoyen atomisé. Déjà des accords d'entreprise avaient prévu que des avenants au contrat de travail pouvaient faciliter le télétravail, on était sur la même trajectoire que celle qui avait fait pénétrer les horaires mobiles ou flexibles dans les entreprises. Mais le coup par coup ne semblait plus convenir aux autorités, il fallait dorénavant une loi pour cadrer le potentiel de 64 % (10) de salariés favorables au télétravail (à bosser chez eux) et faire du télétravail une grande cause nationale, avec le pour et le contre que les médias savent si bien manier, le pour à l'encontre du salariat et de l'écologie cette nouvelle sainte vierge des temps modernes fut de mettre en avant, le moins de temps passé dans les transports, chiffre à l'appui, les gains de garde de nourrices, l'éducation des enfants... On resta très discret sur le possible travail des enfants. Pour l'entreprise, c'est tout bénéfice comme nous l'avons vu sur la situation des correctrices de presse, mais pas seulement. Selon le cabinet de conseil RH Kronos le télétravail ferait chuter l'absentéisme de 5,5 jours par an d'arrêts maladie (11). Pour le cabinet conseil Greenworking (12), la productivité des télétravailleurs serait supérieure de 22 % à celle des sédentaires en entreprise ; et ses atouts ne s'arrêtent pas là. Le travail à distance permet également d'économiser de l'espace de bureaux (et donc de réduire le loyer), voire de diminuer l'empreinte écologique de l'entreprise. Il permet aussi de motiver le déploiement de nouveaux outils (messagerie instantanée, équipements de webconférence, modernisation du système d'information, etc.) et donc de nouveaux modes de travail pour tous comme par exemple devenir un contractant, un autoentrepreneur de soi. Le télétravail n'engendre plus un surcoût pour l'employeur ! En effet, l'entreprise n'est plus tenue de prendre en charge tous les coûts découlant directement de l'exercice du télétravail (matériels, logiciels, abonnements, communications, électricité...). Les modalités de la prise en charge de ces frais peuvent néanmoins être prévus dans l'accord collectif ou la charte encadrant le télétravail. Les syndicats, et c'est la fonction qui leur est dévolue, se doivént d'accompagner les changements dans les entreprises pour le meilleur et pour le pire. Les voilà maintenant confrontés avec le télétravail à faire sortir le droit du travail de l'entreprise, ce qui va les faire basculer vers un « droit à la personne » dans lequel ils devront se couler ou se faire couler. Il ne faut pas oublier que la loi Travail adoptée le 8 août 2016 prévoyait de rencontrer les syndicats ayant pour objectif le télétravail, et au bout des négociations la publication d'un guide pouvant servir de référence aux négociations d'accord d'entreprise. L'exemple de la Generali (assurance) : les syndicats FO et CGT sont confrontés à la dichotomie dans laquelle ils se sont euxmêmes mis en signant un accord sur le télétravail. Ils se retrouvent en difficulté suite à l'annulation par la cour d'appel de Paris de l'accord sur le temps de travail. Ils avaient contesté cet accord, parce qu'il « imposait jusqu'à cinq jours de travail non payés sans subordonner son application à la signature d'avenants aux contrats de travail ». Voilà encore une curieuse contestation, s'appuyant essentiellement sur le droit et oubliant l'indispensable mobilisation des travailleurs, ils veulent sauver leur accord sur le télétravail sachant très bien où le télétravail

peut mener. C'est une véritable duperie que de laisser croire que la direction de la Générali veut liquider l'accord sur le télétravail qui touche 1200 salariés, elle y a bien trop intérêt comme nous venons de le voir dans cet article : « Generali France n'aura pas perdu de temps. Dix jours après avoir ouvert une nouvelle négociation avec les organisations syndicales suite à l'annulation de l'accord relatif à l'organisation et à la durée du temps de travail de 2015, la direction de l'assureur annonce que trois nouveaux accords ont été conclus le 1er juin. Signés par trois syndicats (CFDT, CFECGC et Unsa) représentant plus de 50% des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles, ces accords collectifs portent sur le temps de travail du personnel administratif (modalités de durée, aménagement et flexibilité des horaires, télétravail), sur la rémunération variable (variable des cadres, prime d'équipe des noncadres, primes exceptionnelles pour les cadres nonoptants, budget d'animation d'équipe), et sur la rémunération variable des inspecteurs des réseaux intermédiés. » https://www.argusdelassurance.com/

 G.Bad

 Annexes

 La consommation collaborative

La première plateforme collaborative en ligne fut eBay, créée en 1995. Elle mit en relation des particuliers afin qu'ils s'achètent et se vendent des biens. En 1999 apparurent les premières pratiques de couchsurfing un étudiant américain, Casey Fenton, contacta des étudiants de Reykjavik, capitale de l'Islande, afin de trouver un hébergement gratuit pour le voyage qu'il souhaitait entreprendre. Comme il reçut de nombreuses réponses positives, il décida de développer ce type d'échanges de services. En 2004, il participa à la fondation de l'association Couchsurfing. Mais c'est en 2010, à Sidney, que Rachel Botsman et Roo Rogers ont repris ce terme pour désigner un système : « C'est en 2008 que nous avons buté contre le mur » affirme Rachel Botsman. « Mère nature et le marché ont dit "stop !" Nous savons bien qu'une économie basée sur l'hyperconsommation est une pyramide de Ponzi, un château de cartes. ». Botsman et Rogers qualifient de consommation collaborative les comportements de consommation centrés sur l'accès, la mise en commun et le partage de biens et de services. L'économie collaborative peut donner lieu à des cessions de droits de propriété des objets dans des échanges basés sur le don ou le troc. Aujourd'hui, l'économie collaborative se développe dans différents secteurs tels que le logement, les transports (covoiturage, revente de billets), l'alimentation, le prêt de matériel, le troc de vêtements, l'entraide entre particuliers, l'échange et le partage d'outils de formation.

Le télétravail dans le monde : une grande diversité de situations

Grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, le télétravail se développe partout dans le monde. Cependant son développement est très différent d'un pays à l'autre du fait de la diversité des définitions et des objectifs poursuivis par les politiques de déploiement du télétravail. La notion de télétravail est apparue dans les années 1950 aux Etats-Unis avec les travaux de Norbert Wiener sur la cybernétique. A partir des années 1970, le télétravail est mieux connu grâce aux nouvelles perspectives ouvertes par la « télématique » et les « autoroutes de l'information ». Depuis, le télétravail se développe partout, mais de façon variable. Les Etats-Unis et la majorité des pays anglo-saxons affichent des taux supérieurs à 30 % de télétravailleurs du total de la population active alors que ce taux varie entre 10 % et 20 % dans l'Union européenne et entre 8 % et 15 % en France, sachant que ces taux sont donnés à titre indicatif compte tenu des différences de définitions et d'appareils statistiques entre Etats. Les politiques d'appui au développement du télétravail varient en fonction des objectifs fixés par les pouvoirs publics et les secteurs économiques. Si la France a décidé de légiférer sur le télétravail

en l'inscrivant dans le Code du travail, d'autres pays comme l'Allemagne n'ont pas donné de règle juridique spécifique au télétravail dans le secteur privé. Ces politiques visent partout des objectifs d'amélioration de la productivité, de réduction des temps de transport, de la qualité de vie des salariés, en recourant à des méthodes distinctes : aux Etats-Unis le gouvernement a créé une Agence fédérale pour le déploiement du télétravail dans l'administration fédérale ; les Pays-Bas ont mis en place des recommandations concernant le développement du télétravail dans la fonction publique uniquement ; en Allemagne l'action passe par l'octroi d'aides et l'accompagnement par des actions de communication ; au Royaume-Uni des guides et des recommandations pour la mise en place du télétravail ont été développés ; en France il été choisi d'encadrer le télétravail dans le secteur public afin de soutenir son développement. Malgré ces différences, un phénomène semble gagner le monde entier, le développement des espaces dévolus au télétravail. Ainsi la capitale brésilienne, Brasilia, figure parmi les dix premières capitales du monde disposant du plus grand nombre d'espaces de télétravail et de coworking.

G.Bad, août 2018

 NOTES

 1) Transformation numérique et vie au travail, rapport commandé par François Rebsamen à Bruno Mettling et remis en septembre 2015 à Myriam El Khomri, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social. Bruno Mettling, alors DRH d'Orange, est aujourd'hui président d'Orange Afrique. https://travailemploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_mettling_transformationnumerique_vie_autravail.pdf

 L'INSEE comptait 982 000 autoentrepreneurs à fin 2014 (chiffre publié en juin 2015) laissant prévoir le dépassement de la barre du million au cours de l'été 2015.

Le débit des réseaux double tous les neuf mois (loi de Butter).

(3) La puissance de traitement des microprocesseurs double tous les dix-huit mois (loi de Moore). Google et la Nasa sont actuellement en train de tester un prototype de calculateur quantique dont le fonctionnement suit les principes de la physique quantique. Il serait100 000 millions de fois plus rapide que les ordinateurs classiques.

(4) La capacité de stockage double chaque année (loi de Kryder).

  1. Massive open online course, cours en ligne ouvert et massif.

  2. (6) Chris Anderson, éditorialiste néolibérale du numérique aux EtatsUnis, « le déluge de données rend obsolète la méthode scientifique » in www.wired.com/2008/06/pbtheory/

  3. (7) Le Mirage numérique, pour une politique du big data, d'Evgeny Morozov, éd. Les Prairies ordinaires, 2015.

  4. (8) C'est tout le combat autour de la mobilité de demain entre Apple, Google et les constructeurs d'automobiles traditionnelles.

  5. (9) http://congres.pet fr/81865

  6. (10) « On ne connaît pas avec certitude le pourcentage de télétravailleurs en France : ce chiffre varie entre 8% et 17,7% selon les sources. En comparaison, le taux moyen en matière de télétravail affiché par l'Europe est d'environ 20%, voire 30 à 35% dans les pays du nord de l'Europe. » http://www.teletravailler.fr/observatoire/enfiance (

  7. 11) http://www.cget.gouv.fr/chiffresteletravail2016

  8. (12) « Référentiels managériaux innovants, performants et adaptés » : https://www.greenworking.frl

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30 octobre 2018

Stratégies managériales et souffrance au travail

Stratégies managériales et souffrance au travail

Par Mesloub Khider le 23 10 2018

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« Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. »  Albert Camus.

« L’un des symptômes d’une proche dépression nerveuse est de croire que le travail que l’on fait est terriblement important. » Bertrand Russell.

« Le travail, c’est la santé… Mais à quoi sert alors la médecine du travail ? » Pierre Dac.

 

Longtemps ignoré par la sociologie du travail comme par la médecine du travail, la souffrance au travail est l’objet d’études depuis seulement les années 1990. Les premiers fondements ont été élaborés, du moins pour ce qui est de la France, par le sociologue Danièle Linhart et le psychiatre Christophe Dejours, créateur de la psychopathologie du travail.

À la faveur de l’instauration du libéralisme débridé, impulsé dans les années 1970, accentué par les politiques libérales de Reagan et Thatcher, appliqué ensuite dans la majorité des pays, induisant de profonds remaniements dans les organisations des entreprises, la souffrance au travail s’invite brutalement dans le débat public, culminant  avec l’explosion des tragiques suicides liés à la dégradation dramatique des conditions de travail.

En effet, à la suite de nombreux suicides liés aux conditions déplorables de travail, l’opinion publique prend conscience de la gravité de la souffrance au travail. Ces cas de suicides ont défrayé la chronique. Depuis le surgissement de ce phénomène, les médias rapportent régulièrement les tentatives de suicide échouées ou abouties survenues sur les lieux de travail. Au reste, de multiples rapports parlementaires ont été rédigés pour décrire le phénomène du « mal-être » au travail. Ces rapports ont mis en lumière les « risques psycho-sociaux », les aspects psychopathologiques liés au travail.

Cependant, cette soudaine focalisation sur les pathologies liées au travail n’indique pas que la souffrance était inexistante auparavant dans le monde du travail. Au contraire, la souffrance au travail et la  pénibilité ont émergé dès l’apparition des premières fabriques au début du capitalisme.

Cependant, ces souffrances faisaient l’objet de négociations entre le patronat et les institutions représentatives ouvrières. Elles donnaient lieu à diverses compensations sociales et financières, notamment par les réductions ou d’aménagements du temps de travail et les primes (de toxicité, d’insalubrité, etc). De plus, cette souffrance, (physiologique ou psychologique) était gérée par des collectifs de travail officiels ou officieux pour une prise en charge sociale collective.

Enfin, dans le cadre de ce partenariat séculaire entre patronat et syndicats, de leur complicité en matière de gestion de la force de travail, une véritable chape de plomb avait été posée sur cet aspect de la souffrance au travail, problème éminemment politique propice à la contestation sociale, à la politisation de la lutte.

Certes la pénibilité au travail a considérablement diminué. Mais elle a été remplacée par une souffrance encore plus pernicieuse, insidieuse, douloureuse : la perte du sens du travail, dans le travail, la dépossession de soi.

Favorisées par la crise économique amorcée dès 1973, accentuées par le développement exponentiel de l’individualisme, par l’effondrement des solidarités collectives, du désengagement syndical, les difficultés sociales et les souffrances liés au monde du travail sont désormais vécus sur le mode personnel. De nos jours,  la souffrance est perçue comme une insuffisance personnelle (« Je ne suis pas à la hauteur de la tâche qu’on m’a confiée »). Les problèmes liés au monde du travail sont vécus sur le mode de l’échec personnel. En proie au mal-être professionnel, les travailleurs s’enferment dans une solitaire souffrance pétrie de culpabilité. La souffrance professionnelle n’est plus vécue sur le mode collectif avec comme perspective d’unir la force des travailleurs pour surmonter leurs difficultés et ainsi mieux se battre contre les patrons afin d’améliorer leurs conditions de travail par l’obtention de compensations sociales et financières.

Aujourd’hui, depuis maintenant trente ans, nous sommes entrés dans l’ère du management. En effet, toutes les entreprises ont introduit les méthodes de management dans la gestion des salariés. Cette individualisation de la gestion salariale s’est généralisée dans toutes les entreprises. De même, les méthodes managériales de gestion du privé se sont implantées dans le service public, soumettant les fonctionnaires aux mêmes exigences de compétitivité et de rentabilité. La mission capitale d’intérêt général a été supplantée par la mission  générale  de l’intérêt du capital.

Par cette nouvelle politique de gestion salariale, le patronat a voulu briser la force collective des travailleurs, particulièrement dans les bastions ouvriers puissants et organisés. Il n’est pas surprenant que cette volonté de réorganisation de l’entreprise soit intervenue après Mai 68, dans le sillage des mouvements de luttes radicales massives engagées dans l’ensemble des pays industriels développés.

En effet, pour prendre l’exemple de la France, au lendemain de Mai 68, marqué par l’affirmation de la force collective des travailleurs illustrée notamment par l’augmentation des salaires et la politique participative des salariés dans la gestion de l’entreprise, le patronat, effrayé, a entamé sa revanche dès le début des années 73-74, à la faveur de la crise pétrolière, pour briser cette dynamique collective ouvrière.

Sous prétexte d’autonomie, le patronat commence progressivement a vidé les collectifs de travail. D’abord, par l’instauration de petites unités de production censées mieux répondre à l’autonomie des salariés. Ensuite, par l’introduction de méthodes de management individuelles. Enfin, par la mise en œuvre de techniques de division salariale et d’ éclatement professionnel opérés au moyen de la polyvalence et de la mobilité. Provoquant ainsi une profonde flexibilité du personnel. Ainsi, pour mieux soustraire le salarié à l’affiliation permanente à la même équipe de travail favorable à la création de liens professionnels solidaires et combatifs, le patronat utilise la méthode de la mobilité professionnelle au sein de la même entreprise.

Pour parachever cette reprise en main totalitaire du patronat dans la gestion salariale, les entreprises imposent également l’individualisation du contrat et de la carrière professionnelle. Notamment par l’instauration de l’entretien individuel, les primes individuelles, la grille salariale individualisée, le remplacement de la qualification par les compétences, etc. Toutes ces nouvelles dispositions se prêtent mieux à la gestion arbitraire définie par les méthodes managériales fluctuantes mises au service du patronat.

De fait, l’agitation récurrente de la menace des plans de licenciements, le recours permanent à des intérimaires, la désintégration des liens interpersonnels  entre salariés, ont conduit à rendre le travail plus difficile à supporter au plan  psychologique.

Par ailleurs, du fait du déplacement des capitaux privés, détenus jadis par un patron physiquement et géographiquement à proximité des salariés, vers un actionnariat mondialisé anonyme, la révolte ouvrière devient inopérante, et donc rarissime.

De manière générale, si le taylorisme se fondait sur une logique collective prescriptive, le management moderne se base, lui, sur une approche individuelle et subjective. Il fait appel à l’intelligence individuelle et à l’engagement subjectif du salarié pour optimiser la production.

Cependant, l’introduction du management dans la gestion de l’entreprise n’a pas signifié la fin du taylorisme. En effet, l’entreprise capitaliste s’inscrit toujours dans la logique taylorienne. Car le taylorisme ne constitue pas seulement une technique d’organisation scientifique du travail matérialisée par la division rigoureuse des postes de travail, la définition des fonctions, la standardisation des tâches, le chronométrage, etc. C’est avant tout, dans une société divisée en classes, fondée sur l’exploitation du travail, l’extraction de la plus-value, une conception sociale capitaliste des fonctions déterminées par la contrainte et le contrôle afin d’assurer la soumission du salarié au procès de

production. En fait, le management est la version modernisée du taylorisme poussé à l’extrême. Si le taylorisme s’appliquait à l’ensemble du collectif travailleur pour mieux le soumettre aux impératifs du capital, le management moderne régente individuellement le salarié pour mieux l’intégrer à la logique du capital, à la culture de l’entreprise. Le management exige du salarié le déploiement optimale de sa subjectivité pour développer ses capacités productives en vue d’obtenir l’augmentation constante du rendement notamment par l’élimination du gaspillage au cours de toute la phase de production (le fameux Lean management, gestion dégraissée, l’excellence opérationnelle).

Ainsi, la pulvérisation des collectifs de travail s’est traduite par la précarisation et la déstabilisation des salariés, accentuées par la perte du sens et des repères professionnels collectifs traditionnels.

Depuis trente ans, par la politique de management, illustrée notamment par la réorganisation des entreprises, l’externalisation, la filialisation, les menaces de délocalisation, le patronat a distillé un terrifiant climat d’insécurité permanent pour les salariés.

Créer l’insécurité de/dans l’emploi constitue un épouvantail efficace pour affaiblir la résistance des travailleurs, pour instiller l’instabilité psychologique parmi les salariés, pour briser leur confiance. Au reste, la coopération et la solidarité entre salariés ont été remplacées par la compétition.

Parmi les mesures déstabilisatrices appliquées par les employeurs figure en premier lieu la généralisation du contrat à durée déterminée, contrat précaire. Cette précarisation a bousculé le rapport de forces entre travail et capital, désormais favorable au patronat. Vient ensuite la mobilité récurrente des postes, permettant au patron d’assurer leur domination par l’épuisement généré par ces changements. Le salarié ne doit pas se sentir chez lui au sein de l’entreprise, voilà la nouvelle politique patronale. Avec la méthode managériale moderne, certes les salariés sont officiellement déclarés autonomes, mais dans les faits ils ne disposent d’aucun pouvoir de négociation, sinon le pouvoir de négociation dans la soumission pour aménager servilement leur soumission. Il en résulte, pour le salarié, un sentiment d’absence total de maîtrise sur le processus de production. Ce qui est l’objectif des employeurs : déposséder les salariés de tout contrôle professionnel, susciter la précarité subjective permanente.

Aussi, l’accroissement dramatique de la souffrance au travail n’est pas la conséquence malheureuse et imprévue de la politique managériale. Mais constitue en réalité l’objectif préalable principal de cette méthode managériale. Pour affirmer et affermir leur domination sur les salariés, les patrons ont opté de recourir à ces bien nommées « ressources humaines » des méthodes managériales pour répandre l’insécurité professionnelle parmi leurs salariés en vue de mieux les soumettre aux objectifs de production à réaliser sans protestations individuelles ni contestations collectives. Or, ces méthodes managériales ont des conséquences pathologiques graves sur de nombreux salariés et ont des répercussions sur la société tout entière.

Au demeurant, ces dernières années, de nombreuses études ont démontré la dégradation des conditions de travail. De plus en plus de salariés sont affectés par de multiples pathologies liées à la détérioration de leurs situations professionnelles favorisées par l’accroissement des contraintes productivistes, l’intensification des cadences, la fixation d’objectifs démesurés. À ces diverses pathologies physiques et psychologiques, très répandues ces trois dernières décennies, est venue s’ajouter une nouvelle pathologie provoquée par la surcharge de travail : le Burn out. Apparu à la fin des années 1970, le Burn out, autrement appelé en français épuisement professionnel ou usure mentale, occasionne d’abord un déficit sthénique, un découragement, ensuite une démotivation, puis des symptômes de dévalorisation de soi et de dépression.

Dans le même temps, parallèlement, avec la dégradation des conditions de vie, le développement endémique du chômage, l’expansion de l’anomie, l’explosion des incivilités,  on a assisté à l’apparition  d’une nouvelle souffrance au travail : l’insécurité professionnelle liée à la multiplication des agressions des personnels sur leurs lieux de travail. En effet, de multiples catégories professionnelles en lien direct avec le public sont victimes d’agressions : le personnel soignant hospitalier, le personnel des transports publics, le corps enseignant (collèges et lycées), le personnel du secteur social, du secteur commercial (caissières), personnel du secteur public, etc.

Autre affection très répandue dans le monde du travail : la maltraitance psychologique, désignée, par euphémisme, sous le terme de harcèlement. En très forte augmentation, le harcèlement constitue une véritable maltraitance professionnelle exercée par la hiérarchie contre ses « subordonnés ». Les répercussions sur la santé des victimes de harcèlement sont dramatiques : troubles psychosomatiques, dépressions, suicides. Justement, derrière manifestation extrême de la souffrance au travail : le retournement de la violence contre soi, c’est-à-dire les suicides sur les lieux de travail.

A l’évidence, selon les spécialistes de psychopathologie du travail, l’apparition et la multiplication de ces pathologies professionnelles sont directement liées aux nouvelles méthodes d’organisation du travail fondées sur le management.

Ainsi, par les méthodes managériales, sous couvert de l’efficacité et de la compétitivité, l’entreprise instaure un véritable climat de tensions permanentes en vue de réaliser des objectifs souvent démesurés, au prix d’une grave souffrance administrée aux salariés. Par ces méthodes managériales militariste l’entreprise inflige une véritable souffrance à l’ensemble des salariés, contraints de subir dans le silence ces supplices (esclavagistes) psychologiques des Temps modernes. Par la division des salariés, l’éclatement des liens collectifs professionnels, la mobilité salariale, la précarisation des contrats de travail, l’entreprise est parvenue ces dernières décennies à exploiter sans vergogne les salariés, souvent avec la collaboration des syndicats, coupables de complicité de crimes contre les travailleurs, responsables de la banalisation de l’injustice et de la violence dans l’entreprise capitaliste contemporaine. On assiste à « la banalité du Mal » dans le monde du travail.

Au reste, selon certaines études, la souffrance au travail résulterait du conflit manifeste entre les convictions morales du salarié et les injonctions souvent moralement répréhensibles dictées par le patron. Cette souffrance n’est donc pas la manifestation d’une fragilité physique ou psychologique inhérente aux salariés, mais la traduction d’une réaction psychosomatique aux nouvelles méthodes de domination patronale inhumaine. Les exigences productivistes et commerciales imposées par le patronat aux salariés, galvanisées par une ambition et une mentalité  belliqueuses extrêmes, déstabilisent moralement et psychologiquement les salariés. En effet, ces contraintes économiques belliqueuses portent souvent atteintes à leurs convictions morales, à leur humanité, ennemie de toutes les valeurs marchandes.

Au reste, la supercherie du management se révèle dans cette manipulation psychologique des salariés opérée par la diffusion sournoise de valeurs « humaines  universalistes » censées unifier l’ensemble des agents officiant par ailleurs au sein d’une entreprise capitaliste où leur travail s’effectue pourtant dans un cadre privé, concurrentiel, exclusivement orienté vers l’intérêt des détenteurs du capital. Cette hypocrisie humanitariste favorise le désenchantement et le malaise des salariés.

De toute évidence, certes l’activité humaine, cette nécessité d’œuvrer à la production de ses moyens d’existence et de reproduction, est une catégorie anthropologique intrinsèque à l’humanité. Mais le travail, cette activité de production fondée sur le salariat, est une catégorie sociale historique présente seulement au sein du mode de production capitaliste.

Avec la généralisation du salariat, le capitalisme a développé cette activité productive aliénante coupée des capacités de maîtrise, de contrôle et d’appropriation des moyens de production et des produits pour les travailleurs. Car toutes ces capacités et moyens de production sont la propriété exclusive des patrons.

Comme l’a écrit Karl Marx dans ses Manuscrits de 1844 : « le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, […] donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Son travail n’est donc pas volontaire, mais contraint, c’est du travail forcé. Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. »

En conclusion,  la « modernisation du travail » s’est traduite par une profonde déstabilisation des salariés  : sentiment d’abandon, d’isolement, de précarité, peur de l’insuffisance, crainte d’être incompétent, de ne pas y arriver, méfiance à l’égard des autres collègues, etc.

Avec le Taylorisme, les travailleurs étaient un simple rouage passif, astreint à une stricte conformité aux consignes et modes opératoires. Leur travail  s’effectuaient  indépendamment de leur état d’esprit, de leurs états d’âme et de leurs savoirs. Avec le management, la méthode semble a priori différente : la nouvelle organisation du travail proclame reconnaître la dimension humaine des salariés, respecter et miser sur leur subjectivité, leur personnalité. Pourtant, à décortiquer les mécanismes des deux organisations de la gestion du travail, la logique demeure semblable : dans les deux cas, s’organise en réalité une disqualification des métiers, de la professionnalité, de l’expérience,   tendant à renforcer la domination et le contrôle exercés par les dirigeants, les patrons. La conséquence est semblable : perte du sens du travail, favorisant l’épuisement psychique, précarisant  subjectivement les salariés en permanence mis à l’épreuve au point de les conduire à douter de leur propre valeur et légitimité.

Enfin, si, autrefois, grâce à leur inscription dans le mouvement collectif ouvrier massivement organisé, les salariés pouvaient dépassaient leurs ateliers et leurs bureaux par leurs engagements politiques contre leur exploitation capitaliste, donnant ainsi un sens politique à leur souffrance ;  aujourd’hui, avec l’individualisation et l’atomisation, avec le déclin des partis ouvriers, l’éclipse du projet émancipateur, les salariés  n’ont plus cet avantageux appui politique et cet espoir salvateur : c’est seuls qu’ils sont confrontés à leur triste et sinistre sort.

Assurément, dans la perspective de l’émancipation humaine, l’abolition du travail comme catégorie sociale historique capitaliste doit être clairement inscrite dans le programme de la révolution sociale.

Il s’agit d’abolir le salariat, catégorie historique, et non l’activité productive, catégorie anthropologique. Une fois la révolution accomplie à l’échelle mondiale, la nouvelle communauté humaine universelle s’attellera à développer une nouvelle forme d’activité productive au service des besoins humains, débarrassée de toutes les formes d’oppression, d’exploitation, de toutes les nuisances pathologiques.

« Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité. » Karl Marx.

« L’humanité se situe en dehors de l’économie politique, l’inhumanité au dedans. » Karl Marx.

« Si j’étais médecin, je prescrirais des vacances à tous les patients qui considèrent que leur travail est important. » Bertrand Russell.

Mesloub Khider

Voir aussi Combattre la secte managériale

 

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27 octobre 2018

PÔLE EMPLOI : PRÉCARITÉ 2.0 (Echanges N°164)

 

PÔLE EMPLOI : PRÉCARITÉ 2.0

De Lyon ou d’ailleurs, nous sommes au chômage, au boulot, à la retraite. Un paquet de questions se posent à nous : Travailler ? Pour fabriquer quoi ? Utile à qui ? Nuisible à qui ? Pourquoi les procédures administratives pèsent-elles tant sur nos épaules ? Que devient la vie quand tout s’informatise ?

Ces questions sont quasi absentes du débat public et il nous a semblé qu’une agence Pôle emploi serait un bon endroit pour venir les discuter. Il ne s’agit pas pour nous de faire des propositions pour que l’administration « fonctionne mieux ». De nombreux tyrans et gestionnaires s’y sont attachés avec les résultats qu’on sait. Nous aimerions également dépasser la seule défense des services publics et nous savons trop à quel point cette administration est chargée des rapports de dominations sociale et économique pour la sauver ou la légitimer sans y regarder de plus près. Nous aurions donc pu, au nom de la primauté de la critique de l’institution, détourner le regard des mécanismes en cours à Pôle emploi et dénoncer la déferlante numérique balayant des activités plus immédiatement « défendables ». Mais alors que nous prétendons vouloir résister à l’informatisation de nos vies, cet exemple-là nous semble décidément édifiant et révélateur de notre dépossession en cours, au travail et ailleurs.

 À Pôle emploi, la tendance actuelle est au remplacement des humains par des logiciels et des algorithmes. On y restructure, sous-traite et « dématérialise » tout : l’accord GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) a posé le cadre de cette casse par la gestion informatisée qui s’est accélérée depuis la fusion Assedic/ANPE en 2008. On entend beaucoup parler de « dématérialisation » pour qualifier notre mise au pas par les algorithmes. Il nous apparaît au contraire que les effets dévastateurs de cette mécanique se matérialisent de façon très concrète, chaque jour et des deux côtés du guichet.

L’État et ses gestionnaires présentent ainsi l’irmatisation totale de l’assurance chômage comme une évolution inéluctable, naturelle et neutre. Simple adaptation technique, elle servirait selon eux au maintien d’un service public de qualité pour les usagers et à une simplification de la vie des salariés.

Ce que nous vivons chaque jour en tant que salariés et usagers dément cette fable : il s’agit de la mise en oeuvre par les bureaucrates et les managers de pratiques déshumanisantes et d’une précarisation accrue pour tous. L’informatisation tient une place prépondérante dans ce processus. Il nous semble également important de redire que si nous subissons chaque jour un peu plus ces mécanismes qui nous mutilent, nous croyons encore possible de leur résister.

Rationaliser, déqualifier, précariser

Pour Pôle emploi, un des objectifs de la « dématérialisation » est de rationaliser le travail et de faire des économies. Concrètement, il s’agit de se passer au plus vite de 4 000 conseillers pour confier la mission d’indemnisation à des algorithmes alimentés par des entreprises de sous-traitance privées. Parmi elles, Tessi, cotée en bourse et liée à AXA, se taille la part du lion. Selon le principe des vases communicants, alors que le nombre d’embauches baisse à Pôle emploi, les recrutements augmentent chez Tessi. L’assurance privée, via la dématérialisation, en profite ainsi pour mettre un pied dans la gestion du chômage en France et se posi

tionne par la même occasion sur le marché du big data et des données personnelles.

Au nom des gains de productivité promis par Tessi à ses clients, Pôle emploi lui transfère une partie de ses missions : accueil téléphonique, saisie des bulletins de salaires et des attestations employeurs, de pièces complémentaires, etc. Véritables soutiers de la collecte de données, payés aux pièces, les employés de Tessi saisissent « au kilomètre » et sont peu ou pas formés pour l’indemnisation. Les nombreuses erreurs qui en découlent ont des conséquences catastrophiques pour tout le monde. Pour les chômeurs, les situations de trop-perçus – qu’ils devront rembourser –, de dossiers bloqués, de droits rognés ou de radiations abusives explosent.

De l’autre côté du guichet, les dossiers d’indemnisation mal traités engendrent une hausse des cadences pour les salariés de Pôle emploi qui doivent reprendre le travail mal fait par Tessi ou par l’algorithme. Cerise sur le gâteau, la mise en concurrence des deux entités sert à accroître la compétitivité de Tessi au détriment de celle de Pôle emploi. Ainsi, l’évaluation du travail de Tessi est faite après les corrections apportées par les salariés de Pôle emploi. Le travail a donc été fait deux fois mais seules les statistiques de Tessi sont créditées. En résumé, pendant que leurs managers leur demandent d’être plus productifs, les salariés de Pôle emploi en sous-effectif travaillent pour améliorer les statistiques de ses sous-traitants.

Les pièces saisies par Tessi alimentent Madu, un logiciel « Moteur d’Analyse du Dossier Unique » qui les traite à la place des conseillers et lance le programme de « liquidation » (traitement) automatique des dossiers en remplacement de l’entretien individuel. Cet algorithme détermine le montant, la durée et le taux d’indemnisation du chômeur ! En Île-de- France, près de la moitié des dossiers sont désormais gérés par ce robot, contre 6 % en 2016 !

Cette « externalisation » accompagnant l’automatisation du traitement des dossiers (et la suppression des postes de conseillers indemnisation qui va avec) est concomitante à l’arrivée de l’algorithme. Il remplace progressivement les conseillers indemnisation, qui sont désormais considérés comme superflus et sommés de se reconvertir dans le « suivi » des chômeurs (ce qui change notoirement les buts et le sens de leur travail). Ce « suivi chômeurs », est lui-même promis à un nouvel algorithme d’ici fin 2018. « Mon assistant personnel » sera ainsi chargé de faire le travail des conseillers emploi dans un contexte de seconde annonce de la suppression de 4 000 postes en mai 2018. À chaque algorithme en plus correspond son lot d’humains en moins. Côté chômeurs, inutile de préciser que ce robot, nommé en interne « NPDE » (nouveau parcours demandeur d’emploi), n’est pas là pour répondre à leurs questions ou à leurs besoins. Ignorant les situations particulières, il est programmé pour traiter des cas « standard » et ne peut pas affiner une information qui demanderait à être précisée. Au lieu de simplifier l’accès aux droits, il le complique. Ce labyrinthe numérique ignore la diversité des parcours de vie et décourage bon nombre de chômeurs qui finissent par renoncer à leurs droits.

 Déshumaniser, isoler, contrôler…

La gestion par les algorithmes n’améliore ni la vie des salariés de Pôle emploi ou de Tessi, ni l’indemnisation des chômeurs. C’est même l’inverse : les humains n’ayant plus de regard sur le travail réalisé, les erreurs sont légion (plus ou moins 20 % dans le traitement de l’accès aux droits via l’algorithme) et les réclamations pleuvent.

Dans le même temps, les plages d’ouverture (accueil physique) ont été réduites drastiquement : les agences sont maintenant fermées l’après-midi, les échanges avec les chômeurs sont très majoritairement confiés à mail.net qui devient petit à petit la principale « interface » avec Pôle emploi. Cette mise à distance des usagers a été utilisée par la direction pour faire croire à une baisse de la charge de travail alors que la réduction du nombre de visites a été largement compensée par l’accroissement du travail par mail et téléphone. Les onglets du site internet dédiés aux réclamations ou contestations sont investis — faute de mieux — et saturés de demandes de renseignements restées sans réponses. Pendant que les chômeurs perdent leurs droits, les salariés toujours moins nombreux subissent bien une augmentation des cadences et de leur charge de travail. À pôle emploi comme ailleurs,l'informatisation du travail n’est pas destinée à réduire la pénibilité au travail des salariés mais vise à accroître leur productivité tout en accompagnant la casse des services publics.

En réduisant à peau de chagrin les temps d’accueil, on renvoie les chômeurs à leur isolement et on pointe leur responsabilité individuelle quant à la « gestion » (heureuse ou malheureuse) de leurs « projets de vie ». Au passage, on les assimile à des fraudeurs alors même que les erreurs faites sont pour la plupart dues au système. La « dématérialisation » c’est l’impossibilité croissante pour le chômeur de parler, de s’expliquer et, éventuellement, de négocier avec un être humain qui restait jusque-là libre de certains choix, notamment d’appliquer, ou pas, des directives qui heurtent sa conscience.

Ainsi, l’échange informatisé éloigne le chômeur du guichet. Il éloigne également les chômeurs les uns des autres en réduisant les « risques » d’échanges et de solidarités entre eux. Traitées de manière impersonnelle, les décisions qui les concernent sont pour ainsi dire « délocalisées » dans un ailleurs nébuleux et sur lequel ils n’ont plus de prise : ils sont isolés et précarisés. La définition du mot précaire est parlante : c’est l’état de ce qui n’offre aucune garantie de durée, qui est incertain, révocable et mal assuré. La précarité, c’est être à la merci d’une puissance qu’on ne peut maîtriser et, face à elle, se trouver comme un mendiant en position de prière. Cette conception des choses prend maintenant le pas sur le principe de l’assurance-chômage et d’un droit de tirage sur une caisse à laquelle chacun a cotisé (ou cotisera) en période de travail.

La gestion informatisée permet aussi au système de se rendre suffisamment inaccessible pour ne plus avoir à se justifier. Elle met donc à distance les usagers et leurs conseillers et renvoie chacun derrière son écran. Elle tend aussi à s’autonomiser de la décision humaine. Face au contrôle des chômeurs (par exemple lors de la certification d’identité) la possibilité d’un choix restait encore jusqu’ici entre les mains de salariés qui pouvaient décider de résister en refusant de répondre à certaines injonctions « policières » émanant de leur administration. Dorénavant, c’est la machine qui effectue ces contrôles. Elle le fait alors de manière efficace et systématique. Cela augmente la difficulté pour les salariés à résister à des politiques qu’ils ne cautionnent pas.

Par ailleurs, cette mise à distance informatisée permet aux salariés de ne plus être confrontés directement aux conséquences des radiations. Les décisions sont donc appliquées de manière froide et « objective ». L’impossibilité d’investir des brèches de liberté et d’exercer son libre arbitre indique aussi le caractère totalisant de ces dispositifs. C’est donc non seulement à la rationalisation des côuts mais aussi à la suppression des rares marges de manœuvre encore à la disposition des salariés que sert l’informatisation du travail.

Pour les salariés qui tenaient encore à leur mission d’aide et de conseil, cette relégation derrière l’écran les cantonne à une gestion comptable et désincarnée d’humains devenus des numéros de dossiers. En même temps qu’eux, c’est le sens qu’ils donnaient encore à leur travail qui se flétrit. Le quotidien devient aussi invivable quand un nom propre cède la place à un matricule (numéro d’identification bien connu des chômeurs) ou une donnée. Comme le héros du film de Ken Loach Moi, Daniel Blake, les allocataires sont pris dans les rouages d’une machinerie électronique qui engendre souvent chez eux le sentiment d’être déclassés, méprisés et impuissants face à la violence institutionnelle.

Informatiser, gérer, marchandiser

Derrière les nombreux acronymes comme le CPA (Compte personnel d’activité) et la DSN (Déclaration sociale nominative) se matérialise le marché de la gestion des populations. Ces immenses fichiers informatisés sont destinés à réorganiser et gérer tout ce qui concerne la protection sociale et les données qui s’y rapportent : chômage, maladie (CPAM), mutuelles, logements sociaux, etc. Pour ce qui concerne le chômage, le fichier est à la disposition des employeurs. Il leur permet d’accéder aux profil, parcours, compétences et même aux traits de personnalité du chômeur. Ce fichier, véritable réminiscence du livret ouvrier (numérique, cette fois), lui est attaché dès l’âge de 16 ans (dans la continuité de son livret scolaire numérique) et le suit toute sa vie. Il est l’instrument par lequel chacun gère son capital de droits et remet en cause un principe fondateur de la sécurité sociale : chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Il ouvre la voie à une conception individuelle des droits et, logiquement, au marché des assurances et mutuelles privées.

C’est dans ce contexte prometteur d’un marché très lucratif que des grandes entreprises comme IBM et Facebook se positionnent sur les nouvelles plateformes destinées à la médiation et la gestion informatisée des chômeurs. Les contenus de formation payants destinés aux conseillers émanent de ces entreprises. Facebook réclame de Pôle emploi qu’il intensifie la formation des chômeurs au numérique et dit vouloir y tenir toute sa place. Dans la même veine, rappelons que le site Bob emploi, créé par un informaticien de la Silicon Valley, prétendait lors de sa création en France, réduire le chômage de 10 %. C’est évidemment un échec, mais l’objectif n’était-il pas avant tout de récolter les données d’une partie de la population ? Si c’est le cas, c’est alors une réussite pour Bob emploi… À l’instar du site Le Bon Coin qui élargit son offre au marché de l’emploi, Tessi vante ses « hautes capacité de stockage », et comme on l’a vu, a maintenant accès aux données personnelles des chômeurs.

Les multinationales anticipent leur rôle dans ce qui s’apparente, au-delà du déjà sinistre « marché de l’emploi », à la création d’un marché du chômage et des chômeurs. Leur objectif affiché est la valorisation de leurs « coffres forts numériques » qui hébergent les données et historiques de leurs clients en matière de chômage mais aussi de santé, de prévoyance, de sinistres et litiges, etc.

Solidarité, refus, désobéissance

 Alors qu’on multiplie les instruments de calcul et de contrôle de chômeurs considérés comme des fraudeurs ou des chiffres, ces instruments n’ont en revanche de compte à rendre à personne ! Il ne s’agit pas d’ignorer la violence des rapports antérieurs au déferlement informatique dans la gestion des chômeurs et des populations par l’État, mais on constate que la gestion totalement informatisée de Pôle emploi marque un nouveau seuil de déshumanisation et de soumission de la vie des chômeurs à l’arbitraire. Avec pour résultat probable, et c’est sans doute ce qui est recherché, de décourager des masses importantes de gens de s’adresser à l’institution, de réclamer quoi que ce soit, d’effacer l’idée de droit social. Nous ne fétichisons pas ce genre de droit mais dans un contexte de dépossession non seulement des moyens de production mais aussi du choix et de la finalité de celle-ci, ces droits sont hélas nécessaires à beaucoup. Il doit être également clair que les dysfonctionnements massifs, la dépersonnalisation et l’absurdité radicale que génère l’informatisation ne peuvent déboucher que sur plus de fatalisme, voire de nihilisme dans la population si chacun reste seul face à cette machinerie kafkaïenne.

Nous exprimons ici notre solidarité avec les chômeurs qui pâtissent en premier lieu de cette gestion informatisée, mais également avec les salariés de Pôle emploi et de Tessi qui subissent ces logiques et veulent les refuser. Nous les encourageons à s’élever contre les directives managériales et leurs algorithmes destinés à nous gérer, nous remplacer et nous isoler. Si l’ampleur des dégâts de cette gestion assistée par ordinateur est considérable, elle n’est sans doute pas inéluctable.

Organisons-nous, osons dire « non », même les jours où nous travaillons, refusons d’appliquer les ordres que nous trouvont critiquables ou insensés, faisons valoir collectivement une autre idée de nos activités que celle promues par les directions et les ministères.

Fermons nos ordinateurs, reprenons la parole !

Collectif Écran total, juin 2018

Contact Lyon et sa région : Écran total, 111 rue André Bollier, 69007 Lyon.

Secrétariat national : Écran total, 1 Maneyraux, 23200 La Rochette.

 


 

 

Grève à la gare d’Austerlitz contre la fermeture des guichets

 

Jeudi 11 octobre, jour d’ouverture à la vente des réservations pour les vacances de fin d’année, les agents commerciaux de l’ESV (établissement de service voyageurs) de Paris Austerlitz se sont mis massivement en grève pour protester contre la suppression de 100 postes d’ici 2020.

 

Correspondant.e.s cheminot.e.s

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jeudi 11 octobre 2018

 

Comme l’ont dénoncé les nombreux agents en grève, la suppression de 100 postes d’ici 2020, signifie la fermeture de toutes les boutiques et BIR (bureaux d’information), ainsi la disparition totale de l’Unité Opérationnelle Vente. C’est dans ce contexte qu’une trentaine d’agents commerciaux, soutenus par des collègues d’autres services ainsi que par des usagers, ont décidé d’envahir le CHSCT extraordinaire et de mettre la direction face à ses responsabilités et à la colère des cheminots. Les arguments avancés par la direction ne justifient en rien ces suppressions, et comme l’a dit un collègue « il y a des besoins, on fait de l’argent, alors où est le problème ? ».

 

Nous avons pu constater sans surprise que toutes les questions restent sans réponse. Aucune solution pérenne de reclassement n’est prévue puisque les seuls postes éventuellement disponibles à la vente seront eux-mêmes supprimés ! Certains agents se sont même vus demander s’ils étaient bons en soudure ! Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un massacre social.

 

À l’heure où le malaise et le mal-être sont grandissants à la SNCF, nous ne rencontrons que mépris, harcèlement et répression. Mais les cheminots sont bien décidés à ne pas se laisser faire et à se battre jusqu’au bout. À l’issue de cet envahissement, les agents commerciaux se sont réunis en Assemblée générale afin de s’organiser pour la suite. Des diffusions de tracts auprès des usagers, une pétition et une action le 17 octobre prochain ont été votées. (sources Révolution Permanente)

 

 

 

 

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25 octobre 2018

INFOBREF N°517- spécial désert médical

INFOBREF N°517

Le travail tue : un cheminot lyonnais se suicide sur son lieu de travail

Publié le 6 octobre 2018 | Mise à jour le 8 octobre

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Ce vendredi 5 octobre, un cheminot de 51 ans s’est défenestré vers 7h10 sur son lieu de travail au 120 boulevard Vivier-Merle rapporte Lyon Capitale. Les secours n’ont rien pu faire pour réanimer cet agent de la SNCF. La piste du suicide est privilégiée.

Dans un communiqué, le Secteur Fédéral CGT « apporte son soutien aux collègues, notamment ceux en service ce jour et témoins du drame » et se dit « vigilant sur l’évolution de l’enquête. Il est essentiel qu’une analyse approfondie de cette tragédie soit réalisée par le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et de manière contradictoire ».

Horrible, la mort de ce cheminot vient nous rappeler une réalité quotidienne : le travail tue. En France, selon la direction des risques professionnels (DRP), 545 personnes sont décédées suite à un accident du travail en 2015. La même année, 36 046 personnes ont subi des accidents entraînant une incapacité permanente. Les suicides sur le lieu de travail ou directement causés par le travail sont aussi légions. Après un agent des TCL en avril et un agriculteur en juillet, cet agent de la SNCF est au moins le troisième rhodanien à mourir sur son lieu de travail en 2018.

3 morts en 2 jours à la SNCF... quand on part au travail, ce n’est pas pour y mourir !

C'est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de trois agents dans les emprises ferroviaires. Deux agents d'un sous-traitant d'Engie à Toulouse à bord d'un engin moteur qui est parti à la dérive et a percuté un autre engin faisant en plus deux blessés graves, et un agent SNCF du service électrique de 55 ans heurté par une circulation vers Paris Saint Lazare.

jeudi 11 octobre 2018

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de trois agents dans les emprises ferroviaires. Deux agents d’un sous-traitant d’Engie à Toulouse à bord d’un engin moteur qui est parti à la dérive et a percuté un autre engin faisant en plus deux blessés graves, et un agent SNCF du service électrique de 55 ans heurté par une circulation vers Paris Saint Lazare.

Une défaillance technique et une défaillance du système de protection seraient à l’origine de ces drames... Mais comment peut-on en arriver là ? Au nom de la pseudo productivité, faire vite et respecter les délais de livraison des chantiers au détriment de la sécurité... Ce sont des vies ouvrières que l’on est en train de broyer !

Avec la suppression des CHSCT il sera de plus en plus difficile de prévenir les situations dangereuses pour les agents et cela a des conséquences désastreuses... Les enquêtes sont encore en cours mais cela n’enlève pas la colère et le deuil de la famille cheminote. On vient au travail pour travailler dans des conditions décentes et humaines, et pas pour y perdre la vie à cause de la soif de profits de certains, ou pour certaines raisons de "concurrence"... Nous payons de nos vies la casse du service public et ça c’est inadmissible ! Si cette réforme ferroviaire est réellement mise en place, ce sont des situations comme celles que nous avons vécu ces deux derniers jours qui vont se multiplier...! Pour un service public de qualité, pour les usagers, mais aussi pour préserver la vie et la santé des travailleurs du Rail, c’est l’abrogation du pacte ferroviaire que nous devons exiger, tous et toutes ensemble !

http://www.revolutionpermanente.fr/4-morts-en-une-semaine-a-la-SNCF-on-ne-peut-pas-laisser-faire-Coup-de-gueule-d-Anasse



réchauffement : émissions de CO2 par type d’énergie

Les émissions en C02 du nucléaire sont très faibles, proches de celles de l’éolien et bien loin du charbon qui est la forme d’énergie qui émet le plus de dioxyde de carbone. En fait ce sont les émissions qui sont enregistrées pendant la construction des centrales qui sont mesurées ; la production en elle-même étant neutre.
  •  Nucléaire  : 19 kg équivalent carbone par tonne équivalent pétrole
  •  Eolien  : 32 équivalent carbone par tonnes équivalent pétrole
  • Solaire photovoltaïque : 316 équivalent carbone par tonne équivalent pétrole
  • Gaz Naturel : 651 kg équivalent carbone par tep
  • Pétrole – essence : 830 kg équivalent carbone par tep
  • Diesel – fioul : 856 kg équivalent carbone par tep
  • Charbon  : 1123 kg équivalent carbone par tep
  • NON AU DESERT MEDICAL

La sécurité c' est la proximité

securit__proximite

Environ 200 manifestants - des membres du collectif « C’est pas demain la veille », des militants syndicaux et politiques - ont été bloqués par des CRS qui protégeaient l’entrée. Il n’y a pas eu de heurts mais un climat tendu, a rapporté un policier. Parmi les manifestants : des personnels des autres hôpitaux, notamment du CHU de Poitiers inquiets de la situation et qui accueillent désormais des femmes de cette zone rurale, et des personnels du CHR d’Orléans venus par solidarité, qui ont connu pareille situation à Pithiviers (Loiret).

Située au coeur d'un désert médical, la ville du Blanc - et ses 6 000 habitants se trouve à une heure de route des hôpitaux de Châteauroux, Poitiers et Chatellerault.  

Niché entre les champs et la Loire, Jargeau est une petite ville du Loiret de 4 600 habitants. Forte de la présence de 5 médecins généralistes il y a encore 10 ans, la commune n'aura plus qu'un seul en octobre 2017.

Les habitants sont inquiets. Michèle va perdre son médecin qui part en retraite au mois de septembre. Pour cette retraitée qui n'a pas de moyen de locomotion « prendre le car en étant malade pour aller à Orléans et puis marcher, c'est difficilement envisageable ». Danièle, elle, est revenue vivre à Jargeau il y a quelques semaines. Elle a d'abord tenté de trouver un médecin puis a vite abandonné pour celui établi dans la commune où elle vivait.

Conscient des difficultés des habitants de la commune, le maire a réuni les professionnels de santé et lancé différents appels afin d'attirer de nouveaux praticiens sur son territoire. Jusqu'à réaliser une vidéo avec l'aide des Gergoliens et Gergoliennes pour promouvoir la ville.

Peine presque perdue. Malgré des dizaines de milliers de vues, trois médecins seulement ont répondu à l'appel. « Deux médecins étrangers ont répondu à l'appel mais il est difficile de communiquer régulièrement avec eux. Quant au médecin français, il  était prêt à venir s'installer mais hors conventionnement, c'est-à-dire avec un tarif de consultation de 57 euros, ce qui n'est pas imaginable pour nous » explique Jean-Marc Gibey, maire depuis 2008.

Le Centre-Val de Loire est la région métropolitaine la plus touchée par les déserts médicaux. 

Dépassement d'honoraires

Dans une France tendant vers l’égalité le pouvoir central lutterait contre les maquis des « assurances complémentaires ». Or voici que, dans son numéro de janvier,  60 Millions de consommateurs s’est penché sur les changements à venir dans les remboursements des « complémentaires santé ». Et le magazine d’user, lui aussi, de la métaphore de l’épidémie (« Dépassements d’honoraires : l’épidémie s’étend »):

« Pour les patients, 2017 commence par une mauvaise nouvelle avec la baisse annoncée du remboursement des dépassements d’honoraires par les assurances complémentaires santé (« mutuelles »).

« Dans le cadre de la réforme dite des « contrats responsables », les pouvoirs publics avaient déjà plafonné les remboursements par les complémentaires à 125 % du tarif de la Sécurité sociale (« Sécu ») en avril 2015. Au 1er janvier 2017, ce plafond est baissé à 100 %. En clair, un nombre non négligeable d’actes médicaux risquent de peser encore plus sur le portefeuille des patients. »

 60 Millions de consommateurs s’est appuyé sur les données de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation pour réaliser une étude en partenariat avec le site 66 Millions d’impatients du Collectif interassociatif sur la santé. Depuis 2011, le montant total des dépassements en cliniques privées a augmenté de 30 % pour atteindre près de 867 millions d’euros en 2015.

Varices et cataracte

« Chirurgie de la cataracte, pose de prothèse de hanche, accouchement par voie naturelle, ablation de tumeurs diverses et variées… Sur les 14,5 millions d’interventions réalisées en clinique en 2015, 4 millions ont donné lieu à un dépassement d’honoraires. Autrement dit, à une facturation supérieure au tarif fixé par la Sécurité Sociale. »

Le magazine met en lumière les disparités entre le type d’intervention et les régions. Parmi les dix opérations les plus pratiquées en clinique, 60 Millions de consommateurs relève que sept d’entre elles ont un « dépassement moyen à 100 % », les plus gros dépassements étant observés pour « l’extraction de varices », le « canal carpien » et les « ligaments croisés du genou ». Les dépassements sont aussi plus fréquents et plus élevés à Paris et Lyon qu’à Nantes ou Poitiers.

Un maire dénonce « un scandale d’Etat »

Trop, c’est sûr pour le maire d’Eauze (Gers), pharmacien de profession, Michel Gabas qui a adressé, le 7 novembre, une lettre ouverte à Édouard Philippe sur la désertification médicale en posant la question : « Quand ce scandale d’Etat va-t-il cesser ? ».

Se revendiquant de la droite sociale, comme le premier ministre, il lui demande d’écouter « les élus d’en bas » et d’accepter de « contrarier » les syndicats de médecins libéraux qualifiés de « fossoyeurs de la santé en France ». Il y fait neuf propositions dont les trois premières n’ont pas manqué de susciter des réactions virulentes de la part des dits syndicats…

  1. Desserrer le numerus clausus à l’entrée des facultés de manière significative

  2. Raccourcir les études de médecine générale, de pharmacie et de chirurgie dentaire hors spécialisations

  3. Instaurer un numerus clausus d’installation aux médecins « pour assurer un maillage territorial digne d’un pays comme la France ».

Sa lettre ouverte a suscité un torrent de réactions virulentes de la part des médecins…

Luttes soignantes, légitimité des personnes à être secourues, légitimité à la dignité

De nombreuses luttes sont entreprises dans les services de soins des hôpitaux publics et les EHPAD de France. Des soignants se suicident sur leurs lieux de travail. Deux luttes récentes ont abouti, une au CHS de Limoges, une au CHS du Rouvray suite à la grève de la faim (respectivement 20 au 24 mars 2018 et au mois de mai 2018) de soignants qui ont mis leur santé et leur vie en danger.

Quand j’écoute des personnes, dans mon environnement social, parler des difficultés qu’ils ont vécues lors de l’hospitalisation d’un proche, j’entends les difficultés que vivent au quotidien les soignants pour soigner.

Les soignants dénoncent leurs conditions de travail et de soins. En effet, beaucoup qui prodiguent des soins depuis une décennie font le constat que dégradation des conditions de travail et baisse de la qualité des soins sont liées. Autrement dit, quand la dégradation des conditions de travail se dégrade, la qualité des soins prodigués baisse.

Les étudiants en soins infirmiers s’inquiètent la précarisations des métiers de la santé. Beaucoup à la sortie de leurs études enchaînent des CDD pendant plusieurs années, sont dans l’impossibilité de prendre un loyer, de souscrire un prêt bancaire, de prendre leur autonomie d’adulte et sont contraints de vivre chez leurs parents. Du côté des soins, le turn-over important que cette précarisation entraîne, a pour conséquence une perte de la transmission des savoir-faire dans les équipes soignantes et l’effacement d’une mémoire de la qualité des conditions de travail antérieures nécessaires à l’exigence de qualité des soignants en lutte.

Des soignants luttent. Ils luttent parce que, parmi eux, certains se suicident sur leur lieu de travail. Ils luttent parce qu’ils veulent exercer leur métier en lien avec les valeurs qu’ils portent. Ce sont ces valeurs qui soignent une personne. Ils veulent exercer simplement leur métier. Traiter des maladies, des blessures, des jambes cassées… n’est pas leur métier. Leur métier est de soigner.Soigner, c’est créer du lien avec la personne soignée, la rencontrer, tenir en considération la satisfaction de ses besoins, établir une relation de confiance. Personne ne crée une relation de confiance avec une jambe, cassée ou pas.

Ils luttent parce qu’il est insupportable de discuter, chaque jour, de quel patient va le moins mal pour libérer un lit pour un autre qui va plus mal.

Ils luttent parce qu’il est insupportable de faire attendre 6 mois ou plus pour une consultation une personne qui souffre, de lui faire courir le risque d’une aggravation de ses symptômes et de la détérioration de sa santé.

Dans les EHPAD, les politiques d’austérité ont conduit à des conditions de vie et de soins qui frisent la catastrophe humaine et sociale. Le manque de moyens matériels et humains empêche les personnels d’exercer leur métier dignement, ils sont mis en difficultés sérieuses pour préserver la dignité des personnes hébergées. Ils luttent pour pouvoir accompagner dignement et humainement les personnes dans leur vieillesse.

En Allemagne, des soignants exerçant en maisons de retraite, avec l’aide de deux avocats, ont porté plainte contre l’État allemand pour dénoncer ce qu’ils tiennent pour des violations des droits humains dans les EHPAD.

Quand les soignants sont empêchés simplement d’exercer leur métier avec humanité par des politiques d’austérité, ils s’épuisent, car leur dignité et celle de leurs patients est menacée voire détruite malgré leurs efforts pour la conserver.

Ils soignent mais soigner est devenu une lutte quotidienne face à des restructurations dont la seule ambition est de réaliser des économies voire des bénéfices.

De nombreuses luttes ont lieu dans les services de soins. Elles sont invisibles car elles sont rarement relayées par les médias. Les soignants cherchent à rendre leurs luttes visibles. Ils ne peuvent manifester en masse car ils ne peuvent pas laisser les personnes qu’ils soignent et les équipes sont en effectifs à flux tendus. Ils subissent les réquisitions et une répression forte.

Ils ont besoin, dans leur lutte pour soigner avec humanité, de l’appui des habitants du pays.

L’enjeu des luttes menées par les soignants est ambitieux. C’est un combat pour que chacun soit soigné avec humanité et dignité, tel qu’il est, selon ses besoins et non selon ses moyens financiers.

Dans les Alpes, en mer Méditerranée, des hommes, des femmes, des enfants meurent car les gouvernements européens refusent de leur porter secours et criminalisent ceux qui le font.

Construire une société, qui refuse de porter secours à des gens qu’elle décide indésirables et qui punit ceux qui estiment légitime de le faire, prépare les consciences a accepter que les réfugiés et les migrants n’ont pas légitimité à être secourus et que leur mort est naturelle.

Quand les consciences auront accepté, plus rien ne saura s’opposer à ce que des personnes ne soient pas soignées et meurent faute de soins.

Se battre pour que chacun soit secouru et soigné selon ses besoins tel qu’il est et non selon ses moyens financiers, c’est construire une société libre où chacun compte, c’est permettre de vivre la paix. C’est être du côté de la vie.

Je suis de ceux qui pensent que le combat pour l’accueil des réfugiés et des migrants est lié au combat des soignants. Seuls, les soignants en lutte ne peuvent réussir. J’invite tous ceux qui veulent une société libre et en paix, où toutes les personnes ont légitimité à être secourues, à aller à la rencontre des soignants et à lutter avec eux.

Luc, Octobre 2018

Discussions, surprises et reflexions pendant des grèves au CHU de Toulouse

Début Mars, un ami infirmier m’a proposé d’assister à une Assemblée Générale du personnel hospitalier du CHU de Purpan afin de rencontrer certains de ses collègues qui depuis des mois organisent des grèves et des manifestations contre la réorganisation de l’Hôpital et de ce que cela crée comme difficultés pour l’exercice de leur métier.

J’étais le seul « non hospitalier » dans cette AG, mais ma présence n’a posé aucun problème aux grévistes présents, et au contraire certains ont pris le temps de m’expliquer dans le détail ce qu’ils vivaient.

Les quelques points qui suivent ne se veulent pas un compte-rendu de ces débats, de ce qui a été dit, mais correspondent à mes interrogations suite à ces discussions. Ce sont des points que j’ai envie de mettre en débat avec tous ceux que cela intéresse, et « en direct » si il m’est à nouveau possible de rencontrer des employés du CHU.

1) Tout d’abord, quand un infirmier, qu’il soit en psychiatrie, aux urgences ou ailleurs, commence à vous parler de son métier, il vous en parle avec force, conviction et affirmation. Ce qui prime pour elle ou lui, c’est le rapport aux malades, aux soins : ne pas avoir le temps pour porter l’attention nécessaire à chaque patient lui est insupportable. C’est cela que vous rencontrez en premier : des gens qui connaissent et aiment leur métier, qui veulent le faire convenablement et qui vous en parlent avec passion.

2) Ensuite, on vous explique le fossé qui existe entre d’un côté ce souci du plus grand nombre de faire ce qu’il faut pour les patients (exercer convenablement son métier) et de l’autre, le fait que l’encadrement regarde principalement le temps passé par acte et par malade, le côté financier, cela au détriment du rapport au patient, qui inclut le rapport humain, non quantifiable bien sûr et donc non pris en compte.

Les directives institutionnelles qui sont d’organiser l’Hôpital uniquement autour de cette préoccupation financière a des répercussions immédiates pour les infirmiers eux-mêmes, leur vie au travail et à l’extérieur, et bien sûr pour les patients. Cela a comme conséquence de mettre une grande partie du personnel en état de souffrance réelle (« ne pas pouvoir faire ce qu’on sait qu’il faut faire pour les malades »), même si le mot n’est pas obligatoirement employé. Il y a le sentiment de se faire broyer entre d’un côté les directives de l’encadrement, et de l’autre d’en arriver, contre soi-même, à être réduit à maltraiter  des gens qui ont besoin au contraire d’attentions humaines et médicales.

3) Quand j’ai fait part de ma surprise de ne rien voir de tout ça dans les tracts d’appel aux grèves ou aux manifestations, il m’a été renvoyé la même surprise : « en quoi cela peut-il nous aider dans notre lutte contre le GTT ? » (gestion du temps de travail, terme barbare qui en fin de compte justifie ce qui met à mal le fonctionnement de l’Hôpital).

J’en ai re-parlé avec mon ami infirmier, et nous sommes tombés d’accord sur la question suivante : est-ce que l’essentiel est de s’adresser aux « décideurs » : la Direction, les institutions, etc… où alors, dans la situation actuelle de blocage et de passage en force, l’essentiel ne serait-il pas d’échanger et de partager avec tous ceux qui ont le souci de l’accès aux soins pour chaque malade dans de bonnes conditions ; pour que chaque patient soit pris en compte pour ce qu’il est, pour ce dont il a besoin, et non pour ce qu’il coûte ou rapporte éventuellement à l’Hôpital ?

Aborder la question ainsi permet de ne plus être principalement dans le rôle connu de « l’oppositionnel » aux plans des gouvernements et autorités successifs, mais de déplacer les débats sur ce qui nous importe vraiment : ce qu’il advient de la prise en compte de tous les patients, et ce que deviennent le métier et la vie des soignants.

Cela interroge aussi chacun sur la possibilité de tisser des alliances nouvelles, hors personnel hospitalier, en permettant que ce débat sur la santé interpelle chacun dans la société.

Changer de terrain peut marquer une rupture pour ne plus se focaliser sur les « plans de restructuration », ce qui est épuisant et ce à quoi travaille l’encadrement. On peut être forts si on investit d’autres débats et terrains que ceux convenus d’avance (« ceux qui veulent des réformes » et « les archaïques », « ceux qui veulent faire des économies » et « les fonctionnaires privilégiés et irresponsables » etc…).

Autrement dit, peut-on être capables d’éviter le piège tendu du face à face tel qu’il est ouvert par les institutions, et ouvrir un autre champ de possibles, où ce n’est pas l’antagonisme et l’affrontement sur les plans de réorganisation qui est le centre, mais bien : « où en est-on de la prise en compte réelle de chaque patient ? Pourquoi cela devient-il de plus en plus difficile à assurer et que faut-il pour y arriver ? »

Ainsi il devient impossible aux autorités de se défausser « sur des problèmes de communication » et le fameux : « on va vous expliquer ».

Et le débat peut avoir lieu clairement sur ce que chacun (autorités, personnels, patients, tout un chacun dans le pays) veut. Comment chacun se positionne, se prononce et agit pour un accès réel à la santé pour tous, avec des conditions de travail dignes pour le personnel.

Jean-Louis



 

 

 















 













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16 octobre 2018

Dans le monde une classe en lutte septembre 2018

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Vers un nouvel internationalisme ?

Pendant presque deux siècles, l’internationalisme a été le but des Internationales ouvrières et/ou politiques propageant une idéologie et d’une méthode d’action mondiale pour établir une autre société hors des bases du capitalisme. Il serait trop long d’en retracer une histoire complexe qui, après une deuxième internationale sociale-démocrate, d’une troisième léniniste puis stalinienne, d’une quatrième trotskyste, sans compter différentes autres tendances se parant aussi de ce titre comme par exemple l’Internationale situationniste.

Après qu’elles ont toutes connu plus ou moins de présence au niveau mondial, y compris dans la gestion d’États, force est de constater qu’elles ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles furent, participant au déclin général mondial des idéologies et des formes d’organisation dont elles étaient porteuses. En particulier, après la dernière guerre, deux internationales syndicales participèrent à la guerre froide, la FSM inféodée à l’URSS et la CISL inféodée aux USA, elles ne représentent plus rien après la disparition du régime soviétique.

On pourrait croire l’internationalisme mort, seulement promu par des groupes extrêmement minoritaires si, dans les dix dernières années (en fait depuis la crise de 2009) n’étaient apparus, au delà des cadres nationaux, des événements qui même s’ils diffèrent et ne se rattachent pas entre eux témoignent de la résurgence d’un internationalisme de fait, qui ne procède pas d’une idéologie et qu’aucune Internationale ne peut revendiquer. De même, la plupart de ces mouvements divers, alors qu’ils en ont le caractère, ne se revendiquent pas internationalistes. Leur point commun est leur naissance, dans un pays défini, autour de problèmes locaux, souvent due à des initiatives informelles, avec une utilisation intensive des réseaux sociaux qui assurent leur diffusion universelle et la rencontre avec des situations similaires dans un pays ou un autre.

Ainsi peut-on classer l’expansion de ce qu’on a nommé le « printemps arabe » ou celle du mouvement «occupy» qui, par delà leurs caractères spécifiques et la confusion qu’ils pouvaient révéler, touchaient l’ensemble du système social.

Parallèlement, d’autres mouvements bien plus spécifiques ont pris une dimension mondiale, l’utilisation des réseaux sociaux ne faisant que confirmer que le problème auquel ils s’attaquaient était universel. Le pionnier en la matière fut le mouvement contre le harcèlement sexuel issu des États-Unis et qui a gagné le monde entier. D’autres ont pris le relais de « journées » mondiales sur un sujet ou un autre plus ou moins ignoré autrefois : la journée de la femme a connu dans bien des pays des manifestations de masse, il en est de même pour la journée mondiale contre le réchauffement climatique.

En revanche, des mouvements nationaux très puissants contre l’austérité ou contre la corruption, s’il témoignent d’une concomitance et d’une constante de masse et de violence, s’ils peuvent être considérés comme répondant à une situation globale mondiale et engendrer une sorte d’internationalisme, ne dépassent pas les frontières nationales, même s’ils sont générateurs d’un mouvement mondial pas plus coordonné, celui des migrations.

Bien que certains commentateurs aient tenté de classer une bonne partie des mouvements ayant pris ainsi une expansion internationale comme émanant des nouvelles classes moyennes, on ne sait trop qui participe à ces mouvements de masse qui pour une part concernent les prolétaires face aux conditions que leur fait subir le capitalisme, tant dans le travail que dans leur quotidien.

Par contre des mouvements récents n’ont pas cette ambiguïté. Ils sont nouveaux mais on peut les relier aux mouvements cités ci-dessus par le fait qu’ils n’émanent pas des organismes de lutte traditionnels mais de courants de base marginaux dans la lutte de classe. Deux exemples récents peuvent constituer une sorte d'avant-garde de mouvements à l'échelle mondiale correspondant à l'activité mondiale des multinationales qui, en créant des conditions identiques à des masses de prolétaires, créent en même temps le terrain pour une lutte généralisée. C'est ce qui vient de se dérouler dans nombre de centres d'Amazon et dans la compagnie aérienne low cost Ryanair. La segmentation géographique ou statutaire a été dépassée dans l'organisation un peu sui generis de mouvements dépassant les frontières nationales. Serait-ce l'amorce d'un nouvel internationalisme — ouvrier cette fois — répondant à la mondialisation des activités économiques des multinationales ?

Tirons le bilan de la grève à la SNCF

(Un collectif d'ouvrier juillet-août 2018. Si ce texte t'a intéressé, si tu veux le commenter, le critiquer… contacte-nous à: collectifdouvriers@protonmail.com)

 Ce texte est la synthèse de discussions menées entre cheminots de la région de Nantes sur le mouvement de mars à juillet 2018. Issue d’échanges entre grévistes, elle se veut une contribution au bilan de cette lutte.

La longue période de grève perlée n’est pas encore terminée, mais le résultat est là. Déroute complète devant les plans gouvernementaux. Ce mouvement, qui se représentait comme le dernier verrou d’un secteur organisé, a subi une défaite sous le regard de tous les travailleurs. Même les responsables syndicaux se grattent la tête pour trouver des conquêtes à mettre à l’actif de la grève : des négociations avec le premier ministre plutôt qu’avec la ministre ; la reprise par l’État d’une partie de la dette de la SNCF, reprise déjà actée par le rapport Spinetta et rendue nécessaire par le changement de statut de l’entreprise en société anonyme (S.A.) Bref, on a gagné que dalle !

Alors un bilan, pour quoi faire ? Cette défaite d’une lutte ouvrière s’inscrit dans la suite impressionnante de revers qui nous sont infligés par l’offensive capitaliste. Fort de son succès, le gouvernement va multiplier ses initiatives sur tous les plans (retraite, chômage, etc.) en mettant à profit le sentiment que résister est sans effet. Si l’on veut rompre avec ce sentiment, contribuer à ce que les luttes ouvrières se hissent à la hauteur de cette offensive débridée et retrouver les véritables forces du mouvement ouvrier, il faut un bilan sans concession. Bilan en positif comme en négatif qui doit nous servir pour continuer de militer en apprenant du passé.

On pourra nous dire : vous noircissez le tableau à parler de défaite, il n’y a qu’à voir les chiffres de participation à la grève pour se convaincre du contraire. Oui bien sûr, la base des grévistes a été souvent nombreuse. Mais cette réalité pose encore plus de problèmes. Comment, dans ces conditions de forte participation, arrive-t-on à une sortie de lutte sans qu’aucune concession, même la plus minime, n’ait été arrachée au gouvernement ? Nous sommes d’avis que la critique et l’auto-critique sont vitales pour tirer les leçons de ce mouvement.

Les points de vue développés ici reflètent une expérience locale et limitée. Nous sommes donc très intéressés à les approfondir à la lumière d’autres expériences de lutte (contact : collectifdouvriers@protonmail.com). Il est bien possible qu’ailleurs la lutte ait pris des formes différentes. Enfin et surtout, nous voulons ouvrir la discussion dans l’intérêt de l’ensemble de notre classe sociale, sans nous limiter au cadre étroit d’une entreprise. Il n’y a pas de raccourci sur le chemin de l’organisation des ouvriers par les ouvriers eux-mêmes.

 ,snLe rapport Spinetta est publié le 15 février. Dans ses grandes lignes est déjà annoncé le contenu du plan gouvernemental : reprise de la dette, transformation de l’entreprise en S.A., mise en concurrence, suppression du statut, etc. Le gouvernement avance ouvertement.

De l’autre côté, c’est l’attentisme. Il faut attendre le 22 pour une première réaction organisée par les syndicats. Cette journée d’action à Paris est annoncée comme une démonstration de force et c’est le cas… en trompe l’œil. Plusieurs milliers de manifestants dans la rue, qui défilent en deux cortèges parallèles : cheminots d’un côté, salariés de la fonction publique de l’autre. Pour faire du bruit, on a fait du bruit ! Mais entre les fumigènes, les sonos, les pétards éclatés à la masse, difficile de s’entendre et de discuter. Déjà l’option choisie par les syndicats (CGT en tête) apparaît : montrer la force de la corporation organisée du haut vers le bas. Pourtant des manifestations de la fonction publique ont lieu le même jour dans les différentes villes, à Nantes et ailleurs. On voit déjà que cette option tourne le dos à la recherche d’unité là où les travailleurs, localement, pourraient en maîtriser le développement.

Entre-temps est connu le calendrier de grèves : 2 jours suivis de 3 jours de reprise du travail. Notre première impression est négative : est-ce vraiment en étalant en longueur le mouvement qu’on va gagner ? Avec ce calendrier on donne des billes à la SNCF pour la laisser s’organiser (pas de réservation TGV ouverte les jours de grève, par exemple). On peut se rassurer en se disant que des moyens d’action différents peuvent se compléter et monter en puissance. Il resterait possible de déborder le calendrier intersyndical après les premières périodes de grève. Des discussions sur les modalités de grève ont lieu, mais la grande majorité s’affirme pour. D’autres y sont favorables avec quelques nuances. Quelques-uns espèrent un mouvement puissant qui déborde le cadre fixé. L’argument principal de cette majorité, ce sont les difficultés à mobiliser. Mais dans l’ensemble il reste difficile de tirer les vers du nez des uns et des autres pour faire un bilan du 22 et des suites. Or il y aurait un grand besoin de débattre de l’action. Participation forte à la grève visible dans les taux de grévistes, aux premières AG aussi (240 le 3) mais rapidement la démobilisation et la routine s’installent.

L’alternance jours de grève/jours travaillés devient une routine, certains choisissent leurs jours en fonction de leurs besoins personnels, du week-end… La participation oscille entre 60 et 150 grévistes aux AG, avec un rebond parfois à 200. Le train-train s’installe et se reproduit jusqu’au bout de cette période. Il y a bien des discussions, des interrogations. Mais pourquoi le calendrier de l’intersyndicale CGT-UNSA-CFDT n’a jamais été débordé ?

Il est évident que la masse des grévistes n’a jamais été en position d’aller plus loin que ce cadre, qui s’est imposé sur tout autre initiative. Soyons directs : il manque la détermination chez bon nombre de se déplacer pour construire le mouvement, comment l’expliquer ?

Les pertes de salaires ne peuvent sérieusement expliquer les freins à la combativité. Les menaces disciplinaires sont réelles, mais pas générales. On constate quelque fois un individualisme affirmé, on croise plus souvent le sentiment d’impuissance. « À quoi bon lutter puisque Macron veut aller jusqu’au bout ? » Ce manque de détermination, de liens actifs avec la grève, peuvent s’expliquer : éloignement du domicile du lieu de travail, des collectifs de travail, poids des restructurations successives, etc.

Mais les doutes sur les méthodes syndicales sont plus que justifiés. L’intérêt de l’AG comme assemblée de débat avait déjà été vidé de sa substance par les syndicats qui organisent le mouvement. On est assommés par la lecture de longs communiqués syndicaux tout faits. En revanche le débat sur place est inexistant. Seules quelques interventions plus « pêchues » rompent cette monotonie, mais ne remplacent pas le véritable débat. L’issue de l’assemblée est connue d’avance.

On a entendu cet argument ahurissant : les cheminots seront plus forts s’ils restent sur leurs revendications propres à la défense de la SNCF et du statut. Rien de plus faux ! L’intersyndicale a travaillé constamment dans une optique corporatiste en mettant en avant l’unité des cheminots (donc entre exécution, maîtrise et cadres), par l’épuisement du mouvement dans la fameuse « action », etc. Et elle parle au bout du compte d’une grève« exemplaire » !

En avril, plusieurs mouvements ou grèves locales (Nantes métropole, EDF, étudiant-e-s) permettaient d’envisager une possible extension du mouvement. Cependant les luttes ou début de luttes resteront isolés entre elles, telle la journée d’action (22) de la fonction publique décalée par rapport au préavis SNCF. Les syndicats de ENEDIS de leur côté lanceront une grève large à la toute fin du mouvement cheminot…

La manifestation du 14 a vu la succession de deux manifestations : la 1re appelée par l'intersyndicale, la 2nde par les soutiens de la ZAD de NDDL. Sans être ridicule, la participation à la première est limitée et les cadres syndicaux sont exaspérés parce que le cortège cheminot est dépassé par d'autres éléments. Même si la manifestation reste assez solidaire pour le « deuxième tour », seule une poignée de cheminots reste sur place. De toutes façons, la manifestation est arrêtée par les flics et stérilisée par les affrontements.

À la fin de la manif du 19, nous avons été accueillis par les forces de l’ordre au bout du pont Anne de Bretagne par un petit jet de gaz lacrimo. Nous avons mis un peu de temps pour arriver à se rassembler devant les anciens chantiers Dubigeon. Plein de monde était déjà parti à cause de l’attente, des gaz et de la mise en place tardive du camion du syndicat pour que les gens prennent la parole. Les mêmes discours aussi longs, nous sommes restés à une centaine de personnes. Par la suite les flics ne sont plus intervenus et sont partis. Pour une manif interpro, c’était bien maigre !

Il faut bien remarquer le peu d’intérêt de la base porté aux autres luttes. Nous voyons peu de curiosité pour aller échanger avec d’autres sur des perspectives communes. Il est remarquable que malgré les nombreuses journées de grève, presque tous les rendez-vous aient lieu dans un rayon de 500 mètres autour de la gare. Des échanges auront lieu (intervention d’un représentant CGT de l’EDF, de groupes étudiant-e-s à plusieurs reprises, rencontre aux finances publiques) sans déboucher sur une quelconque mobilisation.

Chacun reste devant son lieu de travail plutôt que d’aller rechercher l’extension du mouvement. Ces initiatives attirent peu et manquent vraiment de combativité. On voit bien que des mots d’ordre séparés, chacun de son côté, ne sont pas un terrain favorable à la lutte collective.

La création d’une caisse de solidarité et la publicité qui lui est faite dans les médias accréditent l’idée que les cheminots serviraient de bouclier pour les autres travailleurs. Ceux-ci devraient soutenir les cheminots, non par leur propre action et leur lutte, mais par le don d’argent. La Tribune des cheminots (juillet-août 2018) valorise cette attitude de spectateur, pas d’acteur, en reproduisant des messages reçus de donateurs : « de vous battre pour vous et pour nous », « lâchez rien, tenez bon », etc. Les acteurs de cette caisse sont connus : des intellectuels de gauche qui trouvent là leur raison d’exister, et les organisations syndicales. Si l’importance des dons témoigne d’une sincère solidarité à la base, la stratégie syndicale de grève longue et d’unité par délégation est une impasse pour l’avenir.

Il existe certes une petite minorité active composée de militants syndicaux ou politiques qui cherche à provoquer des convergences. Mais il ne lui appartient pas de créer des conditions que seul le mouvement des travailleurs peut développer, conditions qui manquent encore.

Au printemps 2018, la dynamique du mouvement étudiant était localement assez importante et aurait pu être un terrain de convergences (on fait exception de la lutte à NDDL qui renvoie à une autre composition sociale, d’autres buts et donc d’autres développements). Or le mouvement des cheminots n’est jamais allé vers la solidarité agissante, et c’est par là que les grévistes ont perdu.

Le verrou syndical

Les syndicats sont restés de bout en bout aux commandes de la lutte. Beaucoup de collègues sont critiques, sceptiques, ne se sentent pas représentés par les syndicats, mais ne sortent pas des habitudes de délégation. Nombreux sont les militants de la grève à être encartés ou à s’afficher avec un badge syndical (90 % à vue d’œil). Le rôle dirigeant de la CGT ne lui a jamais été disputé.

Le syndicat a un fonctionnement basé sur l’homogénéité de façade, une structure pyramidale à l’image de l’État. Les AG inter-services sont balisées au préalable par l’intersyndicale et les AG de syndiqués (elles-mêmes dirigées en amont).

SUD n’a pas joué un rôle plus positif : des interventions certes moins corporatistes, plus combatives, mais sa position sur le passage à la grève reconductible est restée très timorée. SUD est resté solidaire de l’intersyndicale et n’a pas cherché à transformer le mouvement dans le sens d’une organisation de la grève par les grévistes eux-mêmes. Ainsi l’enjeu n’est pas d’opposer un syndicat à un autre, mais de débattre d’une orientation sur le fond. Le matériel syndical est abondant pour diffuser les consignes d’action et les explications techniques. Les syndicats ne manquent pas de propositions et d’inventivité, comme si Macron avait seulement fait de mauvais choix et que d’autres seraient à portée de main.

Il n’y a donc aucune explication véritable de la crise qui mène au démantèlement de l’ex-monopole SNCF. Il n’y a pas non plus de contenu positif pour les ouvriers (conditions de travail, nuit et travail décalés, mobilité imposée, salaires, etc.). La CGT défend au contraire le statut avec des droits comme contre-partie des devoirs du cheminot envers son entreprise.

 Nous avons dégagé de ces expériences quelques leçons

1°- Après la fin du calendrier initial (28), la CGT lance de nouvelles journées, elle nous appelle à « la lutte » . Plutôt que d'appeler à de nouvelles actions qui ne peuvent que reproduire l'échec de celles auxquelles nous avons déjà participé, l'urgence est de se regrouper pour discuter et exercer notre esprit critique.

La classe ouvrière n’est pas épargnée par l’inculcation, dès le plus jeune âge, d’idées puantes : concurrence, chacun pour soi, nécessité d’écraser les autres pour s’en sortir. Face à toute cette pollution dans les têtes, la conscience de classe est notre 1re force. Cette conscience ne peut s'affirmer qu'en prenant le temps de débattre, de remettre en question les consignes, surtout quand elles viennent des syndicats qui prétendent être nos défenseurs. D'autres mouvements vont venir : il faudra se regrouper dès le début pour favoriser cet état d'esprit et éviter de se mettre à la traîne des événements.

2°- La situation actuelle est marquée par un mécontentement ouvrier général. Mais notre lutte n'a pas été prise en main par les grévistes eux-mêmes, elle n'a pas cherché à déborder le cadre traditionnel du syndicat et des mots d'ordre propres à la SNCF. Or la conscience véritable de la situation passe par des revendications communes aux ouvriers contre toutes les divisions d'entreprises, de régions, de secteurs, etc., puisque nous avons tous en commun d'être salariés (ou privés d'emploi) par le capital.

3°- Au-delà de la résistance indispensable au gouvernement et au patronat, il faut donner à notre lutte un contenu beaucoup plus large et radical. Les ouvriers forment la classe qui par son travail est à l'origine du profit. C'est par notre travail que les Vinci, SNCF, Arcelor-Mittal, E. Leclerc, LU et autres capitalistes se battent dans la course au profit. Nous n'avons aucun devoir ou respect à observer pour les entreprises responsables de l'exploitation et de la hiérarchie. Le progrès technique ne doit plus servir à augmenter le chômage et la précarité. Il devrait servir au contraire à réduire drastiquement le temps de travail. Il devient clair que le système capitaliste s'enfonce dans la crise. Défendre nos conditions de vie doit donc déboucher sur une lutte contre ce système dans sa globalité. Nous ne voulons pas servir la machine à fric, mais nous en débarrasser.

 

ARGENTINE, la crainte des dirigeants d’un retour à 2011

 L’Argentine, c‘est une population de 45 millions d‘habitants (et une superficie de 5 fois la France), mais répartie très inégalement puisque 91 % de cette population vit dans des villes dont un tiers se concentre dans la région de Buenos Aires et les provinces voisines de Cordoba, Santa Fé et East River, toutes contiguës du fleuve Rio Paraná dont le débit est si important que les navires de haute mer peuvent remonter jusqu’au port de Rosario à 550 km de la mer, ce qui fait de ce fleuve et de son estuaire le poumon économique du pays.

L’Argentine est un pays à la fois agricole et industriel qui dispose d’importantes ressources minières ; une bonne partie de son commerce extérieur repose sur les exportations agricoles (soja ,blé, viande). Son développement économique la fait classer en 2017 pour son PIB au 21e  rang des États du monde dénommés dans le classement capitaliste « émergents », en compagnie de la Turquie, de l’Indonésie de l’Afrique du Sud, du Brésil et du Mexique, c’est-à-dire des pays de seconde zone eu égard aux entités économiques plus puissantes, USA, UE, Chine, Japon. Cette distinction devient essentielle pour notre propos car le développement de ces « émergents » dépend étroitement des investissements étrangers qui y trouvent des sources de matières premières, de la main d’œuvre peu coûteuse, et des marchés pour leurs produits.

Il est difficile de décrire en quelques lignes la situation économique et financière présente du monde, d’autant plus que les économistes eux-mêmes divergent dans leurs analyses. On assiste dans tous ces « émergents » à un retrait des investissements étrangers dont le résultat est non seulement la chute de la monnaie nationale et le renchérissement du dollar, la monnaie de compte mondiale avec toutes les conséquences sur les importations et exportations, mais surtout des fermetures d’entreprises et les licenciements conséquents et une diminution importante des recettes de l’Etat. Cette situation conduit les gouvernements à faire appel à un prêt du FMI, lequel, comme d’habitude, consent à un tel sauvetage financier contre des mesures drastiques dans tous les services de l’Etat. C’est la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Argentine avec un gel des salaires et des retraites et des restrictions importantes dans tous les secteurs dépendant de l’Etat.

Le souvenir de la crise sociale de 2011 survenue dans des circonstances apparemment identiques et qui avait vu, au-delà des manifestations traditionnelles (les concerts de casseroles), des pillages à grande échelle de supermarchés, des barrage routiers et le développement d’organisations de lutte dans les banlieues – les piqueteros, est présent dans tous les esprits, notamment des gouvernants. D’autant plus qu’en plus de la hausse du chômage, les prix ont bondi de 30 %. Près d’un tiers des Argentins sont tombés dans la pauvreté et les cantines populaires sont débordées avec l’afflux de familles entières qui ne peuvent plus se nourrir.

Les craintes des dirigeants ont pu sembler se concrétiser avec le retour des manifestations convoquées par le canal des réseaux sociaux avec les concerts de casseroles, des pillages et tentatives de pillages de supermarchés dans tout le pays (l’une d’elles a fait un mort dans les affrontements avec les flics). Parallèlement, après un mois de grève, des dizaines de milliers d’enseignants sont descendus dans la rue contre les réductions budgétaires et les syndicats annoncent une grève générale de 24 heures pour le 25 septembre.

Pour le moment, il est difficile de dire comment évoluera cette situation. Mais elle est sensiblement différente de celle de 2011 à cause de la présence, pas entièrement nouvelle, d’un troisième larron, la Chine, qui outre des échanges monétaires atténuant l’effet de la hausse du dollar, va acheter du soja et de la viande en échange d’investissements essentiellement dans le secteur minier, prenant ainsi le relais des sorties antérieures de capitaux.

RUSSIE

Le gouvernement de Poutine a cru bon de profiter du mondial de foot en Russie pour faire passer quelques jours avant son ouverture une réforme qui, en particulier, fait passer l’âge de la retraite de 60 ans à 65 ans pour les hommes et de 58 ans à 63 ans pour les femmes. Ce qui fait qu’avec l’âge moyen de vie de 66,5 années, bien peu de Russes pourront bénéficier d’une retraite car ils seront tous morts avant. Ce qui fait aussi que l’augmentation promise du montant de la retraite n’entraînera pas de dépense supplémentaire car bien peu en bénéficieront, et pour peu de temps. D’autre part, alors que comme ailleurs le montant de la retraite est déterminé en fonction des cotisations versées par le salarié, cette retraite est vraiment minimale car les salaires baissent après 45 ans d’âge jusqu’à 20 %, et qu’une économie informelle développée ne garantit rien du tout.

Mais c’était méconnaître la résilience de la population russe dont 80 % affirment leur opposition à cette réforme. Les festivités passées, des mouvements ont éclaté début juillet dans une trentaine de villes sous forme de manifestations souvent réprimées, et sont relayées régulièrement depuis par les oppositions politiques tout autant réprimées. Une mesure a été donnée par ce rejet du pouvoir politique lors des élections régionales récentes qui ont vu une participation plus basse que jamais de 20 % de citoyens. Une des raisons de cette réforme des retraites serait le manque de main d’œuvre causée par une dénatalité persistante et le vieillissement de la population.

 VIETNAM

Des actions de protestation illégales se sont déroulées au Vietnam début janvier 2018 en réponse à des plans concernant les SEZ (Special Economic Zone) selon lesquelles les compagnies étrangères pourraient louer des terrains pour 99 ans, y construire des usines, et y appliquer des conditions d’exploitation dérogatoires au droit commun. Des protestations nationalistes anti-chinoises se sont répandues dans tout le pays comme il y a quatre ans, en mai 2014, en réponse à l’autorisation donnée à la Chine d’exploiter des puits de pétrole off shore dans un secteur très disputé des mers de Chine. Ces protestations avaient vu des centaines d’usines attaquées et incendiées. On avait compté 7 morts et des milliers d’arrestations. Après coup, on s’est aperçu que la majorité des usines attaquées n’appartenaient pas à n’importe qui, pas à des Chinois de Chine mais à des Coréens, Taïwanais, Japonais ou Singapouriens.

En 2014, d‘autres revendications étaient apparues. Alors que le sens était en majorité nationaliste, certaines revendications touchaient la liberté d’expression et des changements dans les conditions de travail. Bien des ouvriers se mirent alors en grève sauvage et rejoignirent les manifestations, particulièrement là où se trouvaient les plus fortes concentrations industrielles, dans les provinces de Dong Nai et Binh Dong, où les usines furent attaquées, incendiées, vandalisées ou occupées.

En 2018, les protestations se retournèrent le plus souvent contre l’État vietnamien. Le sentiment général était antichinois mais dans la foule, on pouvait voir des pancartes portant des revendications pour la liberté religieuse, la liberté d’expression, ce qui pouvait être une réponse au projet de loi sur la cybersécurité qui autoriserait les autorités à exercer un droit de censure sur les médias sociaux et obligeant certains comme Facebook à révéler leurs communications. Aussi, on pouvait entendre des manifestants qui rejoignaient ces manifestations nationalistes avec des revendications diverses et des affirmations selon lesquelles le gouvernement vietnamien (au moins historiquement) avait été perçu comme plus permissif eu égard à ce type de protestation, dont la légitimité était basée sur l’histoire du mouvement de libération nationale.

Aujourd’hui, ce type de protestations continue de se développer. Pour l’essentiel, elles ont consisté en une combinaison de manifestations politiques et de conflits directs avec l’Etat. Les informations ne sont pas faciles à obtenir et ne viennent pas toujours au moment où l’événement se déroule. Une pesante censure y est pour beaucoup. La plupart des vidéos ou images qui ont été diffusées sur Facebook par les acteurs de base ont été rapidement effacées par Facebook.

Pourtant quelques unes y ont échappé comme :

- des grèves sauvages dans des usines proches de Ho Chi Minh City, comme des grèves dans les provinces de Dong Naim et Binh Dong

- des manifestations de masse à Ho chi Minh City, Hanoi, Nha Ting

- des blocages routiers, y compris le blocage dix heures durant de la route nationale, lien principal entre Hanoi et Ho Chi Minh City

- des attaques contre des structures policières diverses dont des commissariats, y compris un guet-apens contre les équipes spéciales chargées de la répression des émeutes qui ont dû se rendre et dont les membres furent libérés totalement déshabillés

- une tentative d’occuper des bâtiments publics à Binh Thuan qui fut repoussée à l’aide de canons à eau, comme à Phan Thiet quand la foule envahit le siège du PC local

 

On ne peut savoir clairement où tous ces mouvements distincts et localisés peuvent mener car les revendications ne sont pas toujours bien clairement évoquées.

Quelques-uns des observateurs pensent qu’une protestation peut rapidement se terminer pour réapparaître ailleurs plus tard. Pourtant, les résultats immédiats tangibles sont :

- des centaines d’arrestations lors des protestations et d’autres opposants déportés on ne sait où

- des manifestants chassés des rues qu’ils ont occupées pendant trois nuits sauf à Bin Thuan où les protestations se tinrent nuits et jours, et où le pouvoir paraissait alors entre les mains de la foule des manifestants.

 Des concessions du gouvernement : il déplaça la durée du bail de la SEZ et les clauses du bail non dérogatoires aux lois existantes, notamment sur les conditions de travail. Et quelque temps après ces concessions, le gouvernement annonça qu’il reportait la mise en œuvre de l’ensemble du projet au moins jusqu’à octobre.

 IRAK : les séquelles de la guerre contre daesh

Le Chatt Al Arab est l’estuaire commun de plus d’un kilomètre de large de l’Euphrate et du Tigre, à proximité de l’Iran et du Koweït, avec pour centre les villes de Bassorah irakienne et d’Abadan iranienne. Dans les années 1950 c' était encore une région prospère, pas seulement à cause du pétrole mais aussi d’une incroyable richesse écologique adaptée à l’eau salée de la mer et à l’eau douce des fleuves, bordée d’une ceinture de plus de 15 millions de palmiers et d’une grande richesse agricole.

Trois guerres (Iran-Irak 1980-1988, guère du Golfe 1990-1991, guerre d’Irak 2003), la répression sanglante de Saddam Hussein en 1991, l’instabilité présente autour du conflit syrien et la percée de Daech ont anéanti cette prospérité et causé d’irréparables dommages, non seulement à cette richesse écologique mais aussi à l’ensemble des activités agricoles. Cet anéantissement a été renforcé par les ponctions importantes en amont sur les eaux des deux fleuves par la Turquie, l’Iran, le Kurdistan et la région de Bagdad. C’est ainsi qu’un habitant voit la ville de Bassorah : « Aujourd’hui, les canaux de la ville sont livrés aux immondices. Les turbines des centrales électriques sont à l’arrêt et la ville du pétrole survit presque sans électricité et sans eau potable. La moitié des habitants sont chômeurs. »

Le réchauffement climatique est venu renforcer la diminution drastique des eaux douces du fleuve : l’élévation du niveau de la mer a fait que la nappe phréatique est devenue salée et que toute la campagne environnante — autrefois des marais, aliments en eau douce et riches de cultures de riz et de maïs — est devenue impropre à toute culture (récemment, le gouvernement a même interdit ces cultures consommatrices de ce qui pouvait rester d’eau douce).

Cet été a été particulièrement éprouvant pour les populations avec une moyenne de 50 °C et une pénurie d’électricité (toute fourniture de courant venue d’Iran ayant été coupée pour non-paiement). Les guerres et les conséquences de l’appauvrissement en eau et de la désertification ont entraîné un exode de la population aux alentours de la ville de Bassorah dans l’espoir de profiter de la manne pétrolière (la région assure les 3/4 de la production pétrolière d’Irak, c’est le terminal de l’ensemble des pipelines du pays et elle possède de nombreuses raffineries).

La province compte 5 millions d’habitants sur les 38 millions de l’Irak dont 4 millions vivent autour de Bassorah, où la population s’est accrue d’un million de migrants depuis 2003. Ces migrants vivent dans des bidonvilles avec des problèmes d’approvisionnement notamment en eau et en électricité (le 7 septembre dernier, 30 personnes ont dû être hospitalisées suite à une intoxication microbienne avec l’eau). Le chômage est supérieur à 30 %.

Toute la population de cette région est de religion chiite, comme le gouvernement de Bagdad, fait qui a son importance car lors des émeutes dont nous allons parler personne ne peut avancer des motivations religieuses. En fait, devant la carence des autorités chiites de Bagdad, ce sont les responsables religieux locaux qui assument les fonctions régaliennes, situation qui expliquera qu’ils seront particulièrement visés. C’est aussi cette appartenance à la religion chiite liée à la misère sociale notamment chez les jeunes (60 % de la population a moins de 24 ans) qui explique que plus de 60 000 d’entre eux se soient portés volontaires dans l’armée levée pour combattre Daesh.1 580 sont morts et 3 000 ont au moins été amputés d’un membre et selon les statistiques des Hachd al-Chaabi.. Tous avaient espéré, en s’engageant ainsi, qu’ils en tireraient un avantage quelconque ; une fois revenus au pays, ils sont totalement abandonnés, subissant la situation commune et d’autant plus frustrés.

Situation globale d’autant plus explosive que l’activité pétrolière se développe mais les espoirs des habitants d’y trouver un emploi est pratiquement nul car les multinationales qui exploitent le pétrole préfèrent embaucher des migrants venant de tout le sud-est asiatique, particulièrement dociles et sous-payés.

C’est ce qui explique les événements qui vont se déclencher, à partir d’un simple blocage de l’entrée d’une raffinerie le 8 juillet dernier, par des jeunes déterminés à obtenir une embauche. La répression brutale de ce piquet a été l’étincelle qui a enflammé toute la région dans un vaste mouvement de protestation contre le pouvoir local chiite, lorsque chaque vendredi des milliers manifestaient contre la dégradation de leur condition de vie, la corruption, le chômage et la répression. Notamment en bloquant le port d’Umm Qasr par lequel passent les exportations pétrolières et les importations de nourriture, bloquant aussi les artères routières principales, occupant l’aéroport local. Pour le vendredi 7 septembre, le gouvernement local avait déclaré un couvre-feu, toute personne vue dans la rue serait immédiatement arrêtée. L’explosion populaire de ce vendredi 7 septembre est devenue une véritable émeute avec l’incendie de bâtiments publics, des sièges du parti chiite, du consulat iranien, des casernes des milices chiites, de mosquées, du siège de la TV locale. Cette explosion sociale, en dehors de toute question religieuse ou ethnique, déclenche une répression d’autant plus violente ; on compte plus d’une douzaine de morts, des dizaines de blessés et des centaines d’arrestations. Mais le gouvernement de Bagdad pour qui l’enjeu pétrolier reste essentiel et qui craint l’extension du mouvement dans la région de Bagdad monte d’un degré dans la répression avec l’établissement d’un commandement conjoint des opérations disposant de pouvoirs étendus, une recommandation de prendre des mesures sécuritaires exceptionnelles et des condamnations judiciaires sévères.

 

CANADA La grève des grutiers

Dans ce qu’est aujourd’hui le BTP, sur les chantiers de constructions de toutes sortes, la grue est un des éléments essentiels du procès de construction, ce qui donne aux grutiers un pouvoir de fait. De plus, ce sont des spécialistes qui assument de grandes responsabilités et qui doivent avoir une sérieuse formation professionnelle. Jusqu’alors, on ne parlait guère de grèves de grutiers mais récemment, un mouvement de grèves sauvages de grutiers en Chine avait focalisé la lutte de classe sur cette activité.

Le 14 juin dernier, les grutiers du chantier de construction du pont Champlain à Montréal se mettent en grève sauvage, totalement illégale suivant la réglementation canadienne du travail. Leur protestation se dirige contre un changement important dans la formation des grutiers imposée par l’organisation patronale du secteur, la Commission de construction du Québec (CCQ).

D’une part, la période de formation qui était jusqu’alors de 870 heures est réduite à 150 heures et même à 80 heures pour ces grues mobiles que sont les camions-flèche, d’autre part ce changement autorise le remplacement temporaire d’un grutier par un ouvrier quelconque du bâtiment. Le syndicat Union des opérateurs de grues n’a pratiquement pas réagi à cette réforme. Ces grutiers en grève mettent en avant les risques évidents touchant la sécurité sur les chantiers mais il s’agit aussi de la défense professionnelle contre un accès plus facile à cette profession qui serait un moyen de pression des patrons sur las salaires et sur les conditions de travail.

La grève fait tache d’huile spontanément sur tous les chantiers de construction du Québec, et le lundi 18 juin la grève est totale, bloquant pratiquement tous les chantiers du BTP.

Le CCQ ne tarde pas à réagir, d’une part en criminalisant les démarches des grutiers en grève souhaitant le débrayage le plus total possible, assimilant ces démarches à des chantages, pressions physiques (ce qui n’est jamais exclu dans toute grève, 650 dossiers de poursuites ont été ainsi établis), d’autre part en déposant un recours devant le tribunal administratif pour faire déclarer la grève illégale et ordonnant la reprise du travail sous peine de pénalités importantes. Un tel jugement est rendu le 21 juin. Le syndicat, s’il apparaît qu’il soutient la grève d’une manière ou d’une autre, encourt une amende qui peut se monter jusqu’à 80 dollars par jour, et doit entériner ce jugement en ordonnant la reprise du travail, qui est effective le 25 juin, pas tant à cause de l’ordre du syndicat mais des menaces d’amende voire de licenciement contre les grévistes.

Le syndicat ne peut faire autre chose que de demander la formation d’une commission pour étudier les conditions d’application de la réforme patronale sur la formation des grutiers.

 CHINE

Fin juillet 2018, les 1 000 travailleurs de la firme Shenzhen Jaic Technology, dont la production va essentiellement aux USA, se mettent en grève et tentent de constituer un syndicat indépendant ; 7 sont licenciés et 30 sont arrêtés.

Pour la première fois en Chine, un mouvement de solidarité s’est développé dans tout le pays, impulsé par des étudiants de l’université proche et qui a touché 11 autres universités sous la forme d’une pétition qui a recueilli près de 2 000 signatures. C’est sans doute peu à l’échelle de la Chine mais cela vaut la peine d’être signalé et regardé comme une tentative de tourner la censure qui sévit sur les médias sociaux. Un exemple de la répression qu’encourent ceux qui s’engagent ainsi est donné par l’arrestation en novembre dernier des étudiants d’un groupe de lecture des œuvres de Marx sous l’inculpation : « des foules pour perturber l’ordre social ». Il n’est pas exclu que ces actions de solidarité soient une instrumentalisation des conflits par des oppositions politiques d’origine maoïste.

De toute façon, soutenues ou pas les grèves continuent : depuis le début de l’année, 1 050 grèves se sont ainsi déroulées (et ont subi des arrestations pour 23 d’entre elles), 2 000 dans les douze derniers mois.

 

Les exploités du low cost se rebiffent

On peut se poser plusieurs questions à propos du mouvement qui touche, à l’échelle européenne, les travailleurs de Ryanair, la compagnie aérienne low cost.

Pourquoi ces travailleurs ont accepté pendant si longtemps des conditions de travail telles qu’elles sont révélées aujourd’hui ?

Pourquoi se soulèvent-ils maintenant contre ces conditions, unis à l’échelle européenne ?

Les réponses sont à chercher dans le marché mondial des pilotes de lignes et hôtesses. La force de travail est une marchandise qui subit les règles du marché : s’il y a peu de demande de la part des employeurs face à une offre abondante de travailleurs, les salaires et les conditions de travail sont à la discrétion de l’employeur et les travailleurs sont d’une certaine façon contraints de les accepter.

S’il y a une demande importante, face à une offre réduite, salaires et conditions sont grandement améliorés.

C’est précisément cette dernière situation qui prévaut aujourd’hui : le parc européen de pilotes vieillissant, l’offre des emplois augmente. En 2016, cette demande s’est élevée à 20 000 pilotes et dans les années qui viennent, l’aviation civile devrait embaucher dans le monde 70 nouveaux pilotes chaque jour. Cette situation met les pilotes travaillant pour Ryanair dans une position de force, qu’ils n’avaient pas il y a quelques années. Le statut qui leur avait été imposé d’auto-entrepreneur, sous législation irlandaise, permettait de leur imposer des conditions de travail particulièrement contraignantes que l’état du marché des pilotes les contraignait d’accepter s’ils voulaient simplement travailler. La rareté des pilotes a fait qu’ils peuvent aujourd’hui se regrouper sur le plan européen dans des organisations distinctes pour tenter de faire modifier salaires et conditions de travail. Le conflit, à l’échelle européenne, est toujours en cours, a gagné les hôtesses et dure depuis des mois avec des formes diverses, la direction de Ryanair résistant de son côté pied à pied. Et pratiquant tous les coups tordus utilisés par des employeurs pour briser un conflit.

 IRAN Des manifestants attaquent une école religieuse

Des manifestants iraniens ont attaqué une école religieuse à Karaj, une province située près de Téhéran, a rapporté samedi l'agence de presse Fars, proche des conservateurs. « Environ 500 manifestants ont attaqué l'école vers 21 heures (vendredi), tentant de briser ses portes et de brûler des objets », a déclaré le directeur de l'école située dans la ville de Ishtehad.

Les protestataires « sont arrivés avec des pierres et ont brisé toutes les fenêtres de la salle de prière, scandant des slogans contre le régime », a-t-il affirmé. Ils ont ensuite été dispersés par la police anti-émeutes et certains arrêtés, 2 août 2018 – dans les villes de Shiraz, Esfahan, Karaj, Mashhad, Arak, Najaf Abadans !

 Slogans :

1) « Les fusils, les chars, les explosifs ne fonctionnent plus et les mollahs doivent se pendre ! »

2) « Réformistes et conservateurs ont pris fin ! »

3) « Notre problème : pas d'emplois, forte inflation ! »

4) « Les ouvriers préfèrent mourir plutôt que vivre une vie de pauvreté »

5) « A bas le dictateur ! »

6) « Malheur au jour où le peuple tiendra les armes ! »

 « … les manifestants chantent des slogans contre la dictature, le régime clérical et le guide suprême iranien Ayatollah Ali Khamenei… ont également appelé à la libération des prisonniers politiques. Dans Shahinshahr, près d'Ispahan, les femmes manifestaient contre les difficultés économiques et le hijab obligatoire, et appelaient les Iraniens d'autres villes à les soutenir. A Karaj, une ville densément peuplée près de Téhéran, des manifestants se sont rassemblés autour de la célèbre prison de Rajaishahr où des prisonniers politiques sont détenus à côté de criminels, scandant des slogans sur la volonté du peuple d'ouvrir les portes de la prison et de libérer les prisonniers politiques. Selon des rapports ultérieurs, la police avait dispersé des manifestants et gardait la prison ».

 Espagne, la manipulation des CDD

Jour de terreur pour l’emploi : 363 017 licenciements le 31 août 2018

Le caractère saisonnier de l’économie espagnole, très liée au tourisme, et la fraude, surtout dans le cas des enseignants, provoquent un séisme le dernier jour du mois d’août.

Le caractère hautement saisonner de l’économie espagnole, mais aussi les nombreuses lacunes de la législation du travail, expliquent que le 31 août 2018 ait été terrifiant pour l’emploi. Ce jour-là, en à peine vingt-quatre heures, la Sécurité sociale a désinscrit 363 017 travailleurs. C’est-à-dire que le système public de protection sociale a comptabilisé 15 126 licenciements par heure en comptant des journées entières. Un rythme vraiment frénétique. Le 31 août, plus de 300 000 postes de travail ont été détruits. Ce chiffre est à mettre en rapport avec la fin de nombreux contrats temporaires liés à la période estivale, principalement dans les zones touristiques, mais aussi avec les lacunes de la législation du travail qui permet d’embaucher et de renvoyer très facilement pour que les services publics de l’emploi assument le coût en prestations dans les périodes d’intérim. Quelque chose qui affecte aussi nombre de travailleurs autonomes qui, avec leur contrat mercantile, sont obligés d’accepter une clause selon laquelle au mois d’août ils ne percevront aucun salaire de la part de l’entreprise pour laquelle ils travaillent toute l’année.

Cela explique, par exemple, que le 2 juillet de cette année la Sécurité sociale désinscrive rien moins que 504 630 travailleurs. Beaucoup de ces travailleurs seront embauchés de nouveau après l’été, mais entretemps, c’est l’État qui couvre les frais. En tout cas cette donnée était cette année biaisée à la hausse parce que les deux jours antérieurs au 2 juillet ont été des jours non ouvrables, ce qui fait que des licenciements de juin ont été inclus, mais cela n’a pas été le cas en août car le 31 août était un vendredi, donc tout le mois était compté.

Et les résultats sont vraiment singuliers. Si on additionne les inscriptions qui ont été faites ce jour là, 58 375 nouveaux cotisants au total, il se trouve que le 31 août il s’est produit pas moins de 421 392 mouvements dans les registres de la Sécurité sociale, ce qui donne une idée de l’énorme instabilité qui existe dans l’emploi.

La fraude est si évidente que le gouvernement précédent avait annoncé mettre en marche des campagnes de prévention de ces hausses et baisses frauduleuses, qui ne se produisent pas seulement dans les secteurs peu qualifiés, comme la construction, mais aussi dans des secteurs structurellement plus stables, comme l’éducation. Et, chose plus significative, aussi dans le secteur public. Beaucoup de communautés autonomes licencient encore bon nombre de leurs professeurs avant l’été pour les réembaucher en septembre, ce qui, d’après la législation, est une fraude. Baisses et hausses. En juillet, par exemple, le secteur de l’éducation a représenté une diminution de 109 224 cotisants à la Sécurité sociale, alors qu’au mois d’août ce chiffre a été établi à 57 706 cotisants en moins. Au total, presque 167 000 professionnels de l’éducation touchent le chômage pendant l’été, mais seront embauchés en septembre de nouveau par les mêmes entreprises, et souvent par les mêmes administrations.

Ce comportement se produit malgré le fait qu’un récent jugement du Tribunal suprême a invalidé les cessations d’activité des professeurs intérimaires, comprenant qu’il s’agissait d’une discrimination par rapport à d’autres professionnels. La sentence, datant du mois de juin dernier, a estimé que l’interruption des fonctionnaires enseignants intérimaires des centres non universitaires est illégale à la fin de la période d’enseignement de l’année scolaire, car elle n’est fondée que sur le fait que pendant les mois de juillet et août la nécessité et l’urgence qui ont motivé leur embauche n’existent plus. Les magistrats du Tribunal suprême rappellent dans leur jugement que les fonctions qui sont propres au poste de travail pour lequel l’enseignant intérimaire a été embauché ne sont pas seulement celles du strict enseignement mais d’autres aussi qui se réalisent au mois de juillet de l’année académique et scolaire.

 Fin du texte

 

 

 

 

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12 octobre 2018

crime du capital:Un cheminot se suicide et trois victimes d'un accident

Le travail tue : un cheminot lyonnais se suicide sur son lieu de travail

Publié le 6 octobre 2018 | Mise à jour le 8 octobre

https://rebellyon.info/Le-travail-tue-un-cheminot-se-defenestre-19622

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Ce vendredi 5 octobre, un cheminot de 51 ans s’est défenestré vers 7h10 sur son lieu de travail au 120 boulevard Vivier-Merle rapporte Lyon Capitale. Les secours n’ont rien pu faire pour réanimer cet agent de la SNCF. La piste du suicide est privilégiée.

Dans un communiqué, le Secteur Fédéral CGT « apporte son soutien aux collègues, notamment ceux en service ce jour et témoins du drame » et se dit « vigilant sur l’évolution de l’enquête. Il est essentiel qu’une analyse approfondie de cette tragédie soit réalisée par le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et de manière contradictoire ».

Horrible, la mort de ce cheminot vient nous rappeler une réalité quotidienne : le travail tue. En France, selon la direction des risques professionnels (DRP), 545 personnes sont décédées suite à un accident du travail en 2015. La même année, 36 046 personnes ont subi des accidents entraînant une incapacité permanente. Les suicides sur le lieu de travail ou directement causés par le travail sont aussi légions. Après un agent des TCL en avril et un agriculteur en juillet, cet agent de la SNCF est au moins le troisième rhodanien à mourir sur son lieu de travail en 2018.

3 morts en 2 jours à la SNCF... quand on part au travail, ce n’est pas pour y mourir !

C'est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de trois agents dans les emprises ferroviaires. Deux agents d'un sous-traitant d'Engie à Toulouse à bord d'un engin moteur qui est parti à la dérive et a percuté un autre engin faisant en plus deux blessés graves, et un agent SNCF du service électrique de 55 ans heurté par une circulation vers Paris Saint Lazare.

jeudi 11 octobre 2018

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de trois agents dans les emprises ferroviaires. Deux agents d’un sous-traitant d’Engie à Toulouse à bord d’un engin moteur qui est parti à la dérive et a percuté un autre engin faisant en plus deux blessés graves, et un agent SNCF du service électrique de 55 ans heurté par une circulation vers Paris Saint Lazare.

Une défaillance technique et une défaillance du système de protection seraient à l’origine de ces drames... Mais comment peut-on en arriver là ? Au nom de la pseudo productivité, faire vite et respecter les délais de livraison des chantiers au détriment de la sécurité... Ce sont des vies ouvrières que l’on est en train de broyer !

Avec la suppression des CHSCT il sera de plus en plus difficile de prévenir les situations dangereuses pour les agents et cela a des conséquences désastreuses... Les enquêtes sont encore en cours mais cela n’enlève pas la colère et le deuil de la famille cheminote. On vient au travail pour travailler dans des conditions décentes et humaines, et pas pour y perdre la vie à cause de la soif de profits de certains, ou pour certaines raisons de "concurrence"... Nous payons de nos vies la casse du service public et ça c’est inadmissible ! Si cette réforme ferroviaire est réellement mise en place, ce sont des situations comme celles que nous avons vécu ces deux derniers jours qui vont se multiplier...! Pour un service public de qualité, pour les usagers, mais aussi pour préserver la vie et la santé des travailleurs du Rail, c’est l’abrogation du pacte ferroviaire que nous devons exiger, tous et toutes ensemble !

 source Révolution permanente 

http://www.revolutionpermanente.fr/4-morts-en-une-semaine-a-la-SNCF-on-ne-peut-pas-laisser-faire-Coup-de-gueule-d-Anasse



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08 octobre 2018

La question du logement toujours aussi cruciale (deuxième partie)

 La situation en 2018 et la loi ELAN Evolution du Logement de l' Aménagement et de la transition Numérique.

Le 12 juin 2018-Les députés adoptent le projet de loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique. Votants: 555. Majorité: 256. Pour: 342. Contre: 169. 44 Abstentions.

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L' Etat français consacre plus de 40 milliards d' euros par an à la politique du logement (2% du PIB avec les aides à la personne qui absorbent prés de la moitié du budget ( 10 Md au secteur public et 8 Md au privé). Malgré cette dotation, il y a un manque chronique de logements sociaux de un million par an , alors que les projets futurs ne dépasseront pas les 389 000 logements jusqu' en 2040. Ce n' est pas le petit coup de pouce de 2017 de 418 900 logements qui sera en mesure de résorber un déficit voulu de logements sociaux. Les investisseurs locatifs attendent pour se faire du fric sur ce déficit, avec la complicité de tous ceux qui directement ou indirectement sont intéressés par cette manne ( Mairie, notaires, agences immobilières, syndic...) . Cela va de la colocation étudiante et autres aux locations de taudis comme à Aubervilliers.

 Taudis , bidonvilles, squats

 La France compte environ 600 000 taudis ; 2 187 000 personnes vivent dans des conditions très difficiles ou dégradées, sans eau, sans WC, sans chauffage. (sources fondation l' abbé Pierre)

Dans le monde en 2010, 828 millions de personnes vivaient dans des taudis. Ils seront 59 millions de plus en 2020.

Le nombre de personnes vivant dans des bidonvilles croît dans le monde à un rythme de 30 à 50 millions de personnes par an. D'ici à 2050, la population des bidonvilles et des taudis, dans le monde pourrait atteindre 1.5 milliard en 2020, et 3 milliards en 2050, (soit un tiers de la population mondiale)

 La location de taudis, n' est pas une nouveauté en France et la seine st Denis est souvent décriée pour ce type de location à risque. Le 20 août 2018, près d’un mois après le terrible incendie qui avait fait quatre morts au sein d’une même famille dans une tour HLM à Aubervilliers, un nouveau sinistre s’est déclaré dans la commune de Seine-Saint-Denis. Sept personnes, parmi lesquelles cinq enfants étaient hospitalisés dans un état grave. La Seine-Saint-Denis avec ses 80 000 habitants est le département francilien le plus touché par ce qu'il est commun d' appeler «  l’habitat indigne » et ses « marchands de sommeil ». Comme toujours dans pareil cas on dépêche un ministre pour verser quelques larmes pour que tout se poursuive comme avant. On procède à la création d'un Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale pendant que le ministre de l' intérieur Gérard Collomb, envoie ses pensées « aux blessés et aux personnes hospitalisées » et que de son coté la Maire d' Aubervilliers Meriem Derkaoui, réclame des moyens financiers pour remédier au mal. La loi ELAN prétend sanctionner plus durement les marchands de sommeil, désormais louer un habitat indigne, sera considéré comme un délit à l’instar du trafic de drogue ou d’alcool. Les marchands de sommeil s' exposent à cinq ans de prison et 150 000 euros d' amende et les sommes encaissées grâce à la location des logements indignes devront être remboursées. Il n'y a pas que la Seine saint Denis qui est confrontée avec l' extension des bidonvilles et des squats. Les ville de Montpellier et Béziers sont particulièrement touchées, ci dessous liste des bidonvilles et squats.

 

MONPELLIER

BEZIER

Zénith 2,

Squat centre ville

Mas Rouge

Squat « Les Hirondelles »

Pablo

Squat Route de Vias

Bonnier

Rebaut le bas, Route de Maraussan

Zénith 1,

Saporta, Lattes

Chez Paulette

Rue de Martelli, Sète

La Ferme,

 

 La guerre aux squatteurs

 La loi Elan vise à faire un grand nettoyage des squats, pour y parvenir cette loi met au même niveau l' occupation de bâtiments vides et abandonnés et la violation de domicile. Cette loi punitive veut mettre à la rue ceux qui vivent chichement à la lisière du SDF. Le 19 septembre, une commission mixte paritaire (composée de sept sénateurs et sept députés) se réunira au Sénat, à Paris, dans le but d’éviter un nouveau passage du texte devant l’Assemblée et donc d’accélérer la mise en application de la loi ELAN. En réaction une manifestation de 200 personnes devant le sénat.

 Les colocations « étudiantes ».

 Un marché très rentable pour les investisseurs et pour tous ceux qui vivent de immobilier ( agences, notaires, syndics, Mairie...) à condition qu'il y ait une certaine pénurie de logements et une politique de densification des populations. Si nous prenons l' exemple d'une ville nouvelle comme Cergy-Pontoise, elle se caractérise comme une ville étudiante et à l' ambition de devenir un campus international. « Nous avons établi un triangle qui part du site universitaire de Saint-Martin à Pontoise, pour relier Port-Cergy, puis le site de Neuville-sur-Oise », détaille François Germinet1. « A l'intérieur, on trouve notamment le site des Chênes, l'Essec et Polytechnique Saint-Louis. Pour nous, c'est le triangle d'or de notre pôle universitaire. Il abrite 30 000 étudiants. ». Pour y parvenir la politique de la ville prétend offrir aux 30 000 étudiants de nouveaux logements et équipements, il y a loin de la coupe aux lèvres puisque actuellement il n' existe que 1000 chambres. Le reste est l' affaire des investisseurs privés et de la loi Elan qui permet de transformer les bureaux en habitation.

Cette politique de la ville a forcément des conséquences, dans la vie des quartiers et des résidences

devenues une manne pour les investisseurs, résultat des problèmes de stationnement liés à l' utilisation par les investisseurs des garages qu'ils transforment illégalement en habitation locative et augmentation des tapages nocturnes. Les colocations ne sont d' ailleurs pas seulement étudiantes, il y a aussi des travailleurs et travailleuses précaires qui cohabitent ensembles avec certaines tensions puisque ne venant pas du même milieu social.

La ville de Cergy se distingue aussi comme gestionnaire migratoire, dans la patinoire désaffectée de la ville a 50 mètres de la Préfecture , elle dispose d'une capacité de plus de 200 personnes

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L'ancienne patinoire a été transformé en centre d'accueil. -

En réalité ce centre est un centre de triage des migrants et aussi une mesure pour régler le problème des campements de migrants à Paris, a proximité du centre humanitaire de la Porte de la Chapelle. 

Cette loi « humanitaire » vise à faire effectuer un tri efficace par les préfectures entre « les bons, les méritants, les choisis », et ceux jugés « en trop » seront renvoyés à la mort comme surnuméraires.

 

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Les mesures Macron pour gérer la précarité

 La loi ELAN permet de souscrire un nouveau bail mobilité de un à dix mois, destiné aux personnes en formation, études supérieures, stage, apprentissage ou mission temporaire professionnelle, en réalité adapter le système locatif à la flexibilité de l' emploi et à la précarité.. Pour ce nouveau bail, non reconductible, aucun dépôt de garantie ne pourra être exigé par le propriétaire et le locataire pourra bénéficier de la garantie Visale (Visa pour le logement et l'emploi).

L' emploi devenant de plus en plus précaire et aléatoire, la demande en location de courte durée est en hausse en raison du développement des mobilités professionnelles courtes, des formations et des stages qui, dans le cadre d'un cursus universitaire, ont de plus en plus lieu dans des zones géographiques distinctes du lieu d'étude". Une bonne affaire pour les investisseurs bailleurs.

Réduire la construction de logement pour les handicapés.

Seuls 10% des logements neufs devront être obligatoirement accessibles aux personnes handicapées, contre 100% auparavant. Les 90% restants devront être «évolutifs». Cette nouvelle disposition rompt ainsi avec le principe d’accessibilité universelle issu de la loi de février 2005.

Privatiser le secteur HLM

l' Etat Macron veut faciliter la vente de logements HLM.c' est à dire transférer les frais d' entretien des HLM sur les futurs propriétaires. Pour y parvenir rapidement,il n’y aura plus besoin d’autorisation préfectorale. Le prix de vente sera fixé librement par le bailleur social s’il vend à un autre organisme. Le droit de préemption, détenu par les communes, sera supprimé.

Et pour forcer les ventes, la situation des locataires devra être réexaminée tous les six ans par les organismes HLM. Ceux ayant des revenus supérieurs aux plafonds devront payer un «surloyer» ou partir afin de laisser la place à des ménages moins aisés. En fait une personne qui se retrouve seule ( en principe des vieux) du fait du décès de son conjoint, devra s' acquitter d'un « surloyer » ou se retrouver SDF.

Faciliter la transformation de bureaux en logements.

 Initié en février 2016 par le conseil de Paris, la transformation de bureaux vacants passe dans la loi Elan. Elle permet entre autre de déroger au Plan local d’urbanisme Le gouvernement s’est fixé comme objectif de transformer, d’ici fin 2020, 500.000 m² de bureaux vides en logements. En Ile-de-France, entre 10.000 et 20.000 logements pourraient être créés. Comme le coût de la rénovation est important presque le coût d'une construction neuve,le succès de l' opération dépendra des aides de l' Etat.

Comme nous pouvons le constater, la loi Elan favorise les investissements privés tout en reportant sur les locataires HLM le poids des réparations dans les zones ou les taux de loyers impayés sont d' autant plus important que les travaux d' entretien des immeubles ne sont pas fait. Tout en favorisant les expulsions en n' hésitant pas à jeter sur le pavé les personnes âgées et les précaires.

G.Bad septembre 2018





 





 

 











1François Germinet, professeur de mathématiques, préside l’UCP (université de Cergy-Pontoise) depuis le 21 mars 2012

Posté par spartacus1918 à 10:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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