SPARTACUS

25 avril 2017

Ethiopie, « le tigre africain » ?

Ce texte est paru dans Echanges n° 158 (hiver 2016-2017)

Régions d'Ethiopie et manifestation d'août 2016 —

infographie BiG parue dans Libération du 19 août 2016

Lib_ration «Tigre africain », c’est le terme inventé par le régime établi en 1995 et qui, à marches forcées et sanglantes, veut faire entrer l’Ethiopie dans le marché mondial de l’exploitation capitaliste moderne, démontrant par là sa politique et ses ambitions. Les faits et méfaits d’une réalité souvent bien cruelle que nous exposons ci-après traduisent indéniablement un essor économique qui doit être relativisé, parce que parti de rien d’un point de vue purement capitaliste mais aussi porteur de fragilités inhérentes à la société éthiopienne elle-même. Les données qui traduisent une situation d’ensemble doivent être maniées avec précaution car d’une part les appareils de mesure sont plutôt primitifs et imprécis et d’autre part, à cause de cet essor économique quelque peu chaotique, des changements rapides peuvent être enregistrés dans certains secteurs. Paradoxalement, les fragilités tiennent d’une part au fait que l’ensemble des structures sociales et économiques ne se transforment pas si aisément mais aussi d’autre part aux conséquences du développement capitaliste mondial, y compris celles de l’essor économique éthiopien (1).
D’une superficie de 1 100 000 km² (deux fois la France), peuplée de 100 millions d’habitants (avec un taux de croissance de la population de 2,5 % soit 2 500 000 habitants de plus chaque année), deuxième pays d’Afrique après le Nigéria, le pays n’a jamais vraiment connu la paix intérieure et/ou extérieure, mais il voit dans ces dernières années les effets directs de son développement économique, dans des troubles internes récurrents d’une grande ampleur dont les conséquences politiques et économiques restent difficiles à prévoir.
Ce pays montagneux, véritable château d’eau, s’étage entre une dépression de moins 120 m dans le désert de Danakil et les 4 00 m du Ras Dashan avec un plateau central oscillant entre 1 800 m et 3 000 m. Ce qui donne à cet Etat un environnement très diversifié : on n’y compte pas moins de 72 microclimats. Ce qui est à l’origine une bénédiction agricole, se transforme dans les néo-colonisations du capital mondial en une calamité pour le monde agricole local (2).
Il est difficile de séparer cette néo-colonisation des évolutions politiques qu’a subies le pays depuis quarante ans, marquées d’une part dans la persistance de populations d’ethnies, de langues et de cultures différentes voire conflictuelles, et d’autre part dans les efforts de modernisation d’une élite politique d’une société qui reste encore aujourd’hui en grande majorité agricole. Comme souvent dans de tels pays, ce sont les militaires qui jouent le rôle moteur de cette modernisation. C’est une junte militaire, le Derg, qui en 1974 détrône le dernier « empereur », Haïlé Sélassié (1892-1975), et qui dirige le pays d’une main de fer jusqu’en 1991. Dans le contexte de la guerre froide, le nouveau régime est largement influencé et soutenu par l’URSS, dans une « République fédérale démocratique », dictature de fait pratiquant ce qui fut appelé « terreur rouge ». Après la chute du régime soviétique, une période d’incertitude politique voit la montée, toujours sous influence militaire, d’un Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE), dominé par le Front de libération du Peuple du Tigré qui asseoit définitivement son pouvoir depuis 1996 lui aussi sous la forme d’une véritable dictature.
C’est aussi un entremêlement de conflits coloniaux et postcoloniaux entre l’Angleterre et l’Italie qui peut expliquer la prééminence actuelle dans cette dictature d’une ethnie très minoritaires du Tigré (6 % de la population).
Partenaire des grandes puissances
Le système est fédéral pour tenir compte de la diversité ethnique des populations, sans que cela constitue une délégation du pouvoir central qui impose le contrôle politique de toutes ces régions et autres subdivisions administratives (le pays ne comporte pas moins de 80 groupes ethniques). L’essentiel (plus de 70 %) de la population se trouve dans la partie ouest du pays, divisée, outre le Tigré au nord, entre la région Amhara peuplée principalement par l’ethnie Amhara (30 % de la population totale du pays) et au sud la région Oromia à majorité ethnique d’Oromos (près de 40 % de la population totale du pays). Addis-Abeba, la capitale, se trouve dans cette dernière région aux confins de la région Amhara. Ce détail aura une grande importance dans le déroulement des événements dont nous allons parler. Ils vont être causés principalement par l’expansion territoriale du développement capitaliste autour de la capitale, qui va toucher ces deux régions traditionnellement en conflit ouvert, et les souder dans une même opposition au pouvoir central (3).
Malgré ses faiblesses relatives et son instabilité interne, l’Ethiopie est un partenaire précieux dans la région de la « Corne de l’Afrique » pour l’ensemble des puissances mondiales, non seulement pour son développement économique mais d’abord pour son rôle de gendarme des pays voisins, Somalie, Erythrée et Soudan du Sud et paradoxalement un pays d’accueil des réfugiés des pays limitrophes. Sous cet aspect, l’Ethiopie est un partenaire stratégique des Etats-Unis (voir la visite d’Obama en juillet 2015). Pour l’engagement de 4 000 militaires Ethiopiens dans l’AMISOM (Union des forces africaines) en Somalie, l’Ethiopie reçoit 3,3 milliards de dollars d’aide militaire (4). L’Ethiopie n’ayant plus de débouché sur la mer à cause de la sécession historique de la Somalie et de l’Erythrée, seul le port de Djibouti est un élément vital dans le développement du pays, sa seule ouverture sur la mer grâce à la liaison ferroviaire avec Addis-Abeba, récemment rénovée par les Chinois. Ce qui fait de la minuscule République de Djibouti l’objet de toutes les convoitises : bases militaires  américaine (depuis 2002), japonaise (depuis 2010), bientôt chinoise (fin 2017), française (héritage de l’occupation depuis 1884) avec des antennes militaires dans les pays voisins qui peuvent être activées en bases militaires opérationnelles.
Le 28 avril 2016, Djibouti et l’Ethiopie ont conclu un accord militaire qui autorise le stationnement de troupes éthiopiennes sur le territoire de Djibouti. Cette situation fait que les puissances étrangères occultent les massacres intérieurs du pouvoir, qui de fait se voit ainsi renforcé car il est essentiel que le pays reste un élément de stabilisation dans la Corne de l’Afrique (5).
Présence de la religion
Il est un élément dont on ne parle guère alors qu’il est présent tant sur le plan politique que dans le contrôle social des mœurs et coutumes dans tout le pays. C’est la présence de la religion, essentiellement de la religion chrétienne orthodoxe qui s’impose à près de la moitié de la population, le reste étant partagé entre protestants et musulmans. Religion d’Etat avec d’énormes privilèges et richesses, au temps du Négus, elle a perdu  tout pouvoir temporel et toutes ses possessions après la chute de celui-ci et l’établissement d’un Etat de style soviétique par une junte militaire en 1974 instaurant la séparation des Eglises et de l’Etat. Le deuxième coup d’Etat en 1991 a maintenu l’essentiel de cette politique mais une collaboration de fait s’est établie entre le FDRPE et l’Eglise orthodoxe qui aurait récupéré, avec une partie de ses richesses, tout son prestige et son influence et dont les dirigeants entretiennent avec le parti au pouvoir un climat de compromission. Il est symptomatique que l’un des événements sanglants dont nous parlons ci-après se produisit à l’occasion d’une grande fête religieuse de cette Eglise et que les dirigeants qui tentèrent de prendre la parole durent se retirer alors que l’émeute se déclencha contre la police qui intervenait alors. L’Eglise orthodoxe reste fidèle à sa tradition millénariste ce qui d’une certaine façon cadre avec les perspectives politiques des militaires (6).
Etre femme
On doit aussi considérer – dans l’intrusion des Eglises dans la vie sociale et la main de fer des dominants – la place de la femme dans la société patriarcale éthiopienne malgré quelque évolution. Les pratiques ancestrales restent tenaces avec l’excision (96 % des femmes) ; le mariage précoce (en Amhara 48 % des filles de moins de 15 ans et 26 % des filles de moins de 19 ans sont mariées de force). Le sort des enfants n’est pas plus enviable, 86 % des enfants de 5 à 14 ans et 97 % des moins de 14 ans sont astreints à un travail dans les secteurs domestiques et agricoles ou de l’économie informelle. Pour ce qui concerne l’enseignement, globalement seuls 50 % des enfants sont alphabétisés. Et on ne peut guère évaluer le sort tragique de femmes et enfants sous la domination rigoureuse, pas seulement coutumière mais aussi légale, de la gent masculine, notamment dans des situation trop fréquentes comme le viol (7). Il est quand même symptomatique que le FDRPE, pour tenter d’endiguer les troubles et procédant à un remaniement ministériel, ait admis trois femmes dans le nouveau gouvernement.
Contrôle de masse
Sur les questions identitaires comme sur les questions économiques, il est frappant de constater une méconnaissance profonde des urbains par les ruraux et vice-versa. C’est une des conséquences de la politique du gouvernement relative à la circulation des personnes sur le territoire. Parallèlement aux expropriations et déplacements forcés, il y a une restriction forte des voyages et séjours à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières (toutes les frontières terrestres du pays seraient fermées). Une des voies de contrôle de masse de la population s’incarne dans les autorisations officielles nécessaires pour changer d’Etat fédéral et il est quasiment impossible de s’installer à Addis-Abeba lorsqu’on est un paysan. Les modalités de l’exode rural sont aussi limitées que contrôlées. Les représailles administratives demeurent un outil courant de la rigueur politique, le sentiment d’être dans une grande prison à ciel ouvert est largement partagé dans le pays. A cela s’ajoute une fermeture affichée des canaux d’information et de communication permettant la diffusion d’une sémantique de propagande et de désinformation de la population éthiopienne comme de l’opinion publique étrangère (8).

Du point de vue de la structure des différents facteurs économiques, l’Ethiopie est toujours partiellement une forme de capitalisme d’Etat entièrement dépendant du pouvoir politique ainsi accaparé par une ethnie : outre la terre (on en parle ci-après), l’Etat contrôle les banques, les transports, les télécoms et la distribution, secteurs qui restent fermés aux investissements directs étrangers. Ce qui n’exclut nullement la dévolution à des firmes étrangères par le pouvoir politique de travaux dans ces secteurs, ce qui bien sûr ouvre la porte à toutes les corruptions que l’on puisse imaginer. Les principaux investisseurs sont l’Arabie saoudite, la Chine (notamment dans les infrastructures de transport et dans les télécommunications), l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Inde et la Turquie. Mais la plus grosse partie des investissements étrangers va dans l’agriculture, ce qui est normal car l’Ethiopie reste, malgré son développement industriel, un pays agricole (80 % de population rurale, 40 % du PIB contre 15 % pour l’industrie). Sur 49 millions d’actifs, 80 % dépendent de l’agriculture qui assurait en 2015, 83 % des exportations.
Malgré les guerres étrangères (la dernière avec l’Erythrée, de 1998 à 2000, toujours sur le point de renaître) et civiles (la dernière en novembre 2016, une invasion du Tigré par des guérilleros Amhara), malgré les périodes de sécheresse (en 2011, la crise alimentaire aurait fait entre 50 000 et 250 000 victimes, la dernière sécheresse en 2015-2016 particulièrement marquée a affecté un quart de la population et celle qui s’annonce serait encore plus ravageuse), l’Ethiopie, partie de rien, a connu depuis 1995 un essor économique vanté partout et la croissance du PIB atteint environ 10 % chaque année de 2007 à 2013. Cela a même débuté bien avant : par exemple, depuis 2003, l’entreprise suédoise H&M a délocalisé en Ethiopie la totalité de ses usines textiles. Un autre exemple peut donner une idée de l’expansion dans certains secteurs : avant 2005, aucune fleur ne sortait d’Ethiopie, aujourd’hui le pays est, sous l’impulsion des investissements néerlandais, le quatrième producteur mondial et le deuxième exportateur mondial de roses (derrière les Pays-Bas).
Le PIB total est passé de 7,3 milliards de dollars américains en 1980 à 16 milliards en 2006 et à 70 milliards en 2016. Parallèlement le PIB par tête est passé de 215 dollars en 1985 à 702 dollars actuellement. Pour spectaculaires qu’ils soient, ces chiffres sont trompeurs. Considérant ce PIB total, en 2015, l’Ethiopie occupait le 72e rang mondial sur 188 Etats et pour le PIB par tête le 173e mondial sur ces 188 Etats. Encore plus trompeurs si l’on considère l’essor de la population du pays, passée de 35 millions en 1980 à 78 millions en 2006 et à 101 millions en 2016. Ce qui explique pourquoi l’Ethiopie reste un pays pauvre malgré l’essor économique, d’autant plus que le PIB par habitant dissimule les disparités énormes dans la répartition du revenu global de cet essor économique relatif. D’une part, les dominants politiques tigréens s’en attribuent la part du lion, soit directement soit par les prébendes dans l’attribution de concessions aux investisseurs. D’autre part, une nouvelle classe capitaliste nationale a grandi, par un développement industriel, agricole et surtout spéculatif. Ceci se matérialise par l’existence du plus grand nombre de millionnaires et de milliardaires de l’Afrique – 2 700 en 2013 sur les 165 000 recensés pour toute l’Afrique, leur nombre en Ethiopie ayant augmenté de plus de 100 % entre 2007 et 2013 (9). Si la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 45 % en 1995 à 30 % en 2010, son nombre est en fait resté le même en raison de l’augmentation de la population.
Développement industriel
Dans une telle situation, le gouvernement n’a eu aucun mal pour attirer les investisseurs étrangers (et quelques locaux) dans un développement industriel. Ce développement est venu tant par le fait qu’avec les salaires les plus bas du monde, les délocalisations notamment dans le textile et la chaussure se sont déplacées depuis l’Asie (surtout du Bangladesh) et que cet essor a entraîné une certaine croissance d’industries de base, spécialement dans le bâtiment, accompagnée d’une énorme spéculation immobilière. Dans la région d’Addis-Abeba une dizaine de parcs industriels exploitent chacun entre 30 000 et 60 000 esclaves pour des salaires souvent inférieurs à 30 euros par mois. Les plus « favorisés » sont les fonctionnaires : un enseignant peut gagner jusqu’à 100 euros par mois (10). Ce développement se fait dans une situation assez chaotique quant aux infrastructures. La faiblesse de la productivité (due en partie à la condition physique des exploités) est aggravée par exemple par des coupures d’électricité (d’où la mise en eau récente d’un énorme barrage hydro électrique sur le Nil Bleu) (11) et la carence des transports. D’où une nécessité de financement de différents projets d’adaptation où interviennent non seulement le FMI, la Banque mondiale, la BCE mais surtout des emprunts chinois. En septembre 2016, la BCE a consenti un prêt de 200 millions de dollars américains pour la construction de deux parcs industriels. Le voyage récent de Merkel, la chancelière allemande, en Ethiopie notamment, visait à restreindre l’émigration vers l’Europe par un développement local. La crise mondiale et les contrecoups de la sécheresse récente (la pire sécheresse depuis cinquante ans) ont largement grevé l’économie du pays et contraint au recours à un financement international qui, ajouté à ces difficultés intérieures et à leur impact sur les échanges internationaux, a pour conséquence une inflation dépassant 10 % et un taux de chômage avoué de 20 %, situation qui n’est pas sans avoir joué un rôle dans les événements dont nous allons parler.
Auparavant, on peut souligner que ce qui se passe en Ethiopie du point de vue de son développement économique est un problème identique, avec les spécificités nationales, à celui de tous les pays en développement. Le problème de toujours, celui du capital : la transformation des paysans en prolétaires pour l’exploitation de leur force de travail dans des unités capitalistes de production. Dans le cas de l’Ethiopie se conjuguent, avec la complicité du pouvoir politique, d’une part l’accaparement des terres, essentiellement par des investisseurs étrangers, qui prive les paysans de leur source de vie, d’autre part le développement d’infrastructures qui aboutit à des résultats identiques par l’expropriation directe et la facilité donnée à la pénétration du capital dans tout le pays. Tous les conflits présents vont tourner autour de cette question de propriété du sol.
On peut souligner ici que la couverture végétale du sol éthiopien a été largement modifiée en cinquante ans. 98 % des forêts ont disparu (la couverture forestière du pays est passée de 40 % de la superficie totale du pays à 2,7 %) (12), soit pour la création d’espaces de pâturages et/ou de culture et l’utilisation du bois comme seul combustible domestique (ce qui est encore le cas aujourd’hui) (13) et la construction (14) ; cet espace déforesté devient « libre » pour toute culture et contribue indirectement largement à la politique agricole présente.
Elimination économique…
Dans les années 1970 une réforme agraire a transféré l’ensemble des terres agricoles en « biens collectifs », propriété de l’Etat, dont l’usage de parcelles de moins de 10 ha (10 000 m²) était concédée à chaque paysan. Mais cette réforme n’a guère été appliquée : en 2000, 87 % des familles n’exploitaient qu’une superficie de moins de 2 ha (2 000 m², un grand jardin) (15). La pression démographique est telle que les lopins de terre diminuent. En 2008, la taille moyenne d’une exploitation était de 0,8 hectare. Dans le processus de « modernisation » entrepris à partir de 1995, le gouvernement, ayant pratiquement les mains libres quant à l’attribution des terres, a de plus en plus concédé les plus fertiles à des investisseurs étrangers ou locaux, en d’incroyables dimensions, éliminant les paysans qui n’en avaient que l’usage, contraignant ceux-ci, soit à émigrer vers les villes (d’où un taux de chômage dépassant 20 % de la population active), soit à se replier sur les terres les moins fertiles et les moins irrigables.
Le processus va tous azimuts, par exemple pour une production intensive d’hydrocarbures ou pour la culture du khat (dans la zone administrative du Harrarge Est) permettant à la fois une manne financière pour l’Etat qui exporte cette drogue dans les pays consommateurs voisins (Erythrée, Soudan, Somalie, etc.) et le maintien dans une forme de dépendance d’une partie de la population. Les terres dévolues aujourd’hui à la culture du khat ont remplacé les cultures maraîchères et vivrières, poussant les familles rurales à consommer des aliments achetés au marché et dépendant des fluctuations des prix. Cette situation expose d’autant plus les populations à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. En 2008, de 60 à 80 millions d’hectares de terres fertiles avaient ainsi été arrachées aux paysans locaux, dont 3 millions d’hectares rien qu’en 2008. Un homme d’affaires indien s’est vu ainsi concéder d’un seul coup 310 000 ha de terres (la moitié du département de Seine-et-Marne). Actuellement sur 77 millions d’hectares de terres arables, les paysans éthiopiens n’exploitent plus que 17 millions d’hectares.
Des plans successifs ont visé à accélérer la transformation des structures économiques ; toute une partie de ces plans concernaient précisément l’attribution des terres par l’Etat à des fins diverses. Fin 2015 est publié un nouveau plan d’urbanisme concernant la région d’Addis-Abeba, avec maintes expropriations qui empiètent notamment sur la région Oromo dans laquelle se situe la capitale.
« … Il y a depuis quelques années, une accélération de la politique de développement agricole et industriel, qui passe par l’encouragement d’investissements capitalistiques soit intérieurs soit extérieurs, passant par une grande facilitation d’accès à du foncier pour les entreprises investissant en Ethiopie, et, avec des phénomènes massifs de captations foncières, d’expropriations de populations paysannes. Comme toute la périphérie d’Addis-Abeba est habitée par des populations oromos, ce sont elles qui ont les premières fait les frais de ces processus d’expropriations massives… (16). »
Une recherche récente montre dans quelles conditions cela se passe sur le ­terrain :
– il existe un réel décalage entre la position officielle des autorités (lois, politiques publiques, politiques agricoles, procédures…) et les réalités de terrain. Selon la Constitution, les paysans ont droit à des compensations (rémunérations) en cas de l’expropriation de terres. Mais en pratique, peu de paysans reçoivent ces compensations. Bien au contraire, certains sont expulsés manu militari de leurs terres ;
– les investissements et les octrois sont réalisés sans aucune limite sur l’utilisation d’eau, aucune étude d’impact environnemental ou contrôle environnemental, ce qui a des conséquences sur la préservation de l’écosystème et risque d’affecter l’économie éthiopienne fortement dépendante de l’agriculture ;
– de nombreux cas d’accaparement des terres impliquent non pas de gros investisseurs étrangers mais des petits investisseurs locaux ou issus de la diaspora.
…et massacres
Il est un aspect dont cette recherche ne parle guère en mentionnant simplement l’expulsion brutale des paysans ainsi évincés, dans une politique meurtrière délibérée. Les Amharas en ont été victimes, particulièrement dans le sud du pays…. Selon l’agence centrale des statistiques, le nombre d’Amharas vivant en Ethiopie est inférieur de 2,7 millions aux dernières projections. Pour les Amharas, il y a un écart difficilement explicable. Si bien que les Ethiopiens commencent à se demander où sont passés ces 2,7 millions d’Amharas.
Des massacres ont par ailleurs été mentionnés contre les Anuaks du Gambella en 2003… Un réfugié, établi au Kenya, témoigne :
« Les Anuaks sont partis en 2003-2004, après le massacre. Certains sont restés pour protéger la terre, afin qu’elle ne soit pas désertée. La délocalisation est difficile. J’ai été déplacé de la terre où mes ancêtres vivaient. J’ai été déplacé dans un nouvel endroit qui n’est pas fertile. Pour justifier la délocalisation, ils invoquent un meilleur accès aux services sociaux. Mais ça ne s’est jamais produit. Les gens meurent de maladies. Durant la délocalisation menée par les militaires, il y avait des meurtres. Des gens étaient torturés et battus. […] Alors, les gens ont préféré partir pour rejoindre leurs parents réfugiés au Kenya. […] Nous venons de terres fertiles. Nous habitions près des rivières, où il y avait du poisson. Maintenant, nous sommes jetés dans le désert pendant que des gens venus de l’étranger récoltent nos terres. »
En 2007, le Front de libération du Peuple du Tigré (FLPT) a encore conduit des opérations de nettoyage ethnique contre les peuples de l’Ogaden, dans les villages de Fik, Qoreh, Gode, Degehabur et Wardheer. Dans des raids meurtriers, les troupes de Zenawi ont massacré des milliers de paysans et ont violé les femmes. Voilà la face cachée du programme de location des terres (17).

***

La question de la terre est un sujet sur lequel on s’écharpe depuis des siècles. Un projet d’extension de la capitale et l’expulsion de dizaines de milliers de fermiers oromos ont mis le feu aux poudres. La région de l’Oromia abrite plusieurs millions de paysans oromos, le groupe ethnique le plus important du pays. Mais en  2016, toute l’Ethiopie est concernée par des émeutes de tous genres. Une autre source de tension se situe dans le nord du pays. Les habitants des régions de Gondar et Bahar Dar dans le nord de l’Éthiopie ont quant à eux rejoint le mouvement de lutte suite à une demande de la communauté de Welkait-Tegede de voir leur région administrée par les Amharas et non plus par les Tigréns. En effet, il y a vingt-cinq ans, lorsque le FDRPE est arrivé au pouvoir, une loi fédérale sur le découpage des régions se basant sur le langage s’est vu appliquée. Les Welkait-Tegede, malgré leur évidente appartenance à l’ethnie Amhara, se sont alors vu rejoindre l’administration Tigréenne malgré leur vive désapprobation (18).
Les agriculteurs ne cessent de se révolter, comme le montrent les récents incendies de fermes horticoles où sont cultivées les roses, un des sujets épineux de la révolte. Ces fermes horticoles, se trouvant dans la région des lacs de la partie nord de la vallée du Rift (immense faille qui traverse la corne de l’Afrique du nord au sud), sont soumises à de nombreuses controverses : assèchement des lacs, déversement massif de pesticides, conditions de travail des salariés extrêmement précaires, mais aussi accaparement des terres par les multinationales…(19). « Un paysan éthiopien à qui l’on prend sa terre, il est toujours prêt à se battre. Surtout quand il voit se construire dessus des immeubles dans lesquels il ne pourra jamais habiter, ou quand son terrain est vendu à des gros investisseurs (20). »
La révolte des Oromos
Ce n’est pas la première fois que les Oromos manifestent. Ils l’avaient déjà fait en 2014 lors de la présentation de la précédente version du plan d’expansion d’Addis-Abeba. La police avait alors ouvert le feu et tué des dizaines de manifestants (21). Le parti au pouvoir sentant le danger de la situation a engagé des pourparlers avec les Oromos pour aménager le programme d’agrandissement de la capitale.
Mais aujourd’hui les Oromos manifestent contre la nouvelle version du projet d’agrandissement de la capitale. De fait, le programme urbain oblige les fermiers oromos à quitter leurs terres. Depuis plusieurs années, la capitale fédérale est en proie à une explosion démographique inédite empiétant progressivement sur le territoire oromo. Au cours de la décennie écoulée, 150 000 fermiers oromos ont été obligés de quitter leurs villages sans recevoir de compensations financières adéquates. Pour les militants du mouvement oromo, il s’agit d’un véritable accaparement de leurs terres ancestrales, dont le but serait de modifier radicalement la configuration démographique et culturelle de la région.
Le nouveau cycle de manifestations a commencé en novembre 2015 à Ginchi, à 80 km à l’ouest d’Addis-Abeba, quand les autorités locales ont voulu réquisitionner un terrain de foot appartenant à une école pour le mettre à disposition de promoteurs immobiliers et permettre ainsi l’extension de la capitale. Les étudiants sont immédiatement descendus dans la rue. Leur mouvement a bien sûr été rapidement réprimé avec des morts et des blessés (22).
Les manifestations de Ginchi ont été la première étincelle, et l’opposition aux autorités locales et fédérales n’a pas tardé à prendre de l’ampleur : les ONG de défense des droits de l’homme affirment qu’au moins 140 personnes ont été tuées entre novembre 2015 et janvier 2016. A Sululta (au nord d’Addis-Abeba), les usines nouvellement construites et les programmes de logements empiètent déjà sur les terres agricoles. La ville fait partie de la trentaine de localités qui se sont soulevées en décembre 2015 : des paysans ont quitté leurs collines et sont venus à cheval se joindre aux étudiants qui manifestaient en nombre – ils ont été accueillis par des tirs et des grenades de gaz lacrymogènes. Ailleurs, des postes de police et des symboles de l’Etat ont été attaqués. Par endroits, des entreprises privées ont été prises pour cible (23).
Des manifestations généralement pacifiques ont touché les villes importantes de l’Oromia comme Jarso, Walliso et Robê.
Le 1er janvier 2016, on peut considérer que tout le nord de la province Oromia est en dissidence depuis la mi-novembre 2015. On pourrait diviser un peu artificiellement d’un côté les émeutes qui mettent en cause directement le pouvoir politique dans l’application des plans économiques ou urbains avec comme corollaire l’attaque des symboles immobiliers du pouvoir, de l’autre celles qui attaquent les usines ou installations agricoles modernes dont la présence atteste l’éviction des terres (et assimiler de telles attaques au luddisme, ce qu’on est tenté de faire lorsque l’on sait que 40 000 de ces ex-paysans sont exploités dans ces installations agricoles et industrielles ultramodernes).

***

En fait, ce sont les mêmes, paysans menacés ou déjà évincés, prolétarisés en partie, qui tentent de contester le pouvoir dans sa politique et ses réalisations. On ne peut qu’en faire une longue liste qui se déroule tout au long de l’année 2016 :
25 avril 2016. 14 morts dans des affrontements intercommunautaires à Gambella à la frontière avec le Soudan du Sud.
26 septembre. Dans un bidonville proche d’Addis-Abeba, sommairement érigé par ses 30 000 occupants, 3 000 logements sont détruits en vue d’opérations immobilières. La résistance des habitants fait six morts et de nombreux blessés. Vingt policiers auraient été tués dans l’affrontement.
Juillet. Nouvelles protestations dans la région de Gondar proche du Tigré, plusieurs morts.
Dès cet été 2016, on constate que la vieille rivalité entre les Oromos et les Amharas disparaît devant les problèmes communs d’accaparement des terres et de répression sanglante : « Le sang qui coule en Oromia est notre sang aussi », déclarent maintenant les Amharas. C’est le plus grand danger pour la minorité qui tient le pouvoir politique car ces ethnies forment à elles deux près des trois quarts de la population.
« L’effacement de l’antagonisme Oromos-Amharas est quelque chose de fondamental, c’est pour cela que le régime a si peur. Il a bien conscience que la révolte est en train de dépasser le simple cadre régional et de menacer ses fondements (24). »
Pour la première fois cet été, les Oromos, historiquement opprimés, et les Amharas, ancienne élite de l’Ethiopie, ont donc manifesté simultanément dans leurs régions respectives, les deux plus grandes du pays. Cette démonstration de solidarité est inédite. La répression a été d’autant plus brutale. Non seulement les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule, mais elles traquent les étudiants oromos « chez eux, dans les écoles, et jusque dans les hôpitaux », notait Human Rights Watch dans un rapport publié en juin.
« J’ai vécu ici toute ma vie et je n’ai jamais vu ça. Chaque famille a au moins un de ses enfants qui a été arrêté, témoignait dans ce document un fermier oromo de 52 ans. Cette génération est en train d’être décimée. Mes quatre fils ont disparu, ma fille de 12 ans a trop peur pour aller à l’école. Moi-même, je crains d’être arrêté à tout moment. »
De nombreux cas d’arrestations extrajudiciaires, de tortures et de disparitions forcées ont été documentés par l’ONG (25).
6 et 7 août. La région de Bahir Dar est en état de siège alors que des manifestations éclatent un peu partout dans les régions Oromia et Amhara, laissant plus de cent morts et des centaines de blessés.
12 août. Les habitants terrés chez eux tout un week-end à Shashamam alors qu’ont lieu des affrontements armés avec la police.
15 août. Depuis novembre 2015 la répression a fait plus de 400 morts et entraîné des dizaines de milliers d’arrestations.
Septembre. Des dizaines de membres de l’ethnie Konso assassinés par les forces gouvernementales dans la région autonome Konso près d’Arba Minch sur le lac Anhora, dans le sud-est du pays lors de protestations sur des limites territoriales (26).
2 octobre. Le festival religieux annuel Ireecha, qui regroupe près de 2 millions de fidèles à Bishoftu près d’Addis-Abeba, se transforme en manifestation politique lorsque les participants empêchent les représentants des partis officiels et les pontes religieux de prendre la parole aux cris de « Nous voulons la liberté », « Nous voulons la justice », et commencent à lapider les forces de l’ordre. Celles-ci tirent et chargent dans la foule. Il y aurait eu plus de cent morts (plusieurs centaines diront certains), par balles ou par noyade dans la panique qui s’ensuivit, et d’innombrables blessés. Il y aurait eu depuis un an plus de 600 tués dans des affrontements très divers dans tout le pays (27).
6 octobre. Destruction totale d’un complexe touristique, Le Lodge, au bord du lac Langano. Le même jour, sabotage et incendie de 11 entreprises textiles et de plastique par des milliers de manifestants. De même, incendie d’une usine nigérienne de câbles électriques à Sebeta, à 35 km au sud-ouest de la capitale, d’une usine textile turque et d’une cimenterie. Le même jour, dans la capitale, une femme américaine est tuée, lapidée par des manifestants alors qu’elle circule en minibus (28).
9 octobre. Face à une telle situation de troubles qui s’étendent dans tout le pays, le gouvernement décrète l’état d’urgence pour une période de six mois. Les mesures sont particulièrement strictes : couvre-feu étendu, contrôle de tous les médias et fermeture d’Internet, interdiction aux diplomates et journalistes de se déplacer dans le pays à plus de 40 km de la capitale (29), etc.
Le même jour le gouvernement annule le nouveau plan d’urbanisme ; cela n’arrête pas pour autant le déchaînement de la violence anti-gouvernementale.
L’émeute devant cette forme de répression mortelle de toute manifestation de masse se transforme en se répartissant dans tout le pays avec les attaques des sites de l’investissement de possesseur de terres. On ne les compte plus, seules quelques-unes réussissent à franchir les barrières des contrôles médiatiques.
22 octobre. Incendie d’une ferme horticole néerlandaise, bâtiments et véhicules divers, à Adama au sud d’Addis-Abeba par des centaines de manifestants, accompagné de pillage (plus d’une trentaine de telles fermes « modernes » auraient été ainsi attaquées).
29 novembre. Les combattants de Ginbot  et des unités d’autodéfense Amhara sont rentrés dans la région du Tigré par le sud-ouest de la région. Ils ont mené des attaques contre des installations militaires et économiques du Tigré. Ces attaques ont causé des dommages importants, spécialement dans deux villes, Bourkouta et Adi-Ramets. Les civils tigrés ont payé le plus lourd tribut dans cette guerre (30).
27 décembre. Conflit armé autour de la dépossession de terres dans la région de Benshangul Gomez (Amhara).
10 janvier 2017. Attaques d’hôtels à Gondar et Bahir Dar, quatre morts et 30 blessés (31).
Il est difficile de savoir quelle est la situation réelle en Ethiopie au moment où cet article est écrit. Le tableau ci-dessous (p. 40) pourrait laisser penser que le gouvernement aurait repris le contrôle et maîtrisé la rébellion dans l’ensemble du pays (32).
Mais les hauts et les bas montrés dans ce recensement des épisodes de violence collective depuis octobre 2015 démontrent que rien n’est acquis à ce sujet et que tout peut rebondir.
D’une part, la répression est toujours présente et au 26 janvier 2017 on décompte officiellement 24 000 détenus dont une partie sont internés dans des camps pour « formation » (33). D’autre part, les années de violence tendent à décourager les investisseurs, réduisent les possibilités d’emplois déjà bien maigres, alors que la poursuite de la politique de « récupération » des terres qui accompagnerait inévitablement la reprise de ces investissements et la modernisation des infrastructures créerait de nouvelles contestations. Une autre menace peut accroître la misère et réveiller les révoltes latentes : une nouvelle vague de sécheresse dans l’Est de l’Ethiopie, qui serait pire que celle de l’hiver 2015-2016, toucherait plus 6 millions d’Ethiopiens (34).
« Dans cette crise, la grille de lecture ethnique ne suffit pas. Même si les marches se construisent, bien sûr, en fonction des liens identitaires. Ce n’est pas le cadre ethno-fédéral si particulier à l’Ethiopie qui est remis en cause. Les manifestants font d’ailleurs souvent référence à la Constitution et demandent qu’elle soit appliquée. Le plan d’extension d’Addis-Abeba est jugé anticonstitutionnel par les Oromos, car il remet en cause les équilibres territoriaux prévus dans le texte fondamental (35). »
Quant aux Amharas, « leurs revendications portaient à l’origine sur un morceau de  territoire qui a été rattaché en 1991 au Tigré. »


« Encore une fois, on est à l’intersection des deux thèmes cruciaux pour l’Ethiopie : la terre et l’identité régionale. Il est impossible de séparer les deux problématiques (36). »
L’Ethiopie peut néanmoins continuer sa répression dans un concert de silence mondial car l’Ethiopie est considérée par les Occidentaux comme un allié clé dans la lutte contre l’extrémisme islamiste dans la Corne de l’Afrique. Les Etats-Unis ont appelé « le gouvernement d’Ethiopie à permettre que des manifestations pacifiques aient lieu et à ouvrir un dialogue constructif pour faire face à des doléances légitimes ». Le régime éthiopien sait qu’il y a peu de risque que ces appels soient suivis d’action. Même l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba, est demeurée étrangement silencieuse jusqu’ici sur le massacre des Oromos qui se passe quasiment sous ses fenêtres. Le premier ministre déclare que depuis novembre 2015 il y aurait 500 morts mais ses ministres précisent qu’il y aurait plus de 20 000 détenus, alors que les activistes soulignent que ces chiffres restent largement en dessous des estimations réelles (37).
« Le risque, c’est que la crise stoppe les investissements dont le régime a besoin pour poursuivre le développement. L’Ethiopie est un marché gigantesque, de 100 millions d’habitants. En réprimant si durement, le gouvernement fait un mauvais calcul économique et politique. Il ne va bientôt plus avoir le choix : il doit au plus vite partager le pouvoir et mettre en place un système de redistribution économique (38). »
Le boom ne s’est pas pour autant accompagné d’une libéralisation du pays, qui reste très dirigiste, selon un modèle « à la chinoise ». Le parti hégémonique reste omniprésent à tous les niveaux de la société. Une situation devenue insupportable pour une partie de la jeunesse, de plus en plus éduquée et connectée, et fortement touchée par le chômage.
La violation de tout droit humain envers les populations omoro et amhara a lieu dans un environnement totalement fermé. Les activistes de la société civile trouvent de plus en plus de difficultés pour atteindre les zones des conflits pour y chercher des informations et où ils risquent arrestation et persécution. Journalistes, blogueurs et autres médias encourent harcèlement et intimidation. Le gouvernement reste sourd à tous les appels internationaux pour une enquête quelconque et encore moins pour tempérer la répression la plus dure contre toutes les oppositions.
En fait, le contrôle de la population, l’impossibilité de se déplacer d’une province à l’autre, empêchent de connaître l’extension et la récurrence des troubles. L’omniprésence de l’Etat se manifeste, entre autres, par un service des renseignements particulièrement anxiogène, maintenant une certaine méfiance entre les habitants, jusqu’à l’intérieur des familles. « Un Ethiopien sur trois renseigne le gouvernement », entend-on fréquemment. Parallèlement toute forme d’organisation et d’association de défense des droits est proscrite, rendant inévitables des formes de résistance plus radicales et plus clandestines (39). Le cycle manifestation-répression qui secoue le pays depuis huit mois pourrait pourtant empirer.
« Les mouvements d’opposition ne contrôlent pas la révolte. Elle se nourrit de la violence du parti au pouvoir, désormais ouvertement contesté dans les slogans, les chants, les discours publics. Le plan du gouvernement, qui consiste à diriger le pays à travers un parti totalement verrouillé, sans aucun partage du pouvoir entre ethnies et groupes politiques, a échoué. Le problème est qu’il n’y a pas, pour le moment, d’alternative à ce système en Ethiopie (40). »
On se trouve dans une situation paradoxale, plutôt ubuesque, dramatique et incertaine. Ce n’est pas un des moindres de ces paradoxes de voir l’Ethiopie être, du fait de la politique de ses dirigeants un des réservoirs mondiaux d’émigration (plus d’un million à ce jour) et en même temps une terre d’accueil de ses voisins (plus de 800 000 Somaliens, Erythréens et Soudanais croupissent dans des camps en Ethiopie). Ce n’est pas un des moindres paradoxes de voir un gouvernement pratiquer une répression sanglante contre sa population et dans le même temps envoyer des troupes pour endiguer la violence des guérillas islamistes en Somalie et pacifier ce pays. De telles situations ne font que confirmer l’instabilité de toute cette région, ce qui interdit tout pronostic sur un futur qui ne dépend pas des pays concernées mais de l’évolution du monde capitaliste.
H. S.

 

 

NOTES

(1) « L’Ethiopie, tigre africain », Class International, 23 juin 2016.

(2) Wikipedia-Ethiopie. France Diplomatie, présentation de l’Ethiopie. Expert-comptable international info, « Ethiopie, le contexte économique », FMI, World Economic Outlook Database, août 2016.

(3) Jeune Afrique, 21 août 2016, René Lefort : « La configuration actuelle est importante avec le contestation commune Oromo et Amharas pour le régime. La contestation n’est pas structurée ; les manifestations sont spontanées. »

(4) Libération,11 octobre 2016 ; « L’Ethiopie, partenaire
stratégique des Etats-Unis », Classe Internationale, 23 juin 2016.

(5) « Les militaires étrangers à Djibouti »,  BBC Afrique (http://www.bbc.com/afrique/region/2015/06/150619_djibouti_bases) ; « La stratégie militaire des Etats-Unis en Afrique », Agence d’Info d’Afrique Centrale, 2 mai 2016.

(6) « Religions en Ethiopie », Wikipédia. « L’Ethiopie tendra les mains vers dieu, 2000 ans d’Etat éthiopien », Alain Gascon, https://espacepolitique.revues.org/1257, 2009

(7) « La place des femmes en Ethiopie », http:// allaingraux.over-blog.com/2014/07/la-place-des-femmes-en-ethiopie.html ; « Etre une fille en Ethiopie », Fernand Denis ; http://www.lalibre.be/culture/cinema/difret-etre-une-fille-en-ethiopie-5588fe 643570172b1238f30f, 23 juin 2015. Unesco, Education fonctionnelle des adultes, 2016.

(8) Témoignage de C. E., qui a séjourné à plusieurs reprises comme humanitaire en Ethiopie.

(9) « L’Ethiopie pays des millionnaires africains » http://geopolis.francetvinfo.fr/l-ethiopie-pays-des-millionnaires-africains-111947, Pierre Magnan, 18 juillet 2016 ; ce site contient une vidéo sur un de ces millionnaires : « Portrait d’un entrepreneur à succès en Ethiopie » qui montre également un développement urbain pour riches, un abîme en comparaison avec l’habitat hors de la capitale.
(10) « Les salaires en Ethiopie » Journal du Net, Banque Mondiale, 2012. L’importance de la filière cuir a incité Huajian, fabricant de chaussures chinois, à s’installer en 2011 dans une banlieue d’Addis-Abeba, où il emploie
3 500 personnes. Des ouvriers payés entre 50 et 60 euros par mois. Dix fois moins élevés qu’en Chine, ces salaires font tout l’attrait de l’Ethiopie.
(11) Le Point, 25 mai 2015 : « Grands travaux : ce barrage pharaonique qui fâche » F. Thérin . Ce « barrage de la Renaissance » sur le Nil Bleu, le plus grand d’Afrique, a provoqué une tension diplomatique avec l’Egypte. L’ex-président égyptien Morsi a déclaré : « Si une seule goutte du Nil est perdue, notre sang sera la seule alternative. » Son successeur Sissi préfère la voie diplomatique. On peut mesurer l’abîme de développement entre les Etats-Unis et un pays comme l’Ethiopie lorsque l’on sait que les lumières de Noël aux Etats-Unis (0,2 % de la consommation totale annuelle) consomment plus d’électricité que l’Ethiopie en un an (Belga, 23 décembre 2015).

(12) « Déforestation en Ethiopie », Wikipédia.

(13) Le bois, souvent véhiculé sous la forme de fagots, est la principale source de chauffage. On peut trouver sur Internet des photos de la cuisine faite à terre dans des installations de fortune et le transport de fagots à dos de femmes, y compris dans la capitale Addis-Abeba.

(14) On peut voir dans le récit « Un vagabond en roue libre, Ethiopie », juin 2016 (https://1vagabondenrouelibre.wordpress.com/) des photos montrant dans les campagnes des habitations entièrement construites en bois. Ce texte donne aussi un témoignage direct des conditions de vie dans l’Ethiopie profonde.

(15) « Agriculture en Ethiopie »Wikipédia ; « Terres volées d’Ethiopie », Le Monde diplomatique, décembre 2013 ; « Profil fourrager Ethiopie », http://www.fao.org/ag /agp/agpc/doc/counprof/PDF%20files/Ethiopia-French. pdf.

(16) Le plan GTP II (2015-2020) entend ainsi poursuivre l’industrialisation du pays (et le développement des exportations) en misant sur le développement du secteur manufacturier, qui devrait atteindre 8 % du PIB d’ici 2020. Pour réaliser cet objectif, le principal vecteur du gouvernement est le déploiement de parcs industriels intégrés et tournés vers des industries exportatrices et intensives en main-d’œuvre (textile, chaussures, etc.). Trois parcs industriels sont désormais opérationnels (Addis Village, Bole Lemi et Hawassa). La construction de neuf nouveaux parcs ainsi que de quatre parcs agro-industriels intégrés devrait débuter sous peu (France, ministère des Finances, 23 septembre 2016).

(17) « Anuak people », Wikipédia, et, pour le témoignage : http://www.investigaction.net/lethiopie-a-la-croisee-des-chemins-33-lapartheid-de-zenawi/

(18) « Une répression (presque) ignorée en Ethiopie » Mediapart, 1er septembre 2016.

(19) « Une répression (presque) ignorée… », art. cité.

(20) Alain Gascon, géographe, in « Ethiopie, la colère réprimée à huis clos », Macé et BIG, 22 août 2016, site Libération (http://www.liberation.fr/planete/2016/ 08/19/ethiopie-la-colere-reprimee-a-huis-clos_1473535).

(21) « Ethiopia’s gains tainted by violent repression », Financial Times, 5 août 2017.

(22) « Les manifestations actuelles font écho aux événements sanglants d’avril et mai 2014, quand les forces fédérales avaient tiré sur des manifestants oromos largement pacifiques, en tuant des dizaines » : Human Rights Watch citée par Le Monde Afrique dans l’article  « Ethiopie :au moins 75 manifestants tués par la police », lemonde.fr 19 décembre 2015.

(23) « Ethiopian riots in Oromia as Oromo students protest » : https://www.siitube.com/ethiopia-riot-in-oromia-as-oromo-students-protest_1e760e591.html ;
« Protest update for Sululta, Ethiopia », par W. Davison, 20 décembre2015 :
http://mereja.com/forum/viewtopic.php?t=108355

(24) Il y a non pas un, mais deux mouvements de protestation. Le principal, ce sont les Oromos, qui manifestent contre la marginalisation et les persécutions dont ils sont victimes, surtout ces vingt-cinq dernières années. Le deuxième mouvement de protestation, mené par les Amharas, est beaucoup plus récent. Ces derniers forment le deuxième groupe ethnique en Ethiopie. Historiquement, ils ont dirigé le pays jusqu’à ce que le Front de libération du peuple tigréen prenne le pouvoir et qu’ils soient relégués à l’arrière-plan. Traditionnellement ces deux groupes ethniques ont toujours été des adversaires, mais – et c’est le développement le plus significatif de ces dernières semaines – on a vu l’expression croissante d’une forme de solidarité entre Amharas et Oromos. La coalition au pouvoir a toujours tout fait pour attiser l’antagonisme entre les deux peuples, pour asseoir son pouvoir. « Et le fait qu’ils puissent dire désormais, “nous sommes les victimes d’un même système” marqué par la mauvaise gouvernance et l’oppression, c’est quelque chose qui peut changer la donne », explique le docteur Awol Allo, chercheur à la London School of Economics. « Ethiopie, la colère réprimée à huis clos », Macé et Big, site Libération, art. cit.

 

(25) « A year of protest in Ethiopia », The Rift Valley Reform, novembre 2016. « Never again ? Inside Ethiopian’s “etraining” program for thousands of detained protesters », Kalkidan Yibeltal, Ethiopian Media Forum, 26 janvier 2017.

(26) « En Ethiopie, la lutte acharnée des fermiers konso pour leur autonomie. »
www.lemonde.fr/…/en-ethiopie-la-lutte-acharnee-des-fermiers-konso-pour-leur-autonomie

(27) « En Ethiopie, une cérémonie religieuse dégénère en manifestation… » (http://fr.euronews.com/2016/10/02/ ethiopie-plusieurs-personnes-ont-ete-tuees-dans-un-mouvement-de-foule-lors-d)
(28) fr.africatime.com/ethiopie/ethiopie?page=5 ; « Le Lodge est complètement détruit, incendié à 100 % », AFP.
La lapidation (caillassage) semble coutumière dans tout le pays. Voir le récit d’un voyage en vélo en Ethiopie : https://1vagabondenrouelibre.wordpress.com/2016/06/19/ethiopie/
(29) « L’Ethiopie décrète l’état d’urgence après plusieurs mois de violences… », www.rfi.fr/…/20161009-ethiopie-decrete-etat-urgence-apres-plusieurs-mois-violences

(30) « Ethiopie: la guerre civile a débuté depuis le mardi 29 novembre 2016 au Nord de l’Ethiopie », par Hassan Cher (http://webcache.googleusercontent.com/search ?q= cache:CNjn18q5S68J:www.hch24.com/actualites/11/2016/ethiopie-la-guerre-civile-a-debute-depuis-le-mardi-29-novembre-2016-au-nord-de-lethiopie/+&cd=1&hl=fr&ct =clnk&gl=fr&client =firefox-b)
(31) http://securehotel.us/hotel-attacks, 17 janvier 2016.
(32) African Arguments, 27 septembre 2016.

(33) « The State of Emergency in Ethiopia has resulted in many derogations that fail to meet international human rights law », Oromian Economist, 5 février 2017
(https://oromianeconomist.com/2017/02/05/).

(34) En Somalie et dans la zone éthiopienne proche, les récoltes sont réduites de 70 % entraînant une hausse importante des prix des denrées alimentaires de base. « Ethiopia faces nex drought seeks urgent aid for 5 millions », 28 janvier 2017, Associated Press.

(35) Jean-Nicolas Bach, politologue à Sciences-Po Bordeaux, cité par Libération, art. cit. (http:// www.liberation.fr/ planete/2016/08/19/ethiopie-la-colere-reprimee-a-huis-clos_1473535)

(36) « Éthiopie : Existe-t-il un projet secret de déclaration d’indépendance de la région Tigré ? » HCH24, 16 février 2017.

(37) « Des nouvelles d’Ethiopie », Le Club de Mediapart – Blog Mediapart https://blogs.mediapart.fr/agnes-druel/blog/201216/des-nouvelles-dethiopie
« Ethiopia ‘s gins tainted by violent repression » Financial Times, 5 février 2017.

(38) « Le climat de violences en Ethiopie fait douter les investisseurs »,  http://www.lemonde.fr/afrique/article/ 2016/09/12/le-climat-de-violences-en-ethiopie-fait-douter-les-investisseurs_4996289_3212.html#bx0VejmuW0USq9GU.99
(39) Témoignage de C. E.
(40) « Ethiopie : la colère réprimée à huis clos », Libération., art. cit. – http://www.investigaction.net/lethiopie-a-la-croisee-des-chemins-33-lapartheid-de-zenawi/#sthash.Fp WpNTRb.dpuf

 

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20 avril 2017

SNCF-Après un entretien avec la direction, une cheminote s’est tailladé les veines

 

 lundi 10 avril 2017-Une cheminote a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail à Clichy, dans la région de Saint Lazare, après un rendez-vous avec la direction. Avant de passer à l'acte, elle avait laissé un message où elle accusait sa hiérarchie. Correspondants cheminots

Correspondants cheminots

Selon les informations transmises par le syndicat SUD-Rail à la presse, cette cheminote, âgée de 41 ans et salariée du pôle de Ressources Humaines, a essayé de se donner la mort après un rendez-vous avec sa direction.
Malheureusement, cette situation devient une habitude à la SNCF. Les méthodes de management violent, et de pression sur les cheminots, deviennent de plus en plus récurrentes, au point que beaucoup commencent à parler d’un parallèle avec France Télécom. Selon l’Observatoire national du suicide, plus d’une pensée suicidaire sur quatre est liée au travail.

A la SNCF, il paraît évident que les méthodes de management violentes et de pression sur les cheminots vont en s’accentuant au fur et à mesure que la direction essaie de mettre en place ses réformes. Il y a seulement quelques semaines, on a vu le suicide d’Édouard, cheminot et syndicaliste SUD-Rail dans la région de Saint Lazare, suite à des années de harcèlement et répression anti-syndicale. Il s’est battu et a dénoncé à plusieurs reprises la politique de la direction. Le cas d’Édouard n’a malheureusement que mis en lumière une situation beaucoup trop inquiétante. En effet, dans les jours qui ont suivi, un cheminot de Mulhouse, syndicaliste à la CGT, s’est également donné la mort, ainsi qu’un cheminot de la région de Bordeaux. A la SNCF, la répression anti-syndicale ont été remise à l’ordre du jour. Le jour même où avait lieu un rassemblement en hommage à Édouard, la direction annonçait une nouvelle procédure disciplinaire à l’encontre de Nathalie Pradelle, syndicaliste SUD-Rail.

Les syndicats des cheminots ont tiré la sonnette d’alarme par plusieurs biais, y compris à travers une lettre d’interpellation à François Hollande de la part du syndicat SUD-Rail, mais le gouvernement reste indifférent à cette situation, pendant que la direction de la SNCF continue de mener la même politique.
Il s’agit maintenant de passer à une vitesse supérieure. Il est indispensable que les syndicats se réunissent, à commencer par SUD-Rail, la CGT Cheminots et Force Ouvrière, et discutent d’un plan d’action et de lutte pour mettre un coup d’arrêt à cette politique criminelle.

Il en va de la vie des cheminots, donc il y a vraiment urgence à agir et à se mobiliser. Les cheminots en ont ras-le-bol et ne veulent plus voir leurs collègues se faire réprimer, licencier, ou encore se suicider à cause de la souffrance au travail. Il y a besoin de discuter, tous ensemble, d’une mobilisation à la hauteur de la situation. La direction ne comprend qu’un langage, celui de la grève et du rapport de forces, montrons-leur que la vie des cheminots compte pour nous et que nous ne sommes pas prêts à laisser nos collègues en détresse, que nous sommes solidaires et que nous ne les laisserons pas faire.

 

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17 avril 2017

ETATS-UNIS- Comment Trump tient ses promesses de stopper les délocalisations ?

12,6 % des adultes entre 20 et 50 ans vivent dans la pauvreté et 4 sur 10 y ont vécu pendant une année au moins une fois dans leur vie. Plus de 8 millions de travailleurs cumulent plusieurs emplois et le travail à temps partiel ne cesse de croître (plus de 500 000 ces derniers mois).
Comment Trump tient ses promesses de stopper les délocalisations ?


Carrier, hauts fourneaux à Indianapolis, avait annoncé en février dernier le transfert total de ses activités à Monterey (Mexique) entraînant la fermeture de deux usines, celle d’Indianapolis et celle de Huntington avec le licenciement sec de 2 000 travailleurs. Trump a concocté un accord de sauvetage qui maintient le licenciement de 1 300 sidérurgistes, le transfert au Mexique étant en grande partie maintenu. En prime, pour les 700 « sauvés », les salaires seront réduits et les nouveaux embauchés subiront le « 2/3 system » qui ne leur accorde qu’un salaire réduit. Carrier est une filiale du groupe UTC qui gagnera 65 millions de dollars par an avec ce transfert (les salaires mexicains sont de 6 $ de l’heure pour un minimum de 12 $ aux Etats-Unis). Pour obtenir ce « plan de sauvetage », Trump a aussi promis au trust UTC des commandes de matériel militaire pour un milliard de dollars.
La lutte de ceux qui ont un emploi couvert par une représentativité syndicale, souvent lors d’un renouvellement du contrat collectif d’entreprise.
Le 5 août, le casino d’Atlanta (Georgie) doit fermer après une grève de 34 jours et le licenciement de 3 000 travailleurs. C’était un des fleurons de l’empire Trump, qui l’avait inauguré il y a vingt-six ans en déclarant que c’était la « huitième merveille du monde ».
Le 12 août, on apprend que le Massachusetts a dépensé 24 millions de dollars pour briser le 27 juin dernier une grève de 3 000 infirmières, 8 millions pour l’embauche de jaunes, 16 millions pour le transfert des malades dans d’autres hôpitaux.
Le 30 août, un projet de deux jours de grève de 100 infirmières à l’hôpital de Gloserville (New York), où les discussions pour le renouvellement du contrat durent depuis deux ans, déclenche un lockout de 5 jours mais finalement un nouveau contrat est signé.
Le 5 septembre, les 4 000 infirmières de cinq hôpitaux du trust hospitalier Allina de la région de Minneapolis sont en grève illimitée depuis 29 jours après huit mois de négociations et une semaine de grève en juin 2016. Elles rejettent le 4 octobre de nouvelles propositions qui réduisent les garanties maladie et refusent toute nouvelle embauche. La grève prend fin le 16 octobre avec l’acceptation d’un nouveau contrat qui maintient les garanties maladie et prévoit de nouvelles embauches.
Le 8 septembre, les immigrants mexicains de Laminated Industries dans le New Jersey sont en grève, la direction refusant d’entamer les procédures pour un contrat collectif.
Le 9 septembre, 400 professeurs de Long Island University à Brooklyn (New York) sont en lutte contre les propositions pour le renouvellement du contrat qui veulent imposer une réduction des salaires jusqu’à 35 % et la suppression de la garantie maladie. Suite au rejet de ces propositions, ils sont lockoutés depuis le 1/9. Le 15 septembre, le lockout est levé après une manifestation massive regroupant enseignants et étudiants avec la nomination d’un médiateur et la prolongation du contrat expiré pendant une année. Conflits similaires en septembre et octobre dans les universités de Pennsylvanie, à Cleveland et Chicago.
Le 11 septembre, 700 enseignants de Yalu City en Californie en grève depuis huit jours (bloquant 18 écoles) reprennent le travail avec une augmentation de salaires.
Le 30 septembre, 100 travailleurs sociaux de Contra Costa sont en grève pour les salaires.
Le 5 octobre, 400 travailleurs de l’usine du trust de la sucrerie Just Born de Bethlehem en Pennsylvanie reprennent le travail après 23 jours de grève et un accord qui proroge l’ancien contrat. Mais les « travailleurs de remplacement » sont intégrés dans l’usine alors que 56 grévistes sont licenciés de fait.
Le 6 octobre, 750 employés des cuisines de l’université de Harvard (Cambridge, Massachusetts) se mettent en grève avec des piquets devant les restaurants et le soutien des étudiants. Ils reprennent le travail le 23/11/2016 après un accord qui prévoit une augmentation de salaires sur quatre ans, et le maintien des avantages sociaux.
Le 18 octobre, 750 travailleurs de Libby Glass Factory à Toledo (Ohio) sont toujours en grève depuis le 12 octobre.
Le 7 novembre, 5 000 travailleurs des transports publics de Philadelphie en grève depuis le 1er novembre reprennent le travail après un accord concernant la santé, la retraite et la sécurité.
Le 26 novembre 2016, les 300 travailleurs de Honeywell Aerospace sont lockoutés depuis plus de six mois dans deux usines de l’Indiana et de Green Island (New York) ayant refusé les propositions d’un nouveau contrat qui réduisait les garanties maladie pour actifs et retraités, le montant des retraites, et transférait certaines activités à la sous-traitance. Une nouvelle proposition acceptée par le syndicat tentait de jouer sur la fin des allocations chômage et l’isolement du conflit, mais a été rejetée par la quasi-unanimité des grévistes.
Le 1er décembre après 55 jours de grève, les musiciens Pittsburg Symphony Orchestra reprennent le travail. C’est une défaite car ils doivent accepter une réduction des salaires de 7,5 %, une réduction des garanties maladie et des pensions, et des licenciements.
Le 3 décembre 2016, après trois jours de grève, les 3 000 infirmières du trust hospitalier Sharp Healthcare reprennent le travail, après la menace patronale d’embaucher 1 000 « travailleurs de remplacement » et un accord qui laisse les grévistes totalement insatisfaits.
La grève des prisons
Près de 900 000 prisonniers sur 2,4 millions sont contraints de travailler dans des tâches fort diverses qui vont de la récolte du coton à des sites de réservation pour les transports aériens, en passant par le conditionnement alimentaire. Ils perçoivent de 23 cents à 1,15 dollars de l’heure (salaire moyen minimal hors prison : 12 dollars l’heure). La grève a mis des mois à se préparer ; elle débute le 9 septembre et prend des formes diverses (grève du zèle, grève perlée, grève de la faim). Elle touche 40 prisons dans 28 Etats, rencontre une répression sévère sous toutes les formes possibles, de sorte qu’il est difficile d’en connaître la dimension exacte. Dans la prison d’Atmore en Alabama, les matons se mettent en grève par solidarité, dénonçant les conditions de détention dont ils subissent le contrecoup.
Une offensive des victimes policières
Pour répliquer aux assassinats « légaux » (19 meurtres dans la dernière semaine de septembre, 30 meurtres par les flics en 10 jours d’octobre, 868 en 2016 : 41 % de Blancs, 26 % de Noirs, 16 % de Latinos qui appartiennent tous à la fraction la plus pauvre de la population, c’est la classe et non la race qui est en cause dans ces meurtres), une contre-offensive semble se développer sans qu’il soit possible de savoir s’il s’agit de bandes organisées ou d’actes isolés. Mais les meurtres délibérés de flics, hors de tout conflit, semblent s’être multipliés : le 9/7, 5 flics tués dans le dos à Dallas,(Texas), 3 à Bâton Rouge (Mississipi) quelques jours plus tard, 1 à San Diego (Californie), le 10 novembre un flic tué, un blessé dans une embuscade à Canonbury en Pennsylvanie, un autre tué le 21 novembre à San Antonio (Texas). Dans les dix premiers mois de 2016, 61 flics ont été tués, en hausse sensible sur les années précédentes. Peut être davantage ailleurs car le silence s’impose.
Effets secondaires du marasme économique
Les caisses de retraite sont pour les grandes entreprises organisées pour ses seuls salariés et alimentées, dans le cadre du contrat collectif, par des cotisations patronales et salariées et gérées paritairement ou par le seul syndicat reconnu dans l’entreprise. Autrement dit, le service des prestations dépend étroitement de l’activité de l’entreprise. Le trust américain du charbon Patriot Coal se trouve rattrapé par la crise dont il a fait un temps son beurre dans le rachat des mines en faillite. Sa mise en faillite et les réductions d’activité ont tari l’alimentation de la caisse de retraite, le Patriot Retirement Voluntary Employment Association géré par le syndicat UMWA : 120 000 retraités de ce fonds et leur famille sont menacés de se voir supprimer toute garantie maladie. 16 000 d’entre eux ont reçu une lettre les avisant de cette suppression au 31/12/2016.

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10 avril 2017

INFOBREF N°485-SYRIE: L'impérialisme humanitaire a encore frappé

INFOBREF N°485

Dématérialisation du bulletin de paye

Selon les dispositions de l’article 54 de la loi Travail du 8 août 2016, l’employeur qui le souhaite pourra procéder à la remise du bulletin de paye sous forme électronique, sauf opposition individuelle du salarié (chapitre III du titre IV du livre II de la troisième partie du Code du travail complété par les articles D. 3243-7, D. 3243-8 & D. 3243-9).

Dispositif facultatif
La possibilité de délivrer le bulletin de paye sous forme électronique est une option ouverte à l’employeur. Il est libre...



Frima s’engage dans la numérisation des grandes cuisines avec ConnectedCooking

 

Rational AG développe la numérisation des grandes cuisines avec le lancement de sa plate-forme web ConnectedCooking, permettant aux appareils Rational et Frima d’être connectés et contrôlés à distance. Pilotage des cuisines multi-sites avec paramétrage des accès utilisateurs ; accès aux données HACCP, récupération des informations sur l’état des appareils, notification des problèmes détectés : ConnectedCooking permet de gérer tous les appareils raccordés de manière centralisée et ce, depuis un ordinateur, une tablette ou un Smartphone.


Gratuite jusque 3 appareils, cette plate-forme présente également une sécurité des données grâce à l’utilisation des techniques de cryptage des données les plus récentes.
Cet outil permet notamment au chef de transférer des processus de cuisson d’un appareil à l’autre, d’obtenir une surveillance des cuissons de nuit facilitée et de trouver de nombreuses inspirations via l’accès à une importante bibliothèque de recettes.
Enfin, ConnectedCooking est particulièrement simple d’utilisation : il suffit en effet d’intégrer un ou plusieurs appareils Rational ou Frima sur réseau Internet et de s’inscrire gratuitement sur le site ConnectedCooking.com

Rendez-vous sur rational-online.fr ou frima-online.com pour obtenir davantage d’informations.

 

Peine d’emprisonnement à perpétuité prononcée contre les travailleurs de Maruti Suzuki

21.03.2017

Le 18 mars, le Tribunal de district de Gurgaon a condamné 13 responsables syndicaux à la réclusion à perpétuité sur les 31 travailleurs de Maruti Suzuki jugés. En signe de protestation contre cette décision, les travailleurs ont déposé, le 20 mars, leurs outils de travail une heure durant dans six différentes usines Maruti Suzuki.

Quatre autres travailleurs ont été condamnés à une peine d’emprisonnement de 5 ans. La plupart d’entre eux sont déjà incarcérés depuis plus de quatre ans, alors que leurs familles connaissent des conditions de vie épouvantables.

Une amende symbolique avait été infligée. En raison de leur incarcération préalable, les 14 travailleurs restant doivent être libérés immédiatement et s’acquitter d’une amende de 2 500 Rs (38 US$).

Une fois le verdict prononcé, l’avocate des travailleurs, Vrinda Grover, a déclaré:

Selon toute invraisemblable, le Ministère public a requis la peine capitale contre les travailleurs reconnus coupables. Au cours du procès, l’avocat de la défense a argumenté avec force que les 117 travailleurs avaient été emprisonnés de façon illégale et injustifiée à l’instigation de la compagnie sans aucun élément de preuve, comme l’a confirmé le tribunal.
Nous allons introduire un recours contre l’ensemble de ces condamnations et sommes convaincus d’obtenir justice devant la juridiction supérieure. Rien ne permet de relier les travailleurs condamnés au meurtre. Il est important de rappeler qu’ils étaient tous responsables syndicaux. Il est par conséquent évident qu’il s’agit d’une tentative de musellement ciblé de la part de l’Etat.

Apoorva Kaiwar, Secrétaire général d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a indiqué:

La décision du Tribunal de district de condamner à la réclusion à perpétuité ces 13 travailleurs, alors tous membres du comité directeur du syndicat, est très inquiétante.  
L’acquittement des 117 travailleurs est la preuve tangible que les travailleurs ont été mis en cause à tort dans cette affaire. Les travailleurs de Maruti Suzuki paient le prix de leur lutte pour leur droit constitutionnel à la liberté syndicale. Tout ceci aurait pu être évité si la direction et l’administration de l’Etat avaient géré les demandes des travailleurs de façon réfléchie. Nous espérons que le recours des travailleurs devant la juridiction supérieure permettra que justice soit rendue aux travailleurs.

Un grand rassemblement public de travailleurs devrait avoir lieu le 23 mars dans la région de Delhi-Gurgaon pour protester contre la décision du Tribunal et planifier les nouvelles activités.

Rappel des faits à Maruti Suzuki

Un cadre de l’entreprise est décédé après qu’un violent incident ait éclaté à l’usine Maruti Suzuki le 18 juillet 2012. La société a alors licencié 546 travailleurs permanents et 1 800 travailleurs contractuels. Des dizaines de travailleurs ont été arrêtés et 139 emprisonnés pendant plus de trois ans et demi, alors que onze travailleurs n’ont jamais pu bénéficier d’une mise en liberté sous caution.



SYRIE: L'impérialisme humanitaire a encore frappé

 

Ce n' est certes pas les états Unis qui peuvent se prévaloir de mener des guerres propres, des guerres humaines chirurgicales comme le voulait le docteur B. Kouchner et ses interventions humanitaires bidons. Il faut que les peuples endoctrinés, se foutent sur la gueule sans exaction, il est bien connue que la sainte démocratie est respectueuse du droit de la guerre qu' elle a elle même confectionné pour justifier ses incursions militaires.

 Ce n' est tout de même pas l' administration américaine qui peut donner au monde des leçons de bonne conduite des guerres. Il suffit de se souvenir de la guerre du Vietnam et des tonnes de défoliant versées sur les forêts et l' emploi massif du CS (orthochorobenzamalonoritrile) poudre en suspension dans l' air. Le centre international des crimes de guerres à Paris de même que le Tribunal Russel avaient conclu que le CS est un gaz toxique qui tombe sous le coup des interdictions édictée à Genève, dans le protocole sur l' emploi des armes chimiques.

Le gazage de proximité extrait de « Le massacres la guerre chimique en asie du sud-est » cahiers libres 179-180 aux ed. F. Maspero

 

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Témoignage du Mrap

 

Agent ORANGE au Vietnam: la plus grande guerre chimique e l'histoire de l'humanité



Vérité et justice pour les victimes



Entre 1961 et 1971, l 'armée américaine a utilisé des herbicides et défoliants chimiques comme armes militaires, pendant une décennie, et sans discontinuer: toute une partie du couvert végétal du Vietnam méridional a été inlassablement arrosée de millions de litres d'agents toxiques. L'objectif était de priver la résistance vietnamienne de la protection du couvert végétal et de faciliter les frappes aériennes au sol. Ces missions n'hésitèrent pas à « déborder » au nord du 17e parallèle (frontière établie entre le Nord et le Sud Viêt-Nam lors des accords de Genève, en 1954) pour détruire les convois de ravitaillement . La piste Hô Chi Minh sera largement arrosée dans sa partie laotienne, sans parler de l'intérieur du Cambodge, alors que ces deux pays ne sont pas engagés dans le conflit.

L'utilisation des armes chimiques est bannie par le protocole de Genève (1925). Les premiers tests d'herbicides utilisant de la dioxine (dinoxol et trinoxol) ont pourtant lieu au Vietnam. Un agent dit pourpre est utilisé à partir d'octobre 1962. Un agent bleu, en novembre de la même année. Pourpre, bleu, blanc, rose, orange… Les appellations de l'arsenal chimique correspondent à la couleur des étiquettes présentes sur les bidons de défoliants ! Entre 1962 et 1965, 1,9 million de litres d'agent pourpre sont déversés. 3181 villages ont été directement arrosés, ce qui a entraîné la contamination - si l'on tient compte de la dispersion éolienne - de 2,1 à 4,8 millions de personnes. Des mesures réalisées en 2000, au sein de la population vietnamienne ont décelé chez certains sujets des taux de dioxine deux cents fois supérieurs à la limite acceptable.

Au Vietnam, en 2005, l'agent orange tue encore

Trente ans après, les conséquences de la plus grande guerre chimique de l'histoire de l'humanité sont hélas toujours terribles. En octobre 1980, une commission officielle a été créée à Hô Chi Minh-Ville (ex-Saigon) pour en étudier les conséquences. Elle a pu identifier toute une série de maladies et de symptômes provoqués par ces herbicides qui détruisent des plantes mais aussi la vie et la santé des habitants, en provoquant cancer des poumons et de la prostate, maladies de la peau, du cerveau et des systèmes nerveux, respiratoire et circulatoire, cécité, diverses anomalies à la naissance...Les femmes dont les maris et/ou elles mêmes furent exposés à l'agent orange continuent à avoir un taux élvées de fausse couches, naissances prématurées; environ les 2/3 de leurs enfants ont de graves malformations congénitales ou développent des infirmités dans les premières années de leur vie. Outre les souffrances provoquées, la lourde charge de soigner souvent plusieurs enfants infirmes empêche la femme de travailler, engendrant de graves problèmes sociaux.

Les Etats-Unis - après beaucoup d'hésitations et d'atermoiements - ont fini par reconnaître l'existence d'un lien entre l'agent orange et les symptômes dont souffrent les anciens combattants américains: cécité, diabète, cancer de la prostate et des poumons, malformation des bras et des jambes, entre autres.

En mai 1984, juste avant le jour du procès, les firmes en accusation ont décidé d'obtenir un règlement à l'amiable, en payant 180 millions de dollars à un compte en banque qui deviendrait le fonds de compensation des anciens combattants souffrant de la dioxine . Ainsi , sur quelque 68 000 plaignants, près de 40 000 ont reçu des paiements, allant de 256 à 12 800 dollars selon la gravité des cas. En revanche, aucune des centaines de milliers de victimes vietnamiennes n'a reçu un centime d'indemnisation, aujourd'hui la troisième génération paye encore les conséquences terribles de cette guerre.

Plus d'un million de personnes souffrent de maladies ou de handicaps imputés à l'agent orange, 200 000 enfants sont nés avec des malformations. Face au silence, à la souffrance, à la misère et à l'exclusion de ces familles le MRAP a décidé de s'associer au collectif “Vietnam-dioxine” et de se mobiliser pour :

  • soutenir l'action en justice intentée en janvier 2004 par l'Association des victimes vietnamiennes de l'Agent Orange contre les principaux fabricants dont DOW CHEMICAL et MONSANTO.

  • pour exiger qu'une aide sociale et médicale soit apportée d'urgence aux populations touchées.

L'usage massif de produits chimiques pendant la guerre menée par les Etats-Unis contre le Vietnam est un crime contre l'humanité. Justice doit être rendue pour les victimes et leurs familles mais aussi parce que la reconnaissance des crimes du passé et un gage de paix pour l'avenir.

 HISTOIRE. Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat ...

 

Voir a ce sujet le livre « Le massacres la guerre chimique en asie du sud-est » cahiers libres 179-180 aux ed. F. Maspero

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09 avril 2017

Le complexe militaro-sécuritaire international son rôle dans la crise actuelle.(ll Partie)

La démocratie veut des guerre propres, des guerres humaines et écologiques

Paru dans ECHANGES N°140 Printemps 2012

le_feu_de_la_guerre 2/11/2011-Un groupe d'experts des Nations unies a averti, mardi, que le recours aux mercenaires était de plus en plus fréquent dans le monde, tout en soulignant l'expansion du nombre d'entreprises privées de sécurité qui mènent leurs opérations en faisant fi des règles et de leur responsabilité.

« Dans un rapport déposé à l'Assemblée générale des Nations unies, le groupe de travail sur l'utilisation de mercenaires affirme qu'en Libye et en Côte d'Ivoire, des mercenaires auraient été impliqués dans de graves cas de violation des droits de la personne, tout comme certains sous-traitants de l'armée et des entreprises privées de sécurité œuvrant en Irak ou ailleurs. »

Ce verbiage lénifiant ne vise qu' à faire croire que la démocratie, mène des guerres justes et propres, cadrées dans le droit international et les accords de Genève. De la croix rouge aux ONG en passant par les remèdes du docteur Kouchner et son droit d' ingérence humanitaire...Dans la réalité, ces interventions masquent le plus souvent des intérêts supra-nationaux, dans l' appropriation de matières premières, en déstabilisant une région, en déclenchant des guerres ayant pour seul objectif la liquidation massive d' être humains, tout en ayant l' air de leur apporter secours. Fin janvier 2012, le Journal Marianne nous apprenait que le choléra décime la population haïtienne - plus de 7000 morts et 520 000 infectés depuis 2010, prés de 200 personnes sont contaminées chaque jour. Quand l' information arrive il est déjà trop tard, mais la télévision nous montrera des médecins sans frontières au chevet des mourants. L 'ONU, ou même le (TPI) peuvent effectivement demander pour la forme telle ou telle condamnation de société militaire privée (SMP). La bourgeoisie nous a habitués à ce type de revers où les héros d' hier deviennent du jour au lendemain des affreux tortionnaires, le repentir ne servant que de bas intérêts.

Les sociétés militaires privées (SMP) pour les bas coups

 La sous-traitance privée du juteux marché des guerres a commencé dans les années 1930. Il ne s' agissait alors que d'un apport logistique de sociétés privés: ravitaillement et construction de bases militaires. Il en sera tout autrement avec l' émergence de ce qu'il est convenu d' appeler les SMP, qui commencèrent à sévir dés les années 1960, durant la guerre du Vietnam. Elles avaient pour tâche d' entraîner l' armée et la police sud-vietnamiennes tout en assumant la logistique des troupes américaines.

Ce n' est pas tant le fait que le CIA ou autres utilisent des privés ou des mercenaires qui nous intéresse, l' armée romaine en son temps en recrutaient dèjà, par conséquent ce n' est pas propre au régime capitaliste. Ce qui lui est propre, c' est l' évolution gigantesque de la militarisation de l' économie, où Engels voyait les prémices d' un effondrement financier1, ,la dialectique2 devant exécuter son œuvre. L' URSS implosa principalement du fait de cette course aux armements. Les Etats-Unis sont aujourd'hui confrontés au même problème, et le recours de plus en plus important aux SMP depuis les années 1990 correspond aux exigences de la dette publique devenue partout insoutenable. La rationalisation des budgets de la défense entre en contradiction avec les industries militaro-industrielles ( valeur refuge). La privatisation d'une partie du secteur de l' armement est devenue exponentielle, et dés 20043 elle représentait un marché équivalent aux budgets de défense de la Grande Bretagne, de la France et de l' Allemagne réunies. Nous verrons plus loin comment avec la révolution dans les affaires militaires (RMA) les états-Unis vont utiliser les SMP.

 Etats-Unis-La révolution dans les affaires militaires RMA

 Il n' est pas possible de parler des SMP, sans évoquer la révolution dans les affaires militaires (RMA) de la puissance américaine, qui notons le au passage dispose de 1000 bases dans le monde. Cette transformation de l' appareil militaro-industriel des Etats-Unis avait commencé quelque temps avant la RMA ( 1990) . Elle visait à intégrer des sociétés privées spécialisées dans la gestion des guerres. Il est officiellement reconnu que les SMP américaines ont formé et entraîné les armées de plus de 42 pays au cours des années 1990. Cette mutation des forces armées n' est pas exclusive aux états-unis mais touche d' autres pays .

Cette réforme comme bien d' autres du monde industriel correspond à la montée en puissance, de la révolution électronique dite des TIC ( technologie de l' information et de la communication) . La première guerre du golfe, fut sans aucun doute un terrain d' essai grandeur nature de cette réforme.

La guerre aux bombes guidées par laser, dite chirurgicale , devait apporter la preuve qu'il était dorénavant possible de « privatiser » les opérations au sol et de procéder à une réduction massive des effectifs de l' armée de terre4 et du service militaire,au profit d'une armée superviseuse de super- professionnels ayant la maitrise des nouvelles technologies ( informatique, espace, drones...).

En effet, il y avait déjà un mercenaire de SMP engagé pour 50 soldats réguliers lors de cette guerre. Dés l' année 2003 il était devenu évident que les sociétés privées devenaient une partie intégrante du redéploiement de la puissance américaine dans le « Grand moyen orient » ( concept élaboré par l' administration Bush au début des années 2000, désignant un ensemble allant de la Mauritanie à l' Afghanistan). La proportion de mercenaire passera de 1 pour 10 réguliers en 2003 lors de la guerre d' Irak5.

Depuis, la présence sur le terrain des SMP anglo-saxonne, mais aussi française, est en pleine expansion. Donald Rumsfeld est allé jusqu'à dire qu'il était possible «d' externaliser toutes les fonctions militaires sauf les tirs ».

En 2004 il fut recensé environ 30 000 mercenaires de SMP en Irak. En 2006, les contrats gouvernementaux avec les SMP représenteront le quart des 439,3 milliards de dollars du budget de la défense des Etats-Unis. Selon un document officiel américain intitulé Security Companies Doing Business in Iraq, les sociétés de sécurité privée occidentales étaient 25 en 2004. Début avril 2005, elles étaient plus de 60. En 2008 l' expert américain Peter Singer, dénombrait 160 000 opérateurs privés6, toutes nationalités confondues, en Irak, soit un opérateur privé pour un soldat.

La « révolution » au sein des frontières nationales

La fin de la conscription aux États-Unis remonte au début des années 1970. Elle correspond à la poussée du mouvement anti-guerre et d' une perte de contrôle du commandement militaire sur le contingent, dans le contexte historique de lutte contre la guerre au Vietnam des « années 1968 ». Le mouvement Resistance Inside The Army (résistance à l’intérieur de l’armée ou RITA) et l'émergence du Black panthers parti en 1966.

C'est depuis les attentats du 11 septembre 2001 que les sociétés privées peuvent intervenir sur le territoire américain pour des actions anti-terroristes. Elles ont été utilisées pour sécuriser le quartier d' affaire de la Nouvelle-Orléans suite au passage dévastateur de l' ouragan Katrina en août 2005.

Des sociétés comme Blackwater ont silloné les quartiers, dans un but « humanitaire » et contre les vols... D' autres proposèrent leur service comme la SMP israélienne Instinctive Shooting International. En moins de quinze jours, le nombre de SMP passa de 185 à 235, chacun se payant la sécurisation de sa propriété privée.

Nous ne sommes plus dans le cas où le budget de la défense sert à financer une armée dite citoyenne, mais dans le cas ou ce budget finance directement des SMP, un nouveau et puissant lobby organisé dans l’International Peace Operations Association et coté en Bourse.

 Les SMP dans la guerre serbo-croates

 « Des nations et des mini-nations s'annoncent de toutes parts et affirment leurs droits à constituer des États. Des cadavres putréfiés sortent de tombes centenaires, animés d'une nouvelle vigueur printanière et des peuples « sans histoire » qui n'ont jamais constitué d'entité étatique autonome ressentent le besoin violent de s'ériger en États. Polonais, Ukrainiens, Bielorusses, Lithuaniens, Tchèques, Yougoslaves, dix nouvelles nations au Caucase... Les Sionistes édifient déjà leur ghetto palestinien, pour l'instant à Philadelphie.... c'est aujourd'hui la nuit de Walpurgis sur le Brocken 7 nationaliste.Sur un balai, sur un bâton. Ne volera plus jamais, qui aujourd'hui n'a pas volé. »(Rosa Luxemburg : Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution)

 Ce constat de Rosa Luxemburg en son temps, est devenu une triste réalité aujourd'hui, depuis l' implosion de l' URSS. La pérestroika (« rénovation ») déclenchée par Gorbatchev allait inévitablement provoquer un nouveau partage du monde, c' est-à-dire une révision des accords de Yalta. Des cadavres putréfiés vont de nouveau sortir des tombes, et la Yougoslavie mise à feu et à sang par des guerres civiles de toute nature fomentées par le capital financier et sa politique d' endettement des peuples. Depuis sa réunification l' Allemagne s' est impliquée dans des actions visant à regagner sa sphère d’influence de la Mitelleuropa au détriment de la zone slave . De plus elle dispute à la France son rôle hégémonique dans la création d’une armée européenne indépendante dans laquelle elle veut une participation à la hauteur de sa puissance économique.

 Le dépeçage de la Yougoslavie ( de la sphère slave) mis en œuvre en 1991 par la RFA et les USA8 commence en 1988 , quand FranjoTudjman (1922-1999, président de la Croatie de 1991 à1999) rencontre le chancelier Helmut Kohl pour envisager la création d’un Etat croate; par la suite le président croate et son homologue slovène demandent le patronage de l’Allemagne pour tenir à Francfort une « conférence yougoslave ». Le patronage va plus loin, Bonn finance le HDZ, parti nationaliste de Tudjman qui renporte les élections. Le 25 juin 1991 les parlements slovéne et croate se déclarent indépendants, le lendemain la Deutsche Bank se dit prête à aider les deux républiques. Fin 1991 le conflit entre les indépendantistes croates et l’armée fédérale augmente d’intensité ; le gouvernement allemand va livrer des chars et des obus à la Croatie et décrète le blocus complet du trafic vers la Serbie et le Montenegro. De Cuellar ( ONU) et Lord Carrington ( médiateur européen) mettent en garde contre une reconnaissance pouvant générer une guerre civile. L’Europe des douze est divisée et plutôt opposée aux indépendances.

Le 17 septembre 1991, la Macédoine devient elle aussi indépendante (après référendum). La SMP américaine Military Professional Resources Inc ( MPRI) obtint en 1998 un contrat pour réorganiser l’armée macédonienne – parallèlement à la vente d’armes des États-Unis à la Macédoine. La presse allemande (Hamburger Abendblatt, du 25 juin 2001) révélera que des vétérans états-uniens, employés par MPRI, agissaient de concert avec des membres de l’UCK retranchés dans le village macédonien d’Aracinovo. MPRI reconnaîtra avoir aidé l’UCK, mais rejette, contre toute évidence, l’accusation de conflit d’intérêts.

De 1994 à 1995, MPRI a entraîné l’armée croate et l’appuya même dans ses combats face aux forces serbes de Krajina, ce qui provoquera ( en aout 1995) la déportation des populations serbes de Krajina ( 200 000 personnes). Plus de 7000 combattants privés de MPRI vont intervenir pour les intérêts des Etats-Unis dans la guerre de l' ex-Yougoslavie.

La boite de Pandore des reconnaissances des mini-états était ouverte;la Croatie et la Slovénie étaient reconnues par l » Allemagne le 23 décembre 1991, le Vatican le 13 janvier 1992, la CEE le 15 janvier, la Russie le 17 janvier, les Etats--Unis le 7 avril et Israêl le 16 avril. Le 28 février 1992, le Référendum sur l’indépendance de la Bosnie imposé par la CCE déclenche la guerre civile. L’Allemagne, il est bon de le rappeler, exporte aujourd’hui davantage vers le bloc de l’Est que vers les USA et dans l’ex-Yougoslavie elle est le premier importateur et exportateur .

Ce repartage des zones d' influence sous le couvert de lutte nationale va se payer au prix du sang, de guerre civile en guerre civile les peuples de l' ex-Yougoslavie vont compter leurs morts:

Guerre en Slovénie (1991), connue sous le nom de « guerre des dix jours » ; Guerre en Croatie (1991-1995) ; Guerre en Bosnie (1992-1995). Guerre du Kosovo (1998-1999) Conflit en Macédoine (2001) Conflit au sud de la Serbie (2001) Incidents de frontière albano-yougoslaves (1999) . Le bilan est lourd, 200 000 à 300 000 morts , plus d' un million d' être humains déplacés. Nationalisme et religions avaient une foi encore, été le carburant nécessaire de cette auto-extermination des peuples allant jusqu' au génocide.

 Les SMP sévissent en Afrique.

Souvent liées aux multinationales et aux industries extractives pétrolières, les SMP interviennent dans les guerres locales, comme ce fut le cas avec la société sud -africaine Executive Outcome.9 Ses interventions non contrôlées lui vaudront d' être dissoute en 199810. Elle menait des actions dans plus de trente pays africains.

« En mars 2004, un avion en provenance d’Afrique du Sud est arraisonné au Zimbabwe. A bord, une centaine d’hommes et leurs dirigeants : le britannique Simon Mann et le sud-africain Nick Du Toit, deux ex-dirigeants d’Executive Outcomes. But de l’opération : renverser le régime de la Guinée équatoriale, pays qu’on surnomme le « Koweit de l’Afrique » à cause de ses immenses réserves d’hydrocarbures. Instigateur de l’opération : Mark Thatcher, fils de l’ancien Premier ministre britannique, arrêté le 15 août 2004 en Afrique du Sud. Une entreprise de son associé en affaires et co-instigateur de la tentative de coup, le conservateur anglais Gary Hart, aurait bénéficié de 20 millions d’euros provenant de BAE Systems. (Source : Philippe Leymarie, Le Monde Diplomatique, « En Afrique, une nouvelle génération de "Chiens de guerre"« , novembre 2004)

Au Libéria , la SMP britannique, Northbridge Services Group, fut dépêchée pour procéder à l' enlèvement de Charles Taylor selon le principe des têtes mise à prix ( récompense 2 milliards de dollars). Charles Taylor actuellement en attente de son jugement était sous un mandat d' arrêt international d' Interpol.

« Le gouvernement de Somalie a contracté en 2008 la SMP française Secopex pour créer des unités de sécurité maritime, former les troupes somaliennes ainsi que la garde présidentielle du pays. Cette même SMP, basée à Carcassonne, va placer des gardes armés dans les navires croisant en mer Rouge pour le compte d'armateurs privés. Le contrat, d'une valeur de cinquante à cent millions d'euros, doit être financé par des bailleurs de fonds internationaux soucieux de lutter contre la piraterie. D'autres SMP, comme Xe, ont proposé leurs services contre la piraterie. La communauté internationale a déjà déployé sur zone une force opérationnelle navale pour repousser les pirates, la Combined Task Force 150, dont les résultats sont mitigés, en raison de l'ampleur de la zone maritime à sécuriser ; les SMP viennent donc compléter ce dispositif. (Wikipédia) »

 Les SMP à la française

 Ni la convention de Genève, ni les lois visant la répression de l' activité mercenaire ne seront agissantes. Les députés français, voteront bien une loi le 3 avril 2003 en faveur de la « répression de l' activité mercenaire ».11

Mais le constat est déjà fait par ceux la mêmes qui votèrent les lois, (si nous restons à l' écart se sont les entreprises anglo-saxonne qui vont se partager le juteux marché sécuritaire pensent ils).

Mais il y a pire pour eux, c' est de constater, que le «  savoir faire français » passe à l' étranger. Par exemple la SMP Amor group a recruté pour l' Irak du personnel francophone . DSL à Londres s'occupe de la sélection d' anciens légionnaires, parachutistes, commando marine pour des opérations en CDD par la SMP Hart Group. Mais encore, la convention de Genève est complétement inopérante pour les états ne la reconnaissant pas. Le gouvernement français lors des évènements de Côte d'Ivoire était dans l' impossibilité d' inculper les « mercenaires » slaves qui bombardèrent le camp militaire français à Bouaké, tuant neuf soldats en novembre 2004.

Alors, plus question pour l' état français, de laisser la place aux autres, et comme ils disent « il faut que la France se mette à l' heure anglo-saxonne ». Un général, ancien patron de la direction de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) puis premier directeur de la DRM (Direction du renseignement militaire),Jean Heinrich, a ainsi créé sa SMP ,la société Géos, qui connaît une forte expansion; 120 anciens de la DGSE sont la pour l' épauler. 12

Une autre SMP a été mise à l' index par le journal Marianne du Jeudi 19 Mai 2011. Le journaliste , explique le rôle joué par Secopex la seule à se revendiquer du statut de SMP:

 « La mort, la semaine dernière du français Pierre Marziali à Benghazi n’a d’ailleurs pas manqué de relancer le débat sur l’engagement des « mercenaires » sur les champs de bataille. Patron d'une société militaire privée (SMP), la Secopex, Marziali aurait été tué par balles « au cours d'un contrôle de police » dans la capitale de la rébellion libyenne, selon le Quai d'OrsayQuelle était la nature de l'activité en Libye de Pierre Marziali ? « faire de la formation » pour le CNT comme l'a assuré le vice-président de la société, Robert Dulas dans un entretien à Libération ? Ou alors, comme l’ont laissé entendre les insurgés et certains diplomates européens Pierre Marziali était-il un espion à la solde de Mouhammar Kadhafi ? D’après nos informations, Secopex ne travaillait pas pour Kadhafi mais était en Libye pour ouvrir un corridor le Caire-Benghazi pour faire des escortes sécurisées, de la protection rapprochée pour des journalistes, des ONG, des diplomates, des entrepreneurs français, éventuellement de la sécurisation de sites pétroliers. Bref, essentiellement du business mais également du conseil militaire privé auprès des rebelles libyens. » (Marianne « Les sociétés militaires privées à l'affût du business libyen ») 

 Le journal Le Monde du 16 février 2012, dans son article au titre évocateur « Vers un rôle accru du privé dans la défense française », ne fait que confirmer ce qui est dit plus haut, tout en précisant «  Nul ne prévoit de toucher à la loi de 2003 qui pénalise le mercenariat ». Derrière ce cache-sexe on ne parlera pas en France de SMP ,dit l' article, mais d' « entreprises de sécurité et de défense », ESSD. Comme disait mon vieux « sur les pissotières il y a marqué BYRRH » .

Pour conclure

En relation avec notre précédent article, qui soulignait l' aspect directement boursier de la stratégie sécuritaire américaine. Il nous semble judicieux de rappeler que les Etats-Unis sont reconnus par le monde occidental comme le gardien mondial de l' approvisionnement pétrolier de la « grande bassine »13 c' est à dire du marché des hydrocarbures. A ce titre il est aussi celui qui doit bénéficier en priorité de la rente pétrolière de l' Arabie Saoudite, dont il doit assumer la sécurité depuis le pacte de Quincy. Bien entendu cette sécurité l' Arabie Saoudite doit la payer, elle arrose même d' ailleurs tous ceux qui peuvent la lui garantir (même ses ennemis)14 en contractant d'importants contrats d' armement. Cela s' appelle le recyclage de la manne pétrolière.

Tout le système ne tient que par une stratégie de tension permanente, sans laquelle ni l' Arabie Saoudite, ni l' Iran auraient besoin de s' armer. Mais les pays producteurs d' armements (Etats-Unis, France, Grande Bretagne, Israel, Russie, Chine ..).sont pour que cette situation perdure. Seulement si les contrats ne trouvent pas preneur

l' entretien des armées devient un poids économique comme le faisait en son temps remarquer Engels:

« Mais la violence ne peut pas faire de l'argent, elle peut tout au plus rafler celui qui est déjà fait et cela ne sert pas non plus à grand-chose, comme nous l'avons également appris à nos dépens avec les milliards de la France. » (Engels ,Théorie de la violence Anti-Dudhring)

C 'est ainsi que les Rafales de Dassault, invendables , seront acheter pour le compte de l' armée par la plus value produite par le prolétariat.

Les armées, doivent elles aussi subir les lois de la rationalisation capitaliste - diminution des effectifs, hyper spécialisation et privatisation... la « machine » ici aussi remplace l' homme (Drones, robots) . Une partie de plus en plus importante des activités militaires sont donc confiées à des SMP pour la protection des biens. A ce niveau l' état national régalien devient squelettique, il n' est plus qu'un maillon d' une entité plus grande, supra nationale, la dite « communauté internationale » c' est à dire de la puissance américaine. La puissance américaine et ses acolytes ont décidés lors de la mise en place du «Grand Moyen Orient » de procéder à une stratégie du chaos afin d' imposer par la force la démocratie dans cette zone et s' ouvrir des marchés, voire s' approprier directement la gestion de l' approvisionnement pétrolifère, comme en Libye.

Gérard Bad

Rédigé entre le mois de décembre 2011 et Avril 2012

 

NOTES

1« Le militarisme domine et dévore l'Europe. Mais ce militarisme porte aussi en lui le germe de sa propre ruine. La concurrence des divers États entre eux les oblige d'une part à dépenser chaque année plus d'argent pour l'armée, la flotte, les canons, etc., donc à accélérer de plus en plus l'effondrement financier,(...) »Engels Théorie de la violence P.199 ed. sociale)

2(...)ces lois internes du mouvement, ces lois dialectiques selon lesquelles le militarisme, comme tout autre phénomène historique, périt des conséquences de son propre développement. »( Engels Théorie de la violence P.201 ed. sociale)

3 En 2003, sur les 87 milliards dépensés par les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, un tiers (30 milliards) l’a été pour les SMP. Rien qu’en Irak le General Accounting Office (GAO, équivalent américain de la Cour des Comptes en France) affichait en 2005 la présence de quelque 60 SMP employant environ 25.000 personnes, chiffre qui est passé en 2006 à 181 sociétés employant un peu plus de 48.000 personnes, soit plus de quatre fois les 11.000 soldats du contingent britannique !

4En France Le ministre de la Défense Hervé Morin a par ailleurs annoncé la suppression de 54 000 postes dans l'armée. La réforme consistera à diminuer le coût des infrastructures (les armées implantées sur 471 communes) par des regroupements et une forte rationalisation. Les économies réalisées serviront à moderniser l' armés à budget constant.

5Sur le territoire irakien, la modernisation des bases militaires destinées à accueillir 100 000 soldats américains était confiée à KBR en juin 2003, dans le cadre d’un contrat Logistics Civil Augmentation Program signé avec le Pentagone. Cette firme avait déjà été chargée de la gestion des installations militaires américaines en Bosnie et au Kosovo.

6Plus de 3 000 contrats de services en opérations extérieures ont été signés par les administrations successives et les firmes de sécurité privée sur la décennie 1994-2004, pour une valeur de plus de 300 milliards de dollars.

7 Brocken : Montagne du Harz où se serait déroulée la nuit de Walpurgis.

8 Le dépeçage avait des raisons différentes, l’Allemagne ayant toujours son problème d’accès à la Méditerranée et les USA le contrôle de l’Europe et de la Méditerranée ( la route du pétrole vers l’Europe). L’affaire du dépeçage

9Executive Outcomes est une société militaire privée sud-africaine créée en 1989 par d'anciens militaires (Simon Mann) et membres des forces spéciales sud-africaines, impliqués dans le maintien de l'apartheid. Elle remporte son premier contrat en 1992, avec des sociétés pétrolières : Heritage Oil & Gas (en), Gulf Chevron, Ranger Oil, Sonangol et Petrangol.Il consistait à dégager et sécuriser certaines zones tenues par l’UNITA, en Angola.Son succès lui valut deux contrats de 80 millions de dollars avec le gouvernement angolais : Luanda avait fait remarquer que les différentes actions de l’ONU (forces d’interposition et observateurs), beaucoup plus onéreuses, étaient restées sans effet.

10 Sa dissolution fut suivie d'une loi anti-mercenariat en Afrique du Sud.

11LOI n° 2003-340 du 14 avril 2003 relative à la répression de l'activité de mercenaire

12 Elle a décroché le contrat pour la sécurité du pipeline Tchad-Cameroun. Bien qu’elle refuse de traiter « des missions qui reviennent en principe aux pouvoirs publics », elle peut dans l’urgence, intervenir, avec le feu vert du Quai d’Orsay, tout en évitant « toute participation directe ».

13 (la formule est de Morris Adelman, professeur au MIT, un des principaux experts du marché pétrolier) dans laquelle se déversent toutes les productions et dans laquelle puisent tous les consommateurs. C'est un marché très "liquide", très vaste : le plus grand marché de commodities du monde, environ 10 % des flux du commence international dans son ensemble.

14MOSCOU, 1er octobre - RIA Novosti. L'Arabie Saoudite achètera une grande quantité d'armements à la Russie, si celle-ci refuse de livrer des systèmes de missiles antiaériens S-300 à l'Iran, lit-on jeudi dans le quotidien Vedomosti.

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02 avril 2017

la direction SNCF s’acharne sur Nathalie Pradelle II

Une première mobilisation réussie !


La direction de la SNCF avait convoqué Nathalie très tôt ce matin espérant ainsi démobiliser ses soutiens, notamment ceux qui venaient de loin. Nous n’avions pas non plus eu le temps de poser un préavis de grève pour permettre à ceux qui travaillaient de se rendre au rassemblement. Malgré cela, nous étions à peu près 150 personnes présentes, venus de tous les horizons parisiens et même d’ailleurs : grévistes du Bourget, cheminots du Landy, de Paris Est, de Paris-Nord, de Saint Lazare, de Paris Sud-est et PRG, de l’ingénierie du Service électrique d’Ermont, retraités. Et on en oublie forcément  ! Des militants de la CGT, de FO et de Sud-Rail étaient là aussi avec une présence de la fédération Sud-Rail et des élus des CE. Parmi les présents, une cinquantaine d’horairistes, collègues de Nathalie, ont bravé les consignes menaçantes de la direction et sont descendus pour soutenir notre camarade, notamment son équipe complète, celle que la direction l’accuse d’avoir « maraboutée » !

Nous avons eu la surprise de découvrir à notre arrivée que la direction, avait mobilisée 7 cars de gendarmes mobiles pour nous interdire l’accès à la place devant l’immeuble de DCS : quel courage managérial !
Un petit déjeuner était offert par le syndicat Sud-Centraux avec café, croissants et jus de fruits.
A 08H00, Nathalie s’est rendue avec un délégué au rendez-vous fixé par la direction. La montagne a accouché d’une souris. La direction n’a apporté aucun élément supplémentaire à ce qui a été écrit dans la demande d’explication. Nathalie a donc répété ce qu’elle avait déjà dit dans sa réponse écrite au 701. L’entretien a été bref. La direction nous a dit qu’elle se prononcerait sur la suite à donner à ce dossier dans le courant de la semaine prochaine.
Nous restons mobilisés et nous ne baissons pas la garde. Merci à tous pour votre soutien. On vous tient au courant !

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31 mars 2017

Tortionnaires, racailles, assassins, collabos, preneurs d' otages Ils existent à la SNCF,à la Poste et ailleurs.

Nous relayons cette information, car elle fait partie d' un tout, celui d' un acharnement sans commune mesure de l'ordre bourgeois contre notre classe. Nous venons d' apprendre que Nathalie Pradelle ne sait toujours pas ce que la SNCF lui réserve, par contre Carole , est réintégrée selon la CGT.

150 soutiens ont accompagné le syndicaliste de La Poste à Versailles

le 30 mars 2017

http://www.leparisien.fr/nanterre-92000/150-soutiens-ont-accompagne-le-syndicaliste-de-la-poste-a-versailles-28-03-2017-6804090.php

Versailles (Yvelines), mardi 28 mars 2017. Responsable de sud Poste 92, Gaël Quirante (au centre) était convoqué devant la cour administrative d’appel après une demande de licenciement de la direction

On prend les mêmes et on recommence. Ce mardi la cour administrative d’appel de Versailles a planché sur le cas Gaël Quirante. La direction de la Poste voulait pouvoir licencier le militant de Sud. Après avoir essuyé des refus de l’inspection du Travail, du ministère du Travail et du tribunal administratif, elle avait fait appel. Ce mardi, le rapporteur public est allé dans son sens et a requis l’annulation des précédentes décisions. L’arrêt a été mis en délibéré au 25 avril.

 

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« Le combat est loin d’être terminé… », gronde Gaël Quirante, secrétaire départemental de Sud Poste. Le militant n’avait pas fait le voyage seul. Quelque 150 personnes ont manifesté leur soutien à ce pilier de la lutte syndicale au sein de la Poste : Olivier Besancenot, Frédéric Lordon, un des organisateurs des Nuits debout, Eric Coquerel, conseiller régional, coordinateur du Parti de gauche, des anciens Goodyear, des syndicalistes de la Fnac, etc.

L’histoire remonte à 2010. Au cours d’une grève qui a touché plusieurs agences de la Poste des Hauts-de-Seine, le mouvement s’était durci. Gaël Quirante et quinze autres postiers avaient finalement investi la direction départementale à Nanterre le 10 mai. Ils avaient alors été accusés de séquestration par plusieurs cadres. Condamnés en 2011, ils ont été relaxés en appel deux ans plus tard. Entre-temps, la direction avait lancé une procédure de licenciement contre le meneur.

« S’ils veulent me licencier, il faudra reprendre l’affaire au début, avance Gaël Quirante. Cela peut durer encore de longues années. La Poste devra cohabiter avec nous. Nous sommes devant une bagarre juridique importante… » De son côté, la direction préfère attendre le délibéré : « Nous ne pouvons faire aucun commentaire, nous sommes dans l’attente de la décision de justice qui sera rendue dans les prochaines semaines », indique-t-elle.

Carole réintégrée !

Communiqué du secteur Midi-Pyrénées

22.03.2017 -Hier, mardi 21 mars, nous avons appris avec un grand soulagement la réintégration de notre camarade Carole.

logompLe secteur fédéral CGT, les syndicats CGT et UFCM CGT de Toulouse, remercient tous les cheminots qui ont fait acte de solidarité sur le territoire national, souvent dans l’unité syndicale, pour demander à la Direction d’examiner avec attention la situation de Carole.

Bien sûr, la CGT va continuer à épauler Carole, pour l’aider à reprendre, dès que son état de santé le permettra, ses fonctions dans l’entreprise dans les meilleures conditions. Une rencontre est prévue avec la Direction pour cela.

Par ailleurs, le syndicat CGT de Toulouse ouvre une caisse de solidarité pour l’aider financièrement, suite à ces semaines d’arrêts du fait de la dégradation de son état de santé et à la sanction.

Se souvenir des faits

«On est face à une affaire sordide, un différend professionnel qui dérape, mais la direction de l'entreprise se sert de ce prétexte pour enfoncer une salariée». C'est avec ces mots que Laurent Saint Supéry, cheminot et délégué CGT, a hier en fin de matinée exposé la situation d'une cadre de la SNCF à Toulouse visée par une procédure de licenciement. Une intersyndicale, suivie par près de 150 personnes, s'est rassemblée vers 11 h 30 dans les locaux de la direction régionale de la SNCF situés derrière la gare Matabiau. Les cheminots veulent dénoncer un «licenciement abusif» et entendent engager plusieurs actions : courriers à la direction régionale, mais aussi nationale, voire s'adresser directement au P.-D.G. Guillaume Pépy, a indiqué la CGT.

La salariée victime d'un infarctus en décembre

Les faits remontent à septembre 2016 et l'intéressée, qui a engagé une procédure aux prud'hommes, a confié à La Dépêche du Midi «son choc» après avoir reçu un premier courrier la menaçant de licenciement. «J'ai eu un échange avec un responsable de mission et ce désaccord professionnel a pris des proportions incroyables», affirme cette mère de famille âgée de 47 ans et qui vit seule avec deux enfants. Carole n'hésite pas à parler de «harcèlement», notamment depuis 2014 et l'obtention d'un Master 2 en communication. Un diplôme décroché dans le cadre de la formation continue, mais le retour à la SNCF n'a pas été. La salariée, qui dépend administrativement de Paris mais dont le conflit est né avec sa hiérarchie toulousaine, assure avoir été «placardisée, mise à l'isolement», jusqu'à ce que sa santé en paye le prix fort. «J'ai reçu ma première lettre le 5 décembre 2016, le 7, je faisais un infarctus, raconte-t-elle. Je ne peux toujours pas reprendre mon travail, je suis encore en période de rééducation. Mais je compte me battre jusqu'au bout».

Contactée hier, la direction régionale de la SNCF a déclaré qu'elle «ne ferait aucun commentaire sur cette affaire», a précisé le service communication. Mais le cas de cette salariée mobilise massivement le personnel. «On est sur une procédure complètement loufoque, poursuit Laurent Saint Supéry. C'est parti au départ avec un simple blâme avec inscription et, contre toute attente, on se retrouve avec une convocation à un conseil de discipline et à la sortie un licenciement. Carole a reçu le courrier il y a deux jours. On se retrouve face à une entreprise qui, par ailleurs, attaque une salariée qui, à ses heures perdues, a été militante CGT et déléguée et qui a le pied à terre. Ça a suscité beaucoup d'émoi». La CGT, toutes bannières dehors hier matin, assure que cette «première action à chaud» dans les bureaux de la direction régionale de la SNCF ne sera pas la dernière. À son avantage, affirment ses défenseurs, Carole disposerait de plusieurs témoignages attestant de la «nullité» de son différend avec sa hiérarchie.

Gérald Cami

Souffrance au travail à La Poste : un système qu’il faut mettre à bas

le 7 octobre 2016-Depuis quelques semaines, la souffrance au travail à La Poste est de nouveau sous le feu médiatique.

L’histoire d’Émeline, la jeune factrice de Villeneuve-d’Ascq qui a fait un AVC après que sa hiérarchie l’eut non seulement obligée à venir travailler, mais aussi maintenue à son poste au lieu d’appeler les pompiers, met en lumière la réalité de ce que vivent les postierEs au quotidien. Et avec une ampleur inédite depuis 2012 et la vague de suicides qui avait alors fait l’actualité.

Depuis 4 ans, la seule réponse de la direction de La Poste a été d’organiser un « grand dialogue », visant à prétendument associer les organisations syndicales afin de répondre au problème. Un écran de fumée... La machine infernale des restructurations est repartie de plus belle, les emplois sont sacrifiés sur l’autel de la réduction des coûts (plus de 100 000 suppressions en un peu plus de 10 ans !).

Aujourd’hui tous les clignotants sont au rouge, et il est certain que l’on s’achemine vers une situation encore plus dramatique qu’en 2012. Les alertes syndicales vers les directions ont été nombreuses, mais elles se sont heurtées à une véritable omerta organisée à tous les échelons hiérarchiques. Le cas d’Émeline est une brèche dans cette chape de plomb. Son histoire est discutée dans tous les services, parce que chacunE sait très bien que ça pourrait lui arriver, tant le discours « travaille et tais-toi, quoi qu’il en coûte » est monnaie courante. La parole commence d’ailleurs à se libérer. Exactement ce que craint La Poste, qui continue de jouer de la bonne image de service public, qu’elle met pourtant toute son énergie à détruire.

Rentabiliser au maximum, quel qu’en soit le prix...

Ainsi SUD PTT a organisé, le 26 septembre dernier, une conférence de presse en présence d’Émeline, de son avocat, et de Sébastien (le militant SUD mis à pied... pour avoir fait son travail en demandant que les secours soient appelés et que soit réuni un CHSCT pour pointer les responsabilités). Les familles d’autres victimes, malheureusement décédées, de cette politique du désastre étaient présentes, avec pour eux aussi des avocats et les militantEs des départements concernés (Finistère, Savoie, Essonne et Doubs). Tous les témoignages ont convergé, qu’il s’agisse du manque d’effectifs, du harcèlement par la peur, du mépris dont a fait preuve La Poste envers les victimes et les familles, ou de la répression brutale qui s’exerce contre les militantEs qui tentent de bloquer cette politique, notamment par le biais d’une instance comme le CHSCT, dont le rôle est notamment de prévenir les risques.

Il ne s’agit donc pas de cas « à part » qui seraient dus à des circonstances exceptionnelles (par exemple unE cadre particulièrement sadique). Les agents de La Poste sont confrontés à un véritable système institutionnalisé, à l’instar de celles et ceux de France Télécom devenue Orange. Un même système pour un même objectif. La Poste est aujourd’hui une SA à capitaux publics, par le biais de l’État et de la Caisse des dépôts et consignations qui en sont les actionnaires. Évidemment, cette situation est transitoire, l’ouverture du capital est la perspective. La Poste doit donc être rentabilisée au maximum, quel qu’en soit le prix. Il n’est donc pas étonnant que l’État ne pipe mot sur ce qui est en train de se passer, puisqu’il brade les services publics pour le compte du Medef et du CAC 40.

Faire échec à ces projets ne se fera pas sans mobilisations d’ampleur nationale. En premier lieu, celle des postierEs eux-mêmes, mais aussi celle des usagerEs, qui ont plus que leur mot à dire dans l’avenir de La Poste, et des éluEs, notamment locaux. Certes, la parole se libère, mais ce n’est qu’un premier pas.

Édouard Gautier

Une inquiétante vague de suicides frappe les postiers depuis trois ans

le 6 octobre 2016-SOCIAL Au moins neuf facteurs se sont donné la mort ces trois dernières années et cinq autres ont fait des tentatives de suicide…

 

Rien ne va plus à La Poste. Des experts des comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT) de l’entreprise ont décidé d’alerter le gouvernement sur la situation sociale après une série de suicides inquiétants, révèle ce jeudi RTL. Ces derniers pointent clairement une « dégradation de l’état de santé des agents », après plusieurs réorganisations internes.

 

Selon une enquête réalisée par RTL, au moins neuf facteurs se sont suicidés ces trois dernières années et cinq autres ont fait des tentatives de suicide sur leur lieu de travail. L’entourage et la famille de ces personnes mettent toutes en cause les conditions de travailà La Poste.

 

« Ils m’ont totalement détruit »

 

C’est le cas de Charles Griffond, un facteur du Doubs qui s’est pendu chez lui le 17 juillet dernier. Avant de suicider, il avait tenu à écrire une lettre dans laquelle il accusait directement son entreprise. « Ils m’ont totalement détruit », avait déclaré ce postier, après 34 ans à distribuer le courrier.

 

La direction de La Poste semble être au courant de ce malaise. Depuis 2007, plusieurs rapports d’expertise ont pointé du doigt les difficiles conditions de travail des salariés. L’entreprise a déclaré à RTL « ne pas se reconnaître dans ces situations de mal-être » et assure consacrer chaque année « plus de 30 millions d’euros à la santé et à la sécurité du travail ».

La fédération FO des Cheminots soutient les cheminots d’Euro Cargo Rail qui viennent d’apprendre la suppression de 300 emplois, soit 25% des effectifs !

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La fédération FO des Cheminots soutient les cheminots d’Euro Cargo Rail qui viennent d’apprendre la suppression de 300 emplois, soit 25% des effectifs ! Télécharger en pdf

 



 

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29 mars 2017

la direction SNCF s’acharne sur Nathalie Pradelle

Après le suicide d’Edouard, la direction SNCF s’acharne sur Nathalie Pradelle, membre CHSCT et SUD-Rail

La répression bat son plein à la SNCF. Après le suicide de notre collègue Edouard, cheminot et militant SUD-Rail poursuivi et réprimé en raison de son activité syndicale, la direction de la SNCF continue sa politique de répression de tous ceux qui contestent sa politique de casse du service public et de privatisation. Le jour même où les cheminots rendaient hommage à Edouard à la Gare Saint Lazare, la direction annonçait à Nathalie Pradelle, membre du CHSCT et militante à SUD-Rail, son intention de la licencier. Correspondants cheminots

vendredi 17 mars 2017-La situation à la SNCF devient de plus en plus alarmante. Les conséquences d’une politique de management « à la France Télécom » ne cessent de faire des victimes. Encore avant-hier, un cheminot de Mulhouse, syndiqué à la CGT, s’est donné la mort. Jusqu’à quand va-t-on supporter cette souffrance ? Va-t-on attendre de voir comment nos collègues sont réprimés, les uns après les autres, par cette direction qui les poussent à bout, jusqu’au suicide ?

Dans le cas de Nathalie Pradelle, un comité de soutien a été mis en place et un rassemblement va être appelé pour le jour de l’entretien avec son chef d’établissement. Mais il y a urgence à réagir tous ensemble, pour ne pas laisser les collègues tous seuls face à la répression.

Il faut vraiment que cela s’arrête. La colère gronde chez les cheminots. Beaucoup discutent de la nécessité de s’organiser, de riposter, de ne pas laisser faire cette direction et sa politique. En ce sens, les organisations syndicales ont la responsabilité de proposer un plan de lutte et d’action pour que l’ensemble de cheminots, syndiqués ou non, puissent exprimer leur colère par le langage que comprend la direction : la grève et la mobilisation.

Nous reproduisons ci-dessous le communiqué du comité de soutien à Nathalie Pradelle :

COMITE DE SOUTIEN A NATHALIE PRADELLE

Bonjour à tous,

C’est au tour de Nathalie Pradelle de faire les frais de la répression antisyndicale à la SNCF. Cette femme de 44 ans, cheminote, cadre, horairiste (elle trace des marches/sillons pour les trains) à la DCS (l’ancien bureau horaire national qui a intégré le gros des salariés de l’ex RFF et fait partie de SNCF Réseau, branche accès réseau), secrétaire du CHSCT, déléguée du personnel et militante Sud-Rail vient d’être suspendue et la direction lui a notifié son intention de la radier des cadres, en clair, de la licencier ! Rien que ça !

La direction de la DCS a d’abord tenté de la déplacer sans son accord, puis de la placardiser en lui enlevant toutes ses missions d’adjointe encadrante.
Mais les interventions successives de deux inspecteurs du travail parisiens ont rappelé à l’entreprise les droits d’une salariée protégée. La direction harcèle pourtant notre camarade depuis plus d’un an et nous a finalement obligé au début du mois de janvier 2017 à recourir à l’aide d’un avocat puis sur les conseils de celui-ci et des indications de l’inspecteur du travail, au dépôt d’un dossier au tribunal des prud’hommes pour harcèlement.

Comprenant qu’elle ne parviendrait pas à ses fins, la direction a alors changé de tactique. Elle a réuni des cadres qui voulaient bien participer au lynchage de Nathalie et a tenté depuis peu de renverser les rôles, de se faire passer pour la victime au lieu de l’harceleur. Nathalie a été pistée, épiée, accusée de déstabiliser les managers et même de…marabouter son équipe ! Elle vivait dans un climat de suspicion permanente, difficile à vivre et à supporter malgré le soutien affirmé de son équipe et des autres délégués du personnel (et bien sûr de ses camarades de combat)

Coup tordu :

Le 1er mars, Nathalie Pradelle, reçoit une demande d’explication (701). On lui reproche d’avoir « été trouvé devant le poste de travail de sa chef, la souris à la main » !

Pour cela la direction n’envisage rien de moins que de la licencier alors qu’elle partage le bureau de sa DPX depuis 4 ans. La direction lui a notifié ce projet de sanction le jour même du rassemblement de soutien à la gare Saint Lazare en mémoire du suicide d’un délégué du personnel Sud-Rail de PSL, Edouard, victime de la répression antisyndicale. Est-ce un message à destination de notre camarade ?

A travers Nathalie Pradelle, c’est l’ensemble des délégués du personnel et des salariés d’Equinoxe (le site des horairistes) qui est visé. La direction de l’entreprise ne supporte pas qu’une femme, cadre, puisse en même temps faire son travail et défendre les intérêts des salariés. A travers son cas, c’est l’ensemble des cheminots d’Equinoxe que la direction veut faire taire et mettre au pas.

Nous recherchons le soutien de l’ensemble des syndicats et nous avons déjà obtenu au niveau de son établissement celui de l’UNSA, la CGT, FO et bien sûr SUD-Rail.

Nous souhaitons constituer, un comité de soutien en faveur de notre camarade pour faire connaître la menace qui pèse sur elle, lutter contre cette injustice en la rendant publique, en faisant de son exemple un combat de tous les cheminots et les autres salariés pour le droit à l’expression syndicale et politique dans l’entreprise, et pour le droit des femmes.

Nathalie sera reçue en entretien par son directeur d’établissement. A cette occasion, nous souhaitons organiser un rassemblement, le plus massif possible, dynamique pour que cette menace de licenciement soit connue de tous et pour obliger la direction a retiré ses menaces.

Chers amis, camarades et collègues, on compte sur vous !

 

Elle passe demain 30 mars 2017 sur le grill, un comité d' accueil attend les cheminots et cheminotes qui viendront de la gare de l' est , les gendarmes seront aussi de la partie. La SNCF fait régner la terreur

 

Les gendarmes en place

 

 

 

 

 

 

 

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24 mars 2017

INFOBREF N°484- suicides et souffrance au travail à la SNCF

INFOBREF N°484

Salaire minimum européen : solution contre populisme et nationalisme ?

Elisabeth Studer Actualités, Economie Un commentaire

L’instauration d’un salaire minimum en Europe : le remède pour lutter contre le populisme et le regain du nationalisme ? C’est en tout cas la solution proposée par sept ministres des Affaires européennes dans une tribune parue mardi dans le Corriere della Sera dans laquelle ils plaident pour une Europe « plus sociale, plus juste » et « davantage fondée sur des valeurs ».

« Notre monde change considérablement. Le nationalisme se propage. Les tensions populistes resurgissent », écrivent les ministres français, allemand, italien, grec, portugais, maltais et tchèque, qui doivent se réunir mercredi à Berlin. Selon eux, après « des années de stagnation économique », une relance durable des économies sur le plan environnemental et social s’avère prioritaire.

Les sept ministres souhaitent ainsi que soit instaure un salaire minimum dans tous les Etats membres, en parallèle du respect des pratiques nationales et du rôle des partenaires sociaux de chaque pays.

De manière plus générale, ils réclament « des mesures fortes pour lutter contre le chômage des jeunes, l’inégalité entre les salaires et les disparités de niveaux de vie et de protection sociale ». Selon eux, il est désormais grand temps de faire de l’Union européenne une union sociale, « avec des droits des travailleurs renforcés, une véritable égalité femmes-hommes, des emplois sûrs et des revenus garantis ».

« Pour toutes ces raisons, nous voulons qu’un pilier social fort de l’Union européenne soit incorporé dans la déclaration de Rome et nous avons lancé la préparation du grand sommet social qui réunira les dirigeants européens en novembre prochain en Suède » ajoutent-ils encore.

A noter que ces propos interviennent alors que les chefs d’État et de gouvernement européens seront réunis à Rome le 25 mars prochain pour célébrer le 60e anniversaire du Traité de Rome de 1957, fondateur de la construction européenne.

En France, un rapport parlementaire proposant d’instaurer un salaire minimum dans l’ensemble de l’Europe a été remis en octobre dernier à la ministre du Travail. Selon son rédacteur, par Philip Cordery, député PS des Français de l’étranger, la mise en place d’une telle mesure permettrait en tout premier lieu de lutter contre le dumping social  et d’organiser la convergence des salaires minima vers le haut.

A l’heure actuelle, certes, 22 des 28 pays de l’Union ont mis en place un salaire minimum. Mais l’Italie, Chypre, l’Autriche, le Danemark, la Finlande et la Suède n’ont pas pris des mesures dans ce sens. Mais les disparités demeurent énormes entre le montant du salaire minimum en vigueur dans les différents pays, lequel va de 215 euros mensuels en Bulgarie à 1.999 euros au Luxembourg. L’Allemagne est le dernier pays en date à avoir adopté un Smic. Mis en place au 1er janvier 2015, son montant est de 1498 euros soit 8,84 euros de l’heure en 2017.

Lucide quant aux difficultés inhérentes à la mise en place d’un tel système, Philip Cordery ne plaide pas pour un salaire minimum uniforme immédiatement dans toute l’Europe. Il préconise d’instaurer dans chaque Etat un salaire minimum dont le niveau varierait dans une fourchette de  »50% à 60% du salaire médian national ».

Restera ensuite à mettre en place une uniformisation progressive des cotisations sociales et de la fiscalité sur les salaires, l’harmonisation du salaire brut ne pouvant être qu’une étape intermédiaire.

Sources : Corriere della Sera, AFP, JDN, La Tribune

Insécurité sociale et crime du capital

Suicides à la SNCF : la direction invoque l'effet Werther. Nous y voyons plutôt l'effet de la répression.

Dans la même semaine, deux délégués du personnel se sont donnés la mort. Ils étaient tous les deux sous la menace de sanctions disciplinaires lourdes. Des pratiques qui en disent long sur le climat qui règne à la SNCF. Mais qui s’expliquent par la brutalité des réorganisations en cours.

Nous avons rendu compte, mercredi dernier, du suicide de Edouard Postal, délégué du personnel Sud Rail à Saint-Lazare, qui s’est jeté sous un train dans la nuit de vendredi 10 mars (voir notre article du 15 mars 2017). Edouard, 42 ans, était sous le coup d’une triple sanction disciplinaire : avertissement avant radiation des cadres, mise à pied (sans salaire) de douze jours et mutation disciplinaire à Bretigny-sur- Orge. Mais jeudi dernier, le lendemain du rassemblement organisé à la gare Saint-Lazare pour lui rendre hommage, un autre cheminot se donnait la mort. Certes, Frédéric Hein n’a pas mis fin à ses jours sur son lieu de travail. C’est dans la forêt, à côté de chez lui, près de Mulhouse, qu’il s’est suicidé. Mais lui aussi était délégué du personnel, affilié à la CGT. Or, selon nos informations, ce suicide est bien la conséquence des menaces de sanction qui pesaient sur lui.

Un délégué du personnel mis à l’écart

Frédéric Hein était lui aussi harcelé par sa direction, selon Michel Mann, responsable de la section CGT des cheminots de Mulhouse. Âgé de 47 ans, marié et père de deux enfants, il travaillait à la maintenance du matériel ferroviaire à Mulhouse, comme agent d’exécution, depuis quatorze ans. Présenté comme un délégué du personnel particulièrement investi dans la défense de ses collègues, il dénonçait la volonté de la direction de « faire toujours plus avec moins de moyens et de personnels ». Sa carrière était au point mort avec des conséquences directes sur son salaire. « Depuis qu’il était délégué CGT, il était mis à l’écart et touchait toujours la prime la plus basse. On lui refusait souvent des heures de délégation syndicale pour nécessité de service », dénonce Michel Mann. Selon le responsable CGT des cheminots de Mulhouse, Frédéric Hein était tellement harcelé par sa direction, qu’il avait même demandé l’année précédente à « travailler de nuit pour avoir la paix au boulot ». Malgré ses problèmes avec ses supérieurs, il n’avait rien laissé paraître de ses intentions.

Le licenciement ouvertement évoqué

Les faits remontent à début mars. Frédéric avait récupéré le vélo d’un collègue qui s’était fracturé le poignet sur un chantier de Mulhouse Nord, pour le mettre à l’abri. C’est ce geste qui aurait permis à la direction d’établissement de monter un dossier contre cet lui. « La direction a insisté pour que le gars porte plainte pour le vol de son vélo », explique Michel Mann, qui affirme que l’intéressé avait retiré sa plainte quelques jours plus tard. S’ensuit une demande d’explications écrite. Cette première étape, obligatoire à la SNCF avant toute sanction, avait été suivie de trois entretiens dans les jours ayant précédé le suicide du délégué du personnel mulhousien. La direction de l’établissement de Mulhouse Nord lui aurait clairement laissé entendre que la sanction irait jusqu’à la radiation des cadres. Autrement dit, le licenciement. Le matin même de son suicide, Frédéric avait été reçu par son chef direct. Il devait passer en conseil de discipline. Jeudi 16 mars au soir, à 17 heures, Frédéric Hein rentre chez lui. Il prend la direction de la forêt, dont il ne reviendra pas. La gendarmerie a ouvert une enquête et un CHSCT (comité d’hygiène et de sécurité du travail) extraordinaire s’est tenu le vendredi 17 mars, en présence du médecin et de l’inspecteur du travail.

Le nombre de suicides n’est plus connu depuis 2011

Pour Michel Mann, il ne fait aucun doute que ce sont les pressions et menaces de ses supérieurs qui sont à l’origine de la mort de Frédéric. Le responsable syndical dénonce notamment l’attitude du directeur d’établissement, qui, depuis sa prise de fonction en 2008, mène son personnel à la baguette. « Dès qu’il y a quelqu’un qui se met en travers de son chemin, il cherche à l’éloigner ». Avant de rappeler les trois suicides survenus en 2013, 2015 et 2017.  Des suicides sur lesquels la SNCF refuse de communiquer. Selon David Michel, délégué régional Sud rail à Saint-Lazare, là où Edouard s’est donné la mort, l’entreprise ne communique plus le nombre de suicides depuis 2011. Pour le responsable Sud-Rail de Saint-Lazare, le dernier chiffre connu est celui de 2009. Cette année-là, treize cheminots auraient mis fin à leur jour sur leur lieu de travail, au point qu'on parle de « syndrome France Télécom ». Chiffre que la SNCF refuse de confirmer.

Les errements de la communication de crise

Une SNCF qui a semblé prise de panique ces derniers temps. Joint par téléphone jeudi dernier, le service de presse renvoyait sur un dénommé Gilles Peuziat, dont le compte Linkedin nous apprend qu’il travaille à la communication de crise de l’opérateur ferroviaire. Présenté comme la personne « assumant le porte-parolat » sur le suicide de Edouard Postal, il demande à ce qu’on ne cite ni son nom, ni son poste. Attitude curieuse pour un responsable de la communication de crise qui par ailleurs affirme parler au nom de la direction de la SNCF. Il commence par nous mettre en garde contre le fait de parler de suicide. Selon Gilles Peuziat, l’officier de police judiciaire chargé de l’enquête étudierait la thèse de l’accident. Le même insiste sur le fait que le délégué du personnel Sud Rail était en arrêt maladie depuis 2011. Une insistance qui intrigue pour au moins deux raisons. D’une part, Edouard Postal était privé de poste depuis six ou sept ans, donc depuis au moins cette même année 2011. Sachant qu’il a fait condamner la SNCF en 2012 pour harcèlement et discrimination salariale, il n’est pas étonnant qu’il ait pu être en arrêt maladie dans un tel contexte. Mais il n’a pas pu l’être sans discontinuer, puisque le même avait entrepris un congé formation entre 2013 et 2015. Nous faisons également remarquer à Gilles Peuziat qu’il ne pouvait pas être en arrêt maladie durant son entretien préalable à sanction, ni pendant le conseil de discipline qui a suivi, où il avait durement sanctionné. Une remarque que le spécialiste de la communication de crise évacue sans pouvoir y répondre. Même absence de réponse concernant l’opposition du médecin du travail à son « déplacement » à Brétigny-sur-Orge ou encore à l’obligation -non respectée par la SNCF- de consulter le Comité d’hygiène et de sécurité au travail (CHSCT) s’agissant d’un salarié handicapé.

Un effet Werther, selon le directeur national de crise

Au final, il n’aura rien réfuté des faits exposés par David Michel, le délégué régional Sud Rail de Saint-Lazare, qui avait accompagné Edouard Postal pendant toute la procédure disciplinaire, initiée contre lui par la direction d’établissement et que nous citions dans notre article de mercredi 15 mars (voir notre article du 15 mars dernier). David Michel, qui par ailleurs précise qu’à aucun moment Edouard n’a été en demi-solde, ce qui aurait été le cas s’il avait été en arrêt maladie plus de six mois d’affilé. Depuis, c’est un autre communiquant de la SNCF, Michel Pronost, qui a repris le dossier. Interrogé sur les deux suicides, celui de Edouard Postal et de Frédéric Hein, il préfère évoquer « l’effet Werther ». Autrement dit, le suicide de Frédéric Hein, serait un « suicide par imitation », comme nous l’apprend le portail de la prévention du suicide. Michel Pronost, directeur national de crise, avait été appelé à la rescousse pour communiquer sur une vague de suicides de voyageurs survenue le 28 mai 2012. D’où sans doute, la référence à l’effet Werther ...

Une chronique radio qui passe à la trappe

Autre signe de fébrilité dans cette affaire, le billet d’Audrey Vernon sur France Inter, a été retiré du site de la radio publique le week-end dernier. Dans cette chronique du 17 mars, la comédienne et humoriste, que nous n’avons pas réussi à joindre, dénonçait le comportement des dirigeants des entreprises publiques et les suicides de salariés. La comédienne, dont le billet a été largement partagé sur les réseaux sociaux, avait cité les noms de trois responsables de Saint-Lazare. La page correspondante du site de France Inter prévient que la chronique est « indisponible à la réécoute ». Selon la fiche Wikipedia de l’humoriste, « son billet du 17 mars 2017 sur les suicides des cheminots, est censuré dans le replay de France Inter, sur demande de la SNCF ». Elle aurait par ailleurs été « convoquée à un entretien préalable à sanction par la direction de la station ». Une version contredite par le service de presse de France Inter. Celui-ci met en avant le fait que la comédienne ait cité expressément les noms de trois responsables de Saint-Lazare qui avaient convoqué Edouard Postal à un conseil de discipline, sans pouvoir préciser de quelle sanction judiciaire cette citation aurait bien pu relever. L’attachée de presse concède que France Inter aurait pu se contenter, si risque judiciaire il y avait, de bipper les trois noms plutôt que de trapper le billet concerné… Entre temps, le billet a été publié sur le site de Sud Rail.

Un climat « complètement parano »

La fébrilité de la SNCF aurait en tout cas été jusqu’à menacer les cheminots désireux de se rendre au rassemblement, organisé à 11 heures devant la gare Saint-Lazare, de possibles sanctions. « Le jour-même, vers 10h30, les chefs passaient par groupes de quatre, pour nous prévenir que les noms de ceux qui allaient au rassemblement seraient notés », explique ce syndicaliste CGT. L’opérateur ferroviaire avait en effet généreusement octroyé un quart d’heure aux agents SNCF afin qu’ils puissent déposer une fleur sur la voie, là où Edouard Postal s’est couché sur les rails. Avec des menaces pour ceux qui dépasserait ce quart d’heure légal. Dès le week-end qui a suivi ce premier suicide, les responsables d’établissement tentaient, selon plusieurs agents SNCF de Saint-Lazare, de recueillir des éléments témoignant de difficultés personnelles qui auraient pu pousser Edouard Postal au suicide. Tout en étudiant la thèse de l’accident, comme le montre la réaction de Gilles Peuziat… On apprend également qu’une autre déléguée Sud Rail de Saint-Lazare -au CHSCT- pourrait elle aussi se retrouver sous le coup d’une sanction. Un autre militant syndical de Saint-Lazare avoue avoir écopé d’un avertissement, tandis que deux autres délégués du personnel doivent passer en conseil de discipline à la fin du mois. Le climat à Saint-Lazare est qualifiée par beaucoup de « complètement parano ».

Des personnels fichés illégalement par la direction

Mais ce climat délétère n’est pas nouveau, dans cet établissement. Déjà début novembre 2016, le parisien révélait qu’un document embarrassant avait été découvert par Sud Rail à Saint-Lazare. Une liste de 50 salariés fichés par leur direction, que le syndicat CGT avait pu se procurer. Avec des commentaires sur leur appartenance syndicale et des notations particulièrement insultantes et déplacées. « Racaille bas de plafond » pour l’un, « un peu conne » pour cette autre, ou encore « très chiant côté sécurité » pour un agent travaillant au départ des trains. Les commentaires s’attaquent aussi à la vie privée des agents, mentionnant celui-ci « marié à une étrangère » ou celui-là qui « vient de divorcer ». Certes, quelques responsables ont bien été sanctionnés à l’époque pour ce fichage illégal. Mais selon Damien, ils auraient servi de fusibles. Le militant CGT, sanctionné en janvier, rappelle qu’à l’époque, des débrayages spontanés avaient eu lieu les 21 et 22 novembre, puis le 23 décembre, suite au dépôt d’un préavis de grève. Des débrayages qui se seraient étendus aux agents conducteurs de Saint-Lazare, puis aux agents de la manœuvre et qui auraient inquiété la direction.

Cibler « ceux qui relèvent la tête »

Pour Damien, militant CGT, les sanctions et pressions en tous genres, ainsi que les fiches découvertes à Saint-Lazare, seraient liées aux « réorganisations et à la gestion des sous-effectifs ». Les fiches mentionnaient notamment l’identité des grévistes ou des syndiqués, rappelle-t-il. La direction serait prête à tout pour s’en prendre à ceux qui « relèvent la tête ». Edouard réclamait les PV du CHSCT, comme sa fonction de délégué du personnel l’y autorisait. L’un de ses collègues se souvient aussi qu’il était particulièrement pointilleux sur les questions de sécurité. Et David Michel rappelle que le dernier dossier, sur lequel il planchait, concernait les temps d’habillage et de déshabillage qu’il voulait faire reconnaître comme du temps de travail. Frédéric Hein, lui, dénonçait la gestion à effectifs tendus. Le 21 mars, Sud Rail interpellait François Hollande, le gouvernement et les dirigeants de la SNCF, dans un communiqué . La centrale qui pèse 16,9% des voix, explique que « le nombre de conseils de discipline, comme celui des arrêts de travail, explose ».

Suppressions de postes

Depuis la réforme ferroviaire de 2014, la SNCF supprime des postes. Elle a annoncé la suppression de plus de 1200 en 2017. Mais la CGT estime que ce sont entre 1800 et 2300 qui seront en fait supprimés. Les syndicats relèvent en effet que les suppressions sont le plus souvent supérieures aux prévisions annoncées. Pour 1400 prévues en 2016, on serait en effet plus près des 2000. Alors que la même année, la SNCF engrangeait près de 600 millions d’euros de bénéfice net. Malgré des embauches à la direction du réseau, la seule à connaître un développement de ses effectifs, la SNCF réduit la voilure.

Des gains de productivité qui explosent

Dans la perspective de l’ouverture à la concurrence, prévue en 2020, elle ferme des gares, supprime des trains, des guichets et des kilomètres de lignes, gèle les salaires et réduit les déroulements de carrière. La préoccupation majeure du groupe, ce sont les gains de productivité. 2% par an, selon le PDG, Guillaume Pepy. Des gains de productivité qui ont atteint 653 millions d’euros en 2015, estimés à plus de 35 % par agent en moins de dix ans, selon Sud Rail. Mais jugés insuffisants par l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). Qui déplore un endettement de plus de 50 milliards d’euros. Une dette que l’Etat, qui maintient une politique budgétaire restrictive, se refuse à alléger. Selon Bruno Poncet, responsable fédéral Sud Rail, les arrêts-maladie auraient fait un bond de plus de 10% depuis 2014. Depuis le suicide de Edouard Postal, la centrale syndicale dit recevoir chaque jour de nombreux appels téléphoniques de cheminots en souffrance.

 

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19 mars 2017

Migration, réfugiés et force de travail

Une analyse approfondie de la « crise des réfugiés » et des migrations dans l’Union européenne, en relation avec la restructuration du marché du travail et la composition de classe.

Ce texte est paru dans le n° 99 (hiver 2015-2016) de la revue allemande Wildcat.dans la revue Echanges N°155 et 156

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L’ « été des migrations » a pris fin. Même si de nombreuses initiatives soutiennent encore les « nouveaux citoyens » en organisant une aide quotidienne, des événements festifs, des cours de langue et bien d’autres activités, la classe politique veut inverser cette dynamique : elle s’efforce d’ériger de nouvelles frontières, d’imposer un abaissement des normes sociales et de diviser politiquement la classe ouvrière en utilisant les réfugiés – elle s’en sert comme d’un catalyseur pour une réforme en profondeur de la société.
A gauche, on observe en gros deux manières de considérer cette nouvelle situation : certains voient dans l’impressionnante auto-organisation des réfugiés et dans la destruction des barrières frontalières une manifestation de l’« autonomie des immigrés ». D’autres considèrent la politique de Merkel d’un point de vue purement fonctionnel : les migrations profitent au capital car elles lui fournissent une force de travail bon marché, qualifiée et motivée, et des contributeurs supplémentaires aux caisses de retraite.
     En réalité, ces deux aspects sont liés. En émigrant vers les centres d’accumulation de l’Europe du Nord, de nombreux réfugiés essaient de redevenir des sujets actifs de leur propre vie. Le capital veut utiliser leur énergie sociale pour restructurer les marchés du travail et faire pression localement sur les relations de classe. De plus, des migrations de masse peuvent avoir les mêmes effets qu’un programme de stimulation économique : elles créent des emplois dans l’enseignement, les agences pour l’emploi, le bâtiment, les secteurs de l’aide sociale et de la sécurité… tout en réduisant les coûts de reproduction de la force de travail (l’entretien et l’éducation d’un être humain pendant les vingt premières années de sa vie coûtent environ 200 000 eu­ros – et l’Allemagne est un pays « vieillissant » qui a désespérément besoin de jeunes !).
Pour qu’elles aient cet impact économique, les migrations de prolétaires doivent être contrôlées, ce que les dirigeants politiques se sont montrés de plus en plus impuissants à faire ces dernières années. Récemment cette perte de contrôle s’est encore aggravée, comme en témoignent l’escalade de la « crise des réfugiés » en Grèce au début de l’année 2015, la destruction des grillages et barbelés aux frontières de la Turquie à la mi-juin 2015 après les combats de Tall Abyad en Syrie, et finalement la marche des réfugiés depuis la gare centrale de Budapest jusqu’à la frontière autrichienne. Au début du mois de septembre, les réfugiés ont été accueillis par les applaudissements de la foule à Vienne, à Munich et dans d’autres villes. Outre la crise bien réelle des frontières, cette réaction des populations locales, qui aurait été impensable au début des années 1990, exprime un second aspect de la perte de contrôle par l’Etat. En troisième lieu, la classe dirigeante n’a pas de stratégie pour « s’attaquer aux causes sous-jacentes des migrations ». C’est plutôt l’opposé qui est vrai : la répression de plus en plus brutale et destructrice des mouvements d’opposition dans un nombre croissant de régions du monde aggrave les antagonismes sociaux ; la crise et les guerres conduisent à l’effondrement de régions entières.
     En effectuant une telle volte-face cet été, le gouvernement Merkel reconnaissait cette situation mais essayait en même temps de reprendre les choses en main, notamment en vantant une « culture de l’accueil » européenne. Ce n’est qu’en transformant le patient travail à long terme des initiatives concernant les réfugiés en un événement public que la classe politique a pu ensuite inverser sa signification.
Dans cet article, nous voulons analyser cette relation entre l’émigration des réfugiés et l’émigration de travailleurs vers l’Allemagne dans le contexte européen. Au départ, la distinction entre « réfugiés » et « migrants économiques » est purement juridique : les travailleurs grecs qui fuyaient la junte militaire et vinrent en Allemagne en 1967 étaient considérés comme des « travailleurs invités ». Après la fin de l’accord sur les « travailleurs invités » en 1973, les travailleurs turcs qui tentaient de fuir leur pays après le coup d’Etat militaire de 1980 durent demander l’asile. Les émigrés sénégalais qui risquaient leur vie en traversant la Méditerranée étaient considérés comme des ouvriers agricoles illégaux en Espagne et comme des demandeurs d’asile en Allemagne.
En Allemagne, le droit individuel et constitutionnel à l’asile ne joua pratiquement aucun rôle avant la fin des années 1970 et fut principalement appliqué aux migrants originaires des pays du socialisme d’Etat. En 1980, pour la première fois, plus de 100 000 per­sonnes demandèrent l’asile ; environ la moitié étaient originaires de Turquie et un grand nombre d’autres du Vietnam et de Palestine. Un an plus tard, 20 % des demandeurs d’asile venaient de Pologne (à l’apogée de la résistance du syndicat Solidarnösc).
Pendant les années 1980, beaucoup de demandeurs d’asile étaient des militants de gauche qui fuyaient la répression d’Etat ou la guerre civile, en Iran ou au Sri-Lanka par exemple. Ils formèrent la colonne vertébrale d’un mouvement politique portant sur les conditions d’accueil et s’opposant aux expulsions vers des zones de conflit. La propagande réactionnaire qui se renforça pendant la première moitié de la décennie visait principalement ces réfugiés, qui apportaient avec eux des compétences et des expériences de lutte, et qui connaissaient aussi les relations entre le capital allemand et les régimes dictatoriaux de leurs pays d’origine.
A partir de 1987, la crise dans les pays du bloc de l’Est devint plus visible. Le nombre de « rapatriés de souche allemande » (1) en provenance d’Europe de l’Est et de l’ancienne Union soviétique augmenta très rapidement, jusqu’à atteindre 400 000 pour la seule année 1990. La majorité de ces immigrés étaient des travailleurs qualifiés qui avaient appris un métier. Ceux qui ne pouvaient prouver leurs « racines allemandes » étaient contraints de demander l’asile : à partir de 1988 le nombre de demandes d’asile augmenta de manière continue, avec un pic d’environ 440 000 demandes en 1992. Les militants de gauche en provenance de pays du tiers monde ne formaient plus qu’une petite minorité parmi ces demandeurs d’asile. Parmi eux 75 % venaient d’Europe de l’Est et du Sud-Ouest – en raison de l’effondrement social de ces régions, des « thérapies de choc » économiques, des disputes qui s’ensuivirent sur le partage du butin et enfin des guerres civiles. Beaucoup de migrants ne demandaient pas l’asile mais travaillaient dans l’« économie illégale » comme travailleurs sans papiers, par exemple dans le bâtiment (2).
De plus, pendant les trois années qui suivirent l’annexion de la RDA (l’ex-Allemagne de l’Est), 1 million de migrants de l’intérieur arrivèrent sur le marché du travail en Allemagne de l’Ouest : ils fuyaient la hausse soudaine du chômage consécutive à la destruction des industries et de l’administration de leur région.
La crise du début des années 1990
Il y a vingt-cinq ans, comme aujourd’hui, l’escalade de la « crise des réfugiés » provoqua un effondrement massif des normes régissant la protection sociale, les contrats collectifs et le droit du travail lors de la crise économique qui se manifesta peu après. Le modèle allemand fondé sur une industrie d’exportation hautement productive, qui fut couronné de succès pendant les quinze dernières années, repose sur une classe ouvrière plus profondément divisée et segmentée que dans les précédentes décennies.
Le 8 août 1991, plus de 10 000 réfugiés albanais prirent d’assaut le Vlora, un minable cargo rouillé, et forcèrent l’équipage à modifier sa route pour traverser l’Adriatique. La police les expulsa brutalement d’Italie à leur arrivée à Bari. Cet événement servit à illustrer la rhétorique réactionnaire du « bateau plein ». Le magazine politique libéral Der Spiegel (19 août 1991) osa présenter les migrations comme la « guerre du troisième millénaire » et prophétiser l’arrivée de 50 millions de réfugiés de l’ex-Union soviétique.
Pendant que le gouvernement fédéral instillait la peur d’un flot incontrôlé d’étrangers, il importait toujours plus de travailleurs bon marché d’Europe de l’Est et du Sud, grâce aux « contrats de travail et de service » (liés à un emploi spécifique) et aux accords de recrutement dans des secteurs spécifiques – par exemple, à partir de 1991, le nombre de travailleurs saisonniers étrangers augmenta dans l’agriculture.
Les migrations économiques, à la fois sous une forme non régulée et par le biais de contrats liés à des projets spécifiques, par exemple dans le bâtiment ou l’industrie de la viande, exercèrent une énorme pression sur les travailleurs locaux. Les immigrés, qui travaillaient pour des salaires bien plus bas, étaient aussi systématiquement escroqués : tantôt on les payait moins que promis, tantôt pas du tout. Cela déclencha de nombreux conflits et des travailleurs venus d’Angleterre, d’Irlande et d’Italie menèrent quelques grèves autonomes.
Le traitement inégal des différents groupes d’immigrés permit de diviser les travailleurs et de faire pression pour qu’ils acceptent leur sort : travailleurs ayant un emploi contre chômeurs, travailleurs d’Allemagne de l’Ouest contre les « Ossis [Allemands de l’Est] paresseux », « Allemands de Russie » nouvellement installés contre les migrants arrivés antérieurement… et ainsi de suite.
En jouant intelligemment ces différents groupes les uns contre les autres, l’Etat réussit à déléguer la responsabilité politique du racisme aux perdants de la « réunification allemande ». La haine diffusée par les discours des politiques et des médias contre les « réfugiés économiques » ne pouvait, comme c’est encore le cas aujourd’hui, qu’inciter les gens à « agir » (violemment) – un appel auquel répondirent les militants de droite. En septembre 1991, le secrétaire général de la CDU, Ruehe, écrivit dans une circulaire que les sections de son parti devaient soulever le « problème préoccupant du nombre croissant de demandeurs d’asile » à tous les niveaux parlementaires. Il distribua des projets de résolutions prêts à être votés par les conseils municipaux et des modèles de communiqués de presse locaux sur la question des demandeurs d’asile, opposant le manque de places dans les crèches à l’accroissement des dépenses pour les réfugiés, et affirmant que l’accueil de réfugiés dans des gymnases d’écoles entraînerait une diminution générale des heures de cours dans les établissements scolaires. Quelques jours plus tard, à Hoyerswerda (Allemagne de l’Est), des centres d’hébergement de réfugiés et de travailleurs du Mozambique furent attaqués ; le conseil municipal se saisit de ces incidents pour se débarrasser à la fois des réfugiés et des travailleurs du Mozambique (l’ex-république « socialiste » d’Allemagne de l’Est accueillait peu d’immigrés, et ceux-ci venaient surtout du Vietnam et du Mozambique) (3).
Comme aujourd’hui, ces mesures administratives produisirent d’abord des situations d’urgence ou de pénurie (de logements, par exemple) au niveau local, puis une concurrence accrue entre les travailleurs qui fut exploitée par la propagande hostile aux migrants. Les conseils municipaux furent contraints de loger les réfugiés dans de grands centres d’hébergement et dans la plupart des cas ils réquisitionnèrent des maisons abandonnées dépourvues d’infrastructures convenables. Pour décourager les futurs réfugiés et stigmatiser ceux qui étaient déjà sur le sol allemand, l’Etat mit en place une procédure globale pour les demandeurs d’asile, pendant laquelle les réfugiés ne se voyaient plus attribuer d’aide monétaire mais seulement des dons de vêtements ou de nourriture.
Cette stigmatisation donna lieu à de violentes explosions racistes dans certaines régions, mais dans d’autres elle incita au contraire les membres de la « société civile » à soutenir davantage les réfugiés, et les réfugiés eux-mêmes à résister – par des boycotts de la nourriture, des grèves de la faim et des occupations de bureaux d’aide sociale. Pour neutraliser ces actes de solidarité, des bandes néo-nazies infiltrées par les services secrets lancèrent des pogroms et des attentats à la bombe qui furent parfois mortels. La police ferma les yeux, même sur les meurtres.
Peu après le pogrom de Rostock-Lichtenhagen (4) en août 1992, le gouvernement et l’opposition conclurent un « compromis sur l’asile » qui restreignait considérablement le droit d’asile. Une manifestation de 350 000 per­sonnes à Berlin marqua le point final de la résistance aux attaques contre ce droit.
La modification de l’article 16 de la Constitution en mai 1993 constitua une étape essentielle dans le processus d’européanisation du droit d’asile. Le concept de « pays tiers sûr » permit de déléguer les procédures juridiques aux Etats frontaliers de l’Union européenne ; la notion de « pays d’origine sûr » supprima de fait le droit à l’asile pour les ressortissants de ces régions.
Un dernier changement affectait la « loi sur l’immigration ». L’Etat déclara que seul un contingent défini de réfugiés fuyant des guerres obtiendrait l’asile, et uniquement pour un temps limité – ce qui impliquait que la résidence n’était plus considérée comme un droit individuel mais comme un acte administratif concernant un groupe limité de personnes et sur lequel on pouvait revenir à n’importe quel moment. Cette loi fut appliquée pour la première fois sur une grande échelle aux réfugiés de la guerre du Kosovo. Depuis 1993, la « loi sur les prestations accordées aux demandeurs d’asile » justifie légalement le traitement inégal des réfugiés en ce qui concerne les aides sociales minimales de base.
Les politiques considérèrent la diminution des demandes d’asile durant la première décennie du nouveau millénaire comme un succès. Ces dernières années, toutes les réglementations sont fondées sur la maxime implicite : « L’Allemagne n’est pas un pays d’immigration ! » et elles expriment avant tout le refus d’intégrer les « étrangers » en général, c’est-à-dire de leur donner des droits égaux.
Pendant le demi-siècle de 1950 à 2000, il y eut chaque année en moyenne 200 000 per­sonnes de plus à entrer en Allemagne que de personnes à en sortir. Pendant la première décennie du nouveau millénaire, ce chiffre a brutalement décru et est même devenu négatif. Durant ces années, les migrations économiques temporaires depuis les nouveaux Etats européens (Pologne, Roumanie, etc.) sont devenues la forme dominante d’immigration. Ce n’est qu’en 2010 que le solde migratoire est redevenu positif – la plupart des immigrés venaient d’autres pays de l’Union européenne, même si une proportion importante venait de pays non européens et au titre de demandeurs d’asile. L’origine et la citoyenneté les plus fréquentes chez les réfugiés changeaient chaque année. Beaucoup d’immigrés venaient des Balkans et du Moyen-Orient.

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Une nouvelle phase commence en 2008
On ne dispose que d’un seul chiffre exact concernant les réfugiés qui arrivent en Allemagne : le nombre de demandeurs d’asile. Depuis le début de la crise économique globale en 2008, ce nombre a d’abord augmenté lentement, de moins de 30 000 à 64 000 demandes en 2012, puis il a pratiquement doublé en 2013 pour atteindre 110 000, il est passé à 170 000 en 2014 et à plus de 390 000 en 2015 – ce qui est encore loin du chiffre de « plus d’un million » couramment cité. Parmi le million de réfugiés enregistrés en novembre 2015, nul ne sait combien ont quitté le pays, pas même l’administration – qui ignore aussi combien il y a eu de demandes doubles ou erronées, ou combien de réfugiés ont renoncé à déposer une demande face à une interprétation de plus en plus rigide du droit d’asile. L’Institut de recherche sur l’emploi de l’Agence fédérale pour l’emploi (5) estime qu’environ 70 % des réfugiés resteront en Allemagne.
Les Etats européens ont perdu le contrôle à de nombreuses reprises ; ils n’ont pas pu, ou n’ont pas voulu, enregistrer correctement les réfugiés. Certains pays n’ont pas transmis leurs chiffres à l’administration européenne, pour ne pas être tenus responsables des futures demandes d’asile. A la fois aux frontières et entre les frontières des Etats des Balkans, les colonnes de réfugiés ont été fréquemment et arbitrairement arrêtées, des denrées alimentaires et d’autres aides ont été retenues, ce qui a produit une situation de pénurie. A d’autres moments, les gouvernements ont offert de transporter gratuitement en train tous les réfugiés qui acceptaient de déposer une demande d’asile et d’attendre leur tour pendant des jours dans les conditions désastreuses des camps d’enregistrement. Tout cela a produit des images de ­colonnes de réfugiés apparaissant soudainement comme des « catastrophes naturelles » qui débordent les administrations de l’Etat malgré tous leurs efforts. Dans ce contexte, les chefs d’Etat ont justifié des mesures politiques répressives prises dans l’urgence – en particulier quand les réfugiés ont résisté aux conditions qui leur étaient faites et ont refusé de montrer la « gratitude » qu’on attendait d’eux.
Pendant les quatre dernières décennies, aucun gouvernement allemand n’a été capable d’élaborer une « politique migratoire » qui ait abouti à une régulation et un contrôle complets de l’immigration. Depuis l’été 2015, les dirigeants allemands ont dû prendre conscience du fait que les guerres, plus nombreuses, se sont rapprochées des frontières de l’Union européenne. Par conséquent, beaucoup plus de gens ont dû quitter leur foyer de manière permanente. La construction de camps de réfugiés temporaires dans les Etats proches des zones de guerre ne suffit pas à protéger l’Allemagne, parce que ces régions sont elles aussi déstabilisées par l’ampleur des migrations, et que les réfugiés luttent contre l’enfermement et les conditions de vie dans les camps. C’est pourquoi de plus en plus d’immigrés sont arrivés en Allemagne depuis 2012.
En juillet 2012, la Cour constitutionnelle fédérale a statué que le « niveau de subsistance minimum permettant une existence digne », garanti par la constitution, s’applique à toutes les personnes résidant en Allemagne. Bien qu’on attende encore la mise en œuvre de cette décision, elle portait un coup à la politique visant à dissuader les immigrés de venir en Allemagne en abaissant les normes de protection sociale. Cette décision doit être comprise comme une conséquence du large soutien apporté aux demandeurs d’asile et de leur résistance persistante contre un traitement inégalitaire. L’amplification de ce mouvement explique aussi pourquoi l’Etat a moins expulsé ces dernières ­années. En 2013 et 2014, environ 10 000 personnes ont été expulsées chaque année, puis 18 360 en 2015, pour la plupart pendant la seconde moitié de l’année – c’est un chiffre important, mais il ne concerne qu’environ un quart des déboutés du droit d’asile sous le coup d’un arrêté d’expulsion. En réalité, l’Etat n’a pas réussi à abaisser le quota de reconnaissance des demandes d’asile en dessous de 1 %, ce qui aurait signifié en pratique l’abolition du droit d’asile.
Depuis 2012 environ, les réfugiés qui arrivent en Allemagne bénéficient de la présence de plus en plus confiante et organisée de ceux qui vivent déjà sur place. Ce sont ces réfugiés qui ont protesté contre l’« obligation de résidence » (leur interdisant de quitter la ville qui leur avait été assignée), qui ont occupé des immeubles et organisé des grèves de la faim. Le mouvement des réfugiés de Lampedusa est né en 2013 sur la base de ces actes de résistance. Ce mouvement jouit de la sympathie et du soutien de la société civile, comme en témoigne le nombre croissant de paroisses qui les accueillent, fournissant abri et protection – l’accueil dans un bâtiment religieux est censé empêcher les expulsions (aujourd’hui 450 personnes ont trouvé refuge dans 300 lieux de culte). On peut aussi citer les protestations de lycéens contre l’expulsion de leurs condisciples.
Pendant les années 1990, seuls quelques militants de la gauche radicale et de petits groupes de la société civile soutenaient les réfugiés. Cependant, il y eut des actions contre les Fresspakete (littéralement « paquets de bouffe », des colis de nourriture, souvent de mauvaise qualité, distribués aux réfugiés à la place d’une allocation temporaire), qui visaient aussi les institutions charitables et les entreprises qui tiraient profit de la misère des réfugiés. Aujourd’hui, au contraire, des centaines de milliers de « volontaires » soutiennent les réfugiés, et les militants de gauche ne constituent qu’une minorité d’entre eux. Une étude menée par l’église protestante affirme que huit millions de personnes ont aidé des réfugiés, d’une manière ou d’une autre, en 2015. Cet engagement et le contact avec les réfugiés et leurs luttes ont radicalisé les gens – par exemple, sur des questions comme l’implication de l’Allemagne dans certaines guerres ou l’exportation d’armes par l’Allemagne.
Dans le même temps, le degré de violence envers les réfugiés a de nouveau atteint un niveau comparable à celui des années 1990. Merkel a même mis en garde contre un « nouveau NSU » (Nationalsozialistischer Untergrund) (6). On observe une radicalisation de la droite au-delà du milieu militant organisé – mais aujourd’hui les fascistes ne peuvent pas se présenter comme l’expression d’un refus relativement homogène des immigrés par la société, leur violence est plutôt l’expression d’un élargissement des divisions sociales. Pegida (7) et compagnie rendent responsables certains segments plus faibles de la société de leur propre peur d’une dégradation sociale. En déclarant que les migrants sont des sous-hommes, ils veulent justifier l’idée que ces « autres » n’ont pas droit à ce qu’ils réclament. C’est une résistance imbécile au programme de modernisation du capital, qui ne menace pas du tout ce dernier mais l’aide au contraire à réaliser son programme. C’est pourquoi les flics laissent Pegida se développer – et pourquoi, dans la plupart des cas, l’« Etat profond » (8) toléra les attentats à la bombe et autres violences contre les réfugiés.


L’Union européenne, une forteresse qui s’effondre
En termes d’impact sur l’Union européenne, la crise des réfugiés de la seconde moitié de l’année 2015 a eu des effets plus graves que la « crise grecque » de la première moitié. L’Europe se désagrège, les accords de Schengen sont en morceaux. Pour être clair : les accords de Schengen n’entendaient pas fermer hermétiquement les frontières extérieures de l’Europe, mais les murailles étaient (et sont) supposées suffisamment élevées pour n’être escaladées que par des candidats en bonne santé physique et mentale, disposant d’argent et de ressources personnelles ou familiales, et fortement motivés. Cela supposait une division du travail sans accrocs entre les différents Etats de l’Union européenne, conformément à l’accord de Dublin. Mais les gouvernements italiens et grecs ont laissé passer les réfugiés vers l’Europe du Nord sans enregistrer leurs demandes d’asile. A partir de 2015, chaque pays s’est mis à tenir compte uniquement de ses propres intérêts.
Les pays de l’Est en « première ligne » refusent désormais catégoriquement d’accepter des réfugiés, mais ils tolèrent tacitement des migrations économiques « pendulaires » et engagent un large processus de naturalisation de certains ressortissants des pays limitrophes. L’Etat polonais se souvient de ses minorités « polonaises » en Ukraine ; la Hongrie se rappelle les « Hongrois » d’Ukraine ; les Roumains souhaitent la bienvenue à leurs frères et sœurs de Moldavie, perdus de vue depuis longtemps, etc. Ces gouvernements nationalistes imitent la politique de l’Allemagne vis-à-vis des « derniers rapatriés de souche allemande ». Les Etats souhaitent des immigrants politiquement conformes (pour faire les travaux mal payés de l’agriculture ou du bâtiment et remplacer les « autochtones » qui ont quitté le pays pour aller travailler en Europe de l’Ouest) et gardent leur posture agressive envers certaines parties de la population qui sont supposées ne pas mériter la citoyenneté. L’avant-garde dans ce domaine est représentée par les pays baltes, qui ont déchu de la citoyenneté toutes les personnes arrivées d’autres républiques soviétiques après 1940, ainsi que leurs familles, les rendant ainsi apatrides. L’exclusion systématique des Roms dans les Etats du Sud-Ouest de l’Europe obéit à la même logique.
De nombreux pays d’origine des réfugiés arrivés dans les années 1990 sont devenus des Etats membres de l’Union européenne depuis, ou ont signé des accords pour une immigration sans visas. L’extension des frontières de l’Union européenne a facilité la délocalisation des emplois mal payés des industries de sous-traitance vers ces nouveaux Etats membres, tout en régulant les migrations en provenance de ces Etats par l’intermédiaire d’une progressive « libre circulation de la main-d’œuvre ». Pour les travailleurs d’Europe de l’Est, l’accès au marché du travail européen dépendait de longues périodes de transition nationales qui restreignaient temporairement la circulation des travailleurs, comme l’avaient demandé en particulier les syndicats allemands. Pendant les sept années qui suivirent le premier élargissement en 2004, les personnes originaires d’Estonie, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne, de Slovaquie, de Slovénie, de la République tchèque et de Hongrie pouvaient déjà travailler comme « auto-entrepreneurs » ou comme salariés de compagnies étrangères en Allemagne, pour de bas salaires et avec une couverture sociale réduite. En 2011, environ 470 000 Polonais habitaient en Allemagne, plus que les ressortissants des sept autres pays de l’Est mentionnés ci-dessus. La Roumanie et la Bulgarie, intégrées en 2007 avec les mêmes conditions, se classaient deuxième et troisième respectivement, avec 160 000 et 94 000 personnes.
La suppression des obligations de visa pour certains Etats de l’Ouest des Balkans en 2009-2010 a donné lieu à un afflux supplémentaire de travailleurs qu’il était facile de faire chanter et donc de forcer à accepter de bas salaires. Les citoyens de pays non européens comme la Serbie ou la Bosnie peuvent désormais entrer en Europe comme « travailleurs détachés » dès lors qu’ils ont un contrat de travail avec une entreprise slovène ou, bientôt, croate. En 2014, pour la seule Slovénie, 60 000 formulaires A1 (confirmant que l’intéressé possède une couverture sociale dans le pays d’origine de la principale compagnie responsable du contrat) ont été fournis à des citoyens des Etats balkaniques frontaliers. Sans contrat de travail, il est possible d’entrer dans l’Union européenne sans visa et d’obtenir, par exemple en demandant l’asile, un droit de résidence et une allocation temporaires. Un scénario du même genre est en vue pour la suppression de l’obligation de visa pour la République de Géorgie et l’Ukraine, récemment recommandée par la Commission européenne.
D’après les chiffres d’octobre 2015 du Fichier central des citoyens étrangers en Allemagne, le nombre d’immigrés a augmenté de 820 000 personnes en un an, dont 340 000 en provenance de pays européens, 260 000 de pays en situation de guerre ou d’urgence et 120 000 de l’ouest des Balkans. Aujourd’hui 650 000 Roumains et Bulgares sont officiellement enregistrés en Allemagne ; 80 % d’entre eux sont arrivés durant les cinq dernières années. L’immigration constante depuis la Pologne a aussi augmenté depuis 2011 ; aujourd’hui environ 600 000 personnes originaires des pays entrés dans l’Union européenne en 2004 ont un travail à temps plein ou à temps partiel en Allemagne. Depuis janvier 2014, avec la liberté de circulation complète de la main-d’œuvre, le nombre de Roumains et de Bulgares disposant de contrats de travail allemands a aussi augmenté rapidement.
Il existe aussi un nombre difficile à définir de travailleurs migrants temporaires ; une étude de la fondation Boeckler estime qu’en 2012 environ 800 000 travailleurs sont venus en Allemagne pour des contrats de travail temporaires, 80 % d’entre eux depuis l’Europe de l’Est.
En général, les immigrés en Europe arrivent de deux directions : du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord d’une part, d’Europe de l’Est d’autre part. Dans les pays d’Europe du Sud, les « migrants illégaux » constituent la principale force de travail dans des secteurs comme l’agriculture, le bâtiment et la logistique. Il existe un rapport étroit entre les migrations depuis des pays extérieurs à l’Union européenne et les migrations intérieures à l’Union européenne. Partout en Europe, de nombreux jeunes essaient d’échapper au travail en usine, à l’agriculture et au travail manuel en général. Une grande partie des jeunes étudie et espère obtenir un emploi, même temporaire, dans le secteur public – ou faire carrière dans un secteur florissant de l’économie. La « pénurie de main-d’œuvre » dans les sales boulots de l’agriculture, du bâtiment et des soins de santé est compensée par les migrants. Pendant le boom économique au début du millénaire, l’afflux d’émigrés vers la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal a permis à la jeune génération « autochtone » de monter dans l’échelle sociale. Depuis le début de la crise, un grand nombre de jeunes chômeurs de ces pays d’Europe du Sud, qui ont fait des études supérieures mais n’ont que peu de perspectives d’emploi, sont allés plus au nord, en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni. Ces dernières années le solde migratoire des Etats du Sud de l’Europe en crise vers l’Allemagne a été de 30 000 à 40 000 par an.
Le processus de segmentation vers le bas de la classe ouvrière allemande
En Allemagne aussi la segmentation vers le bas du marché du travail, due à cette combinaison particulière de développement technique et d’une main-d’œuvre immigrée bon marché, a permis à de nombreux jeunes Allemands d’échapper à la baisse des salaires en trouvant des emplois plus qualifiés. On peut prendre comme exemple le boom de la région de l’Oldenburger Münsterland, en Basse-Saxe, à l’ouest de l’Allemagne. Alors qu’on estime que 25 000 emplois disparurent dans l’industrie de la viande jusqu’en 2005, dans le même temps le nombre d’abattoirs a été multiplié par deux et un pôle d’industries agro-alimentaires et de construction a été établi. Selon les estimations du syndicat NGG (agro-alimentaire et hôtellerie) seuls 10 % de tous les travailleurs employés dans l’industrie de la viande ont des contrats permanents (si l’on inclut les équipes officieuses de bouchers et les travailleurs du nettoyage et de l’emballage, qui sont habituellement exclus de la catégorie « employés dans l’industrie de la viande »). « Officiellement », un quart des travailleurs de ce secteur sont des immigrés sous contrats d’entreprises étrangères – pratiquement sept fois plus qu’en 2011.
Dans le bâtiment, cette évolution avait déjà eu lieu dans les années 1990. Le syndicat IG BSE (bâtiment) essaya alors d’éliminer la concurrence de la main-d’œuvre bon marché en encourageant les travailleurs à dénoncer ceux qui travaillaient sans contrat ou sans carte de séjour et en appelant l’Etat à organiser des descentes sur les chantiers – ce qui contribua à instaurer une atmosphère raciste. Un accord collectif de régulation des contrats de travail des migrants, voté en 1996 et appliqué au départ seulement dans le bâtiment, conduisit à l’introduction d’un salaire minimum de branche pour les travailleurs du bâtiment – avec des montants différents pour l’ex-Allemagne de l’Est et l’ex-Allemagne de l’Ouest. Il faut souligner un aspect important de cette loi : elle attribue la responsabilité légale finale au principal contractant. Cela permet aux travailleurs de réclamer des salaires impayés même en cas de faillite de l’un des sous-traitants. L’extension de l’application de cette loi au-delà du secteur du bâtiment, d’abord en 2007 puis en 2009 et enfin en 2014, a concerné des branches dans lesquelles la proportion de travailleurs immigrés était élevée : le nettoyage, le bâtiment, la collecte des ordures et le recyclage, les soins aux personnes âgées, la blanchisserie et l’industrie de la viande.
Face à la crise en Europe de l’Est, un nombre croissant de travailleurs qualifiés sont partis en Allemagne – et ils sont arrivés au moment où le « secteur des bas salaires » s’étendait à la logistique au sens le plus large, par exemple à travers l’introduction de « contrats de service » (9) ou de « contrats d’entreprise » dans l’industrie de la sous-traitance et dans les départements d’assemblage des principales usines de l’automobile, où les salaires étaient traditionnellement élevés. Les syndicats allemands ont réussi à préserver une forme de paix sociale avec le capital grâce aux bas salaires des sous-traitants en Allemagne de l’Est. Le coût unitaire du travail put être abaissé dans les entreprises principales par la « rationalisation », l’intensification et la flexibilisation du temps de travail, tout en maintenant des salaires annuels plus ou moins stables – ce qui permit aux syndicats d’apparaître à la fois comme de « bons représentants » pour leurs membres et comme des « partenaires efficaces » pour les patrons. Les travailleurs des grandes sociétés furent mis au pas par la menace de « conditions bien pires » dans les marges industrielles et par la dérégulation des droits sociaux.
La segmentation accrue du marché du travail exclut les travailleurs « autochtones » de certains emplois : par exemple, si des sous-traitants roumains embauchent de la main-d’œuvre, un travailleur allemand ne pourra pas postuler à ce type d’emploi – ceci s’applique aussi aux pays d’Europe du Sud, où des taux de chômage très élevés chez les jeunes s’accompagnent d’un taux d’emploi élevé pour les migrants. Dans les années 1990, les immigrés de la deuxième génération – en particulier les enfants de « travailleurs invités » et d’« Allemands de Russie » – se trouvèrent marginalisés sur le marché du travail parce que les patrons embauchaient des migrants arrivés plus récemment. Jusqu’à maintenant, il fallait à peu près une génération aux immigrés pour se faire une place sur le marché du travail et obtenir l’égalité de traitement. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, pour beaucoup d’immigrés de la deuxième génération, la seule « mobilité sociale » envisageable est celle qui consiste à devenir, dans une économie mafieuse, un petit « intermédiaire » (propriétaire, recruteur d’équipe de travail ou sous-traitant) entre l’économie allemande et les immigrés récents qui parlent la même langue qu’eux.

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Luttes
Les immigrés d’Europe de l’Est résistent. Les travailleurs en grève dans l’industrie de la viande sont parfois attaqués par des groupes armés envoyés par le patron. Les syndicats et la majorité des travailleurs de ces entreprises ne participent pas à ces luttes et considèrent leur couverture par les médias comme une menace pour la viabilité de leur boîte. Ils s’efforcent d’éliminer la concurrence des bas salaires dans leur entreprise ou dans leur secteur en traitant systématiquement ces travailleurs immigrés comme s’ils leur étaient inférieurs.
Ce n’est qu’à partir de 2012 que les protestations des travailleurs migrants sont devenues de plus en plus visibles publiquement. Pour de nombreux immigrés, le recours aux médias semble plus prometteur que les grèves elles-mêmes, et les conseils juridiques donnés par certains syndicats et par des institutions religieuses vont dans ce sens. Les bas salaires sont aujourd’hui considérés comme un scandale public – même si, dans les petites villes ou à la campagne, dans des situations où une grande partie de la population locale bénéficie d’une manière ou d’une autre de l’exploitation des migrants (par exemple en tant que propriétaires de logement ou commerçants), les luttes ouvertes et directes sont difficiles. Les contestations sont principalement organisées autour de groupe linguistiques ou de communautés nationales, ou autour d’équipes de travailleurs et de sous-traitants basés dans ces communautés. A Lohne ou Emsdetten (petites villes rurales en Allemagne de l’Ouest) les manifestations de soutien n’ont jamais réussi à rassembler dans les rues plus de 200 personnes.
L’accès à la sécurité sociale et aux droits légaux garantis par la « liberté (formelle) de circulation des travailleurs » offre une certaine sécurité aux individus, mais ne garantit pas un statut égal à celui des citoyens allemands. L’Etat veut éviter que le droit à des prestations sociales, y compris en période de chômage, ne limite la possibilité de faire pression sur les immigrés pour qu’ils acceptent et gardent des emplois mal payés. L’Etat crée donc de nouvelles formes de chantage sur les travailleurs migrants, en entrelaçant de plus en plus la législation sociale et le droit au séjour. Par exemple, pour les citoyens européens résidant en Allemagne, la « liberté de circulation des travailleurs » n’est garantie que pendant six mois, à condition qu’ils aient un revenu et soient couverts par une assurance maladie. Ce n’est qu’au bout de cinq ans qu’ils peuvent obtenir un permis de résidence permanent et des indemnités de chômage selon la loi Hartz IV (10). Avant ces cinq ans, des droits échelonnés s’appliquent.


     D’après une décision de la Cour européenne de justice, un individu est considéré comme un salarié s’il travaille au moins 5,5 heures par semaine (ce qui correspond à 200 euros par mois au salaire minimum) ; il a alors droit aux « prestations liées à l’exercice d’un emploi » de la loi Hartz IV pour compléter son salaire. Parmi d’autres raisons, cela explique le nombre élevé de « mini-emplois » parmi les migrants de Bulgarie et de Roumanie, mais aussi de Pologne ; beaucoup travaillent au noir à temps plein et reçoivent des « prestations liées à l’exercice d’un emploi » pour leur emploi officiel à temps partiel – comme c’est aussi le cas pour beaucoup d’Allemands, d’ailleurs. A la différence de leurs collègues allemands, les immigrés ont plus de difficulté à sortir de ce système : celui qui quitte son emploi, ou le perd parce qu’il a résisté à son patron, court le risque de perdre sa carte de séjour.

 

Après une année de travail à temps plein, on a droit à six mois d’allocation de chômage (basée sur le revenu) et à six mois de prestations Hartz IV (prestations sociales minimum). Mais quand un travailleur immigré dépose une demande d’allocation, de nombreuses administrations informent l’Office des migrations, qui donne alors l’ordre à l’impétrant de quitter le pays – ceci arrive aussi aux citoyens de certains Etats fondateurs de l’Union européenne, comme l’Espagne ou l’Italie. L’enchevêtrement bureaucratique des administrations responsables de l’emploi et des prestations sociales d’un côté, et de l’Office des migrations de l’autre – présenté comme le moyen de traiter, à l’avenir, la questions des réfugiés – est déjà une réalité pour les migrants économiques. Il y a là une certaine logique, car la campagne contre « l’abus du droit d’asile », qui visait les réfugiés des Balkans, fut immédiatement suivie de la campagne de propagande contre l’immigration des « pauvres-venus-profiter-des-aides-sociales », à partir de la fin de l’année 2013.


La « main-d’œuvre potentielle » des réfugiés
Il existe deux pôles opposés à l’intérieur de la classe dirigeante :
– les défenseurs du libéralisme, dont les plus conséquents sont les Verts, demandent l’ouverture des frontières, associée à une dérégulation et à une réduction des prestations et des droits sociaux ; selon eux, tous ceux qui veulent venir en Allemagne devraient pouvoir le faire, mais c’est à eux de se débrouiller pour survivre ;
– à l’autre extrême, on trouve certains membres de l’ « Etat profond » et, sur la scène politique, les partis de droite et d’extrême-droite NPD/AFD/CSU et certaines fractions du SPD et de la CDU : ils exigent la fermeture des frontières, l’intensification du contrôle des migrations et le renforcement des forces de police.
Le processus actuel de négociation oscille entre ces deux pôles, mais en réalité leur objectif principal est identique, comme le montre le débat sur le « devoir d’intégration » des migrants : ils veulent transformer les migrants en « super-Allemands » et les utiliser pour imposer une restructuration du marché du travail européen – notamment par la « guerre contre le terrorisme », à l’intérieur et à l’extérieur.
Suivant les secteurs, les patrons veulent assigner des rôles différents aux réfugiés sur le marché du travail. Selon l’Institut de recherche sur l’emploi, la « population active potentielle » parmi les demandeurs d’asile s’accroîtra de 380 000 personnes en 2016, après être restée pratiquement stable en 2015 (d’après l’indice des migrations, novembre 2015). D’après le magazine Spiegel Online, le « conseil des experts pour le développement économique » (10) ne prévoit au contraire qu’une légère augmentation : il estime que sur les deux prochaines années 100 000 personnes au maximum entreront sur le marché du travail.
A la mi-octobre 2015, une controverse publique sur la politique d’intégration a éclaté dans le camp patronal. Michael Knipper, président de la Fédération patronale allemande du BTP, s’est plaint de « l’euphorie acritique de larges segments de l’industrie allemande ». L’industrie du bâtiment est un secteur très cyclique/saisonnier et transnational avec une main-d’œuvre largement immigrée. Les patrons du secteur ne misent pas sur les compétences des travailleurs « autochtones » et sur leurs « capacités d’innovation », mais sur la restructuration et l’abaissement des coûts de production obtenus grâce à des salaires de plus en plus bas et des conditions de travail de plus en plus dégradées. Certains patrons de l’industrie manufacturière ont une perspective différente. Ils ont désespérément besoin d’une « énergie nouvelle » dans leurs entreprises et ils cherchent des travailleurs qui croient encore en l’idée de faire carrière et veulent grimper dans l’échelle sociale – des idées sur lesquelles les immigrés de la deuxième et de la troisième génération ont fait une croix depuis longtemps.
Pour obtenir une qualification professionnelle et développer un sentiment de loyauté à long terme envers les entreprises et envers leur propre destin en Allemagne, les réfugiés doivent avoir un titre de séjour pérenne et prendre des cours de langue, mais aussi rompre les liens avec leur pays d’origine. Ceux qui doivent envoyer de l’argent chez eux ne peuvent pas s’en sortir avec les salaires relativement bas qui sont payés pendant les périodes de formation et d’apprentissage ; ils accepteront donc plutôt un emploi non qualifié dans un entrepôt, payé au salaire minimum. C’est pourquoi le capital a besoin d’alterner pressions et promesses de perspectives futures quand il s’agit des réfugiés. Depuis le 1er août 2015, pour les réfugiés, l’« intégration dans le marché du travail » commence par un emploi payé en dessous du salaire minimum (par exemple, des stages de longue durée, ou des cours pour obtenir des « compétences de base », dont la durée maximale vient d’être portée de six mois à un an). Cette période peut facilement être allongée, et les autorités peuvent inscrire de jeunes adultes ou des chômeurs de longue durée à ces cours, avant ou après un apprentissage, en prétendant qu’il leur manque des « compétences professionnelles » (11). La pression pour accepter cette extension des bas salaires est basée sur le fait qu’un immigré perd sa carte de séjour s’il perd son boulot – voilà la véritable « imbrication des agences pour l’emploi et de l’Office des migrations » !
Les mercenaires de Frontex
Le régime migratoire de l’Union européenne ne peut fonctionner que s’il structure aussi les marchés du travail extérieurs à son propre territoire. Des accords économiques comme le Partenariat euro-méditerranéen (Euromed) (12) s’accompagnent d’une coopération politico-militaire. Les accords concernant la sécurisation militaire des frontières et l’expulsion des migrants indésirables contiennent aussi, « en prime », l’offre de migrations économiques temporaires (généralement liées à des contrats de travail spécifiques) à partir de certains pays extérieurs à l’Union européenne, comme c’est le cas pour les « partenariats de mobilité européenne » signés avec certains Etats méditerranéens ou d’Europe de l’Est. La Turquie joue un rôle stratégique comme gardien de la frontière sud-est de l’Europe. Lors du sommet du G-20 à Antalya, un accord de trois milliards d’euros a été conclu, d’après lequel le gouvernement Erdogan est censé accorder des cartes de séjour et le droit de travailler aux Syriens venus en Turquie et renvoyer les autres réfugiés dans leur pays d’origine. En échange de ce contrôle plus strict des frontières externes de l’Union européenne par la Turquie, l’Union européenne envisage de libéraliser les conditions d’obtention de visa pour les citoyens turcs, ce qui augmenterait les possibilités pour les Turcs de venir travailler en Europe. De tels accords supposent la coopération de tous les Etats impliqués. Mais les gouvernements du Pakistan et de l’Afghanistan ont récemment refusé de « reprendre » leurs ressortissants expulsés de l’Union européenne. Et aucune somme d’argent n’empêchera le gouvernement Erdogan d’ouvrir ou de fermer les frontières, ou de provoquer des conflits militaires, en fonction de ses propres objectifs politiques.
La déclaration finale ronflante adoptée à Malte lors du sommet UE-Afrique, au début de novembre 2015, n’a pu non plus dissimuler à quel point les Etats contrôlent peu les migrations. L’Union européenne voudrait retenir les grandes masses de réfugiés dans ses régions limitrophes afin de les laisser entrer temporairement ou de les expulser à nouveau en cas de besoin. Une telle politique ne pourrait réussir que si ces régions limitrophes étaient susceptibles de donner du travail et un toit à ces migrants, ce qui semble plus irréaliste que jamais – non seulement en Afrique du Nord, mais aussi dans les Balkans, par exemple au Kosovo. C’est pourquoi l’Union européenne use fréquemment de soupapes de sécurité en ouvrant temporairement ses frontières. Dans certains Etats balkaniques, de nouveaux accords de recrutement ont été signés en été 2015 : à partir de 2016, certains travailleurs « moins qualifiés » des Etats de l’Ouest des Balkans (salariés qui résident déjà en Allemagne) sont autorisés à travailler en Allemagne s’ils peuvent prouver qu’ils ont une offre d’apprentissage ou d’emploi – mais seulement à condition qu’ils renoncent à leur demande d’asile avant le 24 octobre 2015, et retournent dans leur pays d’origine (afin de de revenir en Allemagne, le cas échéant).


Des possibilités de généralisation ?
Le travail manuel non qualifié – que ce soit dans l’agriculture, dans le bâtiment ou dans l’industrie – est de plus en plus assuré par des immigrés. Les migrants supportent les conditions de travail dans ces secteurs parce qu’ils sont habitués à bien pire. L’organisation de grèves communes avec les travailleurs « autochtones » est difficile quand les migrants sont habitués à des normes de travail et de vie bien moins élevées – et elle est encore plus difficile quand la « strate des hauts revenus » (propriétaires de logements, etc.) profite de la surexploitation des immigrés. Ces dernières années, les luttes de migrants sont nées surtout sur des lieux de travail où la grande majorité des travailleurs étaient des immigrés, par exemple dans l’agriculture ou la logistique en Italie. En Allemagne, où l’accès au marché du travail est très régulé et segmenté de manière multiple, il y a eu de nombreux conflits, mais pratiquement aucune lutte de grande ampleur.
Pendant l’année 2015, les réfugiés n’ont pas seulement contraint le gouvernement à modifier ses plans, ce qui a eu pour effet de politiser des centaines de milliers de « soutiens », mais ils ont aussi, par leur nombre, transformé en enjeux « publics » les questions des salaires, des conditions de travail et du logement. Aucune de ces questions ne se résoudra toute seule, elles sont toutes contestées et conflictuelles. L’Etat suscite une concurrence entre les travailleurs – par exemple en termes de logement, car si des logements sociaux ont été construits, ils étaient au départ destinés seulement aux réfugiés. C’est pourquoi les luttes sur la question du logement et les occupations actuelles sont si importantes ! Elles posent le problème d’un logement abordable pour tous.
Un autre exemple : le logement en masse dans des quartiers éloignés, mal desservis par les transports en commun, avec peu de crèches, d’écoles, de médecins, etc. Des initiatives de la société civile sont souvent nées en réaction à ces problèmes, et elles s’expriment parfois de façon assez contradictoire. L’initiative « Non ! à la politique – Oui ! au soutien » à Neugraben, une banlieue de Hambourg, qui a beaucoup attiré l’attention des médias pendant ces derniers mois, est un exemple d’opposition pragmatique à ce type de politique étatique envers les réfugiés. En mettant en avant leurs positions antiracistes, ces mouvements se différencient clairement de la manière dont Pegida aborde le problème. Dans des cas semblables, la gauche politique devrait parfois écouter avec attention avant d’accuser les gens d’être des fascistes.
L’hégémonie de la droite politique dans certaines régions est fondée sur l’insécurité sociale, qui ne vient pas seulement de la crainte de pertes matérielles. L’accroissement de la concurrence capitaliste dissout aussi les réseaux familiaux et l’environnement social dans lequel chacun vit. Il est évident qu’il faut définir une « ligne de démarcation antifasciste » en réponse à l’hégémonie culturelle de la droite politique – mais une « lutte culturelle » ne suffit pas. Il nous faut développer d’autres idées sur la manière d’articuler nos actions aux antagonismes sociaux. L’arrivée massive de réfugiés nous met dans une meilleure position pour le faire que ce n’était le cas ces dernières années. Nous pouvons nous saisir des questions soulevées par les réfugiés et en faire de nouveau des questions publiques, communes, sociales. La gauche radicale peut aussi soutenir les luttes des migrants en aidant à dépasser les frontières entre les communautés – des cours de langue auto-organisés peuvent être utiles de ce point de vue. La résistance contre les expulsions et pour le droit de résidence est une condition préalable au développement des luttes – et ici nous ne pensons pas tant aux décisions légales qu’à la résistance pratique contre la répression, la surveillance policière, les rafles dans les villes et sur les lieux de travail.
Chaque fois que nous soutiendrons les réfugiés, nous serons confrontés à l’Etat – selon la situation, il fera des offres d’intégration ou attaquera de manière répressive. Nous ne pourrons nous opposer à la fois aux deux aspects de cette alternative que si nous partons des conditions de la classe ouvrière tout entière – et s’il est parfaitement clair pour nous que nous ne voulons pas être intégrés à l’Etat.

(traduit de la version anglaise par C. E.)

 NOTES

(1) La loi allemande autorise les habitants des ex-pays de l’Est pouvant justifier d’une ascendance allemande à demander la nationalité allemande (article 116 de la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne). [NDT.]
(2) « En 1988, le nombre de demandeurs d’asile dépassa de nouveau la barre des 100 000. Durant l’année des révolutions européennes en 1989, ce nombre atteignit 120 000. En 1990, dans l’Allemagne réunifiée, environ 190 000 demandes d’asile furent enregistrées, en 1991 pratiquement 260 000, et finalement près de 440 000 en 1992 – beaucoup de demandeurs d’asile venaient alors d’Europe de l’Est et du Sud-Est, principalement des réfugiés de l’ex-Yougoslavie, mais aussi des Roms de Roumanie.
Dès 1987, le nombre de « rapatriés de souche allemande » (« Russes-Allemands ») augmenta rapidement. Ils furent plus de 200 000 à arriver en Allemagne en 1988, 390 000 en 1989, et pratiquement 400 000 en 1990. De plus, l’émigration désormais légale depuis la RDA (Allemagne de l’Est) permit à 390 000 personnes de passer « à l’Ouest » en 1989, et à 395 000 de faire de même en 1990. La migration est-ouest diminua dans les années suivantes pour atteindre 250 000 personnes en 1991, 200 000 en 1992 et 172 000 en 1993. Entre 1994 et 1997, ce chiffre se stabilisa entre 160 000 et 170 000. »
Bundeszentrale für Politische Bildung (2005) : Anstieg der Asylgesuche 1988-1992.

(3) L’article du numéro 57 de Wildcat qui donne plus d’informations sur cet incident n’a pas été traduit. Mais sur la question des attaques racistes et de l’Etat au début des années 1990, on peut lire en anglais cet article du numéro 60 :
http://www.wildcat-www.de/en/wildcat/60/w60e_ros.htm

(4) Bande-annonce d’un documentaire sur ces attentats : https://www.youtube.com/watch?v=EBQnc7MQLt0

(5) http://www.iab.de/en/iab-aktuell.aspx

(6) Le National-Sozialistischer Untergrund (NSU, Clandestinité nationale-socialiste) est un groupe terroriste qui a assassiné plusieurs immigrés pendant les années 2000 ; il était largement infiltré par des agents des services secrets :
https://viewpointmag.com/2014/09/11/the-deep-state-germany-immigration-and-the-national-socialist-underground/.
(7) Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes [Pegida]) est une plate-forme de droite qui a repris les « manifestations du lundi » en Europe de l’Est [sur le modèl de celles qui avaient lieu avant la chute du mur], mais cette fois contre les musulmans et les autres immigrés. Les manifestations de Pegida ont commencé dans des villes d’Allemagne de l’Est comme Dresde et se sont propagées à d’autres villes allemandes, rassemblant jusqu’à 10 000 personnes. https://en.wikipedia.org/wiki/Pegida
(8) En 2011 éclata en Allemagne le scandale du Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, voir note 6), qui fit apparaître au grand jour les connexions entre les services secrets, les services de sécurité et les groupuscules fascistes en Allemagne – Wildcat utilise la notion d’« Etat profond » pour décrire cette strate cachée du pouvoir. On peut lire en anglais :
http://www.wildcat-www.de/en/actual/e075_nsu.html
http://wildcat-www.de/en/wildcat/95/e_w95_greece.html (NDT).
Voir Echanges nos 141 (« Extrême droite en Allemagne », p. 11), 142 (« Allemagne : impuissance de l’antifascisme », p. 16), 144 (« Extrême droite et Etat en Allemagne », p. 27), 148 (« L’Etat allemand et ses complicités », p.38) et 151 (« Nénoazis allemands «, p. 24). (9) Les « contrats de service » permettent aux entreprises de faire travailler certaines personnes sans les embaucher directement : elles sont embauchées comme « prestataires de service » pour une tâche déterminée ; souvent les conventions collectives ne s’appliquent pas à ces contrats.(10) Lois Hartz : une réforme de la législation du travail et des prestations sociales inspirée par Peter Hartz, alors directeur du personnel chez Volkswagen, fut menée entre 2003 et 2005 en Allemagne sous le mandat du chancelier Schröder. En particulier, la loi « Hartz IV » a réduit le montant des indemnités de chômage et fortement durci les conditions d’obtention d’une allocation. (NDT.)

 



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