Karl_rouge

Crise sociale, économique et financière.

Quand il commence à en prendre conscience, il parle d' Armaguédon financier  ou comme  Warren Buffett « d' arme de destruction massive » à l' égard des CDS ( produits dérivés).

Effectivement les CDS (Credit-Default Swap), comme nous allons essayer de le montrer, commencent à se manifester, comme une arme redoutable du type bombe à fragmentation. Les CDS sont des contrats de gré à gré ( spéculatifs),  n' ayant aucune règle de fonctionnement, mais qui sont censés intervenir en cas de défaillance de l' emprunteur moyennant le paiement d' une prime pouvant variée en fonction du marché ou de la qualité de l' emprunteur. Sa particularité consiste à s' assurer pour un risque couru par un tiers, et d' en démultiplier les conséquences.

« Le marché américain des CDS se monte à 62 000 milliards de dollars, chiffre proche du total des dépôts bancaires à l'échelle de la planète. L'instrument fut mis au point dans les années 1990 par la firme qui deviendra JP Morgan Chase et qui, avec un chiffre de 7 000 milliards de dollars, demeure aujourd'hui encore le principal acteur de ce marché. Citigroup vient ensuite, avec 3 200 milliards et Bank of America avec 1 600 milliards. Les fonds d'investissement spéculatifs représentent 31 % de ce marché, et les réhausseurs de crédit 8 %. » (LE MONDE ECONOMIE | 30.09.08 )

Quand Lehman Brothers entra en faillite, ce fut l' affolement à Wall street, on alla jusqu'à chercher dans leur lit les grands spécialistes des CDS, pour savoir si l' état devait intervenir pour honorer les CDS. Nous connaissons la suite, face au risque systémique que représentaient les CDS de Lehman Brothers l' administration américaine a été contrainte  non seulement de « sauver » la banque, mais de se jeter dans le vide avec le plan Paulson. 

Dans un premier temps, la banque Lehman va être dépouillée, actifs vendus au rabais, tous ceux ayant des créances , ou ayant confié des portefeuilles seront aspirés dans les abîmes. Suivra ensuite le plus gros de l' affaire, que les grands artificiers de la planète essaye de désamorcer à coût d' argent public. Il s' agit des engagements de Lehman, sur les dérivés et notamment les CDS ( assurance anti-faillite). Ici on ne rigole plus, car ce sont les grands banques voir des assurances1 qui vont se trouver aspirées par le gouffre financier des CDS.

Visiblement, le sauvetage de Bear Stearm avait pour toile de fonds , les milliards de dollars que Golman Sachs aurait du débourser pour honorer les CDS si la banque n' avait pas été reprise par l' état.

« Le 2 avril, Ben Bernanke, le président de la Fed, déclarait dans une allocution devant le Congrès : « La faillite soudaine de Bear Stearns aurait débouché sur un débouclage chaotique de positions sur ces marchés. Elle aurait aussi jeté la suspicion sur les positions financières de certaines parmi les milliers de contreparties de Bear Stearns ». La faillite de Bear Stearns aurait forcé au débouclage de l’ensemble des CDS dont elle faisait l’objet, c’est-à-dire à la réconciliation des positions de l’ensemble des établissements qui s’étaient engagés dans de tels contrats, l’insolvabilité de l’un des vendeurs pouvant alors se répercuter sur toute la longueur de la chaîne. » ( sources : CDS le monstrueux contraire d' une assurance par Paul Jorion.2)

Dés lors que la boite de pandore était ouverte, d' autres clients vont sonner le tocsin,  AIG  est elle aussi truffée de CDS et la voilà elle aussi incapable de faire face à la situation, alors l' état américain est venu renflouer la plus grande entreprise d' assurance du monde en mettant 85 milliards de dollars sur la table. Il fallait tout faire pour circonscrire l' Armaguédon financier en puissance.

Mais la manne financière de la FED, de la BCE... et des états, allait s' avérer insuffisante pour relancer la machine , alors que nous étions à la veille d' une nouvelle révélation: celle de la faiblesse du secteur de l' assurance . Il aura fallu l' intervention de sept banques centrales, qui en baissant de 50 points leurs taux directeurs, parviendront à maquiller les moins-values des sociétés d' assurances.

Mais l' ombre mortelle des CDS a déployé ses ailes au-dessus de la planète, depuis le début du moi d' octobre le marché des CDS entre dans sa phase cruciale. Un grand nombre de contrats arrivent à échéance et la période des enchères  qui vient de démarrer, et les premiers communiqués de presse sont des alertes  « Une vente aux enchères de contrats permettant de se couvrir contre le défaut de paiement de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers a trouvé vendredi très peu d'acheteurs, selon les résultats préliminaires. Cette opération géante réglant la valeur finale de CDS ("credit default swaps") » (AFP Date : 10/10/2008  Extrait)

Il s'agit de la liquidation sous forme d'enchères des CDS de Lehmann Brothers. Selon le, directeur general de l’ISDA (International Swaps and Derivatives Association), les paiements nets résultant de ces enchères devraient avoisiner 2% du montant global des contrats (400 milliards de dollars), soit huit milliards de dollars.

Le couperet vient de tomber, et ce n' est même pas les huit milliards attendus qui vont déboucler les   CDS (contrats d'échange de défaut) de Lehman Brothers, mais approximativement 6 milliards  ( sources Agefi du 15/10/2008) . Les pertes 394 Mds de $ devront être partagées par les tenants actuels de ces CDS ( l' équivalent du chiffre d' affaire d' EXXON MOBIL). Et qui apparaîtront dans les bilans du troisième trimestre 2008, qui seront  bientôt publiés. Pour le moment, le plan Paulson et l' intervention des états de UE à hauteur de 1700 Mds euros agissent comme un écran de fumée vis a vis de la situation réelle.

G. Bad le 15 octobre 2008.


 

1Le vendredi 10 octobre 2008,les assureurs ont vu leur titre céder plus de 10% , par exemple Axa doit verser 50 000 euros de plus pour assurer 10 millions d' euros de dette.

 

2* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.