30 novembre 2008
Retraites, Argentine,Maxwell, Enron
Les retraites et la crise économique et financière
Avec
l’effondrement des bourses et du cours des titres de toutes sortes,
toutes les retraites basées sur la capitalisation ou la répartition
sont aujourd’hui à des degrés divers menacés par la crise. Quand
le problème explosera comme dans certains pays, aucun état
n’interviendra comme pour les banques pour sauver les retraites,
pour la bonne et simple raison que, comme en Argentine les fonds de
retraite sont nationalisés pour aider l’état à rembourser ses
dettes.
Caisses ou fonds de pension fonctionnant selon ces systèmes, sont aujourd'hui confrontés à la faillite du système financier. Pourtant des scandales avaient souligné leur fragilité depuis que l’anglais Maxwell, magnat britannique de la presse qui avait carrément puisé dans les fonds de la caisse de retraite des travailleurs; jusqu’au fonds de retraite de la multinationale américaine Enron. Cette dernière avait contraint le fonds à n’acheter que ses actions, lequel fut réduit à néant par la faillite du trust. Ceux qui pensaient aux États-unis notamment avoir la « chance » de par le contrat d’entreprise d’avoir des garanties retraite se trouvent à la même enseigne quant à l’avenir de leur retraite. Cela concerne aussi les « grands » de l’automobile qui, devant le fardeau de leurs engagements contractuels envers « leurs » travailleurs, s’en sont déchargés auprès de caisses de retraite fonctionnant selon ce même système de capitalisation.
C’est encore tout récemment que le capital à la recherche de liquidités faisait pression sur les gouvernements européens, notamment français pour abandonner les systèmes de retraite par répartition pour qu’au moins une partie soit convertie en un système de capitalisation. Pour le moment, ces projets ne sont plus à l’ordre du jour pour des raisons évidentes. Un peu partout toutes les caisses ou fonds par capitalisation annoncent des pertes record mais ils se gardent bien d’ébruiter les conséquences sur le respect de leurs engagements. Un des exemples récents sur le sort des fonds de pension concerne l’Argentine. En 1994, le gouvernement, adepte de l’économie libérale avait, dans la lancée des privatisations, adopté le système des fonds de retraite privés par capitalisation, la moitié des titres détenus l’étant en fonds d’état. A court d’argent, le gouvernement argentin actuel envisage de ponctionner les avoirs de ces fonds pour faire face aux échéances de la dette. Un aspect nouveau méconnu de la confiscation par l’état de l’argent des travailleurs.
En France notamment, le système de retraite, régime général, régimes particuliers et régimes complémentaires fonctionnent en général suivant le système par répartition : en principe, les cotisations patronales et salarié servent d’abord au financement direct des retraites en cours. Pour pallier les incertitudes éventuelles dans le montant de ces recettes, toutes les caisses de retraite par répartition ont des réserves non pas en argent mais en titres, à l’instar des caisses par capitalisation. Et tout comme celles-ci, ces réserves fondent aussi au soleil de la crise mais cela on ne le crie pas trop sur les toits. Au contraire, on fait ressortir le fait que fonctionnant par répartition, les caisses de retraite, notamment en France seraient à l’abri des ravages de la crise financière. Cela n’est comme on vient de le voir seulement en partie vrai, mais c’est faux en ce qui concerne la crise économique. Car le système par répartition est étroitement lié à l’activité économique, tout comme la capitalisation mais d’une manière différente. L’activité économique se ralentissant , mettant à la porte un nombre de plus en plus important de travailleurs, la masse des salaires va diminuer en conséquence et la masse des cotisations du même coup et cela au moment où le fonds de réserve s’est aussi amenuisé. Récemment le BIT ( Bureau International du Travail) indiquait qu' :
« En s’appuyant sur les derniers chiffres de croissance du FMI, le BIT prévoit que la croissance mondiale des salaires réels atteindra au mieux 1,1 pour cent en 2009, comparé à 1,7 pour cent en 2008, mais les salaires devraient décliner dans un grand nombre de pays, y compris dans les principales économies. De manière générale, la croissance des salaires dans les pays industrialisés devrait baisser, de 0,8 pour cent en 2008 à -0,5 pour cent en 2009. »
De plus, les entreprises en faillite ne régleront jamais les arriérés de cotisations. Les retraités ne perdront peut être pas tout, comme les cas extrêmes que nous avons cité, mais le montant des retraites risque d’en être affecté sérieusement et durablement. On peut d’ailleurs se demander si les récentes mesures d’allongement « volontaire » de l’âge de la retraite tant pour les pilotes de ligne que pour le régime général et complémentaire, ne vise pas à pallier pour le futur les conséquences de la crise dans ce domaine.
27 novembre 2008
CHOIX DE TEXTES SUR LA CRISE
CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE : CRISE DU MODE DE PRODUCTION CAPITALISTE
« La crise asiatique est tout autant une crise du capitalisme occidental que du capitalisme asiatique » .( Jeffrey Sachs, directeur du Havard Institute International Development.)
Après le choc boursier qui avait sa source au sein même de l’économie, le choc économique réel va s’étendre bien au delà des économies asiatiques. En effet le surinvestissement en capital de la région menaçait purement et simplement le capital avancé par les investisseurs. En surcapacité productives, les industries ferment les unes derrières les autres le chômage prend le relais et encore une fois c’est aux masses que l’on demande de faire des sacrifices. La « crise asiatique » qui n’est que le haut de l’iceberg de la crise générale du MPC vient de toucher l’économie globale par ricochet. Le cours des matières premières est en chute libre (Pétrole, plomb, nickel, Semi-conducteur...).
Pour enrayer cette chute il faudra réduire la production de ces matières et donc encore une fois licencier, licencier aussi dans les transports, dans les ports et docks...En effet l’évolution du commerce extérieur des pays asiatiques est en très forte baisse depuis le début 1998. La baisse des importations est spectaculaires en Thaïlande, Indonésie et Corée (-35%), et plus encore en Malaisie, à Singapour et au Japon,où elles chutent de 19% en février. Lire la suite
La première crise mondialisée 12 novembre 2008
Cet article est extrait du site Critique sociale
http://www.critique-sociale.info/index.php/articles-dactualite/70-la-premiere-crise-mondialisee
Confondre les effets et les causes, les conséquences et l’origine, est une des formes les plus fréquentes de la fausse conscience. La crise financière et économique présente en est une illustration parfaite, dans son analyse, son explication et les remèdes proposés. Rien en cela de surprenant tant les « experts », les gouvernements et les agents économiques eux-mêmes ne peuvent aller au delà des apparences et de la description empirique des faits.
Les faits, il est vrai, s’imposent avec une violence inédite et se déroulent avec la rigueur d’une tragique fatalité. Non pas que cette crise soit dans ses modalités originale, mais outre sa gravité, elle se singularise par son extension et par le paradoxe d’éclater et de se développer en raison même de ce qui visait à la prévenir. N’a-t-on pas assez dit que Ben Bernanke, successeur à la FED (banque centrale des Etats-Unis) du « génie » Alan Greenspan, était un spécialiste de la crise de 1929 qu’il avait étudiée si intensément qu’il savait quelles erreurs ne pas commettre et comment la résoudre ? Quant à son génial prédécesseur il se vantait d’avoir découvert le secret d’une croissance ininterrompue, même si mezzo voce il s’était parfois inquiété de « l’exubérance irrationnelle des marchés ». Lire la suite
Crise financière et capital fictif 13 novembre 2008
CRISE FINANCIÈRE ET CAPITAL FICTIF
LE CRÉDIT CETTE FORME NÉCESSAIRE DU CAPITAL
Dès ses débuts, le capitalisme n’a pu se satisfaire de l’usure pour accumuler les moyens de production et développer la circulation des marchandises qui devenaient nécessaires à son expansion. Il a dû créer un système de crédit qui repose sur une capacité à capter la plus-value produite par le travail salarié. L’intérêt est alors conçu comme la rémunération de l’utilisation du capital-argent prêté à l’emprunteur, c’est-à-dire sur le profit réalisé par le capitaliste. Le système du crédit constitue un circuit monétaire spécifique dont la logique financière n’est pas strictement dépendante de la sphère de la production et de la circulation. Le crédit a pu alors être assimilé à du capital fictif. Chez Marx, le capital fictif concerne surtout le développement du capital par actions, les traites, etc. autant de catégories qui relèvent plutôt du capital financier, au même titre que la Bourse . Lire la suite
Loren Goldner : Sur le capital fictif
13 octobre 2008
Sur le capital fictif
Dans le livre III du Capital de Marx, peu de concepts sont aussi pertinents pour le monde actuel que celui du « capital fictif ». 1 500 milliards de dollars s’échangent quotidiennement sur les marchés boursiers, dont une toute petite partie est de l’investissement direct ou du commerce ; il est de moins en moins possible de se diriger dans le labyrinthe des nouvelles formules financières (sociétés d’investissement, produits dérivés) sans l’aide des mathématiques supérieures ; la part de l’intérêt brut global et de la rente foncière (le célèbre facteur FIRE : finance, assurance et immobilier) s’approprie chaque année une part de plus en plus importante du profit total, éclipsant les profits réalisés dans l’industrie manufacturière.
On pourrait éviter beaucoup de confusion dans la réapparition actuelle de la critique marxienne de l’économie politique si les marxistes accordaient plus d’attention au fait que les livres I et II du Capital forment un « système clos » où ne figurent que des capitalistes et des prolétaires ; le « capital » apparaît aux capitalistes sous la forme de titres papier permettant d’accumuler des richesses (actions, obligations, titres de propriété foncière) et qui ne sont traités que dans le livre III.
La confusion s’aggrave encore lorsqu’il s’agit d’établir correctement les liens entre ce « système clos » et les couches non capitalistes (par exemple les petits producteurs du tiers-monde) et les « intrants libres » du monde naturel.
Enfin, la plupart des lecteurs ne prennent pas en considération le fait que Marx n’a jamais résolu le problème principal de l’accumulation (les systèmes de reproduction élargie à la fin du livre II du Capital), une problématique qu’ont surtout reprise Rosa Luxembourg et ceux qui l’ont suivie dans sa tentative de trouver une solution (quels qu’en soient les défauts systématiques), en particulier parce que Rosa tenait à faire de la permanence de « l’accumulation primitive » une composante du capitalisme. Lire la suite
Article du GCI dans la revue Le Communiste 1985
Théories de la décadence :décadence de la Théorie
Nous abordons dans cette première contribution l'aspect méthodologique commun à toutes les visions décadentistes comme prémisse indispensable à leur critique plus approfondie. Presque tous les groupes se prévalant aujourd'hui de défendre la perspective communiste se réclament d'une vision décadentiste non seulement du mode de production capitaliste, mais de l'ensemble de la succession des sociétés de classes (cycle de la valeur) et cela grâce à de multiples "théories" allant de la "saturation des marchés" à "l'impérialisme: stade suprême du capitalisme", du "troisième âge du capitalisme" à la "domination réelle", de "l'arrêt de développement des forces productives" à la "baisse tendancielle du taux de profit"... Ce qui nous intéresse dans un premier temps, est le contenu commun à toutes ces théories, la vision moralisatrice et civilisatrice qu'elles induisent.
Les mythes du "Progrès et de la civilisation"
Le seul point de vue communiste est celui de la totalité, or pour nous, la totalité concrète et donc la seule réalité est celle qui va des "communautés naturelles" (communisme dit primitif) au communisme intégral. C'est seulement à partir de cet arc historique qu'on peut comprendre (et donc agir consciemment sur) la préhistoire humaine et donc considérer le communisme comme un fait advenu. La vision bourgeoise est toujours une vision immédiatiste: à la fois vision de l'inévitabilité de sa domination mondiale et tentative désespérée de maintenir sa pérennité (fin de l'histoire).
"Autrement dit, si la bourgeoisie s'arrête théoriquement à l'immédiateté, tandis que le prolétariat la dépasse, ce n'est là ni un hasard ni un problème purement théorique et scientifique. Dans la différence de ces deux attitudes théoriques s'exprime bien plutôt la diversité de l'être social des deux classes. (...) Pour la bourgeoisie, sa méthode ressort immédiatement de son être social et c'est pourquoi la simple immédiateté est attachée à sa pensée comme limite extérieure, mais insurmontable justement à cause de cela."
(G. Lukacs: "La réification et la conscience du prolétariat" - Histoire et conscience de classe)
Dans sa victoire contre tous les modes de production qui l'ont précédés, la bourgeoisie a dû justifier idéologiquement la validité du mode de production qu'elle personnifiait et, outre la "Liberté - Egalité - Fraternité", ll'un de ses fondements idéologiques fut celui du progrès, de l'évolution historique vers l'idéal démocratique qu'elle représentait (évolutionnisme). La bourgeoisie présenta ainsi tous les modes de production qui l'ont précédée comme "barbares" et "sauvages" et, à mesure de "l'évolution" historique, progressivement "civilisés". Le mode de production capitaliste étant, bien entendu, l'incarnation et l'aboutissement final de la Civilisation et du Progrès. La vision évolutionniste correspond donc bien à l'être social capitaliste et ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'elle fut appliquée à toutes les sciences (c'est-à-dire à toutes les interprétations partielles de la réalité du point de vue bourgeois): science de la nature (Darwin), démographie (Malthus), histoire, logique, philosophie (Hegel)... La justification ultime du mode de production capitaliste par lui-même est l'aboutissement de cette évolution, la réalisation pleine et entière de la civilisation et du progrès grâce à l'avènement de la démocratie achevée(1). Pour la bourgeoisie, se présenter comme la fin de l'histoire, ou plus exactement comme la réalisation vivante de la civilisation, signifie toujours plus interpréter tous les modes de production qui l'ont précédée (et à plus forte raison les communautés naturelles, "communisme primitif") comme expressions d'un barbarisme sans nom, et de surenchérir en descriptions apocalyptiques de la peste noire sous la féodalité, de la barbarie asiatique d'Attila et des Huns, de la guerre du feu et autres "horreurs" des communautés primitives. Or, pour nous, qui partons de la vision de tout l'arc historique - du communisme primitif au communisme iintégral - (2), il s'agit au contraire de voir en quoi la marche forcée du progrès et de la civilisation a signifié chaque fois plus l'exploitation, la production de sur-travail (et pour le capitalisme uniquement, la transformation de ce sur-travail en sur-valeur), en fait la réelle affirmation de la barbarie par la domination de plus en plus totalitaire de la valeur (le capitalisme étant à la fois l'aboutissement et la réalisation totale, non pas de l'"Histoire", mais du cycle de la valeur, du cycle des sociétés de classe).
"Notre schéma "officiel" est au contraire tout différent: Antépréhistoire (pour vous, la barbarie) du communisme primitif - la Préhistoire de l'humanité, que racontent vos épopées guerrières, et qui est pleine de féroces luttes de classes (que vous appelez succession de civilisations ou réalisation des valeurs de l'Esprit) - Histoire qui commence avec la ssuppression des classes, dont vous niez l'inépuisable fécondité et que nous-mêmes ne pouvons entrevoir que dans une faible mesure."
(Bordiga: "Communisme et connaissance humaine")
Partir du cycle des sociétés de classes, dissolution des communautés naturelles par l'échange - développement de la valeur au travers des différents modes de production se succédant et/ou coexistant de manière concomitante - unification et synthèse supérieure des sociétés de classes au sein du premier mode de production universel: le capitalisme (qui s'affirme donc comme l'aboutissement du cycle des sociétés de classes, unification et simplification/exacerbation des antinomies de classes par l'affrontement de plus en plus polarisé entre les deux classes fondamentales: prolétariat contre bourgeoisie) est la seule méthodologie permettant de comprendre l'inévitable victoire du communisme comme résolution des antagonismes de classes, comme commencement de l'histoire humaine consciente Lire la suite
25 novembre 2008
Thomas Jefferson, Karl Marx sur les banques
Quote
of the Week
'I
believe that banking institutions are more dangerous to our
liberties than standing armies. If the American people ever
allow private banks to control the issue of their currency,
first by inflation, then by deflation, the banks and corporations
that will grow up around the banks will deprive the people of
all property until their children wake-up homeless on the continent
their fathers conquered.'
Thomas Jefferson 1802
Traduction
française
"je pense que les institutions
bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées
entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour
que des banques privées contôlent leur monnaie,
les banques et
toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront
les gens de toute possession,d'abord par l'inflation, ensuite
par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se
réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs
parents ont conquis"
Thomas Jefferson 1802
"Dans
un système de production où tout l' édifice complexe du procès de
reproduction repose sur le crédit, si le crédit cesse brusquement
et que seuls aient cours les paiements en espèces, on voit bien
qu'une crise doit alors se produire, une ruée sur les moyens de
paiements. A première vue donc, toute la crise se présente comme
une simple crise de crédit et d'argent. Et, en fait,il ne s'agit
que, de la convertibilité des effets de commerce en argent.
Mais dans leur majorité, ces traites représentent, des ventes et des achats réels , dont le volume dépasse de loin les besoins de la société, ce qui est en définitive à la base de toute crise. Mais parallèlement,une quantité énorme de ces effets ne représentent que des affaires spéculatives qui venant à la lumière du jour y crèvent comme des bulles; ou encore ce sont des spéculations menées avec le capital d' autrui, mais qui ont mal tourné; enfin des capitaux marchandises qui sont dépréciés ou même totalement invendables, ou des rentrées d' argent qui ne peuvent plus avoir lieu. Tout ce système artificiel d' extension forcée du procès de reproduction ne saurait naturellement être remis sur pied parce qu'une banque, par exemple la Banque d'Angleterre , s' avise alors de donner à tous les spéculateurs, en papier-monnaie émis par elle , le capital qui leur manque, d' acheter à leur ancienne valeur nominale la totalité des marchandises dépréciées. Du reste , tout ici est à l' envers, car dans ce monde de papier n' apparaissent nulle part le prix réel et ses éléments concrets: il n'est question que de lingots, d'espèces métalliques, billets de banque, d' effet de commerce, de titres. C 'est surtout dans les centres, comme Londres, où se concentrent toutes les manipulations financières de la nation que ce manifeste ce renversement des notions: toute l' affaire devient incompréhensible; elle l' est déjà moins dans les centres de production. » (K. Marx , Le Capital T III chap XXX. ed. Moscou)
« La surproduction rappelle brusquement au capital que tous les éléments sont nécessaires à sa production, car c’est cet oubli qui a provoqué une dévalorisation générale du capital. Celui-ci est donc obligé de recommencer sa tentative, mais à partir d’un stade toujours plus élevé du développement des forces productives, et avec la perspective d’un effondrement toujours plus grand du capital. Il est donc clair que plus le capital est développé, plus il apparaît lui-même comme une entrave à la production, et donc aussi à la consommation, abstraction faite de toutes les contradictions qui le font apparaître comme entrave fâcheuse de la distribution et de la circulation. Tout le système du crédit ainsi que les excès du commerce et la surspéculation qui en découlent, proviennent de la nécessité d’élargir et de surmonter les barrières de la circulation et de l’échange...) » ( Fondements T I p 373-374)
22 novembre 2008
USA, Europe, Japon, Chine, Brésil, Russie tous au chevet de l' industrie automobile
Samedi 22 novembre 2008 n°246
L' industrie automobile en crise mondiale.
La contraction brutale, des marchés de l' automobiles avance à grande vitesse, plus un jour sans que l' on apprenne des mises en jachères de pan entier de cette industrie . USA, Europe, Japon, Chine, Brésil, Russie tous sont au chevet de cette industrie en surproduction. Même les nouveaux venus comme Dacia et Tata, sont touchés.
Comme leurs homologues américains, comme les banquiers, les constructeurs automobiles en appellent à l' assistanat de l' Etat et de Bruxelles, pour obtenir 40 milliards d'euros en prêts bonifiés et éviter une déroute semblable à celle de General Motors. Réponse de la Banque européenne d'investissement le 2 décembre.
Dans
tous les pays, les constructeurs automobiles multiplient arrêts de
production , mesures de chômage partiel, et licenciements.
Mais la réplique prolétarienne se fait attendre.
Quinze jours de fermeture à l'usine Renault de Flins
Renault veut réduire d'environ 25% sa production au quatrième trimestre dans le monde. Ce qui veuit dire fermeture temporaire de sites ( comme en Espagne et en roumanie), mais aussi en France sur cinq sites L'usine Renault de Flins devant fermer pour quinze jours.
A Peugeot, les vacances forcées sur le site de Sochaux, ne suffisent plus , et c'est maintenant
un plan de diminution de 3.550 emplois qui dégringole. Départs, volontaires dans un premier temps, mais ensuite nous aurons les licenciements secs. Le site de Rennes qui fabrique la C5, la C6 et la 408 est particulièrement touché et les travailleurs devront se plier à la mobilité géographique pour rester « employables ». En outre, quelque 950 "ouvriers polyvalents" seront redéployés de Rennes vers d'autres sites du groupe (Sochaux, Mulhouse, Aulnay, Poissy). Les départs volontaires seront aussi proposés aux ouvriers polyvalents "qui ne pourraient être mobiles", PSA prévoit 850 départs volontaires sur ce site.
Ces nouvelles suppressions de postes s'ajoutent aux 15 000 départs qui ont déjà eu lieu depuis début 2007 et qui ont principalement concerné la France.
Dans le Nord - Pas-de-Calais, les jours de fermeture d' usines se multiplient. Les, sous-traitants et équipementiers sont étranglés les prolétaires licenciés.
En Allemagne, Audi (groupe Volkswagen), a annoncé lui aussi une baisse de sa production pour Noël. La maison-mère Volkswagen , vient de décider la suppression de 500 postes d'intérimaires en Allemagne.
En Amérique du nord
General Motors, Ford et Chrysler au bord de la faillite
Aux Etats-Unis, General Motors, Ford et maintenant Chrysler sont au bord du gouffre.
Agitant la menace d'une faillite aux terribles conséquences sociales, les "Big three" américains - surnom donné à ces trois acteurs majeurs du secteur automobile aux USA - ont plaidé mardi au Congrès pour l'obtention d'une nouvelle rallonge de 25 milliards de dollars. En cas de faillite de Chrysler par exemple, 56.000 emplois seraient menacés, sans compter les sous-traitants dont le manque à gagner serait de 35 milliards de dollars par an. Les patrons de General Motors, Ford et Chrysler ont demandé une injection massive de liquidités pour sauver leur peau et nom celle des travailleurs, qu'ils sont prêts à sacrifier sur l 'autel du profit.En attendant de savoir si le Congrès viendra finalement en aide à ce secteur touché de plein fouet par la crise, l’action General Motors a terminé en baisse de 9,71% à 2,79 dollars. Ford a de son côté perdu un quart de sa capitalisation boursière en une séance (-25,0% à 1,26 dollar).Le nombre des nouveaux chômeurs indemnisés dans le pays a bondi de 542.000 en une semaine. Le chiffre a surpris à nouveau les économistes. Le taux chômage atteint 6,5% en octobre, et la Fed table sur un pic de 7,6% en 2009.
Canada: L'Ontario dans un cul-de-sac
Pour l'économie ontarienne. La situation est dramatique.Les contribuables ontariens pourraient devoir payer une facture salée si General Motors (GM) devient insolvable.Le ministre des Finances de l'Ontario, Dwight Duncan, le Fonds ontarien de garantie des régimes de retraite doit rembourser tout déficit dans une caisse de retraite. Or, celui de GM atteignait 4,5 milliards de dollars l'an dernier.
À cette somme monumentale s'ajouteraient, l'insolvabilité des constructeurs américains, des pertes gigantesques pour la province . Le manque à gagner atteindrait des milliards de dollars supplémentaires en raison de revenus en impôts sur les sociétés, en impôts fonciers et en impôts sur le revenu. La crise politique va éclater au grand jour tous s' accusant mutuellement de ne pas avoir prévu de solution de rechange.Le ministre canadien de l'Industrie Tony Clement et son homologue ontarien Michael Bryant seront à Washington pour prendre connaissance des détails du projet de sauvetage de l'administration américaine. L'avenir du plan américain est de plus en plus incertain, puisque plusieurs membres du Congrès estiment que les constructeurs automobiles sont responsables de leurs propres malheurs.
Le ministre fédéral de l'Industrie, Tony Clement, a déclaré mardi que les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) doivent jouer un rôle dans le sauvetage des constructeurs. On se demande lequel a part prendre le pouvoir. Sans quoi ils seront réduit à assumer les pertes, la main-d'oeuvre représente 7 % des coûts de construction des voitures, et exploités ont déjà accepté ce printemps des réductions de 900 millions de dollars en salaires et en avantages sociaux.Le plan de sauvetage nord-américain ne peut que freiner la dégringolade et non l' éviter.
En Grande Bretagne: Le motoriste britannique Rolls-Royce va supprimer 1.500 à 2.000 postes
Rolls-Royce, avait en janvier 2008 élaboré un programme de réduction d'effectifs de 2300 travailleurs la saignée étant désormais achevée, il est nécessaire pour X raisons de procéder à une seconde. Rolls-Royce prévoit de supprimer l'an prochain 1.500 à 2.000 postes, ( 4 à 5% de ses effectifs),au niveau mondial", sur 39.000 actuellement.
Ce nouveau plan de restructuration est un nouveau coup dur pour l'économie britannique, officiellement en récession, et frappée de plein fouet par la crise financière. Le taux de chômage a déjà atteint un sommet et l' on s'attend à ce que la barre des deux millions de chômeurs soit franchie d'ici Noël. Certains estiment que leur total pourrait passer à 3 millions dès l'an prochain.
Au Japon même débâcle qu' en occident:
Toyota Motor, a confirmé le non renouvellement au Japon de 3.000 contrats de travail de salariés intérimaires ou employés pour une durée déterminée. Toyota va aussi arrêter sa production dans toutes ses usines aux USA et au Canada pendant deux jours en décembre, après avoir déjà stoppé ses chaînes durant un trimestre dans trois de ses usines américaines (au Texas, en Indiana et en Alabama). Le deuxième constructeur nippon, Honda, a indiqué qu'il allait lui aussi réduire de 79.000 unités sa production annuelle mondiale de voitures, dont 21.000 exemplaires en Europe, également à cause de la chute des achats de véhicules due à la crise économique.
Au final, Honda ne fabriquera que 175.000 automobiles en Europe entre avril 2008 et mars 2009, près d'un tiers de moins qu'au cours de l'exercice budgétaire précédent. Pour opérer ce sévère ajustement, une usine britannique sera fermée durant 29 jours supplémentaires en février et mars, "ce qui se traduira par un arrêt total de la production locale durant ces deux mois"
La production va également chuter de 56.000 véhicules en Amérique du Nord,
Ces nouveaux coups de semonce, émanant des deux poids-lourds de l'automobile japonais, allongent la liste de précédentes coupes dans la production, la main-d'oeuvre et les investissements décidées par les constructeurs automobiles nippons, pas plus épargnés par la débâcle internationale que leurs homologues occidentaux. Mazda va se séparer de 1.300 personnes sous contrats de travail temporaire, et Isuzu faire de même avec 1.400 autres. Nissan, partenaire du français Renault, avait pour sa part indiqué fin octobre qu'il allait réduire ses effectifs de 3.500 têtes aux Etats-Unis, en Espagne et au Japon.
Invitation au Conseil International des Travailleurs de l'automobile 2009
Chacun
le sait, l'industrie automobile européenne est dans la tourmente de
la crise capitaliste. Chômage technique, renvoi des intérimaires,
fermetures de chaînes et de sites, délocalisations, les
contradictions de la guerre économique, du marché, de la course au
profit dévalent sur les derniers maillons de la chaîne, les
ouvriers exploités.
Ceux-ci ne se laissent pas faire, on l'a
encore vu récemment à Goodyear,
ou lors
du Mondial de l'Automobile.
Mais le capitalisme n'est plus
enfermé à l'échelle d'un pays. Il est mondialisé, les stratégies
se développent d'un pays à l'autre, de Dacia
en Roumanie à l'Inde ou la Chine. Et nous, les exploités,
sommes bien obligés de constater que face à une attaque globale,
mondiale, la réaction ouvrière est divisée, partielle,
locale. Nous nous battons avec courage, avec la détermination du
désespoir, mais nous sommes encore trop peu souvent capables
d'organiser une riposte internationale.
En mai 2007, des camarades
avaient participé au 5ème
Conseil International des travailleurs de l'automobile qui
s'était tenu à Stuttgart. Ce conseil se réunira à nouveau à
l'automne 2009, toujours en Allemagne, mais cette fois à Hanovre,
dans le nord du pays.
Pour cette occasion, c'est
le blog "Où va la CGT ?" qui va organiser la
participation la plus large possible
des travailleurs de l'automobile de France à cette initiative.
Pour
commencer l'information, nous publions ci-dessous
l'introduction de l'invitation internationale à cette conférence.
Le texte complet est disponible ICI
pour diffusion la plus large possible, en attendant une organisation
plus développée au printemps prochain.
Dès à présent, nous
invitons les camarades à
bloquer les dates (15 au 18 octobre 2009,
du jeudi au dimanche), à se faire connaître à notre
adresse mail
pour former une équipe collective le moment venu.
21 novembre 2008
Crise financiere novembre 2008.
La
danse du scalp, des CDS
Après Lehman, AIG, Fannie Mae , Freddie Mac, les banques Islandaises à qui le tour ?
Au début du mois de novembre, la patate chaude des CDS ( crédit par défaut) est devenue l' objet de plusieurs réunions au niveau continental et international. La banque centrale européenne a réuni les représentants des banques et associations sur le problème, la commission européenne un groupe de travail spécial CDS. De l' autre coté de l' atlantique, on cherche à maquiller le plus possible « la monstruosité des pertes » avant la réunion du G20 qui se tiendra le 15 novembre.
Le 17 novembre La Tribune titre « Des chambres de compensation pour limiter les risques c'est bien la seule chose concréte qui est sortie du sommet du G20 » En effet, la Réserve fédérale américaine (Fed), la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) trois institutions clefs ont décidé de coopérer en vue de lancer, d’ici la fin de l’année, des chambres de compensation privées en charge d’assurer la sécurité des transactions sur le marché des Credit Default Swaps (CDS), en fait pour maintenir un semblant d' architecture financière..
Selon le même journal, « les grandes Bourses, de NYSE Euronext aux grands marché de Chicago, ont proposé de se porter garante de ces opérations en montant une ou plusieurs chambre de compensation » La Tribune du 17 novembre fait remarquer , que les états unis ont purement et simplement doublé les européens, les suspectant de vouloir réguler le G20 « Des pays européens espéraient la création d’une chambre internationale, publique, placée sous le contrôle des gouvernements ou du FMI. Mais les établissements de Wall Street ont milité pour la constitution d’une chambre américaine, indépendante et privée… qui a reçu l’accord de la Fed vendredi ! »
Juste avant le sommet la DTCC, le compensateur américain, publiait la liste des mille plus grosses émissions de CDS ( voir la Tribune du 6 novembre), on y apprenait qu'il ne s' agissait plus d' une valeur de 55 000 milliards de dollars, la baudruche s' étant dégonflée on en serait à 33 557 milliards fin octobre. Si vous chercher une explication on vous dira « ainsi , si 188,6 milliards de dollars de CDS ont été traités sur la dette de la Turquie, son défaut ne signifiait « que » 7,6 Milliards de dollars de transferts nets entre acheteurs et vendeurs de CDS. Le moins que l' on puisse dire, c'est que les fameux marché de dérivés sont tellement opaques que les montants qui leurs sont attribués sont de dimension variable, selon l' ISDA ( International Swaps and Derivatives Association ), le marché des CDS s' éléverait à plus de 50 000 milliard $, soit le triple du montant repris par l' OCC .
Quoi qu'il en soit, la spectaculaire dégringolade de la consommation américaine, va accroître encore toutes les difficultés , les entreprises coincées entre le marteau de la sous consommation et l' enclume du manque de crédit vont sombrer les une après les autres , la déflation frappe à la porte.
Nous venons d' apprendre que Citigroup se prépare à supprimer 53 000 emplois , il en avait déjà éliminé 23 000 entre janvier et septembre, la situation dans ce fleuron bancaire US est si nquiétante, que des analystes demandent son démantèlement rapide avant la catastrophe. Quant au fleuron de l' assurance américaine AIG ,la Réserve fédérale américaine est contrainte d' intervenir , pour la troisième fois, en injectant 29 milliards de dollars. Jusqu'à présent 150 milliards d’argent public ont été nécessaires pour éviter la banqueroute du groupe .
En Europe, comme nous l' annoncions, les CDS vont maintenant faire tomber les gros bonnets de la finance, le 18 novembre, Les cours des actions de quatre banques figurant au CAC 40 se sont effondrés. Depuis le 10 septembre 2008 : - 40,50 % pour le Crédit agricole, - 35,89 % pour la BNP Paribas et - 46,16 % pour la Société générale. Quant à Dexia, l'injection de l'argent public n'a pas empêché la chute de son titre - 66,24 % depuis le 9 septembre 2008.
Au moment ou je termine cette nouvelle, on apprend que l' Allemagne et le Japon entrent en récession, que l' Equateur est au bord du défaut de paiement, que les faillites aux USA ont augmenté de 34% au mois d' octobre, quant aux prix ils chutent et la presse commence à parler de déflation. A Taiwan, le gouvernement décident de distribuer des bons-d' achat de 100 dollars, pour relancer la consommation.
Gérard Bad le 21/11/2008
17 novembre 2008
Sur le front de classe, Carrefour,SNCF,Fonctionnaires,l' AFPA, collège Brossolette,CPAM,
Lundi
17 novembre 2008 N°245
Belgique (suite de la grève)
Carrefour, Ikéa le droit de grève contre la grève.
vendredi 7 novembre 2008- Alors que tout est mis en action pour juridicialiser la grève, syndicats et travailleurs poursuivaient les blocages. Contrairement à ce que pensent les syndicats,Carrefour ne s' en prend pas au droit de grève, qu' en il dit que le droit de grève ne doit pas violer la sainte liberté du travail. Carrefour s' en prend à la grève elle même a son efficacité, ici ce n' est pas la légalité qui détermine l' action, mais la nécessité de gagner cette grève. Le droit de grève que toute la bande d' huissiers est chargée justement de faire respecter, s' oppose de fait à la grève.
Une juge tout de même sortira du lot déclarant que la grève vise précisément à « avoir un effet sur l’activité d’une entreprise ». Le 8 novembre , rebelote , les magasins Carrefour Malines Nord, Genk , Leeuw-Saint Pierre Waterloo, Mont Saint Jean, sont bloqués par des grévistes. C'est à Waterloo et à Mont Saint-Jean que les manifestants se montrent les plus virulents. Selon la presse "Des échauffourées auraient eu lieu à Leeuw-Saint-Pierre à la suite de l'intervention d'un huissier1, présent sur place" quant à la police elle procédera le samedi matin à trois arrestations administratives.
A noter que le piquet de grève du magasin Carrefour d'Haine-St-Pierre (La Louvière), n'a aucun rapport avec le nouveau Carrefour de Bruges, mais concerne les conditions de travail. En effet , selon un syndicaliste, ce magasin fonctionne en effectifs minimums 121 personnes. Depuis l' absorption des Super GB, les malades ne sont plus remplacés, a-t-il ajouté, ce qui accroît la charge de travail pour les présents.
Le
jeudi 13 novembre, Syndicats et patronat après 24 H de négociation
en présence d' un médiateur, sont parvenus à un préaccord sur le
montant des salaires du nouvel hypermarché de Bruges. Pour le moment
nous ne connaissons pas le contenu de cet accord. Mais sa simple
annonce aura permis aux syndicats de suspendre les piquets de grève.
De leur coté les salariés d' IKEA continuaient leurs blocage ce
dimanche 9 novembre au désespoir d' une direction qui ne semble pas
comprendre les raisons de la grève, selon ses déclarations une
majorité de salariés se sont prononcés en faveur du système de
bonus proposé, par elle. Le syndicat LBC-NVK entend poursuivre les
actions lundi au bureau central d'Ikea à Zaventem.
Nouvelles
du front de classe
Suisse Grève des journalistes: manifestation à La Chaux-de-Fonds 16-11-2008 [Romandie]
Suisse Les journaux neuchâtelois secoués par une grève 14-11-2008 [Swissinfo]
Italie Alitalia : la grève du zèle des pilotes provoque une soixantaine d'annulations 14-11-2008 [Echos]
Italie l'Université en ébullition avec un appel à la grève vendredi 14-11-2008 [Point]
FRANCE
Les salariés dénoncent « la dégradation du dialogue social » : grève à La Continentale (Boulogne) 16-11-2008 [Voix du Nord]
La grève des pilotes se poursuit, perturbations du trafic identiques à samedi 16-11-2008 [AFP]
Berck Agora : les maîtres nageurs toujours en grève après l'échec des premières négociations 16-11-2008 [Voix du Nord]
SNCF. Deux grèves à venir 16-11-2008 [Télégramme]
L’intersyndicale regroupant la CGT, FO, Sud-Rail et la CFE-CGC a appelé, hier, les conducteurs de la SNCF a participé à une grève reconductible, à partir du dimanche 23 novembre. La Fgaac (autonomes), deuxième syndicat chez les conducteurs de la SNCF, et la CFDT , ont appelé , de leur côté , à une grève reconductible dès mardi 18 novembre , à 20 h . Ce mouvement de grève est lié au projet de la direction de modifier la réglementation du travail des conducteurs du fret, au motif d ’ une nécessaire adaptation pour faire face à la concurrence du privé. Le 6 novembre, une grève pour le même motif avait été suivie par environ 55 % des agents de conduite selon les syndicats, 43 % selon la direction de la SNCF.
Caisse d'Epargne: sept syndicats appellent à la grève pour le 28 novembre 16-11-2008 [NouvelObs]
Béghin-Say: que deviendront les 170 salariés ? 16-11-2008 [Ouest France]
Nexter : nouvelle couverture sociale en contrepartie de l'augmentation du temps de travail 14-11-2008 [Miroir]
Mobilité des fonctionnaires: le projet de loi ne sera pas adopté avant début 2009 14-11-2008 [Miroir]
Le projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires, dont il a déjà été fait état, il y a quelques temps dans ces colonnes, a bien été adopté par le Sénat en première lecture en avril; il devait être examiné par les députés en juin, mais a fait l'objet de plusieurs reports...dûs à un calendrier parlementaire "surchargé" (sic)
La Mission Locale de Nantes licencie 19 de ses 93 salariés 14-11-2008 [Miroir]
SNCF: grève des conducteurs à partir du 23 novembre au soir 14-11-2008 [AFP]
Vitalaire - Grève pour les salaires 14-11-2008 [FO]
Eiffage et le social : connaît pas ! 14-11-2008 [FO]
Renault Flins : Arrêt de production du 20 novembre au 3 décembre
Saint-Brieuc. Les agents du ministère de l’Écologie en grève 14-11-2008 [Télégramme]
L'appel à la grève a été particulièrement suivi, hier, au centre hazebrouckois de l'AFPA 14-11-2008 [Voix du Nord]Les stagiaires ont trouvé l'entrée du centre de l'AFPA bloquée, hier matin dès 7 h. Comme annoncé dans notre édition d'hier, l'Association pour la formation professionnelle des adultes était en grève. La mobilisation a atteint les 85 %.
Melun : Grève massive au collège Brossolette 14-11-2008 [Parisien]
Berck : les syndicats en grêve contre l'éclatement de l'AFPA 14-11-2008 [Voix du Nord]
Grève des pilotes suivie à Air France, fortes perturbations 14-11-2008 [Express]
France / Europe Des cheminots européens à Paris contre la libéralisation 13-11-2008 [Express]
L'URSSAF et la CPAM de Calais manifestent pour leurs salaires 13-11-2008 [Voix du Nord]
Auchan Saint Priest : Grève des travailleurs du 11 novembre 13-11-2008 [Progrès]
Grève hier à la CPAM pour l'augmentation des salaires 13-11-2008 [Voix du Nord]
Cascades : l'intersyndicale appelle à la grève demain 13-11-2008 [Voix du Nord]
Jordanie Atteintes graves aux droits des travailleurs 13-11-2008 [CSI]
Le rapport de la CSI déplore, en particulier, le manque de progrès tangible au plan des droits des travailleurs et des conditions de travail dans les zones franches d’exportation ou « zones industrielles qualifiées » (ZIQ) en Jordanie. Les mauvais traitements sont pratique courante, y compris heures de travail à rallonge sans rémunération des heures supplémentaires, conditions abusives et violations des droits des travailleurs. Les migrants, qui représentent une part importante de la main-d’œuvre dans les QIZ, ne sont pas protégés par la législation du travail et n’ont pas le droit d’organiser.
Sénégal Après quatre jours de grève - Ambiance détendue à DDD, en attendant la signature d'un protocole d'accord 14-11-2008 [AllAfrica]
Maurice Hausse salariale à prévoir pour les employés du Port 14-11-2008 [AllAfrica]
Les employés de la Cargo Handling Corporation (CHC) sont dans l'expectative. Ils devraient bénéficier d'une hausse salariale de 17 à 25 %, recommandée par Core Services Ltd, chargée de rédiger un rapport salarial pour ce corps parapublic.
Afrique du Sud L'IBB critique la mort tragique de 23 travailleurs dans la sylviculture 14-11-2008 [IBB]
En date du 13 novembre 2008, l'IBB a appris la mort tragique d'au moins 23 travailleurs dans la sylviculture en Afrique du Sud, victimes d'un accident tragique de la route sur le chemin de travail. Les syndicats de sylviculture dans le monde revendiquent depuis longtemps un transport approprié et sûr sur les lieux de travail. "Charger des travailleurs dans des camions ouverts est inacceptable. Dans beaucoup de pays, les animaux sont mieux transportés que les travailleurs et il faut maintenant que les compagnies dans la sylviculture prennent action" souligne Anita Normark, secrétaire général de l'IBB.
1Les syndicats auraient eux aussi désigné des huissiers pour venir compter le nombre de travailleurs présents.
08 novembre 2008
Belgique: Les salariés de Carrefour et Ikéa aux prises avec huissiers et policiers.
Vendredi 7
novembre 2008 N° 244
Chez Carrefour Belgium, c’est l’ouverture d’un nouveau magasin à Bruges qui a engendré le mouvement de grève. Le nouveau magasin de Bruges sera le deuxième plus grand du pays avec 15.000m² de surface commerciale. C’est également une déclaration de guerre pour les 17.000 employés de Carrefour. Le nouveau siège veut solder les salaires. En effet, les travailleurs de ce magasin ont été embauchés avec une "commission paritaire" (l’équivalent des conventions collectives en France) moins favorable que celle dont dépendent les autres magasins Carrefour. Avec un rabais sur salaire de 25%. De quoi inquiéter l' ensemble des salariés de Carrefour. Pour rappel, la chaine de magasins GB était passée sous le contrôle, du groupe Carrefour en 2000, depuis cette reprise , carrefour est aux prises avec des grèves récurrentes. Le système belge fonctionne avec, cinq commissions paritaires . Une Commission Paritaire est un endroit où négocient patrons et syndicats d’un même secteur; et accessoirement le Ministère de l’Emploi, en cas de conflit, cette commission tripartite détermine , les salaires, certains règlements, les primes, etc.
Dix magasins Carrefour font l'objet d'actions syndicales ce vendredi. Le syndicat socialiste SETCa a dénoncé vendredi une "violation du droit de grève", pointant du doigt le fait que la direction du groupe de distribution fait appel à des huissiers de justice pour forcer l'ouverture des magasins. Le syndicat SETCa indique qu'à l' hypermarché de Ninove, la police , sur demande de la direction à embarqué les travailleurs au bureau de police. La présence d' huissiers en Wallonie , n' est pas parvenue à faire ouvrir les magasins. Au Carrefour d'Auderghem les policiers feront usage de leur matraque à l'encontre de délégués syndicaux. Le directeur du Carrefour d'Auderghem est descendu en personne sur le parking de la grande surface en faveur d' une reprise immédiate du travail,pendant qu' un huissier notifiait des astreintes au non de la liberté du travail. A Mons aux Grands Prés même scénario, mais l' huissier n' a rien pu relever , le personnel n' est pas venu au travail.
En
riposte,les syndicats engageront des actions dans dix magasins
Carrefour du pays (Auderghem, Mons, Jumet, Montigny-le-Tilleul,
Gosselies, Schoten, Burcht , Zemst, et dans deux magasins franchisés
à Gilly et Anderlues). Seuls les grandes surfaces d'Auderghem et de
Burcht parviendront à briser le mouvement. Au Carrefour de
Berchem-Sainte-Agathe, la direction cherche à intimider les gèvistes
en ciblant les « learders syndicaux ». Un délégué
syndical a fait l'objet d'une arrestation administrative lors d'une
brève altercation avec la police lors de l'ouverture du magasin et
alors que la police souhaitait repousser les grévistes afin de
faciliter l'accès au magasin. Jeudi 16 10 2008- le siège du groupe
Carrefour à Evere, est lui aussi occupé,et un boycott de
l'inauguration d'un nouvel hypermarché à Bruges organisé par le
front syndical.
Le vendredi 31 octobre au matin, les piquets de grève qui étaient à l'entrée des magasins Carrefour de Mouscron et de Froyennes (Tournai) sont menacés d'une astreinte financière de 1.000 euros par personne pour tout client qui ne pouvait accéder au supermarché.par manque de personnel et pour des raisons de sécurité, le gérant mouscronnois annonçait que le magasin serait toutefois fermé toute la journée. Au Carrefour de Froyennes (Tournai), c 'est le face à face avec les managers qui entendaient faire respecter la liberté du travail. En face, une soixantaine de grévistes de la CNE et du SETca bloquaient les différents accès. le31 oct, Les six magasins IKEA du pays sont paralysés par des piquets de grève empêchant les prises de poste. Comme pour Carrefour, la direction fait débarquer un huissier de justice pour briser le mouvement.
Au moment ou nous publions ce texte, Les grèves se poursuivent et se poursuivront pendant le week-end de Toussaint. Huit magasins étaient en grève, me 25 octobre (Carrefour a réussi à en faire ouvrir deux par voie judiciaire), une dizaine d’autres étaient portes clauses, ce 31 octobre, en Belgique. A défaut de rentrer gagnant chez Carrefour, certains clients ne rentreront pas du tout dans leur Carrefour habituel, les samedis à venir.
A suivre
04 novembre 2008
Pour qui sonne le glas : vers un nouveau Bretton Woods!!!
La crise économique, financière
, politique et sociale.
( début novembre 2008)
Il n’y a plus de qualificatifs assez fort pour désigner l’ampleur de la crise actuelle, crise vers laquelle convergent rapidement toutes les contradictions du système capitaliste. Cette crise dépasse toutes les prévisions de par sa dimension et la rapidité de son expansion.
« Etant donné la vitesse prodigieuse de la propagation de la crise, explique un proche du FMI, nous devons être très innovants » (La Tribune du 27/10/08)
Les innovations , nous les connaissons, elles éloignent la crise à la manière d'un boomerang, et déjà même à qui n’a pas fait de grandes études en économie, certains chiffres parlent d'eux-mêmes. Patrick Artus, bien placé et surtout bien documenté, évalue les pertes de la richesse mondiale à 34 000 milliards de dollars depuis le début de la crise, en 2007. Ce chiffre représente tout de même 54 % du PIB mondial et se décompose en 26 000 milliards de pertes sur les actions et 4000 milliards venant de l'immobilier américain et britannique mais aussi d’obligations d'entreprises, des pays dits émergents (en fait dépendants) et de pertes bancaires.
Quand la locomotive « émergente » se transforme en boulet.
Censés tirer la croissance des pays du centre, les pays dits émergents se sont soudain transformés en un immense boulet, tirant certes l’économie mondiale, mais vers le fond. Tous les pays ayant antérieurement subi des déferlantes de dévalorisation financière sont de nouveau en phase de rechute. L’Argentine est contrainte de nationaliser les système de retraite, et les industriels s'attendent au pire. La Russie, la Corée du Sud, le Mexique reviennent à la case départ. De nouveaux candidats ont émergé, mais pas dans le sens souhaité par le capital international. Alors le FMI est contraint d’intervenir dans l’urgence et met sur la table 209 milliards de dollars qui devraient être répartis entre le Mexique, la Pologne,l’Argentine, l’Islande, la Hongrie, l’Ukraine ,les Etats baltes (tous plus vulnérables aux capitaux étrangers). L’Ukraine vient d’obtenir un prêt de 16,5 milliards de dollars.
Pour qui sonne le glas : vers un nouveau Bretton Woods!!!
Il y a longtemps que la question de l’hégémonie du dollar comme monnaie de réserve est remise en cause sur le papier. Des tentatives pour que dorénavant les échanges internationaux se fassent sur la base d'un panier de monnaie ont été faites (dollars, yen, euros, yuan) devraient tous être une monnaie de réserve... Là, nous nous trouvons dans ce que Sarkozy appelle « le nouveau capitalisme » : sa refondation, sans les affres de la spéculation...
La situation , laisse au moins une consolation : le terrain est dégagé. Tous les réformateurs du capital vont se regrouper derrière le même étendard en une grande union internationale de sauvetage de la planète capitaliste. Alors ils se raccrochent au radeau d’un nouveau Bretton-Woods. Mais que peuvent-ils faire d’autre pour le moment que de chercher au travers de divers sommets comment se répartir les pertes, pour éviter que les canons règlent ce partage ?
Le spectre de la récession mondiale
Nous pouvons considérer, même si ce n’est pas officiel, que l’Union européenne et les Etats-Unis sont en récession , que le Japon a déjà un pied dedans et que les pays dits émergents (dépendants) sont sur la même pente. En fait la récession mondiale est pour 2009, et nous allons apprendre maintenant jour après jour que tel ou tel pays entre officiellement dans la récession, comme le Royaume-Uni...
La récession , c’est inévitablement une montée en flèche des faillites et défauts de paiement, dans un premier temps dans les secteurs immédiatement exposés au ralentissement économique, comme les transports, l’immobilier, le bâtiment, la construction automobile, la restauration, l’hôtellerie, la vente par correspondance...
Tout cela venant de nouveau provoquer des « subprimes » en chaîne, le désastre des uns entraînant le désastre des autres et ainsi de suite. Le dernier en date en France c’est celui de la CAMIF.
Alors les CCI (chambre du commerce et de l’industrie) montent des « SOS entreprise » pour qu'elles ne se suicident pas, et le pape leur dira une messe.
Les assurances entre dans l’arène.
Comme nous l’avions annoncé dans notre
précédent texte sur les CDS (credit
default swaps), les assurances
entrent dans l’arène de la crise. Alors que le bancassureur
belgo-néerlandais Fortis est en cours de démantèlement1,
c’est
ING, un groupe de bancassurance néerlandais (75 millions de clients
dans le monde), qui passe à la caisse des fonds publics et reçoit
10 milliards d’euros ; par ailleurs l’état néerlandais a
injecté 3 milliards d’euros dans les caisses de l’assureur
Aegon, en perte de 350 millions d’euros. Même les mutualistes,
les promoteurs de « l'économie sociale » dite
non-capitaliste, sont entraînés,
dans le tourbillon de la crise, parce que, eux aussi, étaient entrés
dans « l’économie de casino ». En Belgique, les
pouvoirs publics sont contraints d’apporter 1,5 milliard d'euros à
l'assureur mutualiste Ethias, actionnaire de Dexia, afin de renforcer
ses fonds propres. La Matmut,
selon le journal La Tribune
du 20 octobre 2008, devrait perdre 20 millions d’euros, par le
biais de sa filiale de gestion alternative ADI, un dommage collatéral
de la faillite de Lehman Brothers.
Si les médias ne savent plus où donner de la tête, tant les annonces confirmant la bonne santé de la crise se succèdent, elles nous livrent des têtes et pas toujours celles de dirigeants : « Après l’affaire Kerviel » ,Daniel Bouton est toujours là.
Opération tiroir caisse
En Allemagne le tiroir-caisse fonctionne à merveille : le gouvernement d’Angela Merkel va gaver les banques à la hauteur de 10 milliards d’euros par banque en crise. La banque régionale allemande Bayern LB passera au guichet, WestLB y réfléchit.
Aux Etats-Unis, ont se dispute les cadavres : Wells Fargo et Citigroup s’étripent au sujet de la reprise de Wachovia en perte de 24 Mds de dollars, pendant que la FED joue les Ponce Pilate. La banque régionale américaine Freedom Bank a été fermée par les autorités de tutelle, devenant le 17ème établissement bancaire à faire faillite depuis le début de l’année
En Belgique le « plat pays » est à plat : en un mois les trois première banques belges ont été retournées comme des crêpes, et nous venons d’apprendre que c’est maintenant KBC , le fleuron flamand de l’Etat belge, qui passe à la caisse publique pour 3,5 milliards d’euros.
En France, après l’affaire des Caisses d’épargne où l’Ecureuil est monté sur le podium des pertes financière à la française 700 millions d’euros (dernier chiffre), on ne soutient plus que la banque doit être mortelle, ou qu'il faut privatiser les privatisations. On a une solution plus simple : l’injection généralisée aux frais du peuple de milliards d’euros. Pas moins de 10,5 milliards d’euros seront distribués par « le restaurant du beurre et de l’argent du beurre » aux banques privées françaises2.
Mais dans l’arrière-cour de l’Etat, on
se prépare à faire payer ceux qui le peuvent encore. Alors l’Etat
commence à piocher dans les caisses de l’épargne salariale et de
l’épargne retraite, malgré la réprobations
des gestionnaires. Selon La Tribune
du 22 octobre 2008, la CRDS,
cette contribution du peuple à la dette de l’Etat, pourrait
augmenter : son taux de passerait de 0,5 % à 0,69 %
des revenus.
Les effets de la crise financière commencent à toucher l’économie : La Redoute, la Camif, l’industrie automobile mondiale… La dégringolade vertigineuse du fret maritime de 90% est un indicateur bien réel de l’état du commerce mondial. Mais il n’y a pas que le maritime qui est en crise c’est toute l’industrie du transport(mer, route rail..). Aux Etats-Unis les ports enregistrent une baisse de 7,2% des biens importés depuis le début de l’année.
La déroute des hedge funds, la catastrophe est imminente.
Durant les années 2002-2006, quand l’on
croyait au miracle de l’économie de marché, les gouvernements
étaient en extase devant la dispersion / mutualisation des risques.
Tous fermaient les yeux sur un possible retournement, celui d'un
défaut de paiement de nombreux emprunteurs, dont les hedges
fonds devaient assumer les créances vis à vis des banques. Et bien
nous y voici, la catastrophe est maintenant imminente. Forcés de par
la conjoncture de rendre leur argent à ceux qui le leur avaient fait
confiance, les hedges fonds se mettent à vendre
leurs actifs au moindre frémissement à la hausse de la bourse, ce
qui provoque cet effet de yoyo actuel. La panique est d’autant plus
grande que les grandes banques savent que près de 30% des fonds
vont faire faillite. Le sinistre est énorme et il n’y a plus
d’« assureur » pour honorer leurs contrats.
C'est là que va commencer l’effet de dominos : le risque crédit baignant dans tout le système va contaminer des grandes banques internationales et européennes truffées de dérivés de crédit. A partir de là le chant du cygne de la finance entraînera le monde dans une récession profonde, dont on ne peut pour le moment qu’entrevoir la dévastation : poussée du chômage avec 20 millions de demandeurs d’emploi supplémentaires selon les prévisions du Bureau International du Travail (BIT), et un effondrement de la consommation.
Gérard Bad 4 11 2008
1 Il va être en partie nationalisé par les autorités néerlandaises et en partie vendu à la banque française BNP Paribas.
2 Le Crédit Agricole recevra 3 milliards d'euros, BNP Paribas 2,55 milliards d'euros, Société Générale 1,7 milliard, Credit Mutuel 1,2 milliard, Caisse d'Epargne 1,1 milliard et Banque Populaire 950 millions,
03 novembre 2008
Réflexions sur l’accord de « modernisation du marché du travail « du 11 janvier 2008
« La protection de l’individu dans sa capacité de
travail doit passer avant la protection de son poste de travail (…)
Je conçois la flexicurité comme une politique protégeant les
personnes davantage que les emplois »
Vladimir Spiadla, commissaire européen à l’emploi et aux affaires sociales, les 19-21 janvier 2006 au conseil des ministres européens.
Il aura fallu quatre mois de négociations, et on n’aura vu aucune mobilisation contre ce projet... même pas une action discutable en faveur de la « modernisation » de l’esclavage salarié.
Les intentions tant du Medef que du gouvernement ne connaissaient aucune ambiguïté : « Nous voulons licencier plus pour créer des emplois. » Pour dédouaner les syndicats d’une telle participation à cet accord, il fut procédé au petit chantage habituel, sous-entendu : si vous ne négociez pas, nous irons plus loin par la loi.
Tous, du syndicalisme bureaucratique au syndicalisme de base, se sont pliés au diktat de l’Etat patron. Même pas une « petite grogne » comme aime à signaler la presse, mais un aplatissement total, un silence de mort. Tous étaient préalablement d’accord pour la mise en place de la « rupture conventionnelle du contrat de travail », dite « séparabilité ».
Quatre syndicats ont donc apposé leur signature, pour satisfaire à une revendication de la Commission européenne. Dans l’ordre nous avons la CFTC, FO, la CGC et la CFDT. La CGT n’a pas signé mais elle est aussi dans le coup, car à aucun moment elle n’a lancé une mobilisation sur ce thème auprès des travailleurs. Il faut se souvenir qu’elle revendiquait la « sécurité sociale professionnelle » une copie conforme de la flexisécurité.
Pourtant c’est tout l’ensemble du dispositif sur le contrat de travail qui est au centre de cet accord, qui devrait être transposé dans la loi d’ici l’été. Procédons à l’examen anatomique de cet accord.
Sur la rupture conventionnelle du contrat de travail
Cette rupture, ou « séparabilité » selon l’euphémisme utilisé par Laurence Parisot, recouvre plusieurs réalités. Il peut s’agir d’une rupture de gré à gré, d’un départ collectif, ou préventif, d’une convention de reclassement personnalisé (CRP) ou d’un contrat de transition professionnel…
La « séparabilité » veut plus de flexibilité, de mobilité, de rotation de la main-d’œuvre et, surtout, individualiser le travailleur face à la loi. Sa démarche consiste à éluder le droit du licenciement, d’écarter l’intervention du juge, en bref déjuridicialiser les licenciements. L’accord ne vise qu’à accélérer les « séparabilités » pour un renouvellement rapide du cheptel des forces de travail, comme le préconisait le rapport Cahuc-Kramarz :
« La réglementation de la protection de l’emploi, telle qu’elle est actuellement mise en œuvre, ne permet pas d’accroître le volume global de l’emploi. En fait, l’analyse économique indique qu’un contrôle des licenciements conduisant les entreprises à réduire la fréquence de destruction des emplois a un impact a priori ambigu sur le chômage et l’emploi. Certes, la protection de l’emploi réduit les destructions de postes de travail. Néanmoins, elle a pour contrepartie une diminution des créations d’emplois, car le surcoût induit par le maintien d’effectifs peu rentables, que les entreprises détruiraient spontanément en l’absence de contrôle, diminue la rentabilité anticipée sur les emplois nouveaux, qui peuvent devenir eux-mêmes, dans le futur, des emplois non rentables protégés par la réglementation (1). »
Tel est, souligné par nous, le sens réel de l’accord sur la modernisation du marché du travail, le tout enrobé par la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et compétences), la seniorisation et le portage. Que nous traiterons plus loin.
Pour le moment, bien que la rupture conventionnelle du contrat de travail soit admise par les tribunaux, elle ne bénéficie pas d’un régime propre qui remettrait en cause les indemnités de rupture. Depuis le début le Medef, par chantage, l’avait annoncé : « Nous voulons privilégier les solutions amiables » et faire de la rupture conventionnelle, une rupture à part entière du contrat de travail, déjuridicialisée et visant la mobilité externe des salariés.
Les indemnités de ruptures
Actuellement, les indemnités de licenciements sont soumises aux cotisations à la sécurité sociale et à l’impôt sur le revenu. Pour justifier leur signature, les partenaires syndicaux ont proposé – ou plus exactement on leur a fait proposer – une « indemnité spécifique de rupture » pour tendre vers une égalité de rupture. Cette indemnité ne serait pas assujettie aux prélèvements sociaux et fiscaux.
Le texte prévoit « une indemnité de rupture interprofessionnelle unique » égale à 1/5e de mois par année de présence, sauf dispositions conventionnelles plus favorables, à partir d’un an d’ancienneté dans l’entreprise. Cette mesure cherche à annuler le système légal de licenciement des articles L.122-9 et R.122.-2 du code du travail. Par exemple, en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié ayant plus de deux ans d’ancienneté, peut prétendre à une indemnité de six mois de salaires.
La garantie de l’assurance chômage
Ils ont tous juré que la rupture amiable serait accompagnée des allocations de « droit commun ». L’assurance chômage lève les bras et regarde sa caisse, déjà amputée des prélèvements sociaux sur les indemnités de licenciement, et réclame un contrôle contre les abus. Alors on trouve un biais : seules seront validées les ruptures homologuées par le directeur départemental du travail. Ce n’est déjà plus une garantie de plein droit.
La flexisécurité à la française
Pas si française que cela la flexisécurité, puisqu’elle entre dans le cadre d’une réflexion (pas encore traduite en directive) de la Commission européenne. La flexisécurité suppose ainsi de combiner, « de manière délibérée, la souplesse et la sécurité des dispositions contractuelles, les stratégies globales d’apprentissage tout au long de la vie, les politiques actives du marché du travail efficaces et les système de sécurité sociale modernes, adaptés et durables (2). »
Elle a été aussi l’objet d’une étude commandée à Eric Besson (3), le transfuge du PS devenu secrétaire d’Etat chargé de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques, et de nombreux rapports en ont fait état – on l’a même vue se transformer en revendication syndicale de la CGT sous le nom de « sécurité sociale professionnelle ».
Retour du contrat de projet
Il semble que le Medef n’ait pas eu les mains libres pour faire passer son contrat unique, parce que celui-ci « ne rend pas possible la prise en compte de la spécificité des différents secteurs », selon Charlotte Duda, présidente de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (La Tribune du 4 avril 2008). Ce que voulait le gouvernement, c’est un CDI annualisé, en fait transformer le CDI en CDD généralisé pour X temps de travail à l’année. Bien que suspendu pour l’instant, le projet de contrat unique est toujours dans les tuyaux.
Dans l’attente, nos gouvernants en sont revenus au contrat de mission, initialement présenté comme un CDI (tel le canada dry, il en a le goût et l’odeur), mais finalement ramené à ce qu’il est réellement : un CDD. Pour le moment ce contrat resterait limité et concernerait « la réalisation par des ingénieurs et cadres de certains projets dont la durée est incertaine », entre 18 mois et 36 mois.
Seulement, il faut s’attendre à ce qu’une pression étende l’accord au simple salarié, comme semble le revendiquer Charlotte Duda, ce qui nous amène directement à la légalisation du portage salarial.
La période d’essai
On se demande pourquoi la période d’essai encadrée par la loi (article 4) va accompagner le nouveau CDD,le CDD étant lui-même une période d’essai dissimulée, alors qu’il n’en est pas ainsi pour le CDI. Cependant il devient évident que le Medef tend à privilégier la relation de gré à gré, et il est prévu que la période d’essai figure dans le contrat de travail. De ce fait est prohibée toute période d’essai d’origine conventionnelle, sauf si elle prévoit des durées plus longues.
Le portage salarial
On peut être surpris que le portage n’ait pas fait plus de bruit dans les médias et parmi nos partenaires sociaux. Tant et si bien que l’avocate Lise Casaux-Labrunée s’en est étonnée.
En effet, écrit-elle (4), c’est la définition même du contrat de travail qui est en cause. Elle signale le danger qu’il y a à considérer des professionnels à même de trouver leurs clients, et d’exécuter en parfaite autonomie les prestations correspondantes, comme des salariés.
Le salariat suppose l’existence d’un travail fourni par l’employeur ; il suppose aussi un lien de subordination juridique des « parties ». Et nous ne parlons pas de la remise en cause de l’article L.241.8 du code de la sécurité sociale, qui ne reconnaît pas le portage.
En jetant une passerelle entre travailleurs indépendants et salariés, on procède à une fusion qui permet une porosité de l’un vers l’autre (il semble que les cadres autonomes soient dans le collimateur de l’Etat). Un article de La Tribune (10 janvier 2008), qui voulait saluer positivement l’accord/convention collective du 15 novembre 2007 (5), nous apprend que le portage « a permis à 100 000 cadres, pour l’essentiel des seniors, de vivre une transition entre leur activité et leur retraite en les transformant en prestataires de service » ; et le journal poursuit : « Aujourd’hui, les quinquas sont rejoints par des quadras et même par des cadres de trente ans ».
La convention collective Syntec-CICF du 15 novembre 2007 avait comme objectif principal de signifier un lien de subordination entre l’employeur et le porté :
« De leur côté, les consultants, même s’ils disposent d’une large autonomie dans l’exercice de leur activité professionnelle, demeurent subordonnés à l’EPS [entreprisesde portage salarial] dans le cadre de leur contrat de travail. »
Le portage salarial se présente comme une société d’intérim. La personne portée cherche des clients pour son entreprise et en négocie le prix, un contrat de prestations de services est conclu. Ce type de travail était jusqu’à présent illégal et pouvait être condamné en pénal pour prêt de main-d’œuvre à but lucratif (art L 8241-1 du code du travail). Il concerne principalement les intervenants extérieurs, consultants, etc. Après le travail temporaire et le travail à temps partagé, le portage salarial deviendrait la troisième catégorie de prêt de main-d’œuvre à but lucratif.
La gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC)
La formation, depuis bientôt vingt ans, jouait un rôle de pompier social dans les entreprises : on se formait pour progresser dans l’échelle sociale, obtenir quelques petits diplômes et surtout les primes et promotions qui allaient de pair.
Depuis quelque temps, de promotion sociale la formation se transforme, sous le couvert de « se former tout au long de la vie », en parachute de l’employabilité. Nous n’allons pas ici reprendre ce que nous avons déjà écrit sur le sujet (6), mais donner deux citations de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact, organisme proche de la CFDT) qui résument bien le rôle actuel attribué à la formation, qui consiste à maintenir son employabilité.
Quelle est donc la signification de ce nouveau terme, « employabilité » ?
L’Anact explique :
« La meilleure sécurité qu’on puisse donner à un salarié, c’est un portefeuille de compétences bien rempli. C’est cela qui le rendra autonome et libre vis-à-vis de l’entreprise. Voilà le grand pari, qu’on a pu appeler le pari de l’employabilité (7). »
La meilleure, ce n’est donc plus de remplir notre portefeuille mais de nous donner une formation pour devenir « libre » de trouver ailleurs un emploi. Dans ce sens, l’Anact nous cite une parabole :
« Un Airbus A 320 vole vers la Guadeloupe. Le temps est calme et vous avez la perspective d’une semaine de vacances extraordinaire. Pour moi, c’est un peu ce que vivent certains salariés dans les entreprises : ça va bien, les résultats sont bons, leur présence dans l’entreprise n’est pas remise en cause, la tradition de l’entreprise est de garder ses salariés durant toute leur vie professionnelle. Un petit missile crève la coque du A 320. Manque de chance, vous étiez à côté du trou. Vous n’aviez pas mis votre ceinture et vous êtes aspiré. Vous vous retrouvez à neuf mille mètres d’altitude sans parachute. Vous voyez le résultat. Cette entreprise qui marchait bien est rachetée et les actionnaires décident que la marge nette n’est pas suffisante. Lors d’un plan social, vous vous retrouvez dehors. Vous qui êtes rentré il y a vingt ans avec un CAP d’employé de bureau, vous ne vous êtes pas préoccupé puisque tout allait bien. Vingt ans après vous vous retrouvez sur le marché du travail avec une expérience professionnelle relative et votre CAP d’employé de bureau. C’est comme si vous étiez à neuf mille mètres d’altitude, sans parachute. »
En conclusion
Au moment ou nous nous apprêtions à terminer cet article, le texte définitif du projet de loi adopté le 12 juin 2008, a été promulgué le 25 juin, et publié au Journal officiel du 26 (8). Pas de changements fondamentaux par rapport aux critiques ci-dessus, mais quelques aménagements justifiant le jeu démocratique. Par exemple, le délai avant de bénéficier de l’indemnité conventionnelle de maladie sera d’un an au lieu de trois comme initialement prévu ; de même les indemnités de licenciements, initialement calculées au bout de deux ans d’ancienneté (à raison de six mois de salaires) seront attribuées au bout d’une année, mais à un taux unique bien inférieur.
Gérard Bad
juin 2008
NOTES
(1) De la précarité à la mobilité : vers une sécurité sociale professionnelle, rapport au ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie et au ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, de Pierre Crahuc et Francis Kramarz, La Documentation française, juin 2005.
(2) Vladimir Spidla, commissaire europén à l’emploi, aux affaires sociales et à l’égalité des chances : communication au séminaire « Flexicurité, du point de vue de l’utilité », Bruxelles,27-29 février 2008 (www.cec-kek.org/pdf/SpidlaFlexicuri...).
On retrouve presque mot pour mot ce paragraphe dans : Vers des principes communs de flexicurité. Des emplois plus nombreux et de meilleure qualité en combinant flexibilité et sécurité, communication de la Commisssion au Parlement européen, etc., Bruxelles, 27 juin 2007 (COM(2007)359) ; sur Internet : eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUri...
(3) Eric Besson, Flexicurité en Europe. Eléments d’analyse, rapport au premier ministre, La Documentation française, février 2008. Sur Internet : lesrapports.ladocumentationfrancais...
(4) Lise Casaux-Labrunée, « La légalisation risquée du portage salarial », Semaine sociale Lamy n° 1349, du 14 avril 2008. (5) Accord collectif des entreprises de portage salarial adhérentes au CICF-SNEPS (Chambre de l’ingénierie et du Conseil de France-Syndicat national des entreprises de portage salarial) et CFDT, CFE-CGC et CFTC.
(6) Voir notamment « Formation : De l’adaptation permanente à l’emploi, à la gestion des situations de crise de l’emploi », Echanges n° 109 (été 2004). (7) Anact, Développement des compétences, juillet 1999. Internet :www.anact.fr
(8) Texte de loiwww.legifrance.gouv.fr/affichTexte....
02 novembre 2008
La question sociale:Classe ouvrière… ou travailleurs fragmentés ?
13 avril 2008 Par João Bernardo
(Les intertitres ont été ajoutés par nos soins. Ni patrie ni frontières)
On lit et on entend dire très souvent que la classe ouvrière n’existerait plus. Cela semble être la thèse la plus courante. Certains vont jusqu’à affirmer que les travailleurs eux-mêmes n’auraient plus de raisons d’exister, parce que le colossal essor de la productivité suscité par la technologie électronique permettrait de s’en passer définitivement. Aujourd’hui, le travail, comme tout le reste, serait devenu virtuel. Mais les marchands de nouveautés, peut-être heureusement pour eux, ont la mémoire courte et ignorent qu’ils sont en train de nous présenter comme du dernier cri certaines thèses que l’histoire a abandonnées.
Un vieil argument
Bien avant l’ère de l’informatique, durant les années 20 aux États-Unis, un prophète de la technocratie, Howard Scott, a défendu l’idée que la croissance inexorable de la productivité dépasserait de beaucoup les opportunités d’emploi et d’investissement et provoquerait un chômage croissant. La même thèse refit surface dans un livre d’Arthur Dahlberg publié en 1932, Jobs, Machines and Capitalism : cet auteur soutenait que le progrès technique créerait un excédent permanent de main-d’œuvre. Et, en novembre 1936, Harry L. Hopkins, un des principaux artisans du New Deal, écrivit au président Franklin Delano Roosevelt pour l’avertir que le développement continu de la production, accompagné par la croissance continue de la force de travail, impliquait « la perspective d’un problème permanent de chômage et de pauvreté à une grande échelle »
L’argument selon lequel le progrès de la productivité condamne les travailleurs à la disparition a donc été formulé en plein fordisme, alors que l’économie reposait sur des machines industrielles que l’électronique et l’informatique allaient bientôt rendre obsolètes.
Nous voyons donc que la base empirique de cette thèse est fausse, quand ses partisans actuels invoquent la différence entre l’électronique et l’industrie fordiste. Et nous pouvons aussi noter que la capacité de prévision de cette thèse est nulle, parce que sa première formulation a été suivie, après la guerre de 1939-1945, par une période durable de plein emploi dans les pays les plus industrialisés, phénomène permis précisément par la haute productivité des usines fordistes.
Au lieu de réduire la force de travail, les progrès de la technologie électronique, comme d’ailleurs toute avancée technologique, provoquent certes le chômage dans les secteurs qui dépendent des technologies retardataires, mais en même temps ils ouvrent des secteurs nouveaux, qui exigent une requalification professionnelle permanente.
Même s’ils admettent ce fait et reconnaissent que les travailleurs n’ont pas disparu et ne sont pas non plus en voie d’extinction, certains théoriciens font valoir que cela n’implique pas obligatoirement que les travailleurs forment réellement une classe. Soit avec soulagement, soit avec nostalgie, ils nous annoncent la fin de la classe ouvrière.
L’héritage de la Deuxième et de la Troisième Internationale
Certes, les derniers marxistes qui subsistent encore continuent à mentionner la classe ouvrière, mais cette référence revêt pour eux une valeur plus morale ou sentimentale que véritablement pratique. Les partis se réclamant de la tradition léniniste réduisent – ou plutôt réduisaient, parce qu’aujourd’hui leur expression politique est infime, quand ils n’ont pas abandonné complètement le léninisme – la classe ouvrière à une entité abstraite. Ils concevaient le parti comme le représentant politique de cette classe, mais ils ne reconnaissaient à la classe elle-même aucune structure propre et indépendante du parti. Seul le parti donnait à la classe ouvrière une existence réelle, et, sans le parti, l’existence de cette classe était seulement potentielle. Dans la pratique, cela aboutissait à la transformation de l’avant-garde en une élite dominante.
Cette métaphysique politique était liée à une thèse très répandue dans les organisations les plus bureaucratisées de la Deuxième Internationale et dont la Troisième Internationale hérita de manière acritique. Selon cette perspective, qui considérait les forces productives du capitalisme comme la base du socialisme, l’objectif du socialisme consistait simplement à supprimer la propriété privée et à lui substituer la propriété d’État ; de plus, la technologie industrielle et la discipline régnant dans les entreprises capitalistes pourraient être maintenues sans modification sous le socialisme.
C’est en obéissant à une conception de ce type que les communistes soviétiques, sous la direction de Lénine, importèrent en Russie le système tayloriste et fordiste d’organisation du travail. Ils lui donnèrent ensuite, sous la direction de Staline, une expansion bien plus grande que celle qu’elle atteindrait parfois aux États-Unis.
Les partis communistes ne percevaient aucune contradiction lorsqu’ils affirmaient que le pouvoir politique appartenait à la classe ouvrière tout en privant en même temps les travailleurs de tout pouvoir au sein des entreprises. Et, en réalité, la contradiction n’existait pas, puisque le pouvoir politique n’était pas exercé par les travailleurs, mais monopolisé par leurs représentants, la bureaucratie du parti, qui se joignait à la technocratie des entreprises pour former une même classe de capitalistes d’État. La réorganisation économique de l’Union soviétique effectuée selon les plans quinquennaux constitua l’apogée de ce processus, dont le stalinisme révéla les conséquences inévitables.
Le marxisme orthodoxe attribuait une fonction neutre aux machines (en tant que technologie matérielle) et à la discipline régnant dans les entreprises (en tant que technologie humaine), de sorte que les relations établies entre les travailleurs pendant le processus de travail ne conditionnaient en rien l’existence de la classe ouvrière comme entité politique.
Des conceptions de ce type ne peuvent perdurer que si l’on ignore la réalité sociale des processus de travail. Les relations de production, si souvent mentionnées par les marxistes, incluent la forme de discipline imposée aux travailleurs dans le processus de travail et la forme d’autorité instaurée par les capitalistes dans le contrôle du processus de travail.
Le terrain fondamental de la lutte de classe
Tel a été précisément le principal terrain de la lutte de classe. La discipline régnant au sein de l’entreprise est la première cible de la contestation des travailleurs, et la lutte de classe réorganise en permanence les relations de travail et le contrôle du processus de travail. Dans chaque cas et à chaque époque, la forme de discipline en vigueur dans l’entreprise constitue l’élément central de tout le système de relations instauré entre les capitalistes et les travailleurs.
Les grandes luttes sociales des années 1960 et 1970, dans la sphère nord-américaine comme dans la sphère soviétique et chinoise, ont montré que le taylorisme et le fordisme avaient épuisé leurs possibilités en tant que systèmes de contrôle de la force de travail. Le capitalisme est alors entré alors dans une crise de productivité de plus en plus profonde, qui l’a finalement empêché de répondre à des difficultés qui, en d’autres circonstances, n’auraient pas constitué pour lui des obstacles significatifs.
Cette sclérose s’est manifestée de manière flagrante en 1974, avec la crise déclenchée par l’augmentation des prix du pétrole. C’est à partir de ce moment-là que, progressivement, les nouveaux principes d’administration des entreprises et de contrôle des travailleurs ont commencé à se répandre. Certains auteurs qualifient la situation actuelle de « post-fordiste », mais, puisque c’est Ford qui a, le premier, appliqué systématiquement le taylorisme à la production de masse, je ne vois pas de raison de ne pas désigner aussi le modèle actuel d’organisation du nom de Toyota, qui, le premier, l’a appliqué de manière systématique et l’a le mieux formalisé.
Le système toyotiste et la technologie électronique qui le sous-tend font que les économies d’échelle croissent, sans qu’il soit pour autant nécessaire de procéder à la concentration physique des travailleurs dans un même lieu.
Economies d’échelle et productivité
On appelle économies d’échelle les résultats obtenus quand l’augmentation du nombre de travailleurs, du nombre de machines et de la quantité de matières premières est inférieure à l’augmentation des biens ou des services produits. Les économies d’échelle sont un des facteurs du progrès de la productivité.
N’importe quelle ménagère sait que, si elle prépare une soupe pour trois personnes, elle ne fournira pas trois fois plus d’efforts, de temps, de gaz ou d’électricité que pour une seule portion de soupe.
Pour obtenir des économies d’échelle, et pas seulement pour fabriquer des soupes dans les cantines d’entreprise, mais dans toute la chaîne de production, le système fordiste consistait à réunir, dans les mêmes installations industrielles, des milliers d’ouvriers, ou, dans les mêmes bureaux, des centaines d’employés, qui faisaient fonctionner d’énormes ensembles de machines, consommant des quantités non moins colossales de matières premières. Dans le fordisme, l’accroissement des économies d’échelle dépendait de la concentration physique des travailleurs dans les mêmes locaux. On ne peut comprendre l’attitude des syndicats réformistes, des partis ouvriers bureaucratisés et du syndicalisme radical et, plus tard, les grandes vagues de contestation autonome dans les années 1960 et 1970, que si l’on se souvient que des milliers et des milliers de travailleurs se retrouvaient quotidiennement entre les murs des mêmes installations.
Electronique et surveillance
Le toyotisme a trouvé une manière de réduire, ou même d’éviter, ce risque politique considérable. L’électronique permet aux administrateurs des entreprises de centraliser la collecte des informations et les prises de décisions, indépendamment de tout contact physique avec les travailleurs et de toute relation physique des travailleurs entre eux. Les différents processus particuliers de travail sont intégrés dans de grands ensembles, même s’ils s’effectuent de façon isolée et peuvent parfois être éloignés de plusieurs milliers de kilomètres. Ainsi, les économies d’échelle sociales augmentent sans qu’il soit nécessaire de les augmenter sur le plan matériel.
En outre, la technologie électronique a réussi à accomplir une prouesse inédite dans l’histoire de l’humanité : la fusion entre système de surveillance et processus de travail. Jusqu’à l’époque actuelle, les travailleurs devaient être surveillés par des agents spécialisés, qui non seulement ne pouvaient pas être abusés, mais dont les salaires représentaient une dépense considérable pour les propriétaires des entreprises. Pour être tant soit peu efficace et ne pas provoquer une croissance inacceptable des coûts, ce système de surveillance exigeait que les travailleurs soient tous concentrés dans les mêmes installations.
Il s’agissait d’appliquer les économies d’échelle à la surveillance. Or, dans le toyotisme, le simple fait d’actionner une machine électronique ou un ordinateur constitue une forme de surveillance du travail. Il n’y a plus de distinction entre le fait de travailler et d’être surveillé. Même dispersés, les travailleurs restent toujours sous le regard attentif de leurs employeurs.
L’une des préoccupations fondamentales du toyotisme consiste à limiter la concentration physique des travailleurs, ou même à les disperser physiquement, et en même temps à concentrer les résultats de leur travail grâce à la technologie électronique. Il existe de multiples moyens de limiter la concentration de la force de travail, de la fragmenter et d’obtenir sa dispersion. Sans prétendre être exhaustif, je vais indiquer ceux qui me semblent les plus importants.
Huit moyens de fragmenter la force de travail
1) Contrairement à ce qui s’est produit dans le système fordiste, où régnait une spécialisation rigoureuse, le toyotisme répartit chaque chaîne de production entre différentes équipes de travailleurs, qui se chargent, à l’intérieur de certaines limites, de multiples fonctions. Ainsi, même quand elle se trouve rassemblée dans les mêmes locaux, la force de travail est segmentée.
2) Ces capitalistes se sont efforcés avec succès d’imposer des horaires flexibles aux travailleurs de chaque entreprise. Cela leur permet d’empêcher ou d’entraver l’établissement de relations de convivialité entre collègues, ce qui nuit à la formation de réseaux de solidarité ; plus profondément, il s’agit de déstructurer le vieux collectivisme prolétarien, puisque la flexibilité des horaires rend pratiquement impossible l’existence des associations de quartier ou de simples rencontres dans des cafés ou des buvettes.
3) Dans de nombreux cas, on note que la rotation de la force de travail est extrêmement élevée. Cela signifie qu’une partie importante des salariés restent très peu de temps dans la même entreprise, ce qui empêche la naissance de tous liens de solidarité solides. Les capitalistes se préoccupent seulement de fixer dans l’entreprise un pourcentage réduit de travailleurs hautement qualifiés, pour lesquels ils ont investi beaucoup d’heures de formation professionnelle et qu’il ne leur convient donc pas de perdre.
4) Les conséquences néfastes des horaires flexibles se combinent avec les conséquences non moins néfastes du niveau élevé de rotation de la force de travail qu’entraînent les systèmes de contrat à durée déterminée et de travail à temps partiel. Ces deux formes de contrat se sont multipliées durant les dernières décennies, en contribuant doublement à restreindre les relations entre les personnes qui travaillent épisodiquement dans les mêmes entreprises et à isoler les uns des autres les individus qui participent aux mêmes processus de travail.
5) La généralisation de la sous-traitance provoque la fragmentation physique des sociétés. D’une part, il arrive souvent que les sociétés accordent de l’autonomie à des départements et les transforment en des unités formellement autonomes, en introduisant la sous-traitance dans ce qui, auparavant, appartenait à une seule sphère de propriété. D’autre part, il est aussi fréquent qu’une société, au lieu d’en acheter une autre, lui sous-traite les services. Dans les deux cas, au lieu de se trouver réunis dans des établissements de grandes dimensions et appartenant à une seule et même société, les travailleurs sont divisés entre les entreprises principales et les multiples sous-traitants, bien que leurs activités s’insèrent dans une même chaîne de production.
6) Ce que je viens de dire à propos de la sous-traitance s’applique également au système des franchises, très courant, par exemple, dans les secteurs du fast-food ou de la blanchisserie. L’entreprise principale permet à de petits patrons d’exploiter les filiales locales, mais en leur imposant une technologie, une gamme de produits ou de services, un système d’organisation de la force de travail et une façon de traiter les clients qui doivent être rigoureusement respectés. De leur côté, les petits capitalistes qui acceptent le système de la franchise voient leurs dépenses réduites parce qu’ils jouissent d’une technologie éprouvée, d’une publicité garantie et d’un marché fourni par l’entreprise principale.
7) La fragmentation de la force de travail découlant de la sous-traitance et du système des franchises prend des proportions encore plus grandes dans le système du « portage ». Ce terme (en brésilien, la « terceirização »), désigne le processus par lequel une société transforme certains de ses employés en professionnels formellement indépendants, puis les réembauche en payant leurs services. Dans la pratique, le travailleur « porté » se retrouve totalement dépendant de la société à laquelle il vend son activité, mais sans bénéficier des garanties qu’il avait auparavant en tant que salarié. La transformation du salariat en « portage », qui a pris des proportions massives dans certains secteurs professionnels, débouche sur le complet isolement de ces travailleurs.
Dans les lieux de travail où, auparavant, ils affrontaient leur employeur conjointement avec leurs collègues, ils doivent désormais le faire seuls.
8) Il ne faudrait pas oublier que, durant les dernières décennies, on a assisté à l’intégration massive de certains secteurs de la population dans le marché du travail, notamment des jeunes femmes, et on a vu se prolétariser des activités qui, jusqu’à récemment encore, revenaient aux professions libérales.
Ce n’est pas la première fois que le capitalisme assimile rapidement des masses colossales de nouveaux salariés, mais, à la fin du XIXe siècle, et au début du XXe siècle, il l’avait fait en concentrant les nouveaux prolétaires dans un même milieu physique et social. C’est ainsi que des immigrés, originaires de différentes régions du globe et parlant différentes langues, avaient rapidement acquis des habitudes identiques et donné naissance à une culture prolétarienne commune.
Sous-culture de masse et travail à domicile
Aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui se passe, et les personnes récemment arrivées en masse sur le marché du travail capitaliste, quand elles ne sont pas maintenues dans l’isolement, se dispersent entre les entreprises principales, les sous-traitants et les sociétés franchisées, sans avoir l’occasion de créer une nouvelle culture prolétarienne fondée, comme la précédente, sur de vastes réseaux de camaraderie et de solidarité, et sur une confrontation globale avec les patrons.
Comme si cela ne suffisait pas, et parce qu’ils n’ont guère confiance dans les automatismes économiques et sociaux, les capitalistes ont concentré d’énormes efforts dans la diffusion d’une sous-culture de masse fondée sur l’illusion d’une promotion individuelle. Ainsi ce processus contrarie doublement la formation d’habitudes et de comportements communs au sein des nouveaux éléments qui forment la force de travail.
Pour couronner ce processus, les idéologues du capitalisme ont déployé toute leur imagination et ont annoncé l’utopie ultime – le travail s’effectuerait dans la douceur du foyer grâce aux resources électroniques, dans des conditions de dispersion maximale, et la gestion se cantonnerait dans les bureaux des administrateurs grâce à l’informatique, dans des conditions de centralisation maximale.
Et effectivement, le fait que le capitalisme actuel multiplie les formes de dispersion physique et de fragmentation sociale des travailleurs, et fractionne les grandes unités de production en des unités de dimensions plus réduites, ne l’empêche pas de développer la concentration du capital, non seulement au moyen des modalités classiques d’acquisition, qui donnent naissance à des entités économiques de plus en plus colossales, mais en multipliant entre les entreprises des liens qui ne passent pas par des relations de propriété, comme les alliances stratégiques, par exemple.
D’ailleurs, les formes de concentration économique qui se dispensent de la concentration de la propriété prédominent aujourd’hui, au point que l’entreprise principale arrive à se fractionner elle-même en des unités formellement indépendantes pour mieux exercer son contrôle économique sur elles.
Le rôle du « juste à temps »
L’un des éléments clés du toyotisme est le système du « juste à temps » (ou « just in time », ou encore production à flux tendus) qui consiste à réduire au maximum les éléments (produits ou matières premières) stockés dans les entrepôts et à ajuster à la fois le flux de la production aux oscillations de la demande, et le type de production aux spécifications de la demande. Ce système ne se limite pas à réduire les coûts ; il a plusieurs autres implications très importantes sur le processus d’exploitation, mais je voudrais ici souligner seulement l’une d’entre elles.
Dans le « just in time », c’est l’entreprise principale qui dicte le rythme de la production aux entreprises sous-traitantes et aux travailleurs « portés » ; elle peut le faire facilement parce que l’électronique permet de disperser la captation des informations et simultanément de centraliser les prises de décision.
L’entreprise principale détermine le type de technologie que les sous-traitants et les travailleurs « portés » devront appliquer et elle contrôle les résultats de l’application de cette technologie, en fonction des nécessités d’adaptation de l’entreprise principale au flux de la demande et à sa nature. Néanmoins, bien qu’ils dépendent étroitement des décisions prises par l’entreprise principale, les entreprises sous-traitantes et les travailleurs « portés » sont indépendants du point de vue de la propriété, avec toutes les responsabilités inhérentes à cette situation. Grâce à cette forme de concentration économique qui ne s’accompagne pas d’une concentration de la propriété, les capitalistes qui dirigent les entreprises principales s’approprient la plus grosse part des profits et peuvent faire retomber la plupart des échecs sur les entreprises sous-traitantes, c’est-à-dire, en dernière analyse, sur les travailleurs de ces entreprises. En facilitant la prolifération d’entreprises petites et moyennes, ce système aggrave la dispersion physique et la fragmentation sociale des travailleurs. Bien que les entreprises principales ainsi que les multiples entreprises sous-traitantes et travailleurs « portés » soient réunis dans les mêmes processus de travail et se consacrent à la production des mêmes articles ou des mêmes services, les travailleurs se sentent encore davantage divisés et isolés.
Une classe pour les capitalistes… mais pas pour les travailleurs
Pour les administrateurs des entreprises, qui détiennent le contrôle sur tout le réseau de captation des informations et d’émanation des décisions et qui contrôlent aussi les procédures électroniques de surveillance, les travailleurs existent comme un corps social unifié. On peut même affirmer que, dans le système toyotiste, ce sont les administrateurs d’entreprise qui assurent l’unification sociale des travailleurs. Par contre, dans la mesure où le processus de travail les isole et les disperse physiquement, les travailleurs eux-mêmes ne se considèrent plus, en règle générale, comme des membres d’une classe sociale. En résumé, cela signifie que les travailleurs existent comme classe pour les capitalistes, mais pas à leurs propres yeux.
Nous voyons mieux les implications de ce paradoxe si nous le considérons en termes d’auto-organisation et d’hétéro-organisation. De même que les mécanismes de l’exploitation enlèvent aux travailleurs le contrôle du processus de travail, et donc la possibilité de disposer des résultats de leur travail, de même les mécanismes de l’oppression les dépossèdent de tout contrôle sur les modalités des relations qu’ils pourraient nouer entre eux. Dans cette perspective, je définis comme la classe sociale dominante celle qui réussit à dicter les principes organisationnels de l’autre classe – la classe dominée. Il ne s’agit pas seulement d’une classe dominante qui dispose d’institutions comme le gouvernement, la police ou les tribunaux. Il s’agit de bien davantage que cela, car les capitalistes déterminent jusqu’aux formes d’organisation interne des travailleurs, et le font même dans des domaines que les travailleurs jugent être les leurs.
Remodelage des villes
Nous pouvons observer cette hétéro-organisation dans les remodelages urbanistiques auxquels ont été soumises toutes les grandes villes. Placés dans les zones les plus anciennes, aux caractéristiques plus marquantes, qui donnaient à chaque ville son originalité, les vieux quartiers populaires disparaissent. Il s’agit d’un processus appelé en anglais gentrifying (« gentrification » ou « boboïsation » en français, NdT) : d’une part, on préserve les façades des immeubles, ou, si nécessaire, on les restaure conformément au tracé originel, mais, d’autre part, on transforme et modernise complètement les intérieurs. Les appartements sont vendus à bon prix à des membres des classes dominantes, qui acquièrent ainsi le privilège de vivre dans les centres-villes et les zones les plus appréciées. Et le même phénomène se produit avec les cafés et les petits restaurants de ces anciens quartiers populaires, qui, une fois dûment rénovés, offrent à la nouvelle clientèle un mélange de sophistication culinaire et de souvenirs d’un passé typique. Pendant ce temps, les travailleurs, expulsés de leurs quartiers traditionnels par les mécanismes économiques, sont refoulés dans les banlieues, où ils doivent recommencer à partir de zéro s’ils veulent créer des réseaux de solidarité, et ce dans des conditions spécialement difficiles parce que, dans les zones péri-urbaines, prévaut un type d’urbanisation délibérément conçu pour restreindre les relations de voisinage. Ce double processus traduit un renforcement de la cohésion interne des classes dominantes et un affaiblissement des liens entre les travailleurs. L’hétéro-organisation des travailleurs dans ce cadre urbanistique est symbolisée par les centres commerciaux, qui sont des lieux de socialisation hégémonisés économiquement et culturellement par le capital. Autrefois, les travailleurs établissaient, selon leurs propres termes, des relations directes de voisinage et d’amitié dans les quartiers où ils habitaient, mais maintenant ils passent une partie considérable de leurs loisirs dans les lieux de shopping où leur présence est éphémère, où il est impossible de nouer des relations stables et où tous les types de contact sont conditionnés par une disposition intentionnelle des espaces tendant à la dispersion et à la fragmentation.
Dans le monde contemporain, nous avons, d’un côté, les capitalistes dotés d’une cohésion transnationale, consolidée par de multiples organisations nationales, mais aussi liées sur le plan international et supranational par des réseaux aux mailles très serrées. De l’autre côté, nous avons les travailleurs qui, dans leur relation avec les capitalistes, sont dominés globalement, comme classe, mais qui sont divisés entre eux et ne luttent pas comme une classe. Cette double situation implique que, dans les conditions actuelles, la classe ouvrière a une existence simplement économique, comme productrice de plus-value et victime de l’exploitation, sans avoir une existence politique et sociologique, comme sujet de luttes et base de formes d’organisation opposées au capitalisme.
Tant que cette situation perdurera, la résistance du capitalisme ne sera pas entamée, et ceux qui aujourd’hui évoquent, à tort et à travers, une « crise du capitalisme » feraient bien mieux de chercher à comprendre la crise de l’anticapitalisme.
La double situation de la classe ouvrière, coincée entre son existence économique pour le capital et son inexistence politique et sociologique, tendra à s’aggraver dans les années qui viennent. Seule la lutte contre l’exploitation peut conférer aux travailleurs une identité sociologique de classe, parce que c’est seulement à ce niveau qu’ils trouvent une communauté fondamentale et établissent des liens de solidarité. Je ne fais pas ici allusion à des journées glorieuses, des drapeaux rouge vif frémissant dans le vent et autres clichés ; je pense aux contestations plus banales et plus simples qui remplissent le quotidien de celui qui travaille au service d’autrui. Comment mettre en commun ces actions, comment utiliser ces expériences pour progressivement reconstruire une existence de classe et une conscience de classe, dans une situation où les pressions renforçant l’isolement et la dispersion sont très puissantes ?
La crise… de l’anticapitalisme
Ainsi peut-on sans doute expliquer l’apologie du fractionnement des luttes que prônent la plupart des idéologues post-modernes. Il est vrai que, d’un certain point de vue, une telle attitude peut sembler sensée, parce que, aujourd’hui, rien ne laisse augurer la possibilité de mouvements vastes et généralisés. Contre les instigateurs de mots d’ordre classiques et dépourvus de tout sens pratique, les post-modernes peuvent au moins invoquer le fait que leurs appels sont entendus. D’un autre côté, ils considèrent la fragmentation des luttes non comme une limite qu’il faudrait dépasser, mais comme l’objectif stratégique à atteindre. Leur idéal est de créer une collection de ghettos reliés entre eux par le marché et disposant du « politiquement correct » comme langue commune.
Si chaque personne reste claquemurée entre des miroirs et n’emploie plus de mots qui révèlent la persistance réelle des problèmes, comme c’est le cas du vocabulaire « politiquement correct », et si le marché se charge de satisfaire les besoins de la majorité, tout se passera au mieux dans le meilleur – ou le moins mauvais – des mondes. S’il existe une exploitation, on parle de citoyenneté. Si les femmes sont négligées et plus mal payées que les hommes, on instaure l’égalité dans le royaume grammatical et l’on bricole une curieuse syntaxe semée de barres, de tirets et de parenthèses où les substantifs, les adjectifs, les articles et les pronoms figurent dans leur variante masculine et féminine. Si certains sont victimes du racisme à cause de leur couleur de peau, on les désigne alors par l’origine géographique de leurs ancêtres éloignés. Et si toutes sortes de discriminations continuent à prospérer, alors on crée des groupes, des clubs, des associations destinés simplement à en préserver les membres, en les isolant dans des communautés d’égaux, de sorte que la société, dans son ensemble, ne change pas d’un iota. Le marché assure les relations entre ces îlots idéologiques et permet que, sur le plan économique fondamental, ils constituent des parties intégrantes de la société capitaliste.
Multiculturalisme et consumérisme
Les idéologues post-modernes s’efforcent d’accentuer les clivages d’ordre culturel, ethnique ou sexuel qui divisent les travailleurs, ou alors ils vont jusqu’à inventer des clivages quand ceux-ci n’existent pas dans la pratique. Russell Jacoby a observé avec beaucoup de pertinence dans The End of Utopia : politics and culture in an age of apathy que, même lorsque la globalisation de l’activité économique place les travailleurs dans des situations identiques, les post-modernes prétendent dissimuler cette réalité en faisant appel à des spécificités culturelles fictives. Et l’industrie culturelle capitaliste suit joyeusement les traces des découvreurs de la post-modernité, en recueillant les profits financiers et en consolidant les conditions sociales de la reproduction du capital. Il existe un lien puissant entre multiculturalisme et consumérisme. Dans un monde où les options de vie des travailleurs sont strictement limitées et où le quotidien de chacun obéit à des normes similaires, le multiculturalisme existe exclusivement sous la forme de la consommation de produits – objets ou services – appelés multiculturels.
On arrive ainsi au paradoxe de la situation actuelle, où le capitalisme est dominé par d’énormes entreprises transnationales, gérées par une élite qui adopte une mentalité entièrement cosmopolite et supranationale, et où les travailleurs sont non seulement soumis aux fragmentations suscitées par le système d’administration toyotiste, mais en plus divisés par des nationalismes, des régionalismes et toutes sortes de spécificités ethniques, physiques et culturelles exaltées non seulement par la mauvaise volonté de la droite mais, ce qui est pire, par la bonne volonté d’une certaine gauche. Le grand problème aujourd’hui est de partir des luttes fragmentées en ayant pour objectif de parvenir à ce qu’elles dépassent cette fragmentation. Tel est le plus grand défi devant lequel nous sommes placés, et c’est seulement dans cette perspective que nous pourrons définir une stratégie de lutte contre le Capital tel qu’il se présente actuellement – contre le système toyotiste d’organisation du travail.
João Bernardo
(Traduit du portugais pour un recueil de textes de l’auteur qui sera publié par la revue Ni patrie ni frontières).
Joao Bernardo est l’auteur de plusieurs ouvrages, malheureusement tous inédits en français : Para uma teoria do modo de produçao communista (1975), Marx critico de Marx. Epistemologia, classes sociais e tecnologia (3 vol., 1977), Lutas sociais na China (1949-1976) (1977), O enimigo oculto (1979), Capital, sindicatos, gestores (1987), Crise da Economia Soviética (1990), Economia dos conflitos sociais (1991), Dialectica da pratica e da ideologia (1991) Estado, a silenciosa multiplicaçao do Poder (1998), Poder e dinheiro Do Poder Pessoal ao Estado Impessoal no Regime Senhorial, Séculos V-XV, (3 vol.) (1997, 1999, 2002), Transnacionalização do Capital e Fragmentação dos Trabalhadores. Ainda Há Lugar para os Sindicatos ? (2000), Labirintos do fascismo (2003) et Democracia Totalitária. Teoria e Prática da Empresa Soberana (2004). Militant du PC portugais (1964-1966), puis d’un groupe maoiste (1966-1973), il fut exclu, pour raisons politiques, de toutes les universités de son pays puis s’exila en France de 1968 à 1974. Pendant les années 1974-1975, il fut l’un des animateurs du journal libertaire Combate, dont l’essentiel était composé d’interviews de militants de commissions de travailleurs qui, à l’époque, occupaient les usines voire essayaient de les faire tourner eux-mêmes. Il vit et travaille actuellement au Brésil. Le premier chapitre de son livre Transnationalisation du capital et fragmentation du prolétariat a été publié dans le numéro 4-5 de Ni patrie ni frontières et se trouve sur le site mondialisme.org. Il s’agit d’une série de cours prononcées devant des ouvriers de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), principal syndicat brésilien).






