18 juillet 2009-Au Ssangyong Motors à Pyeongtaek, Corée du Sud (près de Séoul), on en est maintenant à sa huitième semaine de grève, et la situation des grévistes est de plus en plus catastrophique.
L’article ci-dessous rapporte des faits basés sur des relations émanant de travailleurs et d’activistes impliqués dans la lutte. Imprimer ce texte
korea_316f7Pour rappeler brièvement la situation d’ensemble :
Ssangyong Motors est à 51% détenue par la Shanghai Automotive Industry Corporation, société chinoise. En Février l’entreprise fait faillite, propose un plan de restructuration pour obtenir de nouveaux prêts destinés à sortir de la faillite. La cour a approuvé le plan de la faillite, dans l’attente de mises à pied suffisantes pour rendre à nouveau l’entreprise rentable.

Après une série d’actions tout au long du printemps en prévision des licenciements, la grève commence le 27 Mai lorsque la société annonce des suppression d’emploi et la retraite forcée pour 1700 des 7000 travailleurs, sans licenciements supplémentaires de 300 employés occasionnels. Les travailleurs ont immédiatement occupé l’usine, demandant l’annulation des mise à pied, l’arrêt du recours à la sous-traitance et à la précarisation. Le KMWU (Korean Metal Workers Union) a soutenu l’occupation, mais a essayé de canaliser les négations strictement sur la question des licenciements.

À la mi-Juin, environ 1000 travailleurs poursuivent l’occupation, avec leurs épouses et leur familles qui fournissent de la nourriture. Le gouvernement et la société jouent la montre ; en partie en raison d’une crise politique plus large de la droite dure, le gouvernement est hostile à une intervention policière violente ; mais deux semaines plus tard, ils se sont sentis en confiance pour passer à l’offensive. Les travailleurs, pour leur part, se sont armés avec des pinces de fer et des cocktails Molotov.

Les 26 et 27 Juin une sérieuse attaque menée par gouvernement et l’employeur a commencé : avec des briseurs de grèves recrutés pour l’occasion qui, avec l’aide de la police anti-émeute ont essayé d’entrer dans l’usine. Ils ont sécurisé le bâtiment principal, après de violents combats dans lesquels de nombreuses personnes ont été blessées. Les occupants se sont retirés dans l’atelier de peinture, conformément à un plan de défense fondé sur la conviction que la police ne lancerait pas des grenades lacrymogènes dans une zone hautement inflammable. (En Janvier, cinq personnes sont mortes à Séoul, dans un incendie au cours d’un affrontement avec la police, suscitant l’indignation générale).

Le lendemain, la société a fait une déclaration affirmant qu’il y avait eu assez de la violence, mais en réalité, c’est la résistance tenace des travailleurs qui a fait que la police et les milices ont été retirées. La société a exhorté le gouvernement à intervenir directement dans les négations. Tout approvisionnement en eau de l’usine a cependant été coupée à la fin de Juin.

Suite à une ordonnance du tribunal, les forces de répression ont frappé à nouveau le 11 Juillet lorsque la police anti-émeute a voulu de nouveau s’emparer de l’usine, à l’exception du secteur de la peinture, et a cerné la totalité du site.

Depuis l’attaque des 26-27 visant à isoler la lutte de Ssangyong et à briser la grève, les actions de solidarité à l’extérieur de l’usine ont tenté de s’élargir. Il s’agit notamment d’une campagne menée dans les rues, notamment par les organisations familiales, dans le centre de Séoul et dans la zone de Pyeongtaek, de 4 heures de grève générale appelées par le KMWU au cours de laquelle les métallurgistes se sont regroupés en face de l’usine Ssangyong ; les 4 et 11 Juillet la KCTU (Korean Confederation of Trade Unions) a appelé nationalement à des rassemblements pour appuyer la lutte du Ssangyong. Un appel qui a été peu suivi ce qui a fait que le syndicat a hésité à appeler à une grève générale au lendemain des attaques contre l’usine. Beaucoup de militants pensent que les dirigeant de KMWU et de KCTU sont davantage préoccupés par prochaines élections syndicales.

927 activistes ont également fait une journée de grève de la faim dans le centre de Séoul, le 11 Juillet. (D’après mon expérience, en Corée Au cours des quatre dernières années, ces actions sont un rituel qui influence rarement le résultat d’un combat.)

Enfin, le 16 Juillet 3000 membres de KMWU se sont réunis pour soutenir la grève Ssangyong en face de l’Hôtel de Ville Pyeongtaek. Quand ils ont essayé de se rendre à l’usine après le meeting, ils ont été bloqués par la police et 82 travailleurs ont été arrêtés sur place.

Dans l’ensemble, les chances d’une généralisation de la lutte à d’autres usines est peu probable. Beaucoup de militants « activistes » ont le sentiment que même si le KMWU appelait à une grève générale, elle ne serait suivie que dans un faible nombre de lieux. Les travailleurs de l’automobile Hyundai sont eux-mêmes en pleines négociations salariales. De nombreuses usines semblables ont déjà subi un « ajustement structurel » et ne sont plus susceptibles de se mobiliser.

Loren Goldner

SUITE

Le 21 jullet 2009-Après que nous terminions le tour nocturne a 0530 ce matin (mardi le 21 juillet) nous sommes allés a la porte principale de l'usine Ssangyeon ou les luttes continuaient comme hier.

Pyeongtaek

Vers 0900-1000h, beaucoup d'autocars bourres de flics anti-emeute arrivaient devant la même porte, en même temps qu'une une vingtaine de camions de pompiers.

Alors que 2000 flics anti-emeute essaient de s'approcher de la section peinture, les ouvriers retondaient avec un lance-pierre et parfois des cocktails Molotov. Le lance-pierre est très grand et tire des clous et des boulons. Il lance tout ça à 200-300m et choque l'ennemi.

Les pneus mis par les ouvriers pour empêcher le mouvement des flics brûlaient, et le ciel au-dessus de l'usine était noir de fumée.

L'entreprise a coupe l'eau et le gaz et a impose un blocus contre toute aide matérielle extérieure pour les ouvriers, médicaments y compris.
Ils semblent tenter une stratégie d'épuisement, pour faire sortir les ouvriers de l'usine spontanément.

En rentrant du champ de bataille pour mon tour nocturnes, j'ai entendu la nouvelle que l'hélicoptère des flics se servaient de gaz lacrymogène contre des ouvriers qui se battaient sur les toits des maisons.

Aujourd'hui la KCTU (Korean Federation of Trade Unions, la centrale syndicale la plus grande) a déclare la grève générale, principalement dans le but de soutenir la grève de Ssangyong et organise des manifs d'ouvriers dans le pays entier pour samedi le 25 juillet.
Le KMWU (Korean Metal Workers Union- syndicats des metallos, qui organise Ssangyong), le syndicat le plus important affilie a la KCTU,
lancera lui aussi une grève pour le 22 et le 24 pour soutenir Ssangyong et les négociations en cours.

Donc demain plus de 5000 ouvriers seront à la porte principale de Ssangyong, et de nouveaux combats auront lieu.

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