28 août 2009
Pittsburgh: la monnaie universelle sur le grill
Fin septembre à Pittsburgh aux Etats-unis doit se tenir, un nouveau G20, ou la question centrale qui sera mise sur le tapis, sera le maintien du dollar comme équivalent universel. La crise du dollar ne date pas d' hier, mais aujourd' hui il semble bien que son déclin irréversible conduise à un « nouveau Bretton Woods » c' est ce qui ressort du discours ci dessous de N.Sarkosy.
« Et puis j’ai eu l’occasion également de dire combien je souhaitais, même si c’est un sujet difficile, que dans les mois qui viennent, nous parlions de la monnaie et du système monétaire international. Nous sommes sur le système de Bretton Woods. Bretton Woods c’est 1945, un pays qui a gagné la guerre, les Etats-Unis d’Amérique, une monnaie qui finance le plus vaste plan de soutien, le plan Marshall. Franchement, soixante ans après, on doit se poser la question : est-ce qu’un monde multipolaire politiquement ne doit pas correspondre à un monde multi-monétaire économiquement ? Je pense qu’il n’y a pas besoin d’être un grand spécialiste pour comprendre que l’une des questions de la stabilité de la situation économique passe aussi par cela. Alors il y a des tas de propositions sur la table : la proposition du FMI, la proposition des Chinois de créer une nouvelle monnaie de réserve, les propositions américaines. Il ne m’appartient pas de trancher entre ces différents débats mais il faut qu’il y ait un débat. » ( extrait de la conférence de presse de N. Sarkosy ,L' Aquila- jeudi9juillet 2009)
Ce n'est donc pas les bonus qui sont importants, mais qui va payer la gargantuesque addition de la surconsommation à crédit du monde et notamment des Etats-Unis. La dette du Trésor et de la Réserve fédérale approche les 25 000 milliards de dollars.
Nous venons de mettre sur le site mondialisme un article de 1994 sur le déclin du dollar et qui porte le titre:
cliquer ci dessous pour voir l'' article
Les crises financières internationales
23 août 2009
mères de famille: retraite, remise en cause.Après la Guadeloupe, la Nouvelle -Calédonie.Gijon , Vigo, Ssangyong . MTS
Infobref 23 aout 2009
La
majoration accordée aux mères pour leur retraite, remise en cause.
Alors que la presse titre
« redressement spectaculaire du Fonds de réserve des
retraites » grâce à la bourse, la même presse nous apprend
que dans les tuyaux du gouvernement il est fortement question au nom
de l' égalité des droits des hommes et des femmes de
supprimer l' attribution d' un trimestre gratuit par naissance. A l'
origine, il s' agissait de mettre fin à un système qui pénalisait
la natalité. La perte de trimestres pour les mères avait pour
conséquence, au moment du départ en retraite, une pénalisation
importante de leur pension. Même actuellement il est fait état ,
selon la présidente (CFE CGC) de la Cnav d'une différence de 40% ou
si l'on préfère aujourd'hui une femme ayant eu deux enfants touche
une retraite mensuelle moyenne de 818 euros, alors que celle n' ayant
pas d' enfant 1122 euros et un homme 1600 euros.
La guerre du gaz refait surface
« Poutine s' allie à la Turquie dans la guerre des oléoducs » titre la presse. L' affaire est intéressante car elle montre les intérêts multiples qui poussent les uns et les autres à entreprendre ce genre d' accord. Le projet consiste à réaliser un gazoduc qui reliera la Russie à l' Europe par les eaux turques de la mer Noire. Pour la Russie il s' agit de contourner l' Ukraine comme pays de transit et la Biélorussie, pour la Turquie d' avoir un moyen de pression non négligeable pour entrer dans l' Europe. De son coté La Chine vient de signer avec l' Australie un important contrat de livraison de Gaz.
Après la Guadeloupe, la Nouvelle -Calédonie.
Il faut se souvenir qu' au début de l' année, un puissant mouvement de masse dirigé par le LKP et son leader Elie Domota est parvenu après 44 jours de combat à faire plier le gouvernement Sarkosy.
Ce mouvement laissera des traces, dans la conscience collective des classes exploitées d' Outre mer.
En Nouvelle-Calédonie, alors que manifestement une grève s' enlisait à la compagnie aérienne Aircal depuis 5 mois, c' est l'intervention de jeunes Kanak qui allait déclencher une semaine de violence à Nouméa,qui finira par dénouer la crise . Un gendarme mobile sera blessé par balle lors d' un démantèlement de barrage routier. A noter que la aussi, l' état à immédiatement juridicialiser le conflit en procédant à la condamnation de Gérard Jodar président du syndicat l' USTKE à cinq ans de prison avec huit autres militants pour violence durant la grève d' Aircal. Mais quoi que disent les représentants de l' état, qui cherchent à minimiser la relation entre les événements de Guadeloupe et la Nouvelle- Calédonie ceux-ci ont rapidement négociés avec l' USTKE pour éviter une généralisation du conflit.
Lutte
classe contre classe de Gijon , Vigo, en Espagne à Ssangyong Motors
en Corée du Sud :
Pour rappel, c' est l' annonce de la fermeture du site de PYMAR pour le 31 mai 2009 et le sort des préretraités1, qui a mis le feu aux poudres sur le chantier naval de Gijon, tout comme à Ssangyong Motor en Corée du sud. Une véritable guérilla va s' engager avec les forces de l' ordre drivé par un hélicoptère qui survol le chantier va s' engager. Les prolétaires assiégés, vont riposter avec des cocktail molotov, des boulons, des frondes, des fusées... Même des grues seront mises à contribution pour déposer des containers en feu comme barrage.
Le plus grand danger des luttes retranchées c' est de rester dans l' isolement et de ne pas présenter une menace réelle et sérieuse pour l' état. Cependant pouvons nous parler de « défaite » nous ne le pensons pas, la défaite pour les ouvriers de Ssangyong et de Gijon aurait été de ne pas se battre. Toute lutte prolétaire , jusqu' à la victoire finale est et sera potentiellement une « défaite » cependant il n' est pas question pour nous de voir dans la « défaite » que la défaite mais son potentiel révolutionnaire, il est de la même trempe que celui des mineurs anglais ( 1984-1985)2, et des sidérurgistes de Lorraine eux aussi « vaincus » au sens courant du terme. Cependant ce n' est pas tant le résultat économique de la lutte qui compte pour nous mais le renforcement de l' unité révolutionnaire des luttes et de la solidarité ouvrière. Le simple fait que pour mener leur combat les ouvriers de Ssangyong se soient organisés pour mener l' occupation en 50 ou 60 groupes de combat de 10 travailleurs, plutôt que de courber l' échine, voilà l' essence révolutionnaire de leur combat.
La solidarité de classe est indispensable pour lutter efficacement contre les forces de l' Etat, depuis le début du conflit à Gijon , les ouvriers ont le soutien d'un autre chantier, Juliana, lui aussi, menacé de fermeture et aussi de ceux de St Nazaire qui pensent un jour subir le même sort. .Puis nous aurons l' entrée en scène à Vigo, des ouvriers de la métallurgie eux aussi en action pour débloquer les négociations autour du renouvellement d'une convention collective qui concerne 27 000 personnes . Bien entendu les forces de l' ordre et l' appareil judiciaire sont toujours présents pour criminaliser les actions prolétaires. Prenons par exemple le cas de deux syndicalistes du syndicat asturien « Corriente Sindical de Izquierda »,ils furent condamnés à trois ans de prisons et mis sous écrous le 16 juin 2007, suite à des heurts avec la police et la destruction d' une caméra de surveillance. De même à Ssangyong, des ouvriers seront pris en otages, et sujet à des inculpations diverses. Quant au syndicat ayant soutenu les actions illégales, l' état coréen entend bien lui faire comprendre son rôle de gardien de l' ordre qu'il a outrepassé, des poursuites contre le KMWU sont engagées pour un dédommagement de 45 millions de dollars. Cette situation nous la retrouvons en France avec la vague de « séquestration » et les inculpations de salariés, ce n' est d' ailleurs pas un hasard si le délégué CGT des « Conti » de Clairoix, Xavier Mathieu, a violemment attaqué le patron de son syndicat, Bernard Thibault, sur France Info : « Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille. ». Les « Conti » de Clairoix , n' ont pas reçu de soutien de la Confédération, lors de leur procès pour saccage des locaux de la préfecture de Compiègne, mais celui du NPA et de Lutte ouvrière.
Tréfimétaux Sérifontaine dans l' Oise: fermeture du site.
Témoignage:
Je passe assez souvent par Sérifontaine prés de Gisors (2633 hab en 1999, 2553 en 2006), où il y a beaucoup de pavillons mis en vente, et sur le petit rond point , une pancarte 44 licenciements à MTS. Après renseignements il s' agit de l' Usine Tréfimétaux du groupe KME dont le siège est à Florence Italie et qui fermera ses portes en septembre 2009. En 2006, le groupe avait mis en place un plan social qui aboutissait à 215 licenciements avec la précarité qui devait suivre pour 30% d' entre eux et la vente des pavillons à prix d' urgence. La principale revendication des salariés en grève c' est une prime de 30 000 euros. Pour la ville c' est un catastrophe, c' est 70% du budget de la commune qui va disparaître en taxe professionnelle, restera sur place, les résidus de cuivre, de plomb , d' huile , des déchets de pyrolyse...Que le maire pense pouvoir faire prendre en charge par KME.
2Voir sur le sujet le livre d' Henri Simon «Grève des mineurs en grande-bretagne « ed Acratie
18 août 2009
La grève de Ssangyong Motors en Corée du Sud : défaite et dure répression.
La grève de Ssangyong Motor Company et l’occupation de l’usine de Pyeongtaek (Corée du Sud) s’est terminée le 5 août après 77 jours de lutte. C’est une défaite pour les 976 ouvriers qui ont pris le 22 mai cette petite usine automobile et l’ont tenue contre des assauts quasi militaires répétés : l’accord signé par le syndic de faillite Park Young-tae et le président de la section locale du syndicat Han Sang-kyun représente en effet une défaite quasi-totale. C’est même pire que cela, après la capitulation, des douzaines de grévistes ont été arrêtés et interrogés par la police en vue de possibles poursuites pour activités criminelles ; ceci indépendamment d’un procès monstre contre le syndicat Korean Metal Workers pour 45 millions de dollars d’indemnisation et probablement d’autres procès distincts contre des grévistes rendus responsables de déprédations occasionnées par la grève. Au-delà d’une victoire antérieure et plus dramatique contre des protestations populaires il y a un an et demi (ne faites pas de prisonniers), le gouvernement coréen de Lee Myong Bak (droite dure) montre ainsi par de telles mesures, son intention de passer au rouleau compresseur toute résistance potentielle éventuelle à une gouvernance indéfectible en faveur du grand capital.
La grève de Ssangyong fait écho de diverses manières à la dynamique des luttes montrée dans celle de Visteon au Royaume Uni et dans toutes les batailles autour des restructurations de l’industrie automobile de par le monde.Impliquant la prise immédiate de l’usine, son occupation et, dans sa défense, de violents affrontements avec la police, les sbires patronaux et les jaunes , cette grève est la première lutte de cette dimension en Corée du Sud depuis des années. Sa défaite – qui suit une longue série de défaites dans les années écoulées – n’est guère un bon présage pour des résistances futures.
Ssangyong Motor Company a été reprise il y a trois ans par la firme chinoise Shanghai Automotive Industry Corporation qui détient 51% du capital. A cette époque, l’usine de Pyeongtaek (située environ à 45 minutes de Séoul) employait 8 700 travailleurs ; au début de la grève, ils étaient seulement 7 000. En février dernier, la firme coréenne s’est mise en faillite, proposant une restructuration et offrant l’usine de Pyeongtaek en garantie pour de futurs emprunts lui permettant de sortir de la faillite. Le tribunal approuva ce plan impliquant des licenciements pour que la firme redevienne profitable.
La stratégie du management semble avoir été sur le long terme de réduire progressivement les effectifs et de transférer les technologies en Chine. Depuis la prise de contrôle par la firme chinoise, celle-ci n’a procédé à aucun nouvel investissement chez Ssangyong Motors et n’a lancé aucun nouveau modèle ( les procureurs coréens ont questionné la légalité des transferts de technologie en Chine, celles-ci ayant été » développées avec des subsides gouvernementaux mais jusqu’à présent, aucune action n’a été engagée à ce sujet). En décembre 2008, il y eut une brève action de protestation contre ce transfert de technologies.
Les travailleurs de l’usine répondirent à la mise en faillite de l’usine par des grèves d’avertissements contre les licenciements prévus. Ces grèves limitées se transformèrent, lorsque le plan de licenciement fut dévoilé, le 22 mai en une grève pleine et entière, avec prise de l’usine et occupation par les 1 700 travailleurs. Au programme, trois principales revendications : pas de licenciements, pas de travail temporaire et pas de sous-traitance. La firme cherchait à contraindre 1 700 ouvriers à prendre une retraite anticipée et licenciait 300 temporaires.
Les travailleurs de Ssangyong sont organisés par le syndicat Korean Metal Workers Union (KMWU) et ils ont travaillé en moyenne 15 à 20 années dans l’usine. Un travailleur permanent gagne approximativement un salaire annuel de base de 30 000 000 won ( environ 25 000$) un temporaire ne gagne que 15 000 000 won pour le même travail ( en Corée , le salaire de base est seulement une fraction du salaire qui comprend des primes ( pour les permanents- et un chiffre significatif d’heures supplémentaires à taux majoré ; souvent 10 heures par semaine qui sont acceptées et souvent souhaitées par la plupart des travailleurs comme un supplément de salaire nécessaire)
A la mi-juin environ 1 000 travailleurs poursuivaient l’occupation avec femmes et enfants apportant la nourriture. Environ 5 000 travailleurs restaient à la maison et environ 1 000 cadres et jaunes travaillaient à faire uniquement de l’entretien car aucune voiture ne sortait des chaînes depuis les débuts de l’occupation.
Dans les premières semaines de l’occupation, la police n’était guère présente à Pyeongtaek. C’était en partie à cause de la crise politique qui avait suivi le récent suicide de l’ex président Noh Mu Hyeon et des manifestations qui s’ensuivirent exprimant la colère croissante contre le gouvernement de droite de Lee Myong Bak. Ce gouvernement, élu en Décembre 2007 sur un programme de fort développement économique et déjà quelque peu discrédité par des mesures spectaculaires répétées en faveur des riches et par la crise mondiale fut tout d’abord quelque peu désarçonné par l’importance de l’attaque des manifestations mobilisant jusqu’à un million de participants. Après que l’intervention de la police des émeutes lors des funérailles de Noh eut provoqué une nouvelle flambée de colère et fait descendre encore plus de manifestants dans les rues, le gouvernement tout d’abord ne voulut pas risquer un nouveau revers en lançant immédiatement l’assaut contre l’usine de Pyeongtaek.
Le 16 juin, une importante manifestation anti-grève rassembla plus de 1 500 protestataires devant les portes de l’usine. Y participaient 1 000 cadres, les jaunes, 200 hommes de mains et 300 travailleurs qui ne figuraient pas sur les listes de licenciement et ne soutenaient pas la grève. 400 de la police des émeutes étaient stationnées non loin de là, ne bougeant pas et finalement, la manifestation des jaunes fut déclarée illégale, apparemment par crainte que les grévistes et leurs supporters les attaquent.
Lors de cette manifestation de jaunes environ 7 à 800 travailleurs des usines voisines, comme Kia Motor Company vinrent pour défendre l’usine en partie répondant à l’appel du KMWU
Les travailleurs occupant l’usine firent des plans pour une défense armée contre les tentatives que pourrait faire la police pour reconquérir l’usine, stockant des barres de fer et des cocktails Molotov . Comme position de repli éventuel, ils se concentrèrent sur le département de peinture où ils pensaient se trouvaient des matériaux inflammables qui dissuaderait la police d’utiliser des bombes lacrymogènes susceptibles se provoquer une explosion (c’était une bonne idée comme on le verra plus tard mais finalement elle s’avéra inutile)
J’ai parlé avec un activiste participant à l’occupation qui était très critique quant au rôle du syndicat. Selon lui, le KMWU garda le contrôle de la grève. Pourtant, au contraire du rôle que les syndicats avaient joué dans la lutte de Visteon en Grande Bretagne ou dans le démantèlement de l’industrie automobile aux Etats-Unis, le KMWU soutint l’action illégale et couvrant l’occupation de l’usine et en organisant sa défense armée. Mais d’autre part, dans les négociations avec la compagnie, il centra les revendications sur « pas de licenciements » et mit la pédale douce sur la sécurité de l’emploi pour tous et contre la sous-traitance.
Le noyau dur de l’occupation de l’usine reposait sur 50 à 60 groupes de base de 10 travailleurs qui chacun avaient élu un délégué pour coordonner les actions. Selon le même activiste, ces délégués étaient les travailleurs les plus combatifs et les plus conscients.
Une fois de plus, la grève a bénéficié à l’origine d’un climat politique favorable qui mettait le gouvernement coréen sur la défensive mais il se redresse maintenant avec ma crise profonde de l’industrie automobile et la crise économique mondiale. L’usine voisine de Kia Motor Company était elle- même en pleines négociations critiques pour des mesures permettant de faire face à la crise et GM-Daewoo est menacée par la réorganisation mondiale de GM . La stratégie de la firme, comme dans le cas de Visteon, a été au mieux une guerre d’usure (déjà amorce dès 2006) ou même une fermeture immédiate de l’usine.
Fin juin, le gouvernement et la compagnie abandonnèrent leur position attentiste et commencèrent à passer à l’offensive. Le 22 juin des poursuites judiciaires étaient déjà engagées contre 190 grévistes. Quelques jours plus tard un des travailleurs licencié et lourdement endetté se suicidait. Le climat social et politique continuait à l’alourdir avec des enseignants et des moines attaquant le glissement accéléré du gouvernement vers la droite de plus en plus conservatrice et les forces de l’ordre, sous la férule du parti Hanaradang (ultra nationaliste) brandissant des attaques du genre « sympathisants de la Corée du Nord ». Des manifestations en soutien à la grève se tenaient périodiquement à Séoul et à Pyeongtaek mais elles rassemblaient rarement plus de quelques milliers de participants.
Les 26 et 27 juin gouvernement et employeur reprirent des attaques plus sérieuses : des hommes de main, des jaunes recrutés parmi les non licenciés et la police des émeutes tentèrent d’entrer dans l’usine. Après de violents combats au cours desquels bien des ouvriers furent blessés, ils parvinrent à conquérir le principal bâtiment de l’usine. Les grévistes occupant l’usine se retranchèrent dans le secteur « peinture » ce qui faisait partie de la stratégie que nous avons évoqué ( en janvier précédent, 5 personnes étaient mortes à Séoul dans un incendie allumé lors d’un affrontement avec la police, ce qui avait déclenché des semaines de manifestations)
Le jour suivant, la compagnie déclara qu’il y avait eu assez de violence (ce qui était une reconnaissance de la résistance pugnace des travailleurs) ; police et mercenaires furent évacués et la firme demanda au gouvernement de s’impliquer directement dans des négociations.
Après l’attaque des 26 et 27 juin dont le but était d’isoler la lutte de Ssangyong et de briser la grève, des actions solidaires tentèrent d’élargir le soutien aux grévistes hors de l’usine. Ces tentatives comportaient des campagnes de rue, principalement d’organisations familiales dans le centre de Séoul et dans la zone de Pyeongtaek ; Le KMWU organisa une grève générale de 4 heures au cours de laquelle les métallos des usines voisines se rassemblèrent devant les portes de l’usine.
Le 1er juillet, l’eau fut coupée dans l’usine ce qui signifiait que les occupants, pour faire face à l’été coréen chaud et humide, devaient récupérer l’eau de pluie et improviser des WC de fortune dans des tonneaux. Alors que les négociations échouaient, toutes les issues de l’usine furent bloquées
Les 4 et 11 juillet, le KCTU (Confédération Coréenne des syndicats) organisa des manifestations nationales en solidarité avec la grève de Ssangyong. Ces actions furent pourtant peu suivies et la direction du KMWU hésita à lancer une grève générale en réponse aux attaques sur l’usine. Les activistes pensent que les dirigeants du KMTU et du KCTU étaient plus préoccupés par les prochaines élections (927 activistes tinrent une journée de grève de la faim dans le centre de Séoul le 11 juillet) (ma propre expérience m’a enseigné qu’au cours des quatre dernières années de telles actions purement rituelles ont rarement influencé l’issue des luttes, sauf à démontrer leur faiblesse et leur isolement)
Finalement, le 16 juillet, 3 000 membres du KMWU se rassemblent devant l’Hôtel de ville de Pyeongtaek en solidarité avec les grévistes de Ssangyong ; Quand ils tentent de se rendre vers l’usine, ils sont bloqués par la police et 82 ouvriers sont arrêtés. Lors de cette tentative avortée d’atteindre les portes de l’usine en apportant de la nourriture et de l’eau, les sbires de la compagnie s’en prenaient particulièrement aux bouteilles d’eau.
Les dés furent vraiment jetés le lundi 20 juillet. Un ouvrier de l’usine Kia Motor Company, proche de l’usine en grève et qui vint avec des centaines d’autres pour défendre l’usine attaquée par plus de 3 000 flics, mercenaires et jaunes, décrit ainsi ce qui apparaît comme une véritable opération militaire :
« Ce matin là, à la fin de l’équipe de nuit à 5h30, nous sommes allés aux portes de l’usine Ssangyong où la lutte continuait dans les mêmes conditions que la veille.
Vers 9 ou 10 heures, de nombreux bus de la police des émeutes arrivèrent devant les portes accompagnés d’une vingtaine de voitures de pompiers.
Quand 2 000 flics tentèrent de s’approcher de l’atelier de peinture, les ouvriers répondirent avec des jets de fronde et des cocktails Molotov. Les frondes envoyaient des boulons et des écrous, avaient un rayon d’action de 200 à 300m et étaient très efficients. Des barrages de pneus enflammés barraient les entrées et des nuages de fumée noire obscurcissaient le ciel au dessus de l’usine.
La compagnie avait coupé l’approvisionnement en gaz et en eau et avait renforcé le blocage de tout approvisionnement vers l’usine y compris les produits médicaux. Son but paraissait d’abord d’épuiser les occupants pour les contraindre à quitter l’atelier de peinture spontanément.
Plus tard, ce jour là, un hélicoptère de la police répandit des gaz lacrymogènes sur les travailleuses qui se battaient sur les toits. »
Le 21 juillet, le KCTU décréta une grève générale du 22 au 24 juillet et programma une manifestation nationale pour le samedi 25 juillet. Le KMWU annonça des grèves partielles les 22 et 24 juillet en solidarité avec la grève de Pyeongtaek et les négociations en cours. De telles grèves, qui sont habituelles pour le KCTU ne sont guères suivies ou soutenues et restent dispersées et sans efficacité. Le même ouvrier de Kia qui combattait la police aux portes de l’usine raconte les événements du 22 juillet :
« Nantis d’un jugement du tribunal, le 20 juillet, plus de 3 000 de la police des émeutes, y compris une unité de l’armée, tentèrent de reprendre l’atelier de peinture et sommèrent les ouvriers de l’évacuer.
Devant leur refus, la police lança des attaques répétées contre les occupants pendant sept jours consécutifs ; ces attaques impliquaient aussi des mercenaires et des jaunes, des ouvriers non licenciés.
La police intensifiait une propagande de chaque instant et un hélicoptère tournait constamment au dessus de l’usine pour empêcher les ouvriers de dormir et les épuiser nerveusement.
Ils avaient coupé les approvisionnement en eau et en gaz et refusaient l’entrée de toute aide humanitaire (l’électricité n’avait pas été coupée pour empêcher la peinture et autre matériaux inflammables de l’atelier de peinture de se décomposer)
A partir du 21 juillet, la police commença à déverser des gaz lacrymogène par hélicoptère sur ceux qui défendaient sur les toits le secteur de la peinture.
Par intermittence , quand la police des émeute tente d’entrer dans l’atelier de peinture, ils utilisent des fusils spéciaux projetant des pointes chargées de 50 000 volts et les jaunes lancent des projectiles avec des frondes depuis l’immeuble vis-à-vis.
Naturellement, nous nous battons avec des tuyaux de fer et des cocktails Molotov devant l’usine pour défendre la grève.
Fin juillet, environ 700 ouvriers restés dans l’usine mangeaient comme repas normal des boules de riz avec du sel et buvaient de l’eau de pluie bouillie. Bien qu’un certain nombre d’entre eux aient été blessés dans la lutte, ils n’en continuaient pas moins à se battre.
Le 20 juillet, la femme d’un cadre du syndicat se suicida à son domicile. Bien que son mari ne fût pas parmi les licenciés, il n’en participait pas moins à la lutte en dépit des menaces du management. Sa femme avait tout juste 29 ans. A ce moment, conséquence de la lutte, cinq personnes étaient mortes ou s’étaient suicidées.
Le 25 juillet, le KCTU organisa un rassemblement devant la gare de Pyeongtaek. Après, les ouvriers et tous les participants, armés de tuyaux de fer et de pierres trouvées aux alentours s’affrontèrent à la police des émeutes en tentant de gagner l’entrée l’usine de Ssangyong. Une violente attaque de la police les contraignit de s’en retirer. Les combats se poursuivirent dans la nuit dans les rues de Pyeongtaek.
Nous, membres du KMWU sommes supposés lancer une grève générale de 6 heures le 29 juillet mais nous savons combien il est difficile de mobiliser tous les membres des syndicats pour se lancer dans une telle grève.
Le management garde lui un bon moral en prétendant qu’il a été acculé à la faillite ;
La pression croissante des organisations civiques et de quelques députés, management et syndicat ont prévu de se rencontrer le 25 juillet. Mais le management a annulé unilatéralement la rencontre pour la seule raison ( prétendue) que les ouvriers continuent de lancer des boulons et qu’ils ne peuvent accepter la revendication qu’il n’y ait pas de licenciement mais que tous les travailleurs licenciés travaillent en rotation avec des périodes de mises à pied temporaires non payées
Le management rejetait toutes les concessions faites par le syndicat, celui-ci devant accepter seulement les licenciements.
Le 27 juillet, les ouvriers de Ssangyong tinrent une conférence de presse et se rassemblèrent de nouveau devant l’atelier de peinture, échappant pour un moment à l’atmosphère étouffante des locaux occupés.
Les revendications présentées lors de cette assemblée étaient :
1) retrait de la police
2) négociations directes avec le management et le gouvernement
3) publication des résultats de l’enquête sur les émissions illégales résultant de la mise en œuvre de la technologie des moteurs diesel hybrides.
Je finirai, en me référant à la dernière partie de la conférence de presse :
…Nous avons fait de notre mieux pour que ce conflit soit résolu d’une manière pacifique par le dialogue. Mais si cette répression brutale et mortelle continue, nous déclarons clairement que nous sommes résolus à nous battre jusqu’à la mort.
Tous ceux d’entre nous, ici présents montreront au monde leur détermination de mourir pas seulement comme des ouvriers mais aussi comme des êtres humains.
Nous combattrons sans fléchir et regagnerons nos droits et finalement, nous retournerons chez nous »
Lors de combats quotidiens du 20 au 27 juillet, police, mercenaires et jaunes ont reconquis toute l’usine sauf l’atelier de peinture. D’importants contingents de police étaient massés dans le bâtiment proche, à quelques mètres de l’entrée de l’atelier de peinture.
Après que les nouvelles négociations eurent de nouveau échouées au cours du week-ends des 1 et 2 août, l’électricité de l’atelier de peinture fut finalement coupée, contraignant les occupants à utiliser des chandelles la nuit. La bataille finale commença le 3 août et se poursuivit toute la journée du 5. 100 grévistes avaient finalement abandonné l’occupation durant le nuit (beaucoup écoeurés par la violence sans merci de la compagnie et du gouvernement). Lors des négociations finales, le président de la section syndicale accepta la retraite anticipée (licenciement sans indemnisation) pour 52% des occupants, et 48% en congé sans solde pendant une année et une promesse de réembauche si les conditions économiques l’autorisait. La compagnie paierait aussi 550 000 won de prime mensuelle pendant une année à quelques ouvriers transférés dans les services de vente.
Dans les jours qui suivirent, les affronts s’ajoutèrent aux menaces : des vingtaines d’ouvriers restaient détenus avec des inculpations diverses et des poursuites engagées contre la KMWU pour des dommages intérêts d’un montant de 500 000 000 de won (45 000 000 de dollars). Comme nous l’avons souligné des poursuites peuvent être engagées d’après la loi coréenne contre les grévistes individuellement les laissant complètement ruinés ; cela s’est déjà vu dans le passé ; La compagnie prétend avoir subi à cause de la grève 316 milliards de won (258,6 millions de dollars) de dommages et perdu la production de 14 600 véhicules.
Cette vengeance calculée du gouvernement et de la compagnie montre une escalade évidente dans l’offensive générale contre une possible opposition. Une année auparavant, au cours de l’été 2008, une grève de 12 mois dans les grands magasins E-Land s’était terminée par une défaite. Les 10 000 employés qui s’étaient mis en grève pendant l’été 2007 durent reprendre le travail en acceptant une offre misérable qu’ils avaient initialement rejetée. D’autres avaient déjà abandonné la grève pour trouver un autre emploi. Les employés de E-Land avaient systématiquement occupé les magasins et en plusieurs occasions s’étaient battus avec la police et les hommes de main de la direction qui tentaient d’introduire des jaunes dans les magasins. Pourtant, après cette défaite, aucune représailles semblable à ce qui frappe les travailleurs de Ssangyong n’avait été lancée contre eux.
Le gouvernement de Lee Myong Bak du parti Hanaradang tire ses origines de la dictature de Park Chung-hee au cours des années 1961-1979, qui furent les années glorieuses de l’émergence de la Corée comme le premier des tigres asiatiques. La fille de Park fut évincée de justesse par Lee comme candidate du parti à la présidence en 2007. Une vision de la dictature de Park est assez largement teintée de rose, centrée sur le dynamisme économique et minimisant ou ignorant sa répression brutale, s’est largement répandue dans la société coréenne au cours des récentes années. Elle trouve crédit dans une croissance en dents de scie dans les premières années 1990 et surtout depuis la débâcle financière de 1997-1998 quand la Corée sous les fourches caudines du FMI (une des conditions posées par le FMI pour une injection de 57 millions de dollars fut une augmentation considérable du travail temporaire). Le gouvernement Lee non seulement a annulé une taxe sur les transactions immobilières sur les constructions de haut standing imposée par le précédent gouvernement Noh mais il remboursa les impôts collectés à ce titre. Au cours de la grève Ssangyong, il introduisit une loi très contestée sur les médias qui autorisera une concentration dans le style de Rupert Murdoch dans de grands conglomérats qui éliminera les organes plus petits et plus critiques. La fameuse loi sur la sécurité nationale passée en 1948 pendant la guerre civile précédant la guerre de Corée au cours de laquelle des milliers d’opposants de gauche furent massacrés, reste en vigueur et a été récemment utilisée pour arrêter ou bien des groupes socialistes, pour le simple fait d’être socialistes ou bien des libraires vendant ouvertement des livres pro Corée du Nord.
La défaite de Ssangyong ne peut pas être seulement attribuée au rôle ambigu de l’organisation nationale du KMWU qui dès le début du conflit engagea les négociations dans la voie étroite du thème « pas de licenciements » (position contrastant avec celle du président de la section syndicale de l’usine qui à la fin signa le document de capitulation et resta dans l’usine occupée jusqu’à la fin alors même qu’il n’était pas sur la liste des licenciements). La défaite ne peut pas plus être expliquée entièrement par l’atmosphère due à la crise économique. Ces deux facteurs ont joué sans aucun doute un rôle majeur. Mais par-dessus tout et au-delà de leur impact indéniable , c’est la condition de la classe ouvrière coréenne, une année d’emploi, une année de chômage, avec le travail temporaire qui touche maintenant plus de 50 % de la force de travail qui est au centre de dette défaite. (1) Des milliers de travailleurs des usines voisines vinrent constamment en aides aux grévistes de Ssangyong mais cela ne suffisait pas. . Leur défaite, en dépit de leur héroïsme et de leur obstination, approfondira seulement la démoralisation régnante jusqu’à ce qu’une stratégie se développe qui puisse mobiliser de larges couches se soutien, pas seulement pour lutter dans des batailles défensives mais pour aller à l’offensive.
L.G.
(1) voir l’article “The Korean Working Class ; From Mass strike to casualization and retreat , 1987-2007” on the Break Their Haughty Power web site : http://home.earthlink.net/~lrgoldner ( en anglais)
La grève de Ssangyong Motors en Corée du Sud
07 août 2009
Dollarium tremens: la dé-dolarisation en marche ( août 2009)
« Il est préférable que la plupart des citoyens de notre nation ne comprennent pas le fonctionnement de notre système bancaire et monétaire parce que, si c' était le cas, je pense qu'ils commenceraient une révolution dés demain matin. » Henri Ford
La danse du scalp
contre le dollar roi, est de nouveau active et de nouvelles tribus
tournent autour du feu pour liquider le roi
dollar et adorer de nouveau le veau
d' or.
Ce n' est certes pas nouveau, depuis l' abandon de l' étalon or en 19141, jusqu' aux accords de Bretton Woods2 après la seconde guerre mondiale, la gestion financière de la planète fut l' objet de nombreuses remises en question. Le Bancor3 proposé comme monnaie internationale fut rapidement mis au rancart par les Etats Unis qui imposèrent alors le dollar. Tant que les Etats-Unis, disposaient dans les coffres de Fort- Knox d'importante réserves en or, il n' y avait pas de problème. C'est seulement quand la croissance économique se déplaça des Etats-Unis vers l' Europe, que les réserves d' or des américains s'amenuisèrent et se traduisirent par un déficit de plus en plus important de leur balance des paiements. C' est à ce moment que les premières remises en cause du dollar comme monnaie universelle commencèrent. En dépit de diverses mesures de « replâtrage » le dollar se maintiendra. C'est en mars 1968, qu'une nouvelle crise monétaire éclate , qui se soldera par la mise en place d'un double marché de l' or.4
Depuis que le dollar est devenu l'étalon monétaire de la planète, tous ceux qui ont essayés de le détrôner, n'y sont pas parvenus, En France De gaulle ( 1965), puis Giscard ont essayés, ils ont été évincés. Quand Saddam Hussein voulu payer le pétrole en euro, il avait mis en place une arme de « destruction massive » qui lui vaudra la vie.
Stock d’or, en % des réserves mondiales
|
Années |
Etats-Unis |
Royaume-Uni |
France |
Allemagne
|
|
1923 |
44,4 |
8,6 |
8,2 |
1,3 |
|
1924 |
45,7 |
8,3 |
7,9 |
2,0 |
|
1925 |
44,4 |
7,8 |
7,9 |
3,2 |
|
1926 |
44,3 |
7,9 |
7,7 |
4,7 |
|
1927 |
41,6 |
7,7 |
10,0 |
4,7 |
|
1928 |
37,4 |
7,5 |
12,5 |
6,5 |
|
1929 |
37,8 |
6,9 |
15,8 |
5,3 |
|
1930 |
38,7 |
6,6 |
19,2 |
4,8 |
|
1931 |
35,9 |
5,2 |
23,9 |
2,1 |
Source : Barry Eichengreen, 1996, L’expansion du capital. Une histoire du système monétaire international, L’Harmattan,p.87.
Depuis, la crise financière , à considérablement réduit la puissance de la City et de Wall street, le dollar n 'est même plus une monnaie suspecte, il n' est plus une monnaie ou si l' on préfère une monnaie hélico5 alimentée par la planche à billet.
Alors les détenteurs de dollars s'énervent un peu plus et prennent des initiatives, les monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Emirats arabes unis, Koweit, Oman, Qatar, envisageaient, pour 2010 une monnaie unique sur le modèle de l' euro. Au moment de signer l' accord il n' en restait plus que quatre. Puis se fut le tour des détenteurs de matières énergétiques, qui ne veulent pas être les dindons de la farce, de passer à l' offensive. Le Cartel de l' OPEP et la Russie veulent marcher sur les traces de Saddam Hussein; ils comptent mettre en place une monnaie unique pour honorer les contrats pétroliers. Le Kazakhstan et l’Iran veulent une monnaie régionale, la Chine propose la mise en place d'une monnaie universelle par la mise en place d’un instrument de paiement dont la valeur serait déterminée à partir d’un panier de monnaies, et non plus fixée sur celle du dollar américain. Or cet instrument existe déjà, mais pas pour cet usage : ce sont les DTS. Fin mars, Dominique Strauss-Kahn déclarait « légitimes » les discussion sur une nouvelle monnaie de réserve.
Michael Hudson6, dans son article : Dé-dollarisation: le démantèlement de l' empire militaire et financier américain (17 juin 2009) va jusqu à dire :
« La ville Russe de Iekaterinbourg, la plus importante à l’est de l’Oural, pourrait désormais être connue comme le lieu où sont morts non seulement les tsars mais aussi l’hégémonie américaine. Non pas uniquement l’endroit où le pilote américain Gary Powers a été abattu en 1960, mais aussi celui où l’ordre financier international dominé par les USA a été mis à bas.
La remise en cause de l’Amérique sera le thème principal des réunions élargies de Iekaterinbourg, en Russie (ex-Sverdlovsk) des 15 et 16 Juin rassemblant le président chinois Hu Jintao, le président russe Dmitri Medvedev et les représentant les six pays de l’ Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan. L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Mardi le Brésil s’y joindra pour les discussions commerciales entre les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). » «
Suite à cette réunion le Président Sarkosy s' est dit en accord avec l' esprit de Iekaterinbourg, ceci dans la logique du Gaullisme et lors du G8 qui s' est tenue à L' Aquila (Italie) plusieurs chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants ont clairement remis en cause l’ordre monétaire existant depuis les accords de Bretton Woods, ainsi que la prédominance du dollar dans les échanges mondiaux. Nicolas Sarkozy, a appelé à un débat sur la monnaie de réserve. Le représentant chinois a évoqué, pour sa part, "un régime monétaire international de réserve diversifié et rationnel" sur la base des droits de tirage spéciaux (DTS), le panier de monnaies utilisé par le Fonds monétaire international (FMI).
Le ministre allemand des finances Peer Steinbrück, a tenu à prendre ses distances en informant la presse que l' Allemagne restait farouchement favorable au dollar comme monnaie de réserve.
Selon Peer Steinbrück, "le rôle dominant des marchés financiers anglo-saxons" demeure mais il s'est "relativisé" avec la crise financière. le ministre social-démocrate (SPD) dans l'hebdomadaire Manager magazin, indique que "le dollar va certainement garder son rôle particulier", mais selon lui "dans une proportion moins importante".
La réponse américaine ne s'est pas fait attendre
Le président Obama a défendu le dollar : “En ce qui concerne la confiance dans l’économie américaine ou dans le dollar, je ferais remarquer que le dollar est extraordinairement fort en ce moment. Et la raison pour laquelle le dollar est fort en ce moment, c’est parce que les investisseurs considèrent que les États-Unis ont l’économie la plus forte du monde, avec le système politique le plus stable du monde. Je ne crois pas à la nécessité d’une monnaie mondiale.»
Il apparaît donc, que la question du dollar comme monnaie universelle est au centre des contradictions du monde capitaliste, au centre de leurs rivalités. Comme l' histoire de l' argent nous l' enseigne, il arrive toujours un moment ou il faut passer sous les fourches caudines du « paiement au comptant », ce moment semble arrivé..
En ce qui nous concerne, nous ne pensons pas
que le retour à l' étalon or , change les paramètres de la crise
du capital, ni un système basé sur les DST et autres monnaies. Il
nous faudra revenir sur cette question dans un prochain article. Pour
rappel l' article ci-dessous de Loren Goldner qui anticipait déjà
la crise.
continuité et discontinuité dans le déclin de l' accumulation mondiale centrée sur le dollar
notes
1 Le système de l'étalon-or a fonctionné de 1879 à 1914. Issu de l'échec du système bimétallique, il ne survivra pas à la crise économique et financière créée par la première guerre mondiale.
2Les accords de Bretton Woods, furent conclus à la suite d' une conférence tenue du 1er au 22 juillet 1944, entre quarante quatre pays membres, afin d' instituer un nouvel « ordre monétaire » suite à la deuxiéme guerre mondiale. Ces accords sont à l' origine de la création du fond monétaire international (FMI) et de la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD)
3 Etalon monétaire international dont la création fut proposée par John Maynard Keynes lors de la conférence de Bretton Woods (1944) et qui aurait servi de référence pour déclarer les taux de change.
4L'or monétaire ne représentait plus, en 1968, que la moitié des réserves mondiales, contre les deux tiers en 1958. l' économie mondiale manquait de liquidités, ce qui favorisera le passage de l' étalon de change-or à l' étalon dollar
5 En novembre 2002, Bernanke (qui n’était alors qu’un des gouverneurs de la Réserve fédérale) a prononcé un discours célèbre dans lequel il a déclaré qu’au cas où déflation aux Etats-Unis serait semblable à celle du Japon, le gouvernement américain devait imprimer de l’argent à l’infini (faire marcher la planche à billets) et le déverser par hélicoptère. Depuis on le surnomme « helicopter Ben ». Les marchés le soupçonnent d’être un inflationniste.
6 Michael Hudson, brillant économiste jusqu’à récemment tout à fait marginal (pas marxiste, plutôt hudsonien). Son livre Super imperialism (1972) décrivit si bien la stratégie américaine de l’« Imperial Management Through Bankrupcy » (gestion impériale par la faillite) que le gouvernement Nixon s’en servit pour affiner sa stratégie. Il démontra que « l’aide » américaine subventionnait les exportations américaines et rien de plus, ce qui obligea le ministère du Commerce à réviser et même à supprimer les statistiques sur lesquelles Hudson s’appuyait. Super Imperialism a été réédité en 2002 par Pluto Press (Londres) avec une nouvelle préface et un nouveau chapitre final qui remettent l’analyse à jour.






