1974 : Le Mai des banques.

Origine du mouvement :

Mai_des_banquesLa première banque à se mettre en grève c'est la BDF, c'est à dire les fonctionnaires de la Banque de France " l'aristocratie bancaire " comme certains le disent. C'est donc le 26 février 1974, que pour la première fois le siège du temple du fric est occupé par des grévistes.

Le 26 février au matin les agents de service et les secrétaires comptables vont bloquer l'entrée de la cour où les camions viennent chercher les billets. C'est alors que le gouverneur va s'appuyer sur un texte anti-grève de 1963 concernant la fonction publique et certaines entreprises nationales pour retirer 1/30e de salaire mensuel aux grévistes. Cette décision va mettre le feu aux poudres et coûtera à la Banque de France deux semaines de grèves et  une grève généralisée de tout le secteur bancaire. La grève va donc à partir de ce moment s' étendre progressivement à la périphérie de la BDF et le premier mars l'imprimerie de la Chamalières est également en grève. Dans les autres banques la grève est aussi à l'ordre du jour et c'est sans doute ce qui expliquera pourquoi la grève de la BDF sortira rapidement victorieuse du conflit contrairement à la grève de quatre semaines de 1987.

 

    En effet au siège le mouvement est minoritaire 30% à 40% du personnel et le gouverneur peut encore tenter de jouer sur le pourrissement du mouvement. Cependant il y aura deux éléments décisifs qui viendront au secours des minoritaires.

Premièrement l'extension du mouvement aux autres banques, et l'entrée en scène des ouvriers de Chamalières ainsi que le durcissement de l'action au siège.

les_casqu_s_dans_la_cour_de_la_Banque_de_France_1974Deuxièmement l'intervention des brigades spéciales avec casques et lance grenades, pour faire respecter la liberté du travail. Bien entendu ce n'est pas dans les meurs des employés de la BDF de travailler sous la surveillance d'hommes en armes, c'est donc 4000 personnes qui se regroupent dans le hall et hurlent "WORMSER démission"


 

LA GREVE DANS LES AUTRES BANQUES.

c'est donc dans le sillage de la grève de la BDF que va s'engouffrer la grève des banques. Ici nous n'allons pas nous arrêter aux détails des grèves établissement par établissement mais essayer de dégager le sens général de ce mouvement.Tout d'abord, il y a de nombreuses occupations d'entreprise à Paris: le Crédit lyonnais (siège central) sera occupé tout le long de la grève,à la BNP et à la société générale  les centres informatiques sont occupés.La Caisse générale industrielle du Bâtiment, la chambre de compensation subissent elles aussi des occupations. En province, le centre informatique du Crédit du Nord de Lille, celui de la BNP à Ecully est occupé, la BNP de Marseille est occupée pendant 15 jours. Il y aura d'autres occupations d'un jour ou deux dont nous ne parlerons pas ici.

Ce qui caractérise se mouvement, c'est la volonté des grévistes les plus déterminés à agir sur les centres névralgiques de la Banque. Par exemple au crédit lyonnais, l'occupation en force de l'annexe Richelieu-Ménars fut préparée dans le plus grand secret. Elle permit de bloquer les entrées et sorties de fonds à destination des agences parisiennes, elle paralysera la Bourse et le traitement de chèques, enfin elle empêchera l'informatique de tourner.

buldobanques_2Comme toujours, quand une action est efficace, qu'elle tranche vraiment avec " la grève syndicale" les tribunaux, la police et le traitement clandestin du travail sont sur le pied de guerre. Comme la grève est encore puissante le tribunal préfère " reconnaître comme légale l'occupation", il passe alors son affaire à un médiateur qui essaye, avec les syndicats de calmer le jeu. Si rien n'y fait alors comme toujours, la force publique est alors utilisée pour mettre fin aux occupations le moment voulu. C'est ce qui c'est passé au Crédit Lyonnais le 15 mars 1974.quand les portes de la banques sont tombées à coups de Bulldozer.

 

Les manifestations de rues.

Elles seront nombreuses, mais les plus marquantes sont celle du 6 mars (15000 personnes dans la rue), celle du 15 mars ( 25 000 personnes), celle du 20 mars (30 000 personnes) celle du 28 mars sous une pluie battante (50 000 personnes).Il faut remonter à 1925 pour trouver dans l'histoire des luttes sociales des employés un mouvement d'une telle ampleur (En 1925 la grève des banques durera 8 semaines et mobilisera 20 000 manifestants sur Paris et 10 000 en Province ).

 

LA CGT CONTRE L’OCCUPATION (extrait d'un tract de la page 47 du livre « Le « mai » des banques ed. Syros de la CFDT)

A la BNP BARBES:

« Hier soir,les commissions exécutives de la CGT, employés, gradés et cadres se sont prononcées pour le retrait de leurs militants du groupe d'occupation compte tenu des réalités suivantes:

1) occupation minoritaire (80 à 100 occupants maximum, dont une quinzaine étrangers à la BNP.

2) cette occupation telle qu'elle est faite actuellement, aboutit au même résultat que la décision de la Direction à HERGERE, à savoir: les grévistes sont coupés des organisations syndicales et ne peuvent plus participer activement à la grève.

3) les meneurs de cette occupation refusent l'accès des locaux aux personnes assurant la maintenance et l'entretien du matériel informatique (il y a là volonté délibérée de saboter l'outil de travail).

4) cette occupation prend un aspect paramilitaire avec la mise en place de barricades improvisées, barre de fer.

La CGT ne peut pas cautionner de telles pratiques.

Avoir le sens des responsabilités à l'égard des travailleurs, c'est avoir le courage de leur dire ce qui est bon pour la lutte et ce qui ne l'est pas. (…) »

Le système d’organisation des grèves

Les comités de grève ou de lutte sont souvent le signe d'une combativité plus forte, et le dépassement des querelles inter syndicales. BNP, Crédit Lyonnais...)

Les AG (Assemblées générales), elles sont l'organe décisif de la poursuite de la grève. Les AG sont les organes suprêmes du mouvement gréviste. C'est dans les AG que ce décide les occupations, la popularisation de la grève, la mise en place de commissions....