DLM

Novembre 2011



À oppression globale, réponse globale contre un système capitaliste qui domine toute notre vie

Dans ce bulletin, nous évoquons fort incomplètement les deux courants de lutte contre les mesures prises, dans tous les pays du monde, pour amener les 99 % à accepter les restrictions qui les frappent à des degrés divers : jusqu’à présent, partout, ce sont deux courants parallèles qui, comme dans la géométrie euclidienne, ne se rencontrent jamais.

D’un côté, d’un bout à l’autre du monde, depuis les usines ultramodernes de l’automobile jusqu’aux mines de Papouasie ou du Pérou, des bagnes de super-exploitation de Chine, de l’Inde ou de l’Afrique du Sud, la lutte de classe ouverte est si répandue qu’il est difficile d’en recenser son importance, sa localisation et ses méthodes (et la manière dont on la réprime).

Pour le moment, même si cela se déroule parfois à une échelle nationale ou si cela passe les frontières à l’intérieur d’une même entreprise ou d’une même activité, ces luttes ne se rejoignent pas alors qu’elles ont une même origine : les conditions d’exploitation. Elles peuvent exprimer parfois une certaine radicalisation mais elles se terminent d’une manière ou d’une autre soit par des échecs, soit par des compromis, le plus souvent au détriment des travailleurs.

Cela n’empêche nullement la lutte de se poursuivre car elle sera présente tant qu’il y aura exploitation du travail. D’un autre côté, la crise a conduit partout, pour la sauvegarde du capital, à des mesures plus ou moins draconiennes, variables selon les États, même si elles ont un même but : réduire le coût de la force de travail en s’attaquant à la fois aux salaires, aux conditions de travail et notamment aux accessoires du salaire, depuis les retraites et les garanties maladies jusqu’à l’ensemble des services sociaux (aides diverses, santé, éducation). Cette crise accroît les difficultés notamment des jeunes, ceux de banlieues comme les étudiants mais, là aussi, les résistances s’expriment diversement et ne se rejoignent pas, bien que la cause soit la même.

De plus, ces actions, déjà bien timides, restaient limitées au cadre des États. Les quelques débordements radicaux de ce pacifisme légal ne dépassaient pas ce cadre étatique bien que quelques-uns des groupes initiateurs de ces débordements pouvaient avoir des connexions internationales. Il n’est sans doute pas entièrement nouveau que, sinon pour faire céder un pouvoir, du moins pour souligner ses impotences, ses carences, sa corruption, sa répression, des mouvements de résistance ou de protestation se développent indépendamment des défenseurs patentés, à l’appel de quelques individualités méconnues ou de petits noyaux résistants, utilisant à la fois un langage simple sur des points précis, et des méthodes inusitées jusqu’alors. Il en est ainsi de ce que l’on voit présentement avec ce mouvement d’occupation sédentaire pacifique de lieux publics, couplé éventuellement à des manifestations autour d’un simple slogan : « Indignez-vous » et d’une aussi simple constatation : « Nous sommes les 99 % contre les 1 % qui nous dominent ».

On peut voir dans ces occupations de lieux publics la correspondance avec une occupation d’usine lors d’une grève, à la différence que dans ce dernier cas il s’agit d’un lieu d’exploitation de la force de travail (où se crée la valeur, donc qui touche au cœur du système capitaliste) alors que dans l’autre cas, il ne s’agit — au pire — que d’un « trouble à l’ordre public » exprimant une revendication d’ordre politique.

Dans le cas du mouvement des Indignés, cette revendication, même si elle est particulièrement imprécise, a un tel niveau de généralité qu’en fait elle pose, sans l’exprimer ainsi, la question de la légitimité de l’ensemble du régime social, celle du régime capitaliste lui-même. C’est ce trait qui peut expliquer un point capital — historique pourrait-on dire — de ce qui se passe présentement : le fait que le mouvement, avec ses imprécisions et sa simplicité, favorisé mais pas du tout initié par le développement moderne des moyens directs de communication hors du contrôle des médias légaux, franchisse les frontières et ne soit pas l’œuvre d’une quelconque organisation, donnant à l’internationalisme les lettres de noblesse de sa spontanéité dans le combat commun de ceux qui vivent en ce moment les mêmes sujétions du système économique et politique.

Il est bien évident que ce mouvement, par l’ensemble des caractères que nous venons d’évoquer, a pris par surprise tous ceux, bien ou mal intentionnés, qui tentaient de maintenir la domination capitaliste ou la combattaient en restant dans le cadre imposé.

Il est bien évident aussi que ce mouvement, malgré cet internationalisme affirmé dans des slogans et dans des actes, prend des formes différentes suivant les particularismes des États d’origine. Il est encore plus évident que, s’il affiche sa force dans cette expansion spontanée, il démontre en même temps les faiblesses de son ingénuité et de ses balbutiements : toutes les formes de répression depuis la force brutale, le maintien sous des décors transformés des mêmes pouvoirs dominants, ou les récupérations des institutions organisées existantes, participent séparément ou ensemble à l’affaiblissement, voire à l’éviction de ce que ces pouvoirs pensent – à juste titre – être une menace mortelle pour leur existence même.

Quel que soit le sort de ce que nous vivons actuellement, disparition ou récupération, il n’en reste pas moins qu’il existe et aura existé. Il aura existé comme une étape significative qui se reproduira, pas tant comme une leçon pour un futur, mais parce que produit de l’évolution d’un système ; ce système, restant en place au milieu de difficultés intrinsèques récurrentes, ne pourra que donner naissance à un autre mouvement identique ou sous d’autres formes, mais plus armé de l’expérience passée.

PS : Les événements se précipitent à une telle vitesse et sont si nombreux qu’il est impossible de suivre. Aussi demande-t-on l’indulgence pour toutes les lacunes que chacun pourra constater dans ce bulletin.

UN MAL QUI RÉPAND LA TERREUR

Australie – Le 22/10/1011, Melbourne, 1 000 manifestants, jeunes et étudiants, après avoir les jours précédents été chassés de City Square dorénavant entouré de barbelés et d’un grand déploiement de flics, se rassemblent à Federation Square et marchent vers le QG des syndicats. Le 24/10 à Sydney, ils sont 1 000 à occuper la place centrale Martin Place et sont attaqués par plusieurs centaines de flics, 40 arrestations. Le 29/10, une tentative de réoccuper le City Square de Melbourne par 1 500 Indignés échoue sous les attaques des flics : 100 arrestations. L’acharnement policier continue alors que les manifestants tentent de se replier sur Treasury Gardens, près de l’université.

Grande-Bretagne – Un témoignage (6/11/2011) « Les événements en Grande-Bretagne sont mineurs, comparés à ce qui arrive aux USA mais je suis allée 2 fois au camp de tente devant la cathédrale de Saint-Paul. Il y avait environ 250 tentes. Cela ressemblait un peu à un festival pop et un carnaval. Il y avait des gens de tous les genres et de tous les âges. J’y ai vu des Verts, des anti-guerre, des Un-cut (contre les banques), des étudiants, de vieux anars, des SDF, ceux pour les droits des animaux, des chrétiens de gauche, des nouveaux protestataires inclassables mais à peine des « suspects habituels » (syndicalistes, trotskystes, etc.). Socialist Worker avait une table de presse sur le côté et personne n’y prêtait attention la première fois où j’y suis allée. La seconde semaine, ils n’étaient même plus en vue. Aucune des pancartes habituelles de ce groupe mais par contre de nombreuses affiches, pancartes, etc., y compris de longues proclamations faites à la main et souvent manuscrites. Tout le campement respirait l’improvisation. Quelqu’un distribuait des tracts invitant à cesser de payer les impôts. Ailleurs, un groupe tentait de recruter des gens pour aller protester devant le siège d’une compagnie gazière contre l’exploitation du gaz de schiste, ailleurs encore on pouvait voir du théâtre de rue dont les acteurs portaient des masques de Halloween. Je suis allée écouter un exposé par Craig Murray (activiste universitaire, homme politique gay et viré alors qu’ambassadeur, il avait dénoncé le mépris officiel des droits de l’homme) dans une « University tent », mais il y avait bien peu d’auditeurs et l’annonce qui en avait été faite tenait du symbole. Chacun a probablement entendu parler de la tempête et des embarras de l’Église anglicane. Le camp ne bloque rien, il est très facile de le traverser ou de circuler autour ; les autorités ecclésiastiques ont fermé l’église pour une semaine sans raison valable puis l’ont rouverte en mettant quelques clôtures de barbelés. Il n’y a pourtant aucun risque d’incendie ou sanitaire, et l’Église a dû reculer alors qu’il apparaissait qu’elle agissait de concert avec les autorités de la City (dont l’évêque de Londres est parti), et que des prêtres sympathisant avec le mouvement avaient démissionné. La presse a tenté de dresser la population contre les protestataires mais c’était plutôt inepte. Par exemple, on trouvait des articles dans la presse de droite disant qu’ils avaient utilisé des caméras infrarouges pour prouver que les protestataires ne restaient pas dans les tentes la nuit, et retournaient coucher dans un lit douillet. Des vidéos de Youtube montrèrent alors que cela était impossible, et l’une d’elles montra une tente paraissant vide mais d’où sortaient 5 personnes. Chacun put voir comment ces histoires avaient été fabriquées de toutes pièces. Ce qui est bloqué, c’est le Paternoster Square, situé juste derrière Saint-Paul. C’est là que se situe la Bourse de Londres et ce sont les autorités et les propriétaires qui l’ont bloqué, pas les protestataires. Ils l’ont fait bien sûr pour prévenir toute manifestation devant la Bourse mais cela signifie aussi que cela empêche quiconque de traverser cet endroit. On peut seulement le franchir si on a un laissez-passer, délivré seulement à ceux qui travaillent là. En général, le public, employés, touristes, ne paraissent pas hostiles aux « campeurs » mais sont plutôt troublés, amusés ou intrigués. Quelques-uns juste passent, d’autres jettent un regard aux affiches et aux pancartes déployées sous les arcades, ou même musent dans le camp. Je n’ai pas vu ou entendu des signes d’une hostilité ouverte. Mon impression générale, c’est que ce n’est pas la révolution dans la City ou dans l’Église, et s’ils pouvaient montrer quelque bon sens, ils laissent les choses en l’état car tout cela semble assez inoffensif. Les autorités font quelque bruit avec les rumeurs d’expulsion mais pas trop ouvertement car les campeurs ont un grand soutien de la part des radicaux et de ce milieu libéral, et je pense du public en général, particulièrement hostile aux banques, aux restrictions, la plupart des gens ordinaires. Naturellement, la City est plutôt nerveuse dans l’hypothèse où ce mouvement prendrait de l’ampleur et deviendrait plus menaçant ; mais, pour le moment, il n’apparaît rien qui soit à la mesure des événements récents aux USA, ou même en Espagne (la situation grecque est plus critique bien sûr mais pour des raisons plus immédiates). Pourtant, cela me semble nouveau ; c’est réellement intéressant de voir que les vieux groupes travaillistes, syndicalistes, trotskystes, n’ont pas réussi à jouer un rôle quelconque et que les protestataires tentent de relier un tas de choses ensemble. Il y a aussi des choses intéressantes comme ce coin où chacun apporte des livres qu’on peut prendre à volonté, ou la manière très efficace dont la nourriture ou l’évacuation des ordures a été organisée (d’où l’inanité des rumeurs d’évacuation pour des raisons sanitaires). D’autres se sont installés dans Finsbury Square tout proche mais, pour le moment, le mouvement ne paraît pas prendre de la hauteur… »
- Bristol – 31/10/2011. Depuis deux semaines, le square College Green est occupé devant le siège du gouvernement local. Menaces d’expulsion.

Égypte – Octobre 2011 –

Depuis la chute de Moubarak, évincé par l’armée sous la pression de la lame de fond des manifestants de la Place Tahrir et des mouvements de grève, les universités sont le centre d’une agitation permanente pour que tous ceux qui devaient leur poste à l’allégeance au système et qui sont restés en fonction soient éliminés. Il en est de même dans tous les secteurs, notamment dans les entreprises. Les militaires (bras armé des USA) tentent de garder le contrôle du pays (ils resteraient au pouvoir direct jusqu’à fin 2012), d’un côté réprimant les manifestants frustrés de leurs espoirs, de l’autre les prolétaires luttant pour des conditions d’exploitation mois sévères (plus de 12 000 civils accusés de crimes et délits variés sont actuellement jugés par les tribunaux militaires). Manipulations religieuses et nationalistes et montée de l’Islam servent de dérivatifs à la pression sociale. On ne compte pas les grèves dans tout le pays chez les enseignants, dans les transports, les industries — inotamment le textile — les dockers, tous pour les salaires, les conditions de travail, la mise en place de syndicats moins liés au pouvoir ancien. 9/10 – L’armée (et des nervis stipendiés de l’ex-parti au pouvoir) attaquent 10 000 manifestants, chrétiens coptes pour la plupart, qui protestent devant le siège de la télévision au Caire contre les discriminations religieuses : 36 tués, 300 blessés. 10/10 – 50 travailleurs et leur famille manifestent au Caire pour protester contre leur licenciement pour participation à des luttes dans des entreprises d’État (MahallaTextile Co, Petrograde Co, Royal Health…) et d’autres firmes privées du textile. 11/10 – La police militaire attaque des centaines de travailleurs de l’usine textile Mega Textile Company à Shebin el Kom, en grève pour les salaires et les conditions de travail : un mort, 30 blessés, 12 arrestations. 13/10 – 1 000 travailleurs de Telecom Egypt sont en grève et manifestent pour 5 d’entre eux mis en détention depuis 15 jours sous l’inculpation de tentative de meurtre sur les dirigeants (alors qu’il ne s’agit que d’une brève séquestration) lors d’un mouvement de grève dans 40 centres, pour les salaires et la démission du principal dirigeant. Le 17/10, ils font le siège des bureaux de la direction centrale au Caire ; ils sont attaqués par les flics : 12 arrestations.

États-Unis La descente vers la pauvreté. Le revenu moyen n’est plus que de 26 000 $ annuel (19 000 euros), légèrement supérieur au seuil de pauvreté qui est de 22 000 $ (16 000 euros). Les écarts riches-pauvres se sont considérablement accrus. De 1979 à 2007, les 1 % plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 275 %, alors que ceux-ci ne se sont accrus que de 40 % pour les 60 % médians, et de 28 % pour les 20 % les plus pauvres. Le chômage des plus de 55 ans a doublé depuis 2007, la durée des périodes de chômage a été multipliée par trois et 1/3 des plus de 65 ans sont contraints de travailler pour un salaire moyen de 11 $ de l’heure (8 euros). 19 % de la population salariée a de plus en plus de difficultés à faire face aux dépenses de logement, de nourriture et de soins médicaux. 7,3 millions d’Américains ne touchent que 300 $ par semaine comme indemnités de chômage, mais au maximum pendant 73 semaines ; elles peuvent être prolongées selon les États. Les étudiants doivent emprunter pour subvenir aux études et aux minima de survie deux fois plus qu’il y a dix ans, le total des sommes empruntées à cet effet s’élèverait à plus de 1 000 milliards de dollars, soit plus que le total des dettes de toute la population sur les cartes de crédit. Le 21/10, 5 000 patients font la queue au stade de Los Angeles pour profiter des soins gratuits d’une organisation, « Care Now Free Clinic », animée par des centaines de volontaires des services de santé ; cela prendra quatre jours pour que tous soient soignés. D’où ce qui suit ; « Occupy Wall Street » (OWS, pour ceux qui lisent l’anglais et qui ont accès à Internet : « occupytogether.org »). Au moment où nous élaborons ce bulletin, le mouvement se poursuit avec des vicissitudes diverses. Le 7/10, le mouvement s’étendait déjà sur plus de 100 villes des USA et des manifestions diverses se déroulaient dans plus de 760 villes du pays. L’attitude des autorités est fort diverse également entre la répression, les évictions parfois violentes des campements et les tentatives de récupération, tant des partis de toutes sortes (depuis les démocrates jusqu’aux groupuscules). Un camarade de Baltimore résumait ainsi ce qu’il constatait à ce sujet : (6/11/2011) « Il y a quelque chose dans l’air aux USA que j’ai du mal à cerner, mais avec le sentiment que quelque chose se produit qui n’est pas arrivé depuis longtemps. Quelque chose d’extraordinaire selon les critères américains. Un seul exemple : le Baltimore Development Corporation, qui est un groupe patronal semi-secret, responsable de projections pour des opérations impliquant des fonds publics, se sent obligé d’envoyer un des responsables, un ancien collaborateur de Clinton, pour haranguer les participants d’Occupy Baltimore manifestant sur les marches des bureaux de BDC dans la nuit de lundi. Et les syndicats de policiers et de pompiers, des syndicats très conservateurs, ont envoyé une lettre au maire leur disant qu’elle devait dialoguer avec les manifestants au lieu de les expulser de leurs campements. Jamais entendu… »
- New York – Le 1/10, 700 arrestations lors d’une tentative de blocage du pont de Brooklyn. Le 5/10, des dizaines de milliers de manifestants à Manhattan finissent par l’occupation de Fowley Square. Le 7, une manifestation regroupe plus de 20 000 participants à New York et ils sont des milliers à occuper la Freedom Plazza à Washington . Le 11/10, une manifestation dans un quartier riche de New York est contrée par des unités anti-terroristes. 35 arrestations le 21/10 à Harlem où la police attaque des Noirs et des Latinos qui tentent de s’associer au mouvement.
- 6/10/2011 – Sacramento (Californie). 600 Indignés s’installent à Cesar Chavez Park, marchent vers le Capitole et le Well Fargo Center.
- 8/10/2011 – Plusieurs centaines manifestent à Washington DC.
- 10/10/2011 – Occupy Los Angeles – Plusieurs centaines campent devant City Hall depuis une semaine.
- 10/10/2011 – Lexington (Kentucky). Depuis le 29/9, 300 Indignés occupent sous des tentes les trottoirs devant le siège de la banque JP Morgan.
- 10/10/2011 – Norfolk (Virginie) 100 Indignés manifestent, en majorité des jeunes, devant le siège de la Bank of America à l’appel d’un groupe sur Facebook regroupant 4 200 membres.
- 10/10/2011 – Minneapolis (Minnesota), deuxième jour d’occupation d’un parc devant le siège du gouvernement de l’État.
- 10/10/2011 – Toledo (Ohio). Plusieurs centaines d’Indignés occupent Lewis Square.
- 1/11/2011 – Syracuse (5e ville de l’État de New York), depuis 3 semaines quelques centaines campent dans Perseverance Park. De même dans d’autres villes de l’État, dont Rochester (32 arrestations).
- 11/10/2011 – Manifestations et occupations de lieux publics continuent. La répression est inégale. 32 arrestations le 9/10 à Des Moines (Iowa).
- 12/10/2011 – Boston (Massachusetts), raids policiers sur un camp d’occupants à Dewey Square à une heure du matin : 100 arrestations.
- 12/10/2011 – Initiées par le mouvement Occupy Detroit, 300 personnes se rassemblent dans une église pour lancer un mouvement plus large mais sans la grande mobilisation espérée. Le 14/10, ils sont 1 000 à manifester.
- 13/10/2011 – Portland (Oregon) – Depuis le 2/10, plusieurs centaines ont installé une cité de tentes dans un square au centre-ville. Des installations semblables dans d’autres villes de l’Oregon : Salem, Eugene. Une association de flics de l’Oregon envoie une lettre ouverte dénonçant le boulot répressif qu’on leur demande de faire
- Winston, Roseburg – Occupy Portland bloque une artère centrale de la ville : 8 arrestations.
- 13/10/2011 – New Orleans – Le mouvement Occupy NOLA réunit 400 participants qui campent depuis sept jours face au City Hall. Une manifestation regroupant 200 protestataires devant la prison Orleans Parish contre la répression envahit pour un temps le City Hall.
- 15/10/2011 – Pittsburgh (Pennsylvanie). Plusieurs centaines manifestent alors que 150 protestataires campent dans le parc, devant le siège de la banque Mellon.
- 27/10/2011 – Chicago (Illinois). 3 000 sous la bannière « Occupy Chicago » se regroupent Congress Plazza. Encerclés par les flics qui attaquent à 1 heure du matin :175 arrestations.
- 28/10/2011 – Atlanta (Géorgie). Les flics encerclent Woodcroft Park occupé par des centaines d’Indignés.
- 31/10/2011 – Denver (Colorado). 20 arrestations lors d’une manifestation.
- 1/11/2011 – Occupy Albany (New York). Les tentes sont installées depuis une semaine dans Academy Park. Dans le Wisconsin, une tentative pour planter des tentes dans la ville universitaire de La Crosse échoue avec l’intervention des flics. (On en dira plus dans un autre bulletin sur ce qui s’est passé à Oakland et ailleurs.)

Grèce – Le problème du pays est en partie dû à une économie souterraine (au moins 30 % du PIB) et à la fraude fiscale qui amenuisent les recettes de fonctionnement de l’État, lequel est incapable de sortir du favoritisme, du clientélisme, des exemptions et des fraudes diverses, le tout constituant une norme sociale. Par exemple, la sous-déclaration fiscale des salaires est monnaie courante, et seuls les fonctionnaires paient l’impôt sur leur salaire, presque tous les salariés du privé étant exonérés à cause de leurs faibles revenus sous-déclarés. Entre grèves et manifestations syndicales d’une journée, les occupations, les affrontements d’une guérilla basse intensité avec les flics, les refus de paiement qui s’étendent, la confusion des politiques impuissants, tout autant que les mentors de l’Europe devant les problèmes financiers spécifiques autant que mondiaux, on se demande comment les Grecs parviennent à survivre. Bruits de botte et rumeurs de coup d’État militaire. Un seul exemple, le 19 octobre, la grève des éboueurs entraînant une accumulation d’ordures, des bagarres éclatent avec des piquets qui bloquent les bennes et il est question d’intervention de l’armée. Partout, les débrayages sont si fréquents que le pays fonctionne au jour le jour. Le 20 octobre, plus de 100 000 manifestants se retrouvent dans les rues d’Athènes. Les mouvements de refus et les attaques personnelles sur les « représentants du peuple » se multiplient. Une opération Connection se développe avec des commandos qui rétablissent le courant coupé pour refus de paiement ; ce mouvement « Je ne paie pas » se répand dans différents secteurs.

Slovaquie – 12/10/2011 – Plusieurs milliers de travailleurs se rassemblent SNP Square à Bratislava pour protester contre les mesures d’austérité (augmentation du taux de TVA, réduction de 10 % des salaires des fonctionnaires), de même que dans des villes de province.

Pakistan 26/10/2011 – Des émeutes dans tout le pays contre les coupures d’électricité qui s’étalent parfois sur vingt heures. Des bagarres avec les flics, des attaques de bâtiments publics. Les perturbations ne touchent pas seulement la vie quotidienne mais surtout l’industrie et, partant, les conditions de vie. L’activité des usines textiles aurait été réduite à cause des coupures, jusqu’à 30 %.

Ouganda 10/10/2011 – Kampala, contre l’inflation notamment sur la nourriture et le carburant, une manifestation Walk to work organisée par le groupe Activists for change, regroupant des groupes d’opposition et de membres des classes moyennes, est violemment attaquée par la police.

Afrique du Sud – Octobre 2011, 3 000 travailleurs marchent sur la Bourse à Pretoria.

Syrie – Octobre-Novembre 2011 – Face à des manifestations pour un changement de régime qui ne faiblissent pas, la répression ne faiblit pas non plus (plus de 3 000 tués par l’armée). La formation d’un Syrian National Council par les opposants au régime, les désertions dans l’armée alimentant les bruits d’une guérilla à la frontière turque, l’attentisme des grandes puissances craignant une déstabilisation politique de tout le Moyen-Orient en cas d’intervention directe, tout semble présentement dans une impasse, avec chaque jour des morts par dizaines.

Israël – 29/10/2011 – Depuis juillet, jusqu’à 400 000 manifestants ont protesté contre le coût de la vie, d’abord les étudiants puis toute la population (jusqu’à un million dans les rues sous la bannière « Justice sociale »). De nouveau, 40 000 manifestent à Rabin Square à Tel Aviv contre la hausse des prix, la pauvreté et les inégalités sociales, et avec des slogans identiques à ceux des USA : « Nous sommes les 99 %. » 5 000 à Jérusalem marchent sur la Knesset, le Parlement israélien. Mais le mouvement ne dépasse pas les problèmes politiques et sociaux internes du pays, qui sont aisément mis au second plan avec l’exploitation des thèmes nationalistes dans des affrontements avec les Palestiniens, l’Égypte et l’Iran.

Libye – 1/11/2011 – Le conflit armé terminé, Kadhafi éliminé, les « représentants » étrangers se bousculent pour cueillir les récompenses de leur soutien militaire à un Conseil national de transition aux prises avec les conflits internes dans une « transition démocratique », et des luttes de clans ou de tribus armés jusqu’aux dents lors du pillage des arsenaux du régime déchu. Un des problèmes est aussi la reconstitution de la force de travail essentiellement immigrée, qui s’est trouvée dispersée lors du conflit. Italie – Septembre-Octobre 2011 – Grèves syndicales nationales d’une journée contre les mesures d’austérité accompagnées de manifestations qui rassemblent de larges foules dans les principales villes avec des affrontements violents. La crise politique se résout en novembre par un changement de gouvernement et la perspective de mesures d’austérité encore plus drastiques. Perspectives des résistances pacifiques ou non ? Jordanie – 6/09/2011 – Sur une population d’environ 20 millions d’habitants (70 % ont moins de 30 ans), un tiers vit dans la capitale Aman. Le taux de chômage avoisine 30 %. Un million de Jordaniens sont des migrants dispersés dans les pays du Golfe, un des plus grands réseaux de travailleurs qualifiés du monde. Les travaux non-qualifiés sont occupés par 700 000 migrants venant d’Égypte, de Syrie et d’Indonésie, exploités dans le bâtiment ou dans des zones industrielles : « Qualified Industrial Zones ». 300 000 autres migrants d’Indonésie, des Philippines, du Sri Lanka, sont domestiques. Pour prévenir une extension des amorces de manifestation suite à celles des autres pays arabes, le gouvernement débloque 500 millions de dollars de subventions pour maintenir le prix des produits de base, et fait des promesses d’un « dialogue social » mais, en même temps, menace de faire appel aux Émirats pour rétablir l’ordre.

LES DIFFÉRENTES FORMES DE LA LUTTE DE CLASSE DANS LE MONDE

La grève et rien d’autre

Zambie – 18/10/2011 – 2 000 mineurs de la compagnie chinoise NFC Africa Mining en grève pour les salaires et contre des conditions de travail particulièrement dures.

Brésil – 13/10/2001 – Fin d’une grève de 28 jours des postiers suite à une décision du Tribunal du travail ordonnant le travail du week-end pendant 21 jours pour absorber les 185 millions d’objets en souffrance. Le syndicat est contraint de se plier au jugement sous peine d’une amende de 28 000 $ par jour si la grève se poursuit. Le tout pour une augmentation de salaire de 6,8 % à partir du 1/08 qui ne compense pas l’inflation.

France – De nombreuses grèves pour les salaires (du moins celles dont les médias parlent un peu).
- SNWM – St Florent (Cher) : 2 journées distinctes de grèves de 24 heures donnent 5 % (au minimum 60 euros) et 2,50% sur les primes.
- SNDP – Gacé (Orne) Suite de grève : augmentation dégressive de 6 % à 3 % suivant le salaire, et un 13e mois.
- Schneider – Mâcon (Saône-et-Loire) Maintenance des sites nucléaires, 15 chantiers en grève pour un salaire minimal de 1 700 euros mensuels.
- 27/10/2011 – Paris, Hôtel Novotel – 20 jours de grève contre la sous-traitance du nettoyage dans les hôtels du groupe Accor. Projet d’un comité de lutte d’occupation d’un des hôtels du groupe.
- 28/10/2011 – Fonderies du Poitou (culasses d’aluminium, sous-traitant de Renault) à Ingrandes-sur-Vienne (Vienne). En grève depuis le 2 septembre contre un chantage à la fermeture si les 300 ouvriers n’acceptent pas une réduction de leurs salaires (entre 15 et 23 %). Un protocole syndical approuvé à 95 % par les grévistes entraîne la reprise du travail. La direction renonce à son « plan de compétitivité » contre des discussions en vue d’une reprise et d’un engagement à renoncer à « toute forme d’occupation de l’entreprise ».

Canada – 26/10/2011 – Les chantiers de construction étant paralysés par des grèves sauvages répétées, les 2 syndicats du bâtiment COQMCI et FTQ Construction (110 000 syndiqués sur 153 000 travailleurs du secteur) n’ont pu qu’appeler à la reprise du travail, toute suspicion d’organiser les grèves sauvages exposant à des amendes allant jusqu’à 70 000 $ par journée de débrayage.

Inde – 14/10/2011 – Adagodi (Bengalore). Depuis deux semaines, l’usine Bosch (2 500 travailleurs) est lock-outée (fermée temporairement à l’initiative de l’employeur) suite à une grève perlée entamée le 29 septembre. Ce sous-traitant équipementier (équipement de moteurs Diesel) exploite aux Indes 25 000 travailleurs sur d’autres sites et est coutumier du lock-out en réponse aux revendications ouvrières, comme en 2010 dans 2 de ces usines. Sahaganj dans le West Bengal. Les 900 ouvriers de l’usine Dunlop sont lock-outés parce qu’ils se sont opposés au transfert de matières premières vers d’autres usines en prévision de la fermeture du site. Les salaires sont impayés depuis deux mois. La fermeture permettrait de juteuses spéculations immobilières.

Australie – 20/09/2011 – Toyota Australia menace de fermer l’usine d’Altona près de Melbourne alors que 3 grèves distinctes d’une journée des 3 000 ouvriers et de centaines d’autres chez des sous-traitants marquent le refus des propositions patronales : baisse des salaires réels avec proposition d’augmentation sur trois années, largement inférieure à une inflation de 4,50 % ; le syndicat AMWUest très réticent quant à la poursuite de la grève (refusant par exemple l’organisation de piquets) alors que Toyota tente de poursuivre ses activités avec l’embauche de jaunes, temporaires et intérimaires.
- 23/09/2011 – 300 travailleurs de la firme américaine Jeld-Wen (portes et fenêtres) des 4 usines d’Australie (Sydney, Melbourne, Adélaïde et Perth) sont en grève depuis le 6 septembre, refusant le chantage à la fermeture s’ils n’acceptent pas des réductions de salaires et la suppression des primes. Ils sont en conflit avec le syndicat sur la conduite de la grève.
- 30/10/2011 – La compagnie aérienne Qantas a établi un certain nombre de filiales low cost dans différents pays du Sud-Est asiatique, et Jetstar en Australie, avec des salaires inférieurs de 20 % à ceux de Qantas. Le 21/09, 4 000 travailleurs au sol (bagagistes, fret entretien) ont fait grève contre le transfert à la sous-traitance avec des pertes de salaires. Des grèves perlées répétées et le refus des ouvriers d’entretien de faire des heures supplémentaires entraînant depuis des semaines d’importants retards, Qantas décide le 30/10 un lockout interrompant totalement tout trafic et bloquant 70 000 passagers.

Allemagne – 7/10/2011 – Une journée de grève est lancée par le syndicat IG Metall dans les usines Airbus de Hambourg (8 000), Brême (2 000), Buxtehude (200), sur les 16 000 travailleurs allemands du groupe auxquels s’ajoutent 4 800 temporaires et ouvriers de la sous-traitance dans le cadre de discussions pour un contrat qui voudrait imposer une nouvelle organisation du travail et l’embauche de plus de temporaires, en vue d’accroître la productivité globale de 8 %. Indonésie – 5/10/2011 – Nestlé, usine de Nescafé à Panjang. Le 21/09, grève avec occupation après que des négociations avec le syndicat SBNIP ont échoué. Devant les menaces, l’usine est évacuée et les grévistes se replient sur un terrain de foot proche. Dans une alternance de grèves, de reprises et de discussions, 53 des 67 syndiqués de l’usine sont licenciés. Au même moment, Nestlé a des problèmes similaires au Pakistan (où il exploite la plus grande usine laitière du monde), notamment pour la régularisation de 250 contractuels ; le président du syndicat est suspendu.

Grève et répression violente

Corée du Sud – 9/10/2011 – Chantiers navals Hanjin Heavy Industries and Construction (HHIC), 4 000 ouvriers manifestent en solidarité avec une soudeuse, déléguée du syndicat KCTU, qui occupe le sommet d’une grue à 35 mètres de hauteur. Ils protestent contre le licenciement de 400 d’entre eux, ce qui présage le transfert des chantiers aux Philippines où les salaires sont le dixième de ceux de Corée. Le conflit a débuté en décembre dernier mais alors, après 190 jours de grève, un accord secret entre les dirigeants du KCTU et la direction met fin à la grève ; le tribunal avait ordonné des pourparlers. La manifestation est attaquée par les flics : 50 arrestations. La gréviste de la grue est finalement descendue après 390 jours dans le ciel à la suite d’un accord qui prévoit la réembauche de 94 licenciés et la mise à la retraite des 306 autres. Mais rien n’est vraiment réglé car la firme ne renonce pas à la délocalisation, n’a pas respecté un précédent accord et pourrait engager des poursuites contre celle qui est devenue une sorte d’héroïne ouvrière pour « violation de la propriété privée ».

Chili – 6/10/2011 – C’était la 132e manifestation de 2011 des lycéens, étudiants, profs et parents, pour une éducation gratuite pour tous et organisée par l’État ; le système hérité de Pinochet était privé, coûteux et sélectif socialement. Les universités sont occupées, des barricades érigées et la répression particulièrement dure : des centaines de blessés et 250 arrestations. D’autres manifestations tout autant réprimées dans les principales villes du pays : Valparaiso (2 500), Valdivia (1 000), Antofagasta… La médiocre qualité du système éducatif restreint les possibilités d’études et influe sur le développement économique : plus de 60 % de la population est pratiquement dans l’impossibilité d’accéder aux études au-delà du primaire. Un des problèmes centraux est que le secteur secondaire des écoles d’État est de si médiocre qualité qu’il rend presque obligatoire le recours au privé payant. Mais même ceux qui ont accès aux universités se trouvent devant la même médiocre qualité, situation encore accrue par la réduction des subventions publiques. D’où les révoltes de tous les acteurs du système éducatif.

Indonésie – Nouvelle-Guinée – Papouasie – 19/10/2011 – Mine d’or et de cuivre de la compagnie Freeport Mc MoRan. En juillet dernier, une grève de 8 jours des 12 000 travailleurs du site s’était terminée par des promesses de discussion sur les salaires (2 $ de l’heure, les patrons en offrant 3 et la revendication étant de 14,50). Ces pourparlers n’ayant mené nulle part, la grève a repris le 15/09. Une manifestation au port de Tmiko est attaquée par l’armée : 1 mort, des douzaines de blessés. Des centaines d’ouvriers bloquent les entrées de la mine, l’aéroport local, et coupent le pipeline de 110 kilomètres qui évacue le minerai. De nouvelles attaques font 3 tués et des blessés. Au même moment, une autre mine de la société Freeport est en grève au Pérou, aussi pour les salaires. Inde – 13/10/2011 – Maruti Suzuki India. On en parlera dans le prochain bulletin.

Occupations d’usines, de lieux publics et autres

Uruguay – 20/10/2011 – 5 000 métallos syndiqués à l’UNTMRA, en grève depuis le 10/10, occupent 40 usines pour le renouvellement du contrat collectif, contre des propositions patronales d’une augmentation minimale des salaires, et revendiquent la semaine de travail à 44 heures (elle est actuellement de 48 heures) sans réduction de salaires, la fin du système de primes et une transformation de la classification des emplois.

Belgique – 4/10/2011 – Les 2 derniers hauts-fourneaux de l’ex-aciérie Cockerill Ougrée à Seraing, près de Liège, repris par Arcelor Mittal, sont menacés de fermeture. Pendant que les syndicats palabrent, les travailleurs occupent le bâtiment directorial et séquestrent 6 directeurs une vingtaine d’heures. Ceux-ci sont délivrés par les flics et après l’intervention des délégués syndicaux, hués et plus ou moins molestés. Les syndicats ne peuvent faire autre chose qu’entériner l’occupation du site (la sidérurgie wallonne n’emploie plus que 3 000 ouvriers contre 17 000 en 1980).

Les dirigeants séquestrés, injuriés,malmenés ou plus

France – 29/06/2011 – Plancy l’Abbaye (Aube). Après une première séquestration du directeur d’un hôtel de Troyes, alors que s’y tient un comité d’entreprise, les 38 ouvriers séquestrent le patron pour avoir le paiement de leurs salaires. Délivré par pas moins de 40 gendarmes. Un plan social est annulé, de même que la liquidation judiciaire le 25/10.
- MBF Technologies (sous-traitant automobile, 1 700 travailleurs sur 7 sites), Saint-Claude (Jura). 199 travailleurs sur 450 doivent être licenciés. Après quatre semaines de grève et le blocage des chaînes de montage, un cadre est séquestré 24 heures.
- 16/09/2011 – Constellium (transformation de l’aluminium) à Ham (Somme) veut supprimer 127 postes sur 200. Le vendredi, 5 dirigeants sont séquestrés mais les ouvriers se font blouser comme des bleus : dans la nuit, alors qu’ils discutent à la porte avec les flics, d’autres flics font évader les 5 derrière l’usine après en avoir cisaillé la clôture.
- 25/09/2011 – Still à Montataire (Oise, chariots élévateurs). Fermeture de l’usine envisagée dans le cadre d’un regroupement, avec 250 ouvriers licenciés. Deux dirigeants séquestrés et relâchés après six heures. Reprise de discussions.
- 5/09/2011 – Fin de partie. Criminilisation des luttes. 15 postiers qui avaient bloqué le hall d’entrée de la direction des services postaux des Hauts-de-Seine sont poursuivis pour séquestration et condamnés à 1 500 euros d’amende avec sursis, et aux frais (le procureur avait requis de cinq à dix ans de prison).

Blocage d’usines, routiers ou autres

France – 4/10/2011 – Chacun se souvient du bras de fer engagé contre la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, et des tentatives de blocage d’un certain nombre de raffineries lors du mouvement de l’automne 2010 contre la réforme du système de retraite (voir précédents bulletins). LyondellBasell est un complexe pétrochimique à Berre (Bouches-du-Rhône près de Marseille) comportant une raffinerie (370 travailleurs sur les 1 250 du site). La fermeture de la raffinerie se situe dans le prolongement d’une politique mondiale visant à transférer les raffineries à proximité des lieux d’extraction du brut. La grève se déclenche le 27 septembre 2011 à l’annonce de la fermeture, et le blocage s’organise pour tout le trafic des installations pétrochimiques de Berre. Le 8 octobre, l’intersyndicale fait approuver la levée du blocage et le redémarrage de la raffinerie jusqu’à fin décembre. À partir de janvier 2012, elle sera mise en sécurité pour pouvoir repartir, si se présente un repreneur. Pas de licenciement jusqu’au 31 mars 2012 mais aucune garantie après.

L’émeute

Mayotte – 9/11/2011 – Depuis le 27/09, pratiquement toute la population se dresse contre la vie chère, demande une baisse autoritaire des prix des produits de première nécessité. Régulièrement, entre 1 000 et 4 000 manifestants se heurtent aux gendarmes et CRS envoyés sur place ; barrages routiers, pillages, une sorte de guérilla urbaine qui déborde les organisateurs syndicaux et qui finalement contraint le pouvoir à faire quelques concessions ; mais aucun des syndicats de l’intersyndicale n’a signé le projet d’accord présenté. Le mouvement est toutefois suelement suspendu : les pressions de la base ne sont pas étrangères à cette prudence, beaucoup jugeant que les avancées sont mineures. Birmanie – Octobre 2011 – Un tiers des 50 millions d’habitants appartiennent à des minorités ethniques durement combattues par le pouvoir central militaire. Ces derniers mois, ces conflits se sont polarisés avec les Kachin autour de la construction de barrages hydroélectriques par les Chinois, dont celui de Myistan dont la production est destinée à la Chine. Suite à de violents combats et aux oppositions politiques internes, cette lutte qui était devenue un symbole de résistance a abouti à la suspension des travaux.

La récupération

Une enquête menée en 2011 auprès de 10 000 ados a révélé que 9 % d’entre eux considèrent normal le shoplifting. Cela se pratique partout, surtout en Inde, au Maroc ou au Brésil, mais à un niveau identique au Japon ou en Suisse. C’est une pratique aussi vieille que le commerce et il est signalé par sa répression dès le XVIe siècle en Grande-Bretagne. Le « Shopping Act » de 1699 punissait de la pendaison tout « vol à l’étalage », toute marchandise d’une valeur supérieure à 5 shillings.

LES OFFENSIVES DU CAPITAL EXPLOITANT LA CRISE

Turquie – Octobre 2011 – Des travailleurs du cuir voient fermer leur usine de province et sont transférés d’office dans une autre usine du groupe, dans la capitale. Comme ils n’ont pu trouver de logement (refus de leur accorder un jour de congé pour ce faire), ils couchent dans l’usine une nuit : 36 licenciés pour occupation illégale.

États-Unis – 23/09/2011 – Dans la nouvelle usine Volkswagen de Chattanooga dans le Tennessee, les 2 000 ouvriers seront à 12 $ de l’heure (8,6 euros). Mais les quelque 500 temporaires et ceux recrutés par le sous-traitant Aerotek pour l’entretien et autres emplois annexes ne seront qu’à 8 $ de l’heure (5,70 euros), ce qui, pour 40 heures, fait moins que le SMIC de France. Les conditions de travail sont à la hauteur : au second retard de 5 à 6 minutes deux semaines consécutives, licenciement garanti, de même pour un jour d’absence les 6 premières semaines de travail. Aucun problème de recrutement dans ces conditions : dès la première annonce de 1500 promesses d’embauche, 35 000 candidats se sont présentés. 13/10/2011 – Honeywell, Kansas City, Missouri, les travailleurs en grève rejettent un nouveau contrat qui prévoit, entre autres concessions, une baisse des salaires pour les entrants qui ne pourront voir changer leur statut que dans cinq ans. 9/09/2011 – Effet boomerang – Pour maintenir leur compétitivité mondiale, les capitalistes US misent non pas sur l’exploitation de la force de travail mais sur les investissements technologiques de pointe. Non seulement cela ne résout pas le problème du chômage mais cela pose des problèmes de recrutement : impossibilité de trouver des professionnels qualifiés à la hauteur (l’armée a le même problème pour trouver des volontaires assez qualifiés pour manipuler les technologies avancées des armes modernes). Cette difficulté est aggravée du fait du vieillissement, qui met à la retraite des professionnels qualifiés, et par la faillite du système éducatif qui, avec les coupes dans les budgets des États, ne peut plus assurer la reproduction de la force de travail correspondant aux exigences présentes du capital. Les nouvelles recrues éventuelles ne sont pas formées aux nouvelles techniques et les coûts de formation peuvent obérer les avantages compétitifs escomptés. D’où des arrangements avec les retraités pour les inciter à reprendre leur activité.

Italie – 4/10/2011 – Fiat et sa filière Fiat Industriel quitteront le syndicat patronal Confindustria. C’est la conclusion d’une politique permettant à Fiat de passer des accords d’entreprise directement avec certains syndicats, échappant ainsi aux contrats collectifs nationaux de la métallurgie (voir précédents bulletins). Fiat envisage de créer un groupe industriel mondial avec 181 usines dans 30 pays, et même de sortir totalement d’Italie.

Allemagne – 1/09/2011 – En quinze années, la part des salariés touchant de bas-salaires est passée de 16 % en 1994 à 22 % en 2009, plus de la moitié de ceux-ci œuvrant dans les secteurs productifs, la santé, le commerce et les services sociaux. Les 10 % les mieux payés gagnent en moyenne 7 545 euros mensuels, 10 % les plus pauvres gagne 712 euros. États-Unis – 31/08/2011 – Les plus militants des amateurs de logiciels libres se sont retrouvés à la tête d’un très officiel projet, Commotion, financé par l’Open Technology Initiative, un département de la New America Foundation,à laquelle participe un des patrons de Google, financée sur le budget US. Ce projet vise à développer la technologie de réseaux sans fil autonomes (légers et faciles à installer), pouvant être déployés en urgence comme « outils de contournement » pour aider des dissidences à déjouer les surveillances policières et la censure. Et tous les autres usages qu’on peut aisément imaginer.

LES SYNDICATS MESSAGERS DE LA CRISE DU CAPITAL

États-Unis – 7/10/2011 – Le syndicat de l’automobile UAW vient de signer un nouveau contrat pour les travailleurs de Ford. Il prévoit l’embauche de 5 750 nouveaux travailleurs qui seront payés 14,15 $ de l’heure (10 euros), la moitié du salaire horaire des ouvriers entrés avant 2007 ; les nouveaux embauchés n’auront ni sécurité d’emploi, ni ancienneté, ni promotion. Cet accord doit être soumis aux 40 600 syndiqués à l’UAW. Il a été rejeté le 14/10 à 77 % par 2 317 ouvriers de l’usine de Chicago, et aussi par les 3 000 ouvriers de 3 usines de Detroit. 5/10/2011 – Effet pervers. La compagnie aérienne American Airlines distribuait à ses pilotes partant à la retraite, pour compenser les faibles retraites et la chute de leurs revenus, un paquet d’actions de la compagnie. Comme le bruit d’un dépôt de bilan de la compagnie court, et que la chute des cours s’amorce, une bonne partie desdits pilotes se sont précipités pour vendre leurs actions, ce qui a fait s’effondrer les cours et ce qui a diminué encore davantage leur retraite. CQFD. 20/09/2011 – United States Postal Service (USPS) est une société sous contrôle de l’État fédéral dont l’activité représente 7 % du PIB. Devant la concurrence des transporteurs privés, la correspondance lettre est pratiquement en faillite et le secteur doit opérer des restructurations draconiennes avec des coupes sombres dans ses effectifs (560 000 travailleurs). Réduction de la distribution du courrier (suppression du samedi) et licenciement du tiers des effectifs sont en discussion aves les syndicats.

France – 7/10/2011 – Suite à un accord patronat-syndicats chez Renault, des travailleurs de la firme ont « profité » en 2008-2009 d’un plan de départs volontaires avant l’âge de la retraite : « Projet Renault Volontariat ». Ils se trouvent coincés par les nouvelles règles de l’automne dernier de la réforme des retraites, pas vraiment combattue par les mêmes syndicats au plan national. Alors qu’ils pensaient partir en retraite à 60 ans, beaucoup ne pourront le faire qu’à 62 alors que leur indemnisation ne les couvre que jusqu’à 60. Leurs droits au chômage étant épuisés, ils se trouvent dans l’obligation de chercher un travail ou de vivre de l’air du temps. Des solutions boiteuses sont en cours d’étude. 4/10/2011 – Il y a dix ans, Moulinex fermait et mettait à la porte 3 800 travailleurs. Contrairement aux statistiques officielles, une association d’anciens donne la mesure des difficultés de reclassement : sur 310 ex-Moulinex, 150 sont encore au chômage (la moitié d’entre eux n’a même pas cherché un autre emploi) et seul 30 % a retrouvé une activité salariée. On peut extrapoler à l’échelle des 3 800.

LES CRIMES DU CAPITAL

La mort programmée – Dans le monde, si les exécutions capitales légales hors Chine (c’est-à-dire suite à un procès) sont passées de 714 en 2009 à 527 en 2010, le nombre des condamnations à mort a progressé de 2001 à 2006 dans 23 pays au lieu de 19, et le nombre de condamnés en attente dans le couloir de la mort est passé de 17 117 à 17 833. Certains pays comme la Chine, la Biélorussie, la Mongolie, le Vietnam, la Corée du Nord et Singapour ne sont pas sur la liste car condamner à mort est un secret d’État.

Corne de l’Afrique – 3/08/2011 – Des dizaines de milliers de morts de la faim et 12 millions d’autres menacés du même sort.

Kenya – 13/09/2011 – Dans l’explosion causée par une fuite dans un pipeline pétrolier, dont l’essence s’est déversée dans les égouts, plus de 100 morts et d’innombrables blessés sont à déplorer : le pipeline traversait un bidonville (4 millions de Kenyans sur 39 millions vivent dans de tels bidonvilles). Tout a brûlé dans un rayon de 300 mètres.

LA RÉPRESSION ET SES INSTRUMENTS

Grande-Bretagne – 24/09/2011 – Les chaînes de télévision sont sommées par la police de transmettre les centaines d’heures d’enregistrement des émeutes d’août dernier, bien que 40 000 heures de vidéos diverses aient déjà été examinées pour y rechercher les visages des émeutiers. Un jeune homme qui avait lancé sur son blog un appel à l’émeute, resté d’ailleurs sans aucun écho, a été condamné à quatre ans de prison ferme. Un étudiant de 22 ans a écopé de six mois de prison ferme pour avoir récupéré un pack de bouteilles d’eau minérale.

IMMIGRATON

Conséquence de la chasse aux Roms en Europe Une femme sur 10 est suivie lors de sa grossesse, et la mortalité infantile est 9 fois plus élevée que la moyenne française. C’est le résultat, entre autres, des contrôles systématiques, des gardes à vue injustifiées, des intimidations et du harcèlement générant des crises sanitaires et l’impossibilité de subvenir aux besoins les plus élémentaires. Les Roms sont contraints de vivre dans des bidonvilles ou dans des squats sans eau, sans toilettes ou sans ramassage des déchets. Des pathologies inconnues resurgissent, notamment dermatologiques ou digestives. Les expulsions systématiques entraînent des ruptures de soins. La moitié seulement de cette population est protégée par les vaccinations les plus élémentaires.

Irlande – Effet de la crise. Fin avril, le nombre d’Irlandais s’expatriant a augmenté de 45 % d’une année sur l’autre. 76 000 personnes ont quitté le pays en 12 mois dont 40 000 Irlandais, la plupart travailleurs du bâtiment. Chaque mois, 1 500 parmi les plus instruits quittent le pays pour la Grande-Bretagne, faisant craindre une reprise du « drainage » des cerveaux.

Espagne – 21/08/2011 – La crise entraîne une hémorragie. Après avoir absorbé entre 2002 et 2008 plus de 4 millions d’immigrés, le pays redevient une terre d’émigration. Au premier semestre 2011, 27 000 Espagnols, principalement des travailleurs qualifiés, ont quitté le pays pour des cieux plus cléments.

Chine – 8/09/2011 – La nouvelle génération de migrants (145 millions) rompt ses attaches avec la campagne et cherche une nouvelle vie à part entière dans les cités. D’où des conflits et parfois des « aménagements locaux » pour l’accès aux services publics (éducation, santé) dont ils sont exclus le plus souvent.

AINSI VA LA VIE POUR LES DEUX TIERS DE LA POPULATION MONDIALE

Bangladesh -/08/2010 – Une jeune handicapée de 9 ans est violée par un homme. Malgré l’intervention des centaines de villageois qui le désignent nommément à la police, celle-ci refuse d’intervenir car l’homme est un supporter du parti au pouvoir. Les membres de la famille et divers témoins ont reçu des menaces de mort ou d’expulsion de leur logement. 19/08/2010 – Une fille de 15 ans se dispute avec un voisin à propos d’une chèvre qui a brouté le champ de celui-ci ; il la bat. Sa mère porte plainte et sa fille est jugée coupable : comme elle refuse de baiser les pieds du voisin pour se faire pardonner, elle reçoit on ne sait combien de coups de bâton. De honte, elle se suicide. 29/08/2010 – Une ouvrière du textile ayant été tuée par une voiture alors qu’elle traversait une voie express, la rumeur se répand qu’elle a été en fait assassinée : des milliers de travailleurs (des femmes pour la plupart) bloquent la route, détruisent 30 voitures et se battent avec les flics : 50 blessés dont 15 flics. 8/09/2011 – Une enquête conclut que les 6 étudiants lynchés à mort par la foule à Aminbazar en juillet étaient innocents, et que 3 policiers avaient été seulement négligents de s’être enfuis pour sauver leur peau après avoir arrêté un septième étudiant, laissant les 6 autres à leur destin.

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