( traduit de Bridgeport – Zmagazine/www.zcommunications.org. He can be , Z magazine est une publication indépendante de l’ultra-gauche américaine)

 Le plus grand secret de la politique aux USA est que la majorité de la population est à la gauche des deux principaux partis ( républicains et démocrates). Cela peut être amplement démontré par la comparaison, sur des questions importantes, entre l’opinion publique et la politique poursuive par les élites professionnelles et politiques.

Que ce soit sur les interventions à l’étranger, les augmentations d’impôt des entreprises et des super riches, le développement des services sociaux  ou nombre d’autres questions importantes, il y a un grand fossé entre le peuple et ceux qui sont supposés les représenter.

Plus que toute autre chose, ceci explique l’immense désintérêt pour les élections. Plutôt que  pouvant  être attribué à l’apathie ou l’ignorance, comme le prétendent avec une certaine arrogance les experts parmi ces élites, le retrait public des processus électoraux procède réellement d’un choix délibéré. Depuis que les politiques des deux principaux partis sont en général en opposition avec la volonté du public, la majorité des gens considère , à juste titre que voter est une position perdant-perdu. Le résultat est que la participation électorale est significativement plus basse que partout ailleurs dans le monde industriel ; de plus, parmi les millions de ceux qui votent, peut-être même une majorité, le font avec bien peu d’enthousiasme.

Aucun des problèmes où se creuse ce fossé entre élites et public n’est aussi significatif que celui de la santé. Pendant des décennies, l’opinion publique a été pour un système de soins similaire à celui de la plupart des pays industrialisés. Simultanément, les élites professionnelles et politiques ont mené une guerre incessante contre l’accès de la population à un système de santé cohérent. Leur but présent est  de détruire Medicaid (1)  et aussi de transférer le coût des  plans de santé basés sur l’emploi dans les secteurs publics et privés (2) sur les travailleurs à travers un système d’assurances individuelles , à couverture réduite, dont les primes plus élevées seraient co-payées et déductibles fiscalement.

La déconnection  entre le public et les élites est ce qui a dominé les prétendues discussions sur le Patient Protection and Affordable Care Act (PPACA) ( loi pour une protection abordable des soins pour les patients) (3) Dans les pathétiques criailleries au sujet d’Obamacare (4),, il n’est nulle part mentionné que les millions de ceux qui s’opposent à PPACA ne le font pas parce que ce serait une attaque marxiste-léniniste sur les libertés individuelles mais parce que cette loi est en faveur d’une solution individuelle dans laquelle ils voient clairement une capitulation devant les industries de l’assurance et de la pharmacie. Le président Obama n’a  même pas pris la peine, pour écrire sa loi, de consulter ceux qui vivent et travaillent sur le front de la santé et affronte sa crise – infirmières, travailleurs sociaux, avocats des patients, citoyens sans assurance santé auxquels il est dénié tout accès aux soins. Il a confié cette tâche aux responsables des compagnies d’assurance qui salivent d’avance aux perspectives des milliards de dollars qu’elles vont engranger si et quand PPACA produira tous ses effets.(voir note 3)

L’assertion qu’il n’y eut dans ce débat aucune volonté politique pour une option publique pour ne pas parler de l’opinion d’un simple contribuable, se retrouve dans cette déclaration que « l’élite parle sans se soucier le moins du monde de ce que souhaite le public ». Personne parmi ceux manifestant quelque intérêt à ces questions ne pensaient guère qu’il put en être autrement. Le candidat Obama avait reçu 25  millions de dollars de contribution pour sa campagne électorale de la part de l’industrie des assurances en 2008 après tout quatre fois plus que toutes les contributions précédentes. Même un enfant de 9 ans ( y compris quiconque n’est pas lié avec Fox News) (5) , Big Pharma (6) et tout le obama_socialistereste de la classe dominante ne contribuent pas à financer une révolution marxiste-léniniste (7)

Suivre les tendances du reste du monde sur ces questions de santé- a toujours été hors de l’agenda des conseils d’administration des super riches même si le défaut d’un tel système de garanties sociales a été un facteur important dans le déclin de la compétitivité  de l’industrie américaine ( les constructeurs suédois, japonais et allemands  par exemple n’ont pas à payer un centime pour l’assurance santé de leurs travailleurs). Au lieu de cela, les super riches développèrent une double approche prévoyant d’une part le transfert de la production vers des pays où les travailleurs ne percevaient que des salaires de survie et peut de droits et d’autre part, dans le même temps attaquant le niveau de vie de ce qui restait des travailleurs  américains. Accompagnant les fermetures d’usines et l’élimination des syndicats, on vit un transfert massif du coût des plans sociaux de la santé sur les travailleurs, ce qui constitua un élément primordial dans une redistribution de la richesse en faveur des riches , phénomène sans précédent depuis 40 ans.

Sans préjuger de ce que la Cour suprême décidera ( voir note 3) , notre système de santé totalement inadéquat ne fera qu’empirer, de toute façon bien au-delà du court terme. Les coûts pour le public vont d’accroître et de plus en plus de soins seront refusés, bien des services de santé nécessaires resteront à un niveau inadéquat ou disparaîtront, les femmes, les gens de couleur,et les enfants en seront victimes particulièrement et le résultat global sera une détérioration encore plus grande du niveau de vie pour une grande majorité. Au même moment , les super riches et la classe politique qui les sert ( et qui profite d’une assurance santé de haut niveau financée par le gouvernement) seront les servants de tout le secteur bancaire.

Cependant, la lutte pour un système « à l’européenne » est  loin d’être terminée. Comme tous les efforts pour plus de justice sociale, la poussée dans ce sens a trouvé un renouveau d’énergie dans toute cette bataille. Le mouvement des occupations a montré en pleine lumière ceux qui  possèdent réellement ce pays. Si cette lumière continue de briller, une réforme réelle du système de santé , pour ne pas mentionner bien d’autres changements nécessaires, reste encore une possibilité.

(1) Medicaid est le système d’assurance gratuit pour les plus démunis, financé par l’Etat Fédéral et les Etats. Medicare était son pendant pour les personnes âgées sans ressources financé par l’Etat Fédéral ( voir Echanges n°131, p 2). Le but de la réforme Obama vise à supprimer ces garanties collectives pour contraindre à des contrats individuels auprès des sociétés d’assurance.

(2) Une partie des salariés avaient des garanties maladie prévues dans les contrats collectifs d’entreprise qui furent l’objet et sont encore l’objet d’âpres discussions lors de leur renouvellement, le patronat américain ( y compris les collectivités publiques) tendant à réduire, voire éliminer leur coût déjà pourtant assumé par les travailleurs. La réforme Obama, en créant l’obligation d’assurances individuelles permet au patronat d’échapper totalement à ces charges ce qui réduit le coût du travail ; quant aux travailleurs, ils auront ainsi à supporter totalement le coût de la couverture santé.

(3) Ce n’est pas une des moindres contradictions que la Cour suprême vient enfin d’approuver la « réforme Obama » alors que celui-ci arrive en fin de mandat, 4 ans après la mise en chantier de cette « réforme »

(4) L’accusation de « marxisme » ou de « fascisme »  contre la réforme Obama ne manque  pas de sel vu que cette réforme  renforce le capital financier.

(5)Fox News est une des principales chaînes d’information en continu filiale du groupe du magnat international Murdoch dont les positions ultra conservatrices sont bien connues

(6) Big Pharma est le surnom donné ironiquement à l’industrie pharmaceutique américaine dont l’agressivité et l’influence sur les médias ne sont plus à démontrer

(7)Marxistes-léniniste, nom global donné aux « maoïstes » qui, dans toute cette polémique n’a pratiquement rien à voir avec une position voire une influence quelconque aux USA