Un article du Financial Times du 11/09/2013, intitulé « La croissance économique américaine est bâtie sur le sable » illustre bien la réalité économique des États-Unis vue avant tout par des financiers soucieux de préserver, voire d’accroître, les perspectives de profit. Cet article considère que tout est resté en place comme avant la crise de 2009, avec la même structure basée sur l’accroissement de la consommation et les importations. Et que la présente situation contient les prémisses d’une nouvelle crise. Il n’est pas possible de donner tous les détails d’une telle étude, bien documentée, qui conduit à de telles conclusions, mais il s’agit de considérer la situation réelle. D’un côté, le marasme quotidien dans lequel vivent les Américains, de l’autre les résistances qui peuvent apparaître sous des formes diverses. Les médias parlent de la progression économique des États-Unis comparée à celle de l’Europe mais, outre que cette progression est modeste (2% au maximum) comparée à celle des pays en développement, elle n’a guère d’incidence sur l’emploi et les conditions de travail. L’État fédéral a renouvelé récemment le ballon d’oxygène que la planche à billet déverse chaque mois pour soutenir l’économie dans une politique keynésienne (85milliards de dollars, 68 milliards d’euros) qui, pour le moment, n’a pas déclenché une inflation supérieure à 1,5% ou 2%. Un article du Wall Street Journal souligne le dilemme actuel de l’économie :« sommes capables de produire plus de marchandises avec plus de capital et moins de travail. » Ce qui signifie que le capital est investi dans les machines (capital fixe), et pas dans le travail (capital variable). Les chiffres traduisent bien cette tendance ; depuis 2008, 8 millions d’emplois ont disparu et la « reprise » n’en a créé que 6 millions.

Le détail de ces emplois apporte encore plus de limites. Les embauches concernent les ouvriers très qualifiés et les emplois sans qualification. Pour ces derniers, il s’agit de secteurs avec de faibles salaires et du temps partiel. En août dernier, sur 169 000 postes supplémentaires sus 18000 concernent le secteur productif et le reste se situe dans la santé, les services, le commerce, l’éducation et les loisirs. Le chiffre du chômage de 7,3% ne reflète pas la situation réelle, beaucoup de chômeurs ne sont pas recensés parce qu’ils ont abandonné la recherche d’emploi et/ou travaillent au noir. De 1996 à 2012, le nombre de ceux qui doivent vivre avec moins de 2$ par jour (1,60) a augmenté de 160% et touche 636 000 familles, soit 1,65 million de personnes. Un peu partout, les refuges pour SDF sont submergés et refusent quotidiennement de nombreux demandeurs d’asile.

Les « cités » illégales de tentes ont grandi partout, passant d’un lieu à un autre au fur et à mesure de leur démantèlement. Des luttes traditionnelles carte_tente_cityconcernant le renouvellement des contrats collectifs durent plus ou moins longtemps mais ne sont guère victorieuses : le 5/07/2013, 3 000 travailleurs des transports publics de la région de San Francisco (BART) doivent reprendre après trois jours de grève, simplement sur la promesse de reprise de pourparlers (leurs salaires sont bloqués depuis 2008) ; la période d’injonction du tribunal étant expirée fin septembre, 98% des travailleurs se prononcent pour la grève ; mais le syndicat refuse toujours de lancer l’ordre de grève. Le 10 septembre, les 400 enseignants de la région de Pittsburg en Pennsylvanie, dont le contrat est expiré depuis deux années, entament leur deuxième semaine de grève ; ils reprennent deux jours plus tard avec quelques concessions mais sur l’essentiel, il y a renvoi à un arbitrage. Le 8 octobre 2013, à Boston , prenant le contrôle du service des bus scolaires, Veolia prétend imposer des transformations drastiques des conditions de travail et réduire les conditions d’entretien de bus, menaçant la sécurité. D’où une grève sauvage qui ne dure qu’un jour, le syndicat USW ordonnant la reprise du travail ; différents incidents se produisent avec une minorité qui veut poursuivre la grève et installe des piquets devant certains dépôts de bus. La tentative de lancer une action dans tous les restaurants fast-food avait connu un premier essai en novembre sous forme de grèves sauvages qui s’étaient quelque peu propagées de New York vers d’autres villes. Cet essai est repris par le syndicat des Services et par les associations communautaires, il s’étend plus largement mais ne connaît pas de grand développement auprès des 3 millions de travailleurs du secteur. Une tentative du même genre touchant tous les magasins Walmart dans 15 villes(1,3 million de travailleurs) pour une amélioration des salaires (de 6$ à 12$) n’a guère plus de succès.