Echanges N° 86 Janvier-mars 1998

Les pays asiatiques entrent dans la mouvance

« Nous sommes dans un monde dans lequel les marchés peuvent changer leur jugement sur un pays, et assécher le financement extérieur de ce pays dans l’instant. » Audition de Michel Camdessus, Journal officiel du vendredi 8 mars 1996, Avis du conseil économique et social.

« Si le système de crédit peut faire figure de levier principal de la surproduction et de la surspéculation commerciale, c’est seulement parce que le procès de reproduction, par nature élastique, se trouve tendu ici jusqu’à l’extrême limite, étant donné qu’une grande partie de capital social est utilisée par ceux qui ne le possèdent pas et qui, par conséquent, se mettent à l’ouvrage bien autrement que le propriétaire qui, s’il est lui-même actif, suppute peureusement les limites de son capital privé. Il en ressort simplement que la mise en valeur du capital basée sur le caractère contradictoire de la production capitaliste ne permet le développement véritablement libre que jusqu’à un certain point et constitue en réalité une entrave immanente et une barrière à la production constamment rompue par le système de crédit.

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Le système de crédit accélère par conséquent le développement matériel des forces productives et la constitution du marché mondial ; la tâche historique de la production capitaliste est justement de pousser jusqu’à un certain degré le développement de ces deux facteurs, base matérielle de la nouvelle forme de production.

Voici les deux aspects de la caractéristique immanente du système de crédit : d’une part, développer le moteur de la production capitaliste, c’est-à-dire l’enrichissement par exploitation du travail d’autrui pour en faire le système le plus pur et le plus monstrueux de spéculation et de jeu, et pour limiter de plus en plus le petit nombre de ceux qui exploitent les richesses sociales ; mais d’autre part, constituer la forme de transition vers un nouveau mode de production, c’est ce double aspect qui donne aux principaux défenseurs du crédit, de Law jusqu’à Isaac Péreire, leur caractère agréablement mitigé d’escrocs et de prophètes.

(Karl Marx, Le Capital, t.III, chap. XXVII,
Editions de Moscou, p. 465.)

D’août 1997 à la fin de janvier 1998

Nous devrons y regarder de plus près, mais déjà nous pouvons dire que la dévalorisation financière internationale vient de faire son « grand bond en avant » dans la zone asiatique. Après la crise mexicaine de 1994, la crise asiatique est la deuxième des marchés financiers globalisés.

La porte de sortie que représentaient les marchés émergents vient d’être si durement secouée que les dix-huit chefs d’Etats et de gouvernement de l’APEC (1) se sont réunis à Vancouver pour faire le bilan de la situation. Au cours du Forum Asie-Pacifique, ils ont réaffirmé leur foi dans les mérites du libre-échange et se disent confiants pour l’avenir. De leur côté, les ministres des finances de l’ASEAN tentaient, avec l’appui du Japon, de créer un fonds monétaire régional.

On peut toujours dédramatiser, une chose est certaine : la Corée du Sud à elle seule demande une aide d’urgence de 100 milliards de dollars au FMI, aide supérieure à celle accordée au Mexique en 1994. Le FMI arrive, avec l’aide à la Corée du Sud, au bout de ses limites d’intervention. Le jeudi 4 décembre 1997, la presse indique que pour la seule Corée du Sud, les institutions financières internationales débourseront 35 milliards de dollars dont 21 milliards pour le FMI, et que 20 milliards de dollars supplémentaires seront, si nécessaire, apportés par le Japon, les Etats-Unis et la France.

Aux Etats-Unis, le rôle du FMI est de plus en plus contesté. Le Wall Street Journal faisait remarquer que, « au bout du compte, c’est l’argent du contribuable que le Fonds engage dans ces opérations de secours » .Le même journal écrit (le 23 décembre 1997) que « les sommes prêtées par le FMI iront dans les poches des créditeurs de la Corée, et non à la Corée elle-même ».

« Le fonds ne peut rien, surtout pour le Japon. C’est désormais au G7 d’intervenir. »

(Christian de Boissieu, professeur à Paris-1)

Il apparaît maintenant de plus en plus clairement que les libéraux veulent la peau du FMI pour prendre sa place ; « C’est cette option que défendent les libéraux américains qui verraient d’un bon œil la disparition pure et simple du FMI «  (Le Monde du 22 décembre 1997).

Cette crise n’est pas neutre, parce qu’elle touche l’APEC qui représente la moitié de la production mondiale. Cette dévalorisation va avoir des répercussions en chaîne - partie de la Thaïlande, elle va gagner l’Indonésie, la Corée du Sud, puis l’ensemble de la zone émergente, pour enfin se répercuter sur l’ensemble de l’économie mondiale menacée maintenant de déflation.

La crise se généralise, elle n’est plus circonscrite à la zone asiatique, tous les pays émergents (d’Asie, d’Amérique Latine, d’Europe de l’Est) sont touchés et essayent, comme le Brésil et la Russie (2) de défendre leur monnaie. Le Japon entre dans la tourmente avec la faillite du courtier Yamaichi et la crise bancaire qui le tenaille. En Europe, toutes les prévisions de croissances sont revues à la baisse (3) ; le jeudi 6 novembre, la Banque d’Angleterre augmente ses taux de 7% à 7,25% (4). La presse parle d’une menace de déflation généralisée (Le Monde du 22 décembre 1997).

Bill Clinton, qui parlait de « quelques pépins techniques » sur la route de la croissance, est contraint de changer d’avis et considère que cette crise aura des conséquences économiques globales, surtout sur les Etats-Unis dont plus d’un tiers des exportations sont absorbées par l’Asie. De plus, la gravité finançière de la crise japonaise peut entraîner le Japon à liquider ses actifs à l’étranger, en particulier les bons du Trésor américains, dont il est le plus gros détenteur. Le Japon vient de prendre des mesures pour éviter d’être responsable d’une récession mondiale (il injecte 100 milliards de dollars) dans l’économie japonaise pour relancer la consommation).

Il est maintenant fait état d’une dévaluation moyenne de 35% des monnaies asiatiques - de 70% en Indonésie. Plus grave encore, la dépréciation des monnaies s’est poursuivie sans relâche en dépit de l’intervention du FMI. Le 24 décembre, la presse titre : « le spectre de la banqueroute se profile en Corée du Sud. » La monnaie coréenne vient de crever le plancher des 2 000 wons pour 1 dollar. Le vice-ministre des Finances coréen, Kang Man-soo, reconnaissait devant le Parlement que l’endettement total du pays dépassait les 200 milliards de dollars. Les agences de notation financière, comme Moody ‘s et Standard et Poor’s qui font la pluie et le beau temps dans le monde venaient de noter au plus bas la Corée, la Thaïlande et la Malaisie qui ont souvent les mêmes créanciers que la Corée.

Fin décembre, pour éviter la catastrophe, les six principales banques américaines, les dix plus grandes japonaises, et des banques européennes intervenaient, respectivement pour 9,4 milliards de dollars pour les Américains, 24,3 milliards de dollars pour le Japon, et 34 milliards de dollars pour l’Europe dont 8,9 pour les banques françaises.

En cette fin décembre, c’est maintenant la deuxième puissance mondiale qui entre dans le tourbillon de la dévalorisation financière, avec la faillite de ses plus importantes sociétés de courtage et des créances douteuses évaluées à 2 700 milliards de yens.

En janvier 1998, malgré les déclarations apaisantes, le marasme de la crise financière se poursuit, Le lundi 12 janvier la Bourse de Francfort chutait de 3,53 %, celle de Hong Kong faisait un plongeon de 8,7 %, celle de Séoul de 3,5 %, Singapour de 8,7 % et Tokyo reculait de 2,2 %. La dévaluation record revenait à l’Indonésie avec 70 % de perte par rapport au dollar.

C’est maintenant l’économie réelle de la zone asiatique qui est touchée. Le FMI exige le démantèlement des conglomérats (chaebols). Le Comité des associations européennes de constructeurs de navires (CESA) va plus loin. En décembre, il interpelle les autorités de Bruxelles, protestant contre les aides du FMI à la Corée du Sud :

« C’est la politique insensée de construction navale menée par la Corée, fondée sur l’augmentation irresponsable des capacités de production et la casse des prix qui a conduit aux tensions financières et à la crise industrielle affectant négativement l’industrie navale dans le monde. »
(Déclaration de la CESA, Le Monde du 8 janvier 1998.)

Le CESA demande donc que les soutiens occidentaux ne soient accordés que si Séoul s’engage à réduire considérablement la capacité de production de ses docks. On peut même se demander si ce n’est pas la liquidation complète des concurrents coréens qui se prépare, du fait de la surproduction mondiale.

En 1997, sept des principaux conglomérats ont fait faillite , parmi eux les groupes Hanbo, Sammi, Jinro, Kia , et le 6 décembre l’un des plus importants du pays , le Halla Group.

La fédération des industries coréennes, émanation des chaebols vient de réagir vivement à cette perspective du FMI.

« En Thaïlande, au Mexique et dans les autres pays qui ont reçu les fonds du FMI, ce dernier a-t-il jamais demandé la dissolution des conglomérats ? » , s’est indignée la FKI dans un communiqué (5).

La presse s’est particulièrement attaqué aux systèmes financiers des pays asiatiques et ce au moment même ou allait se conclure les négociations de libéralisation des services financiers de l’OMC. Cette négociation engagée par 76 pays devait compléter le cycle de l’Uruguay de 1995. Les Etats Unis étaient revenus sur leur offre parce qu’ils considéraient que les pays en développement n’avaient pas offert des mesures de libéralisation suffisantes. Les grandes institutions financières américaines et européenne veulent pénétrer plus librement les dits marchés émergents et en avoir le contrôle (la colonisation financière) (6) . Ces pays ont en effet libéralisé leur politique commerciale dans le domaine manufacturier et modifié leur législation en faveur de l’investissement direct, mais conservent des secteurs financiers très protégés. En faisant éclater ces résistances le capital financier entend s’ouvrir un marché estimé à 30 000 milliards de dollars (voir Echanges n° 83 page 32).

Tous les gouvernements se sont félicités de l’accord de Genève , rapporte la presse. Tout va bien dans le meilleur des mondes, à en croire Les Echos : cet accord devrait « accroître durablement les flux de capitaux dans les pays émergents et les plus démunis, et contribuer à restaurer la confiance des investisseurs dans les pays asiatiques touchés par la crise ».

La Chine n’a pourtant pas mordue à l’hameçon. Elle va même remettre en question son passage, prévu pour l’an 2000, à « la libération des marchés de capitaux ». L’affaire des pyramides albanaises est encore toute chaude (7).

« L’état du système bancaire ne permet en aucun cas une libéralisation intégrale des opérations de capitaux, explique l’économiste chinois Geng Xiao. Si le renminbi [monnaie de la République populaire de Chine] était convertible, tous les ménages convertiraient leur épargne en dollars, et la transféreraient vers les banques étrangères. Ce qui provoquerait un effondrement immédiat des banques chinoises et de la monnaie. » (Le Monde du 16 décembre 1997.)

Dans notre article « L’emprunt international et la dette du tiers monde » (Echanges, supplément au n°84), nous écrivions : « La dévalorisation financière à elle seule ne suffit pas à faire entrer le capital dans une crise profonde, il faut que la dévalorisation s’étende au monde matériel c’est-à-dire à l’industrie... »

Il semble que maintenant le problème s’étende au monde industriel. Depuis le mois d’août 1997, la surcapacité de production frappe les Etats-Unis - de nombreux secteurs industriels sont confrontés à trop de production potentielle et pas assez d’acheteurs. Levi’s, en surcapacité de production, vient d’annoncer qu’il fermera onze usines aux Etats-Unis et procédera à 6400 licenciements (en Europe, l’entreprise emploie 7 500 salariés). Le 16 décembre, Boeing annonçait la suppression de 12 000 emplois afin de « rassurer Wall Street ». BusinessWeek estime à 500 000 la surproduction de véhicules aux Etats-Unis et à 3 ou 4 millions en Europe.

« (...) Partout la production dépasse la consommation. C’est vrai même aux USA, où la demande de consommation reste forte. Aujourd’hui, pour la première fois depuis des années, il y a surcapacité mondiale dans l’industrie, depuis les semi -conducteurs jusqu’aux autos. »
(Business Week, n° spécial sur la crise boursière, 10 novembre 1997.)

Contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas le marasme financier qui entraîne les effondrements économiques, c’est l’inverse, bien que la spéculation vienne accentuer ceux-ci.

LES CAUSES DE L’EFFONDREMENT

Comme nous l’avons déjà formulé dans nos précédents articles sur la crise monétaire et financière, le système du crédit propre au capitalisme moderne engendre inévitablement la spéculation et donc l’éclatement de « bulles » spéculatives et par conséquent des dévalorisations financières en chaîne.

La fuite en avant vers les « marchés de capitaux émergents « (MCE) avait déjà trouvé ses propres limites avec la « crise mexicaine de la fin 1994 ». Le peso avait dévalué de 40 %. Pour éviter que la crise mexicaine contamine les marchés émergents asiatiques, on cracha à terre en promettant de renforcer les mécanismes de prévention des risques systémiques. Deux ans après, la chute en 1996 des marchés de capitaux thaïlandais et coréens, anticipait déjà la crise généralisée de 1997-1998 de la zone asiatique balayant toute crédibilité aux débilités des mécanismes de surveillances.

L’orientation massive des capitaux vers les « marchés émergents d’Asie, d’Amérique Latine et de la Russie »( voir tableaux) s’est faite sur la base d’une crise de rentabilité du Capital total, il y a d’énormes surplus financiers, qui du fait de la stagnation /récession des grands centres industriels sont en jachère.

La seule porte de sortie pour les capitalistes, c’était le retour de la libre concurrence, la Bourse comme régulateur revenait en force, comme au bon vieux temps, conséquence de la faiblesse des taux d’intérêts du début des années 1990. Une masse importante de capitaux allait sur les dits marchés émergents se placer et engendrer un intérêt élevé. Cependant l’emprunteur devait rogner sur ses propres profits la part qui revenait à son créancier augmenté du taux d’intérêt élevé. Le niveau exceptionnel des investissements (notamment en Corée du Sud) devait aboutir à d’importantes capacités excédentaires, dans les secteurs de l’automobile et des semi-conducteurs. Les stocks des producteurs se trouvent à des niveaux jamais atteints. La faible croissance de la production a exacerbé les problèmes de trésorerie des grandes entreprises très endettées, dont les bénéfices sont tombés à moins de 1 % du chiffre d’affaires, niveau qui ne suffit pas à assurer le service de leurs dettes.

« Le système qui a prévalu jusqu’à maintenant est en faillite. Les hausses de salaires excessives consenties depuis 1987 et les taux d’intérêts élevés ont étranglé les entreprises. »
(Jwa Sung-hee, président de l’institut de recherche économique du FKI.)

Comme nous pouvons le constater, le FKI met en premier les hausses de salaires, parce qu’il pense déjà qu’il va falloir faire chuter les salaires et licencier, les grèves seraient responsables avec les taux d’intérêts de l’étranglement des entreprises. Si il est certain qu’une part de plus value plus grande pour l’ouvrier porte atteinte à la part que se réserve le capitaliste, nous savons très bien comment celui-ci est capable de retrouver ses marges ( flexibilité, productivité...).

Ce n’est ni en inventant ni en adaptant de nouvelles méthodes de production que les pays asiatiques ont percées sur les marchés occidentaux, mais par l’avantage sur les coûts horaires au début de leur croissance. Un ouvrier français équivalait à 77 ouvriers chinois en coût horaire, à 64 ouvriers indonésiens, à 45 ouvriers thaïlandais, à 12 ouvriers malais ou à 3 ouvriers taïwanais. Cette marge permettait aux capitalistes asiatiques de verser un intérêt élevé, pour un investissement moyen dans le secteur manufacturier.

Produire en Asie était, jusqu’à un certain stade, « déterminé par le rapport de classe » bon marché, ce n’est pas un pur hasard si l’évolution des salaires de la région est la plus forte en Corée du Sud. Les prolétaires coréens ont a plusieurs reprises montrés leur détermination. Il nous faut ici relativiser les hausse de salaires, entre 1985 et 1995 les salaires n’ont pas été multipliés par sept ( comme l’affirme la presse) mais seulement par 3,36 ce qui est déjà hors des normes. Mais il faut considérer dans le calcul, la hausse spectaculaire des salaires ( 20% par an) des ingénieurs, techniciens et cadres, du fait que le personnel qualifié est rare. Les rémunérations de ce personnel sont maintenant très proches de celles de l’OCDE pour une qualification souvent peu satisfaisante (voir « La lutte de classes à l’assaut d’un bastion national, la Corée du Sud », Echanges n°83).

Ce qu’il faut rappeler, c’est que les pays « », tout comme les pays « émergés », ont inévitablement buté sur le coefficient d’intensité de capital qui pour percer le marché mondial est beaucoup plus élevé que celui des vieux pays industriels à leur démarrage (5 % à 7 % du PNB contre 20 % aujourd’hui pour les pays « en voie de développement »). Il en est résulté une déficience importante des infrastructures qui allait grever la rentabilité des entreprises.

Comme nous l’avons déjà dit, les taux d’intérêt élevés vont largement contribuer à la situation catastrophique actuelle. Le manque d’infrastructures (ports et aéroports saturés, routes encombrées, délestage électrique, lignes téléphoniques engorgées....) Nous amène à ce paradoxe que des groupes coréens investissent en Grande -Bretagne parce qu’ils estiment que le surcoût salarial est compensé par les économies qu’ils font sur ces autres postes.

Pour conclure : en cette fin février 1998, le G7 (8) s’est réuni à Londres pour faire pression sur le Japon, afin qu’il procède à un vaste programme d’équipements publics pour relancer sa croissance (Keynes revient au galop), le G7 veut donner un coup de pouce au crédit à l’exportation, afin que les entreprises asiatiques continuent d’ importer des biens de premières nécessité et des pièces à assembler venant du G7. La relance par la consommation voilà sur quoi repose aujourd’hui la soi-disant relance mondiale en attendant la prochaine dévalorisation financière au cœur même du G7.

Gérard Bad

NOTES

(1) APEC : créée en 1989 à l’initiative de l’Australie, l’APEC, forum de coopération économique Asie-Pacifique regroupe la Chine, Hongkong, Taîwan, le Canada, le Chili, les Etats-Unis, le Mexique, Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Papouasie-Nouvelle-Guinée) ainsi que la Corée du Sud et le Japon.

(2) La Russie vient de relever ses taux d’intérêts de manière urgente pour protéger le rouble, afin de ne pas être entraînée dans la tourmente.

(3) Alors que l’OCDE estimait que les Quinze ne subiraient qu’une perte de croissance de 0,1 % à 0,2 % en 1997 et 1998, selon la Caisse des dépôts c’est à un demi-point de croissance en moins qu’il faut s’attendre, pour la France. Il ne s’ agit donc plus de 3 % pour 1998 mais de 2,5 %. Les investisseurs étrangers deviennent de plus en plus puissant dans les groupes français, ils exigent des rentabilisés de 10 à 15% sur capitaux investis voire 25% comme la compagnie d’assurance allemande Allianz.

(4) Les fonds de spéculation ont acheté de la dette nord-coréenne. Dans les années 1970, la Corée du Nord avait obtenu auprès de l’Allemagne de l’Est un crédit de 1,2 milliard de deutsche marks ( environ 4 milliards de francs). La Corée du Nord n’ayant ni réglé les intérêts ni le principal de cette dette. Avec la réunification des deux Allemagnes, les crédits, libellés en ost-mark, se sont retrouvés libellés en deutsche marks, ce qui porte la dette à 4,2 milliards de marks. Cette dette est aujourd’hui soldée à 40 % voire 50 % de son principal. Les fonds de spéculation qui viennent d’acheter la dette parient sur la réunification des deux Corées, la dette du Nord vaudrait alors beaucoup plus et les spéculateurs comptent sur les dommages de guerre que le Japon devra verser à la Corée pour récupérer le principal de la dette et beaucoup plus.

(5) Signalons que le FMI a toujours exigé dans ses interventions une restructuration radicale des économies qu’il entendait redresser, notamment par les privatisations... La Corée n’est une exception que par l’ampleur des mesures imposées.

(6) Le président de la Barclays : « L’enjeu est de permettre aux entreprises comme la sienne d’avoir accès aux marchés des pays dit émergents » ( The Financial Times du 10 avril 1997).

(7) En janvier 1997, des manifestations qui tourneront à l’émeute rassemblent à Tirana et dans l’ensemble du pays des milliers d’épargnants qui ont tout perdu dans les faillites des pyramides financières. Ces sociétés d’épargne proposant des taux d’intérêts faramineux (de 35 % à 100 % par mois) ont drainé les économies du fin fond de l’Albanie. Les Albanais ont vendu tout ce qu’ils pouvaient, troupeaux et terres. Les montants payés aux premiers déposants ne provenant que de l’apport croissant de nouveaux dépôts, l’effondrement des pyramides a ruiné d’un coup des centaines de milliers d’épargnants ce qui provoquera une véritable insurrection.

(8) Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni.

LES CONSÉQUENCES SOCIALES

JAPON : les employés de Yamaichi seretrouvent sans travail - 7 500 de la maison mère et 4 500 de la cinquantaine de filiales. Fin décembre 1997, la Bourse de Tokyo est ébranlée par l’annonce de la faillite de l’entreprise agro-alimentaire Toshoku.

BRÉSIL : pour « économiser » 110 milliards de francs, le gouvernement a établi 51 mesures drastiques. Gel des salaires, 33 000 postes de fonctionnaires supprimés, une baisse de 15 % des dépenses publiques, l’augmentation du prix de l’essence, des boissons alcoolisées et des voitures, et un racket de 10 % de l’impôt sur le revenu.

MALAISIE : plus d’un million de salariés, notamment des immigrés sont menacés de perdre leur emploi.

INDONÉSIE : depuis le mois de septembre 1997, la population doit subir un renchérissement des produits de première nécessité, les légumes sont en hausse de 20% à 30% , l’huile de 40% et le riz dans les îles de l’archipel, de 40%. Mais un journal comme Le Monde laisse passer, sous la plume de Sophie Gherardi, l’affirmation selon laquelle « pour l’instant les milliards envolés n’ont pas enlevé un grain de riz du bol des pauvres » (le 28 octobre 1997).

A Djakarta, 150 000 ouvriers du bâtiment se retrouvent à la rue. L’association indonésienne des entrepreneurs confirme que la moitié des 4,3 millions de journaliers de la construction ont perdu leur emploi et que 500 000 autres vont suivre. Pour 1998 c’est un million de chômeur en plus qui est prévu.

THAÏLANDE : la Confédération thaïlandaise de l’industrie et du commerce, organisation patronale, déclare qu’au moins 120 000 salariés perdront leur emploi d’ici la fin 1997. Le ministre du travail indique que le nombre de chômeur va progresser de 1 million et atteindre 2,8 millions en 1998.

CORÉE DU SUD : en 1997, sept des principaux conglomérats ont fait faillite. Robert Bosch prend le contrôle de KIA en faillite (Les Echos le 18 septembre 1997). Le taux de chômage devrait être multiplié par trois et toucher 1,2 million de salariés. Au total 3 millions d’emplois pourraient être supprimés au cours des trois prochaines années. Le KCTU : « Nous sommes prêts à lancer une lutte totale, y compris des grèves générales. » Le gouvernement se prépare à faire adopter une loi permettant les licenciements massifs.

ÉTATS-UNIS : après la Chase Manhattan, qui a perdu 160 millions de dollars en octobre, et JP Morgan qui s’attend à de mauvais résultats, Goldman Sachs est la troisième « victime » officielle de la crise asiatique : avec un bénéfice record de 3 milliards de dollars sur l’année et une hausse de 16 % par rapport à 1996, il se retrouve en baisse de 24 % par rapport à la période correspondante de 1996. Nike voit ses bénéfices du deuxième trimestre baisser de 20 % et le géant de l’article de sport fait savoir que ses ventes ralentiront en 1998 du fait de la crise asiatique.

FRANCE : la Coface vient de déclarer qu’elle garantit 62 milliards de francs de contrats publics dans sept pays d’Asie, les plus touchés par la crise financière. Ceci donne une idée des sommes engagées dans ces pays , notamment par les banques françaises en difficulté qui pensaient se « refaire » rapidement. Le Crédit lyonnais a engagé 12 milliards de francs en Indonésie et en Thaïlande et 72 milliards dans toute l’Asie ; la Société générale aurait 103 milliards d’engagés, la BNP 90 milliards, et l’ensemble des banques françaises 350 milliards. L’onde de choc de la crise va donc se répercuter sur les banques françaises. Elle sera sans doute amortie d’une part par la Coface (assureur), d’autre part par les prêts du FMI, mais une part tombera sur les contribuables. Daewoo va suspendre les trois projets d’investissements dans le Nord de la France.