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Echanges N°151 printemps 2015

 

Postscriptum à « La victoire de Syriza aux dernières élections générales en Grèce » *

Dans les rangs de Syriza, le Dr. Varoufakis (qui sera désormais le Dr.V.) est aussi un marxiste autoproclamé – bien que peu orthodoxe, comme il le dit lui-même, dans la mesure où il a remplacé la théorie de la valeur sociale du travail abstrait par une théorie humaniste de la valeur du travail (1). Il a pour ambition d’enrôler Bloomerg et les journalistes du New York Times, les députés Tory, les financiers humanistes, les militants de Syriza en Grèce et les éléments subversifs réunis à Zagreb au service d’une cause qui consiste à « sauver le capitalisme de lui-même », c’est-à-dire à dompter « l’esprit d’entreprise ». Son faux dilemme entre capitalisme ou barbarie (la barbarie, dans le contexte politique de l’Union européenne [UE], signifiant le nationalisme de droite et le néonazisme) a pour but la préservation et la démocratisation de l’Eurozone et la Banque centrale européenne (BCE). En utilisant l’imagerie de Matrix, cet économiste social-libéral branché aspirait à fournir aux populations européennes la « pilule rouge » qui vous emmène au fond du terrier jusqu’au désert de la réalité, c’est-à-dire à la « vérité » sur la vie, la société et la « quantification » du travail. En s’appuyant sur ces connaissances, les « gens » pourraient entreprendre de lutter afin de réformer les politiques des institutions capitalistes européennes (2) . Devenu ministre des finances, et après avoir abandonné la rhétorique utilisée pendant quelques jours à propos des renflouements et de la dure politique d’austérité qui avaient provoqué « la dépression, le cynisme, la désintégration et la misanthropie », le Dr.V. a eu tôt fait de réaliser que si lui et son parti voulaient être acceptés dans les hautes sphères du personnel politique du capitalisme européen, ils devaient renoncer à leurs aspirations et à leur guerre des mots contre la politique officielle de l’UE. Au moment même où la BCE durcissait les conditions d’octroi de liquidités à la Grèce, l’optimisme initial de la nouvelle bureaucratie de l’Etat, auquel nous faisions allusion au début de notre texte ­précédent, s’évapora promptement. Personne ne pénètre gratuitement dans les palais du capital.

 


Les dix jours qui n’ont pas fait trembler l’Eurozone.
Dès les premiers jours de février, le conflit entre ces positions a tourné au spectacle des négociations entre le gouvernement
 grec et ses « partenaires ».
Le 2 février, alors que notre dernier texte n’avait que quelques jours, le Dr.V. a déclaré depuis Londres que le gouvernement grec ne demanderait pas l’annulation de la plus grande partie de la dette souveraine grecque. Le 5 février, au cours de sa première rencontre avec Schäuble, le Dr.V. avait ajouté qu’il accepterait 70 % des « programmes » prévus (c’est-à-dire les mémorandums). Et il a ajouté que le gouvernement grec avait le « devoir moral » de ne pas faire endosser le fardeau de la dette grecque aux « contribuables européens ».
En réalité, un mythe, très répandu et très largement accepté, veut que depuis 2010 les « contribuables européens » aient financé les « Grecs paresseux » qui « vivent au-dessus de leurs moyens » par le biais des prêts accordés par les Etats membres de l’UE, le FMI et la BCE.
Mais si nous examinons la manière dont on a transformé la structure de la dette souveraine grecque depuis 2009, nous pourrions aboutir à des conclusions très différentes. En 2009, la dette grecque se trouvait principalement entre les mains des banques françaises et allemandes qui bénéficiaient toutes deux des taux d’intérêt élevés des obligations grecques et de la garantie politique qu’un Etat membre de l’UE ne peut pas faillir à ses engagements. Le risque encouru par les banques françaises s’élevait à 78 milliards de dollars, tandis que les banques allemandes détenaient 45 milliards de dollars d’obligations grecques. Dès 2014, grâce au programme initial de renflouement de 2010 qui consistait en prêts bilatéraux accordés à la Grèce par les autres Etats membres de l’UE, et grâce à l’agrément Prestataire de services d’investissement (PSI) et au mécanisme Fonds européen de stabilité financière (FESF) consécutif, on avait considérablement réduit le risque toxique auquel étaient exposées les institutions bancaires (par exemple, il n’était plus que de 1,8 milliard de dollars pour les banques françaises et de 13,5 milliards de dollars pour les allemandes), ce qui représente vraisemblablement aujourd’hui leurs pertes réelles.
Puisque l’on a réparti le coût du renflouement des banques sur les Etats membres, ceux-ci détiennent une part plus importante de la nouvelle dette grecque. Même les pays initialement peu exposés aux risques de la dette grecque, tels l’Italie et l’Espagne, détiennent maintenant respectivement 10 et 6,7 milliards d’euros de dette grecque. Cependant, hormis les premiers prêts bilatéraux accordés à la Grèce pour un montant de 52,9 milliards d’euros, ni la Grèce ni personne d’autre n’a reçu le moindre argent des contribuables de l’Eurozone, car dès la mise en œuvre du deuxième programme de renflouement, l’Eurozone avait mis en place son propre fonds de renflouement, le FESF, dont le seul financement était la garantie que constituaient les engagements des Etats membres. Le FESF se procurait de l’argent en émettant des obligations, et donc le seul risque qu’encoure le « contribuable européen » est la faillite éventuelle des investissements du fonds (3).
Résumons-nous : le « renflouement » de la Grèce fut en fait un renflouement massif des banques françaises et allemandes, globalement financé par les prolétaires de l’Europe du Sud, mais que l’on a travesti en « solidarité » envers les Grecs « dépensiers et paresseux » que dénonce cette créature imaginaire, « le contribuable européen ». En outre, la Grèce n’a jusqu’à présent utilisé qu’entre 8 % et 11 % de l’argent versé pour couvrir les besoins du budget de l’Etat. Le reste a été retourné aux prêteurs et aux banques, alimentant la bulle financière fictive basée sur la spéculation sur la dette souveraine.
Au cours de la décennie précédente, avant le début de la crise, les prêts accordés au Sud fournissaient le supplément d’argent dont il avait besoin pour réaliser la plus-value des marchandises produites dans le Nord.
L’Allemagne, victime d’une chute de 5 % de son PIB au cours des deux premières années de la crise et d’une reprise insuffisante après 2012 (4) est convaincue qu’elle ne réussira à sortir de la crise qu’en entretenant une « crise de la dette » dans le Sud, en restructurant ses exportation chez elle et délocalisant en Europe de l’Est (5). 
Après tout, le programme de dévalorisation massive du Sud de l’UE, qualifié de «restructuration de la dette » et implacablement mis en œuvre dans l’Eurozone, a contribué à détourner les flux monétaires et les flux de capitaux de la « périphérie » de l’Eurozone vers les pays « importants » de l’Eurozone, permettant par exemple à ces derniers de financer leurs déficits budgétaires à moindres frais (6). C’est la raison pour laquelle l’Allemagne tient absolument à ce que ses plus-values nettes extérieures ne soient pas « gâchées » dans la production de ses marchés intérieurs au sud et soient au contraire réaffectés aux zones satellites productives et consommatrices d’Europe de l’Est.
L’effort durable qu’a entrepris la classe capitaliste européenne pour réduire le compromis institutionnalisé avec la classe ouvrière de l’après-guerre, la protection des institutions financières principaux instruments d’« accumulation par dépossession » et le mercantilisme allemand sont les principales causes de la poursuite des politiques d’austérité (dévaluation interne) sur tout le continent.
Pour en revenir aux événements récents : au dernier moment, l’Eurogroupe [réunion des ministres des finances de la zone euro] a conclu un accord formalisé dans deux documents d’un style managérial : « Déclaration de l’Eurogroupe à propos de la Grèce (7) » ainsi que : « Liste des mesures de réforme (8) ». Ce dernier document émane du gouvernement grec, il a été soumis par le Dr.V. et a été accepté par l’Eurogroupe. Ces deux documents sont la preuve que la position de l’Etat grec au sein de l’interaction hiérarchique de l’Eurozone entre les Etats-nations « centraux » et les « périphériques » demeure un statut d’une « colonie intérieure débitrice ». L’Etat grec, en acceptant la législation anglaise et le cadre de la cour de justice luxembourgeoise, continue à renoncer à ses droits et à la protection de ses biens et n’est pas autorisé à adopter la moindre politique sans l’accord préalable des « institutions », c’est-à-dire de la Troïka : « Les autorités grecques s’engagent à s’abstenir de toute réduction des mesures déjà mises en œuvre et de toute modification unilatérale des politiques et des réformes structurelles qui auraient un effet négatif sur les objectifs fiscaux, la reprise économique (sic) ou la stabilité financière, tels que les institutions les ont définis. »
Il est bien clair que depuis que le gouvernement grec eut depuis longtemps manifestement fait le choix politique de s’orienter ni vers un contrôle des capitaux, ni vers une annulation unilatérale de la dette, ni de menacer ses « partenaires » d’une sortie immédiate de l’euro, il allait céder à leur grossier chantage, ce n’était qu’une question de temps : pendant les négociations, la BCE a cessé d’accepter en garantie des avances financières les obligations du gouvernement grec; on les a aussi menacés ouvertement d’imposer aux banques grecques des limites au retrait de liquidités s’il n’y avait pas d’accord à l’Eurogroupe le 20 février. Après tout, les élections prochaines en Espagne, au Portugal et en Irlande, où les partis anti-austérité semblent monter en puissance, ne laissaient pas de place pour des manœuvres politiques, des paroles aimables et moins encore et plus significativement pour des concessions financières à la Grèce.
Contraint de se rabattre sur la seule option de la « pilule bleue » (« tu retourneras te coucher et te réveilleras le matin en croyant tout ce que tu veux et en pensant que toute cette histoire sur la “fin de l’austérité” est une “réalité” avant de reprendre le cours de ta vie “normale” »), le gouvernement grec soutient que l’accord avec ses « partenaires », et particulièrement la « Liste des mesures de réforme », est dominée par une « ambiguïté créative » censée lui donner toute flexibilité en ce qui concerne les mesures à prendre. Mais nous pensons que les deux documents précités sont tout à fait clairs et prouvent que le gouvernement de Syriza, contrairement même au programme édulcoré que nous analysions dans notre texte précédent, est d’accord pour poursuivre la politique d’austérité de dévaluation des capitaux dans le cadre des Mémorandums et des « institutions ».
On ne saurait donc s’étonner que ce « nouvel » accord soit soutenu par presque tous les partis politiques, à l’exception du parti communiste stalinien (KKE) et du parti néonazi (GD) (9).
Voler Pierre pour payer Paul
Avant de développer chacune des parties que « traite » l’accord et pour comprendre pleinement le revirement de Syriza, il est utile de rappeler que le Dr. V. s’est engagé
dans les « négociations » au nom d’un gouvernement qui avait déclaré qu’il :
‰ 1. rejetterait l’extension du « programme » et la tranche de 7,2 milliards d’euros, à l’exception du 1,9 milliard d’euros de bénéfices du remboursement des obligations BCE ;
‰ 2. n’accepterait aucun programme de supervision ou d’évaluation ;
‰ 3. souhaiterait l’établissement d’un « programme transitoire » de six mois, sans aucune mesure d’austérité destinée à s’assurer les liquidités, qui lui permettrait d’utiliser les fonds du Fonds de stabilité financière hellénique (FSFH) et de mettre en œuvre au moins une partie de son programme, avec des budgets en équilibre ;
‰ 4. exigerait que les prêteurs reconnaissent que la dette n’était pas supportable et qu’il faudrait engager prochainement un nouveau cycle de négociations générales.

Que s’est-il passé alors que la « Troïka » était censée mourir de mort violente aux mains du Dr.V. ? Examinons un par un les « succès » dont se vante le gouvernement :

Gestion souveraine de la dette : la déclaration de l’Eurogroupe à propos de la Grèce est très claire : « Les autorités grecques réaffirment clairement qu’elles s’engagent à honorer, intégralement et en temps voulu, leurs obligations financières envers tous leurs créditeurs. » Et ce n’est pas tout, car le nouveau gouvernement grec accepte de réaliser d’imposants surplus afin de rembourser la dette, ce qui signifie simplement qu’il renonce à sa revendication principale d’engager des négociations en vue de la réduction de la dette souveraine grecque : « Les autorités grecques se sont également engagées à s’assurer d’imposants surplus financiers appropriées ou les recettes financières suffisantes, nécessaires à la garantie de la dette soutenable en accord avec la déclaration de 2012 de l’Eurogroupe. En ce qui concerne l’objectif des plus-values primaires pour 2015, les institutions tiendront compte de la conjoncture économique de 2015. » En outre, en acceptant de réaliser des surplus importants, le gouvernement sape expressément les prévisions financières de son propre programme, même dans sa version modérée la plus récente avant les élections. Comme le montrent les dernières estimations, les surplus en 2014 ne s’élèvent qu’à 0,3 % du PIB (contre le 1,5 % attendu) et il faudra donc que le budget 2015 prévoie d’autres coupes pour un montant de 2 ou 3 milliards d’euros dans le seul but d’atteindre la plus-value de 1,5 % que prévoyait la modeste proposition de Syriza.
Il ne fait aucun doute qu’avec cet accord, le gouvernement grec s’engage à poursuivre sa politique d’austérité pour une période indéfinie.
Système bancaire et dette privée : l’un des slogans les plus connus de Syriza proclamait « Banquiers, ne touchez pas à nos maisons ! ». Mais selon la liste des mesures de réforme que le Dr.V. a soumise à l’Eurogroupe : « La Grèce s’engage à collaborer avec les directions des banques et les institutions afin d’éviter, au cours de la période à venir, la mise en vente de la résidence principale des foyers dont le revenu est inférieur à un certain seuil. » Dans le même document, « La Grèce s’engage à s’occuper des prêts non rentables de manière à prendre totalement en considération la capitalisation des banques … le fonctionnement du système judiciaire, l’état du véritable marché de l’immobilier, les problèmes de justice sociale, ainsi que tout effet négatif sur la position fiscale du gouvernement. » Et pour finir « La Grèce s’engage, en accord avec les institutions, à améliorer rapidement la législation concernant le remboursement de l’impôt et des arriérés de sécurité sociale. »
Le gouvernement tente de mettre au point des plans spécifiques pour le remboursement, aux banques ou à l’Etat, de la dette privée. La caractéristique principale de ces plans est la fragmentation des débiteurs en de multiples catégories, selon leurs revenus, assortie des garanties correspondantes pour le remboursement des dettes. Mais, si l’on tient compte des termes et des conditions prévus dans la liste du Dr.V. et du fait que les « institutions » doivent préalablement approuver ces plans, il est fort probable que leur mise en œuvre sera soumise à des conditions beaucoup plus sévères, déterminées par les « institutions ».
Un autre plan du gouvernement grec consiste à instaurer une institution pour la gestion de la dette privée (c’est-à-dire un plan de « mauvaise banque ») qui rachètera aux banques les prêts non rentables à 50 % de leur valeur nominale. Les débiteurs ne devront alors rembourser qu’une partie de leur dette, le reste étant couvert par l’Etat. Dans le but d’instaurer cette institution, le gouvernement voulait réaffecter 3 milliards d’euros provenant du FSFH. Non seulement cette demande a été rejetée, mais en outre : « Conformément à l’évaluation des institutions l’Eurogroupe s’accorde pour dire que les fonds jusqu’ici détenus par le FSFH soient transmis au FESF, libres des droits des tiers pour la durée de l’extension du MFFA (Master Financial Assistance Facility Agreement). Les fonds continueront à être disponibles pour la durée de l’extension du MFFA et ne pourront être employés qu’à la recapitalisation des banques et au règlement des coûts. Ils ne seront accordés sur demande que par le MSU de la BCE. »
Pour vous donner une idée de ce que signifie le chantage de l’Eurogroupe et de la BCE : 1,2 milliard d’euros sur les 11 milliards d’euros du FSFH que Syriza ne pourrait pas utiliser à d’autres fins budgétaires que la recapitalisation des banques, et uniquement si la BCE lui donne le feu vert, correspond à la simple contribution de l’Etat grec à ce fonds.
Plus largement, les « partenaires » ont utilisé les pressions exercées sur le système bancaire grec comme moyen de chantage pour obliger Syriza à accepter leurs conditions. En particulier, le 4 février 2015, pendant les négociations entre le gouvernement grec et l’Eurogroupe, la BCE a cessé d’accepter les obligations du gouvernement grec comme garantie, action qui a renchéri le coût des liquidités pour les banques grecques de 1,5 % ou d’environ 1 milliard d’euros, puisqu’elles ne pouvaient plus emprunter directement à la BCE à un taux d’intérêt de 0,0 5%, mais seulement sur les fonds du FLU à un taux d’intérêt de 1,55 %.
La situation s’est encore aggravée en raison d’une fuite des dépôts d’environ 26 milliards d’euros depuis décembre dernier (au total, depuis février, les dépôts dans les banques grecques ont diminué de 100 milliards d’euros, c’est-à-dire qu’ils sont passés de 237,8 milliards d’euros à environ 138 milliards d’euros). Un autre moyen d’exercer une pression directe a été de refuser au gouvernement grec le droit, pour financer son déficit, d’utiliser les profits de la BCE (1,9 milliard d’euros) réalisés sur les achats d’obligations sur le marché secondaire pendant la durée de l’accord IAE. On a en outre refusé aux banques – du moins jusqu’à l’évaluation et l’approbation de la liste de réformes par les « institutions » – le droit d’augmenter indépendamment leur couverture en obligations grecques, décision de la BCE qui limite encore davantage les ressources financières de Syriza pour rembourser les intérêts de la dette souveraine (10).
Nous reviendrons sur certaines conséquences de cet assèchement des liquidités.
Privatisations/nationalisations :  dans notre texte précédent, nous disions que « Syriza n’avait pas changé sa position de mettre fin à la privatisation des services publics, de l’infrastructure et des entreprises publiques. » Ça, c’était avant les négociations avec les « partenaires ». La liste des mesures de réforme arrêtée avec l’Eurogroupe est claire : afin d’« attirer l’investissement dans les secteurs clés et d’utiliser efficacement les atouts de l’Etat, les autorités grecques :

 

  • s’engageront à ne pas revenir sur les privatisations déjà effectuées. Là où un processus d’adjudication est déjà engagé, le gouvernement le respectera, en accord avec la législation ;


  • - étudieront les privatisations qui ne sont pas encore en cours, en vue d’en améliorer les conditions de façon à maximiser les bénéfices à long terme de l’Etat, à générer des revenus, à favoriser la compétition au sein des économies locales, à encourager le redressement de l’économie nationale [sic] et à stimuler les perspectives de croissance à long terme ;


  • - adopteront dorénavant une méthode par laquelle chaque nouveau cas sera examiné séparément et pour ce qu’il vaut, en insistant sur les contrats de longue durée, les joint-ventures (collaboration privé-public) et les contrats susceptibles de ne pas maximiser les seuls revenus du gouvernement, mais également les niveaux prospectifs de l’investissement privé. »
    (à suivre)

    NOTES

    * Voir Echanges n°150, p 10. Faute de place, nous publions ce texte (traduit de l’anglais par A. G.) sur deux numéros.
    (1) Toutes les références et allusions contenues dans ce paragraphe sont consultables en ligne à l’adresse suivante : http://yanisvaroufakis.eu/2013/12/10/confessions-of-an-erratic-marxist-in-the-midst-of-a-repugnant-european-crisis/.
    Nous remercions Harry Cleaver pour avoir attiré notre attention sur ce texte qui a été présenté au Festival subversif de Zagreb en 2013.

    (2) En suivant le script, bien entendu, de sa Modeste proposition pour résoudre la crise de l’Eurozone (co-écrit avec Suart Holland et James Galbraith – Institut Veblen, Paris, 2012 : http://www.veblen-institute.org/IMG/pdf/modest_proposal_30_final.pdf). Cette modeste proposition accepte toutes les contraintes que les institutions européennes actuelles font peser sur l’action politique et rejette toute politique keynésienne d’expansion social-démocrate. Elle se borne à proposer l’européanisation de quatre domaines d’activité, précisément dans le cadre institutionnel de l’euro : les banques à la recherche d’une injection de capitaux du MSE (mécanisme de stabilité européen), la gestion de la dette souveraine, le recyclage de l’épargne européenne et mondiale dans des investissements socialement productifs et le financement rapide d’un programme d’urgence sociale de base. C’est-à-dire une modification productive de la politique d’austérité, basée en réalité sur le contrôle de plus en plus centralisé par les principales institutions de l’UE des politiques financières nationales.
    (3) Il est intéressant de noter qu’en ce qui concerne les prêts bilatéraux de 2010, et à l’exception de la Slovaquie qui a refusé de contribuer, l’Allemagne fut le seul Etat membre à fournir des garanties à sa banque de développement KfW, notée AAA, qui s’était procuré les fonds en émettant des obligations. Les véritables injections de liquidités provenaient des autres membres de l’Eurozone.
    (4) L’économie allemande a progressé de 3,93 % en 2010, de 3,66 % en 2011, de 0,58 % en 2012, de 0,21 % en 2013 et de 1,47 % en 2014.
    (5) Certes, ce processus n’est pas nouveau, il n’est relancé que par la soi-disant crise de la dette dans l’Eurozone. Pour un bref aperçu de la politique étrangère allemande, voir S. Gross, The German Economy Today : Exports, Foreign Investment, and East-Central Europe.
    (6) L’Allemagne est un bon exemple de la manière dont les pays « importants » de l’Eurozone bénéficient de la dissémination rapide de la crise de la dette à travers tous les PIGS et de la chute consécutive et tout aussi rapide des rendements obligataires dans le Nord. On a estimé que grâce à l’intérêt cumulé le budget allemand s’allégera d’environ 67 milliards d’euros, s’ajoutant aux avantages sur le taux d’intérêt acquis entre 2010 et 2012 et à ceux dont l’Allemagne a bénéficié au cours des années suivantes, selon un article publié par Allianz en septembre 2012 ((http://www.reuters.com/article/2013/05/02/us-eurozone-bailouts-idUSBRE9410CG20130502)) – sans parler de la croissance massive de ses exportations qui ont atteint un niveau inédit de 1,13 trillion d’euros, engendrant une plus-value commerciale de 217 milliards d’euros, la plus élevée du monde en 2014, grâce au faible taux de change de l’euro. Il n’est donc pas étonnant que les comptes de l’Allemagne montrent des excédents croissant de façon ininterrompue depuis 2009 (jusqu’à 7,5 % de son PIB en 2013), tandis que, pour la première fois depuis 1969, elle annonce que son budget est en équilibre. Hormis le financement de leur dette souveraine par le biais de taux d’intérêt réel bas, voire négatif (cependant que, selon le premier mémorandum, la Grèce était contrainte à rembourser les intérêts à un taux fluctuant entre 5 % et 6 %), les profits des pays « importants » de l’Eurozone sont à la fois significatifs et multilatéraux. De 2009 à 2013, par exemple, l’Allemagne  
     et les Pays-Bas ont enregistré la plus   forte augmentation des nouveaux projets d’investissements directs étrangers (IDE) de tous les pays de l’Eurozone. L’Allemagne (1 525 IDE supplémentaires, soit un accroissement stupéfiant de 115 %), en particulier, a surpassé la France et se trouve à présent en deuxième position, après le Royaume-Uni, à la tête de tous les pays européens. La Finlande en a elle aussi bénéficié récemment, devenant désormais le neuvième Etat capitaliste parmi les destinations européennes des meilleurs investissements (+ 44 % de nouveaux IDE en 2013 par rapport à 2012) – sans parler des profits réalisés sur le dos des Grecs, des Espagnols et des Portugais grâce aux obligations qu’elle détient.
    (7) Voir : http://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2015/02/150220-eurogroup-statement-greece/
    (8) Voir : http://s.kathimerini.gr/resources/article-files/lista-metarry8misewn.pdf
    (9) Cette nouvelle alliance et ce nouveau consensus – il convient aussi de prendre en compte l’élection récente du candidat de Syriza, homme politique de la droite modérée, à la présidence du pays – peut jeter les bases d’un futur parti de « gouvernement de sauvegarde nationale », si ce gouvernement échoue à avancer pendant le nouveau cycle de dévaluation interne. Cet alignement presque unanime sur les grands principes néolibéraux jette également les bases d’une nouvelle version de la « théorie des deux extrêmes », dont nous reparlerons plus loin.
    (10) L’impasse dans laquelle se trouve Syriza est encore plus grave depuis l’établissement des arriérés d’impôt et de non remboursement, dont le résultat est une perte de revenus de 1 à 2 milliards d’euros depuis le début de l’année.