INFOBREF N°434

 

Point sur le mouvement social de mars-avril 2016 (17 avril 2016)

Le mouvement de mars 2016

Le mouvement social, engagé depuis le début du mois de mars contre, au premier chef, la « loi Travail » présentée par le gouvernement Valls/Hollande et dont, pour l’heure, il est encore difficile de prévoir l’évolution pourra apporter le meilleur comme le pire. L’objectif de ce texte n’est pas de faire une analyse à chaud des événements, qui se dérouleront selon leur propre logique, mais de réfléchir sur le contexte dans lequel ce mouvement émerge, précisément aujourd’hui, en France, et sur le rapport de forces qu’il serait nécessaire de mettre en place pour en faire un vrai mouvement de rupture avec l’ignoble collaboration de classes qui caractérise la vie sociale et politique dans ce pays depuis bientôt un siècle.

Il est remarquable de voir que, alors que le mouvement avait à peine démarré, les organisations encadrant le mouvement social : UNEF, CGT, FO et SUD n’ont absolument pas attendu pour se porter en tête et prendre une posture avancée vis-à-vis de la contestation. Pour une part cela témoigne de leur crainte de voir les choses échapper à tout contrôle, mais pour une autre part cela montre aussi que le mouvement se satisfaisait encore largement de cet encadrement. Tout comme le gouvernement, les forces de la conciliation sociale sentent, ou pressentent qu’une révolte générale est possible, et probable.

Pour autant que ce mouvement se cherche des références historiques, il n’a à offrir que des « victoires » en trompe l’oeil (le CPE) des défaites (retraites 2010) et l’inévitable mai 68. Que, 48 ans après la « victoire » de mai-juin 1968, il faille se mobiliser pour empêcher l’augmentation de la semaine de travail et la baisse des salaires en dit long sur l’impasse du réformisme et sur le fait que, tant que le mode de production capitaliste n’aura pas été aboli, aucune « réforme », même obtenue au prix d’une grève générale massive, ne saurait améliorer de façon durable le sort du prolétariat.

Une bourgeoisie le dos au mur.

Le plus grand danger qui guette le mouvement naissant est qu’il serve, in fine, à régénérer une social-démocratie qui se présenterait comme une alternative de gauche à l’austérité promise par le reste de la classe politique, sans jamais remettre en cause les fondements sur lesquels est construite la société capitaliste. Nous entendons par social-démocratie régénérée la mouvance qui va de la gauche du PS (Aubry, « frondeurs »…) aux gauchistes (LO/NPA) en passant par les staliniens (PCF) et le parti de gauche (Mélenchoniens) et autres écologistes, postés en embuscade sur les réseaux sociaux avec la candidature de 2017 en ligne de mire. Déjà, dans le reflux du mouvement contre la réforme des retraites de 2010, le slogan « rendez-vous en 2012 » sonnait la démobilisation de la rue au profit du grand cirque électoral. On sait ce qu’il en est advenu. LIRE LA SUITEwww.defensedumarxisme.wordpress.com

 

A propos du mouvement Nuit Debout

Des milliers de personnes en train de discuter de la nécessité de dépasser le mode d'organisation sociale, politique, économique actuel, en plein centre d'une des principales capitales occidentales, est évidemment en soi quelque chose d'éminemment positif.

Le fait qu'à l'initiative du mouvent d'occupation de la place de la République il y ait eu des éléments membres ou proches d'organisations telles que ATTAC, le Front de Gauche ou Démocratie réelle maintenant ne veut pas dire que celui-ci soit une simple manipulation par les éléments les plus les plus "radicaux" de l'appareil politique dominant (1). Quelles que soient les vues et projets de ces forces politiques cela ne change rien à la profondeur du mécontentement, du dégoût et de la révolte qui s'expriment dans les assemblées générales ou dans les groupes de discussion des lieux occupés.

Le succès du mouvement, sa durée, son extension à des dizaines de villes en France et les manifestions de solidarité au niveau international, montrent qu'il exprime un besoin réel et profond de rencontre, de réflexion,  d'action contre un système qui conduit au désastre. Si le point de départ de la mobilisation a été le projet de loi sur le travail, il est significatif que la plupart des interventions dans les assemblées générales et dans les groupes de discussion se situent à un niveau plus profond, plus général mettant souvent en question le système capitaliste lui même et ses formes politiques.

Même si les discussions semblent parfois se perdre dans des formalismes "démocratiques", il y a la conviction de plus en plus généralisée que la société ne peut plus être gouvernée comme auparavant, du haut en bas, et qu'il s'agit d'apprendre dans la pratique à faire autrement. La pratique des nouvelles technologies de communication y est pour quelque chose. On retrouve le même état d'esprit que dans les mouvements des "places", les "printemps arabes", les Indignados d'Espagne, Occupy aux États-Unis, la place Syntagma à Athènes, voire les mobilisation en Turquie en 2013.

Mais, tout comme les mouvements des Indignés du passé, celui-ci se heurte à la limite de son incapacité à s'étendre vers le monde de la production et les quartiers dits "populaires". On se confronte au mur de la réalité de la dictature du capital sur les travailleurs, paralysés, divisés par la menace du chômage et la pression de la précarité. Il faut ajouter à cela la garde rapprochée des machines syndicales qui font tout pour garder le contrôle sur "leurs troupes" et voient d'un très mauvais œil l'état d'esprit de ces mouvements "autonomes".

Les Indignés en Espagne en 2011, après avoir successivement mis en avant et en partie réalisé les mots d'ordre "Toma las plazas" puis "Toma los barrios", avaient proclamé "Toma las fábricas". Mais cela n'aboutit pratiquement à rien. Il en fut de même pour Occupy Oakland dans la côte ouest des États-Unis (octobre 2011) qui tenta d'intervenir dans la lutte des travailleurs portuaires.

Tant que l'extension du mouvement au monde réel de la production et aux "quartiers" n'est pas réalisée, les assemblées sont plus ou moins rapidement condamnées à parler en termes de complaintes et de projets abstraits, ce qui n'est pas inutile, au contraire, mais insuffisant pour maintenir la vitalité du mouvement. Parfois les assemblées qui se perdent dans les rapports de commissions et les détails de fonctionnement démocratique ressemblent à un écureuil courant dans sa roue en cage...
Heureusement la conscience de la nécessité de cette extension, de "cranter… sur les structures de la vie matérielle du capitalisme", pour reprendre une expression de Maxime, est généralement présente dans les assemblées, et celles des Nuit Debout ne font pas exception.
Encore faut-il pouvoir la concrétiser...

Quelles que soient les faiblesses, les balbutiements, les tentatives de manipulation, l'actuelle mobilisation sociale en France est importante et mérite non seulement qu'on s'y intéresse mais aussi qu'on y participe.

Raoul, 12 avril 2016
–-
(1) Il faut ajouter que la Maire de Paris, Anne Hidalgo avait appelé les Parisiens à débattre dans 128 lieux différents le samedi 2 avril au soir. Cela ne s'est pas déroulé comme prévu :
http://www.marianne.net/anne-hidalgo-prise-entre-nuit-debout-nuit-debats-100241725.html


De Alain
Contrairement au mouvement des Indignés de la Bastille il y a quelques
années, une évolution se fait jour cette fois. Dans la critique de la
démocratie bourgeoise notamment.
Certes c'est encore au nom de cette même idée de "démocratie" que ces
néo-Indignés entendent mener la critique du Gouvernement et du
capitalisme tout entier d'ailleurs.
Mais même sur ce niveau précis je crois qu'il faut les rejoindre et les
soutenir.
En effet, un espace est ouvert dans lequel un certain nombre de voix
tendent à la radicalisation politique tandis que d'autres sont dans une
idéologie du genre : "on va leur montrer que même la démocratie qu'on
connaît (entendez "bourgeoise") est en mesure de s'opposer avec succès
au Gouvernement. C'est finalement le slogan d'Attac : "Another World Is
Possible".
Il faut savoir que ces derniers mois en France la bourgeoisie a profité
des attentats pour serrer la vis sérieusement. En matière de libertés
individuelles notamment. Par ailleurs, cette lutte pour la démocratie
sociale et politique est aussi ce qui agite le monde en général : de
l'Espagne à la Grèce, de l'Egypte à la Chine, de la Syrie à la Russie.
Par conséquent même parmi ceux qui se réclament de la démocratie
bourgeoise il y a la critique d'un monde gouverné par le profit
personnel et défendu par un gouvernement qui, ne serait-ce que de ce
fait, dénie son origine démocratique.

L'agressivité politique de la bourgeoisie française à l'égard de ses
pauvres et exploités est actuellement proportionnelle à ses difficultés
de valorisation du capital national.
Cette agressivité politique s'exprime non seulement dans ses
interventions militaires mais aussi vis à vis des classes qu'elle domine
à l'intérieur du pays : jouant habilement des scrupules religieux,
culturels, ethniques, traversant la population, elle fait monter les
tensions entre minorités depuis pas mal de temps tout en agitant
l'épouvantail fascisant aux élections, à l'adresse, cette fois et
justement, des démocrates.
On est très loin de l'idéologie "Black-Blanc-Beur" qu'elle arborait dans
les années 90. L'unité nationale dirais-je "se fait à coups de serpette"
dorénavant : par l'émotion créée par le terrorisme et la répression
policière qui s'en suit notamment. On a le sentiment que la classe
dominante n'attendait que l'occasion pour lâcher sa police et à terme
ses hordes fascistes. Nuit Debout entend montrer qu'une autre politique
est non seulement possible mais absolument nécessaire.

Le mouvement entend se positionner sur une lutte politiquement
irréprochable, "digne", qui veut démontrer qu'un simple consensus social
basé sur le bon sens suffit à dénoncer la gabegie capitaliste et trouve
tout son radicalisme politique dans cette simple évidence.
"Nuit Debout" tient à se distinguer du radicalisme fascisant qui est
présenté depuis longtemps ici comme la seule expression populaire non
vicié d'une radicale opposition au gouvernement.
Le succès de ce mouvement apporte la preuve contraire : un camp
politique capable de s'auto organiser connaissant un succès remarquable
ayant pour centre idéologique la lutte contre une politique capitaliste
particulièrement libérale - démantèlement des principes classiques du
Code du Travail -  est en mesure de s'opposer aux élites au pouvoir.

Sur le plan social inutile d'insister sur la situation des jeunes
français qui est désastreuse.
Ce mouvement, s'est élevé contre la réforme du Code du Travail qui
constituait une sorte d'ultime provocation capitaliste contre les
salariés peu payés et à peine quelques mois avant les élections (période
à partir de laquelle le bon bourgeois moyen devra plutôt tenter de faire
rêver avec son baratin électoral).
Littéralement "provocation" car ce projet de loi - initiative
ultralibérale pour ce pays et avancée par la gauche au pouvoir par
dessus le marché - soulignait un contexte d'atonie des luttes de salariés.
"Nuit Debout" étant constitué essentiellement de jeunes travailleurs ou
étudiants et de chômeurs, etc. tous très jeunes, il s'agit pour cette
jeunesse non seulement de tenter de faire reculer le Gouvernement sur
cette "loi travail" mais aussi de faire le point sur la réaction
politique à donner à ce monde qui rejette même ses sujets les plus
prometteurs !
Aussi un élément qui était déjà présent à la Bastille (Paris) il y a
quelques années, habite littéralement les esprits des assemblées : une
grande soif à l'égard des théories anti capitalistes en matière de
production et de gestion sociale.
Au final même si les idéologies alternatives au capitalisme sont très
nombreuses parmi l'assemblée, il n'y a aucun rejet a priori des discours
révolutionnaires se réclamant d'une filiation politique.

Le problème que j'y vois surtout c'est la difficulté à créer des réseaux
qui soient pérennes entre deux mobilisations et en mesure de poursuivre
la réflexion politique.
Certes des sites d'échanges d'infos ont été très rapidement mis en
place, et avec brio. Ces réseaux ont contribué à ce que dans plusieurs
villes du pays des assemblées similaires se forment. Mais, par exemple,
on a beau s'inscrire à ces réseaux on n'a pas à ma connaissance de forum
de réflexion collective approfondie.

C'est pourquoi je crois que la plus grande faiblesse de ce mouvement
vient aussi de sa principale force : s'ériger en contradiction avec la
politique capitaliste quelle qu'elle soit, (mais aussi) et en
particulier sous sa forme partitiste et/ou organisée durablement.

Même si aujourd'hui cela semble moins manifeste qu'à Bastille
précédemment, les plus investis dans le mouvement peuvent être fédérés
par des organismes dépendants peu ou prou de partis bourgeois. La manne
des Jeunes Socialistes était patente à Bastille mais maintenant c'est
moins visible. Comme le dit Raoul on peut raisonnablement penser que des
mouvements alter mondialistes y sont particulièrement actifs ("Attac"
notamment).
Mais ça préfigure idéologiquement les luttes de classes qui viendront au
sein d'une même opposition au Gouvernement : entre les classes moyennes
et le prolétariat.


Alain

 

Nuits debout et citoyennisme : attraction fatale !

vendredi 15 avril 2016, par Yves

Les « Nuits debout » voient la résurgence d’une idéologie qui avait repris du poil de la bête avec le mouvement altermondialiste et ATTAC en France, il y a une vingtaine d’années. Les Indignados espagnols et les différents mouvements Occupy ont pris la suite, plus récemment, en mettant l’accent sur les procédures dites « démocratiques » dans les discussions menées sur les places publiques et les innombrables commissions. Mais fondamentalement, surtout en France, on a affaire à la même idéologie : le citoyennisme.

En France, c’est la Révolution française qui a imposé (temporairement) l’usage des mots « citoyen » ou « citoyenne ». Fini les « Monsieur » ou les « Madame », les « Votre Excellence » ou « Votre Majesté ». Même le roi Louis XVI n’eut plus droit qu’à un simple « citoyen Louis Capet ». Ce mot garde donc encore une toute petite saveur égalitaire, même si aujourd’hui aucun ouvrier ni aucun électeur n’oserait appeler son patron ou sa députée « citoyen » ou « citoyenne ».

Aujourd’hui, la plupart des gens regrettent l’époque où les voisins s’adressaient la parole, s’entraidaient, où les jeunes laissaient leur place aux vieilles dames, aux femmes enceintes ou aux vieux messieurs dans les transports en commun. Les journaux sont remplis d’histoires horribles de vieux crevant dans leur HLM sans que personne ne s’inquiète de leur sort, de femmes qui sont harcelées voire violées dans le métro pendant que les passagers regardent ailleurs, etc. La société moderne se présente, dans les séries télévisées ou les émissions grand public, comme une société fondée sur l’égoïsme, l’individualisme, etc.

Face à une telle situation, les citoyennistes ont trouvé une solution miracle : les services publics devraient remplacer les liens de solidarité et les relations humaines qui font cruellement défaut. Nous aurions besoin de davantage de travailleurs sociaux, de gentils organisateurs, d’animateurs, de médiateurs, de concierges, de flics, de gardiens de prison, de vigiles, de gardiens de parking, etc.

Pour les citoyennistes, la relation entre chaque individu et l’Etat pourrait donc remplacer les traditionnels liens de solidarité du mouvement ouvrier - liens qui ont effectivement disparu.

Cette idéologie prétend que la démocratie bourgeoise actuelle serait profondément contradictoire avec le capitalisme (ce qui est d’ailleurs une vieille idée marxiste, qui conduit généralement à des conclusions très différentes) ; qu’il faut renforcer l’Etat pour faire revivre la démocratie parlementaire moribonde et que les citoyens doivent être mobilisés pour mettre en pratique ce projet politique. Les citoyennistes veulent prendre au mot la démocratie bourgeoisie puisque celle-ci, dans ses expressions les plus radicales, prétend réparer les injustices économiques, diminuer progressivement les inégalités sociales par différents mécanismes étatiques ou sociaux. Pour les citoyennistes, l’Etat est l’instrument nécessaire pour tenir en laisse, modérer le capitalisme. Il doit devenir le plus indépendant possible des capitalistes ou de la logique du profit. Ils pensent qu’il pourrait exister un système non marchand (les coopératives, l’économie sociale et solidaire) qui serait non capitaliste tout comme les services publics ( ?!) et qui pourrait progressivement et pacifiquement venir à bout des mécanismes capitalistes.

En réalité, les citoyennistes veulent seulement humaniser le capitalisme, le transformer en un système plus juste. Ils remplacent la lutte de classe par les élections et les pressions démocratiques sur les élus. Ils sont prêts à inventer des procédures comme le tirage au sort de citoyens ne s’engageant sur aucun programme pour tenir leur gageure. Pour les citoyennistes, les citoyens n’ont pas le droit de remplacer l’Etat bourgeois ou de le détruire. Ils peuvent certes se livrer, de temps à temps, à ce que certains appellent gentiment la « désobéissance citoyenne », terme apparemment plus respectable que la désobéissance civile. Avec cette idéologie tout doit devenir citoyen : les débats politiques, la communication, les écoles, les entreprises, etc.

Les citoyennistes ne veulent pas se débarrasser du système capitaliste, du travail salarié, du capital et de l’argent. Ils veulent seulement améliorer et étendre l’emprise des services publics. Ils considèrent l’Etat bourgeois actuel comme un parasite qui gâche les bonnes relations qui devraient régner entre les citoyens-consommateurs et le capital. Ils se battent pour une démocratie citoyenne, une démocratie participative, pas pour le socialisme.

Parfois, les citoyennistes sont même prêts à s’affronter violemment avec l’Etat, mais leur objectif est d’amener les caméras et les journalistes sur le lieu de la confrontation, pour entamer rapidement des discussions sérieuses entre dirigeants responsables. L’Etat bourgeois adore lui aussi organiser des conférences citoyennes, des consultations citoyennes et donner aux citoyens le droit à la parole. Les citoyennistes se considèrent comme les intermédiaires professionnels entre la société civile et l’Etat. Le citoyennisme a été jusqu’ici incapable de former un véritable parti dans la plupart des pays, même si des mouvements comme Podemos en Espagne, Cinque Stelle en Italie, reposent sur les mêmes illusions, avec une orientation plus à gauche dans le premier cas, plus à droite dans le second.

Les groupes citoyennistes sont généralement amenés soit à se dissoudre faute de troupes soit à fonctionner comme des lobbies, ils n’ont pas besoin d’avoir une base sociale solide, ils aiment apparaître comme des experts sur toutes sortes de questions.
Ce mouvement citoyenniste est fondamentalement un mouvement moral : contre la guerre, pour la paix, contre la malbouffe des fastfoods (généralement américains) et pour les bons produits bio (de préférence français), contre la pauvreté et pour la prospérité. Qui peut être hostile à un tel programme ?

Les citoyennistes opposent l’ « économie solidaire » à l’ « économie libérale » ; concrètement ils défendent les petites coopératives de production contre les grandes multinationales. Ils veulent un « partage équitable des richesses », un « impôt sur les capitaux », « prendre l’argent dans les poches des capitalistes ». Mais ils semblent ignorer que le capital et l’argent ne sont pas des forces ou des instruments que l’on pourrait utiliser pour d’autres objectifs.

Il n’est pas surprenant qu’une idéologie aussi confuse entretienne des liens étroits avec le multiculturalisme, cette autre idéologie qui refuse de prendre en compte l’existence des classes sociales et de la lutte des classes, ou désormais avec les théories dites postcoloniales qui mettent les prolétaires dits blancs dans le même sac que leurs exploiteurs.

La plupart des citoyennistes sont certainement sincères, mais leurs conceptions réformistes ne mèneront nulle part.

Y.C., Ni patrie ni frontières, 14/04/2016

P.S. Ce texte est pour l’essentiel la reprise d’un texte écrit et publié en 2004. Le citoyennisme des "Nuits debout" n’est pas du tout prêt à affronter les manœuvres des sociaux-chauvins comme Lordon, Ruffin, Mélenchon et autres réactionnaires. Cf. "Idéologues et militants du social-chauvinisme"

 

Mouvement communiste: Couchés le jour, debout la nuit

mardi 19 avril 2016, par Yves

PDF - 418.3 koSalut Loren,
Voici un premier aperçu; Toutes question bienvenues.

Henri Simon à Loren Goldner

Il est difficile pour des étrangers de comprendre ce qui arrive actuellement en France.

Il est aussi difficile pour des Français de donner une image réelle de ces événements dont on ne peut prédire le futur car tout événement même fortuit peut en changer le cours

 L’image que ces événements donnés par les médias et /ou par les groupes ultra gauches parlant surtout de leur implication conduit à donner une importance et une dimension et sur les conséquences qu’ils peuvent avoir sur la vie quotidienne et sur l’activité économique.

Tout d’abord on peut soupçonner qu’on se trouve autour de cette « loi travail » devant une manipulation politique en vue des élections présidentielles prochaines et/ou dans une sorte de contre feu pour prévenir une explosion sociale possible.

Les manifestations et diverses actions visent à obtenir l’abandon total de cette « loi travail ». Mais on se doit de rappeler que personne ne connaît actuellement son contenu précis. Sa discussion vient seulement de commencer devant le Parlement et cela peut durer plusieurs mois autour d’un projet qui a déjà été modifié maintenant et édulcoré plusieurs fois pour certaines de ses dispositions.

Ce qui est certain c’est que par-delà cet objectif vague, les présentes actions sont plus l’expression d’un mécontentement général et d’une sorte de ras le bol devant le développement de la précarité. On se trouve devant une désaffection générale devant la politique, envers les politiciens (voir le taux d’abstention lors des récentes élections). Mais cette situation est-elle capable d’entrainer une mobilisation générale. Personne ne peut le dire

On doit considérer les acteurs présents de ce mouvement

D’un côté, ce que l’on peut appeler l’opposition directe à cette loi se présente avec deux branches distinctes. D’un côté le mouvement des lycéens, de l’autre l’opposition politique de la gauche social-démocrate et de tous les syndicats, à l’exception de la CFDT plus ouvertement réformiste qui ne demande que des modifications à la loi.

La seule véritable mobilisation dans le mouvement est celle des lycéens qui forment le noyau des actions (mais on doit remarquer que les jeunes des quartiers chauds de la banlieue de Paris, en général d’origine émigrée ne participent guère au mouvement) Les activistes de groupes ultra gauches s’appuient sur ces lycéens pour tenter une radicalisation mais il n’en résulte que des actions ponctuelles. Une des questions qu’on se pose est de savoir si le mouvement reprendra après les 15 jours des vacances de printemps qui débutent à la fin de la semaine prochaine.

Pour les syndicats, la participation formelle aux manifestations est plus faite pour « se faire voir » qu’une réelle mobilisation (à l’occasion ils servent de force d’encadrement et parfois de répression aux « débordements » des manifestations étudiantes). Même s’il leur prenait envie d’élargir leur soutien au mouvement, il n’est pas sûr qu’ils pourraient entraîner une véritable mobilisation vu la très faible adhésion des travailleurs (environ 5% de la force de travail) Mais il est une aure évidence , spontanément ou sur consigne syndicale, bien peu de travailleurs sont engagés dans le mouvement. Celui-ci dure actuellement depuis près d’n mois at à aucun moment ce mouvement n’a entraîné une perturbation quelconque das l’activité économique. Même les jours de manifestations les perturbations dans le procès de production furent pratiquement nulles.

Depuis une semaine, distinctement de ce mouvement mais plus ou moins relié, quelques militants tentent de profiter de cette situation confuse pour lancer un mouvement du style Occupy. Sous l’étiquette « Nuit Debout » ils ont entamé une occupation de la Place de la République (moins du quart de la place vue le faible nombre de participants) chaque nuit avec des discussions ouvertes. Jusqu’à présent ils n’ont rassemblé que quelques centaines (peut être un millier certains soirs) dans les débats qui ne se sont pas concrétisés par des actions quelconques. Ils persistent néanmoins espérant que certains événements viendront donner un essor à leur projet, comme par exemple une « grande » manifestation prévue pour demain.

A suivre