Ex-Dia: La justice ne «libère» toujours pas les 48 employés, sans salaire depuis trois mois

SOCIAL Le tribunal de commerce a accordé un nouveau délai au patron qui ne paye pas ses salariés depuis près de trois mois…

Ils sont « écœurés » et n’en « reviennent pas ». Sans salaire depuis près de trois mois, les 48 salariés de huit magasins Dia, rachetés par la société Gastt Expansion au groupe Carrefour fin mai, pensaient que leur repreneur serait placé en liquidation judiciaire ce jeudi.

Mais le tribunal de commerce de Paris a, pour la deuxième fois en moins d’un mois, décidé d’accorder un nouveau délai à la société, lors d’une audience interdite au public et à la presse. Les juges ont plus précisément renvoyé à la semaine prochaine leur décision concernant la mise en liquidation de la société Gastt Expansion, précédemment placée en redressement judiciaire.

Son dirigeant, Adam Kuzmicz, n’a pourtant tenu aucun des engagements qu’il avait prislors de l’audience du 15 septembre : il n’a pas versé les rémunérations correspondant à la période du 15 au 30 septembre et n’a pas engagé de travaux dans les huit magasins, toujours laissés à l’abandon.

« Cette fois-ci, j’étais certaine que nous serions libérés de ce piège, mais non, nous restons prisonniers pour une semaine encore et peut-être plus – comment être sûre que l’entreprise sera bien liquidée la semaine prochaine ? », interroge Caroline, salariée dans le Nord et maman d’une enfant de cinq ans. Tant que la liquidation n’est pas prononcée, les salariés sont tenus par leur contrat de travail et ne peuvent pas accepter un poste ailleurs.

« Je ne peux pas payer mon loyer »

Comme les 47 autres employés, Caroline n’a pas non plus reçu d’argent des AGS, l’organisme censé prendre en charge les salaires non versés, « parce que Kuzmicz aurait tardé à leur faire parvenir nos feuilles de paie », se désole-t-elle. Les salariés devraient toutefois percevoir cette somme avant le 20 octobre et vraisemblablement dans le courant de la semaine prochaine.

En attendant, Caroline va devoir renégocier avec son banquier : « Il m’avait accordé un découvert de 3 000 euros, mais j’en suis arrivée au bout et ce mois-ci, je ne peux pas payer mon loyer. »

Pourquoi le tribunal de commerce a-t-il accordé un nouveau délai à Gastt Expansion ? Sans doute parce qu’Adam Kuzmicz a demandé que Carrefour soit cité dans l’affaire. Rappelons que Gastt Expansion a déposé plainte contre ce groupe, estimant qu’il s’est comporté de « manière déloyale et malhonnête » dans la transaction des magasins – les détails de cette vente sont pour l’heure toujours troubles.

Lors de la prochaine audience, fixée au 13 octobre, Carrefour devrait donc être présent et s’engagera vraisemblablement à réintégrer les 48 employés dans ses effectifs. Le tribunal « veut laisser du temps pour que Carrefour s’engage à reprendre les salariés », estime d’ailleurs leur avocate, Me Florence Rebut-Delanoë. Pour l’instant, il y a un engagement « oral » de l’enseigne de grande distribution, selon les salariés.

Statistiques du chômage

Mais cette reprise « aurait pu se faire dès à présent si Gastt avait été placée en liquidation. La décision du tribunal est donc étrange, elle a peut-être été prise pour que les employés n’entrent pas dans les statistiques du chômage », avance Nathalie Lerouge, déléguée syndicale Force ouvrière dans le Pas-de-Calais.

Après le rachat des quelque 800 magasins de l’espagnol Dia en novembre 2014, Carrefour s’est vu imposer par l’Autorité de la concurrence d’en céder 56 pour cause de position dominante dans certaines zones. C’est dans ce cadre que l’enseigne en a vendu huit à Gastt, situés à Marseille, Lyon, Paris et dans le Nord.