INFOBREF N°475

La misère du prolétariat en Grande-Bretagne

Titre originalPour assurer leurs dépenses quotidiennes, de plus en plus de familles britanniques sont obligées d’emprunter…   Source : Par   PLANETES360  

 

De plus en plus de familles britanniques sont obligées d’emprunter de l’argent pour assurer leurs dépenses au jour le jour, a révélé une étude publiée dimanche.

Le Congrès des Syndicats (Trade Union Congress, ou TUC), la principale organisation syndicale du pays, a déclaré que de nouvelles analyses montraient que la dette des ménages avait brusquement augmenté en 2016, avec notamment une hausse record des dettes non garanties, c’est-à-dire des dettes autres que celles liées au remboursement d’un emprunt immobilier.

Les dettes non garanties ont ainsi atteint une moyenne de 12 877 livres (15 900 dollars américains) par foyer au cours du troisième trimestre 2016. Cette somme représente une augmentation de 1 117 livres (1 375 dollars américains) par rapport à l’année précédente, et constitue la plus forte hausse annuelle depuis au moins 1997, a ajouté le TUC.

L’organisation syndicale, qui représente des millions de travailleurs, a averti que des augmentations salariales limitées, doublées d’une forte inflation, allaient plonger de plus en plus de familles dans l’endettement en 2017 si le gouvernement n’intervenait pas.

Selon le TUC, la faiblesse des augmentations salariales a forcé de plus en plus de familles à recourir à des emprunts pour maintenir leur niveau de vie.

L’analyse a également révélé que le total national des dettes non garanties était monté à 349 milliards de livres (429 milliards de dollars américains) à travers le pays au troisième trimestre 2016, un chiffre record qui dépasse de très loin les 290 milliards de livres (357 milliards de dollars américains) de dettes enregistrés en 2008 pendant la crise financière.

Les dettes non garanties représentent désormais 27,4 % des revenus moyens des ménages, soit le taux le plus élevé en huit ans.

Le TUC a souligné que les résultats de l’étude publiée dimanche recoupaient les chiffres du Bureau de la responsabilité budgétaire (OBR), qui a récemment montré que les ménages n’avaient jamais économisé aussi peu d’argent. Les données publiées par la Banque d’Angleterre ont également révélé que les crédits à la consommation n’avaient jamais augmenté aussi vite en onze ans.

Un travailleur sur deux dans le monde n’est pas salarié

Dans son rapport sur l’emploi 2015, l’OIT plaide pour une prise en compte et une meilleure protection sociale des quelque 75 % de travailleurs informels et précaires.

Le Monde.fr | 19.05.2015 à 02h00 | Par Rémi Barroux

C’est une ouverture, presque un changement de logiciel. Dans son rapport 2015 « Emplois, questions sociales dans le monde », rendu public à Genève mardi 19 mai, l’Organisation internationale du travail (OIT) prône une meilleure prise en compte des formes d’emploi informels et précaires. Jusqu’alors, l’agence des Nations unies, qui regroupe les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 185 Etats, restait plus focalisée sur des formes d’emploi dit « classiques » : plein-temps, salarié, contrat permanent.

Mais cette réalité change et, aujourd’hui, le constat est clair. Le salariat ne représente que la moitié de l’emploi dans le monde, ne concernant pas plus de 20 % des travailleurs en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud. Et dans ces emplois salariés, moins de 40 % des travailleurs bénéficient d’un contrat permanent à temps plein, soit à peine 20 % de l’emploi mondial.

« Jusque-là, la réponse de l’OIT était d’assurer les formes standards de l’emploi, a expliqué au Monde, Guy Ryder, son directeur général. Il ne s’agit pas d’abandonner cette optique, mais d’assurer un traitement égal à tous les travailleurs ne bénéficiant pas de la sécurité et de la protection attachée aux formes dites classiques. »

Les standards changent

Pour M. Ryder, ancien dirigeant de la Confédération syndicale internationale, ces emplois informels, flexibles ne doivent plus être considérés comme de « seconde catégorie ». Les standards changent. « Il faut prendre en compte cette nouvelle réalité et adapter les politiques du marché du travail, ainsi que la législation aux diverses formes d’emploi », avance-t-il.

L’évolution vers des relations de travail moins sécurisées progresse y compris dans les économies avancées, où les emplois autonomes, à domicile, se sont multipliés et où les contrats à très court terme et à horaires irréguliers sont plus nombreux. Dans les pays émergents, si des formes plus contractuelles progressent, l’emploi informel reste très largement répandu.

La crise économique représente un facteur aggravant. Le chômage continue de plomber la situation. Pour l’OIT, qui publiera à l’automne un rapport sur la question, celui-ci, qui atteignait 201 millions de personnes dans le monde en 2014, devrait encore progresser durant les cinq prochaines années.

La faute au ralentissement tendanciel de la croissance qui atteint 3 % à 3,5 % chaque année, contre 4 % entre 2000 et 2007, avant la crise mondiale. « L’investissement productif est en panne, les profits ne sont pas réinvestis suffisamment et l’incertitude économique reste grande, dues notamment aux risques géopolitiques, analyse Raymond Torres, directeur du département de la recherche de l’OIT et responsable du rapport. Enfin, la grande volatilité des mouvements de capitaux contribue aussi à cette croissance en berne. »

Ce sombre tableau explique le recul des formes d’emploi les plus pérennes. « Les entreprises ont intérêt à avoir une main-d’œuvre plus flexible, des contrats plus souples mais cela ne doit pas contribuer à créer des conditions de travail moins protégées », plaide le directeur général de l’OIT, qui accueillera du 1er au 13 juin à Genève, quelque trois mille délégués pour la 104e Conférence internationale du travail.

Mutation des formes d’emploi

Cette mutation des formes d’emploi peut néanmoins paraître contradictoire avec la progression de la protection sociale dans le monde, soulignée par l’OIT. Car les systèmes de retraite ou d’assurance maladie sont souvent appuyés sur des systèmes contributifs et des cotisations salariales. « Les pays émergents, à fort taux d’emploi informel, ont intégré cette nécessité d’une meilleure couverture sociale pour faire face à la crise et assurer leurs propres leviers de croissance, comme en Chine, au Brésil et en Amérique latine en général, en Afrique aussi dans certains pays comme l’Ethiopie ou l’Afrique du Sud », explique M. Torres. Des systèmes innovants ont été mis en place, reposant sur des ressources fiscales. A contrario, certains pays, notamment en Europe, ont réduit le niveau de protection dans les emplois tant classiques qu’atypiques, « afin de stimuler la croissance de l’emploi », constatent les auteurs du rapport.

En s’intéressant aux 52 millions d’emplois domestiques dans le monde, soumis à la quasi-inexistence de protection sociale, par la Convention 189 entrée en vigueur en septembre 2013, l’OIT a illustré cette prise en compte des formes d’emplois nouvelles. Il reste notamment aux syndicats attachés aux formes de travail traditionnelles plus faciles à organiser, à prendre le tournant. « Nous devons protéger toutes les formes d’emploi, nous intéresser aux 75 % d’emplois informels, un peu négligés, et ne pas accepter la précarisation massive, véritable trappe à pauvreté », proclame Raymond Torres.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2015/05/19/un-travailleur-sur-deux-dans-le-monde-n-est-pas-salarie_4635793_1656941.html#wMeaD9XAc3UqXd5O.99

 



En France, la grippe saisonnière frappe chaque année en moyenne 2,5 millions de fois et est la cause de 5 décès par jour en moyenne. La grippe est donc responsable de 1.500 à 2.000 décès par an. Il s' agit d'une moyenne normale. Ce qui devient anormal , c' est de constater que lors de la saison 2014-2015, la grippe ( le déficit de soins) a généré 18 300 décès. Cette année encore la mortelle saison est de retour.



À l'hôpital d'Armentières (Nord), le personnel est débordé. Aux urgences, il y a plus de patients que de lits. Dans la nuit du 10 au 11 janvier, quatre malades de la grippe sont restés dans les couloirs. L'hôpital tente de faire face. "On a rouvert une vingtaine de lits depuis déjà une quinzaine de jours. On a dû transformer des bureaux en chambres", explique Bernadette Montignies-Lemettre, directrice de garde.

Opération reprogrammée

Ouvrir des lits et réorganiser les plannings pour les prochains jours, car l'épidémie va durer. Son pic est attendu pour la semaine prochaine. "Il y a du personnel qui a été rappelé, des gens qui seront affectés de manière supplémentaire par rapport à l'effectif existant sur l'hôpital, que ce soit au niveau médical et paramédical", affirme Christelle Mienné, responsable des urgences. Et si cela ne suffit pas, les équipes ont prévu de reprogrammer les opérations les moins urgentes.



Les personnes âgées font partie des populations les plus touchées par le virus. Pour limiter la contagion, les personnels soignants devraient se faire vacciner mais ils sont réticents.

Alerte rouge à la grippe dans les maisons de retraite après l'annonce de la mort de 13 résidents dans un Ehpad à Lyon entre fin décembre et début janvier. Pour éclaircir les circonstances de ces multiples décès dans un seul établissement, une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) diligentée par la ministre de la Santé est en cours. Mais alors que l'épidémie de grippe, qui touche notamment les personnes très âgées, n'a pas encore atteint son pic, Europe 1 a enquêté pour savoir si l'on devait s'attendre à des décès en série dans les maisons de retraite.

Lourd bilan à prévoir. Actuellement, maisons de retraite et Ehpad, c'est-à-dire les établissement accueillant les personnes âgées dépendantes, sont sur le pied-de-guerre à cause de la grippe. Les chiffres officiels le confirment : rien que la semaine dernière, il y a eu 169 foyers d'infections respiratoires signalés aux autorités, parmi lesquels beaucoup de foyers de grippe, mais aussi des bronchites. Le chiffre est élevé mais reste du même ordre que celui d'il y a 2 ans, où le même virus, H3N2, avait majoritairement circulé. Comme il y a deux ans, on devrait avoir une surmortalité dans la population âgée, donc dans les maisons de retraite. Le bilan devrait être lourd selon le virologue Bruno Lina : "La fourchette classique d'une épidémie de grippe, c'est entre 3.000 et 6.000 décès. Lorsque l'on a affaire à un virus H3N2, on peut avoir des phénomènes de surmortalité. Là, la réalité se situera entre 6.000 et 10.000 décès."

Les résidents des Ehpad majoritairement vaccinés.

Le nombre est impressionnant mais c'est toutefois moins que les 18.000 morts d'il y a deux ans, car cet hiver la grande différence, c'est que le vaccin, même s'il ne protège pas à 100% les personnes très âgées, correspond bien au virus circulant. Question vaccination, après avoir appelé une dizaine d'Ehpad, ce qui ressort est que la majorité des résidents sont vaccinés, jusqu'à 95% parfois. Les établissements n'ont pas attendu le début de l'épidémie pour le faire. La campagne de vaccination a été lancée début octobre, et la plupart des maisons de retraite s'y sont mises tout de suite. Au plus tard, fin novembre tous les patients qui le souhaitaient, étaient vaccinés. La situation dans l'Ehpad de Lyon où un peu moins de 50% des résidents étaient vaccinés à la fin décembre est exceptionnelle. Plusieurs spécialistes s'accordent sur ce dernier chiffre : c'est "trop peu et trop tard".

Le problème des soignants. Malgré la vaccination dans les Ehpad, on constate beaucoup de cas de grippe. La propagation de la maladie aurait pu être limitée en empêchant les virus grippaux d'entrer. Et pour ça, le meilleur moyen, c'est de vacciner les soignants. Le problème c'est que ces dernières années, ils sont de plus en plus réticents. En moyenne, la moitié, des infirmières et des aide-soignants sont récalcitrants.

C'est une inquiétude de tous les jours pour Philippe Duboé, directeur général de l'association Saint-Joseph qui gère cinq maisons de retraite dans les Pyrénées-Atlantiques : "Depuis la grippe H1N1, le personnel qui se vaccinait atteignait une hauteur de 70 à 80% dans nos maisons, aujourd'hui, on a un taux de vaccination autour de 10 à 15%. On essaie de convaincre, on montre l'exemple nous-même, mais on ne peut pas obliger les gens à se vacciner s'ils ne le souhaitent pas." L'enjeu aujourd'hui est donc d'arriver à convaincre les personnels soignants de se faire vacciner. Pour que cela soit efficace, il faudrait qu'au moins 75% d'entre eux passent le pas.

Torcy: Encore deux morts chez des ouvriers du bâtiment

20 janvier 2017-La liste se rallonge encore. Après les 4 ouvriers du bâtiment morts c’est encore deux personnes qui sont mortes à Torcy sur un chantier, écrasées par une chape de béton.

Il a fini par succomber à ses blessures. L’ouvrier grièvement blessé ce mercredi après avoir été écrasé par une plaque de béton de 3 tonnes sur un chantier de l’entreprise Colas à Torcy (Seine-et-Marne), est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l’hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Un accident survenu ce mercredi vers 7 heures lorsqu’une plaque de béton de 3 tonnes suspendue par une pelleteuse s’est décrochée avant de s’écraser sur trois ouvriers placés dans la tranchée en contrebas. Un accident qui avait déjà été fatal pour un ouvrier de 52 ans tué sur le coup, le troisième travailleur souffrant lui d’une fracture à la jambe.

Le bâtiment est de loin le métier le plus à risque en France. Et loin devant les morts dans la police, que les syndicats de keufs nous vantent comme étant le métier le plus dangereux du monde. Or, entre 2010 et 2014 c’est plus d’un milliers de personnes qui sont mortes sur les chantiers français. Un millier !
Imaginez ce que c’est qu’un millier de personnes morte en 4 ans. Quand en France, et depuis 1970, c’est 194 flics qui sont morts lors d’opérations de police... 
Certaines années ont été particulièrement meutrières. C’est le cas de l’année 2014 où 183 ouvrier.es sont mort.es.Lu sur le parisien

En Écosse, des employés d’Amazon dorment sous des tentes pour pouvoir travailler

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/employes-amazon-dorment-dans-tentes/

Avoir un job et vivre comme un SDF, c’est ce que propose Amazon, entreprise dont les salaires forcent certains de ses employés écossais à dormir dans des tentes à proximité de leur lieu de travail.

En cette période de fêtes, vous avez probablement eu le réflexe de commander vos cadeaux sur Amazon, séduit par la livraison express, le paiement sécurisé et… les conditions de travail déplorables ? L’entreprise américaine est accusée (entre autres) d’exploiter ses employés du centre de Dumferline, dans la région de Fife, en Écosse, à tel point que certains d’entre eux sont obligés de dormir dans des tentes à côté du bâtiment pour assurer leurs 60 heures de travail hebdomadaire.

En cause, les salaires cassés (entre 3 et 5,7 euros/heure après les charges) qui ne permettent pas aux employés d’utiliser la navette de l’entreprise pour rentrer chez eux, rebutés par son prix prohibitif de 7,35 livres sterling par jour (8,7 euros). Un des salariés interrogés par le journal écossais The Courier confie habiter à plus d’une centaine de kilomètres du site et ne pas pouvoir couvrir cette distance deux fois par jour, les billets de train étant trop chers.

Amazon devrait avoir honte que ses salaires forcent ses employés à camper dehors”

L’affaire n’a pas tardé à soulever l’opinion britannique et à susciter les réactions de personnalités politiques. Willie Rennie, leader des libéraux-démocrates (Lib-dem) écossais, a vivement critiqué l’entreprise américaine : “Amazon devrait avoir honte que ses salaires forcent ses employés à camper dehors au beau milieu de l’hiver pour joindre les deux bouts. Il est temps que la direction fasse une longue et profonde introspection pour changer ses pratiques.” Mais rien dans la succession de scandales de ce genre ne laisse penser qu’Amazon soit prêt à une telle remise en question.

Au contraire, les porte-parole de la boîte sont même enthousiastes sur les conditions de travail imposées à leurs employés. “Pendant le Black Friday [jour où le plus grand nombre de commandes est enregistré, ndlr], nous avons organisé des tombolas gratuites. Il faut que les employés s’amusent”, s’est ainsi réjoui Paul Ashraf, manager général des opérations pour Amazon au Royaume-Uni. Un discours paternaliste digne du XIXe siècle et à mille lieues des réalités du quotidien des entrepôts.

Pas de jour de repos pendant 3 mois

Ce n’est pas la première fois que l’entreprise de Jeff Bezos est accusée d’exploiter ses employés, et plus particulièrement ses livreurs. Certains d’entre eux roulent 11 heures par jour, sans jours de repos (même le dimanche) pendant des mois. Les rythmes imposés sont extrêmes au point qu’ils doivent faire leurs besoins dans des bouteilles ou des sacs. Pas le temps de s’arrêter pour livrer les 200 colis quotidiens, le tout pour un salaire de misère.

Toujours interviewé par The Courier, Paul Ashraf dévoile peu à peu le cœur du problème : “Nous nous concentrons exclusivement sur les obsessions de clients.” C’est donc bien la furie de la livraison express qui rend la vie impossible à des milliers d’ouvriers ou livreurs. Mais pas seulement : pour les cadres aussi, travailler chez Amazon est un enfer : “J’ai pratiquement vu tous mes collègues pleurer à leur bureau“, confie l’un d’eux au New York Times. Une culture du chiffre et du gigantisme qui pousse l’entreprise à adopter des stratégies managériales des plus extrêmes. Il est même arrivé que des employés se fassent virer en cas de cancer ou de fausse couche. “Il faut que les employés s’amusent“. On en est très loin.

Les 700.000 ouvriers invisibles des usines à colis françaises

20 janvier 2017-La chaîne ouvrière s’est transformée mais n’a pas disparu. Une fois les produits commandés, le préparateur de commandes s’affaire à charger sa palette. 13% des ouvriers français assurent ces jobs invisibles, solitaires et numérisés

Tout le monde a été surpris de constater qu’Amazon fonctionnait avec des gros entrepôts où les conditions de travail sont très difficiles. Mais on s’imaginait quoi ? Que les colis arrivaient comme ça chez nous, grâce à un seul livreur pour nous l’amener ? 

Tout ce que l’on achète dans la grande distribution passe par ces usines, où il faut trier les colis, les préparer, les mettre en paquet et les envoyer. Des métiers qui usent et qui isolent ces nouveaux ouvriers. 

Ça ne concerne pas qu’Amazon 

La logistique ne concerne pas qu’Amazon, mais de nombreux secteurs d’activités : Il y a la section commerce alimentaire que j’ai observée, avec toutes les grandes enseignes comme Super U, Leclerc, Carrefour, ou bien leurs sous-traitants, des entreprises comme XPO (ex-Norbert Dentressangle), Kuehne-Nagel, Geodis… Et tous les autres secteurs de la grande distribution avec le textile, le bricolage, les produits culturels, les matières premières aussi… Puis la partie industrielle qui stocke les pièces avant de les amener dans les usines automobiles, par exemple. 

Enfin, la partie messagerie regroupe de gros sous-traitants de la logistique qui reçoivent des produits pour les dispatcher ailleurs. Ce sont tous ces camions floqués « DHL » ou « TNT » que l’on voit sur les autoroutes. 

Au total, ils sont 700.000 en France, soit 13% des ouvriers du pays, une part en constante augmentation depuis les années 1980. 

La grande distribution recourt à ces usines à colis 
L’industrie se transforme. On ne produit plus chez nous. La grande distribution a donc besoin de ces usines à colis pour concentrer ses achats. 

Elle crée en même temps un nouveau monde ouvrier que nous ne voyons pas.

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Les délocalisations et la division internationale du travail produisent d’autres types de métiers ouvriers et nous n’en sommes pas conscients, car la grande distribution ne met en avant que sa vitrine, le grand magasin. Elle ne montre pas son back office, l’entrepôt. Ce monde est invisibilisé. 

Taisez-vous et bossez ! 

Ces grands hangars pourraient fonctionner de manière artisanale, mais les nouvelles technologies les ont transformés depuis une dizaine d’années. L’outil informatique organise, catégorise, contrôle et impose un scénario de travail aux ouvriers. 

C’est la même chose que dans les call centers où la personne suit tout le schéma de conversation sur son ordinateur, selon ce que lui répond le client. 

Un taylorisme, version numérique 

Le préparateur de commande reçoit les informations d’une voix numérique dans son casque qui lui dit point par point ce qu’il doit faire. C’est du taylorisme version numérique ! Il évolue dans une bulle au sein de son lieu de travail et n’a plus besoin de poser de question ou de discuter avec un collègue, encore moins de travailler en équipe. Dès qu’il prononce un mot, comme un « bonjour », la machine l’entend et rétorque : « Répétez, ce mot n’est pas compris »… 

Le préparateur devient un ouvrier spécialisé, ce qu’il n’était pas quand il n’avait pas de casque sur les oreilles. 

Second effet de l’informatisation : L’automatisation du fonctionnement à l’intérieur de l’entrepôt et la disparition de tout un ensemble de tâches administratives, de contrôle de qualité. Il y a donc de plus en plus d’ouvriers dans l’entrepôt et moins de professions d’encadrement. 

Le secteur s’ouvriérise. Certaines tâches disparaissent. D’autres sont de plus en plus répétitives. 

C’est un travail répétitif et pénible 

Dans ce monde industriel de nouvelles technologies, les métiers dont on a besoin sont des métiers physiques pénibles et répétitifs. Toute la journée, le préparateur de commandes monte et descend de son chariot. Les fourches qui transportent la charge sont fixes sur le chariot. 

C’est à lui de tout faire : poser une palette vide, circuler dans les rayonnages, s’arrêter quand la voix numérique l’indique. Descendre du chariot, prendre le paquet, le poser sur la palette. 

Même chose pour tout le reste des colis de la commande du supermarché en question. L’ouvrier ne cesse de monter et descendre du chariot, de se baisser ou de grimper pour atteindre le paquet, puis de le hisser sur la palette. 

Toujours le même geste et un effort physique très important ! 

Une personne déplace jusqu’à 12 tonnes chaque jour 

J’ai fait le cumul de tout ce que porte un préparateur de commandes en une journée. On atteint très rapidement des poids impressionnants. 

Trois à quatre tonnes soulevées dans un entrepôt de produits de quincaillerie. Pour des produits comme les boissons, on atteint rapidement six ou sept tonnes par jour et par personne. Et jusqu’à dix tonnes dans les hangars dédiés aux fruits et légumes.

Si on ajoute des heures supplémentaires, on transporte douze tonnes. 

Les accidents arrivent vite 

Le plus souvent ces emplois du temps sont fixes : On travaille sept ou huit heures avec une pause de 20 ou 25 minutes au milieu pour le repas. Un repos court qui arrange tout le monde. Moins on reste à l’usine, plus on garde du temps pour soi. 

Le corps s’abîme vite. L’usure du préparateur se manifeste au niveau du dos surtout, mais aussi sur les coudes, les poignets, les mains, les genoux, le cou. 

Cette fatigue liée à ces gestes répétitifs s’appelle de l’hypersollicitation. Quatre, cinq, six ans… Ce sont les durées maximales évaluées par l’INRS (link is external) , (l’organisme de santé et de sécurité au travail) avant de ressentir la fatigue physique et d’enchaîner les accidents de travail, les maladies du dos et des genoux. 

Le CDI pour s’acheter une maison 

Certains entrepôts sont composés presque uniquement d’intérimaires, surtout les entrepôts de sous-traitants qui signent un contrat tous les deux à trois ans avec les grandes enseignes de distribution. 

Les contrats de ces ouvriers sont limités à 16 ou 18 mois selon les cas et ils ne peuvent être renouvelés avant 6 mois de carence. Donc les préparateurs de commandes – entre 60 et 70% des ouvriers des entrepôts – circulent d’une entreprise à une autre et répètent les mêmes tâches avec les mêmes commandes vocales. 

Ce système crée des bassins d’emplois logistiques en périphérie des grandes villes. 

Certaines entreprises, au contraire, préfèrent les CDI car l’intérim coûte cher. On m’en a proposé plusieurs après quelques mois seulement dans l’usine. Ici on dit que « la logistique nourrit son homme ». 

On peut se sortir assez vite des statuts précaires, ce qui est indispensable pour acheter une maison ou fonder une famille. C’est aussi un moyen de s’éloigner de la préparation de commandes et de s’orienter vers des postes moins pénibles, comme celui de cariste. On travaille sur un chariot élévateur, qui transporte les palettes très haut. Pas besoin donc de soulever des tonnes de marchandises. C’est un poste un peu plus qualifié et un peu moins pénible, comme les postes de réception et expédition sur les quais, mais ça reste des postes ouvriers et les évolutions sont très limitées. 

On rêve pragmatique 

La plupart de ces hommes galèrent à s’extraire des usines à colis, mais certains y arrivent. 

Quand on est préparateur de commandes ou cariste, on rêve pragmatique, à proximité. On veut devenir chauffeur routier par exemple, un métier lié au secteur de la logistique qui permet de sortir d’un certain type de contrôle. On est seul dans le camion sur la route. C’est un savoir-faire. D’ailleurs on se revendique comme tel. On dit : « Je suis chauffeur routier » alors que l’on ne dit pas « je suis préparateur de commandes ». On dit : « Je fais de la prép », comme on dit « je fais de la caisse ». 

Quelles que soient les choses que l’on puisse faire pour améliorer la santé, l’organisation du travail, et le respect de l’humain, les ouvriers ont du mal à s’assumer et à se revendiquer comme tel. Et le fait que ce monde soit invisible ne facilite pas du tout l’expression. 

Les ouvriers sont obligés d’expliquer ce qu’ils font pour qu’on les comprenne. Or, un préparateur de commandes qui travaille sous commande vocale se sent obligé de désamorcer la critique en disant : « Ben ouais, on est un peu des robots ». Car ce système de commande vocale choque les gens ! 

Sauf que l’on a besoin de ces ouvriers pour effectuer ces tâches aujourd’hui. Et même les syndicats, peu développés dans le secteur, ont du mal à pénétrer cet univers. Ce qui complique encore plus l’affirmation en tant que groupe. 

Mais les choses sont en train de bouger sur ce point, comme chez Amazon, où des revendications apparaissent. 

Street Press