INFOBREF N°481

Mars 2017

La machine à crises financières tourne à plein régime, alerte le Sénat

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Explosion de l’endettement dans le monde, bulles sur les actions et les obligations, fragilité bancaire, boom des créances douteuses… Les germes d’une prochaine crise d’ampleur sont là.

Depuis le creux de novembre dernier, les marchés d’actions se sont envolés, portés notamment par les espoirs de rebond de la croissance mondiale. Pour autant, les raisons de s’inquiéter ne manquent pas. En particulier, un rapport du Sénat, déposé par le sénateur socialiste du Var Pierre-Yves Collombat, souligne que "la machine à crises financières est toujours là", compte tenu de l’excès actuel de liquidités, qui "stimule la spéculation" (donc les prises de risque excessives) et favorise le gonflement de bulles financières, ainsi que de la fragilité des banques. Les mèches de plusieurs bombes à retardement sont allumées. Tour d’horizon.

Envolée de la dette publique dans les pays développés

Partout (à l’exception de l’Allemagne), depuis le début de la crise financière de 2008-2009, l’endettement public a explosé. Aux Etats-Unis, il est passé de 9.000 milliards de dollars en 2007 (64% du produit intérieur brut) à 19.000 milliards de dollars actuellement (103% du PIB). Au Japon, il ressortait à 234% du PIB en 2014 et est attendu à 258% en 2019, selon le rapport "Une crise en quête de fin, quand l’Histoire bégaie" du Sénat.

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>>> Vidéo. Maîtrise du déficit public : la contrainte c’est d’abord l’Allemagne, par Olivier Passet, directeur de la synthèse chez Xerfi





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Envolée de la dette privée dans les pays émergents

Alors que les pays développés sont asphyxiés par la dette publique, le monde émergent doit quant à lui faire face au boom de la dette privée (notamment celle des entreprises), qui a grossi de 57.000 milliards de dollars entre 2007 et 2014, pour atteindre 200.000 milliards de dollars, soit 286% du PIB mondial, contre 269% en 2009. Rien qu’en Chine, la dette privée a quadruplé sur la période !

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Les nouveaux geysers de liquidités (les injections des banques centrales et les taux d’intérêt ultra-bas) ont favorisé le gonflement de bulles, vouées à éclater

Afin de lutter contre la crise financière, les autorités ont injecté des liquidités via les rachats d’actifs massifs des banques centrales (QE) et une politique de taux d’intérêt proches de 0. Une politique très (trop) laxiste, qui a conduit à la formation d’une bulle sur les marchés d’actions américains (le S&P 500 a été multiplié par presque 4 depuis le plancher de 2009, et le Nasdaq 100 par plus de 5 !). "Comme dans les années 2000, (…) l’idée se répand de nouveau qu’on est entré dans une période miraculeuse", rapporte le Sénat. Les intervenants tablent sur une "valorisation boursière continue des entreprises", grâce à la faiblesse des taux et des bénéfices en hausse, tandis que les mauvaises créances (celles qui risquent fort de ne pas être remboursées), "pense-t-on, seront emportées par le mouvement ou rachetées par la Fed", la banque centrale américaine.

Outre cette bulle sur certains marchés d’actions, une autre, mondiale, sur les obligations (d’Etat et d’entreprises) s’est formée du fait de l’action des banques centrales, qui ont poussé les taux d’intérêt à près de 0 (les prix des obligations évoluent à l’inverse des taux).

Or, "l’éclatement d’une de ces deux bulles, puis nécessairement celui de l’autre (du fait de phénomènes d’arbitrages entre les deux classes d’actifs, NDLR), prendrait alors des allures de krach systémique encore plus violent que celui de 2007-2008, au moment où les moyens d’intervention des gouvernements et des banques centrales ont atteint leurs limites et que la crise économique (…) se transforme lentement en crise sociale et politique", s’alarme le Sénat. "D’où la situation cornélienne dans laquelle se trouvent les banques centrales : continuer cette politique de taux bas et de QE, c’est alimenter la spéculation et donc augmenter le risque de krach ; l’arrêter, c’est prendre le risque non seulement de ralentir l’activité économique mais aussi de déclencher un effondrement des actions et des obligations, aux conséquences imprévisibles"…

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Un krach sur les obligations aurait des conséquences incalculables

De grandes banques sous-capitalisées et très fragiles

L’hypothèse de la défaillance (la faillite) d’un établissement bancaire européen systémique est envisageable. "Ce qui a rendu si dangereuses les trop grosses banques, c’est d’avoir pu gonfler leurs actifs en s’endettant au point que leurs capitaux propres censés permettre de faire face aux défaillances ne représentent presque plus rien", s’inquiète le Sénat. 

Actuellement, Deutsche Bank, le n°1 bancaire allemand, HSBC et Crédit Suisse "connaissent de graves difficultés. Avec un bilan de 2.200 milliards d’euros (73% du PIB allemand), Deutsche Bank est à la fois la plus grande banque d’Europe et a plus exposée au risque produits dérivés" : jusqu’à "75.000 milliards euros" (l’équivalent du PIB mondial !). Même si, en cas de crise, la facture "ne sera pas de ce niveau au terme de la compensation des gains et des pertes, celle-ci risque quand même d’être salée et surtout, entre-temps, elle aura entraîné dans sa chute beaucoup d’autres établissements bancaires", s’alarme le Sénat. 

>>> Vidéo Xerfi. Les vrais risques sur les banques européennes sont en Allemagne, par Christopher Dembik, responsable analyse macroéconomique à Saxo Bank

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Selon le Fonds monétaire international, l’établissement sino-britannique HSBC est la "seconde banque systémique la plus fragile". Ses difficultés (baisses du chiffre d’affaires, des bénéfices et des effectifs) remontent à 2008. Elle est aussi mêlée à des scandales d’envergure : évasion fiscale, manipulation des changes et blanchiment d’argent appartenant au cartel mexicain de la drogue.

Les créances douteuses se multiplient, mettant en danger la zone euro

Les banques du vieux continent souffrent de leurs stocks élevés de créances douteuses (prêts ayant de bonnes chances de ne jamais être emboursés). Ayant plus que doublé depuis 2009, leur volume dans la zone euro ressort à 1.000 milliards d’euros selon le Fonds monétaire international (FMI) ou 900 milliards selon la Banque centrale européenne (BCE), soit "un ratio créances douteuses sur prêts consentis bien supérieur à celui des Etats-Unis", souligne le Sénat.

Des prêts dangereux qui empoisonnent les bilans des banques (et leur hors-bilan), notamment celles du Sud de l’Europe. Selon le FMI, ils représentent en effet 34% de l’actif du bilan des banques grecques, 18% de celui des italiennes et 12% des portugaises. D’où l’idée que ces établissements devront être recapitalisées.

Le problème, c’est que l’Europe impose depuis janvier 2016 qu’ils le soient par leurs déposants ou leurs créanciers (souvent de petits épargnants qui, en leur prêtant, croyaient faire un placement de bon père de famille…), et non par l’Etat. Or, une telle issue risque d’entraîner une crise politique grave. Le scénario d’un Itaxit (sortie de l’Italie de la zone euro) n’est pas exclu. Or, la Botte a un PIB (1.900 milliards d’euros) très important. "Tout le monde comprend qu’une sortie de l’Italie de la zone euro sera l’acte de décès de la monnaie unique. La crise grecque de l’été 2015 n’a été que le hors d’œuvre. La crise italienne sera la crise de la zone euro", pronostique l’économiste Jacques Sapir. Tous aux abris…

>>> Vidéo Xerfi. Euro : par ici la sortie ?, par Patrick Artus, chef économiste de NATIXIS (KN-5,53 € 2,87 %)

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La dette publique US a atteint 65.000 mds USD

© Flickr/ Ervins Strauhmanis

Economie

21:11 09.11.2015URL courte

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Un tel bilan a été fait par l'ex-dirigeant du Government Accountability Office américain en calculant la somme de toutes les obligations non capitalisées du pays.

L'ex-dirigeant du Government Accountability Office (GAO) des Etats-Unis Dave Walker a déclaré qu'actuellement la dette publique du pays a atteint près de 65.000 milliards de dollars au lieu des 18.500 déclarés, rapporte lundi l'hebdomadaire américain The Hill.

"Si vous rajoutez les pensions civiles et militaires non capitalisées à ces 18.500 milliards et des services de santé pour les retraités, les déficits supplémentaires dans le domaine de la sécurité sociale et l'assurance médicale d'Etat, ainsi que différentes obligations et les dépenses imprévues du gouvernement fédéral, le chiffre réel sera estimé à près de 65.000 milliards, et il augmente automatiquement en l'absence de réformes", a-t-il déclaré.

M. Walker, qui avait été à la tête du Government Accountability Office à l'époque de la présidence de Bill Clinton et George Walker Bush, a rajouté que la dette publique qui ne cesse d'augmenter empêche les Etats-Unis de réaliser telles ou telles initiatives en matière de politique intérieure tout comme de politique étrangère.

Plus tôt, le président américain Barack Obama avait signé un budget pour l'année 2016, en protégeant ainsi le système financier du pays de l’effondrement qui pourrait surgir si le plafond de la dette publique n'était pas relevé.

 

L’argent suisse au secours du Trésor américain. Vincent Held



Au moment où les créanciers craignent le défaut de paiement du gouvernement américain, l’argent des Suisses vient en soutien des dettes publiques… Sans contrepartie bien sûr…. LHK

C’est un fait : les investisseurs internationaux (au premier rang desquels la Banque populaire de Chine) se débarrassent à une cadence record de la dette d’État américaine.

Un phénomène qui était déjà relevé par CNN au mois de mai dernier et qui s’est, depuis, considérablement accéléré (cf. Annexe ci-dessous).

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Pendant ce temps, la Suisse maintient ses positions. Mieux : elle continue à augmenter son soutien financier à cet État désespérément surendetté – et à l’attitude pas toujours très amicale.

On se souviendra que l’administration Obama n’avait pas hésité à recourir à la menace pour arracher à la Suisse la ratification des « accords » FATCA, adoptés par le Parlement en septembre 2013. Or, trois ans plus tard précisément, la valeur des bons du Trésor US détenus par les « investisseurs » helvétiques atteignait un record historique de 240.7 milliards de dollars !

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(Source : U.S. Department of the Treasury, TIC Data)

Un cadeau mirobolant offert – sans aucune contrepartie – à une puissance qui, depuis le milieu des années 1990, aura multiplié les pressions légales, médiatiques et politiques contre la place financière suisse.

Force est toutefois de constater que l’approche agressive des États-Unis aura porté ses fruits : abandon du secret bancaire suisse (alors que le leur reste intact !), domination écrasante des fonds US sur la bourse helvétique, rôle de « conseiller » auprès de la Banque nationale du fonds Black Rock, auquel le Fonds AVS a également octroyé son plus important mandat de gestion de fortune…

Et absorption massive par la Suisse d’une dette dont chacun sait qu’elle fera, un jour ou l’autre, l’objet d’un défaut de paiement.

Voici donc les Suisses fortement exposés – bien malgré eux ! – à ce gouffre financier qu’est l’État fédéral américain.

Toutefois, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la responsabilité de cette situation n’incombe pas uniquement à la Banque nationale…

Les gigantesques « avoirs auprès de banques centrales » d’UBS et Crédit Suisse

De fait, à la fin septembre 2016, la BNS détenait en tout et pour tout, pour 220 milliards de francs d’avoirs en dollars. Dont des placements en actions d’une valeur de 63.7 milliards de dollars, d’après le site Internet du Nasdaq.

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Au cours des dernières années, des « investisseurs » helvétiques ont ainsi acheté pour des dizaines de milliards de dollars de dette américaine, indépendamment de la politique d’investissement notoirement dangereuse de la BNS.

Se pose dès lors la question : qui d’autre, en Suisse, aurait bien pu contribuer à ce renflouement massif de l’État américain ?

La réponse se trouve peut-être à la page 108 (en version anglaise) du rapport annuel 2015 du Crédit Suisse. L’établissement y indique détenir pour 27.6 milliards de francs d’avoirs auprès de banques centrales (« cash held at central banks ») libellés… en dollars !

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Or, si le Crédit Suisse dépose des liquidités en dollars auprès d’une banque centrale, pourquoi celle-ci ne les utiliserait-elle pas pour acheter des bons du Trésor américain ? Surtout s’il s’agit de la Réserve fédérale américaine, qui a déjà absorbé pour plusieurs centaines de milliards de dollars de dette fédérale à travers ses programmes de quantitative easing…

Quoiqu’il en soit, UBS affiche, dans ce domaine comme dans d’autres, une situation très similaire à celle de sa sœur jumelle.

Car à la fin 2015, cette rescapée de la crise des subprimes détenait pour 25.5 milliards de francs de liquidités et avoirs auprès de banques centrales (« cash and balances with central banks »)… en Amérique du Nord !

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(cf. page 659 [!] du rapport annuel 2015 d’UBS en anglais)

En clair : au 31 décembre 2015, les seules UBS et Credit Suisse détenaient potentiellement pour plus de 53 milliards de francs d’avoirs auprès de la Réserve fédérale américaine.

Peut-on dès lors affirmer que ces fonds n’ont pas été utilisés par la Fed pour financer ses coûteux programmes d’achats de bons du Trésor (les fameux QE2 et QE3, lancés dès 2010) ?

Par ailleurs, que dire des quelque 23 milliards de francs déposés par ces deux too-big-to-fail « dans le reste de l’Europe » et « en euros » – auprès de « banques centrales », là encore ! Ne pourrait-il pas s’agir là d’un financement direct de la Banque centrale européenne ?

Et les plus de 90 milliards de francs détenus auprès de la BNS ? N’est-ce pas précisément avec de tels fonds que sont financées les faramineuses « opérations sur le marché des changes » de notre institut monétaire ?

Il pourrait être temps de regarder tout cela d’un peu plus près !

ANNEXE : le monde est-il en train de larguer la dette US ?

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A l’heure ou ces lignes sont écrites, les dernières données disponibles indiquent une nette accélération du mouvement de désinvestissement au niveau mondial vis-à-vis de la dette américaine. Reste à voir si cette tendance se poursuivra… et si la Suisse s’obstinera dans son soutien aveugle à un État qui malmène sa place financière (et sa réputation !) depuis plus de vingt ans.

(Source : U.S. Department of the Treasury, TIC Data)

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