Comme on dit « on ne fait pas l' économie d'une grève », en effet alors que l'occasion pour les cheminots de s' engouffrer dans le mouvement contre la loi El Khomri pouvait les placer comme en 1995 victorieusement à la tète du mouvement, ils vont regarder le train leur passer sur le corps.

 La loi El Khomri, ne concerne pas les cheminots, déclaraient les syndicats UNSA et CFDT1 et bien nous y voilà. L' encre des signatures de l' accord à peine sèche que la SNCF s' en prend à 23 000 cadres et agents de maîtrise de terrain. Les cadres et agents de maîtrise de l’entreprise publique ne sont désormais plus payés en fonction des heures travaillées. Leur passage au forfait jours, unilatéralement décidé par la direction, le 49/32 à l' échelle locale comme le disait un cheminot.

 Les jeux de rôle des syndicats étaient bien programmés pour faire passer la convention collective nationale CCN . La CFDT comme à son habitude sera le premier signataire , celui du syndicalisme d' accompagnement des réformes en concurrence sur ce terrain avec l' UNSA. La CGT jouant le rôle d' opposition à sa majesté qui se traduira comme ce fut le cas dans de nombreux secteurs par le constat le plus pessimistes menant à la non dénonciation de la signature de la CCN, seul le syndicat SUD a procédé à cette dénonciation et n' avait plus les moyen de mobiliser seul les cheminots.

 Les dés étaient jetés, et pour les cheminots leur solidarité. Avec la loi pour eux, les potentats de la SNCF vont commencer les restructurations secteur par secteur sans ménagement. Comme à la Poste, il va y avoir des répliques grévistes, mais qui seront après de longues gréves sans résultat.

 Le scénario de la défaite a commencé. D'abord en ciblant les plus déterminés, notamment Mathieu et Christophe, deux cheminots radiés de la SNCF pour faits de grève. Cette répression /prise d' otages dans le camp des travailleurs vise à dégager le terrain pour une attaque multiforme du monde du travail , avec Mathieu et Christophe il y a environ 400 cheminots mis sur le grill des sanctions/licenciements.

 Ce n' est pas la grève bidon de la CGT du 2 février 2017, à laquelle Sud s'est malheureusement rallié qui changera la donne, au contraire, la répression des plus actifs se poursuit ; Anasse et Nathalie, élus CHSCT, sont aussi dans le collimateur parce qu'ils veulent faire respecter les règles de sécurité et rappellent sans vergogne la responsabilité des dirigeants de la SNCF. Des pétitions circulent, mais tous savent que sans mobilisation elles ne vont pas impressionner les directions cheminotes. Anasse et Nathalie sont sortis d' affaire, car ils avaient déjà démontré leur capacité à faire une grève de 90% de cheminots. Une nouvelle grève de cheminots pendant les élections l' Etat n' en veut pas, alors il temporise. Pas d' illusion, le train répressif ne fait qu'un arrêt en gare, il va reprendre après la grande messe des urnes et de l' isoloir citoyen.

 Pour le moment les cheminots encaissent les coups secteur par secteur; par exemple le 16 décembre 2016 ils envahissaient à 150 le comité d' entreprise de Paris Nord , de même quelques jours plus tard à Bézier contre la fermeture du site. Récemment c' est de nouveau contre la répression que 200 cheminotsse sont retrouvés devant le siège régional Midi-Pyrénées de la SNCF en soutien à Carole.

 « C’est ce jeudi 23 février que les cheminots de la région toulousaine se sont donnés rendez-vous pour interpeller le directeur de la branche Mobilités locale. L’envahissement d’une réunion a permis à cet élan de solidarité de démontrer que le lynchage de leur collègue ne passerait pas. Mère seule, 2 enfants et déjà 7 ans de procédure, de harcèlement et de litige avec sa hiérarchie. Sa santé sera le tribut à payer pour ne pas vouloir rentrer dans les clous, se laisser faire. Son engagement syndical n’est sans doute pas pour rien dans leur rigueur à classer le dossier. »

 Au moment où je termine ces lignes, j' apprend qu'un cheminot de la gare St lazare, Edouard vient de se suicider, en se jetant sous un train, suite à un harcèlement continuel des sbires de la SNCF/rff.

 La réplique doit s' organiser et la seule qui puisse faire stopper l' acharnement est de déclencher des grèves pendant le cirque électoral, quand un cheminot est agressé par un ou des individus, il fait jouer son droit d' alerte, mais quand un cheminots ou une cheminotes est mis en danger par la SNCF n' est ce pas aussi de l' insécurité sociale.

Gérard Bad

NOTES

 

1-Le 31 mars 2016, l'Unsa et la CFDT avaient refusé de s'associer à la grève lancée par la CGT et SUD pour ne pas « mélanger " la mobilisation des cheminots avec celle des opposants au projet de loi travail, une ligne de fracture profonde avec SUD-rail, qui ne veut « pas séparer le combat des cheminots de la lutte contre la loi travail ".

2-L’article 49, alinéa 3, de la Constitution française prévoit que "Le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la

responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée nationale sur le vote d'un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce

cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions

prévues à l'alinéa précédent. Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session."

Se souvenir

Drôme: révoqué, un agent d'entretien de la LGV Méditerranée se suicide

octobre 2011-Un agent d'entretien de la LGV Méditerranée, âgé de 43 ans, s'est suicidé mercredi dans la Drôme en se jetant sur les rails au passage d'un TGV après avoir appris qu'il était révoqué de l'entreprise, a annoncé jeudi la CGT-cheminots.

Plus de 50 cheminots du service de l'entretien de la ligne à grande vitesse ont exercé leur droit de retrait, estimant qu'ils ne pouvaient travailler dans des conditions de sécurité psychologique satisfaisantes, selon le syndicat.

"Le management de l'entreprise, l'absence d'humanisme de nos dirigeants et le manque de prise en compte de l'aspect social (...) ont poussé un homme à lextrême", alors qu'il était père de cinq enfants, a estimé la CGT dans un communiqué.

Contactée par l'AFP, la direction régionale de la SNCF a confirmé le suicide du cheminot, sans donner de précisions sur les circonstances ou les raisons de son geste. Selon la CGT, cet agent avait été licencié à la suite d'une série de décisions disciplinaires. Dernièrement, il était monté à bord d'un train sans titre de transport et s'était présenté au contrôleur en demandant de profiter des "facilités de circulation" offertes aux agents de la SNCF (billets gratuits ou à tarif réduit), précise le syndicat.

La sanction du conseil de discipline lui a été signifiée vers 15H00 mercredi. Il s'est placé sur les rails à 16H40, à Claveyson (Drôme).

Il avait déjà fait une tentative de suicide, il y a trois semaines.

Une enquête du comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT) a été lancée.