2-Les résistances du monde du travail aux nouvelles technologies.

Le rapport Nora/Minc et la télématique

  Il faut attendre la parution du rapport Nora/Minc sur l' informatisation de la société pour qu'un nouveau concept apparaisse du fait de l'imbrication croissante des ordinateurs et des télécommunications, il portera le nom de "télématique". La télématique, à la différence de l' électricité ne véhiculera pas un courant inerte, mais de l'information, c' est à-dire du pouvoir.

 Sur ce terrain, celui du pouvoir l'Etat français pense qu'il peut rivaliser avec IBM et va mettre son va tout sur les télécommunications, voici un extrait du rapport sur l' informatisation de la société qui montre les enjeux à l'époque.

  Il"faut développer les effets positifs de la télématique sur la productivité et compenser ses effets négatifs sur l' emploi;profiter au maximum des possibilités nouvelles pour réorganiser l' administration, soutenir les petites et moyennes entreprises, réformer les grandes, aménager les conditions de travail. Il s' agit aussi d'éviter la domination d'une partie de l' industrie informatique sur une autre, de l'industrie informatique sur les entreprises et les citoyens" Rapport Nora/Minc p.13 .1

 Le rapport Nora/Minc2, déclare tout haut la fin de la préhistoire de l' informatique en 1965 (p. 19) la période dite de l' informatique lourde avec ses mécanographistes et carte perforée allait prendre fin, de même que la concentration de celle-ci et de son statut particulier au sein des grandes entreprises.

Les salariés le savent, et vont s' ingénier à bloquer les centres stratégiques de la Banque durant le Mai des Banques en 1974.

 A la BNP et à la Société Générale  les centres informatiques sont occupés. La Caisse générale industrielle du Bâtiment, la Chambre de compensation subissent elles aussi des occupations. En province, le centre informatique du Crédit du Nord de Lille, celui de la BNP à Ecully est occupé, la BNP de Marseille est occupée pendant 15 jours. Il y aura d'autres occupations d'un jour ou deux dont nous ne parlerons pas ici.

Ce qui caractérise ce mouvement, c'est la volonté des grévistes les plus déterminés à agir sur les centres névralgiques de la Banque. Par exemple au Crédit Lyonnais, l'occupation en force de l'annexe Richelieu-Ménars fut préparée dans le plus grand secret. Elle permit de bloquer les entrées et sorties de fonds à destination des agences parisiennes, elle paralysera la Bourse et le traitement de chèques, enfin elle empêchera l'informatique de tourner. Cette grève fera prendre conscience aux patrons du risque de laisser l' informatique dans l' entreprise mère, ils vont donc l'isoler et dupliquer toutes les informations.

"Le développement des réseaux informatiques permet également de décentraliser les traitements dans une perspective antigrève. Les événements de 1974 ont montré au patronat des banques la vulnérabilité des centres de traitement de l'information. L'emploi de petits ordinateurs autorise une multiplication de petits centres plus contrôlables. L'interconnexion entre les machines permettra de faire passer le travail d'un centre sur l' autre en cas de grève." (les dégâts du progrès p. 106)

Notes

1 Cette domination est encore en 2017, l'un des pôle de résistance à l'introduction des TIC par les industriels.

 2L' équivalent actuel du rapport Nora/Minc, c' est le rapport 2014 de Philippe Lemoine sur la numérisation de la société française, à lire et surtout à critiquer

 Les horaires mobiles: début de l' éclatement du temps de travail et de sa baisse hebdomadaire.

 Au cours du XIX siècle, il fut établi des normes collectives de travail: durée du travail d' environ 40 heures hebdomadaire, de 8 heures par jour qui se pratiquaient sur des plages horaires fixes, un repos hebdomadaire de deux jours consécutifs ( samedi dimanche ou dimanche lundi) décret de 1937, les congés payés annuels1 les vacances en principe juin, juillet, août ( 1936). Tout ceci va être remis en cause avec l' informatisation de la société . L' introduction des horaires ( mobiles, libres, flexible, individualisés...)2 sera en quelque sorte le coin mis dans le temps de travail pour le faire éclater.

En effet, dés le début des années 1970, les "horaires mobiles ou variables" vont pénétrer dans les entreprises. C' est le début de l' éclatement du temps de travail certains en sont conscients, mais d' autres notamment les femmes y voient quelques intérêts pour aller chercher les enfants ( à la crèche, l' école, la nourrice..) . Hommes et femmes y trouvent leur compte pour échapper à certains contrôles de leur pratique adultère par leur conjoint respectif. Au début le patronat y trouve aussi son compte, les délégués ne peuvent plus diffuser des tracts aux portes des entreprises comme le veut la loi, car ils perdraient en une diffusion toutes leurs heures syndicales. Certains décident alors de passer outre la loi et diffusent alors dans les services, ils reçoivent avertissement sur avertissement, retrait sur le salaire... Mais le rapport de force de l' après Mai 68 est toujours là et le patronat finit par accepter les diffusions dans les services. Rapidement il va se retrouver confronté à un autre problème, la fraude horaire facilité par le "badgeage" contrôle horaire par service. Ce qu'il voulait gagner d'un côté, le patronat va le perdre de l' autre; en effet il a remplacé l' émargement à heure fixe à l' entrée par le badgage dans les services , il gagnait ainsi quelques minutes par salarié, que ceux ci vont rapidement récupérer par l' entraide. Ceux qui arrivent tôt badgent pour un autre de même le soir. Il va en résulter la mise au point de badgeuses aux entrées plus difficiles à contourner, mais pas impossible. On ne s' en rendait pas véritablement compte, mais c' est comme cela que va commencer ce qu'ils vont appeler "l'industrialisation du tertiaire" sa standardisation et  taylorisation (voir les plates forme téléphonique). Des qu'internet fera son apparition dans les services, c'est la prise de poste sur l' ordinateur qui remplacera le badgeage (ex pointage) central. A ce niveau la parade devient plus complexe et risqué, il faut donner son mot de pass à une personne, pour pouvoir encore tricher, il ne reste plus que l' action collective pour faire chuter le temps de travail. C' est ce qui va se passer, rapidement le temps de travail chutera dans la banque et l' assurance bien avant l' introduction des 35h des lois Aubry, c'est à dire entre 1981 et 1982. En ce moment en 2016, nous voyons de nouveau le patronat de l' assurance à l'offensive pour allonger le temps de travail, il est soutenu dans sa démarche par le vote de la loi El Khomri. Les horaires variables sont actuellement remis en cause dans les organismes de Sécurité Sociale.3

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Nous faisons toute réserve sur la baisse du temps de travail officielle, celle-ci ne tient pas compte de l' allongement du temps de travail pour prendre sa retraite. Du temps de travail réel, bien au-delà des 35 H, des liquidation des RTT au nom de la concurrence ...Voir à ce sujet le livre de Pietro Basso 4. Il ne faut pas confondre la baisse du temps de travail nécessaire pour produire un article avec la baisse du temps de travail horaire. La première est liée à la productivité engendrée par de nouveaux procédés de fabrication, la seconde est plus fluctuante car elle dépend de la lutte de classe. Depuis quelques années on constate une hausse du temps de travail dans les entreprises, légale et illégale.

Notes

 1Fixés à quinze jours à l'origine, les congés payés minimum obligatoires se sont allongés au XXe siècle par l'action gréviste de deux semaines en 1936, ils passent à 3 en 1956, puis à 4 en 1969 et enfin à 5 semaines en 1982

2 Les horaires mobiles ou individualisés ont été inventés au cours des années 1960, mais c' est après les jeux Olympique de Munich 1972 ou ils furent utilisés pour désenclaver la ville et fluidifier les transports que les horaires flexibles vont s' implanter.

3Selon Michel Rochette, secrétaire de section des Organisme Sociaux FO

4-Temps modernes, horaires antiques La durée du travail au tournant d'un millénaire.

 Les 35h les horaires mobiles et l' écrétage.

 horloge_temps_travail_salaries_modulation_4540086_1d825Ce que le monde de l' exploitation de l' homme par l' homme recherche en permanence c' est du travail gratuit, salarié ou pas, légal ou illégal, l' État lui aura tendance à vouloir légaliser l' exploitation pour des raisons purement fiscales, mais il est contraint de fermer les yeux sur le travail informel tant que celui-ci ne va trop loin. Avec les 35 H, l' Etat est parvenu à laisser aux entreprises françaises la possibilité de dépasser les 35H par la simple pression sur les salariés, les horaires mobiles ont été un très bon complément aux dépassements des heures légales sans charges sociales et salaire. Quand cet état commença à envahir les inspections du travail et les tribunaux, on parla d'écrétage. Pas beaucoup d'article de presse sur le sujet, mais le gouvernement Fillon/Sarkosy, allait intervenir en dispensant les entreprises de la fiscalité sur les heures supplémentaires, révélant ainsi le fond du problème. Ce qui n'était pas une affaire pour les entreprises qui étaient parvenues à accumuler en moyenne quatre heures gratuites sans charges sociales par semaine. Ceci explique en partie pourquoi on ne touche pas aux 35h malgré les déclarations récurrentes visant leur mise à mort.

 ENCART

BREF HISTORIQUE DES DIFFERENTES PHASES D'INFORMATISATION DU TERTIAIRE.

1°) La mécanisation 1960-1970.

Sur cette période voir les écrits d'Henri SIMON1 qui définissent avec beaucoup de clairvoyance les évolutions et mouvements sociaux de l'époque. L'informatique ''dite lourde'' est un véritable état dans l'état, isolé du reste du personnel, elle traite une masse d'informations qui lui revient des services. Le travail est de plus en plus standardisé on parle de taylorisation , des OS (Ouvrier Spécialisé) de la paperasse, Les rythmes de travail sont pour une partie du personnel ( perfos-vérif et codifieurs) très denses,et la charge de travail par employé augmente considérablement.

2°) Le télétraitement les années 1970 passage de l’informatique centralisée au télétraitement décentralisé.

A partir des années 70, nous observons notamment dans la banque, le remplacement de l'informatique lourde (machines comptables électromécaniques) par de puissants ordinateurs centraux installés aux sièges. Ils furent d'ailleurs la cible des grévistes en 1974.

Les années 70 seront les années de résistance aux nouvelles technologies, le courant est si puissant que la fédération CFDT des Services éditera un livre portant le non « les dégâts du progrès » (ils en sont revenus depuis). Les grèves se succèdent les unes derrières les autres, grève de services entiers, grèves des archives dans les assurances, grèves au Mutuelles du Mans de 35 jours en 1971 et grèves généralisées (Sécurité Sociale en 1973, les banque, et les PTT en l974, les caisses d'épargne, les assurances en 1979. C'est surtout à partir de 1975 qu’apparaissent sur 1e marché les premiers traitements de texte et une résistance au travail sur écran, qui va se manifester systéma-tiquement et même contre la DPO (direction par objectif) la mère des cercles de qualité .

Le télétraitement permet de traiter les informations de manière beaucoup plus rationnelle (gains de productivité très important) et ce malgré, que la masse de jeunes qui forme les gros bataillons du tertiaire passe une bonne partie de son temps à ''déconner'' pour prendre un terme général d'un descriptif certainement plus intéressant, indiscipline, sabotages... sont fréquents, la communication entre les services est encore très dense. Cependant l’usage, du télétraitement va mettre un terme aux déplacements internes (source d'agitation) les horaires mobiles aussi (puisqu'on ne se rencontre plus avant de bosser) pour échanger nos points de vue.

chsLa Chape de plomb du QHS (Quartier Haute Sécurité) va nous tomber progressivement dessus, la gueule en face de l'écran et déjà tu ne croises plus les yeux de ton collègue d'en face, la déshumanisation se met en place. Le silence règne, et bientôt la machine absorbe ta vie, absorbe tes émotions, tes joies, tes rires, il ne reste plus que notre minable feuille de paye pour nous émotionner un peu. Cette déshumanisation va se traduire par le stress permanent, par un absentéisme, une démission, un dégoût sans pareil pour ce travail que l’on veut fuir comme la peste. Alors ces cons du capital veulent revaloriser notre vie au travail, comme si le travail c'était la vie. Après avoir brisé à l'aide de l'informatique les derniers vestiges de communication qui existaient dans les entreprises, les dirigeants d'entreprises à l'aide du marketing social et des responsable en communication veulent relancer la vie autour de leur problématique à eux ''la concurrence'' ''le profit'' ''le produit'',''la qualité'' le projet d'entreprise...

) L'informatique lourde sort de son ghetto ( les micro-ordinateurs)

Alors qu'en France en 1978, 250 entreprises se partageaient 80% du parc informatique, des ordinateurs de moindre taille font leur apparition, tout employé est alors en mesure de se servir d'un petit ordinateur , après une brève formation. Les écrans sont peu ludique et les salariés qui les utilisent veulent des poses ( pas plus de deux heures sur un PC) les syndicats exigent des normes d'utilisation ergonomiques. Alors qu'il n' est pas rare de faire 55 heures de travail par semaine dans le tertiaire, le grignotage du temps de travail, est devenu la règle, le taux d' absentéisme monte, on se donne toutes les occasions pour prendre des pots dans les services....Cet espace de liberté dans les entreprises, va se réduire progressivement, alors qu'il était courant d' entrer dans la banque et l' assurance en s' adressant à l' accueil, quelques années aprés grace au nouvelles technologie, l' entreprise va se refermer sur elle même. Il faudra passer des protillons, laisser sa carte d' identité à l' accueil, et obtenir un badge pour aller à un endroit précis, c'est l' entreprise CIA comme le diront les salariés. Il y aura bien une lutte contre la pose des portillons dans l' assurance, à l' UAP Défense, mais elle restera marginale.

Ensuite il y aura des les années 1990, une quatriéme phase, celle de la mise en réseaux des gros et petits ordinateurs qui se prolongera par l EDI (Echanges de Données informatisées) qui sera traité plus loin.

Ensuite nous aurons une cinquiéme phase, dont la caractéristique est de généraliser les technologies des années 1980 et de les faire converger vers les technologies issues des

télécommunications ( la télématique) ce fut la mise en place d'internet, intranet, des messageries électroniques, des téléphones mobiles, des ordinateurs portables... A partir de ce moment nous passons "des autoroutes de l'information" à la société de l'information.2

2 C' est sous l'influence des représentants de l' Europe du nord à la commission européenne que le concept de société de l'information va s' étendre ( voir le livre blanc de jacques Delors de 1993.

Années 1980 -1990 "L'industrialisation du tertiaire"ou Bureautique

  L'industrialisation du tertiaire, conduit à l'intensification du travail par le regroupement des tâches sur un seul salarié la dite "polyvalence". C' est à dire la suppression de toute classification par métier du système dit Parodi. par un classement par fonction.

 Dans le même temps nous assisterons à une standardisation des contrats et des règlements des compagnies d'assurances. Diverses conventions comme IDA, IRSSA, CIDRE permettent une accélération des traitements, abandon de recours entre les compagnies...C'est le moment ( début des années 1990) où toutes les conventions collectives seront revues à la baisse et même dénoncées. Il s' agit pour le patronat d'adapter les conventions aux nouvelles prérogatives imposées par une gestion de plus en plus informatisée et par conséquence centralisée sur une base structurelle décentralisée. On parle alors de "centre de pilotage" et de "cœur de compétence", le reste n'est en place que provisoirement, juste le temps de pousser toujours plus loin l'informatisation.

Le toujours plus loin, et c'est la le sujet qui me préoccupe, c' est de reporter sur le consommateur des taches qui nécessitaient, d' être un salarié. L'informatisation va briser la sphère privée du salarié, celui ci devient joignable partout et à tout moment, plus elle se diffuse dans la société et plus le champ de la vie privée, se disloque ; l' entreprise tend à se dissoudre dans la société civile et vice versa ( voir le cas des cadres autonomes et le télé travail). Dés les années 1980, le secteur tertiaire « s'industrialise », les organismes financiers ( banques, assurances) sont engagés dans un processus d'automatisation des traitements avec informatisation progressive des activités d'exploitation ( notamment par la divulgation du minitel). Le support papier va donc tendre à disparaître et des techniques comme le courrier électronique se substituer au réseau de communication habituel (PTT) et le service courrier des entreprises.

 L' archivage manuel va disparaître et avec lui les archivistes, les dactylos aussi... A ce désastre pour l' ensemble des travailleurs va s'adjoindre une vague de changement structurel des sociétés et donc un redécoupage/ diversification de celle ci avec de nouveaux mode de gestion de type industriel. Le « produit » devient le centre attractif, le fétiche autour duquel doit se recomposer la « communauté industrielle ».

Dés lors, nous vivrons à l'époque du temps réel où notre vie n' a jamais été aussi irréelle, où le simple consommateur de produit « internet » devient lui même une menace à domicile pour l' employé de bureau et autres... Le consommateur travaillant alors gratuitement.

Il y a une tendance allant dans ce sens et il faudra se préoccuper un peu plus des différentes relations dialectiques entre ( travail mort et donc objectivé, travail vivant et machinisme) la vraie crise est peut-être là. En effet il va rapidement apparaître des mégabases de données numérisées, dont le problème sera de les mettre à jour. De là, l'idée de faire faire ce travail par le citoyen consommateur.

 Ce que nous avons appelé le Mai des Banques 1974 , le Mai des assurances 1979, le Mai de la Poste 1974 en référence à Mai 19681, sera bien une réaction globale à l'informatisation de la société, même si d' autres facteurs ont joués. Tout le monde s' accorde maintenant à reconnaître que le tertiaire est touché par le système de Taylor du fait de l'informatisation. Ce constat date de quelques années, et avec la numérisation/ digitalisation nous verront qu'un autre monde nous tombe dessus.

Si entre les années 1960 et 1984, les effectifs du tertiaire ont doublé. Dés l' année 1985 les pertes d'emplois se chiffre à 293 000 postes . Il y a environ 7 millions de salariés ayant un emploi tertiaire en France cette année la. Le gros des troupes alimente:

-Les banques et les assurances. -L'administration publique et les emplois de comptabilité.

Nous voyons donc ici l'ampleur que va représenter à court terme, la liquidation d'environ 70% du tertiaire administratif actuel dit obsolète. Dans les banques, les guichets automatiques, le traitement informatique des chèques et l'opération " monétique" ont déjà liquidé de nombreux emplois.

C'est à partir de l'année 1987 qu' une nouvelle offensive ira dans ce sens. Le Crédit du Nord fut le terrain d'essai d'un système basé sur le "licenciement volontaire " depuis, le crédit lyonnais, la Sté générale, la BNP, la BUE... lui ont emboîté le pas. Pour favoriser l'opération, les médias sont elles aussi entrées en action pour cibler le "personnel" en trop " LES FEMMES " Le Figaro comme toute la presse féminine nous chantent les louanges de la femme au foyer. On parle même d'une réforme de, l’enseignement qui irait dans ce sens. Le tout avec un petit couplet culpabilisateur sur la responsabilité de la mère vis a vis de son enfant "drogue, racket, rapt d'enfant, sadiques à la sortie des écoles. »

Il n'y a pas que la femme qui se trouve mise au rebut, le vieillissement va devenir lui aussi un critère de licenciement ; d’où l'apparition du terme senior qui commence dés l'âge de 45 ans..

Le personnel du BABY BOUM vieillissant est rendu responsable de la déformation de la pyramide des âges, gonflement par glissement des agents de maîtrises, gradés et cadres et des salaires du fait de l'ancienneté. Le phénomène montant du PAPY BOUM, devient de plus en plus une préoccupation majeure des caisses de retraites et de l’État. Il faut donc pour l'avenir réduire au maximum cette population, pour payer le moins possible de retraite, plusieurs méthodes sont donc employées:

-Premièrement le licenciement sec avec à la clef une longue période de chômage.

-Deuxièmement les départs volontaires dont l'objectif est la permutation d'emploi de bon niveau à moitié prix ceci avec l'aide de chasseur de tête bidon.

-Troisièmement par la déclassification salariale (salaire au mérite, méthode Hay), cadres effectuant désormais un travail de simple employé sans plus aucun espoir d' être augmenter, mais conservant son grade de cadre.

-Quatrièmement par l'éclatement statutaire de certaines sociétés ayant pour but le désengagement pécuniaire d'un système de retraite complémentaire trop juteux exemple ; les assurances ou 1e système de retraite est le meilleur de France derrière la profession du "Livre".

Il suffit donc de rattacher le plus possible d'employés d'assurances à une autre profession, exemple: la SAMDA aux "agricoles", la COFACE à la Banque, et de créer des GIE pour parvenir à ce résultat.

A la Sécurité sociale, dans les banques, les assurances... le portrait robot du "licencié volontaire" est déjà tracé. Il s'agit en général de la femme ayant 3 enfants, des femmes à temps partiel. Les premières "charrettes" du bicentenaire de la révolution bourgeoise seront mieux achalandées dés que les Conventions Collectives seront dénoncées (Elles le sont déjà au Crédit Agricole, aux Mutuelles du Mans, bientôt, dans les assurances et la banque.)

 La productivité en question

  "Avec la télématique, le secteur des services va connaître dans les années à venir un saut de productivité comparable à celui qu'on vécu depuis vingt ans l' agriculture et l'industrie" (Rapport Nora Minc,Mai 1978,page 35)

  Le rapport prévoyait une chute des emplois de 30 %, cette chute ne s'est pas produite et en 1987 Robert Solow, Américain et prix Nobel, énonça son fameux paradoxe :

 "On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité"

 Le paradoxe de Solow , n' est plus de mise nous dit on et aussi bien aux États Unis qu'outre atlantique . Si nous nous référons à l'observatoire des emplois de la banque et celui de l' assurance, il n'y a pas de chute importante des effectifs2. Ce qui a changé c'est la structure des emplois3 dans les assurances et la banque, tous les emplois de petites catégories ont été supprimés ou externalisés, la proportion de cadres est devenues majoritaire, c' est vérifiable avec les collèges des élections professionnelles. Seulement une grande proportion de cadres ne sont en fait que des employés qualifiés, déversés dans le collège cadre.4

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Et ceci même si des chiffres importants de suppression d' emplois, 600 000 depuis la crise de 2008, dans les banques font suite à des fusions acquisition. Récemment, la Zurich annonce la suppression de 800 emplois et d' autres aussi:

 15/10/2015 Tribune fr .Confrontée à la baisse de fréquentation de ses points d'accueil et à la digitalisation croissante du secteur bancaire, BNP Paribas a décidé de fermer 52 agences en 2014, selon des sources syndicales. Elle devrait encore en fermer une cinquantaine cette année.

  Alors que Société Générale envisagerait de supprimer près de 20% de son réseau d'agences à l'horizon 2020, BNP Paribas poursuit la fermeture d'une partie de ses points de vente. Selon des sources syndicalescitées par Les Échos, le groupe bancaire a déjà supprimé pas moins de 52 agences en 2014, et compte bien poursuivre sa cure d'amaigrissement."

 le chamboulement des métiers

  Les technologies de l'information et de la communication (TIC) ou machines automatiques vont permettre de concurrencer le travail salarié. La nouvelle rationalisation aboutit à ce qu'il n'y est "plus de différence entre amateurs et professionnels" le métier perd ses compétences. Pour inciter le consommateur à travailler gratuitement, il faut simplifier au possible l' utilisation des TIC. Les managers marketing le savent et poussent les agents salariés à accompagner le transfert d'activité vers le consommateur. Pour cela il est nécessaire de changer les mentalités, de combattre les résistances du passé "individus, syndicats, et statuts historiques".

  Cet enjeu est apparu aux yeux de tous avec la loi El Khomri en 2016, loi ayant entraîné, des manifestations, et des grèves en séries. Comme nous l' avons dit précédemment, le classement par métiers, est remplacés par un classement plus flexible par fonctions au contour aléatoire permettant de faire faire des tâches de métiers qualifiés par des salariés non qualifiés dont on aura pris soin de leur faire miroiter un avenir radieux avec "l'enrichissement des tâches". Il y aura ensuite l' embauche de salariés Bac + 2 à 5 qui remplaceront des salariés qualifiés, mais à bas prix le fameux statut de stagiaire.

 La réalité c' est que la rationalisation self service, était derrière toutes ces manifestations visant l' automatisation des métiers. Avec les TIC, c' est tout l' espace temps qui va se trouver bouleverser, la numérisation mondialisée n' est qu'une étape du processus d'informatisation du monde. C'est toute l'organisation du travail et ses cadres légaux qui vont se trouver affectés par les TIC.

   Le premier coup de semonce touchera l' entreprise Kodak qui refusa la numérisation, celle ci fut liquidée rapidement par la concurrence, au point que certains utilisent le mot Kodakiser pour désigner ceux qui ( employeurs, salariés, indépendants..." résistent "au progrès". Ensuite nous avons eu le fameux outsider Uber accompagné de la révolte des taxis dont le métier était remis en cause dans ses normes établies. Pour symboliser ce nouveau problème, on utilisa amplement le terme d' Ubérisation, pour désigner les attaques contre les professions libérales.

Le syndicats des autos écoles (Unic) vient de perdre son procès contre l' auto-école digitale « En Voiture Simone ». Bien que ces professions, avec les enseignants soient majoritaire à l' assemblée nationale, elles ne pourront pas empêcher le vent d'ouest de s'attaquer à leurs statuts. Lutte des médecins contre la prise en charge du tiers payant, lutte des notaires, des juges,et de la fonction publique et ce jusqu'aux pompiers.

  Ce n'est donc pas un hasard si la Loi El Khomri, allait déclencher une haine sociale, non seulement des prolétaires, mais du peuple en général, et c' est sous le diktat de l' article 49-3 de la constitution que Le Président Hollande et son premier ministre E. Walls vont imposer leur loi quelque peu modifiée.

L' axe principal de cette loi fut la légalisation de la remise en cause de la hiérarchisation des textes. Ce que Fillon avait tenté de faire, Hollande va le réaliser. En effet cette loi vise, avec la réécriture du code du travail , afin de substituer un code de la personne au travail salarié.

 Cela tient à la nouvelle configuration d' une société où les TIC engendrent ce qu'ils appellent le travail nomade, un travail qui peut s' effectuer en tout temps à toute heure et partout, d' ou une interpénétration de la société civile avec celle de l' entreprise, plus de sphère privée ou on laisse le travail à sa porte. L'exemple des cadres autonomes illustre bien cette situation. 

 NOTES

1-La grève en 1978 de l'informatique de la BNP sera très active, et victorieuse en partie, elle restera isolée. Seules quelques journées d'action de solidarité avec deux grévistes qui entamèrent une grève de la faim contre leur licenciement.

Au cours de cette année, la CFDT va dissoudre sa propre section syndicale jugée trop dynamique. Les militants exclus vont créer un autre syndicat le SDB (syndicat démocratique des banques)

En cliquant ci dessus voir le témoignage de ALAIN POJOLAT(mai 2004)

Alain Pojolat est né à Paris en mars 1948 dans une famille d’ouvriers. Son père était membre du Parti Communiste. Alain Pojolat est marqué lorsqu’il a 13 ans par la manifestation organisée par la gauche le 8 février 1962 pour protester contre les attentats de l’OAS. Ses parents participent à cette manifestation au cours de laquelle les charges de la police provoquent la mort de neuf personnes au métro Charonne. Employé à la BNP en 1967, Alain Pojolat milite d’abord à la Jeunesse Communiste Révolutionnaire et à la Ligue Communiste puis au groupe « Révolution ! » de 1973 à 1976. Après avoir été exclu de la CFDT, il participe avec Nathalie Ménigon à la création du collectif autonome de la BNP en 1976, ainsi qu’à Camarades.

2 Au 31/12/2014, l’effectif des sociétés d’assurances adhérentes à la FFSA et au GEMA s’établit à 146 600 personnes, soit une baisse de 0,3% par rapport à 2013 (Source : Rapport AFA). Au 6 juillet 2015 (Reuters) - L'effectif des banques françaises s'est contracté de 0,9% l'an dernier en dépit du recrutement la même année de plus de 35.000 personnes, selon les chiffres communiqués par l'Association française des banques (AFB).

 3 -L’ automatisation, et la gestion dans le temps et dans l’espace sont en marche. Elles vont entraîner les « dégâts du progrès » sur toutes les activités répétitives de traitement administratif, nous constatons un déplacement de proportion entre les emplois administratifs ( majoritaire dans les années 70) vers des emplois de «  cadres » et de commerciaux à bas prix. Ils étaient 45,8% en 2014 selon le ROMA

4-Notes année 2010: Dans les assurances, les statistiques entre 1996 et 2004 confirme la baisse des effectifs des non cadres, mais un accroissement du nombre de cadres par glissement (29,6% à 38,2%). En 2002 les effectifs de l' assurance était de 121400, il vont chuter à 119 400 en 2004, ils étaient de 117 000 en 1999.Dans les banques  41 % des collaborateurs sont des cadres en 2006, soit 10 points de plus en 7 ans. La part des cadres devrait continuer à augmenter dans les prochaines années, pour accompagner l’évolution des métiers ( sources R.O.MA. Et AFB)