• 4-Les nouvelles technologies,contrat de travail, chômage et surnuméraires.

 La colonisation du secteur informel

La dite révolution numérique ou si l'on préfère la « révolution 4.0» est en passe de provoquer un choc dans la gestion du mode de production capitaliste et de facto dans toute sa superstructure. Le MPC ne pouvant se développer que si la masse de plus-value s' accroît , et elle ne s’accroît que pour compenser la baisse tendancielle du taux de profit. Seulement il n' est pas impossible qu'à un certain stade de son développement le capitalisme ne parvienne plus à compenser la baisse du taux de profit par sa masse. C'est la grande question qui intéresse les marxistes et même des non marxistes.

Plus le filet se resserre autours de la masse de profit et plus la concurrence devient acharnée entre secteurs capitalistes plus ou moins modernisés. Les TIC se présentent actuellement comme le grand bol d'air qui permettrait au capitalisme de poursuivre son accumulation, en réduisant les faux frais engendrés par la gestion du capital financier et les services publics cette gestion pouvant être faite, avantageusement par le consommateur lui même.

 La question est de savoir, si le capitalisme est en mesure une nouvelle foi de surmonter la contradiction entre les forces productives et les rapports de production. C'est en tout cas la question que pose Suzanne Berger.

  « Un troisième point d’interrogation me semble tout à fait justifié : c’est la question de savoir si le progrès technologique actuel se traduira par la création de nouveaux emplois ou non. Par le passé, on criait souvent au loup en voyant venir des technologies nouvelles, craignant la montée du chômage. Chaque fois, ces inquiétudes se sont dissipées devant l’apparition d’activités et d’emplois nouveaux, jusqu’alors inimaginables. Mais on peut effectivement se demander si, cette fois-ci, les nouvelles technologies ne seront pas moins créatrices d’emplois – et si ce phénomène, combiné avec les nouvelles possibilités de délocaliser, va se traduire par la montée durable du chômage et par la déqualification du travail. (Suzanne Berger1 (http://www.laviedesidees.fr/Made-all-over-les-delocalisations.html

 La destruction créatrice à bout de souffle ?

 Lanier Jaron1 qui n' est pas n'importe qui, écrit « Internet a détruit plus d' emploi qu'il en a créés »2 . Il ne pense pas que les activités de collecte, de stockage, de traitement et de distribution de l' information seront à même de compenser les pertes d' emplois engendrés par l'internet et ses déclinaisons. Dans son dernier ouvrage, presque entièrement consacré à cette question, il montre que la numérisation est en train de créer un monde où ce ne sont pas seulement les musiciens, les journalistes et les photographes qui seront au chômage, mais les conducteurs de taxis et de camions, les ouvriers, les employés de bureau, les traducteurs, les juristes, les vendeurs ou encore les enseignants et les médecins.3 Pour lui, c' est toute la classe moyenne qui va se trouver prolétariser :

 « Une fois que les voitures et les camions seront conduits par des logiciels et non par des humains, que des imprimantes 3D fabriqueront comme par magie des biens hier manufacturés en usine, que de lourds équipements automatiques rechercheront et collecteront les ressources naturelles, et que des robots-infirmières prendront en charge les aspects matériels du soin des personnes âgées 4 »,

 Et il précise que les machines « maîtrisent de plus en plus la locomotion, la dextérité, la coordination, le langage articulé, la réflexion et la perception. Ces nouvelles capacités leur ouvrent le champ de l’économie des services et des professions libérales. Ce qui est numérisé pouvant être pris en charge par une machine intelligente, il est à prévoir qu’un monde de plus en plus numérisé soit de plus en plus administré par de telles machines. »

 Les surnuméraires

Les « grands » de ce monde, lors d'une réunion en 1995 à San Francisco allaient s'interroger sur l' avenir de ce qu'ils allaient appeler le 20/80. Pour eux 20% de la population mondiale pouvait faire tourner l' économie et qu'il fallait se préparer à gérer les 80% de la population qui s'avérera superflu, ou surnuméraires qu'il faudra «occuper». Et pour maintenir la paix sociale, Z. Brezinski a proposé le « tittytainment », un mélange d’aliment physique et psychologique qui endormirait les masses et contrôlerait leurs frustrations et protestations prévisibles.

 L' année suivante sur le même thème Viviane Forrester sortait son livre « l'horreur économique » qui posait aussi cette question :

 " [...] La pente suivie est bien celle-là, néanmoins. Une quantité majeure d'êtres humains n'est déjà plus nécessaire au petit nombre qui, façonnant l'économie, détient le pouvoir. Des êtres humains en foules se retrouvent ainsi, selon les logiques régnantes, sans raison raisonnable de vivre en ce monde où pourtant ils sont advenus à la vie. " (pp. 36-37 de L'horreur économique par Viviane Forrester – 1996 – Fayard)

 " Qu'elle qu'ait pu être l'histoire de la barbarie au cours des siècles, jusqu'ici l'ensemble des humains a toujours bénéficié d'une garantie : il était essentiel au fonctionnement de la planète comme à la production, à l'exploitation des instruments du profit dont il figurait une part. Autant d'éléments qui le préservaient.Pour la première fois, la masse humaine n'est plus matériellement nécessaire [...] " (p. 193 de L'horreur économique par Viviane Forrester – 1996 – Fayard)

 Depuis nous en arrivons au « revenu et retraite universels » et même « la fin du salariat ».

 Alors que l' abolition du patronat et du salariat ne figure plus dans la plupart des statuts des syndicats, nous voyons, au nom de la révolution technique et scientifique la classe bourgeoise légiférer dans le sens d'une réforme du salariat (Loi El Khomeri et Rapport Badinter en France).

Les médias ne se privent pas de jouer le rôle de la voix de son maitre et diffuse amplement cette idée que le progrès technique exige une réforme totale du salariat et même sa disparition au profit d'une exploitation du « travail fantôme » dit aussi immatériel.

Et comme le monsieur Jourdain de Molière qui découvre qu'il faisait de la prose depuis 40 ans sans le savoir, les internautes
consommateurs vont découvrir qu'ils bossent gratos sans le savoir.

Nous voilà donc arrivé au stade où le capitalisme se trouve contraint de nourrir ses esclaves au lieu de se faire nourrir par eux2, le stade où la production capitaliste n' est que production de surnuméraires, production non seulement de l' armée industrielle de réserve, mais production d'une surpopulation relative3 telle que Marx la définissait dans le Tome 1 du Capital XXV chapitre. Cette surpopulation relative et inemployable est sacrifiée régulièrement sur l' autel de la productivité.

Quand les candidats à l' élection présidentielle prétendent sortir les français du bourbier de la précarité et des petits boulots grâce à la Recherche et Développement (RetD). Ils mentent, pour la bonne et simple raison que tout accroissement de la productivité signifie une économie de force de travail humaine, afin d' affronter la concurrence. L' autre concurrence chante la même chanson à ses prolétaires, et au final tous se concurrence pour savoir qui va licencier le plus de travailleurs.

« L’idéal suprême de la production capitaliste est – en même temps qu’elle augmente de manière relative le produit net – de diminuer autant que possible le nombre de ceux qui vivent du salaire et d’augmenter le plus possible le nombre de ceux qui vivent du produit net. » (Marx, Chapitre inédit du Capital, 10/18, p. 245)

Cet idéal, les capitalistes pensent l' avoir trouvé grâce au déploiement planétaire de la numérisation, ils sont si persuadés que la co-création va les libérer du poids du travail salariés qu'ils attaquent dans ses fondements juridiques (loi El Khomri et rapport Badinter) . Ils cherchent parallèlement une porte de sortie à cette dangereuse situation. Dans un premier temps ils nous ont fait la promotion de la sécurité sociale professionnellerelayé, il faut s' en souvenir, par les partisans dans la CGT du syndicalisme rassemblé. La mayonnaise n' ayant pas pris, ils mettent un deuxième fer au feu le revenu universel et ce qui va de paire la retraite universelle. Ceci démontre que le système n' a plus rien à nous vendre que la précarité. Il vaudra revenir plus en détail sur ce projet de revenu universel qui s' appui sur l' article 25 de la déclaration des droits de l' homme de 1948.

« Toute personne croit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille, notamment pour l' alimentation, l' habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires. »

 Notes

1Suzanne Berger est professeur de sciences politiques au Massachusetts Institute of Technology de Cambridge (Etats-Unis). Elle a notamment publié en français Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, Paris, La République des Idées / Seuil, 2003.

2Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société. K.Marx , le manifeste communiste.

3 A noter que cette surpopulation n’est excédentaire que relativement aux exigences et aux opportunités de l’accumulation capitaliste.

 1-Jaron Lanier est le père du concept de « réalité virtuelle », il est membre du très influent Global Business Network. il n’est partisan ni de l’open source, ni de la gratuité de l’information, ni du web 2.0 ; il n’est pas en admiration devant les progrès de l’intelligence artificielle 

2-LANIER Jaron, Who Owns the Future ?, New York : Simon & Schuster, 2013, p. 19.

3-[8] Cf. par exemple MARKOFF John, “Armies of Expensive Lawyers, Replaced by Cheaper Software”, New York Times, March 4, http://www.nytimes.com/2011/03/05/science/05legal.html, 2011

 4LANIER Jaron, Who Owns the Future ?, op. cit., p. 7.

 1C'est le propre des audits normes ISO que de référencer ce travail

2 La loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail a précisé le régime juridique des conventions de forfait-jours mis en place initialement par la loi du 19 janvier 2000 relative à la réduction négociée du temps de travail dite Aubry II. Ces lois ont ainsi élaboré les conditions principales du forfait-jour.