INFOBREF N°488

 

Les réformes du marché du travail, en partie promues par la BCE, ont contribué à l'essor du travail à temps partiel, offrant aux employeurs une plus grande souplesse dans la gestion de leurs effectifs. Les entreprises privilégient désormais ce type d'embauches plutôt que d'accroître la charge de travail de leurs employés.

Le nombre de postes à temps partiel ou à durée déterminée a augmenté de près de quatre millions dans la zone euro depuis la crise financière alors même que l'emploi total n'a pas augmenté.

La BCE estime qu'environ 3,5% de la population en âge de travailler est statistiquement inactive même si cette fraction pourrait rapidement revenir sur le marché du travail. Une autre fraction de 3% est sous-employée, c'est-à-dire travaille moins qu'elle ne le souhaiterait.

Avec ces deux catégories, le sous-emploi dans la zone euro est encore supérieur de trois points de pourcentage à son niveau d'avant-crise, indiquent les données de la BCE. (sources BCE,AFP=



Les élections présidentielles de 2017 se caractérise par la victoire des abstentions 25,38 % des blancs 6,34% et des nuls 2,24% au total= 33,96%

 

Emmanuel Macron est élu avec seulement 43,63 % des inscrits

les ABN abstentions blancs et nuls totalisent 33,96% des inscrits

Marine Lepen totalise 22,42 % des inscrits

 Emmanuel Macron, est l' homme de l'institut Montaigne, un repaire de patrons venant de la fondation Saint simon ; l'homme du temple, c' est à dire du Grand Orient de France dont il a symboliquement fait état devant la pyramide du Louvre. Il est aussi celui des barbares attaquent ces champions de la numérisation.

Les conséquences des "accords" de compétitivité: le cas de PSA

Au mois de juin 2017, la « modernisation » de l’usine Peugeot à Mulhouse arrive à sa fin. Quatre ans après la signature du plan de compétitivité « Nouveau Contrat Social » (NCS), les conditions de travail se sont fortement dégradées, rendant l’ambiance sur le site invivable. Cet exemple donne en quelque sorte un avant goût de ce à quoi il faut s’attendre sous un futur gouvernement Macron.

Alice Leiris mercredi 10 mai 2017

Les nouvelles chaînes de montage

Pour rendre plus compétitives ses usines, PSA a choisi une politique de « plateformes », c’est-à-dire de construire des ateliers de montage compacts qui peuvent assembler plusieurs modèles sur une seule ligne. A Mulhouse pendant des décennies jusqu’à 13 000 ouvriers ont travaillé sur deux lignes de montage qui assemblaient des Citroën et des Peugeot. Mais, depuis mars 2017, la nouvelle ligne assemble un nouveau modèle, en attendant que l’ancienne ligne Peugeot ferme, avec à la clef plusieurs centaines d’emplois supprimés. L’ « usine modèle » dont s’enorgueillit la direction du site de Mulhouse est une usine « compacte », mais aussi une usine aux cadences infernales. Les ouvriers ont désormais moins d’une minute pour accomplir leurs gestes lorsque la nouvelle ligne tourne à plein régime. Ils ne peuvent cependant pas savoir la vitesse exacte à laquelle tourne le nouvel atelier, car la vitesse de ligne n’est plus affichée. Ceci constitue un recul considérable des conditions de travail car les ouvriers se trouvent ainsi dessaisis de tout repère. Les grèves et les conflits sociaux qui ont eu lieu par le passé portaient justement entre autres sur cet affichage des cadences.

L’overtime et les samedis obligatoires

On trouve de tout dans le NCS de PSA. Mais parmi toutes ses mesures, c’est l’ « overtime » et les samedis obligatoires qui sont devenues la bête noire des ouvriers de PSA. L’overtime permet de rallonger de dix minutes la journée de travail normale lorsque la production journalière n’a pas été atteinte. L’overtime peut alors avoir lieu pendant la pause du matin, réduisant celle-ci de 31 à 21 minutes. Qu’on ne s’étonne pas dès lors de voir les ouvriers n’avoir fréquemment plus le temps de terminer leur repas, sans parler des relations avec les collègues qui sont réduites au strict minimum. Entre aller aux toilettes, manger, fumer une cigarette et parler aux collègues, PSA dit à ses salariés : il fut choisir ! D’autant qu’une panne, un défaut d’approvisionnement d’un sous-traitant ou tout autre prétexte peut être invoqué pour justifier le recours à l’overtime.
Dix minutes n’ont l’air de rien dans une journée de sept heures. Mais ces dix minutes de travail supplémentaires après une journée à la chaîne paraissent interminables. Mises bout à bout, ces dix minutes deviennent une heure par semaine quand la direction impose l’overtime tous les jours. Mais cela fait des années qu’à PSA on fait plus de 35 heures. Pour faire rattraper des voitures ou pour faire face à une augmentation des commandes, l’entreprise peut exiger des ouvriers de travailler les samedis, voire certains jours fériés. Récemment, c’est le 8 mai que les ouvriers ont dû travailler à l’usine de Mulhouse. A quand le 25 décembre ou le 1er janvier ?

La chasse aux salariés malades
L’ « usine modèle » n’est pas une usine pour tout le monde. Plus on travaille rapidement, plus la charge de travail s’alourdit, plus la santé des salariés se dégrade. Mais PSA ne voit pas d’un très bon oeil les salariés protégés par des restrictions médicales qui ralentissent la production dans sa nouvelle ligne de montage. Dans le NCS était prévu un plan de départ pour les salariés de plus de 57 ans, or on commence à ressentir dès 50 ans les effets d’avoir passé une vie à travailler à la chaîne. Et ces effets se ressentent encore plus avec l’augmentation de la vitesse de ligne, l’overtime et les samedis obligatoires. Les salariés âgés de plus de 50 ans qui ne peuvent bénéficier d’un départ anticipé sont pris entre le marteau et l’enclume. PSA ne sait plus trop quoi faire d’eux et les pousse doucement vers la sortie, par la petite porte. Il ne fait pas bon être malade dans l’ « usine modèle ».

Emmanuel Macron a annoncé que son premier projet en tant que président sera de réformer encore plus en profondeur le Code du travail avec une Loi travail 2, à coup d’ordonnances. « Simplifier », « flexibiliser », travailler plus, gagner moins, les salariés de PSA savent déjà ce que c’est. Ils savent aussi ce que c’est que lutter contre car ils ont été plusieurs centaines à débrayer au printemps 2016 contre la loi El Khomri.
Nous avons rapidement évoqué dans cet article quelques conséquences du plan de compétitivité de PSA. Macron promet aux ouvriers de PSA la même chose, en pire. Mais sa légitimité en tant que président est faible et ses attaques contre le monde ouvrier risquent de rencontrer une véritable résistance.

À bout, les GM&S de La Souterraine (Creuse) piègent leur usine et détruisent des machines

Publié
le 11/05/2017-Les salariés de GM&S haussent le ton. Depuis ce jeudi matin, ils mènent une action coup de poing sur le site de leur usine, basée à La Souterraine. Bien décidés à dénoncer l'échec des négociations de reprise de leur entreprise et de la hausse des commandes auprès de PSA et Renault, ils ont promis de découper une ou plusieurs machines par jour et ont piégé l'usine avec des bouteilles de gaz. 

Ce jeudi matin, les salariés de GM&S ont passé la vitesse supérieure en terme d'action coup de poing. Opérations escargot sur l'A20 et la RN145, blocages des sites et plate-formes logistiques des constructeurs PSA et Renault à Poissy, au Mans, à Villeroy, à Dompierre-sur-Besbre, manif sur les Champs Élysées, ils avaient multiplié les actions pour se faire entendre.

Retrouvez tous nos articles consacrés à l'entreprise GM& S

Aujourd'hui, ils sont à bout et comme ils l'ont répété maintes fois, ils n'ont « plus rien à perdre ». A commencer par leur usine, leur travail et les machines et outils qui vont avec. Alors ce jeudi, comme un symbole, ils ont décidé de détruire deux machines qui servent à fabriquer les pièces commandées par PSA et Renault.

 

 

Après l'outil d'emboutissage, les salariés se sont réunis dehors pour détruire un îlot robotisé au transporteur.

Piégé l'usine avec des bonbonnes de gaz

Il ont aussi « piégé l'usine avec des bonbonnes de gaz et des jerrycans d'essence qui vont être mis dans les fosses, sous les machines », et comptent rester là, jour et nuit.

« On est chez nous, on connaît excessivement bien les locaux, on a tous entre 25 et 30 ans d'ancienneté donc il ne faudrait pas qu'on essaie de nous envoyer quelqu'un, je pense que ça se terminerait très mal. On va surveiller l'usine, et si nécessaire, on fera ce qu'il faut si rien ne bouge. »

GM&S destruction d'outil

A 11 h 30, tous les salariés ou presque étaient réunis dans l'usine autour d'un outil d'emboutissage de carters. « C'est un outil qu'on met sous presse, qui sert à produire les carters de PSA. Ça va être plus que symbolique puisque c'est un outil de production donc il y a un moment où ça va coincer. »

Une heure plus tard, et plusieurs relais au chalumeau, l'imposant outil d'une dizaine de mètres de long et de 250.000 euros était coupé en deux, rendu inutilisable.

A l'entrée du site, c'était ensuite au tour d'un îlot robotisé de subir le même sort que l'outil d'emboutissage. Dans le même temps, la direction a pris la décision de bloquer la fabrication des pièces de PSA et de Renault.

"On va aller plus loin que ce que l'on a franchi depuis des années"

Yann Augras, représentant syndical du personnel

« On n'a pas le choix de toute façon parce qu'aujourd'hui, ce qu'on nous annonce et ce qui se profile, c'est la liquidation de l'entreprise. Donc on va aller plus loin que ce que l'on a franchi depuis des années, explique Yann Augras, l'un des représentants du personnel. Petit à petit, il y aura des outils stratégiques à la fois chez PSA et Renault qui vont être découpés puisqu'ils ne veulent pas se mettre autour de la table et que quand ils s'y mettent, ils essaient de gagner du temps. Le temps, clairement,on ne l'a plus aujourd'hui. »

Des négociations qui n'aboutissent pas

Les négociations entre la direction par intérim pendant la période d'observation et les constructeurs qui devaient donner une première direction le 2 mai, n'ont toujours pas avancé.

« A part l'augmentation du prix des pièces, rien n'a avancé depuis trois, quatre mois, rien de concret n'a été acté, aucune garantie de reprise, aucune chose ferme », ajoute-t-il.

Le préfet de la Creuse, Philippe Chopin, a informé mercredi les salariés qu'« il souhaitait organiser une réunion avec les constructeurs mardi ou mercredi prochain ».

Réponse des syndicats : « Là aussi, c'est du foutage de gueule. Faire une réunion en préfecture de Creuse avec tous les élus locaux, les constructeurs, le repreneur, ça ressemble à un enterrement de première classe. Nous, ce que l'on veut, ce sont des réunions sérieuses. Tout de suite. On lui a dit hier, il n'en a encore une fois pas tenu compte. »

GM&S destruction d'outil Labrousse Augras

« On va aller jusqu'au bout. » Tous les jours, ils ont l'intention de découper un ou plusieurs outils, « sans avancée de la part des constructeurs » qu'ils espèrent rencontrer « très rapidement pour discuter sérieusement des perspectives du site ». Ce qu'ils veulent n'a pas changé : faire réagir, être entendus, sauver leur travail et leur usine. Encore et toujours.

Liquidation judiciaire le 23 mai ?

« On espère que les choses vont bouger dans les prochaines heures, dans les prochains jours, explique Vincent Labrousse, représentant syndical. Ce que l'on a décidé avec les salariés, c'est de se battre jusqu'au bout et c'est ce que l'on va faire. On sent que l'on est dans un processus qui ressemble à une liquidation, ils sont en train de la préparer mais c'est pas encore trop tard. Il est possible de faire autrement. »

Il reste une grosse semaine avant le 23 mai, date à laquelle sera prononcée ou non la liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Poitiers si aucun repreneur ne s'est clairement manifesté.

Un repreneur potentiel, GMD, n'a pas bougé d'une ligne sa proposition officieuse, qui n'entend conserver qu'entre 90 et 100 emplois sur les 277, ce qui est très loin de satisfaire les salariés. « On sait que des rencontres ont lieu entre le directeur de transition et GMD, mais on n'en sait pas plus. »

"Ca ne nous amuse pas, c'est à contre cœur qu'on les détruit, vous voyez le visage des salariés, leur détermination, c'est pour envoyer un message, qu'on se laissera pas crever comme ça"

Vincent Labrousse, représentant syndical du personnel

Si pour l'instant rien n'est joué, le silence des constructeurs, qui devaient avoir rendez-vous avec les salariés ce mercredi mais ont annulé, semble, pour les syndicats, annonciateur de mauvaise nouvelle.

« On devait avoir un comité d'entreprise ce jeudi matin avec Maître Gladel, l'administrateur judiciaire, qui n'a pas eu lieu. Il nous le propose jeudi prochain, à cinq jours de l'audience. Pour nous, c'est du foutage de gueule. On a pris la décision d'agir. » 

Ces deux premiers outils sont les premiers de 800 autres à passer sous le chalumeau. « Ca ne nous amuse pas, c'est à contre cœur qu'on les détruit, vous voyez le visage des salariés, leur détermination, c'est pour envoyer un message, qu'on se laissera pas crever comme ça. On est là, on ne bouge pas. » 

A partir de lundi, les salariés promettent de hausser encore le ton. Mardi, à partir de 17 heures, ils ont lancé un appel aux populations de Haute-Vienne, Creuse et Indre pour un rassemblement devant la mairie de La Souterraine. Ils prévoient également de monter à Paris pour d'autres blocages de sites constructeurs et interpeller Emmanuel Macron sur leur situation.

Julie Ho Hoa