« La surpopulation relative est d’autant plus frappante dans un pays que le mode de production capitaliste y est développé. » ( K.Marx ,T. 3,. p. 251)

 Sacrifices humains sur l' autel du moloch capital

Nous venons d' apprendre que Général Motors, premier constructeur mondial passe une alliance avec le « français » PSA huitième producteur mondial et cela sous la barbe de tous les franchouillards qui veulent revenir à l' époque de notre bon capitalisme français de la « France Forte ». La réalité c' est que pour le capital la France est « morte », elle lui a servi un temps à son expansion y compris sous sa forme impérialiste, mais le capital à base française s'est internationalisé et même mondialisé. La France n' est plus qu'une région du monde, la réforme de l' État n' est que l' expression de cette dilution des états nation dans de grandes entités continentales, comme le pronostiquait déjà Pierre Souyri dans son livre « la dynamique du capitalisme au XX siècle»1. Le capital finira par rejeter les béquilles des modes de production antérieurs sur lesquelles il s' était appuyé 2 de même que les superstructures leur correspondant et notamment l' état nation.

Au grand dam de Marine Lepen , Montebourg ,D.Aignant et autres la bourgeoisie capitaliste n' a pas de frontière. « Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. » ( Le manifeste communiste de 1848)3

Le protectionnisme et le cocorico des candidats aux élections ne sont qu' un moyen pour effectuer la transhumance du troupeau électoral vers les urnes. Nous avons des faits, et les faits sont têtus, les profits de nos champions nationaux d' Europe se font à l' international,c’est le cas pour VW en Chine et au Brésil, de Fiat en Amérique du Sud , de Renault hors d’Europe voire pour PSA en Chine.

Cette marche d'un capital devenu apatride, Marx l'avait (comme nous venons de le voir) anticipé dés le manifeste communiste, sans doute un peu vite, deux guerres mondiales allaient provoquer le choc des nations et projeter les Etats-Unis sur le devant de la scène mondiale ainsi que l' Union soviétique chacun devenant gestionnaire de leur zone capitaliste respective , économie mixte d' un côté , capitalisme d' état de l' autre. La descente aux enfers de « l' axe du mal » l' URSS allait ouvrir la voie à un repartage du monde toujours opérant. On parla de la pensée unique tout en se réclamant d' un monde multipolaire, ce qui signifiait que dorénavant la lutte concurrentielle au sein du capital total prenait la forme de bloc continentaux se disputant ou se partageant l' éternel accès aux matières premières ( mines, énergies et terres).

La concentration centralisation du capital, ( les fusions acquisitions) qui n' avait cessée d' agir allait d' un coup suite à la crise « financière 2008..... » devenir de nouveau le seul moyen pour les capitalistes survivants de reprendre les rênes, pour capter les profits en sacrifiant selon le rituel de toujours les faibles au profit des forts, la planche à billets servant de fouet artificiel ou de mitrailleuse pour liquider les concurrents.

La force de travail , prolétarienne apparaissant de plus en plus comme l'excrément, de la redoutable révolution technique et scientifique, la machinerie et le capital fixe emportant tout sur leur passage en arrive malgré lui à abolir en masse le salariat. Celui ci n' est plus seulement une armée industrielle de réserve, car le capital n' a que faire de cette « réserve » elle se présente en face de lui comme le résultat de toutes ses métamorphoses, elle est le précariat dans sa grande masse il n' a même plus ses chaînes à perdre, le capital le libère chaque jour du travail salarié et en fait un pauvre, le capital lui offrant « le droit à la paresse »4 pour les uns et l' aliénation jusqu'au suicide pour les autres.

le tocsin a sonné pour l' humanité.

« Le travail vivant se trouve subordonné au travail matérialisé, qui agit de manière autonome. Dés lors, l' ouvrier est superflu, à moins que son action ne soit déterminée par le besoin du capital. »(K. Marx,Grundrisse, 3, chapitre du Capital, ed. 10/18,p.331 )

 Cette subordination du travail vivant ( la force de travail humaine) à la machinerie, Marx la qualifiera de domination réelle , il en théorise le mouvement sans pouvoir dire quand il va finir par buter sur sa contradiction. Cette contradiction, c' est que le capital n' est que du travail vivant accumulé, que la production capitaliste n' est que production de plus value; la machine ne fait que transférer la plus value qu' elle contient, mais ne produit aucun travail gratuit, et peut dévaloriser le capital investi d' un coup.

 Il en résulte, que le capital en procès est aussi une contradiction en acte, sa tendance est de réduire constamment le travail nécessaire tout en augmentant le surtravail d' où les brailleries des sarkosistes contre les 35 heures.

«  Cependant, il tend ( le capital n.d.l.r) toujours lui-même à créer du temps disponible d' un côté, pour le transformer en surtravail de l' autre. S'il réussit trop bien à créer ce temps disponible, il souffrira de surproduction, et le travail nécessaire sera interrompu, parce que le capital ne peut plus mettre en valeur aucun surtravail. Plus cette contradiction se développe, plus il se révèle que la croissance des forces productives ne saurait être freinée davantage par l' appropriation du surtravail d' autrui. (K. Marx,Grundrisse, 3, chapitre du Capital, ed. 10/18, p.347/348)

 Théoriquement la fin du capital et donc du travail salarié est ici pronostiqué, la question est de savoir si ce processus est actuellement entamé, en apparence cela prend dans les pays occidentaux une allure de vérité ( désindustrialisation, délocalisation, chômage, précarité). Ce qui fait dire à A. Gorz

«  La question de la sortie du capitalisme n’a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d’une radicale nouveauté. Par son développement même, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu’externe qu’il est incapable de dépasser et qui en fait un système qui survit par des subterfuges à la crise de ses catégories fondamentales: le travail, la valeur, le capital.»

 Le théoricien des « adieux au prolétariat » reprend de manière plus radicale, ce que Eugène Varga en son temps avait observé . La question de toujours est de savoir si le capital est entré dans une phase de crise finale ou s'il a encore une possibilité de sortir de la crise. Il est un fait que chaque crise devient plus difficile à surmonter, la concentration centralisation du capital ( comme socialisation du capital) restreint le champ de l' accumulation capitaliste.

Nous avons, avec l' industrie automobile en hyper concurrence un exemple de cette difficulté à accumuler de la valeur, mais ce n' est qu'un exemple..

 « Début février, lors de leur audition au Sénat, Denis Martin de PSA puis Carlos Tavares pour Renault ont insisté lourdement sur la difficulté qu’il y a à gagner de l’argent en Europe et ont l’un après l’autre remis en débat la fameuse question des surcapacités de production. En indiquant que "l'on ne peut pas imaginer que toutes les usines restent". »5

 Le ton est donné, l' alliance GM/PSA de ce point de vue est une alliance, contre les ouvriers une alliance visant à l' abolition du salariat pour les uns et un surtravail pour les autres. GM possède déjà Opel, et PSA avec ses 12 usines européennes tourne à 85% de ses capacités. D' ou l' annonce faite par PSA de liquider 6000 emplois en Europe, il est même question de fermer les usines d' Aulnay et Sevelnord. Chez Opel même programme il est question de réduire les effectifs de 8 000 personnes et de fermer deux de ses huit usines européennes, en Allemagne et au Royaume-Uni.

 Ce qui n' empêche pas par ailleurs de construire de nouvelles usines, par exemple Suzuki envisage construire une usine dans le sud Vietnam, elle entrera en activité en 2013 à une cadence de 5 00 véhicules par an initialement, qui sera progressivement portée à 20 000 unités. Audi compte augmenter les capacités de production de son usine indienne de 50 %. Le russe Igor Komaov, président d’AvtoVAZ, pense que le contrôle d’AvtoVAZ par Renault-Nissan va propulser la production annuelle de 600 000 unités à plus d’un million d’ici à cinq ans, tout en améliorant la productivité de 30 % . Ford vient d' inauguré une deuxième usine en Thaïlande, à Rayong. dans le . Il commencera en juin à assembler la nouvelle Focus. La nouvelle usine de Ford créera 11 000 emplois.Toyota va investir 30 millions de dollars dans son usine de moteurs du Kentucky pour en accroître les capacités de production de 100 000 unités, à 540 000 unités par an, d’ici à août 2013.

Kia a posé le 29 juin la première pierre d’une nouvelle usine en Chine, à Yancheng. Le site, dont la construction doit être achevée en 2014, sera doté d’une capacité de production de 300 000 véhicules par an. Le constructeur prévoit d’y assembler des modèles compacts et de dimensions moyennes.

 En pleine surcapacité mondiale, la concurrence fait rage pour savoir finalement, qui va rester sur le marché, on ferme sur un continent pour produire plus et à moindre prix ailleurs. L' UE n' est plus en mesure d' absorber la production. Il est donc préférable aujourd'hui pour les capitaliste de se rapprocher des lieux de consommation.

 

G.Bad juillet 2012

 1Après la deuxième guerre mondiale P. Souyri constate « Les firmes ne s' affrontent plus seulement pour conquérir des positions de monopole sur le marché national et ses dépendances impériales protégées. Elles sont en compétition à l' échelle de marché continentaux et intercontinentaux et cet élargissement du champ de leur activité, qui d' ailleurs est rendu nécessaire par le gigantisme même des unités de production, a fait apparaître le retard relatif de la concentration internationale du capital. Celle-ci progresse désormais rapidement avec le développement des firmes et des banques multinationales. » P. 87 (P. Souyri est mort le 14 juillet 1979, alors qu'il était entrain d' achever son livre.

2 « Aussi longtemps que le capital est faible, il s' appuie simplement sur des béquilles prises dans les modes de production passés ou en voie de disparition à la suite de son développement. Sitôt qu'il se sent fort, il rejette ces béquilles et se meut conformément a ses propres lois. » Grundrisse chap. du capital edt. 10/18,p.261

3« Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. » ( Le manifeste communiste 1848)

4En référence au livre de Paul Lafargue

5-extrait de la chronique de Bernard Jullien, directeur du Gerpisa, réseau international de recherche sur l’industrie automobile et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.