INFOBREF N°490

juin 2017

Les cheminots du Bourget en grève illimitée par période de 59 minutes

Après trois mouvements de grève carrée depuis janvier, les cheminots agents circulation au triage du Bourget sont en grève illimitée par période de 59 minutes par service, depuis le 2 mai. La direction propose un rendez-vous jeudi prochain.

Correspondants cheminots



lundi 29 mai

Les cheminots, qui avaient déjà mis en place la modalité de « grève surprise » réinventent aujourd’hui la grève avec des nouvelles modalités, et sont déterminés à aller jusqu’au bout.

Une grève qui démontre créativité et détermination sans faille

Les cheminots du triage du Bourget sont en lutte depuis janvier pour des revendications plus que légitimes. La direction avait d’abord accepté de répondre favorablement à deux revendications importantes, concernant la requalification d’un poste et la non-suppression d’un autre poste. Ces premières avancées étaient le fruit du succès des premières grèves, qui ont été massives avec un taux de plus de 90% de grévistes sur l’ensemble de l’unité opérationnelle du Bourget. Mais la direction a refusé de répondre favorablement à une revendication centrale, celle d’avoir l’équivalent d’un panier repas par mois et par agent. Tout à fait légitimement, les cheminots réunis massivement en assemblée générale ont donc décidé de continuer la lutte et de ne pas baisser les bras.

Plus de 600 heures de retard et de nombreux trains supprimés 

Pour éviter que la direction ne s’organise suffisamment pour pallier les effets de la grève, les cheminots ont décidé de réinventer les modalités de la lutte, et ont commencé, depuis le 2 mai dernier, une grève illimitée par période de 59 minutes par service. Après un mois de grève, avec plus de 600 heures de retard, de nombreux trains supprimés, l’impact est bien réel. Les collègues des autres sites, d’autres agents circulation mais aussi des cheminots d’autres corps de métier, commencent à vouloir se renseigner sur la grève, sur les revendications et sur les modalités, se demandant s’ils pourraient se joindre au mouvement. En effet, la possibilité que cette grève s’étende au-delà du triage du Bourget serait un véritable cauchemar pour la direction qui, depuis des années maintenant, met en place une politique qui cherche à diviser les cheminots de différents métiers et établissements, avec un objectif clair : créer les conditions pour mettre en place les réformes prévues.

Une direction qui cherche à ignorer les revendications mais qui se retrouve en difficulté

La direction joue la politique de l’épuisement depuis la dernière grève carrée au mois d’avril. Après des négociations qui n’ont pas abouti, notamment car la direction a refusé de répondre favorablement aux revendications légitimes des cheminots, elle avait décidé de rompre le dialogue et d’arrêter toutes les négociations. Elle a ensuite cherché à pallier les conséquences de la grève, en faisant remplacer quelques grévistes par les cadres dirigeants, en jouant souvent très dangereusement avec la sécurité des circulations, des cheminots et de la population. Il n’y a pas besoin d’avoir un BAC+7 en sécurité ferroviaire pour se rendre compte qu’un accident ferroviaire dans un triage où circulent des trains avec des marchandises dangereuses serait une véritable catastrophe. La direction, au lieu de s’asseoir autour d’une table et discuter des problématiques légitimes des cheminots, préfère jouer avec la sécurité.

Aujourd’hui, la direction doit faire face à la réalité. La détermination des cheminots du Bourget ne faiblit pas et l’impact de la grève commence à jouer son rôle. La direction a donc convoqué une réunion de négociation pour jeudi prochain. Pour l’instant, rien n’indique que la direction veuille réellement trouver une solution en répondant favorablement aux revendications, mais les cheminots sont conscients qu’il va falloir se battre jusqu’au bout et sont prêts à continuer la grève, tout en construisant la solidarité, les liens avec d’autres secteurs qui les soutiennent, ainsi que le soutien financier pour qu’aucun collègue ne se voit obligé d’arrêter pour des raisons financières.

Une grève qui doit gagner ! Solidarité avec les cheminots du Bourget en lutte !

Malgré le mépris affiché de la direction, cette grève, qui a déjà inspiré d’autres mouvements comme celui des cheminots de Trappes, a démontré une nouvelle fois la détermination et la conviction des cheminots. Elle a aussi démontré qu’avec de la créativité et une organisation, il est possible de contourner les plans de la direction et faire en sorte que la grève, outil des travailleurs par excellence pour faire valoir leurs droits et leurs revendications, marche et soit efficace. Alors, si cette grève gagne, elle renforcera non seulement les cheminots du Bourget qui se battent depuis plusieurs mois pour des revendications tout à fait légitimes, mais elle renforcera également l’ensemble de cheminots en faisant la démonstration qu’il est possible de relever la tête, de se battre et de gagner face au patron. On devrait tous et toutes soutenir les cheminots du Bourget.

Ce serait très important dans un contexte où le nouveau gouvernement Macron est en train d’organiser une casse orchestrée du Code du travail, dont les cheminots seront l’une des cibles avec les réformes concernant les régimes spéciaux de retraites.

Les pays du Golfe et les Etats-Unis ont entretenu des groupes djihadistes 

Par  Georges CORM. Le 19.06.2017.  Sur  Le Grand Soir & l’Humanité.

 Économiste et historien, Georges Corm vient de publier aux éditions La Découverte La nouvelle question d’Orient, une « plongée historique dans le destin tragique des sociétés de l’Est de la Méditerranée et du monde arabe ». Il livre ici son analyse sur la crise diplomatique qui secoue la péninsule arabique entre sponsors sunnites du « terrorisme », sous l’œil du parrain militaire étasunien.

Comment analysez-vous la crise diplomatique actuelle et la mise en quarantaine du Qatar, accusé de soutenir le « terrorisme » ?

Georges Corm : Heureusement que le ridicule ne tue pas : depuis la première guerre d’Afghanistan, les pays du Golfe comme les Etats-Unis ont armé et entretenu des groupes de prétendus « djihadistes » qui ont été déployés d’un pays à l’autre, en fonction des intérêts géopolitiques de Washington et de ses alliés. Ceci dit, ce n’est pas la première crise entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui ont en commun comme doctrine d’Etat le wahhabisme. Et qui ont été ces dernières années en compétition très forte, en particulier depuis les soulèvements arabes de 2011, pour recueillir le fruit du détournement de ces révoltes en soutenant différentes mouvances de l’islam politique. L’influence du Qatar, via notamment ses centres d’études, ses think tanks et sa chaîne de télévision al-Jazeera, a visiblement pris trop d’importance pour une Arabie Saoudite qui cherche aujourd’hui, sans aucun complexe, à affirmer son emprise absolue et totale sur les pays arabes et aussi tous les Etats se définissant comme musulmans. Une emprise qui a débuté avec l’envolée des prix du pétrole en 1973, et qui a permis à Riyad de créer toutes les institutions nécessaires à cet effet – Ligue islamique mondiale, Banque islamique de développement, Conférence des Etats islamiques, etc. – qui ont été créé dès l’origine pour être des outils majeurs de lutte contre l’influence de l’URSS et du marxisme dans les rangs des jeunesses musulmanes, arabes ou non arabes de ce que l’on appelait alors le tiers-monde.

Les Frères musulmans sont désignés par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis comme la principale entité terroriste sponsorisée par le Qatar…

Georges Corm : Pourtant, aux Emirats arabes unis, la Confrérie n’a qu’un impact limité, et historiquement, l’Arabie Saoudite a toujours été la base arrière des Frères musulmans comme de n’importe quel mouvement se réclamant de l’islam politique. L’événement qui a peut-être contribué à déclencher la contradiction actuelle, c’est le fait que l’Egypte a renversé le régime des Frères musulmans installé par les élections de 2013, avec la bénédiction des Saoud. Autant il peut être utile d’instrumentaliser une mouvance islamique, autant qu’une organisation qui a une telle importance historique arrive au pouvoir dans le plus grand des pays arabes, l’Egypte, l’Arabie Saoudite ne peut pas le tolérer.

L’Iran a réagi très durement aux propos de Donald Trump qui a déclaré que la République islamique avait « récolté ce qu’elle avait semé ». Que vous inspire l’attitude du président américain dans cette séquence diplomatique ?

Georges Corm : Ce n’est pas simplement l’attitude de Donald Trump qui pose problème. La thèse selon laquelle le terrorisme au Moyen-Orient serait d’origine iranienne est devenue très prégnante, alors que c’est une contre-vérité. C’est l’Irak qui a attaqué l’Iran en 1980, encouragé par les pétromonarchies, les Etats-Unis ou la France. L’Iran, qui ne parvenait pas à acheter des armes, a utilisé à cette époque des modes d’actions qualifiés de terroristes (enlèvement d’otages au Liban, attentats contre les locaux de l’ambassade américaine, ainsi que ceux contre le contingent militaire américain et celui de la France au Liban. Sitôt terminée la guerre Iran – Irak fin 1988, ces opérations se sont arrêtées. Cependant, le maintien de cette accusation, 20 ans après ces évènements et 30 ans après la prise de l’ambassade américaine à Téhéran, permet par exemple de classer le Hezbollah libanais ou le Hamas comme des organisations terroristes, alors qu’il s’agit avant tout de mouvements de résistance à une occupation, qui reçoivent des soutiens multiforme de l’Iran.

Quelles peuvent être les conséquences de cette brusque montée en tension pour le Liban ?

Georges Corm : Pour le moment, heureusement, la scène libanaise demeure relativement gelée. Les services de sécurité, qui travaillent avec le Hezbollah, ont réussi à mettre fin à la vague terroriste qui a touché le pays en 2013, 2014 et 2015. Même les partis politiques financés par l’Arabie Saoudite ne contestent pas le fait que le Hezbollah est une composante importante de la vie politique et sociale libanaise, et nul ne songerait à qualifier ce parti de « terroriste ». D’ailleurs, nous assistons heureusement depuis quelques mois à la disparition de la forte polarisation transcommunautaire de la vie politique libanaise depuis 2005. Il s’agissait des deux grands blocs parlementaires, l’un pro-occidental et pro-saoudien (dit bloc du « 14 mars »), dirigé par la famille Hariri d’un côté, et de l’autre le bloc dit du « 14 mars » anti-impérialiste et pro-résistance libanaise et palestinienne contre l’Etat d’Israël, dit bloc « du 8 mars ». C’est l’approche des élections parlementaires ainsi que l’arrivée du Général Michel Aoun à la présidence de la République à la fin de l’année dernière et celle de Saad Hariri comme premier ministre et allié du président qui a permis la recomposition du paysage politique libanais. Ce qui ne veut pas dire que les problèmes politiques ont disparu, comme l’a prouvé la pénible et très longue période de gestation d’une nouvelle loi électorale en vue d’élections prochaines.

Propos recueillis par Marc de Miramon
Journaliste à L’Humanité Dimanche

»» http://www.humanite.fr/georges-corm-les-pays-du-golfe-comme-les-etats-…

 

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