INFOBREF N°492

États-Unis : La Chambre des représentants vote une hausse massive des dépenses militaires et la création de l’US Space Corps

Le 14 juillet, la Chambre des représentants a adopté, par 344 voix contre 81, le National Defense Authorization Act (NDAA), c’est à dire le budget du Pentagone pour l’année fiscale 2018. Et ce dernier devrait augmenter significativement puisque son montant a été porté à 621,5 milliards de dollars. En outre, 75 milliards de dollars seront destinés à financer les opérations extérieures (Overseas Contingency Operations).

Le texte prévoit une hausse de 25% des investissements dédiés à la défense antimissile, le recrutement de milliers de soldats supplémentaires pour l’US Army, la commande de 5 nouveaux navires pour l’US Navy et une revalorisation de 2,4% de la solde des militaires, ce qui en fait la plus forte augmentation depuis 8 ans.

Mais la nouveauté de cet NDAA concerne les opérations spatiales. Comme il était attendu, la Chambre des représentants a en effet voté la création d’une nouvelle branche des forces américaines qui, distinctes de l’US Air Force qui en a jusqu’à présent la charge, les reprendra à son compte.

Cette mesure, avancée depuis déjà plusieurs années, vise à prendre en compte la militarisation de l’espace (une menace qu’a récemment citée, en France, le général de Villiers, le chef d’état-major des armées). Le constat fait par les promoteurs de ce « Space Corps » est que la dépendance des États-Unis à l’égard des systèmes spatiaux est trop importante, que ce soit pour les activités civiles (communication, télévision, observation etc…) que militaires. D’où la nécessité d’une branche des forces armées qui serait concentré sur la protection de ces derniers.

« Ces changements ne seront pas faciles et seront perturbateurs à court terme, mais nos adversaires ne seront jamais moins capables qu’ils ne le sont aujourd’hui. Nous devons agir maintenant si nous souhaitons maintenir les avantages dont bénéficie l’armée américaine en opérant dans l’espace », avait récemment expliqué le républicain Mike Rogers, à l’origine de cette initiative, avec son collègue (démocrate) Jim Cooper.

Toutefois, l’administration Trump est opposée à ce projet d’US Space Corps, estimant, comme l’a fait Heather Wilson, la secrétaire à l’US Air Force, qu’elle « nous ferait aller en réalité dans la mauvaise direction, nous ralentirait. »

« À une époque où nous essayons de rassembler les fonctions de combat du ministère, je ne souhaite pas ajouter un service séparé qui, selon toutes probabilités, offrirait une approche plus étroite et même étriquée aux opérations spatiales », a, pour sa part, jugé le général James Mattis, le chef du Pentagone.

Cela étant, la création de ce Space Corps doit encore franchir plusieurs obstacles. En premier lieu, le Sénat, qui y est pour le moment hostile, doit voter sa propre version du NDAA. Puis, le texte devra être harmonisé avec celui proposé par la Chambre des représentants avant d’être présenté à la signature du président Trump, lequel pourrait opposer son veto.

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Le Canada s’accorde avec l’Ukraine pour une coopération militaire … en vue de lui vendre de l’armement

Elisabeth Studer - 8 avril 2017

Le secteur de l’armement a encore de beaux jours devant lui … Le Canada et l’Ukraine ont signé lundi à Ottawa un accord de coopération dans le secteur de la défense. Si, officiellement, il formalise certes l’aide canadienne visant au « renforcement des capacités » militaires de Kiev, cet accord ouvre ni plus ni moins la voie à une libéralisation des ventes d’armes canadiennes à l’Ukraine, lesquelles faisaient l’objet de restrictions jusqu’à présent.

L’accord est « un pas très important » vers l’objectif – officiel, bien sûr – a déclaré à cette occasion le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan. Il devrait permettre au Canada et à l’Ukraine « de collaborer de près sur les questions de sécurité mutuelle et sur les préoccupations en matière de défense » a-t-il ajouté. Selon lui, l’accord « démontre la force de l’engagement du Canada envers la sécurité euro-atlantique et notre soutien inébranlable à l’Ukraine » s’est-il exclamé, un brin grandiloquent alors que d’importants contrats pourraient être conclus à la clé.

En mars dernier, le Canada a prolongé jusqu’en 2019 la mission d’un contingent des forces armées canadiennes chargé de former et d’assister les troupes ukrainiennes. Ce contingent canadien avait été déployé en avril 2015, soit un peu plus d’un an après le déclenchement du conflit armé dans l’Est de l’Ukraine, dans le cadre d’une opération internationale avec le Royaume-uni et les Etats-Unis.

Les 200 militaires canadiens  sont déployés pour assurer « un entraînement individuel sur le maniement des armes » mais aussi sur le tir de précision ou la neutralisation des explosifs et munitions. Depuis le début de la mission, les forces armées canadiennes ont formé 3.200 soldats ukrainiens, selon le ministère.

Depuis que le Canada est devenu le premier pays occidental à reconnaître l’indépendance de l’Ukraine, le 2 décembre 1991, les deux pays entretiennent des relations étroites. Cette relation bilatérale est renforcée par des liens interpersonnels prenant racine dans une communauté forte de 1,3 million de Canadiens d’origine ukrainienne.

Selon le site du gouvernement canadien, depuis janvier 2014 et jusqu’en février 2016, le Canada a annoncé plus de 700 millions de dollars « en aide indispensable » à l’Ukraine, dont des prêts à faible intérêt totalisant 400 millions de dollars destinés à aider l’Ukraine à stabiliser son économie, et plus de 240 millions de dollars « en aide bilatérale au développement axée sur la démocratie, l’état de droit et une croissance économique durable ».

En ce qui concerne l’aide bilatérale en matière de sécurité offerte à l’Ukraine, le Canada a fourni aux forces armées ukrainiennes – toujours selon le site du gouvernement – de l’équipement militaire non létal  dont la valeur dépassait 16 millions de dollars en février 2016. La contribution du Canada au fonds de l’OTAN pour l’Ukraine s’élevait à un million de dollars à la même date. « Etant donné l’importance des gisements de pétrole et de gaz non conventionnels en Ukraine, les secteurs connexes suscitent un intérêt grandissant » poursuit encore le site …

En juillet 2015, deux ONG avaient demandé à Ottawa de renoncer au projet du gouvernement conservateur sortant, qui souhaitait permettre la vente à l’Ukraine d’armement canadien dit « prohibé », notamment des fusils automatiques et des véhicules blindés.

Dans une lettre adressée au ministère des Affaires étrangères canadien, Amnesty International Canada et l’organisme pacifiste Project Ploughshares avaient indiqué qu’il serait mal avisé d’ajouter l’Ukraine à la liste des pays à qui les entreprises canadiennes peuvent vendre des armes automatiques. Demandant à ce que la vente d’armes à l’Ukraine soit reportée jusqu’à ce que la situation des droits de la personne s’améliore dans le pays.

Malgré un changement de régime et des réformes au sein de la police, les deux organismes canadiens estimaient que demeuraient alors des risques de violations des droits de la personne en Ukraine. Les organismes citaient notamment des cas de brutalité policière pour mater des manifestations antigouvernementales à l’automne 2013, des événements menant en février 2014 au renversement du gouvernement de Viktor Ianoukovitch.

Les deux ONG redoutaient par ailleurs que des armes de fabrication canadienne soient utilisées contre des civils dans le cadre du conflit avec les rebelles prorusses, dans l’est du pays. « Les deux parties dans ce conflit ont violé à plusieurs reprises le droit international humanitaire », écrivaient ainsi les deux organismes.

Si le Canada se targue d’avoir les contrôles «parmi les plus rigoureux» en matière d’exportation de matériels militaires, ces 25 dernières années, le tiers des ventes canadiennes d’armement à l’étranger ont été destinées à des dictatures, certaines très violentes et meurtrières.

C’est en août 2016, que Ottawa a discrètement assoupli son mandat en matière d’exportation de matériel militaire, le gouvernement libéral de Justin Trudeau se donnant ainsi une plus grande marge de manoeuvre, suivant ainsi les traces du précédent gouvernement conservateur.

Le gouvernement fédéral avait alors publié les rapports 2014 et 2015 sur les exportations de matériel militaire du Canada, lesquels expliquent notamment de quelle manière le Canada effectue des contrôles à l’exportation. Or, certains passages de ces deux dernières éditions ont été réécrits et diffèrent des précédents rapports.

C’est aussi discrètement que le Canada lève désormais ses restrictions sur la vente d’armement en Ukraine.

Elisabeth Studer – 8 avril 2017 –

 La France demande à l’ONU une force anti-terrorriste G5 Sahel … sous forte odeur de pétrole

La présence militaire au Sahel pour l’accès à l’uranium de la zone ?



Vers une nouvelle guerre du pétrole Maroc/ Espagne pour les eaux au large des îles Canaries ?

Elisabeth Studer

Revoilà les prémices d’une guerre du pétrole qui ne dit pas son nom, avec pour principales protagonistes le Maroc et l’Espagne, au travers de dossiers aussi épineux que celui du Sahara occidental et du statut des eaux situées au large des îles Canaries. 

Alors que la délimitation de ces eaux avait par le passé suscité des tensions entre le Maroc et l’Espagne, notamment après le démarrage des premières explorations de pétrole dans la zone, le Maroc vient d’adopter deux textes de loi visant à délimiter son espace maritime au large du Sahara occidental, face aux îles Canaries, lesquelles sont constituées d’un archipel espagnol de l’océan Atlantique situé au large des côtes du Maroc et du Sahara occidental. Si moins de 100 km séparent Fuerteventura des côtes marocaines, chaque Etat est en droit de revendiquer un plateau continental allant de 200 à 350 milles marins.

En fin de semaine dernière, le porte-parole du gouvernement marocain Mustapha El Khalfi, a déclaré à l’issue d’un conseil gouvernemental durant lequel ces textes ont été adoptés que leur objectif était d’ »inclure l’espace maritime faisant face aux côtes du Sahara marocain dans l’arsenal juridique national ». L’objectif est de « cimenter la tutelle juridique du Maroc sur ces eaux et barrer la route à toutes les allégations remettant en cause la souveraineté du royaume sur cet espace », a-t-il poursuivi.

Selon la MAP, l’agence officielle marocaine MAP, le royaume va ainsi procéder « aux opérations techniques de délimitation des lignes de base au large de la mer territoriale du Maroc, de la zone économique exclusive et du plateau continental ».

Mustapha El Khalfi a tenu à préciser pour sa part que le Maroc entendait délimiter ses eaux territoriales « de manière plus précise » en perspective du dépôt du dossier final de demande d’extension du plateau continental.

L’un des textes institue une zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles marins (370 km) au large des côtes du Sahara occidental « pour l’incorporer, clairement, dans l’arsenal juridique national », a souligné le porte-parole. Rabat souhaite également « abroger le recours à la ligne médiane comme seul repère de la démarcation des frontières maritimes » avec les Canaries.

Si vendredi, une source diplomatique de haut rang n’a évoqué qu »une simple mise à jour du cadre législatif national sur le domaine maritime », précisant que si l’espace terrestre du Sahara avait été intégré dans le corpus juridique national, l’espace maritime était resté en décalage, l’enjeu pourrait être d’une ampleur beaucoup plus importante. Tant qu’une ce qui concerne les richesses en hydrocarbures de la zone qu’au niveau de l’épineux dossier du Sahara occidental.

Pour rappel, en 2007, Rabat avait ratifié la convention des Nations Unies (Montego Bay) sur le droit de la mer, disposant alors d’un délai de dix ans maximum pour définir les limites de son plateau continental.
En mai 2014, le gouvernement espagnol a donné son feu vert au projet de prospections pétrolières au large des îles Canaries présenté par le groupe Repsol.

Le ministère  espagnol « de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement  avait alors émis la Déclaration sur l’impact environnemental (DIA) favorable à un projet de prospection au large des Canaries, présenté par un consortium international menée par le géant pétrolier espagnol.

Les prospections, prévues une distance d’environ 60 kilomètres de la côte des Canaries devaient consister à prélever des échantillons de roche ou de fluides en vue de détecter l’éventuelle présence d’hydrocarbures dans la zone.

Des affirmations que ne semblaient pas convaincre les écologistes espagnols, lesquels avaient dénoncé en retour dans un communiqué « une absurdité sans précédent ». « Il s’agit d’un acte injustifiable, qui pose un grave risque aussi bien à l’environnement qu’à la principale activité économique des îles, le tourisme », indiquaient alors les organisations Greenpeace, WWF, Amigos de la Tierra, Ecologistas en Accion, SEO/Birdlife. Le président de l’une des îles des Canaries, Fuerteventura, avait quant à lui réagi très durement à l’annonce. Notant qu’elle voyait le jour à la suite des élections européennes.

En 2012, le gouvernement marocain avait annoncé la mise en place d’une commission provisoire pour la délimitation du plateau continental sur la rive atlantique. Laquelle devra étudier tous les détails permettant de fixer de nouvelles frontières maritimes en vue de présenter les dossiers d’ici la fin 2017 devant la commission internationale chargée de cette question. «Cette délimitation est nécessaire pour sauvegarder les intérêts du Maroc» avait alors déclaré à la presse le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Saad Dine El Othmani.

Un communiqué de la présidence du gouvernement avait indiqué que la réunion qui s’est tenue fin décembre 2012 en vue de mettre en place cette commission provisoire s’inscrivait dans le cadre de la mise en application de la Convention sur le droit de la mer, à laquelle le Maroc a adhéré, et qui donne aux Etats côtières l’autorisation de fixer la largeur de leurs mers territoriales au-delà de 200 milles, sans toutefois dépasser la distance maximale autorisée (350 milles), et en respectant certaines conditions géomorphologiques.

Le chef de gouvernement avait alors appelé tous les secteurs concernés à contribuer activement à l’élaboration d’ »un dossier digne de la position stratégique du Royaume » et « permettant de défendre ses intérêts devant la commission onusienne ».

Les résultats des études de terrain devraient permettre d’établir un nouveau tracé en concertation avec les pays concernés, à savoir l’Espagne (Îles Canaries) et le Portugal (Îles Madère). Des discussions qui pourraient être à l’origine de nouvelles tensions … avais-je alors indiqué …

Or, simple hasard de calendrier ? A l’été 2013, la Commission européenne s’est déclarée  incompétente pour trancher un éventuel litige entre le Maroc et l’Espagne concernant la prospection pétrolière  dans la zone maritime qui sépare les Iles Canaries du Maroc … Günther Oettinger, commissaire européen à l’Energie encourageant toutefois  les deux parties à résoudre tout différend à ce propos et conclure un accord par «des moyens pacifiques en suivant les principes de la charte des Nations unies, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et la Convention onusienne relative au droit de la mer».

Précisons encore que suite à la découverte d’importantes réserves de pétrole dans une zone maritime non-définie entre le Maroc et l’Espagne, l’Espagne a renforcé sa présence militaire dans les Iles Canaries. Le 16 avril 2013, le Bulletin officiel espagnol a publié un décret du ministre de la Défense, Pedro Morenés Eulate, autorisant la mise en place dans la municipalité de Puerto del Rosario (Fuerteventura), d’une zone militaire. Rappelons qu’en mars 2012, la commune avait donné l’autorisation à la compagnie pétrolière espagnole Repsol, d’explorer dans cette zone maritime.

Début 2012,  le lieutenant général César Muro Benayas, chef du Commandement militaire des Iles Canaries, avait  quant à lui soulevé un tollé, affirmant que l’armée espagnole devait se préparer à gérer un regain de tension avec le Maroc  suite à la découverte de gisements de pétrole et de gaz au large du Sahara marocain. «La question du pétrole, qui va prochainement se poser, sera une source d’instabilité et accentuera la tension», avait-il alors souligné.

Sources : AFP, MAP, Les Echos (Maroc), Libération (Maroc)

L’Allemagne et le Japon ont signé un accord de coopération militaire

http://www.opex360.com/2017/07/27/lallemagne-et-le-japon-ont-signe-un-accord-de-cooperation-militaire/

27-07-2017-En raison de tensions récurrentes avec la Chine, notamment pour des questions territoriales, le Japon cherche à établir des coopérations militaires avec les pays européens, voire asiatiques (comme l’Inde ou le Vietnam). C’est ainsi que, ces dernières années, l’archipel a noué des partenariats avec la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, comme il vient de le faire avec l’Allemagne.

En effet, un accord, qui était en préparation depuis 2015, a été signé sans publicité, à Berlin, le 17 juillet, par Takeshi Yagi, l’ambassadeur japonais en poste en Allemagne, et Katrin Suder, une secrétaire d’État du ministère allemand de la Défense.

A priori, cet accord, qui est le huitième du genre conclu par le Japon depuis l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe, le Premier ministre nippon, vise à ouvrir la voie à une coopération industrielle entre les deux pays.

D’après le quotidien japonais Asahi Shimbun, cet accord donnerait en effet au Japon « les moyens de développer » plus rapidement des véhicules de transport de troupe. « La technologie allemande est très appréciée dans ce domaine », a confié une source du ministère nippon de la Défense.

Actuellement, les forces d’autodéfense japonaises souhaitent remplacer leurs véhicules de transport de troupes de type 96, entrés en service il y a un peu plus de 20 ans. En janvier dernier, la société Komatsu Ltd a présenté le prototype d’un blindé 8×8 de 20 tonnes [voir photo]. Sa masse étant plus importante que son prédécesseur (+ 6 tonnes), il doit être doté d’un moteur beaucoup plus puissant et d’une suspension renforcée.

Cela étant, un développement conjoint de ce nouveau véhicule n’est pas officiellement évoqué à Tokyo. Le Japon et l’Allemagne « envisagent toutes sortes de possibilités pour l’équipement de défense et la coopération technologique », a seulement déclaré un porte-parole de l’ATLA, l’agence dédiée à l’armement du ministère japonais de la Défense.

S’agissant des réactions que l’opinion publique d’outre-Rhin (voire de la Chine) pourrait avoir à l’annonce de la signature de cet accord (ce qui a motivé la discrétion de Berlin à son sujet), le ministère allemand de la Défense a fait valoir que le Japon est traité « de la même manière qu’un partenaire de l’Otan en matière de réglementation des contrôles à l’exportation. »