INFOBREF N°497

 Russie et Chine contre l’empire du dollar (Il Manifesto)

Par Manlio DINUCCI. Le 17.09.2017.  Sur Le Grand Soir   https://www.legrandsoir.info/russie-et-chine-contre-l-empire-du-dollar-il-manifesto.html

 Un vaste arc de tensions et conflits s’étend de l’Asie orientale à l’Asie centrale, du Moyen-Orient à l’Europe, de l’Afrique à l’Amérique latine. Les “points chauds” le long de cet arc intercontinental -Péninsule coréenne, Mer de Chine Méridionale, Afghanistan, Syrie, Irak, Iran, Ukraine, Libye, Venezuela et autres- ont des histoires et des caractéristiques géopolitiques différentes, mais en même temps sont reliés à un unique facteur : la stratégie avec laquelle “l’empire américain d’Occident”, en déclin, essaie d’empêcher l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux. Ce que redoute Washington se comprend par le Sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui s’est tenu du 3 au 5 septembre à Xiamen en Chine.

Exprimant “les préoccupations des Brics sur l’injuste architecture économique et financière mondiale, qui ne prend pas en considération le poids croissant des économies émergentes”, le président russe Poutine a souligné la nécessité de “dépasser la domination excessive du nombre limité de monnaies de réserve”. Référence claire au dollar, qui constitue presque les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie par laquelle se détermine le prix du pétrole, de l’or et d’autres matières premières stratégiques. Ce qui permet aux EU de conserver un rôle dominant, en imprimant des dollars dont la valeur se base non pas sur la réelle capacité économique étasunienne mais sur le fait qu’ils sont utilisés comme monnaie mondiale. Le yuan chinois est cependant entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats d’achat du pétrole en yuan, convertibles en or.

Les Brics demandent en outre la révision des quotas et donc des votes attribués à chaque pays à l’intérieur du Fonds monétaire : les EU, à eux seuls, détiennent plus du double du total des votes de 24 pays de l’Amérique latine (Mexique compris) et le G7 détient le triple des votes du groupe des Brics. Washington observe avec une préoccupation croissante le partenariat russo-chinois : les échanges entre les deux pays, qui en 2017 devraient atteindre les 80 milliards de dollars, sont en forte augmentation ; en même temps augmentent les accords de coopération russo-chinoise dans le domaine énergétique, agricole, aéronautique, spatial et dans celui des infrastructures. L’achat annoncé de 14% de la compagnie pétrolifère russe Rosneft par une compagnie chinoise et la fourniture de gaz russe à la Chine pour 38 milliards de m3 annuels à travers le nouveau gazoduc Sila Sibiri qui entrera en fonction en 2019, ouvrent à l’export énergétique russe la voie à l’Est tandis que les EU essaient de lui bloquer la voie à l’Ouest vers l’Europe.

Perdant du terrain sur le plan économique, les EU jettent sur le plateau de la balance l’épée de leur force militaire et de leur influence politique. La pression militaire étasunienne en Mer de Chine Méridionale et dans la péninsule coréenne, les guerres EU/Otan en Afghanistan, Moyen-Orient et Afrique, le coup d’épaule EU/Otan en Ukraine et la confrontation consécutive avec la Russie, entrent dans la même stratégie de confrontation mondiale contre le partenariat russo-chinois, qui n’est pas seulement économique mais géopolitique. Y entre aussi le plan de miner les Brics de l’intérieur, en ramenant les droites au pouvoir au Brésil et dans toute l’Amérique latine. C’est ce que confirme le commandant du U.S. Southern Command, Kurt Tidd, qui prépare contre le Venezuela l’”option militaire” brandie par Trump : dans une audition au sénat, il accuse la Russie et la Chine d’exercer une “influence maligne” en Amérique latine, pour faire avancer là aussi “leur vision d’un ordre international alternatif”.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 12 septembre 2017 de il manifesto

CRIME DU CAPITAL

Bussac-Forêt: Il s’immole sur son lieu de travail

Par charentelibre.fr, publié le 28 septembre 2017 à 9h12.

Un homme de 51 ans s’est grièvement brûlé en tentant de s’immoler par le feu sur son lieu de travail devant des collègues, lundi matin à Bussac-Forêt (Charente-Maritime).

Cette tentative de suicide a été révélée par le quotidien Sud Ouest à qui «une parente» a envoyé un message dans lequel elle explique que ce salarié était «harcelé moralement et psychologiquement» et «poussé à la démission par sa société de nettoyage ».

Ce quinquagénaire marié et père de deux enfants s’est aspergé d’essence avant de s’immoler par le feu «devant son responsable hiérarchique», dans l’enceinte de la cimenterie où il était employé.

Le médecin du Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) a constaté «une brûlure sur 30%» de son corps et l’a fait héliporter vers le service de grands brûlés d’un hôpital de Bordeaux, selon les pompiers.

Politique de Défense du Canada: protection et sécurité pour qui?

25 septembre 2017-Par Collectif  Échec à la guerre (Canada).  Le 25.09.2017.

Dévoilée en juin dernier, la nouvelle Politique canadienne de Défense, intitulée « Protection, Sécurité, Engagement » préconise le renforcement du partenariat Canada-États-Unis et privilégie la voie militaire pour « augmenter la paix et la sécurité dans le monde ».

Cette Politique de défense prévoit une augmentation du budget militaire de 70 % en dix ans, passant de 18,9 milliards en 2016-2017 à 32,7 milliards en 2026-27. Le gouvernement Trudeau aurait cédé aux pressions du Président Trump pour que les pays membres de l’OTAN augmentent leurs contributions en vue d’atteindre l’objectif de 2 % du produit national brut (PIB). On est en droit de se demander quelle menace pèse tant  sur le Canada pour justifier une telle augmentation des dépenses militaires dans un contexte d’austérité, alors que le Canada ne contribue qu’à hauteur de 0,26 % à l’aide publique au développement et que les besoins sociaux au pays sont tellement criants.

Le Canada : un acteur crédible sur la scène internationale?

Loin d’assurer « protection et sécurité », la Politique annonce plutôt « l’engagement ferme du Canada auprès de NORAD et de l’OTAN » et sa volonté d’être « un acteur crédible et engagé à l’échelle internationale ». Mais comment le Canada peut-il prétendre travailler pour la paix dans le monde en participant aux missions militaires menées sous l’égide de l’OTAN? Une réelle sécurité collective passe plutôt par une rupture avec cette vision militariste et fondamentalement impérialiste.

La Politique contient aussi beaucoup de promesses d’achat – navires de combat de surface, chasseurs sophistiqués, systèmes télépilotés, communément appelés « drones », etc. Elle prévoit aussi que le Canada se dotera de la capacité d’intervenir sur plusieurs fronts à la fois, c’est-à-dire de mener des guerres simultanément dans plusieurs pays. Pourtant en 2016, le gouvernement Trudeau avait annoncé en grande pompe le retour du Canada aux opérations onusiennes de maintien de la paix. À ce jour, aucune annonce d’une participation canadienne à de telles opérations n’a été faite.

La Politique de défense vise plutôt le renforcement du complexe militaro-industriel et le commerce international des armes.

Sur 20 ans, ce sont 62 milliards en fonds nouveaux qui sont prévus en matière de « défense ». À n’en pas douter, ils ne serviront ni la cause de la paix, ni la stabilité dans le monde, par ailleurs dangereusement fragilisées par la menace nucléaire actuelle qui fait craindre de plus en plus le retour d’une nouvelle Guerre froide.

Dans ce contexte belliqueux, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires a été adopté aux Nations unies en juillet dernier. Malheureusement, aucun des neuf pays détenteurs de l’arme nucléaire n’a pris part aux négociations.  Aussi 28 des 29 pays membres de l’OTAN, dont le Canada, se sont abstenus de voter.  Soumis à la signature à partir du 20 septembre, ce Traité entrera en vigueur après sa ratification par 50 pays membres et ne s’appliquera qu’aux signataires.  Le Canada doit saisir cette occasion historique de signer cette entente multilatérale, une première en plus de 20 ans.

Appel à nos concitoyen.ne.s

En ce 21 septembre 2017, Journée internationale de la paix, il est illusoire de faire la promotion de la paix sans dénoncer tant la Politique de défense du gouvernement Trudeau que son abstention sur le vote d’adoption du nouveau Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Pour signifier notre opposition au renforcement des politiques militaristes du gouvernement canadien et à sa participation à des missions offensives, nous porterons le coquelicot blanc jusqu’au 11 novembre, Jour du souvenir. Aussi nous invitons celles et ceux qui militent pour un monde sans guerre et sans arme nucléaire, à le porter en mémoire de toutes les victimes, majoritairement civiles, des conflits armés.

François Avard, auteur
Ariane Émond, journaliste indépendante, animatrice
Co-porte-paroles du Collectif Échec à la guerre



Macron et Merkel conciliants avec le Qatar pour vendre des Typhoon d’Eurofighter ?

Elisabeth Studer

Simple hasard de calendrier ? Permettez moi d’en douter. Alors qu »en fin de semaine dernier, Emmanuel Macron s’est montré très conciliant avec l’émir du Qatar en visite officielle à l’Elysée, le Qatar a signé dimanche une lettre d’intention portant sur l’achat de 24 Typhoon au groupe de défense britannique BAE Systems. L’appareil, un avion de combat construit par le consortium Eurofighter dont font partie Airbus est un rival du Rafale de Dassault. L’agence de presse qatarie QNA à l’origine de l’annonce a précisé que le texte avait été signé par le ministre des Affaires de défense qatari Khalid bin Mohammed Al Attiyah et son homologue britannique Michael Fallon. La déclaration d’intention prévoit l’achat de « 24 Typhoon modernes avec tout leur équipement », rapporte QNA. Aucun montant n’a été mentionné par les deux partenaires.

Il semble désormais bien loin le temps où le Qatar était pointé du doigtbusiness « oblige ». L’Eurofighter Typhoon est, il est vrai, construit par un consortium réunissant BAE, Airbus et l’italien Leonardo et représente 40 000 emplois en Grande-Bretagne.

Rappelons en effet qu’en juin dernier, plusieurs pays du Golfe ont rompu en juin leurs relations avec l’émirat l’accusant de soutenir des groupes islamistes radicaux. Le 5 juin, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont même rompu leurs relations avec le Qatar et lui ont imposé des sanctions économiques (arrêt des liaisons aériennes, maritimes et terrestres) après l’avoir accusé de soutenir des groupes islamistes radicaux. Doha rejetant toutefois ces accusations.

Qu’à cela ne tienne, dans sa grande largesse, Emmanuel Macron a demandé ce vendredi la levée « le plus rapidement possible » des « mesures d’embargo affectant les populations du Qatar », à l’issue d’une rencontre avec l’émir du Qatar, cheikh Tamim Al Thani.

Lors de leur entrevue, les deux hommes « ont évoqué la crise en cours entre le Qatar et plusieurs pays du Moyen-Orient ». Emmanuel Macron a à cette occasion exprimé sa « préoccupation face à des tensions qui menacent la stabilité régionale, entravent la résolution politique des crises et l’efficacité de  » la lutte collective contre le terrorisme » , selon un communiqué de l’Elysée.

Autre hasard de calendrier, alors que la France et l’Allemagne constituent les deux piliers principaux du groupe aéronautique Airbus, l’émir avait préalablement rencontré vendredi à Berlin la chancelière allemande Angela Merkel. Laquelle s’est montrée également très conciliante, appelant les acteurs de la crise à « s’asseoir à une même table ». Elle a par ailleurs estimé que les négociations entre le Qatar  d’une part, et d’autre part l’Arabie Saoudite et ses alliés, devaient être « discrètes pour réussir. »

  • Le Qatar pourtant fortement soupçonné de financer Daesh

En août 2014, s’exprimant sur ZDF, la chaîne de télévision publique d’Allemagne, le ministre allemand de l’Aide au Développement, Gerd Müller, avait accusé explicitement  l’émirat du Qatar d’être derrière le financement des terroristes de l’ » Etat Islamique » (EI). S’interrogeant sur « qui finance ces troupes ?», il avait à la suite ajouté :   »je pense au Qatar« .

Dans un communiqué de presse, le parti UPR  notait quant à lui que ce membre du gouvernement d’Angela Merkel donnait ainsi du crédit aux rumeurs insistantes, étayées sur des indices de plus en plus nombreux, qui circulent dans les milieux du renseignement et sur les réseaux sociaux, et qui font état de liens étroits des terroristes de l’EI avec le Qatar, mais aussi avec les États-Unis et les pays occidentaux. L’UPR demandait alors au gouvernement d’expliquer aux Français ce qu’il sait – grâce à ses services de renseignement et à ceux des Allemands –, des liens entre son allié l’émir du Qatar et les terroristes de l’EI.

Lors d’un point de presse gouvernemental tenu à Berlin, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Martin Schäfer, avait quant à lui été interrogé, par les journalistes présents, sur la déclaration sensationnelle du ministre de l’Aide au développement, Gerd Müller, au sujet du Qatar. Répondant très exactement ceci : « L’Allemagne a de bonnes et amicales relations, avec le Qatar acteur régional majeur»,  ajoutant que «les propos de M. Müller ont donné lieu à une discussion entre le gouvernement qatari et l’ambassade d’Allemagne à Doha. »

Dans le cadre de cette entrevue, l’Allemagne a déclaré « au gouvernement du Qatar » qu’elle considérait leur pays « comme un partenaire » avec lequel « elle travaille dans différents domaines, même si sur certaines questions, elle ne partage pas toujours le même avis.» Martin Schäfer ajoutant : « Nous regrettons qu’il ait pu y avoir une incompréhension ». S’exprimant tout particulièrement au sujet des allégations de financement, il a simplement déclaré : « Je ne suis pas au courant de telles informations ». « Le ministre a fait allusion à des informations de presse et n’a pas formulé d’accusations concrètes.» Sans s’étendre davantage sur le sujet, sans présenter de quelconques excuses et sans préciser non plus que les suppositions du ministre allemand étaient dénuées de tout fondement.

Le 13 août 2014, reprenant une analyse du quotidien Nezavissimaïa Gazeta, l’agence de presse russe  Ria Novosti, avait également dénoncé à son tour le fait que les terroristes de EI bénéficient en réalité d’un soutien financier, matériel et militaire pratiquement illimité du Qatar, et indirectement des États-Unis et de l’UE.

Après avoir rappelé que « les organisations terroristes islamistes, comme Al-Qaïda ou les talibans, ont été créés par la CIA, le Pentagone et le département d’État », les médias russes soulignaient ainsi ,  « qu’avec le consentement silencieux, voire parfois le soutien direct de Washington et de ses alliés occidentaux et régionaux, le terrorisme international se répand sur la planète, représentant une menace toujours plus importante pour l’humanité. »

Lors du sommet du G20, qui s’est tenu du 14 au 16 novembre 2015  en Turquie, soit le lendemain des attentats perpétrés à Paris, le président russe Vladimir Poutine a souligné que la Russie avait présenté des exemples de financement des terroristes par des personnes physiques venant de 40 pays, y compris des pays-membres du G20.
Lors du sommet «j’ai donné des exemples basées sur nos données du financement de Daesh par des individus privés. Cet argent vient de 40 pays, parmi lesquels participent des pays-membres du G20», avait ainsi précisé Vladimir Poutine. Lequel avait également évoqué la nécessité urgente d’empêcher la vente illégale de pétrole, laquelle rentre pour une bonne part dans le financement de Daesh comme nous l’indiquions dans un précédent article.

Au final, si l’« État islamique » et les terroristes d’Al Nosra-Al Qaïda sont officiellement combattus, de plus en plus d’éléments laissent à croire qu’ils sont en réalité soutenus discrètement, par Washington et ses vassaux.

Certains se sont étonnés que les « frappes aériennes » occidentales contre ces mouvements aient obtenu si peu de résultats durant plusieurs semestres, alors qu’elles étaient venus à bout de l’armada irakienne de Saddam Hussein en 3 semaines. Rappelons ainsi que la guerre contre l’Irak a été déclarée par George W. Bush le 20 mars 2003 et que Bagdad est tombée le 12 avril de la même année.Dollar