2/6-Greve des mineurs du Kentucky 1930-1932

 Il ne s’agit pas d’une grève en particulier mais d’une série de conflits qui se sont poursuivis avant 1930 et qui se sont prolongés jusqu’aux présents jours, une incessante guerre de classe dont on ne connaît que les épisodes les plus marquants et les plus sanglants 

Il est nécessaire de replacer les luttes de cette période dans le contexte économico-politique des USA. Après la première guerre mondiale les USA connurent une période de prospérité d’une vingtaine d’années. La région minière des Appalaches prit un grand développement attirant nombre d’émigrants et de Noirs du Sud. La crise de 1929 frappa particulièrement les compagnies charbonnières comportant tant de grandes compagnies nationales que de petits opérateurs locaux. Pour affronter cette crise un programme national du gouvernement Hoover visait à réduire l’ensemble des coûts de production à commencer par les salaires. Les USA comptent 12 millions de chômeurs et toute action collective pour obtenir fut-ce une indemnité de chômage se heurte à une répression sans précédent  : violence globale ou individuelle, emprisonnement. Une manifestation d’à peine 2 000 «  marcheurs de la faim  » sur Washington est stoppée par une énorme mobilisation de flics et militaires. Dans le Kentucky le chômage est encore accru par les concentrations d’entreprise et le déplacement des mines situées à l’ouest vers les plus rentables situées à l’Est, les autres étant abandonnées et les mineurs licenciés

En 1930 les salaires des mineurs ont été globalement de 12 millions de dollars( de 1929 à 1931, les salaires ont baissé de 60%). Le 1/10/1931 , le patronat impose une réduction de salaire à 1 millions de sidérurgistes. Dans les mines, la sécurité est pratiquement abandonnée. Quelle était la condition des mineurs du Kentucky telle qu’elle résulte du rapport d’une enquête du Dreiser Committee (une enquête privée humanitaire sponsorisée par des intellectuels, parmi eux l’écrivain Dos Passos  ; il fallait un courage certain pour répondre à cette enquête, tout mineur y participant étant immédiatement licencié et risquant d’être tabassé jusqu’à en mourir. 

«  Caleb Powers, 42 ans, mineur pendant 25 ans. Ils n’arrêtent pas de baisser les salaires de façon à ce que vous puissiez à peine vivre. Si un homme travaille dur, il peut se faire de 40 à 50 dollars par mois mais parfois je ne fais que 30$. Je dois payer de 12 à 15$ pour le loyer.  ; On me prélève 5$ par mois pour l’assurance maladie et accident. La plupart du temps, on a des dettes. On ne peut jamais économiser pour s’acheter des habits. On est contraint d’acheter dans les magasins de la compagnie qui sont parfois jusqu’à 50% plus chers qu’ailleurs. J’ai été licencié parce que j’ai assisté à un meeting du syndicat National Miners Union. Maintenant je suis arrêté pour avoir collecté de la nourriture pour les enfants affamés pour le compte du syndicat  »

On doit ajouter que pour mieux dominer les mineurs, les patrons des mines ont inventé leur propre monnaie, le  «  scrip  » , seule monnaie utilisée pour payer les salaires , et seule monnaie utilisable pour les achats dans les magasins des compagnies, plus chers que tout autre

Jusqu’en 1930 , aucun syndicat ne peut pratiquement s’implanter dans les vallées minières . ll y a bien une «  présence syndicale  » des IWW et d’un syndicat des mineurs UMWA, mais ce denier est un syndicat maison, bureaucratique, corrompu. Les grèves sont fréquentes mais isolées durement réprimées  : on verra même en 1930 un avion larguer des bombes sur un rassemblement de mineurs en grève. Ce qui n’empêche pas des groupes locaux informels de tenter de résister comme ils peuvent.

En février 1931, les salaires sont à nouveau réduits et cette résistance locale se développe. Les patrons répondent à cette montée des luttes en organisant des «  escadrons de la mort  » avec des éléments recrutés dans la pègre  ; ils seront jusqu’à près de 200 habilités à agir comme bon leur semble tuant, kidnappant, incendiant, etc  . en toute impunité. Une de ces escouades tombe dans une sorte de guet-apens dressé par des mineurs le 4 mai 1931 à Ewarts et une bataille rangée à tir réels laisse trois sbires et un mineur sur le carreau (il y aurait eu plus de mineurs tués car les cadavres auraient été emportés dans les villages reculés).  .

Cette tuerie déclenche une grève sauvage dans tout le secteur minier ( sans organisation tous les leaders éventuels ayant été éliminés physiquement ou emprisonnés). Le syndicat UMWA condamne la grève et refuse de lui apporter un soutien quelconque. C’est alors que s’implante un nouveau syndicat le N M U dont les leaders appartiennent au parti communiste américain. Ce syndicat n’est pas totalement inconnu dans les vallées minières. Pour soulager la misère et en prévision d’un conflit ce syndicat a, par le canal d’une organisation parallèle –Workers International Relief – tenté d’implanter des centres sociaux dispensant à la fois nourriture, soins et conseils juridiques.  Pressentant le danger pour eux de tels centres en cas de grève, les attaques des sbires patronaux se concentrent, en plus de celles visant les bureaux et responsables syndicaux du NMU, sur ces «  cuisines  », incendiant, dynamitant et tuant à l’occasion. C’est cette répression qui vaudra au comté d’Harlan le surnom «  Bloody Harlan  ». Le NMU envoie des organisateurs dans tout le secteur minier  : la tête de ceux-ci est mise à prix par les compagnies pour 2  000$

Le nouveau syndicat n’a rien de révolutionnaire. Ses revendications touchent à peine les conditions de travail mais la vie quotidienne des mineurs telle qu’elle est contrôlée par les compagnies minières  : pas de réduction des salaires, fin du «  scrip  », contrôle indépendant du poids du charbon extrait (les mineurs étant à la tâche). La répression se déchaîne plus que jamais, meurtres, tabassage après kidnapping, incendie des maisons de grévistes,.l'Etat de siège est proclamé et tout étranger à la région ( surtout les journalistes) ne peut pénétrer dans la zone du conflit. La garde nationale est appelée mais au lieu de s’interposer se mettra du côté des patrons miniers et de leurs sbires., avec des moyens accrus ( voitures blindées, mitrailleuses) Les magasins patronaux sont pillés. La grève dure pourtant jusqu’à novembre 1931 et s’arrête par épuisement des mineurs.

Une convention du NMU ( des délégués de 72 mines et 17  000 adhérents) décide la 13 décembre 1931 de lancer une grève générale de toutes le mines de charbon pour le 1 janvier 1932  , mais cette grève devra s’arrêter en mars par épuisement des mineurs  ; la reprise sera lente, la reprise réelle de tous les mineurs ne sera atteinte qu’en janvier 1933. . Affrontements et répression n’en sont pas terminés pour autant. En novembre 1932, les voies ferrées sont dynamitées pour stopper le passage des trains charbonniers  ; Le 30 avril 1933 le président du NMU local est assassiné. On ne sait pas combien de mineurs ont été tués dans ce long conflit pas plus le nombre de ceux qui auraient été condamnés à des peines plus ou moins lourdes de prison simplement pour  «  syndicalisme  » ou tout autre délit ou crime ( officiellement 335)

suite 

2/7-La grève des mineurs anglais de 1972 :Une «victoire» dans une phase de déclin du pouvoir des mineurs.