2/7-La grève des mineurs anglais de 1972 :Une «victoire» dans une phase de déclin du pouvoir des mineurs.

 Les grèves victorieuses de 1972 et 1974

Tout un historique de cette grève est décrit, dans la brochure d' Echanges qui porte le titre de « Lutte de classe autonome en Grande Bretagne 1945-1977 » de Cajo Brendel et Joe Jacob. Je vais me permettre d' en résumer les grandes lignes tout en citant les passages qui me semble les plus importants.

 

Les élections de 1970 allaient mettre au pouvoir un gouvernement conservateur, celui d' Edward Heath. A peine intronisé E. Heath va durcir les projets d' encadrement étatique du « droit de gréve » de son prédécesseur Wilson.

 

Il décrète une période de conciliation sans grève de soixante jours, et durci les sanctions contre les responsables des grèves sauvages. Tout cela dans un climat de forte poussée gréviste.1

 

En l' espace d'une semaine, la paralysie de l' économie se met en place, Heath devra décréter cinq fois l' état d'urgence :

contre les mineurs ( deux fois)

contre les dockers (deux fois)

contre les salariés du secteur électrique (une fois)

 

La grève s'enclenche.

 

Début 1972 (le 9 janvier) les mineurs anglais se mettent en grève pour une augmentation de salaire de 47%, comme de bien entendu la direction refusa, prétextant qu'une augmentation de plus de 8% mettrait l' économie en danger. Ce qui n' empêcha pas les députés à Westminster de se voter très démocratiquement une augmentation de 37%.

Cette grève déclenchée par les syndicats se fit dans un moment jugé défavorable. L'hiver était doux, les réserves de charbon étaient énormes et on pouvait s' attendre à une grève classique. Mais il n' en fut rien parce que la détermination des grévistes allait rapidement dépasser les cadres juridiques « le droit de grève » de la classe bourgeoise. Le T.U.C fut comme de coutume aux ordres du système, il refusa toute aide aux grévistes dés le début du conflit. Cependant les mineurs, vont dés le début, manifester un mépris complet pour les intérêts de la société en place.

 « En Angleterre,-comme ailleurs-une loi non écrite prescrit l' entretien des mines en cas de grève. Les leaders syndicaux ne manquèrent pas, comme d' habitude, de la rappeler. Les mineurs haussèrent les épaules et répondirent qu'ils se foutaient bien des mines, puisqu'on les fermait pour les mettre dehors. » p.75 Lutte de classe autonome en Grande Bretagne 1945-1977 )

 

A ce stade déjà, le comportement des syndicats et celui de la base en grève était conflictuel. Comme toute grève, il est nécessaire dés le début de se donner les moyens de tenir ; ceux ci sont diverses, pour les mineurs il était important de bloquer les stocks de charbon et la menace de suppléer le manque de charbon par une autre forme d' énergie.

 

« Spontanément et contre la volonté du syndicat, ils organisèrent des piquets aux portes des dépôts de charbon, ils entourèrent d'un « cordon sanitaire » toutes les centrales électriques du pays. Ils coupaient le ravitaillement en charbon- et même en fuel- des centrales thermiques-qui furent contraintes de stopper les une après les autres. » (p,75 Lutte de classe autonome en Grande Bretagne 1945-1977)

 L 'auto organisation des grévistes est impressionnante et redoutable, les piquets de grève sont tenus 24h sur 24h, pendant que des piquets volants vont populariser le mouvement.

Le gouvernement est pris de cours ; par les premières coupures d' électricité, causées par le manque de charbon.

L'industrie est touchée dés le 10 février, les particuliers dès le 16 février, l' état d'urgence se met en place le 9 février. La population, l'industrie,le commerce sont alors soumis à de sévères restrictions énergétiques.

 La police est présente, mais est continuellement débordée et ne parvient pas à briser les piquets de grève. Le 10 février 15 000 mineurs et grévistes d' autres secteurs repoussent 1000 flics devant le dépôt de coke de Saltley.

Le 15 février, c'est devant le parlement que se massent des milliers de mineurs. Le 18 février, les mineurs emportent la victoire, le gouvernement cède sous la pression des grèves sauvages, les revendications salariales sont satisfaites et bien au delà. Le 25 février la reprise est votée à 96% après 47 jours de lutte. Le gouvernement n 'est pas pour autant tiré d' affaire, les dockers entrent dans la danse pour des raisons similaires à celles des mineurs, les uns contre la fermeture des puits, les autres contre la concurrence du contenainer prédateur d' emploi.2

Une déferlante de grève

Vers la fin du mois de juillet, le comité national des shop stewards menace une seconde fois de déclarer une grève nationale en dehors des syndicats. Le gouvernement fait la sottise de faire arrêter et incarcérer cinq shop stewards à la prison de Pentonville. Cette prise d'otage va avoir comme effet de radicaliser un mouvement qui couvait depuis longtemps. Toutes les tentatives pour diviser le mouvement général naissant allaient échouer , notamment celles visant à opposer les dockers aux ouvriers de dépôts de conteneur. Peine perdu les travailleurs des dépôts vont être les premier a soutenir les dockers. L'étincelle allait mettre l' incendie sur tout le pays. En deux jours la classe dominante allait devoir affronter une lutte de classe surpassant celle de mars et de juin.

«  Du 22 au 31 juillet 1972, la tension monta jour par jour pendant 10 jours. Un certain WR Bentley écrivant au Daily Telegraph décrivait 3« Aujourd'hui, les masses sont descendues dans la rue pour manifester. Elles se mettent en grève et pèsent de tout leur poids sur l'économie. Que feront-elles demain ? Quand elle auront conscience qu'elles peuvent attaquer en toute impunité, n'étendront-elle pas leur pouvoir jusqu' au jour où seules les armes pourront alors les arrêter ? » (p.109  Lutte de classe autonome en Grande Bretagne 1945-1977)

Les typographes entrent dans l' action et se mettent au service du comité autonome des dockers, pour informer de l' évolution de la situation, les transports publics sont paralysés, le secteur automobile entre dans la mouvance gréviste, puis les métallos et de nouveau les mineurs. Le 25 juillet, les mineurs de Nottingham sont en grève, le pays de Galls compte 35 000 mineurs.

La classe bourgeoise réplique et vise principalement les brigades volantes des mineurs, en vain. Ceux ci se rassemblent en masse devant la prison de Pentonville pour faire libérer les shot stewards.

« «Des centaines de dockers et travailleurs des conteneurs s'étaient rassemblés spontanément devant les grilles de la prison de Pentonville. C'était tout autre chose qu'une manifestation pacifique devant le siège du parlement organisée par les responsables syndicaux. » p.114

Pendant deux jours, les affrontements avec la police feront rage pour faire libérer les camarades de combat

« Et Heath capitula ; le jeudi 27 juillet,pour la 2éme fois et sans que les dockers emprisonnés ou aucun de ceux qui luttaient l' ait sollicité, « l'official Soliciter » réapparut à la barre du Tribunal social. Les 5 shop-stewards furent libérés. Des scènes indescriptibles se déroulèrent devant la prison de Pentoville, Le mouvement autonome remportait sa victoire la plus spectaculaire de l' année. ». (p.116

Depuis le début de la grève (aout 1972), jusqu'à mars 1974, le calme ne fut pas de mise. Le gouvernement pensait s' en être tiré honorablement. Seulement les tambours de la guerre de classe résonnaient à nouveau. Les ouvriers du bâtiment, ceux de Chrisler, de Perking (fabrique de moteurs), les typos des quotidiens de Londres, etc...se concurrençaient durant l' année 1973 en faveur des grèves sauvages. Le gouvernement essaya encore une fois par des mesures sournoises de retourner le monde du travail contre les mineurs ; il avait pour cela introduit la semaine de 3 jours de travail. Cette mesure mis plus d'un million d'ouvriers à pied ou au chômage.

Heath échoua, ce fut la gouvernement qui allait prendre le bouillon. L' Angleterre était sans chauffage, sans lumière et sans train. Tous les efforts visant à trouver un compromis échouèrent face à la combativité ouvrière.

Les élections approchaient et Heath était dans l' impasse, il tenta d'obtenir l' approbation du peuple aux élections et ainsi avoir démocratiquement les mains libres pour réprimer les mineurs (ce que fera M. Thatcher ).

Les mineurs et la solidarité de classe firent tomber le gouvernement conservateur de Ted Heath, au profit de son successeur travailliste Harold Wilson. Les mineurs, les dockers... avaient certes gagner une victoire mais pas la guerre comme nous le verront avec la venue de la « Dame de fer » Margaret Thatcher.

1On passe de 2,8 millions de journées de grève en 1967 à 24 millions en 1972

2C'est au cours de la première guerre mondiale que le container fit son apparition pour livrer le pétrole. Les pétroliers avaient alors une capacité de 200 à 300 containers, ceux de 1969/70 en transportaient 1200 à 1600.

3Le 31 juillet 1972

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