3-GRANDE BRETAGNE-CAPITAL NATIONAL ET CAPITAL INTERNATIONAL LA GRÈVE DE 1984/1985

 Cette longue gréve des mineurs de Grande Bretagne est décrite en détail dans le livre d'Henri Simon (« To the bitter end » GREVEDES MINEURS EN GRANDE-BRETAGNE MARS 1984 MARS 1985) édition Acratie, auquel j’empreinte la plupart des informations, tout d' abord le contexte dans lequel va se dérouler une véritable guerre civile entre la bourgeoisie minière,Thatcher et les mineurs. Ensuite, je reprendrais les points essentiels qui conduiront à cette guerre de classe.

 « Il se passe pour le charbon ce qui se passe pour nombre d'autres industries. Ce n'est pas. comme le croyaient les travaillistes en l947. un simple problème d'efficacité dans un cadre national. Concurrence d'autres formes d'énergie, concurrence d'autres pays producteurs. crise économique. tout concourt à disloquer tous les plans à long terme d'autant plus que leur impact peut varier rapidement avec les variations des coûts internationaux du charbon et des autres sources d'énergies: les règles sauvages du capital que l'on cherchait à éliminer font constamment irruption sur la scène nationale. Du 4éme rang mondial en l970 pour la production charbonnière, le Royaume-Uni passe au 7éme rang en 1982. Les victoires des mineurs de 1972 et 1974 ne faisaient pas reculer le déclin des mines et la soumission de leur exploitation aux impératifs du capital. Au contraire, la conquête d'augmentation de salaires importantes rendait plus urgente la restructuration : même si l'agent de cette accélération était la « revanche » que les conservateurs voulaient prendre sur les mineurs d'une défaite politique, le moteur en restait les impératifs du capital.

 Le déclin de la force des mines et des mineurs était particulièrement spectaculaire. En 1923, il y avait l.250.000 mineurs produisant 250 millions de tonnes de charbon : ils sont 711.000 (6,3% de la force de travail anglaise) pour en produire 200 millions en 1947; ils ne sont plus que 190.000 en 1983 ( moins de 1% de la force de travail) pour 105 millions de tonnes. Les projets du capital à ce moment : 100.000 mineurs pour 85 millions de tonnes par an. Des régions comme le Pays de Galles ont compté jusqu'à 200.000 mineurs et exportaient dans le monde entier: en 1983, ils sont 23.000 mineurs dans 28 puits qui n'approvisionnent guère que les aciéries locales et il est question de rayer pratiquement cette activité économique de la région. En 1946, l'Ecosse avait 195 puits, 83.000 mineurs pour produire 25 millions de tonnes de charbon: après la grève de 1984,il restera 9 puits et 4000 mineurs pour en produire 5 millions de tonnes. Mais la perte du pouvoir économique du charbon et du pouvoir des mineurs {celui qu'ils ont affirmé encore en 1972 et 1974) est aussi ailleurs: en 1947. le charbon fournit encore 90%. de l'énergie consommée en Grande-Bretagne; en 1984, cette part n‘est plus que de, 35%. Cette mutation s'est produite essentiellement pendant les 10 dernières années.

ll ne manquera pas, au cours de la grève des mineurs- et ce sera l'argument central du NUM et de Scargill- des plans pour demander que le pouvoir fasse tout pour que le charbon retrouve la place qu'il a perdue ; de telles discussions procèdent de l'idée qu'il est possible de changer le cours du capital et de toutes les transformations causées par sa dynamique. Pourquoi ce qui n'a pu être fait depuis quarante années pourrait l'être maintenant. À un moment où la crise montre de façon encore plus évidente que la force du capital balaie toutes les tentatives d'endiguer son cours.

3-1-Modernisation et restructuration:

La modernisation et la rentabilisation signifient toujours une réforme profonde des conditions de travail. c'est-à-dire une transformation tout aussi profonde du rôle des syndicats. Malgré toutes les apparences,la grève de 84-85 va être à la fois causée par l'impact de ces perturbations et à son tour accélérera les restructurations nécessaires pour une pleine efficacité du nouveau système.

En 1984, Lorsqu' éclate la grève des mineurs, certains puits sont encore bien arrières; les mineurs doivent accomplir à pied plus de 5 km pour arriver au front de travail et le charbon est encore

évacué par des chevaux au fond de certaines mines (plus de 100 chevaux dans une mine du Pays de Galles). Mais d'autres mines comptent parmi les plus modernes du monde; 70 puits sur 170 sont équipés d'un nouveau système d'exploitation dit «monitoring» et les superpuits comme celui de Selby dans le Yorkshire commencent à entrer en production. Cette mutation technologique est possible parce que l'Angleterre dispose d'énormes réserves de charbon facilement exploitables: de. Gros investissements peuvent y être engagés avec des perspectives de haute rentabilité: nulle surprise que les capitaux soient attirés alors qu'ils avaient lui la mine autrefois:comme dans d'autres secteurs abandonnés facilement par le capital,les possibilités offertes par les nouvelles techniques font espérer le retour à une profitabilité perdue. Le nouveau système baptisé MINOS..c‘est la micro révolution dans la mine. Il serait fastidieux d'énumérer ici les différentes facettes de ce système d'ordinateurs qui assurent une automatisation et un contrôle quasi-total depuis les machines d'abattage jusqu'au transport du charbon hors du puits. On peut suivre de la salle de contrôle en surface directement sur un écran comment se fait le travail, tous les incidents qui peuvent survenir et être informé eu même temps sur leur cause. La relative indépendante de l'équipe au fond de sa galerie qui constituait un contrôle par les mineurs du rythme de leur travail et de ses conditions d'exécution. tout cela est un passé révolu.

 On comprend que lors de la grève plusieurs de ces chambres de contrôle en surface aient fait l'objet de raids destructeurs. La nouvelle supermine de Selby comportera en 1987 4.000 mineurs ; elle produira par an 10 millions de tonnes de charbon à un coût élevé à un tiers de la moyenne anglaise. A ce même moment, il faudra 20.000 mineurs dans les autres puits pour assurer la même production. Si toutes les mines avaient ce niveau technique, il ne faudrait que 40.000 mineurs pour assurer la production annuelle actuelle de charbon. Les effets combinés de la modernisation et de la , crise devraient faire qu‘en mars 1989, 79.000 mineurs travailleront dans 94 puits contre 180.000 dans 198 puits en mars 1984 pour assurer une production équivalente. » ( Grève des mineurs en Grande Bretagne mars 1984 mars 1985 de Henri Simon,p. 15)

 

Vers la guerre classe contre classe



La police assiège la ville minière

de Cortonwood, South Yorkshire,en 1985

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Le 27 mai 1978,le journal The Economist révèle l' existence d'un plan visant à liquider l'industrie minière nationalisée au profit du secteur privé. Ce n' était pas véritablement une révélation puisque dés la grève de 1926 le sort des mineurs du charbon était scellé. Un rapport du gouvernement dit
Samuel jugeait les mines non rentables et préconisait d' abandonner les subventions salariales et de fermer des puits. Entre 1926 et 1985 il se sera écoulé 59 ans avant que la bourgeoisie anglaise ne parvienne à ses fins et cela tient essentiellement au danger insurrectionnel que les mineurs pouvaient déclencher. Les années 1972 et 1974 avaient laisser un goût amère aux autorités qui avaient du se frotter à l'irruption des piquets de grève et de mouvement de masse .En effet décembre 1968, Barbara Castle, alors ministre du travail publia un rapport intitulé « in place of strife » (A la place des luttes). Ce document visait essentiellement les grèves sauvages que les syndicats ne parvenaient pas à museler. En 1972, le gouvernement conservateur Heath fit voter une loi « Industriel relation Act «  (loi sur les relations sociales) qui rendait dorénavant les syndicats pécuniairement responsables des mouvements qu'ils ne parvenaient pas à contenir.

Après avoir consolidé son appareil de répression et d’intoxication médiatique allant jusqu à libérer de prison la petite délinquance pour y mettre les mineurs. Le gouvernement va se trouver aux prises d'une escalade de radicalisation des mineurs suite à la fermeture de Cortonwood le 1er mars1984. Le 2 mars, la même annonce est faite pour le puits de Bullecliffe, pour les mineurs c'est plus qu'une provocation, c' est de leur mise à mort qu'il s'agit. Les réactions vont donc être à la hauteur des risques , d' ou la déferlante de grèves sauvages et de piquets volants, bien entendu condamné par le syndicat NUM.

 « — en 1972, la grève était totale et les piquets pouvaient immédiatement se porter hors des mines ; en 1984, les piquets devaient d’abord se porter sur les mines et faire en même temps la démonstration de leur impuissance relative.
— en 1972, la « gauche » pouvait se servir de la lutte dans sa stratégie de conquête de l’appareil et poussait la base vers les autres industries. En 1984, la « gauche » tenait l’appareil et se comportait comme tout détenteur d’un pouvoir bureaucratique.
Son expérience précédente l’avait rompue à la manipulation du mouvement de base ; elle pouvait tenter de le freiner et de l’orienter vers les objectifs de l’appareil. Bien que tenant apparemment en 1984 des propos identiques à ceux de 1972, Scargill n’était plus du même côté de la barricade.
A la mi-mars, les mineurs cherchaient déjà à stopper le mouvement du charbon. C’était plus net dans des régions qui, comme le Pays de Galles (sud) ou le Kent, étaient totalement en grève au bout de deux jours. Cela l’était beaucoup moins là où comme le Yorkshire les mineurs devaient s’employer à fermer les puits proches du Nottinghamshire. »
( Henri Simon page 78)

La solidarité

 Les travailleurs de 13 centrales refuseront de manipuler du charbon « jaune », ils ne voudront pas être des briseurs de grève, mais poursuivront leur tache avec le charbon en stock et...le fuel.Les marins anglais refuseront de transporter le charbon hors des ports anglais et ce jusqu à la fin de la grève des mineurs.

Les dockers

 L' ampleur de l' action des cheminots ne sera connue qu' à la fin de la grève, au moment ou la bourgeoisie fait ses comptes. Un article du Financial Times du 27 février 1985 révéla que British Railways n' avait transporté au cours de la grève que 1 entre/3 du charbon acheminé habituellement, soit 40 trains sur une moyenne de 300. Chaque jour 40 et 200 conducteurs furent mis à pied parce qu'ils refusaient de franchir les piquets. Le ciblage des éléments les plus déterminé fut la règle tout le long de ce conflits, la police fit une perquisition chez 7 cheminots des plus actifs, accusé d' avoir volé du matériel de B.R. Ils furent licenciés sur le champ. Le 28 mai 1984, les piquets du Yorkshire étaient envoyés à Orgreave ; ils étaient 2 à 3000 et submergèrent la police qui n' avait pas prévu une telle offensive. Le lendemain la police opposa 5000 flics aux 5000 mineurs ; les affrontements furent d'une extrême violence. Tout les moyen dont la police disposait furent jetés dans la bataille : grenades, chevaux, chiens,etc.

La répression

 « Des groupes spéciaux avaient été mis sur pied pour soit-disant protéger les non-grévistes, en réalité pour intimider les grévistes: ils faisaient irruption dans les pubs,attaquaient indistinctement les résidents, endommageaient les voitures, frappaient tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin...). Ces patrouilles spéciales répliquaient par une violence de classe à la violence de classe parce que les mineurs essayaient aussi de faire pression par tous les moyens, y compris par le cassage de gueule, les attaques matérielles sur les biens et sur ceux qu'ils considéraient comme jaunes refusant l'extension de la grève. Les mineurs répliquent coup par coup. Cela commence dès le début de juillet avec les incursions de la police dans les villages du Yorkshire et va se poursuivre jusqu'à la fin de la grève, les formes des répliques vont être très diverses, adaptées à la lutte elle-même : action spontanée de toute une communauté lors des exactions de la police, action offensive de noyaux plus ou moins conséquents contre la police, les moyens de transport, les propriétés du NCB, etc.... Il est difficile d'en faire un énoncé qui serait fastidieux car cela va se répéter presque quotidiennement en plusieurs endroits et pas seulement dans le Yorkshire. Pendant des mois et des mois, une véritable guérilla s'installe insaisissable et tout autant incontrôlable. » (Henri Simon, p. 99)

 La suite

4-EN FRANCE LES MINEURS RÉSISTERONT COURAGEUSEMENT AU DÉMANTÈLEMENT DES HOUILLÈRES.