INFOBREF N°511


La justice de classe

 Le procès de "la chemise déchirée" à Air France en appel

On se souvient tous de ce moment historique de la colère des travailleurs d'Air France en 2015 (voir notre article "Air France : la révolte des "ressources humaines""). L'humiliation publique et médiatique d'un DRH, un de ces bourgeois d'un grand monopole qui met en œuvre les plans de restructuration capitalistes, sans état d'âme (on en a encore vu un fameux exemplaire à la dernière émission d'Envoyé Spécial, "L'exécuteur" on l'appelait...). Et tant pis pour les futurs chômeurs, pour toutes les conséquences sociales et familiales de ces suppressions d'emploi.

Nous avons applaudi, nous avons vibré de colère avec nos camarades d'Air France, nos représentants ce jour là contre l'exploitation, la barbarie capitaliste, la guerre économique  mondialisée.

Le problème, c'est que la répression est tombée, et que nous n'avons pas réussi à défendre les otages pris par la direction d'Air France. Cinq camarades choisis comme symboles, tous de la CGT (probablement un hasard...), surtout des ouvriers. Cinq licenciements, cinq condamnations à de la prison avec sursis.

Lundi commence le procès en appel devant la Cour d'Appel de Paris. Nous reproduisons ci-dessous le tract d'appel à la solidarité des camarades d'Air France, pour être nombreux aux côtés des camarades lors des audiences.

Comme le dit le tract : "Le pouvoir n’aime pas les salariés qui se rebellent. Il est prêt à broyer des vies humaines pour asseoir son autorité et dissuader l’ensemble des salarié(e)s du pays de se soulever contre des agressions sociales de plus en plus violentes." C'est vrai des camarades d'Air France, ce sera vrai ensuite de Goodyear, des militants contre la loi Travail (des centaines de condamnations dans toute la France), c'est vrai des familles et soutiens qui résistent en banlieue contre les violences policières et le racisme d'Etat.

Lundi, c'est à nouveau un symbole qui se retrouve au Tribunal. Lundi, nous serons là, non seulement pour manifester notre solidarité et notre affection aux camarades, mais pour montrer que nous partageons le même combat contre la barbarie capitaliste !

Autoentrepreneurs et économie collaborative contre salariat l' exemple des correcteurs.

Courant alternatif N°277 février 2018

 Dans un article «L'édition mérite correction ! » Elisario l' auteur du texte, met en avant le combat du collectif des correcteurs précaires ; qui lutte depuis deux ans.

Si en règle générale les correcteurs sont plutôt des correctrices, l' auteur nous invite à partager le long chemin qui va les amener à faire partie des emplois précaires. Il nous montre comment des travailleurs autrefois sous statut de salariés CDI plein temps, travaillant chez l' éditeur vont se retrouver progressivement en statut de TAD travailleurs à domicile, sous la convention collective des travailleurs à domicile. Ce travail chez soi, bien que pratique pour certains est maintenant encadré par la loi, loi sur le télétravail

Par cette loi le gouvernement vise à encourager le télétravail et ses conséquences négatives pour le salariat. L' article de Elisario est d'autant plus intéressant qu'il montre comment on glisse du statut de salarié plein temps, au salarié à la tâche, pour finalement se trouver réduit à devenir un contractant, c' est à dire un auto-entrepreneur de soi, avec tous les affres de ce genre d'emploi.

 

Première offensive. Dès 1980, les lecteurs-correcteurs qui travaillaient dans les locaux des éditeurs avec un statut de cadre mensualisé ne vont plus jouir de « cette faveur » et se trouver aux prises de la concurrence capitaliste. Les éditeurs ne veulent plus payer des mètres carrés parisiens devenus trop chers. L'internet plus le télétravail arrivent à point pour précariser l' emploi des correcteurs, pour eux c' est le retour au travail à la tâche et le boulot à domicile avec un salaire en baisse. Pour les éditeurs c' est une économie sur le capital constant, plus de locaux, plus de chauffage, plus de...Tout retombe sur le salarié ( il est encore salarié) mais un salarié sur le modèle anglais du zéro heure, un CDI certes, mais en heures annuelles.

 Deuxième offensive ; Elle émerge au milieu des années 2000

avec la mise sur le marché de l'emploi des « auto-entrepreneurs de soi », le début de ce qui va porter le nom d' ubérisation. Ceux qui sont encore sous le régime d'un salariat bidon, commence à sentir le sol se dérober sous leurs pieds, des concurrents comme d'anciens professeurs de français en retraite et des étudiants en lettres viennent concurrencer ce salariat précarisé.

Là où un salarié coûtait plus de 2500 € par mois pour une rémunération nette de 1500€, le contractant autoentrepreneur ne va coûter que 1500 € indique l'auteur de l'article. Il est vrai que les taux de cotisations sociales de l'auto-entrepreneur sont nettement plus faible que celui du salariat et tendent à la baisse. En 2018, les taux repartent à la baisse du fait du transfert d' une partie des cotisations sociales sur la CSG. Ce sont les retraités qui par le prélèvement de 1,7% de CSG, soit 22,6 milliards d' euros vont assumer la promotion de l' entrepreneuriat et la baisse des charges patronales du privé.

 Toute la profession des correcteurs est menacée par l' auto-entrepreneuriat

 Nous voyons ici comment une profession se délite sous l' effet des nouvelles technologies. Le cas des correcteurs et correctrices n' est pas isolés d' autres secteurs vont subir la même trajectoire, celle ou la frontière de l' entreprise devient poreuse et pénètre dans ce que les anciens appelaient la vie privée. Récemment une émission de télé, nous montrait une entreprise de bus belges qui misait sur le travail pendant le temps de transport, on avait déjà constaté ce fait dans les TGV.

Mais la numérisation crée des emplois, des emplois comme par exemple les « micro travailleurs » du numérique. Ils et elles accomplissent de petites tâches digitales et numériques : classer des photos, analyser des images pour les algorithmes, traduire un petit texte... Payés au clic ou à la tâche, ils sont les petites mains d'une économie numérique en plein essor. Ces micro tâcherons sont plus de 90 millions dans le monde, un prolétariat précaire en pleine expansion.

 

Répression des grévistes. Un cheminot brûlé au visage par les lacrymos témoigne

Lors de la manifestation unitaire du 3 avril, regroupant les secteurs de la SNCF, des postiers, de l'aérien, du social et de la santé, épaulés par la venue de cortèges étudiants de plusieurs facs parisiennes, S., cheminot au technicentre du Landy à Saint Denis, a été visé à bout portant par un gel lacrymogène des forces de l'ordre alors que celles-ci bloquaient la manifestation. Ce gel, qui se colle à la peau, lui a causé des brûlures au 2ème degré sur le visage, les oreilles et le cou, ainsi qu'un œdème à l’œil gauche. Nous relayons son témoignage.

jeudi 12 avril Révolution Permanente

« Dans l’après-midi du 3 avril en manif avec mes amis cheminots, celle-ci suivait son cours quand à un moment un de mes amis m’a dit ’Grand ça bloque devant, on pourra pas aller jusqu à Saint-Laz’. Moi je me suis dit ’comment ça on peut pas aller jusqu’à Saint-Laz faire les prise de paroles, cheminots, PTT, étudiants et salariés en général ?’ Je me suis avancé gentiment devant le cordon de CRS, leur expliquant que la gare saint Lazare n’était pas loin et que je m’opposais à la façon de faire des CRS parce que la convergence et le tracé de la manif devait suivre son cours.

À ce moment là, il y a eu un mouvement de foule dans la manif mais sans aucune animosité ni violence. Et là, alors que les policiers étaient aux abois je me suis fait gazer à bout portant parce qu’à mon avis trop de détermination cheminote a dépassé les forces de la république et de l’ordre en France. Je me suis retrouvé cramé à l’image de Macron en figurine à Nantes, dans l’indifférence la plus totale si ce n’est celle de mes collègues et de ma femme qui n’ont pas compris. Ma femme m’a même dit ’tu es virulent, déterminé, mais tu ne mérites pas ça’.

Aujourd’hui après 5 jours, je ressemble encore à un extra-terrestre aux yeux de mes enfants. Je sais que cette déformation maxillo-faciale passera, mais ça ne devrait arriver à aucun manifestant défendant ses droits face à un patronat et un gouvernement de plus en plus déterminés à casser du salarié sous les ordre de Jupiter. »

CRIME DU CAPITAL

Air France: sous pression, une employée se suicide

Une enquête de l’inspection du travail vient d’être ouverte autour du suicide d’une employée d’Air France à l’escale de Nice, dans la nuit du 19 mars dernier. Dans la note qu’elle a laissée à sa famille, celle-ci mettait en cause ses conditions de travail.

Iris Serant vendredi 13 avril REVOLUTION PERMANENTE

Crédits photo : Gonzalo Fuentes / Reuters

On apprend un nouveau suicide chez Air France, celui d’une employée de 53 ans travaillant depuis plus de 30 ans pour le groupe. Elle avait déjà tenté de se suicider il y a trois ans de cela.

D’après la famille de la victime, celle-ci a laissé « des notes dans lesquelles elle parle de ce qu’elle a subi au travail ». Et ce n’est pas la première fois qu’Air France est mis sur le devant de la scène pour des événements aussi funestes.

Déjà plusieurs cas de suicides ont été mis en lien avec les méthodes managériales d’Air France que la compagnie tente de mettre sous le tapis, des techniques de management qui mettent toujours plus de pression aux employés. Et lorsque que la colère légitime des travailleurs explose face aux licenciements massifs qui les attendent et qu’une chemise est déchirée, cela finit par de la prison pour ces salariés.

La direction du groupe tente de décrédibiliser la mobilisation en cours à Air France en fustigeant la revendication d’augmentation des salaires, tout en passant sous silence celle concernant les améliorations des conditions de travail, alors même que l’urgence pour les salariés est criante.

Depuis deux mois les travailleurs d’Air France font connaître leur colère et se mobilisent, le mouvement de grève devant être reconduit les 17, 18, 23 et 24 avril. Alors que la contestation se durcit, la direction a de suite tenté de faire bonne figure en transmettant à l’AFP un message de condoléance où elle assure avoir mis en place un dispositif d’accompagnement psychologique pour les autres employées et qu’elle apporterait « son plein concours au déroulement de l’enquête ».

Quand nos conditions de travail dépendent du bon vouloir de patrons qui ne cherchent qu’à faire du profit sur notre dos, rien de bon ne peut nous attendre.