INFOBREF N°512

Journaliste, un métier de plus en plus précaire

MEDIAS – La SCAM (Société civile des auteurs multimédia) publie une étude à l’occasion des Assises du journalisme de Metz...

07-11-2013-Petits boulots en extra, précarité, statuts contournés, sites à alimenter: les conditions d'exercice du métier de journaliste se dégradent, avertit la Scam (Société civile des auteurs multimédia) après une enquête auprès de 3.400 journalistes et présentée aux Assises du journalisme de Metz.

Des revenus en baisse. Près d'un journaliste sur trois déclare avoir une activité extra-journalistique pour compléter ses revenus. Des revenus d'ailleurs extrêmement disparates: 12% d'entre eux gagnent moins que le Smic, 18% entre 13.000 et 20.000 euros nets par an, 46% entre 20.000 et 40.000, 18% entre 40.000 et 60.000 et 6% au delà, selon cette étude

Des statuts divers pour réduire les charges patronales. Tendance grandissante, la diversité des statuts, car pour réduire leurs charges patronales, de plus en plus d'employeurs, surtout les nouveaux médias internet, paient les journalistes en droits d'auteur ou en factures en leur demandant de prendre un statut d'auto-entrepreneur. Ou encore, dans les télévisions, les journalistes vidéastes sont fréquemment employés comme intermittents du spectacle, ce qui permet de ne les payer qu'une partie du temps.

62% de CDI. Ainsi si 62% des répondants sont des salariés en CDI et 28% sont pigistes -- statut assimilable à un salarié ponctuel -- on compte aussi 6% d'auto-entrepreneurs, 6% de travailleurs indépendants , 6% d'auteurs et 3% d'intermittents. Un taux supérieur à 100% car 12% ont plusieurs statuts. Le phénomène se développe surtout chez les journalistes multimédias, qui sont à 30% travailleurs indépendants ou auto-entrepreneurs. Chez les réalisateurs, 48% sont intermittents. Les photographes, population la plus précaire, sont les plus nombreux à avoir de multiples statuts.

De plus en plus de journalistes sans carte. Conséquences de ce cumul: la difficulté pour les journalistes à obtenir ou conserver leur carte de presse, qui suppose au moins 50% de revenus salariés provenant d'entreprises de presse. Seule la moitié environ des journalistes sous statut d'auto-entrepreneur ou d'auteur ont une carte de presse. Nombreux sont ceux qui réclament une réforme de la carte de presse et de la Commission qui les délivre, pour tenir compte de ce problème. Actuellement on compte 37.477 journalistes encartés.

Une moindre protection sociale. Ce casse-tête administratif aboutit aussi à une moindre protection sociale. Ainsi 2,5% des journalistes interrogés n'ont aucune couverture sociale et 13% n'ont pas de mutuelle. La question se pose notamment pour les auto-entrepreneurs ou auteurs. Chez les correspondants de guerre, qui sont généralement mieux rémunérés que la moyenne, sauf les photographes et réalisateurs, 25% ne sont pas assurés, un taux qui monte à 50% chez les photographes de guerre.

Les pigistes en difficulté. Les pigistes ont de plus en plus de mal à vivre de leur travail, car le tarif au feuillet reste stable alors que les charges sociales augmentent, et les frais ne sont souvent plus pris en charge. Les pigistes ont d'ailleurs de moins en moins de place dans des journaux qui sont eux-mêmes en difficulté. 

Un «alignement sur le buzz». La multiplicité des supports créés aussi parfois de nouvelles charges de travail non rémunérées: une partie des journalistes interrogés racontent que leur employeur les fait travailler aussi pour alimenter un site en plus de leur travail quotidien et sans rémunération supplémentaire. Autre remarque, des sujets moins proches de la réalité: ils dénoncent un « alignement sur le buzz»  et une prime aux sujets « censés intéresser le public plutôt que d'essayer d'intéresser le public à tous les sujets» , ainsi qu'une confusion croissante entre communication et information.



N° 95 - Janvier 2018

 http://www.annales.org/gazette/2018/gazette2018.html#95

LES TYRANNIES DE LA LIVRAISON À DOMICILE

Marie BAUMIER et Mathilde PIERRE,

Ingénieures des mines

La logistique du dernier kilomètre est profondément bouleversée par l’explosion du e-commerce. Les livraisons à domicile se sont massivement multipliées et complexifiées entraînant l’apparition de nouveaux acteurs économiques et sociaux. Qu’ils sillonnent les villes sur leur vélo ou dans leur camionnette, les livreurs travaillent pour de grandes entreprises de livraison ou pour de nouvelles start-up. Sous-traitants, indépendants, salariés, ces ouvriers du monde moderne doivent faire face aux exigences toujours plus fortes de leurs “employeurs”, parfois au mépris de la réglementation du travail. Le consommateur bénéficie quant à lui de services de livraison toujours plus personnalisés, à un prix souvent dérisoire. Qui paie vraiment la facture ? Dans quelles conditions accepte-t-on de voir notre repas livré à notre porte ?

Télécharger le numéro

Chaque année plus de morts au travail que dans les guerres

 (D'après les statistiques de l'OIT, Organisation Internationale du Travail)

 Dans le monde :

Chaque jour, 6 300 personnes meurent d’un accident du travail ou d’une maladie liée au travail - soit plus de 2,3 millions de morts par an - c'est plus que les guerres. 

Toutes les 15 secondes, un travailleur meurt d’un accident ou d’une maladie lié au travail. 

Toutes les 15 secondes, 153 travailleurs sont victimes d’un accident lié au travail.

 Dans la construction, ce sont au moins 60 000 accidents mortels par an, soit un décès toutes les 10 minutes. 

Les chantiers pour les constructions d'événements sportifs... internationaux sont particulièrement meurtriers : Qatar, plus de 700 morts. 

La plupart des 317 millions d’accidents qui se produisent chaque année entraînent des incapacités permanentes. 

Le coût humain est considérable et le coût économique atteint 4% du produit intérieur brut. 

Les Maladies Professionnelles tuent 1,7 million de personnes par an en particulier par les cancers professionnels. Elles sont 4 fois plus mortelles que les AT. 

 En France : 

En 2016 il y a eu 514 accidents du travail mortels (112 dans le bâtiment). 

Les maladies professionnelles 48 762 (reconnues) en France sont mortelles dans 382 cas. Les cancers professionnels tuent en France chaque année plus de 2000 personnes. 

L'amiante est le principal responsable avec 10 morts par jour. 

Tous les secteurs d'activité, toutes les catégories professionnelles sont touchés par les pressions au travail. 

Les organisations du travail et la course à la rentabilité financière sont responsables de cette situation. 

Elles se traduisent par des objectifs impossibles réaliser, une concurrence agressive, un manque d'effectifs et de moyens.

 Tous les secteurs d’activités sont concernés, c’est la raison pour laquelle de nombreuses luttes portent, entre autres, sur les conditions de travail. 

C’est vrai à l’Hôpital, les finances, dans le secteur de l’Aide à Domicile, le bâtiment, la métallurgie, l’industrie Agroalimentaire pour ne prendre que ces exemples.

 xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 L' article ci dessous à le mérite de révéler plus en détail les fondements de la loi travail, qui à légiférée en faveur d'un droit à la personne qui supplanterait les droits du salariat. En définitive la « sécurité sociale professionnelle » défendue par la CGT, comme adaptation réformiste à la précarisation des contrat de travail, via « l'auto-entrepreneur de soi », l' article ne s' oppose à cela que pour nous dire qu'il « n’affirme aucun droit de la personne à proprement parler. ». Pour eux il faut « un droit au salaire déconnecté de l’emploi » « La version la plus aboutie d’un tel projet de déconnexion du salaire et de l’emploi serait l’attribution d’un salaire à vie comme un droit civique. ». Voilà comment on enjolive le capitalisme, en laissant croire qu'il va nous entretenir au lieu de se faire entretenir par nous, il est bien évident qu'une telle revendication nécessite la suppression du capitalisme. NDLR

 

Contribution sur le Compte Personnel d'Activité pour France Stratégie: Pour un droit à la carrière attaché à la personne

octobre 15, 2015 admin Les documents de travail, Slider

Par Aurélien CASTA, Maël DIF-PRADALIER, Bernard FRIOT, Jean-Pascal HIGELE et Claire VIVES

Contribution à télécharger ici

Qu’il s’agisse du compte personnel de formation, du compte pénibilité, des droits rechargeables à l’assurance chômage ou du compte épargne temps, que doit regrouper le futur « compte personnel d’activité », ces droits créés dans l’optique d’une sécurisation des parcours professionnels reposent sur une logique de contributivité et d’activation et sont, aussi bien pour leur accumulation que pour leur consommation, subordonnés à la contrainte du marché du travail et de ceux qui en portent les exigences (employeurs, intermédiaires de l’emploi, pouvoirs publics). Notre contribution montre que la sécurisation des parcours professionnels ne fait que déplacer le support des droits salariaux du support de l’emploi-poste de travail à celui de l’emploi-parcours sur le marché du travail, mais n’affirme aucun droit de la personne à proprement parler. L’enjeu de cette mutation de la nature des droits n’est pas d’émanciper les travailleurs mais de leur permettre de répondre aux nouvelles exigences des employeurs sur le marché du travail par la mise en œuvre de ce qu’on pourrait qualifier de droits à l’employabilité.

Mettre en question le saut qualitatif quant au support des droits que porte la sécurisation des parcours professionnels n’est pas du tout s’inscrire dans la nostalgie de l’emploi-poste, dans lequel les droits salariaux sont mis sous la dépendance de l’employeur qui peut à tout moment rompre le contrat de travail (moyennant le respect de quelques règles du Code du travail).

Nous proposons au contraire de faire aboutir l’ambition d’attacher des droits à la personne en nous appuyant sur l’expérience de la Sécurité sociale afin d’en poursuivre la logique pour inventer un véritable droit salarial à la carrière. La logique de la sécurité sociale est d’attacher aux personnes non pas un capital de droits liés à l’emploi mais un droit au salaire déconnecté de l’emploi – déconnexion également au fondement du statut de la fonction publique. C’est à cette déconnexion que les réformes de la protection sociale s’attaquent en imposant une logique contributive, visant à lier toujours plus cotisations passées et niveau de prestation. Cette déconnexion du salaire et de l’emploi, parce qu’elle est émancipatrice des contraintes du marché du travail, est la condition nécessaire d’un droit à carrière maîtrisée par les individus. Elle permet le maintien du salaire quelles que soient les discontinuités des parcours et la mobilisation par le salarié de ses droits à la formation continue, à l’accompagnement, à la conversion indépendamment des contraintes des employeurs.

Garantir véritablement l’effectivité et la portée d’un droit à la carrière attaché à la personne nécessite également d’en assurer le financement sur une base interprofessionnelle au moyen d’une cotisation sociale à taux unique et d’en confier tant la collecte que la gestion à une caisse interprofessionnelle. Créer des droits attachés à la personne (qu’elle soit ou non en emploi) et dont la portée se veut effectivement opposable à toutes les entreprises, nécessite de créer dans le même temps les institutions interprofessionnelles qui les incarneront.

Cela impliquera une transformation du rôle du pôle public de l’emploi. Aujourd’hui tourné vers l’employabilité sur le marché du travail, il aurait pour mission, dans une approche où le travail n’est plus réduit à une marchandise, le soutien des personnes dans le passage des épreuves de qualification, dans la progression plus rapide en qualification en cas de pénibilité, dans l’usage des congés sabbatiques, dans l’accès à des ressources spécifiques pour faire face aux dépenses supplémentaires liées à un déménagement, à un changement d’emploi ou d’activité.

La version la plus aboutie d’un tel projet de déconnexion du salaire et de l’emploi serait l’attribution d’un salaire à vie comme un droit civique. Mais il est possible d’imaginer des modalités intermédiaires – nombre de jours de formation par an sur le modèle des congés payés ; bilan sur les besoins en formation avec un tiers indépendant ; salaire étudiant pendant la durée des études en remplacement des aides et bourses existantes, etc. – qui au lieu de nous soumettre aux exigences des employeurs, permettraient de nous en émanciper.