INFOBREF N°513

Paris : l'entrée du magasin Monoprix rue du Faubourg Saint-Antoine bloquée par des salariés

vendredi 8 juin 2018 à 7:01 Par Aurore Jarnoux, France Bleu Paris et France Bleu

C'est une information France Bleu Paris. Ce vendredi matin, des salariés de Monoprix manifestent devant l'un des principaux magasins de l'enseigne, situé rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris. A l'appel de la CGT, ils dénoncent des conditions de travail déplorables et des salaires bien trop bas.

Les salariés de Monoprix, sous l'impulsion de la CGT, bloquent l'entrée du Monoprix rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris. Les salariés de Monoprix, sous l'impulsion de la CGT, bloquent l'entrée du Monoprix rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris. © Maxppp - Sebastien JARRY

Paris, France

Les salariés de Monoprix sont à bout, et ils le font savoir ce vendredi matin devant l'un des plus importants magasins parisiens de l'enseigne, celui situé rue du Faubourg Saint-Antoine. Selon la CGT, syndicat à l'origine de cette grève, ils sont une trentaine à s'être postés dès 5 heures du matin devant le site.

Journée "zéro chiffre d'affaires"

Les employés mobilisés bloquent l'entrée du magasin et la réception des marchandises. "On dit aux camions de retourner à l’entrepôt", précise Alain Tsamas, délégué syndical CGT et employé chez Monoprix depuis 18 ans.

On veut faire comprendre à Monoprix que les salariés ne sont pas des moins que rien, c'est nous qui créons des profits" - Alain Tsamas, délégué CGT

Les salariés mobilisés dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles, des horaires à rallonge avec des heures supplémentaires qui ne sont pas toujours payées. "On n'embauche pas, du coup il y a un manque d'effectifs, martèle le syndicaliste. Certains font le travaillent de deux personnes."

Et tout ça, pour un salaire trop bas selon les grévistes. Ils ne touchent que le SMIC. Cette année, l'intéressement serait très faible par rapport aux bénéfices enregistrés par l'enseigne.

D'après la CGT, un tiers des magasins Monoprix en France vont devenir franchisés. La décision aurait été annoncée lors d'un comité d'entreprise le 25 mai dernier. Pour le syndicat, cela va forcément entraîner des suppressions de postes. 

Un mouvement qui pourrait prendre de l'ampleur

La CGT menace d'un durcissement du mouvement. La grève entamée à Paris pourrait s'étendre à d'autres magasins de la chaîne, en Île-de-France mais aussi en région.

Les salariés de l'un des magasins Monoprix d'Issy-les-Moulineaux s'étaient déjà mobilisés il y a un mois pour dénoncer leurs conditions de travail.

Monoprix : manifestation des salariés en colère devant l'un des magasins d'Issy-les-Moulineaux

samedi 5 mai 2018 à 21:43 Par Julie Szmul, France Bleu Paris

Une centaine de personnes réunies ce samedi 5 mai, devant le magasin Monoprix du boulevard Gambetta à Issy-les Moulineaux, en soutien aux salariés. Ils sont une quinzaine à débrayer pour dénoncer leurs conditions de travail.

Les syndicats et les salariés de Monoprix réunis pour dénoncer leurs conditions de travail. © Radio France

Issy-les-Moulineaux, France

15 minutes de pause par jour, des horaires à rallonge pour remplacer les collègues absents, une exigence de polyvalence poussée à l'extrême... Les salariés du magasin Monoprix situé boulevard Gambetta, à Issy-les Moulineaux  en ont ras-le-bol. Après une première journée d'action le 9 mars dernier, pour la deuxième fois en moins de deux mois, ils se mobilisent pour faire entendre leur colère.

Des drapeaux CGT au milieu des rayons

Sur la soixantaine d'employés, une quinzaine ont débrayé symboliquement ce samedi 5 mai. Soutenus par les syndicats, la CGT en tête, ils se sont réunis devant leur magasin, avant de déambuler dans les allées pour interpeller les clients. En tout, près de 100 personnes ont manifesté pendant plusieurs heures, s'attirant les regards étonnés des gens venus faire leurs courses. Chaque salarié a son histoire, son exemple à donner sur ce qu'il vit au quotidien. "Les salaires sont vraiment bas, 1.100 euros par mois, pas plus" , soupire l'un d'entre eux. "On a que 15 minutes de pause par jour, mais le temps de badger, on a en tout sept minutes chrono pour manger le midi", ajoute un autre. "Je remplace très régulièrement mon chef, mais ma paie ne change pas !", s'énerve un troisième. "On est trois à porter une ceinture pour le dos dans le magasin", grimace un autre employé, souvent affecté au rayon des boissons, où les charges à porter sont quotidiennes.

La seule chose que la direction sait dire, c'est : "on a bien travaillé aujourd'hui, on a fait un bon chiffre". C'est toujours le chiffre, le chiffre !

"Le pire, ajoute un dernier salarié, c'est que nous travaillons dans un magasin qui fait des bénéfices. C'est ça qui est terrible".  Des témoignages que la direction n'a pas souhaité commenter. 

Carrefour s’allie à Google pour contrer Amazon

Le distributeur tente de ne pas être tenu à l’écart de l’essor du commerce commandé par la voix, estimé à 40 milliards de dollars en 2022

LE MONDE | 11.06.2018 à 19h46 • Mis à jour le 12.06.2018 à 09h25 | Par Cécile Prudhomme et Alexandre Piquard

Abonnez vous à partir de 1 € Réagir Ajouter

Partager Tweeter

Carrefour saute le pas. Lundi 11 juin, le distributeur s’associe en France avec Google pour vendre, à partir de début 2019, ses produits via trois canaux numériques du géant américain : l’enceinte connectée Google Home, l’assistant Google, présent sur les smartphones, montres ou téléviseurs connectés, et la plate-forme de commerce en ligne Google Shopping, qui sera dotée en France d’une nouvelle interface pour gérer les listes de courses, notamment de produits frais.

Concrètement, un internaute pourra commander chez Carrefour à voix haute, en parlant à son enceinte connectée Google ou à son assistant sur téléphone portable. Ceux-ci reconnaîtront les références des produits du supermarché, alimentaires ou autres. La commande sera ensuite préparée par Carrefour. Et sera, au choix, livrée à domicile ou à retirer dans un magasin.

L’achat chez Carrefour sera aussi possible sur le site Google Shopping, sur une page spécifique. Et dans un second temps, sur YouTube, la plate-forme de vidéo de Google, qui, si des produits Carrefour sont montrés, proposera des liens pour les acheter.

Lire aussi :   Le plan d’action de Carrefour en chiffres

Avec cette association, Carrefour tente de ne pas être tenu à l’écart de l’essor du commerce commandé par la voix, estimé à 40 milliards de dollars (34 milliards d’euros) en 2022, selon les consultants en stratégie OC&C. Après le partenariat en Chine avec le géant du numérique Tencent, ce nouvel accord – une première en Europe – va permettre à Carrefour « d’accéder à de nouveaux clients, plus jeunes », explique Marie Cheval, directrice de la transformation digitale du groupe, qui vise 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2022 dans l’e-commerce alimentaire.

Transactions centralisées par Google

Mais en acceptant de nouer un partenariat avec une grande plate-forme numérique américaine comme Google, Carrefour prend aussi un risque et fait des concessions : le distributeur ne facturera plus le client en direct car les transactions seront réalisées « dans l’environnement » de Google. Par ailleurs, l’accord semble prévoir une rémunération de l’intermédiaire, par exemple par un pourcentage des achats payés, même si Google refuse de s’exprimer sur le montant et la nature du partage de la valeur.

L’association et les interrogations suscitées rappellent la première grande alliance entre la distribution alimentaire française et les géants américains de l’Internet : le partenariat commercial, annoncé le 26 mars, entre Amazon et Monoprix. Il consiste à installer au second semestre une boutique sur la plate-forme d’Amazon, à destination des « clients du service Amazon Prime Now à Paris et dans sa proche banlieue ». Les commandes et les paiements étant réalisés sur la plate-forme du géant américain, ce dernier risque d’enrichir son fichier clients sur le dos du distributeur. Monoprix préparera les commandes dans son magasin, mais Amazon assurera la livraison express.

Lire aussi :   Distribution : Monoprix s’allie avec Amazon

« Nous nous attendons à réaliser à terme entre 100 et 200 millions d’euros par an de chiffre d’affaires sur Amazon, explique-t-on au sein du Groupe Casino (propriétaire de Monoprix). Sur ces montants, nous partageons les données clients, mais nous pensons pouvoir reconstituer l’essentiel du comportement des clients, même si nous n’avons pas le ticket de caisse. »

Amazon, perçu comme plus menaçant que Google

Dans l’accord avec Google, les deux acteurs partageront la connaissance du ticket de caisse. « Google aura accès aux données, mais Carrefour en restera propriétaire, explique Mme Cheval. D’autant que nous n’allons pas sous-traiter le processus. Nous nous appuierons sur Google pour l’interface client, mais Carrefour réalisera tout le reste, de la logistique à la livraison. »

Dans la bataille des courses du futur, Google et Amazon n’ont pas tout à fait la même image auprès des grandes enseignes traditionnelles : le second est souvent perçu comme plus menaçant parce qu’il exerce lui-même l’activité de distributeur, grâce à sa boutique en ligne, ce qui en fait un concurrent plus direct des supermarchés. Amazon a de plus frappé les esprits en rachetant en juin 2017 Whole Foods Market, une chaîne américaine de magasins à dominante bio. Le groupe de Jeff Bezos teste aussi aux Etats-Unis un modèle de boutique physique très automatisée, Amazon Go.

En France, Amazon a lancé des discussions ces derniers mois avec tous les grands distributeurs, notamment pour nouer une alliance afin de peser davantage dans les achats et de pouvoir proposer de meilleurs prix sur les produits qu’il vend. La plupart ont jusqu’ici refusé de « faire entrer le loup dans la bergerie ».

D’autres enseignes de grande distribution pourraient suivre

Google cherche à se démarquer d’Amazon tout en niant rivaliser frontalement avec lui : « Le partenariat avec Carrefour est en discussion depuis un an, ce n’est donc pas une réaction à celui annoncé par Amazon et Monoprix en mars », souligne Sébastien Missoffe, directeur général de Google France. L’alliance avec Carrefour serait aussi plus globale, Google se présentant en « enabler », un anglicisme qui le pose en « partenaire » de la transformation numérique des entreprises : l’accord prévoit ainsi l’installation d’outils Google de bureautique chez les 160 000 employés de Carrefour, et l’ouverture à Paris d’un « lab » où des ingénieurs des deux entreprises collaboreront.

Lire aussi :   E-commerce alimentaire : les distributeurs s’engagent dans une course à l’innovation

« Google se distingue aussi en tant que plate-forme ouverte, qui offre de la transparence », assure aussi M. Missoffe, pour continuer à se différencier de l’entreprise de Jeff Bezos. Google ne cache pas être en discussion avec plusieurs autres acteurs français de la grande distribution, qui pourraient suivre l’exemple de Carrefour. Aux Etats-Unis, Google a noué un accord, pour les courses par la voix, avec le géant Walmart, mais aussi avec 70 autres distributeurs.

En France, Sephora et Monoprix – mais aussi Franprix, selon nos informations – ont développé seuls leurs propres applications pour Google Home. La pression pour suivre le mouvement risque de se renforcer.

Selon un rapport confidentiel, 227 magasins (sur 273 menacés de fermeture) n’ont pas trouvé de repreneur et devraient baisser le rideau cet été.

227 magasins Carrefour (Contact, City…), sur les 273 menacés de fermeture, n’ont pas trouvé de repreneur. Selon Midi Libre, qui a eu accès à un document confidentiel transmis vendredi par Carrefour à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte).

À lire sur le sujet Carrefour. Grève face aux « attaques » de la direction samedi

Ces 227 magasins devraient fermer au cours de l’été. Carrefour a également indiqué au quotidien régional que des offres de dernières minutes pourraient être examinées si elles sont jugées sérieuses jusqu’au 4 juin.

2 100 emplois menacés

Et pour les 2 100 salariés menacés ? « La direction des ressources humaines est mobilisée pour favoriser le reclassement interne des salariés concernés, dans le cadre d’un Plan de sauvegarde pour l’emploi, qui a fait l’objet d’un accord signé avec les partenaires sociaux en avril dernier », a indiqué le géant de la distribution.

Pour l’heure, 76 salariés ont déjà été « reclassés en interne » et « 240 candidatures sont en train d’être étudiée. La direction proposera des offres locales de reclassement aux salariés concernés dans les semaines à venir ».

En Bretagne, les magasins concernés sont situés à Rennes, Saint-Malo ou encore à Saint-Marcel et Penvénan. Les régions les plus touchées sont dans le Nord et dans l’Est.


© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/economie/carrefour-sur-273-magasins-menaces-227-devraient-fermer-cet-ete-20-05-2018-11964819.php#kf8QRYLPEPKVAzA5.99