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Blog: Spartacus 1918

Juin 2018

 

LES CHIENS ABOIENT, LA CARAVANE PASSE

La «caravane», c‘est celle du capitalisme qui est passé à l’échelle européenne et mondiale et veut briser le corset de tout un ensemble de réglementations, concernant non seulement l’exploitation de la force de travail mais l’ensemble des structures politiques et sociales élaborées il y a plus de 70 ans. Le modèle de société qui a fonctionné dans ce que l’on a appelé les «glorieuses» a permis le redressement et l’expansion du capital proprement français et sa mondialisation. Par un de ces retournements fréquentes dans l’Histoire économique et sociale, ces règles qui avaient permis son expansion sont devenues un obstacle à la poursuite de cette expansion et doivent être impérativement modifiées.

Les «chiens», ce sont les bureaucrates syndicaux qui ménagent surtout leur place et celle de leur organisation dans les structures de gestion de ce système capitaliste en intervenant et/ou organisant dans ce cadre pour qu’elles correspondent à leurs propre objectif et fonction qui sont ceux d’intermédiaires entre le capital et le travail pour un fonctionnement sans trop de heurts du procès de production. Ce fut particulièrement le cas au sortir de la seconde guerre mondiale lorsque le capital français devait se sortir d’années d’immobilisme et d’occupation L’union nationale forgée dans les combats de la résistance et des prétentions du gaullisme conduisit à un programme du Conseil National de la Résistance comportant d’une part l’instauration d’une sorte de capitalisme d’Etat nanti d’un plan de développement économique, d’autre part un pacte social destiné à s’assurer le soutien des travailleurs à ce redressement du capital national. Pour faire bonne mesure et s’assurer le soutien de secteurs clés de l’économie d’alors, au-delà de cette vulgate officielle du commun des travailleurs, les travailleurs de ces secteurs clés (mines, sidérurgie, électricité, chemins de fer, dockers, fonctionnaires) se virent octroyer des statuts spécifiques dénommés «régimes spéciaux» ceux-là mêmes qui sont présentement dans le collimateur des réformistes des relations de travail.

Contrairement à une légende, ce pacte social n’était nullement un «social» des travailleurs dans une lutte quelconque, mais concocté par des technocrates une nécessité qui comportait d’un côté, tout un ensemble d’avancées quant à une amélioration de l’ensemble des conditions de travail - principal et accessoires – destinées à s’assurer l’adhésion des travailleurs à ce rétablissement capitaliste. Ce pacte comportait une contrepartie: une invite aux travailleurs à se sacrifier en en faisant toujours plus pour faire croître rapidement la production et, machiavélisme assurer ainsi le financement des «» faites aux intéressés; Ce fut le sens des déclarations inhabituelles des dirigeants du PCF et de la CGT, qui dominaient alors la scène sociale, intiment aux travailleurs d’en faire plus, jusqu’à l’épuisement. Ce furent, dès 1947, les travailleurs qui rompirent ce pacte social qui n’engageait que les dirigeants. Mais les grèves sauvages qui éclatèrent alors, servirent, avec le début de la guerre froide de prétexte pour exclure le PCF du gouvernement qui, par un retournement fit que la CGT instrumentalisa ces grèves fin 1947 dans le sens de l’option internationale d’alors de l’URSS. Mais malgré ce contretemps et la répression qui s’en suivit, l’essentiel du statut social général et des régimes spéciaux resta en place parfois complété mais aussi attaqué dans la mesure où certaines de ses dispositions gênaient l’évolution du capital. Ce fut alors que les luttes prirent le caractère de «défense des acquis» en fait d’un statut concédé dans les intérêts du capital mais que ce même capital reconstruit et orienté vers une mondialisation cherchait à tout prix maintenant à écarter.

C’est ainsi que depuis des années, pratiquement toutes les tentatives de modifications de ces règles devenues gênantes pour une réponse du capital à une compétition mondiale se sont heurtées à des résistances diverses, assez fortes pour faire que dans pas mal de secteurs on assistait à des blocages. Plusieurs tentatives d’attaquer de front certains éléments importants du statut général et des régimes spéciaux, (retraite, contrats jeunes, etc..) ont soulevé d’importants mouvements de lutte qui ont contraints les gouvernements d’alors à céder. Mais cela n’a pas empêché une sorte de grignotage permanent de mesures partielles qui ne soulevait pas trop de vagues puisque s’adressant à des couches sociales limitées mais bien que leur ensemble ait abouti à une réduction des «avantages sociaux» l’essentiel de ceux-ci persistait bloquant les possibilités d’expansion à l’heure de l’intégration dans l’Europe et dans le Monde.

Les alternances politiques traditionnelles droite-gauche ne montraient que l'impuissance des politiques à surmonter ces blocages, d'autant plus que toute tentative d'un parti au pouvoir était aussitôt dénoncée et instrumentalisée par l'opposition d'alors. Le plus bel exemple d'un tel blocage fut l'aéroport de Notre Dame des Landes qui devint au fil des ans un abcès de fixation à la fois réel et symbolique; on pourrait multiplier les exemples dans tout ce qui concerne les structures économiques et sociales notamment les relations de travail.

La pression du capital devenant de plus en plus forte, l’avant-dernier gouvernement sous étiquette social-démocrate tenta bien timidement de s’engager dans cette voie d’une réforme radicale du système et pour ce faire avait embarqué un quarteron de jeunes loups technocratiques. Ceux-ci réussirent quand même à faire passer deux textes essentiels. D’une part, la loi sur la représentativité syndicale qui d’une part rationalisait les relations paritaires en éliminant les «syndicats» et d’autre part renforçait les accords d’entreprise et le pouvoir des sections de base aux dépens de la bureaucratie des appareils syndicaux. D’autre part la loi El Khomri , qui permettait à ces sections syndicales de base représentatives de conclure des accords d’entreprise dérogatoires à certaines dispositions du code du travail et des accords de branche négociés par les bureaucraties syndicales.

On peut épiloguer sur les mouvements syndicaux et autres du style «Debout» qui tentèrent au cours de l’année 2016 de s’opposer à cette loi qui fut finalement votée. Il n’est guère possible d’incriminer l’une ou l’autre des organisations, partis et mouvements pour l’échec des protestations qui furent organisées sous toute forme au cours de cette année 2016, bien qu’on puisse y discerner pas mal de manipulations diverses autour d’évidentes divisions. A aucun moment, toutes ces structures organisationnelles n’eurent à endiguer un puissant courant de base et c’est précisément la perception de cette situation qui les rendit aussi timorés dans l’organisation d’une opposition réelle et efficace. La question que l’on pouvait alors se poser – et que l’on peut se poser encore actuellement- est de savoir pourquoi, jusqu’à présent aucun sentiment collectif de la nécessité d’agir ne s’impose, sentiment qui imposerait une action de masse aux organisations ou à tout mouvement plus ou moins autonome. Peut-être une réponse peut venir dans le fait que toujours, plus ou moins l’idéologie capitaliste du moment imprègne aussi une bonne partie de la population, notamment celle du «ès nécessaire» et que la situation de tout un chacun, malgré une bonne dose de mécontentement, n’est pas suffisante pour faire évoluer les mentalités vers une action collective. Mais, quelle que soit une explication possible, le fait est que, depuis deux années de «éformes» et une foule d’autres projets plus ou moins radicaux, on ne voit guère s’ouvrir de véritables fronts de combat social d’envergure.

Au premier janvier 2018, les 26 ordonnances Macron prises au cours de 2107 et leur 117 mesure, sont entrées en application: elles comportent une extension des dispositions de la loi El Khomri et une transformation radicale de la représentation des travailleurs dans les entreprises. Si au cours de cette année 2017, une convergence des luttes avait pu se produire, c’en était bien le moment puisque ces mesures concernaient l’ensemble des travailleurs. Mais force est de constater que cette année-là a connu un déclin tant dans le nombre de grèves (712 contre 801 en 2016 et 966 en 2015) tout comme des protestations nationales (82 contre 110 en 2016) .

Pourquoi aujourd’hui, alors que l’essentiel touchant la réforme des conditions d’exploitation de la force de travail est déjà en place, le syndicats «» se lancent-ils, à l’occasion de conflits distincts spécifiques dans des manifestations qui n’ont pas -et de loin- l‘ampleur de celles du passé ( par exemple celles contre la réforme Juppé des retraites ou contre le CEP de de Villepin). Pourquoi prônent-elles une convergence des luttes alors que les luttes en cours (SNCF, Air France, Carrefour) n’ont rien d’autre en commun que la marche habituelle du capitalisme et que les tentatives d’y associer d’autres secteurs, par exemple les universités font que la mayonnaise ne prend pas. Pourquoi nier des évidences qu’il n’y a ni cette convergence, ni même que ces grèves soient particulièrement efficaces, les syndicats «» persistent-ils dans une récurrence de manifestations qui ne montrent rien d’autre que la faiblesse de la mobilisation recherchée.

La raison, je crois est à rechercher ailleurs. Outre la réforme profonde du droit du travail, une mesure fiscale passée presque inaperçue est venue préparer d’autres réformes plus profondes des avantages sociaux, annexes du travail, un secteur où les bureaucraties syndicales excellent pour y trouver un bon fromage et la source de leur clientélisme. Cette mesure fiscale, déjà effective, concerne l’extension de la CSG et la diminution des cotisations sociales assises sur le salaire. Étant donné que tout le système des «avantages» sociaux repose depuis 1950 sur le paritarisme et que la gestion de la répartition des cotisations est confiée à des caisses retraite, maladie ou organismes de formation professionnelle où les syndicats se taillent la part du lion, toute fiscalisation diminue leur pouvoir. Ceci d’autant plus que les réformes présentement en chantier sur les retraites ( avec l’instauration d’un système à points), celle de l’assurance maladie et celle du chômage et de la formation professionnelle les priverait d’une bonne partie de leurs prébendes actuelles.

La grève de la SNCF et la réforme projetée par le gouvernement qui n’est pour l’essentiel qu’une mise en conformité avec les impératifs économiques de la Communauté Européenne, est spécifique à cette importante entreprise et sa spécificité n’est nullement reliée avec toutes les réformes Macron antérieures ou futures qui seules auraient pu entraîner une «convergence» des luttes (la loi El Khomti qui s’appliquait à la SNCF autorisait des atteintes au statut mais n’avait guère soulevé de mouvements sur les rails) . La loi sur la représentativité syndicale fait que le gâteau de la discussion avec la direction n’est partagé qu’entre quatre syndicats, deux «», CGT et Sud rail qui à eux deux disposent d’une majorité de blocage d’accords éventuels (51%) et deux «» CFDT et UNSA. La forme de grève lancée par les «» est particulièrement machiavélique et d’une prudence exemplaire. Conçue pour que de toute façon, quelle qu’en soit l’issue, les bureaucraties syndicales en sortent indemnes. Si la grève par intermittence (pas grève perlée comme on la définit et qui est tout autre chose) est efficace (ce qui ne semble pas le cas présentement), les bureaucraties s’en trouveront renforcés dans leurs discussions avec la direction. Si elfe échoue, ces bureaucraties pourront toujours prétendre que «base ne suit pas» et qu’ils n’y peuvent rien. Quant à la fameuse convergence, on voit mal comment, au-delà des mots, elle peut avoir un sens autour d’une grève qui n’est que partielle et dont la routine tourne à l’inefficacité. Ceci alors que les autres secteurs qui étaient sollicités pour s’associer à cette convergence ne répondant pas.

On a beaucoup parlé, à propos des luttes présentes de mai 68 et d’un possible remake de cette révolte sociale. Mais outre que l’Histoire ne se répète jamais (en particulier, les conditions de l’exploitation de la force de travail et des règles sociales ont totalement changé en 50 ans, mème si le capitalisme impose toujours sa loi), une convergence en 1968 qui fut d’ailleurs une généralisation des luttes, ne fut pas du tout «ée» par un syndicat ou un parti quelconque et surgit au moment où personne ne l’attendait. La tendance actuelle (je dis bien actuelle car tout évolue et aujourd’hui plus que jamais accélérée par une foule d’innovation techniques) c’est l’orientation vers une précarisation généralisée sous des formes très diverses, à l’échelle du monde (d’où l’apparition du terme «» chez tous les analystes et réformateurs divers). Toute une partie des réformes Macron vise à personnaliser relations sociales et avantages sociaux et à écarter toute forme de gestion collective: cela redonne un pouvoir à l’Etat, c’est-à-dire au capital, aux dépens de tous les fromes collectifs qui pouvaient intervenir dans les processus économiques

Comme le dit le proverbe anglais «l’eau sur le feu que l’on surveille ne bout jamais», une grève attendue ne survient pas car, si les conflits sociaux, petits ou grands localisés ou généralisés, surgissent à un moment donné, c’est souvent dans un contexte que l’on ne perçoit pas vraiment et qu’une étincelle imprévue fait exploser ce contexte, c’est le capital qui le fabrique, à n’importe quelle échelle, l’étincelle cela peut être un fait minime qui surgit là où ne l’attend pas. Et dans tout cela, les donneurs d’ordre et de consigne, le conjoncteur de plans, n’ont aucun pouvoir sauf de prendre éventuellement le train en marche pour préserver leurs intérêts. Si l’on regarde aujourd’hui ce qui se passe dans le monde on s’aperçoit que de tels mouvements de masse, de résistance spécifique existent depuis des années avec une récurrence qui incite à l’optimisme et qui sont, en quelque sorte une «réponse à l’universel» hors des schémas classiques de lutte qui ne font plus recette. C’est particulièrement visible aujourd’hui aux USA. Mais ces mouvements qui pour l’instant naissent et meurent n’ont rien de commun avec la forme des luttes qui se déroulent présentement en France, même si l’on peut espérer qu’ils s’y retrouveront un jour.


 

USA

L’étincelle qui met le feu à la plaine

 Pour la compréhension de ce qui suit , on doit souligner qu'aux Etats Unis, toutes les questions de l’enseignement sont réglées pour une bonne part au niveau des Etats, tant pour le financement que pour les programmes scolaires

Comme en général dans toute grève, celle des enseignants de Virginie occidentale a commencé, d’une manière tout à fait banale, sur une question de salaires. Le 22 février 2018, le gouverneur républicain de l’Etat signe une loi accordant aux employés de l’Etat (enseignants, et autres personnels des écoles, police) une augmentation de salaire de 2% à partir de juillet avec 1% de plus pour les enseignants entre 2020 et 2021. Les enseignants de cet Etat sont déjà parmi les plus mal payés des USA et ces augmentations dérisoires ne compensent en aucune manière l’inflation, l’augmentation des impôts et des frais médicaux. Les syndicats n’envisagent alors que d’organiser un vote pour faire accepter ces propositions

Un mouvement de grève sauvage commence le 22 février dans quelques établissements puis très rapidement, médias sociaux aidant, il se répand dans l’ensemble du système scolaire l’Etat : 33enseignants quelques jours plus tard sont en grève affectant 270enfants. Une promesse verbale du gouverneur d’une augmentation de 5% ne les satisfait pas et ils décident de faire grève jusqu’à ce qu’une loi la rende définitive.

Les syndicats enseignants ont bien tenté de stopper la grève par l’organisation d’un vote le 27 février mais, séparément, les enseignants ont décidé de continuer la grève

Le 28 février, 150 enseignants se rencontrent dans un centre commercial la capitale Charleston et décident de passer outre aux «». La grève va durer plus de 9 jours pour cesser le 6 mars lorsque le gouverneur finit par céder- par une loi- une augmentation de 5% des salaires de tous les agents publics. Pour donner un symbole à leur grève, les enseignants grévistes portent des teeshirts rouges, ce qui donnera son nom au mouvement, «red strike». Le drame est que cette concession aux enseignants se fera aux dépens de coupes dans d’autres chapitre du budget de l’Etat, par exemple Medicaid. Parmi .les autres revendications figuraient aussi une contribution de l’Etat aux contrats individuels garanties maladie mais rien n’a été fait à ce sujet.

Cette grève dans un secteur bien défini, l‘éducation, à l’échelle d’un Etat rencontre un écho considérable dans tout le pays et présente des caractères inédits:

- D’un bout à l’autre, elle est totalement en dehors des syndicats et défie une interdiction de principe de la grève. Cela déroute les autorités et le président du sénat de la Virginie occidentale peut déclarer: «on n’est pas en train de négocier avec un groupe uni de participants. C’est seulement une sorte de d’organe que je ne sais pas comment l’appeler. C’est plutôt un soulèvement » Ce qu’un prof d’université de l’Etat confirmera en déclarant:«…Sans cette voix institutionnelle, il devient effectivement plus difficile d’organiser ce genre de chose. Mais quand les conditions deviennent suffisamment difficiles les travailleurs agissent hors de toute organisation»

- Elle se propage comme tant d’autres mouvements par l’utilisation des incontournables réseaux sociaux, mais on ne sait que peu de choses, au-delà de cette communication, ou comment la grève s’est organisée dans chaque établissement ou s’il y a eu des coordinations interscolaires à un niveau ou à un autre.

- Elle a le soutien quasi unanime des parents ce qui ressort de maintes déclarations: «don’t give up» (ne renoncez pas),» Vous menez le bon combat pour nos enfants». Il s’y mêle aussi d’autres soutiens à cause de l’évocation occasionnelle dans les revendications des questions de genre et des problèmes raciaux

- Elle a bénéficié d’une grande solidarité de toute l’Amérique: une caisse de soutien réunira en quelques jours plus de 330$ et des soutiens en nature sont même venus par exemple d’un envoi de pizzas des enseignants de San Francisco

- Elle dépasse rapidement le cadre local s’étendant, d’une manière tout autant sauvage, dans un certain nombre d’Etats où les enseignants sont les plus mal payés et les crédits destinés à l’enseignement de plus en plus réduits

- Le mouvement est essentiellement féminin : 80% des enseignants du secteur public sont des femmes et ce sont elles le plus actives (15)

Il est impossible de décrire dans le détail comment cette lutte se propage et s’organise indépendamment de toute coordination, même à l’échelle d’un Etat. Elle prend des formes diverses selon les Etats et les conditions à la fois de la situation de l’enseignement et les possibilités de manipulation et de répression des autorités et de complicités syndicales. Ce qui suit, plus ou moins chronologique pourra apparaître une sorte de patchwork; c’est forcément incomplet, car les médias ne sont pas très prolixes sur ce mouvement, mais montre surtout l’étendue et la persistance du mouvement de lutte des enseignants dans tout le pays. L’extension de la grève prend des formes diverses tout comme les revendications s’élargissent des questions de salaire à l’ensemble des problèmes avant tout matériels touchant ce secteur de l’éducation C’est cette forme d’un conflit à l’échelle nationale qui explique cette tendance à une grève généralisée dans ce secteur. C’est un conflit encore en cours actuellement qui s’étend à tous les secteurs annexes de l’enseignement y compris les conducteurs de bus scolaires. De plus en plus s’affirme son caractère politique face à une attaque généralisée de l’équipe particulièrement réactionnaire de Trump qui voudrait privatiser totalement le système éducatif américain.

INDE

Les «» (intouchables) sont la caste la plus basse de la hiérarchie des cases en Inde, auxquels sont réservés les tâches les plus pénibles et les plus ingrates. Cet anachronisme persistant dans la société indienne est l’occasion fréquente de révoltes et d’excès de tous ordres. Depuis janvier dernier des affrontements et des grèves ont conduit à des émeutes particulièrement à Mumbaï .

Au moins quatre personnes ont perdu la vie lundi 2 avril dernier dans d'importantes manifestations de membres de basses castes à travers le nord de l'Inde contre une décision de la Cour suprême, ont annoncé les autorités locales.

La plus haute instance judiciaire de cette nation d'Asie du Sud a annulé le mois dernier l'arrestation automatique de suspects de discriminations ou violences contre les castes et tribus dites "répertoriées", considérées comme les plus défavorisées socialement, au motif que la loi pouvait être utilisée abusivement.

En réaction, plusieurs organisations de dalits (autrefois appelés "intouchables"), population de 200 millions de personnes sur le 1,25 milliard que compte le pays, ont appelé à un blocage général. Selon eux, l'assouplissement de la loi pourrait favoriser les exactions contre leur communauté.

Des heurts avec la police, des attaques de bus, de bâtiments publics et des blocages d'axes routiers ou ferroviaires étaient recensés dans un chapelet d'États du nord du pays, du Pendjab au Bihar en passant par le Rajasthan.

L'État du Madhya Pradesh (centre) était l'un des plus touchés par le mouvement. Quatre personnes y ont été tuées, a indiqué à l'AFP Rishi Kumar Shukla, un haut responsable de la police de l'État, sans préciser les circonstances des décès.

"La situation est maintenant sous contrôle", a-t-il assuré.

Dans la ville de Meerut, située non loin de New Delhi, les émeutiers ont brûlé un commissariat de police selon les médias locaux. Des jets de pierres ont ciblé les forces de l'ordre.

Dans un autre district d'Uttar Pradesh, plusieurs bus publics ont été incendiés sans faire de blessés, a indiqué la police à l'AFP.

Depuis, le cortège de violences, de grèves et de manifestations sauvagement réprimées continue

D’autre part , dans de nombreuses régions du pays, des conflits récurrents contre l’installations de mines ou d’industries particulièrement expropriatrices et polluantes.. En 2014, le gouvernement a annulé l’obligation de consulter la population locale pour l’installation ou l’agrandissement d’une usine ou d’une mine mais la justice en a ordonné le rétablissement de 2016 mais entretemps , de telles autorisations ont été accordées au mépris de l’accord des populations paysannes locales, et même actuellement , corruption aidant, toute réglementation peut être aisément tournée. Ce qui déclenche des conflits locaux durement réprimés comme les 22 et 23 mai lors de manifestions contre l’la réouverture et l’extension d’une fonderie de cuivre à Tuticorin dabs l’extrême sud de l’Inde ( par la multinationale minière basée à Londres Vedanta) où13 manifestants ont été tués par la police lorsque la manifestation s’est transformée en une émeute locale. La dimension de telles luttes est donnée par des chiffres: 33 activistes de l’environnement assassinés par les maffias minières de 2015 à 2017.

Le 13 mars , 40 000 cheminots manifestent à Dehli devant le parlement pour leurs salaires et le retraites. Toujours à Dehli, le 14 avril 5 000 travailleurs du nettoyage reprennent le travail alors qu’ils étaient en grève depuis le 14 mars pour les salaires et une assurance maladie

Le 12 mars, près de 50 000 payants ont envahi Bombay, certains après avoir parcouru 180km qui veulent obtenir plus d’aide gouvernementale dans une situation particulièrement précaire aggravée par une sécheresse récurrente Il obtiennent en partie satisfaction ce qui fait craindre des a manifestations semblables de catégories sociales défavorisées

VIETNAM

Au cours des cinq premiers mois de 2018, le pays a connu plus de grèves sauvages que pendant la même période de 2017, toutes touchant les salaires , les conditions de travail et les accessoires du salaire, principalement les garanties en cas de maladie

Les ouvrières de Pouchen au Vietnam dans la province de Dong Nai ont refusé de travailler et se sont plutôt rassemblés devant l'entreprise, occupant une partie de la route nationale 1K qui relie la province à sa voisine Saïgon.

"Nous avons été informés que la société prévoit de modifier le système de paiement en 2019, ce qui affectera nos revenus et bénéfices", a déclaré une travailleuse.

Le Vietnam a repoussé à plusieurs reprises l'adoption d'une loi sur les manifestations, de sorte que toutes les manifestations organisées par les travailleurs dans le pays équivalent à ce que l'on appelle des grèves sauvages.

Un total de 314 grèves sauvages a eu lieu à travers le pays l'année dernière, avec des travailleurs mécontents exigeant de meilleures conditions de salaire et de travail et de protester contre les heures supplémentaires, selon la Confédération générale du travail du Vietnam.(10% de plus que l’année d’avant). De nouveau des grèves, sauvages bien sûr, manifestations et blocages: le 24 mars des milliers de travailleurs , en majorité des femmes d’une usine taiwanaise bloquent une autoroute pendant plusieurs heures pour les salaires avant d’en être délogés, le 29 avril une autre grève sauvage de 5 jours dans une usine de chaussures travaillant pour les plus grandes marques mondiales pour obtenir une assurance maladie

Une étude récente démontre que les bas salaires au Vietnam ont pour conséquence une très basse productivité qui serait inférieure à celle de tous les pays voisins du sud est asiatiques également lieux de délocalisation des productions initialement chinoise

 

DEMOCRATIE DIRECTE ?

 

UNE CONTESTATION GENERALE PAR LA RUE DE LA REPRESENTATIVITE PLUS OU MOINS DEMOCRATIQUE

 

Dans le monde entier, on assiste, séparément des luttes de classe des travailleurs, à tout un ensemble de manifestations de masse le plus souvent pacifiques qui se rapprochent par leur caractère de ce que l’on a connu depuis 2009 sous l’étiquette «arabe» ou «occupy». On pourrait y associer une pratique renouvelée du référendum pour faire entériner des mesures que les gouvernements ne veulent pas accomplir.

Dans leurs manifestations récentes depuis le début de l’année, ces événements présentes des caractères communs:

-une contestation du pouvoir en place soit élu «» soit plus ou moins dictatoriaux et se maintenant au pouvoir par des manœuvres frauduleuses soit parvenu au pouvoir à la faveur d’une abstention massive et qui prennent arbitrairement des mesures particulièrement impopulaires ou dont la corruption est si étendue dans les plus hautes sphères qu’elle en devient insupportable

  • en général ces mouvements n’ont pas un caractère révolutionnaire au sens généralement admis que la population ouvrière se battait dans une lutte finale pour une société sans exploitation de la force de travail dans une action violente d’affrontement avec les forces de répression .En général ces mouvements actuels sont pacifiques, exempts de violence sauf lorsqu’ils doivent répondre à une répression violente.

  • La plupart de ces mouvements ont un objectif bien précis ponctuel, l’annulation d’une décision ou d’un fait particulièrement révoltant ou l’ampleur d’une situation de fait, par exemple la corruption généralisée.

  • Presque tous ont un caractère spontané c’est-à-dire , générés par un fait précis, s’étendent rapidement hors de toute organisation politique ou autre par une utilisation intensive des médias sociaux bien qu’il faille souligner que ces médias ne sont que des moyens et ne créent pas en eux-mêmes ces mouvements de révolte

Rien que pour les six derniers mois on peut relever l’existence mondiale de tels mouvements présentant l’un ou l’antre ou plusieurs des caractères que nous venons de relever. Nous ne pouvons bien sûr pas donner les détails de chacun d’eux, mais chacun de vous pourra retrouver facilement ces détails.

USA –24/3/2018-2,5 millions d’élèves manifestent dans tout le pays (800 000 à Washington) contre les tueries dans les écoles et la question du commerce des armes (il y a eu plus de morts dans les écoles dans ces tueries en 2017 que de pertes militaires US sur tous les théâtres mondiaux d’opération)

5 mai 2018 - 800 000 dreamers manifestent dans tout le pays pour le maintien de leur statut

On peut y ajouter la grève sauvage des enseignants dont nous parlons par ailleurs et dont le caractère s’apparente à ces mouvements que nous évoquons.

ETHOPIE20/2/2018– pendant des mois et des mois des manifestations monstres ont secoué le pays (motivant d'abord le décret d'état d'urgence,) contre le pouvoir en place. Ainsi que des grèves dont une «at home strike» (rester à la maison)Le premier ministre est contraint de démissionner. Contre l'armée jusqu'alors dominante derrière une minorité ethnique tigréenne un nouveau premier ministre, soutenu par une des ethnies majoritaires, lève l'état d'urgence, relâche 6 000 prisonniers politiques, veut régler le problème frontalier avec l'Erythrée et mettre un terme au capitalisme d'Etat pour promouvoir le développement économique du pays. C'est finalement sous la pression de manifestations massives récurrentes que s'opère un changement radical dans la gouvernance du pays malgré une armée dominantes jusqu'alors dans tous les domaines.

BRESILLe 15 mai l’assassinat d’une conseillère mn cipale de Rio provoque des manifestations monstres dans tout le pays. C’est que cette femme noire, originaire des favelas, est devenue par sa lutte incessante contre la corruption et les violences meurtrières tant de la police que des maffias; prenant sans relâche la défense des femmes, noires, des homos et des plus pauvres en général, , constamment menacée de mort mais n’abandonnant pas pour autant sa lutte, elle était devenue pour la population pauvre le symbole de leur lutte quotidienne et pour tous les dirigeants de détenteurs d’un pouvoir la cible à abattre

TUNISIENous avons déjà parlé dans des bulletins précédents des manifestations de centaines de milliers le 15 janvier dernier qui ont déclenché une féroce répression avec des dizaines de morts, beaucoup plus de blessés e t des centaines d’arrestations. Cette répression et la situation économique désastreuse du pays à l’origine des manifestations a accentué la fuite vers l’étranger et le naufrage mortel récent d’un navire changé de Tunisiens ( une centaine de noyés) a souligné l’ampleur de cette émigration ( près de 10 000 en 2017 ( 7 fois plus qu’en 2016) et le développement présent d’une nouvelle vague migratoire.

SLOVAQUIEL’assassinat d’un journaliste (et de sa compagne) qui enquêtait sur la corruption du pouvoir et ses liens avec la maffia italienne déclenche des manifestations spontanées de plus de 40 000 habitants dans trente villes du pays en mars dernier, contraignant le gouvernement à démissionner et à organiser de nouvelles élections pendant qu’un groupe de journalistes reprend des enquêtes sur la corruption. Mais les réticences du pouvoir à poursuivre une enquête sérieuse sur ces meurtres ont déclenché une crise d’une part dans les médias ( radio, TV et presse) et d'autre part dans la sphère politique, laissant présager d’autres actions de masse dans la rue

MALTE— «L’île aux affaires» est le carrefour de toutes les maffias criminelles et politiques et des corruptions mondiales. Une courageuse femme journaliste locale Daphné Galicia sr son blog «Commentary» dénonce tout ce qu’elle peut tout en constatant «escrocs sont partout. La situation est désespérée» . Cela lui vaut les honneurs des méthodes de la maffia sicilienne qui, comme pour le juge Falcone, l’assassine avec une bombe télécommandée placée sous sa voiture . Les imposantes manifestations spontanées qui suivent restent pourtant sans lendemain alors que 45 journalistes mondiaux lancent le «Daphné project» qui tente d’aller au-delà d’une omerta officielle sur ce crime et sur l’immensité des corruptions et trafics de l’île.

NICARAGUALe 18 avril 2018 des dizaines de milliers descendent pacifiquement dans la rue dans les principales villes du pays pour protester contre un ensemble de mesures d’austérité dont une concernant le régime de retraite et demandant le départ du dirigeant dictateur ,ex révolutionnaire sandiniste Ortega. Devant l’ampleur de la répression les manifestations se transforment en émeutes avec des barricades, des incendies, des immeubles publics mis à sac et des magasins pillés .L’armée intervient et la répression est à la hauteur: plus de 130 tués à la fois dus aux tirs contre les manifestants que par des équipes de tueurs qui ciblent les opposants visibles . Le 30 mai, jour de la fête des mères, plus de 500 000 mères manifestant pour demander justice pour le meurtre de leurs enfants et 19 d’entre elles sont tuées dans l’attaque policière. Comme le gouvernement ne cède en rien, des étudiants occupent l’université de Managua le 28mai et leur expulsion déclenche de nouvelles manifestations qui tournent également à l’émeute. Une menace de grève générale pourrait-elle faire céder les pouvoir qui s’accroche?

TANZANIEDepuis février des manifestations récurrentes contre le pouvoir en place et ses mesures d’austérité déclenchent les répressions habituelles dans une grande confusion politique et vraisemblablement la main secrète des USA;

SOUDAN—En janvier 2018 , on ne compte pas moins de 32 manifestations pacifiques contre les prix des carburants et l’inflation sur les produits de première nécessité qui n’ont guère entraîné que quelques promesses du pouvoir. Malgré le calme apparent des mois suivants, de nouvelles manifestations reviennent actuellement dont une le 19 mai et qui ont un caractère plus violent ( un flic tué dans une altercation alors qu’il contrôlait la distribution de carburant

MADAGASCAR21 avril 2018—des milliers de manifestants à Tananarive contre une réforme de la loi électorale tendant à évincer l'opposition, deux morts, des douzaines de blessés. Le 23 avril, des milliers de manifestants habillés en blanc se rassemblent devant l'hôtel de ville de la capitale pour des funérailles symboliques de deux assassinés. Comme les manifestations se poursuivent , exigeant maintenant la démission du président, celui-ci ne fait que remplacer le premier ministre le 26 mai, ce qui ne calme rien

ARMENIEen avril-mai, onze jours de manifestations massives répétées contraignent le premier ministre à démissionner et à son remplacement par un opposant politique contre la majorité du parlement, un exemple de ce que la rue peut finir par imposer contre les pouvoir pourtant «élu démocratiquement» ( avec une corruption organisée «s’achète : un vote d’électeur pour 20 euros ou une bonne note enclasse», propos d’un manifestant).

ROUMANIE –12/5/2018; des milliers continuent de manifester régulièrement dans tout le pays contre la corruption. Mais des tentatives gouvernementales d’organiser des marches parallèles pour court circuiter cette opposition récurrente

MAYOTTE– 21 avril 2018, Avant tout contre l'insécurité et une immigration des Comores il y a 4 mois, éclatait à Mayotte un mouvement social d'ampleur qui a entrainé un blocage des iles pendant plusieurs semaines, avec des répercussions parfois dramatiques. Ce mouvement est né en réponse à un contexte de violence et d'insécurité ,mais aussi, d'une crise sociale profonde et dans tous les domaines :santé, logement, transports, travail, éducation... Crise dont l'immigration illégale massive qui déstabilise la société mahoraise ne fait qu'amplifier les effets, au point de les rendre insupportables. Ce mouvement a été engagé par une population à bout, exaspérée de ne pas voir venir les changements attendus de la départementalisation. .
Des engagements fermes, concrets, précis, ont mis fin au conflit sans pour autant résoudre un problème central, celui de l'immigration de puis les Comores.

En ESPAGNE , en ARGENTINE , et en TURQUIE, la journée de la femme, le 8 mars, qui autrefois passait quasiment inaperçue met cette année 2018 dans chacun de ce pays des centaines de milliers de femmes. On peut relier cette montée des protestations des femmes au mouvement «too» qui né aux Etats-Unis, s'est répandu dans toute la planète et aux manifestations récurrentes des femmes contre le port du voile en IRAN ( l'initiatrice du mouvement, le 27 décembre 2017, à un croisement routier à Téhéran elle avar retiré son voile; elle est suivi par une trentaine d'autres femmes dans tout l'Iran) ou aux protestations collectives des étudiantes en CHINE contre e le harcèlement sexuel.( en avril 2018 une organisation a été formée qui se propage dans les universités)

MAROCà partir des événements dans le Rif évoqué dans les précédents bulletins et les manifestations nées dans cette région qui se sont étendues dans tout le Maroc, depuis octobre 2016, d’autres mouvements du même genre se sont greffés ailleurs comme des «manifestations de la soif» dans le port de Zagora ou dans la région des mines de Jeralda. Contre les hausses de prix un boycott sauvage a été organisé contre les fournisseurs de bouteilles d’eau, de lait et de détergents pendant les mois de mai et juin 2018

RUSSIEDans la ville sibérienne de Kemerovo, le 21 mars 2018 , l’incendie d’un centre commercial fait 64 morts et l’enquête révèle tout un ensemble de malfaçons dans la construction liées à la corruption lors de la construction du centre. Des manifestations répétées de milliers d’habitants contraignent le gouverneur en place depuis plus de 20 ans, allié de Poutine et au centre d’nr réseau de corruption à la démission et à son remplacement.

JORDANIEdepuis le 3 juin , des milliers de manifestants protestent chaque jour dans la capitale Amman et dans tout le pays alors que se déroule une grève générale contre des mesures d’austérité, impliquant l’augmentation du prix des carburants et des produits de première nécessité, mesures imposées par le FMI .Le roi tente de répondre à cette situation en dissolvant le gouvernement. Mais cela ne changera pas grand-chose à la situation du pays qui connaît une inflation galopante et un chômage de 18%, situation qui ne peut que générer de nouvelles manifestations

EGYPTEmai 2018, des manifestations de protestation au Caire contre la hausse du prix du ticket de transports urbains

MEXIQUE21/5/2018 –100 000 enseignants manifestent à Mexico contre ne réforme du système éducatif

GAZA ,printemps 2018 les manifestations pacifiques de milliers de Gazaouis devant la frontière israélienne et le massacre des tirs de l’armée israélienne qui n’ont pas découragé jusqu’ici les manifestants ont été trop bien médiatisés porc que nous l’évoquions ici en détail sauf pour souligner que ce mouvement qui se veut pacifique s’apparente à pratiquement tous les mouvements de démocratie directe dont nous avons parlé ci– dessus.

CHINE

Dans les 10 premières semaines de 2018, on a assisté à une montée des gr7ves, plus de 400 «» admises, le double de ce qui avait été reconnu dans la même période de 2017: dans la même période les tribunaux chargés de régler les conflits du travail ont vu les litiges bondir de 40%

Ces conflits présentent des caractères nouveaux:

  • L’un purement de géographie économique. Alors que jusqu’alors la plupart des conflits du travail se déroulaient essentiellement dans les zones côtières industrialisées, ceux-ci se sont déplacés dans l’intérieur de la Chine. C’est le résultat d’un politique délibérée du Parti Communiste Chinois qui tente de pallier le transfert des industries de main d’œuvre vers les pays à moindre coût, l’automatisation et les licenciements conséquents par des transferts d’activité vers l’intérieur de la Chine .On prévoit que , dans les années proches, ces licenciements pourraient atteindre plus de 6 millions de travailleurs, une bonne partie des migrants qui pourraient éventuellement retourner dans leur campagne d’origine où seraient transférées des industries avec des coûts de production plus bas. Cela couperait également de novelles migrations. D’après les calculs de cette réforme, il en résulterait par un transfert conséquent des revenus à une augmentation de la consommation intérieure compensant les pertes dues aux délocalisations vers les autres pays d’Asie et l’Afrique

  • L’autre est plus intéressant en termes de lutte de classe, c’est l’apparition de conflits collectifs à l’échelle régionale voire nationale accompagnés de nouvelles formes d’organisation totalement illégales se substituant aux carences du syndical officiel ACFTU

Ces formes d'organisations parviennent à franchir les silences de la censure et de la répression, mais on peut supposer que ce qu’on en connaît est la partie émergée de l’iceberg. En janvier dernier, des centaines d’enseignants venus de toute la Chine se sont retrouvés à Beijing pour élaborer des revendications communes pour les retraite et les garanties sociales dont la maladie ( déjà antérieurement des mouvements pour de telles revendications avaient fait tache d'huile alors que se déroulait un mouvement identique da les services hospitaliers)

Les travailleurs de magasins Walmartde toute la Chine ont formé un «indépendant des travailleurs de Walmart» qui présenter des revendications unifiées dans tout la chine et mener des actions concertées.

En mars, les travailleurs d’une centrale solaire du Guizhou occupent le site pour les salaires. Au même moment ailleurs en Chine des chauffeurs de taxi sont en lutte de même que les hospitaliers du Hebei

Le 18 mars , après huit jours d grève les travailleurs d’une usine de sacs à mains de luxe acceptent un accord qui leur accorde des augmentations de salaires, des garanties retraite, une allocation logement et des primes d’activité.

Le premier mai, dans le centre de la Chine des millions de travailleurs du bâtiment ( sur les 60 millions dans cette branche) se sont mis en grève . Ce conflit a concerné particulièrement 18 000 grutiers qui ont participé à la grève dans 80 villes du pays de 19 provinces appelés par une organisation clandestine «Operators Union»

BRESIL

Le plus grand Etat d’Amérique du Sud, légèrement inférieur en superficie aux USA avec les 2/3 de sa population (206 millions d’habitants), au 8ième rang mondial pour son PIB mais au 75ième pour le PIB par tête . L’économie est partage entre un développement industriel notamment dans le Sud (Etat de Sao Paulo) et les multinationales minières et pétrolières d’une part et les propriétaires fonciers et d’autre part les géants de l’agrobusiness exploiteurs catastrophiques de la forêt amazonienne. Le tout baignant dans des rivalités politiques tardant à faire de l’armée l’arbitre d’ne crise persistante dans une atmosphère de corruption et de violences généralisés. Ce n’est pas un hasard si Lula, le leader populiste et populaire auteur de certaines réformes sociales soit actuellement en prison , pas tant pour accusation de corruption mais parce qu’il représente une menace politique pour les pouvoirs en place.

Les conflits sociaux de tous ordres sont fréquents mais d’importance inégale et concernant aussi bien telle ou telle favela ou la grève dans le secteur automobile. Le conflit récent des routiers qui a paralysé le pays pendant plusieurs semaines est un exemple des conséquences sociales qui peuvent résulter d’une orientation politique et de la faiblesse du développement des infrastructures eu égard au développement économique global. Dans le transport des marchandises, la route a pris—délibérément à partir des années 1980—une place prépondérante ( aujourd’hui, dans le pays,61% des marchandises sont transportées par route contre 21% par fer,4% par pipeline et 0,4% par air). Cette situation est encore plus paradoxale lorsque l’on sait que le réseau routier est dans un état lamentable;86% des routes ne sont que de pistes en terre.

De plus, la structure des transports routiers en fait un secteur particulièrement hétéroclite eu égard à l’importance du trafic routier. A côté des flottes d’entreprises et des sociétés de transports on trouve une immensité de PME (160 000) et des indépendants qui regroupent près de 3 millions de routiers..

Ceux-ci sont organisés, pour les salariés dans la CNT (Confédération Nationale du Transport) et pour les indépendants dans doux associations:; l’Union Nationale des Camionneurs et l’Association Brésilienne des camionneurs ( qui compterait 600 000 adhérents) Ces groupements tout en soutenant et parfois organisant la grève seront enfaita dépassés par un puissant mouvement de base.

Lagr7ve commence, comme déjà dans le passé sur la hausse du prix du diesel. Dans le pays, la société pétrolière d’Etat Petrobras détient un quasi-monopole de la distribution et a décidé de faire suivre au prix du diesel les fluctuations du cours mondial des produits pétroliers. C’est ainsi que le prix du litre de diesel est passé de 2,5 reals en 2015 à 3,8 réals vers le 20 mai. Les plus touchés sont surtout les dépendants et les PME et ce sont eux qui prennent l’initiative d’une grève totale illimitée» le 23mai qui rapidement paralyse tout le pays, non seulement à l’intérieur dans les approvisionnements de toutes sortes mais aussi et surtout dans les exportations vitales pour le pays de denrées agricoles (soja, café, etc..). Un premier accord sur une baisse de prix du diesel n’est pas accepté par la base ce qui fait dire à l’Association qui appelle à lever les blocages routiers que le mouvement lui échappe et se radicalise. Ceste radicalisation est marquée non seulement par de rigoureux barrages routiers mais aussi par les violence contre les jaunes: c’est ainsi qu’un camionneur qui voulait reprendre le travail a été lapidé à mort dans l’Etat de Rondonia Après avoir fait, en vain appel à l’armée pour faire lever les blocages routiers, le gouvernement est contraint de céder et signer le 27 mai un accord qui réduit le prix du diesel de 2% , bloque son prix pour deux mois et satisfait d’antres revendications dont le tarif des péages routiers. Peu à peu, le pays retrouve une activité normale. Ce ne sont pas tant les conséquences économiques ( 64 millions de volailles mortes par manque d’aliment, et près de 20 millions de porcs) qui sent importantes mais les conséquences politiques . Le mouvement a bénéficié d’un énorme soutien populaire tant moral que matériel, ce qu’exprime un brésilien du rang: «Je suis là pour lutter avec les guerriers. Contre ce gouvernement de bandits, ces corrompus et contre ce gouvernement qui ne veut pas céder» Là encore, les réseaux sociaux ont joué toute leur importance dans la montée et la coordination du mouvement