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« …Plus la civilisation progresse, plus elle est obligée de couvrir avec le manteau de la charité les maux qu’elle a nécessairement engendrés, de les farder ou de les nier, bref, d’instituer une hypocrisie conventionnelle que ne connaissaient ni les formes de société antérieures, ni même les premiers stades de la civilisation… » F.Engels - L’origine de la famille, de la propriété et de l’état

 

En quittant le jardin d’Éden1 l'Humanité aurait-elle perdu la quiétude des chasseurs- cueilleurs libres vagabondant ici ou là et goûtant les fruits des arbres merveilleux ? Désormais hors du jardin d’Éden, l'homme ne doit-il pas cultiver le sol et domestiquer les animaux à la sueur de son front ? Les textes bibliques ne décriraient-ils pas une certaine vérité 2? Quoiqu'il en soit, le changement de vie grégaire et la domestication des animaux ont transmis des virus qui lui étaient jusque là inconnus.

          Les chasseurs-cueilleurs dans leur univers connaissent peu ou pas les épidémies. Ainsi pour les peuples d'Amérique vivant encore de la chasse et de la cueillette, il a fallu attendre la découverte de l'Amérique avec Christophe Colomb pour qu'ils soient décimés par les épidémies importées d'Europe. Évidemment, les indiens des plaines respectaient la nature et les animaux, ils vivaient en osmose avec elle. C'est encore le cas de la tribu des Guarani en Amazonie, derniers survivants des peuples primitifs, qui préfère choisir le suicide plutôt que d’être séparés de son environnement : « Quand vous êtes si
proche de la nature, que vous êtes entouré de forêts, vous avez la vie, vous avez tout » dit un Guarani.… Pas besoin d'écologie dans ce cadre naturel ni de craindre l'évolution démentielle de l'agro-business pour l'alimentation des troupeaux pourvoyeur des nouveaux virus.

  Soyons clair ! Pas besoin de longue phrase pour montrer ce qu'homo sapiens sapiens a fait de la Terre. Pas besoin d'écologie1 si l'on vit en osmose avec la nature. C'est ainsi que l’écologie des temps modernes a été inventée pour cacher les mutilations de la nature, pour faire croire, d’une part que le sort de la nature préoccupe vraiment le capitalisme et, d’autre part, pour calmer et illusionner ceux qui s’alarment du nouveau monde « virtuel » mais pourtant très destructeur. Amadeo Bordiga dans les années 1950 n'était pas dupe : « L’écologisme regroupe pêle-mêle une réaction - réactionnaire ! - au bouleversement incessant des techniques productives par le capital, une défense contre l’exaspération du capitalisme qui rend la vie toujours plus pénible, et aussi la réaction de la bourgeoisie contre ses propres « excès », sa tentative de contrôler ses destructions anarchiques. »

1Ici, comme dans la citation de Bordiga, écologie est utilisé dans le sens non scientifique mais dans le sens utilisé par les médias.

          Aujourd'hui, suite à la litanie des catastrophes humanitaires, sanitaires, climatiques qui
frappent la planète de façon de plus en plus rapprochées, interrogeons-nous sur la succession
ininterrompue des épidémies et pandémies dès l'apparition des sociétés de classe.
          A l'orée de la révolution néolithique apparaissent les virus et les calamités que nous
connaissons encore aujourd'hui, pour la plupart du fait de la promiscuité entre les hommes et les
animaux domestiqués. Dans une deuxième partie nous nous attacherons à montrer les liens existant
entre les épidémies et la disparition d'une civilisation. Enfin nous essayerons de comprendre
pourquoi les épidémies se succèdent plus régulièrement et plus rapidement dans une société dont les
excès de toute part ne font que les préparer.

I - La révolution néolithique, les épidémies et les pandémies

          « Entre 10 000 et 3000 av. J-C, la révolution néolithique s'installe quelque part entre
l'Anatolie et l'Égypte, mais aussi dans le Sahara, en Chine, en Nouvelle-Guinée, en Amérique
centrale et sur les hauts plateaux andins, avec l'agriculture, l'élevage, la sédentarisation et la
croissance démographique qui en découle. » (d'après Jean Guillaine, Les nouvelles maladies du
Néolithique, Pour la science, N° 50, 30 novembre 1999).

Ces nouvelles conditions entraînent une rupture de l'équilibre éco-épidémiologique
antérieur, provoquant l'apparition de nombreuses agents infectieux : virus, parasites, bactéries4,
entraînant maladies et infections . Ces maladies ne pouvaient se manifester dans les temps plus
anciens, à cause de la très faible densité humaine des sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ne
représentaient que cinq millions d’habitants répartis sur les différents continents. Partout dans les
sociétés devenues sédentaires et plus concentrées en population, les maladies se répandent plus
rapidement qu'aux temps des groupes de chasseurs-cueilleurs isolés.

         Pour le développement des virus, il semble qu'il faille la réunion de 2 phénomènes :
1 - La densité de population. Pour persister durablement (assurer une chaîne continue de
transmission), une maladie infectieuse a besoin d'une assez forte population humaine ramassée.
Dans le cas de la rougeole, il faut au moins une population vierge (non immunisée) de 250 000 à
500 000 individus. Cette densité humaine n'a été atteinte qu'autour de 6000 ans avant J.C., par les
premières civilisations urbaines de Mésopotamie. D'ailleurs le mot épidémie est connu depuis au
moins 2500 ans. C’est un terme grec provenant de la combinaison des mots « epi » (sur) et « demos
» (peuple). L'expression a été popularisée par Hippocrate.

2 - La domestication des animaux et la modification de l'écosystème.
La domestication des animaux et des pratiques sanitaires inadéquates entraînent alors une proximité
de ces derniers avec les hommes. Elles expliquent en grande partie l'augmentation des morts et des
maladies depuis la révolution néolithique. Les maladies se transmettent plus facilement des
animaux aux humains. Parmi les maladies ayant été transmises des animaux aux humains depuis la
révolution néolithique figurent la grippe, la variole et la rougeole5, la lèpre, la tuberculose6,
notamment le mal de Pott (tuberculose vertébrale – apparition en Suisse dans le Valais puis en Italie
et en France vers le milieu ou la fin du néolithique), les infections par Brucella melitensis7, les
salmonelloses, le ténia, la typhoïde, le charbon et la syphilis 8.

          Le boeuf, à lui seul, est un important « pourvoyeur » d'épidémies, dont la variole, la lèpre, la
tuberculose, les salmonelloses, le ténia, la typhoïde. Le mouton a transmis le charbon, le porc et le
poulet la grippe, le chien la rage, le cheval le tétanos, le chameau la syphilis.

Nous pouvons valablement conclure que la domestication des animaux sauvages reste la cause principale de ces nouvelles catastrophes éco-épidémiologiques et écologiques.

 C'est encore le cas au XXI° siècle, où la quasi-totalité des maladies épidémiques – la menace de mutation du virus de la grippe aviaire en est à ce jour le symbole le plus médiatisé – provient de germes d'animaux sauvages à l'époque préhistorique, « empruntés » par l'homme dès le Néolithique.

 La plus ancienne souche de peste a été retrouvée parmi des populations agricoles du Néolithique, il y a 4900 ans, dans le sud de la Suède1 .

 A – Grande épidémie mondiale au début de la révolution néolithique (entre 5000 et 6000 av JC).

 

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Centres d'infection de la peste et routes de transmission

 Cf. : article « Emergence and Spread of Basal Lineages of Yersinia pestis during the Neolithic Decline » https://www.researchgate.net/publication/329456734_Emergence_and_Spread_of_Basal_Lineages_of_Yersinia_pestis_during_the_Neolithic_Decline

La diffusion des pratiques agricoles dans l'ouest de l'Eurasie a été suivie d'une période d'expansion démographique (« Demography and the intensity of cultural activities: an evaluation of

1https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/le-fleau-de-la-peste-present-en-europe-encore-plus-tot-que-p_130151

 Funnel Beaker Societies (4200–2800 cal BC) » M. Hinz,, Ingo Feeser, K. Sjögren, J. Müller, 2013) et d'innovations technologiques (poterie, traction animale, roue, métallurgie, etc.) Ces événements ont favorisé l'initiation de réseaux commerciaux qui, pour la première fois, pouvaient atteindre des régions géographiques reculées et relier de multiples populations humaines indépendantes. Les densités de population et les villages ont également augmenté en taille avec l'émergence des premières méga-communautés (6 100–5 400 Avt JC) sur le territoire actuel de la Moldavie, de la Roumanie et de l'Ukraine. Ces ensembles ont été construits par une population connue sous le nom de culture Trypillia (6 800 à 5 000 Avt JC) et pourraient accueillir entre 10 000 et 20 000 personnes, environ soit un ordre de grandeur plus grand et avec une organisation plus complexe que dans toute la période précédente. En effet, les archives archéologiques de ces sites montrent des signes de division et de spécialisation du travail (Korvin-Piotrovskiyet, etc.. « Pottery kilns Trypillian settelments, tracing the division of work and the social organization.of Copper Age communities », 2016) et de fortes densités d'humains et d'animaux vivant en contact étroit les uns avec les autres, ce qui aurait généré de fortes demandes de nourriture et de ressources (« Trypillian subsistence economy: animal and plant exploitation », W Kirleis, M Dal Corso, 2016) et aussi des conditions favorables à l'émergence de maladies infectieuses.

 Plusieurs chercheurs notamment Nicolas Rascovan de l'Institut Pasteur écrivent :

« Entre 5000 et 6000 ans, de nombreuses sociétés néolithiques ont décliné dans toute l'Eurasie occidentale en raison de combinaison de facteurs qui sont encore largement débattus. Ici, nous rapportons la découverte et la reconstruction du génome de Yersinia pestis, l'agent étiologique de la peste, chez les agriculteurs néolithiques en Suède, antérieur et base de toutes les souches connues modernes et anciennes de ce pathogène. Nous avons étudié l'histoire de cette souche en combinant des analyses d'horloge phylogénétique et moléculaire du génome bactérien, des informations archéologiques détaillées, des analyses génomiques d'individus infectés et de centaines d'échantillons humains anciens à travers l'Eurasie. Ces analyses ont révélé que de multiples lignées indépendantes de Yersinia pestis se sont ramifiées et se sont étendues à travers l'Eurasie pendant le déclin néolithique, se propageant très probablement à travers les premiers réseaux commerciaux plutôt que par des migrations humaines massives. Nos résultats sont cohérents avec l'existence d'une pandémie de peste préhistorique qui a probablement contribué à la décomposition des populations néolithiques en Europe. »

 Dès lors de nombreuses épidémies vont s'enchaîner et sont répertoriés depuis l'aube de l'histoire suite à la sédentarisation puis à l'apparition des États, de villes-États ou de proto-États : Sumer, Égypte et Chine toujours en lien avec la pratique de l'élevage comme on va le voir dans ces régions.

 B - Pour Sumer et la Mésopotamie1

 * Il existe toute une littérature et un dieu des épidémies. A Sumer, Nergal devient le dieu des enfers à la suite de son mariage avec sa parèdre2 Ereskigal, déesse souveraine du monde des morts. Mais, lorsqu'il se manifeste sur Terre, il se révèle être le maître des épidémies mortelles, le propagateur de la peste.

Vers 1750 avant J.C. un chef d'œuvre de la littérature et de la pensée mésopotamienne voit le jour. Ce grand poème mythologique composé de 2200 vers dont seuls les deux tiers nous sont parvenus, s'intitule le Supersage. Dans ce poème il est question du sommeil d'ENLIL, roi des dieux, troublé par les querelles des hommes. ENLIL, irrité, cherche à les décimer au risque de les anéantir : d'abord par l'Épidémie. Puis, ENLIL, furieux, décide d'envoyer aux hommes le déluge, mais le très rusé ENKI enseigne à son protégé, surnommé le Supersage de comment construire un bateau pour sauver ainsi sa femme et des couples d'animaux.

 Dans cette région du croissant fertile, on possède des éléments plus scientifiques Les épidémies sont essentiellement évoquées dans des textes épistolaires, des chroniques et des rapports astronomiques :

«La 15e (année), au mois de teshrit, le 29e jour, les dieux du Pays de la Me(r) retournèrent (en) 1eurs sanctuaires. Des épidémies sévirent en Assyrie. » 3 (chroniques néobabyloniennes)

 Curieusement, les traités médicaux restent extrêmement silencieux à leur propos. Le plus souvent, elles sont associées aux guerres ou aux famines. D'autres fois, des courriers d'une valeur inestimable, nous montrent à quel point les souverains de Mari sont attentifs aux conditions sanitaires régnant dans leur royaume :

 «A (la ville de) Kulhîtum, le dieu s'est mis à dévorer les bœufs et la population. Par jour, deux, trois hommes sont morts. »4

 Nous apprenons ainsi par l'intermédiaire d'une lettre d'un haut fonctionnaire, que l'épidémie sévissant alors dans la souveraineté de Mari, s'identifie à un dieu qui mange ou touche ses victimes. Parfois le nom du dieu responsable est indiqué. Il s'agit pour la plupart du temps de Nergal. D'autres courriers rapportent des informations sur la virulence de l'épidémie et sur ses conséquences mortelles :

« Relativement à l'épidémie (zrkulti ilim) dont m'a entretenu mon seigneur, à la ville de Tullul, il y a plusieurs cas de maladie mais les morts y sont rares. A la ville de Dunnum, qui est en aval de la ville de Lasqum, il y a un tas de morts. » (même référence que pour la note précédente)

 Même si l'origine des épidémies n'est pas toujours très scientifique, les hommes savent déjà qu'elles se répandent par contagion, et qu'il est possible de s'en prémunir en évitant tout contact avec les malades. Ainsi les habitants de Dunnum, fuient leur citée touchée par une épidémie, et se réfugient dans les terres hautes de Lasquam. Vers 1780 avant notre ère, le roi Zimri-lim, alors absent de son palais, conseille à la reine Shibtu son épouse :

 «J'ai entendu dire que Dame Nanname était frappée de maladie. Or, elle a beaucoup de rapports avec les gens du palais, et elle rencontre, dans sa propre demeure, de nombreuses femmes. Maintenant donc, donne des ordres sévères pour que personne ne boive dans la coupe où elle boit, pour que personne ne s'asseye sur le siège où elle s'assied et pour que personne ne couche plus dans le lit où elle se couche. Qu'elle ne rencontre plus de nombreuses femmes dans sa propre demeure. Ce mal est contagieux (mushtahhiz, du verbe ahâzu attraper, saisir). »5

 Il apparaît indubitablement, en étudiant ce courrier, qu'aux yeux des Mésopotamiens, les maladies pouvaient parfois se transmettre par contact indirect avec le porteur. Dans une seconde lettre Zimri-lim ajoute : «A cause de la maladie de cette femme, de nombreuses femmes vont être malades de ce mal-simmun. Il faut que cette femme habite une pièce séparée. Que personne ne la visite! »

 * Les pandémies connues

 L'archéologie révèle qu'Uruk (vers -3200, la plus grande ville du monde avec 50 000 habitants) et les autres cités États mésopotamiennes s'effondrent après des crises. James Scott avance diverses raisons. Mais « plus nous disposons de sources écrites, plus les références aux maladies infectieuses et aux épidémies se multiplient : tuberculose, typhus, peste bubonique, variole »6.Il souligne également que les premiers États étaient en proie à des zoonoses, c'est-à-dire que des maladies se propagent des animaux aux humains, ce qui entraîne des taux de morbidité élevés.

 Nous savons aussi comment la ville de Mari est tombée en 1761 avant JC. Ses tablettes décrivent les progrès rapides d'une pandémie : épuisée, dépeuplée, elle tombe aux mains des Babyloniens.

 * Les mesures

 Les épidémies et les pandémies étaient donc déjà le lot commun des populations de cultivateurs et d'éleveurs. Les Mésopotamiens savaient déjà que les maladies pouvaient parfois se transmettre par contact indirect avec le porteur ce qui veut bien dire qu'ils avaient eu le temps d'observer de nombreuses autres épidémies. Des cordons sanitaires étaient alors instaurés, séparant les villes saines des villes atteintes par l'épidémie. Les malades sont interdits dans les territoires sains. Et les personnes non infectées doivent éviter les régions contaminées.

 C - En Égypte

 L’archéologue égyptien Zahi Hawass a évoqué l’histoire des épidémies en Égypte. Lui aussi, il a noté que l’Égypte a connu plusieurs crises sanitaires durant l’Antiquité.

 La peste s’est donc propagée à toutes les civilisations existantes à l'époque sans exception. L’égyptologue note qu’un état de terreur régnait au moment de l'épidémie dont il parle alors que des personnes de diverses nations ont été touchées en grand nombre. De même, il a souligné que les anciens égyptiens ont réussi à vaincre la peste, notant qu’ils ont suivi des mesures de précaution strictes et mangé des aliments sains comme : « les oignons, l’ail et les aliments qui renforcent l’immunité. » Il a souligné que ces mesures leur auraient permis de surmonter l'épidémie.

Des textes ont décrit la manière dont la princesse hittite Maathorneferure, première épouse du roi Ramsès II (né aux alentours de -1304 ; mort vers -1213), s’est rendue au temple de Karnak, au temple Sobek dans le Fayoum, puis au temple Sekhmet à Abousir pour prier pour la guérison de cette peste.

 L’ancienne Égypte a également, il y a plus de 3500 ans, été affectée par une épidémie de paludisme (les anciens ne savaient pas la différence qui existaient entre les virus et les agents parasites), une épidémie qui a éliminé de nombreux villages et villes. La contagion a atteint le roi Toutankhamon selon les résultats des tomodensitogrammes de la momie du roi, décédé en 1325 avant JC, qui ont prouvé sa mort en raison de complications de cette maladie.

 De nombreux papyrus égyptiens anciens, en plus des papyrus médicaux Chester Beatty (XII° siècle avant JC), Ramesseum, Ebers, etc., confirme la pratique égyptienne de la “médecine préventive” pour se protéger contre les maladies infectieuses. Ces papyrus insistent sur les mesures à prendre après l’infection et la mort d’un grand nombre de la population notamment pour la ville de Tel el-Amarna souffrant de paludisme ? Ces mesures sont indiquées par le médecin-prêtre Sekhmet pour le traitement du paludisme et de la variole. De même, le papyrus Ebers est le plus ancien document de pratiques et traitements médicaux de l’histoire datant de plus de 3500 ans.

D - En Chine.

 La première épidémie connue dans l’histoire de la Chine, grâce à l’archéologie, survint à Hamin Mangha vers 3000 ans avant notre ère. Tout un village fut anéanti par la maladie. Aucun groupe d’âge ne fut épargné. L’épidémie était si virulente que tous les cadavres furent entassés dans une même maison contenant 97 squelettes. Sans que les personnes reçoivent des enterrements appropriés, la maison fut incendiée et le village abandonné. Le village de Miaozigou au nord-est de la Chine subit le même sort dans la même région (squelettes enterrés de la même manière). Ces deux découvertes démontrent qu’une épidémie avait déjà ravagé toute la région. Y en a-t-il eu d'autres ?

 Les illustrations historiques choisies paraissent bien suffisantes pour éclairer mon propos. Des spécialistes pourraient certainement citer de plus nombreux cas. Que disions-nous en introduction sur un mode léger ? Les hommes, en quittant le jardin miraculeux d’Éden, ont gagné le travail de la terre et la domestication des animaux, la division du travail, la société « policée » et la domination étatique. Mais, ils ont aussi obtenu bien des malheurs : la perte de leur liberté, la découverte des pandémies et l'exploitation.

 II – Les pandémies entraînent des transformation du monde et/ou des chocs mortels pour les civilisations.

 En décrivant la naissance des pandémies depuis l'aube de l'histoire humaine, on comprend que ces plaies se soient répétés régulièrement et chaque fois de façon plus ou moins dramatique. Cela devint le lot des sociétés de classes. Le tableau est dressé de façon inéluctable. Chaque fois des civilisations prétentieuses et conquérantes l'ont oublié et payé par leur disparition. Nous ne souhaitons pas faire la liste exhaustives des différentes pandémies mais nous choisissons, dans l'exposé, les plus importantes : celles qui ont abouti à la disparition ou aux transformations profondes de sociétés et d'empires. Cela nous permet de réaffirmer que le capitalisme pas plus que d'autres modes de production de l'histoire humaine ne sera dispensé purement et simplement de sa disparition.Malheureusement il pourrait entraîner la disparition de l'Humanité et peut être créer un astre mort.

 1 - L'âge d'or à Athènes avant son déclin. (430 à 426 av. J.-C )

 En 430, donc la pandémie qualifiée par les contemporains de peste touche Athènes. Celle-ci fait plusieurs dizaines de milliers de morts dont Périclès soit un quart à un tiers de sa population, alors qu'elle est en guerre contre d’autres cités grecques et notamment Sparte. La nature du virus n'a pas été découverte. Peut-être s'agissait-il du typhus ? L'apogée d’Athènes avait abouti à la guerre contre Sparte. La guerre n'est pas étrangère à la catastrophe puis à la réapparition des tyrans à Athènes avec la multiplication des procès politiques. Comme toujours un État face aux difficultés qui s'accumulent, se durcit et devient répressif pour sa survie.

 Il est possible que la peste soit entrée dans la ville par les eaux courantes et qu'elle ait été aggravée par le surpeuplement en raison de l'afflux de réfugiés de la campagne.

 Thucydide, l'un des premiers historiens, a eu le rare privilège d'attraper la peste mais de survivre. «En général on était atteint sans indice précurseur, subitement en pleine santé. On éprouvait de violentes chaleurs à la tête ; les yeux étaient rouges et enflammés ; à l’intérieur, le pharynx et la langue devenaient sanguinolents, la respiration irrégulière, l’haleine fétide. A ces symptômes succédaient l’éternuement et l’enrouement ; peu de temps après la douleur gagnait la poitrine, s’accompagnant d’une toux violente ; quand le mal s’attaquait à l’estomac, il y provoquait des troubles et y déterminait, avec des souffrances aiguës, toutes les sortes d’évacuation de biles auxquelles les médecins ont donné des noms »...(...) - écrit-il, se souvenant de l'événement, dans son «Histoire de la guerre du Péloponnèse» livre II, 47-51. La description des symptômes par Thucydide se poursuit en détaillant les caractéristiques des pustules, la tonalité des vomissements et l'incapacité de s'endormir à cause de la douleur.

 Après cette épidémie, Athènes ne fut plus la ville phare de cette partie du monde. La Macédoine pris la relève.

 2- Déclin de l'empire romain d’Occident à travers deux pandémies majeures.

 Il est clair que le déclin ne provient pas uniquement de pandémies. Il y eut bien d'autres causes dont nous ne parlerons pas de façon exhaustive car cela dépasse largement notre propos.

 *La peste Antonine (165-166) ou peste galénique (du nom de Galien, le célèbre médecin de l’époque), qui survient à la fin du IIe siècle, reste dans les annales (virus en provenance de Mésopotamie). Le terme de «peste» est une traduction du latin pestis (ce qui veut dire : maladie contagieuse, ou épidémie et fléau en général) emprunté au grec : plaga (coup). Notons au passage que jusqu'au xixe siècle, d'autres grandes épidémies comme le choléra, la dysenterie, le charbon ou la fièvre hémorragique virale, ont parfois été désignées à tort comme des épidémies de peste par manque de connaissances médicales spécifiques

Par contre, il faut souligner que les anciens savaient distinguer une maladie classique d'une épidémie. Cette dénomination des grecs indique que les anciens avaient déjà une connaissance du caractère récurrent des maladies infectieuses ainsi qu'un minimum s'en protéger et cela du fait des très nombreuses épidémies survenues depuis le néolithique.

Cette pandémie de 165 – vraisemblablement de variole (fièvre hémorragique) – qui touche l’ensemble de l’Empire romain va entraîner la mort de près de 10 millions de personnes entre 166 et 189, soit 10 à 30 % de la population.

Ce premier coup n'a pas suffi pour accabler durablement Rome cependant il fut très puissant pour la suite de l'affaiblissement.

* La peste de Justinien (541-767)

Cette fois-ci, la nouvelle pandémie prend le nom de Justinien, empereur romain d’Orient, qui régnait alors. La maladie tue de 25 à 100 millions de personnes à travers le monde et particulièrement autour du bassin méditerranéen soit un tiers de la population de l'époque. Constantinople aurait perdu 40% de sa population. La première épidémie que l'on croyait encore récemment liée à la bactérie Yersinia Pestis avant les dernières recherches des préhistoriens.

Ce qu'est aujourd'hui la France, n’est pas non plus épargné, la peste débarquant à Marseille via un navire contaminé arrivant d’Espagne en 543. Elle reviendra régulièrement sur les rives françaises de la Méditerranée et le long du Rhône, tous les neuf à treize ans, avant de disparaître sans raison apparente.

Cette fois, comment Rome est-elle passée d’un million d’habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s’est-il passé quand, de même, 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ?

On ne peut plus désormais raconter l’histoire de la chute de Rome en faisant comme si l’environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L’Empire tardif a été le moment d’un changement décisif : la fin de l’Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l’évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d’une prévention des maladies qui ont assuré leur perte. Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l’Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d’Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies mondiales était arrivé. Face à ces catastrophes, les habitants de l’Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l’islam, ont alors triomphé des religions païennes.

La première mondialisation a-t-elle été un facteur aggravant de la maladie ? Certainement. Nous le soulignons pour insister sur le fait que les classes dirigeantes arrogantes d'aujourd'hui devraient ne pas se sentir immunisées par la mondialisation financière, de leur disparition en ne se fixant que sur la croissance de leur économie. Dérisoire ! Il n'y a pas de développement valable si l'on ne cherche pas en priorité le bonheur de toute l'Humanité !

3 - La peste noire et la décadence de l’empire byzantin (1347- 1352)

De même, la peste noire va donner un coup fatal à l’Empire byzantin, qui, affaibli, disparaîtra moins d’un siècle après ce fléau.

Cette nouvelle pandémie marque la mémoire collective des populations occidentales. Et pour cause, cette nouvelle vague de peste bubonique aurait fait plus de 75 millions de morts dans le monde, dont plus de 25 millions d’Européens entre 1347 et 1352, soit près de 40 % de la population du continent. L’épidémie de la grande peste aurait débuté en Asie, avant d’être disséminée par les cavaliers mongols jusqu’à la mer Noire.

Les Génois reprennent leur commerce et répandent l’infection sur le pourtour méditerranéen au fil de leurs escales : Constantinople, Messine, Gênes, Venise ou encore Marseille. De là, la maladie gagne Avignon en janvier 1348, Paris en juin, et l’Europe entière en 1351.

La mortalité fut effroyable, touchant toutes les classes de la société, les villes et les campagnes, rayant de la carte des villages entiers. Après avoir sévi six ans dans l’Europe médiévale, elle réapparaîtra régulièrement au cours des siècles suivants, sans pour autant avoir les mêmes proportions.

Un siècle plus tard en 1453, Constantinople est prise par les ottomans de Mehmet II, après une longue agonie.

4 – 1664-1665 : la grande peste de Londres, presque 100 000 morts. Début du capitalisme.

L’année 1665 fut marquée par un été caniculaire. Alors que la population londonienne ne cessait d’augmenter7, beaucoup vivaient dans des conditions misérables et dans des logements insalubres. En effet, la seule manière pour les gens de se débarrasser de leurs déchets était de les jeter par leurs fenêtres – les faisant donc atterrir directement dans la rue. Cela incluait les déchets de la maison mais aussi les excréments humains. La ville de Londres était donc devenue très sale et par conséquent très attractive pour les rats.

Probablement apportée par des bateaux en provenance des Pays-Bas, la peste bubonique a tué 20% de la population londonienne durant l’hiver 1664-1665. Paradoxalement, c’est une autre catastrophe, le grand incendie de la ville en septembre 1666, qui aide à éradiquer définitivement la maladie, détruisant de nombreux quartiers insalubres, bien que cette hypothèse soit aujourd'hui contestée. Quoiqu'il en soit, lors de la reconstruction, des normes d’hygiène strictes ont été imposées.

5 – Développement du capitalisme et épidémies en Angleterre au XVIII° siècle

Nous faisons un autre saut dans l'histoire pour nous intéresser aux prémices du capitalisme en Angleterre. Nous retrouvons le fait que toute modification des conditions d'existence des hommes n'est pas anodine et apporte son lot de problèmes et de difficultés.

Dans l'Angleterre des XVIIe et XVIIIe siècles, la vie citadine devint un enfer pour les émigrés de la campagne.

Le Docteur Romola Davenport8 a étudié les effets de ces migrations sur la santé des personnes vivant à Londres et à Manchester de 1750 à 1850, avec un accent particulier sur la mortalité de la variole - la maladie la plus meurtrière en Angleterre au XVIIIe siècle. Au siècle précédant 1750, la population de l’Angleterre n’a pas augmenté. Les villes et les villages ont absorbé des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants migrants9 mais ils en sont morts. On estime que la moitié de la croissance naturelle de la population a été engloutie par les décès à Londres au cours de cette période. Les enterrements ont souvent dépassé les baptêmes. La croissance des villes et des villages au cours des années 1700 a exercé d'énormes pressions sur la disponibilité de logements bon marché. Avec de nombreuses personnes venant en ville pour trouver du travail, les bidonvilles se sont rapidement développés. Les conditions de vie dans de nombreuses villes sont donc devenues inhumaines,

Le taux de mortalité dans la plupart des villes est resté extrêmement élevé. À Londres, semble-t-il, un enfant sur cinq est mort avant son deuxième anniversaire. Dans certains districts, le taux de mortalité infantile atteignait 75% par rapport aux naissances, et cela, chaque fois qu'une épidémie se déclarait. Au cours des années 1700, il y eut plus de morts à Londres que de naissance. Ce n'est que le flux constant de migrants arrivant dans les villes depuis les zones rurales qui a empêché la population de diminuer considérablement.

À son apogée, la variole représentait 10% de tous les enterrements à Londres et 20% à Manchester. Les enfants étaient les plus touchés, mais 20% des victimes de la variole à Londres étaient des adultes - probablement des migrants qui n’avaient jamais été exposés à la maladie et qui n’avaient jamais survécu à la maladie dans l’enfance. Cependant, à Manchester - une ville qui est passée de 20 000 à 250 000 en un siècle - 95% des enterrements de variole étaient pour des enfants (milieu du XVIIIe siècle).

Il a fallu nourrir tous ces migrants chassés de la campagne anglaise car ils ne produisaient plus de nourriture nécessaire à l'alimentation des villes. Pour ce faire, il a fallu importer des animaux d'Europe et notamment de France. Il semble que cela ait certainement contribué à l'importation et à la dissémination de virus et de maladies.

6 - La grippe espagnole

La guerre a été aussi au cours des ans un vecteur très important des épidémies.

Au XXe siècle, la guerre impérialiste mondiale précipite la diffusion planétaire de la grippe espagnole. « L’épidémie, qui est repérée au Kansas [à Boston dans des abattoirs = rajouté par nous] au début du printemps 1918, franchit l’Atlantique grâce au premier conflit mondial, explique le géographe Freddy Vinet. La progression du virus suit les mouvements de troupes : au printemps 1918, les soldats américains envoyés sur le front diffusent le virus dans toute l’Europe, et à l’automne 1918, les militaires engagés sur le sol européen retournent chez eux en disséminant cette fois le virus dans les territoires coloniaux et les pays alliés » en Afrique et en Asie

La grippe espagnole10 a été sans doute la pandémie la plus virulente de l’histoire de l’humanité. Elle aurait touché entre 1917 et 1919 près d’un tiers de la population mondiale, sur tous les continents, entraînant la mort de 50 à 100 millions de victimes. De quoi marquer les esprits, au même titre que la peste noire.

Avant de terminer ce point sur les pandémies majeures citées dans l'exposé, au cours des siècles, il faut constater qu'elles sont toutes survenues à des moments bien particuliers de l'évolution du mode de production. Il n'y a pas de hasard dans l'histoire. Les épidémies adviennent :

- soit en période d'affaiblissement des empires ou des civilisations (siècle d'Or ou de Périclès pour la Grèce et chute des empires romains d'Occident puis d'Orient),

  • soit lors de changements de mode de production : la peste noire à la fin du Moyen Age féodal par exemple, puis au début du capitalisme,

  • soit encore durant les guerres comme pour la grippe espagnole à la fin du premier conflit impérialiste mondial (ce fut également le cas d'autres épidémies pendant les guerres napoléoniennes).

Peut-on en conclure que les épidémies sont une cause des dérèglements ou leur manifestation ? La réponse est très certainement valable dans les deux sens avec des pourcentage variables selon les faits. En effet, les rapports de production se transformant, les conditions d’hygiène se modifient également ; mais, ultérieurement, l'épidémie aggrave d'autant la situation générale déjà affaiblie.

III - Les pandémies modernes, leur multiplication en des temps records.

Aujourd'hui, du fait de l’accélération de la mondialisation néo-libérale, les épidémies se répandent à une vitesse fulgurante sur toute la Terre.

Ainsi, la « peste noire », née en Chine, a mis plus d’une quinzaine d’années, au Moyen Age, pour atteindre l’Europe. Apparu au début des années 1330, le mal emprunte, au rythme des déplacements humains, les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe jusqu’à Caffa (Théodosie ou Feodossia d'aujourd'hui), un comptoir génois de Crimée.

Par contre, le coronavirus remet rapidement en question nos modes de vie. Tout ce que la pensée dominante de la bourgeoisie et ses médias considérait il y a encore quelques mois comme vertueux, est devenu vicieux. La mondialisation a fait reculer la pauvreté dans certain pays mais elle a précipité l’extension de l’épidémie. La densité urbaine des métropoles a boosté l’innovation technologique mais elle a favorisé les contaminations. La Covid nous montre que la surproduction et la surconsommation ainsi que la transformation des façons de produire, la concentration humaine et la mobilité qui régissent désormais la planète engendrent d'immenses et de très graves périls que plus personne ne maîtrise. Le docteur Faust n'est plus très loin !

Le coronavirus a donc mené une guerre éclair : apparu au mois de décembre 2019 en Chine, il a franchi les frontières et les océans à une vitesse foudroyante. Le 8 mars, plus de 100 pays avaient déjà signalé des cas de Covid-19.

Les pandémies se succèdent donc rapidement et se multiplient du fait du dérèglement du système capitaliste dans tous les domaines : économique, transformation des écosystèmes, déforestation, modèle agricole, pollutions, etc.....

Si l'on essaye de faire la liste des différents fléaux, on obtient une très longue litanie forcément incomplète.

 Les grippes asiatiques antérieures au coronavirus

 * En 1956, apparition de la grippe asiatique. Ce nouveau virus grippal apparaît au Japon et se répand en Asie. Cette pandémie, qui a frappé en deux vagues virulentes, est à l’origine de la mort d’environ 4 millions de personnes. Le virus (H2N2) est ensuite détecté dans une province méridionale de la Chine Guizhou, en février 1957 avant de se répandre. Il a fallu plusieurs mois avant qu’il n’atteigne l’Amérique (70 000 morts aux États-Unis) et l’Europe.

* 1968–1970, la grippe de Hong-Kong : virus de type A et de souche H3N2.

Dix ans plus tard, la souche de la grippe asiatique (virus H2N2) a évolué, provoquant une nouvelle pandémie meurtrière : la grippe de Hong Kong. Le virus H3N2 se déclare sur la péninsule chinoise et infecte un demi-million de personnes, soit 15 % de la population, avant de se propager en Asie puis de toucher les États-Unis fin 1968 et l’Europe à l’automne suivant, fin 69, tuant plus d’un million de personnes dans le monde.

Considérée comme la première pandémie de l’ère moderne par les spécialistes, elle a été accélérée par la multiplication des voyages en avion.

 Les deux grippes suivantes, ont semble t-il pu être contrôlées et ainsi ont fait moins de morts. En France la ministre de la santé de l'époque Roselyne Bachelot avait commandé, par précaution, plus de 250 millions de masques qui ne servirent pas. Ces achats lui furent reprochés ultérieurement pour avoir gaspiller l'argent de l’État.

.* Le 16 novembre 2002 : apparition du SRAS. Le premier cas connu de Syndrome respiratoire aigu (SRAS) ou pneumonie atypique se déclare dans la région de Guangdong considérée comme l'usine du monde (province près de Hong-Kong sur la rivière des perles). Au cours du mois de février 2003, la maladie se répandra hors des frontières chinoises, par l’intermédiaire de touristes et d’hommes d’affaires. Le 15 mars 2003, l’OMS lance une alerte mondiale sur le SRAS pour prévenir les voyageurs de la gravité et des risques de la maladie, qu’on a vu se développer à Taiwan, au Viêt Nam, à Singapour et au Canada. Endiguée en juillet 2003, l’épidémie fera en tout plus de 800 morts dans le monde sur un total de 8 000 cas.

 * 2009–2010 : épidémie H1N1. Au 3 décembre 2009, on recense près de 25 millions de cas confirmés et de l’ordre de 10 000 morts et en 2010, le bilan est en dessous des 20 000 morts au total.

Le sida

Le 20 mai 1983, le virus VIH "virus de l’immunodéficience humaine" est identifié. L’équipe de l’unité d’oncologie virale de l’Institut Pasteur, dirigée par le professeur Luc Montagnier, identifie pour la première fois le virus responsable du sida. Il s’agit du VIH1, rétrovirus présent partout dans le monde. C’est ce qui le différencie de l’autre souche du virus, le VIH2, qui sera découvert en 1986, et qui se rencontre essentiellement en Afrique. Depuis le début de l’épidémie environ 78 millions de personnes auraient été infectées par le VIH et 39 millions de personnes seraient décédées de maladies liées au sida.

 Autres épidémies

 * En 1969, la fièvre de Lassa doit son nom à la ville du Nigeria où il a été isolé pour la première fois en 1969 chez une infirmière tombée malade après avoir prodigué des soins. La fièvre de Lassa est endémique au Nigeria, en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, où des flambées épidémiques surviennent régulièrement.

 * En 2009–2010, une épidémie de méningite bactérienne apparaît sur la côte ouest de l’Afrique. Un total de 14 pays a été touché dont le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigeria. Un total global en février 2010 fait état de 78 416 cas suspects dont 4 053 mortels.

 * En 2014, l’épidémie d’Ebola, est une maladie virale apparue en 1976 qui a fait près de 1 000 morts depuis le début de cette année.

 Que penser de cette accélération et multiplications des pandémies ?

 Nous savions que de nouvelles épidémies allaient survenir (ce n'était vraiment pas un secret pour nombre de scientifiques) et que, depuis plusieurs dizaines d’années, leur fréquence, en particulier d’origine zoonotique, s’accélère.

« C'est un échec pour l’homme d’avoir su prévoir mais pas prévenir. Pour empêcher une autre pandémie, nous devons être plus proactifs et reconnaître le lien inextricable entre santé humaine, animale et environnementale. » Tel est le message lancé cet été par la directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE1), Inger Andersen.

Il s'agit d'un appel en pure perte pour « penser » la pandémie de Covid-19 pour en comprendre les causes et agir pour éviter les prochaines.

Rien n'a été fait, et rien ne sera fait par le capitalisme pour éviter le renouvellement de ces catastrophes pourtant attendues et qui se répètent.

Le manque de prévention est un nouvel exemple qui montre l'échec du capitalisme à satisfaire les besoins humains. Par contre, le capitalisme continue la déforestation, la conversion des terres agricoles, l'intensification de l’élevage avec des fermes monstrueuses, la destruction de la faune sauvage et la pollution de la planète. Le capitalisme sème la mort avec les guerres, le chômage, la misère et les catastrophes dites « naturelles » qui s'accumulent.

Toutefois, les hommes croient que les civilisations progressent. Il n'en est rien. Les hommes courent après la technique pensant que tout sera mieux demain ! Grossière erreur, il ne fait que reporter le problème plus fort et plus difficile à résoudre car, au surplus il génère des maux irréparables sur la planète et sur son mode de vie comme nous venons de le voir avec la question sanitaire. La question sociale ne se résoudra pas ainsi mais par une autre façon de concevoir le monde. Seule la communauté humaine dans laquelle tous égaux nous serons appelés à décider de notre devenir, est capable d'apporter une première solution aux dérives de plus de 10 000 ans de sociétés de classe.

 La crise sanitaire actuelle pose une grande quantité d'autres questions autrement plus graves que nous avons préféré éviter de traiter ici comme l'utilisation de l'épidémie par les États et la classe dominante. Il est également légitime de se demander si certains États n'en font pas trop face à cette pandémie 21

 Le 22 septembre 2020

NOTES:

1 La Bible comporterait-elle en fait des réminiscences de la vie sans travail des hommes libres primitifs ?
2 La vie des chasseurs-cueilleurs étant moins dures au niveau travail ; il ne doit pas y avoir une idéalisation excessive
de leur existence.
3 Ici, comme dans la citation de Bordiga, écologie est utilisé dans le sens non scientifique mais dans le sens utilisé par
les médias.

4 « Les nouvelles maladies du Néolithique », Jean Zammit, 30 novembre 1999, dossier pour La Science n° 50.
(En changeant les modes de vie des hommes préhistoriques, l'agriculture a apporté de nouvelles maladies et les
premières épidémies.)

5 Le virus de la rougeole correspond à l’adaptation à l’espèce humaine du virus de la peste bovine. La première
description de la peste bovine se trouve sur un papyrus vieux de 3 000 ans.

6 Benjamin Roche, Frédéric Simard et Hélène Broutin, Ecology and Evolution of Infectious Diseases: Pathogen
Control and Public Health Management in Low-income Countries, Oxford University Press, 2018 (ISBN 978-0-19-
878983-3 et sur les origines de la tuberculose, cf. : Israel Hershkovitz, Helen D. Donoghue, David E. Minnikin et
Hila May, « Tuberculosis origin: The Neolithic scenario », Tuberculosis, série Supplement issue: Tuberculosis in
Evolution, vol. 95, 1er juin 2015. (discussions après le séquençage du génome : peut être que la contamination s'est
produite dans l'autre sens vers les animaux domestiqués dans des régions de la Syrie antique).

7 Early Animal Farming and Zoonotic Disease Dynamics: Modelling Brucellosis Transmission in Neolithic Goat
Populations. Guillaume Fournié, Dirk U Pfeiffer, Robin Bendrey. (recherches sur Brucella melitensis se manifeste
au sein des premières populations de chèvres domestiques.) L'infection touche la rate et le foie.

8 Jean Zammit, « Les nouvelles maladies du Néolithique », Pour la science, N° 50, novembre 1999.
https://www.pourlascience.fr/sd/histoire-sciences/les-nouvelles-maladies-du-neolithique-1752.php

10 Les passages ci-après proviennent d'Audrey HECKEL, Émergence de la médecine en Mésopotamie, Thèse médicale
de la faculté de Nancy du 20 juin 2003.

11 Le nom parèdre s'emploie pour qualifier une divinité souvent inférieure en prérogative, habituellement associée
dans le culte à un dieu ou une déesse plus influent.

12 GLASSIER Jean-Jacques Chroniques mésopotamiennes.- Abbeville : Les belles lettres, 1993 - 1 volume, 304 pages
- (La roue à livres)

13 JOANNES Francis, MICHEL Cécile, BACHELOT Luc, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris-
Robert Laffont, 2001 - 1 volume, 974 pages.

14 ROUX Georges, Le mystère sumérien, L'Histoire, 1982, n°45, pages 46-51.

15 James SCOTT, Against the grain, A Deep History of the Earliest States, Yale university press, 2017. Traduction à
La Découverte, 2019

16 Le mouvement des enclosure a commencé. Les champs sont ouverts et les pâturages communs cultivés par la communauté
villageoise sont convertis par de riches propriétaires fonciers en pâturages pour des troupeaux de moutons, pour le commerce de
la laine alors en pleine expansion. Les paysans sont obligés d'émigrer.

17 https://www.gresham.ac.uk/professors-and-speakers/dr-romola-davenport et https://www.heritagedaily.com/2014/03/17th-and-
18th-century-risk-of-disease-through-migration/102350

18 Au XVIII siècle, la Chambre des communes vote l'Enclosure Act qui va encore plus loin dans la spoliation des paysans ; il met
fin aux droits d'usage et démantèle les Communaux.
19 Qualifiée d'espagnole car elle a été connue par l'Espagne qui n'étant pas partie à la guerre mondiale, n'a pas connu la censure
militaire des journaux et a vendu la mèche.
20 Le Monde du 25/08/2020.

21 cf. : tribune de près de 200 scientifiques, universitaires et professionnels de santé (hospitaliers ou libéraux) - « Il est urgent de
changer de stratégie sanitaire face à la Covid-19 ».