Victoire et crépuscule de la domination réelle du capital.

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Voici donc que le capitalisme serait à un tournant de son histoire, c'est ce qui ressort dans le discours des médias et de nos économistes promoteurs d'une nouvelle régulation. La sortie de crise devrait se faire grâce au couple « économie verte et numérisation », le tout devant se réaliser en envoyant la dette dans l' espace temps.

 Il n' est pas nécessaire d' avoir une longue vue pour se rendre compte que le soit disant jour d' aprés et le grand reset ne sont que de la poudre aux yeux afin de masquer que la situation catastrophique actuelle est le résultat et la continuité d'une longue saga de la finance mondiale embourbée dans une inexorable dévalorisation du capital.

 Dévalorisation et endettement qui allaient déboucher sur

 la crise mondiale de 2008.

 De crise en crise, l'après 2008 est toujours rongé par la récession pendant que les bourses et les cryptomonnaie atteignent des sommets, une contradiction qui n' échappe pas à nos économistes du courant économique des régulateurs qui émergea dans les années 1970 , c' est-à-dire à la fin des trente Glorieuses. Deux courants réformateurs du capitalisme vont alors s' affronter, le courant monétariste qualifié de libéral des Chicago boys de Reagan à Thatcher, bien décidé à vaincre l'inflation en s' attaquant au volet social ( retraite, sécurité sociale, santé, service public) et aux canards boiteux de l' industrie lourde ( liquidation de la triple alliance prolétarienne

mine, aciérie, transport) et dérégulation financière dite des 3D (Déréglementation, Désintermédiation, Décloisonnement ). La purge allait être sévère, quand en 1985 madame Thatcher, va mettre à terre les mineurs. (gréves de 1985).

Mais Mme Thatcher fut aussi celle qui allait allumer le bûcher sur lequel le monétarisme allait griller. En relevant les taux d' intérêts, afin de préserver la valeur de la monnaie, le monétarisme va aussi restreindre le crédit (l'émission de monnaie privée) et provoquer une contraction de la masse monétaire qui devait à terme exploser par manque de liquidités.

La purge libérale va vite atteindre ses limites et la liquidation de « l’État providence » va ouvrir de nouveau les vannes de la « providence de l' État » . C 'est ainsi qu'au pays de la « dame de fer », les pouvoirs publics ont repris la gestion d'une ligne de train plus rentable, de certains services locaux et même d'une prison. Tout comme sous le monétarisme qui voulait euthanasier le keynésianisme, une nouvelle donne se profilait à l'horizon pour un plan de sauvetage global du capitalisme.

La fin de l' histoire du monétarisme, toujours fustigée avec vigueur par James K. Galbraith allait bientôt sonner. Friedman lui-même dans un discours à Simon London, du Financial Times faisait amende honorable et reconnaissait dès 2003 que «  Le recours à la quantité de monnaie comme objectif n' a pas été une réussite. Aujourd'hui, je ne suis pas sûr que je le recommanderais aussi vigoureusement que par le passé ».

Le retournement monétariste de 1979, allait sous les coups de boutoir des dévalorisations financières successives et des risques dits souverains, risques touchant maintenant la sphère occidentale, exploser avec la crise du subprime de 2007/2008. Cette crise aura mis au tapis les ténors du monétarisme, Ben Bernanke qui avait prononcé en 2002 un discours flamboyant en hommage au 90 ème anniversaire de Milton Friedman, le père du monétarisme, allait devoir du fait de la crise se transformer en « hélicoptère monnaie » et ouvrir toute grande la «  trappe à liquidité «   c' est à dire faire marcher «  la planche à billet. »1.

Dans l' Union Européenne les critères de Maastricht ne tiennent déjà plus la route, la Banque centrale européenne essaye tant bien que mal de gérer les dérapages inflationnistes, Jean-Claude Trichet dans la pure lignée de ce que l' on appelle le « consensus monétariste » intervient à tire- larigot pour racheter des obligations souveraines.

Ce rachat de dettes souveraines va avoir des répercutions très visibles , les décideurs de la BCE sont accusés par les fidèles du monétarisme de plonger l'Union Européenne dans la débâcle financière et économique. Jurgen Stark un des chefs économistes de la BCE démissionne, pendant que Axel Weber, Président de la Bundesbank n' en fini plus de monter au créneau contre les programmes de rachats de dettes souveraines par la BCE en milliards d'euros. Il accuse la BCE d' accroître la masse monétaire par le truchement d'une monétisation de la dette publique facteur d' inflation. Mais de coup de boutoir en coup de boutoir, les accords de Maastricht et Lisbonne vont voler en éclats.

Du consensus monétariste au Quantitative easing

https://youtu.be/8NSCwGxXplQ

Mais avant de capituler en rase campagne, les monétaristes vont tenter une sortie avec ce qui fut appelé le « consensus monétariste » une position bâtarde qui ne va pas résister aux réalités de la crise ouverte de 2007/2008. Crise qui va faire remonter à la surface les cadavres du keynésianisme, du New deal de Roosevelt et pour l' Europe celui d'un plan Marshall Bis.

Comme le consensus monétariste , commençait à boire la tasse, les occidentaux se sont tournés vers le Japon qui avait déjà quelques longueurs d'avance en matière d'endettement. Engluée dans la déflation depuis 1997, la Banque centrale du Japon adoptera en mars 2001 ce qui va s'appeler l' assouplissement quantitatif ou quantitative easing . Elle injectera des milliers de yen pour contrer la déflation. Après la crise de 2008, la FED décide elle aussi de recourir au quantitative easing QE par trois fois , la Banque d' Angleterre suivra.

La Banque centrale européenne, quant à elle utilisera le quantitative easing plus tardivement en 2015 face au risque déflationniste, avec toujours la même recette d'injections massives de liquidités pour contrer la déflation. Le bilan du recours au QE restera mitigé, l'inflation attendue n'était que faiblement au rendez vous.

Il fallait dorénavant passer à la vitesse supérieure

De nouveaux « régulateurs » post-keynésiens vont refaire surface avec de « nouveaux outils » dont l' un porte le nom de MTT (nouvelle théorie moderne) qui veut contrer son frère siamois en démontrant que contrairement à ce qu' avance le monétarisme, la monnaie et les prix ne sont pas liés.

Preuve en est que l'inflation n' est pas au-rendez vous comme qu' avait pronostiqué Jacques Attali, malgré les monumentales injections de liquidités par les banques centrales. Ils vont nous raconter que la création de monnaie ce n' est pas de la dette, simplement un signe ( même pas de la monnaie fiduciaire qu'ils veulent faire disparaître au profit d'une monnaie numérique de détail).

Le seul bémol qui n' est pas énoncé par les néo-keynésiens ce sont les limites de cette création monétaire et sur quelle base réelle elle repose. Ne voulant pas répondre à cette question, ils nous disent que la dette n' aura pas à être remboursée, qu'elle peut se transformer en dette perpétuelle et que les générations futures n' auront rien à rembourser. La dette est placée sur orbite voir projetée dans l' espace temps.

C 'est là qu'intervient l'épargne mondiale, celle qui en dernier recours sera mise à contribution en cas de non remboursement de la dette, l'épargne française est particulièrement élevée voilà pourquoi la France parvient à s'endetter à tout va...

Le problème réel sera atteint quand l'endettement local ou mondial dépassera le montant de l'épargne, selon les chiffres récents nous y sommes déjà, la dette mondiale est de 281 000 milliards de dollars soit en euros 233 330 milliards et l' épargne mondiale de 170 000 milliards d' euros.

Le point nodal est donc atteint pour que le système financier mondial entre en crise ouverte, moment où la dévalorisation ruinera les pays les plus faibles et s'attaquera à l'épargne mondiale . Bien entendu , ils feront tout pour racler les fonds de tiroir et colmater tant bien que mal les brèches. Comme par exemple la tentative d'une mutualisation de la fiscalité à minima proposé au G20.

Cependant, de la dette globale mondiale2 il faudrait défalquer les bonnes dettes, et aussi considérer les créances que les pays ont sur d'autres pays...Ce qui veut dire que la dette mondiale est relative et que son évolution dépendra de bien des critères, qu'il nous faudra suivre ultérieurement.

Pour le moment le capitalisme vise sa sortie de crise par une destruction créatrice mondiale s' appuyant idéologiquement sur l'écologie et pratiquement sur la nouvelle économique numérique, le tout supervisé par les banques centrales et la BRI.

Pour enserrer et contrôler la gestion de cette explosion de liquidités mondiales, les banquiers centraux et le monde de la finance envisagent la désignation d'un « Monsieur Crypto » qui serait Benoit Coeuré le patron de la BRI la banque des banques centrales. La mise en place d'un euro numérique n' est donc pas une fake new, elle entre dans le cadre de la numérisation du monde à tous les niveaux. Soyons sûr que cette numérisation ne se limitera pas aux échanges entre banques, elle concernera rapidement le « grand public ». A cet effet il se trame au niveau du pôle innovation de la BRI la création d'une « CBDC de détail » ( monnaie numérique de détail) visant à terme à faire disparaître la monnaie fiduciaire ( billets, pièces, titre de créance etc). Autant dire que le contrôle direct des banques centrales sur nos transactions auront de graves conséquences, la banque centrale pouvant vous accorder des prêts à volonté ou par un simple clic bloquer vos comptes et virements de toutes sortes et stopper tout retrait massif d'argent rendant ainsi impossible un « Bank run ».

Ru_e_bancaire___la_Northern_Rock_le_14_septembre_2007

En guise de conclusion.

La crise « du covid » a finalement transformé la trappe à liquidité en gouffre sans fond, la dette publique devenant une forme de revenu distribué sous diverses formes à une grande partie de la population. Dernier exemple le chèque relance de Biden 1400 dollars par adulte et enfant versé à 80 % des américains pour relancer la consommation. Une sorte d' amuse gueule avant le revenu universel. Ces versements (chômage partiel , aides et subventions diverses) se doivent d'être immédiatement dépensés dès la fin de la crise sanitaire . L'épargne forcée du covid devant relancer la consommation, cette tautologie que Marx a maintes fois dénoncée, mais qui aujourd’hui est accueillie à bras ouvert par les plus nécessiteux, quant aux autres ils seront tentés de capitaliser « ce revenu universellement versé ». Le risque est que ces sommes, restent en banque, sur les comptes courant afin de faire face à l'avenir incertain et mieux comme l'indique Le Figaro parlant de la manne de Joe Biden

« Ainsi seront-ils seulement 36 % à dépenser ces chèques alors que 30 % vont rembourser leurs prêts, 25 % les placer sur des comptes épargne et 9 % les investir. Plus les ménages sont hauts dans l’échelle des revenus, plus ils vont investir au lieu de dépenser, note encore l’étude qui demande alors « qui va faire toutes ces dépenses de consommation voraces que le marché attend ». (...)D’après une enquête de Deutsche Bank auprès de 430 personnes, ce sont surtout les jeunes de 25 à 34 ans qui vont jouer les investisseurs avec leur chèque du stimulus. La banque Goldman Sachs a aussi récemment estimé qu’avec le plan Biden « les ménages vont représenter la plus grande source de demande pour les actions en Bourse en 2021 ». « Nous relevons de 100 milliards à 350 milliards de dollars » l’afflux de fonds sur Wall Street, « ce qui reflète la plus forte croissance économique attendue, la hausse des taux d’intérêt, mais aussi les paiements au titre du stimulus », ajoute David Kostin, économiste chez Goldman Sachs. »

Toutes les opérations de « sauvetage » de l'économie par le couple banques centrales et états, ne sont pas de la dette, mais de la monnaie comme ne cesse de le marteler le célèbre économiste Patrick Artus, de la monnaie qu'il vous faudra dépenser à tout va puisque le gouvernement nous dit que la dette peut être effacée ou rendue perpétuelle. Seulement nous savons tous instinctivement, que les indemnisations comme pour celles des inondations par les assurances tarderont et ne seront jamais à la hauteur des dégâts, les chômeurs se retrouverons avec des indemnités plus basses... Et si la relance tarde à venir par manque de consommateurs, l' État se chargera pour éviter une nouvelle spirale déflationniste d'emprunter l'argent non dépensé des ménages pour le dépenser à leur place.

Tous les débats actuels se limitent dans le cadre étroit de monétarisme ou retour au keynésianisme avec la MTT, autant dire que le serpent se mort la queue à ce niveau. En réalité le centre de notre critique, critique de l' économie est de montrer et démontrer, comment le capitalisme se trouve confronté à l' excroissance du capital fixe (moyen de production sous utilisé) accompagné de la baisse tendancielle du taux de profit et du paradoxe d'un manque de productivité malgré les nouvelles technologies. Nous vivons ce moment ou la composition organique du capital, globalement est suffisamment élevée pour que toute innovation technologique visant la plus value relative tend à dévaloriser-transférer en fictivité- davantage de capital fixe qu’elle n’en produit de plus-value apte à être transformée en profit, intérêt et rente foncière. » Cet État a pour fonction d'organiser la dévalorisation permanente de la force de travail à l'échelle globale pour empêcher la dévalorisation du capital.Voilà pourquoi au moment où j'écris ces lignes les bourses caracoles au plus haut niveau.

 G.Bad 11 avril 2021

1La planche à billet est devenue une expression, sans réalité puisque la monnaie banque centrale n' est que virtuelle

voir la vidéo explicative ;https://www.lemonde.fr/economie-mondiale/video/2015/12/17/la-planche-a-billets-c-est-quoi_4834273_1656941.html La “planche à billets” revient à créer de la monnaie ex-nihilo, c'est-à-dire sans création de richesse correspondante .

2-Cette dette mondiale se calcule par l’addition de toutes les dettes des Etats, des entreprises et des particuliers.