SPARTACUS

Information sur le mouvement des conseils ouvriers de la gauche germano-Hollandaise, ainsi que sur la lutte de classe dans le monde. voir en complément le site MONDIALISME. Pour correspondre:

09 novembre 2009

A Berlin, un mur est tombé, mais la misère continue!

 

Un mur tombe

et la misère continue!

6t4095vg1. A l'Est, rien de nouveau!

Depuis quelques mois, les bourgeois de l'Est de l'Europe opèrent localement une transformation spectaculaire (1) dans la gestion du capital et l'encadrement du prolétariat. En Pologne, en Hongrie, en Allemagne de l'Est et en Tchécoslovaquie, on réforme à tout va, on restructure, on multipartise, on "libéralise" la presse, etc., dans "un grand souffle de liberté", comme le chante la langue de bois démocratique des médias mondiaux. Mais que cachent ce chambardement, ce réel remodelage des fonctionnements de la bourgeoisie et à quoi correspondent ces réformes? Elles correspondent essentiellement à la nécessité pour la bourgeoisie de gérer la crise en défendant son taux de profit, tout en prévenant et en court-circuitant les inévitables révoltes consécutives à la pression économique que subit le prolétariat.

La crise du Capital n'a pas de frontières... mais elle s'exprime différemment selon la façon qu'ont les bourgeois locaux de l'endiguer! L'économie des pays de l'Europe de l'Est est ruinée, effondrée. Des informations recueillies çà et là illustrent l'absence de travail et la faiblesse de la productivité: tel ouvrier, en Tchécoslovaquie, dit que dans son imprimerie "on ne travaille réellement que deux jours par semaine"; tel autre, toujours en Tchécoslovaquie, dit que les ouvriers "perdent parfois la moitié de leur temps de travail à cause d'une mauvaise organisation". D'ailleurs, là-bas, les prolétaires appellent leur paie un "soutien au chômage" car ils se considèrent tous à moitié chômeurs; telle ouvrière en RDA, parle de 5O% d'absentéisme dans les usines. Un ouvrier russe résume bien la situation par cette boutade: "on fait semblant de travailler et l'Etat fait semblant de nous payer"!

L'hypocrisie démocratique s'illustre encore une fois particulièrement à travers les "cris du coeur" des médias: "il faut aider la Pologne à passer l'hiver!". Comme si le Capital laissait une place à l'aide, à la solidarité, à la fraternité! La seule raison pour laquelle les bourgeois lâchent du pain, est leur peur de voir la faim se transformer en une remise en question violente de leur ordre terroriste. Les émeutes de la faim en Argentine viennent encore de nous montrer récemment la vitesse avec laquelle les bourgeois savent se montrer généreux lorsque le prolétariat s'énerve: quelques heures après la première émeute, des camions entiers de nourriture étaient envoyés dans les quartiers ouvriers!

Le protectionnisme relatif défendu à l'Est ainsi que la structure rigide de l'Etat dans cette zone, a eu comme effet que dans la guerre impitoyable que se livrent les bourgeois entre eux, les constellations capitalistes et fractions aujourd'hui dominantes que représentent, par exemple, la CEE ou les USA ont pris le dessus et ont dicté leur loi aux accents plus franchement libre-échangiste.

Il était donc d'une nécessité criante pour ces nations d'Europe centrale de restructurer "leur" économie, à la fois pour compenser, par la baisse du salaire social des ouvriers, les pertes capitalistes, et à la fois pour empêcher que les prolétaires ne se révoltent et ne rejettent tout réformisme, toute alternative bourgeoise. Ici encore, la bourgeoisie a su s'adapter avec une rapidité et une souplesse incroyable.

 

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du GCI ( groupe communiste internationaliste)

Posté par spartacus1918 à 09:26 - Chômage précarité immigration - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 décembre 2007

5-De la précarité généralisée

5-1-La précarité comme loi de la condition humaine

« Dès son intronisation à la tête du Medef, Laurence Parisot ([1]) a donné le ton de la nouvelle période qui s’ouvre :

« Le mot précarité est un mot à la mode qui a pour objectif de nous empêcher de réfléchir », a ajouté la présidente de l’organisation patronale, estimant que « la précarité était une loi de la condition humaine. » ( Reuter, le 3 septembre 2005 ; déclaration de Laurence Parisot sur France Inter)

Alors ce n’est plus le « travailleurs de base » qui se trouve menacé par les fusions/acquisitions, les doublons sont dans le collimateur, les services informatiques sont particulièrement visés et d’autres. La dite « classe moyenne » sent que le fil d’Ariane qui la rattachait au système va se rompre et se rompt déjà. La sainte démocratie, est en passe de perdre sa base sociale. Alors d’une seule voix, les représentants de cette couche sociale demandent de « sécuriser l’individu » de l’accompagner dans sa déshérence petite-bourgeoise, de le remplir d’illusions sur ce que le système nous réserve encore.

Cette transition, qui mène du contrat de travail au contrat de précaire, prend actuellement le nom de « Contrat de transition professionnel » qui n’est que l’antichambre de la « sécurité sociale professionnelle » que revendique la CGT et toute la classe politique de gauche et de droite. Actuellement, ce contrat est à l’essai, il est expérimenté dans sept sites [2] et son objectif est de ramener à huit mois au lieu d’un an la réinsertion d’un salarié licencié.([3] ) Le 5 mai 2006, une des pièces du puzzle de la « sécurité sociale professionnelle » a été mise en place. La convention signée entre l’Etat, l’ANPE et l’Unedic veut simplifier les démarches des chômeurs et accélérer le retour vers l’emploi. Les ANPE et les Assedic sont également priés de trouver des locaux communs. A court terme, l’objectif vise à doter chaque région d’au moins un guichet unique  (les fameuses maisons de l’emploi).

Un des buts recherchés est de gommer l'aspect licenciement et faire disparaître du vocabulaire  les mots licenciement et licencieur. Les employeurs ne seraient plus concernés par une obligation de reclassement. Même les primes de licenciement seraient lissées entre maxi et mini pour arriver à un "juste milieu". Le rapport Camdessus de 2004 du nom de l’ancien patron du FMI  dit clairement qu’il s’agit de "protéger les personnes, non les emplois existants" et ajoute plus loin :

  "On voit bien qu’il est plus raisonnable de faire reposer cette protection des salariés sur la collectivité que sur des entreprises qui licencient ».

Même constat de  Camdessus au sujet des primes de licenciement qui seraient ainsi lissées entre maxi et mini pour arriver à un juste milieu :

"Le couple « indemnité de licenciement/prestation chômage » aujourd’hui n’est pas équitable. Une employée administrative d’une PME en difficulté dans une zone sinistrée pourra après dix ans de bons et loyaux services être licenciée avec trois à six mois de salaires pour toute indemnité et très peu de chance de retrouver un emploi rapidement, alors que la même personne en région parisienne dans une grande banque qui souhaite réduire ses effectifs se verra offrir vingt à trente mois de salaires et un accompagnement sur mesure qui devrait lui permettre de retrouver sans trop de mal du travail dans les trois mois qui suivent. Les abus au niveau des cadres performants qui peuvent quitter une entreprise avec une indemnité de départ totalement défiscalisée de plus d’un an de salaire brut, alors qu’ils ne passeront sans doute même pas par une réelle période de chômage, existent également. Le système actuel fragilise donc les plus démunis face au chômage. Il serait souhaitable pour y remédier d’échanger les garanties individuelles que peut fournir une entreprise – et qui sont par nature très différentes – contre une garantie collective. Seules ces garanties collectives de gestion du chômage permettent de proportionner l’aide apportée aux risques encourus. "  (extrait d’ article de GB et J )

5-2-CPE, flexsécurité, Sécurité sociale professionnelle : des mesures d’accompagnement de la précarité.

Avec les manifestations contre les contrats  CPE et CNE, l’affaire de la  Sécurité Sociale Professionnelle est remontée en surface.

De quoi s’agit il ?

« Si nous cherchons bien, nous devons cette « revendication d’accompagnement du capitalisme » à Paul Boccara, le théoricien du PCF du capitalisme monopoliste d’état au travers du slogan «  sécurité emploi-formation », pour un nouveau statut des « actif ». Statut devant à terme se substituer au statut classique de CDI ou d’en vider son contenu, ce qui revient au même.

Le CPE n’est qu’un maillon de la chaîne, visant à enserrer les prolétaires dans un système nouveau élaboré depuis quelques années par la nomenklatura européenne. En fait il s’agit comme le dit ouvertement Dominique Straus Khan de revoir le « contrat social », pour cette occasion, la commission européenne allait  nous sortir un nouveau concept la « FLEXSECURITE » la sécurité de l’emploi flexible et le partage de la paupérisation entre tous, avec des périodes de formation « tout au long de la vie »(1) [4]. Contrairement à ce qui est dit, ce n’est pas la fin du CDI ( contrat a durée déterminé) le CPE et le CNE sont des CDI , proche de la législation des intermittents du spectacles, qui viennent d’ailleurs de servir de base à la promotion de la SECUPRO. Le ministre de la culture a confirmé sur Europe 1 que le gouvernement allait  créer « un fonds permanent de professionnalisation ».

La gestion managériale, du capitalisme « mondialisé » fonctionne comme un puzzle ou seuls, ceux qui dominent la situation en distinguent les véritables contours. La « Formation tout au long de la vie » initiée par l’ UE s’inscrit dans un projet plus large et plus insidieux quant à ses conséquences. » (Ech 116 extrait)

« Il faut substituer à la notion de salariat celle de sécurité sociale professionnelle »

« Le puzzle est terminé, il sera présenté au 48 éme Congrés de la CGT

Comme nous savons que depuis , 2004 les jeux sont fait et organisés avec la CES pour  flexibiliser le contrat de travail, que des rapports divers déjà cités,  ont été élaborés conjointement entre les pontifes européens, les patrons et syndicats nous ne faisons qu’assister à un scénario de sortie de crise. » ( Ech 116 extrait)

5-3-Le Capitalisme n’a  comme perspective à offrir que la relance de la précarité.

Cliquer pour voir l’ article

« La protection de l’individu dans sa capacité de travail doit passer avant la protection de son poste de travail (…) Je conçois la flexicurité, comme une politique protégeant les personnes davantage que les emplois » (Vladimir Spiadla, Commissaire européen à l’emploi et aux affaires sociales, les 19-21 janvier 2006 au Conseil des ministres européens.)

            Cette déclaration venant d’un des ténors de l’Union européenne (UE) confirme bien qu’il se prépare en Europe, mais aussi au niveau international un changement important dans l’exploitation de la force de travail. Nous savons depuis longtemps et en particulier depuis l’instauration des 35h que les représentants du capital ne cessent de légiférer, pour favoriser la mobilité géographique et la flexibilité.

Nous avons vu depuis quelques années les contrats de travail devenir de plus en plus aléatoires, et la multiplication de tous les nouveaux contrats dits « atypiques » devant « relancer l’emploi » n’a fait que propager un peu plus la misère et la précarité. » (…)

      «  Ne pouvant plus assurer l’emploi, dans la limite des Etats nationaux des pays de l’Europe, la nouvelle législation prépare des lois favorisant la mobilité géographique sur l’ensemble du territoire européen. Ceci afin de donner une assise législative  au contrat de travail plus conforme avec le statut d’entreprise européenne.([5]) A ce niveau le champ d’activité du capital le plus concentré et centralisé c’est l’UE et donc le droit européen qui prime (se souvenir de la liquidation de l’interdiction française du travail de nuit des femmes).

            Comme les fusions/acquisition s’accélèrent, il devient vital pour le capital de formuler une législation tenant compte des grands bouleversements, générateurs de crise sociale. L’idée d’accompagner la mobilité géographique n’est pas nouvelle, des accords d’entreprises ont été signés à cet effet par certains  syndicats. Seulement tout cela restait dans le cadre de la législation et de la hiérarchisation des textes ( loi, convention collective, accord d’entreprise).

            Quand le système de classification de type Parodi  (par métier) hérité de 1945 fut remis en question ([6]) et il l’est encore au profit de classifications individualisées par fonction, un verrou vers la flexibilité et la mobilité interne à l’entreprise venait de sauter.  A partir de ce moment, va apparaître une nouvelle conception : celle du salarié «  hors poste » qui doit se rechercher un emploi a l’intérieur même de l’entreprise, avec création des « bourses aux emplois » sorte d’ANPE d’entreprise. Dans le même des « d’observatoires de l’emploi et des compétences » sont créés dans certaines branches. Il est à noter que pour la première fois, cette année, la France voit sa population active décroître, du fait des départs des papy-boomers. Selon une enquête de la Cegos (février 2006) sur le choc démographique, ne sera pas automatiquement créateur d’emploi ::« Les entreprises sont deux fois plus nombreuses à se déclarer dans une logique de réduction d’effectifs ( 32%) que d’augmentation (14%) » 

Le système Parodi mis à mort, il était dorénavant possible, d’introduire des « critères classants » et évolutifs pour chaque fonction. Il en résultat que le diplôme n’avait plus qu’une valeur classante, et devenait un simple atout de « l’employabilité », rien de plus. Les Bac +2/+3/+4 ne donnaient plus accès automatiquement à la hiérarchie et encore moins au cœur de compétence des entreprises. Le diplôme n’était plus qu’un passeport pour l’emploi et une sécurité pour sa pérennisation.

Il est révélateur que le rêve engendré par Diplôme = cadre = bon salaire = stabilité de l’emploi  et planque s’évanouissait Une nouvelle « galère » les prenait en charge sur la base des nouvelles technologies avec une rationalité accrue et déclassante. Un nouveau concept allait s’introduire  avec un mot qui sera ensuite utilisé amplement celui de « parcours » mais aussi celui « d’accompagnement » ; ce n’est vraiment pas neutre. »

5-4-Echec de la stratégie de Lisbonne

Le bilan du « cancer de la précarité » n’est plus à faire. Toute l’Union Européenne est gagnée par la maladie. Même la Centrale Européenne des Syndicats (CES) qui soutenait la « stratégie de Lisbonne » ([7] )est contrainte de reconnaître l’échec de cette « stratégie » :

« En février 2005, le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a annoncé une révision majeure de  la Stratégie de Lisbonne. Celle-ci simplifie les objectifs et les procédures de rédaction à un seul programme d’action national pour chaque pays et à un seul programme européen de croissance. En réponse à cela, la CES a prévenu qu’elle se tenait en alerte quant à des signaux annonçant que les objectifs européens en matière de politique sociale et d’environnement étaient relégués au second plan dans le but de rendre l’Europe plus favorable à l’économie. » (Site de la CES.)

En effet, quand, le mur de Berlin fut abattu dans une liesse de joie, les travailleurs ne s’attendaient certainement pas à ce que l’aune qui servirait de mesure à leur exploitation  viendrait de l’Est. Quelques années après, un journaliste des Echos (journal patronal) fait le constat que : « les entreprises du Cac 40 et d’autres ont résolu, ponctuellement, la quadrature du cercle : ramener le coût du travail au niveau ou se situe l’Europe de l’Est ».

Depuis, les lois « Hartz » (2002) prévoyant un remodelage du code du travail, et du plan d’ « Agenda 2010 » qui déclencha les manifestations du lundi ([8]) à l’automne 2004, les prolétaires d’Allemagne sont confrontés à la précarité. Près de 30% des actifs occupaient en 2004 un emploi « atypique » comme en France. L’ « Agenda 2010 » c’est plus de flexibilité de l’emploi, un allongement du temps de travail, la retraite à 67 ans, une rafle sur la santé, la pression sur les chômeurs….([9])

Les lois « Hartz » vont déployer leurs « 1 euro Jobs », pour remettre les chômeurs au travail en direction des petits boulots occasionnels ou d’intérêt public (sans couverture sociale et non soumis au code du travail). En France c’est le « chèque emploi service » qui a cette fonction. Pour nos camarades italiens, le régime est sensiblement le même, seul les couverts peuvent varier. En 1996, le gouvernement Prodi a initié, un nouveau pacte de l’emploi du nom de son promoteur « Parchetto Treu ». Ce pacte, introduisait déjà une plus grande flexibilité de l’emploi (travail intérimaire et introduction des « contrats de zone » (proche des zones franches françaises).

A partir des années 2000, la situation italienne se dégrade, le marché du travail est jugé par les stratèges de Lisbonne encore trop rigide. Alors on change de couvert et au menu on va servir aux prolétaires d’Italie un nouveau plat, un « Pacte pour l’Italie » ou « Loi Biagi » (2002). Ce pacte comme les autres prétendait en finir avec le travail au noir (estimé à 25% du PIB). Une palette de nouveaux contrats fut mise à la disposition des employeurs : « intermittent, accessoire, partagé », « en couple » « sur projet », tous en CDD, bien sûr, et inférieur à (1000 euros) ce qui explique que depuis 2005, 70% des emplois créés sont précaires. Le bilan serait toujours le même : « la précarité pour relancer l’économie ».

Le constat d’échec de la « Stratégie de Lisbonne » énerve l’exécutif européen, et son chef J.M. Barroso (ancien premier ministre portugais). Il répète partout que « la flexibilité des marché du travail » est la condition de la relance. Il affirme qu’ «il est temps de passer à la vitesse supérieure ». Passer à la vitesse supérieure, c’est libérer le patronat du coût des licenciements, donc favoriser les licenciements. En Espagne, José luis Zapatero, veut troquer la transformation de CDD en CDI en baissant le coût du travail, l’Espagne est l’un des pays ayant le plus de travailleurs précaires, le taux de CDD oscille invariablement entre 30 et 35% malgré de prétendus accords visant à en limiter le nombre. (un sur trois contre un sur dix en France). En Italie Romano Prodi veut aussi ce genre d’arrangement, alors qu’en France, avec les expériences du contrat de transition professionnelle, il est question de ramener à 8 mois contre 12 la période de chômage.

Quant à la CES et au patronat européen  l’Union des Industries de la Communauté européenne (UNICE), ils ont hâte de conclure sur le  registre de la flexisécurité.([10] ). Comme on le voit, la SSP ( Sécurité sociale professionnelle)est loin d’être une revendication de la seule CGT même « brevetée CGT et ne supportant pas les contrefaçons » dixit Bernard Thibault  au 48 ème congrès. Elle s’inscrit dans un vaste projet destiné à remodeler la nouvelle force de travail des pays développés pour mieux la mettre en compétition avec la main-d’œuvre de l’ensemble de la planète..

Comme le disent si bien en chœur les tenants de la nouvelle CGT, la SSP ou le nouveau statut du salarié  ne sont en aucun cas un moyen de lutter contre la précarité mais bien un formidable levier pour l’amplifier et permettre ainsi au système de continuer à survivre tout en trouvant de nouvelles formes d’exploitation. »( extrait article de GB et JN : mai 2006)

([1] ) En effet les mutations au sein d’une entreprise de l’UE en seront facilités notamment pour  le lissage des systèmes de retraite et de prévoyance santé, ainsi que les congés.

(2)par l’introduction dès 1975 des critères classants au nombre de 4 ( autonomie – responsabilité - type d’activité - connaissances requises) dans la convention collective de la métallurgie

3) Elle-même et sa famille apparaissent à la 233éme place des fortunes de France. Passée par Sciences-po Paris (…) Elle siége dans plusieurs conseils de surveillance d’entreprises comme Euro Disney,Michelin ou Havas ainsi qu’au conseil consultatif d’Ernst et Young.. Parmi ses soutiens l AFEP (Association française des entreprises privées), dirigée par Gérard Collomb, patron des Ciments Lafarge, Michel Pébereau, président du groupe BNP-Paribas, François Pinault, Claude Bébéar et les anciens présidents Jean Gandois et Yvon Gattaz. ( source : L’EIRO, juillet à novembre 2005)

(4 )Les Echos du 18 avril 2006 « C'est le dernier acte avant l'expéri­mentation dans six bassins d'emploi du contrat de transition profession­nelle (CTP). Après la publication, samedi, du décret d'application qui fixe les modalités du test grandeur nature du CTP, ce matin, le bureau de l'Unedic doit valider la conven­tion avec l'Etat sur son finance­ment. Assorti d'une indemnisation égale à 80 % du salaire brut anté­rieur, ce dispositif d'accompagne­ment personnalisé est destiné aux personnes licenciées pour motif économique par des entreprises de moins de 1.000 salariés. Il permet de cumuler pendant douze mois des formations, mais aussi des périodes de travail qui ne pourront excéder neuf mois au total. L'idée est de remettre le pied à l'étrier au chô­meur en CTP afin de favoriser son retour à un emploi durable, en lui permettant, par exemple, de se faire une première expérience profes­sionnelle en cas de changement de métier.

Pendant cette période, il est prévu le versement d'un différentiel si le salaire perçu est inférieur à l'allocation du CTP. Après d'âpres discussions, c'est l'Etat qui en assu­mera la charge. Reste à savoir si les durées ainsi travaillées s'impute­ront sur la durée totale d'indemni­sation par l'assurance-chômage du chômeur qui n'a pas retrouvé d'em­ploi à l'issue de son CTP. En clair, si une personne ayant droit au total à 23 mois d'indemnisation et qui au­rait travaillé 6 mois lors de son CTP bénéficierait à son issue de 17 mois ou de 11 mois d'indemnisation.

(5) Jean-François Carenco, directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo, a promis des réponses rapides. « Une personne licenciée met en moyenne entre onze et douze mois pour retrouver un travail. Avec le CTP, nous voulons descendre sous la barre des huit mois » (Le Figaro du 5 mai 2006)

(6)- Quelques chiffres tirés de statistiques INSEE reproduites dans

Niveau diplôme en fin études : nombre divisé par 4 de 1978 à 2003 pour les aucun diplôme à certificat d’études primaires   --- CAP/BEP divisé par 2 de 1978 à 2003  --- Bac avec légère augmentation 1978 à 2003 ---- Diplômes du  supérieur  multiplié par 4 de 1978 à 2003 !!!

On assiste donc à une augmentation des niveaux d'études et de diplômes surtout vers le haut où même chez les enfants d'ouvriers où la tendance est  à pousser les enfants à obtenir les diplômes les plus élevés possible.

Toujours d'après le même article, le taux de chômage serait de 16 % au total pour la génération qui a obtenu son diplôme en 2001 contre 8 % pour la génération qui a eu son diplôme en 1998. Pour la génération 2001 on aurait au global  40% de chômeurs pour les non-diplomés sans parler parmi ceux-ci de la situation particulière des jeunes des banlieues.

(7)

(8) Voir a ce sujet Echanges n°110p..6, « Les manifestations du lundi » tirent leur nom  des manifestations populaires qui eurent lieu en RDA en 1989.

(9[1]) La durée du versement des indemnités de chômage est ramenée de 32 mois à 12 mois.

([1]0) « Afin de contribuer à l’accroissement du potentiel d’emploi et de croissance de l’Europe et de l’impact du dialogue social européen, les partenaires sociaux entreprennent de mener à bien une analyse commune des défis clés auxquels les marchés de l’emploi européens font face, en examinant des questions telles que :

* les politiques macro-économiques et du marché du travail,

* les changements démographiques, le vieillissement actif, l’intégration des jeunes, la mobilité et les   migrations,

* l’éducation et la formation tout au long de la vie, la compétitivité, l’innovation et l’intégration des groupes désavantagés sur le marché du travail

* l’équilibre entre flexibilité et sécurité,

* le travail non déclaré. » 

Document CES  Programme de travail des partenaires sociaux européens 2006-2008 

FIN

[1] Elle-même et sa famille apparaissent à la 233éme place des fortunes de France. Passée par Sciences-po Paris (…) Elle siége dans plusieurs conseils de surveillance d’entreprises comme Euro Disney,Michelin ou Havas ainsi qu’au conseil consultatif d’Ernst et Young.. Parmi ses soutiens l AFEP (Association française des entreprises privées), dirigée par Gérard Collomb, patron des Ciments Lafarge, Michel Pébereau, président du groupe BNP-Paribas, François Pinault, Claude Bébéar et les anciens présidents Jean Gandois et Yvon Gattaz. ( source : L’EIRO, juillet à novembre 2005)

([2] )Les Echos du 18 avril 2006 « C'est le dernier acte avant l'expéri­mentation dans six bassins d'emploi du contrat de transition profession­nelle (CTP). Après la publication, samedi, du décret d'application qui fixe les modalités du test grandeur nature du CTP, ce matin, le bureau de l'Unedic doit valider la conven­tion avec l'Etat sur son finance­ment. Assorti d'une indemnisation égale à 80 % du salaire brut anté­rieur, ce dispositif d'accompagne­ment personnalisé est destiné aux personnes licenciées pour motif économique par des entreprises de moins de 1.000 salariés. Il permet de cumuler pendant douze mois des formations, mais aussi des périodes de travail qui ne pourront excéder neuf mois au total. L'idée est de remettre le pied à l'étrier au chô­meur en CTP afin de favoriser son retour à un emploi durable, en lui permettant, par exemple, de se faire une première expérience profes­sionnelle en cas de changement de métier.

Pendant cette période, il est prévu le versement d'un différentiel si le salaire perçu est inférieur à l'allocation du CTP. Après d'âpres discussions, c'est l'Etat qui en assu­mera la charge. Reste à savoir si les durées ainsi travaillées s'impute­ront sur la durée totale d'indemni­sation par l'assurance-chômage du chômeur qui n'a pas retrouvé d'em­ploi à l'issue de son CTP. En clair, si une personne ayant droit au total à 23 mois d'indemnisation et qui au­rait travaillé 6 mois lors de son CTP bénéficierait à son issue de 17 mois ou de 11 mois d'indemnisation.

([3] )-Jean-François Carenco, directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo, a promis des réponses rapides. « Une personne licenciée met en moyenne entre onze et douze mois pour retrouver un travail. Avec le CTP, nous voulons descendre sous la barre des huit mois » (Le Figaro du 5 mai 2006)

[4] Voir article critique sur le sujet dans Echanges N° 109 il  est aussi disponible sur le site Mondialisme.org dans la rubrique « La question sociale ».

([5] ) En effet les mutations au sein d’une entreprise de l’UE en seront facilités notamment pour  le lissage des systèmes de retraite et de prévoyance santé, ainsi que les congés.

([6] )-par l’introduction dès 1975 des critères classants au nombre de 4 ( autonomie – responsabilité - type d’activité - connaissances requises) dans la convention collective de la métallurgie

([7])

La Stratégie

de Lisbonne définit des objectifs spécifiques : • Un taux d’emploi global de 70 % d’ici 2010. • Un taux d’emploi de plus de 60 % chez les femmes. • Un taux d’emploi de 50 % chez les travailleurs âgés. • Une croissance économique annuelle d’environ 3 %.

([8]) Voir a ce sujet Echanges n°110p..6, « Les manifestations du lundi » tirent leur nom  des manifestations populaires qui eurent lieu en RDA en 1989.

(9]) La durée du versement des indemnités de chômage est ramenée de 32 mois à 12 mois.

(10) « Afin de contribuer à l’accroissement du potentiel d’emploi et de croissance de l’Europe et de l’impact du dialogue social européen, les partenaires sociaux entreprennent de mener à bien une analyse commune des défis clés auxquels les marchés de l’emploi européens font face, en examinant des questions telles que :

* les politiques macro-économiques et du marché du travail,

* les changements démographiques, le vieillissement actif, l’intégration des jeunes, la mobilité et les   migrations,

* l’éducation et la formation tout au long de la vie, la compétitivité, l’innovation et l’intégration des groupes désavantagés sur le marché du travail

* l’équilibre entre flexibilité et sécurité,

* le travail non déclaré. » 

Document CES  Programme de travail des partenaires sociaux européens 2006-2008  La CGT craint que ce ne soit la se­conde solution, car la convention stipule que le chômeur non reclassé est pris en charge par l'assurance­ chômage « sans différé d'indemni­sation », et s'apprête à voter contre la convention. Dans l'entourage du ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, « on compte voir s'il est nécessaire d'envisager un avenant » à ce texte. »             

La Stratégie de Lisbonne définit des objectifs spécifiques : • Un taux d’emploi global de 70 % d’ici 2010. • Un taux d’emploi de plus de 60 % chez les femmes. • Un taux d’emploi de 50 % chez les travailleurs âgés. • Une croissance économique annuelle d’environ 3 %.la NVO CGT du 7.4.2006 La CGT craint que ce ne soit la se­conde solution, car la convention stipule que le chômeur non reclassé est pris en charge par l'assurance­ chômage « sans différé d'indemni­sation », et s'apprête à voter contre la convention. Dans l'entourage du ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, « on compte voir s'il est nécessaire d'envisager un avenant » à ce texte. »   

( Voir le livre de Le Guigou Demain le changement « manifeste pour un nouveau syndicalisme ».

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09 décembre 2007

FORMATION : De l’adaptation permanente à l’emploi, à la gestion des situations de crise de l’emploi ;

Descriptif : Echanges N° 109 Eté 2004

La formation tout au long de la vie, c’est le dernier missile de l’Union européenne, lancé à grand coup de publicité dans le monde du travail

Les récentes négociations entre l’Unice (le patronat européen) et

la Confédération

européenne des syndicats (CES) (1) ont placé la formation au cœur du traitement social du chômage et de l’employabilité. Quelle est donc la signification de ce nouveau terme, l’« employabilité » ? L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) (2), explique : « La meilleure sécurité qu’on puisse donner à un salarié, c’est un portefeuille de compétences bien rempli. C’est cela qui le rendra autonome et libre vis-à-vis de l’entreprise. Voilà le grand pari, qu’on a pu appeler le pari de l’employabilité. » (Anact, Développement des compétences, juillet 1999.) La meilleure, ce n’est donc plus de remplir notre portefeuille mais de nous donner une formation pour devenir « libre » de trouver ailleurs un emploi. Dans ce sens, l’ANACT cite une parabole : « Un Airbus A 320 vole vers

la Guadeloupe. Le

temps est calme et vous avez la perspective d’une semaine de vacances extraordinaire. Pour moi, c’est un peu ce que vivent certains salariés dans les entreprises : ça va bien, les résultats sont bons, leur présence dans l’entreprise n’est pas remise en cause, la tradition de l’entreprise est de garder ses salariés durant toute leur vie professionnelle. Un petit missile crève la coque du A 320. Manque de chance, vous étiez à côté du trou. Vous n’aviez pas mis votre ceinture et vous êtes aspiré. Vous vous retrouvez à neuf mille mètres d’altitude sans parachute. Vous voyez le résultat. Cette entreprise qui marchait bien est rachetée et les actionnaires décident que la marge nette n’est pas suffisante. Lors d’un plan social, vous vous retrouvez dehors. Vous qui êtes rentré il y a vingt ans avec un CAP d’employé de bureau, vous ne vous êtes pas préoccupé puisque tout allait bien. Vingt ans après vous vous retrouvez sur le marché du travail avec une expérience professionnelle relative et votre CAP d’employé de bureau. C’est comme si vous étiez à neuf mille mètres d’altitude, sans parachute. » Nombreux sont les travailleurs d’Europe qui sont déjà dans cette situation et nombreux seront ceux qui avec ou sans parachute seront victime de leur âge. Le piège de la réforme des retraites vient de se refermer (3) , propulsant des milliers de prolétaires dans le « couloir de l’employabilité » et de la misère jusqu’à 65 ans. Tel est, en résumé, la loi sur la formation tout au long de la vie que nous allons analyser plus en détail.

La formation tout au long de la vie

Voici donc le dernier missile de l’Union européenne (UE), lancé à grand coup de publicité dans le monde du travail. Tout a commencé à Lisbonne en mars 2000, quand la nomenklatura européenne a décidé de faire de l’ UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive à l’horizon 2010 ». Pour parvenir à cet objectif, les relais bureaucratiques de l’UE en France (gouvernement, patronat, syndicats...) viennent de pondre l’Accord national interprofessionnel sur la formation professionnelle (ANI), qui a été entériné par les partenaires sociaux et est donc devenu applicable à partir de premier semestre de cette année. La gestation de cet accord avait débuté avec la décentralisation de la formation aux régions en 1982, sous le règne de la gauche. L’incubation devait se poursuivre en 1999. Les régions auront compétence sur l’ensemble de la formation des jeunes et, depuis 2002 et 2003, sur tout le dispositif des adultes. La région deviendra l’acteur public central qui coordonne la formation initiale de tous les publics. L’ANI est donc l’aboutissement de cette longue gestation. L’ANI se présente donc comme complément positif de la réforme des retraites. Il veut être un remède au déficit démographique (départ en retraite, baisse de la population active, vieillissement de la population) qui pourrait voir s’envoler les salaires et donc le coût du travail. Nos économistes appellent ce phénomène : tensions sur le marché du travail. La formation du xxie siècle se présente donc comme un instrument ayant pour fonction de maintenir le coût du travail dans une fourchette raisonnable pour le profit capitaliste. La rupture démographique sera compensée par le recours à l’immigration, par l’augmentation du taux d’emploi des plus de 50 ans. La formation devant accompagner ces mouvements, la réforme de la formation va être plus incisive. Elle veut « rendre chacun acteur de son évolution professionnelle et coresponsable du maintien de sa qualification » et, par opposition, de sa déqualification. Pour ce faire, rien n’est plus efficace que le volontariat contraint, pour une formation hors temps de travail - cela porte le nom de coinvestissement. Si donc le salarié coinvestit, comme tout investisseur capitaliste, il doit capitaliser quelques deniers à la fin de son parcours. Rien ne semble aller dans ce sens avec la belle réforme made in European Union.

Le contrat de professionnalisation, un contrat d’insécurité sociale

Le nouveau « contrat de professionnalisation » aura un seul avantage, c’est de mettre un terme à l’hypocrisie des trois autres qui disparaissent (contrat de qualification, contrat d’adaptation et contrat d’orientation). La formation veut agir sur les deux pôles extrêmes : les seniors, qui doivent se préparer à une nouvelle et radieuse fin de carrière en bossant cinq ans de plus ; et les jeunes, qui doivent se préparer à se faire virer dès 16 ans du collège pour faire faire des économies au secteur public (fermetures de classes et d’établissement). L’ANI le dit : « réduire la prolongation des études » et optimiser les investissements des régions dans l’apprentissage et les lycées professionnels. Le contrat de professionnalisation est un « bon contrat », qui va certainement encourager la jeunesse à perdre sa vie à la gagner. Pour les moins de 21 ans, la rémunération s’élève - ou plutôt s’abaisse - à 55 % du SMIC, avec une petite reconnaissance du diplôme : + 10 points si titulaire d’un bac pro où équivalent. Pour les 21 à 26 ans, on passe à 70 % du SMIC et, pour les plus de 26 ans, le mât de cocagne est atteint avec 85 % de

la RMA

de la convention collective de branche (la misère en dentelle). Le contrat de professionnalisation est un vrai contrat de paupérisation du monde du travail et un renforcement de l’exploitation sur toute la ligne. Les employeurs ont exigé des exonérations de cotisations des assurances sociales, des accidents du travail, des maladies professionnelles et des allocations familiales sur ce contrat. Ils ont exigé un coût du travail inférieur ou égal à celui de certains pays du « tiers monde et de l’ex-URSS » et ils l’ont obtenu.

Les trois types de formation

La disparition du système de classification (Parodie) et son remplacement par un système de classement par fonctions, codifié dans les nouvelles conventions collectives, marquaient un tournant sur la manière d’exploiter la force de travail. Ce qui devait dorénavant compter (ils ne cesseront pas de le dire), ce sera la compétence. Le diplôme n’est et ne sera reconnu qu’en fonction de ce critère, en fonction de l’initiative créatrice et surtout des fonctions qui y correspondent. L’adaptabilité au poste de travail n’est plus seulement une période de trois à un an - période d’essai -, elle devient permanente
  « tout au long de la vie ». Les trois types de formation correspondent à cette exigence de l’exploitation capitaliste :
  formations d’adaptation à l’emploi ;
  formations liées à l’évolution des emplois ou au maintien de l’emploi ;
  formations et développement des compétences. Ces trois points introduisent trois conceptions nouvelles :
  la contractualisation de la formation ;
  l’individualisation de la formation ;
  le coinvestissement de la formation. L’obligation de se former en permanence comme condition de son maintien dans l’emploi n’est pas encore incluse dans le contrat de travail, mais nous en sommes très près avec « la contractualisation de la formation ». La formation n’est plus principalement un critère de promotion dans l’entreprise, un critère de progression salariale. Elle devient la condition du maintien dans l’emploi. Quand vous entendez le mot « employabilité », c’est de cela qu’il s’agit. En fait, l’entreprise capitaliste du xxie siècle veut une force de travail compétitive tout le long de la vie, elle veut dans cet objectif continuer à individualiser le plus possible l’individu au travail et le fragiliser en permanence. Ici se pose la question de l’avenir du personnel qui, malade, n’est plus en mesure de fournir une force de travail compétente et compétitive... Toute restructuration d’entreprise, toute rationalisation informatique tend à bouleverser en permanence les structures sociales des entreprises et contraint le salarié à une remise en cause elle aussi permanente - remise en cause de la position sociale qu’il occupait et qui lui semblait stable et acquise. L’ANI va, comme dans le jeu de l’oie, résoudre ce problème en faisant retomber à la case départ le salarié touché dans le maintien de son poste. Tout comme le nouvel embauché, le salarié obsolète entre en « période de professionnalisation », tout comme on entre au purgatoire. L’ANI est très explicite à ce sujet quant aux personnes visées : « Les salariés dont la qualification est insuffisante au regard de l’évolution des technologies et de l’organisation du travail », « les salariés ayant vingt ans d’ancienneté ou plus de quarante-cinq ans » - nous voyons ici que l’expérience accumulée avec l’ancienneté disparaît, comme elle a disparu dans la plupart des conventions collectives où chaque année un salarié pouvait espérer 1% d’augmentation au titre de l’ancienneté -, « les femmes reprenant l’activité après un congé de maternité et les salariés après un congé parental » - la procréation, élever ses enfants devient une tare, la famille est en soi contreproductive -. En outre, « les travailleurs handicapés » posent problème. L’ANI insiste d’ailleurs particulièrement sur la « mission » de l’encadrement dans son rôle de recyclage de la force de travail des plus de quarante-cinq ans ou de plus de vingt ans d’ancienneté.

Le passeport formation ou le retour du livret ouvrier

Le terme de « passeport formation » (3) en lui-même n’est pas neutre, il est plus que cynique et considère que sur le marché du travail le salarié est dans un autre monde, celui de la fracture sociale, des exclus... Donc pour entrer dans une autre entreprise, il faudra un « passeport » sur lequel figureront :
  les diplômes obtenus et autres ;
  les actions de formation suivies ;
  les emplois tenus dans une même entreprise ;
  les décisions en matière de formation, prises en entretien professionnel ou lors d’un bilan de compétences.

La gestion des seniors

Avec la réforme des retraites, c’est-à-dire le passage de la retraite à 60 ans à 65 ans, il va falloir que les entreprises gèrent une force de travail pour laquelle aucun « Viagra » n’a été inventé. Pour cette force de travail, le manager se transforme en médecin d’entreprise et doit veiller à la bonne santé des compétences, signaler le moindre relâchement et pousser le senior à un « contrôle technique » par la « validation des acquis de son expérience » (VAE), dans le cadre de la loi du 17 janvier 2002, de sa capacité à se maintenir en poste.

La VAE

à proprement parler

Cette validation des acquis d’expérience veut être un remède : elle serait destinée à « réduire la “fracture” entre jeunes diplômés et anciens expérimentés », « renforcer l’employabilité dans le cadre de mobilités et reconversions internes », « remettre les faiblement diplômés dans le circuit de la formation continue », « sortir la formation diplômante de son carcan scolaire et renforcer le rôle tutorial du manager », « valoriser certains types de diplômes et inciter des salariés “cibles de professionnalisation” à les briguer ».

Le parcours du compétent

Allons donc aux sources de cette nouvelle lumière qu’est la compétence, comme dit le Medef (ex-CNPF), par la voix de son représentant Alain Dumont (4). Il commence par s’attaquer à la loi de 1971 sur la formation professionnelle « qui a mal répondu à ses objectifs premiers qui étaient le développement d’une “seconde chance” pour les gens qui n’avaient pas eu de “première chance” à l’école. La loi de

1971 a

profité plutôt aux salariés qualifiés des grandes entreprises. » Dans l’assurance, de nombreux salariés ont pleinement profité de formations dans le cadre de cette loi, avec diplôme à la sortie : CAP, BP ou BTS de l’assurance, qui leur assurait une augmentation de salaire ; cette possibilité a été liquidée avec la nouvelle convention collective. Mais le Medef vise d’abord à échapper à l’obligation de faire un chèque pour la formation. Alors on commence à s’interroger : « Mais place-t-on la formation en cœur de cible ou n’est-ce qu’un moyen au service de ce cœur de cible ? Est-ce qu’il nous faut une obligation de moyens ou une obligation de résultats ? La loi de 1971 n’est même pas une obligation de moyens, c’est l’obligation de dépenser ou de faire un chèque. » L’attaque est venimeuse. Autrement dit, la formation professionnelle jusqu’à présent n’a pas rendu le jus espéré. « Depuis trente ans, on a investi des sommes gigantesques en matière de formation, sur les publics en difficulté, dans le système éducatif, etc. Cela nous rend-il plus performants que nos voisins ? Quand vous savez qu’en Suède, l’essentiel des jeunes sort du système de formation initiale à BAC + 2. On ne peut pas dire que

la Suède

soit moins performante que

la France.

» Après avoir, minimisé l’importance des diplômes et la formation loi 1971, le Medef peut essayer de nous vendre sa camelote « compétence ». D’abord, il va définir dans quel contexte cette « compétence » peut émerger : « La compétence est la mise en œuvre des ressources d’un individu associé à des moyens fournis par l’entreprise, dans une situation de travail donnée. » Le mot compétence est toujours lié à celui d’employabilité, ou à un nouveau mot comme traçabilité. L’employabilité est un mot terrible puisque ses pendants sont l’exclusion, la non-insertion, l’externalisation. Quand vous entendez ce mot, vous êtes au cœur de la cible, vous avez mal géré votre parcours individuel et donc on vous flingue. On en revient à l’esprit de caserne, ce n’est plus le parcours du combattant mais le parcours du compétent. Le chef est important : « Il n’y a pas de compétence collective. Il y a un homme qui a été capable de coordonner et d’animer les ressources d’une équipe pour aboutir à un résultat. » Et puis on donne en exemple l’équipe de France qui a gagné grâce à Aimé Jacquet - théorie des chefs, théorie des grands hommes, on connaît. Le comble, c’est que l’on propose, au travers des accords d’entreprise, de faire gérer le système par les syndicats. « Cogestion » et « corporatisme » sont des mots qui vont très bien ensemble (air connu).

Gérard. Bad juin 2004

(1) C’est autour d’un document de travail présenté par

la CGC

, Accord sur le traitement social des restructurations, que les syndicats de

la CES

ont débattu.

(2) L’Anact est un organisme paragouvernemental, dont les positions sont proches de celles de

la CFDT. Internet

:www.anact.fr

(3) Voir Echanges n° 102 (automne 2002) : « La spoliation des retraités, un moyen pour le capital financier de contrecarrer la baisse du taux de profit. »

(4) Le livret ouvrier, mis en place par une série de mesures en 1803 et 1804, restera en vigueur jusqu’en juillet 1890. Sur ce document obligatoire étaient inscrit les noms des employeurs, les dates d’emploi du travailleur et les acomptes qui lui étaient versés. Il était visé par le commissaire de police ou le maire. Le patron devait en prendre connaissance au moment de l’embauche.

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28 novembre 2007

Le Capitalisme n’a comme perspective à offrir que la relance de la précarité.

La « Sécurité sociale professionnelle » porte mal son nom,car elle est un formidable moyen d’amplifier la précarité et de permettre au système de continuer en trouvant de nouvelles formes d’exploitation


Le Capitalisme n’a comme perspective à offrir que la relance de la précarité.


« La protection de l’individu dans sa capacité de travail doit passer avant la protection de son poste de travail (...) Je conçois la flexicurité comme une politique protégeant les personnes davantage que les emplois. » Cette déclaration de Vladimir Spiadla, Commissaire européen à l’emploi et aux affaires sociales, devant le conseil des ministres européens des 19-21 janvier 2006, confirme bien qu’il se prépare en Europe (mais aussi à un niveau plus international) un changement important dans l’exploitation de la force de travail. Nous savons depuis longtemps, et en particulier depuis l’instauration des 35 heures, que les représentants du capital ne cessent de légiférer pour favoriser la mobilité géographique et la flexibilité.

Nous avons vu depuis quelques années les contrats de travail devenir de plus en plus aléatoires, et la multiplication de tous les nouveaux contrats dits « atypiques » devant « relancer l’emploi » n’a fait que propager un peu plus la misère et la précarité. La classe exploiteuse est bien obligée de constater qu’elle se trouve en face d’un problème grave, déjà stigmatisé par Marx en 1848 :

« Elle ne peut plus régner [la classe bourgeoise] parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. » (Le Manifeste communiste.)

Ne pouvant plus assurer l’emploi, dans la limite des Etats nationaux européens, la nouvelle législation prépare des lois favorisant la mobilité géographique sur l’ensemble du territoire. Ceci afin de donner une assise législative au contrat de travail plus conforme avec le statut d’entreprise européenne [1]. A ce niveau, le champ d’activité du capital le plus concentré et centralisé c’est l’UE, et c’est donc le droit européen qui prime (se souvenir de la liquidation de l’interdiction française du travail de nuit des femmes).

Comme les fusions/acquisition s’accélèrent, il devient vital pour le capital de formuler une législation tenant compte des grands bouleversements, générateurs de crise sociale. L’idée d’accompagner la mobilité géographique n’est pas nouvelle, des accords d’entreprises ont été signés à cet effet par certains syndicats. Seulement tout cela restait dans le cadre de la législation et de la hiérarchisation des textes (loi, convention collective, accord d’entreprise).

Quand le système de classification des emplois de type Parodi (par métier) hérité de 1945 fut remis en question [2], et il l’est encore au profit de classifications individualisées par fonction, un verrou vers la flexibilité et la mobilité interne à l’entreprise venait de sauter.

A partir de ce moment, va apparaître une nouvelle conception : celle du salarié « hors poste » qui doit se rechercher un emploi a l’intérieur même de l’entreprise, avec création des « bourses aux emplois » sorte d’ANPE d’entreprise. Dans le même temps, des « observatoires de l’emploi et des compétences » sont créés dans certaines branches. Il est à noter que pour la première fois, cette année, la France voit sa population active décroître, du fait des départs des papy-boomers. Selon une enquête de la Cegos (février 2006) sur le choc démographique, les départs à la retraite ne seront pas automatiquement créateur d’emplois : « Les entreprises sont deux fois plus nombreuses à se déclarer dans une logique de réduction d’effectifs (32 %) que d’augmentation (14 %) [3]. »

Le système Parodi mis à mort, il était dorénavant possible d’introduire des « critères classants » et évolutifs pour chaque fonction. Il en résulta que le diplôme n’avait plus qu’une « valeur classante » et devenait un simple atout de l’« employabilité », rien de plus. Les Bac +2/+3/+4 ne donnaient plus accès automatiquement à la hiérarchie et encore moins au cœur de compétence des entreprises. Le diplôme n’était plus qu’un passeport pour l’emploi et une sécurité pour sa pérennisation.

Il est révélateur que s’évanouissait le rêve Diplôme = cadre = bon salaire = stabilité de l’emploi et planque. Une nouvelle « galère » prenait en charge les diplômés, sur la base des nouvelles technologies avec une rationalité accrue et déclassante. Un nouveau concept allait s’introduire avec des mots qui seront ensuite utilisés amplement : « parcours » ou « accompagnement » ; ce n’est vraiment pas neutre.

A peine le pied dans l’entreprise, rien n’est véritablement gagné et l’on fait vite comprendre aux nouveaux arrivants qu’il va falloir s’adapter en permanence et s’engager dans un « parcours de compétences », qu’il ne faudra pas rechigner à se faire provisoirement muter dans une autre entreprises (système de prêt de personnel, classique dans les entreprises en partenariat). Cette mobilité de personnel n’a d’ailleurs pas qu’un aspect économique, elle vise aussi à briser des solidarités suite à des mouvements de grève (système classique lors des émeutes dans les prisons). La concurrence devenant plus pressante, les gains de productivité et les économies d’échelles vont faire que le marché de l’emploi doit « se libérer » du trop plein de salariés évincés par les nouvelles technologies et les concentrations. Ce phénomène touche d’autant plus l’Hexagone qu’il a valeur d’exemple, tout comme en Grande-Bretagne.

La France est dans le peloton de tête des pays industrialisés en termes de gains de productivité et donc vient juste derrière les Etats-Unis et la Grande- Bretagne - mis à part le cas de la Chine - pour le total des IDE (investissements directs étrangers).

La précarité comme loi de la condition humaine

Dès son intronisation à la tête du Medef, Laurence Parisot [4] a donné le ton de la période qui s’ouvre en déclarant le 3 septembre 2005 sur France Inter : « Le mot précarité est un mot à la mode qui a pour objectif de nous empêcher de réfléchir » ; elle a estimé que « la précarité était une loi de la condition humaine ».

Alors ce n’est plus le « travailleur de base » qui se trouve menacé par les fusions/acquisitions, les doublons sont dans le collimateur, les services informatiques sont particulièrement visés. La dite « classe moyenne » sent que le fil qui la rattachait au système va se rompre et se rompt déjà. La sainte démocratie est en passe de perdre sa base sociale. Alors d’une seule voix, les représentants de cette couche sociale demandent de « sécuriser l’individu », de l’accompagner dans sa déshérence petite-bourgeoise, de le remplir d’illusions sur ce que le système lui réserve encore. Cette transition, qui mène du contrat de travail (CDI temps plein), au contrat de précaire, prend actuellement le nom de « contrat de transition professionnel » qui n’est que l’antichambre de la « sécurité sociale professionnelle » que revendiquent la CGT et toute la classe politique de gauche et de droite.

Actuellement, ce contrat est à l’essai, il est expérimenté dans sept sites [5] et son objectif est de ramener à huit mois au lieu d’un an la réinsertion d’un salarié licencié [6].

Le 5 mai 2006, une des pièces du puzzle de la « sécurité sociale professionnelle » a été mise en place. La convention signée entre l’Etat, l’ANPE et l’Unedic veut simplifier les démarches des chômeurs et accélérer le retour vers l’emploi. Les ANPE et les Assedic sont également priés de trouver des locaux communs. A court terme, l’objectif vise à doter chaque région d’au moins un guichet unique (les fameuses Maisons de l’emploi). Un des buts recherchés est de gommer l’aspect licenciement et faire disparaître du vocabulaire les mots licenciement et licencieur. Les employeurs ne seraient plus concernés par une obligation de reclassement comme avec le Plan de sauvegarde des emplois (PSE). Même les primes de licenciement seraient lissées entre maxi et mini pour arriver à un « juste milieu ».

Le rapport Camdessus (du nom de l’ancien patron du FMI) dit clairement, en 2004, qu’il s’agit de « protéger les personnes, non les emplois existants » et ajoute plus loin : « On voit bien qu’il est plus raisonnable de faire reposer cette protection des salariés sur la collectivité que sur des entreprises qui licencient ».

Même constat de Camdessus au sujet des primes de licenciement qui seraient ainsi lissées entre maxi et mini pour arriver à un juste milieu : « Le couple “indemnité de licenciement/prestation chômage” aujourd’hui n’est pas équitable. Une employée administrative d’une PME en difficulté dans une zone sinistrée pourra après dix ans de bons et loyaux services être licenciée avec trois à six mois de salaires pour toute indemnité et très peu de chance de retrouver un emploi rapidement, alors que la même personne en région parisienne dans une grande banque qui souhaite réduire ses effectifs se verra offrir vingt à trente mois de salaire et un accompagnement sur mesure qui devrait lui permettre de retrouver sans trop de mal du travail dans les trois mois qui suivent. Les abus au niveau des cadres performants qui peuvent quitter une entreprise avec une indemnité de départ totalement défiscalisée de plus d’un an de salaire brut, alors qu’ils ne passeront sans doute même pas par une réelle période de chômage, existent également. Le système actuel fragilise donc les plus démunis face au chômage. Il serait souhaitable pour y remédier d’échanger les garanties individuelles que peut fournir une entreprise - et qui sont par nature très différentes - contre une garantie collective. Seules ces garanties collectives de gestion du chômage permettent de proportionner l’aide apportée aux risques encourus. »

Après le 48e Congrès de la CGT, c’est au tour de la CFDT de faire la promotion du « retour rapide à l’emploi » où le privé d’emploi sera coaché dans le cadre du contrat de transition professionnel (CTP) pour s’adapter aux emplois existants. « Le CTP va permettre de faire venir dans nos métiers des personnes qui n’y seraient pas forcément venues. Notamment parce que l’accompagnement mis en place sera personnalisé et la découverte d’un nouveau métier sera largement encouragée. » (Dominique Langlois, directeur général de la SVA, une entreprise d’abattage et de transformation de viande de 3 000 salariés à Vitré). Le gouvernement à ce sujet vient d’ouvrir le marché du travail aux travailleurs polonais.

On pourrait étendre l’exemple aux principaux métiers dont les postes à pourvoir connaissent les plus de « difficultés de recrutement ». Gérard Larcher, ministre de l’Emploi, a dévoilé en avril une liste de 61 métiers ouverts à compter du 1er mai 2006 aux ressortissants des 8 nouveaux pays de l’Europe centrale et orientale intégrant l’UE. 230 000 emplois seraient concernés dans tous les secteurs d’activité : BTP, hôtellerie restauration, mécanique-métallurgie, commerce et vente et même la propreté. Cette liste recouvre aussi celle de l’ensemble des filières techniques couvertes par des diplômes ouvriers tels CAP et BEP délaissés depuis la fin des années 1980 car jugés incompatibles avec l’accession à la « classe moyenne » [7].

Le projet de loi Sarkozy sur l’« immigration choisie » baptisée aussi « compétences et talents » visant à sélectionner le « grain de l’ivraie » résultant de la misère mondiale généralisée par le système capitaliste n’a d’autre but que d’étendre le recours à des travailleurs dans les mêmes secteurs visés par Gérard Larcher, mais en étendant leur recrutement à l’ensemble de la planète.

Dans un registre similaire, Sarkozy se dit partisan du Contrat de travail unique, un CDI qui serait exempt de l’obligation de reclassement par l’employeur et ferait ainsi disparaître d’un coup de baguette magique la notion impopulaire de licenciement économique ; le contrat de travail devenant une sorte de contrat à caractère marchand ou commercial.

La force de travail ravalée au rang de marchandise et voilà les négationnistes de la lutte des classes horrifiés à la perspective décrite par Marx dans le Manifeste de 1848 : « Or le prix du travail, comme celui de toute marchandise, est égal à son coût de production. Donc, plus le travail devient répugnant, plus les salaires baissent. »

Echec de la stratégie de Lisbonne

Le bilan du « cancer de la précarité » n’est plus à faire. Toute l’Union européenne est gagnée par la maladie. Même la Centrale européenne des syndicats (CES) qui soutenait la « stratégie de Lisbonne » [8] est contrainte de reconnaître l’échec de cette « stratégie » :

« En février 2005, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a annoncé une révision majeure de la stratégie de Lisbonne. Celle-ci simplifie les objectifs et les procédures de rédaction à un seul programme d’action national pour chaque pays et à un seul programme européen de croissance. En réponse à cela, la Confédération européenne des syndicats (CES) a prévenu qu’elle se tenait en alerte quant à des signaux annonçant que les objectifs européens en matière de politique sociale et d’environnement étaient relégués au second plan dans le but de rendre l’Europe plus favorable à l’économie. » (Site de la CES : www.etuc.org/a/729.)

En effet, quand le mur de Berlin fut abattu dans la liesse, les travailleurs ne s’attendaient certainement pas à ce que l’aune qui servirait de mesure à leur exploitation viendrait de l’Est. Quelques années après, un journaliste du quotidien patronal Les Echos constate que « les entreprises du CAC 40 et d’autres ont résolu, ponctuellement, la quadrature du cercle : ramener le coût du travail au niveau où se situe l’Europe de l’Est ».

Depuis, les lois « Hartz » (2002) prévoyant un remodelage du code du travail, et du plan d’ « Agenda 2010 » qui déclencha les manifestations du lundi [9] à l’automne 2004, les prolétaires d’Allemagne sont confrontés à la précarité. Près de 30 % des actifs occupaient en 2004 un emploi « atypique » comme en France. L’« Agenda 2010 » c’est plus de flexibilité de l’emploi, un allongement du temps de travail, la retraite à 67 ans, une rafle sur la santé, la pression sur les chômeurs... [10].

Les lois Hartz vont déployer leurs « jobs à 1 euro » pour remettre les chômeurs au travail en direction des petits boulots occasionnels ou d’intérêt public (sans couverture sociale et non soumis au code du travail). En France c’est le « chèque emploi service » qui a cette fonction. Pour nos camarades italiens, le régime est sensiblement le même, seul les couverts peuvent varier. En 1996, le gouvernement Prodi a initié un nouveau pacte de l’emploi baptisé, du nom de son promoteur, « Parchetto Treu ». Ce pacte introduisait déjà une plus grande flexibilité de l’emploi (travail intérimaire et introduction des « contrats de zone » [proches des zones franches françaises]).

A partir des années 2000, la situation italienne se dégrade, le marché du travail est jugé par les stratèges de Lisbonne encore trop rigide. Alors on change de couvert et au menu on va servir aux prolétaires d’Italie un nouveau plat, un « Pacte pour l’Italie » ou « Loi Biagi » (2002). Ce pacte comme les autres prétendait en finir avec le travail au noir (estimé à 25 % du PIB). Une palette de nouveaux contrats fut mise à la disposition des employeurs : « intermittent, accessoire, partagé », « en couple » « sur projet », tous en CDD, bien sûr, et liés à desrémunérations inférieures à 1 000 euros. Depuis 2005, 70 % des emplois créés sont précaires. Le bilan serait toujours le même : « La précarité pour relancer l’économie. »

Le constat d’échec de la « stratégie de Lisbonne » énerve l’exécutif européen, et son chef José M. Barroso (ancien premier ministre portugais). Celui-ci répète partout que « la flexibilité du marché du travail » est la condition de la relance. Il affirme qu’« il est temps de passer à la vitesse supérieure ». Passer à la vitesse supérieure, c’est libérer le patronat du coût des licenciements, donc favoriser les licenciements.

En Espagne, José Luis Zapatero veut troquer la transformation de CDD en CDI en baissant le coût du travail, l’Espagne est l’un des pays ayant le plus de travailleurs précaires, le taux de CDD oscille invariablement entre 30 % et 35 % malgré de prétendus accords visant à en limiter le nombre (un sur trois, contre un sur dix en France). En Italie, Romano Prodi veut aussi ce genre d’arrangement, alors qu’en France, avec les expériences du contrat de transition professionnelle, il est question de ramener à huit mois la période de chômage, au lieu de douze mois actuellement.

Quant à la CES et au patronat européen l’Union des industries de la Communauté européenne (Unice), ils ont hâte de conclure sur le registre de la flexisécurité [11]. Comme on le voit, la Sécurité sociale professionnelle (SSP) est loin d’être une revendication de la seule CGT, même « brevetée CGT et ne supportant pas les contrefaçons », comme l’a dit Bernard Thibault au 48e Congrès. Elle s’inscrit dans un vaste projet destiné à remodeler la nouvelle force de travail des pays développés pour mieux la mettre en compétition avec la main-d’œuvre de l’ensemble de la planète. Contrairement à ce qu’affirment en chœur les tenants de la nouvelle CGT, la SSP ou le nouveau statut du salarié ne sont en aucun cas des moyens de lutter contre la précarité mais bien un formidable levier pour l’amplifier, et permettre ainsi au système de continuer à survivre tout en trouvant de nouvelles formes d’exploitation.

G.B. et J. N.

mai 2006

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