17 décembre 2009
La crise dans tous ses États. décembre 2009
C’est par la transformation des dettes privées en dettes publiques, à coup de milliards de dollars, d’euros, de yens… que la croissance économique est tant bien que mal maintenue. Ce qui n’annule pas l’élimination des surcapacités de production à l’échelle mondiale.
L’industrie automobile est l’exemple le plus frappant de cette situation où nous assistons à une redistribution des cartes à l’ échelle mondiale, la zone Asie-pacifique prenant en apparence l’ascendant sur les anciennes implantations de cette industrie. Bien que cette zone, est elle aussi en état de « surchauffe » c’est-à-dire en surcapacité .
Tous les États, de plus en plus en déficits, commencent depuis quelques mois à lever des emprunts sur les marchés financiers, pour financer les mesures anti-crise. Nous allons voir bientôt des masses d’obligations et de bons du trésor se déverser sur les places financières, et ces mêmes places financières exigeant que l’argent rapporte de l’argent, entrer dans l’angoisse dès qu’un État se trouvera en difficulté sur sa dette. Nous venons de nous en rendre compte, quand Dubaï n’était plus en mesure de régler ses dettes. De même pour la Grèce, selon l’ OCDE sa dette publique pour cette année est de 75,3% du PIB c’est-à-dire 300 milliards d’ euros, qui devrait atteindre 89,3% en 2010. Les agences de notation viennent de déclasser ce pays, bientôt considéré en cessation de paiement. La Grande Bretagne est elle aussi dans une situation critique et selon la presse pourrait être déclassée. Ce n’est pas la première fois que des États sont en faillite, la Yougoslavie a été démantelé dans les années 1990 du fait de son surendettement [1] et la Serbie bombardée par l’ OTAN, en 2001 c’est l’ Argentine qui allait boire le bouillon, au point que le FMI lança l’ idée, qui avait déjà émise lors de la crise asiatique, qu’il fallait légiférer sur le « risque pays ».
Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que le risque pays ne concerne plus seulement des pays comme la Turquie, le Liban, la Thaïlande, la Corée du sud …Mais directement des pays de l’ OCDE. Le journal La Tribune du 15 mai 2009 parlant des états Unis dit: « Ils devront dévaluer le dollar, mais cela ne suffira pas, ils devront également renégocier leur dette. ».
Pour le moment, les gouvernements cherchent à étaler, dans le temps et sur les peuples, le remboursement de montagnes de dettes, d’où toute la propagande médiatique sur la fiscalité, et les paradis fiscaux, le premier ministre grec G. Papandréou en appelle à l’ union nationale contre la fraude fiscale, mais la jeunesse se révolte contre la précarité et passe à des actions radicales …En France on a mis en couveuse le corbeau de la banque suisse HSBC et sa liste de « fraudeurs du fisc ». On fait semblant de s’attaquer au grand capital , comme par exemple en indiquant que les entreprises du CAC 40 trichent et que les PME ( petites et moyennes entreprises) payent plus d’impôts que les multinationales. Mais dans la réalité, c’est 31, 2% du PIB de l’ UE d’aides publiques qui a servit en autre au rachats d’actifs toxiques, les voilà les vrais bonus.
Le président de la république française, Sarkozy en personne a déclaré tout haut que les 35 milliards d’euros d’emprunt se feraient non pas sur le dos des français, mais par un appel au marché financier. C’est exactement ce qui fut fait pour combler le trou de la Sécu, c’est le marché qui est intervenu, et c’est le populo qui banque la CRDS directement prélevé sur la quasi-totalité des revenus, y compris les allocations familiales, les allocations chômage.
La facture finale, des intérêts de la dette, est colossale. Selon la Cour des comptes, la charge d’intérêts des emprunts contractés par la CADES s’élève à 2,9 Md€ par an en moyenne sur la période 2005-2009, contre 1,4 Md€ sur la période 1996-2004, soit un total de 25,7 milliards d’euros versé au capital financier depuis 1996.
Mais, il y a aussi , du fait de la rétraction du marché mondial une tendance au protectionnisme qui s’ amorce. Les grandes messes sur l’ écologie « il faut sauver la planète » sont de cet acabit, il s’ agit d’élever des normes « écolos » c’est à dire des taxes, pour protéger certains secteurs de la concurrence. Le recours aux dévaluations compétitives est de retour, il consiste à faire chuter sa monnaie afin de donner un avantage à ses exportations. Par exemple la Grande Bretagne a laissé la Livre sterling se déprécier de 20% par rapport à l’ euro depuis août 2008, ce qui en fait revient à dissimuler une taxe de 20% sur ses importations. Il en est de même pour le dollar en chute libre, le franc suisse, le dollar canadien… Le cycle des dévaluations compétitives est en pleine action, Tout ce concentre sur le vrai argent c’est à dire sur des valeurs sûres et non plus sur des billets de papier fraîchement produits par la planche à billet; d’où un certain retour vers l’or considéré comme la valeur refuge a minima.
Avec le déplacement des dettes privés, celles des propriétaires des moyens de productions et d’ échanges, en dettes publiques, nous avons une sorte de socialisation des moyens de production, sauf que le propriétaire de l’État, ce n’ est pas le peuple. L’État est au service du capital financier et la seule propriété qu’il accorde au peuple c’est la dette publique, sa seule identité nationale c’est de payer les impôts et taxes.
«La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’état qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. »
(K. Marx T. 1 p. 721 du Capital éd. Moscou)
Mais encore:
« Le peuple sait bien, par sa propre expérience et les saignées faite à sa bourse, combien la dette publique pèse sur les impositions; mais peu de gens savent dans quelles conditions spéciales cette dette a été contractée et existe toujours. L’État, cet instrument commun entre les mains de nobles propriétaires fonciers, et des gens de la finance, a besoin d’ argent pour réaliser, à l’ intérieur comme à l’ extérieur, l’œuvre d’oppression. Il emprunte donc chez les capitalistes et usuriers, et leur remet un bout de papier, par lequel il s’ engage à payer, pour 100 livres sterling prêtées, tel chiffre d’ intérêt. Les moyens nécessaires à ce paiement, il les tire, sous forme d’ impôts, de la poche des classes ouvrières. Si bien que le peuple doit servir de garantie à ses oppresseurs vis-à-vis des gens qui prêtent leur argent pour qu’on lui coupe le cou à lui, peuple. Cette dette figure sous diverses rubriques, suivant que le taux d’ intérêt est de 3,3 ½ ou 4 0/0. » ( K. Marx People’s Paper, 16 avril 1853.)
Nous voyons que cette histoire de la dette publique, ne date pas d’hier et que tous les appels à la nation à l’identité nationale ne sont que des justificatifs pour sauver le capital.
« Si les démocrates exigent la régulation de la dette publique, les ouvriers doivent exiger la banqueroute de l’ État. » (Karl Marx, 1ère Adresse du Comité de la ligue des communistes,1850.)
G. Bad, décembre 2009
Note
[1] Le pays commence à s’endetter au début des années 80 et les dernières mesures d’ajustement font peu à peu baisser le niveau de vie de 40% (dévaluations successives). Puis en 89, le gouvernement cherche à se rapprocher de Washington qui impose le démantèlement du modèle de gestion autonome particulier à la Yougoslavie et qui a donné des résultats très valables dans les années 60 et 70. Il y a alors des réformes profondes: dévaluations et restrictions budgétaires, privatisation des entreprises et liquidation de celles qui n’étaient pas jugées compétitives, ouverture des frontières commerciales et libéralisation du système de crédit. Tout un secteur économique est liquidé entraînant chômage et baisse des revenus (80%). En même temps, le système de sécurité sociale gratuite est démantelé. Toutes ces mesures sont imposées afin d’obtenir de nouveaux prêts servant à rembourser les prêts précédents ! Enfin, est imposé le gel des transferts du gouvernement central vers les républiques. Celles-ci, riches ou pauvres, étaient obligées de trouver leur financement propre. La “balkanisation” de l’union des Républiques Yougoslaves était devenu un fait.
18 octobre 2009
La crise.Laquelle? Et après?
C''est le dernier livre de Tom Thomas
à commander aux éditions Contradictions
2,avenue des Grenadiers, Bte 1, 1050 Bruxelles
prix 10 euros.
Toujours intéressant les livres de T Thomas, même si nous avons certaines divergences avec lui. Il a ce grand mérite de rendre actuelle la théorie des crises de K. Marx, dans un langage simple mais néanmoins théorique.
19 septembre 2009
OR et dollar les reliques de la barbarie capitaliste
« Avec le développement du système de crédit, la production capitaliste cherche continuellement à lever cette barrière de métal, cette barrière à la fois matérielle et imaginaire de la richesse et du mouvement de celle-ci, mais revient toujours se buter la tête contre ce mur. Dans la crise on voit se manifester cette revendication: la totalité des lettres de change, des titres, des marchandises doit pouvoir être tout d'un coup et simultanément convertible en argent bancaire et tout cet argent à son tour en or. « K. Marx, Le capital,T.III, chap. XXXV .p. 607, ed. Moscou)
Aux dernières nouvelles, alors que le
dollar rechute à son plus bas niveau depuis un an, l' or la relique
barbare comme devait l' appeler Keynes vient de franchir les 1000
dollars l' once1.
Tout laisse à penser que la relique barbare est de nouveau
devenue la valeur refuge la plus sécurisante, un moindre
mal, face à son ombre le dollar qui n'est plus « qu'un chiffon
de papier ».
Si la référence à l'or était, le plus grand signe de richesse d'un état à l'époque du mercantilisme, époque encore sous la domination de rapports féodaux et du capitalisme marchand et commercial; celui ci fut progressivement abandonné du fait du développement du capitalisme industriel qui exigeait pour son expansion d'importantes liquidités. Mais ce ne fut pas la seule raison, les tricheries et altérations sur le poids de la monnaie or étaient nombreuses. En effet dans sa fonction de moyen de circulation, l'or était devenu numéraire et dés lors il fut monnayé selon l' étalon de la monnaie de compte. Des pièces d'or étaient mises en circulation selon un certain poids d'or livre sterling, shilling, etc, sous la forme de numéraire. L'état qui venait à peine de sortir des langes du féodalisme, décida de frapper la monnaie. Seulement, comme en témoigne le texte ci dessous, la contradiction entre l' or trésor et l' or numéraire sera l'objet de tricherie.
« Jacob estime que, par suite du frai, sur 380 millions de livres sterling existant en Europe en 1809, en 1829, soit en vingt ans, 19 millions de livres sterling avaient complètement disparu 2. Si donc la marchandise sort de la circulation dès le premier pas qu'elle fait pour y entrer, le numéraire, lui, après avoir fait quelques pas dans la circulation, représente plus de teneur métallique qu'il n'en contient. Plus le numéraire circule longtemps, la vitesse de circulation restant constante, ou encore, plus sa circulation devient active dans le même laps de temps, plus son existence fonctionnelle de numéraire se détache de son existence métallique d'or ou d'argent. Ce qu'il en reste est magni nominis timbra [l'ombre d'un grand nom]. Le corps de la monnaie n'est plus qu'une ombre. Alors que le procès la rend plus lourde à l'origine, il la rend maintenant plus légère, mais elle continue de valoir dans chaque achat ou vente isolés la quantité d'or primitive. Devenu un souverain fantôme, un or fantôme, le souverain continue à remplir la fonction de la pièce d'or légitime. Alors que les frictions avec le monde extérieur font perdre à d'autres leur idéalisme, la monnaie s'idéalise par la pratique, son corps d'or ou d'argent devient pure apparence. Cette deuxième idéalisation de la monnaie métallique, opérée par le procès de circulation lui-même, ou, encore, cette scission entre son contenu nominal et son contenu réel, est exploitée en partie par les gouvernements, en partie par les aventuriers privés, qui se livrent aux falsifications les plus variées de la monnaie. Toute l'histoire de la monnaie, du commencement du moyen âge jusque bien avant dans le XVIII° siècle, se ramène à l'histoire de ces falsifications d'un caractère double et antagonique et c'est autour de cette question que tournent en grande partie les nombreux volumes de la collection des économistes italiens de Custodi. » (K. Marx, Contribution à la critique de l' économie politique ed.sociale,p. 77-78 )
Mais cette falsification, ne devait pas suffire, elle va même se perfectionner par rapport à l' ancien régime, comme dans l' ancien régime il est nécessaire de lever des impôts et taxes en tout genre sur le citoyen en procédant à l' éternel affaiblissement de la monnaie. Avec le billet de banque, l' ombre de l' or comme le dira Marx, l' altération des monnaies métalliques recula quelque peu. Ce ne fut point d'un point de vue moral ou religieux, mais tout simplement parce que les gouvernements trouvèrent des moyens plus perfectionnés pour pomper le citoyen. Ce moyen fut le remplacement de la monnaie métallique par le papier monnaie. Avec le papier monnaie on retirait à la monnaie toute valeur intrinsèque, en cas de surémission de celle-ci, on avait cet avantage sur l' or que son étoffe et sa valeur monétaire pouvait perdre la totalité de sa valeur, alors que sous le métallisme la valeur ne pouvait se déprécier que du montant de la différence entre la valeur intrinsèque de son étoffe et sa valeur monétaire, alors que le papier monnaie peut perdre toute sa valeur.
Un bref rappel historique
Si en 1609 les banques d' Amsterdam remplacèrent la monnaie métallique par des billets de banque qui n' étaient, que des certificats de dépôt en or; ceux ci ne pouvaient être considérés comme monnaie, mais comme de simple titre de propriété sur de l' or. Nous pouvons dire que le billet comme monnaie symbole prend véritablement naissance en 1656 , initiative prise par Johan Palmstruch fondateur en 1657 de la Banco de Stockholm (banque de Suéde). Il fit imprimer des billets sous le nom de « Kreditivsedlar » une unité monétaire de ( papier crédit). La banque très rapidement eut des problèmes à cause de l’impression d’un trop grand nombre de billets de banque. Palmstruch fut porté en Cour, retenu responsable des dommages et condamné à la prison ( le Madoff de l' époque). En France,la banqueroute du financier Law3 en 1720 et l' expérience frauduleuse des assignats de la révolution , qui avait gagé les biens du clergé devenus biens nationaux ne fit que renforcer la méfiance vis à vis de la monnaie papier.
Cette méfiance vis à vis du papier monnaie, aujourd' hui le dollar, explique l' engouement pour la relique barbare, « le vrai argent » qui tout au plus ne vaut en réalité « que le temps de travail socialement nécessaire à son extraction ». Ce qui veut dire en clair, que la hausse vertigineuse du prix de l' once d'or, au dessus de sa valeur aura un atterrissage brutal dés qu'une autre valeur refuge se présentera comme plus sécurisante et rentable.
La hausse du cours de l' or est particulièrement intéressante pour les états endettés, ceux ci peuvent de temps en temps vendre ou louer une partie de leur stock d'or à des prix inespérés en prenant bien garde de ne pas faire tomber les cours, mais en maintenant une fluctuation haussière de ceux-ci, Le Figaro ne parle t'il pas d'une once d'or à 2000 dollars pour bientôt. , quant au Gold Anti-Trust Action Committee (GATA), il déclare que la stratégie de manipulation du prix de l’or par le gouvernement américain a commencé à échouer. Le GATA pense , qu'il y a un plan d' étouffement du prix de l' or, visant à cacher une mauvaise gestion du dollar américain, afin que celui-ci conserve son statut de monnaie de réserve mondiale.
Il y a en apparence du vrai dans la réflexion du GATA, mais la raison des ventes et prêt d'or est bien plus motivée par le désir que l' argent doit rapporter de l' argent et en système capitaliste on ne s' assoie pas sur son tas d'or, on cherche à le valoriser en permanence. Donc il parfaitement normal que les banques centrales vendent de l' or quand il y a un pic du prix de l' once. Par contre ce qui est plus original et qui porte à réflexion, c' est le « carry trade d'or ». Comme tous les « carry trade » il s' agit de jouer sur des différentiels, ici une banque centrale prête son or à un très faible taux, à une banque amie qui se charge de mettre cet or sur le marché. La vente de l' or étant réalisée les fonds recueillis sont alors placés dans des fonds plus rémunérateurs ( type emprunts d' état).
L' affaire est particulièrement juteuse, quand le loyer de l' or est déduit, les rendements sont de 3% à 4%, un bon pécule. Seulement le prêt d' or se négocie pour une certaine durée ( un mois à dix ans) et à échéance il faut restituer l'or physique. Si le cours de l' or triple au moment ou il faut restituer l' or , il est bien évident que nos banques se retrouveront avec une difficulté de plus. Selon les rumeurs 15 000 tonnes d'or auraient été prêtées. Il n' est donc pas de l' intérêt des banques de laisser s'envoler au delà d' un certain seuil le cours de l'once d'or.
A partir de la il est possible d'imaginer divers scénarios, quand l' or emprunté refluera vers les banques centrales, celles ci pourront alors le vendre de nouveau à un bon cours, tout en faisant baisser les cours en fonction de la masse d' or mise sur le marché, ce qui provoquera un effondrement du prix de l'or à la grande satisfaction des banques emprunteuses et aux détriments de ceux qui pensent que l' or va atteindre le nirvana.
A l' approche du G2O à Pittsburg, le ministre des finances chinois à fait publier dans le « Wall Street Journal » une lettre ouverte, félicitant B Bernanke pour sa reconduction. Mais passé les politesses, la lettre prend l' allure d'un avertissement elle accuse des politiciens irresponsables de vouloir monétiser la dette « Nous avons donc décidé de protéger nos avoirs en dollars et d' acheter de l' or ou des matières premières dont les cours monteront si le dollar baisse » indique la lettre ( voir La Tribune du 11 septembre 2009 p.9) . Tout laisse à penser que nous entrons dans une nouvelle phase de la crise dont Marx disait:
« C'est là la phase particulière des crises du marché mondial que l'on appelle crise monétaire. Le summum bonum [le bien suprême] que, dans ces moments, on demande à grands cris comme l'unique richesse, c'est l'argent, l'argent comptant, et toutes les autres marchandises, précisément par ce que ce sont des valeurs d'usage, semblent auprès de lui inutiles, des futilités, des hochets, ou encore, comme dit notre docteur Martin Luther, simples parures et ripailles. Cette brusque conversion du système de crédit en système monétaire ajoute la crainte théorique à la panique pratique, et les facteurs de la circulation frémissent devant l'impénétrable mystère de leurs propres rapports économiques 4. » (K.Marx, Contibution à la critique de l' économie politique, ed.sociale ,p.109)
G.Bad 19 09 2009
11 once d'or pèse 28.3499 grammes ou encore 141.7498 carats.
2 W. JACOB : An Historical Inquiry into thé Production and Consumption of the Precious Metals, Londres, 1831, vol. IL chap. XXVI, [p. 322].
3John Law, protestant écossais émigré en France avait émis dés 1705, l' idée que le papier monnaie est bien supérieur aux métaux précieux comme instrument d' échange à condition d' en gager l' émission sur des terres.
4 Boisguillebert, qui voudrait empêcher les rapports de production bourgeois de se cabrer devant les bourgeois eux-mêmes, marque, dans ses idées, une prédilection pour les formes de l'argent où il n’apparaît qu'idéalement ou de manière fugitive. Ainsi avait-il fait pour le moyen de circulation. Ainsi fait-il pour le moyen de paiement. Ce qu'une fois encore il ne voit pas, c'est le passage immédiat de l'argent de sa forme Idéale à sa réalité extérieure, c'est que la mesure des valeurs, imaginée seulement, recèle déjà le dur argent à l'état latent. Le fait, dit-il, que l'argent est une simple forme des marchandises elles-mêmes apparaît dans le grand commerce, où l'échange s'effectue sans intervention de l'argent après que « les marchandises sont appréciées ». (Le détail de la France, ibid., p. 210.)
07 août 2009
Dollarium tremens: la dé-dolarisation en marche ( août 2009)
« Il est préférable que la plupart des citoyens de notre nation ne comprennent pas le fonctionnement de notre système bancaire et monétaire parce que, si c' était le cas, je pense qu'ils commenceraient une révolution dés demain matin. » Henri Ford
La danse du scalp
contre le dollar roi, est de nouveau active et de nouvelles tribus
tournent autour du feu pour liquider le roi
dollar et adorer de nouveau le veau
d' or.
Ce n' est certes pas nouveau, depuis l' abandon de l' étalon or en 19141, jusqu' aux accords de Bretton Woods2 après la seconde guerre mondiale, la gestion financière de la planète fut l' objet de nombreuses remises en question. Le Bancor3 proposé comme monnaie internationale fut rapidement mis au rancart par les Etats Unis qui imposèrent alors le dollar. Tant que les Etats-Unis, disposaient dans les coffres de Fort- Knox d'importante réserves en or, il n' y avait pas de problème. C'est seulement quand la croissance économique se déplaça des Etats-Unis vers l' Europe, que les réserves d' or des américains s'amenuisèrent et se traduisirent par un déficit de plus en plus important de leur balance des paiements. C' est à ce moment que les premières remises en cause du dollar comme monnaie universelle commencèrent. En dépit de diverses mesures de « replâtrage » le dollar se maintiendra. C'est en mars 1968, qu'une nouvelle crise monétaire éclate , qui se soldera par la mise en place d'un double marché de l' or.4
Depuis que le dollar est devenu l'étalon monétaire de la planète, tous ceux qui ont essayés de le détrôner, n'y sont pas parvenus, En France De gaulle ( 1965), puis Giscard ont essayés, ils ont été évincés. Quand Saddam Hussein voulu payer le pétrole en euro, il avait mis en place une arme de « destruction massive » qui lui vaudra la vie.
Stock d’or, en % des réserves mondiales
|
Années |
Etats-Unis |
Royaume-Uni |
France |
Allemagne
|
|
1923 |
44,4 |
8,6 |
8,2 |
1,3 |
|
1924 |
45,7 |
8,3 |
7,9 |
2,0 |
|
1925 |
44,4 |
7,8 |
7,9 |
3,2 |
|
1926 |
44,3 |
7,9 |
7,7 |
4,7 |
|
1927 |
41,6 |
7,7 |
10,0 |
4,7 |
|
1928 |
37,4 |
7,5 |
12,5 |
6,5 |
|
1929 |
37,8 |
6,9 |
15,8 |
5,3 |
|
1930 |
38,7 |
6,6 |
19,2 |
4,8 |
|
1931 |
35,9 |
5,2 |
23,9 |
2,1 |
Source : Barry Eichengreen, 1996, L’expansion du capital. Une histoire du système monétaire international, L’Harmattan,p.87.
Depuis, la crise financière , à considérablement réduit la puissance de la City et de Wall street, le dollar n 'est même plus une monnaie suspecte, il n' est plus une monnaie ou si l' on préfère une monnaie hélico5 alimentée par la planche à billet.
Alors les détenteurs de dollars s'énervent un peu plus et prennent des initiatives, les monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Emirats arabes unis, Koweit, Oman, Qatar, envisageaient, pour 2010 une monnaie unique sur le modèle de l' euro. Au moment de signer l' accord il n' en restait plus que quatre. Puis se fut le tour des détenteurs de matières énergétiques, qui ne veulent pas être les dindons de la farce, de passer à l' offensive. Le Cartel de l' OPEP et la Russie veulent marcher sur les traces de Saddam Hussein; ils comptent mettre en place une monnaie unique pour honorer les contrats pétroliers. Le Kazakhstan et l’Iran veulent une monnaie régionale, la Chine propose la mise en place d'une monnaie universelle par la mise en place d’un instrument de paiement dont la valeur serait déterminée à partir d’un panier de monnaies, et non plus fixée sur celle du dollar américain. Or cet instrument existe déjà, mais pas pour cet usage : ce sont les DTS. Fin mars, Dominique Strauss-Kahn déclarait « légitimes » les discussion sur une nouvelle monnaie de réserve.
Michael Hudson6, dans son article : Dé-dollarisation: le démantèlement de l' empire militaire et financier américain (17 juin 2009) va jusqu à dire :
« La ville Russe de Iekaterinbourg, la plus importante à l’est de l’Oural, pourrait désormais être connue comme le lieu où sont morts non seulement les tsars mais aussi l’hégémonie américaine. Non pas uniquement l’endroit où le pilote américain Gary Powers a été abattu en 1960, mais aussi celui où l’ordre financier international dominé par les USA a été mis à bas.
La remise en cause de l’Amérique sera le thème principal des réunions élargies de Iekaterinbourg, en Russie (ex-Sverdlovsk) des 15 et 16 Juin rassemblant le président chinois Hu Jintao, le président russe Dmitri Medvedev et les représentant les six pays de l’ Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan. L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Mardi le Brésil s’y joindra pour les discussions commerciales entre les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). » «
Suite à cette réunion le Président Sarkosy s' est dit en accord avec l' esprit de Iekaterinbourg, ceci dans la logique du Gaullisme et lors du G8 qui s' est tenue à L' Aquila (Italie) plusieurs chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants ont clairement remis en cause l’ordre monétaire existant depuis les accords de Bretton Woods, ainsi que la prédominance du dollar dans les échanges mondiaux. Nicolas Sarkozy, a appelé à un débat sur la monnaie de réserve. Le représentant chinois a évoqué, pour sa part, "un régime monétaire international de réserve diversifié et rationnel" sur la base des droits de tirage spéciaux (DTS), le panier de monnaies utilisé par le Fonds monétaire international (FMI).
Le ministre allemand des finances Peer Steinbrück, a tenu à prendre ses distances en informant la presse que l' Allemagne restait farouchement favorable au dollar comme monnaie de réserve.
Selon Peer Steinbrück, "le rôle dominant des marchés financiers anglo-saxons" demeure mais il s'est "relativisé" avec la crise financière. le ministre social-démocrate (SPD) dans l'hebdomadaire Manager magazin, indique que "le dollar va certainement garder son rôle particulier", mais selon lui "dans une proportion moins importante".
La réponse américaine ne s'est pas fait attendre
Le président Obama a défendu le dollar : “En ce qui concerne la confiance dans l’économie américaine ou dans le dollar, je ferais remarquer que le dollar est extraordinairement fort en ce moment. Et la raison pour laquelle le dollar est fort en ce moment, c’est parce que les investisseurs considèrent que les États-Unis ont l’économie la plus forte du monde, avec le système politique le plus stable du monde. Je ne crois pas à la nécessité d’une monnaie mondiale.»
Il apparaît donc, que la question du dollar comme monnaie universelle est au centre des contradictions du monde capitaliste, au centre de leurs rivalités. Comme l' histoire de l' argent nous l' enseigne, il arrive toujours un moment ou il faut passer sous les fourches caudines du « paiement au comptant », ce moment semble arrivé..
En ce qui nous concerne, nous ne pensons pas
que le retour à l' étalon or , change les paramètres de la crise
du capital, ni un système basé sur les DST et autres monnaies. Il
nous faudra revenir sur cette question dans un prochain article. Pour
rappel l' article ci-dessous de Loren Goldner qui anticipait déjà
la crise.
continuité et discontinuité dans le déclin de l' accumulation mondiale centrée sur le dollar
notes
1 Le système de l'étalon-or a fonctionné de 1879 à 1914. Issu de l'échec du système bimétallique, il ne survivra pas à la crise économique et financière créée par la première guerre mondiale.
2Les accords de Bretton Woods, furent conclus à la suite d' une conférence tenue du 1er au 22 juillet 1944, entre quarante quatre pays membres, afin d' instituer un nouvel « ordre monétaire » suite à la deuxiéme guerre mondiale. Ces accords sont à l' origine de la création du fond monétaire international (FMI) et de la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD)
3 Etalon monétaire international dont la création fut proposée par John Maynard Keynes lors de la conférence de Bretton Woods (1944) et qui aurait servi de référence pour déclarer les taux de change.
4L'or monétaire ne représentait plus, en 1968, que la moitié des réserves mondiales, contre les deux tiers en 1958. l' économie mondiale manquait de liquidités, ce qui favorisera le passage de l' étalon de change-or à l' étalon dollar
5 En novembre 2002, Bernanke (qui n’était alors qu’un des gouverneurs de la Réserve fédérale) a prononcé un discours célèbre dans lequel il a déclaré qu’au cas où déflation aux Etats-Unis serait semblable à celle du Japon, le gouvernement américain devait imprimer de l’argent à l’infini (faire marcher la planche à billets) et le déverser par hélicoptère. Depuis on le surnomme « helicopter Ben ». Les marchés le soupçonnent d’être un inflationniste.
6 Michael Hudson, brillant économiste jusqu’à récemment tout à fait marginal (pas marxiste, plutôt hudsonien). Son livre Super imperialism (1972) décrivit si bien la stratégie américaine de l’« Imperial Management Through Bankrupcy » (gestion impériale par la faillite) que le gouvernement Nixon s’en servit pour affiner sa stratégie. Il démontra que « l’aide » américaine subventionnait les exportations américaines et rien de plus, ce qui obligea le ministère du Commerce à réviser et même à supprimer les statistiques sur lesquelles Hudson s’appuyait. Super Imperialism a été réédité en 2002 par Pluto Press (Londres) avec une nouvelle préface et un nouveau chapitre final qui remettent l’analyse à jour.
18 juillet 2009
Théories de la décadence, théorie de l’effondrement, cours catastrophique du capital et crise finale.
Texte présenté par G. Bad pour la réunion du samedi 17 janvier 2009
au
21 ter rue Voltaire
Paris XIe
(salle
"l'internationale")
Métro: Boulets Montreuil.
Théories de la décadence, théorie de l’effondrement, cours catastrophique du capital et crise finale.
Je vais tout d’abord présenter les différents arguments concernant la théorie de la décadence et celle de l’effondrement et leurs variantes. Pour alimenter le débat, je commence par le Groupe communiste internationaliste (GCI), en reprenant des extraits de son article « Théories de la décadence : décadence de la Théorie » publié en 1985 (dans le n° 23 de Communisme).
Dans cet article le GCI vise essentiellement le Groupe communiste internationaliste (CCI), dont il est issu, et présente l’avantage d’élever le débat sur la théorie des crises. Il va s’attaquer à la « périodisation » et au concept d’un capitalisme ascendant, puis décadent sénile ... Ensuite nous en viendrons aux théories de la décadence, et aux variantes faisant le procès des forces productives.
Introduction du GCI:
« L’origine même des théories décadentistes (théories du "changement de période" et de "l’ouverture d’une nouvelle phase capitaliste: celle de son déclin"...) se retrouve "bizarrement" dans les années ‘30, théorisées tant par les staliniens (Varga) que par les trotskistes (Trotsky lui-même) que par certains sociaux-démocrates (Hilferding, Sternberg,...) et universitaires (Grossmann). C’est donc à la suite de la défaite de la vague révolutionnaire de 1917-23 que certains produits de la victoire de la contre-révolution commencèrent à théoriser une longue période de "stagnation" et de "déclin".
Cette théorisation permit ainsi a posteriori de maintenir une cohérence formelle entre les "acquis du mouvement ouvrier du siècle précédent" (il s’agit bien entendu ici des "acquis" bourgeois de la social-démocratie: le syndicalisme, le parlementarisme, le nationalisme, le pacifisme, la "lutte pour les réformes", la lutte pour la conquête de l’Etat, le rejet de l’action révolutionnaire...) et, du fait du "changement de période" (argumentation classique pour justifier toutes révisions/ trahisons du programme historique), l’apparition de "nouvelles tactiques" propres à cette "nouvelle phase", cela allant de la défense de la "patrie socialiste" pour les staliniens au "programme de transition" de Trotsky, au rejet de la forme syndicale au profit de celle des conseils pour les "ultra-gauches" (Cf. Pannekoek: Les Conseils Ouvriers - éd. Bélibaste). »
Ici le GCI n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat de la théorie de la décadence, et passe en revue ce qu’il considère comme déviation de la théorie, dans la pure tradition bordiguiste de restauration du programme communiste. Ensuite, le GCI va à mon sens saisir assez bien les raisons de la mise en avant des différentes théories qui nient la totalité/globalité du capital . Chacune s’accrochant à une branche de l’économie politique du marxisme , pour en faire l’axe qui détermine le tout, sans vraiment se rendre compte que les tomes I / II-III du Capital sont une représentativité dans son mouvement de l’être capital en procès. Autrement dit, chacune de ces théories ne s’attache qu’à une branche d’une prétendue économie politique marxiste, alors que dans Le Capital Marx a recherché, dans une démarche de critique de l’économie politique, à décrire et restituer le mouvement historique global du capital (qui est un rapport social définissant une société dans sa totalité et non un secteur – l’économie – de l’activité humaine)
De ce point de vue le GCI a raison de s’en prendre aux
« multiples "théories" allant de la "saturation des marchés" à "l’impérialisme: stade suprême du capitalisme", du "troisième âge du capitalisme" à la "domination réelle", de "l’arrêt de développement des forces productives" à la "baisse tendancielle du taux de profit"... Ce qui nous intéresse dans un premier temps, c’est le contenu commun à toutes ces théories, la vision moralisatrice et civilisatrice qu’elles induisent. »
Ensuite le GCI va
faire la démonstration,
du caractère non dialectique des théories de la décadence
« La dynamique des sociétés de classes (dit le GCI) n’est pas telle une montagne avec son versant ascendant, son sommet et son versant descendant, mais au contraire –- conformément à la dialectique matérialiste – chaque fois plus un antagonisme entre la classe dominante et la classe révolutionnaire, et ce jusqu’à la résolution de cette contradiction en une unité supérieure (négation de la négation) correspondant au dépassement des deux pôles de l’unité précédente, c’est-à-dire comme un nouveau mouvement de deux pôles contradictoires.
Les visions décadentistes sont donc méthodologiquement des visions anti-dialectiques correspondant, non pas au point de vue prolétarien, mais à celui bourgeois de l’évolutionnisme et de l’immédiatisme (= gradualisme). »
et citer Bordiga à l’appui ((Bordiga: Réunion de Rome 1951 in Invariance No.4) (Bordiga: "Dialogue avec les morts" 1956)
Le GCI , sans trop de difficulté, prouvera que même les partisans du « décadentisme ou décadentisme et demi » sont contraints de reconnaître l’immense développement des forces productives (au point d’en faire crever la planète).
« pour le groupe "Socialisme ou Barbarie" qui sur cette question aussi se matérialisa comme un précurseur du révisionnisme moderniste, tant dans les questions dites économiques que dans leurs implications politiques) est directement liquidée par le simple constat fait par certains décadentistes eux-mêmes:
"La production industrielle mondiale, en 1848 dépassait de 36% le niveau de 1937 et de 74% celui de 1929. Entre 1878 et 1948, la production industrielle mondiale augmentait de 11 fois. Pendant la même période, la population de la terre passait de 1.500 à 2.300 millions d’habitants, soit une augmentation de 50% environ."
(Castoriadis: "La consolidation temporaire du capitalisme mondial", Socialisme ou Barbarie No.3 – 1949)
Ensuite le GCI attaque (et il a raison) l’aspect moraliste du décadentiste, affirmant que
« Le mouvement communiste ne développe pas une "nouvelle morale prolétarienne", mais bien une anti-morale, la négation en acte de toute morale de classe) d’une décadence superstructurelle reflétant (en parfait matérialiste vulgaire qu’ils sont) la décadence des rapports de production. »
Bien que je considère que l’anti-morale est aussi une morale, la démarche du GCI est intéressante et j’avais moi-même fait la comparaison entre les propos moralisateurs du CCI et les témoins de Jéhova. Le GCI a aussi constaté cela:
"L’idéologie se décompose, les anciennes valeurs morales s’écroulent, la création artistique stagne ou prend des formes contestataires, l’obscurantisme et le pessimisme philosophique se développent". La question à cinq francs est bien qui est l’auteur de ce passage : Raymond Aron? Le Pen? ou Monseigneur Lefebvre...? eh bien non, il s’agit de la brochure du CCI: "La décadence du capitalisme" P. 34! »
Ensuite le GCI enfonce bien le clou, avec des exemples sur tous les aspects idéologiques du maintien du capitalisme, pour finir par cette conclusion, dans le pur style sentencieux du bordiguisme :
« Les visions décadentistes, dans leur essence méthodologique bourgeoise, négation de la dialectique matérialiste, culte du Progrès, de l’Evolution, de la Civilisation, de la Science, de la Morale... sont donc des conceptions étrangères au point de vue communiste et sont donc directement des entraves à la compréhension et à la pratique invariante du prolétariat luttant pour la défense de ses intérêts historiques. Hier, aujourd’hui, demain, les communistes défendent (et se caractérisent) par la défense de l’invariance du programme révolutionnaire: révolution sociale mondiale, dictature du prolétariat pour l’abolition du salariat, communauté humaine mondiale. »
Le GCI essaye ensuite de montrer en quoi, dès ses origines, le capital se présente comme être mondial , comme état mondial vis à vis du prolétariat . Sur ce point je suis en parfait accord avec le GCI, c’est d’ailleurs à ce titre que nous rejetons tous les nationalismes, droit des peuples, libération nationale de ma tante et mon cousin, etc., si bien démolis par Rosa Luxemburg. Le GCI à l’appui de ses arguments cite Marx:
"La découverte des contrées aurifères d’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalèrent l’ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile; elle a le globe entier pour théâtre. S’ouvrant par la révolte de la Hollande contre l’Espagne, elle prend des proportions gigantesques dans la croisade de l’Angleterre contre la Révolution française et se prolonge jusqu’à nos jours en expéditions de pirates, comme les fameuses guerres d’opium contre la Chine." (Marx: Le Capital)
De cette citation le GCI tire la conclusion suivante:
« Ce que Marx démontre ici magistralement, outre le fait de l’existence, depuis l’aurore du capitalisme, du marché mondial comme "théâtre" de la civilisation capitaliste, c’est le caractère directement impérialiste du capital, celui-ci n’ayant pas dû attendre telle ou telle date pour s’affirmer par le pillage systématique du globe; il n’a pas dû attendre un "stade suprême" pour être concurrentiel à l’échelle de la planète, c’est-à-dire: impérialiste. Autant l’essence du capital est mondiale, autant celle-ci est directement impérialiste. »
Ici le GCI est en pleine déviance, il confond la mondialisation de l’époque mercantile et coloniale et le concept d’impérialisme de l’époque du capitalisme impérialisme.
L'époque mercantile c’est exclusivement le pillage et le marché aux esclaves. J’avais d’ailleurs à ce sujet quelques divergences avec Loren Goldner et je ne suis pas mécontent que jacques W fasse aussi cette remarque. Le capitalisme impérialiste lui fut assimilé à l’exportation des capitaux et au partage du monde pour s’approprier les matière premières dont avait besoin la domination réelle du capital. Tant que le terme « impérialiste » se présentait comme un adjectif du capitalisme, afin d’en montrer la violence pour le partage du monde, il n’y avait pas lieu de remettre en cause ce terme. Mais dès lors que celui-ci devient un corps doctrinal surpassant le capitalisme ( son stade suprême), l’impérialisme capitaliste de Lénine où le capitalisme est ravalé au rang d' adjectif pour nous faire avaler « les luttes de libération nationales », nous ne sommes plus d’accord.
Ces deux époques (mercantilisme et capitalisme) semblent se confondre par la violence des interventions, mais elle sont bien distinctes en ce que la période bourgeoise se distingue de toutes les autres (et c’est la seule périodisation acceptable).
« Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. »
(Le Manifeste communiste)
Cette distinction est la suivante:
"C’est la tendance nécessaire du capitalisme de se soumettre en tous points le mode de production, de le placer sous la domination du capital. Au sein d’une société nationale déterminée, c’est ce qui se produit nécessairement, ne serait-ce que par la métamorphose de tout travail en travail salarié par le moyen du capital. Pour ce qui est des marchés étrangers, le capital impose de force cette propagation de son mode de production par la concurrence internationale." (Marx: Grundrisse - Tome II)
Partant de la citation ci-dessus, le GCI va critiquer Rosa Luxemburg (notons qu’il ne reste plus beaucoup de groupes pour soutenir sa thèse des marchés extra capitalistes Peut-être Loren Goldner qui insiste beaucoup trop sur le pillage impérialiste. En ce qui me concerne le seul pillage qui m’intéresse c’est celui de la force de travail, les autres ne sont que des vols entre capitalistes ou le fait de brigands. Je passe donc sur toute l’argumentation du GCI à l’encontre de Rosa Luxemburg, pour ne garder que sa conclusion.
« Voir ainsi, dans les marchés dits "extra-capitalistes", le moteur même du développement capitaliste (car ces derniers seraient la "seule demande solvable" - thèse de Rosa Luxembourg), c’est essentiellement ne pas comprendre que le réel problème est la production nécessairement toujours plus importante de survaleur (et non sa réalisation) et, qu’ainsi, l’échange entre production capitaliste et production "extra-capitaliste" est un non-sens car elle signifie directement l’existence et la domination du marché mondial, elle signifie du fait même de cet échange la destruction (inexistence) des dits "marchés extra-capitalistes" qui, dans la thèse même de Luxembourg, disparaissent au premier échange. »
Vous remarquerez,
que la partie en gras,
isole une des manifestations du capital, pour l’opposer à une
autre : la réalisation de la plus-value. Ce faisant le GCI , et il
n’est pas le seul, bloque le mouvement même du capital à la
hauteur de la sphère de production d’autres, comme PI, arrêtent
ce mouvement à la hauteur de la circulation des marchandises (la
réalisation de la plus-value par la vente). La crise, puisque c’est
là notre sujet, pouvant se déclencher, selon la situation, à telle
ou telle étape des trois cycles de la métamorphose du capital.
« Les trois cycles ont le même but, le même stimulant : la production de plus-value. La forme de la figure 1 l’indique clairement ; il en est de même de la figure 11, qui commence par P, la, production de plus-value. Quant à la figure 111, le cycle commence par la valeur augmentée de plus-value, et finit par une valeur contenant une plus-value nouvelle, même si le mouvement se reproduit sur la même échelle.
Aussi longtemps que M - A est A - M pour l’acheteur, et que A - M est M - A pour le vendeur, la circulation du capital représente simplement la métamorphose ordinaire des marchandises, et les lois qui ont été développées à propos de cette dernière (vol. 1, chap. 111, 2) sur la quantité d’argent en circulation, s’y appliquent. Mais dès qu’on ne s’arrête plus à ce côté formel et q~’on étudie, dans leur connexion réelle, les métamorphoses des différents capitaux individuels considérés comme mouvements partiels de la reproduction du capital total de la société, on ne peut plus expliquer le phénomène par le simple changement de forme de l’argent et de la marchandise.
Dans un cycle se renouvelant sans cesse, chaque point est, à la fois, un moment initial et un moment final. Il n’en est pas de même d’un cycle interrompu, où chaque point ne marque pas le commencement et la fin d’un mouvement. Ainsi nous avons vu que, non seulement chacun des cycles présuppose (implicitement) les autres, mais que le renouvellement du cycle sous une forme implique son accomplissement sous les autres formes. La différence est donc entre eux purement formelle, purement subjective ; elle n’existe que pour celui qui l’observe.
Si l’on considère chacun des cycles comme une expression spéciale du mouvement qu’accomplissent différents capitaux industriels isolément, cette différence n’existe toujours que comme différence individuelle. Mais dans la réalité, chaque capital industriel se présente sous les trois figures à, la fois. Les trois cycles de reproduction du capital s’effectuent, sans interruption, l’un à côté de l’autre. C’est ainsi qu’une fraction du capital, fonctionnant comme capital -marchandise, se convertit en argent, pendant qu’une autre sort de la production pour entrer, comme un capital-marchandise nouveau, dans la circulation. Le cycle M’... M’est donc continuellement décrit et il en est de même des deux autres. La reproduction du capital sous chacune de ses formes et dans chacun de ses stades est aussi ininterrompue que les métamorphoses de ces formes et leur succession dans les trois stades. Le cycle total résulte ici de la combinaison de ses trois figures. » (CHAPITRE IV du Capital T 2-LES TROIS FIGURES DU PROCES CYCLIQUE)
Dans son mouvement le capital prend deux formes de circulation, celle du capital argent, et celle du capital marchandise, sa forme pendant le stade de la production est celle du capital productif, fabrication d’un produit . Ces trois formes de capital ne sont pas autonomes, elles ne sont « que des formes fonctionnelles particulières du capital industriel, qui les prend toutes les trois successivement » (T II p. 57ed. Moscou)
Il
en résulte,
que le cycle total du capital ne fonctionnera que pour autant que
chaque phase passe sans
interruption d’une phase à l’autre. Si au cours de son cycle une
phase se fige, c’est la crise.
Dans la phase A-M le capital argent se fige en trésor ; si
c’est dans la phase de production, les moyen de production sont
paralysés, et les ouvriers sans travail. Dans la dernière phase
M’-A’celle de la circulation des marchandises, celles-ci
s’amoncellent sans pouvoir se vendre. Par exemple pour le capital
marchandise, sa période de circulation est le moment où le produit
est mis sur le marché et prend la forme d’une marchandise. « Le
produit se transforme en marchandise grâce à cet élément
spatial » (Grundrisse,
chap. du capital, éd. 10/18, p. 51. L’élément spatial c’est le
transport).
En somme, la difficulté de convertir la marchandise en argent, d’en réaliser la plus-value par l’action de vendre, c’est que la marchandise doit obligatoirement être convertie en argent pour que la plus-value soit réalisée.
Par contre l’argent n’a pas besoin d’être aussitôt converti en marchandise. Il en résulte que la vente et l’achat peuvent être dissociés. C’est cette dissociation qui renferme les germes de la crise, parce qu’elle permet que les diverses phases de la circulation du capital se dissolvent et deviennent « autonomes ». La crise arrive alors comme l’acte violent visant à réunifier les différentes phases du procès de production, qui s’étaient rendues autonomes les unes des autres.
Dans la crise actuelle, c’est en premier lieu le caractère fictif du capital qui apparaît comme l’élément perturbateur de la crise (sa forme) et demain cette crise va se manifester au niveau des deux autres cycles du capital et donc à ce niveau du capital total. Tout ceci vient donc fortement relativiser les débats sur la crise catastrophique, le décadentisme, la crise finale...
Notre positionnement à Echanges, et l’ensemble de notre presse en témoigne, c’est de nous intéresser au mouvement même du prolétariat, seule force agissante pouvant mettre un terme tant à l’exploitation de l’homme par l’homme qu’à celui de la nature. Sur ce point nous partageons le point de vue de notre ancêtre A. Pannekoek.
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Passons maintenant à la critique du « décadentisme et demi » de Perspective internationaliste (PI), qui propose une variante assez subtile du décadentisme, sur plusieurs numéros de sa revue. PI explique sa vision du décadentisme, voir notamment « Valeur, décadence et technologie: 12 thèses ». A noter que Karl Korsch lui-même, dans son « Karl Marx », parle de « phase ascendante » du capitalisme, période où domine l’idéologie du « progrès » – ensuite on suppose une période descendante où la bourgeoisie elle-même doute de son avenir progressiste.
La thèse 2 de PI s’attaque au marxisme productiviste. La thèse 7 dit : « La décadence du capitalisme marque le point , dans la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital, » « A ce moment historique, le capitalisme est devenu un facteur destructeur dans la vie de l’espèce humaine, restreignant ses potentialités et condamnant des masses de plus en plus grandes de l’humanité à l’insécurité, à la misère et à la mort. » La thèse 8 considère, contrairement au CCI, « que les forces productives, ne décroît pas dans la phase de décadence; c’est tout le contraire, même si l’expansion frénétique de la richesse matérielle ne s’accompagne pas d’une expansion de même ampleur de la richesse sous forme de valeur .»
La thèse 9 fait cohabiter déclin , décadence, développement des forces productives et « crise catastrophique du capitalisme, à la fois en termes de déclin du taux de profit et d’incapacité à réaliser la plus value produite ». Ce que le GCI – nous venons de le voir – conteste en disant « que le réel problème est la production nécessairement toujours plus importante de survaleur (et non sa réalisation) ».
La thèse 11- révèle le fond de la pensée de PI :
« En lieu et place de ce marxisme vulgaire ou productiviste, idéologie du capitalisme, et sur la base des idées de Marx lui-même, il nous faut élaborer un concept de la décadence du capitalisme comme forme de régression sociale accompagnée d’un “progrès” technologique, qui en l’absence de révolution sociale et de l’abolition de la production de valeur, contient la possibilité objective et réelle d’une destruction écologique massive, d’un génocide industrialisé et d’une guerre thermonucléaire, qui tous constituent des menaces pour l’existence même de l’espèce humaine. »
Ici , PI fait cette énorme confusion, que l’on retrouve aussi dans le récent livre de Claude Bitot Quel autre monde possible ? Retour sur le projet communiste, entre le « marxisme-léninisme productiviste » menant une révolution économique bourgeoise, sous l’oriflamme du communisme, et toute la démarche de Marx et Engels , contre la « machine « cette concurrente de l’homme, ses forces productives qui se transforme en force de destruction ...
Pour mémoire trois citations:
Contre la machine « La machine possède le merveilleux pouvoir d’abréger le travail et de le rendre plus productif : nous la voyons qui affame et surmène les travailleurs. Par l’effet de quelque étrange maléfice du destin, les nouvelles sources de richesse se transforment en sources de détresse. Les victoires de la technique semblent être obtenues au prix de la déchéance totale. A mesure que l’humanité se rend maître de la nature, l’homme semble devenir esclave de ses semblables ou de sa propre infamie. On dirait même que la pure lumière de la science a besoin, pour resplendir, des ténèbres de l’ignorance et que toutes nos inventions et tous nos progrès n’ont qu’un seul but : doter de vie et d’intelligence les forces matérielles et ravaler la vie humaine à une force matérielle. Ce contraste de l’industrie et de la science modernes d’une part, de la misère et de la dissolution modernes d’autre part- cet antagonisme entre les forces productives et les rapports sociaux de notre époque, c’est un fait d’une évidence écrasante que personne n’oserait nier. Tels partis peuvent le déplorer ; d’autres peuvent souhaiter d’être délivrés de la technique moderne, et donc des conflits modernes. Ou encore, ils peuvent croire qu’un progrès aussi remarquable dans le domaine industriel a besoin, pour être parfait , d’un recul non moins marqué dans l’ordre politique. »
(Extrait d’une allocution prononcée par Karl Marx, le 14 avril 1856, à , l’occasion du quatrième anniversaire de l’organe chartiste People’s Paper, qui en reproduisit le texte)
Contre l’exploitation de l’homme et la nature « Ainsi donc, la production fondée sur le capital crée d’une part l’industrie universelle, c’est-à-dire le surtravail en même temps que le travail créateur de valeurs; et, d’autre part, un système d’exploitation générale des propriétés de la nature et de l’homme. »
(Marx, Grundrisse 2 .Chapitre du capital, éd. 10/18 p.214-215)
Forces de destruction« Dans le développement des forces productives, il arrive un stade où naissent des forces productives et des moyens de circulation qui ne peuvent être que néfastes dans le cadre des rapports existants et ne sont plus des forces productives, mais des forces destructrices (le machinisme et l’argent), — et, fait lié au précédent, il naît une classe qui supporte toutes les charges de la société, sans jouir de ses avantages, qui est expulsée de la société et se trouve, de force, dans l’opposition la plus ouverte avec toutes les autres classes, une classe que forme la majorité des membres de la société et d’où surgit la conscience de la nécessité d’une révolution radicale, conscience qui est la conscience communiste et peut se former aussi, bien entendu, dans les autres classes quand on voit la situation de cette classe. »
(L’Idéologie allemande, Editions sociales, pages 67-68 : « Feuerbach l’opposition de la conception matérialiste et idéaliste ».)
Si
PI a le mérite d’avoir remis en avant la contradiction entre
valeur d’usage et valeur d’échange, par contre dire que les
idées de Marx sont à l’origine des thèses productivistes, c’est
ne pas comprendre le rôle dual du MPC (sa dialectique). Et qui plus
est, c’est plagier Marx en prétendant le dépasser , ce que fait
aussi Claude Bitot . Quand Bordiga repris la critique de la
destruction de la nature par le MPC, il n’a pas été au point de
rupture d’un Camatte qui en est arrivé à considérer que la
contradiction fondamentale n’était plus entre les forces
productives et les rapports de production se manifestant par la
contradiction bourgeoisie-prolétariat. Les forces productives
devenant une menace pour « l’espèce humaine » 1
hors classe. Ici on cherche à faire disparaître la contradiction
fondamentale au profit de l’intérêt commun des prolétaires et
des bourgeois à « limiter les forces destructives du
productivisme » . Voilà donc le glissement de terrain dans
lequel, le marxisme délavé par l’écologisme se trouve embourbé,
pour avoir nié la dialectique, ici la dualité du MPC qui en tout
moment est contradiction en acte « richesse à un pôle, misère
à l’autre pôle » – impossible sans dépassement,
sans saut qualitatif, de surmonter la contradiction. Seul un
Proudhon,
s’ingéniait à trouver des solutions pour éliminer le mauvais
côté du capital. Depuis il ne cesse avec la crise de faire des
petits.
Passons pour en finir à un petit exposé sur la crise actuelle.
Les manifestations de la crise financière
Nous
savons tous ici,
que sous le capitalisme marchand et industriel, le crédit n’a
qu’un rôle purement technique, il n’est qu’une avance sur des
ventes, ou sur une production, future. C’est la mévente des
marchandises qui le fait apparaître comme «superflu», comme de
l’argent qui n’a pas d’équivalent dans une valeur réalisable.
Avec le
développement du capitalisme financier, et son autonomisation
relative, le crédit devient le moyen d’anticiper des productions
futures et d’autovaloriser l’argent. Marx utilisera la formule selon laquelle l’argent doit
rapporter de l’argent comme le poirier des poires. A partir de ce
moment, la boîte de Pandore de la spéculation est ouverte et le
capital financier apparaît comme escroc et prophète.
Quand la crise éclate, ce n’est pas seulement la surproduction, le caractère fictif des marchandises (leur non-validation sociale) qui fait apparaître celle des signes monétaires qui leur sont rattachés. Cela arrive toujours bien sûr, comme dans les crises immobilières et, plus proche de nous, par la sournoise crise des subprimes (2007-2008...). Mais c’est le plus souvent le caractère fictif du «produit financier» qui apparaît à ce moment . Ce produit n’est rattaché aux marchandises par des combinaisons de crédits qui se superposent et qui doivent être remboursés à une date donnée. Ici la crise surgit en raison de l’impossibilité, non seulement de vendre les marchandises, mais encore de réaliser toute une série de paiements fondés sur la vente de ces marchandises déterminées dans un délai précis. C’est la forme propre aux crises financières et monétaires.
C’est l’auto-accroissement de la valeur financière qui s’interrompt parce que les anticipations à la hausse qui l’entretiennent sont stoppées pour une raison quelconque (une hausse des taux d’intérêt, l’insolvabilité de quelques banques ou pays gros débiteurs, la hausse des prix du pétrole, ou n’importe quoi qui puisse déclencher des ventes de «précaution» massives de titres et une panique).
Le gonflement de la masse des titres financiers étant alimenté par celui du crédit (notamment la dette publique, crédit fait à l’Etat), et démultiplié par les «effets de levier» des «produits financiers» modernes, comme les CDS ou autres CDO 2. La valeur de ces produits est pour une large part fictive, et dans la mesure où elle n’est fondée sur aucun travail matérialisé, objectivé dans une marchandise, sa dévalorisation ne fait que sanctionner sa valorisation virtuelle (évaluée dans la crise actuelle par Patrick Artus à 26 000 milliards de dollars), capitalisation de revenus hypothétiques, voire simple pari sur l’évolution de «notions» (taux, indices, etc.).
Il en résulte
que contrairement à l’époque du capitalisme marchand et
industriel, ce ne sont plus des marchandises produites qui sont
dépréciées dans un premier temps, ce sont les valeurs de papier,
la monnaie... Ce n’est pas du travail matérialisé qui n’est pas
socialement validé (mévente, surproduction), c’est du capital
fictif qui est constaté comme tel, comme n’étant pas valorisé.
Mais le capital étant global, c’est tout le procès de
valorisation/ dévalorisation, du capital (financier, productif,
commercial) qui se trouve dévalorisé. C’est pourquoi la crise
financière, qui débute,
par des krachs boursiers et monétaires, est toujours une crise du
capital total (ce que je disais de la crise Argentine de 2001).
Toute
crise provoque des réactions en chaîne, visant à protéger le
« vrai argent » sonnant et trébuchant. Seulement même
si certains le pense encore, l’or n’est plus la valeur refuge.
Elle est ravalée à n’être qu’une marchandise comme les autres.
Seuls les titres des Etats puissants, et ceux des quelques gros
trusts qui apparaissent comme des valeurs sûres. Ces valeurs refuges
seront donc essentiellement les titres américains, japonais et
accessoirement européens, dont la fonction est de remplacer l’or
dans ses fonctions de conservation de la valeur (voir la récente
poussée du Yen). A contrario, les titres et les monnaies des pays
dont les capacités de captation de la richesse sociale sont plus
faibles s’écrouleront (cas actuel des pays dits émergents, en
fait dépendants) et la dette du tiers monde,
remonte à la surface.
Dire que la crise se manifeste d’abord dans la sphère financière (c’est l’une des forme de la crise de l’époque actuelle), c’est dire que ce sont d’abord ses institutions, les Banques, les Bourses,les assurances mais aussi les monnaies et titres monétaires des Etats, qui sont atteints, ceux-ci étant les principaux représentants du capitalisme financier.
Les cours des actions chutent. Des banques se trouvent mises en péril par l’insolvabilité des débiteurs, leurs fonds propres étant bien inférieurs à ces crédits évaporés (et d’ailleurs pour une large part constitués de titres financiers maintenant dévalorisés). Et comme elles sont toutes liées les unes aux autres par des créances réciproques, c’est l’ensemble du système bancaire qui menace de s’écrouler comme un château de cartes (le fameux risque systémique des subprimes et CDS). Quant aux Etats en crise qui ne peuvent plus rembourser leurs dettes, d’autant moins que les capitaux les fuient, ils doivent déclarer la banqueroute (comme l’Etat argentin en 2001, et actuellement l’Equateur et l’Islande...), dévaluer leur monnaie, c’est-à-dire dévaloriser le patrimoine national, ou s’en remettre au FMI. Les entreprises de ces nations deviennent alors des proies faciles, acquises à bon compte par les trusts étrangers les plus puissants, ce qui accentue la concentration/ centralisation du capital.
Les pyramides de crédits ont manifesté le caractère fictif des procès de valorisation auxquels elles servaient de base en se transformant en un océan de pertes. Les banques croulent sous les créances irrécouvrables ou douteuses qu’elles doivent provisionner en y affectant leurs ressources, diminuées, et jusqu’à leurs fonds propres, eux-mêmes constitués d’actifs maintenant dévalorisés. Bref, ces fonds fondent, et avec eux la capacité de crédit. C’est ce qui vient de se passer avec la crise des subprimes et qui nécessitera l’intervention des Banques centrales et des Etats qui injecteront des milliards de liquidités, pour sauver la représentation du capital (l’argent).
Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez de «liquidités», comme le prétendent les économistes, mais qu’elles ne circulent plus (les banques doivent provisionner à tout va, les entreprises ne veulent plus investir, etc.). Et comme tout le système capitaliste repose sur le crédit, il se produit une brutale contraction des affaires. Elle est démultipliée par la baisse généralisée des prix entraînée par cette contraction (déflation), ainsi que par la baisse de la consommation (due au chômage qui se développe, à l’arrêt des investissements, au comportements d’épargne de «précaution» des détenteurs d’argent).
Lorsque le krach financier se déclenche, c’est le mouvement classique de la crise qui se produit : écroulement du prix des «marchandises», fuite devant les signes qui les représentent, et précipitation vers le «vrai» argent, celui qui est censé être la valeur conservée. Nous avons pu vérifier, récemment que la hausse du prix des matières premières n’a été que de courte durée, pour la bonne et simple raison, que celle-ci était un élément dévastateur du taux de profit (voir Le Capital, t. 3, chap. VI : « Effets des changements des prix »]).
Fin provisoire, il faudrait enclencher la discussion sur les racines de la crise (valeur d’usage, valeur d’échange et l’argent comme équivalent général) ce qui nous amènerait directement aux portes du communisme .
Gérard Bad
notes
1Il
faudra revenir, sur ce concept, philosophique que l’on chercher
à introduire dans l’économie , mais aussi dans la lutte des
classes. Camatte, dès 1974, abandonne le sujet de l’histoire –
le prolétariat – au profit de formules générales : « les
hommes et le femmes » les « être humains »
« l’espèce et la communauté humaine », la
« multitude » pour d’autres, en fait la dissolution
du prolétariat dans le peuple si décriée par Marx. En fait le
retour au matérialisme philosophique.
2 CDO (collateralized Debt Obligations): Titres adossés à des portefeuilles de créance diverses (créance bancaire, crédit immobilier, crédit à la consommation, etc..)
11 juin 2009
La météorite de l' hyperinflation fonce sur la planète ?
Alors que le ( Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur de la France CNCCEF ) constate une amélioration rapide de la situation économique, allant jusqu'à dire que la reprise prévue pour 2010, sera au rendez vous dés cet été. J. Attali nous prédit une hyperinflation et un Weimar planétaire.
Si J.Attali à le mérite, chiffre à
l' appui de nous avertir qu' une météorite type Weimar va frapper
la planète, sa conclusion consistant à dire que l' UE doit encore
s'endetter pour sortir de la dette nous laisse perplexe. Résumons
ses informations: La dette totale des Etats-Unis représentait en
janvier 2009, 500% du PIB, alors qu' en janvier 2008 elle s' élevait
à 350% du PIB. Ce qui traduit en dollars nous amène à la somme
démentielle de 54 000 Mds de dollars ( une centrale nucléaire coûte
4 milliards d' euros.)
Ensuite, J.Attali met l' accent sur la dichotomie des encours des banques par rapport à leur fonds propres, mettant ainsi en exergue l' importance du capital fictif. Aussi quand les encours se montent à 84 000 milliards de dollars, les fonds propres n' en représentent que 4000 milliards, soit un ratio de 20% alors que celui-ci ne doit jamais dépasser les 15%.
Les Etats-Unis ont injecté 12000 milliards de dollars pour juguler la catastrophe, dont 1800 milliards ont servi à renflouer les banques dont les fonds propres ne dépassent pas les 1300 milliards. Il en résulte selon J.Attali « qu' elles sont, à ce point, techniquement en faillite ».
J.Attali indique que pour lui le facteur aggravant de la crise provient du fait que les banques centrales, financent directement des entreprises en difficultés, ce qui revient à créer les conditions du pire. Ceci pourrait expliquer en partie l' effet viagra d'une reprise imminente pronostiquée par le CNCCEF.
Ensuite, J.Attali aborde la question du financement de l' économie mondiale. Celle ci se débat dans une crise de surproduction dont nous ne voyons pour l' instant que la pointe de l' Iceberg, mais déjà des colosses comme GM sont nationalisés. J.Attali semble vouloir relancer le système en injectant des milliards et des milliards de dollars dans l' économie monde.
100 000 milliards de dollars, c' est le chiffre qu'il avance pour sauver la planète, mais il s' interroge: qui aujourd 'hui peut prêter ce fric ? Les marchés de capitaux , il ne faut pas y compter, il ne reste plus que les états, mais ceux ci deviennent aussi suspectes. L' économiste américain Nouriel Roubini vient de pronostiquer sur son blog la faillite prochaine de l' Angleterre.
L' économiste J.Attali , en arrive finalement à dire que personne ne viendra cracher au bassinet, les pétromonarchies du Golfe victimes de la chute des cours du pétrole, se tâtent pour acheter les Rafales de Sarko, quant aux chinois ils ne disposent que de 2000 milliards de dollars. J;Attali ne nous propose même plus la micro finance , comme facteur de relance. Seule subsiste pour lui la perspective d'une hyper-inflation.
L' histoire économique du capitalisme, montre que celui-ci est dual et qu'il est contradiction en actes, voilà pourquoi il peut passer du Keynésianisme, au monétarisme et en revenir à un néo keynésianisme son pragmatisme n' est plus à démontrer. La boussole qui le dirige, encore plus actuellement qu' hier c' est que l' argent rapporte de l' argent comme le poirier des poires ( l' expression est de K. Marx). Comme le capital financier est parvenu au travers de l' argent ( de la monnaie marchandise) à « s'autonomiser » jusqu' à devenir capital fictif, il ne faut pas s' étonner qu'il se débatte toujours dans sa propre sphère, celle de la circulation du capital pour se sortir du marasme.
C 'est la qu' intervient la politique monétaire, qui va du resserrement du crédit à la planche à billet, de l' inflation à la déflation, de la déflation à la reflation ...La sphère de production, celle ou la richesse se créée, par le travail salarié et l' extorsion de la plus value, apparaît à cette classe capitaliste comme une entrave à la réalisation de leurs profits, ils se présentent non seulement comme des prédateurs de la classe prolétaire, mais aussi du capitalisme lui même au sens ou Marx le faisait remarquer « La véritable barrière de la production capitaliste, c'est le capital lui-même »1
La question de savoir, si nous nous dirigeons vers une hyper-inflation généralisée , nous semble mal posée. D'une part parce que cette hyper-inflation existe déjà dans nombre de pays, et d' autre part parce que cette dernière est une entrave au taux de profit. Plus le système de crédit est développé, et plus la maîtrise de l' inflation devient nécessaire, le monétarisme des années 1980, pour cette raison a tout fait pour juguler l' inflation , mais elle a pris un autre chemin celui de l' endettement généralisé.
Bien entendu l' utilisation de la planche à billet est un facteur qui dévalorise la monnaie. Tant que cette création de monnaie jugule la déflation ( chute des prix) les capitalistes la trouve acceptable. Mais avec les chiffres que nous livre J. Attali, le système va se trouver dans l' impossibilité d' emprunter sur les marché internationaux, il ne lui restera plus que la planche à billet.
Un signe précurseur, le 18 mars 2009 , la Federal Reserve Bank, la banque centrale américaine, a annoncé sa décision de racheter les bons du trésor américain (dette à long terme des USA). Autant dire que les Etats-Unis, veulent réduire leur dette en se transformant en faux monnayeur, la banque centrale américaine, celle de la monnaie mondiale la gardienne de l' équivalent universel, a décidé depuis le 18 mars 2009, que la garantie sur cette monnaie repose sur un fond de réserve de créances pourries. De plus la FED se propose même de racheter les dettes privées de grandes sociétés nationales en quasi faillite ex : Général Motors.
On ne réanime pas un noyé en lui faisant boire de l' eau.
C 'est pourtant ce que le monde financier essaye de faire en se transformant en usine à papier monnaie reposant de plus en plus sur rien , sur aucune valeur et aucune richesse. Ce qui fait régulièrement réagir les pays détenteurs de dollars comme la Chine et la Russie qui proposent de remplacer le dollar par une unité de compte internationale du type des droits à tirages spéciaux. D' autres proposent le retour à l' étalon or ...
Notre propos ici n' est évidemment pas de donner des recettes, pour sauver le capitalisme mais de démontrer les conséquences et affres de son maintien. Il ne fait aucun doute que le transfert de la faillite du système financiers sur les états ( la fiscalité et les impôts) la « monétisation des déficits » comme ils disent, aura des répercutions catastrophiques pour les peuples dont certains subissent déjà l' hyperinflation. Cette hyperinflation telle la gangrène va t' elle remonter toute l' économie mondiale ? Si tel était le cas, les salaires réels perdraient du pouvoir d' achat du jour au lendemain, les retraites seraient laminées , comme lors de la crise Argentine, les fonctionnaires comme pour l' Afrique attendraient d' être payés. Le chômage augmenterait et serait de moins en moins indemnisé rendant la crise sociale insupportable .
1Capital,III, ed.sociale,I, p.263;P.II,p.1032.
17 mai 2009
Le déficit public: passer à la caisse ou engager la lutte anti-capitaliste.
"La dette publique, en d'autres termes l'aliénation de l’état qu'il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l'ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c'est leur dette publique."
(K. Marx, T. 1 p. 721 du Capital éd. Moscou)
Sous
le titre « les déficits explosent, les impôts vont suivre »
le journal La Tribune du 13 mai 2009, reprend les sombres prévisions
du FMI pour 2009. La crise économique coûtera 9,4 points de PIB aux grandes économies européennes.La dette publique des pays européens qui se voulait être un moyen de juguler la tendance à la
chute des prix par de la création monétaire est en train d' exploser.
Qui peut croire aujourd'hui que le doublement des déficits publics des pays de l' OCDE entre mars 2008 et mars 2009 avait cet objectif. La réalité est bien plus grave, les états ne contrôlent plus la situation, ni même les réunions des gouvernements G 8,G 20 ...
La question va vite se poser de savoir comment et où encore emprunter, pour retarder le fiasco international dés lors qu'aucun pays est maintenant dans la capacité de refinancer les montagnes de dettes.
En Allemagne , il est question d' un effondrement de recette fiscale de 40Mds d' euros, aux Etats-Unis le déficit dépasse maintenant 13% du PIB, au Japon il passe en une année de 5,6% à 9,9%, en Grande Bretagne de 5,4% à 9,8% et en France de 3,4% à 6,2%.
Les critères de Maastricht visant à limiter le déficit public à 3 % font maintenant partis du musée de l' histoire, il n'y aura plus de contrôle de l' inflation et Bruxelles sera dans l' incapacité de mettre sous son contrôle autant de pays.
La situation n'offre pas beaucoup de solutions aux gouvernements, ils doivent comprimer les finances publiques1, mais pas au point de mettre en danger le pouvoir des états, qui vont devoir faire face à la vindicte populaire montante.
D' ailleurs nous constatons une montée en charge de la répression, notamment en France où l' appareil judiciaire est en action pour intimider les grévistes; les arrestations et gardes a vue tendent à criminaliser le mouvement gréviste. Le dernier exemple concerne 74, grévistes d' EDF-GDF, placés en garde à vue après avoir été encerclé, par les CRS et répartis dans les commissariats parisiens.
La répression de l' état-patron, est devenue systématique, les travailleurs de nombreuses entreprises, doivent maintenant faire face aux vigiles, huissiers, CRS et nervis privés, comme chez l' équipementier Faurecia.
Dans la période qui va suivre, il y aura une attaque fiscale importante en direction des classes moyennes ( elle vient de commencer aux USA et en Grande Bretagne), et la poursuite des fermetures d'entreprises pour sauver le capital. Cette situation entraînera un affaiblissement du pouvoir dans tous les états, et une prise de conscience plus générale de l'impasse capitaliste.
À suivre
1Ils s' attaquent comme en France aux hôpitaux publics, alors que la pandémie se répand et devrait toucher le pays d' ici Octobre 2009.
27 avril 2009
Karl Marx sur les crises, le capital argent et le capital réel
Sur la crise : extrait du T.III du Capital chapitre XXXII Capital argent et capital réel 3éme partie. ( Voir aussi pages 542-544 ed. Moscou )
Dans
les périodes de crise, la demande de capital empruntable est une
demande de moyens de paiement et non une demande de moyens d'achat.
L'intérêt peut donc atteindre un taux très élevé, que le capital
effectif - capital productif ou capital-marchandise - soit abondant
ou rare. La demande de moyens de paiement exprime simplement le désir
de convertir en argent, lorsque les négociants et les
industriels offrent de bonnes garanties ; elle est une demande de
capital-argent, lorsque l'avance de moyens de paiement ne doit
pas seulement fournir la forme argent, mais aussi l'équivalent
(sous n'importe quelle forme) nécessaire pour payer.
C'est sur ce point que les. deux explications vulgaires des crises
ont toutes les deux tort et raison. Ceux qui disent qu'il y a
uniquement pénurie de moyens de paiement, ou bien ne considèrent de
bonne foi que les industriels et les commerçants offrant de bonnes
garanties, ou bien sont des fous, s'ils se figurent qu'il est du
devoir et du pouvoir d'un banque de transformer, au moyen de ses
bouts de papier, des banqueroutiers véreux en capitalistes honnêtes
et solvables. Au contraire, ceux qui soutiennent qu'il. y a
uniquement manque de capital, ou bien jouent sur les mots, car dans
des moments pareils, le capital inconvertible existe en masse
tant par l'excès d'importation que par la surproduction, ou bien ne
pensent qu'à ces chevaliers du crédit qui dans ces périodes voient
le bon public cesser de leur fournir des capitaux pour continuer
leurs aventures et s'adressent sérieusement aux banques, non
seulement pour qu'elles les aident à restituer les capitaux qu'ils
ont engloutis, mais leur fournissent les moyens de continuer leurs
tripotages.
La production capitaliste exige qu'à la marchandise soit opposé l'argent, forme autonome de la valeur, c'est-à-dire que la valeur d'échange ait dans l'argent une forme autonome. Pour cela il est indispensable qu'une marchandise donnée soit la commune mesure de toutes les autres, la marchandise par excellence pouvant leur être opposée à toutes. Il doit en être ainsi pour deux raisons, surtout dans les nations où le développement du capitalisme a pour effet de substituer en grande partie à l'argent les opérations et la monnaie de crédit. D'abord, parce que dans les périodes de dépression, lorsque le crédit s'obtient difficilement et même ne s'obtient pas, l'argent devient brusquement le seul moyen de paiement, la seule valeur à opposer à la marchandise; d'où l'impossibilité de convertir celle-ci en argent et d'où par conséquent sa dépréciation. Ensuite, parce que la monnaie de crédit n'est de la monnaie que pour autant qu'elle soit substituée à de l'argent réel pour toute l’importance de sa valeur nominale. Or lorsqu'il y a drainage de l'or, la convertibilité de la monnaie de papier devient problématique, d'où des mesures de rigueur, hausse du taux de l'intérêt, etc., pour assurer cette convertibilité. Bien que ces mesures puissent être plus ou moins exagérées sous l'action de lois inspirées par des théories fausses sur la monnaie ou par l'intérêt des commerçants d'argent, comme les Overstone et autres, elles sont cependant en connexion directe avec le mode de production pour lequel elles sont appliquées. Une dépréciation de la monnaie de crédit - nous ne parlons pas d'une démonétisation qui, d'ailleurs, ne pourrait être qu'imaginaire) ébranlerait tous les rapports existants ; aussi, préfère-t-on sacrifier la valeur des marchandises et perdre plusieurs millions de ce côté pour sauver deux millions d'argent. Des faits pareils, qui sont inévitables dans la production capitaliste et en forment une des beautés, ne se présentent pas dans les modes antérieurs de production, dont la base étroite ne permet le développement ni du crédit, ni de la monnaie de crédit. Les crises monétaires, indépendantes des crises réelles ou aggravant ces dernières, sont inévitables dès l'instant où le caractère social du travail fait de la marchandise une monnaie, un objet en dehors de la production effective. D'autre part, il est certain que la banque, tant que son crédit n'est pas ébranlé, calme la panique en élargissant sa circulation fiduciaire et l'accentue en la réduisant. L'histoire de l'industrie moderne montre à chaque page que si la production nationale était organisée, la monnaie métallique ne serait nécessaire que pour solder les différences du commerce international. Ce qui établit a l'évidence que la monnaie métallique n'est nullement nécessaire pour les transactions intérieures, c'est le cours forcé auquel ont recours les banques nationales, comme seule ressource, dans les cas extrêmes.
17 février 2009
La relance de la crise par le déficit public
« Tant va la cruche à l' eau qu'à la fin elle se casse »
Ouf,nous voilà enfin sauvé des griffes de la crise financière, par l' état providence du capital, cet état qui d'ouest en est du nord au sud intervient, pour , nous disent les médias nous sauver de la catastrophe. C 'est le couplet qui revient en boucle en cette fin 2008, et qui projette dorénavant le discours rassurant de la reprise . Mais ce discours ne rassure plus, il inquiète tant il est en contradiction avec ce que vivent les salariés, ce ne sont plus seulement les délocalisations, la liquidation des acquis qui sont au centre de la crise sociale, c'est la survie de millions de prolétaires licenciés, chômeurs, sans travail, ni toit, complètement paupérisés par le système capitaliste.
La croyance en la « relance « on fait semblant d' y croire ici bas, mais en attendant on retourne au « bas de laine » , on ne pense plus qu'une embellie est possible à moyen terme, même avec des fonds d' état. Les montagnes d' euros et de dollars, venant au secours par l' emprunt des icebergs de dettes des banques, deviennent sujet à interrogation: mais ou l' état trouve t' il tout ce fric ?
Voilà la question à laquelle nous allons essayer de répondre.
Même si des états de l' Union Européenne sont au bord de « la faillite » , même si les critères de Maastrisch volent en éclat1, pas question d'affoler le citoyen, il faut le rassurer, lui démontrer que non seulement il ne fera pas les frais de la crise , mais qu'elle va lui rapporter. C'est tout le discours émis par le gouvernement et notamment par le premier ministre François Fillon et Eric Woerth ministre du Budget. Confirmé par le journal financier La Tribune2 qui explique en quoi le sauvetage des banques se révèle lucratif pour l' état, les intérêts attendus s'élèvent à 380 millions d' euros. On a commencer à dire ( morale oblige) que l' on soutiendrai les banques comme la corde soutien le pendu, avec un pactole de 10 milliards d' euros, qui sous la baguette magique de quelques fées sont devenus 40 milliards .
« Les 40 milliards qui peuvent servir -c' est un maximum- au renforcement des fonds propre des banques seront effectivement financés par emprunt. Mais ce n'est pas de la dépense publique: en face de cette dette , il y aura des titres. Ce n' est pas du tout de la dépense courante. En aucun cas cela ne pèsera sur le déficit. En plus nous espérons bien, quand nous revendrons à terme ces participations, que le contribuable en tirera un bénéfice. » Eric Woerth à Valeurs Actuelles du 23/10/2008
Mais, cette annonce allait faire de grands jaloux, les industriels de l'industrie automobile qui ne veulent pas finir comme la sidérurgie , tous se sont mis dans la tête que l' état pouvait aussi soutenir l' industrie automobile, les équipementiers, l' industrie du bâtiment, des transports et de l' immobilier... Les effets d' annonce se démultiplient, encore une fois pour masquer l' importance de la crise financière, économique et sociale.
Bien que la crise sociale ( pas encore celle du capital) sévissait dans les pays de l' OCDE depuis le retournement monétariste des années 1980. Plan de rigueur, et liquidations des acquis sociaux . La classe capitaliste continuait à engranger des royalties par le jeu des spéculations en tout genre ( pas seulement financières), Bien entendu de temps à autre elle devait payer le prix du « risque » par des crises et dévalorisations financières annonciatrices du grand chambardement actuel. Mais dans l' ensemble la valorisation boursière du capital rendait son jus, même si l' arroseur se trouvait arroser comme dans les affaires: Enron, Parmalat, Kerviel, Madoff.
Depuis la crise du Subprime les affaires ne sont plus ce qu' elles étaient, les bourses sont en bernes, et chaque mois on se demande si le corps économique retrouvera la santé. C'est avec un optimisme arrogant, que le gouvernement Sarkosy, Fillon, Lagarde prétend résorber la crise en utilisant l' emprunt dans des proportions jamais connues ( 154 Milliards d' euros) pour 2009. Cet emprunt se compose de 57,6 Milliards d' euros devant couvrir le déficit budgétaire, le reste servirai à honorer les emprunts arrivant à échéances, les dettes engendrant de nouvelles dettes au profit du capital financier international.
Sauver le noyé en lui faisant boire de l' eau
Dans un article publié le 31 01 2009 par le journal La Tribune , Niall Ferguson ( historien britannique spécialiste de l' économie) s' interroge sur la crise actuelle « Notre crise est-elle vraiment la répétition de crises précédentes? » et il reconnaît une certaine similitude avec la crise des années 1930, tout en pensant que les plans de relance actuels ne marcheront pas:
« On n' a pourtant jamais vu de tels plans de relance , aux états -Unis, en Europe, en Chine même...La relance, c' est la dernière illusion à la mode . Je suis sidéré de voir la rapidité avec laquelle tout le monde se précipite sur les recettes de Keynes, comme si la science économique n' avait rien trouvé dans les soixante dix dernières années!
Quant aux plans de stimulation budgétaire, ils ne marcheront pas: une crise de la dette ne peut pas se régler par davantage de dette »
Comme l' avait signalé Etienne Chouard3, l' article 104 du traité de Maastricht4 signifiait l' abandon par les états de la création monétaire, au profit exclusif des banques privées. Quand les états empruntaient auprès des Banques centrales, il ne payait jamais d' intérêts, avec le nouveau système « On en est rendu aujourd'hui à une dette qu'on n' arrive même plus à rembourser en capital car le paiement des seuls intérêts assèche toutes nos marges de manœuvre: les intérêts de la dette publique en France dépassent 40 milliards par an,40 000 millions chaque année! » ( extrait de « On se fout de nous « avec le traité européen). Se faisant les états, en s'endettant pour sauver pierre et paul de la faillite, ne font que transmettre des créances spéculatives du secteur privé vers les trésoreries nationales. L' état comme nous le verrons plus loin, doit alors augmenter la création monétaire en faisant fonctionner la « planche à billet ».
Cette création monétaire par la dette est mise en évidence quand le Trésor vend directement ses titres à la Banque Centrale, qui fait alors marcher la « planche à billet » pour les acheter. C'est ce qui s'est passer en 1998 et 1999 au Japon, quand le ministère des finances, la Poste et d' autres organismes d' état ont achetés des bons du trésor et obligation à 10 ans. C'est ce qui arrive quand personne ne veut ces titres, quand le taux d'intérêt ( ou loyer de l' argent) est trop bas. Le scénario qui se déroule actuellement sous nos yeux, confirme cela , les USA ne parviennent plus à placer que 50% de leurs bons du trésor aux étrangers, ce qui oblige la FED à faire fonctionner la « planche à billet ». l' Allemagne n' a pas trouvé sur le marché les 7 milliards d' euros qu'elle voulait emprunter. Quant à l'Italie, le ministre du travail Maurizio Saconni a déclaré à la RAI télé italienne « nous ne pouvons en aucun cas nous permettre qu'une émission de bons du trésor ne soit pas entièrement souscrite... Cela conduirait à une absence de liquidités pour le paiement des retraites et des salaires. Cela serait comme l' Argentine. »
Pour toute la zone euro le processus est le même, le marché obligataire est sollicité à hauteur de 631 milliards d' euros pour 2008 et 765 milliards pour 2009. Un dernier chiffre indique que l' état français met sur la table « 360 Mds d' euros » et l' Union Européenne 1800 Mds, c' est à dire trois fois plus que le plan Paulson . Ce qui en passant nous donne une petite idée de l' étendue de la crise.5
Arrivé à ce stade, la gangrène de la dette, commence à toucher les pays de l' OCDE de la même manière que la « dette du tiers monde » où les emprunts d'un jour servaient à rembourser les intérêts de la dette d'autres prêts, et de dette en dette on en arriva au « risque pays » ou la signature d' un état, n' était plus fiable comme ce fut le cas pour l'Argentine en 2001.
Cette question de la signature pays pourrait bien se poser à partir de 2009 en Europe, et la création de fond souverain se présente donc comme une garantie vis à vis de ce risque.
Les premières lézardes de risque pays de la forteresse Europe, se manifestent déjà pas seulement dans les ex-pays de l' Est, mais aussi dans la zone euro et en Grande Bretagne. En ce mois de janvier, et après les émeutes de la jeunesse en Grece, ce pays vient d' être déclassé par les agence de notations; l' Espagne et le Portugal devraient suivre.
En Grande Bretagne les emprunts nécessaires pour financer la dette de l' État représenteront 8% du PIB en 2009, la livre s'effondre au point que les irlandais font leurs courses de l' autre coté de la frontière. Quant au secteur financier il procède à des fusions6 pour sauver les meubles. L'Italie et l'Espagne peuvent rapidement se trouver en situation où l' état ne parviendra plus à lever des fonds. leur signature pouvant être remise en cause. En effet on se demande jusqu'où ira la cruche à l' eau sans quelle se casse, les milliards que les états veulent emprunter de nouveau pour sauver pierre et paul viennent de trouver leur limite.
En France, la question de la dette est récurrente , tous les gouvernements de « gauche » comme de « droite » contribuèrent à endetter les « citoyens » au profit du capital financier, le cas le plus visible étant le racket de la CRDS ( contribution au remboursement de la dette sociale) prélevé directement sur le salaire et géré par la CADES qui vient de souscrit un nouvel emprunt.
Pour le gouvernement il y a les bonnes et mauvaises dettes, celles où il y a retour sur investissement sont les bonnes, les autres sont les mauvaises. Nous n' allons pas ici entrer dans le détail de la dette, mais tout simplement dire , que la part de la dette française dans le PIB est plus faible que la moyenne européenne 66,4% en 2007. Mais ce niveau moyen d' endettement est inquiétant de part son évolution rapide, qui a fait dire à Fillon que la France était en faillite. La relation dette/ PIB, n' est certes qu'un indicateur parmi d' autres pour juger si un pays est au bord de la faillite, le Japon est endetté à la hauteur de 180% du PIB, et sa production industrielle, celle qui est créatrice de valeur s'est effondrée de 8,1% en novembre 2008. Il est actuellement proche d'une récession deux chiffres: le gouvernement envisage un plan de relance entre 169 et 254 milliards d' euros.
C'est bien évidemment la crise , qui est déterminante pour savoir si tel ou tel pays sera en mesure de rembourser ses emprunts, et à faire valoir sa signature pays, pour de nouveaux emprunts... Il semble qu'effectivement , ce problème est maintenant au coeur de l' Europe. On nous dit dans la presse que la France risque d'être mise sous la tutelle de Bruxelles, pour dépassement des critères de Maastricht. L' argument pris dans son étroitesse, semble indiscutable seulement il y a la crise. Cette crise est maintenant prise en compte pour une période de deux ans , c' est à dire que le garde fou des 3% d' endettement public peut être dépassé. La mise sous tutelle de la France par Bruxelles est donc reportée d'autant, et ce n' est pas pour rien que Sarkosy se démène pour prendre la tête de l' Eurogroup.7
L' Islande a frôlé la faillite et ne survivra qu'avec un prêt du FMI de 2,1 milliards de dollars (1,6 milliard d'euros) pour tenter de surmonter la crise qui a ruiné son système bancaire, premier pays occidental à recourir à une telle aide depuis la Grande-Bretagne en 1976. Depuis le 20 janvier, des manifestations de plus en plus importantes se dérouleront, notamment à Reykjavik. Elle réclamaient et ont obtenu la démission du gouvernement. Les manifestations devant le parlement ont vite tourné à l' émeute, quand des manifestants envahirent le bureau du premier ministre Geir Haarde, y déversant de la peinture rouge, et mettant le feu au-dehors. Le lendemain les force de l' ordre chargeront les manifestants.
L' Irlande prend le même chemin,le journal La Tribune du 17/01/09 indique que le risque par défaut (CDS) vient de contraindre le gouvernement à nationaliser Anglo Irish Bank, le FMI étant prêt à intervenir selon des sources ( démenties).
Les pays Baltes, dont ont disaient qu'ils étaient les « tigres baltes » mordent la poussière de manière spectaculaire. Après les fortes croissances 37,6% pour la Lettonie, 31,6% en Estonie et 26,5% en Lituanie ( en 2004-2006) le taux de croissance chutait en 2008 à 0,4% en Estonie, 6,7% en Lituanie et 3% Lettonie. Cette dernière vient d'obtenir un prêt de 7,5 Mds d' euros du FMI et de l' UE. Selon le site Bellacio et des vidéos
« De violents affrontements se sont produits en Europe de l’Est cette semaine entre manifestants et forces de l’ordre, notamment en Lituanie, où la police est intervenue sans ménagement vendredi à Vilnius devant le Parlement. Une quinzaine de personnes ont été blessées et plus de 80 autres arrêtées.
D’autres émeutes ont eu lieu en Bulgarie et en Lettonie, où les habitants manifestaient contre les difficultés économiques, les réformes de leur gouvernement et la corruption. Dans les trois pays, des rassemblements pacifiques se sont terminés dans le vandalisme et la violence pendant plusieurs heures. »
L' Ukraine, est selon La Tribune du 23-12-2008 en faillite imminente, et les 16,3 milliards de dollars que le FMI va débloquer ne suffiront pas à éponger la crise économique et sociale qui ronge l' Ukraine, sa devise la hryvnia a perdu 45% face au dollar. La Russie orpheline de son grenier à blé fait tout pour que l' Ukraine rentre au bercail, elle exige que le gouvernement ukrainien rembourse sa dette de 2,4 milliards de dollars à Gazprom qui par ailleurs veut facturer le prix du gaz à 400 dollars les 100 mètres cubes, contre 180 actuellement.
Il faut ici signaler, que ce qui porte le nom « d' aide » n' est certainement pas une aide, mais une assignation sur le travail futur du salariat qui va devoir se saigner à blanc pour rembourser le FMI. C 'est finalement une vieille histoire, critiqué par Marx en 1853.8Rien sur le fond n'a véritablement changé depuis , sauf que le capitaliste a créé une institution internationale de l' usure; le Fond Monétaire International (FMI) .
Dans notre article « La croissance mondiale en berne: l' exemple américain » de l' hiver 2005-2006 nous avions montré en détail le lent cheminement qui allait nous mener à la crise actuelle. La triche du crédit aura un fin , disions nous, tout en montrant la différence entre les récessions américaines de 1971,1975,1981,1983,1991, et 2001 et l'on terminait l' article ainsi:
« Deux bulles menacent actuellement le système financier international, La première c' est l' affaiblissement du dollar qui devrait continuer à faire du yo-yo. La seconde concerne le secteur immobilier. La hausse des prix de 10% par an aux Etats-Unis et de 20% en Grande Bretagne n' est plus soutenable. Une chute du marché de l' immobilier aura des effets négatifs sur les dépenses, entraînant l' économie mondiale vers le bas »
L'
année 2001, fut celle aux Etats-Unis qui marqua l' aboutissement de
la « triche du crédit » La FED allait baisser en moins
de douze mois, 11 fois ses taux d' intérêts pour relancer la
consommation. La consommation allait reprendre, mais ce ne fut qu'une
consommation de dette que la situation économique ne permettait plus
de rembourser, alors éclatera officiellement la crise financière du
capital total dite du « subprime ». Mais sous les dessous
de cette crise sévissait déjà la crise de surproduction au niveau
mondial, propulsée par des taux de productivité se voulant toujours
en hausse, par des fusions acquisitions gigantesques et une
concentration centralisation du capital devant avoir pour taille
critique
le niveau mondial. Actuellement, la course à la baisse des taux
d'intérêts pour relancer la consommation est de nouveau opérante,
la FED et la Banque d' Angleterre s' orientent vers le taux zéro9,
quant à la BCE, malgré de grandes réticences elle vient
d'abaisser ses taux directeurs . Son principal taux directeur, le
taux de refinancement, revient de 2,5% à 2%. faisant suite au
plongeon de la production industrielle des principaux pays européens
(voir tableau).
Il en résulte que le système capitaliste est venu butter sur l' éternelle sentence qu'il doit se faire à lui même , liquider les forces productives devenues obsolètes. Pour sortir de la crise, le capitalisme n' a pas beaucoup d'issues, les capitaux les plus puissants vont essayer dans un premier temps de s'entendre pacifiquement sur le partage des dégâts et sur la répartition future des zones et secteurs en fonction de l' ordre hiérarchique mondial du capital toujours en évolution et changement avec ses G 4 à G 20. Si l' entente pacifique venait à échouer, la force deviendrait alors l'arme économique inévitable, que le système mettrait en place ne serai ce que pour mater une fois de plus le prolétariat.
G. Bad rédigé entre le 20 janvier et 17 février 2009
Notes:
1 Parlant des taux d' intérêts, pour relancer l' économie , la presse indique : « La Réserve fédérale américaine, la Banque du Japon et la Banque d'Angleterre s'orientent sans états d'âme vers la politique des taux d'intérêt zéro. La BCE a plus de réticences. «Cela ne conviendrait pas à notre cas», a indiqué hier Jean-Claude Trichet. Le bilan de la BCE a déjà doublé depuis l'été 2007, ce qui n'est pas sans risques pour l'institution de référence. »
2La Tribune du 28 01 2009 « Non seulement le dispositif qui s' articule autour de la société de la prise de participation de l' Etat (SPPE) ne coûte pour l' instant rien à l' Etat, mais il lui aura rapporté 380 millions d' euros à la fin du mois. »
3-Étienne Chouard, né en 1956 à Paris, rendu célèbre en 2005 à l'occasion de la campagne du référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe partisan du « non ». Nous pouvons le classer dans la tendance souverainiste et proche du réformisme de l' association Attac.
4Article 104 traité de Maastrisch (7 02 1992) « Les états et autres autorités publiques ne pourront plus jamais emprunter auprès de leur Banque centrale . » Confirmé par le Traité d' Amsterdam (1997) Article 101 (ex-article 104)
1. Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées «banques centrales nationales», d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.
5Barack Obama doit promulguer aujourd'hui un plan de sauvetage de 787 Milliards de dollars (17 02 2009)
6Londres , avec son plan de sauvetage des banques, est prêt à éponger 220 milliards d' euros de créances douteuses. Lloyds TBS et HBOS vont fusionner
7 L’Eurogroupe est le nom donné aux réunions mensuelles des ministres des Finances de la zone euro. Créé par le Conseil européen en 1997, Le rôle de l'Eurogroupe a été renforcé par la nomination d'un président permanent, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, En 2008, l'Eurogroupe a connu de nouvelles modifications quand il s'est réuni le 12 octobre au niveau des chefs d'État et de gouvernement, et a accueilli pour une demi-heure Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni, un pays ne faisant pas partie de la zone euro.
8« Le peuple sait bien, par sa propre expérience et les saignées faite à sa bourse, combien la dette publique pèse sur les impositions; mais peu de gens savent dans quelles conditions spéciales cette dette a été contractée et existe toujours. L' Etat, cet instrument commun entre les mains de nobles propriétaires fonciers, et des gens de la finance, a besoin d' argent pour réaliser, à l' intérieur comme à l' extérieur, l'oeuvre d' oppression. Il emprunte donc chez les capitalistes et usuriers, et leur remet un bout de papier, par lequel il s' engage à payer, pour 100 livres sterling prêtées, tel chiffre d' intérêt. Les moyens nécessaires à ce paiement, il les tire, sous forme d' impôts, de la poche des classes ouvrières. Si bien que le peuple doit servir de garantie à ses oppresseurs vis-à-vis des gens qui prêtent leur argent pour qu'on lui coupe le cou à lui, peuple. Cette dette figure sous diverses rubriques, suivant que le taux d' intérêt est de 3,3 ½ ou 4 0/0. » ( K. Marx People's Paper, 16 avril 1853.)
9Les taux directeurs de la G. Bretagne ont été ramenés à 1%, du jamais-vu depuis la création de l'établissement en 1694.
13 février 2009
point de vue américain sur la crise
Entreprise hasardeuse
(Cet article de P. Mattick jr. est la suite de celui publié dans le n° 126 d’Echanges p 11 sous le titre « En plein brouillard » ; comme ce dernier texte il est extrait de la revue The Brooklyn Rail de novembre et doit être suivi d’un derniers article qui sera traduit dans le prochain numéro d’Echanges)
Selon le New York
Times, dans son principal éditorial du 19 octobre qui
illustre bien le ton présentement énergique du journal sur ce
sujet, « Désormais, tout le monde sait que le prêt
hypothécaire hasardeux et même usuraire a entraîné la débâcle
financière. » Aussi grave que soit le désastre de ces
« subprimes », ajoutait le Times, il est encore
plus grave que « de l’argent facile ait aussi alimenté la
boulimie de rachats d’entreprises » avec pour résultat
potentiel « une augmentation très sensible des faillites
d’entreprises. » Le journal cité en appelait au Congrès
pour qu’il en envisage les conséquences en étendant les
conditions de paiement des allocations chômage et recherche
« quelles réformes seraient nécessaires pour s’assurer que
ces catastrophes ne se reproduisent plus. »
Pendant la Grande Dépression qui avait précédé le vote de la Loi sur la « Social Security »(1), les « soupes populaires » étaient l’unique nourriture de certains chômeurs américains. L’une d’elles (2) était sponsorisée par le gangster de Chicago Al Capone. Cette vision des choses, très typique des commentaires économiques pour expliquer que la crise financière actuelle serait née d’un mélange délétère de cupidité effrénée et de régulation insuffisante, représente un progrès dans la direction d’un certain réalisme ; elle nous ramène au-delà de la vision du début du XIXème siècle qui prétendait qu’une crise générale du système économique était tout simplement impossible. Ce point de vue avait été remis au goût du jour au cours des dernières décennies par des théoriciens de la rationalité des marchés comme les lauréats du Prix Nobel Milton Friedman et Robert Lucas et a fondé la pratique de règlementation l’ancien directeur de la Fed Alan Greenspan. Mais c’était hier. Aujourd’hui, l’appel en faveur d’une intervention gouvernementale plus vigoureuse n’est bien entendu qu’une reprise des idées de JM Keynes dans sa Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de l’Argent de 1936, dans la quelle le célèbre économiste admettait à la fois la possibilité théorique d’une crise alors sous-jacente depuis sept ans et affirmait qu’une réaction gouvernementale correcte pourrait y remédier. Mais les critiques néo-keynésiennes actuelles sont bien loin d’admettre les réalités présentes du capitalisme global.
On présente généralement les présentes réalités économiques comme une « crise financière globale ». Mais la crise financière, pour réelle qu’elle soit, n’est qu’une manifestation d’autres problèmes qui n’ont pas encore émergé clairement dans l’opinion publique. Comme je le faisais remarquer dans le premier de ces articles(3) la débâcle des « subprimes » apparue lors de l’éclatement de la bulle immobilière n’est pas sans relation avec la stagnation ou la chute des salaires et la montée du chômage. Au cours des dernières années, ces phénomènes ont fait l’objet d’un questionnement généralisé dans les commentaires économiques : comment était-il possible que tant de gens s’en sortent aussi mal dans une époque prospère ? De telles questions surgissaient à la fois d’une conception étriquée de la prospérité (si la bourse est toujours en hausse c’est que tout va bien) et d’une vision à courte vue : en effet, une compréhension correcte de ce qui se passe dans l’économie aujourd’hui nécessite une vision historique. Même un bref passage en revue des soixante dernières années fera non seulement apparaître les difficultés générées par l’économie capitaliste, mais aussi la capacité limitée de l’action gouvernementale pour les contrebalancer.
La Grande Dépression mondiale la plus récente (ce surnom s’appliquait auparavant à la récession internationale de 1873-1896), que par convention on fait débuter avec le krach de la bourse américaine en octobre 1929, se termina peu après la Seconde Guerre Mondiale. Tandis que l’approche de la guerre avait ramené le plein emploi aux États-Unis, ceci n’était dû qu’aux dépenses basées sur le déficit engagées par l’état pour la production de guerre et non pas à une reprise de l’économie financée par les entreprises privées. On peut en dire autant du Japon de l’Allemagne qui, de toute façon comme tout le reste de l’Europe, sortirent de la guerre avec une économie en ruines. Je laisse de côté une discussion plus approfondie du cycle de crise et de prospérité pour un troisième article, mais je veux faire remarquer ici que la renaissance de l’économie capitaliste après cette longue période de dépression économique et de destructions physiques correspondait, en gros, au schéma des épisodes précédents d’écroulement et de régénération économique.
Selon le rapport de Angus Madisson sur l’Économie Mondiale au XXème siècle (1989), écrit pour l’OCDE, le club des nations capitalistes avancées, « Les années 1950 à 1973 furent un ‘âge d’or’ [témoin] d’une croissance inégalée du PNB (produit national brut, c'est-à-dire la valeur totale des marchandises et services produits en une année donnée exprimée en prix) et du PNB par tête dans toutes les parties de l’économie mondiale, d’une croissance rapide du commerce mondial, d’une réouverture des marchés mondiaux de capitaux et des possibilités de migration [de la main d’œuvre] internationale. » Ceci n’est pas le point de vue personnel d’un individu : tous les commentateurs s’entendent à décrire cette période comme un âge d’or du capitalisme. Toutefois, cette réussite est moins limpide qu’il n’y paraît (même si nous laissons de côté les années de misère économique et la guerre et ses dizaines de millions de morts, qui en sont la base).
Pour citer Madisson de nouveau, « Un des traits principaux de l’âge d’or la proportion croissante des dépenses étatiques dans le PNB, » qui « passèrent de 27% du PNB dans les pays de l’OCDE en 1950 à 37% en 1973. » Dans la plupart des pays, ceci reposait largement sur l’augmentation des dépenses de l’état-providence dans des secteurs tels que la retraite, l’éducation et la santé. Aux États-Unis ceci incluait des sommes conséquentes pour la guerre et ses préparatifs. Selon l’économiste Philip A. Klein, qui écrivait pour l’Institut des Entreprises Américaines conservateur, « l’expansion la plus longue en ‘temps de paix’ de l’Amérique – de 1961 à 1969 – fut grandement influencée par la redéfinition du terme ‘temps de paix’ pour y incorporer la guerre du Vietnam et l’augmentation des budgets de la défense passant de $ 50 milliards au cours de l’année fiscale 1965 à $ 80 milliards en 1968. » Ce fut cette expansion américaine qui, à son tour, contribua à alimenter la croissance globale grâce, notamment, à la renaissance du Japon et au décollage de la Corée, particulièrement stimulés pendant la période de guerre du Vietnam.
En d’autres termes, l’économie capitaliste proprement dite – le système d’entreprises privées – n’était pas, aux yeux des décideurs politiques, capable par elle-même de produire un niveau suffisant de bien-être pour atteindre un niveau politiquement désirable de satisfaction sociale. Ainsi, par exemple, lorsqu’un gouvernement Républicain, agissant selon son idéologie anti-dépenses et pro-libre entreprise, réduisit les dépenses de défense après la guerre de Corée sans compenser par des augmentations de la dépense intérieure, les États-Unis connurent une diminution marquée de leur production et une augmentation tout aussi marquée du chômage. Contrairement à ses intentions, l’administration Eisenhower s’empressa de baisser les taux d’intérêt et d’augmenter les dépenses du gouvernement, y compris les travaux publics (à l’échelle du système d’autoroutes inter-états) ainsi que des projets militaires. Aux États-Unis, en effet, l’économiste politique Joyce Kolko remarqua en 1988 « à peu près la moitié de tous les nouveaux emplois [américains] après 1950 a été créée par les dépenses de l’état, et une réorientation comparable a eu lieu dans les autres nations de l’OCDE. »
L’idée de Keynes était que le gouvernement emprunterait de l’argent en période de dépression pour remettre l’économie en marche ; lorsque le revenu national augmenterait en réaction à ce stimulus, on pourrait alors instaurer un impôt indolore pour rembourser la dette. En réalité, la gestion de la crise se transforma en « économie mixte » permanente entre l’état et le privé, et la dette nationale, loin d’être remboursée, ne cessa de s’accroître, à la fois dans l’absolu et par rapport au PNB. La croissance de la dette nationale se fit sentir par une tendance à l’inflation, alors que les entreprises augmentaient leurs prix (et que les travailleurs essayaient de suivre) pour compenser la part croissante du revenu national prélevée par le gouvernement, et alors que le Trésor battait monnaie pour financer les opérations du gouvernement américain. En vertu de l’accord d’après-guerre qui liait les nations du monde capitaliste, le dollar, qui représentait une quantité d’or fixe, servait de modèle pour mesurer la valeur des autres monnaies, facilitant ainsi le commerce et les investissements internationaux. Dès 1971, on avait fabriqué tant de dollars aux États-Unis qu’il fallut rompre le lien entre le dollar et l’or afin de couper court à la possibilité de vider Fort Knox de son or au cas où les autres nations décident de convertir leurs billets verts. Tandis que ce changement, contrairement à ce que pensaient beaucoup de gens, n’altéra pas radicalement la nature de l’argent, il marqua bien à quel point le monde de l’économie s’était éloigné du mécanisme autorégulateur imaginé par les partisans enthousiastes du libre marché pour s’acheminer vers un système dépendant de la gestion constante par les autorités de l’état, un système dans lequel tout relâchement de la gestion aurait des conséquences graves.
Quelles qu’en furent ses limites, l’âge d’or fut réel. Ceci est démontré par le fait qu’il se termina aux alentours de 1973, quand la croissance mondiale se ralentit considérablement. A l’époque, on mit ceci sur le compte d’un « choc » produit par une hausse rapide du prix du pétrole, manigancée par les pays de l’OPEC de concert avec les compagnies pétrolières, pour tenter d’accroître leur part des profits mondiaux et compenser la perte de valeur du dollar, monnaie de fixation des prix du pétrole. Mais le fait qu’une croissance à l’échelle antérieure n’eut pas lieu lorsque l’économie mondiale s’adapta à ce changement (et même lorsque les prix du pétrole baissèrent à nouveau) prouve qu’une modification plus fondamentale de l’économie globale était à l’œuvre. On en distinguait les signes avant-coureurs depuis un moment. Comme l’a observé l’économiste William Nordhaus dans un article publié par la Brookings Institution en 1974, « il est majoritairement admis que les profits des entreprises ont plongé depuis 1966, » même en tenant compte des profits- record des compagnies pétrolières en 1973. « La performance insuffisante des profits des entreprises ne se limite pas aux États-Unis, » poursuivait-il, « Un déclin séculaire [à long terme] de la part des profits s’est aussi produit dans la plupart de l’Europe de l’Ouest. »
L’entreprise capitaliste est vouée au profit. C’est l’attente d’un profit futur qui décide du niveau d’investissement et des formes que prend cet investissement. Avec le déclin de la rentabilité, il n’est pas étonnant que les entreprises aient utilisé les fonds dont elles disposaient moins pour construire de nouvelles usines et produire plus de marchandises que pour extraire plus de profits de la production existante en investissant dans des équipements économes en énergie et en main d’œuvre et en installant des chaînes de montage dans des zones à bas salaires. (Entre autres conséquences, ceci entraîna un accroissement marqué du chômage en Europe de l’Ouest et dans ce qui est devenu la Ceinture de Rouille aux États-Unis, alors que les usines devenaient plus productives et qu’on les délocalisait au su et à l’étranger.) De plus, on put relever partout le démantèlement accéléré des mesures de sécurité professionnelle et l’extension de la semaine de travail ainsi que le recours croissant à la main d’œuvre temporaire et à temps partiel, qui ont aussi favorisé la baisse du salaire moyen et donc l’accroissement de la rentabilité. Particulièrement aux États-Unis, on a régulièrement encouragé et facilité l’emprunt à la consommation avec les cartes de crédit et les crédits faciles, ce qui, comme l’inflation, était un moyen de baisser les salaires en augmentant les prix : le coût supplémentaire des articles est récupéré par les institutions financières au titre d’intérêts. Les plans d’épargne retraite firent partie des revenus des travailleurs mis à la disposition des organismes de crédit, des banques et des autres institutions financières ; leur remplacement par 401(k)s (4), comme l’affaiblissement ou l’élimination des plans d’épargne santé, fit encore baisser les coûts de main d’œuvre.
En même temps, les entreprises commencèrent à dépenser les sommes considérables qu’elles auraient autrefois consacrées à l’augmentation de la production pour racheter et réorganiser des entreprises existantes, vendant certaines parties de ces entreprises pour un profit immédiat et manipulant le prix des actions pour faire de l’argent sur les marchés. A la fin des années 1980, on a calculé qu’environ 70% de l’augmentation de la valeur des actions de l’index Standard & Poor était due aux effets des absorptions et des rachats. Au cours des vingt années suivantes, le surplus du prix des actions par rapport aux valeurs sous-jacentes des entreprises qu’elles représentent a continué à croître. Ainsi le boom des fusions-acquisitions des années 1980 s’est fondu dans un schéma plus vaste de spéculation sur les marchés financiers plutôt que d’investissement dans des entreprises productives. Contentons-nous d’examiner un seul aspect de cette spéculation : la valeur des fonds impliqués dans l’échange, l’achat et la vente de devises de différentes monnaies nationales pour profiter de petites modifications des taux de change est passée de $ 20 milliards en 1973 à $ 1,25 billions en 2000, un accroissement bien plus important que la croissance du commerce des marchandises réelles et des services. Expliquer l’augmentation des acquisitions financées par la dette et les autres modes de spéculation par la cupidité, comme on le fait souvent aujourd’hui, est doublement stupide : non seulement cela n’explique pas l’augmentation soudaine de la cupidité au cours des dernières décennies, mais cela passe aussi sous silence le motif sous-jacent des décisions d’investissement capitaliste qui doivent toujours être guidées par l’attente de profits maximums réalisables à raisonnablement court terme. De la même manière que jouer au loto, malgré sa cote de un contre un multi-million, représente le moyen le plus probable de s’enrichir pour le travailleur moyen, la spéculation offrit tout simplement aux hommes d’affaire de meilleures chances de profits élevés que l’investissement productif.
La « globalisation » du capital fait partie de ce schéma. Bien qu’on imagine souvent qu’elle est faite de l’expansion mondiale de la production et du commerce, elle s’est surtout manifestée par des flux commerciaux et financiers au sein des pays de l’OCDE, en même temps que la délocalisation de certaines opérations de production dans quelques zones à bas salaires. Les États-Unis étaient encore le premier producteur mondial en 2006, avec presque un quart de la production globale (bien que de plus en plus d’usines aux USA appartiennent à des entreprises étrangères). Par contraste, examinons le dernier sujet d’excitation économique : la production de la Chine représente toujours moins de la moitié de celle des États-Unis et se fonde en grande partie sur l’assemblage final de composants fabriqués ailleurs. Comme l’investissement intérieur, l’export de capitaux – qui, de toute façon est resté majoritairement à l’intérieur des économies capitalistes développées de l’OCDE – a été dirigé, selon les termes de l’analyste en économie Paulo Giussani, « par des secteurs plus ou moins directement liés à la finance et à la spéculation à court terme. »
Et la totalité de cette activité en est venue à reposer de plus en plus sur la dette. En général, un environnement économique inflationniste encourage l’emprunt, puisque la valeur déclinante de l’argent contribue à baisser les coûts de l’intérêt. Au moment où l’âge d’or prenait fin, le ralentissement de l’investissement productif signifiait une disponibilité croissante de l’argent qu’on pouvait prêter à d’autres fins. Aux États-Unis, les entreprises avaient traditionnellement financé l’expansion à partir de leurs propres bénéfices, mais en 1973, l’emprunt des entreprises dépassait le financement interne et ce n’était que le début. (A peu près au même moment, la France connut un mouvement d’emprunt dans le style étatsunien, mode de financement traditionnel des entreprises en Allemagne.) L’incertitude croissante des affaires économiques conduisit en particulier à l’augmentation de la dette à court terme, bien qu’en soi ceci ait alimenté un taux croissant de faillites d’entreprises, alors que des revirements de fortune subits pouvaient interdire le remboursement des prêts à courte échéance. De plus en plus fréquemment, on empruntait pour financer des fusions et des acquisitions et pour spéculer sur les nombreux marchés financiers. Les perspectives de spéculation furent multipliées par l’invention de nouveaux « instruments financiers » tels que les produits dérivés, les échanges financiers, et la « titritisation» maintenant décriée de diverses formes de dettes, y compris des hypothèques immobilières. Pour se faire une idée des extrêmes atteints par la reproduction imaginative de l’argent réel investi en créant de nouveaux titres négociables, considérons le fait qu’au moment de la crise de la mi-septembre, les actifs financiers mondiaux estimés à $ 167 trillions avaient donné naissance à $ 596 trillions en produits dérivés, simples paris sur les mouvements futurs des prix des actifs.
Pendant la décennie 1970, on a assisté à la croissance rapide des prêts aux pays sous-développés, alors que les banques commerciales remplaçaient les agences gouvernementales et internationales en tant que sources principales d’emprunts. Entre 1975 et 1982, par exemple, la dette de l’Amérique Latine envers les banques commerciales augmenta de plus de 20% par an. L’intérêt de la dette augmenta même encore plus vite, alors que le refinancement empilait frais sur frais. Il en résulta une succession de crises qui enlisa l’Amérique Latine dès le début des années 1980. Finalement, il devint évident qu’il était tout simplement impossible de rembourser ces dettes ; une conséquence fut l’abandon des projets de développement économique interne dans ces pays en faveur de stratégies économiques orientées vers l’export exigées par les autorités économiques internationales (Banque Mondiale et FMI) qui présidaient à la restructuration de la dette. Un destin similaire attendait les prêts avancés aux économies de planification centralisée d’Europe de l’Est. Leur implication désastreuse dans le système de la dette, qui semblait à l’origine capable de les sortir du déclin de leurs systèmes contrôlés par l’état, était un pas important vers l’intégration de l’ancien monde « communiste » dans le système capitaliste global. (Il y a quinze ans, je me souviens avoir suggéré à un dissident hongrois, György Konrád, qui venait de terminer l’éloge de l’intégration dans le marché mondial comme solution aux problèmes de son pays, qu’il se pourrait bien que l’Est rejoigne l’Ouest au moment même où les beaux jours de l’économie capitaliste prenaient fin ; il me répondit qu’il avait enfin rencontré en moi quelqu’un de plus pessimiste qu’un Hongrois.) Dès 1984, l’Amérique rejoignit ce club en important plus d’investissements étrangers qu’elle n’exportait, et un an plus tard, les États-Unis étaient devenus débiteurs. Ils devinrent progressivement le récipiendaire mondial d’investissements le plus important et le premier débiteur mondial, très dépendant des prêts étrangers pour financer à la fois ses guerres et sa consommation déséquilibrée d’une grande partie de la production mondiale.
Sous tous ces aspects donc, la dette – promesse de payer un jour dans le futur – a pris la place de l’argent que l’économie capitaliste en déclin ne pouvait pas produire. Un tel état de choses est nécessairement instable, livré aux perturbations de forces résultant des activités spéculatives individuelles, comme lorsque George Soros a causé une dévaluation de la livre britannique en 1992 (ce qui lui a rapporté environ $ 1,1 milliard) ; à la merci des décisions de nombreuses entreprises de faire circuler l’argent dans et hors des économies nationales et régionales comme lorsque l’affaiblissement du marché immobilier thaïlandais en 1997 a entraîné la chute de la monnaie thaïlandaise, le baht, et des crises du crédit dans des endroits aussi éloignés que le Brésil et la Russie. Entre-temps, la réalité moins apparente à l’origine des variations erratiques de fortunes spéculatives – les profits insuffisants générés par l’argent investi dans la production, relatifs au niveau de croissance économique requis pour incorporer la population mondiale dans un capitalisme prospère – avait de multiples répercussions. Parmi celles-ci, la dépression née de l’éclatement d’une bulle immobilière qui afflige le Japon depuis 1990 ; la permanence d’un taux de chômage élevé dans l’Europe relativement prospère ; la stagnation de l’économie américaine, avec des salaires en baisse, des niveaux de pauvreté en hausse et une dépendance croissante envers la dette – dette personnelle, dette des entreprises et dette nationale – pour ne maintenir qu’un simulacre du célèbre « standard de vie américain » ; l’enlisement continu dans les difficultés économiques des pays d’Amérique Centrale et du Sud, en dépit de réussites périodiques (mais inégales) pour les maîtriser ; la relégation d’une grande partie de l’Afrique, malgré ses immenses ressources naturelles, dans un état de misère tenace sauf pour la poignée de dirigeants qui planquent les bénéfices du pétrole et des ventes de minéraux dans les banques suisses ; les limites analogues du capitalisme russe et chinois face aux machinations des anciens apparatchiks du parti devenus millionnaires ; et l’entassement, nouveau dans l’histoire de l’humanité, de centaines de millions de chômeurs et de travailleurs pauvres dans les bidonvilles gigantesques où vit actuellement la majorité de la population mondiale. Voici la réalité qui persiste sous l’alternance des contractions et des expansions, des crises de la dette et de leurs solutions temporaires, des chutes de la monnaie et des paniques financières qui se répercutent d’un bout à l’autre du monde depuis trente ans.
Et c’est cette réalité qui a enfin attiré l’attention des Américains en cette fin septembre. Les Américains ont été déstabilisés par l’attaque réussie d’Al Quaida contre le World Trade Center il y a sept ans, mais la surprise d’apprendre que les États-Unis ont des ennemis, assez capables et décidés à leur infliger de réels dommages, s’est vite dissipée, à toutes fins utiles. La menace actuelle est bien plus sérieuse et aura un impact bien plus important, parce qu’elle ne vient pas de l’extérieur, d’un ennemi étranger qui déteste « nos valeurs », mais de l’intérieur, des ces valeurs mêmes, de l’amour de la liberté, en tout cas de la liberté de faire des affaires.
C’est exactement pour cette raison que la nature du problème est difficile à comprendre, même pour ceux qui le souhaitent. D’où ces dénonciations constantes de la part des hommes politiques, des experts, des chroniqueurs économiques et des simples citoyens de la rapacité, de l’irresponsabilité des entreprises, du contrôle insuffisant du gouvernement. Notre étude de l’économie d’après-guerre confirme la thèse défendue dans le premier de ces articles, à savoir que le démantèlement des régulations mises en place lors de la Grande Dépression pour limiter les fantaisies financières – sur l’ordre des plus grandes banques dans l’intention de contrôler des opérateurs marginaux mais compétitifs – fut ce qui rendit possible le niveau de bien-être atteint pendant plus de deux décennies ainsi que sa distribution de plus en plus inégale. Sans l’accroissement exubérant du crédit au cours de ces années, nous aurions depuis longtemps été confrontés au déclin économique qui se profilait au milieu des années 1970. Aujourd’hui, les gains économiques d’autrefois fondent comme les glaciers sous l’effet du réchauffement climatique, tandis que des trillions de dollars disparaissent des marchés dans le monde entier et que les neuf plus grandes banques américaines ont perdu plus d’argent en trois semaines qu’elles n’avaient réalisé de profits en trois ans depuis 2004. Malgré la promptitude de publications comme The Economist (dont le numéro du 18 octobre 2008 publiait « Le capitalisme aux abois ») à reconnaître que le système économique est en grand danger en raison des désordres actuels (sans parler de l’horreur qu’éprouvent les politiques Républicains purs et durs en découvrant l’aspect « socialiste » de l’aide du gouvernement aux établissements bancaires), il est toujours difficile pour les gens de comprendre que la crise actuelle est une conséquence non de la rapacité et de la dérégulation, mais bien de la dynamique à long terme du capitalisme lui-même. Le prochain et dernier article explorera cette dynamique dans le but d’aider à la compréhension de la situation dans laquelle nous nous trouvons – situation qui nous met en danger mais nous offre aussi la possibilité d’un changement pour un meilleur système.
Notes:
(1) « Social Security » désigne aux Etats-Unis essentiellement des dispositions légales concernant la retraite.
(2) (source : http://www.ssa.gov/history/acoffee.htlm.)
(3) (voir www.brooklyntrail.org/2008/10/express/up-in-smoke),
(4) « 401(k)s » En 1978,une disposition fut ajoutée au code fiscal américain exemptant fiscalement les revenus différés, c'est-à-dire essentiellement les contributions retraite. Différentes modifications ultérieures firent que ces cotisations concernaient aussi bien les contributions salariés et employeurs, qu’elles pouvaient faire l’objet d’accords d’entreprise, que les placements garantissant ces retraites pouvaient faire l’objet de fonds spéciaux souscrivant des actions de l’entreprise ( voir l’affaire Enron). Ce système de retraite, bien compliqué, était particulièrement intéressant pour les employeurs qui pouvaient en se mettant sous cette législation échapper à des obligations contractuelles. Pour plus de détails on peut consulter l’article « 401 K » sur le site Wikipedia
le texte anglais est sur Internet sur le site « The Brooklyn Rail »







