SPARTACUS

Information sur le mouvement des conseils ouvriers de la gauche germano-Hollandaise, ainsi que sur la lutte de classe dans le monde. voir en complément le site MONDIALISME. Pour correspondre:

02 avril 2009

Derrière le 60 e anniversaire de l’OTAN

f_masereel_debout_les_mortsLe complexe militaro industrieleuropéano-américain veut s'ouvrir des marchés par la guerre

 

Le soixantième anniversaire de l’OTAN – Organisation du traité de l’Atlantique NORD – nous donne l’occasion de passer en revue le positionnement de l’ennemi de classe «  la communauté internationale du capital » et l’arsenal de guerre du camp occidental. On fait beaucoup de tapage sur le « retour » de la France dans l’OTAN, célébré lors du sommet de l’organisation à Strasbourg les 3 et 4 avril. Or la France n’a jamais quitté l’OTAN, dont elle était en 1949 un des membres fondateurs, et dont elle est encore aujourd’hui un des principaux contributeurs (1 ). De Gaulle, en 1966, a décidé de quitter le « commandement intégré » de l’OTAN, ce qui entraîna le départ du territoire français de toutes forces militaires des pays de l’OTAN, et notamment la fermeture des bases américaines ; il poursuivait ainsi son rêve d’indépendance et préservait l’autonomie de la force de frappe nucléaire alors en construction (2). Son « retour » – avec des guillemets, puisqu’il n’y a jamas eu rupture (3) dans l’OTAN, semble être tactique et aussi budgétaire, de même que celui du Royaume-Uni ; ces deux Etats se sont mis d’accord à Saint-Malo en 1998 (4) uniquement pour booster « la défense européenne » et s’ouvrir des marchés, tout en cherchant à faire contribuer à cet effort de guerre les autres pays européens qui aujourd’hui renâclent d’autant plus que la crise ronge leurs finances. Quant aux nouveaux membres de l’Union européenne, ils sont plus enclins à s’aligner sur l’Oncle Sam.

Même si en apparence, la France et le Royaume-Uni ont obtenu de l’OTAN, suite au sommet de Prague (novembre 2002), le label de « nation Cadre NRF (Nato Response Force)  »  (5) Il n’en reste pas moins que l’objectif des Etats-Unis est l’intégration de l’UE dans l’OTAN, pour faire de l’OTAN un instrument de sa domination mondiale, dans le cadre du concept de RMA (Revolution in Military Affairs, Révolution dans les affaires militaires) élaboré par les Américains au lendemain de la chute du Mur et réaffirmé par les faucons du Pentagone après la guerre du Golfe en 1991.

Les Etats-Unis ont le projet de faire aboutir cette révolution à l’horizon 2020, sur une objective force à dominante technologique dont le financement serait assumé par les membres de l’OTAN.

 

La tournée du président des Etats-Unis Barack Obama  au sommet du G-20 à Londres le 2 avril, puis à celui du 60e anniversaire de l'OTAN les 3 et 4 avril à Strasbourg et à Kehl (Allemagne), ainsi qu’au sommet Etats-Unis/UE le 5 avril à Prague, visera cet objectif et d’autres.

 

Sans reprendre tout l’historique visant à l’instauration d’une « défense européenne » (voir notre article « A propos d’une communauté européenne de défense », Echanges n° 108, printemps 2004) nous partirons du sommet de Saint-Malo du 4 décembre 1998 pour en exposer l’évolution récente. Quelque temps après ce sommet, Tony Blair se dira favorable à une armée européenne ; Madeleine Albright, alors Secrétaire d’Etat, rétorquera : « Nous ne voulons pas que l’identité européenne de défense sape la vitalité de l’OTAN. » La mise en garde est sans ambiguïté. En y regardant de plus près, le sommet de Saint-Malo ressemblait plus à un rapprochement pour cause budgétaire, le Royaume-Uni pas plus que la France n’étant capable seul de relever le défi technologique des Etats-Unis.

Ils devront se résigner et procéder à des coupes claires dans leurs divers programmes.

Dès 1994, l’Etat français va limiter ses dépenses d’armement, en se fixant pour objectif  une baisse de 30 % des coûts des programmes sur la durée de la programmation, c’est-à-dire cinq ans. Ensuite les coupes claires, les interruptions et suppressions de programmes se sont succédé. La loi de programmation (1997-2002) allait réduire ses « cibles » sur 31 programmes et procéder à un étalement sur 20 autres. Depuis, le gouvernement Fillon veut la suppression de quelque 54 000 postes au ministère de la Défense et des forces armées sur six ou sept ans, afin de libérer les finances nécessaires à la modernisation du matériel militaire lourd. Au Royaume-Uni, le gouvernement Major a lui aussi procédé  à une baisse de 30 % du budget des armées.

L’Etat français n’a plus la capacité de procéder à un développement industriel de ses prototypes à hautes technologies. Il est réduit, pour conserver les compétences de ses techniciens, à attendre l’européanisation militaire industrielle, qui se fait attendre.  Cette politique dite « prototypaire » ne peut  se prolonger très longtemps. Une fraction de la bourgeoisie française se rend compte qu'elle n'a pas les moyens de rivaliser durablement avec les Etats-Unis dans la course aux armements sans le soutien financier des autres pays de l’UE.

La politique de la France va alors louvoyer. En 1992, avec François MITTERRAND, des officiers ont recommencé à assister au comité militaire dans le cadre des opérations en Bosnie. Avec Jacques CHIRAC, la France a réinséré des militaires français dans la structure intégrée en 2004 trois états-majors à Lille, Lyon et Toulon, sont certifiés pour les opérations alliées et sur le terrain, des troupes françaises sont engagées avec l’OTAN en Afghanistan et au Kosovo (6).Signalons que même en 1966 les forces armées françaises veillaient à toujours être en interopérabilité avec l’OTAN)

 

En échange de cette participation, la France de Chirac espérait obtenir le commandement sud de l’OTAN (celui qui couvre la zone des Balkans). Mais les Etats-Unis n’étaient pas enclins à satisfaire la demande française, dont ils percevaient l’ambition, celle d’une Europe militaire indépendante.

En décembre 1995, la France fait un pas de plus vers l’OTAN et siège de nouveau au Conseil des ministres et au comité militaire de l’OTAN. Depuis le sommet de Saint-Malo, l’UE n’a cessé de renforcer et développer des structures communautaires (7) menant vers une force militaire unique et intégrée, capable d'intervenir sans hésitation tant à l’extérieure, que pour le maintien de l'ordre intérieur et même dans des contrées lointaines , le théâtre des opérations  de l’UE ne devant plus se cantonner à la défense des frontières de l’Union. Mais sortir d'une défense régionale pour se lancer avec les Américains et dans le cadre de l’OTAN dans des opérations visant la domination mondiale.

 

Mais quoi que puisse faire l’UE, elle reste un nain militaire par rapport aux Etats-unis. Il suffit pour s'en convaincre de comparer les budgets militaires : 649,9 milliards de dollars pour les Etats-Unis, contre 59,2 pour le Royaume-Uni et 53,1 pour la France – ou, si l'on préfère : l’UE consacre 1,9 % de son PIB à la « défense » et les Etats-Unis 3,4 %.

En décembre 2003, le Conseil européen va s'aligner sur le discours étasunien  en adoptant  une stratégie européenne contre  le terrorisme et les armes de destruction massives. Cet alignement va donner l’occasion à l’UE d'intervenir militairement dans plus de 19 opérations civiles et militaires sur quatre continents, menées par EUFOR (Europeen Union Force), notamment l’opération Althéa8 en Bosnie-Herzégovine  pour remplacer l’OTAN puis, en janvier 2008, intervention au Tchad et en République du Congo.

Cette intervention est la plus importante de l’UE : plus de 3 300 soldats pour venir en aide aux humanitaires, en réalité aux autorités du Tchad et de la République démocratique du Congo, dont le pouvoir  est menacé. L’opération multinationale du nom de Minurcat (Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad) fut commandée à partir d’un état-major situé au

Mont Valérien (Paris), relayé sur place au Tchad par un général de brigade français. L’originalité des structures paramilitaire de l’UE consiste à toujours associer les descentes militaires à une aide aux populations, afin de légitimer au nom des droits de l’homme l'intervention impérialiste. Tout ceci se fait sous le couvert de missions  « état de droit »  dite Eulex -Kosovo, dans le cadre de la Minuk (9). Une mission du même type sera mise en place le 21 février 2005 par le Conseil de l’UE, sous le nom d’Eujust Lex (« mission intégrée Etat de droit ») pour  l’Irak.

 

La crise économique et financière  contraint aujourd’hui le camp occidental à resserrer les rangs, et dans le contexte actuel, certains membres du lobby militaro-industriel français n'ont pas digéré la participation de plusieurs pays européens au programme aéronautique américains du JSF, ou au programme naval du LCS, au détriment de l’industrie militaire de l’UE : une affaire de 4 milliards de dollars,et une véritable nique à l’Agence européenne de défense qui doit favoriser le marché européen des équipements de défense compétitif et de mettre en œuvre des politiques visant à renforcer la base industrielle et technologique de défense (BITD).

De plus, sur tous les grands dossiers, l’UE est brinquebalante. Le Royaume-Uni s'aligne sur Washington,  la Pologne aussi. D’autres comme l’Espagne ou l’Italie ménagent la chèvre et le chou. Quant aux Etats-Unis, ils ne sont plus eux non plus en mesure de poursuivre seuls leur projet de RMA. Il leur faut la contribution financière des Européens, quitte à passer des alliances avec les producteurs d’armements de l’UE (type Raythéon).

 

Comme dans tous les autres secteurs, l’industrie d'armement en temps de paix ou de petites guerres localisées est en surproduction, ce qui avive la concurrence du secteur militaro-industriel et des monstres vont devoir tomber. Côté américain, quatre géants se partagent le secteur aérospatial  (Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raythéon et Boeing), et côté ouest-européen, trois (Bae Systems, EADS et Thales).  Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN dépendra au final du mode de répartition des commandes et profit des complexes militaro-industriels. Nicolas Sarkozy en la matière soutiendra Dassault et EADS. Il est même question que, dans la corbeille des retrouvailles, l’armée française trouve la direction d'un des deux commandement stratégique de l’OTAN, le « Commandement allié transformation » (ACT), basé à Norfolk, en Virginie, et chargé de piloter la réforme de l’Otan. Et, en prime, qu’un général français prenne la tête du commandement régional de Lisbonne, où se trouve le QG de la force de réaction rapide de l’Alliance (10).

 

En conclusion

Les Etats-Unis, nous l’avons vu lors de la Guerre d’Irak (mars 2003), prétendaient pouvoir régenter seuls le monde. Ils sont allègrement passés au-dessus de l’ONU pour déclencher la guerre (11) . Aujourd’hui ils veulent intégrer l’UE (leur principal concurrent économique) dans une sorte d’ONU armée, visant à marginaliser complètement les Nations-Unies. Pour les Etats-Unis, les puissances ennemies sont toutes désignées (Chine, Russie, Iran , Corée du Nord ...) et c’est contre ce bloc potentiel que l’OTAN doit fourbir ses armes, se préparer au « choc des civilisations » c’est-à-dire à la montée de puissances économiques pouvant maintenant défier l’Occident (12). Telles sont, en dernière analyse, les raisons qui poussent les Etats-Unis à resserrer les rangs avec l’UE (qui cherchait à rester en dehors d’un tel conflit, pour ensuite, après la guerre, se présenter comme bloc reconstructeur).

Mais les Etats-Unis sont bien décidés à empêcher l’UE de jouer le rôle de Vénus, alors qu’eux-mêmes continueraient seuls à assumer celui de Mars (dieu de la guerre). Le mariage entre Mars (les Américains) et Vénus (les Européens) mis sur les bans par le politologue néo-conservateur Robert Kagan (13) devrait donner naissance à un petit monstre visant la domination mondiale. 

 

G. Bad

18 mars 2009

 

 

 

 

1() « La France est le quatrième contributeur financier de l’Alliance avec des troupes qui comptent pour 7% des effectifs engagés dans les opérations. Ce sont près de 4 650 soldats qui agissent sous la bannière de l’OTAN », lit-on dans le n° 94 (12 mars 2009) de Clés Actu, une publication officielle du porte-parole du gouvernement (www.porte-parole.gouv.fr/wp-content/uploads/2009/03/94-cles-actu-la-france-dans-lotan.pdf)

 

2( ) « Dès à présent, bien que l’Alliance Atlantique demeure telle que nous l’avons conclue en 1949, il ne subsiste pour nous aucune subordination ni actuelle, ni éventuelle de nos forces à une autorité étrangère (…) L’accession de la France à la puissance atomique et son accession à son indépendance en matière de Défense sont pour elle désormais une garantie essentielle et sans précédent de sa sécurité propre », conférence de presse du 28 octobre 1966.

 

3( ) « Il s'agit là, non point du tout d'une rupture, mais d'une nécessaire adaptation » (conférence de presse du 21 février 1966).

 

4( ) En décembre 1998 l'occasion d'un sommet tenu à Saint-Malo, la France et le Royaume-Uni font une déclaration commune affirmant la détermination de l'UE à établir une politique européenne de sécurité et de défense.

 

5() Depuis le 1er juillet 2005, l’armée de l’air française a le privilège (pour 6 mois) d’être l’un des principaux contributeur , avec les britanniques de « Nato Response Force «  (NRF)

 

6() Clés Actu, document cité note 1.

 

7() Notamment : Le comité politique et de sécurité,le Comité militaire de l’UE, le haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) , l’agence européenne de défense (AED), plus des organisations visant à faire face à la guerre de classe.

 

8() Le 2 décembre 2004 a marqué la fin de l'existence de la "Stabilization Force" en Bosnie-Herzégovine (SFOR), déployée en vertu de l'annexe 11 des accords de Dayton-Paris (1995). Dans la continuité de la SFOR, l'Union Européenne conduit à présent l'opération Althéa, commandée par le major général (UK) Leaky. Cette opération se compose d'environ 7000 militaires sur le théâtre, répartis entre un état-major et trois "Task Forces" d'environ 1800 militaires. 2830 militaires allemands, italiens et britanniques sont dédiés au titre de la réserve opérationnelle à partir de leur territoire. Des moyens planifiés, en liaison avec le commandement air de l'OTAN et six pays membres de l'UE sont dédiés à Althéa.

 

9() La MINUK correspond à l’autorité administrative de l'ONU qui a pour but d'administrer le territoire et la population du Kosovo, tous les pouvoirs législatifs et exécutifs, ainsi que les pouvoirs judiciaires. Son but est de faciliter l'instauration au Kosovo d'une autonomie et d'une auto administration. Elle doit aussi veiller au bon déroulement du retour et à la sécurité des populations réfugiées dans les pays limitrophes durant la guerre.

 

10() Ce qui explique tout le cinéma – menace de boycotter la réunion – que Sarkozy a fait pour figurer sur la photo de famille au côté du secrétaire  général de l’Otan Jaap de Hoop Scheffer. Cette demande a été satisfaite par les dirigeants de l’Otan : à l’ouverture du sommet de Strasbourg M. Sarkozy devait prendre place à droite du chef de l’Alliance et la chancelière allemande Angela Merkel être assise à sa gauche. Après la photo de famille, les participants à la réunion devaient être installés autour de la table par ordre alphabétique.

 

11() Comme la France, la Russie et la Chine entendaient utiliser leur droit de veto pour empêcher une approbation à l'ONU de la guerre contre l'Irak que voulaient les États-Unis et le Royaume-Uni. Ceux ci décidèrent, sans l'aval de l'ONU, d'attaquer l'Irak en mars 2003.

Cette guerre fut qualifiée de guerre « illégale » par les secrétaires généraux des Nations-Unies .

 

12() Pour alimenter ce danger, on cite souvent Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères : « Pour la première fois depuis longtemps, un environnement concurrentiel existe sur le marché des idées entre différents systèmes de valeurs et modèles de développement. La bonne nouvelle du point de vue russe, c’est que l’Occident est en train de perdre son monopole sur le processus de mondialisation. »

 

13( ) Robert Kagan, La Puissance et la Faiblesse, éd. Hachette, « Pluriel », 2006.

 

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23 mars 2009

La révolte de soldats russes en France, en 1917.

guerre_r_volutionnaireSamedi 4 avril 2009, à 19h

Auberge russe

Le Ciné Club de l'uzine vous invite à une projection et discussion sur le thème :

La révolte de soldats russes en France, en 1917.

Durant la première mondiale, dans le cadre de l'alliance militaire entre la France et la Russie, 20 000 soldats russes viennent combattre l'Allemagne sur le front français et sont cantonnés dans le camp militaire de la Courtine (Creuse).
Lorsqu'en Russie la révolution éclate et pour protester contre un commandement qui les envoie au massacre, les soldats exigent d'être rapatriés en Russie.

C'est l'histoire de cette mutinerie méconnue qu'Adam Rémi, l'auteur du livre "1917, la révolte des soldats russes en France", viendra nous raconter.

La projection débat sur l'ouvrage concernant les mutins russes a lieu à Montreuil/bois, 43 rue de Stalingrad dans un centre communautaire métro Croix de Chavaux , à pied par l'avenue Gabriel Péri ou bus 127 ( 2ième arrêt)

 

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28 février 2009

Soixantième anniversaire de l' OTAN

Alors qu'une importante mobilisation se prépare contre le sommet de l' OTAN pour son soixantième anniversaire, qui se tiendra début avril à Strasbourg nous renvoyons nos lecteurs à l' article ci dessous qui permet de comprendre les enjeux de ce sommet en période de crise.

A propos de la constitution d’une communauté autonome de la défense

http://www.mondialisme.org/spip.php?article617

nato_tod_c25f8Echanges 108 printemps 2004

Les deux guerres mondiales ont mis fin aux prétentions anglaise, puis allemande de dominer l’Europe et ont propulsé les Etats-Unis sur le devant de la scène mondiale. Les accords de Yalta, en février 1945, ont été la confirmation du partage du monde entre les deux grandes puissances de l’époque, les Etats-Unis et l’URSS. Les Etats européens minés par ces deux guerres ne furent plus que des appendices du plan Marshall (1948) ou du Comecon (créé en 1949). La Grande-Bretagne s’adossait aux Etats-Unis, l’Allemagne de l’Ouest devenait progressivement un géant économique, quant à la France elle se repositionnait avec ambition entre les deux superpuissances avec sa force de frappe nucléaire. La reconnaissance de la Chine populaire de Mao par la France, en 1964, ne fut que la confirmation de ne pas laisser l’URSS et les Etats-Unis disposer seuls de l’arme nucléaire. L’URSS de son côté poursuivra sa politique de soutien aux luttes de libération nationales partout dans le monde, engendrant des guerres nationalistes. L’« affaire » de Suez (1956) sera la première défaite, après-guerre, d’une Europe qui n’avait plus les moyens de défendre ses intérêts impérialistes (sous la forme militaire) et posera en même temps la question d’une armée européenne pour défendre ses zones d’influence. Comme nous le verrons ici, les velléités d’indépendance militaire de l’Europe occidentale s’exprimèrent dès la fin de la seconde guerre mondiale, et c’est une véritable saga diplomatique que certains Etats européens ont mené et mènent encore pour parvenir à imposer la mise sur pied d’une défense autonome de l’Europe. La France, puissance militaro-industrielle non négligeable, est le pays le plus déterminé et intéressé à la création d’une défense autonome européenne. Si, durant la « guerre froide », les contradictions d’intérêts entre les Etats-Unis et l’Europe n’apparaissent que timidement (retrait de la France en 1966 de l’organisation militaire de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord]), le « choc pétrolier » de 1973 devient le révélateur d’une crise profonde du système capitaliste, crise qui va devenir chronique. Elle mènera en 1979-1980 au retournement monétariste et à la remise en cause du keynésianisme. Au cours des années 1980, la pression entre le bloc occidental et le bloc de l’Est est à son comble : missiles Pershing et SS 20 se font face en Allemagne, une guerre thermonucléaire menace l’Europe. L’URSS, pour diverses raisons, n’est plus à même de poursuivre sa folle course aux armements, qui l’a entraînée dans la ruine économique. Elle va mettre le genou à terre et en 1985, lance la « perestroïka » (terme signifiant « restructuration »), dont la principale mesure sera de réduire les dépenses militaires (1). Les réformes de Mikhaïl Gorbatchev ne feront qu’aboutir à l’éclatement de l’URSS. La Russie est rapidement contrainte de se replier sur elle-même dans ses frontières ancestrales de l’époque des tsars, et même en-deçà (elle perd l’Ukraine). L’heure d’un nouveau partage semi-pacifique du monde venait de sonner, l’Allemagne veut retrouver sa MittelEuropa. Tous les pays de l’Est sont livrés aux carnassiers de l’Occident (Europe et Etats-Unis). L’équilibre des forces au Proche-Orient est de nouveau rompu et après la très meurtrière guerre de huit ans entre l’Iran et l’Irak (2), la décomposition/recomposition de la zone d’influence soviétique du Proche-Orient est à l’ordre du jour. La « communauté impérialiste internationale » déclenche la guerre du Golfe de 1991. Cette guerre va révéler la puissance stratégique des Etats-Unis, et la faiblesse de l’Europe, qualifiée de « nain militaire », exprimée par la guerre contre la Serbie. A chaque conflit, les dirigeants français, de gauche comme de droite, remettront le couvert pour l’affirmation d’une défense européenne autonome. La question qui se pose donc est la suivante : l’Europe peut-elle, et sous quelles conditions, se doter d’une armée qui serait au moins l’égale de celle des Etats-Unis ? Pour bien sûr défendre ses zones d’influence et mener ses « guerres humanitaires ».

Suite de l' article cliquer sur le titre.

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11 août 2008

Pour comprendre la guerre en géorgie

LES DROITS DE L’HOMME BOMBARDENT LA SERBIE :

pour le 50 ème anniversaire de l’OTAN, feux d’artifice sur Belgrade.

« Au 26ème jour de l’opération « Force Alliée », une chose est sûre : le sommet atlantique de Washington, vendredi et samedi prochains, ne sera pas la fête attendue. Les feux d’artifice et les flonflons qui devaient célébrer le 50ème anniversaire de l’OTAN ont été annulés. »

Le Figaro, 19 avril 1999

1°- Introduction.

Ce sont 19 pays qui sous la bannière de l’OTAN mènent la guerre dans les Balkans, et notamment contre la Serbie, ce qui est nouveau c’est que cette guerre est la première en Europe contre un état souverain depuis la 2éme guerre mondiale, que l’Allemagne s’engage dans des opérations militaires offensives, que la France bombarde dans le cadre d’une opération de l’OTAN et que la Grande-Bretagne réclame une intervention terrestre..

En dehors de tout le tintamarre médiatique, et des collectes (efforts de guerre, intoxication humanitaire) qui vont de la croix rouge à la mobilisation dans les écoles pour « le nationalisme Kosovar » c’est toujours les intérêts économiques, le sauvetage du taux de profit qui poussent les grandes puissances à s’unir contre les capitaux les plus faibles pour le partage du butin. Depuis la liquidation de Yalta et le démembrement de l’URSS, le repartage du monde est à l’ordre du jour des jeux diplomatiques et l’Allemagne est au centre des contradictions comme puissance montante. L’alliance est une alliance  pour le dépeçage du bloc de l’Est, il s’agit de repousser la Russie vers l’Orient et de lui couper tout débouché directe sur la Méditerranée, pour y parvenir il faut établir un véritable rideau de fer autour de la Russie. Sur ce point, les capitalistes européens, comme nous allons le voir, sont d’accord pour s’approprier par la guerre et la destruction les restes des pays d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale, mais ils redoutent comme la Russie que seuls les USA contrôlent les routes du pétrole vers l’Europe, ils auront donc tendance à soutenir la Russie et même pour certains à vouloir l’inclure dans l’Europe comme force militaire et ainsi voir émerger l’Europe Militaire capable de rivaliser avec les USA.. Une alliance Eurasie contre les USA c’est ce que redoutait Zbigniew Brzezinski dans son livre « Le grand échiquier », alliance qui permet (aux yeux des américains) de justifier aujourd’hui un budget de guerre colossal.

2- LA GUERRE  COMME CONTRE -TENDANCE A LA CHUTE DU TAUX DE PROFIT.

La baisse tendancielle du taux de profit, et surtout le ralentissement des possibilités de l’accumulation du capital sur une longue période, contraignent  les capitalistes à une concurrence de plus en plus âpre à tous les niveaux : course à la « taille critique », concentrations, fusions, acquisitions d’entreprises... Tendance au renforcement de cartels mondiaux pour endiguer la chute du taux de profit . Ces mesures accélèrent du même coup, sur une base élargie l’accumulation du capital et donc toutes les contradictions du capitalisme. Les dévalorisations successives et les crises financières, bien qu’elles indiquent que le système est bien malade ( élimination de la pléthore de capital , c’est-à-dire du capital pour lequel la chute du taux de profit n’est pas compensée par sa masse), sont-elles aussi une manière de contrecarrer la baisse du taux de profit . Le capital n’est véritablement pas atteint, il se valorise toujours, mais toujours plus à la limite de ses possibilités, il est de plus en plus contraint de dévorer ses enfants pour survivre.

La guerre sous son aspect directement économique, est un investissement productif, dans le sens ou le but est de liquider ou de s’approprier le potentiel économique d’un autre pays, c’est à dire d’un capital moins puissant, de le mettre à genoux de l’endetter et de le tenir par les ficelles du FMI et de la Banque Mondiale comme une marionnette. Cependant la guerre coûte de plus en plus cher et en règle générale les capitalistes utilisent bien d’autres moyens de pression avant d’y avoir recours, le blocus, l’embargo, la déstabilisation politique, les coups d’Etats, guerre ethnique ( Afrique), les assassinats....

Le journal patronal « Les Echos du 21 avril 1999,  sous le titre « La guerre par l’embargo », traduisait les angoisses de certaines entreprises face à la politique de l’ embargo ( spécialité américaine), qui finalement se retourne contre les capitalistes européens. « La célérité avec laquelle l’union européenne a annoncé la suspension des sanctions à la suite du geste de bonne volonté de Muammar Al-Kadhafi extradant deux suspects de l’affaire Lockerbie aux Pays-Bas, montre à quel  point les Européens sont pressés de réintégrer ce pays dans la « communauté internationale. »

Lorsque les USA en 1980 demande à l’Occident de faire le blocus de l’IRAN, puis de l’URSS, la réponse de Claude Cheysson membre de la commission européenne est très explicite :

« Nous ne sommes pas solidaires des américains, comme eux, nous avons nos intérêts et nous les exprimons parallèlement, souvent comme eux, lorsqu’ils discutent avec les russes, les américains s’expriment en terme de puissance ; puissance militaire, utilisation des autres armes dont ils disposent. Il y a bien longtemps que les américains parlent de l’arme alimentaire. Je n’ai jamais entendu dire qu’aucun de nos pays n’ait jamais utilisé cette expression de l’arme alimentaire. Je ne crois pas qu’il soit de l’intérêt de nos pays d’envisager le problème de l’alimentation du monde en terme de puissance. Nous n’avons certainement pas intérêt à ce que les circuits commerciaux dans ce domaine soient bouleversés, à ce que la pénurie alimentaire ( qui est la deuxième après l’énergie et qui se dessine dans la même perspective) soit aggravée par des modifications brutales des courants commerciaux, par des fermetures ou des ouvertures. Nous avons protesté contre le boycott pétrolier. A mon avis, nous devons avoir la même approche en ce qui concerne le boycott alimentaire...

Je serais très étonné que les pays européens ( il leur appartient certes de décider, ce n’est pas à la commission ou à la communauté européenne que la décision revient) envisagent de brandir cette arme » ( le monde du 15/01/1980

La guerre des Balkans , n’est pas suffisante en elle-même pour véritablement  jouer sur le taux de profit global ( seules quelques entreprises , les cartels pétroliers, et les complexes militaro-industriels vont en bénéficier )1 le  démantèlement de l’URSS n’y est pas parvenu , mais au contraire a miné les espoirs de certains capitalistes qui pensaient faire de bonnes affaires. Ce qui veut dire que la guerre entre l’OTAN et la Serbie est une guerre de position, on prend place et on se positionne pour un conflit plus large, certains parlent d’une guerre entre l’Europe et les USA, bien que cette éventualité n’est pas à écarter . Le journal le monde du 22 avril 1999 titrait : « guerre contre les serbes ou guerre contre l’Europe ? » avec comme commentaire que la guerre des Balkans serait destinée à briser « le dernier obstacle majeur aux puissances de l’argent utilisant le drapeau américain pour empêcher tout espoir d’une planète multipolaire : l’Europe ». L’autre éventualité, celle d’un arrangement entre les trusts les plus puissants d’Europe et  ceux des USA pour le contrôle de la planète est tout aussi vraisemblable pour l’instant, l’objectif d’un condominium USA/ Europe est bien réel comme en témoigne « Le Monde diplomatique » .

« Mais le document signé au sommet transatlantique de Londres le 18 mai 1998, a un autre objectif : instaurer un condominium Etats-Unis - Union Européenne en mesure d’imposer sa volonté au reste du monde, et en particulier aux pays du Sud, dans les négociations qui doivent s’ouvrir en décembre à l’OMC . »Le journal « Le monde diplomatique » ( L’ AMI nouveau va arriver de Mai 99).

Pour que le conflit Europe/USA prenne un tour plus sérieux, il faudrait déjà que l’Europe se dote d’une armée Européenne2  , Jospin l’a évoqué à plusieurs reprise ; ce qui laisse entendre que la France est pour accélérer le processus. Une chose est certaine c’est que le conflit du KOSOVO vient , de mettre hors circuit l’ONU3 et le CONSEIL de sécurité. Ce qui prend comme signification, que l’on écarte « le parlement » au profit de l’exécutif « les forces de l’OTAN »4 , c’est donc un coup d’Etat militaire à l’échelle mondiale qui vient de se produire. Il est même  possible qu’à l’avenir les USA fassent cavalier seul, c’est ce qui ressort du rapport annuel du département de la défense US.

« En tant que seule nation capable de mener des opérations à grande échelle intégrées ( c’est à dire polyvalentes) sur des théâtres très éloignés de ses frontières, les Etats-Unis occupent une position unique (...) ,Pour conserver leur suprématie, les Etats-Unis doivent entretenir des forces toujours prêtes à intervenir, polyvalentes et capables de mener une vaste gamme d’opérations et d’activités militaires. » rapport annuel du département de la défense US.

Déjà, en 1981 les Etats-Unis indiquaient clairement leurs objectifs :

« L'armée américaine doit être prête à déployer deux guerres de grandes envergures en même temps l’une en Europe et l’autre dans une autre région du monde par exemple le Moyen -Orient ».Weinberger secrétaire de la défense US juin 1981.

« La 3émé Guerre mondiale est-elle commencée ? » s’interroge dans le N°14 de Prométhée « la gauche communiste du PCF » si elle n’est pas commencée nous commençons à en connaître les contours et intérêts, avec toutes les hésitations et retournement d’alliance propres aux grandes guerres. Avec plus de 300 conflits depuis la seconde guerre mondiale ont peut même se demander si la seconde guerre mondiale a vraiment pris fin.

3- UNE GUERRE POUR Le contrôle   des sources énergétiques.

Le démantèlement de l’URSS, a aiguisé les appétits des grandes puissances pour le contrôle des sources énergétiques des pays riches en hydrocarbures, notamment ceux qui bordent la mer Caspienne.

Les pays concernés par le contrôle de cette zone sont les USA, L’Europe, la Chine, l’Iran, la Russie et la Turquie. La Turquie fidèle alliée des USA et membre important de l’OTAN forte d’une armée de 639000 hommes , se proposait comme la Grande- Bretagne, dès le début de la guerre des Balkans pour une attaque au sol de la Serbie. Son objectif étant d’obtenir auprès des USA le rôle de second pour la maîtrise des routes du pétrole et du gaz des pays turkmènes de l’ex-URSS. Après plus de 70 ans d’absence de la région, les trusts pétroliers des grandes puissances reviennent au pas de charge .

Signature le 20 septembre 1994, du « contrat du siècle » d’un montant de 8 milliards de $ avec British Pétroléum, Amoco, American Exxon, Pennzoil, Unocal et le russe Lukoil (L’Iran est exclu de ce contrat par les USA). Ce Consortium International du nom d’ AIOC est une entente « pacifique » pour l’exploitation de 3 champs offshore situés en eau profonde (Azéri, Chirag et Guneshi). Après la signature de ce contrat des divergences au sein du pouvoir russe vont se manifester contre le Consortium International ; Bakou capitale de l’Azerbaïdjan fut menacée par la Russie de sanctions économiques. En effet un conflit important va opposer l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan  à la Russie et au Turkménistan, les premiers considèrent les champs offshore au large des côtes comme dépendant de leur souveraineté, les seconds, s’appuyant sur des traités signés avec l’Iran en 1921 et 1940, estiment que la mer Caspienne s’apparente à un lac, et est propriété commune des 5 états riverains.

Le 13 novembre 1996, la Russie, le Turkménistan et l’Iran signent un accord prévoyant la constitution d’une société mixte chargée de la prospection offshore, et en mai 1997 le ministre des affaires étrangère du Turkménistan revendique les champs d’Azéri et une partie de ceux de Chirag ( la Nezavisimaia Gazetta du 30 mai 97).

La « guerre des oléoducs » va commencer,1 l’Iran va tenter de ramener de son côté les pays de l’Asie centrale et notamment l’Azerbaïdjan, en leur offrant un accès à un important réseau d’oléoducs. Les compagnies occidentales optent pour la filière turque qui transite par la Géorgie via la côte méditerranéenne turque. La Russie propose son réseau ( Bakou, Grozny, Tikhoretsk, Novorossisk, Touapse).

La politique des USA, et de l’OTAN ne cesse d’acculer la Russie, en s’attaquant à la Serbie  alliée historique des Russes. Ils viennent de démontrer une fois de plus  leur intention d’isoler complètement la Russie et de lui interdire les principales routes du pétrole et du gaz. Consciente de cette politique , la Russie comme nous allons le voir, va repasser à l’offensive.

4° - Les intérêts des grandes puissances dans cette guerre internationale.

Dans cette partie, nous allons développer notre analyse de la guerre surtout sur la Russie, la France et l’Allemagne ; la politique des USA est constamment indiquée dans l’ensemble du texte ainsi que l’importance de la Turquie et de la Chine...

La russie repasse a L’OFFENSIVE.

Au moment de l’éclatement de l’URSS en décembre 1991, la menace d’une balkanisation de l’espace soviétique va  précipiter la création de la C.E.I. La disparition de l’empire soviétique va donner naissance à  quatre nouveaux états ( la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan. Ces pays ont en commun de posséder des armes nucléaires, vis-à-vis des ces pays, la Russie  est la nation dominante, plus de 25 millions de russes vivent hors de ses frontières. Si la Russie le voulait, elle pourrait allumer, au nom de l’autodétermination des Kosovos en Ukraine, en Moldavie, dans les pays Baltes, au Kazakhstan ou les russes sont  majoritaires. Si la Russie ne le fait pas, c’est qu’elle est sur la défensive et qu’en 1992 sa politique extérieure est complètement favorable à l’introduction du libéralisme et des valeurs occidentales (démocratie, droit de l’homme et économie de marché).

De plus, elle va se trouver après son éclatement aux prises avec une série de conflits dit « ethniques » ou les forces d’interposition ( mot à la mode) de la CEI et pas seulement de la Russie vont devoir intervenir  ( Ostéite du Sud  juillet 1992, Transnistrie  juillet 92, Tadjikistan septembre 93) . Cependant dés 1992 par vote du parlement la Russie déclare « illégal et nul » le transfert de la Crimée (70% de  russes) à l’Ukraine. La Russie veut encore séduire l’occident et se faire admettre de la « communauté  internationale ».

La fin des illusions.

C’est au sommet de Minsk des 12 chefs d’états de la CEI ( le 22 janvier 1993) que les déboires commencent, l’économie russe est au point mort, et l’inflation toujours importante. Les russes ne vont pas tarder à avoir un certain ressentiment vis-à-vis de l’occident, l’aide se fait attendre et les dirigeants russes et surtout les militaires sont de plus en plus convaincus d’avoir « lâché la proie pour l’ombre ».

C’est dans l’amertume que la Russie perçoit son retrait d’Europe centrale et son recul général dans le tiers monde.

En 1993, quatre forces politiques sont en présence en Russie, ceux toujours confiants en l’Occident, ceux qui considèrent que l’ouest est l’ennemi éternel de la Russie et qui se prononcent pour une alliance avec les pays de la CEI, la Chine et l’Iran. C’est cette tendance qui semble l’emporter depuis. Ensuite, nous avons les ultra-nationalistes , pour qui le monde entier est contre la Russie et enfin les centristes démocrates qui voudraient la bonne entente avec tous.

La Russie va donc faire sentir à l’Occident et surtout aux USA qu’elle n’entend plus reculer d’un seul pouce. Elle va donc mener une double politique, d’une part elle va chercher à faire admettre aux instances internationales, son rôle de gendarme régional de la CEI . Le secrétaire du Conseil des ministres de la Défense de la CEI (Leonid Ivachov) considère qu’il faut un nouveau « pacte de Varsovie » pour défendre toute l’ex-URSS . De 1993 à 1994, la politique russe va s’affirmer dans ce sens et le 6 février la 201 éme division russe motorisée reste au Tadjikistan.

Le 18 février 1993, B. Elsine décrète l’embargo sur les fournitures d’armes et de technologies militaires aux états de la CEI, le 20 février, Soukhouni (Géorgie) est bombardé par les russes ; le 17 mars la Russie met fin à sa décision d’appliquer le prix mondial du gaz aux états de la CEI sortis de la zone rouble , c’est donc une faveur pour reconstituer le « Comecon ». Le 4juillet la Géorgie et l’Abkhazie sont menacées de rétorsions économiques si elles refusent un cessez -le-feu.. Le 3 septembre 93 l’accord de Massandra avec l’Ukraine  va annuler la dette énergétique de celle-ci en échange de la restitution des ogives nucléaires, de la flotte de la mer noire et du port de Sébastopol qui sera confirmé le 6 novembre 93,avec la ratification de START-I par l’Ukraine.

La Russie effectue une véritable reprise en main de son empire, tout en jouant sur les contradictions Europe /USA / Tiers-monde  En Octobre 93, l’Azerbaïdjan et la Géorgie adhérent à la CEI, le 3 mars 94 conclusion d’un accord économique d’intégration avec l’Ouzbékistan, et le 25 mars 94 la CEI obtient le statut d’observateur à l’ONU.

En Avril 1996, Boris Eltsine et Jiang Zemin signent un pacte militaire sans les Occidentaux et le Japon avec trois pays d’Asie centrale ( Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan) en dénonçant les prétentions de Washington  à exercer un leadership mondial.

Au moment de la guerre du Kosovo , Eltsine donne l’ordre de pointer les missiles sur les pays de l’OTAN.

Clinton, suite aux opérations de l’OTAN sur le Kosovo a déclaré que l’opération pouvait se répéter « si nécessaire ailleurs en Afrique ou en Europe Centrale ». Quelques jours avant cette déclaration, l’Azerbaïdjan en conflit avec l’Arménie à propos de l’enclave sécessionniste à majorité arménienne du Haut-Karabakh (territoire azeri) a réclamé l’arbitrage de l’OTAN.

L’Azerbaïdjan a le soutien des USA et de la Turquie sous forme de conseillers militaires. Quant à l'Arménie, elle est armée par la Russie. But de l’opération : qui mettra la main sur les oléoducs du Caucase ?

Début juin 1999, débarquement des troupes russes, à la surprise de tous, sur l’aéroport de Pristina.

Le sommet de Cologne du 18 au 20 juin 1999 a officiellement voulu montrer, une réconciliation entre la Russie et l’Occident. En réalité, Eltsine attendait le nouveau prêt du FMI de 15 milliards de $ ; la conséquence sera la réduction des allocations pour le peuple russe. D’autre part Eltsine a engagé la Russie sur la voie d’une coopération russo-USA  sur le nucléaire militaire. Des contacts russes avec l’OTAN sont à l’étude, des négociations sur le traité de désarmement Start-III et sur le traité antimissiles

(HBM) seront engagées à l’automne.

LA France VEUT SON ARMEE EUROPEENNE.

Il faut remonter à la guerre de Suez, pour  « libérer le canal du nationalisme arabe », pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui. En effet c’est après l’échec de la campagne d’Egypte ou les impérialistes franco-anglais bombardèrent Pord -Saîd ( 15 000 morts dans la population civile) qu’ils vont relancer  l’idée de la CED ( Communauté Européenne de Défense)1 .

Les américains, qui avaient poussé à la guerre, jouèrent  encore sur les deux tableaux . Tout en encourageant les préparatifs de guerre des trois puissances (USA, France ,Grande-Bretagne) ils restèrent dans l’expectative au moment du conflit afin de se faire bien voir des pays arabes producteurs de pétrole.Ceci explique pourquoi les européens ne se sont pas précipités au côté des USA dans l’affaire du minage du Golfe. Quand la France à la manière de Tatcher aux Malouines envoyait le porte-avion Clémenceau au Moyen-Orient, c’était pour démontrer que la bourgeoisie française était en mesure d’assumer non seulement sa propre défense mais aussi celle de l’Europe aux quatre coins du monde. C’est une constante de la politique de la bourgeoisie française aussi bien de gauche que de droite.

En 1991, lors de la Guerre du Golfe, Mitterrand va réaffirmer cette vision :

« Il faut que vous en soyez sûrs : protéger le droit dans le golfe au Moyen -Orient, aussi loin de nous qu’il semble sur une carte de géographie, c’est protéger notre pays » Message à la nation 17/1/1991.

Avec la guerre des Balkans, la question de former une armée européenne a fait l’objet d’une campagne médiatique franco -allemande, si durant les année 1950 la défense de l’europe était envisagée le plus à l’Est possible en autorisant l’armement de la RFA ( proposition américaine). Le Président de la République de l’époque René Pleven proposa le 24 octobre 1950 la création d’une armée européenne qui serait associée à des institutions politiques européennes. Les USA, pas très chauds pour cette initiative française acceptèrent de discuter du projet.

Pour les USA, la CED devait permettre la mise en place d’une armée européenne de défense sous commandement suprême  de l’OTAN ( c’est-à-dire des USA.)comme cela vient de se produire dans les Balkans. Pour la bourgeoisie française, l’enjeu consistait à prendre la tête de la CED et ne pas laisser la RFA se relever avec l’aide des USA. Les USA étaient furieux et Foster Dulles menaça directement la France de procéder à une révision déchirante de leur politique étrangère. L’arrivée d’un militaire ( le Général De Gaulle) à la tête de l’état français, va confirmer la politique indépendantiste de la France vis-à-vis des USA, le 7 mars 1966, De Gaulle1 annonce au président Jonhson que la France se retire de l’OTAN. L’impérialisme français voulait voler de ses propres ailes, et avec la « FORCE DE FRAPPE » il va se doter de l’un des plus importants complexes militaro-industriels du monde. La Défense nationale et le poids du complexe militaro-industriel de la France  a toujours été une pièce maîtresse de la diplomatie française, le leader du RPR J . CHIRAC aujourd’hui Président de la République disait le 23 janvier 79 :

« Lorsque nous voyons le débat européen se situer exclusivement en terme de comparaison économique, nous disons que ce n’est pas la bonne voie. C’est peut être la bonne voie pour l’Allemagne, à qui cela a permis de se hausser au rang des plus grandes nations du monde . Et nous avons pu le voir récemment je dirai avec quelque étonnement à la Guadeloupe. Mais ce n’est pas l’intérêt de la France, qui a d’autres atouts que sa capacité marchande ( elle doit en être bien consciente) et d’autres responsabilités internationales ».

Pour bien montrer, qu’elle ne renoncerait pas à son objectif, la bourgeoisie française avait pu se permettre de refuser le système d’alerte aéroporté de l’OTAN en se dotant elle-même de son propre réseau de « radars volants ».

Depuis, la bourgeoisie française a été contrainte de louvoyer, elle est depuis 1993 de nouveau membre de l’OTAN, en échange de cette participation  la France de Chirac a essayé d’obtenir le commandement sud de l’OTAN ( celui qui couvre la zone des Balkans) les USA ont bien entendu rejeté cette demande parce que le but des USA est de neutraliser les ambitions françaises d’une Europe militaire indépendante. Le simple fait que le 4 décembre 1998, au sommet franco- britannique de Saint-Malo Tony Blair se déclare favorable à une armée européenne a provoqué la réaction suivante des USA : « nous ne voulons pas que l’identité européenne de défense sape la vitalité de l’OTAN »devait dire Madeleine Albright.

L’Allemagne veut sa mitelleuropa.

.Le capitalisme allemand depuis la réunification des deux Allemagnes s’implique de plus en plus dans des actions visant à regagner sa sphère d’influence de la Mitelleuropa3 3 au détriment de la zone slave2 . De plus il dispute à la France son rôle hégémonique dans la création d’une armée européenne indépendante à laquelle il veut collaborer d’égal à égal avec la France. Le dépeçage de la Yougoslavie mis en œuvre en 1991 par la RFA et les USA pour des raisons différentes, l’Allemagne ayant toujours son problème d’accès à la Méditerranée et les USA le contrôle de l’Europe et de la Méditerranée ( la route du pétrole vers l’Europe).

L’affaire du dépeçage commence en 1988 , quand Tudjman (futur président de la Croatie) rencontre Kohl pour envisager la création d’un état croate, par la suite les présidents croate et slovéne  demandent le patronage de l’Allemagne pour tenir à  Francfort une « conférence yougoslave », le patronage va plus loin, Bonn finance le HDZ, parti nationaliste de Tudjman qui renporte les élections. Le 25 juin 1991 les parlements slovéne et croate se déclarent indépendants, le lendemain la Deutsche Bank se dit prête à aider les deux républiques. L’Europe des 12 est divisée et plutôt opposée aux indépendances. Le 17 septembre la Macédoine devient elle aussi indépendante (après référendum). Fin 1991 le conflit entre les indépendantistes croates et l’armée fédérale augmente d’intensité; le gouvernement allemand va livrer des chars et des obus à la Croatie5 et décrète le blocus complet du trafic vers la Serbie et le Montenegro. De Cuellar ( ONU) et Lord Carrington ( médiateur européen) mettent en garde contre une reconnaissance pouvant générer une guerre civile.

Le 23 décembre 1991, l’Allemagne reconnaît les deux Etats, le Vatican le 13 janvier 92, la CEE le 15 janvier 92, la Russie le 17 janvier, les USA le 7 avril et Israêl le 16 avril. Le 28 février 1992, le Référendum sur l’indépendance de la Bosnie imposé par la CCE déclenche la guerre civile.

L’Allemagne, il est bon de le rappeler, exporte aujourd’hui davantage vers le bloc de l’Est que vers les USA et dans l’ex-Yougoslavie elle est le premier importateur et exportateur .

En août 1995, c’est l’évacuation forcée des populations serbes de Krajina ( 200 000 personnes).

Depuis les événements n’ont fait que confirmer, cette volonté de l’Allemagne d’étendre ( avec l’approbation des USA) sa zone d’influence vers les pays de l’Europe de l’Est, comme ci les USA voulaient de cette manière faire éclater l’Europe en trois pôles : Europe du Nord avec la Grande -Bretagne à la tète, l’Europe latine ou du Sud avec la France comme locomotive, et l’Europe de l’Est  avec l’Allemagne et la Turquie.

L’ALBANIE COMME PLAQUE TOURNANTE DES USA EN EUROPE.

L’ Albanie  il faut s’en souvenir est le premier pays du bloc de l’Est à avoir intégré l’OTAN. Non seulement à l’intégrer, mais à offrir aux américains une véritable base militaire ; les séminaires et séjours d’officiers albanais aux Etats-Unis sont réguliers. Le Pentagone a affecté quelques millions de dollars de son budget pour militariser  « La grande Albanie ». Depuis 1994 des avions espions du ministère de la Défense américain ainsi que la CIA utilisent les bases albanaises pour des missions de reconnaissance en ex-Yougoslavie (informations publiées dans le journal Courrier international du 7/12/95 sous le titre « Les marines accueillis à bras ouverts par Tirana »). De là à dire que les 9 millions d’Albanais des Balkans (deuxième communauté ethnique après les Serbes dans la région) servent comme les Kurdes de monnaie d’échange aux USA pour mener leur politique de « pacification » il n’y a qu’un pas à faire. Sali Berisha, l’avait ouvertement proclamé  « Les Balkans sont en flammes. Il  faut éteindre ce feu et le seul moyen d’y parvenir, c’est en assurant la présence de l’OTAN »2 .

L’éclatement voulu de la Yougoslavie, va modifier profondément  les axes de communication de la région, l’axe traditionnel nord-sud  est concurrencé par l’axe est-ouest qui va relier directement la Mer Noire à l’Adriatique , la Turquie à l’Albanie ( autoroute verte et voie ferroviaire). Cependant la construction du tronçon de voie ferrée entre la Macédoine et la Bulgarie va faciliter l’arrivée de l’Islam jusqu’au Kosovo (province serbe peuplée à près de 90% d’Albanais musulmans de souche).

De par leur histoire, les nationalistes serbes ne peuvent pas admettre de perdre ce territoire, qui est le foyer mythologique serbe depuis le moyen âge ; le Kosovo y fut le théâtre d’une bataille devenue l’une des épopées centrales de la tradition orale serbe pendant des siècles. Au cours de cette bataille, le roi Lazare et toute la chevalerie chrétienne, selon la tradition , préférant le sacrifice à l’esclavage livra bataille et y fut anéanti par l’armée ottomane 2. De plus économiquement, la Macédoine va devenir plus indépendante avec la réalisation des nouvelles liaisons et la Serbie va perdre un marché important, de même que la Grèce4 qui a un projet concurrent « Egnatia » du nom de la voie romaine qui reliait dans l’antiquité, le port albanais de Durrës à Salonique ( il a obtenu le financement des douze). ( source Le Monde du 22 avril 94)

5°-Sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et l’autodétermination.

Déjà au moment où Lénine posait sa revendication bourgeoise démocratique du « droit des peuples à disposer d’eux- mêmes » , le cycle des révolutions bourgeoises était clos et la 1ére guerre impérialiste en était la preuve. Il ne pouvait plus y avoir que des partages et repartages du monde. La question de la Pologne de l’époque 1848/1900 allait faire dire à Mehring :

« Le temps est passé où la révolution bourgeoise pouvait créer une Pologne libre ; à l’heure actuelle, la renaissance de la Pologne n’est possible que par la révolution sociale, lorsque le prolétariat contemporain aura brisé ses chaînes. » (T 6 des oeuvres de Lénine p 481 édt Moscou). Lénine va approuver ce texte avec certaines réserves révélatrices pour le futur.

Si la question nationale était morte dans les faits, ni la classe capitaliste, ni le prolétariat n’y ayant intérêt, la question nationale et le nationalisme se transformèrent en  idéologie pour séduire la petite bourgeoisie et la paysannerie et surtout comme moyen réactionnaire pour écraser les révoltes de la misère. La grande vague des luttes de libération nationale n’a été qu’un étouffoir et une pure illusion pour les soit disant -peuples à libérer.

Le « droit à la libre disposition » aura pour conséquence d’affaiblir la révolution mondiale , le 1er congrès de l’Internationale est conscient du danger que signalait Rosa Luxembourg et que la pratique révolutionnaire prouvera :

« Les vainqueurs ont arraché à la Russie sans défense, des contributions et des annexions, ils ont utilisé le droit de libre disposition des peuples comme prétexte d’une politique d’annexions, en créant des Etats vassaux, dont les gouvernements réactionnaires favorisèrent la politique de rapine et réprimèrent le mouvement révolutionnaire des masses laborieuses » Thèses sur la situation internationale et  la politique de l’entente 1ére Internationale Communiste page 22 édition MASPERO

Au lieu de resserrer davantage les liens du prolétariat mondial, de comprendre que la révolution amorçait une période de reflux, les bolcheviks élargiront le front uni mondial. L’ impérialisme, deviendra un super-capitalisme, que les prolétaires peuples et nation opprimés doivent combattre. Le monde n’était déjà plus divisé en classes, mais en termes hors classes « les grandes puissances »  d’une part et  « les opprimés de l’autre », les riches et les pauvres ( le nord et le sud aujourd’hui) dont le représentant le plus idyllique fut le guévarisme avec ses « allumons un deux trois Vietnam ». Plus les contradictions du capitalisme s’accentuaient, plus nous avions de nouveaux fronts, les non -alignés, puis la version chinoise du front uni mondial contre les deux super- puissances (USA/URSS) et depuis un certain temps une espèce de front contre les USA.

Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est justement un éclatement des états sous la pression du Capital qui se mondialise. Celui-ci va chercher dans l’histoire les moyens de diviser et rediviser  le monde en fonction de ses impératifs économiques et politiques.

Aujourd’hui le Kosovo, demain le Québec, la Belgique entre Wallons et Flamands , l’Inde et le problème du Cachemire, L’Indonésie et le Timor ,en Amérique du Nord, entre la Colombie britannique, l’Alberta et L’état de Washington., le Turkestan oriental fait déjà appel à l’OTAN pour se scinder de la Chine (depuis la découverte de gisements de pétrole). Ces regroupements (Europe des 15) et ces éclatements prouvent  justement que la question nationale n’a plus de sens, même pour la bourgeoisie, seuls des arriérés peuvent encore soutenir le « droit à l’autodétermination ».

Lénine sépare les nations et le capitalisme : « De libérateur des nations,  le capitalisme impérialiste est devenu oppresseur des nations » (le socialisme et la guerre Tome 21 ,p 312) D’un côté existent les nations, de l’autre le capitalisme. Au 19 éme siècle , le capitalisme ne libérait pas les nations en général, il libérait la bourgeoisie. La nation est une catégorie politique du capitalisme. En 1914/18 et après, les luttes de libérations nationales ont toujours le même objectif,le repartage du monde en faveur du capital le plus puissant.

Lénine rattache la démocratie bourgeoise ( liberté des nations) à la révolution socialiste par le moyen de la lutte contre les grandes puissances. A la thèse de Parabellum (Radek) : « Toutes les questions nationales se posent dans le cadre de l’impérialisme », Lénine répond : « L’oppression nationale s’élargit et s’aggrave sur une nouvelle base historique » ( Le prolétariat et le droit des nations, Tome 21, p 423).

Alors que Parabellum comme  Kievski, part du fait que nous sommes à l’époque de la révolution sociale et que les prétendus « intérêts nationaux » unissent les prolétaires à leur bourgeoisie, les isolent des ouvriers des autres pays et divisent le prolétariat mondial,Lénine prend l’impérialisme comme « base historique » mais le fait principal qu’il met en avant est l’oppression des nations en général., alors que pour nous l’impérialisme globalise le monde et met à l’ordre du jour la révolution sociale mondiale.

Il faut  espérer que ce conflit, comme bien d’autres ajoutera un clou au cercueil de cette vieille revendication démocratique reprise tactiquement par Lénine pour isoler « les impérialistes », de même que cette « autodétermination » qui n’est faite que pour mettre un paravent aux véritables mots d’ordre internationaliste « l’ennemi c’est la bourgeoisie mondiale et le capital » , « défaitisme révolutionnaire » . Par conséquent il ne s’agit pas d’aider « les peuples » ni de revendiquer auprès de JOSPIN l’accueil de 100 000 Kosovars, ni de faire des quêtes pour soutenir l’effort de guerre, ni d’exiger l’armement de l’UCK. Il s’agit d’accentuer la lutte des classes dans chaque pays et d’en montrer le caractère mondial. La crise est aujourd’hui suffisamment profonde pour que l’aspect subjectif colle à la réalité objective. La guerre à laquelle se prépare le Capital c’est la guerre civile et ceci au travers de guerres ethniques ou autres, où la misère est poussée à se battre contre la misère avant qu’elle ne le déborde. On ne nous prendra pas au piège de l’intervention « humanitaire » et de « l’autodétermination ». D’ailleurs le « New York Times » du 11 juin 1999 nous donnait un avant-goût de ce que sera le « Nouveau Kosovo » c’est-à-dire le Kosovo sous la tutelle de la KFOR. Le Kosovo sera un « Etat sans taxes ni impôts » dont les monnaies officielles seront le mark allemand et le dollar américain.

6°- L’ETAT et l’idéologie juridique.

Dans le texte qui va suivre, nous allons nous attacher à critiquer plus spécialement l’idéologie juridique. En effet, l’idéologie juridique n’est pas en elle-même le « Droit » ou la « Loi » elle est le véhicule moralisateur indispensable à son bon fonctionnement. Le rôle de l’idéologie juridique est de justifier en permanence le bien- fondé ( pour l’espèce citoyenne) des contraintes de l’Etat, à les présenter comme naturelles et indispensables à la sécurité du citoyen. Toutes les guerres  sont parvenues à mobiliser les peuples au nom d’idéaux divers défense de la civilisation de la patrie, guerre juste, guerre antifasciste, guerre de libération populaire ou nationale...Depuis quelques temps, les guerres sont menées sous le couvert des droits de l’homme, du droit international humanitaire et depuis le Kosovo du droit d’ingérence humanitaire. La juridicialisation des guerres n’est pas nouvelle  elle  commence avec la Convention de Genève de 1864. Ce qui est nouveau c’est le côté arbitre et de gendarme mondial que le droit international veut imposer comme nécessaire « quand des peuples barbares procèdent à des guerres ethniques » ou que les sacro-saints droits de l’homme ne sont pas respectés ; et pour punir les méchants , la mise sur pied d’un Tribunal Pénal International....

Comme toutes les guerres se préparent sous le manteau de la paix, la guerre des droits de l’homme prend un visage humain, elle se veut non seulement civilisatrice , mais aussi humanitaire et justicialiste, elle ne vient pas pour tuer, mais pour départager « à son profit » les guerres des barbares au nom de la bible des droits de l’homme.

La bible juridique est donc enseignée par la civilisation, dés l’école primaire par les tenants de la laïcité. L’état de droit se veut neutre, sa religion le place comme dieu au-dessus des classes et des partis, il est le représentant, l’aliénation en acte,  par la « démocratie » de la souveraineté du pouvoir du peuple.. L’état de droit reconnaît les classes y compris même les oppositions de classes ; ce qu’il cherche à faire en permanence s'est de concilier ces classes sur la base de l’exploitation millénaire de l’homme par l’homme. La politique contractuelle des organisations syndicales est l’acte premier de cette « fraternisation républicaine » entre les classes, le contrat de travail en est le second, entre l’acheteur et le vendeur de « force de travail » qui traite d’égal à égal « l’égalité républicaine » ,quant à la « liberté, » elle devrait s’arrêter là où elle entrave celle de l’autre. L’homme contraint de vendre sa force de travail n’est pas un homme libre.

Tout le monde sait ,que l’Etat, ses tribunaux, ses flics armés et ses flics sociaux, interviennent en permanence pour faire respecter « les libertés démocratiques », la sainte « liberté du travail », celle du « qui ne travail pas ne mange pas » qui d’est en ouest, du nord au sud défendue par la loi au nom des citoyens « libres et égaux en droits ». Que les individus soient inégaux socialement et économiquement, cela ne préoccupe pas l’état, puisque cette inégalité est le fondement matériel de la richesse et de l’accumulation permanente de celle-ci. Ce qui préoccupe l’état, c’est de maintenir en permanence l’aliénation égalitaire de sa sphère juridique, l’égalité de la société civile, l’égalité en droit. La fameuse et fumeuse égalité en droit ;fustigée aussi bien par Marx que Bakounine.

Marx dira de l’égalité qu’elle devait «servir ensuite à de pauvres cervelles pour fabriquer des systèmes » Le Capital, p 36

L’idéologie juridique, tend continuellement à morceler les conflits afin qu’ils ne puissent pas prendre un caractère de classe ouvert, elle fabrique tout un système de statuts pour créer des fausses oppositions et gérer au centre . Les plus connues sont : l’opposition entre secteur public et privé, entre l’école laïque et l’école privée, et en ce moment la mise en spectacle «  des inadmissibles régimes spéciaux de retraites » que l’on oppose au secteur privé. L’idéologie juridique fabrique des dizaines de statuts, dans lesquels elle circonscrit les luttes de classes ( les sans papiers, les S DF, les CDD, les CDI, ...) le gestionnisme, avec ses droits spécifiques ne conduit qu’à l’échec ,à l’enfermement des luttes.

L'idéologie juridique, est entièrement au service de la propriété et donc du droit, mais elle pense qu’elle est la conscience du monde, et donc qu’elle est au-dessus de la propriété privée comme la religion et les partis sont au-dessus des hommes. L’idéologie juridique tend de plus en plus à s’autonomiser, elle s’est  investie  en tant que conscience de l’état d’un rôle humanitaire qui maintenant transgresse les états, elle veut ses croisades et ses nouveaux croisés. Mais le droit, nous le savons n’est rien de plus que la codification artificielle du pouvoir d’une classe sur un autre à savoir une dictature, le pouvoir du peuple n’est que le pouvoir sur le peuple pas d’illusion à avoir sur cette question, la démocratie en tant que système perverse à montrée ses limites, il faut passer à autre chose.

POUR CONCLURE :

Comme vous avez pu le constater, notre texte est principalement centré sur les contradictions au sein même du monde capitaliste1 Nous avons volontairement mis en exergue les rivalités des grandes puissances ( rivalités entre gangs capitalistes) afin  de démontrer que la guerre « pour la libération du Kosovo » n’est qu’un leurre et qu’elle masque des intérêts « humanitaires » d’un autre genre . Nous savons depuis longtemps, que toutes les guerres nationales , toutes les guerres ethniques et régionalistes ne sont que l’expression des rivalités économiques des grandes puissances et des puissants pour  relever le taux de profit, pour s’approprier des matières premières et des hommes à exploiter ou une zone stratégique sur l’échiquier géopolitique international. Nous n’avons jamais mordu aux théories « du droit des peuples à disposer d’eux- mêmes » car en fait il ne s’agissait que de disposer d’une « bourgeoisie nationale » qui allait négocier sa place de sous-fifre dans l’arène internationale ( après avoir liquidé les communistes et autres révolutionnaires ) et dont la première préoccupation est d’exploiter sans merci son propre prolétariat  et de le déporter vers les pays riches pour avoir des devises.( les exemples ne manquent pas .)

Actuellement, le monde entier est en crise sociale et c’est cette crise que la guerre veut dénouer avant qu’elle ne se retourne  en guerre civile révolutionnaire contre le désordre capitaliste. , peu importe le prétexte qui engendre la ou les guerres ( de repartage du monde, de libération des peuples, de guerre juste , de guerre humanitaire, antifasciste..) Le caractère fondamental des guerres actuelles a pour essence la division en classes de la société  et du fait de cette division pour l’exploitation de l’homme par l’homme, toutes les guerres ont pour finalité le maintien du régime d’exploitation, soit par la destruction du potentiel économique de l’adversaire ( le prolétariat en fait partie ) ,soit par la soumission du prolétariat, qui alors va servir son nouveau maître.

Soit la guerre bourgeoise se transforme en guerre civile révolutionnaire, en guerre de classe et alors nous voyons les armées « adverses » s’associer pour régler son compte au prolétariat ou précipiter les accords de paix ( Il suffit de voir comment la  France humanitaire procède vis-à-vis des déserteurs serbes.). Dans toute guerre, il nous faut donc mettre en avant les actes allant dans le sens de la guerre de classe, et bien délimiter notre camp : le 3éme camp.

« La nationalité de l’ouvrier n’est pas française, ni anglaise, ni allemande, c’est le travail, l’esclavage libre, le marchandage de soi-même.

Son gouvernement, n’est pas français, ni anglais, ni allemand, c’est le Kapital.

Son atmosphère natale n’est pas française, ni anglaise, ni allemande, c’est l’atmosphère de l’usine.

Le sol qui lui appartient en propre n’est pas un sol français, ni anglais, ni allemand ; il se trouve quelques pieds sous terre » ( Karl Marx-1845 ).

                                                                    Gérard Bad (rédigé entre juin et août 1999)

Epuration ethnique ou épuration sociale,

le système capitaliste sème la mort et s’en vante.

Le capitalisme, lui qui chaque jour engendre l’exclusion, c’est- à -dire la mort lente de millions d’être humains « libérés du travail salarié » ou ne trouvant pas à se vendre, le capitalisme veut nous faire pleurer sur des notions de peuple de nation, de races, de religions...Sa soit -disante égalité en droit. Le pays capitaliste le plus puissant du globe utilise l’arme alimentaire pour faire crever des millions d’hommes femmes et enfants . De retour de Yougoslavie, l’ancien ministre de la justice des USA Ramsey Clark écrivait « (...) ces cibles confirment ce que les Etats-Unis ont maintenant annoncé, qu’ils frapperont l’alimentation, l’énergie et d’autres produits essentiels aux civils. L’usage de la faim comme arme est, bien sûr, interdite par la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et le Protocole I additionnel de 1977 aux Conventions de Genève » (extrait de la lettre adressée le 5 avril 1999 à tous les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. )

Le 9 avril 1948, les groupes terroristes sionistes Irgoun et Stern vont exterminer la population de Deyr Yassin prés de Jérusalem . Parmi les morts 25 femmes enceintes, 52 mères avec des bébés et plus de 60 femmes. Menachen Beghin ( prix Nobel de la paix) dirigera l’assaut du village dont il donnera l’explication suivante :

« Non seulement il fut justifié, mais, si la victoire de Deyr Yassin n’avait pas été obtenue, l’Etat d’ Israël n’aurait pas été constitué... La panique gagna les Arabes... L’impression créée par le massacre de Deyr Yassin équivalut à la force de six régiments militaires. Les Arabes commençaient à fuir, tout terrorisés, avant de s’affronter aux forces juives... Le massacre de Deyr Yassin nous a particulièrement aidé à libérer Tibériade et à envahir Haifa. » Beyrouth 1982.

1 C’est environ 200 000 barils de pétrole que la guerre consomme chaque jour, une bonne affaire pour les cartels pétroliers, le prix du pétrole est de nouveau à la hausse.

2 Les dirigeants américains ne sont pas opposés à une défense européenne, ils veulent vendre aux alliés de l’OTAN la vision américaine de la guerre, baptisée «Joint Vision 201 »

3 A la fin de 1996 Madeleine Albright, devenue secrétaire d’état, a opposé le veto des USA pour la reconduction de Boutros Boutros-Ghali, l’état américain a procédé par intimidation et diktat.

4 - Réunis à Washington pour le 50 éme anniversaire, de  l’OTAN, les pays membres de cette organisation ont le 26 avril 1999, entériné le nouveau concept stratégique proposé par les USA. Hier défensive, l’OTAN pourra intervenir  militairement sans mandat des Nations Unies, contre un pays souverain. La guerre dans les Balkans, a été engagée sur la base de ce nouveau concept, au nom de l’ingérence humanitaire. Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, Clinton ( qui postule au prix Nobel de la paix) a annoncé une augmentation de 112 milliards de dollars de dépense militaire dans les six prochaines années.

1 « Le sort de la région de la mer Caspienne concerne le contrôle de l’énergie aux Etats-Unis. Il ressort aussi de la protection des routes stratégiques contre ceux qui ne partagent pas nos valeurs. Nous avons suivi une politique d’investissements substantiels dans la région de la mer Caspienne et il est très important pour nous que le tracé des pipelines et la politique aillent de concert. » (Bill Richardson, secrétaire d’Etat américain à l’énergie, en novembre 1998)

1 Les accords de Maastricht spécifiaient article J.4.1 que l’union européenne devait s’engager sur la voie de la politique étrangère et de sécurité commune.

 

1 « ...la France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation de ses propres forces , ne justifient plus, pour ce qui la concerne les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’Alliance, soit en commun sous la forme de convention multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain » De Gaulle le 7 mars 1966.

3 La propagande pour la Mitteleuropa, s’intensifia pendant la crise économique de 1929/33. Une profonde inquiétude allait saisir les nations et Etats de l’Europe centrale, quand parut sous le modeste aspect d’une union douanière, un plan allemand de domination de la Mitelleuropa.

3

2 L’ Allemagne est le premier client et fournisseur des pays de l’Europe centrale et orientale. En 1994 elle totalisait 47% des exportations de l’UE vers les quatre pays d’Europe Centrale et absorbe 49% des importations, la France respectivement 6,2% et 5,8%.

5 Il apparaîtrait, que l’UCK armée par l’Allemagne, n’aurait pas jouée de grand rôle jusqu'à l’automne 98, que son journal le KoXa Ditore est financé par le milliardaire US George Soros), qui ne cesse de réclamer des bombardements. La TV macédonienne a entendu récemment des combattants cagoulés qui parlaient un allemand impeccable, une équipe japonaise a fait la même expérience. Toutes les attaques proviennent du nord de l’Albanie, des zones contrôlées par l’ex-président Berisha, allié de l’Allemagne . Il existe à présent quatre UCK qui n’ont pas de commandement unifié. Mais toutes sont d’un nationalisme extrémiste, les rivalités entre elles sont fortes et expliqueraient l’assassinat à Tirana, d’Ahmet Krasnici , il était le chef des FARK ( Force Armées de la République du Kosovo). L’UCK disposerait d’une force de 30 000 hommes qui pourrait doublé par l’enrôlement de force des Kosovars en âge de combattre, des rafles menées par les forces serbes auraient fait plus de 500 000 prisonniers pour contrer cet enrôlement.. La diaspora albanaise soutien financièrement l’UCK et il a même été question d’un financement mafieux  par le trafic de drogue.

2 Cette intervention n’est pas neutre, en effet l’OTAN était surtout un organe de défense du bloc de l’ouest, comme celui-ci ne présente plus de danger, la question du maintien de l’OTAN se posait. Les USA on donc proposé un projet pour l’Europe pour le maintien de l’OTAN. Pour les USA, la présence américaine en Europe n’était pas seulement nécessaire pour contrer la menace soviétique, mais, aussi, pour empêcher la résurgence des nationalismes et des grands conflits Européens. Ceci pour éviter une renationalisation à terme des politiques de défense européennes et son corollaire, l’accession de l’Allemagne à l’arme nucléaire.

2 - A l’époque Serbes et Albanais résistaient à l’invasion ottomane.

4 - Le 20 avril 1994, la Grèce protestait contre les arrestations massives de membres de la communauté grecque en Albanie. La Grèce est accusée par l’Albanie de manipuler la minorité grecque pour réaliser ses revendications territoriales.

1 Ce texte vient en complément et sous un autre angle de celui du numéro 90  d’Echanges de l’été 1999 c’est la raison pour laquelle il parle peu des problèmes économiques et sociaux de l’ex-Yougoslavie , à lire aussi l’intéressante petite brochure du Syndicat intercorporatif (CNT) de Besançon sous le titre « Derrière les discours humanitaires, une sale guerre entre classes dirigeantes » et le dernier numéro de « oiseau tempête » «  Des limites de la mondialisation et l’Europe et la guerre. »

Posté par spartacus1918 à 07:36 - Guerre et armement - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 novembre 2007

constitution de l' armée européenne

"La dissuasion nucléaire, je l’avais souligné au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, n’est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d’Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d’utiliser, d’une manière ou d’une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu’ils s’exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part. Cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d’une autre nature." (Chirac le 20 01 2006)

A propos de la constitution d’une communauté autonome de la défense

Echanges N°108 printemps 2004

Descriptif : Cet article montre comment en 2004 c’est effectué la mise sur pied d’une "défense autonome européenne" pour le contrôle de ses zones d’influences

Les deux guerres mondiales ont mis fin aux prétentions anglaise, puis allemande de dominer l’Europe et ont propulsé les Etats-Unis sur le devant de la scène mondiale. Les accords de Yalta, en février 1945, ont été la confirmation du partage du monde entre les deux grandes puissances de l’époque, les Etats-Unis et l’URSS. Les Etats européens minés par ces deux guerres ne furent plus que des appendices du plan Marshall (1948) ou du Comecon (créé en 1949). La Grande-Bretagne s’adossait aux Etats-Unis, l’Allemagne de l’Ouest devenait progressivement un géant économique, quant à la France elle se repositionnait avec ambition entre les deux superpuissances avec sa force de frappe nucléaire. La reconnaissance de la Chine populaire de Mao par la France, en 1964, ne fut que la confirmation de ne pas laisser l’URSS et les Etats-Unis disposer seuls de l’arme nucléaire. L’URSS de son côté poursuivra sa politique de soutien aux luttes de libération nationales partout dans le monde, engendrant des guerres nationalistes. L’« affaire » de Suez (1956) sera la première défaite, après-guerre, d’une Europe qui n’avait plus les moyens de défendre ses intérêts impérialistes (sous la forme militaire) et posera en même temps la question d’une armée européenne pour défendre ses zones d’influence. Comme nous le verrons ici, les velléités d’indépendance militaire de l’Europe occidentale s’exprimèrent dès la fin de la seconde guerre mondiale, et c’est une véritable saga diplomatique que certains Etats européens ont mené et mènent encore pour parvenir à imposer la mise sur pied d’une défense autonome de l’Europe. La France, puissance militaro-industrielle non négligeable, est le pays le plus déterminé et intéressé à la création d’une défense autonome européenne. Si, durant la « guerre froide », les contradictions d’intérêts entre les Etats-Unis et l’Europe n’apparaissent que timidement (retrait de la France en 1966 de l’organisation militaire de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord]), le « choc pétrolier » de 1973 devient le révélateur d’une crise profonde du système capitaliste, crise qui va devenir chronique. Elle mènera en 1979-1980 au retournement monétariste et à la remise en cause du keynésianisme. Au cours des années 1980, la pression entre le bloc occidental et le bloc de l’Est est à son comble : missiles Pershing et SS 20 se font face en Allemagne, une guerre thermonucléaire menace l’Europe. L’URSS, pour diverses raisons, n’est plus à même de poursuivre sa folle course aux armements, qui l’a entraînée dans la ruine économique. Elle va mettre le genou à terre et en 1985, lance la « perestroïka » (terme signifiant « restructuration »), dont la principale mesure sera de réduire les dépenses militaires (1). Les réformes de Mikhaïl Gorbatchev ne feront qu’aboutir à l’éclatement de l’URSS. La Russie est rapidement contrainte de se replier sur elle-même dans ses frontières ancestrales de l’époque des tsars, et même en-deçà (elle perd l’Ukraine). L’heure d’un nouveau partage semi-pacifique du monde venait de sonner, l’Allemagne veut retrouver sa MittelEuropa. Tous les pays de l’Est sont livrés aux carnassiers de l’Occident (Europe et Etats-Unis). L’équilibre des forces au Proche-Orient est de nouveau rompu et après la très meurtrière guerre de huit ans entre l’Iran et l’Irak (2), la décomposition/recomposition de la zone d’influence soviétique du Proche-Orient est à l’ordre du jour. La « communauté impérialiste internationale » déclenche la guerre du Golfe de 1991. Cette guerre va révéler la puissance stratégique des Etats-Unis, et la faiblesse de l’Europe, qualifiée de « nain militaire », exprimée par la guerre contre la Serbie. A chaque conflit, les dirigeants français, de gauche comme de droite, remettront le couvert pour l’affirmation d’une défense européenne autonome. La question qui se pose donc est la suivante : l’Europe peut-elle, et sous quelles conditions, se doter d’une armée qui serait au moins l’égale de celle des Etats-Unis ? Pour bien sûr défendre ses zones d’influence et mener ses « guerres humanitaires ».

1- Le rôle particulier de l’Etat français en Europe

Chaque conflit depuis Suez a toujours été l’occasion pour l’Etat français de vouloir se placer en leader de la « défense européenne » ; c’est une constante jusqu’à ce jour. Nous ne pouvons pas parler de défense européenne sans aborder le rôle particulier du capitalisme français au sein de cette structure. Ce qui caractérise la France, c’est son important complexe militaro-industriel qui trouve sa source dans les différentes guerres coloniales de l’après-seconde-guerre mondiale (Indochine, Algérie, Afrique) et par la prise du pouvoir d’Etat par un militaire, le général de Gaulle. Au départ, la défense de l’Europe était une initiative américaine qui assignait (dès les années 1950) au Conseil de l’Europe de mettre en place une « défense » le plus à l’Est possible, c’est-à-dire à la frontière de l’Allemagne de l’Ouest. Pour répliquer à cette proposition (redonner des ailes à l’aigle allemand), René Pleven proposa le 24 octobre 1950 la création d’une armée « européenne ». Les Etats-Unis ne voyaient pas d’un très bon œil cette initiative, qui sous-entendait une plus grande indépendance de l’Europe vis-à-vis de l’OTAN. Cependant ils acceptèrent de discuter du projet français de la Communauté européenne de défense (CED). Pour les Etats-Unis, la CED devait obligatoirement rester sous le commandement suprême de l’OTAN. Pour la France, il s’agissait de prendre la tête de la CED en ne laissant pas l’Allemagne de l’Ouest se réarmer avec l’aide des Etats-Unis. La lutte contre la vassalisation de l’Europe par les Etats-Unis venait de commencer. Le 9 juin 1954, les discussions sur la CED n’évoluant pas dans le sens de la France, le projet « américain » de la CED est rejeté (voir le rapport Jules Moch du 9 juin 1954). Le retour au pouvoir du général de Gaulle, en 1958, va confirmer cette volonté de la France de retrouver son rôle de grande puissance. Après la seconde guerre mondiale, le gouvernement français va relancer les industries de base sur lesquelles vont se greffer les industries stratégiques, telles l’aérospatiale, l’électronique, le nucléaire. Le réarmement est directement pris en main par l’Etat, avec des participations majoritaires dans ces industries. Sur ces bases, une nouvelle politique fut mise en application. Elle reposait sur la constitution d’une force de dissuasion nationale, la « force de frappe » (3). Cette force nucléaire - qui n’était à ce moment qu’à l’Etat de projet - allait permettre à la France de s’imposer non seulement en Europe et au sein de l’OTAN, mais aussi à l’échelle mondiale. Le 17 septembre 1958, dans un mémorandum au général Eisenhower, de Gaulle avait proposé de créer (en dehors de l’OTAN) un directoire à trois (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne) « afin de prendre des mesures conjointes qui intéressent le monde ». Le président Eisenhower, dans sa réponse du 20 octobre 1958, avait rejeté cette requête de partage des responsabilités mondiales (4). Les Américains ne supportent pas la décision française et déclarent « procéder à une révision déchirante de leur politique étrangère vis-à-vis de la France ». Douze ans après, le 7 mars 1966, c’est de Gaulle qui applique « cette révision déchirante » : la France quitte l’organisation militaire de l’OTAN et va désormais jouer la balance entre l’OTAN et le pacte de Varsovie pour renforcer sa propre puissance. Depuis, nous pouvons dire que tous les gouvernements qui ont défilé sur la scène politique sont restés d’une grande fidélité à l’égard de la défense nationale et du rayonnement de la France dans le monde. Jacques Chirac, aujourd’hui président de la République, disait le 23 janvier 1979 : la France a « d’autres atouts que sa capacité marchande (elle doit en être bien consciente) et d’autres responsabilités internationales ». En 1991, lors de la guerre du Golfe, François Mitterrand va réaffirmer cette ambition française : « Il faut que vous en soyez sûrs : protéger le droit dans le Golfe au Moyen-Orient, aussi loin de nous qu’il semble sur une carte de géographie, c’est protéger notre pays. » (Message à la nation, 17 janvier 1991.) Progressivement, l’impérialisme (5) français, qui a perdu toutes ses guerres coloniales, est contraint de se rendre compte qu’il n’a plus les moyens de sa politique. Il ne peut plus faire cavalier seul. Dorénavant ses espoirs passent par l’Europe, la politique nationale n’est plus de mise. La fabrication d’armement doit s’européaniser, cela devient de plus en plus une question de survie pour les industries d’armement. Ce que toute la gauche française de l’époque ne réalise pas encore, c’est qu’une fraction de la bourgeoisie française ne considère plus son avenir dans le cadre national, qui ne lui permet plus d’exister en tant que grande puissance. Dorénavant, le capitalisme français va se poser en leader de la défense des intérêts européens dans le monde, en matière militaire il en a les capacités. Il ira jusqu’à refuser le système d’alerte aéroporté de l’OTAN en se dotant de son propre réseau de « radars volants ». Depuis, la bourgeoisie française a été contrainte de louvoyer. Elle est depuis 1993 de nouveau membre de l’organisation militaire de l’OTAN. En échange de cette participation, la France de Chirac a essayé d’obtenir le commandement sud de l’OTAN (celui qui couvre la zone des Balkans). Les Etats-Unis ont bien entendu rejeté cette demande, parce que leur but est de neutraliser les ambitions françaises d’une Europe militaire indépendante. Le simple fait que le 4 décembre 1998, au sommet franco-britannique de Saint-Malo, Tony Blair se déclare favorable à une armée européenne a provoqué la réaction suivante de Madeleine Albright : « Nous ne voulons pas que l’identité européenne de défense sape la vitalité de l’OTAN. » La mise en garde est sans ambiguïté.

a) Le concept d’autonomie stratégique et la politique dite prototypaire (6) de la France.

Le concept d’« autonomie stratégique » était déjà sous-jacent avec la force de frappe et le retrait de la France de l’OTAN. Il va prendre toute sa dimension avec la publication en 1972 du Livre blanc de la défense nationale (7). Cependant l’Etat français a-t-il les moyens de ses ambitions ? Dans la pratique, nous nous rendrons compte que non. En 1994, le livre blanc en sera l’aveu. Il fixera non seulement la maîtrise des coûts mais aussi leur diminution : l’objectif étant de parvenir à une baisse de 30 % des coûts des programmes sur la durée de la programmation, c’est-à-dire cinq ans. Une telle purge ne pouvait se faire que par la remise en cause du système de régulation administrée par les commandes de l’Etat. La production d’armement étant comme toute autre industrie livrée à la concurrence et à son européanisation. L’autonomie stratégique de la France ne pouvait se concevoir que dans le cadre européen. Même si les crédits d’équipement entre 1991 et 1998 sont (en valeur réelle) en diminution de 31,6 %,il ne semble pas que l’autonomie stratégique soit remise en cause. Le premier ministre de l’époque déclare : « Le maintien d’une autonomie stratégique constitue une singularité de notre défense » (Saint-Mandrier, 3 avril 1998). Ensuite les coupes claires, les interruptions et suppressions de programmes se sont succédé. La loi de programmation (1997-2002) allait réduire ses « cibles » sur 31 programmes et procéder à un étalement sur 20 autres. L’Etat français, sans le dire ouvertement, était contraint de pratiquer une politique « prototypaire » - c’est-à-dire incapable de développer industriellement les protoytypes qu’elle sait encore concevoir - pour conserver les compétences de ses techniciens en attendant l’européanisation militaire industrielle, puis l’armée européenne. Il ne fait aucun doute, que cette politique prototypaire ne pourra pas se prolonger très longtemps. Le gouvernement français va devoir forcer la cadence, il est à un tournant décisif.

b) La politique de défense sous le règne du socialiste François Mitterrand (1981-1995)

L’élection du socialiste François Mitterrand à la présidence de la république française ne va pas atténuer les tensions mondiales. Le premier acte du gouvernement socialiste français fut d’envoyer Claude Cheysson, ministre des relations extérieures, dans les bras de Reagan et Haig pour les remercier du soutien américano-sioniste au gouvernement socialiste. Le remerciement fut de taille puisque Cheysson s’est déclaré favorable à l’installation des missiles américains en Europe. En fait, le 10 mai 1981 aura été une victoire de l’OTAN et des plans agressifs de l’administration connus sous le nom de « stratégie Weinberger ». Ces plans visaient à imposer aux alliés de l’OTAN d’accroître leurs dépenses militaires et à les impliquer de plus en plus dans le maintien de l’ordre mondial. Les déclarations américaines voulaient faire de l’Europe le champ de bataille entre l’OTAN et le pacte de Varsovie. En février 1980, l’amiral Sanguinetti accusait, dans le quotidien portugais Diaro de Lisboa : « Les Etats-Unis prévoient une guerre en Europe et n’ont même plus la pudeur de le nier. Les hauts responsables américains prévoient qu’un tel conflit aura lieu dans trois ans. » Reagan ne se gênait pas pour déclarer tout haut que les Etats-Unis étaient prêts à employer l’arme nucléaire tactique sur l’Europe. En visite en France, Weinberger fut particulièrement impressionné « par l’effort réalisé par la France en matière de défense » (Les Echos, 16 octobre 1981) (8). A l’époque, cette perspective d’une guerre thermonucléaire allait créer le plus puissant mouvement anti-guerre et antinucléaire de l’après-guerre, notamment en Allemagne fédérale. Les Verts (Grünen), s’opposant aux installations des Pershing, réalisèrent une importante percée électorale. Le chancelier Helmut Kohl, pour contrer le slogan « Plutôt rouges que morts » et obtenir de justesse des Persching supplémentaires, va faire appel à Mitterrand. Celui-ci déclare en 1983 devant le Bundestag (Parlement allemand) : « Les euromissiles sont à l’Est et les pacifistes à l’Ouest. » Si la bourgeoisie française, par le truchement du gouvernement socialiste, épouse les thèses guerrières des Etats-Unis, c’est toujours avec l’idée d’accélérer la constitution de l’Europe militaire et de contraster avec le « neutralisme » de l’ancien président Giscard d’Estaing. Pour preuve les commentaires du journal Le Monde du 15 septembre 1982 : « Les récentes déclarations de Ronald Reagan sur la guerre nucléaire limitée à l’Europe devraient inciter les Européens à “réfléchir” à une “défense autonome” comme le leur a demandé M. Mauroy. » La bourgeoisie française n’a jamais digéré que le partage du monde à Yalta se soit fait sans elle. C’est pourquoi, au travers de de Gaulle et Mitterrand, elle fera tout pour réviser Yalta et l’Alliance atlantique. Elle souhaite que cette « alliance » soit plus « cohérente » et qu’enfin l’Amérique reconnaisse le poids de la France en Europe, sa capacité et sa suprématie. Ce que l’Etat socialiste français revendique, ce n’est plus un directoire à trois (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis) que voulait de Gaulle, mais un directoire à deux (France, Etats-Unis). Cette question fut à l’ordre du jour du sommet occidental de Versailles en juin 1982. De son côté, en 2003, Tony Blair espérait obtenir cette même position avec son engagement sans limite aux côtés des Américains dans la guerre de mars-avril contre l’Irak. Sous le règne de Mitterrand, la question d’une Europe de la défense restera du domaine de l’hypothèse. Voici quelques extraits de son allocution devant les auditeurs de l’Institut des hautes études de la défense nationale le 11 octobre 1988 : « La défense de l’Europe, je suis pour, je la veux. J’en cherche patiemment les chemins, mais j’en vois aussi les obstacles. Et c’est par la lucidité que nous atteindrons notre but. » « Je note, en premier lieu, la différence de statut des douze pays de la Communauté. Seules la France et la Grande-Bretagne détiennent l’arme nucléaire. Encore, la France dispose-t-elle, et non la Grande-Bretagne, d’une décision autonome. L’Allemagne, elle, conséquence de la dernière guerre mondiale, ne peut accéder à ce type d’armement. Elle ne le demande d’ailleurs pas. Cette différence de statut entraîne des différences d’approche. L’Irlande est neutre. La Grèce obéit à d’autres critères que nous. Le Danemark a des traditions, une Constitution qui l’éloignent de nos perspectives. Avec la Grande-Bretagne, nous entretenons des relations cordiales, mais lorsqu’il s’agit d’armement et de défense commune, la conversation en reste là. Après Reykjavik (9), j’ai vu Mme Thatcher s’interroger. L’option européenne semblait se rapprocher. On en est resté là. » « Et l’armement ? Certes, le groupement européen des industries de programme et d’armement travaille. Les discours y sont valeureux. Mais pour quel résultat ? Y a-t-il un avion européen ? Deux sont en projet. L’un qui regroupe quatre pays. Il est lourd, il est cher, beaucoup plus cher que le nôtre, qui coûte déjà très cher, et il ne remplit pas la même mission stratégique. Des confidences laissent entendre que certains des quatre partenaires trouvent la note lourde. La France, de son côté, fabrique le sien, le Rafale ; elle serait heureuse d’un arrangement, mais n’en cultive pas l’illusion. Elle emploiera donc le Rafale, dont tout laisse penser qu’il fournira à nos armées un remarquable instrument. » « Au point où nous en sommes, il y aura au moins deux avions européens sans oublier les autres, puisque les Etats-Unis d’Amérique se proposent pour arranger les choses. Et les choses seront considérées comme arrangées le jour où l’Europe aura choisi de se doter... d’un avion américain. En matière d’armement, on avance donc à pas lents vers l’unité européenne. Pas d’avion, pas de char, un hélicoptère franco-allemand. Et pour les fusées, pas grand-chose. » - (Extrait de la revue Défense nationale de novembre 1988.)

Si, sous le règne de Mitterrand, l’Europe de la défense reste du domaine de l’hypothèse, les événements mondiaux, la fin de la situation de Yalta et le démantèlement de la Yougoslavie vont servir d’arguments à la relance de l’Europe de la défense.

2 - La fin de Yalta et le redécoupage des zones d’influence

Alors que l’URSS acceptait le démantèlement « pacifique » de son empire, que l’ancien patron du KGB devenu secrétaire général du parti (Mikhaïl Gorbatchev) s’entendait avec son homologue américain, ancien patron de la CIA (George Bush) pour mettre fin à la guerre froide, des résistances au redécoupage du monde qui ne faisait que commencer allaient se manifester. Ceausescu, président de la Roumanie, fut purement et simplement renversé pour n’avoir pas compris le sens profond de la « perestroïka », contrairement à son homologue polonais, le général W. Jaruzelski, qui se livra sans discuter.

a) L’éclatement de l’URSS et le démantèlement des républiques yougoslaves.

La fin de Yalta et du pacte de Varsovie redonna des ailes à l’aigle allemande qui passa à l’offensive pour regagner ses anciennes sphères d’influences de la Mitelleuropa au détriment de la zone slave. Le dépeçage de la Yougoslavie fut programmé en 1991 par la RFA et les Etats-Unis, les uns voulant un accès à la Méditerranée, les autres s’assurant le contrôle du Sud de l’Europe, donnant ainsi une raison au maintien de l’OTAN. En effet, l’OTAN était surtout un organe de défense du bloc de l’Ouest contre le pacte de Varsovie. Comme celui-ci ne présentait plus de danger, la question du maintien de l’OTAN se posait et avec elle celle de l’émergence d’une armée européenne. Quand, le 25 juin 1991, les parlements slovène et croate déclarent l’indépendance de leurs pays, le ver est dans le fruit. Le 23 décembre1991, l’Allemagne reconnaît les deux Etats, le 13 janvier 1992 c’est au tour du Vatican, le 15 janvier de la CEE, le 17 janvier de la Russie et le 7 avril les Etats-Unis... L’Allemagne, depuis, n’a pas cessé d’étendre son influence vers les pays de l’Europe de l’Est, pendant que les Etats-Unis installaient une base militaire en Albanie. Ce repartage en chaîne des Balkans va rapidement se heurter à la Serbie et à la Russie. En mars 1999, 19 pays de l’OTAN déclarent la guerre à la Serbie et font le ménage dans la région. Après les grandes manœuvres militaires au Kosovo et en Serbie, l’Union européenne (UE) est entrée dans une stratégie de rééquilibrage des forces avec l’Amérique qui se concrétise par un curieux marchandage ; « plus de responsabilités aux Européens dans l’alliance en échange d’une meilleure contribution militaire ; un engagement maintenu de Washington dans la sécurité européenne en échange d’une implication plus forte des Européens à son coté face aux défis stratégiques globaux. » Comme le dira la presse, les Etats-Unis veulent s’occuper du ciel et laisser les missions terrestres aux européens... c’est tout le sens de l’opération Concordia (10). La Yougoslavie (11) était dépecée et son dernier foyer de résistance, la Serbie, noyée sous un déluge de bombes, dit « frappes chirurgicales ». Tous les proches de l’ex-empire soviétique allaient subir pour des raisons diverses une remise en cause de leur souveraineté nationale. (L’Irak, Cuba, la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie, la Libye...) au nom du « droit à l’ingérence humanitaire ». L’arme alimentaire sera amplement utilisée contre l’Irak, Cuba, le Nicaragua. Le chef d’orchestre américain battant la mesure pour le compte de l’Occident. C’est dans ce contexte de repartage des zones d’influence que l’opération Tempête du désert (l’attaque contre l’Irak de 1991) fut montée de toutes pièces par la CIA.

3 - Le réarmement international sur fond de crise

Selon l’Institut international de recherche sur la paix à Stockholm (Sipri), les dépenses militaires dans le monde ont globalement augmenté de 6 % en 2002 (progression régulière depuis les attentats du 11 septembre 2001). Plusieurs raisons poussent au réarmement mondial : il y a la simple modernisation et le renouvellement de matériel, c’est le cas des pays européens qui ne veulent pas se laisser distancer par les Etats-Unis. Il y a la volonté politique des pays militaro-industriels de faire marcher leur industrie d’armement (les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et la Chine). Il y a les pays qui se trouvent au centre des nouvelles tensions internationales, suite au redécoupage des zones d’influence de la planète, et ceux qui pensent toujours que la relance de l’économie passe par l’augmentation des dépenses militaires qui auraient de bonnes retombées pour le civil et optent pour un concept civilo-militaire (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et, dans une moindre mesure, Israël, Corée du Nord, Chine, Italie, Espagne). En effet la Chine et l’Inde se réarment notamment auprès de la Russie ; la Syrie et l’Iran font de même. La Russie a atteint en 2002 un niveau important de vente d’armes (4,8 milliards de dollars, soit 36 % du marché mondial), en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente. L’Allemagne de Schröder veut, elle aussi, accroître les capacités militaires de l’UE. Elle demande que lors des opérations de l’ONU, les casques bleus ne soient plus des forces nationales, mais européennes (Le Monde du 5 avril 2003). Le Japon veut se doter de l’arme nucléaire. La France de Chirac se targue d’une hausse du montant des commandes à l’exportation de 10 % par rapport à 2001 (Le Monde du 1er juillet 2003) malgré l’échec du char Leclerc en Grèce et du Rafale en Corée du Sud. Pour la Direction générale de l’armement (DGA), ces ventes sont très insuffisantes ; il faut que la France exporte encore plus (environ 40 % de son chiffre d’affaires, soit 5 à 6 milliards d’euros.). En même temps qu’ils augmentent les budgets, les Etats procèdent à des économies au sein même des armées. Par exemple, les forces armées britanniques vont devoir réduire leurs exercices d’entraînement, pour faire face à une crise financière « sans précédent ». Le ministère de la défense doit négocier des ajustements budgétaires qui s’élèvent à 44,8 milliards d’euros) pour les années à venir. Il est même question d’annuler un tiers des 232 avions de combat Eurofighter programmés. L’Italie de Berlusconi, qui veut une armée de professionnels, vient de réduire la production du Dardo (char d’assaut dernier cri) de 300 à 200 unités. L’Allemagne, après avoir fait chuter son budget de 29 milliards d’euros en 1990 à 24,4 milliards (montant gelé juqu’à 2006), compte renégocier le prix des 620 Eurofigther commandés. Quant à la France, elle cherche à savoir sur quel budget elle va devoir imputer ses 600 millions d’euros pour ses opérations au Kosovo, en Afghanistan et en Côte d’Ivoire. Les attentats du 11 septembre 2001 seront une véritable aubaine pour les industriels de la guerre ; partout l’entreprise sécuritaire est mise en avant. Au niveau européen, prise en charge budgétaire d’une Force de réaction rapide (FRR) (12) destinée aux « missions de Petersberg » (13). Cette force doit être articulée avec d’autres, cette fois civiles : service de police, moyens de renforcement de l’Etat de droit. Entre janvier et juin 2001, les nouvelles institutions politique européenne de sécurité et de défense (PESD) (14) sont devenues permanentes (traité de Nice). Depuis, l’UE dispose théoriquement d’environ 60 000 hommes, 100 bâtiments et 400 avions. Cette force est encore virtuelle en l’absence d’un conseil des ministres européens de défense. Pour mettre en place la FRR, l’UE va devoir dépenser plus, c’est-à-dire 2 % du PNB collectif. Seuls cinq Etats sont dans ce créneau. L’Europe militaire est surtout budgétaire. Pour le moment la puissance militaire de l’Europe n’est « qu’un tigre de papier » ; l’UE dépend pour toute intervention militaire sérieuse des Etats-Unis qui contrôlent l’espace aérien. C’est donc cette faiblesse que l’UE va devoir combler avec son programme Galiléo.

a) L’industrie militaire américaine et européenne en crise

La fin de la guerre froide n’allait pas être une bonne affaire pour les marchands de morts. Les budgets militaires vont se réduire, touchant les industriels de l’armement de plein fouet. Lockheed Martin, le plus grand trust d’armement du monde, se languissait de l’absence de guerre, lui qui en 1995 se vantait d’employer dans sa sinistre production de mort plus de 200 000 salariés, et dont les chaînes de production ne parvenaient plus à suivre durant la guerre du Golfe de 1991. « A la fin des années 1990, l’entreprise croulait sous les dettes (plus de 10 milliards de dollars), son action n’avait pas plus de valeur qu’un junk bond [« titre pourri »], et ses dirigeants ont cru que le département de la défense allait les sauver... ce qui ne s’est pas produit. » (Jacques Gansler, professeur d’université, à l’époque sous-secrétaire à la défense chargé des acquisitions.) Lockheed Martin a été écarté par le gouvernement de Bill Clinton de commandes géantes, soit près de 80 milliards de dollars de contrats (satellite espion, nouvelle génération de destroyers pour la marine, remplacement de véhicules blindés de l’armée de terre) au cours des cinq dernières années. L’élection de George W. Bush et les attentats du 11 septembre 2001 contre le Pentagone à Washington et les tours jumelles du World Trade Center à New York furent une véritable aubaine pour Lockheed Martin. Le budget de la défense retrouva une santé de jeune homme : sur un PIB de + 3,1 % annuel, l’industrie de mort se taillait la part du lion : + 1,75 %. En octobre 2001, le Pentagone amputé, de 54 généraux suite aux attentats du 11 septembre (informations de la télévision jamais rediffusées) retenait Lockheed Martin contre Boeing pour la construction du F35 JSF. Sans cette commande de 3 000 appareils, le plus gros contrat militaire de l’histoire - 200 milliards de dollars, dont 19 pour Lockheed Martin -, le groupe n’aurait plus existé dans le secteur de l’aéronautique de défense, estime un spécialiste (Loren Thompson). Non seulement le 11 septembre 2001 relançait au plan international la machine de guerre, mais il allait servir la plus grande machinerie d’intoxication médiatique sur la sécurité intérieure ; pas seulement des Etats-Unis, mais de nombreux pays. La Russie à sa manière ayant elle aussi son 11 septembre avec les attentats suicides des Tchétchènes.

b) Mise en place d’un contrôle social civilo-militaire

« La sûreté est le plus haut concept social de la société bourgeoise ; le concept de la police, c’est l’idée que la société toute entière n’existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne de ses droits et de la propriété. » (Marx, La Question juive.)

Un concept civilo-militaire est mis en action au niveau de la planète. En effet, depuis les attentats du 11 septembre 2001, les gouvernements veulent une articulation plus poussée entre militaires et civils pour contrer la menace terroriste. Il semblerait que la cible soit plutôt préventive. La crise du capitalisme prenant plus d’ampleur, la bourgeoisie mondiale va devoir gérer les débordements et réprimer les « classes dangereuses ». En mai 2001 s’était tenue une conférence des responsables nationaux des forces de polices pour lancer un plan d’action dont l’objectif était de sélectionner, former et équiper jusqu’à 5 000 agents destinés à des missions internationales. Le terrorisme est mis en exergue pour justifier et faire oublier un autre terrorisme, celui des Etats qui se préparent à gérer une crise sociale permanente qui commence à toucher les classes moyennes (comme en Argentine) et donc le vernis de la démocratie. La machine à cogner les « classes dangereuses » est en route et il faut à chaque instant que le système justifie le renforcement du contrôle social sans que cela apparaisse comme tel : mise en place de systèmes de vidéo-surveillance dans les villes, utilisation d’hélicoptères à projecteurs pour le contrôle de l’immigration clandestine (France). Tout cela se met en place sous le couvert de discours humanitaires, sécuritaires et anti-terroristes. Comme on ne lésine pas avec la sécurité, tant le monde devient instable et dangereux avec la montée de la pauvreté, certains bâtissent des murs. D’autres, comme les Etats-Unis depuis janvier 2003, mettent en place un ministère de la sécurité intérieure (15). Le budget de ce ministère est époustouflant : 38 milliards de dollars, pour surveiller les aéroports, les frontières... Une huile de Lockheed ne peut s’empêcher de s’exclamer : « C’est énorme, c’est l’une des principales opportunités de business pour nous » (Bob Trice). Les bonnes nouvelles, pour « les marchands de canons », ne s’arrêtent pas là. Le déclenchement de la guerre contre l’Irak allait avoir un effet Viagra sur l’entreprise moribonde. En 2002 elle était redevenue bénéficiaire (plus 500 millions de dollars, pour un chiffre d’affaire de 26,6 milliards de dollars). De l’autre côté de l’Atlantique, on s’active aussi pour équilibrer les forces en présence. Il semble, à observer les faits, que l’émergence d’une armée européenne soit aujourd’hui, pour des raisons économiques et stratégiques, décisive pour l’Allemagne, la France, la Belgique et d’autres - Espagne, Portugal, Italie. Les autres pays européens sont soit dans l’expectative, soit du côté américain. Le cas de la Grande-Bretagne est ambivalent, tantôt, elle penche comme au sommet franco-britanique de Saint-Malo vers une armée européenne indépendante, tantôt elle redevient atlantiste et cherche à négocier avec les Etats-Unis un rôle de second. Ces aléas et retournements diplomatiques sont le propre des crises économiques où chacun cherche à faire retomber le poids de la crise sur celui qui sera à un moment le plus vulnérable. Toute l’histoire de l’avant-seconde-guerre-mondiale en témoigne.

c) Pour la défense européenne, il est minuit moins cinq

Juqu’à présent, les différents gouvernements qui se sont succédé en France ont tous, avec plus ou moins de difficultés, essayé de maintenir le potentiel technologique de l’industrie militaire française, même sous la forme prototypaire. La force de frappe a été contrainte de mettre en place le plan Calcul. Plus récemment, la France s’est dotée de moyens autonomes pour disposer d’images satellite (16), et le projet Galiléo semble en bonne voie. Ces faits vont dans le sens d’une Europe militaire indépendante. Cependant des facteurs contraires doivent être pris en considération et il semble à y regarder de prêt que pour nos pourvoyeurs d’armements européens et notamment français, il y ait le feu au lac. « Cela peut être une question de vie ou de mort. Cette phrase-là, qui n’est pas neutre, le président de la République l’a prononcée, le 30 septembre, devant le ministre de la défense, les chefs d’Etat-major et les militaires des trois armées rassemblés sur la base aérienne de Creil. Nous devons être prêts à assumer nos responsabilités : pour notre sécurité, pour celle de l’Europe, et celle aussi des nations auxquelles nous attachent des liens particuliers. » (Valeurs actuelles, 4 octobre 2002.) Après le président Chirac, c’est le PDG de Dassault qui s’alarme : « Les dirigeants politiques européens voulaient créer l’Europe de la défense, les Américains l’ont fait. » (Charles Edelstenne.) Les Américains auraient fait de l’Europe leur terrain de jeu. Dans l’aéronautique militaire, ils ont réussi à faire financer par plusieurs pays d’Europe (Grande-Bretagne, Danemark, Norvège, Italie et Pays-Bas) une partie du développement de leur nouvel avion de combat, le F-35. C’est plus de 4 milliards d’euros qui n’iront pas dans les programmes européens de défense. Objectif des Etats-Unis : marginaliser l’industrie aéronautique européenne, puis la vassaliser. Pas un secteur de la défense n’échappe à l’appétit des groupes américains. Rachat de 100 % du capital du chantier naval allemand HDW, n°1 mondial des sous-marins conventionnels, par One Equity Partner. Ce fonds d’investissement lié à Bank One jouerait en effet au cheval de Troie pour le compte de Northrop Grumman, qui convoiterait la technologie de propulsion ultra-silencieuse du dernier sous marin d’HDW, le U-35. Ces cinq dernières années, les Américains ont pris le contrôle d’un pan de l’armement terrestre européen : le suédois Bofors et l’espagnol Santa Barbara, le suisse Mowag par General Motors en 1999, et l’autrichien Steyr par General Dynamics en 1998 (« OPA yankee sur l’Europe de la défense », La Tribune, 12 novembre 2002). Le sommet historique de l’OTAN à Prague du 21 novembre 2002 ira dans le même sens : depuis le 11 septembre 2001, les dirigeants américains ont décuplé les pressions politiques pour placer leur armement. « Il n’y a qu’à voir comment le Rafale s’est fait déclasser en Corée du Sud au profit du F 15, pourtant moins performant. Il en est de même en matière civile, avec la compétition Boeing-Airbus. » (Un haut responsable de l’aéronautique française). Les pays candidats à la fois à l’OTAN et à l’intégration européenne sont pris en sandwich entre les Etats-Unis et l’Union européenne, chacun faisant pression pour placer son arsenal militaire. La Pologne vient de préférer, en 2003, le F-16 US au Mirage 2000-5 français. Les pays de l’Europe de l’Est n’ont pas les moyens de s’armer. Tous les projets d’achat sont retardés au profit des infrastructures civiles (transports, télécommunications). (« Prague le 21 novembre, sommet historique de l’OTAN », La Tribune, 21 novembre 2002.) Quelques mois après, c’est le journal Le Monde qui fait une description semblable :

« En pleine bataille au sommet, six pays, dotés d’une défense et d’une industrie de défense, viennent de signer une lettre d’intention dans laquelle ils fixent les règles d’échange d’information technologique et d’exportations de matériels sensibles. Une avancée notable. Le début de déblocage du projet Galiléo (le GPS européen) va dans le même sens. (...) Mais il est minuit moins cinq. L’industrie européenne estime désormais très proche le moment où elle va définitivement perdre pied. A Davos, en janvier, lors d’une réunion sur le sujet des différents PDG du domaine et d’experts, le pessimisme était de mise. Le patron du suédois Saab estimait que les entreprises européennes perdraient “toute capacité d’intégration générale”, cruciale dans l’“infowar”, et qu’elles devaient, l’une après l’autre, se réfugier dans des “niches” en espérant participer aux programmes de recherche américains.  » Un industriel français, un peu plus optimiste, précise : “Tout va se jouer dans les deux ans qui viennent. Ou bien nous accélérons la convergence de nos moyens militaires et la standardisation des matériels, nous planifions enfin les dépenses sur plusieurs années, nous lançons des programmes multinationaux d’envergure et, enfin, nous multiplions nos efforts technologiques, ou bien le déclin est assuré.” » (« L’Europe de la défense : il est minuit moins cinq », Le Monde du lundi 31 mars 2003.)

Le même journal précisera : « Il s’agit aussi [pour M. Schröder, le chancelier allemand] d’avancer dans la voie d’une Europe de la sécurité et de la défense pour que le continent non seulement puisse “parler d’une seule voix”, mais surtout, se fasse entendre. “L’Europe doit développer ses capacités militaires de façon qu’elles expriment notre engagement et notre responsabilité dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix”, a-t-il dit. » (« M. Schröder veut accroître les capacités militaires de l’UE », Le Monde du 5 avril 2003.)

d) EADS, fer de lance de l’industrie militaire européenne

Ces déclarations montrent que la situation exige des décisions rapides et surtout un financement important des Etats européens pour imposer la mise en place de l’armée européenne. Le groupe EADS (géant de l’aéronautique de la défense et de l’espace) lié au groupe Lagardère est le principal espoir pour les industriels européens de voir se constituer un puissant pôle civil et militaire face aux Etats-Unis. « Il est aujourd’hui généralement admis que l’industrie européenne d’armement s’est développée seule, sans l’aide des Etats, et la constitution d’EADS, entreprise française, allemande et espagnole, est souvent citée à l’appui de cette démonstration. Toutefois, c’est oublier que EADS trouve son origine dans une déclaration commune signée par trois Etats - la France, l’Allemagne, et le Royaume-Uni - le 9 décembre 1997, appelant à la constitution d’une grande entreprise européenne aéronautique et de défense. A cette époque, les grandes entreprises européennes d’armement sont en discussion perpétuelle afin d’envisager des regroupements. Le constat est simple : isolées sur un plan national avec un marché trop restreint et des budgets d’équipement en contraction, inquiètes de voir leur compétitivité se réduire du fait d’immenses regroupements réalisés aux Etats-Unis, les entreprises européennes cherchent la stratégie qui leur permettra de rebondir. » (Problèmes économiques, n° 2804 du 9 avril 2003, p. 23.) Pour y parvenir, il faudrait qu’EADS absorbe Thales (ex-Thomson-CSF) et procède à des accords avec la Russie de Poutine (17). A savoir une participation d’EADS dans Mig, qui est sur la liste des privatisables. Comme nous venons de le voir, la constitution d’une armée européenne indépendante se fait tailler régulièrement des croupières par l’Oncle Sam (18). Ceci n’empêche pas les Européens de réagir ; ainsi Gerhard Schröder et Jacques Chirac poussent les entreprises allemandes et françaises à reprendre HDW (le leader mondial de la construction de sous-marins conventionnels) aux Américains, afin de créer un « EADS naval ». Etaient sur les rangs pour cette opération : les français Thales et DCN, l’allemand Thyssen Krupp et l’italien Fincantier. Cependant, One Equity Partners (OEP) (fonds d’investissement américain) allait injecter 400 millions d’euros dans HDW, réduisant pour un temps les ambitions d’une reprise européenne du chantier naval allemand. L’Europe de la défense ou, plus exactement, la constitution d’une Europe capable de défendre ses anciennes colonies et son approvisionnement énergétique se met en place de manière très chaotique. Chaque Etat (il y en a 25 maintenant) voulant, en échange d’achat d’armement européen, être associé à sa fabrication. Le ministre de la défense espagnol Federico Trillo souhaite que son pays participe à la mise en place de l’« EADS naval » (La Tribune du 4 et du 8 septembre 2003). Pour y accéder, l’Espagne vient de procéder à l’achat de 24 hélicoptères Tigre et, de ce fait, entre dans le programme de fabrication d’Eurocopter au même titre que la France et l’Allemagne. Comme nous l’avons vu précédemment, en septembre 2003 la presse indiquait que la Grande-Bretagne (19) était d’accord pour une défense européenne indépendante de l’OTAN et la constitution d’un quartier général. Cette information sera démentie par certains journaux britanniques. Quelque temps après, au sommet de Naples, les 25 pays de l’Europe s’entendaient pour mettre en place un embryon (noter le terme) de défense européenne, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ayant présenté une proposition commune pour la création d’une structure militaire autonome de l’OTAN. Il en est résulté que l’UE aura désormais une capacité militaire mobilisable en permanence, et non plus envisagée au cas le cas, comme pour Bunia et le Congo. Le sommet de Bruxelles des 12 et 13 septembre sur la constitution européenne va capoter, l’Espagne et la Pologne étant désignés comme co-responsables de l’échec. Cependant, sur la question de la défense européenne, « la vieille Europe » va marquer encore un point : il est prévu la mise en place d’ici à 2004 d’une agence européenne de l’armement destinée à développer les capacités de défense, la coopération en matière d’armement, et le renforcement des bases technologiques et industrielle européenne. En ce mois de février 2004, nous pouvons dire que le Grande-Bretagne vient de basculer en faveur d’une défense autonome de l’Europe suite à quelques événements révélateurs. En effet un spécialiste de la défense à la London School of Economics, Willliam Wallace, indiquait que « Bae [British Aerospace] essaye une stratégie d’intégration aux Etats-Unis, alors même que ceux-ci deviennent plus protectionnistes. Son partenaire Boeing est lui-même en difficulté. » (La Tribune du 26 janvier 2004). Visiblement Bae Systems est en situation d’échec face à ses concurrents nationaux (Rolls Royce et Cobham), qui ont leurs intérêts au sein d’EADS. Le ministère de la défense (MoD) passe à l’attaque contre Bae, qui est accusé d’être responsable d’un dépassement de 3 milliards de livres et de la perte d’un énorme contrat de 18,6 milliards d’euros. Le 27 janvier, la presse annonce qu’EADS vient de décrocher un contrat de 18,8 milliards d’euros avec le ministère de la défense britannique, pour la fourniture d’avions ravitailleurs à la Royal Air Force. Le choix fait par le président Chirac (le 13 février) du deuxième porte-avions à propulsion classique scellait la nouvelle entente des « marchands de canons » européens. Thales et EADS sont très satisfaits. Ils vont pouvoir positionner EADS comme « leader européen des drones ».

Conclusion

Nous avons au cours de ce texte voulu montrer les tendances profondes et historiques de l’évolution des contradictions entre impérialistes (anciens et nouveaux). Tout d’abord la dislocation de l’Europe sous les coups de boutoirs des deux guerres mondiales et le repartage du monde entre les Etats-Unis et l’URSS. Ensuite nous avons montré comment, petit à petit, l’Europe va se manifester pour mettre fin aux accords de Yalta, comment la France et l’Allemagne pour des raisons différentes vont agir, de connivence avec les Etats-Unis, pour faire éclater le bloc de l’Est et ouvrir la boîte de Pandore d’un redécoupage du monde. Enfin, les grandes guerres du Moyen-Orient ont été engagées pour le recyclage de la rente pétrolière au travers de la course aux armements dans cette région (20), mais aussi comme guerre souterraine contre le dollar, sa remise en cause par une alliance financière euro-arabe que les Etats-Unis devaient nécessairement briser chaque fois par la guerre. L’émergence de l’euro et la prétention du noyau dur de l’Europe de constituer une « Europe de la défense autonome » avec son quartier général déplace le champ des contradictions internationales vers l’Europe. L’explication des rivalités impérialistes, bien que nécessaires, ne s’écarte pas de la « politique » c’est-à-dire de la longue histoire des Etats,de leur démembrement et recomposition en fonction des rapports de force internationaux. Dans ce cadre, la contradiction fondamentale entre bourgeoisie et prolétariat cède le pas aux contradictions inter-bourgeoises et toutes les oppositions a-classiques qu’elles engendrent pour le maintien global de la domination de classe. A ce titre, prendre la défense de l’Europe et de son armée sous prétexte de s’opposer à l’unilatéralisme américain, c’est déjà participer au futur patriotisme européen et aux guerres que l’Europe mène en Afrique. De même que soutenir toutes les campagnes « anti-terroristes » des Etats-Unis c’est plonger dans l’idéologie sécuritaire, qui n’est qu’une tentative de contrôle préventif des futurs conflits de classe qui vont se déchaîner. Nous assistons, comme avant la seconde guerre mondiale, à la mise en place de blocs et d’axes militaires et économiques prêts à s’affronter militairement, la course actuelle aux armements les plus destructeurs en est la preuve. Cette course terrifiante aux armes les plus sophistiquées menace déjà l’ensemble de l’espèce humaine (21) dans sa propre reproduction et donc génétiquement. Jamais dans l’histoire une extermination de population n’avait atteint ce but ; avec les bombes à uranium appauvri, c’est fait. La terreur technologique, au sens ou elle expulse le prolétaire par le perfectionnement des machines et le décime par des opérations dites chirurgicales sur le champ de bataille, semble ne laisser que peu d’espoir à une sortie révolutionnaire de la crise catastrophique du capital quand elle se manifestera sans appel. En temps de « paix », la seule existence du capitalisme provoque la mort d’un être humain toutes les quatre secondes, le Sida toutes les onze secondes ; à ce niveau tout devient relatif. Placer au centre de sa théorie la question d’un holocauste nucléaire ou autres armes terrifiantes encore à l’étude pour en conclure que toute action révolutionnaire est vouée à l’échec, c’est placer au centre du devenir historique, non pas la solution sociale « le communisme », mais la force titanesque de la bourgeoisie et reconnaître que le capitalisme est bien « la fin de l’histoire. » Depuis son avènement, le Capital s’est très rapidement adapté aux guerres ; elles ne seront jamais totales pour lui, mais toujours conventionnelles. Il y aura des conventions et un droit de la guerre, on décidera avant le bouillon rouge des armes à utiliser, afin de pouvoir, en cas de dérapage, condamner le perdant pour « crime contre l’humanité », distinction finale qui justifie le bien-fondé de la guerre. En fait de guerre totale, c’est le prolétariat mondial qui va devoir se charger de l’entreprendre et, toujours poussé par les événements, c’est-à-dire par sa réalité économique, réalité qui fait que peu importe ce que pense sa « conscience individuelle » à tel ou tel moment, c’est ce qu’il sera contraint de faire, pour la survie collective de l’espèce humaine.

Gérard Bad janvier 2004

(1) C’est en décembre 1987 que Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signent le traité FNI prévoyant l’élimination de ces forces nucléaires.

(2) Voir « Bilan de la guerre Iran-Irak » de la brochure de René Berthier Il y a dix ans la guerre du Golfe.

(3) Cette force de frappe nucléaire avait déjà été mise sur les rails par les gouvernements de la IVe République. En 1963, l’Amérique refusera de livrer à la France un gros ordinateur (Control Data) dont celle-ci avait besoin pour développer sa force de frappe nucléaire. l’Etat français fut contraint de développer sa propre filière informatique (le plan Calcul) très coûteux.

(4) Depuis ce refus, de Gaulle proposera constamment des solutions « européennes » qui excluront toujours les Etats-Unis.

(5) Ici le terme « impérialisme » est employé pour signifier la période colonialiste de la France. Ensuite ce terme n’aura de valeur que dans un cadre plus large, celui de l’Europe en construction qui veut défendre ses zones d’influence.

(6) Ce terme veut dire, que l’Etat français n’est pas en mesure d’aller au-delà de la fabrication de prototypes, voir le Ramsès 1999.

(7) Livre blanc de la défense nationale (1972,1973). Voir les notions de « dessein politique autonome », ou de « liberté de décision ».

(8) Le budget militaire de 1983 a procédé à d’importantes restrictions budgétaires de l’armée de terre en faveur du nucléaire. Dans le projet de budget un accroissement des crédits supérieur de 15 % par rapport à 1982. (11, Stratégie et défense, p 33).

(9) Après le sommet de Reykjavik, l’éloignement de la menace soviétique sur l’Europe occidentale va relancer l’ambition française d’une Europe de la défense autonome.

(12) La présidence belge déclarait que la FRR serait opérationnelle fin 2001. (13) Ce qu’on a appelé les « tâches de Petersberg ». L’expression est tirée d’une déclaration de l’UEO de juin 1992, qui présente l’engagement à développer les moyens d’intervention, dans le domaine des opérations humanitaires et de secours comme dans les fonctions plus traditionnelles de maintien de la paix et d’instauration de la paix par des moyens militaires. Les « tâches de Petersberg » ont été adoptées par l’UE dans le traité d’Amsterdam. Les moyens pratiques d’exécuter ces tâches sont toujours en cours de développement. (14) Politique européenne de sécurité et de défense.

(15) Le PDG de Thales vise le marché de la sécurité intérieure européenne, de la surveillance des frontières à la sécurité industrielle en passant par les centres de commandement de la police. Il a indiqué que dans l’UE, 1 milliard d’euros avait été attribué aux dix nouveaux membres pour la sécurité des frontières.Aux Etats-Unis, ce budget s’élève à 55 milliards de dollars. (Les Echos, 18 novembre 2003).

(16) « Il y a dix ans, nous n’avions pas d’images satellites. Il fallait les demander au Pentagone. Quand on montrait à François Mitterrand une vue satellite du théâtre d’opérations du Koweït, il était prié de bien vouloir la restituer aux services américains ». Depuis le lancement des Hélios, la France a ses propres photos fournies par la base de Creil.(Valeurs actuelles du 4 octobre 2002.). Coût de la photo : 3000 euros selon le journal Libération du14 octobre 2003.

(17) EADS renforce sa coopération avec le groupe russe Soukhoï et Rosoboronexport, organisme d’Etat russe d’exportation d’armes. Ils ont signé le 21 août des accords sur la défense (La Tribune du 22 août 2003). (18) Les Etats-Unis viennent une nouvelle fois d’isoler le coq français de sa basse-cour. Paris vient de confier à Dassault la réalisation d’un démonstrateur d’avion de combat non piloté (Ucav) contournant ainsi le projet européen Scafe (avions et drones) qui traîne les pieds.

(20) Pour la France, les ventes d’armes ont payé, en 1976, l’équivalent de 20 % de ses importations de pétrole. (Problèmes économiques du 20 novembre 1978.)


ANNEXES


Les 10 premiers industriels américains et européens de l’armement

Rang mondial et chiffre d’affaires (en milliards de dollars) 2002

Rang société C.A. 1 Lochkeed Martin (E-U) 23 2 Boeing (E-U ) 22 3 Raytheon (E-U) 15 4 BAE Systems ( R-U) 15 5 Northrop Grumman (E-U ) 12 6 General Dynamics 10 7 Thales (Fr) 8 8 EADS (Fr. All. Esp.) 6 9 Finmeccanica (Italie) 4 10 Honeywell (E-U ) 4


Les dépenses militaires en 2002 en % du PIB

Etats-Unis 3,3 % France 2,6 % Royaume -Uni 2,4 % Europe 2,0 % Italie 1,9 % Allemagne 1,5 % Espagne 1,2 % (Source : Otan)


La guerre des drones

Il fallait s’y attendre, la robotisation des armées prend le relais pour les guerres du futur proche. D’ores et déjà, plus de trente pays ont lancé des projets de fabrication de drones (avion sans pilote). Les drones ont été utilisé, pour la première fois par les USA au Vietnam ; ensuite c’est l’Etat d’Israël qui les a modernisés et rendus opérationnels durant la guerre du Kippour, en 1973. En 1995 les Etats-Unis avaient à leur disposition le drone Predator (28 millions de dollars l’unité) qui fut utilisé lors des conflits en Irak, au Kosovo, et en Afghanistan. L’Iran a même annoncé qu’il allait prochainement exporter des drones. La France fabrique des drones depuis vingt ans. Elle en a même utilisé en Bosnie et au Kosovo (drones tactiques Crécerelle, CL-289...) et vient ( le 17/6/2003) de se doter d’un programme de 300 millions d’euros pour la mise en place d’un prototype de drone de combat. Il s’agit d’une « grosse opération « destinée à mobiliser des compétences technologiques stratégiques, a estimé le Délégué Général pour l’Armement. L’idée est de produire un engin qui puisse effectuer un premier vol d’ici 2008 avec une capacité de tir. Ce « futur système aérien de combat « vise la relève des appareils européens actuels - l’Eurofighter des groupes britanique BAE Systems, européen EADS et italien Alenia, le Gripen du suédois Saab et le Rafale du français Dassault. La DGA vient de solliciter des étudiants de dix écoles d’ingénieurs et universités pour qu’ils réalisent un prototype de drone miniature, pour en équiper les fantassins à partir de 2010 ( le Monde du 21/06/2003). La France de Chirac essaye de se maintenir à la hauteur des Etats-Unis, seulement les américains disposent de milliers de chercheurs, des universités, des laboratoires et intellectuels qui collaborent avec le Pentagone. Au Etats-Unis, la RMA (Révolution Inthe Military Affairs) est en marche et avec elle de nouveaux concepts stratégiques et opérationnels. Le journal Le Monde ( 4 juillet 2003) faisait Etat d’un projet américain nommé Falcon, acronyme de Force Application and Launch from the Continental US. Ce projet compte doter les Etats-Unis d’un drone apte à transporter une charge de 6 tonnes ( missiles ou bombes guidées avec précision) à une vitesse de cinq à dix fois la vitesse du son sur une distance de 14500 km. Le Pentagone se fixant ainsi l’objectif de pouvoir frapper n’importe qui dans le monde en moins de 2 heures. Le système devrait devenir opérationnel en 2010, avec des prototypes dès 2006-2007.

Posté par spartacus1918 à 08:47 - Guerre et armement - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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