Il est difficile dans ces quelques pages de donner dans le détail le déroulement des luttes en Grèce dans les deux années écoulées. Émeutes, manifestations, occupations, pillages alternent ou se chevauchent dans une grande variété d’actions, les unes bien encadrées et contrôlées qui toutes sont dirigées soit contre des mesures politiques ( l’austérité), soit contre les conséquences de ces mesures ( notamment pour lycéens, étudiants, chômeurs et immigrés), soit pour des groupes plus restreints contre la société capitaliste dans une radicalité qui se voudrait d’avant-garde.

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Jusqu’à présent, toutes ces actions présentent un caractère commun : même si elles sont récurrentes, elles n’ont pas réussi à se généraliser et surtout elles n’ont pas touché l’ensemble des forces vives du pays dans une paralysie générale qui contraindrait le pouvoir ou à céder ou à sévir plus durement, ce qui, dans un cas comme dans l’autre pourrait avoir des conséquences imprévisibles, non seulement en Grèce, mais aussi en Europe. Même si l’on a pu voir comme le 5 mars dernier lors d’une manifestation un leader syndical attaqué par les manifestants contraint de fuir sous la protection de la police, il n’y a pas eu d’autres tentatives de concrétiser des oppositions aux atermoiements syndicaux dans des grèves sauvages prolongeant les journées d’action.

Pourquoi tout en reste là ? Il faut considérer que la moitié de l’activité économique de la Grèce ressort de l’économie souterraine qui n’est nullement touchée par les mesures d’austérité. D’autre part, les différents régimes, dictature et démocratie que la Grèce a connus ont développé un appareil d’Etat hypertrophié marqué par la clientélisme, la corruption et l’impéritie ce qui explique que ce soit l’ensemble des services publics qui soit au centre des résistances aux mesures drastiques envisagées. Enfin, l’économie déclarée repose essentiellement sur le tourisme et les transports maritimes. Ce sont des champs d’activité qui peuvent aisément échapper aux restrictions budgétaires et à de nouvelles ponctions fiscales : le tourisme peut aisément camoufler son activité réelle et les transports maritimes qui opèrent dans le monde entier peuvent aussi facilement échapper à toute réglementation du travail et financière.

La situation en Grèce ne peut pas être isolée de sa place dans l’Europe et dans le monde. Plusieurs éléments doivent être considérés, qui s’influencent mutuellement et expliquent à la fois les événements eux-mêmes et leur instrumentalisation :

- Les principaux créanciers de la Grèce sont l’Allemagne et la France qui ont tout intérêt à la fois au remboursement de cette dette et au contrôle de l’économie grecque. Il peut paraître à la fois étrange et normal qu’au moment où la Grèce est particulièrement endettée la France lui vende des frégates et que l’Allemagne, attisant la rivalité gréco-turque pour vendre des armes des deux côtés lui vende 4 sous-marins et d’autres armes lourdes. Les manipulations monétaires recouvrent souvent des pressions économiques bénéfiques pour les plus industrialisés.

- Il se joue à l’échelle mondiale une compétition économique dont les termes sont définis par les rapports entre les monnaies, ici, euro contre dollar. Faire baisser l’euro semble avoir été l’un des buts de l’énorme médiation de la dette grecque et de sa propagation éventuelle vers les pays « les plus fragile » de l’Union européenne.

- Enfin et non des moindres, l’exemple grec de l’imposition de strictes mesures d’austérité concernant l’ensemble des conditions de l’exploitation de la force de travail et de la marche en avant, jusqu’à présent, quelles que soient les résistances, ouvre la porte à ce que l’on annonce aujourd’hui de toutes les mesures restrictives dans chacun des Etats de l’Union .

Il reste au prolétariat de montrer que les résistances peuvent dépasser le stade de ce que nous voyons actuellement en Grèce.