capital_dasLes médias ont évoqué le développement dans les Iles britanniques d’une nouvelle forme du contrat de travail, le contrat « zéro heure ». Vu que, contrairement à la France, le contrat de travail n’est pas sérieusement réglementé, ce type de contrat est parfaitement légal à partir du moment où il figure dans un document écrit et signé des deux parties. D’une certaine façon, il est une extension de l’intérim pour lequel la « mission » pouvait ne comporter qu’un temps très limité, fut-ce inférieur à une heure. Le travailleur inscrit dans la boîte d’intérim n’avait aucune obligation, il pouvait prendre ou non la mission, et la boîte d’intérim n’avait pas non plus l’obligation de fournir du travail ; de plus, le travailleur en intérim était placé sous l’autorité totale de son patron temporaire, qui fixait l’ensemble des conditions de travail sauf les salaires payés par la boîte d’intérim.

Dans le contrat « zéro heure », le travailleur a l’obligation d’être « disponible » 24 sur 24, c’est-à-dire accroché à son portable tout ce temps car son « patron » peut l’appeler à n’importe quel moment pour l’exploiter strictement le temps qu’il juge nécessaire. Comme il est dit en anglais, il doit être toujours in call. Le salaire n’est évidemment versé que pour le temps travaillé. Cela explique que les travailleurs exploités sous ce système sont soumis à une discipline très stricte : ne pas parler à son collègue, ne pas s’absenter pour une cause quelconque si l’emploi dure plus longtemps que prévu, nepas passer trop de temps aux toilettes. Un système de points de pénalisation a même été institué et, selon le principe « strikes and you are out » (« infractions et vous êtes saqués »), un certain niveau de points signifie la porte. On comprend ici le souci patronal de faire qu’à l’instar d’une machine, l’être humain doit être totalement productif pour le temps qu’il fonctionne, et ne doit rien coûter s’il ne fonctionne pas. Bien sûr, d’après le contrat, soi-disant pour rétablir l’équilibre, le travailleur a en principe le droit de refuser l’offre du patron ; mais il est bien évident que ce travailleur n’aurait plus d’appel et serait en quelque sorte licencié sans l’être s’il refusait fur-ce qu’un appel.

Le système est en croissance rapide, plus d’un million en août 2013.( 5 fois plus qu’en 2012) Au départ, cela concernait essentiellement les activités saisonnières afin d’éliminer les temps morts de l’exploitation des salariés : hôtellerie, restauration, loisirs et éducation, santé, secteur public. Mais, peu à peu, ce type de contrat a gagné d’autres secteurs. Au début, il concernait essentiellement des emplois non qualifiés, mais il couvre maintenant l’éventail total des emplois. Actuellement, le temps de travail hebdomadaire sous ce régime serait en Grande-Bretagne de dix-neuf heures. 20 % des entreprises du Royaume Uni y ont recours. , touchant particulièrement les 18-25 ans et les plus de 55ans. Par exemple, la chaîne de magasins de sport « Direct » exploite 20 000 travailleurs sous contrat 0 heure On peut mettre ce type de contrat en parallèle avec les contrats définitifs mais à temps partiel. Plus de 5,5 millions de travailleurs auraient signé des contrats ne leur garantissant que trois heures de travail par semaine. Les conséquences de tous ces contrats dans la vie quotidienne « moderne » sont impressionnantes. Les travailleurs concernés sont pratiquement éliminés de toute recherche de logement, de l’obtention de toute carte de crédit ou de l’accès à tout crédit. C’est la précarité totale.

Cette situation et la menace qui plane sur l’ensemble des travailleurs n’empêchent pas les luttes pour préserver ce qui n’a pas encore été atteint par cette vague de « course à la productivité du travail ».

C’est peut être un des premiers conflits concernant le contrat « zéro heure » : 200 travailleurs de la boulangerie industrielle Hovis se sont mis en grève en août dernier contre le licenciement d’une partie d’entre eux, les réductions d’horaires et l’embauche sous le contrat « zéro heure ». Depuis novembre 2012, cette firme a déjà fermé 4 usines en Grande-Bretagne et licencié 900 travailleurs dans une restructuration accompagnée de rationalisations, fusions et manipulations financières. La grève s’est terminée le 30 septembre par un accord signé par le syndicat Baker Food and Allied Workers Union, accord qui entérine pratiquement l’usage du « zéro heure contrat » en en réglementant seulement l’utilisation.

Parallèlement se poursuivent des conflits plus classiques : contre les licenciements et les baisses de salaires (4 000 en septembre dans le réseau des bureaux de poste), et il existe la perspective d’autres conflits contre un projet de privatisation de Royal Mail ; dans les compagnies régionales de bus (City Link, Warrington network) et même chez les livreurs de bière approvisionnant les pubs. Grèves surprises aussi comme celle des travailleurs sociaux de Glasgow le 13/09/2013 qui, au bout de trois jours, ont obtenu la réintégration d’un des leurs suspendu pour avoir refusé une chargesupplémentaire de travail.

Un cas particulier a fait grand bruit quant à l’intensification de la pression des conditions de travail, un cas extrême et particulier mais qui n’en illustre pas moins la condition présente des salariés et qui peut se rattacher à ce qui est dit ci-dessus à propos du contrat « zéro heure » : le 21/08/2013 à Londres, un stagiaire allemand devait prouver l’excellence de sa candidature d’employé à la succursale de Bank of America. Pour ce faire, il a accepté de travailler jour et nuit jusqu’à 72 heures non-stop. Il en est mort d’épuisement. À la suite de la médiatisation de ce qui n’était présenté que comme un « fait divers », les langues se sont plus ou moins déliées et il est apparu que dans certains secteurs, c’était une pratique courante (et que le contrat « zéro heure » autoriserait cette sorte d’abus). Selon un ancien stagiaire, le plus grand cauchemar des intéressés était ce qu’ils appelaient « le manège enchanté ». Après avoir travaillé toute la journée depuis 9 heures du matin jusqu’à une heure avancée le lendemain matin, on vous ramenait en taxi chez vous pour que vous puissiez prendre une douche, vous changer et reprendre le taxi qui vous attendait à la porte pour vous ramener pour une journée de turbin. Un autre stagiaire présentait comme « normal » le fait de travailler jusqu’à 22 heures(et parfois plus tard), après avoir embauché à 9 heures le matin. Une autre menace concerne les chômeurs. A partir du printemps prochain, ceux-ci seront contraints à des travaux d’intérêt général ( nettoyer les rues, aider les vieux, etc..) de 30 h par semaine. Pour ce faire ils devront se pointer chaque jour à l’agence pour l’emploi. S’ils refusent ou ne se pointent pas , ils seront privés d’indemnités pendant 4 semaines la première fois ; pour la seconde fois, ce sera une suspension de trois mois.

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