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Se souvenir de L'incendie de la tour Grenfell survenu le 14 juin 2017 dans , un immeuble de logements sociaux de 24 étages, situé à Londres faisant , 71 morts et environ 8 disparus (que l'on compte comme morts, ce qui fait 79 morts)et 74 blessés. Selon un rapport cité mi-avril 2018, le feu s' est déployé à cause du nouveau bardage,sans ce bardage aucune victime ne serait à déplorer.

Les bonnes âmes , n'ont pas déployé un élan de générosité, pour au moins reloger les sinistrés.

Mais quand il s' agit d' un symbole du pouvoir bourgeois, Arc de triomphe, Notre Dame, le Sacré Cœur construit pour symboliser l' écrasement de la commune de Paris, l' argent à ce moment coule à flot.

ci dessous deux textes contre l' union sacrée et le nationalisme

L’incendie

La charpente de la cathédrale de Paris n'a pas encore fini de se consumer que déjà le ban et l'arrière-ban de tous les pouvoirs institués appellent à resserrer les rangs autour de ce symbole de la soumission. Tout de suite a été rappelé en boucle que ce monument a vu passer dans sa nef depuis des siècles rois, papes, empereurs et autres présidents de toute l’Europe, voire du monde.

En pleine crise sociale, alors que depuis des mois on nous serine que les caisses sont vides, que le traitement homéopathique de l'injustice, de la pauvreté et de la misère coûte décidément trop cher, les cendres étant encore chaudes, voilà que les millions pleuvent à foison en toute indécence. Tout le beau monde s'ébaudit devant la soi-disant générosité de quelques milliardaires : ramenées au montant du smic, leur obole ne vaut pas dix euros ! Et rapportée à l'utilité réelle de ces dix euros pour un smicard, leur obole vaut-elle seulement quelques centimes ? Sans compter que l'on ne peut absolument pas les dédouaner d'arrière-pensées d'optimisations fiscales et publicitaires.

Mais le plus grave est qu'à travers cette propagande faite au nom du "patrimoine", de l' "art" ou de la "culture", c'est bien l'image universelle de tous les puissants qu'il s'agit de réaffirmer : puissances politiques, religieuses, économiques, technologiques, financières, médiatiques... Ce n'est pas un hasard si tous les puissants, ou presque, de la planète se sont émus. Ce qu'il s'agit de reconstruire au plus vite, ce n'est qu'accessoirement un témoin passé de notre histoire commune, mais un symbole présent de leur pouvoir. Ce témoignage du passé, pour important qu'il soit à certains égards, n'est pourtant ici jamais mis en perspective critique : la révolution française ou la Commune ne sont que des pages noires de l'histoire de la cathédrale, et donc par conséquence des pages sombres de l'Histoire elle-même. Ce qui a brûlé c'est avant tout un mythe, et c'est lui qu'il s'agit de pleurer et de restaurer.

Comme l'a très bien dit Macron lors de son allocution du 16 avril, "chacun à sa place, chacun dans son rôle", et le monde continuera de pouvoir croire aux miracles. Et c'est bien ce qu'il a essayé de nous vendre : "Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte" pour avancer dans la résolution de la crise sociale. L'important est de restaurer l'image touristique de l'unité nationale et de la puissance de l'Etat. Cette puissance est d'ailleurs si extraordinaire qu'elle est capable de sécher des chênes centenaires pendant largement plus d'une dizaine d'années tout en reconstruisant avec eux une charpente monumentale dans les soixante prochains mois.

Ce que le pouvoir français n'a pas vraiment réussi à faire avec le saccage symbolique de quelques boutiques de luxe sur les Champs-Elysées, à savoir faire condamner les émeutiers au nom du prétendu rêve universel des consommateurs de pouvoir accéder "un jour" au mythe de la richesse, il est en train d'essayer de le faire avec cet incendie tout à fait providentiel pour lui. Sa priorité est de restaurer l'image de l'unité nationale mise à mal par cinq mois de crise sociale majeure :"Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français (sic)". Face à un tel défi, qui ne comprendra pas la mesquinerie, la petitesse, l'égoïsme même, de la contestation sociétale si elle continuait à vouloir re-définir le sens perdu d'un vivre-ensemble à réinventer.

Dans l'intervention de Macron, il s'agit très expressément de faire passer le sens de l'histoire devant une "fausse impatience" nécessairement illégitime de la contestation. "Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu". Pourquoi faut-il donc que la vie réellement vécue vienne toujours gâcher son image idyllique que les puissants fignolent si patiemment pour notre bien? Affirmer la permanence et la continuité de la France et de ses symboles, c'est automatiquement tenter d'autolégitimer un pouvoir qui se veut son incarnation. C'est symétriquement tenter de jeter l'anathème sur les contestataires du pouvoir au nom d'une histoire prétendument impérissable, tellement plus grande que les petits soucis quotidiens des uns et des autres.

L'avantage de ce genre de discours, c'est qu'il va finir par rendre palpable que la critique du pouvoir devient de moins en moins dissociable de la critique de son histoire : l'histoire telle que nous la connaissons n'est toujours que l'histoire racontée par le pouvoir. Il ne s'agit bien entendu pas de raconter autrement la même histoire, avec le regard des vaincus, mais de casser leur histoire, de briser le référentiel mental qui leur permet de croire qu'ils sont l'histoire. A tout le moins, puisque pour eux cela me paraît désespéré, il faut surtout que les dominés, ces gens qui ne sont rien, changent d'histoire, sortent du cadre mental et national qui seul légitime les puissants de ce monde. Ce n'est qu'en changeant d'histoire qu'ils pourront faire leur propre histoire, ce n'est qu'en cassant les repères temporels et géographiques du pouvoir qu'ils arriveront, que nous arriverons à le briser lui-même.

Passons sur le fait que l'Etat français qui se voudrait le chantre de la laïcité se fasse, dans cette histoire de cathédrale, le héraut de "Notre-Dame" et d'une chrétienté pleinement assumée. Je préfère quant à moi me souvenir du jour de Pâques de 1950, le 9 avril, à la cathédrale de Paris justement, où Serge Mourre et ses amis proclamèrent en plein office la mort de Dieu.

« Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme. »

 Je n'ignore pas ce que ce genre de propos a de provoquant, d'outrancier et de caricatural, en particulier parce que l'on ne peut plus aujourd'hui parler de l'Homme (avec un H majuscule), qui n'est au final que le fils trop Naturel d'un Dieu (avec un D majuscule). Mais le discours présidentiel est tout autant provoquant, outrancier et caricatural, en plus d'être méprisant : la question que l'on peut cependant se poser est de savoir s'il en est seulement conscient.

 Louis - Colmar le 17 avril 2019

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Union nationale : et pourquoi ils y tiennent tant

 « Nous sommes tous réunis dans un moment pareil ! » « L’émotion est très forte, et nous la
ressentons à travers tout le pays ! » « Tous ensemble, nous pouvons aller de l’avant, malgré
ce qui est arrivé ».Que ce soit pour l’incendie de Notre Dame de Paris, la mort de Johnny Halliday, celle de Simone Veil, ou même un simple 14 juillet, les plus hautes autorités du pays adorent nous fabriquer des grands moments à leur façon et nous tenir ce style de discours : « Malgré bien des choses qui semblent nous opposer, nous sommes en réalité une même nation ».

« Nous sommes forts lorsque nous sommes réunis ». Ce qui veut dire que nous serions faibles quand nous nous opposons. Eh bien, ça se discute. Si on prend par exemple la libération de la France, tout le monde n’était pas du tout uni. C’était même une véritable guerre entre ceux qui défendaient les nazis et l’occupation allemande et les autres. Si on regarde l’arrivée du suffrage universel, il a commencé, pour les hommes seulement en 1848,mais contre un grand nombre de nobles,d’aristocrates, de royalistes, de notables qui jugeaient, eux, que le peuple n’était pas du tout digne de prendre part aux décisions. Sans parler de la Révolution de 1789 qui s’est faite, là encore, contre beaucoup de monde. Et d’abord contre l’Église qui était le plus grand propriétaire de terres à l’époque. Alors, pourquoi ceux qui nous dirigent se jettent-ils ainsi sur chaque occasion qui leur
semble bonne pour nous tenir ce discours ? Pourquoi ne se contente-t-on pas de déplorer simplement une perte, ou de se dire contents d’un événement positif. Et de dire simplement
l’histoire ? Pourquoi faut-il nous présenter cela comme un moment où nous serions tous réunis,en communion ?
C’est peut-être qu’en vérité, nous ne sommes pas si unis que cela. Qu’est-ce qui nous unit,simples employés, ouvriers, chômeur, travailleur, avec un François-Henri Pinault, qui a sorti 100 millions en moins de 24 heures pour Notre-Dame de Paris ? Et quoi de commun avec cette mentalité de concurrence qui a décidé la famille Arnault (qui possède le groupe de luxe LVMH) à en sortir le double juste après ?Tous ceux qui pleurent, comme tous ceux qui se réjouissent, selon les occasions, ne le font pas toujours aussi spontanément, aussi simplement que le commun des mortels. La plupart de ceux que l’on voit ou entend ont un calcul derrière la tête. Avec l’incendie de Notre-Dame, des chefs de l’Église essayent de faire un peu oublier la montagne de scandales sexuels où ils sont empêtrés. Mais Notre Dame de Paris serait démolie depuis longtemps si Victor Hugo n’avait pas écrit son roman pour la faire aimer et la sauver. Et ce roman, s’il a plu et touché, s’il est connu du peuple si largement, c’est que ses personnages sont essentiellement les gens du peuple. Ce n’est pas un roman religieux. L’union nationale, c’est le fantasme de ces centaines de milliers des plus hauts privilégiés, de cette bourgeoisie qui vit ailleurs, à part, dans des quartiers et avec un mode de vie que nous ne connaissons même pas. Mais eux savent que nous vivons tout autrement, et cela leur fait peur. Dans la vraie vie, c’est la « désunion nationale ». Voilà pourquoi ils essayent, chaque fois qu’ils le peuvent, de nous fabriquer un moment d’ « union nationale ». Pour nous calmer, nous créer des illusions, et peut-être s’en créent-ils eux mêmes. Ces « grands événements » les servent, pour nous distraire, nous détourner de la réalité.
C’est vrai que nous avons besoin de distraction, tant la vie quotidienne qu’ils nous font n’a aucun goût. Mais nous ne sommes et nous ne serons pas dupes. Nous avons une tête, et elle sait réfléchir. Et nous pouvons à la fois être sensibles à un événement et réfléchir à la manière dont on veut nous le faire vivre.

L’Ouvrier n° 321

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